Effluves de potions

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Alice Liddell
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Alice Liddell
Sam 1 Fév - 0:23



Précédemment.

Sans le secours de la sorcière, ils se seraient perdus. La jungle était un véritable labyrinthe. Proche de Zhanfee, plus proche qu'avant, comme si l'éclatement de souvenirs avait tout changé entre elles, Alice aidait son ainée. Elle sentait la colère autour de Zahnfee, telle une aura ténébreuse, mais elle savait qu'elle ne risquait rien. Cette colère était toute dirigée vers la sorcière et Orphée.

La demeure de la sorcière ressemblait à une bicoque croulante. Elle semblait sur le point de s'enfoncer dans la boue, de disparaitre corps et âme tel un navire en perdition. L'intérieur n'était pas mieux. Alice dut baisser la tête pour ne pas se heurter aux colifichets et autres objets qui se balançaient, pendus au plafond. Fioles de verres aux contenus douteux, peaux séchés, colliers ornées de dents à la place de perles, plumes et poils, poupées de chiffons, serpents... Il y en avait des morts mais surtout un vivant, énorme et blanc, qui trônait sur une chaise comme s'il était le maître des lieux.

Fascinant. Alice le montra à Zhanfee comme si c'était là la plus belle chose au monde. En tout cas c'était la plus fascinante. Alice trouvait que pour une demeure de sorcière cela sentait drôlement bizarre. Avisant un tabouret, elle le tira à l'attention de Zhanfee.

— Assis-toi, tu dois être fatiguée.
(Elle ajouta d'un ton plus bas) Vite avant que ton père te pique la place.

Alice jeta d'ailleurs un oeil à Orphée, prêt à le repousser s'il voulait prendre la place de sa fille. Mais il semblait trop fasciné par la sorcière pour s'occuper d'elles. La jeune fille en profita donc pour observer les rayonnages, ôter la poussière collée sur les étiquettes.

— Dis Zahn' tu crois qu'on peut faire quoi avec ça ? (Alice agita une bouteille contenant un serpent. Probablement mort) Tu crois que si on emprunte quelque chose, elle le saura ?

Elle désignait évidemment la sorcière, maîtresse de ces lieux.


Codage par Narja pour Never Utopia
Alice Liddell
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Shane Aïda
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Shane Aïda
Mer 5 Fév - 2:09
L'étrange équipée avait fait route dans la végétation luxuriante et dangereuse. À défaut de présentations en bonne et due forme, Shane avait fini par saisir les noms des deux jeunes femmes, Zahnfee et Alice... Ainsi que celui de l'homme étrange qu'elles semblaient désigner comme leur père. Elle avait aussi pu sentir l'étendue de l'animosité dont faisait preuve la blondinette en son encontre. Pourquoi ? Elle n'en savait fichtrement rien. Encore un secret qu'il lui tardait de découvrir en compagnie des étrangers.

Le pied sûr, elle menait le trio dans la jungle sur des sentiers à peine visibles qui avaient le mérite de contourner les pièges boueux de l'île. Ils finirent par arriver sans encombres devant la demeure ancienne de la sorcière. Des sifflements raisonnaient dans celle-ci et pour cause, puisqu'elle était gardée par une escouade de serpents de toutes tailles et de tout genre. Sans prêter attention à ceux qui se prélassaient sous la petite véranda délabrée, elle releva légèrement ses jupons, à la manière d'une petite bourgeoise, tandis qu'elle gravissait les marches menant au perron. Porte d'entrée poussée, elle invita ses curieux invités dans le bric-à-brac que constituait le Bazar de Baba.

" La bienvenue à vous dans l'antre de Shane, le Bazar de Baba. "

Elle laissa à ses visiteurs le soin d'entrer et de se faire une place au milieu de ses étagères surchargées et des teintures colorées suspendues un peu partout. La sorcière, pour sa part, saluait chacun des habitants reptiliens de sa maisonnée, avant de finir par flatter la tête triangulaire de son boa, le plus grand de tous. Comme à son habitude, celui-ci les avait devancé pour siéger, à leur arrivée, au centre de la pièce. Il s'enroula autours des épaules de sa maîtresse et darda un regard ardent, insistant, vers les trois autres, comme s'il les jaugeait. À l'image de son comparse, Shane s'intéressait à nouveau à sa clientèle. Ses yeux dérivaient encore vers les membres métalliques et scintillants d'Orphée et d'Alice. Sans douceur, elle reprit le bocal des mains de cette dernière, pour le replacer soigneusement à sa place. Si elle n'entendait pas ce que les jeunes femmes se murmuraient, elle disposait d'assez d'espions serpentins pour qu'on le lui rapporte aussitôt. Ceux-ci se glissaient dans les moindres recoins, jusqu'entre les pieds des invités du jour.

" N'espérez pas m'emprunter quoi que ce soit... Je sais tout ce que contiennent mes réserves, et rien de ce qui est ici est gratuit. "

Elle accompagna ses paroles d'un large sourire en dessous duquel planait une menace, à peine voilée. Son antre, ses règles, après tout. Elle avait appris depuis longtemps à ne pas accorder une once de confiance aux visiteurs du Bazar. Plantée devant ses artefacts, elle promena un regard curieux sur chacun d'eux. Puis elle pivota sur ses pieds nus, pour sélectionner méthodiquement quelques uns de ses produits. Des mues de serpents, de curieuses pierres taillées, une sélection de plantes rares séchées,... Qu'importe qui lui permettrait d'influer sur la magie d'un sujet. Alors qu'elle déposait ses trouvailles sur sa table de travail, elle interrogeait le petit groupe.

" J'ai passé un marché avec toi, Orphée. Mais j'aimerais savoir... Pourquoi ces bras ? Et cette jambe... " Elle avait abandonné son office pour tourner autours d'eux, effleurant bientôt le bras d'Alice, fascinée. À la fois semblable et fondamentalement différent de celui qu'arborait l'homme tatoué. " Qui est à l'origine d'une chose aussi étrange ? Si vous ne les aimez pas... Cela ne peut pas se retirer ? "

Quelle étrange chose que des membres de fer qui endiguaient la magie. Shane le sentait, ces énergies magiques troublées et vacillantes. Alors qu'elle tournait autours d'Alice et d'Orphée, finit par se planter devant Zahnfee. Sans vergogne, elle détailla celle-ci du regard avant de déclarer, l'air presque déçue.

" Ho. Toi, tu n'en a pas... C'est une coutume de votre peuple qui poussent certains à se greffer des membres de métal, et d'autres non ? Vous êtes bien les premiers que je vois, en tout cas. "

HRP:
 
Shane Aïda
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Orphée
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Orphée
Jeu 6 Fév - 17:34
Orphée n'avait plus grand chose à dire. Pas plus à faire. Il lui semblait avoir joué son rôle. Il lui semblait s'être suffisamment amusé avec le village des péquenots, laissant ses « filles » s'occuper du spectacle. Désormais, le rideau rouge était tombé. Désormais, il était temps de recevoir la récompense.

« Sorcière. Je n'ai plus envie de parler pour rien. Je n'ai pas plus envie de partager ma vie passée et mes décisions futures avec ta personne. Tout ce que tu as à savoir sur moi est que je suis une grande personne. Un dieu encore inexistant dans sa chrysalide. Ma forme actuelle n'est qu'une apparence fragile et éphémère. Le métal malade qui a remplacé mon bras de chairs est mon futur. C'est mon véritable moi. »

Orphée fit quelques pas et se retrouva bientôt dans les ombres.

« Maintenant, respecte ton marché... »

Le musicien manchot disparut alors dans les ténèbres... Un pouvoir qu'il expérimentait et découvrait pour la première fois.

*Je grandis. Je deviens plus puissant. Je me rapproche de la déité que je suis... *

Un rictus déforma son visage, se dévoilant aux visages féminins, avant de disparaître une nouvelle fois...
Orphée
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Zahnfee V. Edelstein
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Zahnfee V. Edelstein
Ven 21 Fév - 21:23
J'accepte le siège que me présente Alice sans discuter. J'y pose mon auguste fessier et croise les jambes, appuyant mon coude sur une petite table basse ornée d'un napperon fort laid et d'une crorbeille de ce qui semble être des prunes séchées, à moins que ce ne soit des têtes réduites.
L'endroit est sale.
Sale et mal rangé.
Moi je n'aurais pas ordonnancé les choses de cette manière... Quelle idée de mélanger des mues de serpent parmi des bocaux d'herbes, des totems sculptés avec des plumes de je ne sais quel volatile... Manque de rationalité rime avec manque d'efficacité. C’est pourtant une évidence, une boutique nécessite un peu d'organisation pour être rentable. Cette greluche aux pieds sales doit perdre un temps fou à chercher ce qu'elle veut dans son fourbis.
Elle étale finalement ce que j'imagine être les ingrédients de son sort. Trois fois rien, des grigris de pacotille, de la fiente de pigeon...

Je lève les yeux au ciel.

La catin blablatte, gagne du temps, charme, jauge... et dénigre. Mon manque de spontanéité habituel me rend lente à trouver une répartie aussi convenable que cinglante. Et puis de toute manière elle s'en retourne déjà vers Père qui lui sort le grand jeu de sombres et des lumières. Un vrai petit théâtre à lui seul !

Mon regard gris et froid fixe le boa, droit dans les yeux.

Quelle mâchoire superbe et parfaitement taillée pour ce qu'il est. Je penche la tête sur le coté avec lenteur. De manière sinueuse, il fait de même. Je dodeline lentement, imitant avec une perfection dérangeante la créature à sang froid. Tout doucement je tire sur mon cou pour pencher la tête en avant en une attitude terriblement familière pour lui, terriblement menaçante. Mes lèvres s’entrouvrent avec une certaine sensualité, découvrant mes dents d'une blancheur immaculée, à mesure que mentalement je domine le boa blanc de ma présence. Il est indécis, il s'interroge, que suis-je moi, la chose pâle, diaphane et sans métal ? Que suis-je donc ? Suis je dangereuse ?
Oui...
Oui, infiniment....
J'en ai soumis des plus gros et des plus moches que toi, là bas, dans mon petit atelier....
Je le sens fléchir.
La peur de l'inconnu le domine.
La peur d'avoir peut-être sous-estimé l'adversaire.
Un mouvement brusque d'épaule, le yeux exorbités, j'ai projeté mon buste en avant d'un coup sec, à quelques centimètres à peine de l'animal. Un sifflement horriblement reptilien glisse de ma bouche alors qu'il s'enroule précipitamment autour du corps de sa maitresse.

Je me laisse aller à un petit gloussement de dédain.

- Il suffit sorcière, fais-je d'un ton sec, en reprenant possession de mon siège d'un air royal. Tu auras le droit de poser des questions quand tu auras fait preuve de tes talents. Tu parles, tu parles, mais tu n'as toujours rien fait. Papa exige, alors exécute-toi que nous en finissions avec la puanteur de ce cloaque.

Je souris perfidement.

- A moins que cela soit au dessus de tes moyens d'indigène ?



Zahnfee V. Edelstein
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Alice Liddell
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Alice Liddell
Sam 22 Fév - 13:25
Petite moue dépitée de gamine se voyant ravir un morceau de sucre quand Shane lui prit le bocal des mains. Si on ne pouvait plus s'amuser !

Alice gonfla les joues, croisa les bras. Peter avait raison; les adultes étaient véritablement ennuyeux. Hormis Zahnfee. Alice observa son manège avec le serpent avec fascination. La jeune femme savait attirer l'attention sur elle et mieux que son père, du point de vue d'Alice.

Malgré tout une ambiance pesante pesait sur les lieux. Zhanfee provoquait, Orphée observait. Il incombait à Alice de répondre aux questions de la sorcière.

— On ne peut pas les retirer, sinon on meurt. J'ai déjà vu quelqu'un s'arracher le bras. On a jamais pu stoppé l’hémorragie, et... les nerfs, les os... C'était pas beau à voir.

En plus l'Androïde en question était un des préférés de Vasile. Autrement dit, le Chapelier avait été fier de sa création, et la mort prématuré de ce dernier ne lui avait guère plu. Tout comme la Reine Roscat qui avait exécuté des membres de l'asile au hasard en guise d'exemple pour éviter que quelqu'un retente l'expérience.

— Puis ce n'est pas une mode, c'est le fait de Vasile Duca. Il pense que la technologie est plus puissante que la magie, et que grâce à elle il pourra créer des êtres supérieurs. Une... nouvelle étape dans l'évolution.

Vu l'état de certains Androïdes, Alice pensait plutôt que c'était un retour en arrière dans l'évolution.

De toute façon depuis sa rupture avec Vasile, elle appréciait de moins en moins la technologie. Et se sentait plus attirée par la magie. Une valeur sûre, moins dangereuse, plus puissante. Et surtout qui lui était plus familière.

C'est pourquoi, brusquement, elle s'avança vers la sorcière, faisant fi du boa qui la fixait d'un regard suspicieux.

— Mais moi je trouve que la magie c'est bien mieux ! Vous savez, j'ai maudit Vasile ! Je lui ai donné un don qu'il saura jamais contrôler !

Elle en était fière de ce coup d'éclat, de cette vengeance. La jeune fille tourna sur elle-même, faisant voleter ses jupes, pour se pencher vers Zahnfee.

— Tu sais, maintenant il peut plus marcher correctement. Pour lui tout est inversé. Le Nord, le Sud, l'Est, l'Ouest, le haut, le bas, la gauche, la droite. Il est incapable de faire du mal !

Souriante Alice qui attendait, tel un chien fidèle, l'approbation de son maître et une main flatteuse pour lui tapoter la tête.
Alice Liddell
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Shane Aïda
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Shane Aïda
Jeu 13 Mar - 1:21
" Et je vous prierais d'honorer vôtre part du marché, le respect de ma demeure, une aide apportée, des histoires passionnantes... Sans avoir à énerver mes compagnons. "

Refroidie, la petite sorcière ! Et pour cause, plus le temps passait, moins il lui semblait judicieux d'avoir attiré cet étrange trio dans son antre. L'homme, imposant et charismatique, n'en était pas moins un monstre de premier ordre. Quelle surprise de voir un homme, ni sorcier ni fée, se fondre dans les ombres ! La blondinette, bien que dénuée de prothèses, respirait la malfaisance, la provocation... Et les relents d’une magie noire, indéfinissable. La dernière demoiselle aurait pu sembler plaisante aux yeux de Shane... Si la folie et l'horreur ne suintaient pas de chaque mot qu'elle prononçait.

Un frisson parcouru son dos. La fascination se disputait désormais à la frayeur. Danger ! Sifflaient ses compagnons. Carrant la mâchoire, la petite sorcière se redressa, décidée à ne pas se laisser écraser entre les murs de sa propre demeure.

" Je ne crois pas avoir quoi que ce soit à te prouver ici. Vous êtes venus me trouver, rien ne m'engage à respecter ma part du marché si vous ne respectez pas ma maison, ou ses gardiens. "

Les serpents de la sorcières s'étaient massés à ses pieds et sur ses épaules, comme pour appuyer les propos de leur maîtresse dans une symphonie sifflante et inquiétante. Shane dépassa Zahnfee, lui laissant son trône de bois et d'osier de bonne grâce, si cela lui faisait plaisir, pour rejoindre son établit. Là, installée sur un haut tabouret, elle assemblait ce qui pouvait ressembler à un chapelet, pourvu de morceaux d’os et de bois séchés enrubannés d’herbes. Ce faisant, elle écoutait d'une oreille attentive la jeune fée.

" Tu parles de malédictions… Serais-tu magicienne ? " Son regard curieux étudiait la frêle jeune femme. Elle n’avait pas souvent eu l’occasion de se confronter à la magie d’autrui, expérience qui aurait pu être exaltante si elle ne s’était pas immédiatement heurtée à l’étrangeté du trio.

Et si les pouvoirs de la femme pâle demeuraient un mystère complet, il ne faisait aucun doute que la magie de son antre entrait en résonance avec les pouvoirs d'Orphée et de cette jeune androïde.

" Je ne doute pas un instant que tu t'amuses à te fondre dans les ombres, musicien. Je vais toutefois avoir besoin que tu reviennes devant moi, lorsque tu auras terminé. Je n'ai jamais travaillé sur des matières semblables... Je connais des sortilèges et des talismans capables d'amplifier un courant magique... Bien que j'en fabrique rarement, j'ai les moyens nécessaires pour en confectionner. " Elle planta un regard acéré dans les ombres, à la recherche d’une agitation qui indiquerait la position d’Orphée. " Saches simplement qu'on touche à de la magie très ancienne, je ne suis pas certaine de ce qu'il se produirait lorsqu'elle entrera en contact avec ton bras de métal. "

Les secondes s'égrenaient, rythmée par le "poc" des perles d'os qu'elle ajoutait une à une à son chapelet, son regard honnête scrutant les ombres à la recherche d'Orphée.

HR¨P:
 
Shane Aïda
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Orphée
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Orphée
Ven 14 Mar - 15:50
Depuis les ombres de sa nouvelle demeure, Orphée observait avec beaucoup de délices le spectacle que « ses filles » lui offraient. Son visage mortuaire ne cessait de s'étirer en d'effrayants rictus. A ce propos, il lui semblait qu'il décelait une variante dans son pouvoir de dissimulation dans les ombres. S'il le voulait, il pouvait faire réapparaître une seule partie de son corps. Son esprit, aimant particulièrement les artifices et les effets théâtraux, faisaient surgir ici et là son seul maquillage facial. Effrayant de temps en temps quelques vermines et faisant siffler « les gardiens » de la sorcière vaudou.

Orphée s'était glissé derrière Shane après que Zahnfee est effrayée le boa de cette dernière. Il était réapparu furtivement, acquiesçant au geste de sa fille.

Il avait ensuite regagné le logis des ombres, écoutant d'une oreille un peu ennuyé les paroles sans intérêts de la sorcière et de la fée jusqu'à ce que...

*Quoi ?!! Vasile désorienté ? Cela veut-il dire que... *

Son visage mortuaire était réapparu une nouvelle fois, sans qu'il le veuille consciemment. Sa bouche s'était entrouverte sur des mots silencieux. Son visage s'était renfrogné.

Alice n'avait pas eu cette « main flatteuse pour lui tapoter la tête. »



Orphée s'était ensuite perdu dans ses pensées. Il ne savait plus quoi penser de la situation de l'inventeur des androïdes. Devait-il y voir une bonne comédie ou une fâcheuse tragédie ? Il était satisfaisant d'imaginer l'inventeur zigzaguer pour aller là où il le désirait. Il était même possible que ce dernier subisse des maux de ventre semblable aux terriens qui s'aventuraient en mer, relâchant leur repas matinaux sous les effets du-dit « mal de mer ». D'un autre côté, et Orphée ne s'en rendait compte que maintenant, il avait toujours su qu'il lui faudrait revenir à l'asile. Il proclamait tel un roi un mécanicien capable de réparer son bras froid... mais ne croyait pas en la naissance d'un tel génie dans cette jungle trop humide et trop arriéré.

« C'est bon ! Il suffit, je sors de mes ombres. »

Il s'approcha de la sorcière vaudou et laissa ses yeux dériver sur les breloques et les restes ossuaires. Il se régala de cette atmosphère propre aux cabinets de curiosité, avec ce petit éclat exotique supplémentaire.

« Explique-moi juste comment ma magie pourrait circuler dans ce bras de métal ? Comment se fait-il que mon système magique interne ait reconnu cet appendice étranger, qu'il se le soit approprié ? »

Les questions étaient théoriques, compliquées, pointues. Il demandait des réponses à une femme qui vivait les pieds dans la boue et en ermite.

« Je te vois fabriquer un chapelet. Vas-tu l'utiliser sur moi ? Est-ce que je vais me retrouver condamné à porter cet artefact sur mon bras droit, à respirer cet odeur de putréfaction jusqu'à ce que ma chair soit trop lourd pour mon esprit ? »

La tentation de revenir dans les ombres lui tenaillait les intestins.

« A quelles conséquences dois-je m'attendre lorsque tu utiliseras ta « magie ancienne » ? »
Orphée
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Zahnfee V. Edelstein
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Zahnfee V. Edelstein
Dim 23 Mar - 23:48
Une compression involontaire de mon thorax expulse un gloussement. Une réaction purement spontanée. J'en reste bouche-bée moi même.
Oh Alice, mon adorable petite poupée dégénérée ! Ma drôlette, mon petit clown enfariné !

Que tu m'amuses, ma doucette !

- OOOoh Alice ! Vilaine, vilaine, vilaine, petite friponne que tu es ! Il faudra visiter ce pauvre bougre pour voir comment le grand persécuteur de Papa se marche à présent sur la tête !

J’ébouriffe affectueusement la chevelure corbeau de ma petite soeur . Car c'est ma paume qu'elle recherche et le contact de mes doigts lissant ses cheveux interminablement noirs. Et point celle de Père. J'en éprouve une satisfaction un peu trop féroce pour n'être pas nourrie d'une quel-qu’autre rancœur.

J'attrape Alice par la taille -que j’enserre de mes deux bras- et la fait assoir sur mes genoux. Je pose le plus naturellement du monde mon menton sur son épaule et observe, par dessus, la sorcière vanupied et Papa la taraudant de questions. Il n'a jamais été aussi bavard...

Je m'agace à juste titre.

- Qu'on en finisse, par pitié ! Dépêchez-vous d'assouvir son "besoin naturel", le voyage sera long pour retrouver le Vieux Continent et ce Vasile !


HRP:
 


Zahnfee V. Edelstein
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Shane Aïda
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Shane Aïda
Lun 7 Avr - 1:18
Shane s'était assise à nouveau et se tenait, bien droite, sur son tabouret. Mains posées sur ses genoux, elle en imitait presque les dames si bien élevées d'Europe... Si l'on excluait ses maquillages macabres et son chapelet en cours d'élaboration, trônant au milieu d'ossements divers et de poudres odorantes.

Puisqu'elle avait relâché le bras d'Orphée, elle porta un regard pensif sur sa préparation, puis fixa ses grands yeux noirs sur ses "invités".

" Ne parle pas si tu ne sais pas, musicien. " Elle reprit entre ses doigts le chapelet composé de perles de bois et d'os colorés, accompagnées d'herbes séchées nouées entre elles, dans un assemblage de cordes nattées et de nœuds complexes. " Je ne cherche pas à faire un joli accessoire à ton goût. J'essaie de faire quelque chose qui marche. Et je n'accrocherait rien de pourrissant à ce bracelet. Il doit être fait en chose qui dure, sinon, je ne donne pas une semaine à ton don pour se dégrader encore. "

Elle s'était relevée et avait fait le tour de son bureau pour poser l'objet au milieu d'autres poudres de champignons et d'ossements de petits animaux, mammifères et reptiles réunis.

" Tout ceci sert à insuffler la magie dans ce que tu appelles un... "chapelet". En l'état, ce n'est rien d'autre qu'un bijou sans importance. Vous deux ! " Elle avait élevé la voix et pointait Alice et Zahnfee d'un doigt, avant de fouiller dans quelques uns de ses bocaux. " Je vais avoir besoin de vous. Sortez, et cherchez pour moi quelques ingrédients. Des flammes-fleurs, que vous trouverez à quelques pas derrière la cabane. Continuez en ligne droite après le grand palétuvier, et vous arriverez à un plan d'eau salée. Vous y trouverez les fleurs. Et du corail-champignon. Ramenez les moi, autant que vous pouvez. Ouvrez l’œil sur la route, car je veux que vous trouviez au moins deux scarabées cornus. "

Elle écarta ses index d'une bonne dizaine de centimètres pour mimer la taille de la bête qu'elle espérait avoir, puis tendit à Alice un morceau du corail qu'elle voulait et à Zahnfee une petite fleur jaune séchée, la dernière qu'il lui restait. Après tout, ne leur devaient-ils pas un service pour rester ainsi chez elle ?

" Aucun de ceci n'est anodin. Magie et nature ne font qu'un, chacune de ces choses a le pouvoir de canaliser les courants magiques, et c'est ainsi que je compte ensorceler ce bracelet. " Elle se désintéressa des deux jeunes femmes. " Partez, maintenant. Et prudence lorsque vous serez parmi les arbres. Quant à ton bras, je n'ai jamais rien vu de tel. La structure du métal imite celle d'un bras de chair... la nature du courant magique qui circule en toi doit être viciée par la mécanique. C'est donc ce que je vais tenter de faire : rééquilibrer la balance avec cet objet que tu devras porter, toujours, avec toi. "

Elle joua un instant avec le chapelet avant de le poser dans un cercle formé de poudres diverses. Sur le côté, elle plaçait un bol d'eau dans lequel baignaient différents ingrédients qu'elle ajoutait doucement, savourant le calme, cette fois. Il allait falloir patienter le retours des deux compagnes d'Orphée si elle voulait parfaire son enchantement !

HRP:
 
Shane Aïda
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Alice Liddell
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Alice Liddell
Mar 8 Avr - 11:47
Telle une poupée, Alice se laissa manipuler par Zahnfee. Sa sœur de cœur. Sa sœur de folie. Sa présence l'apaisait, elle se laissait caresser, habiller, choyer comme une poupée. Une poupée à taille humaine.

Quand la sorcière leur demanda leur aide à elle et Zahnfee, Alice se leva d'un bond. Quitter cette demeure respirant une magie inconnue, mais surtout emplie de la tension d'Orphée, était son souhait le plus cher à cet instant. Et si cela comprenait qu'elle devait se traîner dans la boue à la recherche de plantes, ça ne la dérangeait pas.

— On y va tout de suite !

Bondissant presque, Alice se rua vers la porte et attendit sa comparse sur le pas de la porte. Un des serpents de la sorcière attendit qu'elles soient sorties pour leur fermer la porte au nez. Comment un serpent pouvait-il fermer une porte ? C'était là un des mystères de la demeure de Baba.

— J'en avais assez d'être à l'intérieur, on se sent à l'étroit. Bon, trouvons ces fleurs et ces insectes au plus vite et on pourra partir !

A entendre Alice on aurait pu croire qu'elle partait cueillir des champignons. Nouant ses jupes pour ne pas les abîmer davantage durant son escapade, Alice fit quelques pas. Puis stoppa net pour se tourner vers Zahnfee.

— Elle a dit d'aller vers le palétuvier mais... c'est quoi un palétuvier ?

Un arbre, une plante, un animal ? Alice n'avait aucune connaissance en flore exotique.
Alice Liddell
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Zahnfee V. Edelstein
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Zahnfee V. Edelstein
Lun 14 Avr - 14:07
HRP:
 

Je n'aime pas cette femme.
Je n'aime pas cette foutue trainée.
Pour qui me prend-t-elle cette princesse aux pieds fangeux ? Son valet de pied ? Et regardez-là se donner de grands airs, se la jouer prestance de Grande Dame ? Quand on pue la sueur, la boue croupie et les épices moisies, on évite de donner dans le registre de l’apparat.

Catin.

Sans doute la manière dont elle entourloupe Papa ne me plait guère. C’est un homme et si j'ai retenu une chose de ma défunte mère c'est que les hommes sont faibles. Leur sexe sollicite une telle irrigation qu'une fois leur membre est gorgé, celui-ci prive le cerveau de tout son sang. Et sa faculté à raisonner.
Si je pars, elle soulèvera ses jupons sales et ouvrira ses cuisses. Elle l'empêchera de penser et il ne saura la repousser, l'esprit embrumé par le parfum corsé de son intimité qui abrite je ne sais quelle maladie tapie dans la moiteur. Car l'attrait de ses chairs boursoufflées de désir comme les pétales d'une fleur carnivore sera irrésistible.
Là est la vraie "magie".
Voilà en quoi ma mère était une fée.

La porte claque.
Je suis dehors.
Non, je suis littéralement jetée dehors.

— J'en avais assez d'être à l'intérieur, on se sent à l'étroit. Bon, trouvons ces fleurs et ces insectes au plus vite et on pourra partir ! Elle a dit d'aller vers le palétuvier mais... c'est quoi un palétuvier ?

Je me tourne vers Alice comme si je la voyais pour la première fois.

- J'en sais foutre-rien.

Je pousse un soupir d'agacement tout en imitant ma sœurette pour retrousser mes dentelles.

- Quelle insupportable mijaurée! Moi aussi je peux me peinturlurer la façade et marcher pieds-nu pour devenir sorcière à ce compte là ! Donner des ordres c'est facile! Je parie qu'elle veut juste gagner du temps pour avoir Papa pour elle toute seule...


Je retire mes bottines et mes bas que je noue à ma taille en ceinture et auxquels j'attache les lacets de mes chaussures pour les faire pendre sur mon flanc. La fange s'infiltre entre mes doigts de pieds de manière infecte. Je lève les bras en l'air d'un air théâtral.

- Tadam ! Je suis Une Sorcière des Maraiiiis ! Abracadabraaaaaa !

Je fais quelques pas telle une danseuse précieuses. Ma voix s'élève tandis que je lève un index vers Alice, reprenant les intonations de la vanupied

- " Des flammes-fleurs. Et du corail-champignon. ...à quelques pas derrière la cabane. Continuez en ligne droite après le grand palétuvier..."

Mon agacement se mue en douce hilarité. Je glousse.

- Pourquoi pas des "fougères-lézards" ou des " cailloux-bijoux", tant qu'on y est !

J'éclate de rire.

- Des "flammes-fleurs" pour une vulgaire petite pâquerette jaune ! C'est tellement ridicule ! Allez-viens donc, on va lui trouver ses "ingrédients" à la Grande Dame. N'importe laquelle de ses herbes fera l'affaire...


Je me mets en route, fendant la forêt vierge, Alice sur mes talons.


Zahnfee V. Edelstein
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Orphée
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Orphée
Ven 25 Avr - 22:11
Le Grand Orphée se sentait inutile. Il n'avait rien à dire. Il n'avait personne à charmer. Il n'avait pas de matière pour improviser un petit spectacle. Il se sentait soudainement si vieux... si normal... Où était passé cette silhouette noire qui, dans son sillage, laissait les plus courageux dirent aux plus couards qu'ils avaient vus la « Mort » et qu'ils y avaient survécus. Où était passé cet homme qui cherchait à devenir dieu ?

Ses yeux se baissèrent sur son bras droit métallique et cassé. Ils s'en allèrent ensuite sur les tours de passe-passe qu'effectuaient la sorcière sur son « bibelot ».

*De quoi aurais-je l'air avec un appendice de métal entouré de billes de bois et de fleurs ? Ce masque de mort ne fera plus peur... Il n'inspirera plus qu'au gens de la pitié pour un « clown macabre »... *

Orphée fit quelques pas en arrière. Il rabaissa sa large capuche sombre sur sa tête et, sans en prendre conscience, se fondit à nouveau dans les ténèbres...

Ombre parmi les ombres, il se remémora. Il lui semblait une éternité qu'il avait quitté le sol européen. Une éternité qu'il avait pactisé le diable-inventeur. Une éternité qu'il avait récupérer sa fille-presque amante. Une éternité qu'il avait été lui-même...

*Pendant ce temps, je suis coincé dans une cabane en bois, résistant les assauts combinés d'une chaleur étouffante et d'une humidité suffocante... Au loin, là-bas, les Hommes gribouillent les pages de l'Histoire et m'oublient... *

Il y eut un éclat dans les ténèbres. Une perle d'humidité qui glissa de son œil. L'homme arrogant, le beau manipulateur, l'excentrique sombre sortit de sa cachette. Il n'était qu'un homme. Il n'était plus un Dieu. Il ne l'avait jamais été... alors, alors il lui fallait succomber aux faiblesses des hommes.

Dans un geste de folie, dans un total lâcher de son corps, il fondit sur la sorcière vaudou. De sa main gauche et de chairs, il lui saisit le menton et l'embrassa longuement...
Orphée
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Shane Aïda
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Shane Aïda
Lun 12 Mai - 2:13
Shane souffla en contemplant la porte close, derrière laquelle avaient disparu les deux demoiselles. L'atmosphère n'était que plus légère, les serpents eux-même semblaient plus calmes, leur attention toute tournée vers le dernier indésirable de la pièce... Celui qui se Promenait dans les Ombres.

Plus pour briser le silence pesant qui s'était installé dans la petite maisonnée que par véritable volonté d'expliquer, la jeune sorcière expliquait sa démarche, l'adressant au magasin entier puisqu'il était impossible de dénicher Orphée qui jouait encore aux hommes invisibles.

" Pensez ce que vous voulez de mon art... Si vous êtes venus jusqu'à moi, c'est que vous êtes à court d'autres choix plus... Familiers. Vous avez pas beaucoup d'autres options que de tenter votre chance. "

Alors qu'elle pivotait, son oeuvre dans les mains, elle se heurta à la haute stature du flûtiste qui, silencieux, s'était matérialisé derrière elle. Un cri de surprise au bord des lèvres, elle leva des yeux ronds vers l'intrus. Allait-il l'attaquer ? Était-ce un piège tendu par le village pour éliminer sa magie noire et la dépouiller ? Déjà, certains serpents se massaient derrière elles, juste au cas où tandis qu'Orphée levait son visage vers le sien, autoritaire... et l'embrassait.

Shane battit des cils, prenant un temps pour enregistrer l'information. Elle regardait sans le voir le masque de mort plaqué au sien jusqu'à comprendre le geste d'Orphée.

C'est alors que la gifle fusa.

Rapide comme l'éclair, avant même qu'aucun de ses serpents n'aient le temps d'enrouler leurs anneaux autours des pieds de l'inconnu, Shane s'était écarté de lui. Elle le toisa d'un regard foudroyant, les poings serrés.

" Je suis une sorcière. Pas une putain. Et il vous faudra plus que quelques lugubres tours de passe passe pour espérer me charmer ! "

Oublié le reste, elle ne lâchait plus du regard l'importun. Lugubre, vraiment, et d'autant plus effrayant qu'elle l'avait senti, la magie en ruine du flûtiste... les restes d'un magnétisme incroyable que l'acteur né pouvait potentiellement déployer à tout instant... Si elle parvenait à le réparer, évidemment.
Shane Aïda
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Alice Liddell
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Alice Liddell
Lun 12 Mai - 17:43
Alice avait ri devant les imitations de sa sœur. Cet instant d'humour relâcha la tension qui habitait Alice depuis qu'elle devait suivre le groupe; Orphée lui pesait de plus en plus. Elle espérait bien qu'un jour l'homme oublie le contrat qui le liait à la demi-fée et alors à elle la liberté des grands chemins !

Elles avaient commencé à avancer dans la boue quand un fracas retentit. On aurait cru entendre une pyramide de fioles s'écrasant dans un tintement assourdissant. Se retournant Alice vit la porte de la cabane s'ouvrir. Un des serpents de la sorcière en sortit en sifflant. Son regard se posa sur le duo. La cabane elle semblait être secouée par une tornade qui faisait rage à l'intérieur.

— Je crois que sa maîtresse a des problèmes, souffla Alice mue par un instinct féminin. Ton père a sûrement encore fait son intéressant !

On aurait cru entendre une mère se plaindre de son époux auprès de sa fille.

Les jupes toujours relevées, la jeune fille entra dans la cabane évitant de marcher sur le serpent qui gardait le seuil. A l'intérieur un bazar sans nom régnait. Des fioles étaient renversées à terre. ne odeur ignoble rappelant le souffre fit plisser le nez d'Alice. Les serpents se trouvaient désormais partout mais surtout en position menaçante. Certains s'étaient noués autour des jambes d'Orphée, d'autres encore se rapprochaient du joueur de flûte.

— Vous avez fait quoi encore ? hurla Alice, poings sur les hanches. On peut pas vous laisser tranquilles ?

Alice leva les yeux et les mains au ciel. Déjà elle percevait la sombre aura de Zahnfee prête à éclater. Des fous, tous des fous. Et plus le temps passait, plus elle avait l'impression d'être la moins folle.

— Zhan, tu fais ce que tu veux mais moi je m'en vais ! Que les dents tombent, que le sang gicle, que les serpents mordent, j'en ai assez. ASSEZ.

Le dernier mot résonna sous la voûte du plafond, faisant vibrer les fioles encore intactes. Alice balaya du pied les tessons, se ruant hors de la maison. Sa tête était sur le point d'éclater.
Alice Liddell
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Zahnfee V. Edelstein
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Zahnfee V. Edelstein
Mar 13 Mai - 17:18
L'instant est étrange.

Comme si mon corps avait deviné par avance, je suis Alice de regard, incapable de lui emboiter le pas tout de suite. Mon instinct ne se trompe pas, ma carcasse engourdie non plus. Elle renâcle.

"Ton père a sûrement encore fait son intéressant !"

Les mots résonnent dans ce grand espace vide qu'est ma caboche. Ils tombent dans un trou, s'égrainent un à un dans ma trachée et rebondissent sur mes côtes jusqu’à habiter toute ma cage thoracique.

C’est là que je réalise que j'ai oublié de respirer.

A pas lents je rejoins la cahute. Alice qui m'a précédée sort en me bousculant. Elle est agitée, fâchée, écœurée. Je n'ai pas le réflexe de la retenir alors qu'elle s'enfonce dans la jungle en se tenant le front. Alors seulement ma tête accepte de pivoter pour observer l'intérieur. Mon regard accroche le corsage à moitié défait de la sorcière, son air furieux et échevelé, puis s'attarde sur l'air pitoyable de "Papa".

Papa.


"Ton père a sûrement encore fait son intéressant !"


Je déglutis, ma salive est douloureuse. Mon visage inexpressif continue de darder ses yeux gris et vidés de leur substance sur ce papa. Ce Papa qui est un peu moins à moi à chaque seconde.
Je me penche pour ramasser ma petite valise à l'entrée. Mon attitude a quelque chose de mécanique et de digne à la fois. Je me détourne, leur offrant mon dos. C’est d'une voix désincarnée que je m'exprime alors :

- Je vais chercher Alice. Elle va se perdre toute seule.

Et je fuis.
D'abord à pas mesurés, calmes, puis à grandes enjambées. Ce n’est qu'au milieu des fourrés humides et sombres que je réalise que j'ai couru. Mon cerveau se remet brusquement en marche comme si il avait été éteint jusque là.

- Alice !? Aliiiice !!!

Une angoisse sourde semble poindre à l'orée de ma conscience.

- ALICE JE T'EN PRIE, REPONDS !!!

Je regarde autours de moi désemparée, ma stupide valise à la main.

- CE N'EST PAS DRÔLE !

J'entrevoie alors un éclair de tissus bleu dans un océan de verdure et de boue. Mon cœur se soulage à mesure que je distingue sa silhouette torturée. Je tends les bras vers elle .

- Alice, ma douce, c'est fini, c'est fini...
fais-je apaisante, en voulant la prendre contre moi. C'est fini, je te le promets !

- Vous ne devriez pas faire ce genre de promesse, demoiselle. Surtout quand vous n'êtes pas en mesure de les tenir.

Je me retourne brusquement vers la voix inconnue, celle d'un homme, dont je distingue mal la stature et le physique dans cette pénombre luxuriante tamisant la lumière. Ce que je note par contre c'est qu'il n'est pas seul. Une dizaine d'ombres l'accompagnent, évoluant parmi les fougères et les lianes. Je presse Alice contre ma poitrine, la protégeant de mes deux bras maigrichons.
Mère avait du faire cela si souvent pour moi...

- Savez-vous qui est mon père ?!
dis-je avec défi et une pointe de manque d'instinct de survie.

- Non, mais je sais qui est ta marraine.

Le sac en toile de jute se referma sur mon expression de surprise avant que les ténèbres ne m'engloutissent.
HRP:
 
Zahnfee V. Edelstein
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Narrateur
Conteur d'histoires
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Mar 13 Mai - 18:28




La jungle, encore et encore la jungle. Baroudeur face à l’éternel, Hugues commençait à être agacé de cette quête -justement- éternelle et contre la montre pour retrouver la demoiselle. Son commanditaire avait été clair : « Ne la blessez pas, enlevez là et amenez là moi. » Peu d’argent à la clef, mais surtout une promesse d’avenir pour lui et pour les douze hommes l’accompagnant. Kidnappé une seule bonne femme à douze… Mais pour qui le prenait-on !? Sa barbe hirsute et clairsemé de gris de-ci de-là le grattait légèrement à cause de la chaleur ambiante et de la transpiration qui s’y engouffrait. Une moiteur qu’il ne connaissait pas dans ces grandes étendues natales : Le Texas et ses contrés.

Puis enfin le signal fut donné. On avait repéré une petite gargote d’où la cible s’était échappée. Joie, la mission serait vite terminée. Les bottes s’enfonçant dans la boue, cliquetant sur le rebord de rochers, ses bottes avançaient désormais bien plus vite vers la position signalée. « Vous ne devriez pas faire ce genre de promesse, demoiselle. Surtout quand vous n'êtes pas en mesure de les tenir. » Un mot d’esprit et hop, elle était aussi endormie que le plus beau des bébés avec une petite goutte de whisky dans l’estomac. Pas de quoi fouetter un chat, donc. Hugues Jockman souleva la jeune femme comme un sac de farine et la passa par-dessus son épaule après qu’on l’eut assommée puis passer un sac de toile un peu trop large pour son visage. « On vous a cherché longtemps, mademoiselle. »



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Alice Liddell
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Alice Liddell
Mar 13 Mai - 23:58
La fureur aveugle. Elle vous prend aux tripes, vous guide sur un chemin inconnu.

Alice trépignait et maudissait tout ce qui se présentait à ses yeux. Les animaux ne parlaient pas, mais ils souhaitaient bien des choses en silence. Et leurs vœux furent exaucés. La magie d'Alice, rendue incontrôlable par sa colère, allait d'âme en âme.

Ainsi le crapaud devint plus gros que le bœuf. Le serpent, qui souhaitait tant se rapprocher du soleil, obtint des ailes pour voler. S'il avait été un serpent du Brésil, les habitants l'auraient adoré comme un de leurs dieux. Le crocodile put recracher le réveil, coincé dans sa gorge, et cessa de faire tic-tac.

Il serait impossible de décrire tout ce que la magie d'Alice créa. Mais la flore de ce coin des Caraïbes ne fut plus jamais la même.

La ronde des souhaits stoppa net quand Alice se retrouva dans les bras de Zahnfee. La voix de sa sœur de folie la calme bien plus rapidement que n'importe quelle comptine de nurse. Alors qu'Alice allait s'excuser, une troupe d'hommes se jeta sur elles.

Cette fois la magie ne fut d'aucun recours. Si ces hommes souhaitaient quelque chose c'était d'en finir au plus vite, et que les demoiselles soient un minimum conciliantes. Alice tenta bien de se débattre quand elle se retrouva la tête dans un sac. Ses griffes d'Androïde cherchèrent de la chair à trancher, du sang à faire couler.

En réponse on lui accorda l'oubli. La plongée dans le terrier du lapin blanc.

Citation :
Dernier post avec Alice dans ce sujet. Merci aux participants ! Et je vous suis donc dans les prochaines péripéties.  °3° 
Alice Liddell
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Orphée
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Orphée
Dim 25 Mai - 12:23
Les serpents se levant autour de ses jambes ne l'avaient pas effrayés. En fait, il s'était vu les charmer, les dresser dans le but de former un trône effrayant, organique et sifflant. Tel un roi dans un château de ronces.

Puis les évènements s'étaient enchaînés. Il les avaient vu d'un regard de spectateur, tandis qu'il se frottait le bouc et sa barbe de plusieurs jours. Les poils crissaient. Ses pensées circulaient paisiblement tandis qu'il réfléchissait au futur.

Alice était rentrée. Elle avait poussée sa gueulante. Puis Zahnfee avait suivie. Et était ressortie pour partir à la recherche de la première. Un silence l'avait ensuite entouré, lui et la sorcière vaudou. Il s'était retourné vers elle et l'avait lorgné.

« Sorcière, une dernière requête. »

Il s'était rapproché d'elle. Mais il n'y avait plus de tours, ni de faux-semblant. Le visage d'Orphée était de nouveau froid et effacé. D'ailleurs, il se rapprocha de la femme sans rentrer dans son cercle intime. Il se tenait à bonne distance.

« Finissez votre sorcellerie. Je vous laisserais ensuite à votre solitude et vos serpents, et vous n'entendrez plus jamais parler de moi. »

Dans un courant de pensées secondaires, Orphée se doutait bien qu'il venait de perdre la trace de sa fille. Mais il s'en fichait. En fait, même si elle n'avait pas été kidnappée, il ne serait pas allé à sa rencontre. Retrouver sa fille avait été une aventure divertissante au début... puis cela était devenu tristement ennuyeux. Le potentiel de nouveauté théâtrale s'était évaporé. Mieux valait laisser le temps œuvrer et revenir plus tard.

Car il avait un autre projet. Que sa fille mène sa vie comme il l'entendait. Après tout, il n'avait absolument pas la fibre paternelle. C'était une faiblesse qu'un dieu ne pouvait posséder.

Une fois le sortilège vaudou terminé, il sortirait de cette jungle, trouverait un bateau et rentrerait en Europe. Ensuite, il prendrait la direction de l'asile où Vasile lui réparerait son bras.
Orphée
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Shane Aïda
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Shane Aïda
Dim 6 Juil - 2:31
Elle le jaugea un long moment du regard, les joues encore brûlantes de rage, de rage aussi envers ces filles étranges. Qu'elles soient maudites pour troubler ainsi la tranquillité de sa maison !

Elle avait écouté le discours d'Orphée, évidemment. Tant qu'il était sous son toit, il était son client, et elle entendait bien recevoir un paiement... Autre qu'un baiser déplacé ! Sa demande - non, son exigence ! - ne franchit toutefois pas le seuil de ses lèvres tandis qu'un de ses serpents se contorsionna... Pour se voir doté de pattes reptiliennes, tel un lézard grotesque. Elle le contempla avec un regard défait et surpris, quelle... Malédiction frappait sa maison ? Le serpent avait tout simplement été touché par la vague de magie féerique d'Alice et contemplait de son long coup son ventre frotter le sol entre ses deux paires de pattes, caricature de crocodile auquel il avait tant souhaité ressembler !

Blême, Shane reporta son regard sur Orphée.

" Je vais. Je vais finir ce bracelet... Sitôt qu'il sera terminé, je veux que vous quittiez l'endroit, comme vos filles étranges. Que je ne vous revois plus jamais dans le Bazar de Baba !"

Fébrile, elle s'en retourna à sa potion dans laquelle elle trempa son chapelet, avant de murmurer à voix basse une formule dans la langue de ses ancêtres. Aussitôt, la pièce parut s'assombrir tandis que les esprits offraient leur bénédiction au gri-gri tenu par Shane. Elle se tut abruptement et le tendit vers Orphée, attrapant son bras inerte avec autorité pour l'y nouer, murmurant d'autres paroles pour le lier spirituellement à son porteur.

" Je n'ai aucune idée de comment cela peut fonctionner. Un sortilège de mobilité pareil, j'en ai jamais appliqué sur des bras de métal. Voilà. Maintenant il vous appartient. "

Elle se recula, prudente et pensive, tandis qu'elle contemplait son oeuvre déjà disparue sous la sombre manche de sa clientèle. Son regard s'agrandit toutefois lorsqu'elle vit l'un des doigts bouger, puis un autre, puis le poignet opérer une semie rotation.

" Il bouge. Ça fonctionne ? Sur les paralysés ça fonctionne. " ...Un temps. Les œuvres voodoo demandait souvent à être réactivées, après tout.

HRP:
 
Shane Aïda
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Narrateur
Conteur d'histoires
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Dim 31 Aoû - 17:54
L'infortunée sorcière avait subi plus d'une émotion en cette noire journée. Son client, d'un air satisfait, disparut dans les méandres de la jungle. Shane put, ainsi, retrouver ses esprits et découvrir les effets de la magie d'Alice. Nombre de nouvelles créatures étaient nées, et allaient alimenter les récits des habitants. Mais la jungle demeura muet sur la disparition d'Alice et de Zahnfee. On ne retrouva d'elles, pas même un ruban.


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