Alea jacta est

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Alice Liddell
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Alice Liddell
Jeu 16 Jan - 23:43
Alice avait été attirée par le casino tel un papillon attiré par la lumière. Le bateau qui lui avait fait traverser l'océan l'avait laissé sur les quais, les jambes pantelantes, le corps rompu. Passer des heures prostré entre des corps transpirants, dans la moiteur de la cale (à défaut de véritables cabines) n'était pas la meilleure expérience qu'elle ait connu. Respirer l'air de la ville lui avait paru aussi savoureux qu'une promenade dans l'air pur des montagnes. Se promenant dans les rues, s'extasiant devant les habits (si folkloriques) des habitants, Alice s'était stoppée devant le casino.

Elle qui continuait à penser que les maisons closes étaient des salons pour grandes dames, elle crut avoir encore trouver un lieu réservé aux privilégiés. Un lieu empli de secrets et de merveilles.

Se rendant compte qu'elle n'était guère présentable, Alice avisa une auberge. Devant patientaient des chevaux. Alice plongea sa tête dans leur abreuvoir, faisant fi de leur surprise devant cette humaine qui souillait leur eau. Frottant son visage et ses bras afin d'en ôter la sueur et la poussière, la jeune fille se contenta de cette brève toilette pour faire son entrée dans le casino.

Les lumières clignotantes assaillirent ses rétines, rapidement accompagnées du brouahaha ambiant qui emplissait ses oreilles. Collant ses mains contre ces dernières pour étouffer le bruit, Alice essaya de comprendre où elle avait atterri. De drôles de machines s'alignaient, parcourues de lumières vives. Sur des tables au tapis vert étaient jetés des cartes, et des jetons. Jetons que tous les occupants du lieu semblaient vouloir posséder à tout prix. Peut-être était-ce la monnaie du pays ? Peut-être ici tout se payait avec des jetons de couleurs ?

— J'peux vous aider ?

La voix la fit sursauter. Une serveuse se tenait devant elle, habillée comme les dames de la maison close en Allemagne. Mais elle avait un air bien plus farouche avec son tic de se mordre la lèvre, et son regard qui lançait des éclairs à Alice. Le corset qu'elle portait semblait vouloir faire sortir ses seins tant il était serré. Elle tenait son plateau couvert de boissons comme s'il ne pesait rien, prouesse qu'Alice saluait d'un oeil admiratif.

— Je... Je...

Il fallait bien lui répondre quelque chose à cette femme. Prenant son courage à deux mains, la remerciant de n'avoir pas relevé sa nature d'Androïde (peut-être que personne ne s'en souciait ici), Alice lança :

— Je cherche une fée !

Peut-être s'en trouvait-il une ici ?
Alice Liddell
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Morrigan d'Avalon
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Morrigan d'Avalon
Mer 19 Fév - 17:53
Spoiler:
 


Être sorcière avait peut-être de nombreux inconvénients... enfin, c'est ce que le grand nombre pensait : regards hostiles, remarques désobligeantes, violence et persécutions, mais quand on savait être une sorcière très fine, on pouvait espérer passer pour le commun des mortels. Il s'agissait de rien de bien insurmontable : soigner les verrues, ranger les balais et les chapeaux pointus, ne pas montrer ses pieds carrés...
En soit, Morrigan en était capable.
Sauf pour ce qui était des pieds. Non non, elle n'a pas de pieds carrés, comprenez que ma précédente description était très largement parodique, mais elle haïssait les chaussures et, sauf en cas d'extrêmes nécessités climatiques, la sorcière va-nus-pieds faisait honneur à son nom.

Mais il y avait des avantages à être sorcière (outre le fait d'avoir des connaissances très enviables pour beaucoup) : métier non reconnu et non imposable, Morrigan s'arrangeait directement avec ses clients pour négocier du paiement de ses services.
Le rêve, quoi.
C'était donc pieds nus qu'elle se tenait accoudée au bastingage du navire qui lui avait fait traverser l'océan. Clandestine ? Certainement pas. Invitée.
Une invitée de marque, le capitaine marchand ne pouvait rien lui refuser, surtout après l'immense service qu'elle lui avait rendu, voici : un bourgeois anglais versé dans les affaires et plus particulièrement dans le commerce des épices en Inde était venu la voir pour lui commander un poison et fomenter un coup fumeux à son contact indien. À l'arrivée de celui-ci, elle était allée lui rendre visite, lui avait parlé des projets de l'anglais, avait vendu ce dernier. Les indiens sont très réceptifs aux paroles de personnes ayant un lien étroit avec la magie, et après quelques preuves convaincantes, la lumière fut faite sur cette affaire et ce qui aurait dû faire les bénéfices de l'un furent ceux de l'autre.
Et un anglais vérolé de moins, et un riche indien qui lui devait une sacrée dette, à elle.
Elle profitait d'un de ses trajets en Amérique pour visiter le fabuleux et mystérieux continent.

Pour la première fois.

Une sacrée aventure.
Si tout son être était des plus tendus et immobile extérieurement, toute son attention portée vers l'horizon, son intérieur, lui, était surexcité.
L'âme d'une enfant dans un corps d'adulte.
C'était d'autant plus vrai à cet instant.

Finalement, une ligne noire se dessina à l'horizon et l'inespéré "Terre !" retentit dans le ciel.


***
Il est vrai qu'elle tenait à ces chers petits pieds nus. Mais avant tout elle tenait à ses pieds, et elle regretta quelque peu de ne pas avoir de chaussures quand elle vit l'état des rues citadines. Brrr... et on osait faire l'éloge des villes ? Alors qu'au moins, en pleine nature, elle ne craignait pas marcher dans une substance non identifiée et potentiellement mortelle. Progressant à petits pas dans sa robe longue vert d'eau, et de petites babouches rouges et jaunes dont son hôte lui avait fait don, elle faisait voler ses yeux d'un gris métallique alentours.
Robe celtique et babouches.
Son allure était à toute épreuve.

Au moins, les babouches laissaient le pieds à l'aise et ne l'indisposait que peu. Alors qu'elle n'en était pas sûre pour ce qui était de la sanité du sol...

Soudain, une enseigne criarde, tape-à-l'oeil, le genre de "détail" qui ne pouvait qu'attirer la pimpante sorcière curieuse qu'elle était à cette heure entra ostensiblement dans son champ de vision.
Sans doute était-elle attirée malgré elle... mais d'un autre côté, il était plus que certain qu'elle le voulait bien, alors elle avait machinalement pris cette direction. La sorcière de par sa condition était amenée à côtoyer toutes les classes de la société. Elle put donc aisément les reconnaître. Essentiellement bourgeois, le milieu présentait cependant quelques personnes de basses classes venues... lancer des dés avec des personnes de la Haute.
...
Étrange pratique.
Elle commençait tout juste à comprendre le fonctionnement des "classes" ou des "cases" sociales, voilà que cela remettait en question tout son fondement.

Complètement interloquée par ce qu'elle voyait, elle resta un instant figée avant d'errer au milieu des tables et des machines de jeu tel un fantôme venu dans un autre monde avec pour seule consistance physique son ombre.
L'observation, les "faites vos jeux", et les "dés sont jetés" ne furent pas d'une grande aide. Tournant finalement sur elle-même, elle tenta de voir s'il n'y avait pas une notice, une pancarte, n'importe, avant d'entendre près d'elle une jeune femme en corset, serveuse et adroite de son métier, à n'en point douter, proposer son aide à une autre.
Aussi perdue qu'elle, vraisemblablement.

Elle espérait se rapprocher et écouter discrètement la conversation.
Mais c'était sans compter sur l'incroyable esprit de celle qui venait de répondre :

— Je cherche une fée !

Il n'était plus question de seulement écouter !
Morrigan se rapprocha franchement du duo et, sans chichis ni blabla, lança un grandiose et pétillant d'une sincère curiosité :

— Owh ! Vous avez des fées dans ce pays aussi ?!

Il est vrai qu'il était naïf de croire que les fées n'habitaient pas sur l'ensemble du globe, comme les humains, mais la phrase était davantage la manifestation d'un intérêt soudain et irréfléchi qu'autre chose.
La serveuse blonde regarda alternativement les deux énergumènes en face d'elle. Le mot "folles" ou "étrangères" -deux termes pouvant curieusement être associés dans ce contexte- passa sans doute dans sa tête :

— Ici-bas, il n'y a que la fée des jeux, vous n'avez qu'à tenter votre chance en jouant pour vous faire de l'argent, peut-être que vous la rencontrerez.

Même si l'expression "vous faire de l'argent" fut absolument incompréhensible pour la sorcière -elle savait bien que l'on fabriquait l'argent avec du métal ou du papier, il ne fallait pas la prendre pour une idiote non plus !- la perspective de pouvoir rencontrer une fée la ravissait. Posant son regard sur l'inconnue qui semblait avoir les mêmes intérêts qu'elle, elle se présenta, sans chichis ni blabla, encore une fois :

— Mon nom, Morrigan, ravie. Pourquoi cherches-tu une fée ?

La sorcière n'aimait pas trainasser.
La serveuse non plus. Considérant son travail d'informatrice comme accompli, elle se retira après avoir dit :

— Vous pouvez changer votre argent contre des jetons au guichet là-bas,
elle indiqua un coin du casino, et tenter d'augmenter le nombre de vos jetons en jouant pour grossir votre somme.

Donner de l'argent pour avoir des jetons et reprendre de l'argent.
...
L'être humain était parfois trop compliqué.

Morrigan d'Avalon
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Alice Liddell
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Alice Liddell
Jeu 20 Fév - 13:24
Quand Alice vit Morgane s'approcher d'elle, elle crut qu'elle faisait face à une fée. Aux yeux de l'Androïde, les fées étaient des créatures fantasques, capable de s'habiller de façon originale. La tenue de Morgane lui avait donc soufflé cette idée. Mais Alice déchanta bien vite face à la question de Morgane. Bon dommage.

— Ici-bas, il n'y a que la fée des jeux, vous n'avez qu'à tenter votre chance en jouant pour vous faire de l'argent, peut-être que vous la rencontrerez.

La fée des jeux. Curieux nom. Alice connaissait la fée électricité (mais seulement de nom, à chaque fois qu'elle avait demandé à Magdalena de la lui montrer, la femme avait ignoré sa question). Mais pas de fée des jeux. Si elle habitait ici elle devait être bien riche.

La présentation sans ambages de l'inconnue, dénommée Morgane, fit naître un sourire sur le visage d'Alice. Si elle cherchait elle aussi une fée elle devait être bien gentille.

Oui car, pour Alice, les fées sont de charmantes créatures capables des plus grands miracles.

Inutile de dire qu'elle déchantera vite en découvrant que les fées ne sont pas toutes charmantes.

— Alice Liddell. (Alice accompagna son nom d'une brève révérence, tenant les plis de ses jupes entre ses doigts) En fait je cherche une fée parce que... je voudrais en savoir plus sur ma mère.

Inutile de déballer toute son histoire à une parfaite inconnue. Du moins pour le moment.

Les dernières paroles de la serveuse intriguèrent Alice. La fée des jeux ne se présentait-elle que si on avait assez de jetons ? Peut-être que tous ces hommes jouaient pour espérer pouvoir la voir, et payer un droit de passage. Au final ça tenait à la route.

— Dites et si on s'entraidait ? Je pense qu'il faut qu'on gagne un certain nombre de jetons pour pouvoir voir la fée des jeux. J'ai toujours entendu dire qu'avec les fées tout marche par un échange. Peut-être que si on gagne assez on pourra la voir.

Alice était certaine du bien-fondé de son raisonnement, sautillant presque sur place. Elle se ruait déjà vers une des caisses quand elle se rappela qu'il fallait de l'argent. La jeune fille retourna ses poches, les vidant pour compter les pièces. Elle tendit sa main à Morgane où ne résidait que de la petite monnaie, mélange de pièces de pays européens.

— Vous pensez qu'avec ça, j'aurais assez ?

La pauvre enfant semblait presque dépitée d'être si pauvre.
Alice Liddell
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Morrigan d'Avalon
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Morrigan d'Avalon
Sam 22 Fév - 21:57
— Alice Liddell. En fait je cherche une fée parce que... je voudrais en savoir plus sur ma mère.

La sorcière haussa un sourcil. Voilà qui était étonnant. Il n'était pas courant de rechercher une fée pour de simples informations. Simplement mettre en évidence un intérêt ou une curiosité pour ses —absolument fascinantes créatures, à son humble— était beaucoup plus compréhensible.
Après, les fées étaient principalement recherchée pour les dons qu'elles pouvaient octroyer.
Toujours est-il qu'il était plus logique de demander à son entourage des informations sur sa mère, non ? Cela ne fit que naître une certitude dans le coeur de la sorcière.
Elle était seule.
Pour recourir à un tel moyen elle ne pouvait qu'être seule.
Et cela était plus que suffisant pour attirer la sympathie de la jeune sorcière. Sympathie qui s'accrut encore en se reconnaissant dans ses maigres tentatives d'arriver à quelque chose lorsqu'elle lui montra sa pauvre fortune.

L'air grave, elle fit un hochement tête très sérieux.

"Je doute que ce soit suffisant, Alice, mais si je participe..."

Plus que tout, Morrigan détestait mentir.
Elle se pencha et releva légèrement sa robe et prit entre ses main un bracelet de cheville en tissu noir. Elle l'ouvrit et en sortit trois pièces. De belles pièces, en or. Surtout, ne demandez pas comment elle les a eu.
Elle les prit et les empila soigneusement sur les piécettes de la jeune fille.

"Voilà ! Tu es riche. Avec ça on devrait avoir de quoi allécher la fée des jeux."

Sans plus attendre, elles allèrent au guichet. Là un homme qui avait de gentleman que l'apparence les accueillit avec un sourire qui sonnait étrangement faux. Plutôt peu cordial le serviteur de la fée... hein ? Enfin, elle ne voulait pas se la mettre à dos trop vite, alors elle se montra aussi polie que possible.
Tout d'abord, un sourire rayonnant que son excitation actuelle alimentait.

"Bonjour. Ce serait pour avoir des jetons."

Et on n'oublie pas le mot magique.

"S'il vous plait."

Elle invita sa compagne à présenter leur petit trésor. L'autre agrandit légèrement les yeux en voyant la monnaie rutilante, son principal intérêt se portant bien sûr sur les pièces en métal précieux.
Le jeu était en marche, elle le prit de cours et le désarma alors même qu'il ouvrait la bouche comme pour se plaindre.

"Attention mon mignon, je suis dure en affaire..."

Et c'était vrai.
Elle le gratifia d'un agréable sourire carnassier, un regard presque bienveillant au-dessus des perles de nacre.
Le marchandage, c'était toute sa vie, et elle ne mériterait pas le nom de sorcière si elle n'était pas capable de tirer le maximum de ces trois pièces d'or échangées sous le manteau.
Alors, même si elle n'y connaissait rien aux jeux du casino, même si elle ne savait strictement pas qui était cette fée des jeux, elle comptait bien mettre toutes les chances de leur côté dés le début. Elle accorda un regard vers sa jeune complice lorsqu'elle embarquèrent enfin une réserve de premiers jetons très confortable.
Oui, même si elle ne connaissait rien à cet endroit, elle avait décidé de façon tacite avec elle-même qu'elle verrait cette fée, et aiderait Alice à la voir.

Quitte à mettre à bas les tables et à les empiler en un nouvel autel vaudou à son effigie pour l'amener ici-bas !!

"Alors ? Par quoi veux-tu commencer ?"
Morrigan d'Avalon
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Alice Liddell
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Alice Liddell
Dim 23 Fév - 12:33
Alice secouait le sac de tissu noir, faisant s'entrechoquer les jetons qui étaient à l'intérieur. La jeune fille se sentait riche comme jamais, et était heureuse d'être tombée sur une femme telle que Morrigan. Ce n'est pas tout le monde qui aiderait une inconnue à avoir audience auprès d'une fée.

— Merci Morrigan ! Je suis sûre qu'à nous deux on va tout gagner !

Heureux soient les innocents.

Comme Morrigan laissait à Alice le soin de choisir leur premier jeu, cette dernière fit le tour des tables. La roulette l'hypnotisait avec ses couleurs et ses chiffres, mais ce fut la table de poker qui finit par l'attirer. La personne en charge de la table assurait que le jeu n'était pas compliqué, et Alice en avait déduit qu'elle avait alors toutes les chances de gagner.

— Je voudrais faire une partie de poker, annonça tout de go Alice en posant son sac sur le rebord. Avec mon amie.

L’œil expert du croupier associa le mot "pigeon" à ces deux femmes qui semblaient ne rien connaître des règles du casino. Mais, bon prince, il expliqua rapidement les règles du jeu.

Des règles qui eurent vite fait d'embrouiller Alice. Tout était histoire de combinaisons, de couleurs, de chiffres. Elle retint simplement que certaines cartes étaient plus fortes que d'autres, et que l'important était d'avoir la meilleure combinaison.

Alice hocha la tête et demanda à ce que Morrigan joue avec elle. A deux contre le croupier, elles étaient certaines de gagner ! S'asseyant sur un des tabourets entourant la table, Alice attendit que le croupier distribue les premières cartes. La jeune fille les prit en main, les regarda... et montra sa main à Morrigan en s'exclamant :

— Regarde ! J'ai la reine de cœur ! Elle ressemble à Roscat ! Mais si, tu la connais. C'est la Reine de Roumanie !

On ne lui avait pas expliqué à Alice qu'on n'annonçait pas le contenu de sa main à toute la salle.
Alice Liddell
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Morrigan d'Avalon
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Morrigan d'Avalon
Mer 26 Fév - 22:42


La sorcière balança sa tête au-dessus l'épaule de la jeune femme, ses mèches d'ébènes balayant son dos dans le même mouvement. Regardant les cartes, la main d'Alice, elle remarqua — enfin — que celle-ci n'était pas exactement humaine.
Oh... Ohoh ! Ne put-elle s'empêcher de penser.

Morrigan n'était pas vraiment en état de s'attarder sur la part d'humanité d'un être et celle d'un autre.. entre fées, sorcières, sorciers, malédictions en tout et autres créatures ou phénomènes du même genre, elle serait bien incapable, elle, vivant au milieu de tout cela, dans ce monde, et étant l'une des rares à les remarquer peut-être, de porter une quelconque importance à ce genre de "détail". Alice lui était sympathique, c'était là tout ce qui lui importait.
C'est pourquoi, avec un éternel sérieux et grande conviction et acquiesça.

"Pour sûr, ce doit être une belle femme !"
dit-elle en parlant de la reine Roscat mais en ayant les yeux rivés sur la carte.

Elle n'avait sans doute pas mieux compris les règles de ce jeu que sa partenaire, et son petit doigt de sorcière lui soufflait qu'elles n'avaient pas choisi le plus simple pour s'attirer les bonnes grâces de la fée des jeux.
N'importe, voyant les regards amusés et lubriques — bien qu'il s'agisse là d'une forme de lubricité nouvelle à laquelle Morrigan n'était pas habituée, elle fut tout à fait capable de l'identifier —, la sorcière rejeta la tête en arrière, rompant pendant un bref instant la ligne directrice du jeu, le jeu de bluff, le jeu sous table, les jeu des dupes, et d'une voix absolument claire et sereine dit avec un ton de défi à faire pâlir le croque-mitaine de votre enfance lui-même :

"Eh bien quoi ? Venez donc ! Vous avez entendu ? Nous avons la reine Roscat de notre côté !!"

C'était bien sûr qu'une vague référence à ce que lui avait dit Alice, mais avec toute la pusillanimité dont elle était capable face à des hommes, ces derniers semblèrent comprendre que c'était pour de vrai. De vrai de vrai.
Pendant quelques secondes, avant de juger leurs vêtements et se rasséréner un peu. Mais tout de même, on ne prononce pas une parole aussi légèrement à moins que le fois soit un peu tant soit peu véridique, non ?
Doutes et suspicions.
Sans le vouloir, Morrigan venait d'abattre une carte redoutable.
Et elle n'était pas faite de papier.

Après quelques regards et suspicions, un premier tour passa, un second. Bluff et autres affaires scéniques eurent lieu sans que les jeunes femmes ne s'en rendent compte : pour cause, elles ne connaissaient pas la valeur. de leurs cartes. Déposant, annonçant au hasard, prenant, relançant... tout dansait autour d'elles et finalement...

Morrigan se pencha vers son voisin.

"Dites-moi, c'est bien un As, un Roi, une Dame, un... serviteur ? et Dix ?"

L'autre la regarda avec des yeux ronds... les regarda toutes les deux avec des yeux ronds.
Bluff ?
Avaient-elles réellement une quinte-flush-royale ? Non, impossible. De telles novices, poussées à n'avoir plus que tris jetons au boute de quelques minutes ne pouvaient décemment pas avoir la main la plus puissante du jeu. Impossible ! Et puis, si les cartes sus-nommées n'étaient pas de la même couleur, la main était nulle.

"Fillette, les jeux sont faits, t'es fini, t'as plus qu'à perdre."

Il l'avait traiter de fillette. Elle fronça le nez désappointée. En tout autre occasion, elle y aurait réfléchi à deux fois, mais, par esprit de rébellion elle voulut croire qu'il avait tort et le lui prouver. Elle se rapprocha donc de sa partenaire.

"Je ne l'aime pas."

Elle voulait prouver qu'il avait tort, et pour cela, elles devaient gagner, et ne pas abandonner la partie.
Ce fut donc en bon âne bâté qu'elle dit :

"Relance."

Ils n'étaient plus que deux.
Les pigeons, et le gars, là, en face, que les autres appelaient le Master, et qui avait le plus grand mal à lire le jeu des deux femmes qui, incapables de comprendre les règles, ne suivant aucun mouvement, ne trahissant aucune émotions, incapables de considérer les jetons comme de l'argent sinon de simples et amusants petits objets ronds clinquants et colorés sur la table de jeu. Saisissant de voir comment l'absence de jeu pouvait devenir redoutable au poker.

Perfect Pokerface.

Même en ayant dévoilé son jeu, qui pouvait croire si elles avaient effectivement une main gagnante ? Pour peu qu'elles se soient trompées dans le nom des cartes, en plus...
Morrigan d'Avalon
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Alice Liddell
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Alice Liddell
Ven 28 Fév - 20:00
"Pour sûr, ce doit être une belle femme !"
— Non elle est moche.

Alice asséna cette confirmation en plaquant la carte sur la table. La jeune fille mentait. Roscat était une belle femme dans son genre : femme vénéneuse, veuve noire tissant sa toile grâce à son aura. Mais tout ce qui avait trait à la Roumanie déplaisait à Alice depuis son altercation avec Vasile.

Alice aurait voulu faire taire Morrigan, lui dire qu'elle ne voulait pas de Roscat comme alliée. Mais elle comprit la stratégie de la jeune femme. Après tout, ce mensonge allait peut-être leur permettre d'accéder plus facilement au bureau de la fée des jeux.

Les cartes perdirent Alice. Il lui sembla qu'elles s'envolaient de ses mains, que les visages peints se moquaient d'elle. Elle hocha vaguement la tête quand Morrigan se plaignit de son voisin. Alice avait la sensation de perdre, et ça l'énervait.

— Montrez vos jeux ! annonça le gérant de la table.

Alice posa sa main, mélange de cartes sans réel valeur. Leur adversaire annonça un carré; quatre rois et un dix. Vu son air leur adversaire était certain de gagner. Alice regarda tristement ses maigres jetons; adieu fée des jeux.

— Quinte flush royale !

Alice releva la tête. Vu le ton de l'homme, ce devait être une bonne nouvelle. La jeune fille vit le visage de leur adversaire se décomposer, entendit le gérant de la table annoncer la victoire de Morrigan. La jeune fille agrippa à pleines mains les jetons qu'on poussait dans sa direction. Il y en avait plus que lors de leur arrivée sur la table ! Pas de quoi faire fortune, mais ce coup de maître de Morrigan avait su les remplumer !

Comme si elle avait peur qu'on les lui reprenne, Alice fourra ses jetons dans le sac de toile. Puis d'un bond elle se leva.

— Bien joué Morrigan ! Dis, si on changeait de jeu ? On doit pouvoir gagner plus ailleurs !

Quand elles furent assez éloignées de la table de poker, l'Androïde se colla presque à son amie pour lui demander tout bas.

— Dis... Pour gagner... Tu as utilisé de la magie ? Ou tu es vraiment douée ?

C'est que c'était intriguant ce retournement de situation.
Alice Liddell
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Morrigan d'Avalon
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Morrigan d'Avalon
Lun 3 Mar - 23:23
Morrigan était bien sûr la première à être surprise de la veine qu'elle avait eu. Mais n'importe, ramenant les jetons à elles, les deux jeunes femmes purent récupérer, en plus de leur somme initiale quelques poignées de ce drôle d'argent qui avait cours ici.

— Bien joué Morrigan ! Dis, si on changeait de jeu ? On doit pouvoir gagner plus ailleurs !

La sorcière acquiesça légèrement, son visage tendue par le concentration tandis qu'elle tentait de déverser les jetons dans le sac sans en verser à côté.
Les joueurs à la table les regardaient, dépités, l'incompréhension se lisant dans leurs yeux. Les dupeurs dupés par celles qu'ils devaient duper ? Était-ce possible pour eux, de si chevronés joueurs ? Non, non...
C'était trop gros, même avec toute l'expérience du monde, on ne pouvait tout simplement pas combattre la main qui s'était abattu sur le jeu de cette parfaite inconnue, la rendait, pendant quelques instant, la plus chanceuse de la table. Suffisamment chanceuse pour réunir sans le savoir la main la plus puissante du jeu... As, Roi, Dame, Valet, et Dix de coeur.
Comme elle l'avait dit, la Reine Roscat avait été étonnamment de son côté.

Mais le plus surprenant, c'est qu'ils n'avaien pas su voir qu'elle réunissait cette main. Eux, si attentifs.
Mais rien n'avait été visible dans ses traits.
Rien non plus dans ses gestes.

Morrigan avait été une joueuse ignorante.
Réunissant par jeu les cartes qu'elle aimait bien.
Ni plus, ni moins.
C'est pourquoi...

— Dis... Pour gagner... Tu as utilisé de la magie ? Ou tu es vraiment douée ?

Elle eut un petit rire tandis que le petit duo de chanceuses s'éloignaient sous les regards entre suspicions et admiration.

"Ni l'un ni l'autre !"

Et elle éclata franchement de rire.
Que c'était drôle drôle drôle !!!

Bien...
Le sourire toujours aux lèvres, elle montra du menton les machines à sous. Ça faisait du bruit, il y avait des images qui défilaient... c'était coloré et ça donnait une ambiance de folie.

"Que penses-tu de ça ? Je me demande comment cela peut bien marcher depuis tout à l'heure."

Ces machines ne la mettaient pas vraiment à l'aise mais... elle était du genre à affronter ce genre de sentiments plutôt qu'à fuir.
Morrigan d'Avalon
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Alice Liddell
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Alice Liddell
Jeu 6 Mar - 18:27
Ni l'un, ni l'autre. Alice cligna des yeux, ne comprenant pas. Serait-ce alors le sixième sens, le sens féminin ? L'intuition ? Ou peut-être Morrigan possédait-elle un pouvoir lié à la chance qui lui permettait de toujours gagner.

La question s'effaça rapidement de l'esprit d'Alice au profit des curieuses machines qui s'offraient à son regard. Certaine que Morrigan savait ce que c'était, Alice se tourna vers elle. Et afficha une mine dépitée quand sa camarade lui avoua sa méconnaissance des secrets du casino.

Alice s'approcha des machines et vit un homme prendre place devant l'une d'elles. Glissant un jeton dans une fente, l'homme tirait ensuite un levier. Les images ralentissaient jusqu'à se stopper. L'homme poussa un grognement avant de repartir jouer ailleurs. Comprenant à demi ce qui s'était passé, Alice répéta les gestes de l'homme.

Jeton dans la fente. Tirer le levier.

Les images ralentirent pour stopper complètement. Des images de fruits se succédaient à d'autres curieux symboles. Alice n'y comprenait strictement rien. Fallait-il les aligner d'une certaine façon ?

— Je pense... Je pense que... (Alice réfléchissait tout haut) Il faut sûrement faire une suite. Aligner les images d'une certaine façon. Peut-être faut-il que les pommes soient à côtés des fraises ?

Alice se gratta la tête avec sa main de chair. La jeune fille finit par s'écarter de la machine, laissant la place à Morrigan.

— Peut-être que tu seras plus douée que moi à ce jeu.
Alice Liddell
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Morrigan d'Avalon
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Morrigan d'Avalon
Sam 8 Mar - 22:13


— Je pense... Je pense que... Il faut sûrement faire une suite. Aligner les images d'une certaine façon. Peut-être faut-il que les pommes soient à côtés des fraises ?

La sorcière acquiesça doucement, ses sourcils légèrement froncés au dessus de ses yeux argentés. Elle avait sans doute raison, du peu de ce que la sorcière avait bien pu saisir des diverses informations recueillies par ses observations. Elle regarda un temps sa camarade s'essayer à cette machine infernale. Sans grand succès.

— Peut-être que tu seras plus douée que moi à ce jeu.

La sorcière était plutôt sceptique.
Ces choses semblaient être mécaniques. Et tout ce qui était mécanique pouvait être truqué, même une sorcière défendant les anciennes traditions savait cela. Et son expérience précédente à la table de Poker n'allait certainement pas lui laisser croire que le Casino était un endroit gardant des hommes dignes de confiance que l'appât du gain n'affectait pas.
Elle glissa un jeton dans la fente, abaissa le levier.

— Alors comme cela... tu connais la reine de Roumanie ?

Les bruits ambiants et incessants des machines conférait à leur discussion un semblant d'intimité d'autant plus efficace qu'elle était mêlé aux cris de joie, de déception, aux paroles des croupiers, des joueurs, les jetons clinquants, les dés roulants et les roues tournant.
Sa machine ne lui fit pas la fête et ne lui donna rien suite à la danse des symbole. Avec un léger soupir elle lui donna deux jetons au lieu d'un seul. Si ça trouve, elle avait juste très faim et un seul jeton ne saurait être suffisant.
Elle eut un mouvement d'épaules.

— Tu n'es pas obligée de répondre" propos accompagné d'un regard zéphyréen, aussi volatile et insaisissable que le vent du même nom, calme et en attente, balayant doutes et suspicions.

Elle avait cru comprendre qu'elle ne l'aimait pas trop, cette reine.
Elle abaissa le levier.

— Moi j'étais noble.

Actuellement en robe celtique sommaire et en babouches, elle n'était pas très crédible.

— Mais c'était il y a longtemps.

Beaucoup plus crédible, même si techniquement, elle était toujours noble et que son domaine était resté défraichi, inhabité, en proie au pires rumeurs qui soient.
La machine se montra de nouveau récalcitrante. Elle lui donna trois jetons, abaissa le levier.

— Je me demandais.

Elle regarda le bras de sa camarade.

— Qu'est-ce que cela fait d'avoir un membre comme celui-là ?

La machine vomit 30 jetons pour ce qu'elle venait de lui donner, comme en proie à une indigestion.
La question était la plus innocente du monde, pour preuve, le regard dénué de sous-entendu, mais simplement curieux et réceptif à tout.

— Là non plus, tu n'es pas obligée de répondre.

La sorcière, dans les buées du Casino, était dans un état second, comme habité par la fée des jeux, peut-être. Tout ce qu'elle entreprenait ou pensait n'était qu'une esquisse inaboutie dont elle laissait la finalité à autrui et au bon Destin, si vous préférez le voir ainsi. Et aussi étrange que cela pouvait paraître... elle en était déroutante et presque effrayante à demeurer ainsi, assise sur sa chaise.
Mais étonnement apaisante, les deux mains croisés sur ses genoux.

Morrigan d'Avalon
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Alice Liddell
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Alice Liddell
Lun 10 Mar - 21:35
Le ton distant de Morrigan déconcertait Alice. Ce n'était pas agressif sur la forme, mais quand même sur le fond. Des questions un peu intrusives pour une femme qu'elle connaissait à peine.

— Vous êtes de la police ? crut bon de demander Alice, un sourcil haussé. Mais vous n'en avez pas l'uniforme, et les policiers y sont trop attachés pour s'en séparer.

Le mystère demeurait entier. Jusqu'au moment où Morrigan avoua avoir des origines nobles. Toute en franchise et, manquant cruellement de délicatesse, Alice lâcha tout à trac.

— Vu votre mise, j'aurais pas cru. Puis les dames ont l'habitude de s'attacher les cheveux.

Elle aurait même pu ajouter "J'ai vu des prostituées mieux habillées que vous". Sauf qu'Alice ne savait toujours pas que les dames rencontrées au Charivari faisaient un tel métier. Puis elle pouvait parler; elle-même se baladait les cheveux dénoués. Ce qui n'était pas des plus élégants.

Quand son état d'Androïde fut abordé, Alice baissa son regard sur les jetons qui dévalaient, petite cascade de couleur. Petite fortune qui s'amassait aux pieds de Morrigan. Répondre, ne pas répondre ?

— Je ne saurais dire. J'ai toujours vécu avec. Je m'y suis habituée.

De sa main de chair, Alice ramassa les jetons.

— Si je pouvais m'en débarrasser, je ne dirais pas non. Mais c'est impossible. J'ai une amie qui souffre beaucoup de ne pas avoir de main. J'espère un jour qu'elle en aura une.

Refermant ses doigts sur les jetons, Alice remarqua que l'ambiance avait changée. Plus lourde, plus pesante. Des regards se posaient sur son bras mécanique. Étonnant que personne ne le remarque avant. Les jeux semblaient hypnotiser les joueurs, leur retirant le sens des réalités. L'Androïde rentra les épaules, se préparant à la tempête qui allait bientôt éclater. Il allait suffire d'un mot, d'un geste.

Pour le moment le calme régnait, le calme avant la tempête.

— Tu détestes les Androïdes, Morgane ?

Qu'elle sache si cette femme demeurait une alliée ou si elle allait la jeter à la curée.
Alice Liddell
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Morrigan d'Avalon
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Morrigan d'Avalon
Jeu 20 Mar - 13:31
Morrigan ramassa ses "gains".

— Vous êtes de la police ? Mais vous n'en avez pas l'uniforme, et les policiers y sont trop attachés pour s'en séparer.

C'était tout de même un dur retour au vouvoiement, que lui prenait-il ?
Puis...

— Vu votre mise, j'aurais pas cru. Puis les dames ont l'habitude de s'attacher les cheveux.

Décidément.
La sorcière regarda l'androïde de haut en bas, puis de bas en haut. Étudiant plutôt ses paroles et en vérifiant si son apparence ne lui rappelait pas... quelqu'un. Une petite fille perdue et délaissée, encore trop curieuse mais aussi trop innocente pour comprendre le monde. Car ces mots résonnaient comme un vieux psaume à ses oreilles, un psaume désagréable et qu'elle connaissait bien.
Elle lui fit un sourire très doux et presque maternel.

Si je peux te donner un bon conseil, Alice, c'est de ne jamais juger les autres sur leur apparence."
Elle secoua la tête, ses boucles brunes dansant sur ses épaules tandis qu'elle ramenait son attention sur le sac de jetons dont elle referma le cordon, "cela t'évitera pas mal de désillusions, et de problèmes. Les hommes jouent trop... beaucoup trop sur l'apparence, l'image qu'ils veulent rendre, ils en font des masques, ils en jouent, il ne faut un rien pour tromper l'autre et arriver à ses fins..."

Elle s'arrêta là. Il n'était pas nécessaire de s'attarder plus longuement sur cette question ô combien philosophique de ce qu'est la nature humaine et ses penchants qu'elle avait eu l'immense joie de voir à l'oeuvre dés son plus jeune âge. Non, vraiment pas nécessaire. Elle se retourna pour de nouveau lui faire face, et continua tranquillement...

— Oh, bien sûr... c'est pourquoi je peux dire que je ne suis plus vraiment noble... il paraît simplement que j'en ai le sang, mais c'est tout et je n'ai pas vraiment envie de me formaliser de ça.

Ni les moyens, d'ailleurs.
Elle préférait vivre sa petite vie de sorcière indépendante et libre, c'était bien plus gratifiant... !

Elle s'intéressa par contre particulièrement à ce que lui dit son amie. Oui, bien sûr, dit comme cela, cela paraissait évident. C'est un peu comme si elle avait demandé ce que cela faisait d'avoir une bouche.
Juste "on a toujours vécu avec", mais franchement, sans bouche, ce serait un beau casse-tête !
Et vivre avec un bras ou une jambe en moins, cela devait être bien pareil alors ces nouveaux membres étaient plutôt... un bien, non ?

— Tu détestes les Androïdes, Morgane ?

L'échine de la sorcière fut parcourue d'un courant électrique qui la fit se lever d'un bond de son siège. Le sac de jetons tomba à ses pieds en un bruit sourd et clinquant, le cordon parfaitement serré étouffant une vague plainte, tout comme la sorcière, qui crut qu'un licol lui serrait la gorge. Elle manqua d'air pendant plusieurs secondes, interminables, ses yeux gris aveuglés, immobiles et sans plus la moindre lueur, comme morts, une tempête de neige obstruant sa vision, ses pensées, gelant sa raison.
Morgane Morgane Morgane.
Une voix d'homme, mort, criant son nom avec joie.
Ô Morgane, Morgane...
Une voix de femme tendre, prononcée dans un soupir... morte également.
Morgane !
Un homme, un indésirable.
Un passé, indésirable.

Elle déglutit, difficilement.
Et articula, lentement, ses vagues prunelles tentant désespérément de voir derrière ce rideau qui venait de s'abattre. Il lui semblait qu'une main était sortit d'un temps lointain et l'avait tirée en arrière. Son corps était une manifestation vide appartenant à un présent où elle n'avait plus la possibilité d'agir.
Elle ne se croyait plus là.
Elle regarda la femme devant elle, apeurée.

— C-Comment m'avez-vous appelée ?


Morrigan d'Avalon
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Alice Liddell
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Alice Liddell
Ven 21 Mar - 19:21
La sorcière lui faisait peur. Alice recula promptement jusqu'à sentir son dos heurter quelque chose; probablement une des machines à sous. Le regard de Morrigan la clouait sur place. Une aura émanait de la femme, quelque chose qui rappelait à Alice des souvenirs lointains. De vieux principes qu'elle avait jeté à bas en coupant ses liens avec Vasile, et par extension, avec la Roumanie.

La magie.

La magie filtrait de tous les pores de Morrigan. Bien différente de celle qui pouvait émaner d'une personne possédant un simple pouvoir. C'était une magie bien plus puissante, bien plus ancienne. Celle maniée par les fées et les sorcières.

— Je... Je m'étais trompée... Désolé. J'ai parfois du mal avec les prénoms étrangers, je... Morrigan...

L'appeler Morgane n'avait été qu'une erreur involontaire. Comment Alice aurait pu prévoir qu'une si petite erreur allait entrainer une telle colère ?

— Je suis désolé si je t'ai vexé. Oublions ça, et allons voir la fée des jeux. D'accord ?

Alice n'osait pas même approcher de peur que Morrigan y voit un acte de violence. Et ne l'attaque en voulant se défendre.

La dispute entre les deux femmes avait attiré l'attention des autres joueurs. Alice percevait des murmures autour d'eux, bruissement rappelant le bourdonnement d'une ruche. Un joueur se leva de sa table pour les approcher. Alice comprit rapidement ce qui l'attirait : son bras, qui brillait sous les lumières du casino.

— Dites, elle est pas commune votre prothèse. Vous seriez pas un des Androïdes dont on parle beaucoup en Europe ?

Alice aurait voulu secouer la tête, nier, mais la preuve était là. Personne d'autre qu'un Androïde ne pouvait avoir un bras comme le sien. De toute façon la question était purement rhétorique.

— Les Pères Fondateurs offrent cher pour avoir un des vôtres.

La jeune fille ne voyait absolument pas de qui il parlait, mais de toute évidence, elle n'avait pas envie d'approcher ces personnes. Surtout que cet homme semblait vouloir faire usage de sa force pour l'y emmener. Alice le vit plonger sa main à l'intérieur de son veston. Par instinct, par pure envie de se défendre, Alice tendit son bras. Et dans un grand geste griffa l'homme.
Alice Liddell
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Morrigan d'Avalon
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Morrigan d'Avalon
Sam 22 Mar - 22:08

— Je... Je m'étais trompée... Désolé. J'ai parfois du mal avec les prénoms étrangers, je... Morrigan...
...
— Je suis désolé si je t'ai vexé. Oublions ça, et allons voir la fée des jeux. D'accord ?
...
Elle ne lui en voulait pas. Pas exactement. D'ailleurs, elle n'était plus vraiment apte à prendre une décision seule, ou même à émettre un avis sur la question. Elle était hors-champ. Il fallut au moins un élément perturbateur dans ce champs devenu presque magnétique, dont chaque turbulence entrainait une réaction quasi épidermique chez la sorcière, pour que celle-ci montre un intérêt vague à ce qui l'entourait.

— Dites, elle est pas commune votre prothèse. Vous seriez pas un des Androïdes dont on parle beaucoup en Europe ?

Elle cligna des yeux, plusieurs fois.
Elle était dans l'incapacité la plus totale de comprendre, mais une tension était palpable.

— Les Pères Fondateurs offrent cher pour avoir un des vôtres.

Elle cligna des yeux, encore, et plusieurs fois, encore.
L'entité amicale se trouvant à proximité d'elle fit un geste de défense instinctif qui ne fit ni chaud ni froid à la jeune femme. Les instincts primaires, elle aimait cela. Une vive chaleur naquit dans sa poitrine, jusque là gelée par le choc précédent. Elle tourna lentement la tête vers celui qu'elle considérait véritablement comme étant l'agresseur.
Lequel n'était pas seul.
Derrière lui, des masses musculaires aux yeux noirs. La perception exacte de la sorcière était peut-être quelque peu atrophiée, mais n'importe, son corps ferait le reste.

Le bref recul de l'homme — pitoyable — qui se tint le visage bariolé de carmin en hurlant — pitoyablement — à l'agression, hurlant des termes aussi insensés qu'ils démontraient tout l'aveuglement dont cette erreur de la Nature — pardon Mère Nature, mais vous serez d'accord, n'est-ce pas ? — faisait preuve en traitant Alice de monstre, d'assassin et de vermine.

— Profiteur...

Elle le piqua d'une aiguille qui lui brûla le cou.
Nouveau cri, cri de surprise, cri de douleur. Cet homme était décidément une grande gueule.

— Mais qu'est-ce que ?! Espèce de sale.... !

Ses yeux s'agrandirent comme des billes et sa bouche resta ouverte sur la syllabe mourante et il tomba en arrière. Son énorme torse se soulevait avec force, la scène, stupéfiante, avait arrêté toutes ces braves gens dans leur mouvement.

La sorcière avait des ténèbres à la place des yeux.

Elle murmurait dans sa barbe, dans un accès de pure folie.

— Profiteur. Perroquet menteur. Sale profiteur. Tu répètes des mensonges, perroquet sans cervelle. Marchand de viande humaine...

Elle l'enjamba, perdit une babouche, ne s'en formalisa pas, s'assit à même son torse. Il lui donnait envie de vomir.
Les hommes de son espèce lui faisaient perdre espoir dans l'humanité.
Ces yeux étaient devenus brillants, métallique et tranchants. Pour elle, le monde autour était un brouillard au goût de fer dans sa bouche.
Elle était sorcière, son rôle était de rétablir l'équilibre. Reprendre ce qui a été pris, ou le faire payer. Les mouvements de la sorcière étaient fluides, ses tatouages luisaient étrangement, et tout avait une allure de rituel, dans la façon dont elle dévorait l'homme, encerclait de ses jambes son buste et sa complainte, se penchait lascivement contre lui et lui murmurait à ces oreilles.
Lequel, victime immobile et paralysé, ne pouvait que se contenté de ressentir l'étrange frisson de peur monter le long de la colonne vertébrale.

— Ton tribut pour ta stupidité aveuglante.


Alors qu'elle se relevait d'un seul mouvement, elle perça de son aiguille les globes oculaires de l'homme. Scène englobé dans un silence étonnamment effrayant au milieu des machines de jeux infernales.
Perroquet muet, perroquet insignifiant, ne pouvant que pleurer des larmes de sang.

Que la fée des jeux lui pardonne, mais elle purifiait son sanctuaire.

Et c'est animée de cette pensée qu'elle releva ses yeux orageux et, toujours armée de sa redoutable aiguille, était prête à bondir sur le premier pantin humain qui esquisserait un geste vers elle.
Il n'y avait plus grand chose d'humain en elle. À cette heure, elle tenait plus de la sorcière et de l'animal.

Et elle comptait bien protéger Alice.
Réflexe, instinct, devoir.

Morrigan d'Avalon
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Alice Liddell
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Alice Liddell
Dim 23 Mar - 21:27
Oubliée la fée des jeux, oubliée la fête, oubliées les couleurs.

Désormais c'était une sombre fée qui régnait sur le casino. La fée de la Mort, drapée dans un linceul, se glissant près de ses victimes pour chuchoter des malédictions dans le creux de l'oreille.

Cette fée c'était Morrigan. Alice était terrifiée face à elle. Certes elle venait de la sauver des mains de cet inconnu qui voulait la prendre comme on s'approprie un objet. Mais toute cette violence lui avait scié les jambes. Alice se laissa tomber, sa jambe de métal produisant un cliquetis qui résonna dans le casino désormais silencieux.

Les cris explosèrent d'un seul coup. Clients, serveurs et autres employés, tous couraient en tout sens, cherchant à fuir. Alice fut bousculée dans tous les sens, tomba même, se cognant le crâne au sol. Apercevant la serveuse qui les avait informés à leur arrivée, l'Androïde se releva pour lui courir après. L'agrippant par le coude, Alice lui demanda :

— La fée des jeux, madame ? Où est-elle ?

Alice avait vu les clients laisser tomber leurs jetons. Ces derniers étaient éparpillés au sol, prêts à être ramasser. Si la jeune fille les rassemblait, elle aurait sûrement assez pour avoir une audience auprès de la fée. Le visage de la serveuse se décomposa, le teint semblable à du lait caillé.

— Pauvre idiote, cracha-t-elle en retirant son bras de l'emprise d'Alice. Il n'y a pas de fée. C'est une expression, une façon de parler. Je te conseille de fuir avant que l'autre folle se jette sur toi.

L'information laissa Alice sur le carreau. Pas de fée ? La jeune fille regarda autour d'elle, cherchant quelqu'un à qui poser la question. Mais tous étaient déjà partis et les seuls êtres présents dans le casino, hormis elle et Morrigan, étaient les victimes de la colère de la sorcière.

— Pas de fée !

Le cri d'Alice trancha le silence.

— Pas de fée, Morrigan, ils nous ont mentis ! On... on a fait tout ça pour rien !

La colère faisait trembler Alice. Oh oui elle haïssait être dupée de la sorte. Comme une gamine qu'on trompe avec des histoires de fée des dents et de Père Noël. Agrippant une table, la jeune fille la renversa. Les jetons tombèrent en cascade, roulant partout. Alice voyagea de table en table, faisant voler les cartes, les jetons, renversant les tapis verts.

Détruire lui faisait oublier sa colère. C'était comme se venger des mensonges qu'on lui avait débité. Comme purifier ce lieu du vice.

Purifier... Du feu. C'était ainsi qu'on procédait en Roumanie. Pour purifier les âmes corrompues, les fées, les sorcières, on les brûlait. Même si Alice trouvait désormais ce procédé barbare, elle songea qu'il était tout à fait approprié au vu des circonstances.

— Morrigan, tu as du feu ?

Question presque innocente alors qu'Alice tendait sa main de chair, paume vers le haut, à la sorcière.
Alice Liddell
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Morrigan d'Avalon
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Morrigan d'Avalon
Mer 26 Mar - 17:06


La sorcière, le souffle court, regardait d'en dessous la foule qui s'agglutinait sur une ligne d'horizon imaginaire et grise. Les silhouettes vaporeuses au sillage strident, enfants de cris perçants qui bourdonnaient à ses oreilles, entourait la frêle jeune femme, épicentre que fuyait cette frénésie.
Au rythme de son souffle qui s'apaisait doucement, la sorcière sentait sa tempête intérieure se calmer graduellement.
Le soufflet s'abaissait, l'adrénaline retombait, et son coeur ardent se refroidissait doucement.
Seul le tambour de sa tempe persistait, battant son être, soulevant son coeur et, doucement, elle se détacha de sa victime, guidée par ce son intuitif.
Il criait ce son.
Il criait qu'elle était en vie.

Comme ivre elle subissait le contre-coup de cet accès de rage, de pure possession magique.

La paralysie de sa victime s'estompait doucement, quelques gémissements, étouffés par les cris, restaient sourds, s'échappant vainement de la bouche de l'homme.
Elle n'eut plus la moindre attention pour lui et s'en éloigna doucement. Ses pieds nus effleurant le sol qui lui paraissait être le pont d'un navire tanguant sous ses pas, elle s'assit dans un fauteuil de velours, reposa sa tête sur le dossier, le menton levé en expirant doucement. Croisant les jambes, le regard dans le vague et les alentours reprenant doucement leurs couleurs réelles au milieu de son univers onirique, elle avait une certaine majesté.. au mains sanglantes.

Mais cela lui fit du bien de s'écarter ainsi de cette furie qui l'avait hantée.

— Pas de fée !

Une vois amicale retentit dans l'espace. La conscience de la sorcière revint à elle.

— Pas de fée, Morrigan, ils nous ont mentis ! On... on a fait tout ça pour rien !

Alice l'avait rejointe.
La sorcière regarda son amie. Sa crise était encore trop récente pour l'habiter de nouveau alors qu'elle venait de s'en défaire, mais, par un curieux phénomène, toute sa furie semblait être passée chez l'androïde.

— Morrigan, tu as du feu ?

Elle lui répondit d'un sourire. Elle savait… elle pouvait deviner ce à quoi pensait la jeune femme. Et si ses yeux pouvaient produire des flammes comme il en brillait dans ses prunelles, cet endroit aurait déjà pris feu.
Et elle était effrayante.
C'était un doux écho à ce qu'elle venait d'être.
Morrigan, à cet instant précis était plus proche que jamais.

— Le feu… bonne idée.

Elle lui tendit une mèche d'amadou et sa pierre qu'elle sortit de sa ceinture.

— À toi l'honneur…

Car cet endroit était définitivement le repère de tout ce qu'elle avait pu détester d'hommes et de vices.

— Mais avant, il nous faut du combustible…

L'endroit était désert… elle avait porté son regard sur la marque sanglante, mais l'homme avait disparu.
La sorcière eut soudain une idée… et se rendit vers la caisse, trouva une impressionnante porte, sans doute de coffre-fort… tout ce dont elles avaient besoin pour mettre le feu se trouvait derrière.

Elle regarda Alice, puis son bras…

— Tu crois que tu pourrais….. ?

Morrigan d'Avalon
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Alice Liddell
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Alice Liddell
Mer 26 Mar - 19:54
Alice glissa la mèche d'amadou et la pierre dans l'une des poches de sa robe. Suivant Morrigan elle inspecta la porte. Regarda la sorcière. Puis sa main. Alice fit bouger les lames qui lui servaient de doigts.

— On peut essayer.

Les lames savaient trancher la chair humaine; en était-il de même avec le métal ? Alice tapa avec son poing de chair, faisant résonner le son. Le métal avait tout de même l'air assez épais. Tendant une des lames qui lui servait de doigt, Alice essaya de percer le métal. Poussa. Sentit une résistance. Poussa encore.

La lame traversa le métal. Alice essaya de pousser sur le côté pour agrandir l'ouverture mais elle manquait de prise. La jeune fille ajouta d'autres lames. Usant de ses lames comme d'un ouvre-boîte, Alice agrandit l'ouverture. Désormais la partie droite de la porte était ouverte en un demi-cercle approximatif.

— Je pense que c'est suffisant. Mais je ne ferais pas ça tous les jours.


Alice grimaçait. Une douleur sourde parcourait son membre de métal. Il n'avait pas du tout conçu pour ce genre de tâches.

Citation :
Je ne sais pas ce que tu voulais chercher à l'intérieur donc je te laisse la suite.
Alice Liddell
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Morrigan d'Avalon
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Morrigan d'Avalon
Lun 31 Mar - 15:12


— C'est parfait !

La sorcière passa auprès de la jeune femme et lui prit doucement l'épaule :

— Ça va ?

On ne la faisait pas une sorcière, les micro-expression de douleur, elle connaissait et avait été formée pour les alléger ou les empirer. Elle glissa une feuille dans la paume d'Alice.

— Tiens, mâche ça. Ça te soulagera.

Et sans plus attendre, elle se faufila dans les maigre ouverture, sa fine taille n'éprouvant aucun problème à passer au travers. Une fois dans le coffre, elle découvrit un immense caisson, de la taille d'une pièce, plutôt basse de plafond, longue et emplie de billets et de coffrets, eux-même bien garnis. Bingo ! Pile ce qu'elle cherchait, et en voyant les caissons, elle eut même une nouvelle idée, en pris deux qu'elle fit passer par l'ouverture, puis quatre, puis six… Quand elles en eurent dix, la sorcière rejoignit sa camarade avec une brassée de billets verts dans les bras qu'elle fit s'échouer sur une table de jeu, puis vida huit caissons avant de jeter par-dessus les caisses en bois.

— Et voilà notre Autel !

Elle frôla des pieds les deux coffrets restants :

— Et notre cadeau.

Puis, avec un grand sourire angélique dédié à l'androïde, elle montra de son bras victorieux la montagne de billets :

— À toi l'honneur ~ !

Morrigan d'Avalon
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Alice Liddell
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Alice Liddell
Lun 31 Mar - 22:37
Alice grimaça en mâchant la plante que lui avait donné Morgane. Amer. Désagréable. La jeune femme fronça le nez et tira la langue. Mais au moins la plante était efficace. La douleur s'était estompée dans son bras. Ne restait qu'un vague picotement.

Ainsi l'Androïde put aisément aider Morrigan à transporter les caissons, renversant le contenu, jetant les caissons. Une pyramide de bois et de billets verts trônait désormais devant elles.

Ne restait qu'à mettre le feu. Alice ressortit de sa poche la pierre et la mèche d'amadou. Suivant les conseils de Morrigan, l'Androïde réussit à ce que l'autel prenne feu. Les flammes léchèrent les billets telles de multiples langues avides. Alice sentit la chaleur du brasier sur son visage mais elle ne reculait pas, fascinée par la danse du feu. Les billets devenaient noirs, de même que les caissons. Des crépitements résonnaient dans ses oreilles, des étincelles venaient mourir à ses pieds.

Le feu brûlait. Le feu détruisait.

Alice fit rouler une table jusqu'au brasier. Les flammes se jetèrent sur le bois, multiples salamandres se multipliant à chaque fois qu'Alice leur offrait un nouveau repas.

Retrouvant ses esprits, la jeune fille remarqua que le feu avait grimpé le long des murs, s'était étendu. La chaleur devenait suffocante, la peau d'Alice était devenue rouge et luisante de sueur.

— ... Où est la sortie ?

Bonne question à laquelle il allait être urgent de répondre. Alice regardait de tous côtés mais ne voyait que le feu. Partout, omniprésent. Dangereux. Elle venait de lâcher un fauve qui allait probablement se retourner contre elle et la sorcière.
Alice Liddell
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Morrigan d'Avalon
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Morrigan d'Avalon
Mar 1 Avr - 22:39


Le feu prit, le feu partit, et la fumée dévora le plafond, s'enroula autour des murs et piqua les yeux de la sorcière avant d'encombrer sa gorge.
Est-ce que par hasard elles avaient oublié un détail important ?

— ... Où est la sortie ?

Ah...
C'était une très bonne question. Mais face à l'évidente inquiétude de sa comparse, la sorcière voulut faire bonne figure, surtout que c'était elle qui était en grande partie responsable de tout ce beau bordel, permettez que j'emploie le terme !

— Eh bien... je crois que le mieux serait... de s'en créer une ?

Elle alla rapidement à une fenêtre en espérant pouvoir l'emprunter, après tout, elles n'étaient pas bien haut au-dessus du sol, deux jeunes femmes comme elles n'auraient aucun mal à sauter et à s'en sortir indemne. Malheureusement, des forces de police en plus de pompiers se tenaient en bas, alerté sans doute de ce qui s'était passé par les gérants ou les clients. Tout cela n'allait pas être une mince affaire.

La respiration de la sorcière se faisait de plus en plus difficile... n'importe, quelle que soit la situation, il fallait trouver une solution, et le mieux était d'aggraver leur cas pour pouvoir s'en sortir. oui, aggraver temporairement leur situation. Elle se retourna et attrapa à bras-le-corps l'androïde au centre de la pièce pour l'attirer dans son sillage derrière une table renversée. Rejetant en arrière ses cheveux ébènes déjà trempés de sueur, elle battit des paupières pour voir à travers la fumée et réussir à sortir d'une de ses bourse leur ticket de sortit : une perle rouge.
Comme une de ces baies empoisonnées, minuscules et toutes luisantes, qui paraît les petits buissons. Elle en avait toute une petite fiole.
Dessus était marqué la mention : danger feu.

Morrigan en prit une, regarda Alice :

— Protège-toi la tête et prépare-toi à courir...

C'était un peu quitte ou double... il s'agissait là encore de tenter sa chance.
Ce lieu était décidément un lieu de jeux de tous les dangers.
Elle se redressa soudain et jeta la bille rouge dans les flammes, revenant aussitôt en s'entourant la tête de ses bras.
En même temps, il y eut un souffle et si la table derrière laquelle elles se trouvaient n'était pas calée contre le mur par ses pieds, elles auraient été propulsée avec grande force, mais la lourde table en bois massif tint bon...

Le souffle avait avalé temporairement les flammes qui s'étaient déversées au-dehors par toutes les fenêtres en des langues feu infernales et stupéfiantes, léchèrent les murs de pierres qui devinrent rouges, se fêlant, craquelant dans une déchirure titanesque. La sorcière sauta par-dessus la table, jetant un oeil à Alice pour s'assurer qu'elle suivait bien, elle bondit à travers la pièce alors que les flammes revenaient, renaissaient... et les murs craquelaient, encore et encore...

— Ne laisse pas le feu te toucher !


Au dehors, les hommes mobilisés avaient été projetés en arrière sonnés, ou fascinés devant le spectacle, ils virent sans pouvoir régir, deux silhouette bondir hors de la bâtisse rougeoyante qui se craquelait et se craquelait encore.
Mais personne ou presque ne prêtait attention au deux femmes.

La bâtisse se craquelait et se craquelait encore, les fenêtres, devenues bouches et paupières, hurlaient et pleuraient des cris et pleurs étranges faits de bruits indistincts et venu d'un autre monde.
L'ombre habitait les lieux, dans le Casino, des flammes noires semblèrent avaler la demeure de l'intérieur, plutôt que d'aller vers l'extérieur.

Il ne resta bientôt plus qu'une place vide.
Et noire, terriblement vide et noire.

Les deux jeunes filles étaient plus loin, près des quais.
Morrigan avait mal, terriblement mal aux pieds : elle s'était enfoncé du verre qui avait parsemé le sol, et par tous les dieux dont elle connaissait le nom, cela faisait un mal de chien. N'y tenant plus, elle avait demandé à ce qu'elles s'arrêtent pour qu'elle puisse enlever le verre et banda ses pieds pour limiter les dégâts, mais craignit de s'attarder davantage.

— Il y a un bateau qui m'attend, si on se débrouille pour l'atteindre sans être suivi, il nous déposera où on voudra.

Morrigan d'Avalon
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Alice Liddell
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Alice Liddell
Mer 2 Avr - 23:12
La pause, même brève, fut la bienvenue. Alice inspira un grand coup, à s'en brûler les poumons. Elle n'avait pas tellement pris le temps de réfléchir, laissant agir son instinct, suivant Morrigan. La magie dont avait fait preuve la sorcière l'avait surprise, et attisé en elle la curiosité. Que pouvait bien cacher cette femme sous sa mine de vagabonde ? Quels artefacts se dissimulaient dans ses poches ?

Pendant que Morrigan soignait ses pieds, Alice, elle, constatait que l'ourlet de sa robe avait noirci. Probablement que, pendant la fuite, les flammes avaient tenté de dévorer le tissu. La jeune femme pesta; c'était là son unique habit et le voir ainsi abimée lui faisait de la peine.

— Il y a un bateau qui m'attend, si on se débrouille pour l'atteindre sans être suivi, il nous déposera où on voudra.

Où elle voudrait ? Alice délaissa sa robe pour suivre Morrigan qui reprenait la route. La ville avait laissé place à un paysage plus sauvage, reste des terres que les colons n'avaient pas encore totalement défrichés. Les deux femmes descendirent un chemin de terre, enjambant parfois des arbres morts.

— Si le bateau veut bien me déposer au Canada, je ne dis pas non. Je veux aller là-bas pour trouver une fée.

Et là elle était certaine d'en trouver une. Elle avait entendu nombre de voyageurs parler d'un endroit où se rassemblaient les fées.

— Dis Morrigan, tu ne m'as pas répondu tout à l'heure. Est-ce que tu détestes les Androïdes ? Ce n'est pas une question piège, tu as le droit de dire oui.


Elle voulait juste savoir, c'est tout.

En contrebas se profilaient le quai et les voiles blanches des navires.
Alice Liddell
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Morrigan d'Avalon
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Morrigan d'Avalon
Ven 4 Avr - 16:27


Le très léger baume avait quelque peu soulagé ses pieds et irradiait une fraicheur des plus agréables tout au long de ses jambes encore un peu chaudes des flammes dont elles s'étaient échappées et de la course de quelques instants plus tôt.
Elle emboîta le pas à Alice, cheminant avec précaution et regardant régulièrement derrière elles pour s'assurer qu'elles n'étaient pas suivies.

— Si le bateau veut bien me déposer au Canada, je ne dis pas non. Je veux aller là-bas pour trouver une fée.
— Oh, ne t'inquiète pas pour cela...

Même si elle n'était pas absolument certaine que son capitaine avait prévu de se rendre au Canada, il avait une dette de vie envers elle, il lui avait donc promis de mettre son bateau à son service pendant un an.

— Je pense qu'il acceptera.

Quelques troncs d'arbre plus tard...

— Dis Morrigan, tu ne m'as pas répondu tout à l'heure. Est-ce que tu détestes les Androïdes ? Ce n'est pas une question piège, tu as le droit de dire oui.


Tiens, c'est vrai, avec tout ça, elle avait oublié de lui répondre.

— Je ne sais pas. Je n'en ai pas rencontré beaucoup. Peut-être même que j'en ai rencontré sans le savoir. Pour moi, un androïde ressemble à un homme, il a des qualités, des défauts et des émotions qui l'amènent parfois à commettre des erreurs, beaucoup d'erreurs, comme tout le monde.
Comme moi.
Moi, je suis une sorcière."
Elle haussa les épaules. "Je n'aime pas les humains, je n'aime pas qu'on me catégorise dedans, mais toutes les sorcières ressemblent aux humains. Et on est pourtant mal vues par certains. Et quand ils ne nous aiment pas, c'est "nous", toutes les sorcières, mais toutes les sorcières sont différentes. Il y en a dont je n'aime vraiment pas les méthodes et pourtant ce sont mes semblables. Je suppose que c'est pareil pour les Androïdes, y'en a des bons, et des moins bons."

Elle se tourna vers Alice.

— Mais si ta question est de savoir je te déteste, toi.

Elle sourit.

— Ma réponse est : non, je ne te déteste pas.

La sorcière l'appréciait même. Même si elles ne se connaissaient que peu, Alice était une âme que Morrigan avait décidé d'aider.
Puisque le rôle de la sorcière était d'influencer le monde et les vies.
Du moins, c'était le rôle qu'elle s'était donnée.

— Toi, tu as peur des sorcières ? Pourquoi cherches-tu une fée alors que tu en es une ?

Elle avait dit cela comme l'on dit bonjour.


Spoiler:
 
Morrigan d'Avalon
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Alice Liddell
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Alice Liddell
Sam 5 Avr - 23:56
Quelqu'un qui ne détestait pas les Androïdes. Quelqu'un qui ne la détestait pas. C'était si inespéré, si soudain, que la réaction d'Alice fut des plus imprévisibles.

La jeune femme se jeta sur Morrigan avec un cri de joie qui découvrit ses dents. De loin on aurait pu croire que l'Androïde se jetait sur la sorcière tel un fauve voulant dévorer sa proie. Pas de chance le chemin était en pente. Agrippée à Morrigan, Alice l'entraina dans un roulé-boulé jusqu'au bas de la pente. L'incident accentua son rire. Elle devait être belle avec des feuilles plein les cheveux, assise ainsi à califourchon sur Morrigan collée au sol.

— Oh Morri' ! T'es trop mignonne, tu sais. Tu es la première à me dire que tu m'aimes, et que tu aimes les Androïdes.

Avec un grand bruit de bisou mouillé, Alice appliqua tour à tour ses lèvres sur chaque joue de Morrigan. Et finit par un gros bisou non pas au coin des lèvres mais sur la bouche. Parce que la jeune femme avait cru comprendre que c'était ainsi que les gens exprimaient leur affection pour quelqu'un.

— Je crois que ça fait de nous des amies. De grandes amies. Amies pour la vie !

Alice tapa dans ses mains, s'applaudissant elle-même. Sa grande robe recouvrait Morrigan jusqu'à la poitrine. Dans toute son innocence, l'Androïde ne remarquait aucunement l’incongruité de sa position. Se rappelant la question de Morrigan, soudainement le visage d'Alice se fit plus sérieux. Mais elle ne bougea nullement de sa place.

— Dans mon pays les gens n'aiment pas la magie. Moi non plus je l'aimais pas. Puis j'ai découvert que je pouvais faire des choses, comme les fées. Offrir des dons. Mais je pense pas que je suis une fée, je... Je sens pas la magie comme elle.

C'était difficile à exprimer. Alice se sentait faible, presque minuscule, à côté des fées qui respiraient la magie par chaque pore de la peau.

— Alors je veux en trouver une pour savoir. Je sais que ma mère était une fée, c'est peut-être elle qui m'a offert ce pouvoir ?

Une fée n'engendre pas que des pures fées, un peu de sang humain et la formule était changée.

— Quant aux sorcières...

Alice se pencha vers Morrigan. Sa chevelure se déroula, formant un panneau sombre qui masquait complètement les visages des deux femmes. Sauf qu'aux yeux d'Alice ce rapprochement physique n'avait rien de sexuel, il était juste plus propice aux confidences. Ce qu'elle faisait subir à Morrigan depuis tout à l'heure n'était fait qu'en toute amitié.

— J'en ai peur aussi, je les connais mal et j'en ai jamais croisé jusqu'à présent. Mais toi, Morrigan...

Le souffle d'Alice caressa l'oreille de la sorcière alors qu'elle lui faisait son ultime confession, telle la jeune vierge avouant sa faute dans l'isoloir.

— Toi je t'aime beaucoup.
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Morrigan d'Avalon
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Morrigan d'Avalon
Jeu 10 Avr - 19:11

Le souffle court et les yeux rond comme des billes papillonnant sous l'effet de surprises, interloqués, regardait l'étrange jeune femme, une enfant, qui se tenait au-dessus d'elle. Pour sûr, la sorcière n'avait rien vu venir. L'engouement d'Alice était cependant très communicatif et elle ne put empêcher sa poitrine d'être secouée d'un doux rire malgré les quelques bleus qu'elle avait récolté au passage. Il faut dire que le visage d'Alice encadré ainsi de ses mèches d'ébène désordonnés et de feuilles mortes, aussi joli, enfantin que cocasse, avait de quoi enjoué même les plus mauvais coeurs.
Cela plus sa manière de rendre innocents des gestes au sens bien particulier dans le monde des hommes laissait la sorcière toute drôle.

À la fois agréablement surprise, elle se demandait si elle était intéressée.

— Toi je t'aime beaucoup.

La sorcière passa la main dans les cheveux d'Alice pour lentement l'amener à la regarder dans les yeux, de ses yeux couleur de pluie et caressa sa joue, observant les volutes chaotiques qui entourait Alice, puissants et brouillés, reliant ce monde à une ère magique que la sorcière qu'elle était ne pourrait atteindre.

— Tu ne dois pas te sous-estimer.

Il lui était impossible de savoir l'origine exacte de cette magie en si peu de temps mais…

— Je sens beaucoup de magie en toi, mais très capricieuse. Alors, il ne te faudra pas trop t'y reposer dessus.

Ce qu'elle ne faisait sans doute pas, de toute manière, mais Morrigan préférait ne pas lui faire comprendre qu'elle serait un jour capable de maîtriser ce pouvoir. Elle-même l'ignorait, même si elle ne s'étonnait pas que la jeune fille ait pu doter des personnes de dons avec cette énergie. Elle lui fit un baiser très prude sur ses lèvres, à l'image de celui que lui avait échangé la brune et lui chuchota :

— Merci, moi c'est toi que je trouve adorable. Tellement adorable, que je me demande parfois si tu sais ce que tu fais… ce n'est pas un reproche, j'aime ton innocence, mais un jour, tu risquerais de te faire prendre.

Il ne faisait aucun doute qu'elle avait perdu Alice dans des méandres de totale incompréhension. Elle lui montra en embrassant avec un peu plus de ferveur la jeune fille, s'appliquant à y mettre toute une douceur féroce pour éduquer Alice.
Petite explication quand elle laissa retomber sa tête contre le sol — elle avait fait le deuil de ses cheveux pour cette fois :

— Ça c'est ce que font les personnes qui s'aiment énormément au point de vouloir prendre — même temporairement — possession du corps de l'autre...
Elle se rendit compte que même ainsi, ce ne serait peut-être pas clair, "... de s'accoupler, en quelque sorte."

Elle lui fit un sourire tendre.

— Je te montrerai, si tu veux, sur le bateau.

Morrigan d'Avalon
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Alice Liddell
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Alice Liddell
Dim 13 Avr - 13:05
Alice pencha la tête sur le côté, écoutant les paroles de la sorcière sans mot dire, ne bougeant pas d'un iota. Seules ses paupières clignaient. La jeune fille imprima dans son esprit chaque mot prononcé par Morrigan. Des mots pleins de sagesse et qui lui seraient utiles. C'était bien la première fois qu'on s'adressait à elle sans lui lancer des reproches. C'était inhabituel. Cela faisait... du bien.

Comme le second baiser de la sorcière. C'était bien différent de ce qu'elle connaissait. C'était chaud. Humide. Doux. Et ça réchauffait tout son corps comme si Morrigan avait versé en elle du feu liquide.

— Ça c'est ce que font les personnes qui s'aiment énormément au point de vouloir prendre — même temporairement — possession du corps de l'autre... de s'accoupler, en quelque sorte.

Alice cligna des yeux, cherchant à comprendre. Instinctivement elle caressa du bout du doigt ses lèvres encore humides du baiser.

— S'accoupler ? Comme les chiens et les chats ?

Dans les rues de la Roumanie et de bien des villes qu'elle avait traversé, Alice avait croisé des chiens errants. Faméliques. Des chats aussi. Et elle avait parfois assisté aux chaleurs d'une femelle appelant les mâles et s'adonnant à une activité qui lui était inconnue.

— Mais normalement c'est pas entre mâles et femelles que ça se passe ? C'est pas pareil chez les humains ?

A trop réfléchir elle commençait à avoir la migraine. D'un bond la jeune fille se leva et aida Morrigan à se lever.

— C'est pas grave, tu me montreras tout ça sur le bateau. Allons-y !

Comme si elles partaient faire une promenade champêtre, Alice glissa son bras sous celui de Morrigan et ainsi, bras dessus bras dessous, l'Androïde continua leur descente vers les quais. Le petit duo attira évidemment des regards; leurs tenues n'avaient rien en commun avec celui des dames de bonne condition. Alice n'en avait cure, habituée à être ainsi regardée. Elle était toute entière à observer les différents navires amarrés.

— Ce qu'ils sont beaux. Oh regarde celui-là a une sirène sur le devant. (Elle montra la figure de proue) Et celui-là un gros monstre marin. Il est plutôt rigolo.

Il n'y avait qu'Alice pour trouver un monstre "rigolo".
Alice Liddell
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