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 [an 003] - Sur la table d'opération. [Magdalena & Vasile]

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Vasile Duca
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MessageSujet: [an 003] - Sur la table d'opération. [Magdalena & Vasile]   Jeu 16 Jan - 14:42
Après plusieurs jours d'errance, la chance avait finalement sourit au Chapelier. Un marchand se dirigeait tout droit vers la Roumanie et, moyennant les quelques piécettes qui lui restait, avait finit par accepter de l'emmener avec lui.

Était-il ivre pour se déplacer ainsi ? Qu'en était-il du profond désespoir quasi palpable autours de l'homme au grand chapeau ? Pourquoi s'empresser de se rendre dans la morne Roumanie ? Autant de question auxquelles le savant demeura muet.

Tout à sa rancœur envers Alice et la détresse qu'elle lui avait imposé, Vasile ne pipa mot de tout le voyage. Comble de l'injustice, le marchand qui le transportait faisait partie des plus bavards jamais rencontrés. Voilà pourquoi il détestait se mêler à la plèbe des ignorants ! Il n'avait pas l'âme à de telles futilités. Enfin, au moins avait-il droit à du pain quotidien.

Puis, ils atteignirent enfin les premières villes Roumaines. La douce, bien douce Roumanie et sa pluie plus que bienvenue aux yeux du Chapelier. Après l'Enfer des rues Italiennes surpeuplées, il ne pouvait que saluer la discrétion des villageois de son Pays.

" ... Emmenez-moi au Manoir Korzha. "

" Ho ! Vous parlez finalement !? ... Mes excuses m'sieur, mais c'est pas ma direction. Et quand bien même ça l'serais... J'm'approche pas trop de ce coin là moi. Savez-vous c'qu'on raconte sur les habitants de c't'endroit ? Ça vous fiche de ces frissons dans l'dos c'est... "

" Rhaa... Certes. Emmenez moi à l'Asile alors. "

L'homme poussa un glapissement et arrêta aussitôt son cheval, sa voiture s'immobilisant en même temps. Qui était ce démon qu'il avait embarqué ?

" L'Asile ?! Je préférerais encore passer toute une semaine dans l'fichu manoir. Descendez ici je... Je vais pas plus loin pour aujourd'hui de toutes façons. "

Vasile jura. La peste soit de ces poltrons ! Que craignait-il ? D'être mangé par un monstre ? Le pauvre fou avait probablement voyagé avec son pire cauchemar sans le savoir. D'un geste souple, le Chapelier mit pied à terre avant de tanguer dangereusement. Rajustant le chapeau sur le sommet de son crâne, il se mit en tête de franchir la distance qui le séparait du manoir par ses propres moyens. Ho, il l'avait déjà fait par le passé. Jamais cela ne lui était semblé aussi... Insurmontable qu'aujourd'hui.

La mine basse, c'est sans un regard en arrière qu'il s'enfonça dans la ville. Concentré sur chacun de ses pas, il tâchait de se rappeler que, de là où la pluie tombait, c'était la direction du ciel. Des jours qu'il refusait de se fier aux signaux envoyés par son corps, au risque d'attraper le tournis. Là encore, il jurait marcher tête en bas, par instant.

Et, enfin, il aperçu se dresser au loin la haute silhouette de la maison des Korzha, à l'écart de la ville. C'est avec un soulagement non feint qu'il s'accrocha aux grilles et les poussa, se traînant presque jusqu'à la grande porte. Il toqua, trois fois, puis attendit. Quelques secondes, simplement, qui semblaient durer une éternité. Enfin, une vieille servante ouvrit la porte, écarquillant des yeux devant la mise du Chapelier.

" Monsieur Duca ! Des jours que nous ne vous avions pas vu par ici. "

Elle s'écarta finalement pour le laisser entrer. La force de l'habitude : il ne servait à rien de retenir Vasile lorsqu'il désirait s'entretenir de sciences avec Madame Magdalena.

" Faites... Faites appelez Madame Korzha. J'attendrais... Là, dans le petit salon. "

Le savant ne s'était pas senti capable, cette fois, d'aller la chercher de lui même dans ses laboratoires. Il se débarrassa de son manteau de voyage et, manquant le portoir, le laissa tomber sur le sol en un tas de tissu humide et poussiéreux. Sitôt la servante disparue, il longea les murs, pénétrant finalement la petite pièce. Encombrée comme elle était, toujours en proie à son infâme malédiction, c'est à peine s'il distinguait encore les distances... L'amenant ainsi à trébucher sur une chaise dans un grand fracas et finir... Sur le sol, étalé sur le dos !
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Magdalena Korzha
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MessageSujet: Re: [an 003] - Sur la table d'opération. [Magdalena & Vasile]   Jeu 16 Jan - 15:59
« Pourquoi faites-vous cette tête, Anca ?
- Monsieur Duca, il est… Il à l’air complètement perdu, comme s’il avait trop bu.
- L’alcool abrutit, il ne peut pas avoir bu.
- Il tient à peine sur ses pieds, il a des blessures qui recouvrent son visage et…
- …C’est bon, j’ai compris. »

Magdalena était du genre à faire attention ceux qui venaient la voir. Son manoir, grand manoir, était un peu son sanctuaire où elle seule pouvait pénétrer, à l’instar de ses quelques domestiques. La veuve, posée sur l’un des divans de sa bibliothèque, prit néanmoins la peine de terminer son chapitre et, bien que le livre ne fût pas un ouvrage de science, elle prit son temps pour en savourer chaque mot, refusant de gâcher ce moment pour descendre rejoindre un fou qui lui reprocherait aussitôt de ne pas offrir de thé à ses invités.

La grande femme rangea soigneusement sa lecture après avoir insérer entre ses pages jaunit un signet élégant. Magdalena attrapa son châle pour le glisser sur ses épaules. Il faisait si froid, aujourd’hui. Le temps était morne et la pluie s’abattait violemment sur les hautes fenêtres de la maison. Les cheminées, allumées, dégageaient une douce chaleur réconfortante, mais celle-ci ne suffisait pas à la frêle savante. Alors qu’elle allait quitter l’étage, Magdalena fut interceptée par sa domestique et rapatriée dans sa chambre. Elle pesta, mais se laissa mollement trainer. « Voyons, Madame ! Prenez le temps d’arranger vos cheveux, Monsieur Duca n’est pas près de se relever, de toutes façons. » La veuve attendit donc qu’Anca remonte ses boucles et épingles ses tresses dans un rapide chignon avant de continuer sa descente vers le petit salon.

« Ma foi, c’est bien vrai, vous êtes ivre ! » S’exclama la savante en voyant le corps mutilé de son collègue au sol. « Hélas, pas de ça chez moi. »

Elle arriva à la hauteur de l’homme et attrapa son col brusquement pour le redresser et l’envoyer sur le divan. Pour le réveiller, car celui-ci semblait rudement sonné, elle leva sa main, prête à le gifler comme à son habitude, mais remarqua les traces de griffes qui parcouraient son visage. Sa sévérité se fendit en une émotion de surprise et, comme prise de pitié, Magdalena rebaissa sa main, décidant de jeter un coup d’œil plus attentif à Vasile. La scientifique fit signe à sa femme de chambre d’emmener de quoi s’occuper de l’homme. Ah…

Vasile Duca était un monstre. Même elle s’en était rendu compte. Il n’éprouvait aucun remord et n’agissait que pour servir sa propre personne. Il charcutait homme, femme, enfant sans se soucier de qui ils avaient été, qui ils seraient après. De plus, il était possessif envers tout ce qui l’entourait et quiconque allait contre ses intérêts attiraient son mépris. Cet homme était si imbu de lui-même que jamais, oh grand jamais il n’avouerait qu’on puisse égaler son génie. Même pas elle, celle à qui il avait confié le secret des androïdes, n’était à la hauteur. Pas parce qu’elle était une femme, juste parce qu’elle n’était pas lui.

« Si vous vomissez sur moi, je vous jette dehors avec rien de plus que votre stupide chapeau. »

Elle prit un linge qu’avait apporté sa domestique et, l’ayant au préalable trempé dans l’eau, elle épongea les blessures de Vasile qui paraissait trop légume pour réagir lui-même. Magdalena n’y alla pas avec douceur et le savant devait sentir toutes les égratignures une à une. Elle inspira puis lâcha un soupir qui laissait entendre la déception. Franchement, dans quoi avait-il pu bien de fourrer, encore une fois ? …En réalité, elle ne voulait pas le savoir mais, Vasile étant ce qu’il était, il finirait bien par lui déballer toute la détresse du monde.

Puis elle trempa le linge dans un fort alcool avant de l’étamper sur les blessures de l’inventeur sans ménagement.
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Vasile Duca
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MessageSujet: Re: [an 003] - Sur la table d'opération. [Magdalena & Vasile]   Jeu 16 Jan - 20:13
La brutalité de Magdalena avait un bon côté : Pendant quelques secondes, Vasile avait une bonne raison de ne plus se repérer dans l'espace. Bientôt, il se sentit reposer sur une surface plus molle. Le divan ? L'esprit encore embrumé, il promena un regard trouble sur la pièce puis sur la silhouette de la savante devant lui. Du sens des mots qu'elle prononçait, il n'en avait aucune fichue idée ! Seule chose qui importait, c'est qu'il se sentait suffisamment au chaud et au sec pour décompresser un peu. Immobile, qui plus est, il ne se souciait pas de sa malédiction.

Cadre presque idyllique après ses récentes aventures, bien qu'en cruel manque de thé... Si Dame Korzha ne s'était pas mis en tête de charcuter son visage ! Immédiatement réveillé alors qu'elle nettoyait ses blessures, il retint un gémissement.

" Est-ce vraiment nécess.. HAA ! "

L'alcool venait de remplacer l'eau. Le Chapelier, bondissant, acheva de revenir les pieds sur terre. Son sursaut fut accompagné d'un vertige. Une fois encore, il n'était plus totalement certain que le canapé était bel et bien posé, les quatre pieds sur le sol. D'un geste empli de désespoir, il se raccrocha aux bras de la savante, mortifié.

" Alice. Alice est partie. Elle m'a... Leurré. Bousillé. TRAHIT ! " Il se recula doucement dans le fauteuil, jetant un regard angoissé sur l'endroit comme s'il le voyait pour la première fois. " Je ne sais pas... Je ne sais plus où est le bas du haut. Est-on à l'Est, ou à l'Ouest ? Pourquoi ai-je l'impression d'être la tête en bas ? Pourquoi votre maison tourne sur elle-même ? "

Il secouait la tête, aux affres de sa propre folie. La malédiction avait entamé le processus, la faim et le long voyage avaient achevé l'oeuvre. Il porta une main vacillante devant ses yeux.

" Elle m'a... Embobiné, ensorcelé, Magdalena. Mon esprit. Cette voix... Cette horrible voix ! Alice est partie et elle m'a maudit ! "

Il serra ses mains tremblantes autours de lui, le visage blême.

" Je veux être réparé. Je ne veux pas garder cette... Bizarrerie avec moi. Vous devez m'y aider, Magdalena. Vous seule pouvez me sortir de là ! "

À nouveau, il était inerte. Lui qui passait pour fou à lier, son esprit fonctionnait désormais à toute vitesse à la recherche d'une échappatoire. Il faisait, évidemment, référence à leur vieux marché. Quand était-ce, déjà, qu'ils l'avaient passé ? Il ne se le rappelait même pas.

Au fond, un espoir fou l'animait. Si la transformation d'Orphée en Androïde avait su anéantir sa magie, ne pouvait-il en être de même pour lui ? Ou lui laisserait-il un meilleur contrôle ? Il ne pouvait, dans tout les cas, qu'espérer cela.
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Magdalena Korzha
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MessageSujet: Re: [an 003] - Sur la table d'opération. [Magdalena & Vasile]   Ven 17 Jan - 4:10
Magdalena ne se laissa pas arrêter par les gémissements de son collègue, elle continua à tapoter sa blessure avec l’alcool jusqu’à ce qu’elle juge la désinfection suffisante. De marbre, elle inspectait les autres plaies qui, à l’entendre dire, avaient été faites par la petite Alice. Il ne fallait pas jouer avec le cœur des femmes. Leur tendance à exagérer vous le ferait payer bien plus cher. De plus, l’androïde n’était pas de ses jeunes filles innocentes et insouciantes. Alice avait connu la mort et la perte, son esprit avait depuis longtemps été marqué par la folie. Il n’y avait qu’un pas entre l’amour et la haine, et l’enfant l’avait franchi pour ne plus jamais retourner en arrière. Vasile était tombé de son piédestal, se retrouvant sans dessus dessous, se raccrochant à la seule chose réconfortante qu’il put trouver : Un esprit aussi brillant que le sien.

D’un coup, il lui prit sauvagement les bras. Magdalena s’immobilisa, se raidit. Elle n’avait pas l’habitude qu’on la touche, encore moins qu’on la retienne de la sorte. Silencieuse et impénétrable, elle regardait les effets de la panique sur l’homme. Il racontait n’importe quoi. La veuve n’était pas certaine de comprendre. Vasile lui rappelait ses filles, lorsqu’elles étaient encore que des bambines, effrayées pour de petites choses toutes simples. Maria et Viorica avaient toujours été élevées et consolées par une gouvernante, Magdalena ignorait comment calmer un esprit en peine. Elle posa son linge humide sur le meuble et, d’un coup vif, elle plaqua ses mains de chaque côté du visage du chapelier. Magdalena le tint fermement, l’obligeant à la regarder elle, et de près. Ses grands yeux scrutaient ceux de Vasile, sa peau trempée d’alcool, ses cheveux défaits…

D’une voix forte et bien portante, elle sortit : « Calmez-vous, tout de suite ! Et regardez-moi ! Le monde n’a pas changé, vous êtes changé. Regarde-moi, j’ai dit, regardez mes yeux ! Vous êtes fou, vous l’avez toujours été. Cessez de penser, ne réfléchissez plus. » En aparté, à sa domestique, elle lança : « Anca, allez lui chercher quelque chose à boire. » Magdalena pensa avec légèreté sa tête sur le côté, ses mains glissèrent vers ses épaules et ses doigts se faufilèrent autour des maigres bras du savant. « Détendez-vous. Tenez, hm… Comptez mes taches de rousseur. C’est tout ce que vous allez faire, penser et regarder. Rien d’autre, compris ? Commencez par celle-ci. » Finit-elle en pointa l’une des multiples taches peuplaient son visage blanc.

Tout comme elle, Vasile n’avait pour lui que son esprit. S’il l’égarait, il se retrouverait démuni de tout, dépourvu d’intérêt. Une coquille vide n’allait pas très loin, dans la vie et Magdalena ne pouvait pas se permettre de laisse le chapelier perdre ses élucubrations de génie. Lorsque la femme de chambre ramena quelques verres d’eau, Magdalena en attrapa une et la tendit à Vasile pour qu’il puisse boire. Si ça se trouve, il ne souffrait que de déshydratation… Ses doigts, néanmoins, demeurèrent sous la tasse. Complètement perdu, il semblait être capable de la renverser sous simple prétexte qu’il ne savait où se trouvait le nord. Lorsqu’il eut bu, elle remit la tasse sur la table basse. Au bout d’un moment, elle dit, moins fort.

« Combien en avez-vous compté ? Êtes-vous calmé ? »

Bien sûr, il était impossible de compter toutes les taches de rousseur, mais si Vasile arrivait à faire le focus sur une seule et unique chose...
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Vasile Duca
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MessageSujet: Re: [an 003] - Sur la table d'opération. [Magdalena & Vasile]   Sam 18 Jan - 2:43
La voix claire et autoritaire de Magdalena, ses mains plaquées contre son visage, ses épaules puis ses bras captivèrent l'attention du scientifique. Ses tremblements se calmaient graduellement, à mesure qu'elle parlait. Il voulut, une fois encore expliquer qu'il était maudit mais peine perdu, il était trop nerveux pour sortir un discours correct. Alors, il se prêta au jeux de sa comparse. Prisonnier de sa poigne de fer, il fixait sans ciller, neutre, le visage de la veuve Korzha.

1... 2... 3...

Plus il passait de temps sur cette tâche ardue, plus il se sentait... Apaisé.

45....46....47.... Avec tout ceux là, 51...

Comme tout homme de science - comme tout être humain ! - la focalisation sur une expérience répétitive avait de quoi hypnotiser suffisamment pour oublier d'autres problèmes... De plus grande envergure. Comme une malédiction, par exemple.

Finalement, c'est un regard plus posé qu'il fixa sur sa comparse. Exténué, certes, mais infiniment plus calme. Sans même qu'il le remarque, un verre d'eau avait été placé entre ses mains. Agrippé à celui-ci, il ne cillait toujours pas, concentré comme il était. Il en oubliait même ses griffures au visage qui brûlaient tant !

" Combien en avez-vous compté ? Êtes-vous calmé ? "

" 156. " Il avait répondu du tac au tac. "159 si l'on compte les trois minuscules au coin de votre œil gauche. Plus... 55 environ si je compte ceux de votre cou. J'ai eu bien assez de temps pour trouver ce résultat vous savez. En plus, il tombe pile dans les estimations que j'avais déjà faites à ce sujet. "

C'était un de ses tics, au Chapelier. Il mesurait et comptait toujours tout.

Il poussa un soupir de fatigue puis contempla un moment le verre d'eau qu'il tenait dans ses main. Il exhorta mentalement cette dernière de cesser de trembler. Ce qu'elle fit sans attendre. Bien. Après avoir consciencieusement vidé son breuvage, il voulu se pencher en avant pour reposer le verre sur la table du salon. À nouveau, le monde basculait avec lui. À croire qu'une chaîne reliait sa colonne vertébrale au mur et que le mur s'était décidé à céder avant son squelette. Jamais il ne s'était senti si... Conscient de son environnement.

Refrénant une nouvelle crise de panique, il énonça d'une voix à peine tremblante.

" Ce n'est ni le voyage, ni la faim, ni la soif qui me font délirer, Magdalena. Cette... Fourbe de fée m'a roulé. Alice m'a fait parvenir jusqu'en Italie sous des prétextes fallacieux et là, m'a affublé de ce... De ce "don", de cette malédiction. Le monde bascule sous mes coups de talons, les murs tanguent au rythme de mes pas. Je vous jure, c'est comme si cette pièce elle même bougeait sous mes yeux alors même que je suis immobile ! Lorsque j'avance, il me semble que je recule et si j'en viens à gravir des escalier, c'est tout comme si je les dégringolait ! Tout est distordu. Le monde n'a plus aucun sens ! "

Le monde en avait-il déjà eu un ? En proie à un dégoût sans limite, il lui prenait l'envie de hurler, d'exorciser cette souillure magique qui traînait désormais dans son système veineux.

" ... Je veux être opéré, Magdalena. Je veux qu'un de mes bras, au moins, redevienne attaché à cette réalité. Alors peut-être que je ne sombrerais pas dans la pire des folies. "

Il voulait tout simplement prouver qu'il était plus fort que la magie des fées.

Téméraire, le Chapelier s'était penché en avant et, doucement, s'était relevé. Là, debout aux côtés de Magdalena, il chancela puis se reprit, demeurant parfaitement immobile.

" La... PESTE soit de la magie, des sorcières et des fées ! "

Il passa une main gantée sur son visage, maladif et fébrile. Puis il reprit ses esprits... Au fond de ses prunelles s'était allumée la petite étincelle, celle qu'il avait avant chacune de ses folies expérimentales.

" ... Il faut qu'on se rende à l'Asile. Qu'on retrouve mon laboratoire. Il faut... "

Il fallait qu'enfin, à son tour, il devienne Androïde !
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Magdalena Korzha
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MessageSujet: Re: [an 003] - Sur la table d'opération. [Magdalena & Vasile]   Dim 19 Jan - 3:57
Magdalena esquissa un faible sourire satisfait lorsque le Chapelier arriva avec un nombre étrangement précis. Il semblait déjà plus calme et, malgré la mention d’estimations qu’il avait déjà faite, il était redevenu presque normal. Un peu tremblant mais dans son état habituel. Malheureusement, on ne ramenait pas un fou parmi les sains aussi facilement et l’inventeur se remit à paniquer, comme s’il imaginait de drôle de choses qui, toutes autour de lui, tournaient.

Ce que débitait Vasile était difficile à croire. Tout retourné qu’il était, elle ne savait pas si elle devait croire en ses paroles ou attendre qu’il prenne du repos. Dans le doute, elle continuait à soutenir ses épaules avec force, l’empêchant presque de bouger. Magdalena accéléra son fil de pensée, cherchant ce qui pourrait le réconforter. Toute femme, toute mère, aurait pris le pauvre scientifique et l’aurait collé tout contre son cœur, l’enveloppant dans une étreinte chaude et réconfortante, toute, mais pas elle qui était une mauvaise mère, une femme émancipée démunie d’instinct maternel.

« Que vous arrive-t-il ? Vous, Vasile Duca, se laissant vaincre par ce qui l’entoure ? Réveillez-vous ! Il est impossible que de telles choses arrivent. Les murs sont bien en place, vous montez vers le haut et descendez vers le bas. Mettez vos sens de côté, agissez avec objectivité ! »

Magdalena roula les yeux, trouvant ces peurs trop irrationnelles. Dépourvue d’empathie, elle ne saurait se mettre à la place du Chapelier, se disant tout simplement qu’elle ne se fierait pas à ce qu’elle voyait, mais à ce qu’elle savait. Un pas devant l’autre, doucement, elle avancerait, même si elle avait l’impression de reculer, gravirait une échelle tout en croyant tomber. Gardant ses mots pour elle, Magdalena aidait le scientifique à se redresser comme il l’avait déjà fait pour elle lorsqu’elle terminait ses excès de colère et de violence.

« Vous n’êtes pas en état pour une opération. Vous êtes trop faible, vous devez au moins manger. »

Elle opérait, elle dictait les règles. Au fond de son cœur, elle espérait repousser cette satanée boucherie le plus longtemps possible. Ces mots, cependant, n’étaient pas dénués de bon sens et, se retenant de pousser Vasile sur le divan pour qu’il y reste, elle le soutint fermement et l’entraina avec elle, marchant lentement, vers l’étage supérieur. Qu’il le veuille ou non, il ne devait pas avoir la force de se dégager d’elle. Magdalena amena son comparse dans une chambre d’ami et le fit s’asseoir sur le lit pour être certaine qu’il ne tombe pas. Elle s’écarta, lui faisant signe de se taire et de ne pas bouger et ouvrit une grande commode pour en sortir quelques morceaux de vêtements.

« Si vous tombez malade, vous ne pourrez pas non plus être opéré. »

Ce n’était pas comme si elle pouvait le faire changer d’avis, alors… Magdalena se contenta de balancer les vêtements sur l’homme « Changez-vous ! » Elle grommela, posant ses mains sur ses fines hanches « Vous dégoulinez partout, c'est écoeurant. » Qu’elle hôtesse de choix elle était, tout de même ! Accueillir cet énergumène qui ramenait avec lui plein d'humidité et lui prêter les vêtements de son défunt mari pour ne pas qu’il attrape la tuberculose ou pire, un rhume !

Elle tenta, encore une fois, de faire travailler l’esprit de Vasile pour qu’il ne se concentre pas sur son environnement.

« Dites-moi franchement, pourquoi un corbeau ressemble-t-il à un bureau ? »
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Vasile Duca
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MessageSujet: Re: [an 003] - Sur la table d'opération. [Magdalena & Vasile]   Dim 2 Fév - 1:49
Vasile suivait les directives de Magdalena, docile. Plus ou moins. Quel tableau étrange devaient-ils former face aux servants du manoir ! De toutes façons, il savait qu'il n'aurait certainement pas la force nécessaire pour se défaire de son emprise, aussi s'appuyait-il largement sur la scientifique. La tête dodelinante, en proie à des vertiges abominables, il atterrit sur le matelas avec reconnaissance. Il darda un regard mécontent vers son hôtesse.

" Attendre, comment ça attendre ? Mon état risque d'empirer encore si j'attends ! "

Il amorça un mouvement pour se relever puis abandonna à mi chemin, bondissant drôlement sur le matelas moelleux de la chambre d'amis.

" Je vais bien. Je suis en de parfaites conditions physique ! "

... Si ce n'était la faim qui lui tenaillait les entrailles, la soif qui asséchait sa gorge, le sommeil qui embrouillait ses sens, le cruel manque de thé qui se faisait sentir,... Et cette abominable malédiction, évidemment.

" Bon... Soit. Peut-être qu'un repas suffira à me remettre sur pieds. Après ça, je vous garanti que je serais tout à fait disposé à subir cette opération. "

Vasile prit entre ses doigts les vêtements jetés par la Dame Korzha et, sans pudeur, se défit de sa veste puis de sa chemise qu'il laissa tomber sur le sol pour enfiler l'autre, sèche, propre et chaude... Bien qu'un brin trop grande pour lui - n'était-ce pas celle de feu Monsieur Korzha ? Sans se poser plus de questions, il s'activait à la refermer... En se trompant dans l'ordre des boutons, évidemment. Il pestait tout en écoutant d'une oreille distraite l'énigme tordue de Magdalena.

" Un corbeau et un bureau ? En voilà une drôle de devinette ! " Tandis que rapidement il défaisait les boutons pour mieux les attacher, toujours dans le mauvais sens, il fixait Magdalena d'un air songeur. " Parce que les deux produisent des notes ? Et jamais l'on ne songerait à mettre le derrière devant. "

Il s'interrompit le temps de rager sur son manque flagrant de dextérité. Pourquoi lui était-il devenu si difficile d'évaluer les distances et les longueurs des pans de sa chemise d'emprunt ? Bien évidemment, il ne lui vint certainement pas à l'idée de demander l'aide de la maîtresse de maison.

" Maintenant, je vous retourne la question. Pourquoi, à votre avis, un corbeau ressemblerait-il à un bureau ? RHA ! La peste soit de ces fichus boutons ! "
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Magdalena Korzha
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MessageSujet: Re: [an 003] - Sur la table d'opération. [Magdalena & Vasile]   Mar 4 Fév - 2:34
Magdalena regarda le Chapelier bondir sur le matelas et se plaindre de tout et de rien. Elle le laissa débiter ses mots, n’y portant pas très attention. Qu’il le veuille ou pas, l’opération n’aurait pas lieu aujourd’hui. Ni demain. Elle ne relança pas l’homme, histoire de le calmer et de le laisser se reposer. La savante le regardait d’un œil curieux, tentant d’imaginer son état. Il agissait comme un ivrogne mais était aussi conscient qu’à l’habitude. Le voyant se battre contre la chemise d’Emilian, elle se retint de rire en posant le revers de sa main contre ses lèvres.

Ahh, mais il faisait tellement peine à voir !

Elle se rapprocha de lui et tapa sur ses doigts pour qu’il cesse de s’agiter. Magdalena avait l’air d’agir sous la pulsion de l’instinct maternel, sous la douceur innée des femmes. Ses intentions, qui paraissaient pures et gentilles, cachaient néanmoins d’autres préoccupations.

« Si vous abimez cette chemise… »

Elle ne termina pas sa phrase, mais leva des yeux sombres vers Vasile, lui faisant comprendre d’un simple coup d’œil qu’il le regretterait amèrement. Attitude irrationnelle, tout à fait idiote. Emilian était mort depuis longtemps, ses vêtements ne seraient jamais revendiqués, mais la veuve, achevant sa viduité difficilement, supportait mal que l’on touche aux affaires de son mari. Les sentiments la tiraillaient et elle ne faisait que s’énerver davantage contre elle-même à essayer de les comprendre, voire de les chasser.

Les réponses du scientifique à sa devinette la fit sourire. S’appuyant ses genoux, elle demeura près de lui pour écouter ses réponses. Ce… n’était pas faux. Il avait une imagination débordante et une façon de raisonner tout à fait curieuse. À cet instant, Vasile lui rappelait un peu un enfant. Curieuse impression.

« Pour ma part, je n’en ai aucune idée. »

À la porte, Magdalena fut interpelée par sa domestique, qu’elle s’empressa de rejoindre. Celle-ci tenait un plateau avec une collation ainsi… qu’une théière. La veuve plissa le nez, presque dégoutée et fit une mine désapprobatrice à Anca. La bonne femme, connaissant que trop bien sa maitresse, n’attendit pas son approbation et passa à côté d’elle, apportant le tout à Vasile. Effrayée par cet étrange personnage, elle s’écarta rapidement après avoir posé le plateau sur la table de chevet.

Où Ciel avait-elle trouvé du thé dans la demeure de la veuve Korzha, nous le saurons jamais !

« Profitez-en, demain je ferai en sorte qu’on ne vous serve que de l’eau chaude. »

Puis elle s’adossa près de la porte, croisant les bras et regardant le Chapelier se débrouiller… tout en le surveillant, il serait regrettable qu’il s’ébouillante. Très regrettable.
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Vasile Duca
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MessageSujet: Re: [an 003] - Sur la table d'opération. [Magdalena & Vasile]   Dim 9 Fév - 17:19
Vasile se concentrait sur ses mains, plongé dans un profond silence tandis qu'il s'échinait à fermer les boutons, un par un. Incroyable comme sa malédiction le poussait à la distraction ! Alors qu'il était assis bien droit sur le matelas, il lui semblait que le sol bougeait sous lui, comme s'il pouvait sentir la Terre elle-même tourner. Ayant la désagréable impression d'être basculé d'un côté et de l'autre quand bien même il voulait demeurer immobile, le Chapelier fermait un à un chaque bouton, débutant par le dernier pour être certain de ne pas se tromper.

Puis, aisément déconcentré, il releva le nez lorsqu'il huma l'odeur d'un thé fraîchement préparé. La servante, cette bonne servante, venait d'en déposer un devant lui. Sans s'appesantir sur le trouble de l'employée, il relâcha son vêtement encore à demi ouvert pour tendre ses doigts vers la théière.

" Hm ? Ha ! oui. Lors d'une de mes dernières visite, j'ai fait part à votre personnel de mon goût pour le thé... " ... Et qu'il apprécierait certainement d'en retrouver sur place lorsqu'il venait en simple visite. Chose qu'il était préférable de taire lorsque Magdalena vous toisait avec cet air là. " ... Je suis ravi de voir qu'ils s'en sont souvenu. "

Il étira un pâle sourire, trop occupé à se verser une tasse de son précieux thé. Au moins le liquide fumant coulait encore dans la tasse, enfin quelque chose qui ne changeait pas ! Puis... Il n'était pas dupe, si Magdalena Korzha voulait vraiment éradiquer toutes feuilles de thé de son manoir, elle serait capable de brûler jusqu'à la dernière herbe épicée.

Prudemment, doucement, le savant se penchait en avant pour prendre la tasse de thé entre ses mains. Sourcils froncés, l'air résolu, il porta la porcelaine à ses lèvres avant de planter ses pieds sur le sol par pure habitude... Sans se douter que le plancher instable allait faire mine de se dérober sous lui, le poussant à asperger copieusement son torse semi découvert d'un jet de thé bouillant !

Vasile ronchonna en sautant sur ses pieds, écartant un pan de sa chemise pour ne pas - EN PLUS - se prendre une tape de la veuve Korzha. Il reposa rageusement sa tasse en épongeant sa peau ébouillantée d'un mouchoir blanc récupéré dans sa poche.

" Stupide malédiction ! Je suis condamné à ne même pas pouvoir prendre rien qu'une TASSE de thé sans subir toutes ces souffrances ? "

Il tangua et tituba jusqu'à la fenêtre heureusement fermée - il serait regrettable qu'il passe par dessus bord, tout de même ! - et agrippa le rebord, l'air furieux. Il lança un regard perçant à Magdalena qui devait, bien évidemment, rire encore de lui dans un coin de la pièce. Résolu, il fit demi tour et clopina vers elle, une main fixée contre un mur. Sottement, il espérait encore pouvoir se servir des repères du mondes physique pour appréhender le nouvel univers qui régissait son cerveau. Pâle, en colère et très certainement misérable, il planta son regard dans celui de la scientifique juste devant lui.

" Je suis disposé à suivre vos règles, puisque je n'ai pas le choix. Mais ai-je vraiment l'air d'un homme capable d'attendre des lustres, selon vous ? "

Le Chapelier était franc, et direct. Si Magdalena se délectait certainement de le voir dans un tel état de faiblesse, il la savait femme à respecter ses engagements. Restait à espérer qu'elle n'en profiterait pas pour l'enfoncer d'avantage...
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Magdalena Korzha
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MessageSujet: Re: [an 003] - Sur la table d'opération. [Magdalena & Vasile]   Lun 10 Fév - 2:44
Un éclat de rire n’aurait pas été impossible mais, alors que l’eau chaude dégoulinait sur le torse du Chapelier, la veuve écarquillait les yeux. Tout se retournait contre lui, le karma réagissait et Vasile connaissait enfin la détresse. Magdalena avait en sa possession un cœur –chose que lui n’avait pas- et ses traits se crispèrent en imaginant la douleur qu’il ressentait. Ah… De l’eau bouillante, qu’elle horreur ! Elle le suivit du regard, le laissant se diriger seul à l’aide du mur. Les bras croisés, ayant repris une expression froide et fermée. Sa poitrine se soulevait lentement au rythme de sa courte respiration.

Même dans la plus grande des détresses Vasile Duca croyait que ses revendications pesaient dans la balance. Leurs jeux laissaient suggérer qu’elle se riait intérieurement de lui, de son état pitoyable et de sa condition regrettable mais, plutôt que de l’amusement, la déception traversa ses yeux bleus. Vasile avait été beaucoup trop vilain pour que cela reste impuni ! Magdalena leva ses longs doigts vers lui et ceux-ci agrippèrent la mâchoire du Chapelier. La faiblesse ne l’épargnait pas et, loin d’être douce, la veuve Korzha plaqua son comparse contre le mur qui lui servait d’appui et le tint fermement.

« Et que ferez-vous si je décide de vous faire attendre ? Vous tomberez à mes pieds ou me menacerez avec une poche de thé ?! Ne faites pas l’enfant, affrontez la vérité et aller vous coucher. »

Elle le retint encore quelques secondes, tenant son visage très près du sien pour être certaine que le message se rende jusqu’à sa petite tête brune. Ses doigts se décollèrent un à un de sa peau claire et Magdalena le relâcha, quittant la pièce sans oublier de claquer la porte derrière elle.

*** Deux semaine plus tard.

Elle s’était réveillée ce matin-là, sûre d’elle et avait enfilé la robe à laquelle elle tenait le moins. Magdalena avait déboulé dans la chambre d’ami qu’occupait le Chapelier et avait sauvagement tiré les couvertures. « Réveillez-vous ! » Avait-elle hurlé sans aucune pitié pour le scientifique endormi. En se jetant presque sur le lit, la veuve alla secouer Vasile pour qu’il quitte ses songes et se prépare. Hors de question qu’il se fasse opérer dans les vêtements d’Emilian ! Oh ça, jamais ! « Nous allons à l’asile. Bougez-vous avant que je change d’avis ! »

Magdalena savait qu’elle était un incontestable génie à l’esprit redoutable. Malgré cette confidence, l’idée d’opérer dans une discipline qui était considérablement loin de la sienne l’inquiétait voire l’effrayait. Sur la route vers l’asile, la savante avait gardé le silence, ne répondant pas à son comparse s’il lui avait parlé. Et si elle ratait son coup ? Vasile ne serait pas à côté d’elle pour la guider, il serait là, sur la table d’opération à pisser le sang par l’épaule. Et s’il mourrait, hein ? La faible constitution du Chapelier n’était pas ce qui l’aiderait à survivre. Il n’avait pour lui que sa volonté et devra compter sur les doigts agiles mais agressifs du Jabberwock. Sa vie, bien que majoritairement remplie par la science, serait bien vide sans Vasile Duca pour venir tout faire péter. Si lui n’avait aucun scrupule à ôter une vie, elle n’était pas capable d’un tel sang froid.

Ils entrèrent dans l’asile. Magdalena ne s’arrêta pas, filant à toute vitesse vers la salle d’opération. Ses yeux parcoururent toute la pièce, chaque instrument, chaque fissure dans le mur, chaque détail. D’un bond, la veuve Korzha se retourna et se planta à quelques centimètres du fou. Tout bas, comme si elle lui glissait un secret, elle lui dit :

« …Et si j’échoue ? »
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Vasile Duca
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MessageSujet: Re: [an 003] - Sur la table d'opération. [Magdalena & Vasile]   Ven 21 Fév - 20:26
Le Chapelier n'en revenait pas. La veille encore, il lui avait fallut développer des trésors de patience pour tenter de converser avec Magdalena et la convaincre d'exaucer son rêve, le transformer LUI en androïde ! Elle avait encore évité d'y répondre clairement, bien sûr. Et voilà qu'elle était celle qui le tirait du lit aux aurores pour le sommer de se préparer !

Vasile n'avait pas cherché à comprendre. Magdalena était ainsi, après tout, et aimait prendre seule ses décisions... Au grand dam du Chapelier. En quelques minutes à peine il était prêt, bouillant d'anticipation. Les plans étaient fait - depuis longtemps ! - les prototypes avaient été testé, tout fonctionnait à merveilles et... N'était-il pas remit, depuis tout ce temps ? Les deux semaines de repos "gracieusement" accordées... Ou imposées par sa comparse avaient pu le remettre sur pieds. Bien évidemment, sa malédiction le contrariait toujours. Et on le voyait encore se raccrocher aux meubles, aux serviteurs, ou même à Magdalena lorsque cela s'avérait nécessaire. Et puis, il avait fini par s'habituer aux chutes, se jurant de réussir à dompter le maléfice un jour.

Toutefois, il repoussa loin de lui ses idées noires tandis qu'ENFIN ils filaient vers l'Asile. Fébrile à l'idée de retrouver son laboratoire, ses instruments et d'épouser sa condition d'androïde tant attendue, il ne cessait de jacasser en chemin. Dans le vide. Rien, absolument rien ne pu sortir sa comparse de sa rêverie et de sa morosité manifeste. Une chose qu'il ne comprenait décidément pas. Pourquoi se faire tant de soucis avec ce qui les attendait ? Une formidable expérience dont ils en ressortiraient tout les deux grandis, il en était certain.

De retours à l'Asile, il ignora chacun des pensionnaires. La malédiction lui jouait, à nouveau, de drôles de tours. C'est à peine s'il reconnaissait les couloirs du bâtiment ! La Reine avait fait quelques travaux ? Où était-ce une farce ? Quoiqu'il en soit, Vasile suivait Magdalena à la trace. Il s'était rendu compte que lorsqu'il marchait ainsi dans les pas de quelqu'un, il pouvait espérer arriver à bon port sans d'autres égratignures. Un comble pour lui, de se sentir ainsi étranger dans son Asile !

Dans un soupir de profond soulagement, il retrouva l'atmosphère familière de son bureau. Là, la dame Korzha pivota et lui fit face, pour lui dire la chose la plus saugrenue jamais sortie de sa bouche.

" …Et si j’échoue ? "

" Foutaises. Vous n'échouerez pas. "

Vasile avait répondu du tac au tac, le regard ancré dans celui de la scientifique. Sottises et balivernes ! Elle connaissait la théorie sur le bout des ongles, il la savait assez perfectionniste pour avoir retenu jusqu'au plus petit détail insignifiant de l'intervention. Elle l'avait vu opérer. Elle avait elle-même pu pratiquer cette délicate expérience. Le Chapelier hocha la tête de côté, l'air presque perplexe.

" C'est étrange, je ne vous ai jamais vu douter, auparavant. Il n'y a aucune raison pour que vous échouiez. Pas plus que lorsque vous mettez au point un des systèmes de défenses pour la demeure de la Reine. Vous saurez très exactement quoi faire, et je me fais confiance pour sortir indemne de cette opération. "

Il redressa finalement son visage pour toiser Magdalena. Si imprudent que cela puisse paraître, il avait une confiance sans failles dans les capacités de la scientifique... Ceci, bien sûr, si elle voulait bien reprendre contenance. Vasile souffla puis ferma les yeux. Il la contourna, et c'est d'un pas certain qu'il rejoignit la salle d'opération, attenante à son bureau. Les yeux clos, il semblait moins souffrir de ses vertiges et il connaissait suffisamment les lieux pour se le permettre. Tâtonnant à la recherche de la table de soins, il s'y hissa et ce n'est qu'une fois immobile qu'il rouvrit les paupières pour scruter Magdalena, toujours à l'entrée du sous-sol.

" Venez voir vous-même. Absolument tout est prêt, j'ai absolument tout vérifié et revérifié avant mon départ d'Italie. Prenez votre temps et pour l'amour de la science, Magdalena, reprenez-vous. Vous êtes capable de mener cette expérience, et vous le savez. "

Sans ajouter un mot de plus, il croisa les bras, défiant délibérément la dame Korzha. Le challenge, n'était-ce pas ce qui précédait toutes grandes innovations ?
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Magdalena Korzha
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MessageSujet: Re: [an 003] - Sur la table d'opération. [Magdalena & Vasile]   Dim 23 Fév - 5:16
Magdalena savait qu’il ne lui mentirait pas. Pas à elle. Pas à propos d’un sujet aussi important. Un brin de confiance remonta en elle et ses yeux filèrent du Chapelier jusqu’aux murs de l’asile. Ce lieu ne lui avait pas manqué, loin de là. Vasile n’était pas inquiet et c’était rassurant. En femme forte qui connaissait ses compétences autant que ses limites, la veuve Korzha doutait peu. Ce n’était pas nécessaire, sauf aujourd’hui où elle devrait mettre à l’épreuve ses nouvelles connaissances. Des connaissances qu’un homme avait mis la majorité de sa vie à rassembler et qu’elle avait du maitriser en moins d’un an. Si l’esprit de Magdalena était une bibliothèque débordante de Savoir condensé, il avait ses limites. Ces limites, Vasile les avait défoncées sans ménagement. Il les avait repoussées jusqu’à ce que sa comparse se rappelle du moindre détail, qu’elle se souvienne de chaque parole.

« J’ai toutes les raisons du monde de douter, Vasile. »

La science ne lui avait-elle pas enlevé son époux, un an plus tôt ? Magdalena retint un soupir et suivit l’homme qui, dans un –autre- élan de folie, avait fermé les yeux pour se diriger dans son laboratoire. Au cas où, elle se mit derrière lui, prête à l’attraper s’il devait se heurter à quelque chose ou être pris de vertige. La veuve contourna le Chapelier et observa le fruit de leur collaboration, un amalgame des dernières recherches, l’union parfaite entre la science des androïdes et l’électricité des Korzha. Elle fit quelques pas et s’avança des outils qui serviraient à l’opération. Près de ceux-ci était posé un aide-mémoire, quelques mots-clés qui guideraient la savante s’il devait y avoir des complications… ou si la panique devait la prendre d’un coup. Opérer des inconnus n’était pas le pire car, par le passé, Vasile faisait le plus gros du travail, mais aujourd’hui, c’était ce même homme chétif et fluet qui passerait sous… sous sa scie.

Magdalena ramena tout son matériel près de la table de soin et, avant d’attaquer, remonta ses cheveux derrière sa tête, les nouant en chignon de façon à ce qu’aucune mèche ne vienne la gêner durant son travail. Elle posa ses mains sur les bras croisés de Vasile, rechignant à lui répondre et les écarta. Tirant sur le col de sa chemise, elle entreprit d’en détacher les boutons.

« Je le sais, je le sais ! Nom de Dieu ! » Lâcha-t-elle d’un ton élevé qui trahissait sa nervosité.

Au moins, ses doigts ne tremblaient pas. Malheureusement, son esprit était accaparé par toutes sortes de possibilités. Comment s’en sortiraient-ils ? Indemnes ? Blessés ? Et s’il se vidait de son sang ? Et si… elle se trompait de bras ? Et si la prothèse ne fonctionnait pas à son réveil ? Et si la plaie s’infectait ? Les idées s’enchainaient rapidement, tournaient en boucle alors qu’elle préparait le Chapelier à son opération.

Ah ! Il y avait une chose qui pouvait la rassurer : Ça ne sera jamais pire qu’un accouchement.

Elle ne toucha pas au chapeau. Vasile ne le lui permettrait pas. Elle l’enlèverait une fois qu’il sera endormi. Magdalena aida son comparse à s’allonger sur la table d’opération, agissant avec une douceur insoupçonnée. Penchée au-dessus de lui, la veuve le jaugea à nouveau et murmura :

« Ne mourrez pas, d’accord ? Vous êtes beaucoup trop douillet pour passer l’éternité dans les flammes de l’Enfer. »

Les mœurs de la Roumanie revenaient au grand galop et, bien que Magdalena ne soit pas la plus grande fervente du Tout Puissant, elle redoutait la mort comme tout être normal. Elle attrapa la seringue remplie de sédatif et l’injecta soigneusement dans le corps du Chapelier. Un instant défila. Dorénavant, elle était seule.

Les premiers mouvements, ceux qui n’impliquaient pas encore de sang, se passèrent à merveille. La veuve en regagna même un peu de courage. Elle tenta d’occuper son esprit avec d’agréables pensées comme des circuits électriques et des lég… Non, non, rester concentrée sur l’opération. Absolument.

Vint alors le moment fatidique, celui qu’elle craignait depuis le début. La scie en main, elle en avait posé la paroi tranchante sur la peau pâle de Vasile. Aller, Magdalena, voyons. Ce n’était pas la première fois qu’elle voyait un bras se faire trancher dans une telle opération. Si elle agissait habilement et surtout, rapidement, il ne risquait rien. Mentalement, elle se prépara et… Non. Elle lâcha l’outil et ferma les yeux quelques secondes. C’était beaucoup trop ignoble. C’était une vraie boucherie ! Elle se recula de quelques pas, s’éloigna de la table pour faire un tour dans la salle. Ses mains tremblaient et son teint avait blêmi. Magdalena leva le visage vers le plafond et en fixa les détails. Des mots hésitants, bas, traversèrent ses lèvres. Elle se parla, se rassura. Il n’y avait aucune raison pour que l’opération tourne mal, aucune. Tout irait bien, Vasile le savait, elle le savait. Et puis ce n’était pas comme si… Non, mieux valait ne pas penser au pire.

Plus ou moins remise de ses émotions, la veuve revint à la table où dormait Vasile et enchaina l’étape suivante de l’opération. Tout se passerait bien. Le pire était à venir mais il ne durera pas longtemps.
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Vasile Duca
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MessageSujet: Re: [an 003] - Sur la table d'opération. [Magdalena & Vasile]   Sam 8 Mar - 0:38
Drôle comme il pouvait quasiment lire les questions et l'infinité d'éventualités qui se bousculaient dans l'esprit de la savante. Rien de tout cela n'ébranla le Chapelier qui s'appliqua à poser soigneusement sa chemise sur le dossier d'une chaise à portée. Il avait depuis longtemps accepté la part de risques que comportait cette intervention... Et ce n'est pas plus aujourd'hui qu'hier qu'il s'affolait sur la question.

Silencieusement reconnaissant du tact de la Dame Korzha, Vasile avait en effet gardé son chapeau solidement enfoncé sur son crâne, même lorsqu'il se coucha sur la table froide et inconfortable. Là, il suivait Magdalena du regard. Qu'il avait fière allure, le Jabberwocky, à se tordre ainsi les mains ! Il tourna finalement un visage de marbre vers le plafond et tâchait de rester immobile lorsqu'il n'avait que l'envie de trépigner ! Ne restait que cette impression étrange, celle d'être pour la première fois à la place du cobaye. Combien en avait-il attaché ici contre leur gré pour les propulser au rang de d'homme machines, de demi-Dieu modernes ? Et voilà qu'il s'y était allongé de bonne grâce, la parfait patient !

C'était cela, que l'on ressentait, à l'anticipation d'un événement pareil ? Pourquoi hurlaient-ils, tous ! Il n'y avait rien de plus exaltant que de faire partie intégrante au progrès, non ?

Vasile serra des dents. D'accord. Il y avait certainement plus agréable qu'une injection de morphine. Une broutille ! D'ailleurs, il ne fallut pas plus de quelques minutes pour oublier cette petite douleur et sentir son cerveau se brouiller et ses paupières tomber. Il était temps ! Le Chapelier jeta un dernier regarde à la femme rousse qui se montrait bien affairée.

" À tout à l'heure, Magdalena. "

Plus de temps pour d'ultimes conseils !Un minuscule sourire étira ses fines lèvres et il accueillit Morphée à bras ouverts.

Une dernière fois, il agita les doigts de sa main gauche, comme pour lui dire adieu.

Il ne comprenait décidément pas. Qu'y avaient-ils d'atroce dans tout ceci ?

Vraiment... les cobayes exagèrent toujours tout.
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MessageSujet: Re: [an 003] - Sur la table d'opération. [Magdalena & Vasile]   Mar 11 Mar - 1:58
Magdalena n’avait jamais aimé le sang et cette opération ne faisait qu’aggraver la chose. Sa chemise d’un blanc cassé était tachée de carmin foncé. Demain, elle pourrait le hurler à qui voudrait bien l’entendre, le sang de Vasile était bel et bien rouge ! Pas noir ni vert comme aimaient bien le croire certains roumains superstitieux. Elle se concentrait à la fois sur son travail et sur sa respiration. À tous moments, elle s’imaginait tourner de l’œil ou bien cesser de souffler. La nervosité l’accaparait, rendait ses doigts tremblotants. Lorsqu’elle voulu se pencher pour observer de plus près ses mouvements, une giclée de sang lui arriva droit sur le visage, ce qui eut pour effet de la faire sursauter. Elle en lâcha presque son outil !

Les jurons partirent tous seuls, alors qu’elle s’essuyait le visage avec ses manches déjà bien abimées. Magdalena s’égara quelques rapides secondes dans le fond de son esprit pour reprendre son courage et continuer. Elle ne pouvait pas se contenter de cautériser la plaie et laisser le scientifique avec un membre en moins, il lui en voudrait énormément, deviendrait encore plus fou ! Non, non, non, il fallait aller jusqu’au bout !

L’installation de la prothèse conçue par eux deux fut un brin plus simple. Elle connecta les nerfs, s’assura que le Chapelier ne perdait pas trop de sang. Il s’agissait d’un travail horriblement minutieux pour une femme aussi agressive qu’elle. Vasile ne possédait rien d’un guerrier, il était chétif et malingre. Un coup de vent l’emportait au large ! Mais il pouvait se battre, son esprit savait lutter et elle savait que, malgré les erreurs qu’elle commettrait, il se réveillera. Les mécaniques furent faciles à poser sur le bras. Magdalena aimait cette partie qui rejoignait davantage sa science. Elle dut essuyer ses gants à plusieurs reprises car ceux-ci devenaient poisseux de sang. Vasile serait, hors de tout doute, le premier et le dernier androïde que la veuve ferait. L’expérience, bien qu’enrichissante, était désagréable.

L’opération se termina sans qu’il n’y ait de gros soucis à signaler. Le Chapelier n’avait pas perdu trop de sang, les nerfs étaient connectés comme ils se devaient et l’effet de la morphine s’estomperait d’ici une heure ou deux… S’étant assurée que Vasile ne mourrait pas si elle l’abandonnait quelques minutes, Magdalena le quitta pour se faufiler dans ses appartements. Elle sortie de sa jupe sa chemise tachée et la déboutonna avant de la laisser tomba par terre. La savante trouva de quoi nettoyer le sang qui s’était collé à sa peau, frottant les dentelles de son corset qui n’avaient pas été épargnés. Elle soupira, tentant de penser à autre chose qu’à son collègue dégoulinant et visqueux qui gisait sur la table d’opération. Magdalena, sans gêne, ouvrit l’armoire de ce dernier et fouilla dedans pour en tirer une chemise blanche. Ce n’est pas comme si Vasile s’en rendrait compte, hein ! La savante l’enfila avant de retourner voir son patient qui ne s’était toujours pas réveiller. Lasse, elle marmonna, ses yeux fatigués sur le corps immobile :

« Réveillez-vous, debout… »

La veuve se tira une chaise et s’appuya contre le Chapelier, surveillant son souffle lent et demeurant à l’affut d’un mouvement de paupière, d’un spasme de doigts qui trahirait son réveil.
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MessageSujet: Re: [an 003] - Sur la table d'opération. [Magdalena & Vasile]   Jeu 13 Mar - 2:53
La suite, Vasile ne s'en souvint que comme une successions de sensations désagréables et des senteurs alcoolisées des produits que l'on appliquait contre ses chairs torturées, mêlées au métal du bras que l'on raccordait à son épaule.

Si le Chapelier s'était déjà imaginé les monts et merveilles qu'il accomplirait, une fois munit de cet appendice flambant neuf, il ne s'était jamais... Ô grand jamais préparé à la douleur qu'il serait forcé de subir lors de l'opération. Les anesthésiants utilisés, bien qu'ajusté à une dose tout juste suffisante pour ne pas mettre en danger le scientifique plus que de raison, ne l'empêchaient pas de ressentir sa peau et ses muscles se déchirer. Du plus profond de son inconscience, il avait sentit son bras se détacher, son cerveau lui envoyant une multitude de signaux douloureux dans un réflexe de survie des plus élémentaires.

C'est finalement la souffrance qui le plongea dans cet état végétatif, quasi comateux tandis que Magdalena officiait et faisait face à l'inondation sanglante inévitable dans ce type d'opération.

Plongé dans les limbes, Vasile n'était pas pressé de sortir de sa torpeur. Trop groggy pour se souvenir de sa curiosité et de sa hâte à avoir un bras androïde, il se terrait là, à l'abris de la douleur... Jusqu'à ce que les drogues s'estompent. Là, de premiers tiraillements troublèrent le léger sommeil qui l'abritait encore jusqu'à ce que ses yeux s'ouvrent brutalement. D'abord aveuglé par la lumière électrique qui éclairait la table d'opération, il mit un temps à se remémorer des derniers événements. Un son rauque s'échappa de sa gorge sèche et, sitôt sa vision rétablie, il coula un regard curieux et exténué sur son bras gauche.

Étrange de voir, à la place du bras maigrelet qu'il avait jusqu'à présent, une puissante machine de fer et de cuivre ! Pliez-vous, doigts ! Ordre simple, auquel l'auriculaire, l'annulaire et le majeur répondirent aussitôt. L'index, plus grippé, se replia avec quelques difficultés, arrachant une vive douleur au Chapelier qui poussa un gémissement contrarié. Il releva le visage, balayant la pièce du regard jusqu'à aviser sa comparse, l'air exténué. Il parvint à mettre douleurs, faiblesse et nausées de côté le temps d'étirer un sourire pâle.

" Magdalena... Vous voyez ? Je vous l'avais dit : l'opération est une réussite totale. "

... Ceci jusqu'à voir les traces sanguinolentes qui recouvraient le sol, les tables et les murs à proximité de Vasile.

" ... Ho. "
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MessageSujet: Re: [an 003] - Sur la table d'opération. [Magdalena & Vasile]   Mar 18 Mar - 3:38
Évidemment, elle avait réussi. Ses paupières s’alourdissaient, l’adrénaline du moment l’avait quittée et elle se retrouvait dorénavant épuisée. Pourtant, elle continuait de fixer le Chapelier qui ne se réveillait toujours pas. Au moment où il aurait du ouvrir les yeux, celui-ci n’eut aucune réaction. Inquiète, pensant lui avoir fait perdre trop de sang –ou autre chose, elle n’en savait trop rien, elle glissa sa main dégantée jusqu’au poignet de Vasile et prit son pouls comme il le lui avait montré. Son cœur battait au ralenti, mais il battait. Magdalena étira son bras jusqu’au visage du nouvel androïde et laissa ses doigts flotter au dessus de sa bouche. Il respirait toujours. Elle s’imagina que le corps du Chapelier avait du mal à chasser les anesthésiants, ce qui l’empêchait de sortir de sa torpeur.

Puis il toussa. D’un bond, elle se leva et se mit à battre ses grandes paupières au-dessus de lui. Il était vivant ! Cependant, elle ne sourit pas. Ses yeux allèrent jusqu’à son nouveau bras dont les doigts bougeaient encore difficilement. Au moins n’était-il pas brisé comme Orphée ! Elle avait réussi ! Il aperçut les énormes éclaboussures de sang dans la salle d’opération. Magdalena les remarqua en même temps que lui et esquissa une grimace. Dégoutant ! Et dire que ses jupes, ses cheveux et quelques parcelles de chairs en étaient couverts !

« Vous en avez mis du temps ! Un peu plus et je jetais votre cadavre à la poubelle ! »

Même inerte sur une table, Vasile Duca lui causait des ennuis. L’inquiétude était redescendue en flèche, ses épaules devinrent molles et elle s’affaissa sur la chaise, les bras débordant un peu sur son collègue. Elle passa ses longues mains abimées sur son visage avant d’écarter les doigts pour voir le Chapelier. Elle garda cet air sévère qui la caractérisait tant pendant un court instant puis esquissa finalement un sourire, suivit d’un rire nerveux. Ce rire que l’on a lorsqu’on vient de se sortir d’une grosse aventure, qu’on a risqué sa vie mais qu’on s’en est finalement sorti. Qui a dit qu’il était nécessaire de sortir explorer le monde pour avoir des sensations fortes ? Magdalena tapota son visage, toujours pas remise de ses émotions et dit, tout bas :

« C’est la dernière fois que je fais une chose pareille pour vous. »

Ils ne pouvaient pas le nier, les deux scientifiques c’étaient rapprochés ces deux dernières années. Du temps d’Emilian, elle n’aurait jamais accepté de détenir une partie des secrets de Vasile sur la création des androïdes. Livrée à elle-même, laissée seule avec comme seul semblable un Chapelier un peu trop fou, Magdalena avait du faire un choix, elle avait décidé de se mettre de son côté plutôt que contre lui. Et malgré tout, elle ne lui faisait pas confiance. Elle ne lui confierait jamais sa vie, même si lui n’avait pas hésité à le faire. Qui oserait se reposerait sur cet homme, de toute façon ?

Puis elle se souvint l’état du laboratoire.

« Ah, oui. Vous avez sali un peu partout avec votre sang. Si vous étiez aussi puissant que les jets d’artères fémorales, je pourrais presque avoir peur de vous. »

Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: [an 003] - Sur la table d'opération. [Magdalena & Vasile]   Mar 25 Mar - 2:09
À peine reveillé et déjà, la joute verbale reprenait avec sa comparse. Tout à la découverte de son nouveau bras, le Chapelier ne réagit pas immédiatement aux propos de sa chirurgienne de fortune et il s'amusait à tester la sensibilité du chef d'oeuvre greffé à son épaule. Les doigts s'entrechoquaient dans un bruit mélodieux à ses oreilles et, s'il se concentrait, il pouvait attraper un instrument de chirurgie... Avant de le laisser tomber par terre, faut de précision. Puis il promena un regard hagard sur le laboratoire, la robe de Magdalena, son air pâle et fatigué.

" ... Inutile de prendre cet air abattu, je vais finir par croire que vous êtes celle à être passé sur cette table. Je me suis réveillé, vous avez réussi. ... Et je doute que l'artère fémorale y soit pour grand chose dans la re-coloration de mon laboratoire... À moins que vous ne m'ayez opéré la jambe sans me prévenir. "

Dans un élan de courage, Vasile se redressait déjà, basculant ses jambes par dessus le rebord de la table. Là, il s'arrêta un instant. En proie à une baisse de tension terrible, il voyait tout noir et préférait attendre que sa vision s'éclaircisse pour tenter d'autres prouesses. Il profita de ce laps de temps pour contempler son antre bien aimée. Du sang, il y en avait, oui. Absolument partout ! Le travail n'était pas propre. Mais il s'avérait être efficace ! Soudain, son regard accrocha un petit bac couvert d'un tissu, tacheté de sang frais. À l'idée de ce qu'il pouvait y trouver, Vasile fut parcouru d'un frisson.

Surprenant. Il n'avait jamais particulièrement tenu à son bras gauche. Mais l'idée même qu'il soit là, à quelques mètres de sa personne, simplement dissimulé à ses yeux, le révulsait. Aussi détourna-t-il vite son regard clair pour se concentrer sur son nouvel appendice.

Encore une fois, Vasile leva son bras à hauteur de ses yeux et fit jouer ses doigts. Serrant la mâchoire, il avait pris le parti d'ignorer la douleur irradiant dans son torse. Après moult observations, il savait que celles-ci disparaissait parfois, le temps que l'Androïde s'habitue à sa nouvelle puissance. Cela allait sûrement être son cas, non ? Après tout, n'était-il pas invulnérable ? ... Jusqu'à preuve du contraire, tout du moins.

Hardi, il planta sa main de chair sur la table d'opération, encore poisseuse de son sang, pour poser les pieds à terre.

Peut-être n'y pensait-il plus, peut-être était-il optimiste... Mais toujours est-il que sa magie, il ne la sentait plus ! Il fit un pas, puis un autre, blanc comme un linge tant l'effort lui coûtait.

" Vous voyez ? Vous voyez ? Plus de malédiction ! Je suis guérit ! Je ne suis plus maud... "

Alors qu'il prononçait ces mots, il se sentit à nouveau aspiré dans une spirale infernale. La pièce se retournait, le plafond devenait sol et les murs tournoyaient.

Sans un son, le Chapelier s'effondra subitement sur le sol. Tendant les bras devant lui par pur reflexe, il heurta le plancher dans un son métallique, ponctué d'un gémissement de douleur tandis que l'onde de choc se répercutait dans la chair encore à vif de son épaule.

Là, il demeura prostré un instant, couvert d'une fine couche de sueur froide, le teint maladif.

Peut être pas si invulnérable.
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MessageSujet: Re: [an 003] - Sur la table d'opération. [Magdalena & Vasile]   Lun 31 Mar - 3:24
Magdalena s’écarta. Si le Chapelier désirait se lever, qu’il le fasse ! Il était le mieux placé pour connaitre les conséquences de tels actes. Il chancela, tout tourna, il s’écrasa au sol. Le sang devait remonter, se remettre à circuler, faire le tour de cette petite tête chapeautée. Elle soupira, baissant les yeux sur la carcasse qui gigotait à ses pieds, se tortillant de douleur. Il devait se rendre compte de ce qui le frappait, non pas le plancher taché de sang, mais la réalité. Vasile devra vivre avec son don, l’espace distordu ainsi que ce nouveau bras qui ne répondait pas tout à fait à sa volonté.

La veuve posa un genou par terre, impassible aux pleurs du Chapelier. La savante l’attrapa par les épaules et le redressa, le forçant à s’asseoir et à garder son bras de métal près de lui. Magdalena sortit de sa manche un mouchoir blanc aux dentelles délicates et, alors que sa main soutenait le dos de Vasile, elle vint essuyer les sueurs froides qui coulaient sur son front. Elle était calme, peu encline à l’engueuler ou à se moquer de lui.

« Ne vous précipitez pas, vous venez de perdre plein de sang. »

Au bout d’un moment, elle passa son bras sous le sien –celui intact- et l’aida à se relever, comme lui l’avait fait à quelques reprises lorsqu’il subissait ses crises de folie et de violence. L’appuyant sur elle, Magdalena l’amena dans ses appartements pour le poser sur son lit. Au passage, elle botta sa vieille chemise tachée qu’elle avait laissée trainer. Si chez elle la veuve rangeait sa garde-robe et son matériel de manière stricte, à l’asile, elle s’éparpillait comme le Petit Poucet.

Elle l’abandonna un instant et revint avec un bol d’eau ainsi qu’un linge. À nouveau agenouillée, posée à sa hauteur, Magdalena passa le tissu humide sur le visage du Chapelier, puis autour de son épaule pour nettoyer le sang. Elle n’était pas douce. Elle le secouait un peu, appuyait trop fort sur les plaies. La veuve faisait de son mieux avec sa brutalité naturelle, son but n’était pas de blesser le chapelier même si ses soins ne devaient pas être des plus doux. Magdalena lâcha un long soupir.

« Vous êtes peut-être brillant, mais loin d’être fort. Ne vous agitez pas trop, laissez à votre bras le temps de guérir. »

Elle jeta le linge trempé de sang dans son bol. Quelques gouttes giclèrent. La grande femme rousse regarda Vasile dans les yeux, très sérieusement. Elle ne savait pas quoi lui dire, elle ignorait comment agir. Elle se pencha légèrement vers l’avant, fermant les yeux et laissa son front reposer contre celui du scientifique, comme si elle venait de rapprocher physiquement leurs deux esprits. Magdalena fronça les sourcils et parla tout bas :

« Il y avait du sang partout, partout ! J’ignore comment vous pouvez passer vos journées à faire de telles choses. Je préfère l’huile des machines au sang, le vrombissement des moteurs aux battements d’un cœur. »

Elle esquissa un petit sourire.

« Dites-moi, Vasile, si la souris mange le fromage, et le chat mange la souris, que reste-t-il ? »
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Vasile Duca
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MessageSujet: Re: [an 003] - Sur la table d'opération. [Magdalena & Vasile]   Mer 2 Avr - 0:37
" Ne vous précipitez pas, vous venez de perdre plein de sang. "

" Balivernes. J'arrive encore à tenir debout. "

... Ou pas. En témoignaient ses jambes inertes qui refusèrent catégoriquement de se mouvoir à nouveau contre le sol, alors que Magdalena l'incitait à s'asseoir sur son matelas. Il avait vu, sans s'en formaliser, les affaires de sa comparse qu'elle avait la sale manie de semer derrière elle. Il n'avait en tout cas certainement pas la foi de récupérer le vêtement pour l'entreposer avec le reste de ses affaires, sur l'étagère qui lui était dédiée.

" Magdalena, évitez de vous répandre dans mes appartements voulez-vous... J'ai déjà bien assez de vos gants sur lesquels trébucher lorsque vous n'êtes pas là. "

La remarque, qui se voulait acerbe, était sortie atone de la bouche du Chapelier. Douleur et déception embrumaient son cerveau. Amputé, dysfonctionnel et toujours maudit : Bel exemple du génie qui a réussi, n'est-ce pas ? Alors il se laissait juste aller, trop exténué pour ses sarcasmes habituels.

Docile, il avait prit le parti de se laisser faire. Pas qu'il ait le choix de toutes façons. Il se contentait donc de contempler d'un œil brumeux la rouquine s'affairer devant lui. Elle appuyait trop fort, essuyait à côté et étalait plus qu'elle ne retirait les restes de sangs qui traînaient encore sur l'épaule du Chapelier. Vasile grommelait, chouinait pour la forme uniquement. Son être entier n'était qu'une douleur, c'est à peine s'il sentait encore quoi que ce soit. Et pourtant elle persistait.

Le petit homme n'écoutait plus qu'à moitié les paroles de la savante. Celle-ci, front contre front, avait verrouillé son regard dans le sien. Étrangement calme, en dépit de l'échec manifeste de l'intervention (la magie d'Alice avait-elle donc finit par surpasser son génie ?!), il ne cillait pas tandis qu'elle posait une autre de ses devinettes tordues.

" Dites-moi, Vasile, si la souris mange le fromage, et le chat mange la souris, que reste-t-il ? "

Les sourcils du Chapelier se froncèrent, lui donnant l'air perplexe et agacé. Puis, un rictus tordit son visage.

" Une énigme, encore ? Me pensez-vous devenu dément ? " Sans décoller son front du sien, il répondit avec le plus grand sérieux. " Rien. La souris mange le fromage, le chat mange la souris, et s'en va aussitôt parce qu'il ne traînera pas sur les lieux de sa tuerie. Ne restera donc que quelques poils et un bibelot qu'ils auront brisé dans leur course. "

La réponse, un brin acerbe et élaborée, semblait avoir vidé le savant des forces qu'il lui restait. Il tangua un instant avant de se rattraper aux poignets de Magdalena et de lui demander, avec le plus grand sérieux.

" Je suis faible, malade et maudit. Au nom de cela... Pourriez vous mettre votre haine du thé de côté un instant et m'en faire infuser un ? "

HRP : Chers lecteurs et amis... Désolée. 8D Et joyeux premier avril ! ❤ (... en retard.)

(Parce que je vous aime bien, et que vos réactions étaient trop parfaites.. Là. Gardons ça en spoiler. 8'D):
 
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Magdalena Korzha
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MessageSujet: Re: [an 003] - Sur la table d'opération. [Magdalena & Vasile]   Sam 5 Avr - 22:34
Magdalena rouvrit les yeux et regarda le Chapelier avec un air blasé. Sa réponse était insatisfaisante… si insatisfaisante. Elle fronça les sourcils, contrariée et décolla son front pour le regarder sévèrement. Était-ce là une réplique de scientifique ? Ce petit « rien » faisait tellement pitié, autant que lui. Son air changea, comme si elle n’en revenait pas. Ce qui, en effet, était le cas. Rien ? Rien !? Elle faillit en tomber sur les fesses, tant elle était exténuée.

« Rien ? Êtes-vous sérieux ?! Il y a toujours quelque chose, Vasile. »

Sans ménagement, enfin… Avec peu de ménagement, puisqu’il ne fallait pas oublié que Vasile venait tout juste de se faire opérer, Magdalena le repoussa et le fit tomber sur le lit. Il ne méritait que cela, après sa stupide réponse. Le laissant s’installer –parce qu’il était hors de question qu’elle le borde, la veuve se redressa sur ses longues jambes, attrapant le bol d’eau tiède et bottant sa vieille chemise tachée sous le lit.

« Je suis faible, malade et maudiiiiit, gna gna gna ! Je suis Vasile Duca et je fais teeellement pitié ! Je vous ai connu avec plus de dignité. »

Elle partit un instant nettoyer son bol et revint bien vite. Mains sur les hanches, elle regarda le pauvre, pauvre Chapelier qui se tortillait, là, souffrant comme si les plaies d’Égypte venaient de s’abattre sur lui. Et dire qu’il y a quelques minutes à peine, elle était si près de lui, à confier craintes et ressenti. Hélas, Magdalena demeurait instable dans son attitude, éternelle femme.

Puis elle éclata de rire. Lui faire du thé ? Ah, elle n’éprouvait pas suffisamment de compassion à l’égard du Chapelier pour faire une telle chose. Vasile était-il venu lui faire une tasse de café lorsqu’Emilan Korzha était décédé ? Elle chassa la question puis, un brin calmée, elle s’assied sur le lit, près de son collègue. La savante posa ses mains sur sa jupe, mais les retira bien rapidement lorsqu’elle effleura le sang séché, préférant mettre ses doigts sur les draps propres.

« J’espère que vous n’avez pas prévu de vous tortiller comme une larve en vous lamentant sur votre sort bien longtemps… » Elle soupira. « Je quitte cet endroit. L’asile, Bucarest, la Roumanie. »

Sa vague d’énergie –destructrice- venait de repartir. Magdalena était pensive, presque lointaine.

« Oh, pas pour toujours. Je reviendrai dans un an ou deux. Je pense aller à Emerald. Cette ville est un joyau de la science, vous savez ? Il y a, bien sûr, d’autres raisons. Des raisons qui vous paraitront sans aucun doute idiotes. »

La mélancolie, le deuil, ces petites choses que le Chapelier ne savait éprouver.
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Vasile Duca
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MessageSujet: Re: [an 003] - Sur la table d'opération. [Magdalena & Vasile]   Dim 18 Mai - 23:19
Les yeux grands ouverts, fixés au plafond qui lui faisait à nouveau face, un murmure inaudible s'échappa des lèvres du Chapelier aisément choqué avec tout ce qui lui arrivait. À force de tâtonner, il avait fini par se hisser en une position semi assise contre son oreiller et, rapidement, porta sa main valide contre son front, jurant à chaque fois qu'un vertige semblait retourner son pauvre cerveau.

" Pitié ! Je n'ai pas besoin d'entendre vos remontrances en plus du reste ! "

Sa main quitta son perchoir tandis qu'il basculait sa tête en arrière contre le mur frais. Maladif, la migraine qui le torturait avait de quoi le faire douter de ses chances de survie. Il roula des yeux, avant d'accrocher le regard de Magdalena. Bien malgré lui calmé par les paroles de la savante, il poussa un long soupir. Non, il n'était pas en l'état d'être digne. Il n'avait pas l'envie d'être digne. Digne au nom de quoi ? Celui de vivre avec un appendice éraillé et une magie écrasante qui l'empêchait d'aligner deux pas ?

" Pensez-vous que j'aime cette situation ? Je ne me complaît pas dans le rôle de la victime. " Ses doigts androïdes se replièrent légèrement tandis qu'il les contemplait. " Je m'attendait simplement à.. Autre chose. "

Une main fonctionnelle, une malédiction éradiquée, une renaissance du Chapelier ! Le soupir de Magdalena le tira de ses songes et il braqua à nouveau son regard clair sur son visage. Devait-il s'attendre à d'autres critiques ?

Pire.

" Je quitte cet endroit. L’asile, Bucarest, la Roumanie. Oh, pas pour toujours. Je reviendrai dans un an ou deux. Je pense aller à Emerald. Cette ville est un joyau de la science, vous savez ? Il y a, bien sûr, d’autres raisons. Des raisons qui vous paraîtront sans aucun doute idiotes. "

Le savant releva subitement la tête avant d'immédiatement regretter son geste. Ses doigts humains se pressaient contre sa tempe le temps que la tête cesse de lui tourner et il darda un regard de détresse sur sa comparse.

" Emerald ? Vous n'y songez pas sérieusement ? " Un éclair de fureur traversa son visage. " Qu'est ce que cette ville de... grosses têtes prétentieuses vous apporterait ? "

Il lui avait alors attrapé le poignet, doucement, n'étant de toutes façons pas capable de brutalité. Voilà que l'une de ses seules alliées fichait le camp, et que lui, pauvre pitoyable Chapelier cloué au fond d'un lit, n'y pouvait absolument rien.

" Si votre décision est faite, je ne suis pas en l'état de vous faire changer d'avis. Promettez-moi que vous reviendrez. "
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Magdalena Korzha
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MessageSujet: Re: [an 003] - Sur la table d'opération. [Magdalena & Vasile]   Jeu 5 Juin - 22:47
« Alors cessez de vous comporter comme telle ! »

L’avait-il entendu se plaindre lorsqu’elle avait perdu Emilian Korzha ? Non. Magdalena tortilla ses mains, frotta entre eux ses doigts sur lesquels elle sentait toujours le sang s’imprégner. Un frisson lui parcourut le dos alors que son regard se perdait sur la larve scientifique qui geignait dans le lit. Puis elle lâcha la nouvelle de son départ, celle qui, peut-être ébranlerait leur relation.

Elle posa de nouveau sur le Chapelier ses yeux qui, de sévères, passèrent à lourds et sombres. Elle en avait besoin. Magdalena le regarda s’agiter, se prendre la tête à cause de son don et également se laisser emporter par l’émotion. La veuve leva vers le plafond un air exténué. Non pas à cause du Chapelier qui semblait en grand désaccord avec sa décision –elle en était presque surprise- mais par rapport à sa situation.

« La paix, Vasile. Emerald m’apportera la paix. »

Pourtant, ils n’étaient pas en guerre. C’est ce que penserait Vasile, selon elle. La paix de qui, de quoi ? Elle cherchait la paix au fond d’elle-même. Les fluctuations désordonnées d’idées et d’émotions qui surgissaient dans son esprit la déconcentraient de son but, celui de la science. Elle créait, mais ses machines lui paraissaient vides et froides. Impersonnelles. Ce qui était un obstacle immense à tout son processus d’inventeur. Elle avait laissé trainer ce problème trop longtemps, ce disant que le temps arrangerait les choses mais, chaque jour et chaque nuit, elle se rappelait. Le détachement et la froideur, hélas, ne faisait pas tout. Encore moins chez une femme.

Et il saisit son poignet. La savante fut surprise, immobilisée un moment. La dernière fois qu’il avait posé ce geste, c’était lorsqu’il l’avait empêché de couper la mauvaise chose lors d’une opération, sauvant ainsi la vie de son cobaye. Magdalena s’inclina vers le nouvel androïde, sérieuse avant d’étirer un grand sourire.

« Je reviendrai, si vous n’êtes pas mort avant. »

Dieu seul savait comment Vasile Duca avait pu survivre pendant trente ans.
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Vasile Duca
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MessageSujet: Re: [an 003] - Sur la table d'opération. [Magdalena & Vasile]   Mar 8 Juil - 2:14
La paix ? La paix de qui, la paix de quoi ?

Non, Vasile ne comprenait pas. Comment pourrait-il ? Jamais il ne s'était lié à quiconque de la façon dont elle l'avait été à Emilian. Sociopathe et solitaire, il n'avait laissé qu'un nombre extrêmement restreint d'êtres vivants mettre le pied dans son cercle intime et jamais, ô grand jamais il ne s'avouerait pareils attachements.

Et pourtant, il était là, geignant pour une jeune androïde qui l'avait maudit. Agonisant dramatiquement parce que sa comparse annonçait un départ imminent ! Si tous partaient, le trahissaient, l'abandonnaient... que resterait-il du Chapelier ? N'avait-il accordé sa confiance qu'en pure perte ?

Incapable de réflexions claires, Vasile dodelina de la tête, les paupières lourdes. L'émotion, la fièvre et la douleur n'arrangeaient rien, il fallait l'avouer. Pas assez fort pour étreindre le poignet de Magdalena, il laissa sa main là, songeant un moment à ce qu'elle disait.

" Mourir ? Ho, je ne mourrais pas. J'ai tant à faire ! Tant à faire... "

Absolument pas en état de l'empêcher de partir, aux prises d'un vertige sauvage, il laissa sa tête se reposer contre son épaule, silencieux un bref instant seulement. Puis il se redressa, recouvrant l'espace de quelques secondes l'étincelle qui animait habituellement son regard de Chapelier. Celui qui signifiait qu'il était toujours là, quelque part. Il considéra Magdalena un moment, d'un œil neuf.

" Que ferais-je si j'ai d'autres nouveaux projets ? Pourrais-je vous joindre ? Vous, me contacterez-vous au moins ? "

Son regard à nouveau se voila d'épuisement et de lassitude. Quelle horrible sensation que celle d'être dans la peau d'un homme banal, émotif et malade !

" J'attendrai votre retours, alors. "

HRP:
 
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Magdalena Korzha
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MessageSujet: Re: [an 003] - Sur la table d'opération. [Magdalena & Vasile]   Jeu 10 Juil - 4:48
Magdalena cessa de charrier le Chapelier sur son état. Il venait de se faire maudire par sa fidèle Alice, il se réveillait à peine d’une douloureuse opération et allait se retrouver sans le plus grand génie de la Roumanie ; il y avait de quoi se plaindre. Un peu. Pas trop, mais un peu. Mains sur sa jupe, elle frotta l’épais tissu de celle-ci, distraite, regardant la pièce autour d’elle. Oh, sa chemise tachée… berk. Son nez se plissa et la savante se dit que ce n’était pas nécessaire de la ramasser. De toutes manières, elle était perdue.

« …Comme vous reposer. »

Ajouta-t-elle, voyant que Vasile était toujours en proie aux supplices de sa malédiction. D’une main, elle attrapa son épaule de chair pour le stabiliser, l’empêcher de chanceler et rester bien droit. Elle était peut être dépourvue de compassion mais pas de bon sens et il n’était pas nécessaire que le Chapelier tombe en bas de son lit en croyant que celui-ci se renversait. Sa main se leva et vint attraper sa mâchoire. Elle avait fait un effort pour être douce, mais sa sévérité et son agressivité rendait sa poigner dure et loin d’être délicate. Magdalena redressa le visage du roumain, qu’il cesse de se ramollir et garde sa fierté qui lui était bien propre.

« Je n’ai aucune obligation envers vous, Vasile. Vous n’êtes ni mon père ni mon mari, encore moins mon amant. »

Ces mots étaient celle d’une femme vexée mais, à la regarder quelques secondes, Magdalena ne l’était pas. Elle demeurait même plutôt calme, lâchant la mâchoire de son comparse. Elle enchaina, parlant comme si elle lui faisait une immense faveur.

« Je crois cependant qu’il serait en notre faveur de tenir une correspondance. Comme vous êtes apprécié à Emerald autant que partout ailleurs, nous devrons faire attention. Je ne tiens pas à ce qu’on me lapide pour communiquer avec le craint et redouté Vasile Duca. »

Même si, lorsqu’on le connaissait, celui-ci apparaissait relativement inoffensif, lorsqu’il ne plongeait pas ses doigts de sang froid dans le corps d’un cobaye encore vivant, à peine assommé d’éther. Magdalena laissa sa main retomber sur le bras humain de l’homme alité, sans l’empoigner juste posé dessus.

« Lorsque je reviendrai, l’esprit apaisé, nous commenceront d’autres projets. Des projets différents. »

Puis ses yeux bleus le regardèrent une dernière fois. Ce fut un long échange, communicatif, qui se termina sans mot, avant que la Magdalena Korzha se lève une fois pour toute et quitte l’asile.
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Vasile Duca
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MessageSujet: Re: [an 003] - Sur la table d'opération. [Magdalena & Vasile]   Dim 13 Juil - 2:06
Vasile, le terrible Vasile Duca s'était contenté de hocher la tête lentement aux propos de sa comparse. Docile pour une fois, par pure nécessité, il avait perdu l'envie d'argumenter. Tout avait été dit, et il n'était certainement pas en l'état de la contredire, encore moins de la retenir !

Il n'avait pipé mot au cours de leur précieux échange, l'esprit et le corps épuisés des derniers événements, et lorsqu'enfin elle rompit leur contact visuel, il s'affaissa légèrement sur sa couche.

" D'autres projets, oui, d'autres plus grands. "

Pour être franc, il ne su même pas si elle avait entendu ses dernières paroles, des promesses de retrouvailles lourdement sous-entendues dans chacune d'elles. Il ne su pas non plus combien de temps il demeura à fixer le mur, ni même quand est-ce qu'il était finalement tombé, embrouillé et groggy sur sa couche.

La chose certaine, en revanche, c'est qu'à son réveil... Il était seul.
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