Partagez | 
 

 [Année 0003] Abreuvez-moi de science, et je vous abreuverais d'or

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : 1, 2  Suivant
La belle au bois dormant
Ronce de France
✦ Libre pour RP ? : 1 place libre.

✦ Double-compte : Alice Liddell, Sigmund Rammsteiner, Hildegarde Müller, Shísān Wǔ, Ragnar Mjöllnir, Orendi



Si on en savait plus sur toi ?
✦ Profession: Reine de France
✦ Pouvoir: Vieillissement accéléré
✦ Bric à brac:
MessageSujet: [Année 0003] Abreuvez-moi de science, et je vous abreuverais d'or   Ven 17 Jan - 23:27



— Majesté, Majesté ! Mais que diable faites-vous ?

Ronce releva la tête en entendant son conseiller, homme au corps raide et fin, sec comme un coup de trique. La reine s'était déjà fait la réflexion qu'il avait l'air d'être constamment constipé; ce qui lui arrachait quelques gloussements incontrôlés qui faisaient lever un sourcil à l'homme qui ne devait rien comprendre. Mais cette fois cette vision ne s'imposa pas à l'esprit de la reine qui se releva, les ongles noircis par la terre, les joues rougies par l'effort.

— Je rempotais une plante.

— Vous... rempotiez ?
— Oui, enfin je crois que cela se dit ainsi. Depuis la disparition de Jack, nous avons bien du mal à trouver de bons jardiniers. Mon frère et moi tentons d'en faire pousser en pots puis profitons qu'ils sont assez grands pour les mettre en terre dans les jardins.

Ronce vit clairement le conseiller ravaler un reproche. Elle voyait son teint blêmir devant tant d'innocence, un état si peu conciliant avec celui de reine. Ronce l'entendait déjà se plaindre de l'influence que le roi d'Espagne avait eu sur sa personne. Mais le conseiller avait une chose bien plus importante à faire que de parler de plantes. Du moins pour cette fois.

— Soit. J'étais venu vous chercher pour vous faire savoir que deux hommes ont demandé audience. Deux inventeurs venus d'Allemagne.
— Faites-les venir ici.
— Comment ?
— Dans les jardins. Cela sera plus agréable que la grande salle d'audience ! Et puis, conseiller, si leurs créations manquent d'exploser, cela causera moins de dégâts si je les reçois à l'extérieur !

Le conseiller devait s'étrangler devant une telle conduite mais une reine, aussi fantasques étaient ses désirs, demeurait une reine. Et quand une reine ordonne, on doit lui obéir. Les domestiques préparèrent donc le kiosque, présent au sein des jardins, pour recevoir les invités. Loin de la pompe habituelle, on privilégia une scène presque intimiste, un dîner à trois, loin de la cour. Seuls demeuraient des gardes aux abords, surveillant les allées des jardins. Ainsi que des domestiques prêt à sortir du couvert des arbres avoisinants pour servir la reine et ses invités.

Débarbouillée par ses domestiques, les ongles nettoyés et brillants comme de la nacre, Ronce attendait devant les quelques marches menant au kiosque. L'arrivée des inventeurs ne passa pas inaperçu. Quel curieux duo que celui formé par ces deux hommes qui ne se ressemblaient aucunement ! Ronce fut impressionnée par la haute stature de Laurentius; on sentait le sang allemand dans cette forte silhouette, mais son teint brun avait de quoi se poser des questions sur ses origines. Quant à son comparse, Axentius, Ronce avait l'impression de faire face à un Androïde. Son visage et les parties de son corps visible hors de son costume étaient une mosaïque de chairs et de métal. Serait-ce un blessé de guerre ?

Sa curiosité serait, peut-être, un jour étanchée. Pour le moment elle se devait de les recevoir et de savoir ce qui amenaient ces inventeurs. Et ce qu'ils pouvaient apporter à la France.

— Messieurs, bienvenue en France ! J'espère que votre voyage jusqu'ici s'est bien déroulé. Je vous en prie, veuillez prendre place. J'ai fais servir de quoi vous rafraîchir. J'ose espérer que les douceurs françaises sauront trouver grâce à vos yeux.

Point de révérence pour la reine, simplement un léger hochement de tête pour saluer les deux hommes. Tout en parlant et en invitant les inviteurs, Ronce s'était placée sur le côté des escaliers afin qu'ils puissent gravir les marches.


Codage par Narja pour Never Utopia


♔ Reine de France ♔

© Avatars par Ofelia et leurs auteurs respectifs.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Invité
Laurentius Tempels

MessageSujet: Re: [Année 0003] Abreuvez-moi de science, et je vous abreuverais d'or   Sam 18 Jan - 20:48
« Axentius, moins vite. » Qu’est-ce que c’était encore pour une idée que nous faire traverser le pays pour aller jouer au vendeur de porte à porte avec une tête couronnée, qui plus est en automobile, de surcroit en laissant mon frère conduire, que l’on m’explique je vous en prie ! Déjà que la populace dans les rues nous regarde comme si nous étions d’immondes choses, il faut en plus rajouter à ce manque de sympathie le fait que nous utilisions un de ces prototypes de voiture qu’Axen a élaboré, à quoi ressemble-je mis-à part à un domestique accompagnant son maître androïde ? Celui-là je le retiendrais, avec ses idées.

Trois jours que nous étions partis d’Hambourg et je ne voyais toujours pas poindre la moindre construction digne de ce nom pouvant accueillir l’ego surdimensionné d’un monarque, c’est se moquer de moi que de me dire qu’en moins de deux jours nous arriverions, parce qu’il fallait justement qu’en pleine rase campagne nous ayons une panne, oui, une panne. Je ne vous raconte pas la galère que ça a été pour réparer le moteur devenu défectueux avec une clé de six, un maillet, un tournevis, un fer à souder sans le casque de protection allant avec et quelques vieux clous rouillés. Pourquoi je m’embarque toujours dans des projets farfelus ? Ah oui. Parce que j’adore ça !

Au matin du quatrième jour, nous nous trouvions devant un château, ma foi, admirable, sur les façades duquel s’étendaient moult et moult ronces, s’accrochant à tous les renfoncements pouvant offrir un appui à cette superstructure organique, mais ce petit détail ne rendait pas les lieux forts agréables, mais c’était au goût de la Majesté de France après tout, si elle désirait vivre dans une espèce de vieux taudis, grand bien lui fasse, mais à sa place je me serais au moins accordé une demeure décente et n’effrayant pas mes visiteurs. Enfin, après ce qui était arrivé à tous ces gens, je ne pouvais pas me permettre de porter un quelconque jugement, qui sait, peut-être était-ce du plus grand des chics au siècle passé de posséder un castel agrémenté de plantes grimpantes et piquantes.

Mon frère et moi fûmes accueillis par une flopée de gardes, un peu rebutés par nos allures respectives ainsi que par notre moyen de locomotion, ils ne nous accordèrent pas ce que l’on pourrait appeler un laissez-passer quand nous déclinâmes nos origines, notre profession, nos intentions. Les braves hommes. Ils refusaient jusqu’à faire convoquer l’homme ayant le moins de responsabilités dans tout leur satané pays pour que nous lui exposions notre irrépressible envie de rendre visite à notre bonne amie la Monarque, dont jusqu’au nom m’était inconnu, j’avais juste en tête qu’il s’agissait d’une très jeune demoiselle. Bien joué Lauren’, bien joué, ce sera très pratique quand il s’agira de lui adresser la parole, franchement, chapeau. Nous étions tous deux comme des vilains condamnés à rester à l’extérieur des murs, surveillés par une bande de cerveaux ramollis, je n’allais pas laisser passer ça, je ne me farcis pas autant de lieues pour me faire rembarrer au premier obstacle. Je fis signe à mon frère de m’attendre, j’attrapai une gourde isolée, conservant aussi bien la chaleur que le froid et en dévissai le capuchon, vidant d’un seul coup la moitié de son contenu et retournant auprès des plantons. « Entschuldigung, je passe. » Oui, mon français est limité, merci de me le faire remarquer.

Bon, j’ai très exactement soixante-sept secondes hors de la temporalité avant de tomber dans les pommes comme le dernier des abrutis. Parfait, juste le temps de passer les portes et avec un peu de chance de faire la connaissance avec la première Dame de ce pays de bouseux. Non, il n’y a que dans les contes que cela se passe ainsi. Qui sait, peut-être tomberons-nous éperdument amoureux l’un de l’autre, que je nous pourrai plus quitter sa cours au risque de mourir de chagrin et vice-versa, peut-être aurons-nous de beaux enfants qui deviendront maître du continent dans son ensemble, pour ensuite prendre racine partout dans le monde, puis qu’un jour je finirais assassiné, une balle entre les deux yeux, agonisant dans les bras de ma douce, prise de convulsions à la vue de mon beau corps sans vie. Ou pas.

Tu as déjà perdu dix secondes à jouer au pseudo-romantique. Bravo. On peut dire que tu sais jouer avec les mots, mais quand il s’agit de ta survie, c’est une autre histoire, pas vrai ? Bien, bien. Donc je me décide enfin à subtiliser les clés du premier homme en armes que je vois, en profitant pour lui donner un coup de canne sur l’arrière du crâne, j’en connais un qui aura une migraine jusqu’à demain sans savoir pourquoi. Je ne résiste pas à l’envie de frapper le creux du genou d’un molosse qui fait deux tête de plus que moi à l’aide du petit bout métallique terminant le bâton travaillé me servant de soutien ; lui il devra consulter sinon dans un mois il ne pourra plus marcher, j’ai légèrement repoussé son tibias de sorte qu’il provoque un maximum de frictions. On s’amuse, on s’amuse.

J’ouvre donc les grands battants du bâtiment et m’y engouffre, me cognant immédiatement à un vieux machin tout sec, finalement la voilà ma princesse qui me sauverait des griffes de ses vilains soldats, sauf qu’avec celle-là je n’avais pas vraiment envie de fonder une famille. Il me reste sept secondes, je devrais avoir la tête qui tourne pendant quelques minutes tout au plus, joliment joué Lauren’. Rendons au temps ce qui appartient au temps. « Entschuldigung, où se trouve la Königin ? » Il me regarde, les sourcils froncés, je peux comprendre qu’un homme se matérialisant devant vos yeux, ce n’est pas … Trivial. « Vous êtes ? » Oh ! Oh ! Je ne supporte déjà pas sa voix, c’est bien parti ! C’est le genre de personne à me donner des ulcères, pompeux, je le sens. « Laurentius Tempels, mein bruder Axentius, Axentius Clemens, m’attend dans l’automobile, nous sommes erfindern. » Quelle langue compliquée ! Quels gens compliqués ! Quel pays de culs-terreux. « Bien, je vais prévenir sa Majesté. Vous avez de la chance, si vous n’aviez pas l’infime potentiel d’apporter quelque chose à la couronne, je vous aurais fait jeter dehors. » Il se retourne et s’en va à petits pas. Il va encore falloir attendre. « Französisch dumm. » Un petit juron à voix basse n’a jamais tué personne.

Après quelques complications avec la garde, je passe les détails, nous arrivons enfin à nous faire conduire jusqu’à la Dame qui nous accueille, elle nous attend sur le pas des marches menant à un petit kiosque et se met à baragouiner quelque chose que je ne saisis pas puis se décale, comme si quelqu’un allait débouler de derrière sa position. Je reste comme un planton sur les dalles d’une petite allée, la tête légèrement penchée sur la gauche, dubitatif, appuyé sur ma canne. On ne va tout de même pas passer la journée à discuter ? Nooon … Pitié, tout mais pas ça … Axentius, qu’est-ce qui t’est passé par la tête ?

Ah … C’était mon idée en fait … Bien vu mon grand, bien vu.

Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Axentius Clemens

MessageSujet: Re: [Année 0003] Abreuvez-moi de science, et je vous abreuverais d'or   Dim 19 Jan - 17:02
Un sourire canin dévoila mes canines tandis que je me jouais du volant cuivré sous mes doigts fébriles d’exultation ; ma chevelure rebelle, retenue à sa base par mes lunettes d’aviateur de la même teinte que ma mâchoire artificielle qui me remontait jusqu’en dessus de l’oreille, volait sous le vent fort qui nous cinglait, effet secondaire de notre vitesse que j’affectionnais tant. Mon petit frère, à mes côtés, qui, soit-dit en passant, avait l’air d’avoir vécu deux fois ma vie – j’exagérais un brin – et d’être né dans les colonies, effrayé soit par la vélocité de l’engin, soit par la puissance de mon génie, soit par les deux, me sommait de ralentir, se murant dans un enclos de sécurité ennuyeuse au possible ; le pauvre enfant, peut-être avait-il été trop couvé dans sa basse enfance que pour ne pouvoir apprécier le frisson du danger auquel je m’étais retrouvé fort attaché. Mais Laurentius était un brave homme, malgré que j’ignorais presque tout de ses activités, hormis qu’il construisait des moteurs de locomotives ; mais il aurait fallu être idiot pour ne pas se rendre compte qu’un homme tel que lui ne pouvait rester dans une telle routine redondante : bien sûr qu’il exerçait d’autres affaires, et j’ignorais tout à fait lesquelles. En était-ce là quelque chose qui m’importait ? Pas vraiment. Je n’avais pas assez de temps moi-même pour m’en aller m’enticher des potins des autres, tout à l’inverse de vous, petit fouineur, qui venez ici dévorer mes récits avec l’avidité d’un Roumain affamé.

Mais, et qu’une quelconque puissance potentiellement supérieure m’en garde, notre destination, et également ce qui nous avait poussé à fourrer mon quasi-frère dans une de mes créations – et autant vous dire qu’il fallait un puissant motif que pour l’emmener dans un de mes engins – n’était pas la Roumanie, bien la France, contrée mystérieuse et lointaine qui, paraissait-il, s’éveillait lentement de la torpeur d’un sommeil séculaire ; et pourquoi cela, me demandez-vous, vous, petits curieux ? Non pas pour un quelconque tourisme fraternel, mais bien pour aller exposer à nos amis pleins d’un charme ancien les merveilles de la technologie que nous Allemands pouvions leur apporter, porteurs de la technologie et de la puissance cognitive ; nous nous étions choisis tous deux comme ambassadeurs idéaux pour une telle mission digne d’un pasteur apportant la bonne parole de la vapeur à leurs voisins embourbés dans les vieilles années, et voilà trois jours que nous avions quitté la cité mère qui nous avait vu grandir pour explorer les contrées sauvages qui nous séparaient de notre destination, entichés tous deux dans un de mes prototypes sans capote que je faisais fonctionner de mes propres pouvoirs. Quelques petites broutilles sans importances nous avaient quelque peu retardées, sans quoi nous serions arrivés un jour plus tôt et mon compagnon aurait eu tôt fait de cesser de grommeler.

Mais contre toute attente, l’automobile qui nous portait arriva à destination sans plus d’encombre lors de cet ultime trajet que nous avions réalisé en ce quatrième jour, dévoilant à nos yeux pour ainsi dire peu préparés à tel installation un castel rongé par les ronces et autres parasites à tendance organique et piquante que je n’affectionnais que peu ; mais ma foi, je ne pouvais protester à cela : la culture étrangère parait toujours surprenante, et dans le cas présent, ces pauvres Français avaient passé le dernier siècle à paisiblement dormir. C’en était déjà là farfelu, alors pourquoi ne pas s’enticher d’un château verdoyant ? Je portais bien un oiseau mécanique qui n’avait cessé de voleter autour de ma tête de tout le voyage.

Ces pauvres gardes quelque peu rustauds furent comme qui dirait quelque peu intrigués, voire effrayés par la bête de cuivre et de vapeur qui nous avait portés, et je remis sur ce compte la raison pour laquelle ces individus ne décidèrent pas de nous laisser passer céans lorsque nous avions décliné nom et identité ; mais aucun de nous deux audacieux Germains que nous étions n’avions pensé une seconde à rester en dehors de ces murailles une seconde de plus, et nous refusions vivement de nous arrêter là après avoir avalé tant de distance.

Est-ce que ces gardes espéraient un seul instant qu’ils ne méritassent mon attention ? Que nenni. C’est d’ailleurs pour cela que lorsque mon frère me somma de ne pas bouger – ce que je faisais de mieux à ses yeux, me disais-je parfois avec ironie – et qu’il s’en alla disparaître parmi les tréfonds de la bâtisse étrangère, je tirai une langue rose au garde et croisai les bras, me plongeant dans la contemplation de mon automobile rutilante ; en moi ralentit mon cœur de sorte à ne pas dilapider mon énergie dont j’aurais probablement bien besoin plus tard, et sans accorder un regard au garde indigné mais inactif devant ce geste international, je m’enquis d’exécuter machinalement quelques réglages sur mon bras gauche et métallique. J’étais en train de m’interroger si je pouvais y placer des griffes en sein de ses doigts, pour entailler le visage des policiers discrètement ou faire peur aux petits enfants. C’était une éventualité séduisante, je ne le cachais pas. Je vous fais peur, hein ? J’aime bien faire peur aux gens. Ca divertit.

Je finis par rejoindre mon frère parmi les gardes méfiants qui nous menèrent sans ménagement jusqu’aux jardins de la reine, ou une jeune femme nous y attendait, manifestement la souveraine, qui nous salua avec grâce d’un signe de tête ; nous nous rendîmes devant quelque petit perron, et elle nous parla soudain de voyage, et de douces françaises, sans que je ne comprenne quoi que ce soit de plus que cela. Si j’avais d’avantage de vocabulaire que mon frère, on ne pouvait pas vraiment dire que j’avais un meilleur niveau dans cette langue que lui.

Je tirai une profonde révérence à la demoiselle, donnant un coup de coude à mon frère pour qu’il en fasse de même, et lui murmurai quelque chose en Allemand à l’oreille ; suivant mon injonction fort brève pour ne pas paraitre trop impoli, il s’en alla dans l’allée, et, arrivés à « destination », nous nous présentâmes – je parlai. J’avais appris une petite formule par cœur.

« Mes respects, votre majesté, nous sommes les frères Clemens et Tempels, ingénieurs Allemands. » Je terminai par un sourire, qui s’évada lorsque Fa s’en alla se nicher dans la chevelure blonde de la jeune femme. J’eus beau lui sommer en Allemand de revenir dans mes vêtements, il n’en fit rien, et comme je n’osais pas aller le rechercher par moi-même, exerçai un sourire désolé à la souveraine, les bras écartés en signe d’impuissance.

Un sourire gêné s’ensuivit, et nous restâmes tous deux debout sans savoir quoi faire, non sans échanger un regard entendu entre nous deux. La journée allait être longue.
Revenir en haut Aller en bas
La belle au bois dormant
Ronce de France
✦ Libre pour RP ? : 1 place libre.

✦ Double-compte : Alice Liddell, Sigmund Rammsteiner, Hildegarde Müller, Shísān Wǔ, Ragnar Mjöllnir, Orendi



Si on en savait plus sur toi ?
✦ Profession: Reine de France
✦ Pouvoir: Vieillissement accéléré
✦ Bric à brac:
MessageSujet: Re: [Année 0003] Abreuvez-moi de science, et je vous abreuverais d'or   Mer 22 Jan - 0:19



En femme éclairée, et surtout observatrice, la reine avait perçu le regard du plus grand des deux frères. Un regard dubitatif. Qu'avait-elle fait ? Au moment où elle se posait la question, la réponse lui advint comme une évidence. Par réflexe et habitude elle leur avait tenu son discours en français. Et même si la France était éveillée depuis maintenant trois ans, le français demeurait pratiquement une langue morte que seuls quelques exubérants s'amusaient à apprendre.

Heureusement, comme toute tête couronnée qui se respecte, Ronce connaissait plusieurs langues. Même l'anglais, malgré son antipathie pour la souveraine de ce pays. Quant à l'allemand elle le comprenait et le parlait assez aisément, hormis les tournures familières ou trop complexes. C'est donc dans un allemand, à l'accent français, que s'adressa la reine à ses invités.

— Oh veuillez m'excuser, j'oublie souvent que le français n'est plus autant parlé qu'avant. (Le "avant" équivalent à un siècle) Je suis ravie de...

L'oiseau qui vint vers elle la stoppa dans ses paroles. Tel un chat quémandant des caresses, le rossignol se nicha dans ses cheveux, comme si c'était là le nid le plus douillet qu'il soit. Il poussa même quelques notes comme pour signifier combien son nouvel habitat était agréable. Ronce rit devant un tel spectacle que son conseiller aurait accueilli avec un haussement d'épaules et une mine pincée. Conseiller qu'elle avait renvoyé à ses tâches pour ne pas gâcher son entretien.

— Ce n'est rien, s'empressa-t-elle de préciser au propriétaire. Je crains juste qu'il s'emmêle les pattes. Je crains que si nous tentons de le sortir de force, il ne se braque. Il descendra bien par lui-même.

Que les inventeurs ne s'inquiètent point, il n'y aurait aucun incident diplomatique. La reine n'était que sourire, tendant les bras comme si elle voulait prendre les inventeurs par la main pour les mener au kiosque. Des mains gantées de blanc comme l'exigeait sa condition sans quoi, au moindre contact, ses invités se seraient endormis.

— Mais venons donc aux faits. Je brûle de savoir sur quelles inventions vous travaillez tous deux. Quelques inventeurs se sont déjà présentés à moi, certains même commencent déjà à officier dans mon pays, mais nous n'avons encore que peu avancer. Nous avons que depuis peu des navires volants, c'est pour dire ! Mais prenez donc place sur ces chaises, vous devez être fourbus par le voyage !


Boissons et sucreries attendaient les inventeurs. Une dinette à la Versailles avec ses macarons colorés, son chocolat épais et sucré, son vin local pour les palais les plus gourmets. Peut-être qu'un des nombreux biscuits présents sur la table pousserait le rossignol à quitter son nid pour picorer dans la main de son maître.



Codage par Narja pour Never Utopia

Spoiler:
 


♔ Reine de France ♔

© Avatars par Ofelia et leurs auteurs respectifs.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Invité
Laurentius Tempels

MessageSujet: Re: [Année 0003] Abreuvez-moi de science, et je vous abreuverais d'or   Ven 24 Jan - 13:17
Elle parlait allemand ! Bonheur ! Joie ! Voilà qui allait simplifier le dialogue, je me voyais mal assurer un entretien avec, pour tout bagage, des notions rudimentaires d’une langue que personne n’utilisait plus, je ne suis pas non plus le dindon de la farce. L’anglais, l’espagnol, le portugais, voilà des langages méritant qu’on leur porte attention ! Le russe également, ne serait-ce que par l’étendue territoriale se déclarant sous une même bannière, certes tout cela regroupe moins de monde que l’ensemble de l’Europe, mais quand vous voyagez dans le nord, à n’importe quel instant vous pouvez passer la frontière de la Mère Patrie et vous voir affublé d’une bande de badauds vous accostant ci et là pour vous vendre de vieilles loques comme vêtements, du tabac à la senteur d’excréments animaux, des graines de cacao ayant l’allure et la consistance d’un morceau de terre cuite peinte, des poupées en bois s’imbriquant les unes dans les autres dans un but qui m’échappe. Et puis, avouons-le, servir dans des geôles de la patrie slave, peut-être pas uniquement comme gardien, si vous voyez ce que je veux dire, vous oblige à un peu pratiquer pour ne pas être pendu à une fenêtre donnant sur l’extérieur en guise d’exemple à d’autres dandys voulant faire les fières.

Mais mes démêlées avec la justice du nord ne concernent que moi, celle du sud aussi, l’ouest n’a pas eu la chance de me connaître assez pour vouloir remuer dans mon passé et prendre les mesures nécessaires à un retour prompt vers leurs verdoyantes villes où tout est, semble-t-il, possible. Quant à l’est … Je n’aime pas trop évoquer ce que j’y ai fait.

Je rigole bien entendu ! Je n’ai jamais, au grand jamais, eu d’ennuis quels qu’ils soient avec le moindre des tribunaux, j’ai toujours eu le temps de mon côté pour me faire oublier, si j’ose dire. N’est-ce pas formidable ? Bien sur que si c’est formidable. Vous avez dit formidable ? En effet, formidable.
Formidable !

Ha. Ha. Ha.

Donc, pour un peu faire dans le concret, le direct, le succinct. Cette demoiselle parlait ma langue, mon dialecte. Fort bien ainsi. Et qui plus est, elle avait un ridicule accent, quoi de mieux que pour avoir les oreilles vrillées au bout de plusieurs heures de débat, de mise en place d’éventualités toutes aussi saugrenues les unes que les autres.

Je pense que personne ne m’a jamais fait aussi peur qu’elle, ouvrant les bras comme pour accueillir de vieux amis, souriant comme si nous étions de sa famille, elle me donnait des frissons. Aucun monarque n’aurait agi de la sorte, à moins d’être dans une profonde détresse et ça ne semblait pas être le cas de celle-ci, elle aurait dû être froide, distante, montrant une désinvolture relative quant à notre venue, ne pas mettre sur le tapis que son pays était à la traîne sur le plan scientifique, technologique, tout cela. Du moins c’est ce qu’il se serait passé à la maison, en Allemagne, c’est ainsi que vont les choses chez nous. Les affaires sont les affaires nom de Dieu, pas une collation organisée dans un beau jardin.

Pourquoi me mettre dans tous mes états en mon fort intérieur pour de telles sottises ? Si je veux de l’argent, je dois me plier aux conditions de mon employeur, c’est d’une logique inébranlable, si cette demoiselle avait décidé de la jouer de manière conviviale, son désir serait un ordre. Mais attention, j’aime bien jouer avec les règles d’un jeu, je trouverais bien à un moment où à un autre le moyen d’en contourner une ou l’autre pour mettre un peu de soleil dans ma journée.

Nous devons aller sous son kiosque. Soit. Je fais tourner le pommeau de ma canne entre mes doigts et je m’applique à avancer en exagérant mon handicap, faisant balancer mon corps à chaque pas et mimant de fantasques expressions de douleur, entreprenant de monter les quelques marches menant jusqu’à ma destination, prenant des pauses inconsidérément longues, haletant comme si j’allais claquer dans les pattes de cette reine d’un instant à l’autre. J’adore m’amuser.

Mes doigts trouvent enfin le dossier d’une chaise comme prise, une pièce ouvragée, très chère sans nul doute, du matériel pompeux. Je méprise le luxe. Je la tire vers moi et m’y assied en poussant un long soupire de contentement, me débarrassant d’un lourd sac, pour un homme de ma soi-disant condition, le laissant retomber au sol dans un bruit étouffé ; son contenu ne risque rien, je l’ai entouré d’un tel nombre de couverture que même si un troupeau de vaches se ruait dessus, il serait intact.

Mon regard fait le tour de la table qui s’étend sous mes yeux. Je me dévisse la tête pour voir Axentius, toujours planté sur le chemin qui nous a mené jusqu’ici, un rictus parcoure son visage, je ne sais pas dire si c’est de l’amusement ou de l’agacement devant les facéties de son jeune frère alors que nous nous trouvons dans un endroit où le moindre geste compte, et je lui fais signe de monter, lui indiquant la nourriture de l’index pour le pousser à bouger de là.

Des piles, que dis-je, des montagnes de gourmandises se présentent à moi, macarons, morceaux de chocolat, je crois même apercevoir un peu de pain d’épice, un peu en retrait. Pour boisson, des vins paraissant tous plus succulent les uns que les autres sont à notre disposition, une carafe d’eau se tient à côté du prétendu pain d’épice, vraiment magnifique, tout ce que l’on voudrait pour s’offrir un instant gourmet se retrouve à la tablée. Quoi que.

« Pardonnez-moi, Majesté, mais n’auriez-vous pas un bec bunsen sous la main ? » Je n’ai même pas pris la peine de me retourner, j’hausse juste le ton pour que l’on m’entende. Pourquoi un bec bunsen ? Parce que du café. Il n’y a pas de café qui m’est proposé, ou plutôt, pas de café à ma convenance. Si il y a de l’eau, j’ai mon propre grain. Quand on boit du café, on boit du bon café et on le boit bien.


Dernière édition par Laurentius Tempels le Lun 12 Mai - 19:04, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Axentius Clemens

MessageSujet: Re: [Année 0003] Abreuvez-moi de science, et je vous abreuverais d'or   Ven 31 Jan - 21:22
La jeune souveraine, par quelque raisonnement logique, et à la vue probable de nos regards en coin et mimiques, semblait avoir saisi le nœud du problème : la barrière de la langue qui nous séparait comme un gouffre béant entre la culture et l’ingénierie Allemande et le charme désuet Français, et malgré mes quelques exubérantes pérégrinations en terres inconnues, je n’avais réellement qu’appris l’anglais et l’italien, n’allant pas jusqu’à pousser un apprentissage ubuesque d’expertise d’un langage qui n’était plus entendu dans les rues depuis plus d’un siècle. C’était Amélie l’experte là-dedans ; pour ma part, les relations sociales étaient de l’acabit d’un sujet dérisoire, loin derrière la mécanique ou les sciences dignes de ce nom.
 
Et la demoiselle, qui semblait toute disposée à notre confort, s’exprimait dans notre doux patois aux sons gutturaux, qui, je devais bien avouer, était bien moins distingué que le Français ; le moins que nous pouvions dire, c’était que Ronce ne correspondait absolument pas à l’image que je me faisais du souverain cliché, empli de froideur et de distance, qui vous méprisais comme je méprisais… Ceux qui n’appartenaient pas à la caste des inventeurs ou qui avaient l’audace de me déranger en plein travail, en somme.
 
Nous nous dirigeâmes alors vers le kiosque, et tandis que je regardais mon quasi-frère exagérer sa claudication légère en une démarche branlante et ridicule non sans une certaine exaspération, je tirai une chaise vers moi, constatant sous mon doigt les ouvrages fins qui y étaient réalisés, et m’assis, non sans un demi sourire à la vue de Fa qui était resté niché dans les cheveux de la dame.
 

— Mais venons donc aux faits. Je brûle de savoir sur quelles inventions vous travaillez tous deux. Quelques inventeurs se sont déjà présentés à moi, certains même commencent déjà à officier dans mon pays, mais nous n'avons encore que peu avancer. Nous avons que depuis peu des navires volants, c'est pour dire ! Mais prenez donc place sur ces chaises, vous devez être fourbus par le voyage !

 
Des imposteurs et des rustres, des badauds et des filous, des coquins et des roturiers, des gredins et des cuistres, voilà ce que devaient être ces gens ; personne ne surpassait l’illustre Clemens et son crayon à vapeur, pour ne citer que sa plus célèbre invention. Et puis les navires des cieux, j’en avais fait l’expérience, ne valait pas beaucoup mieux que leurs homologues maritimes. Peuh. Au lieu de me noircir de ces quelques futiles réflexions, je reportai mon attention sur la table et ses victuailles, couvertes de tout ce dont un distingué palais pouvait rêver ; je n’étais pas un fervent adepte des plaisirs de la bouche, considérant l’acte même de se nourrir comme une flagrante perte de temps au même titre que dormir, mais lorsque je m’attelais à une tâche, je le faisais bien. Mon seul regret, et non des moindres, l’un de ceux me laissant un âpre goût en bouche, était l’absence d’eau chaude, tout comme mon frère, me semble-t-il, qui demanda un bec bunsen à la reine, sans nul doute pour le même genre de raisons que moi.
 
Mais je connaissais parfaitement les règles de la bienséance, et si mon petit freluquet de frère semblait ne vouloir qu’en faire fit pour s’amuser en contrepartie de la reine, moi, en tant que gentleman, me devais de redresser la situation ; et Ronce, par quelque impatience ou par le désir d’en avoir fini vite avec nous, avait clairement stipulé lui tarder de découvrir nos fabuleuses inventions. Je jetai un œil à mon rossignol, rapidement, et il semblait s’être endormi dans son nid blond et capillaire ; et tandis que Laurentius chauffait une carafe à l’aide – moyen certes barbare mais efficace – d’un bec bunsen, je me servis une tasse et sortis de mon sac quelques herbes de ma composition, faites d’écorce et de champignons dont il ne valait pieux pas connaître la provenance, que je laissai à infuser distraitement, tournant la petite cuillère dans le récipient de la main gauche en prenant garde qu’elle ne racle pas les bords.
 
J’inclinai la tête devant la charmante demoiselle, souriant, la regardant par-dessous mes sourcils.
 
«  Venons-en au fait, en effet. Nous avons ici quelques menues inventions qui ne manqueront pas de vous enchanter, j’en suis fort certain. Quelques plus encombrantes mais tout de même moins intéressantes sont à l’extérieur, et nous allons commencer par la plus prestigieuse de toutes, que j’ai ici-même, sur moi. »
 
De ma poche sortis-je un petit tire-bouchon à l’embout quelque peu plus gros, comportant une petite clé à son extrémité ; le brandissant presque en l’air, et quoi qu’il en fût bien à la vue de la souveraine, je le pris à la limite de la tige de métal tortillé, près du mécanisme, et tournai l’engin à l’aide de la clé susdite.
 
« Permettez ? »
 

J’empoignai une bouteille de vin traînant par-là, et sans autre forme de procès, défit une encoche sur le tire-bouchon, faisant tourner l’embout métallique ; je l’enfonçai dans le bouchon, et il sortit tout seul. L’œuvre achevée, et tandis qu’un grand silence s’était installé, je posai l’engin sur la table, et pris du bout des doigts ma tasse de thé dont j’inhalai les vapeurs un instant avant de le déguster à petites gorgées, le regard sur la reine.

Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
La belle au bois dormant
Ronce de France
✦ Libre pour RP ? : 1 place libre.

✦ Double-compte : Alice Liddell, Sigmund Rammsteiner, Hildegarde Müller, Shísān Wǔ, Ragnar Mjöllnir, Orendi



Si on en savait plus sur toi ?
✦ Profession: Reine de France
✦ Pouvoir: Vieillissement accéléré
✦ Bric à brac:
MessageSujet: Re: [Année 0003] Abreuvez-moi de science, et je vous abreuverais d'or   Ven 31 Jan - 22:09



Tous les inventeurs sont des génies fantasques, et Ronce en avait vu plusieurs avant l'arrivée des deux frères allemands. Elle fut donc à peine surprise quand le plus grand demanda à avoir un Bec Bunsen. Demande qui fut promptement réglée via un domestique qui s'était empressé de se rendre au domicile du scientifique le plus proche pour lui emprunter ce bien. Oui on manquait de Bec Bunsen au palais.

L'affaire réglée, les choses sérieuses purent commencer. Avec des yeux emplis de curiosité, aussi avide qu'une petite fille allant recevoir sa première poupée, Ronce fixa son regard sur l'objet détenu par Clemens. Serait-ce une arme de poche, qu'on peut facilement cacher dans sa manche ? La démonstration la laissa pantoise et un brin désarçonnée.

— Veuillez m'excuser mais... cet objet ne remplit-il pas d'autres fonctions que celle d'ouvrir des bouteilles ?

Ronce se voyait mal remplacer les baïonnettes de son armée par des tire-bouchons, aussi efficaces soient-ils. Mais peut-être que ces hommes avaient-ils mal compris sa demande, et pensait qu'ils devaient simplement fournir de quoi améliorer le quotidien du Français moyen. Ou de quoi amuser leur souveraine.

— Voyez-vous je cherche avant tout à permettre à la technologie de votre pays, et de toute l'Europe, du moins les pays civilisés, d'avoir sa place ici. Aussi efficace soit votre tire-bouchon, il n'entre pas vraiment... dans ce que je recherche.

Ronce hésitait parfois, vérifiant mentalement qu'elle ne se trompait pas de mot. Parler dans une autre langue que celle de son pays n'était jamais sans risque. Et autant ne pas embrouiller ses invités.

— N'auriez-vous pas plutôt quelque chose de... plus offensif, qui aurait sa place dans une armée ? Ou qui pourrait améliorer le confort ? J'ai pu voir ce dont était capable l'électricité, mais je n'ai jamais compris comment ça fonctionnait...




Codage par Narja pour Never Utopia


♔ Reine de France ♔

© Avatars par Ofelia et leurs auteurs respectifs.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Invité
Laurentius Tempels

MessageSujet: Re: [Année 0003] Abreuvez-moi de science, et je vous abreuverais d'or   Sam 8 Fév - 12:02
Grande joie que de recevoir ce petit instrument si utile dans de nombreuses circonstances, qui plus est, ces si adorables laquais avaient apporté une petite bombonne de gaz avec cela, comme quoi il n’y a pas que des abrutis dans ce royaume de crétins. Saint Seigneur Dieu, sortez-moi de cet enfer de bêtise. J’ouvre l’arrivée de gaz, sortant délicatement une boîte d’allumettes de ma poche en même temps, rien de bien folichon, un vieux contenant marqué par le passage du temps et qui me rappelle de vieux, très vieux, souvenirs, ainsi qu’un bon gros rhume à la clé – ce doit être moi mais j’ai l’impression de me détourner tout doucement du sujet initial. Je fais craquer l’un des petits bâtonnets, créant une flamme d’un jaune orangé se dandinant comme une danseuse d’un établissement de luxure, j’approche celle-ci d’une zone où l’air est troublé par les émanations, un simple contact et un ronflement apaisant vient me titiller l’oreille, un feu plus grand, plus droit, plus bleu également, remplace la flammèche. Magnifique, exquis, splendide.

J’arrache une tasse à sa soucoupe, me saisi de la carafe d’eau, rempli la première avec le contenu de la dernière, agite fébrilement un sachet de grains de café moulus au-dessus du tout, remuant dans la solution avec une petite cuillère empruntée à un bout quelconque de la table, par la même occasion, je noircis la splendide porcelaine en la passant au-dessus du Bec Bunsen tournant à plein régime, évitant tout de même la surchauffe et l’explosion du récipient, du bon café comme ça, on n’a pas le droit d’en gâcher le moindre micro-grain.

Pendant que je m’affairais à mes préparatifs en vue d’une dégustation à ma convenance, mon frère prenait plaisir à exposer une de nos merveilleuses créations, un tire-bouchon mécanique se remontant uniquement grâce à des secousses répétées, rien qu’à agiter l’engin et de l’énergie s’emmagasinait toute seule, comme une grande, si c’est pas beau la technologie. Deux grands cerveaux travaillant de concert, voilà l’avenir du monde, une grande destinée nous attend si le brevet de cette invention nous est acheté, combien nous pourrons à jamais vivre dans le luxe et l’opulence ; fini l’assemblage de moteurs de locomotives pour des compagnies du Nouveau Continent, rien que mon atelier et moi, la découverte des secrets du temps, voilà comment je veux finir mes jours, en étudiant des phénomènes singuliers, en établissant des liens entre eux, en créant théorie sur théorie pour ensuite les démontrer par de savants calculs dont je suis le seul à saisir le sens.

Je sirote avec décontraction le liquide noirâtre, observant ostensiblement ce qui se déroule sous mes yeux, une splendide exposition du potentiel de l’outil du futur, indispensable à tout bon ménage, si nous ne sommes pas portés au panthéon des génies avec cela, je ne saisis plus comment le monde tourne. La Reine en resta pourtant … Sur sa faim, si je puis m’exprimer ainsi, légèrement crispée dans un rictus d’incompréhension. Elle ne devait pas saisir la pleine utilité de cette admirable machine qui faciliterait la tâche de nombreuses personnes et éviterait à l’avenir les accidents malencontreux entrainés par des maladroits incapables de se servir correctement d’un bête tire-bouchon.

Quelques paroles sont échangées dans l’hésitation, la Dame s’applique à ne pas commettre d’erreurs, c’est bien urbain de sa part mais je suis encore capable de saisir le sens général d’un texte, même si quelques fautes sont présentes dans celui-ci. Non mais !

Je lève les yeux de ma boisson, déposant la tasse en coin de tablée, rajustant mes vêtements qui se laissaient aller une fois que je m’assieds. Elle veut quelque chose de différent de cette révolution dans le domaine de la dégustation, entre autres, des produits de l’œnologie. Bien. Madame sera servie. Je me lève et m’en vais, clopinant, reposant sur le pommeau de ma canne, ameutant des serviteurs en faction un peu partout dans le jardin pour qu’ils viennent m’aider, les insultant cordialement en allemand quand ils refusent de quitter leur poste. Elle veut voir du lourd ? Je vais lui en donner, moi, du lourd.

Un petit tour jusqu’à l’automobile sera suffisant pour lui procurer tout ce qu’elle désire, une invention qui va améliorer le confort de ses sujets, qui fonctionne, d’une certaine façon, à l’électricité et, qui plus est, n’est pas un tire-bouchon. Je demande à quelques uns des laquais d’amener une table à côté du kiosque dans un français incertain, mais ils saisissent ma demande et s’exécutent comme de braves petits soldats.

Je ne fais qu’un simple aller-retour, revenant avec une bande d’hommes ahanant pour transporter un appareil faisant la taille de deux grosses machines à écrire et qui doit peser presque aussi lourd qu’un homme à la panse bien rebondie. Quand l’un d’eux fait mine de lâcher prise, je lui hurle dessus dans ma langue, un regain d’énergie vient alors lui donner la force de continuer à porter. Une fois le dispositif en place, l’instrument sur le meuble, je regagne ma place auprès de mon petit café, reculant ma chaise et croisant les jambes, après avoir escaladé les marches avec beaucoup plus d’aisance qu’auparavant, je suis peut-être grillé mais moi vivant, personne ne ternira le nom de Clemens ou de Tempels en refusant nos génialissimes créations.

« Ma Reine, vous voulez quelque chose qui va révolutionner votre industrie et qui, somme toute, est certainement un produit moins précis et travaillé que le tire-bouchon automatique mais a bien d’autres avantages ? » Je lève les mains au-dessus de ma tête et frappe dedans par deux fois, laissant le loisir aux domestiques d’actionner une manivelle cachée par un boitier, sur le côté de l’engin. « J’ai le plaisir, que dis-je, l’honneur de vous présenter un petit bijou de technologie, bientôt nécessaire à toute manufacture de textile de ce nom. »

Les hommes s’activent, une roue, ressemblant à celle d’un train, se met à tourner, entraînant un compliqué système d’engrenages et faisant un bruit de tous les diables – pour rester dans les analogies, cela se rapproche des sons d’une locomotive à vapeur à plein régime. J’observe, distant. Un petit carré de tissu pointe le bout de son nez à l’arrière du dispositif et une lampe s’allume ; je souris. Elle prend feu, je hausse un sourcil. Elle explose, je sors un carnet de ma poche ainsi qu’un petit crayon usé et mordillé en son bout et je note sur le papier jauni en affichant une moue pensive.

« Décidément, il semblerait qu’incorporer un signal lumineux ne soit pas une bonne idée, trop d’énergie pour une seule ampoule, les fils ont dû griller. » Je hausse les yeux, observant la desserte, tombé au sol et brisée en deux morceaux, ainsi que les valets, certains roussis des pieds à la tête, et je ne peux m’empêcher d’éclater d’un rire sonore.
Revenir en haut Aller en bas
La belle au bois dormant
Ronce de France
✦ Libre pour RP ? : 1 place libre.

✦ Double-compte : Alice Liddell, Sigmund Rammsteiner, Hildegarde Müller, Shísān Wǔ, Ragnar Mjöllnir, Orendi



Si on en savait plus sur toi ?
✦ Profession: Reine de France
✦ Pouvoir: Vieillissement accéléré
✦ Bric à brac:
MessageSujet: Re: [Année 0003] Abreuvez-moi de science, et je vous abreuverais d'or   Mer 19 Fév - 22:30


Spoiler:
 

Un espoir fugace avait étreint le coeur de Ronce quand Laurentius avait utilisé les termes de manufacture de textile. En voyant la machine, Ronce s'imaginait déjà voir des vêtements produits à la chaine, à une vitesse dépassant celle du plus grand des couturiers. Une machine qui allait accroître le chômage certes, mais il fallait savoir faire des sacrifices au nom du progrès.

L'expression de Ronce changea brusquement du tout au tout. Ce fut d'abord une expression estomaquée quand la machine se dérégla, puis une mine dépitée quand l'explosion retentit, signifiant que la machine était hors-circuit. Inutile. Hors-service.

Un incident peut toujours arriver au moment inopportun. Mais là ça commençait à sentir le roussi pour les deux inventeurs. Deux tentatives, deux échecs. Soit ils le faisaient exprès, soit elle était tombée sur des hurluberlus qui n'auraient rien à lui apporter.

Enfin, en tant que reine, il fallait rester poli.

— Je suis désolée pour votre machine, déclara la reine à l'attention de Laurentius. J'espère que vous saurez trouver une solution pour pallier à ce défaut.

Les lèvres pincées, Ronce espérait que la suite soit moins dramatique. Dans un grand mouvement de jupes, la reine se leva afin de dominer son assistance. Et de leur rappeler qu'ici, c'était elle la reine, et qu'ils avaient intérêt à ne pas faillir à nouveau.

— Messieurs, ne soyez point avares. Sachez m'impressionner par vos compétences, n'hésitez pas à multiplier les démonstrations. Soyez spontanés, vivants ! se mit-elle à clamer d'une voix forte, emportée par son élan. N'ayez pas peur de me surprendre, de me faire connaître des sensations fortes. Je suis femme certes, mais je suis reine.

Entendez par là, je ne suis pas comparable à ces femmes que vous fréquentez tous les jours. Ronce descendit de son kiosque, penchant son regard sur la machine de Laurentius.

— Évitez désormais les projets inachevés, ou prompts à s'enflammer. Je veux du résultat !

Le ton était ferme mais après tout peut-être que ces hommes recherchaient justement cela. Cette voix saurait peut-être leur donner un élan supplémentaire.



Codage par Narja pour Never Utopia


♔ Reine de France ♔

© Avatars par Ofelia et leurs auteurs respectifs.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Invité
Axentius Clemens

MessageSujet: Re: [Année 0003] Abreuvez-moi de science, et je vous abreuverais d'or   Mer 5 Mar - 0:06
Je ne pipai mot durant toute la démonstration un brin pathétique mais si similaire aux miennes de mon frère, amusé devant l’air désolé de la reine qui ne semblait pas saisir le concept selon lequel aucun de nous deux n’atteignait la phase finale de son explosion avant que celle-ci n’ait explosée au moins trois fois ; manifestement, celle-ci venait de subir sa première. Car oui, c’était là un prototype tout ce qu’il y avait de plus expérimental, et oui, c’était des objets de cet acabit que nous avions préparé pour la reine – entre autres. J’étais cependant étonné de la patience de la reine qui ne semblait absolument pas dérangé par ce petit incident, mais plutôt navrée pour nos créations ; il était à mon sens, assez impensable qu’elle ne nous aie pas fichus dehors à l’heure qu’il était. Moi suzerain, il aurait fait longtemps que je me serais envoyé soit croupir dans les geôles royales au fin-fond d’une sordide cave humide, soit fait reconduire gentiment mais fermement aux portes du château par quelques-uns de ces matamores qui semblaient composer la garde du dit castel.



— Messieurs, ne soyez point avares. Sachez m'impressionner par vos compétences, n'hésitez pas à multiplier les démonstrations. Soyez spontanés, vivants ! N'ayez pas peur de me surprendre, de me faire connaître des sensations fortes. Je suis femme certes, mais je suis reine. Évitez désormais les projets inachevés, ou prompts à s'enflammer. Je veux du résultat ! 

Je vois… L’habit ne fait pas le moine, disaient certains hurluberlus, ni le titre, semblait-il, et la jeune femme souhaitait… Du concret. De l’abouti. Du sérieux, en somme, et cette petite damoiselle aux jolis atours tourbillonnants – si l’on pouvait considérer le volatile coincé dans ses cheveux comme l’un d’eux – du haut de sa tour semblait ne pas posséder la même fragilité qu’elle voulait bien laisser paraître au premier abord ; ce n’était pas plus mal, dans un sens. Et j’ignorais si la France était intéressée dans le genre d’outils que nous avions à lui proposer, cependant, il le fallait, car les trois dernières merveilles –dans leur genre – que l’on avait à lui proposer, étaient, dans leur domaine, certainement et sans aucun doute parmi les meilleures de ce siècle. Resté assis à table malgré les impromptus petits incidents de mon frère, j’emportai mes gants, et posai mes mains paume sur la table, comme amorçant le geste de me lever.

« Vous désirez du concret… Vous en êtes certaine ? »

Elle acquiesça ; je me levai alors, faisant de mon mieux pour ne pas repousser ma chaise.

« Permettez ? Je reviens tout de suite. »

Sortant du kiosque même, je me dirigeai vers les portes à nouveau, que je fis ouvrir en grand ; montant dans l’automobile un peu plus loin, je la fis vrombir et vint dans l’allée centrale avec celle-ci, lentement, non loin de là où se trouvaient mes deux protagonistes, et je leur fis signe de venir me rejoindre. Des sièges arrière en cuir, je sortis un petit pantin de bois à taille humaine, sans visage ni quelque forme d’attrait, mais bien fixé, et le plaçai un brin plus loin.

« Prenez déjà connaissance de cette automobile de ma création, la FA – FamilienAuto – malgré que ce n’est pas là ce que je souhaite dès lors exposer. »

Ouvrant le petit coffre à l’arrière de l’engin qui refroidissait lentement, j’en sortis une mitrailleuse gatling du poids d’un enfant dodu, toute luisante de son cuivre doré sous le soleil de l’après-midi. Si je ressentais quelque tourment éthique à l’idée de vendre des armes à un royaume ? Aucunement. Les états d’âme, tout inventeur respectable sait que c’est pour les tocards. Le canon tournant, long d’à peu près un mètre, sortait d’une base à peu près parallélépipédique, tandis qu’une bandoulière de cartouches sortait de celui-ci, non loin du réservoir à charbon. Faisant claquer mes gants, j’actionnai le petit loquet sur le côté, et dans un clic, le plus long bout de l’engin se mit à tourner dans un bruit assourdissant.

L’arme finit par cracher des balles à une vitesse faisant pâlir le moindre colt vaseux qui peuplait les trappes sous les tapis des bonnes gens, au bout d’une dizaine de secondes ; et tandis que le rire tonitruant que je poussais, la tête rejetée en arrière comme un dément, couvrait à peine le vacarme que produisait la rafale de balles, le mannequin se convulsait sous la frappe violente des projectiles. Si avec ça elle n’était pas comblée, qu’on me pende.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Laurentius Tempels

MessageSujet: Re: [Année 0003] Abreuvez-moi de science, et je vous abreuverais d'or   Sam 8 Mar - 20:37
Bien brave fille pour avoir autant de patience avec les deux lascars que nous étions, toujours aussi chaleureuse que lorsque nous sommes arrivés, toujours aussi avenante, souriante, pleine de compassion devant les échecs à répétition vis-à-vis de sa personne. C’était bien simple, elle me tapait sur les nerfs. Pourquoi faire autant de simagrées pour deux ingénieurs venus du fin fond de la campagne allemande, nous renvoyer n’aurait pas été plus simple ? Non pas que c’était là où se trouvaient tous mes espoirs, rentrer avec une bourse bien remplie et le sentiment du devoir accompli était tout à fait honorable. Mais bon sang ! Je venais de faire exploser un prototype dans les jardins de son château, emportant un beau meuble et la dignité d’une poignée de domestiques, n’était-ce pas là une raison suffisante pour qu’au pays on nous mette aux fers pour ensuite nous offrir le luxe de nous balancer accrochés à des arbres ?

Ni une, ni deux, mon frère s’en était allé chercher nos dernières créations que nous avions sous la main, certes un peu rudimentaires, rustres, mauvais genre, les moins potentiellement intéressantes, surtout à voir le sort qui avait été réservé à ce chef-d’œuvre de mécanique qu’était le tire-bouchon à remonter. Une entrée des plus somptueuses, comme à son habitude, installé sur le petit bolide qui nous avait conduit jusqu’ici. J’espérais simplement que de voir cette machine ne nous ferait pas perdre tout crédit auprès de la souveraine, dans ce pays où se réveillaient les gens d’un long sommeil de cent ans, l’automobile ne faisait pas tout à fait fureur, c’est même si les gens ne s’amusaient pas à les démonter après avoir lynché leur conducteur, de ce qu’on m’avait raconté.

Je l’étais avancé d’instinct jusqu’à lui, avant même qu’il ne donne cet ordre de nous avancer, j’étais déjà à mi-chemin alors qu’il installait son matériel ; clopinant. Une fois que son numéro fut prêt, il s’adressa à nouveau à la souveraine, affichant fièrement le nom de sa création, alors que moi je ne savais plus où me mettre de peur de voir la garde débouler et nous enfoncer des baïonnettes jusqu’à profondément dans les chairs. En quelques rapides mouvements, il avait tiré la mitrailleuse gatling de son antre de repos, pour lui permettre d’un peu se mettre en jambes. Quitte à passer pour des arriérés, autant utiliser du matériel en valant la peine, c’était le genre de joujou à vous faucher tout un régiment en moins de temps qu’il faut pour dire « Ouf ». Restant à proximité de la reine alors qu’Axentius déplaçait l’arme à feu, je lui glissai discrètement un mot, qu’elle soit tout de même mise au parfum. « Normalement, ils faudrait quatre hommes pour porter ce … Machin, mais là il s’agit de mon frère, c’est … Différent avec lui. Je ne sais pas si vous avez remarqué, je suppose que oui, mais il est comme ces gens qui reviennent de Roumanie, c’est un androïde, un peu spécial, mais un androïde. » Je laissai un petit sourire moqueur flotter sur mes lèvres pendant quelques secondes avant de m’avancer vers l’engin qui nous servait à nous déplacer sur les routes de ces pays bouseux.

Alors que mon joyeux luron d’Axen’ faisait chanter le canon de l’arme, je m’étais penché sur le coffre du véhicule et en avait tiré un paquet assez important, le déposant sans précaution au sol, le larguant simplement de mes bras et le laissant retomber dans un bruit sourd. Je tirai un bidon de fer du même emplacement, y faisant un peu plus attention, cela pouvait exploser au moindre choc. Je retirai la couverture protectrice qui recouvrait mon nouveau jouet, cherchant après un tuyau que je ne tardai pas à découvrir, démêler et relier à la grosse bouteille de gaz, sous forme liquide car compressé. Attendant patiemment mon tour, regardant faire ce grand bonhomme à la cervelle roussie par des heures de travail enfermé et dont on pouvait presque voir s’échapper la fumée de son cerveau fonctionnant à plein régime avec une constance épatante.

Quand finalement le chant des balles se tût, j’agrippai fermement l’appareil, traînant derrière moi le contenant, et vint me placer là où se trouvait Axentius, le faisant reculer d’un ordre tacite. Chacun son tour. Je fis sauter quelques protections, laissant un doux sifflement apparaître aux oreilles de tous, le carburant se répandait joyeusement dans tous les recoins qui lui étaient accessibles. Je refermai ma poigne sur une première poignée, créant une petite flamme à l’avant de l’appareil, un morceau de silex avait lâché une étincelle et un mince filet de gaz maintenait une flammèche en vie. « Ma reine, je suis assez fier de vous présenter ici un modèle que l’on pourrait qualifier de très peu répandu. En effet, il n’existe qu’un seul autre objet de ce type, de ma composition, de par le monde et il se trouve entre les mains d’une demoiselle qui gambade librement dans la nature. Certes, ceci est coûteux en gaz et en une huile spéciale, réunis dans cette bombonne en deux compartiments, mais je peux vous assurer que vous ennemis n’avanceront plus jamais au front si vous en disposez quelques uns à des endroits stratégiques. Je vous laisse à présent découvrir les bienfaits de ce que je nomme : un Lance-flammes. » J’appuyai sur une seconde gâchette, libérant une grande langue de feu, dirigée vers les restes du mannequin déjà troué de part en part, le carbonisant en, à mon tour, poussant un petit rire dément, couvert par le « Vroush » de l’arme. Si quelqu’un avait pu m’observer de face à ce moment précis, il aurait vu des étoiles dans mes yeux.

Je fais amende de la chose suivante : je m’amusais à un peu dévier la trajectoire des flammes pour brûler ces insupportables fleurs qui poussaient à tout va dans ce maudit jardin ; je sais, c’est immonde, c’est infâme, mais je ne supporte pas le pollen, ça me fait éternuer.
Revenir en haut Aller en bas
La belle au bois dormant
Ronce de France
✦ Libre pour RP ? : 1 place libre.

✦ Double-compte : Alice Liddell, Sigmund Rammsteiner, Hildegarde Müller, Shísān Wǔ, Ragnar Mjöllnir, Orendi



Si on en savait plus sur toi ?
✦ Profession: Reine de France
✦ Pouvoir: Vieillissement accéléré
✦ Bric à brac:
MessageSujet: Re: [Année 0003] Abreuvez-moi de science, et je vous abreuverais d'or   Mar 11 Mar - 1:27
Pour du concret, elle en avait eu du concret ! Les domestiques devaient même penser que c'était bien de trop. Elle les entendait se plaindre en français, certains de ne pas être compris par leurs visiteurs. Des plaintes que Ronce voulut faire taire d'un regard mais elle était bien trop concentrée sur les inventions présentées par les deux frères.

D'abord, l'automobile. Ronce en avait vu durant ces voyages mais elle n'était jamais montée dans une seule de ces machines. Si la situation continuait sur ce bon rythme, demanderait-elle à Axentius d'être sa passagère le temps d'une promenade.

Cette pensée disparut bien vite quand l'inventeur fit fonctionner son nouveau joujou. Ronce recula avec précipitation et se boucha les oreilles quand l'arme fut actionnée. Malgré tout elle percevait le vacarme, semblable à un orage qui venait d'éclater juste au-dessus de leurs têtes. Vacarme qui fit rapidement fuir les domestiques, ne laissant que quelques gardes qui se campèrent, comme un seul homme, derrière la reine, prêts à se déployer si Axentius avait le malheur de dévier sa machine vers Ronce.

Cet homme semblait complètement... fou. Pensée que semblait partager son frère vu les derniers propos qu'il avait tenu à la reine. Enfin, folie et génie allaient souvent de pair. Et il fallait avouer que cette arme était des plus puissantes. De quoi tenir en respect les soldats les plus aguerris.

Vint ensuite le lance-flammes. Cette fois un des soldats se mit devant la reine, la poussant à reculer davantage. Ronce sentait tout de même clairement la chaleur des flammes. L'air était comme embrasé et le pantin, auparavant troué, se transformait en torche. De même que l'herbe, que les fleurs... Les fleurs !

— Ciel ! Je veux dire... Les fleurs de Ciel ! (Comprenant qu'elle s'était exprimée naturellement en français, la reine reprit la rudesse de la langue allemande) Mais cessez donc ! Inutile de brûler les jardins !

S'extrayant de la protection de ses soldats, Ronce accourut en direction de Laurentius. Se placer face à lui serait des plus dangereux. Lui donner un coup dans le dos le pousserait probablement à se retourner, lance-flamme à la main. Et pfuit ! Plus de Ronce, plus de France, plus rien. Rien qu'un tas de cendres. Il fallait donc recourir au second frère qui tenait toujours son arme dans les mains.

— Faites entendre raison à votre frère ! S'il brûle une parcelle de plus, il connaîtra la prison ! Et sachez que leur confort est d'époque. Autant dire qu'elles sont peu luxueuses.

Menacer n'était pas dans les habitudes de la reine mais au vu des circonstances, elle n'avait rien de mieux à faire. Si ce fou continuait, tous les jardins allaient finir par être vaporisés, et les fleurs devenir des cendres dispersées aux quatre vents !

Spoiler:
 


♔ Reine de France ♔

© Avatars par Ofelia et leurs auteurs respectifs.


Dernière édition par Reine Ronce le Jeu 13 Mar - 21:04, édité 2 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Invité
Axentius Clemens

MessageSujet: Re: [Année 0003] Abreuvez-moi de science, et je vous abreuverais d'or   Mar 11 Mar - 18:15
Dans les jardins de la Reine de France, le soleil brillait, illuminant son château au charme bucolique et ses ronces qui nous surplombaient ; si je n’avais jamais vraiment porté les français dans mon cœur, on ne pouvait leur retirer la grâce et l’élégance dont ils savaient faire preuve. Transformer une bicoque envahie par la végétation en un domicile royal d’une pareille beauté relevait du tour de force, et imposait en quelque sorte le respect ; à moins que les parasites végétaux n’aient été ajoutés par après. Cela restait à voir. Et le beau temps concordait parfaitement avec l’ambiance régnant ici, dans l’allée centrale du domaine : la souveraine avait semblé manifesté quelques signes de crainte à la vue de mon jouet, et les domestiques quelque méfiance, mais désormais, ils semblaient rassurés, apaisés par la fin de la démonstration. Je pense qu’ils avaient enfin compris qu’une arme de destruction massive entre des mains comme les miennes ne pouvaient pas trop faire de dégâts, à moins qu’elle n’explose ; mais qu’ils n’y comptent pas, cette petite merveille était dans mes plus élaborées créations.

Peut-être était-ce là ce qui me différenciait le plus de mon frère cadet : le professionnalisme, en toute circonstance. Laurentius ne semblait pas toujours être maître de ses mouvements lorsqu’il pouvait exposer une de ses machines, comme si un démon s’emparait de lui ; je ne l’étais pas toujours non plus, mais l’excitation me gagnait bien d’avantage au même instant que la fièvre créatrice que lorsque je devais exposer mes talents à la plèbe. Et qu’on ne me parle pas de cet épisode explosif à ce congrès Allemand, ce n’est pas pareil. Pas pareil du tout.

Et en cet instant, cet hurluberlu à la crinière couleur de bois semblait s’en donner à cœur joie. Son arme, son lance flammes entre ses mains sombres et calleuses n’était pas une vision que je souhaitais à beaucoup, même à mes plus terribles ennemis ; elle signifiait qu’il y allait avoir vite, très vite, dans l’air ambiant, qu’il soit frais, vicié, brûlant ou glacial, une détestable odeur de paraffine, de souffre ou d’autres idioties dont il était question dans cette machine de mort et que bientôt, tout objet dans une trajectoire plus ou moins elliptique devant l’objet, sur cinq ou six mètres, que sais-je, s’en allait finir sous forme de cendres s’il était organique, et sous forme de petit machin noirci et rabougri s’il ne l’était pas. Autant dire que trois cent balles de ma gatling dans le corps, à côté de cela, ce n’était pas grand-chose ; en témoignait le pauvre mannequin, que je venais de cribler de cartouches, qui finissait de se recroqueviller pathétiquement sur lui-même, tel un pauvre enfant traumatisé en position fœtale. Et en témoignaient les fleurs, qu’il avait – délibérément, c’était bien son genre – léché de sa langue de flammes en déviant «accidentellement » la chose qu’il avait en main.

Je n’étais pas certain qu’un tel affront plaise à la reine. N’en déplaise au francophobes, les jardins de la Reine étaient d’une renommée internationale, pleins de vie et de jardiniers méticuleux, et leur fleurs venait à en attirer jusqu’à des abeilles de toute l’Europe pour venir les butiner – ou du moins, c’est ce qu’on m’a dit. J’ignorais toujours comment elle ne nous avait pas jeté en prison, mais là, si elle ne pipait mot, cela relevait d’une patience extraordinaire… Ou d’une clémence beaucoup trop profonde pour une reine.


— Ciel ! Je veux dire... Les fleurs de Ciel ! Mais cessez donc ! Inutile de brûler les jardins !

Elle baragouina quelque chose qui devait être en Français avant de reprendre les charmes si particuliers de l’Allemand, pleurant ses parterres fleuris qui partaient présentement en fumée. Elle s’extirpa alors de la protection de ses soldats qui s’étaient imposés devant la ravissante et fluette demoiselle pour s’en aller vers mon fou de frère, s’arrêtant non loin de la langue terrible et ardente qui continuait de tout ravager.

— Faites entendre raison à votre frère ! S'il brûle une parcelle de plus, il connaîtra la prison ! Et sachez que leur confort est d'époque. Autant dire qu'elles sont peu luxueuses.


« Oh, mais bien sûr. Pardonnez-le, il est un peu enthousiaste. »
dis-je, non surpris devant la scène qui se déroulait sous mes yeux.

Sans ne faire plus guère attention à autre chose qu’à ma royale quête, je déposai rapidement mon arme dans les bras de Dame Ronce, me dirigeant le plus près possible de Laurentius et de ses flammes. Je n’avais jamais aimé la chaleur, qui faisait chauffer mes prothèses et brûler ma peau plus vite que quiconque ; il fallait en terminer rapidement. Du bout de ma main cuivrée, un orifice s’ouvrit, son opercule rentrant dans ses côtés, prêt à cracher de la vapeur.

Peut-être vous dois-je un brin d’explications. Une fée inconnue au bataillon m’a, semble-t-il, durant mon coma, insufflé le pouvoir de créer de la vapeur de mon corps sous l’ordre de Laurentius ; je suis donc bien capable de créer celle-ci à l’aide de l’air ambiant, mais d’une force moindre à celle qui vient de mon corps lui-même. C’est ainsi que je peux accélérer les battements de mon cœur à outrance, ou projeter de la vapeur à une force phénoménale de ce trou dans mon bras gauche, tantôt comme ou boulet de canon, tantôt comme un simple gaz brûlant selon mes envies.

J’eus donc recours à cette technique afin de refroidir mon quasi-frère ici présent ; le fluide s’en alla en forte quantité et forte densité de mon corps vers la base des flammes, jouant le rôle d’étouffant. Le jeu consistait à priver la mèche initiale de tout accès avec l’oxygène, non pas d’employer l’eau qui était comprise dans le gaz que je diffusais.

Le lance-flammes avait ses limites, semblait-il. Celui-ci venait de les trouver, dans un « pshiit » un peu triste. Je m’approchai de Laurentius, posant ma main sur son épaule.

« Allons, Lauren, ça suffit. Je sais que tu n’aimes pas trop les fleurs, mais ce n’est pas une raison pour les carboniser. La reine y tient beaucoup, tu sais, c’est comme si tu lui brûlais les cheveux, lorsque tu fais cela. Enfin, pas vraiment, mais… S’il te plait, cesse, c’est tout. On s’amusera plus tard. »

Revenir en haut Aller en bas
Invité
Laurentius Tempels

MessageSujet: Re: [Année 0003] Abreuvez-moi de science, et je vous abreuverais d'or   Jeu 13 Mar - 19:23
Pas si terrible que ça, en fin de compte, ce pays. Si tout pouvait se régler uniquement avec un lance-flamme, que le monde serait chaleureux, accueillant, prospère ! Passer toutes ses frustrations sur de vulgaires fleurs en leur faisant ressentir toute notre haine, notre dégoût, pour les allergies monstrueuses qu’elles provoquent, en le faisant exprès, qui plus est ! Les sales filles ! Une petite correction pour les rappeler à l’ordre ne serait jamais, au grand jamais, de trop ! Qu’elles se fripent, qu’elles se fanent, qu’elles meurent. Plus jamais je ne veux voir ces couleurs, plus jamais je ne veux sentir ces parfums, plus jamais je ne veux en entendre parler. Plus jamais !

Et ces adorables gardes qui avaient éloigné leur si tendre reine loin de moi et formaient un périmètre de sécurité, au cas où j’aurais eu la moindre envie de changer de cible, m’attaquer à cette douce jeune fille un peu trop laxiste, même s’il ne s’agit que de mon opinion. Ces braves chéris, si seulement ils savaient le nombre d’occasions que j’avais eues de bousiller leur monarque bien aimée ; une multitude, une foultitude, une infinité ! Autant qu’il existe de secondes, millisecondes et tout ce qui est encore plus infinitésimal ! Rien ne m’arrête, rien si ce n’est ma propre force qui a malheureusement ses limites.

A mon grand dam, dans un concert de roulis et d’entrechoquements métalliques surgit mon frère, faisant cesser toute activité à ma délicieuse création d’un simple geste. J’aurais mieux fait de le laisser mourir dans son explosion de dirigeable celui-là ; qu’il vienne ainsi briser tout ce qui me tenait à cœur pour le moment était tout bonnement immonde. Je regardai la flamme se tarir, seul le souffle continu du gaz venait troubler le silence retrouvé après que le chant macabre des flammes ne se soit tu. Je poussai un long soupire, faisant rugir une dernière fois l’engin en le vidant des dernières traces de carburant et comburant qu’il contenait, abaissant loquet sur loquet, tournant de nombreuses manivelles, détachant les tuyaux qui s’élançaient depuis la bombonne pour alimenter la machinerie. « Saint Seigneur Dieu, tu pourrais prévenir, tout de même, avant de risquer d’abîmer des pièces de collection comme ce bijou. » Murmurais-je, alors qu’Axentius me glissait quelques mots à l’oreille. Comme quoi brûler les fleurs, c’était brûler ses cheveux, une métaphore bien capillotractée en finalité et qui ressemblait tout à fait au style de mon cher frère.

Je laissai tomber l’arme à mes pieds, aboyant des ordres en allemands aux domestiques pour qu’ils viennent me débarrasser de cet objet fort encombrant. Malgré la barrière du langage, ils me comprirent surprenamment vite, comme quoi, hausser d’un ton sert toujours à se saisir mutuellement. Deux jeunes gens accoururent, emportant, avec une grande précaution à ne pas toucher l’embout cracheur de feu, l’objet. Je les regardai avec un sourire arrogant, m’imaginant la belle vie que je mènerais si j’étais chef d’état, brûlant tous ceux que je ne trouvais pas à ma convenance, escroquant tout l’or possédé par de braves gens, passant des nuits et des nuits à travailler sur mes projets. Quoi de mieux ? Oh ! Ce n’étaient que de petites projections infantiles mais qui me réjouissaient. Je me disais : « Moi aussi, un jour, je serai roi. »

J’exécutai un demi-tour, ayant déplacé avec toute la délicatesse dont j’étais incapable de faire preuve la main d’acier de mon épaule, plantant mon regard dans celui de la première dame de France. Des yeux ne laissant transparaitre qu’un désarroi, feint bien évidemment, quant à la situation actuelle. Quand il faut rattraper la sauce, Laurentius enfile ses habits de comédien du dimanche, comme aurait dit cette mère adoptive dont je n’ai jamais supporté la présence. « Oh ! Ma reine, comme vous me voyez affligé des dégâts que j’ai, involontairement, causés ! Si seulement j’avais réussi à contrôler le jet de flammes, mais pour un éclopé comme moi, vous devez vous douter qu’il s’agit d’un grand effort. Et j’ai eu beau appeler de l’aide, de l’aide, toujours plus d’aide, ce vacarme couvrait ma voix, heureusement que mon frère est intervenu. Ah ! Ma bonne reine ! » J’accompagnais mes paroles de petites courbettes, de regards de chien battu, de mimiques de désolation, bref, la panoplie complète du manipulateur en herbe.

Je me rapprochai en claudiquant, me crispant à chaque pas et me réprimandant mentalement d’avoir laissé ma canne contre l’automobile, une fois à distance respectable de la souveraine, je m’engageai à nouveau sur la voie de la parole, mettant moins de fioritures dans mon discours et m’abstenant même de toutes les galipettes d’acteur qui m’étaient pourtant si chères. « Mis à part le petit … Débordement de ma part, qui n’est qu’une question de conjoncture, soyez-en sûre. Comment jugez-vous ces deux petites merveilles dont nous venons de vous faire l’exclusivité d’une démonstration ? N’est-ce pas là deux exquises armes pour vos hommes, Madame ? » Malgré toute la sincérité que je mettais à m’exprimer, une petite part au fond de moi aurait voulu s’esclaffer de rire à imaginer la suite des évènements ; je ne suis pas un monstre, je ne vends pas mes armes à des grandes puissances, j’ai mes petits états d’âmes, surtout en connaissance de l’état actuel de la Prusse, trop facile de la faire tomber avec ces joujoux. Mais je voulais mon pesant d’or, ça, c’était une case à ne pas manquer dans l’aboutissement de ce plan génialissime, digne de mon cerveau à toute épreuve.

Je fis volte face pour m’en retourner à la voiture, toujours clopin-clopan, à me tordre de douleur dans mon fort intérieur. M’attendant à toute éventuelle réponse de la part de la Reine Ronce. Sortant discrètement deux larges feuilles de papier jauni d’une de mes poches en m’avançant toujours plus vers le petit bolide.
Revenir en haut Aller en bas
La belle au bois dormant
Ronce de France
✦ Libre pour RP ? : 1 place libre.

✦ Double-compte : Alice Liddell, Sigmund Rammsteiner, Hildegarde Müller, Shísān Wǔ, Ragnar Mjöllnir, Orendi



Si on en savait plus sur toi ?
✦ Profession: Reine de France
✦ Pouvoir: Vieillissement accéléré
✦ Bric à brac:
MessageSujet: Re: [Année 0003] Abreuvez-moi de science, et je vous abreuverais d'or   Jeu 13 Mar - 21:17
*Bonk*

Ce bruit résonna dans les jardins quand Ronce finit par lâcher l'arme que lui avait confié Axentius. Pendant quelques instants, la reine avait sérieusement envisager de 1) lancer l'arme sur Laurentius tandis qu'il lui parlait avec des mines digne d'un grand comédien, 2) lâcher l'arme sur un des pieds de Laurentius, si possible du côté de la jambe qui ne boitait pas. Histoire de ramener une certaine symétrie dans le personnage.

Oui elle avait eu une pensée cruelle, bien loin de son humanisme habituel. Mais comprenez, un homme venait de brûler une partie de ses jardins. Et l'endroit où elle venait, aujourd'hui même, de rempoter la fleur favorite de son frère ! Elle avait le droit de se venger, non ?

Se venger. Bonne idée.

D'un claquement de doigts, Ronce appela un de ses domestiques et lui murmura quelques mots. L'homme repartit aussitôt au sein du château.

— Messieurs, vous m'avez convaincu. Ces deux armes dont vous m'avez fait la démonstration m'ont comblé. Je pense vous en demander une dizaine de chaque modèle, pour commencer. Votre prix sera le mien. Voici déjà un acompte.

Le domestique était revenu, portant à bout de bras deux sacs qu'il laissa tomber à côté de la reine.

— Ce sont là des pièces françaises mais elles sont tout à fait convertissables dans toute autre pays européen. Mais pour pouvoir toucher cette part du contrat, je me dois de vous préciser les termes. Que mon conseiller va, évidemment, mettre à l'écrit.

L'homme semblait apparaitre de nulle part et, pourtant, il suivait toute la scène depuis ses débuts. Aussi caractériel et sec qu'il était, le conseiller était un homme qui savait accomplir son métier, et être des plus discrets. Debout, à côté de la reine, un papier déroulé sur une planche de bois, il prit note des termes du contrat.

— Ces armes ne devront pas être vendues, ou même offertes, à des ennemis de la France. Comme l'Angleterre et la Roumanie. Si jamais c'est le cas, le contrat sera rompu, sans autre forme de procès. Et seconde clause importante...

Ronce ménagea son suspense.

— Je veux monter dans votre automobile.

On entendit distinctement le conseiller s'étrangler.


♔ Reine de France ♔

© Avatars par Ofelia et leurs auteurs respectifs.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Invité
Axentius Clemens

MessageSujet: Re: [Année 0003] Abreuvez-moi de science, et je vous abreuverais d'or   Ven 14 Mar - 20:01
Ses beaux jardins… Ses si beaux jardins. Je ne pouvais que la comprendre au fond ; je ne savais si ce farfelu filou de Laurentius en avait une, mais moi-même, j’avais bien une passion, comme la souveraine semblait en posséder une, elle aussi. Une passion n’était pas d’aimer les mécaniques, la vapeur, le cambouis, les charpentes, que sais-je ; ça, c’était bon pour le travail. Ou pouvait être pris par son travail et finir par l’aimer comme l’on  aime une femme, mais cela restait le travail ; non, je parlais ici de quelque chose qui vous prenait dès que vous n’aviez plus l’envie de perdre votre temps dans des basses besognes, d’une chose qui vous emportait des heures durant sans que le sable du tablier ne vous semble plus couler. La mienne était l’ornithologie, le mot abscons inventé par des intellectuels voulant se donner l’air intelligents avec des mots compliqués, et en somme, la passion des volatiles ; alors, la jardinerie et les fleurs, pourquoi pas ? Je ne pouvais la blâmer d’avoir eu l’air un tantinet affolée par les inconvenances de mon frère qui, lui non plus, ne semblait très enchanté par ce que j’avais été contrait de réaliser. Je me sentais comme un homme coincé entre deux taureaux à la charge.
 
Le vieil hibou qu’était cet infirme pris ma main pour la replacer le long de mon corps, délicatement, comme si je n’avais plus assez de force pour l’exécuter par moi-même ; et sans attendre, il se tourna vers la chère souveraine, enfilant ses  quelque peu pathétiques atours et détours rhétoriques, auxquels personne n’avait jamais été dupes mais qui forçaient, par leur politesse, les deux interlocuteurs à rester dans le domaine de la courtoisie et de la mauvaise foi. Inutile de préciser que Dame Ronce allait encore moins porter Laurentius dans son cœur, avec ses sourires hypocrites et ses illusions pleines d’absence de mystères ; cependant, si c’était là son cas, en bonne personne, elle n’en montra rien, et, comme si rien ne s’était passé, elle continua sa locution, ou plutôt répondit à son partenaire de joute verbale.
 — Messieurs, vous m'avez convaincu. Ces deux armes dont vous m'avez fait la démonstration m'ont comblé. Je pense vous en demander une dizaine de chaque modèle, pour commencer. Votre prix sera le mien. Voici déjà un acompte. 
 
J’eus un petit regard rapide vers Laurentius, m’osant un brin triomphant. Après tout, n’était-ce pas le but premier de notre voyage que nous venions de réaliser ? Car l’amour de la science et du progrès, cela allait un temps, mais ce n’était ainsi que nous allions en tirer subsistance ! Bon, notre héritage n’était pas si moindre, cependant, il était toujours bon de voir les caisses se renflouer un peu plus que d’habitude, n’est-ce-pas ?
 
Un homme apparut soudain, deux gros sacs dans les mains, et je souris à sa vue bienfaitrice ; je n’étais pas vénal à ce point, mais un acompte si concret n’était pas pour me déplaire. Le domestique, l’air tatillon et discret, représentait dans toute sa splendeur le type de personne qui vacillait dans mon poinion entre l’indifférence et la haine tant ils semblaient sérieux ; quoi qu’il en fût, ce n’était pas là avec lui que je comptais passer mes vacances ou tenter d’amusantes expériences.
 
— Ce sont là des pièces françaises mais elles sont tout à fait convertissables dans toute autre pays européen. Mais pour pouvoir toucher cette part du contrat, je me dois de vous préciser les termes. Que mon conseiller va, évidemment, mettre à l'écrit. 
 
Ah, ces Français ! Ne pouvaient-ils pas adopter la monnaie Allemande ? Elle était bien plus jolie, bien plus dorée ! Enfin, c’en était là les modalités du contrat, et nous n’aurions aucun mal à les convertir, comme l’avait si bien dit notre amie la reine, en nos civilisés germains deniers. L’immonde sous-fifre à la tête plus haute que large s’était emparé d’un parchemin ou quelque autre support et était désormais affairer à coucher sur celui-ci les modalités de notre marché.
 
— Ces armes ne devront pas être vendues, ou même offertes, à des ennemis de la France. Comme l'Angleterre et la Roumanie. Si jamais c'est le cas, le contrat sera rompu, sans autre forme de procès. Et seconde clause importante... Je veux monter dans votre automobile.
 
L’indicible conseiller sembla alors s’étrangler, ou au moins feindre de le faire, ce qui demandait beaucoup de talent alors pour le faire de manière aussi convaincante, ce qui me fit sourire. Horrible bonhomme que celui-là. Mais ce qui ne fit qu’élargir cette grande ouverture maladroite qui découvrait mes dents et qui montait presque jusqu’à mes oreilles, étirant mes zygomatiques, était bien la seconde close du contrat. Si je me doutais bien que la damoiselle allait être intéressée par le bolide, jamais je n’aurais pu deviner qu’elle voulût y monter ; je la croyais bien trop couarde pour cela, et je devais bien avouer en être surpris.
 
Je m’adressai à Ronce, toujours tout sourire. « Mais bien entendu, rien ne me ferais plus plaisir. »
 
C’était presque vrai. Je me dirigeai vers le dit engin, prenant moi-même la place du conducteur et laissant celle à mes côtés à la reine ; Laurentius allait devoir se contenter du siège arrière, unique et petit, disposé comme entre les deux places avant, mais d’avantage en retrait, prévu initialement pour les enfants. J’avais bien peur qu’il allait devoir plier les genoux pour pouvoir s’y glisser.
 
Avec un sourire canin, je plaçai mes binocles cuivrés sur mes yeux, me tournant vers la reine.
« J’espère que vous n’avez pas froid aux yeux. »
 
Je fis vrombir le moteur après une courte latence, et une fumée grise s’en alla dans l’air printanier.
« Je dois bien vous avouer que ce modèle est un brin modifié par mes sois ; j’aime la vitesse, voyez-vous. Mais je peux vous assurer que toutes les autres sont parfaitement fonctionnelles, tout aussi efficaces et… Beaucoup plus sécuritaires. »
 
Laurentius s’était enfin décidé à entrer dans la voiture en maugréant ; nous pouvions y aller. L’engin démarra avec une déroutante accélération, passant du point nul à ce que l’on pouvait considérer comme une acceptable vitesse de croisière ; ce que je n’avais pas avoué, c’était que hormis qu’elle soit un brin amélioré par mes petits doigts graciles, c’était que j’usais de mon propre pouvoir pour l’alimenter. Nous nous extirpâmes de l’enceinte du château par la grande porte, et c’est à une vitesse raisonnable que je conduisais l’engin à la recherche d’un lieu praticable pour ce que je voulais faire.
 

Enfin, le lieu parfait était devant mes yeux : une grande route plus ou moins droite, non sans quelques anfractuosités, mais légères, toutefois ; c’était là qu’on allait s’amuser. Les moteurs rugirent alors, comme donnant le signal de départ et l’avertissement selon lequel il valait mieux s’accrocher à n’importe quoi ; l’accélération en fut fulgurante, tant que poussais la pauvre bête jusqu’à ses retranchements. Et bien que nous en fussions secoués, je n’avais jamais été autant grisé par la vitesse que ce jour, puisque c’était probablement là un de mes records d’audace. Le paysage semblait fuir avec précipitation, le sentier être avalé par nos roues, et les cheveux de la reine vouloir s’échapper de son crâne tant ils étaient  happés.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Laurentius Tempels

MessageSujet: Re: [Année 0003] Abreuvez-moi de science, et je vous abreuverais d'or   Sam 5 Avr - 0:10
Je déteste l’automobile. Pourquoi ? Simplement parce que je suis toujours celui qui a droit à la place la plus médiocre, la plus inconfortable, la plus horrible. Quand il faut transporter de matériel précieux ainsi que fragile et que nous nous devons de voyager à deux, il en va toujours du même refrain. « Laurentius, tu pourrais t’installer sur le siège arrière ? » Non. Non je ne peux pas m’installer sur le siège arrière. Non je ne veux pas m’installer sur le siège arrière. C’est tout petit, c’est étriqué, c’est invivable. J’ai l’impression d’être un gamin un peu disproportionné à qui l’on a offert l’exact opposé de ce qu’il voulait pour son anniversaire.

Ce jeune garçon avait, pour exemple, demandé à conduire un train à vapeur et ce que ses parents avaient trouvé de mieux à lui faire comme présent était de lui faire don du poste de majordome dans une cabine privée, qui plus est, sans aucune percée sur l’extérieur, suite à un caprice du nanti s’étant offert le luxe d’un wagon personnel et d’un voyage vers une destination tout à fait quelconque et banale, mais assurément hors de prix.

L’automobile m’insupporte, lorsque nous avançons sur les routes complètement pourries, foutues, bonnes à être démolies, de ce pays d’arriérés décérébrés à la Reine encore plus gauche que chacun de ses idiots de domestiques pris séparément. Une pimbêche, une gamine, une idiote finie. Indigne de gouverner, indigne d’être en possession d’un tel royaume, indigne d’avoir ne serait-ce qu’un jour imaginé faire partie de ces grands noms de l’Histoire. Personne ne se souviendrait de la Reine Ronce et de son sommeil de cent ans, c’était une fabulation, une aventure capillotractée, un simple délire d’un enfant fiévreux. Très sérieusement, comment même jusqu’aux contemporains de cette nation pouvaient avoir foi en cette sieste quelque peu prolongée ? Oui ils étaient nombreux à avoir pu prouver par tel ou tel argument qu’il s’agissait là d’un fait véridique, mais encore. Je voulais de mes yeux le voir pour y croire. Simple, rapide, efficace, impossible. La combinaison parfaite pour rester sceptique.

Ah ! Quel beau paysage il nous était donné de voir ! Des campagnes à perte de vue, avec des bovins, ovins et autres animaux à l’œil hagard, la pensée vide, le raisonnement ridiculement minuscule, pour tout peuple. Elle était belle la grande nation de France. Un ramassis de bestioles bêtes comme des chaises qui mâchouillaient paisiblement une herbe sèche et décolorée. Je vous prierais de reconnaître ici un chef-d’œuvre des si réputés architectes de ce pays, une disposition parfaite des haies pour que lorsque celles-ci soient un peu trop hautes, leurs branches viennent vous gifler avec l’insolence d’une fille de petit vertu réticente, lacérant profondément vos belles joues.

Oh ! Ces villages qui se dessinaient au loin, des fumées grises, sales, épaisses, se dégageant de cheminées branlantes, posées sur des toits à la charpente ravagée, soutenue par des poutres réalisées dans un bois à la valeur dérisoire et à la solidité plus que douteuse. Des murs fissurés, des fenêtres brisées, des hommes et des femmes jetant leurs excréments depuis la fenêtre de leur balcon surplombant la rue, voilà comment je me représentais l’intérieur de ces hameaux malpropres, au même rang que tout dans ces contrées pourries !

Saleté de France ! Fichue monarchie à la manque ! Reine complètement marteau et gamine ! Pour une fois que j’avais trouvé un moyen de m’amuser un tant soit peu, il lui avait fallu faire preuve de sentimentalisme envers ces fleurs impies et traîtresses ! Je voulais ma revanche sur ces monstres, elles dont le pollen m’avait toujours rendu fou, me poussant à m’enfermer à double tours dans ma cave, à ne plus pointer le bout de mon nez hors de ce havre de paix sans la moindre congestion nasale.

Les cahots du sentier, assis sur un siège en cuir au confort incertain, les jambes repliées contre mon torse, l’envie d’éternuer en passant devant chaque bouton coloré, un enfant assise à côté de mon frère, qui lui prenait un malin plaisir à démontrer toutes les performances de son engin. Par-dessus le marché j’allais être obligé de vendre le brevet de mon lance-flamme, plutôt mourir que de servir ces culs-terreux ! Ils n’avaient qu’à ne pas être frappés par leur malédiction de mes deux !

Par pitié, sauvez-moi, sortez-moi d’ici, le soleil tape sur mon crâne, j’ai la tête qui tourne, d’insupportables vapeurs, les mains qui tremblent. Ca y est, je n’en puis plus, je suis mort, je suis enterré. N’y a-t’il personne pour me ressusciter ? N’y a-t’il pas une tasse de café pour un brave homme comme moi ?! Saint Seigneur Dieu et toute votre clique de rigolos, je vous en prie, mon monde pour du café, bien noir, sans sucre, simplement une tasse et je vous laisserai à tout jamais en paix avec vos gamins nus qui volent dans le ciel !

S’il vous plaît !

Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
La belle au bois dormant
Ronce de France
✦ Libre pour RP ? : 1 place libre.

✦ Double-compte : Alice Liddell, Sigmund Rammsteiner, Hildegarde Müller, Shísān Wǔ, Ragnar Mjöllnir, Orendi



Si on en savait plus sur toi ?
✦ Profession: Reine de France
✦ Pouvoir: Vieillissement accéléré
✦ Bric à brac:
MessageSujet: Re: [Année 0003] Abreuvez-moi de science, et je vous abreuverais d'or   Sam 5 Avr - 21:34
Que les robes du siècle passé étaient encombrantes ! Rassemblant ses jupes du mieux qu'elle put, Ronce se promit de faire appel à un couturier pour avoir une robe à la mode. Plus légère et surtout plus pratique.

Prenant place sur son siège, Ronce s'agrippa du mieux qu'elle put. Ce qui l'empêcha de tomber par dessus-bord quand l'automobile fut lancée sur les routes. Le rossignol en profita pour retourner sur l'épaule de son maître.

Le vent la giflait, rougissant ses joues, lui arrachant des éclats de rire. Les épingles qui retenaient ses cheveux s'envolèrent une à une. Au bout de quelques kilomètres, la chevelure de la reine s'était libérée et se déroulait tel un drapeau claquant au vent.

— Plus vite... Plus vite !

Une phrase hurlée au vent, entrecoupée par le souffle erratique de la reine. Un regard brillant, tel un malade ayant succombé à la fièvre. Des joues rougies. Tous ces éléments mis ensemble et transposés en un autre lieu qu'une voiture aurait pu prêter à confusion.

Le voyage les avait menés dans un bout de campagne, une terre encore vierge de technologie. Une terre à l'ancienne. Avec ses champs, ses bottes de foin. Ses vaches qui traversent la route. Qui se tournent vers vous et vous regardent fixement sans bouger d'un iota.

Voyant la voiture foncer sur le troupeau, Ronce agrippa le volant et le tira dans sa direction. La voiture sortit en trombe de la route, fonça sur la palissade qui fermait un champ, rebondit sur plusieurs cahots. Finalement elle termina sa course échevelée dans une botte de foin abandonnée.

Pensez-vous que Ronce se retrouva tête la première dans le foin, telle une jeune paysanne après un bal musette ? Que nenni. Après tout c'était une reine. Elle se retrouva, probablement projetée par la force du choc, contre Laurentius.

Oui vous entendez bien, Ronce et Laurentius, collés l'un à l'autre à l'arrière d'une voiture. Face à face évidemment, sinon ce ne serait pas drôle.

— Oh, excusez-moi, je...

Cherchant à se relever, Ronce tapota gauchement avec ses mains, cherchant une prise sur laquelle s'appuyer. Pour finalement abandonner, ses mains sur le torse de Laurentius, sa poitrine toujours comprimée contre l'inventeur.

— J'ai l'impression d'avoir deux mains gauches. Vous pourriez m'aider ?

En prime le sourire pur et innocent d'une vierge de 124 ans.


♔ Reine de France ♔

© Avatars par Ofelia et leurs auteurs respectifs.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Invité
Laurentius Tempels

MessageSujet: Re: [Année 0003] Abreuvez-moi de science, et je vous abreuverais d'or   Mar 8 Avr - 12:34
Là. Maintenant, j’ai envie de hurler. Hurler jusqu’à en perdre la tête, jusqu’à en perdre le souffle, jusqu’à en perdre la vie. Je ne veux que la liberté, la liberté, la liberté. Cette enfant aurait tout de même pu mieux calculer sa chute, sa culbute, ce qu’elle veut ! Mais pourquoi fallait-il spécialement que l’embardée de l’automobile pousse la reine de France à me tomber dessus ? Pourquoi ? Pourquoi ?! Ai-je vraiment une si mauvaise conscience que cela pour devoir me ramasser les pires catastrophes de l’univers tout entier sur un coin de la tête ? Ou bien était-ce une vengeance divine pour mon massacre de fleurs … Seigneur, pardonnez-moi ! Pardonnez-moi pour les péchés que j’ai commis ! Je reconnais avoir fauté, mais le pollen me donne de terribles allergies, comprenez-moi, je vous en supplie, Dieu tout Puissant !

Je sens sa respiration contre ma peau, les battements de son cœur sont presque perceptibles, ses cheveux libérés de leur prison d’épingles cascadant pour lui retomber devant son visage, mes yeux se détournent un instant pour être attirés par … Le décolleté de sa robe. Non ! Laurentius, mon enfant, non. Ca ne se fait pas, ce genre de choses. Surtout avec quelqu’un qui a la possibilité de te faire couper la tête par caprice, tu gardes tes yeux dans une direction où ils ne gêneront pas, mettons … La botte de foin devant vous.

Une idée me traverse l’esprit, une pensée fulgurante, lumineuse comme rarement elles l’ont été, finir mes jours aux frais de la couronne, avoir un terrain de jeu immense et des moyens incommensurables pour réaliser tout ce qui me plaît, avoir des domestiques, des vrais ! Pas un vieux jardinier moisi qui me gratifie de petits noms tous plus « affectifs » les uns que les autres. Avoir une place sur une chaise confortable au milieu dans grand hall où se rassembleraient tous les bouseux sous ma coupe pour me verser un impôt, un trône ! Mon garçon, tu dégages tes yeux de la montagne de paille et tu te la joues grand séducteur. Maintenant.

Un seul souci. La Reine Ronce me donne de l’urticaire. Ce n’est pas pleinement sa faute, mais j’ai, en quelques heures, réussi à dénoter plus d’une centaine de défauts que je qualifierai de gravissimes chez cette personne. Je ne peux pas faire ça, je la méprise profondément, c’est viscéral. N’était-ce pas moi qui me faisait des idées sur la possibilité d’une débouchée romantique à toute cette histoire ? Comme quoi il faut parfois suivre sa première impression … Dégager d’ici en courant.

Lauren’, ne fais pas l’enfant, des occasions de devenir monarque ça ne se présente pas souvent. Mais si elle décide de me faire pendre parce que j’ai tenté quelque chose ? Au moins tu auras essayé, en plus ce n’est pas comme si tu ne pouvais pas échapper à toute l’armée de France, je te rappellerai, mon garçon, que tu peux arrêter le temps. Ouais, c’est tout à fait hasardeux et tu le sais parfaitement ! Autant je peux tenir plusieurs minutes comme cela, autant je peux tomber dans les pommes rien qu’à ce que l’envie de le faire ne m’effleure. Arrête de tergiverser et mets-toi cette foutue gamine dans la poche qu’on n'en parle plus !

« J'ai l'impression d'avoir deux mains gauches. Vous pourriez m'aider ? » Je baisse le regard une nouvelle fois vers le peu de sa poitrine visible avant de me rattraper dans la seconde, ne pas s’abaisser aux instincts primaires, je risquerais d’y laisser ma peau. Je plante mes yeux dans les siens, répondant à son sourire angélique par un autre, nettement plus insolent et charmeur, découvrant mes incisives et la fin de mes canines.

« Deux mains gauches ? Voyons, ma Dame, ne dites pas cela. » Je déplace lentement l’un de mes bras pour venir ceinturer la demoiselle par la taille, poussant avec mes jambes pour me dégager de mon siège à l’espace confiné. A la une, à la deux, à la trois … Dieu qu’elle est lourde. On ne dirait pas comme cela, mais c’est qu’elle pesait bien son poids, voire un peu plus, la petite. J’essaye d’éviter de montrer que je force comme un beau diable pour me relever, gardant mon sourire, se déformant pour devenir un rictus de douleur lorsque ma jambe folle retombait pesamment où qu’elle rencontrait le froid métal de la portière.

Bon sang ! C’était impossible de nous décoincer, ou bien je m’y prenais comme un manche. « J’espère que vous n’avez pas trop peur que je salisse votre robe. » Je m’efforçais de rester décontracté, avenant, séducteur. Le genre de choses que je n’avais plus fait depuis une bonne dizaine d’années, les femmes n’étaient plus vraiment au premier plan de ma vie lorsque j’occupais mon laboratoire des Indes, à mon retour, la mort « malencontreuse et accidentelle » d’Amélie n’avait pas tout à fait aidé à un rétablissement d’un comportement sain envers la gente féminine.

Une nouvelle option heurta mon lobe occipital, si je ne pouvais pas nous soulever, alors peut-être que basculer d’un côté, préférablement dans le fourrage, serait la solution. Au prix de nouveaux efforts, j’obtins les résultats tant attendus, voyant la montagne de tissus et de cheveux qu’était Ronce partir sur le côté, moi avec. C’était presque un miracle, j’aurais cru rester là à étouffer jusqu’à la fin de mes jours, il ne pouvait s’agir que d’un coup de pouce divin, ou mécanique …

Quoi qu’il en soit, ce fut à mon tour de me retrouver au-dessus de la damoiselle, toujours ses joues en feu, c’était terriblement embarrassant. Qui plus est, jouer la comédie ne faisait qu’accroître ma révulsion envers elle, ou bien était-ce simplement la chute ? Je ne savais plus ce que signifiaient ces espèces de papillons dans mon estomac, le contact humain n’avait jamais été ma grande spécialité, tout ce qui comptait à présent, c’était d’au moins entrapercevoir la possibilité d’un grand, très grand, immense pouvoir ! A m’endoctriner ainsi, je ne pus retenir un rire de joie, tout à fait sincère, quant à l’idée d’avoir mes propres terres, mes propres soldats, mais dans la situation actuelle, je donnais l’impression de trouver l’enchaînement de situations incongrues tout à fait à mon goût. Boaf. Tant que cela jouait en ma faveur.

Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Axentius Clemens

MessageSujet: Re: [Année 0003] Abreuvez-moi de science, et je vous abreuverais d'or   Mer 9 Avr - 13:42
Thème

Si je ne m’étais réellement forgé d’opinion solide et inébranlable comme j’en avais sur les Roumains, inexpugnable et insensée, au sujet de la souveraine de France, sa réaction par rapport au vent fouettant visage et cheveux de l’enfant qu’elle était ne pouvait que m’y pousser ; en un sens, elle me rappelait douloureusement feu Amélie, une tonne de charme en moins. Mais elle semblait avoir le même sens de l’amusement, de ces décisions instantanées et folles, dans une certaine mesure : le fait était que, tout simplement, elle ne considérait l’incinération florale comme l’une de ses passions. Mais cette comparaison, outre le fait qu’elle était immensément douloureuse, n’avait pas lieu d’être, car il faisait des mois que je n’avais plus trouvé femme attirante parmi celles qui m’avait été données de rencontrer, des mois que, mon Amélie défunte, les oiseaux et la vapeur étaient mes seules compagnes ; j’avais trouvé un semblant d’équilibre émotionnel précaire dans cette équation, semblait-il, et je n’avais nulle envie de changer cela… D’autant que je ne risquais qu’à semer le malheur autour de moi. Comment redevenir sincère en amour quand lorsque, sur chaque visage, je distinguais l’autre qui me hantait ? Je ne pouvais manquer à un tel point de respect à la gente féminine, surtout pas.

Nous roulions en toute quiétude, si nous pouvions employer ce terme à une telle vitesse, jusqu’à ce qu’un bovidé et sa meute apparaisse soudain en plein milieu de la chaussée. C’était là une idée de Français que d’aller mettre des vaches partout ! Les vaches, c’est sale, et ça ne sert presque à rien ; en plus, ça s’arrange toujours pour aller se planter devant vous lorsque vous rouliez. Cela, Ronce l’avait saisi, semble-t-il ; par conséquent, elle fit ce que j’aurais dû interdire dès le début du voyage, à l’instant même où elle évoqua le terme « automobile », ce qu’il m’aurait fallu placarder sur le front de Laurentius en lettres brillantes, ce que j’eusse dû me tatouer sur le crâne, ce qui aurait dû être proscrit à jamais sans quoi l’insensé intrépide soit banni du temps et de l’espace, que dis-je, de ce plan de l’existence, LA chose à éviter à tout prix…

Elle avait touché au volant.

Ceci, ce que je conduis, est une automobile. Un engin à haute vélocité et au puissant potentiel énergétique. Un bolide, une machine exceptionnelle. Familiale, ce qui justifie les trois sièges, dont celui à l’arrière dans lequel mon frère est délicieusement contorsionné pour nous faire croire qu’il y est assis. Certes familiale, il n’en reste cependant un conducteur. Un seul. Ceci justifiant l’unique volant. Ceci justifiant qu’une seule personne est censé y toucher, sous peine d’inopinée embardée. Je n’ai pas d’autorisation spéciale, pas de brevet encadré au-dessus de ma cheminée pour conduire ; qui plus est, je ne suis souverain. Mais le fait que, d’une, j’ai construit cet engin, et que, de deux, je me suis assis à la place du conducteur unique, impliquait un tacite accord selon lequel j’étais censé être le seul à toucher à ce volant, vecteur directionnel de l’automobile, et par conséquent, à l’importance capitale pour le bon déroulement de ce voyage.

Cette cause impliquant bien sûr un effet, l’automobile s’en alla donc, afin d’éviter ce bucolique bovidé, vers d’autres aventures, à savoir un champ, sa barrière auparavant, et enfin une botte de foin, tragique destin pour un tel engin ; tout un génie enfoui dans la paillasse champêtre d’un espace rural, d’un pays rural tout entier.

Ronce, avec toute la délicatesse dont se devait de faire preuve une reine, exécuta un fabuleux vol plané, finissant, non dans une bouse des précédents bovidés, ce qui aurait pu produire un formidable effet comique, mais dans le torse de mon frère, ce qui ne valait pas beaucoup mieux, affectivement parlant, que le domaine scabreux précédemment évoqué ; pour ma part, je me contentai de me frapper la tête contre le montant de la voiture, l'occiput entraîné par le choc du petit accident, m’ouvrant le crâne par la même occasion. L’œil trouble et vitreux, du sang sur les mains, je relevai le regard le plus lentement possible, de peur de ce que je pouvais apercevoir.

Laurentius et Ronce, dans le même siège enfant, qui était à peine prévu pour un nouveau-né. Vision d’horreur, non de jalousie, je n’en avais cure. Mais bien d’horreur. La jeune femme était nommée Reine Ronce, et ce n’était pour rien ; sans évoquer l’aspect piquant et vénéneux du végétal, elle était bien souveraine.
Et faisait des yeux doux à Laurentius.

Je ne pense pas que vous saisissez l’importance de cet événement. Le fait que Laurentius fricote avec une quelconque demoiselle, je m’en tamponne le coquillard de manière exceptionnelle, malgré que je plaigne tout de même ladite prétendante pour l’instabilité émotionnelle du garçon ; le problème était qu’elle dirigeait un pays. Un peu en retard, un peu désuet, un pays restait un pays ; tant que cela restait de la petite amourette rapide, cela m’allait à merveille… Mais s’ils allaient plus loin… Oh s’ils allaient plus loin…


« J'ai l'impression d'avoir deux mains gauches. Vous pourriez m'aider ? »

Flash. Soudain, je vois Laurentius et Ronce au bout d’une grande allée, en tenue d’apparat. Ils se marient. Je vois l’incompréhension dans les yeux des conseillers, la tristesse, le désespoir. Je vois l’équilibre mondial commencer à redouter ce freluquet qui s’est invité sur le trône. Je vois des caprices, des jérémiades, des enfantillages Tempeliennes.


« Deux mains gauches ? Voyons, ma Dame, ne dites pas cela. »

Nouveau flash. Je vois mon petit costume de Monsieur Axentius, Frère du Roi, ma place ingrate. Je me vois en train de réparer dans l’ombre les fantaisies de ce vieux hibou frappé de folie pendant qu’il file un hypocrite amour à sens unique avec une reine naïve. Je vois des erreurs, des balbutiements. Je vois des idioties, des choses insensées et typiquement Laurentiennes. Je n’ose même plus relever les yeux, préférant regarder mes mains en sang.

« J’espère que vous n’avez pas trop peur que je salisse votre robe. »

Flash, encore. Je vois la Roumanie annexée, l’Espagne renié, l’Amérique assailli de piètres tentatives de conquête. Je vois le monde effondrer ses foudres sur la France et ses souverains, je vois la guerre et la sauvagerie. Laurentius a le comportement à l’opposé absolu de celui que doit posséder un roi, c’en est douloureux tellement c’est flagrant. Au secours.

Je me levai, titubant hors de la voiture pour arracher un pan de mon vêtement, dévoilant un morceau de mon corps métallique, tentant vainement de stopper l’hémorragie ; la douleur avait un effet anesthésiant sur mes pensées qui fusaient, contenant toutes ces idées dans un étau virulent. Le tissu ne tarda pas à se tremper d’hémoglobine, rouge et humide, alors je n’hésitai à retirer ma veste et enfin ma chemise toute entière pour contenir la plaie ouverte et béante, tandis que, torse nu, mes pieds achevaient de ne plus savoir me soutenir. Dans une floue vision, j’aperçus Laurentius juste au-dessus de Ronce. Un sifflement strident vibrait à l’intérieur de mes tympans, me vrillant la tête en même temps qu’il me maintenait dedans. Fa s’était envolé, et je le regardais virevolter dans l’air ; un instant, il passa non loin de moi, et je tendis le bras dans un espoir vain de saisir son éthéré ballet, mais ma main ne se referma que sur le vent. Je m’écrasai dans la poussière, une petite pensée pour mon cœur qui n’allait tarder à s’arrêter si le coma m’envahissait.
Revenir en haut Aller en bas
La belle au bois dormant
Ronce de France
✦ Libre pour RP ? : 1 place libre.

✦ Double-compte : Alice Liddell, Sigmund Rammsteiner, Hildegarde Müller, Shísān Wǔ, Ragnar Mjöllnir, Orendi



Si on en savait plus sur toi ?
✦ Profession: Reine de France
✦ Pouvoir: Vieillissement accéléré
✦ Bric à brac:
MessageSujet: Re: [Année 0003] Abreuvez-moi de science, et je vous abreuverais d'or   Ven 11 Avr - 20:09
Ronce n'était pas idiote. Tout au plus naïve dans certaines domaines dont celui de l'amour. Même si elle savait que ce qui était raconté dans les romans n'était pas toujours la vérité, ces histoires la faisaient doucement rêver. Et elle oubliait ainsi sa jalousie. Car Ronce était jalouse des autres. De leurs histoires d'amour. De Svetlana et de ses amants. De la Reine d'Angleterre qui avait un époux (l'actuelle, pas l'ancienne, Carren lui était sympathique avec son malheur conjugal). Jalouse aussi du roi d'Espagne. Oh il restait son ami, un homme dont elle appréciait la compagnie mais elle avait eu vent de rumeurs sur une liaison qu'il aurait eu avec une femme. Bonheur teinté d'acide jalousie; elle aussi elle aurait voulu que la fiction devienne réelle.

Ce qui semblait être le cas. On se retrouve pas tous les jours dans les bras d'un homme, et encore moins sous lui. Ronce vit rapidement l'équivoque de la position et son visage devint aussi rouge que les roses de son jardin. Toute embarassée, elle interpréta mal le rire de Laurentius.

— Ne vous moquez pas ! Si vous croyez que c'est drôle...

Maudites soient les robes du siècle dernier. Ronce tenta de se soustraire de sa position, se tortillant dans sa robe en espérant se glisser dans une ouverture laissée par Laurentius. Finalement, sentant qu'elle s'encombrait plus qu'autre chose, la jeune femme tenta de rouler. Oui, de rouler sur le côté, de ramper pour se dégager de Laurentius, n'hésitant pas à pousser fermement l'homme.

La reine se retrouva ainsi assise sur l'herbe, les cheveux ébouriffés. Une véritable crinière de lion où s'étaient amassés touffes d'herbes, feuilles mortes, brins de foin et probablement quelques insectes. Charmant tableau que Ronce salua d'un bref soupir.

— Je vous jure quel... Oh Axentius, vous portez vous bien ?

Question typiquement inutile et rhétorique. Évidemment que non. Trottant jusqu'au corps inanimé de l'inventeur, Ronce le retourna le plus doucement possible non sans souffler; c'est que l'homme pesait son poids. De ses mains gantées, la reine donna des claques sur les joues de l'inventeur.

— Réveillez-vous je vous en prie ! Laurentius venez m'aider, votre frère se sent mal !


♔ Reine de France ♔

© Avatars par Ofelia et leurs auteurs respectifs.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Invité
Laurentius Tempels

MessageSujet: Re: [Année 0003] Abreuvez-moi de science, et je vous abreuverais d'or   Dim 13 Avr - 1:10
« Axentius ! Nom de nom ! Espèce de tas de ferraille impotent ! » J’avais été déjà bien déstabilisé quand Ronce s’était soutirée à mon corps, moi qui pensais que nous étions partis pour une folle série d’échange de répliques plus coincées les unes que les autres, rougir tons sur tons jusqu’à ne plus savoir où nous mettre, que nous nous regarderions longtemps les yeux dans les yeux. Mais il semblait que mon fichu bout de métal distordu pour ressembler à quelque chose de vaguement humain de frère en avait décidé autrement. Un accident avec sa propre invention et quelque chose de beau par-dessus le marché !

Oh ! Dieu ! Que c’était propre, que c’était soigné, ce rouge vermeille venant tacher herbe, habits, cheveux, peau. Je m’étais approché dans le dos de la Reine, me penchant au-dessus d’elle pour observer ce spectacle peu commun et singulier dans sa glauquitude. Oui, je sais que glauquitude n’existe pas, mais si c’était le cas, il représenterait à merveille ce petit bout d’éternité retiré à la grande chaîne de l’immuable. Tout en vérifiant l’état de santé de mon tendre Axentius, je tentais désespérément de ne pas perdre ce qu’il aurait pu appeler une « touche », conservant au maximum le contact physique, se manifestant par une main sur l’épaule de la demoiselle, l’autre ballotant sur mon flanc et venant frôler ses jupes avec une insistance trop répétée pour ne pas être feinte. Le grand jeu, mes enfants.

Qui aurait cru qu’un jour je m’amuserais à faire de la mécanique, pratiquer la médecine et entraîner mes diverses techniques de drague - se résumant à un sourire charmeur - à la fois ? Pas moi, c’est certain. Tout cela était bien trop farfelu pour faire partie du programme d’une journée « normale » du brave Laurentius Tempels. Pourquoi diable fallait-il que je nous ai embarqués jusqu’en France pour gagner quelques misérables sous ? Question purement rhétorique, la réponse se trouvant en son sein, l’argent. Blasphème ! Je ne suis point motivé par l’appât du gain. Si. Non. Si. Bien, j’avoue, je me complais dans la contemplation de l’or, certes, mais ce n’est pas une raison suffisante pour me taxer de l’étiquette d’avide de richesses. Si. Saleté de conscience.

Je me déplaçai de mon appui sur la Dame, glissant jusqu’au corps que l’on pourrait qualifier d’agonisant. M’abaissant, imposant à l’une de ses paupières de s’ouvrir par la force de mon pouce et mon index. Œil révulsé, bon signe, les fonctions vitales n’étaient pas endommagées, une simple commotion complétée d’une vilaine fracture du crâne ; malgré cette espèce d’assurance quant à la constitution résistante de mon androïde à vapeur préféré, je déchantai rapidement en voyant un volatile s’approcher de moi en battant piteusement des ailes pour se poser, piaillant de tristes notes, venant s’écraser devant moi, je le récupérai au creux de mes mains, l’auscultant, tout amusement disparaissant presque instantanément sur mon visage. « Fa ! » L’oiseau d’Axentius, il ne bougeait plus, le souffle de vie qu’il lui procurait n’était plus, laissé à son propre sort ses organes périclitaient l’un après l’autre ; un coup de sa minuscule tête comme dernier sursaut d’existence me prévint que ce que je redoutais était arrivé, la mécanique du cœur s’était arrêtée.


Pas une seconde à perdre, je ne devais pas laisser le temps aux cellules composant son cerveau de commencer lentement leur désagrégation. D’abord, panser cette plaie qui était une véritable … Plaie. Désolé, l’humour me calme. Si on peut ici parler d’humour, il s’agirait plutôt d’une redondance à caractéristique humoristique de par sa volonté d’exister … Ce n’est pas le sujet, pas du tout. Je me déplace jusqu’à l’automobile aussi rapidement que ce que ma condition me le permet, ignorant la monarque Française, qu’elle aille fricoter avec les vaches si cela lui plaît, j’ai un homme à sauver. Le coffre de l’engin est ma première destination, je l’ouvre avec empressement, m’emparant de la trousse de secours que celui-ci contient ; Axen’ a beau être têtu comme une mule et narcissique comme tout beau Grec de l’Antiquité incapable de se remuer dans une coudée d’eau, il n’est pas dénué du sens commun. La sécurité avant tout. Cette petite malle contenait entre autres des linges propres, du formol, de l’alcool désinfectant, une seringue stérilisée et des tranquillisants liquides - de la morphine, en l’occurrence.

Régler le problème de la blessure avant de permettre à sa pompe d’à nouveau travailler sans quoi il se viderait de son sang de la manière la plus ridicule que ce bas monde peut vous offrir, étalé dans de la paille, les cheveux infestés de mauvaises herbes, le visage maculé de boue. J’avais logé l’enveloppe charnelle de Fa dans une poche de mon veston, veillant à ne pas l’abîmer, Axentius ne me l’aurait pas pardonné. Je m’accroupis à nouveau devant lui, déversant une gourde d’eau distillée sur son faciès, le débarrassant de toutes les impuretés qui s’y trouvaient pour ensuite venir appliquer l’alcool sur la lésion, frottant avec l’énergie d’un désespoir que je ne laissais pas transparaître. Ceinturant ensuite son crâne dans les tissus blancs et tout aussi stériles que le reste du matériel employé.

Je confectionnai un coussin de fortune avec l’herbe sèche qui se trouvait autour de nous, soulevant la tête de cette armoire à glace un peu trop excentrique. Je me relevai, adressant un regard inquiet à Ronce, maintenant, deux voies se proposaient à moi ; je me rapprochai d’elle pour pouvoir lui parler, ce faisant je récupérais la seringue et les calmants, préparant ceux-ci pour les injecter dans une veine propice à cela. « Majesté, je vais essayer quelque chose, je vais m’absenter un instant, un très court instant, quand je reviendrai, j’aurai besoin de vous, je n’aurai plus de forces, si cela ne marche pas il faudra trouver de l’aide pour mon frère. » Je retroussai prestement ma manche gauche, enfonçant brusquement l’aiguille affutée dans une veine saillante, injectant la morphine dans mon organisme sans aucune précaution quelconque. Je retirai l’appareil violement, le jetant plus loin, attrapant de la même main ma montre à gousset, adressant un dernier regard à la noble demoiselle, mes lèvres dessinant un « Je vous aime » sans équivoque avant que je ne disparaisse à ses yeux.

Grand Dieu, comme je suis génial. Une expression indéchiffrable était ce que m’offrait la tête de Ronce en guise de remerciement à cet aveux précipité et peut-être légèrement erroné, mais bon, il faut ce qu’il faut.

Je clopinai jusqu’à l’ingénieur à vapeur, ouvrant la lourde plaque de métal qui formait son torse après avoir retiré méticuleusement ses vêtements, toute une batterie d’engrenages, de rouages, de tuyauterie m’apparut, s’il restait encore une once de vapeur dans tout ce capharnaüm innommable, je pouvais réussir à faire revenir les choses à la normale. Une poignée d’urgence, sur le cœur en alliage de cuivre lui-même, était la « solution miracle », mais c’était aux risques et périls de ceux qui voulaient se frotter aux dangers de la l’eau vaporeuse et brûlante qui se dégageait de cet endroit. Il n’existait qu’une personne en ce monde à pouvoir décemment rendre la vie par ce moyen à cet allemand de métal : moi.

J’actionnai donc cette pompe de rechange, tout à fait manuelle, pendant que le temps était figé. Au prix d’un effort surhumain je conservais le monde en arrêt, je me fixais à un point unique et inaltérable, tout en faisant circuler l’hémoglobine familiale - sans pour autant l’être. Mon blocus commença à faiblir après ce qui devait correspondre à une dizaine de minutes dans la réalité, je voyais la prairie s’agiter à une vitesse ridiculement lente, puis je perdis complètement le contrôle, m’empressant de refermer l’épaisse protection en entendant un sifflement strident me menacer d’une sévère brûlure. Je m’éloignai de la carcasse, exténué, haletant. « Allez grand dadais, vis ! » Murmurais-je, à bout de forces.


Dernière édition par Laurentius Tempels le Mer 16 Avr - 11:08, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Axentius Clemens

MessageSujet: Re: [Année 0003] Abreuvez-moi de science, et je vous abreuverais d'or   Dim 13 Avr - 3:40



Fa… Soudain, sa vue me parut ce qu’il y avait de plus important dans l’univers. Son éthérée silhouette dansait avec les cieux, se jouait des nuages dans un ravissant ballet ornithologique, splendide créature aussi mécanique que parfaite. Le soleil brillait sur son plumage couleur bois, illuminait d’un halo édénique sa gorge vermeille. Son œil vif était pointé sur moi, transperçait mon âme, sondait ma vie. Autour de moi, le vent faisait délicieusement onduler les doux herbages champêtres et verdoyants ; Laurentius, Ronce, la voiture, l’accident, tout cela avait disparu. Il n’y avait plus que Fa. Que ma beauté, mon amour. Fa. Il chantait, une comptine de ma mère. La vraie, la prostituée, celle qui me chantait des comptines de sa jolie voix, le soir. Il chantait, et c‘était magnifique, pur et vrai. L’air était vivifiant, malgré que mes poumons ne s’insufflent plus ; je le sentais au fond de moi. Pour la première fois, ma mécanique bruyante et lourde n’existait plus. A la place, le trou béant qui aurait dû occuper ma cage thoracique si l’accident s’était déroulé sans l’intervention de mon frère ; je sentais mes autres membres intacts, comme si dans un élan symbolique, une fée m’avait arraché mon cœur en même temps que mon épouse. J’étais allongé dans l’herbe, mon corps jeune et fringant gisant seul. Je pouvais sentir le vent chatouiller les organes internes à mon torse tandis que mon regard dérivait dans le ciel vide de tous nuages ; la journée était belle. Aucun de mes membres n’avait de poids, comme si je n’avais plus que de la peau gonflée de l’intérieur par un souffle d’air, comme une montgolfière ; mais c’était impossible, car j’avais une grande fuite dans la chair, immense sur mes pectoraux partiellement grignotés par l’oblitération. L’angoisse n’était plus ; aucune chose, aucune pensée n’avait plus lieu d’être, comme si j’en étais retourné à l’état originel des choses, là où l’on est heureux à jamais. Aucun sentiment sauf l’initial, celui qui devrait transparaître lorsqu’on est inactif, m’habitait, s’évaporait dans l’espace infini tout en gardant toute sa consistance, comme une onde bienfaitrice et silencieuse ; la sérénité m’emplissait, dans un néant émotionnel immense et positif.
Plus rien d’autre n’existait ; c’était très beau, alors. Je ne me posai pas la question de savoir si j’étais mort, puisque ce que je ressentais était beaucoup mieux que la vie ; et ici, la question n’était pertinente. Si vous êtes en danger de mort, vous n’allez songer à ce que vous mangeriez le lendemain ; c’en était pareil en positif. Une telle quiétude avait conquiert l’univers que les concepts qui obsédaient tant les humains en étaient abolis ; la mort se fit vie et la vie se fit mort, et alors, la lumière m’illumina, de son savoir, de sa vie, de sa bienfaisance. Le sens était là, comme un brin dénouant à lui seul le nœud insolvable du tout universel. Plus de questions, plus de réponses, il ne restait que le fait accompli : le sens de l’existence était nul, inexistant. Tout était là. Il ne manquait qu’une chose. Une personne.
 
Le rossignol avait cessé de chanter. Ce silence me frappa soudain par sa violente promptitude ; j’ouvris mes deux yeux pour la première fois depuis longtemps, révélant un champ de vision immensément grand ; il me parut panoramique, révélateur, tel un grand angle magique changeant la vision du monde. Fa volait toujours ; je ne l’aurais quitté des yeux pour rien au monde, vraiment. Mon oiseau tout rafistolé prenait sa forme originelle, celle qu’il cachait au fond de lui depuis si longtemps. Il devenait femme. Il devenait celle qu’il aurait dû être depuis toujours.
 
Soudain, Amélie me fit face, des plumes dans les cheveux, un halo bleu-doré l’entourant ; elle flottait, légèrement au-dessus du sol, dans ses fines ballerines, une robe de sa jeunesse sur les épaules. Elle était resplendissante. Son sourire illuminait mon éternité.
 
Son bras se tendit vers moi ; dans un vain espoir, je tentai d’en faire de même, mais mon corps ne répondait pas. Il était cloué au sol dans l’herbe, avec une terrible sensation d’impuissance au fond de mes tripes ; son regard enchanteur se posa sur le mien, puis elle eut un rire cristallin, éthéré, qui s’en alla côtoyer les nuages. Elle dansait, valsait au-dessus du sol, glissant comme sur des patins à glace loin de moi, tourbillonnante, euphorique et belle, tandis que mon corps était partagé entre la joie immense de la voir et la torture qu’il était de ne pouvoir la rejoindre. Ses cheveux virevoltaient autour de son charmant visage.
 
D’un seul coup, son corps s’embrasa. Elle brûlait vive sous mes yeux.
 
La réalité me rattrapa avec tant de violence que j’en eus l’effet d’un coup de poing dans mon estomac retrouvé ; le rêve avait tourné en cauchemar.
 
« Amélie ! »
 
Mon corps s’était relevé de lui-même tandis que je m’étais égosillé par pur réflexe ; avec difficulté, je tentai de me repérer, cherchant de mes yeux moribonds un point d’attache, un lieu familier.
 
Je ne le reconnus que trop vite.
 
L’aérodrome d’Hambourg me faisait face, un grand dirigeable affrété, prêt au départ, menaçant tant il était morne et immense ; j’étais seul, pourtant des centaines de passagers se précipitaient pour y entrer et entamer leur délicieux voyage. Je savais quel jour nous étions, je le sentais. De tout mon corps, je me précipitai vers la zone d’embarquement, les larmes me montant aux yeux. Je les vis soudain.
 
Laurentius, jeune et fringant, était au bras d’Amélie, magnifique, exactement comme cette matinée-là. De manière complice, ils discutaient, souriaient, échangeaient messes-basses et gloussements tandis que je faisais de mon mieux pour qu’ils me remarquent ; mes gesticulations furent vaines. Ils s’embrassèrent sous mes yeux, passionnément, tandis qu’impuissant, je ne pouvais qu’y assister ; mes hurlements s’en allèrent seuls dans l’air frais du début de journée tandis que mon cœur ne savait plus s’il devait les haïr ou les aimer.
 
Ils étaient entrés dans le véhicule ; c’était désormais trop tard. Le souffle incandescent et brulant de l’explosion, immensément puissante, ne me fit même pas l’effet d’un soupir sur ma peau de fantôme tandis que son gargantuesque retentissement me vrillait les tympans. Dans un sifflement englobant toute autre forme de perception, je les cherchais, enjambant cadavres de femmes, d’hommes et d’enfants ; dans le scénario originel, j’étais le seul et l’unique survivant.
 
Je finis par trouver leurs corps. Laurentius était dans l’état ou l’on m’avait trouvé, avec une jambe et un bras manquant, entre autres. Quelques mètres plus loin se trouvait Amélie, que j’avais protégé du mieux que je le pouvais de tout mon corps une seconde avant l’impact fatal ; son état se révélait beaucoup moins critique que le mien.
 
Il aurait pu la sauver. Je lui avais supplié de le faire. De m’abandonner, de me laisser mourir comme il en était écrit, comme cela aurait dû se passer, et de la faire vivre. Mais il était trop tard, et je sentais la réalité me rattraper.
 
« GRRHAAMÉLIE ! LAUREN’ ! »
 
Dans un improbable sursaut, mes poumons s’insufflèrent d’air, et mon cœur mécanique se remit à battre, bancal mais bien bouillonnant, comme à son habitude. Les sifflements incessants avaient enfin repris leur place au fond de mon crâne. D’un bond, je me relevai, me ruant vers la partie de la clôture qui n’avait été totalement démolie pour en arracher quelques mètres de mon bras mécanique ; tirant d’un coup sec, ils se détachèrent des solides attaches qui les retenaient, et je lançai l’assemblage de fil de fer et de poteaux, faute de quelque chose de meilleur sur quoi passer mes nerfs, sur une distance beaucoup trop importante pour un homme normal.
 
« AAAH ! SICH VERPISSEN ! FA ? OU EST MON ROSSIGNOL ? AMÉLIE ! »
 
Je hurlais, m’égosillant violement. Avec une énergie que je ne soupçonnais guère en moi, je courrai vers Laurentius de ma démarche pesante mais néanmoins rapide pour me jeter sur mon frère, lui arrachant à moitié son veston pour en ressortir doucement l’enveloppe de Fa, que j’animai d’un coup puissant de vapeur. Dans un piaillement excessivement aigu, il s’anima, reprenant un vol vacillant ; ou du moins, il essaya de le faire, avant que je ne le prenne entre mes mains pour sauter la tête la première vers le sol et y exécuter diverses et nombreuses roulades, protégé par le bouclier de mes paumes.
 
«  IL EST VIVANT ! LE ROSSIGNOL EST VIVANT ! »

Les yeux fous, exténué, je me laissai retomber au sol, allongé sur le dos. Je regardais Fa voler.
Revenir en haut Aller en bas
La belle au bois dormant
Ronce de France
✦ Libre pour RP ? : 1 place libre.

✦ Double-compte : Alice Liddell, Sigmund Rammsteiner, Hildegarde Müller, Shísān Wǔ, Ragnar Mjöllnir, Orendi



Si on en savait plus sur toi ?
✦ Profession: Reine de France
✦ Pouvoir: Vieillissement accéléré
✦ Bric à brac:
MessageSujet: Re: [Année 0003] Abreuvez-moi de science, et je vous abreuverais d'or   Dim 13 Avr - 22:36
Refermez la bouche, vous ressemblez à un poisson mort. Voilà ce qu'aurait dit la reine Aurore si elle avait vu sa fille à cet instant. Mais il fallait la comprendre Ronce. Laurentius venait de lui parler comme s'il se dirigeait tout droit vers le mort et il lui avait fait une confidence. Une confidence amoureuse. La scène semblait sortir tout droit d'un feuilleton sentimental.

Un battement de cœur. Un battement de cils. Et soudainement Laurentius ne se trouvait plus devant elle, mais penché sur le corps d'Axentius. Voyant Laurentius sur le point de trébucher, Ronce se leva d'un bond pour le retenir. Se plaçant dans son dos, Ronce posa ses mains de part et d'autre du torse de Laurentius pour éviter que l'homme ne tombe sur elle. Vu sa carrure elle avait bien peur de finir écrasée.

Axentius se réveilla alors. Ronce le regarda, complètement effarée, hurler à tous les diables. Quand il se jeta sur son frère, la reine eut le réflexe de fermer les yeux craignant une bagarre. Mais le cri de victoire d'Axentius la poussa à rouvrir les yeux et à constater que les deux inventeurs semblaient être indemnes. Constat qui lui arracha un soupir.

— Oh seigneur... Laurentius, vous devriez vous asseoir. Vous êtes pâle.


La suggestion cachait un ordre. Dans un champ il ne fallait pas s'attendre à avoir un siège digne de ce nom. Étant une femme Ronce n'avait pas de manteau à étendre sur l'herbe. Du coup Laurentius devrait se contenter de l'herbe comme assise. Ronce l'aida à s'y asseoir. De peur qu'il ne tombe violemment en arrière, la reine s'assit dos à lui de façon à ce que son propre dos à elle soit comme un dossier pour l'inventeur.

— Je peux aller voir dans une chaumière des environs si quelqu'un peut nous aider à... ramener la voiture sur la route ? Je pense que vous avez tous deux, besoin de vous reposer.

Entre Laurentius qui se sentait mal et Axentius qui agissait comme un fou, c'était à se demander qui avait le plus besoin de soins. Ronce lissa ses jupes, remarqua combien elles étaient tâchées avec toute cette aventure. Elle ne s'en formalisa guère; l'important était que personne n'avait été mortellement blessé. Et si Laurentius n'avait pas su sauver son frère ? Elle l'aurait tué ! Ce constat lui fit se mordre la lèvre et baisser la tête.

— Je suis désolée. Je vous ai fait courir de graves dangers à tous les deux. Je... vous dédommagerais.

C'était bien la moindre des choses.


♔ Reine de France ♔

© Avatars par Ofelia et leurs auteurs respectifs.


Dernière édition par Reine Ronce le Ven 9 Mai - 23:47, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Invité
Laurentius Tempels

MessageSujet: Re: [Année 0003] Abreuvez-moi de science, et je vous abreuverais d'or   Dim 4 Mai - 20:29
Tant de romantisme, tellement tragique, cette reine esseulée si innocente. Quel malheureux et sombre idiot je peux faire, comme si j’allais recevoir un baiser royal pour une invention de dernière minute, même si elle aurait pu s’avérer tout à fait remarquable, si j’avais eu droit à quelqu’un d’autre qu’un monarque. Ca ne s’entiche pas du premier venu comme cela, une reine. Ah ! Pourquoi avoir omis cette donnée dans ce calcul pourtant si basique ?! Que pouvais-je faire maintenant pour sauver l’honneur de la famille, ne pas passer pour le dernier des abrutis et peut-être empocher un petit titre m’accordant quelques privilèges en France ? Persévérer ? C’aurait été le plus logique, mais avais-je vraiment envie de devoir répondre, si cela aboutissait, aux obligations royales, toutes les obligations ?

Diantre ! Que la politique est un jeu qui ne me plaît point. J’abhorre ces mécaniques huilées qui suivent une démarche ancestrale et se montrent réticentes à tous ces gens qui prônent l’innovation. Donnez-moi ce que je veux, point final ! Je désire la puissance, que l’on me l’amène sur un plateau d’argent, fissa.

Si seulement il n’y avait pas eu Axentius, j’aurais déployé tous les moyens nécessaires, mais faire la cour face à son frère, c’est assez embarrassant, ne trouvez-vous pas ? Oh ! Vous, vous n’en avez rien à faire, n’est-ce pas ? Cela vous amuserait, si je me jetais dans les bras de cette Demoiselle de sang royal, que je jouais au plus traître des amoureux, que je montais de toute pièce une histoire farfelue pour justifier chaque instant de cette journée. « Oui, ma Dame. Si je suis venu jusqu’à vous, en France, c’est en effet car j’avais entendu vanter vos mérites, j’ai même eu la splendide occasion d’être en présence de l’un de vos portraits. Je ne vous cache pas être tombé sous le charme immédiatement. Pourquoi ai-je brûlé vos fleurs ? Pour attirer l’attention sur moi, bien entendu. Je suis transi d’amour, acceptez de me combler, je vous en prie. » Ri-di-cule.

Qui croirait à ces palabres insensés ? Que l’on m’apporte une personne assez naïve jusqu’à mes pieds, que je lui administre une rouste bien méritée. Soyons crédibles, de sorte qu’ils soient crédules.

Et puis, tant que je discutaille à propos de cette montagne de rouages, il a fallu qu’il me fiche la peur de ma vie, vous vous imaginez près de quarante livres de mécanique vous tomber dessus à pleine vitesse ? Moi je me l’imagine à merveille. Je l’ai vécu. Tout cela pour ? Un rossignol. Le petit Fa. Ou la petite. Jamais pris la peine d’aller vérifier. Je ne suis même pas sûr que cette bestiole ait déjà eu des petits. Ah ! En effet, c’est une création de mon tendre frangin, des boulons, du métal, un cœur à vapeur. Je ne pense pas qu’il puisse encore copuler.

Question qui se mérite d’être posée, Axen’ peut-il encore avoir des relations de type charnelles avec une Demoiselle – ou un Monsieur, toute éventualité est à mettre sur le tapis - ? Lui avais-je replacé les instruments nécessaires à cela quand il avait fallu le reconstruire de A à Z ? Mon esprit est trop embrouillé, mon cerveau n’est plus assez oxygéné, mon cœur ne pompe pas assez vite, le sang n’afflue plus à une vitesse convenable. Autant profiter du dos de Ronce, il semblerait que ce soit la seule chose à laquelle j’aurais droit. Un dos. C’est mieux que rien, mais tout de même, il y a plus appétissant qu’un dos, non ? A prendre note que je ne suis pas particulièrement attiré par les choses de l’amour, mais si je pouvais … Je m’égare. Rester sérieux. Raison est maîtresse de l’univers.

Oh ! La souveraine ouvre la bouche pour nous offrir le doux son de sa voix. Il devait certainement s’agir d’un discours mémorable, tout ce que j’en ai retenu c’est qu’elle comptait bouger son inestimable arrière-train vers la maison d’un quelconque cul-terreux, elle avait aussi parlé de dédommagement. Des renseignements … Sans précédents ! Ironie, quand tu nous tiens.

J’avais tout de même une chance de ne pas voir filer ma place sur le trône sans réagir, il suffisait d’accompagner cette charmante Mademoiselle, en seul à seul. Jouer les timides. Et paf ! L’affaire est dans le sac. Reste à voir si je peux me lever.

« Je vous accompagne. » Réussis-je à cracher entre deux halètements, formant la base de ma respiration faiblarde. Ce n’était peut-être pas très convainquant dit ainsi. « Je ne pense pas que votre Intendant serait très heureux de voir savoir seule dans la rase campagne. » Peut-être que cela marcherait ? Pour couper court à toute réaction, je me relevais déjà, appuyé sur ma canne, les jambes branlantes, lançant des regards inquiets aux alentours, je ne voulais pas tomber, pas maintenant, c’eut été tellement honteux que de me ridiculiser de la sorte.

Avec de nombreux jurons étouffés, une bonne dose de volonté, je parvins à me maintenir campé sur mes guiboles. Toisant Axentius de deux yeux se voulant décidés et volontaires, mais qui étaient plutôt deux billes blanchâtres, humides, sous lesquels s’entassaient des cernes qui n’étaient pas de ce monde avant ma petite intervention. « Tu restes ici, ton cœur doit tourner à vide un moment, ne t’excite pas trop, ne cours pas après le piaf. Repose-toi, c’est tout. » Un petit bobard, glissé à la va-vite dans l’espoir qu’il passe inaperçu pour mon confrère et frère tout simplement, uniquement justifier auprès de Ronce notre tête à tête forcé.

Je me retournai presque instantanément, regardant à nouveau la monarque, lui présentant mon bras, en bon gentilhomme. « Où allons-nous, ma Reine ? » Faire vite, ne pas leur laisser un seul instant pour réfléchir !
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé

MessageSujet: Re: [Année 0003] Abreuvez-moi de science, et je vous abreuverais d'or   Aujourd'hui à 7:23
Revenir en haut Aller en bas
 

[Année 0003] Abreuvez-moi de science, et je vous abreuverais d'or

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 2Aller à la page : 1, 2  Suivant

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Contes Défaits :: L'Europe :: France :: Château de Versailles-
saigoseizon Cabaret du Lost Paradise bouton partenariat