Année 0004 : Femme d'Espagne, femme de sang.

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Rey de Marisma
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Rey de Marisma
Dim 9 Mar - 0:30







Acte I : En Reconnaissance


Felipe était planté devant une psyché qui renvoyait une image fidèle de son apparence actuelle. Vêtu d'une cape rouge et d'un veston des mêmes tons aux épaulettes à frange et aux attaches d'or, il percuta du regard ses propres yeux d'or qui semblaient aujourd'hui moins posséder du batracien que du rapace en dessous de sa tignasse rendue indisciplinée par ses célèbres lunettes dorés. D'ordinaire châtain, l'omniprésence de rouge sur sa personne roussissait légèrement ses cheveux et sa peau. Gants et bottes de cuir noir tranchaient cette pourpre dans le vif, rehaussait son ton d'une certaine sévérité qui ne lui était pas coutumière.
Le roi se frotta négligemment la mâchoire comme pour juger une dernière fois de l'effet rendu, l'air pensif.
Finalement, seul son gilet beige accordait un peu de calme dans cette tornade sanglante. Maigre consolation, mais suffisante. C'est pourquoi il referma sa veste par dessus, finit de nouer une ceinture jaune autour de sa taille pour pleinement cacher cette couleur douce. Maintenant il ne restait plus que la tâche immaculée de son col et de son jabot punaisé d'une broche ornée d'un onyx noir qu'il voulut bien épargner.

Cette fois seulement il fut pleinement satisfait, bien que cela ne se lut pas dans son regard qui ne quitta pas une seule fois son sérieux et sa sévérité.
Aujourd'hui était le fameux jour où tomberaient les masques.
Étonnant que la scène choisie soit celle d'un bal masqué.
Paradoxal.
Il aimait le paradoxe, et était fermement convaincu que les plus grandes vérités pouvaient y être révélées. Socrate lui-même n'avait-il pas recours à de tels procédés pour faire accoucher de raison ses interlocuteur ?
Oui, ce soir serait une soirée paradoxale.
Lui-même allait se montrer ainsi, vêtu comme il ne l'avait jamais été. Plus royal que jamais, plus imposant que son propre père ne l'avait jamais été et vêtu de rouge, couleur de la noblesse, comme si elle était consciente de crime qu'elle portait.
Il tourna sur ses talons, Dania, légèrement tremblante, ne l'avait pas quitté des yeux et avait tenté de suivre le fil de ses pensées en l'observant simplement. Felipe ce soir jouait gros et tendait un piège savamment préparé, imparable, mais dangereux. Ce soir, les grandes figures de la haute société espagnole allait venir se distraire, répondre à une énième invitation de leur roi. Mais ce soir, comme il l'avait appris de ses espions, des invités clandestins allaient se glisser dans la masse aristocratique et tenter de l'assassiner, lui, et si besoin les quelques personnes qui tenteraient de les en empêcher.
Et le monarque n'avait pas reculé devant la menace, n'avait pas décommandé sa prestigieuse fête. Après tout, il n'était pas censé savoir qu'ils allaient venir.

Mais c'était le cas. C'était tout simplement le cas.

Dania lui tendit son masque. Un masque rouge marbré de noir qui s'emboita parfaitement avec ses lunettes sur le haut de son crâne, recouvrant ainsi tout son front, le haut de son visage et ne laissant visibles que deux prunelles d'or incandescent. La pauvre nourrisse esquissa un geste pour le prendre dans ses bras mais ne le put tout simplement pas. C'était bien la première fois qu'elle le trouvait si sérieux lui qui lui accordait toujours un sourire même dans les pires moments...
Le monarque le remarqua cependant et prit doucement la main de l'andalouse qui l'avait élevé plus assidument que sa propre mère et la baisa pour la rassurer en frottant ses doigts âgés mais encore puissants du feu espagnol qui brûlait dans ses veines. Puis, il partit sans un mot, ceci étant la seule assurance qu'il pouvait lui offrir : l'ombre d'un sourire au moment de la quitter.

Le reste, il devait se reposer sur ses préparatifs.
On avait rouvert la grande salle de bal, divisée en salle de banquet et salle de danse avec une somptueuse estrade laquée pour l'orchestre et que surplombait un large escalier blanc en haut duquel on avait l'habitude de voir apparaître le monarque. Contrairement à ce que l'on aurait attendu l'ambiance n'était pas tamisée ou même voilée pour favoriser la méprise sur les identité de tout un chacun. Non, la lumière était vive, comme sur une scène du théâtre. Les rideaux étaient d'ailleurs de ce même rouge que ceux qui séparaient public et acteurs, et ce soir, ils étaient fermés sur cette salle. La condamnant au reste du monde.
Bien entendu, si les nobles ici bas voulaient s'amuser à ne pas révéler leur identité, ils étaient dans leur bon droit et les domestiques avaient eu pour directive de ne pas aller contre cette volonté. C'est pourquoi il n'y avait pas l'habituelle criée des noms à l'arrivée de chaque invité. Une fois l'heure passée, on se contenta de fermer les portes sans plus autoriser à quiconque d'entrer. Mais lui savait très bien qui était là ce soir parmi les nobles. Les autres étaient des criminels ravis de lui faire sauter la cervelle.
Beaucoup dans l'assemblée en entendant parler du bal masqué étaient venus avec des lunettes fantaisistes, à la "mode royale", qu'ils avaient tout simplement rabaissé sur leurs yeux en guise de masque. Simple et commode et à l'effet garanti au sein de cette Cour.
Car seuls des espagnols avaient été conviés, Felipe n'avait tout de même pas poussé le vice à aller inviter de hautes personnalités étrangères.

Ce qui se passerait ce soir ne regarderait que l'Espagne, et le monarque ne tolérerait aucune exception.
...
L'Espagne et les terroristes, pour être tout à fait exact, lesquels avaient de sérieux problèmes à se revendique émeraldien sans y habiter.
Les vêtements au sein de la salle étaient luxueux et chamarrés. La tenue du roi ne faisait pas exception et se fondait même dans le décor si on regardait cela dans son ensemble. D'ailleurs qui aurait cru reconnaître le roi dans une silhouette rouge, couleur qu'il ne portait que par touches et non pas comme un appel brûlant d'être sous le feu des projecteurs. Non, le roi venait toujours sur le devant de la scène de manière tout de même plus discrète que cela.
Mais d'aucun pouvait cependant aisément reconnaître ses lunettes.
Et le doute n'était plus permis.
Et c'était effrayant de constater le changement, le jeu qu'avait joué le monarque en prenant les allures d'un cavalier rouge, superbe et royal.

Trop. Pour lui, tel qu'il les avait habitués, en tout cas.
Et pour une fois, il n'eut pas vraiment besoin de faire une entrée particulière ou de lâcher un discours volontairement discordant et de la plus parfaite subtilité pour être imposant.
Ce soir, l'habit fit le roi.

Et c'était bien l'effet escompté.
Il lui fallait être reconnaissable par les terroristes, lesquels au moindre de leur geste, risquaient d'être surpris. Et, pour les mettre en confiance, ces bons terroristes, il détendit sensiblement les a priori sur ce que son apparence pouvait rendre en invitant une Señorita à danser avec ce sourire charmant qu'on lui connaissait. Ceux alentours spéculèrent sur l'identité de cette douce élue... ah ! les avantages des bals masqués ! Au moins... il leur était impossible de savoir que lui n'avait aucun doute sur son identité, avec sa robe pervenche, son chapeau à plume noir sur une tignasse d'un beau châtain clair et son loup de velours de même couleur, des gants noir remontant jusqu'aux épaules...

Ils rejoignirent les danseurs.
Felipe I de Marisma avait, ce soir, simplement rejoint la foule. Silencieusement, comme de coutume dans un bal de cette sorte. Mais en étant reconnaissable.
Rien cependant, ne trahissait chez lui un quelconque malaise. Son pas était assuré, et il menait sa cavalière sans rien montrer qui appartienne au doute. Alentours chacun de ses gestes avait des répercussions, et ces dernières étaient finement observées.
Par les nobles.
Et par d'autres.



Rey de Marisma
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Selim Elardar
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Selim Elardar
Dim 9 Mar - 13:50
Satané boulot ! Il fallait toujours que Selim Elardar accomplisse des taches qui lui déplaisaient comme tuer avec un chandelier le colonel Moutarde dans sa cuisine ou tuer mademoiselle Rose avec un poignard dans la véranda. Heureusement, ces meurtres n'avaient que rarement de grandes conséquences, alors que ce que l'Ankou s'apprêtait à commettre pourrait bien être la cause de l'effondrement d'un pays. Pourquoi avait-il accepter l'invitation de ce groupe qui se nommait "les enfants d'Emerald"? Ah, oui... Il avait besoin d'argent. Il n'aurait bientôt même plus de quoi s'acheter à manger. Mais la somme que l'on lui avait proposé pour tuer le célèbre roi d'Espagne dépassait bien des espérances. Il n'aurait plus besoin de tuer pendant longtemps. Il pourrait même trouver, avec cet argent, un pays assez éloigné dans lequel il ne serait pas déjà recherché, dans lequel il pourrait vivre sans tuer, prendre enfin un nouveau départ. C'est pour ça qu'il avait accepté. Il n'avait rien contre ce Roi, il l'admirait même, mais il avait besoin de cet argent et de telles opportunités n'était que trop rare. L'affaire était sérieuse et les risques ne manquaient pas. Un des chefs lui avait dit :

- T'as pas intérêt à nous laisser tomber. On a déjà Adrian qui s'est lâchement enfui. On ne peut plus se permettre de perdre d'autre personne.

Ce à quoi Selim avait répondu :

- N'ayez crainte, je n'ai jamais échoué.

Et voilà comment il s'était engagé. Il savait qu'il ne serait pas seul, qu'il y aurait d'autres assassins. On lui avait offert des vêtements qui lui permettraient de passer inaperçu durant le bal. Un large manteau blanc sans capuche (au grand damne de Selim), des gants du même blanc nacré, un chapeau de couleur laiteuse et un masque. Il avait aussi plusieurs dagues cachées dans ses vêtements. Grâce à cet accoutrement, personne ne pouvait le reconnaître. Le son de sa voix était modifié par le masque, masque qui cachait sa cicatrice frontale. De plus, les vêtements cachaient sa peau basanée. Seule sa carrure pourrait trahir son identité, mais il était trop peu probable qu'on le reconnaisse pour ça. C'est donc une personne masquée affublée de vêtement d'une blancheur éclatante qui se présenta devant les gardes qui le laissèrent entrer. Étrange, d'habitude la sécurité était plus vigilante. Elle n'avait même pas tenu à connaître son nom, et quand il était entré dans la salle, personne ne l'avait crié. Il s'avança dans la salle puis il aperçut la cible, facilement remarquable grâce à ces vêtements rouges. Le Roi dansait au milieu des invité. Il faisait une cible facile (une facible, c'était dit Selim avec un petit sourire), peut-être un peu trop facile. Maintenant les portes se refermaient. L'assassin avait un mauvais pressentiment. Le Roi devait se douter de quelque chose, c'était un piège ! "Selim, calme toi. Tu deviens parano. Comment aurait-il pu savoir. De plus, tu as aperçu du gravier à l'extérieur, au bas des fenêtres, non ? Au pire des cas, tu pourras t'en servir." Ainsi avait pensé l'assassin. Il se plaça dans un coin mal éclairé de la salle, à l'abris des regards. Il ne lui restait plus qu'à attendre le signal. Satané boulot !
Tenue de Selim (sans masque. Z'avez qu'à l'imaginer, nanmeoh):
 
Selim Elardar
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Yama Albadune
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Yama Albadune
Dim 9 Mar - 18:08
Spoiler:
 

Première tableau : Glass Arm Shattering
"It's alright my flower
so what did we learn?"


Allongée entre les draps, repliée sur elle-même comme un embryon, elle frissonnait.

Cette fois, ni même le ronronnement du vent contre le bateau ni les rires des pirates que l'on entendait parfois sur le pont n'avaient suffi à la rassurer. Ils étaient en plein ciel, à des centaines de mètres d'altitude et pourtant elle ne se sentait plus en lieu sûr.

L'angoisse l'étreignait, elle pouvait sentir sa présence glaciale comme la caresse d'une mère incestueuse. Et chaque craquement, chaque minuscule bruit la faisait sursauter, la maintenant douloureusement éveillée, ses grands yeux noirs ouverts dans la pénombre.

Se retournant brutalement, elle expira et laissa sa main remonter machinalement jusqu'à son bras, effleurant les cicatrices qui le sculptaient en une magnifique oeuvre de décadence. Chaque petit point était pour elle signe d'un sommeil bienheureux, délivré des ombres de son passé, des fantômes qui enserraient son âme.

Justement, elle avait revu un fantôme récemment. Et c'était ce qui l'empêchait de trouver le repos. Cernés, presque révulsés, ses yeux de ténèbres fixèrent un instant le plafond de la cabine.

Elle avait un plan, elle devait s'y tenir. Mais elle ne pouvait l'exécuter si l'insomnie la tuait avant.

Sa main vint s'abattre sur la table de chevet qu'elle avait vissé au sol. C'était là qu'elle avait disposé, dans une petite coupe, un assortiment de pilules. Et à côté, une petite seringue qui attendait patiemment son heure.

Comme animée d'une volonté propre, la main blanche vint tout d'abord saisir la coupe avant de se figer, frôlant la seringue au passage. Se retournant, Yama amena à elle l'objet qui avait manqué provoqué sa mort il y avait de cela plusieurs mois. Combien de jours cela faisait-il qu'elle n'avait pas fermé l'oeil ? Trois, peut-être quatre. C'était la veille qu'elle avait préparé cette seringue, se procurant juste assez de morphine pour recommencer en douceur. Une dose minime, la promesse d'un doux coma précédé d'un éclair délicieux lorsqu'elle ferait entrer le divin poison dans son corps.

L'Eden au bout d'une petite aiguille.

Son autre main se mit à caresser la seringue. Machinalement, pensivement.

Elle était à bout, elle était tellement à bout. Et tellement intoxiquée, déjà, qu'est-ce que cela pourrait bien changer ?

L'enfer lui tendaient à nouveau les bras, comme un vieil amant. Un amant qui allait la tuer à petit feu, elle le savait.

Elle ne pouvait pas mourir de cela non plus. Elle ne s'y autorisait pas.

Dans un élan de détermination, son poing se serra, brisant l'objet maudit. La douleur, perdue au milieu de celle de son bras et son coeur ne lui parvint pas. De son autre main, elle saisit les quelques pilules et les porta à sa bouche, les avalant sans eau, la force de l'habitude.

De sa main blessée glissaient quelques gouttes de sang, mais peu importait.

Ce n'était pas la première fois qu'elle saignait dans cette cabine.

Deuxième tableau : The Séance
"Feel my soul going
Feel my soul colder"


Il avait oublié ce qu'était l'extérieur, le soleil n'était désormais plus qu'une ampoule qui se balançait au plafond. Tête baissée, brisée, Adrian Clavo suffoquait. Ouvrant la bouche, il laissa échapper un filet de salive ensanglantée qui vint s'écraser contre sa cuisse.

Une main froide - glaciale - vint saisir son menton, le forçant à relever la tête. Une fois encore l'homme fut forcé de croiser son regard, le regard de cette femme qui le dominait et tentait par tous les moyens de lui arracher ce qu'il savait. Apathique, le corps encore tressaillant de douleur, il se noya une fois de plus dans le regard pétrochimique de sa tortionnaire.

- Ecoute-moi bien, espèce d'ordure. Je t'ai promis que je te laisserai en vie si tu m'expliquais vos plans, mais si tu continues à te taire, je ne pourrais bientôt plus rien faire pour toi.

Adrian eut un sourire, ou du moins tenta. Dans un coin de la pièce, un homme qui lui avait été présenté comme médecin les observait sans un mot, prêt à intervenir. En silence il défia le regard du voyeur puis de la femme, splendide dans ses habits que son sang à lui avaient rendu rouges. Agacée par son mutisme, elle le gifla violemment. Solidement lié à sa chaise, il ne put que laisser sa tête partir de côté, un signal de douleur parmi tant d'autres.

Il ne pesta pas, ne pleura pas, pas encore. Il s'était assez maudit d'avoir suivi cette succube aux allures de cadavre jusque sur ce foutu bateau.

Le sang coula à nouveau. C'était sûr, à ce rythme-là, il allait repeindre toute la cabine. Peu importait, il se savait déjà foutu. Il espérait juste qu'elle craque avant lui. C'était une femme, après tout.

Mais soudainement, une douleur fulgurante venant des ongles de sa main gauche l'empêcha de réfléchir. Hurlant sous l'effet de la souffrance, il continua de se vider de son sang.

Tout plutôt que de trahir ses compatriotes.

La course contre la montre avait commencé. Il s'agissait désormais de savoir qui, de la mort ou de cette femme, serait la dernière à le baiser.
***

La Capitaine Albadune fit son apparition sur le pont, suivie du médecin traînant derrière lui un cadavre atrocement mutilé. Aussitôt, plusieurs pirates vinrent aux nouvelles.

- Alors, Capitaine ? Vous avez ce qu'il vous faut ?

Yama hocha la tête, péniblement. Elle était nauséeuse et pas franchement d'humeur à causer. La victime avait succombé à ses blessures, sa tortionnaire s'y était prise n'importe comment et le savait. Mais peu importait. Elle avait eu ce qu'elle voulait.

- Oui. Je vous raconterai ça plus tard, en attendant... cap vers l'Espagne.

Il y eût plusieurs échanges de regards, mais personne n'osa protester, pour la simple raison que, d'Albadune ou d'Adrian, on avait de la peine à distinguer qui vivait encore.
Troisième tableau : Blackest Eyes
"Inside the ghost of a parting
And no-one is left, just the cigarette smoke"


Il était sorti sur le porche pour fumer une cigarette. Emmitouflé dans sa veste en cuir, il avait allumé le délicieux bâtonnet de nicotine rapidement, sèchement. C'était sa femme qui l'avait mis dehors, elle et ses commandes interminables pour le bal à venir. Des robes, des costumes, des masques, des fanfreluches triviales.

James Eiderfalls ne la comprenait pas, ni elle ni ses commanditaires. Il préférait la solitude du ciel immense qui n'appartenait qu'à quelques élus. Levant un oeil vers la voûte céleste, il expira une volute de fumée tout en adressant un clin d'oeil aux étoiles. D'ici une heure, Sayoko se serait calmée. Il ne l'avait jamais comprise, jamais connue sereine et pourtant il l'acceptait et l'aimait ainsi.

Elle était sa femme, unie à lui dans l'amour et la perte, dans la souffrance et les délices. Aussi différents qu'ils étaient, ils ne pouvaient plus vivre l'un sans l'autre.

Un claquement sur le trottoir, des bruits de pas, une silhouette dans la lueur des réverbères. C'était une femme à en voir sa silhouette mais son visage était caché par un chapeau à larges bords. Elle s'approcha de lui, tendit une main blanche. Une voix rauque qui contrastait avec son allure éthérée, présente mais irréelle dans cette ruelle du soir.

- Je cherche une âme charitable qui me donnerait une cigarette.

Il haussa un sourcil avant de farfouiller dans sa poche. Des enfants, des femmes... on aurait dit que le monde entier en voulait à ses cigarettes mais il n'avait pas le coeur de refuser. Il lui tendit un bâton qu'elle alluma avec dextérité avant d'aller s'appuyer contre le mur, la clope au bec, à quelques mètres de lui. Elle avait les cheveux emprisonnés dans une sorte de noeud qui lâchait un peu plus à chaque mouvement, comme si jamais personne ne lui avait appris à se coiffer. En silence elle leva la tête vers le ciel dans un geste étrangement similaire au sien.

Il n'était pas encore l'heure de rentrer. James n'avait pas besoin de plus pour entamer la conversation.

- Belle soirée, n'est-ce pas.

- Oui. Le ciel est parfaitement clair.

Il rit un peu avant d'écraser son mégot contre les pavés.

- Vous êtes en marge de la société, ma chère ?

Elle frémit, un peu.

- Je ne vois pas qu'est-ce qui pourrait vous faire dire une telle chose.

- Les femmes aux cheveux détachés qui errent dans les rues ne sont pas monnaie courante dans le monde des gens comme il faut.


Cette fois, ce fut à elle de rire, d'un rire sans chaleur, tranchant comme une lame, comme si elle se moquait de lui. Son regard, bien que James ne puisse en être sûr, était sans doute aussi narquois que son sourire.

- En réalité, je suis venue à la rencontre de vieux amis. Ou du moins je l'espère.

Alors qu'elle parlait, elle se détacha de la façade et fit quelques pas jusqu'à lui faire face. Elle était jeune, bien plus jeune que lui. Seulement à cet instant il put voir que ses yeux étaient aussi noirs que la nuit.

- Je m'appelle Yama Albadune. Mais vous me connaissez peut-être sous le nom de Ran.

Ce n'étaient pas deux yeux, c'étaient des abîmes d'obscurité. Et lorsqu'elle prononça ce nom, Ran, ce fut comme s'ils aspiraient tout autour d'eux. Troublé, James se passa la main sur le fronts. Ces yeux étaient noirs, si noirs. Il n'en connaissait que deux autres à posséder cette teinte de ténèbres.

Ceux de sa femme.

Ran, Ran, Ran l'enfant née du froid qui avait tant fait souffrir sa femme. Ran la fille perdue dans les tempêtes de neige, celle qui naissait sans un cri, pleurant à gros flocons. Bien sûr qu'il connaissait une Ran, ou plutôt l'avait connue. Il avait vu les portes du temple se refermer sur elle alors qu'ils la quittaient, incapable de l'aimer ou du moins... c'était ce qu'ils croyaient.

Ran, hurlait Sayoko en se réveillant le soir, le front trempé de sueur. J'ai encore rêvé d'elle, lui disait-elle. Et encore il faut qu'on revienne la chercher. Pourtant elle n'était pas seule là-bas, les lettres étaient rassurantes. Sa mère à elle, Avela, leur disait que tout allait bien, que l'enfant serait bientôt stable et qu'ils pourraient la rejoindre, incapable qu'ils étaient de refaire leur vie avec ce fantôme d'enfant, cette possibilité qu'ils avaient laissé filer.

Puis, douze ans après, ils avaient reçu ce mot sombre, empli de rancoeur.

"Elle est partie. Je n'ai rien pu faire."

Et alors, plus de Ran. Ils avaient d'abord tenté de vivre avec mais c'était impossible : ils ne pouvaient plus attendre, ils ne vivaient qu'à moitié avec cette sourde culpabilité, tout cet amour qu'ils ne donnaient pas. Alors James avait tout fait pour retrouver Ran. Engager les meilleurs détectives, payer des hommes peu intègres... mais rien n'avait suffi. On avait aperçu sa petite pour la dernière fois dans les rues de Londres et puis... plus rien. C'était comme si elle s'était vaporisée.

Jusqu'à cet instant. Ce moment démentiel où l'océan de ses pupilles absorbait leur âme et le monde. Vacillant soudainement, James se raccrocha à une gouttière.

-... Ran comment ?

- Ran Harumiya.


Elle s'approcha de lui, son souffle dans la figure sans pour autant qu'elle ne l'enlace. C'était Ran devant elle, c'était son enfant, une chimère vivante.

- Hé bien, "papa"... ravi de faire ta connaissance.
***

Le whisky dans le verre disparut bientôt complètement. Les cheveux emmêlés, le regard incrédule, Sayoko buvait comme un homme en contemplant cette femme, sa fille, un fantôme qui vingt-quatre ans après leur dernière rencontre avait décidé de refaire surface dans leur vie.

- Nous t'avons cherchée partout, fut la première chose qu'elle parvint à articuler.

- Vous n'avez pas cherché la bonne personne.

La jeune femme lui souriait. Elle avait l'air si fière, si... maîtresse de la situation. Assise face à elle, Sayoko la contemplait sans savoir comment agir alors que James était resté debout près de la porte.

- Sept ans avant le réveil de la France, j'ai connu quelques ennuis qui m'ont obligée à changer d'identité. Je suis désormais connue sous le nom de Yama Albadune.

Sur ces mots, elle sortit de la poche de son pantalon d'homme une affiche chiffonnée qui donnait le prix de sa tête. Sayoko la saisit et la contempla durant quelques minutes en silence. Puis elle la reposa sur la table, poussant un profond soupir. D'un ton sarcastique, la pirate déclara :

- J'imagine que tu vas me faire la morale...

- Absolument pas.


Voir la surprise se peindre sur les traits de la fille adoucit un peu son choc à elle. S'autorisant à sourire, Sayoko haussa les épaules et laissa son époux compléter ses pensées.

- Une carrière réussie reste une carrière réussie, bien que... nous aurions préféré une profession plus sûre pour notre...

- Votre fille.


Yama avait parlé doucement, comme pour éprouver le goût que ce mot lui laissait en bouche. Pour la première fois, elle était la fille de quelqu'un.

C'était nouveau. Et dingue.

- Je suis votre fille, je suis votre fille. Répéta-t-elle, soudainement fascinée par cette phrase. Hélas ce ne fut pas du goût de Sayoko qui se releva brutalement.

- ARRÊTE ÇA !

Elle avait crié, de la violence dans sa voix. Interdite, Yama la fixa avec de grands yeux étonnés. Presque effrayés. Se tenant le crâne des deux mains, Sayoko poursuivit d'un ton hanté, sans repos :

- On n'a rien fait pour toi. Jamais rien, on était pas là et toi... tu ne peux pas nous appeler comme tes parents, ce ne serait pas... correct. Parce qu'on ne le mérite pas, bon sang. On s'est montrés lâches et...

- Oh, ferme-la.


La profonde exaspération qui se faisait sentir dans la voix de la criminelle la stoppa. Sayoko se figea, laissant sa fille parler d'un ton légèrement maladroit.

- Personnellement, j'ai pas été la plus modèle des enfants non plus. On a tous notre parcours et si vous tenez à le savoir, je ne vous en veux absolument pas. Avela m'a offert la meilleure enfance possible et c'est un peu grâce à vous.

- Je... je suis désolée Ra -

- Yama.

-... Yama.


Sayoko se rassit, sous l'oeil amusé de James. C'était drôle de voir à quel point elle prenait les choses à coeur alors que lui avait compris dès le départ que les retrouvailles se dérouleraient bien. Il y eut un instant de silence entre eux. Puis ;

- Bien, ma fille. Maintenant explique-nous ce que tu es venue faire dans ce pays qui te veut tant au bout d'une corde.

C'était sec mais direct. Il ne prendrait pas de pincettes avec elle, il lui devait au moins de ne pas l'infantiliser maintenant. Se tordant les mains, Yama se mordit les lèvres, rassembla son courage et se lança :

- ... j'ai besoin de votre aide pour atteindre un homme.
Dernier tableau : Lips of Ashes
"Idolized, black eyes fading
You and I, connection failing"


Elle se mira une dernière fois dans la glace, observant le spectre qu'elle était devenue.

Vêtue de blanc telle une mariée, elle portait la robe que Sayoko lui avait confectionné, une pièce corsetée qui ne laissait aucun doute sur sa nature de femme. Relevés derrière sa tête, ses cheveux noirs avaient été lavés, peignés, coiffés et tenaient en place grâce à une broche d'ivoire. Fardée, elle avait vu son regard souligné de noir, gagnant ainsi en intensité sous son masque. Quant à ses cicatrices, elles étaient cachées par deux gants blancs qui en épousait cependant légèrement le relief. D'un geste assuré, elle glissa la main dans les tissus de sa robe où se cachaient deux poches. Dans l'une de ses poches, une arme à feu et dans l'autre son sabre fétiche. A son cou, on avait glissé un collier d'argent serti d'une pierre blanche. C'était là son seul bijou assorti à l'exubérant masque dont la forme évoquait des ailes d'oiseau, orné de perles et de plumes mais ne couvrant que ses yeux et le sommet de son crâne.

Elle tourna sur elle-même, faisant une moue dubitative. A deux pas d'elle, Sayoko souriait.

- Je le confirme, tu es la plus belle femme que je connaisse.

- Tu dis ça parce que tu es ma mère.


S'approchant d'elle, Sayoko rajusta sa création.

- Je me trouve... effrayante.

- Toutes les femmes devraient l'être un peu. Les poches te conviennent ?

- Elles sont parfaites... merci.

- Ne bouge pas.


Sa mère s'approcha d'elle et, armée d'un bâtonnet de couleur cendrée, entreprit de lui maquiller les lèvres.

- Tu as une très jolie bouche, ma fille. Murmura-t-elle comme pour elle-même en tamponnant sa bouche à l'aide d'un mouchoir.

- Evite de parler comme mes amants, merci.

La couturière rit, un peu. Puis, délicatement, elle ramena sa fille devant la glace.

- Alors ?

- J'ai l'air d'une catin avec ça.

- Sois gentille, ne me fais pas le coup de la vierge effarouchée. Ça te va très bien.

- ... si tu le dis.


Sayoko se mit à rire. Ce soir, sa fille prendrait le nom d'une dame restée clouée au lit, tout cela pour revoir un homme. Et elle l'aidait, bien qu'elle soit morte de peur à l'idée des conséquences de son geste.

- Yama ?

- Oui ?

- ... tu es sûre de ce que tu fais ?

- Je n'ai pas le choix. Si je ne le fais pas, je mourrais et j'ai dit que je ne mourrai pas des mains d'un autre que lui.


La mère soupira. Qui était-elle pour venir lui faire la leçon maintenant ? D'une petite voix, elle murmura cependant :

- Sois prudente.

Elle ne voulait pas perdre sa fille, pas une semaine après l'avoir retrouvée.
***

Elle fit son apparition comme un spectre au milieu des vivants. Femme masquée et vêtue de blanc, elle ondulait à travers la foule, attirant regards chargés de désir ou... de peur.

En ce soir d'hiver, Yama Albadune n'avait rien de ces beautés désirables qui faisaient frémir la foule. Au contraire, il se dégageait d'elle comme un charme polaire, glacial et tranchant, le charme d'une plante venimeuse. Elle avançait en scrutant les danseurs, cherchant du regard la cible, sa cible.

Elle ne laisserait pas quelqu'un d'autre qu'elle mettre fin à la vie du Roi. Cette résolution brûlante l'animait, la consumait alors qu'elle le cherchait des yeux. Un premier homme courageux vint lui demander une danse, en espagnol bien sûr.

Lui adressant un sourire noir, elle se laissa entraîner au coeur de la salle.
Yama Albadune
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Rey de Marisma
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Rey de Marisma
Lun 10 Mar - 14:39






Acte I : En Reconnaissance



Scène 1


"Vous dansez très bien.
- Merci, mais si vous voulez tout savoir, l'entrainement a été ardu."


Le roi eut un petit rire qui ne se traduisit que par un faible tressautement d'épaules. Il reprit calmement, dans un murmure qu'eux seuls pouvaient entendre. Alentours ces messes basses laissaient place à d'immenses imageries rocambolesques.

"Je vois. Comment cela se présente-t-il ?
- Señor Cortès est bien ici. Il ne manquera pas de couvrir l'événement dans le numéro de demain.
- Qui dépassera sans doute ses attentes.
"

Il faut dire que même du temps de son père, un tel événement était plutôt rare et ce qui se passerait ici ferait beaucoup parlé. Quoi qu'il s'y passe.

- C'est vraiment ce que vous voulez ? Au moindre faux pas cela pourrait se retourner contre vous.
- C'est certain."


Il lui fit un grand sourire.

"Mais entre nous, je crois que je suis habitué à ce genre de pratiques."


L'espionne eut une moue dubitative et le masque ne fut pas suffisant pour cacher son regard désapprobateur.

"Je trouve que vous prenez cela un peu trop à la légère.
- C'est un masque.
- Et ce n'est pas le moment de faire de l'esprit !"


Ce roi semblait être complètement insouciant et irresponsable parfois ! Enfin, c'était l'impression qu'il donnait. Il en était devenu insaisissable même pour ses plus proches subordonnés, lesquels étaient pourtant habitués à côtoyer des personnalités secrètes. Rien n'est plus chargé de mystère qu'une tête couronnée.
La Dame Pervenche le scruta aussi discrètement que possible derrière son loup de velours noir.

"Vous êtes donc sûr de ce que vous faites ?
- De ce que je fais, moi, oui.
- Et les imprévus ?
- Je les ai limités.
- Mais il y en aura.
- Sans doute.
- C'est de loin la plus périlleuse entreprise...
- Oh non, ne finissez pas cette phrase, vous mentiriez. Je suis très bien entouré aujourd'hui et ça, ce n'est pas un atout que j'ai toujours eu. De plus, nous savons approximativement le nombre que sont les terroristes, tout ce qui doit être surveillé est le bon déroulement de chaque étape et le rôle que chacun d'entre nous doit jouer, rien de plus."


L'espionne acquiesça lentement, et énuméra tranquillement une série de noms en regardant les invités qui se tenaient près d'eux sans rien trahir extérieurement de ce qui pouvait bien se dire, si ce n'est peut-être, des rumeurs mondaines comme il s'en échangeait parfois lors des danses. Les autres danseurs gardant une distance respectueuse avec le couple. Dans la salle, des signes s'échangeaient, tintement de verre d'un serveur, resserrement de noeud de papillon, histoire banale et mondaine, au son de la musique de l'orchestre.
Les noms n'avaient peut-être pas été criés, mais chaque noble invité avait été suivi de chez lui jusqu'au palais, et parfois il suffisait simplement d'être le chauffeur pour avoir la meilleur place. Leur nombre et leur nom n'étaient donc plus inconnus du roi, même si ce dernier avait eu un cas de conscience à devoir en arriver là. Mais entretenir de la sorte le mystère et rendre ainsi la tâche plus facile aux terroristes avait un double-avantage : les mettre en confiance, les faire le sous-estimer, pour enfin leur faire faire des erreurs, en somme, mais aussi, pour les plus alertes d'entre eux, les mettre mal à l'aise et les faire douter. Deux moyens de pression qui sauraient être des éléments décisifs sur la suite des événements.
Ainsi, ceux venus anonymement et que ne lui désignait pas sa cavalière, ne semblaient pas être le centre de leur conversation, mais le centre de leurs pensées.
Après quelques dernières danses, les cavaliers se saluèrent, et le roi, tout de rouge vêtu regagna la place où se tenait son majordome — masqué et donc potentiellement méconnaissable — qui lui tendit sa toute nouvelle canne en bois d'acajou.
Pensif, le cavalier rouge survola la salle de son regard d'or. Sans s'arrêter sur quelqu'un en particulier, il tentait d'exclure les nobles pour connaître la progression des terroristes.



Scène 2


C'était une grande salle. Une salle de bal royal. Et il y avait beaucoup de monde.
Et les terroristes devaient encore s'assurer que l'homme en rouge soit bien le roi, si du moins ils avaient déjà su le reconnaître. Pour l'instant, ils étaient encore à des endroits disparates et peu s'étaient risqués sur la piste de danse. Il remarqua une femme tout particulièrement, en tenue d'un blanc immaculé, et qui n'avait pas mis longtemps pour danser parmi les convives. La possibilité pour qu'elle soit une terroriste était grande, et s'était-elle mise à danser parce qu'elle l'avait déjà reconnu et qu'elle tentait de s'approcher ?
Si c'était cela, la soirée allait passer plus vite que prévu.

Car il était du genre à prendre les devants, quand il avait des doutes.

"Señorita"

Il s'était placé derrière elle lorsqu'elle avait terminé sa danse.

"M'accorderez-vous votre prochaine danse ?" lui demanda de son ton la plus galant lorsqu'elle se fut tourné vers lui.

Il ne put s'empêcher de penser que terroriste ou non, le goût esthétique de son couturier avait donné tout du sien pour lui donner la grâce et l'apparence d'un cygne.


Scène 3


Dans un coin de la salle où se tenait résolument un énième homme masqué, tout de blanc vêtu et adossé au mur, vint se joindre à lui un serveur appliqué. Habillé comme tous les domestiques de la soirée. Costume trois pièce sur mesure et noir, chemise blanche et cravate noir, chapeau haut-de-forme de même couleur et loup blanc sur le museau, gants d'un ivoire immaculé sur chacune de leur main.
Ses mocassins cirés claquaient presque en rythme dans la salle pleine de musique tandis qu'il s'approchait pour présenter un plat d'argent garni de coupes de champagnes.

"Señor ?"

Ces messager de Dionysos faisaient la navette entre la salle de banquet et la salle de bal afin d'éviter les passages trop fréquents de l'une à l'autre de la part des invités.
Le banquet venait à vous.
Et comme pour donner tout son sens il fut rejoint par une serveuse également vêtue de noir et blanc, tablier compris et petit chapeau de taffetas et un loup noir. Ses plateaux à elle était présentaient de belle pyramides d'en-cas à l'air tout à fait succulent.

"Une petite douceur, Señor ?"

Boire ou manger, il était l'un des rares à avoir le choix en même temps.


Rey de Marisma
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Selim Elardar
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Selim Elardar
Lun 10 Mar - 18:40
Dans un coin obscur d'une salle de fête, un homme de blanc vêtu songeait à un détestable sentiment qu'il avait l'impression de connaître à chaque fois qu'il allait dans une fête : la faim. Certes, ce n'était pas le seul sentiment négatif qu'il ressentait, car il y avait aussi ses nombreux regrets, ses remords. Ceux qui le pourchassaient depuis tellement longtemps qu'il savait sa guérison sans espoir. Puis il y avait aussi la culpabilité de savoir qu'il allait fort probablement causé la mort d'un roi juste et bon, mais n'était-il pas plus simple de se préoccuper de la faim lorsqu'elle nous tenaillait plutôt que de chercher à justifier des actes impardonnables. C'est pour cela que, plutôt que de regretter ses actes commis et à venir, l'Ankou préférait s'occuper d'abord du besoin le plus oppressant. Il aurait tellement voulu que les serveurs passent à ses côtés pour lui offrir des mets délicats, mais il n'y avait aucun espoir pour que cela se produise. Pourquoi les serveurs passeraient-ils dans un endroit où une seule personne se tenait ? Il n'y avait pas une infinité de solution, pour avoir de la nourriture, Selim allait devoir aller en chercher.

Mais là, il y avait un problème : comment percer la foule pour se diriger vers les serveurs sans se faire remarquer et sans que l'on risque de découvrir son identité ? Impossible, même siffloter ne le ferait pas paraître innocent, et il n'allait pas se risquer à se mêler aux nobles, il ne savait pas vraiment comment se comporter. Que faire ? Prier pour que la nourriture vienne à lui ? Ou alors il pouvait attendre le signal sans manger. Après tout, il aurait amplement de quoi s'acheter de la nourriture après qu'il ait achevé sa tache. Après qu'il ait une fois de plus tué un être humain. Qu'il ait une fois de plus accompli l'acte horrible qu'est de mettre un thermes à la vie de quelqu'un.

" Arrête, Selim ! Tu es encore en train d'y penser. Pense plutôt à ta faim, ce sera moins douloureux. "

Ainsi avait raisonné Selim. Il devait pensé à sa faim plutôt qu'à la fin d'un roi prestigieux. C'était lâche, mais Selim savait que s'il songeait au crime qu'il allait commettre, il risquait de se dégonfler et rater l'occasion de ne plus avoir à tuer. Il devait se concentrer sur la faim, la sentir le tenailler. Sentir son estomac se contracter tout en criant famine. Il devait y penser. Il devait prier pour que les serveurs se dirigent vers lui, apportant divines nourritures qui sauraient calmer cette faim.

"Señor ?"

Surprise totale et stupéfaction soudaine. L'assassin était tellement occuper à espérer la venue d'un serveur qu'il ne l'avait pas vu s'approcher. Un sourire se peint sur le visage de l'assassin, camouflé par le masque. Était-ce un bon présage ? Oui je sais, vous lui répondrez probablement, tout en riant à l'avance de votre blague : " Non, c'est un serveur ! ", mais là n'est pas la question. Laissons donc les mauvaises blagues de côtés, s'il vous plaît. Tout en tendant la main pour saisir une coupe de champagne, l'assassin répondit :

"Volontiers ! Merci beaucoup ! "

Et, bonheur ultime et autre bon présage, une serveuse arriva tenant un plateau dans lequel siégeait fièrement des mets à l'apparence succulente. Elle déclara :

"Un petite douceur, Señor ?"

Ce à quoi Selim répondit, ému de bonheur et les larmes aux yeux, tout en s'emparant de quelques mets :

"Volontiers ! Merci beaucoup ! "

Et l'assassin mangea, ne remarquant presque pas le départ des serveurs. Décidément, quelle chance. Avec la nourriture vient souvent la bonne humeur. C'est ainsi que Selim se sentait ragaillardi par la bonne nourriture qui remplissait désormais son ventre. Joie, bonheur et délectation. " Si ça se trouve, rien de mal ne se produira ! Le roi sera tué mais le pays survivra. je réussirai à m'en sortir vivant et je pourrai vivre sans tuer ! Après tout, la mort du roi pouvait bien ne poser aucun problème. " Ainsi furent les pensées de Selim durant le bref instant d'euphorie qu'avait provoquer la nourriture. Une seule conclusion s'impose : trop d'euphorie avait tendance à rendre les gens légèrement stupide. Heureusement que cet effet secondaire ne dure pas longtemps. Rapidement, Selim avait repris ses esprits. Il devait rester concentrer. Il jeta un bref coup d'œil vers quelques terroristes qui s'étaient mêlés à la foule. Ils n'avaient pas encore agi. Par conséquent, Selim n'agissait pas encore. Il comptait foncer vers le roi quelques secondes après les premiers assaillants. Ainsi, s'il y avait des tireurs embusqués, il ne serait pas le premier à se faire tirer dessus. Selim était peut-être brave, mais pas fou.
Selim Elardar
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Yama Albadune
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Yama Albadune
Lun 10 Mar - 23:42
- Si je peux me permettre, vous êtes d'une grande beauté.

Un sourire de façade vint se peindre sur les lèvres obscures de la danseuse en blanc alors que ses yeux que la douleur faisait briller d'un éclat fiévreux scrutaient la salle à travers son masque, s'attardant sur chaque silhouette en espérant y reconnaître celle de l'homme qu'elle cherchait.

- Vous me semblez distante, très chère.

Son sourire se fit plus grand, plus factice encore. Sentant qu'elle n'avait d'autres choix que de délier sa langue, elle ronronna :

- Excusez-moi, je me disais juste que... ce bal masqué est particulièrement somptueux.

Oui, somptueux était le mot juste. A évoluer ainsi dans un tel tableau, la pirate déguisée en Dame d'un soir avait l'impression de rêver. Même les salles de bal de son enfance étaient loin de dépasser le faste de cette dernière.

- Vous avez raison. Notre Roi s'est vraiment surpassé.

Ce n'était qu'une petite mention, et pourtant Yama sentit son coeur bondir douloureusement dans sa poitrine. Elle avait hâte que cette danse se termine qu'elle puisse repartir à sa recherche.

Des mois avaient passé depuis leur dernière entrevue et depuis, la Capitaine dépérissait à petit feu. A son coeur détraqué par l'assaut d'émotions contradictoires s'était ajouté un esprit torturé, mis à rude épreuve par le retour d'un homme qu'elle croyait définitivement enterré. Elle n'en pouvait plus, elle mourrait de haine et d'amour, consumée par le souvenir d'un unique baiser qui n'avait abouti à absolument rien. C'était pour cela qu'elle était venue ici ce soir : régler cette affaire une bonne fois pour toutes, ou du moins le croyait-elle.

Sa main se crispa légèrement sur celle de son partenaire. Heureusement, la musique cessa, leur permettant de se séparer. S'inclinant devant son cavalier comme le voulait l'usage, elle resta un instant immobile alors que tout le monde se mouvait autour d'elle.

- Señorita.

La voix lui disait quelque chose, mais elle pouvait tout aussi bien avoir rêvé. Se retournant avec un peu trop de vivacité pour que le mouvement soit gracieux, elle fit face à l'homme qui l'avait appelée.

Masqué, il l'était - comme absolument tous les convives présent au bal. Cependant, les lunettes qu'il portait sur la tête ainsi que l'or qui brillait dans ses yeux ne lui laissaient aucun doute quant à son identité.

Le souffle soudainement court, Yama ne put s'empêcher de l'observer de bas en haut, comme pour mieux s'assurer que c'était bien lui, qu'il était bien réel. Sans qu'elle ne puisse contrôler son geste, elle se mordilla la lèvre inférieure : c'était que cet imbécile n'avait pas changé.

Et ce soir, vêtu tel le Roi qu'il était, il était splendide.

- M'accorderez-vous votre prochaine danse ?

Elle avait la gorge serrée, pourtant sa voix ne faillit pas lorsqu'elle répondit. Il ne la reconnaissait sans doute pas, et c'était mieux ainsi ; elle avait besoin de quelques secondes pour retrouver contenance.

- J'en serai ravie.

Comme s'il n'attendait que ça, l'orchestre entama les prochaines mesures du morceau suivant. En entendant la musique vibrer ainsi à travers les corps et les coeurs, Yama manqua de pousser un soupir : une valse rapide, bien sûr. Comme pour l'achever.

Suivant le rythme comme il y avait de cela des mois auparavant, ils se mirent à danser. Sentant la chaleur de sa main à lui qu'elle percevait même à travers ses gants, elle se demanda si elle devait parler pour qu'il la reconnaisse, lui donner un indice de sa présence avant que son coeur chaotique ne la tue. Pourtant elle resta muette encore quelques instants, se contentant de se noyer dans son regard, appréciant encore quelques secondes l'étrange instant avant d'y mettre fin.

Elle avait du travail, un choix à effectuer.

C'est donc sur cette pensée que, abordant un sourire où se mêlaient parfaitement défiance et fierté, Yama Albadune susurra :

- Je vois que tu n'as pas changé depuis mai.

C'était faux ; l'homme fanfaron qui même prisonnier se pavanait sur le pont de son navire n'avait plus rien en commun avec ce Roi qui dansait avec elle ce soir. Et hélas pour elle, ce dernier était aussi charismatique et éblouissant qu'elle-même spectrale et intimidante.
Yama Albadune
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Rey de Marisma
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Rey de Marisma
Mar 11 Mar - 20:51






Acte I : En Reconnaissance



Scène 1


- J'en serai ravie.

En bon cavalier, le roi mena l'inconnue, passant l'une de ses mains le long de sa hanche, et l'autre dans sa main. Était-elle avec eux ? Leurs pieds s'envolèrent en même temps que les premières notes de la valse. Il ne la connaissait pas, en tout cas. Enfin, elle ne faisait pas partie de la Cour. Pourtant l'instant lui donna un sentiment de déjà-vu, ni tout-à-fait désagréable, ni vraiment charmant, juste dérangeant et peut-être même discordant, comme un puzzle auquel il manquerait la pièce maîtresse pour comprendre toute la scène du tableau.
Ici, c'était un visage.

Ses yeux d'or tentèrent de voir derrière le masque. Quand sa cavalière le regarda avec des yeux fiers emplis de défi et murmura dans une proximité et une familiarité qu'il ne connaissait que trop bien :

- Je vois que tu n'as pas changé depuis mai.

Son coeur manqua un souffle.
Depuis mai ? Mai ? En mai ?
...
Bien sûr.
Il connaissait cette façon de danser, cette hanche sous sa main, cette main dans la sienne. Ses cheveux noirs qu'il était habitué à voir lâchés et qui affinaient considérablement ce visage tant de fois rêvé, un souvenir gravé dans sa mémoire, qui éclatait soudain de blancheur aujourd'hui.
La surprise était manifeste, même si son masque recouvrait la moitié de son visage, ses yeux se voilèrent un instant d'un rideau de totale incompréhension tandis que quelque chose explosait quelque part dans sa poitrine.

- Yama...

Bien sûr, comment aurait-il pu seulement la reconnaître ? Ce n'était pas qu'un masque, c'était aussi l'allure, et son maintien. Elle était éblouissante et comme entourée d'un halo fantomatique. Il avait du mal à reconnaître la femme qu'il avait devant lui. Yama Albadune, capitaine d'un navire, navire de pirates, une criminelle, sa ravisseuse, femme fière et dangereuse recherchée par son pays et par lui. Et elle était là. Et elle dansait avec lui.
Le pire jour et au pire moment.
Comme pour leur première rencontre, elle était son imprévu.
C'était effrayant. L'imprévu était effrayant mais aussi exaltant, et il se tenait devant lui. Contre lui. Il raffermit sensiblement son bras autour de sa taille, un geste à peine visible comme pour mieux la soutenir mais qui permit qu'elle l'entende, dans un souffle :

- Vous, vous avez changé, je ne sais pas en quoi...

Il capta son regard, en rencontrant les perles d'onyx dans ce masque factice de pureté, il eut la plus grande peine du monde à retenir des papillons s'envoler dans sa poitrine. En fait, il n'y parvint pas, il resserra doucement ses doigts autour des siens.

- Mais vous n'avez pas perdu en beauté.

Il était parti pour dire totalement autre chose, mais omettre de déclarer cette évidence lui était apparu pendant une fraction de seconde la plus terrible des discourtoisies. Évidemment, s'attarder sur la politesse en pareil moment ne pouvait être que la preuve qu'elle lui avait fait perdre pied dans sa réalité. Une réalité parasitée par des terroristes. Non, vraiment, il était trop occupé à ne pas céder à la tentation de se rapprocher encore, de s'assurer que c'était bien elle. Son esprit était en vadrouille, ne savait pas à quoi penser, avortait des idées qui s'écroulaient en lui, pendant que tout son être était heureux, tout simplement heureux qu'elle soit de nouveau près de lui. Oui, vraiment, crétin-heureux qu'il était.
Ce n'était certainement pas le moment !
Il se reprit, très vite. Il y avait trop de coïncidences, il n'osait y songer mais elles le rattrapaient en s'accrochant à ses sentiments pour les faire tomber et les abattre. Mais la parole "êtes-vous avec eux ?" ne traversa pas ses lèvres, ni le "c'est dangereux" ni encore "partez, partez, partez...".
Reprenant contenance, son léger trouble se teinta d'une lueur d'inquiétude dans ses prunelles, un peu ferme.

- Que diable faites-vous ici, ce soir ?

Il insista quelque peu sur la fin de sa phrase.
Oui ce soir, ce soir... pourquoi était-elle venue ce soir ?



Scène 2


"Allons, allons ! Candelaria ! Cessez donc de faire votre jeune prude ! Un bal masqué est fait pour cela !
- Mais je vous dis que cela n'est pas dans mon intérêt, on croirait que je me vends comme ces... filles.
- Ce que vous pouvez être rabas-joie.
- On croirait entendre votre mère ! Ne disiez-vous pas hier encore que vous étouffiez ?
- J'ai dit cela, moi ?
- Et puis personne ne vous reconnaîtra, allons !"

Et la jeune récalcitrante fut prise en tenaille par deux élégantes silhouettes, un corset rose saumon, dentelles et mousseline, l'autre d'un beau velours d'un vert bouteille, des plumes chamarrées dans les tons d'ocre ornant sa coiffure. Éventails en main, elle cachèrent astucieusement leur kidnappage forcée de leur amie, lançant quelques oeillades comme un maître pêcheur ferait élégamment danser sa mouche à la surface de l'eau, sans jamais toucher cette dernière.
Laissant juste le poisson crever d'envie de la becqueter.

"Voyons... voyons, un petit effort, ma chérie vous n'y mettez rien de vous."

L'enfant tenta une imitation qui ressemblait, elle, à un caillou jeté au milieu de la rivière. Cela faisait un très beau plouf mais sans aucun effet à la clé. Même pas un beau ricochet.
Juste... "plouf".
Soupir d'exaspération à sa droite, de désespoir à sa gauche.

"Décidément, il faut refaire toute votre école. Oh mais... !"

Un mouvement de surprise - ou d'excitation - agita l'amie en rose saumon.

"Voilà un gentilhomme bien solitaire...."

La solitude dans la Cour, c'était comme aller sur un champs de bataille sans défenses : suicidaire.

"Il n'a donc pas d'amis ?
- Pour le protéger de qui ? De nous ? Même avec des amis c'est impossible, mais c'est votre chance Candelaria !"


Celle-ci fut amenée avec nonchalance près du jeune homme en blanc, grand, de forte carrure, il était nimbé de mystère, et les hommes mystérieux, cela plait beaucoup à cet âge, et il n'en fallait guère plus dans cette soirée où les masques faisaient s'oublier les jeunes nobles, trop heureux de s'amuser sans se soucier de leur image.
L'ambiance était électrique, elles étaient en pleine chasse et il était sur le chemin.
La jeune Candelaria fut adroitement poussée dans sa direction pour qu'elle n'apparaisse dans son champ de vision qu'à la toute fin, qu'il la remarque et qu'il lui soit impossible de s'échapper.

Dans son corset doré qui relevait sa fine taille dans sa robe aux tons orangés, elle semblait complètement perdue...

"Bonsoir... Señor"

Bon sang qu'il était grand !
Elle leva ses yeux candides vers lui.

"Vous... vous êtes venus seul ?"



Rey de Marisma
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Selim Elardar
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Selim Elardar
Mer 12 Mar - 8:22
Être dans un coin sombre est sensé être une méthode pour ne pas être dérangé. C'est pour cette raison que l'assassin Selim Elardar s'était placé à cet endroit. Malgré cet astucieux emplacement, il avait déjà été dérangé une fois. Heureusement, c'était pour de la Nourriture. Donc il n'allait pas s'en plaindre (malgré le fait qu'il ne restait plus rien de son butin). Puis, alors qu'il observait à l'abris des regards les nobles se mouvoir, une jeune femme vint à sa rencontre. Elle semblait gênée. Elle le salua, Puis dit :

- Vous... vous êtes venus seul ?

Ce à quoi, Selim, légèrement perturbé par se dérangement qui risquait de lui faire rater le signal, répondit avec tact :

- Oui.

Si l'assassin était perturbé, ce n'était pas uniquement par le fait que l'on l'avait dérangé mais aussi parce que cette jeune femme lui en rappelait une autre. Oui, elle lui rappelait quelqu'un qu'il ne reverrait plus jamais. En effet, la femme avait les même cheveux que celle de ses souvenirs, ces même cheveux d'un brun sombre. Certes, ceux de celle qui ce trouvait devant lui étaient plus court, mais ce n'était qu'un détail. Même une simple similitude dans la couleur des cheveux de celle qu'il avait aimé suffisait à la lui rappeler.

Laura...

Encore une fois, il pensait à elle. Encore une fois son souvenir pourtant si heureux le torturait. Il pensait bien trop souvent à elle ces derniers temps, ce n'était pas sain. Il le savait, mais il n'y pouvait rien. Il traînait ce souvenir bien plus que tout les autres, le portant sur son propre chemin de croix. Ce souvenir d'une époque heureuse, d'une époque finie qui ne reviendra jamais. Bien sûr, entre la femme qu'il avait aimée et la jeune qui se trouvait devant lui, aucune confusion n'était possible. La jeune mal à l'aise n'avait cette fierté dans le regard, elle était plus jeune, elle avait les cheveux plus court... Non, décidément cette fille n'était pas comme elle. Et voilà, la musique s'arrêtait à nouveau. Plongé dans ses souvenirs, l'assassin n'avait pas vu le temps passer. Et ça recommençait. Il ne devait pas y repenser, sinon, les remords le tueraient. Bref, Selim fit un effort et émergea de ses souvenirs. Il vérifia que le signal n'avait pas été envoyé puis il regarda en face. À sa grande surprise, la jeune fille était encore en face de lui. Que faisait-elle encore là ? Il avait pourtant répondu à sa question, non ? Ah ! Elle voulait une danse. Soit, il en proposerait une, afin que personne ne le soupçonne. Il dit, à contre-coeur :

- M'accorderiez-vous une danse ?

La jeune femme répondit affirmativement, gênée. Alors ils s'avancèrent vers la piste de danse et, lorsque la musique reprit, ils se mirent en mouvement. Durant la danse, tout en guidant sa cavalière, les souvenirs rattrapèrent encore une fois Selim.

C'était elle qui lui avait apprit à danser.
Selim Elardar
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Yama Albadune
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Yama Albadune
Mer 12 Mar - 22:45
"Between supposed lovers
I know the pieces fit."


- Yama...

Cela faisait longtemps qu'il n'avait plus prononcé son prénom. La pirate regretta qu'il soit masqué, elle aurait aimé voir la surprise se peindre sur son visage. Tournoyant avec lui, elle le sentit raffermir sa prise et se rapprocha un peu de lui.

- Vous, vous avez changé, je ne sais pas en quoi...

Si lui ne le savait pas, elle-même en avait peut-être une idée.

Lorsqu'elle l'avait rencontré pour la première fois dans cette ruelle non loin du port, elle était la Capitaine Albadune, redoutée et sûre d'elle, vivant dans un monde où son autorité n'était pas contesté, un monde où elle faisait la loi. Puis elle avait été ramenée sur terre et enfermée.

C'était à ce moment-là que sa longue descente aux enfers avait commencé. Depuis mai, Yama s'était changée en l'ombre d'elle-même, malmenée par les émotions qui mettaient son coeur au supplice. Forcée d'affronter ses fantômes, de faire face à son passé, elle avait revu ceux qui avaient fait partie de son histoire.

Avela. James. Sayoko.

Et Mistral.

Alors oui, Yama avait changé. La lueur flamboyante dans ses yeux s'était faite amère et son visage avait perdu de ses couleurs. 03 avait été une année terrible où elle avait dû combattre beaucoup trop de choses et puiser dans des forces qu'elle n'avait pas. Ces mois l'avaient vidée de sa substance et elle était à vif devant lui.

Ce soir, ce n'était pas sur le sol qu'ils dansaient, mais sur ses nerfs.

- Mais vous n'avez pas perdu en beauté.

Des doigts se resserrèrent sur les siens. Instinctivement, elle fit de même, serrant plus que de convenance pour s'empêcher de se rapprocher encore. La criminelle eut une pensée pour Sayoko et le merveilleux travail qu'elle avait effectué en habillant son corps de femme mais, frôlant ses jambes à travers le tissu, ses armes lui rappelèrent que le temps ne s'arrêtait pas, que cette fois ils n'étaient pas seuls à danser. Pourtant le sourire qui se traça à nouveau sur les lèvres noires de Yama n'était pas pressé, ni même amer. Pire que ça, il était serein. De cette même sérénité que l'on trouvait parfois chez les plus fous des condamnés à mort.

Elle était heureuse d'être revenue vers lui. Et c'était d'autant plus délicieux quand on savait qu'il le lui avait interdit.

- Que diable faites-vous ici, ce soir ?

La main de Yama se détacha de l'épaule du Roi. Puis, d'un geste délicat, elle posa son index ganté de blanc contre ses lèvres à lui, répondant d'un ton calme et amusé, presque... rieur :

- Chut... profite de cet instant.

Une pause, un silence et la pirate reprit sur le ton de la confidence, presque enfantine dans son intonation :

- Je n'ai plus beaucoup de temps.

Il était vrai, l'idée de mourir ce soir ne la dérangeait plus.

Le rythme ralentit. Désormais plus attentive aux silhouettes qui les entouraient, la pirate replaça sa main là où cette dernière était sensée se trouver. Le changement de tempo dans le morceau était pour elle plus que bienvenu, lui permettant de mieux surveiller les alentours. Pourtant son regard revenait parfois se plonger dans celui de Felipe, comme pour y chercher la force qu'elle n'avait plus. Sentant que la valse arrivait à sa fin, Yama s'approcha encore un peu. Un mouvement dans la foule avait attiré son attention, la poussant à se montrer plus familière. Penchant la tête de côté, elle glissa à l'oreille du Roi :

- Quoiqu'il arrive, je te répète que je ne regrette rien. Sa voix fut prise d'un infime tremblement. Rien du tout.

Et soudainement, plongeant la main dans la poche droite de sa robe, elle en tira son arme, un pistolet chargé dont - toute belle et suicidaire en cette nuit de janvier - elle avait retiré le cran de sécurité. Puis, tendant le bras, elle tira.

A un mètre d'eux, l'homme s'écroula. C'était un serveur d'apparence avec une arme dans la main. Lorsqu'elle avait aperçu l'éclat, Albadune n'avait pas hésité. Le bruit du coup de feu avait résonné dans la salle, provoquant le début du chaos le plus impressionnant de toute l'histoire des bals d'Espagne. S'écartant de Felipe, elle sortit son sabre, prête à le protéger.

Après tout, c'était pour ça qu'elle était venue.

Toute autre solution lui avait semblé inadmissible.
Yama Albadune
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Ranita Sapo
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Ranita Sapo
Ven 14 Mar - 10:31
-Non.

Elle avait fait une moue contrariée, tenté d'ouvrir la bouche, refermer sa gobeuse de mouche aussi sec.

- N'insiste pas.

Felipe le lui avait clairement interdit. Elle avait beau habiter au palais à présent et être libre d'aller où elle le souhaitait en toute liberté, Felipe se montrait d'une autorité incontournable. Et Ranita n'avait jamais été du genre à lui tenir tête.
Elle pensait donc faire une croix sur ce "bal masqué" même si le mot lui paraissait rigolo et qu'elle s'imaginait une sorte de sport avec une balle géante et plein de gens les yeux bandés en essayant de l'attraper. Elle se contenterait d'attendre en regardant par la fenêtre les allés et venus des invités, puis de dégringoler les marches une fois le match terminé pour demander à Felipe de tout lui raconter. Cependant, les effluves en préparation dans la cuisine avaient grandement effrité sa résolution de rester sagement dans sa chambre. Elle ne savait pas qu'à un "bal" on pouvait manger. Ceci étant ça paraissait logique : après un effort physique il fallait bien se nourrir !

Elle se dandinant longuement devant la porte de chez elle. Y aller, pas y aller, y aller... Finalement ce fut la musique qui la fit se décider. Cet compétition était décidément pleine de surprise ! La valse à quatre temps qu'elle entendait devait avoir un rôle particulier dans les règles du jeu. Elle se demanda bien lequel et se faisant franchit le seuil de l'interdit.

Elle se faufila dans les couloirs du palais royal. Elle avait pour elle le fait d'être absolument insignifiante. Hormis sa chevelure rousse indomptable, personne n'arrivait à se souvenir véritablement de son visage. A moins que Felipe ait donné la consigne précise que personne ne vienne l'ennuyer avec des questions protocolaires ou de bienséance. Du coup, elle n'avait pas plus de notabilité qu'une servante en goguette.
Ses pas la menèrent aux cuisines. Ses yeux pétillèrent de gourmandises à la mesure des odeurs multiples qui sollicitaient ses sens : là du canard à l'orange, là des coquilles st-jacques aux piment d’Espelette, là une tourte de poivrons fumés, ....
Quelque chose de particulier, un fumet inhabituel, la poussa à suivre un serveur avec un plateau à roulette où trônait un plat énorme sous cloche. L'employé marchait bon train, sans visiblement tenir compte du fait que sa rapidité risquait de secouer son plat et d'en rater la présentation. Il perdit d'ailleurs une louche de service qui roula dans un coin de couloir de service, dans l'indifférence générale. Ranita s'empressa de la ramasser et lui courut après avec ses petites jambes potelées.

- Monsieur ? Hé monsieur ?

L'homme ne la remarqua pas au début, puis devant l’insistance de la rouquine brandissant le couvert perdu, accéléra le pas.

- Attendez! Monsieur ! Revenez !

L'homme entra dans la salle de réception. La petite grenouille le perdit quelque peu de vue avant d'entrer à son tour.

Le choc.

La lumière des plafonniers en cristal était superbe. Il y'avait là une multitude de gens bien habillés et qui sentaient bons. Les couleurs chatoyantes, les bijoux brillants, les froissements du velours et du taffetas de soie, les notes des violons et des flutes... Tout enivra les sens de Ranita de manière nouvelle et incongrue.
Mais son odorat reprit le dessus et elle retrouva le charriot abandonné anonymement dans un coin de l'immense pièce. Curieuse, elle souleva la cloche et découvrit un petit tas d'objets en ferraille qui ressemblaient tels quels à des grappes de bananes grises. Un parfum piquante de "grillé" lui chatouilla le nez comme du poivre. Elle porta l’une des bananes à la bouche et fit la grimace quand sa langue entra en contact avec le froid du métal.

- Mais ça se mange pas...

*PAN*

Elle sursauta lâchant l'étrange fruit qu'elle avait à la main. Le serveur qui avait perdu sa louche gisait mort au milieu de la piste de danse, devant un homme en rouge, protégé par une femme en blanc et dotée d'un sabre dégainé et d'une banane en fer. Le regard de Ranita glissa du couple au plateau qu'elle avait sous les yeux.

- Oh mince alo...

Une femme hurla.
Ce fut le déclencheur d'un tohu-bohu apocalyptique pour atteindre les sorties. Dans la cohue, trois serveurs, disséminés à différents endroits dans la salle, se dirigeaient à contre-courant vers elle.

Ranita eut un petit couinement.

Elle remis la cloche sur les pistolets et partie en trombe en poussant le charriot aussi loin que possible de l'adversaire. Elle eut une pensée pour Felipe. Elle aurait du l'écouter. Si c'était ça le jeu du "Bal", c'était trop dangereux pour elle d'y participer. Elle était quasi sure de perdre : Le sport n'avait jamais été son fort.


Ranita Sapo
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Rey Felipe de Marisma
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Rey Felipe de Marisma
Sam 22 Mar - 23:47







Acte II : Une dernière danse

Scène 1

Il en était sûr à présent, elle avait un goût prononcé pour ne jamais faire attention à ce qu'il lui disait, c'en était désolant. La suite ne fit que le confirmer.

- Chut... profite de cet instant.

Elle venait de superbement ignorer la question. Sur un ton des moins sérieux, un air qu'il ne lui connaissait pas. Depuis quand était-elle aussi lutine dans ses actes ? Il voulut protester. La main sur son épaule s'envola et, à sa grande surprise, un doigt inquisiteur vint se poser sur ses lèvres. Sa protestation mourut aussitôt qu'elle était née dans son esprit.
Madre de Dios… qui était la femme en face de lui ?
Désemparé. Il était désemparé, et même à ce stade, on pouvait dire "perdu". Un peu outré aussi qu'elle se contente de "ça". Comme si, lui, allait se contenter de ça ! Et puis, ce n'était pas la question. Depuis quand se montrait-elle si taquine avec lui ? Certes, ce n'était pas sa question première — celle qu'elle avait éludée — mais elle était d'importance.
Si la valse n'était pas une technique si fermement ancrée dans sa chair, si la musique n'avait pas été là pour le rattraper, il aurait très certainement perdu le fil de ce qui se passait autour de lui.
Si différente. Trop. Que venait faire cette femme ici ?

- Je n'ai plus beaucoup de temps.

Il était alarmant de voir à quel point cette phrase pouvait aussi lui convenir, à lui.
Et l'état dans lequel se trouvait Yama ne l'aidait pas à se rassurer. Qu'eux d'eux soient affairés en cette sinistre soirée ne lui plaisait guère, car cela pouvait potentiellement dire qu'elle était venue pour lui. Il fronça les sourcils derrière son masque.
Elle était au courant de ce qui se passait.
Elle était peut-être même au coeur de l'attaque, et sa tête.

Il voulait bien épouser cette idée, mais allait-il réellement la laisser aller au but sans lui faire entendre son avis ? Il s'accrocha à ses prunelles et leur nuit sembla l'avaler. Cela ne lui allait pas, pas du tout. Pourquoi ?! Pourquoi était-elle venue ?! Elle n'avait toujours pas répondu ! Et le danger était imminent. Il lui avait pourtant dit de ne pas revenir. Elle ne l'avait pas écouté. Il n'arrivait pas à lui en vouloir mais il ressentait de l'amertume, une profonde amertume, comme si tout, absolument tout était de son fait à lui.

Et c'était vrai. Il l'avait emprisonnée, si elle était venue le tuer, elle en avait le mobile. Vous ne me répondez jamais. Vous n'avez jamais répondu à ceci non plus : Votre volonté devait-elle être plus forte pour venir ou pour rester éloignée ?, voulut-il dire.
Jamais, jamais de réponses. Il était désespérément fou d'en espérer une, un jour.
Elle se rapprocha. Il l'accueillit près de lui.
Le roi ne lui en tint pas rigueur.
Le rythme changea. S'il devait mourir de sa main, il voulait bien profiter de ces instants, pleinement. Elle se pencha près de son cou, il sentit un désir amer de la serrer davantage. Il aurait aimé sentir les cheveux lâches de la jeune femme contre sa joue, comme la dernière fois. Le lien qui les retenait lui était exécrable. Mais plus que tout, c'était la situation, infertile qui mettait ses nerfs à vif. Que croire ? Cette femme, à cette heure, en ce lieu, était dangereuse. La confidence tomba comme une sentence à ses oreilles :

- Quoiqu'il arrive, je te répète que je ne regrette rien. Rien du tout.

Le "quoi qu'il arrive" fut une flèche empoisonnée pour Felipe.
Alors qu'il en était encore à rassembler ses esprits, la pirate s'arma. Elle aurait pu tourner les armes contre lui qu'il aurait été dans l'incapacité la plus totale de se défendre. Une proie facile. Le roi avait cependant quelques réflexes. Aussi étranges soient-il. Même s'il ne savait encore si cela était vraiment dû à un seul instinct de survie que de la serrer contre lui, dépassant ainsi sa zone de tir, tandis que les bras la pirate l'entouraient et que le coup fumant de son revolver retentissait derrière son dos.
Elle avait amené des armes avec elle.
Il y eut un bruit de chute derrière lui.

- Vous étiez donc bien au courant.

Souffla-t-il entre deux battements de coeur, pour lui-même, pour elle, peu importe.
Elle se détacha sans se plaindre du mouvement du roi, comme s'il n'avait en rien dérangé ses plans. En se retournant, il vit l'homme à terre, un serveur.
Yama se plaça devant lui…

- ¿ Yama ?

Et dans un accord parfait, le cri, celui qu'il attendait, le premier de cette soirée infernale, retentit sous les lustres de cristal. C'était une attitude protectrice que la pirate adoptait… pour lui. Plus loin, un chariot chargée de revolvers, derrière, Ranita. Ranita ? Ici ?! Deuxième imprévu. Mais ce n'était pas vrai ! Le grotesque de cette situation était si inouïe qu'il ne put que l'effacer, ne pas chercher à comprendre sous peine de se mettre irrémédiablement en danger par une inertie que lui commanderait son incompréhension totale.

- ¡ Ranita !

Il fit un mouvement vers elle, mais elle ne l'entendit pas ou ne voulut pas l'entendre.
Le grotesque de cette situation était définitivement inouïe. Entre la criminelle la plus recherchée d'Espagne qui le protégeait et son amie d'enfance qui n'y entendait rien en combat et qui se retrouvait à faire rouler d'un train d'enfer un chariot infernal de poudre, il ne savait plus où donner de la tête. La Dame Pervenche fit mine de les rejoindre et de pointer son arme sur Yama.
Non, vraiment, il ne savait plus où donner de la tête.
C'était dans ces moments qu'il retrouvait ses plus bas instincts.

Il fit un bond remarquable vers l'espionne et lui attrapa le poignet.

- Laissez. Suivez ce chariot et protégez Ranita.

Cette dernière lui lança un regard à travers son loup qu'il n'eut aucun mal à comprendre.

- Gardez un oeil sur elle, compris ?

L'espionne rendit les armes, du moins verbalement, mais sortit un second révolver de ses jupons avant de se lancer à la poursuite du chariot. Alentours, ses hommes avaient pris l'initiative de lancer le plan. Lui, ne devait s'occuper que de sa propre survie, autant que possible.
Il se tourna vers son majordome.

- ¡ Alejandro !

Lequel lui lança sa canne qu'il attrapa au vol et, sans plus se soucier des courbettes, dégaina la lame qui y était cachée.



Scène 2


Sur la piste de danse, fort peu de terroristes s'étaient mêlés aux nobles, sans doute le serveur devait-il être la pointe qui percerait les défenses royales. Ensuite, la panique ferait le reste, surtout si le roi avait été tué du premier coup. Il aurait alors été facile de mettre la main sur le gratin espagnol et de prendre possession de toutes les filiales et hautes sphères de la société hispaniques.
Mais le roi n'était pas mort.
Pire, au milieu de la panique qui semblait générale, des cris et de la précipition, une étrange organisation s'était mise en place, on avait ouvert les portes, des personnes en conduisaient d'autres, suivant le mouvements de foule, et, en présentant une échappatoire aux personnes paniquées, le palais finissait par vomir dans ses couloirs puis dans la Cour un flot humain. Les gardes et une police passaient alors pour réconforter les uns et vérifier l'identité des autres. Il y avait des hystériques, des fanfarons, des femmes qui s'étaient pâmées… de tout, d'absolument de tout.
Mais les têtes poudrés semblaient encore posséder de ce peu d'instinct animal qu'il y avait en chaque homme. Même s'ils avaient tout l'air de parfaits moutons fuyants les loups sous l'oeil attentif des bergers.

Cependant, cracher sur le gratin serait faire bien mauvaise figure. Il y avait ici-bas quelques chevaliers, de bonnes familles, et des escrimeurs remarquables qui prirent le risque de rester plus en retrait pour venir aider les forces du roi…

Quelles forces d'ailleurs ?



Scène 3


Étonnée qu'il choisisse de lui-même de l'inviter à danser, la petite Comtesse Candelaria eut à peine le temps de balbutier une réponse — elle venait de se rendre compte à quel point il était grand, en se redressant — que l'homme en blanc lui prit la main qu'elle lui tendait et l'emmena sur la piste. Faute de mieux, elle se laissa porter par cet homme — un parfait inconnu et masqué de surcroit — avant de suivre doucement ses mouvements. Elle fut aussi surprise de voir que malgré sa masse imposante, il arrivait à se mouvoir avec aisance au son de la musique. C'était une présence plutôt rassurante, et elle n'avait pas trop à s'en faire pour ses petits pieds.
Cela aussi, c'était rassurant.
Elle put donc pleinement faire état de ses bonnes leçons de danse et de maintien pour profiter pleinement du moment.
Avec un inconnu.
Masqué.
C'était fichtrement déstabilisant !
Même si ce n'était sans doute pas trop le moment de parler, elle ne put freiner davantage sa curiosité, tentant de trouver du courage dans les yeux de son cavalier qu'elle trouva étrangement… lointains, comme pris dans des brumes dont elle ne détenait pas le secret.
Après un moment, elle se décida, le rose lui montant au joue :

- Eh bien Señor, vous venez souvent à la Cour du… ?

Elle fut interrompue par une détonation qui fit faire un bond monumental à son petit coeur peu habitué à ce genre d'interférence, mais aussi un bond monumental à l'ensemble de son corps qui suivit le mouvement en se fourrant dans les bras de l'homme — taille imposante et protectrice — oubliant au passage qu'il était un parfait inconnu.
Même si ses yeux avaient réussi à le lui faire apprécier, sans le connaître.

Elle faisait partie de ce genre de personnes naïves et innocentes à qui il n'arriverait jamais rien de bon si elles rencontraient un jour un parfait comédien et manipulateur de surcroit.



Scène 4


Tignasse rousse, tignasse rousse.
Tignasse rousse et charriot.
Et un potentiel rameutement de terroristes autour.

La Dame Pervenche se faufila comme une anguille entre les "convives" qui prenaient la fuite, ne lâchant pas des yeux un point couleur carotte droit devant… après le couple alarmé assortis aux couleurs de l'Espagne et la femme qui s'était piqué des plumes de paon entre les omoplates.

Enfin, elle rattrapa la rouquine replète qui se dandinait dangereusement derrière le chariot chargé de poudre qu'elle poussait de toute la fureur dont était capable son corps. L'espionne tiqua un peu.
Cette situation ne lui plaisait pas. Et ce n'était pas seulement dû à ces crétins de terroristes qui se rapprochaient l'air de rien !
Elle arma ses révolvers et tira sans autre forme de procès sur les énergumènes tout en faisant mine de se rapprocher du chariot pour le protéger. Une possibilité pour qu'elle se trompe de personne et touche un civil ? Impossible, elle connaissait les listes, les costumes. Et ne parlons pas de leur tentative désespérée de se faire une démarche de "noble en fuite", c'était complètement hors concours même pour le meilleur comédien du monde, et il fallait être aveugle pour ne pas voir qu'ils n'étaient ni nobles, ni en fuite.

On ne s'improvise pas en infiltration, amateurs !

Du même mouvement elle fit détonner trois coups qui atteignirent chacun la cible voulue. Les gêneurs alignés, elle jeta son regard noisette sur la rouquine avant de lancer, presque à contre-coeur :

- Allez, Señorita, prenez place dans l'alcôve derrière le banquet et restez-y avec le chariot.

Une réserve inespérée d'armes, ça ne se refusait pas, et hors de question d'emprunter une porte sous peine d'être avalées par la cohue et les terroristes ne les lâcheraient pas pour autant. Et puis, un coin comme celui-là serait facilement défendable même pour une seule personne.

Elle aurait une vue sur toute la salle.



Rey Felipe de Marisma
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Selim Elardar
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Selim Elardar
Dim 23 Mar - 22:00
Oh oui, Selim savait danser. Même après les années durant lesquelles il n'avait que trop peu fait usage de ce talent, il savait encore danser avec élégance. C'était encore quelque chose qu'elle lui avait appris. Une chose qui lui évoquait tellement les jours heureux qu'il ne la pratiquait quasiment plus, car elle lui rappelait surtout que ces jours étaient derrière lui et ne pourraient plus jamais être vécus. Bref, durant la danse, la jeune femme, après un long moment silencieux dédié à la splendide musique, demanda, tout en rougissant :

- Eh bien Señor, vous venez souvent à la Cour du… ?

Le bruit d'un coup de feu l'avait interrompue tout en faisant fi de des règles de bienséance. Et maintenant, c'était au tour de Selim d'entrer dans une autre danse bien plus dangereuse. Il regarda en direction de la provenance du bruit et vit un corps allongé, baignant dans du sang. Malgré le rouge qui ornait désormais la tenue de l'homme écroulé, ce n'était pas le roi. C'était Edwardo Elrico, un membre des enfants d'Emerald qui avait été infiltré dans la cours il y a de cela des mois. C'était lui qui était censé tuer le roi, et c'était lui qui gisait désormais. Il y avait un imprévu. Ce n'était pas grave, il fallait désormais passer au plan B.

Suite au coup de feu, la jeune femme s'était blottie contre l'Ankou. Ce dernier l'emmena rapidement derrière une colonne afin qu'elle soit à l'abris des tirs. Il la regarda et déclara :

- Excusez-moi, il faut que je vienne en aide au roi.

C'était une explication qui, bien que mensongère et hypocrite, aurait le mérite d'être prise au sérieux. Tout en sortant deux dagues, une pour chaque main, il repéra la cible, se pencha et fonça. Zigzagant entre les nobles en fuite, l'assassin s'approchait de plus en plus du roi, se tenant néanmoins hors de sa vue. Il courrait penché, ce qui l'aidait non seulement à être plus rapide, mais aussi à être moins visible et diminuait grandement les chances qu'il soit mort perforé par une balle avant même d'avoir pu atteindre le roi. Il courrait, s'approchant de plus en plus du roi d'Espagne. Il courrait, prêt à, dès qu'il serait assez près de sa cible, trancher la chair et faire couler du sang bleu. Il ne devait se concentrer que sur ça, et surtout pas sur les conséquences qu'aurait un tel acte. Il ne fallait quand même pas qu'il se dégonfle. Plus que quelques mètres et ce sera la fin d'un glorieux roi, peut-être même la fin de l'Espagne. Déjà, l'assassin crispait les muscles de ses bras. Le dos du roi était tout près, à présent. Alors, l'assassin abattit l'une de ses dagues en direction du roi et préparait l'autre dague à contre-attaquer s'il y avait des complications.
Selim Elardar
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Yama Albadune
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Yama Albadune
Lun 24 Mar - 22:56
Son coeur rata un battement au même moment où il la prit contre elle. Refermant son bras sur lui, elle tira sans sommation vers le premier espoir des terroristes, un traître que les hommes du roi ne pouvaient connaître. Un très bref instant, la Capitaine eut une pensée pour le criminel sans lequel elle n'aurait jamais pu savoir tout cela.

Pauvre Adrian, il avait fallut que cela tombe sur lui.

Elle s'était déjà arrachée à l'étreinte du Roi, un sabre dans la main et un pistolet dans l'autre. Une femme vêtue d'une robe pervenche s'avança vers elle et fit mine de la viser ; incapable de distinguer un allié d'un ennemi, la pirate s'apprêtait à la désarmer lorsque Felipe bondit vers sa cible, lui glissant des mots que la Capitaine ne pouvait entendre dans le chaos ambiant. Si la plupart des invités s'étaient éloignés d'eux, d'autres étaient restés en renforts ; voyant que le Roi était désormais armé, Yama se retourna, couvrant son angle mort. Peu importait au final qu'elle ne sache pas voir sous les masques ; elle tuerait ceux qui s'en prendraient à Felipe et s'occuperait de sa propre survie après.

Campée sur ses pieds, elle vit un premier homme foncer vers elle, épée tirée. Il engagea le combat et, n'osant le tuer, elle lui asséna un coup violent dans le ventre avant de l'envoyer contre un mur. Elle n'avait pas de temps à perdre ; si les forces espagnoles risquaient d'hésiter à tirer, ce ne serait certainement pas le cas des enfants d'Emerald.

Un éclair blanc dans son champ de vision. Percevant une fois encore le danger qui arrivait là où personne ne l'attendait, la Capitaine fila vers l'homme et, du plat de son sabre, bloqua la dague qu'il s'apprêtait à abattre dans la chair même de celui qu'elle tentait de protéger.

- Ne le touche pas. Grogna-t-elle avec la férocité d'une louve. Concentré sur son objectif, sans même prêter attention à son avertissement, l'homme fit glisser une seconde dague dans sa main libre. Tendant son bras par réflexe, Yama sentit la lame se ficher dans le pli de son coude, la forçant à lâcher son pistolet. Un sourire vint étirer les lèvres de la Capitaine ; elle saignait mais elle l'avait empêché d'atteindre Felipe. A l'heure actuelle, c'était tout ce qui comptait.

Un mouvement dans leur direction. D'un geste sec de son bras valide, Yama fit glisser les lames et déséquilibra l'assassin, le forçant à reculer de deux pas. Portant son bras blessé à son visage, elle referma ses dents sur le manche de la dague et la tira d'un coup de sec, geste qui transperça son bras d'un nouvel élan de douleur. Au même moment, un coup de feu fut tiré sur sa droite. S'écartant d'un bond, elle sentit une vive brûlure sur la parcelle de peau où se rejoignaient épaules et coup. Elle avait évité de justesse la balle sans même savoir qui l'avait menacée.

Il était vrai qu'ici, elle était criminelle pour tous.

Un rapide coup d'oeil en arrière pour constater que Felipe était toujours en vie. Il ne fallut pas plus à la pirate pour saisir la dague de son bras blessé et se précipiter vers l'homme en blanc, résolue à ne pas laisser ce redoutable adversaire profiter de son inattention.

Pour la première fois depuis des années, elle ne sentit pas le frisson du combat, juste celui du danger. Elle s'était engagée dans une lutte qui la dépassait et risquait bien d'en mourir ce soir mais tant pis. Elle espérait juste pouvoir abattre le plus de terroristes possibles avant que les forces espagnoles ne la remarquent et ne l'abattent, elle.
Yama Albadune
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Ranita Sapo
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Ranita Sapo
Mar 25 Mar - 9:20
Souffle. Souffle. Souffle.
Ranita ne réfléchissait pas, elle n'entendait plus rien, elle courait à perdre haleine dans le sens inverse de Felipe afin que personne ne puisse se servir des bananes-pétards.

*PAN!* *PAN!* *PAN!*


Ranita se figea, crispée sur elle même, les yeux fermés. Elle attendait la mise à mort suivant le roulement de tambour.
Mais rien ne vint.
Elle ouvrit les yeux.
Elle se toucha la poitrine sans y voir de tâche écarlate. Elle fut surprise de s'en trouver soulagée.

- Allez, Señorita, prenez place dans l'alcôve derrière le banquet et restez-y avec le chariot.

- Hein ?

Elle regarda la jolie dame en bleue.
Elle regarda les trois cadavres éparpillés non loin d'elle.
Elle regarda l'alcôve.

- Oh ! Vous êtes dans mon équipe !

Docilement elle gara le chariot à l'endroit désigné. Déjà la deuxième salve s'étaient mobilisée. Quatre hommes et une femme - trois en costume, deux en livrée de domestiques- se précipitaient vers les deux femmes. Ranita se recroquevilla derrière le chariot et pendant que la Dame Bleue se préparait à repousser la vague, elle chercha Felipe du regard.
Ranita à défaut d'avoir un quelconque talent avait toujours été une fine observatrice dotée d'une excellente vue. Elle trouva son ami de rouge vêtu au centre de la pièce.

Quelque chose se fissura en elle.

La scène était trop familière pour ne pas être reconnue. Au milieu de l'arène se trouver un animal blessé qui s'agitait rageusement en tout sens pour contrer son persécuteur et empêcher qu'il n’atteigne son compagnon. Ses tentatives désespérées ne faisaient qu'ajouter à son épuisement, ouvrant d'avantage ses plaies, rependant son sang sur sa belle robe blanche. Le Toréador immaculé, lui, acclamé par la foule, dansait autour de ses deux prises avec une élégance et une précision mortelle. Bientôt le corps des deux malheureux perdants lui serait amenée dans la paille et la poussière afin de leur consacrer les derniers Chuchotements.
Bientôt le carmin du costume de Felipe serait du à son propre sang.

- Non, murmura-t-elle.

Son corps réagit plus vite qu'elle, presque sans lui demander son avis. Elle attrapa un des pistolet sous la cloche, repoussa le chariot pour passer. Elle marcha, lentement mais résolument à travers les cris, les corps et les balles. Comment elle ne fut-elle pas touchée par l'un de leurs assaillants ? Sur l'instant elle ne s'en préoccupa guère, après elle aurait tout temps de se questionner sur le rôle de la Dame en Bleue. Mais pour l'heure, elle marchait, droit, filant vers un but impérieux et ne se souciant que peu du décor. Le temps s'était ralenti. Le son s'était éteint.
Son esprit était blanc. Étrangement calme. Dépourvu de pensée.
Son coeur était suspendu.
Elle leva le bras.
Elle visa.

une inspiration.

BANG!

Une expiration.

La balle fila droit vers l'adversaire de la seule protectrice de Felipe. Elle fit mouche. Ranita le sentit plus qu'elle ne le su. Jamais Felipe ne lui vit visage plus dur et expression plus fermée.

-"Qui sait mourir, sait tuer."

Cette adage n'était pas d'elle. Mais il était inscrit dans sa chair du plus profond de ses veines à la pointe de ses cheveux.

Son coeur se décrocha enfin et ses sens reprirent leur empire sur son corps. Elle abaissa son arme en tremblant, l'ai perdu.
L'instant de surprise était passé chez l'ennemi et désormais, elle faisait une cible toute trouvée pour apaiser leur rage.



Ranita Sapo
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Rey de Marisma
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Rey de Marisma
Sam 29 Mar - 22:52







Acte II : Une dernière danse


Scène 1



La salle entière était emplie de coups de feu. Ils ricochaient et éclataient comme un grand feu d'artifice. Et les spectateurs dansaient en contrebas, foire aux masques. Comment pouvait-on s'y retrouver ? Oh, c'était simple. très simple. Sous les allures de serviteurs ou de nobles, des espions fidèles à Felipe avaient pris la relève, éloignant les civils et ayant pour seule consigne de tirer sur tous ceux qui avaient le révolver braqué sur le roi. Simple, clair, efficace.

D'un coup sec la lame royal échauffa une dague. Mouvement d'épaules, dégagement, enchainement évident en coup droit, l'ennemi esquiva, manqué, le monarque fit un pas sur le côté et changea sa trajectoire en une attaque circulaire et verticale, sectionnant ses poignets, puis clouant la main qui vint le tenir. Un éclair vif sur le côté, son épée passa au-dessus de sa tête et d'un brusque mouvement du buste, abattit la lame contre celle d'un autre assaillant, un coup de pied dans le ventre éloigna le gêneur, le déséquilibra, le roi passa à côté et passa sa lame derrière ses genoux.
Felipe devait s'occuper du corps-à-corps.

La seule personne autorisée à porter une arme à feu et à le protéger dans son périmètre était la Dame Pervenche...
...
et depuis peu, la femme fantomatique, laquelle avait pour elle seule l'attitude protectrice flagrante qu'elle adoptait et l'interdiction du roi aux siens de tirer vers lui, sans quoi vous seriez identifié comme un ennemi.

La Dame Pervenche échappa une série de jurons en plusieurs langues en voyant la rousse lui fausser compagnie, se mettant ainsi en danger alors même que l'espionne venait tout juste de se faire à l'idée de la protéger et de devoir ainsi déserter le poste qui lui avait été assigné.
Pire ! La jeune femme se dirigeait droit vers le roi d'Espagne. Lequel, en en bon appât, et donc bon aimant à problèmes, avait les yeux de tout le monde régulièrement rivés sur lui... ses espions en plus des terroristes.

Si la rouquine entrait dans la zone... elle ne donnait pas cher de sa peau.
Elle laissa tomber ses révolvers vides, fit tourner sur ses hanches le chariot, attrapa deux révolvers qu'il contenait, sans plus attendre pour démontrer ses talents de tireuse, elle fit sauter le crâne à deux écervelés qui l'avaient cru désavantagée. D'un coup de pied, elle repoussa le chariot derrière elle en prenant deux revolvers supplémentaires et continua à tirer, genou par terre, mettant un point d'honneur à remplir cette mission de substitution : protéger la rouquine.

Maintenant, il n'y avait plus qu'à espérer que les autres allaient se souvenir que la rouquine était quelqu'un d'important.


Scène 2


Il y avait, dans le tumulte de la salle de bal, un homme affolé, un homme parmi tant d'autres, direz-vous, mais qui, au lieu de chercher à partir, cherchait désespérément quelque chose. Était-il un de ces terroristes qui cherchaient désespérément la réserve d'armes qui s'en était allée d'un train d'enfer sans demander son reste ? Désarmant au passage nombre des criminels, bien en peine de suivre leur plan dans ces conditions.
Non, il n'était pas de ceux-là.
Dans la précipitation générale, il avait perdu son masque et toute personne informée aurait reconnu el Señor Cortès, duc d'Espagne ayant une fortune toute relative mais passionné par la presse et dont les affaires touchaient justement l'information du grand public. Mais tout passionné qu'il était, il se permettait de faire une entorse à sa curiosité dévorante sur ce qui pouvait bien se passer ce soir pour retrouver ce qu'il avait perdu, une chose d'importance ; sa fille. Car, une fois n'était pas coutume, ce membre de la noblesse était un père aimant et ne s'était jamais formalisé de n'avoir eu qu'une fille et n'avait jamais cherché à avoir d'autres enfants, préférant économiser pour trouver un bon mari à son enfant.

Qui pouvait bien ne plus exister dans les prochaines minutes, si cela n'était pas déjà le cas.

"Señor Cortès ! Señor Cortès ! Que faites-vous donc encore ici ?!!
- Ma fille ! Ma fille !"


Le duc s'accrocha au col de gentilhomme masqué, apparemment, il se souciait peu de savoir dans quel camp ce dernier se trouvait.

"Votre fille va bien..."

Une rafale de tirs dans leur direction obligea le jeune homme à pousser le duc derrière lui, vers les colonnes, sans grandes formalités à part celle, primordiale, de brandir le bras, faisant retentir une détonation en réponse à celles qui éclataient sous le plafond du palais royal.
Le Séñor Cortès était peut-être trop perturbé pour accorder du crédit à ce qui devait être une hallucination, mais il crut un instant que le jeune homme ne brandissait aucune arme à feu. Et il n'eut pas le temps de reprendre les esprit, l'inconnu l'attrapa au bras et le ramena près d'une silhouette tremblante parée d'orange.

"Candelaria !!"

Les effusions de père et de fille au milieu de ce carnage avait de quoi laisser perplexe... mais au fond, c'était attendrissant. Leur protecteur attitré se plaça devant eux et abattit un à un, ceux qui s'approchaient... ou bien faisait sauter des balles suffisamment près du visage de ses adversaires pour leur laisser pour seule possibilité que celle de rester bien cachés...

"Tout va bien, Señorita ?"

Laquelle répondit par l'affirmative. Cet inconnu avait remplacé l'autre qui l'avait laissée là... Tout ceci n'était qu'une vaste foire, un ballet des masques et de mort.
Elle jeta un coup d'oeil vers le cavalier blanc.

Scène 3


Son séjour à bord du Compass avait rapidement amélioré la condition physique de Felipe qui n'était déjà pas trop à plaindre, ce fut une grande satisfaction de ne pas se sentir fatigué et d'avoir de si surprenants réflexes. L'instinct animal en lui s'était pleinement réveillé mais, grand roi, il se tenait droit et enchainait les estocades, brisant enfin un premier cercle d'assaillants.
Et, même alors qu'on l'avait blessé son bras gauche, il laissa rapidement glissé son épée dans sa main droite et reprit le combat de plus belle sans laisser apparaître une gêne dans le maniement de son épée.
Il n'avait pas de révolver, il avait un très mauvais feeling avec la poudre canon. Déjà, il n'était pas un excellent tireur et palliait ce défaut avec ses lunettes, d'habitude, lesquelles ne pouvaient être rabattues par-dessus son masque... enfin, il aurait pu essayer d'arranger cela, mais la dernière fois qu'il avait utilisé un révolver, il avait explosé entre ses doigts.
Alors non, il n'avait pas de révolver.

Jusqu'à ce qu'il voit un canon dirigé vers lui.
Bien sûr que ses hommes devaient s'occuper de ce genre de nuisance.
Il avait éclairci les rangs au combat rapproché, raison pour laquelle le terroriste le visait.
Roi, peut-être, mais à cet instant, il était un homme tout ce qu'il y a de plus ordinaire et, attentif, figé, tout son corps se préparait à se détendre pour éviter la balle. Bien entendu, cette attitude était dangereuse, il se mettait à la merci de la première dague venue... lesquelles l'entouraient à cet instant.
Amis, ennemis...
L'homme en face de lui eut une lueur de victoire dans les yeux.
Le coeur du roi battait la chamade.
Fasciné.
Un son clair dans son dos lui fit faire un bond. Balle ou pas, rien ne le toucha, et l'homme fut abattu derrière sa colonne.
Un son clair trop près de lui. Il se retourna et ce fut pour voir deux silhouette blanche, celle d'un inconnu d'une stature imposante et celle de Yama s'interposant entre eux.
Il l'avait déjà vue faire. Il l'avait déjà vue se faire littéralement empaler par un ennemi, volontairement, pour pouvoir le tuer, et se protéger, elle. Pas lui. Des bruits de pas dans le rappelèrent à l'ordre et il dut une nouvelle fois se concentrer sur les lames volantes. Il repoussait l'ennemi, animé d'une vive inquiétude qui le rendait plus nerveux, plus féroce. Pas pour lui, pour elle.
Trop d'imprévus.
Et bien sûr, cela ne pouvait pas aller en s'arrangeant.

BANG


Le coup était si proche qu'il crut qu'il en était la cible, et son coeur manqua un battement.
Felipe reconnut la tignasse rousse de Ranita, il manqua un second battement.
Yama était proche... très proche du canon fumant de la rousse, son coeur était en apnée.
Ce fut le cavalier blanc qui tomba, et il eut un concert de détonations alors que le poids sur sa poitrine se libérait enfin.
Tous ceux autour de lui tombèrent irrévocablement. D'un même mouvement des hommes du roi avaient fait fi de ses directives et tiré à vue sur toutes les personnes masquées n'étant ni la dame en blanc, ni la rouquine. Pour la simple raison que le roi venait de les plaquer toutes deux au sol.

Au même moment, les fenêtres volèrent en éclats.


Rey de Marisma
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Selim Elardar
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Selim Elardar
Dim 30 Mar - 20:33
Le coup avait été porté, mais, à la grande surprise de l'Ankou, le métal de la dague n'entra pas en contact avec une chair royale mais avec un sabre qui appartenait à une femme à l'allure fantomatique qui avait un sabre dans une main et un pistolet dans l'autre. Elle grogna un avertissement, mais Selim, ne quittant pas son objectif de vue et ne tenant pas compte de l'avertissement, tout en appuyant sa dague contre le sabre, lança avec la main gauche et avec expertise une dague vers le roi. Dague qui fut interceptée par le bras de la femme. En effet, elle avait tendu son bras afin que la dague se fige dans ce dernier plutôt que dans le roi. Ce geste presque suicidaire força la dame en blanc à lâcher son arme à feu. Pendant que Selim faisait glisser une dague supplémentaire dans sa main, la femme fit un mouvement sec avec son sabre, obligeant l'assassin à reculer afin de ne pas subir de dommage. Grâce à ce geste, avec ses dents, elle retira la dague qui était toujours fichée dans son bras. Puis elle s'en saisit de son bras blessé et fonça vers l'assassin de blanc vêtu.

Et merde... Déjà que le fait de tuer une personne le dérangeait, Selim allait devoir en tuer deux. Sotte était celle qui s'était interposée entre le roi et l'assassin. Certes, elle ne manquait pas de cran et se débrouillait bien au sabre. Elle était sans aucun doute une épéiste talentueuse. Mais voilà, il y avait un problème. Elle avait en face d'elle un homme qui en avait tué bien d'autre. Un homme qui, au fil des assassinats, avait acquis une grande expérience au combat. Un homme à qui un corps musclé n'empêchait pas des mouvements vifs et rapides. C'est pour ça qu'il n'avait aucun doute quant à l'issue du combat. Rapidement, Selim esquiva le coup de tout en balançant son bras armé dans sa direction. Elle para le coup puis tenta encore d'attaquer. C'était une danse de lames mortelles qui commença alors. Au milieu des coups de feu, les deux adversaires menaient une lute sans pitié. Selim ne le savait pas, mais les deux combattant luttaient pour leurs rêves. l'assassin combattait pour ne plus avoir à tuer, pour parer sa malédiction, pour arrêter d'être un malheur pour les autres. La femme quant à elle, combattait pour son amour, pour sauver un homme auquel elle tenait. Par conséquent, lorsque deux rêves et deux fortes volontés fortes se confrontaient, le combat pouvait se montrer sans merci. Enchaînant les parades, les esquives et les coups à une vitesse affolante, l'assassin prenait peu à peu le dessus sur son adversaire. Cette dernière commençait apparemment à fatiguer et sa robe prenait une teinte écarlate aux endroits que Selim avait réussi à atteindre. Ce n'étaient pas des plaies mortelles, mais elles faisaient mal et s'ouvraient peu à peu durant le combat. l'Ankou, quant à lui, avait, malgré l'adresse de son adversaire, réussi à éviter les coups. Il avait rarement affronté des adversaires aussi coriace, et certaines de ses esquives n'avaient put réussir que de justesse, néanmoins, il réussi à créer une ouverture en frappant fort depuis le haut avec sa main droite, ce qui obligea son adversaire à parer, laissant ainsi une ouverture. Alors, avec sa main gauche, l'assassin s'apprêta à ouvrir le ventre de son adversaire lorsque un bruit d'arme à feu se fit entendre malgré le bruit que provoquaient les autres pistolets grâce à sa proximité et que Selim sentit une balle lui traverser la jambe. Il s'effondra, à terre, sans avoir pu tuer son adversaire. Le tir qui avait fait choir l'assassin avait été suivi d'une série d'autre tir provenant des deux camps. Désormais, il n'avait plus d'autre choix : il allait devoir utiliser son pouvoir. Bien que son adversaire ait été plaqué à terre par le roi qui avait aussi saisit une femme rousse, elle se relevait déjà et fonçait vers l'Ankou. Il se concentra donc sur le gravier qui était à l'extérieur du palais, et les fenêtres explosèrent afin de laisser entrer une tempête de gravier qui tourbillonna dans la salle. Tout en se relevant, Selim dirigea une partie du gravier vers son adversaire afin qu'il le frappe en plein visage tandis que le reste du gravier s'approchait rapidement du roi, prêt à le lapider. L'assassin n'avait plus aucune chance de perdre. Mais alors que le gravier allait frapper son adversaire, ce dernier réussi à esquiver de justesse mais son masque fut relevé et Selim aperçu un visage bien connu. Ahuri, ce dernier demanda :

- Yama ?

Et tout le gravier retomba à terre, sans avoir toucher le roi. Selim leva les mains en l'air, s'assit tout en déclarant :

- Je me rends !

Alors un des terroristes s'approcha de l'Ankou et lui demanda tout en se penchant vers lui :

- Elardar, qu'est-ce que tu fous ?

Alors, sans se retourner et sans se relever, l'assassin lui envoya un coup assez puissant pour l'envoyer dans les pommes en relevant son bras tout en déclarant :

- Qu'est-ce que tu comprends pas ? J'ai dit que je me rendais.

Après tout, il n'était pas question qu'il s'en prenne à son amie. Au milieu du combat, il sortit de son sac un baume, des bandeaux et une pommes. Il mit ce baume et les bandages sur sa plaie, et mangea la pomme. ll savait qu'il pouvait, en faisant ça, se faire tuer à n'importe quel moment. Mais après tout, c'est tout ce qu'il méritait, n'est-ce pas ?
Selim Elardar
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Yama Albadune
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Yama Albadune
Lun 31 Mar - 0:59
"I know the pieces fit 'cause I watched them fall away
Mildewed and smoldering, fundamental differing
Pure intention juxtaposed will set two lovers souls in motion
Disintegrating as it goes testing our communication."

Tool - Schism


Yama savait être une bonne combattante. Durant toutes ces années passées à se battre pour sa vie et celle des siens, elle avait acquis une force que même les drogues et l'insomnie ne parvenaient totalement à éradiquer. Pourtant, alors qu'elle se retrouvait engagée dans une danse mortelle avec un ennemi dont le costume restait immaculé alors que sa propre robe se teintait de carmin, elle comprit que cette fois, elle risquait de ne pas en réchapper.

Un élan de douleur lui transperça la cuisse alors que son adversaire lui portait un nouveau coup. Silencieux et efficace, il tentait sans relâche de percer sa garde, ne lui laissant que trop peu d'occasions pour attaquer. Mue par la rage et la détermination, Yama tenta de l'atteindre une nouvelle fois. En vain. C'est à ce moment-là que la certitude la frappa : elle allait mourir et c'était cet ange de mort qui allait l'achever.

Un coup de feu parmi tant d'autres atteignit l'ange massif et blanc. Jetant machinalement un regard vers la source du coup, Yama manqua en perdre ses précieuses lames.

- Mais qu'est-ce que...

Elle n'eut pas l'occasion de continuer. Brutalement plaquée au sol, la pirate voulut frapper d'un coup de dague celui qui l'avait entraînée ainsi avant de se figer. Ses yeux se plantèrent dans ceux du Roi, toujours masqué.

Elle voulut lui demander si tout allait bien.

Elle voulut le remercier.

Elle voulut s'excuser.

Elle voulut être au-dessus, aussi.

Elle ne fit rien de tout cela. Un fracas de verre brisé la tira de ses réflexions triviales. Se dégageant brutalement, elle roula de côté, se releva et commença à courir, concentrée sur un ultime objectif : se débarrasser de la peste blanche avant que celle-ci ne revienne à la charge. Cette dernière avait posé un genou au sol mais tendait les bras comme Yama le faisait lorsqu'elle appelait le blizzard. La pirate s'arrêta brutalement : les fenêtres se mirent à vomir des nuages entiers de cailloux semblant obéir aux ordres de l'ange de mort. Paralysée devant l'atroce immensité du spectacle, la pirate vit l'énorme nuage de pierres se séparer en deux, une première partie filant derrière elle et l'autre fonçant droit sur elle. Autour d'elle on cessa de s'agiter : tous ceux qui n'avaient pas été prévenus des capacités de l'assassin furent saisis de stupeur.

Les pupilles de la criminelle s'agrandirent ; elle ne pouvait rien contre un tel pouvoir. Pour la première fois depuis de longues années, la peur la paralysa. Yeux écarquillés, elle vit l'agglomérat filer vers elle...

Bouge-toi, bouge-toi, DEGAGE !!

Un pas en arrière, mu par une volonté surhumaine. Les pierres la frôlèrent seulement, faisant glisser le masque sur le haut de son visage. Se redressant, Yama vit son adversaire, à nouveau debout, se figer. Autour d'eux, les combats avaient repris.

- Yama ?

Elle reconnaissait cette voix, même étouffée à travers un masque.

- Elardar...

D'un seul coup, toutes les pierres tombèrent au sol, s'abattant comme une pluie de gravier. Levant les mains devant lui, l'assassin s'assit sur le sol, déclarant d'un ton qu'elle lui connaissait bien ;

- Je me rends !

Stupéfaite, Yama rabattit vivement le masque sur son visage. Très bien, Selim avait été avec les terroristes mais cela ne semblait plus être le cas. La Capitaine ravala sa salive ; ses plaies la lançaient, lui rappelant où elle était et surtout la raison de sa présence.

Protéger Felipe. Ensuite s'occuper de Ranita et Selim mais d'abord...

Elle se retourna, filant vers le Roi. Les hommes qui l'entouraient étaient tombés comme des mouches, laissant le champ libre aux terroristes restants. Tentant tant bien que mal de garder son équilibre malgré les pierres qui parsemaient désormais le sol de la salle et sa robe qui, même cousue sur mesure restait une tenue d'apparat, la pirate se plaça devant lui, prête, toujours prête à en découdre.

Un homme fonça vers elle, la croyant faible car blessée. Sans guère plus d'égard, la Capitaine lui porta un coup qui le fit tomber. Ils furent encore deux à se diriger vers elle, deux qu'elle réussit tant bien que mal à éloigner. Le souffle court, Yama ne s'autorisa pas à jeter un regard en arrière. Il fallait juste qu'elle reste en vie encore quelques instants, le temps de s'assurer que Felipe était toujours sain et sau-

Un éclat, une détonation. Plus fort que tous les autres, un éclair de souffrance se répandit à travers son corps, la forçant à se concentrer sur la plaie la plus importante d'entre toutes. Vacillant soudainement, la pirate laissa tomber ses armes qui rencontrèrent le sol dans un bruit metallique. Son visage se vida de toutes couleurs alors que sa main gauche, toujours gantée, venait se placer sur la fleur écarlate qui s'épanouissait désormais sur son ventre. Une ombre de frayeur voilà ses prunelles noires.

La balle avait transpercé son abdomen et faisait couler des flots de sang.
Yama Albadune
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Ranita Sapo
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Ranita Sapo
Jeu 3 Avr - 12:28


"Il y'a longtemps, la lumière s'est éteinte.
L'obscurité était opaque et froide comme la boue du marais.
Ce ne fut que lorsque le soleil cessa d'éblouir mes yeux que je compris que je n'avais pas su profiter de ses rayons. Je n'avais simplement fait que l'observer à la dérobée à travers les fenêtres de mes rétines.
Je n'avais pa compris sa chaleur.

J'étais morte sans avoir vécu."


***

Ranita ouvrit les yeux. Elle sentit l'odeur de la poudre et du sang chatouiller ses narines. Elle éprouva aussi la chaleur de Felipe qui la couvrait de tout son poids. Elle se sentait étrangement bien. elle tourna la tête vers la troisième personne qui profitait de cette étreinte. Elle trouva Yama encore plus belle chiffonnée dans sa robe maculée de rouge que la première fois où elle l'avait vu au bord de cette route gelée.
Elle la regarda se redresser, s'échapper, agir, alors que son corps à elle lui paraissait si lourd et si dense. Ranita avait l'impression d'être ensuquée de sommeil.

- Felipe...
articula-t-elle mollement. Felipe, je n'aime pas ce jeu.

Ses lèvres tremblèrent alors que l'enfer s'agitait tout autours d'eux. Elle sanglota sans en prendre conscience.

- Je ne veux pas... Pas cette fois
, murmura-t-elle simplement.

Ranita serra les poings et le grand Roi d'Espagne vit briller une lueur de détermination farouche dans les grands yeux d'or de sa douce amie. Elle se redressa à son tour et s'essuya le visage d'un revers de manche, étrangement sereine au milieu des balles qui sifflaient et des éclats de verre.

- Viens ! Intima-t-elle à son meilleur ami en l'aidant à se relever lui aussi.

Elle regarda autour d'elle, prenant pleinement mesure de la situation. Elle enjamba quelques corps avant d'atteindre Yama Albadune qui gisait dans son sang et dans ses cheveux. Elle regarda le Toréador qui pensait ses plaies, assis à coté. Pour lui le combat avait pris fin honorablement. Il avait su reconnaitre le talent de son adversaire et avait salué son courage.
Mais les moucherons autours n'avaient pas tant d'honneur.
Ranita fit une courbette respectueuse et silencieuse vers Selim. On respecte toujours les "Maitres de l'Art".
Elle avait l'habitude de voir des taureaux crever dans d'atroces souffrances. Elle avait l'habitude de côtoyer les macchabées et l'indifférence qui les accompagnait. Elle était consciente que ni Felipe, ni elle n'auraient le temps de tirer Yama hors de l'arène au vu du nombre d’assaillants sans cesse renouvelés.

Elle fit donc ce qu'elle savait faire de mieux.
Elle "chuchota".

La tête de Yama posée sur ses genoux, Ranita caressa la joue froide de la seule cheveux-qui-marchent qui fut gentille avec elle. Sa voix s'éleva au milieu du marasme comme une brise agréable et délicate qui enveloppa les tympans de la brune.
Ranita conta, d'une voix douce et apaisante, l'histoire d'une princesse à la chevelure d'algues sombres et au plumage blanc qui domptait autant les cieux que les eaux. Sa fidèle maison-baleine fendait l'écume des nuages en quête de souveraine liberté. L'Autorité la poursuivait à travers le monde. Elle n'était pas vraiment vilaine mais son cœur ne souffrait pas d'être contraint par les règles, aussi l'avait-elle jeté par dessus bord. Le coeur avait roulé, roulé , roulé avant de tomber au fond d'un marais. Le roi-Grenouille qui y vivait trouva le coeur fort joli et ne craignant qu'il se fende et qu'il s'abîme le goba pour qu'il reste au chaud à l'intérieur de lui...


Ranita Sapo
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Rey de Marisma
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Rey de Marisma
Jeu 3 Avr - 23:31







Acte III : Bas les masques !


Scène 1


C'était un grand vide ou un grand silence qui essayait de s'installer en Felipe pour cacher le tonnerre tout autour d'eux. Le coeur de ce silence, calme et apaisant, reposait sur les deux âmes qu'il protégeait de sa pauvre personne.
Inquiet, le roi déglutit, attendant que cela cesse, croisa le regard d'encre de Yama, déglutit encore, et l'instant explosa.
Elle s'éloigna brutalement, il tenta de la retenir, mais son poing ne garda que son gant et des torrents de graviers pénétrèrent dans la salle, sous lui, Ranita semblait absente, comme endormie. Un choc ? Elle n'avait pas l'habitude de ce genre de carnage et du combat. Elle n'avait rien à faire ici. Faute de mieux, faute de voir d'où venait ce phénomène mais soupçonnant sans mal la magie, il ramena son bras devant eux en une ultime — et quelque peu pitoyable — barrière.

- Je me rends !

Les graviers retombèrent dans un fracassant concert.
Surpris, le roi releva légèrement la tête, il vit l'effroyable carnage et les deux silhouettes blanches un peu plus loin. C'était son rôle, son rôle de roi, de voir et d'assister aux carnages qui découlaient de sa personne, c'était son devoir et il serait ainsi capable d'assumer ses responsabilités. Pleinement.
Une voix l'attacha à ce lieu, à ce spectacle, une voix bien familière.

— Felipe... Felipe, je n'aime pas ce jeu.

Sa vive inquiète à son encontre s'envola. Il posa une main dans la tignasse rousse, et il chuchota, en regardant les corps à terre :

— C'est pour cela que je ne voulais pas que tu viennes.

Personne ne voudrait trainer un ami au combat.

— Je ne veux pas... Pas cette fois.

Ranita avait toujours eu ce don de le captiver avec des phrases simples. Mais il savait qu'il n'y avait pas que cela, il avait un pressentiment affreux, et comme un enfant que l'on avait du mal à sortir de son lit, Ranita agissait sur lui comme une chaleur réconfortante.

— Viens !

Il se redressa complètement, de toute sa hauteur de monarque, son épée en main — et le gant blanc tacheté de rouge de Yama dans l'autre — cible parfaite au milieu des corps, au milieu d'une salle de bal, au milieu de son palais.
Assumer ses responsabilités. Pleinement.
Il avait eu raison d'avoir un mauvais pressentiment.

Il y eut une balle, une parmi tant d'autres.
Qui visait-elle exactement... lui ? Yama ? Ranita ? Le traître ?
Elle avait atteint Yama, de plein fouet.


Scène 2


Les froufrous, ça brouille le mouvement.
Les robes, ça encombre.
Elle aimait le travail clair et propre.
Oh, bien sûr, un bras humain aurait eu du mal à venir à bout d'une robe de cette qualité, mais cela tombait bien, il n'en était pas question... de bras humains.
Ni de jambes humaines d'ailleurs.

La dame Pervenche mit un genou à terre, laissa tomber ses armes, inutiles sans la moindre munition. Elle passa son pousse sous son pantalon souple noir le long d'un mollet mécanique qui rendit un son légèrement rythmé sur un temps ternaire.
Comme pour une valse un peu endiablée.
Son visage était tendu par la concentration, mais un ton carnassier vint teindre ses lèvres d'un très léger sourire. Ce qu'elle voyait au centre de la pièce ne lui plaisait pas. Elle ne savait pas qui était la dame en blanc jusqu'à maintenant, mais elle avait pu la reconnaître pendant le temps très bref où son masque avait été chassé par les graviers.
Très bref, mais suffisant pour une ancienne chasseuse de primes.
Elle n'était plus au stade de se poser des questions, depuis le début de l'opération rien ne fonctionnait comme prévu, et les questions ralentissaient.
Les questions, c'est comme les froufrous, ça embrouille.
Seule l'action compte, dans ces moments-là.

Le gars qui avait décoché la balle fatidique se reçut une jumelle en plein coeur.
Thorax, plus gros volume, moins movible, plus sûr que la tête.
Elle avait la ferme intention d'en finir.
Elle leva son autre bras, autre balle, sauta, patte en avant, sur un ennemi dans un fracas de métal contre la chair. Elle pivota avec une certainement élégance et faucha un second qui finit avec du plomb en bouche. Ce n'est pas qu'elle avait oublié les ordres de son roi, mais il y avait des moments où il fallait suivre un peu le plan. Juste un peu.

Bas les masques.
Les Androïdes sont dans la place.
Pas besoin de retirer son loup noir pour afficher sa condition.
Un loup, c'est cool.
Ses yeux noisettes lançaient des éclairs plus flamboyants que ses articulations rutilantes aux bras, et aux jambes.
Celles-ci, boostées au maximum de leurs capacités lui faisaient faire des impacts impressionnants dans un art martial pour le moins percutant. Mais elle n'était pas la plus à même de se prétendre championne en la matière...

Scène 3


Un peu plus loin, parfait dans son costume de majordome, noir, col immaculé, coupe de cheveux fraiche et blanche, le visage marqué par les âges, mais un regard incroyablement jeune, incroyablement noir, sous les mèches blanches qu'il remettait minutieusement en place entre chaque combat.
Il avait l'air vieux, mais le vieux Majordome du roi, Alejandro, aussi connu sous le nom del Maestro était un maître de la lutte brésilienne... et de quelques autres combines qu'il inculquait — avec force poigne — à un élève couronné qui n'arrivait que rarement à le battre.
Pour ainsi dire jamais.
Alejandro, du haut de ses soixante dix ans manifestes, avait une forme olympienne capable de rivaliser avec celle d'un jeune de vingt ans.

Un regard sévère au milieu d'un visage serein accueillit le malandrin suivant qu'il aperçut en train de viser le jeune maître. L'autre le salua d'un cri perçant, puis s'interrompit, étouffé par la douleur et le poignet cassé par un tour de main de celle du grand homme en noir. D'un mouvement de paume, il frappa sa cage thoracique pour plus qu'il ne se relève.
Une épée, cela va bien aux nobles, cela renvoyait une image de prestige traditionnelle.
Mais un Majordome se doit toujours d'avoir les manchettes bien propres.

Ce dernier jeta un coup d'oeil sur la scène central, et disparut par une porte dérobée.


Scène 4


Deux formes en jupons rejoignirent les deux silhouettes étendues près du roi.
Robes verte et saumon.

L'une d'elle mit un pied ferme sur celui qu'avait étalé le traître en blanc, et l'autre obligea ce dernier à mordre les graviers qu'il avait invoqué. Celui-ci se laissa faire, sans doute dans la continuité de montrer sa bonne volonté, ou bien parce qu'il avait vu qu'elle avait une oeil bionique, ou bien encore parce que la force de la jeune femmes était aidé de quelques rouages. Cette dernière, dans sa robe saumon, fit résonner la douce voix qui avait été celle de la camarade de piaillement de la douce et innocente Candelaria.

— Tu te rends ? Très bien ! Tu bouges un seul cheveux et tu connais le sort de tes copains, compris ?

D'abord le genou dans son dos, elle bricola sa chaussure, puis fit comme sa collègue et posa son pieds entre ses omoplates, elle fit sentir son talon qui s'enfoncerait comme dans du beurre au moindre de ses mouvements suspects et releva la tête et les bras pour menacer les terroristes restants.


Scène 5


Il l'avait rattrapée. Elle lui avait paru légère, la dernière foire, affaiblie, aujourd'hui elle était lourde, lourde de reproches.
Mais toujours affaiblie.
Blessée, terriblement blessée. Il avait du sang plein ses gants, noirs, son costume, déjà rouge.
Paré de rouge.
Bien qu'il mourait d'envie de l'appeler par son nom, effrayé par la tâche rouge qui s'étendait sous ses doigts malgré les efforts pour la retenir, bien que cet instinct ténu de l'appeler lui déchirait les poumons, sa gorge restait tout simplement obstruée.
Il était par terre.
Depuis quand était-il par terre ?
Il n'y arrivait pas, non, décidément il n'arrivait pas à l'appeler.

Elle luttait pourtant, elle luttait pour rester consciente, mais il n'y arrivait pas.
Sa bouche était toujours froide, si froide, mais aujourd'hui peut-être l'était-elle un peu plus. Il ne pouvait articuler le moindre mot, ne pouvait même pas dire ce nom qu'il avait pensé des mois durant, lui avait murmuré tout à l'heure, presque même sur un ton de reproche.
Qu'il s'en voulait. Quel gâchis.
Égoïstement il cherchait à retenir son souffle, égoïstement il voulait chercher son âme et la garder. Naïvement, il espérait que cela lui permette de rester éveillée.

Lorsque leurs lèvres se séparèrent, il suffoquait presque, un goût de fer en bouche. Yama était mourante. Doucement il se résigna à la laisser entre les mains de Ranita.
Il était incapable de faire plus.
Incapable et impuissant.

Ses yeux balayèrent l'espace, une dernière fusillade avait fini d'aligner les derniers rebelles, que ce soit en position couchée ou en reddition.
Depuis une porte, il vit le médecin royal et quelques assistants venir rejoindre Yama.
Il se détourna de la scène.

— Emmenez ces deux-là.

Il pointa de sa lame les deux terroristes. Il fit sauter le masque du traître d'un coup sec de son épée afin de découvrir son visage balafré et basané. Il ne craignait rien, le criminel était fiché au sol par ses subordonnées.
Il vit un léger mouvement sur sa droite, aperçut le Señor Cortèz et sa fille, gardés par l'un de ses hommes.
Il étrécit légèrement ses yeux d'or derrière son masque.

— Traitement de faveur pour celui-là.

Ce qui voulait dire ; cellule convenable et pas de tortures.

— Gardez l'autre au frais.

Il avait dit tout cela d'un ton bien trop grave, marqué par une émotion vive, mais trop calme extérieurement, faisant trembler un éclat presque cruel dans ses yeux, mais pas ses mains.
Calme, trop calme extérieurement.

Il explosa, comme une froide colère explose.
Théâtralement.
Il retira son masque.

"Señores... Señoras.
Votre mécontentement a été entendu.
Mais la prochaine fois, pour votre salut, employez les moyens diplomatiques.
"
IL n'y aurait pas de prochaine fois.
Ses yeux d'or flamboyaient beaucoup plus que de coutume, il y avait une hargne qui couvait dans ses prunelles. Mais il tenait.
Il tenait bon, se contrôlait.
Il haussa les épaules et écarta les bras.
Les quelques survivants furent emmenés.
Il n'y avait pas besoin de plus.
Tout était dit.
Tout.
Et on n'y reviendrait pas.

Le roi et l'aura qu'il dégageait, étaient terribles.

Certains devaient être soignés, d'autres connaîtraient un sort plus regrettable.
Sauf si le roi se montrait clément.
S'ils avaient un jour la prétention de croire qu'ils avaient droit à sa clémence.



Rey de Marisma
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Selim Elardar
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Selim Elardar
Dim 6 Avr - 14:10
Qu'est-ce que les gens ne comprenaient pas dans cette phrase pourtant d'une complexité quasiment inexistante : "Je me rends ". L'Ankou avait déclaré ceci, et, pour toute gratitude, on le piétinait. Il avait mordu le gravier alors qu'il aurait pu, s'il n'avait pas arrêté ce dernier, faire mordre la poussière à un roi d'un des pays les plus puissants et à une pirate des plus redoutées. Mais voilà, il était trop émotif et il ne voulait surtout pas tuer son amie. Bon, il ne s'attendait quand même pas à ce que l'on le félicite pour s'être rendu et à que l'on sorte des banderoles en son honneur, mais quand-même, un peu de reconnaissance ne serait pas trop demander ! Bon, il y avait bien cette étrange femme au cheveux roux qui s'était inclinée vers lui, apparemment pour montrer son respect, mais c'était bien la seule. En plus, on ne lui avait même pas laissé finir sa pomme. Plié comme lorsqu'il priait (à l'exception qu'il n'était pas tourné vers la Mecque), il ne pouvait que remarquer ce fruit rouge rouler parmi le gravier qui avait failli venir à bout d'un roi. Malgré le mauvais traitement qu'il subissait, vous pensez sûrement qu'il aurait quand même mieux à faire que de regarder une stupide pomme. Mais, s'il regardait cette pomme, c'était pour échapper à une autre vision, une vision bien plus cruelle. Celle de Yama étendue sur sur un lit de pierres teintées de sang.

Il ne devait pas regarder cette terrible scène, source de remords. Il avait vu Yama se relever et se diriger vers le Roi avant la détonation, puis il l'avait vu tituber, puis il l'avait vu tomber. Il avait voulu l'aider mais il n'avait pas pu, à cause des deux femmes qui l'avait, à ce moment précis, immobilisé, l'intimant de ne pas bouger malgré le drame qui se passait et le fait qu'il se soit rendu. Puis il avait vu le roi arriver, tenant Yama désespérément, avant de l'embrasser. Comme si le roi croyait que son étreinte libérerait Yama de l'étreinte de la mort, comme si son baiser camouflerait le baiser de la mort. La scène était d'autant plus dure que Selim savait que c'était vain. Il avait vu tellement de gens mourir. C'est à ce moment là que, poussé par la culpabilité, il avait détourné le regard pour fixer une pomme, pour échapper à une scène trop dure. S'il n'avait pas attaqué Yama, elle aurait pu remarquer qu'un pistolet était pointé dans sa direction, s'il ne l'avait pas distraite, elle ne serait pas en train de baigner dans son sang. Selim n'en pouvait plus, c'était la deuxième fois qu'un être cher périssait par sa faute. D'abord Laura, qu'il avait aimée et qui l'avait aimé. La première personne à s'être montrée sympathique avec lui. Puis il y avait eu Yama, la deuxième personne à se comporter ainsi envers lui. Certes, le lien qui unissait Selim à Yama n'était pas un lien amoureux, mais savoir qu'une amie est morte par sa faute était douloureux. Si douloureux que Selim était sur le point de bouger afin de contraindre les personnes qui l'immobilisaient à l'abattre, à mettre fin à cette vie qui en avait enlevé tant d'autre. Mais voilà que le roi s'était à présent dirigé vers Selim, laissant le soin à des médecins et à la rousse de s'occuper de la pirate. Malgré la posture désagréable, il avait pu voir la rousse, la seule femme à avoir exprimé une sorte de reconnaissance pour sa capitulation, se diriger vers la capitaine et lui chuchoter quelque chose à l'oreille. Le monarque fit sauter le masque de l'assassin d'un coup de sabre puis, après avoir scruté son visage, déclara :

- Traitement de faveur pour celui-là.

Selim se demandait si le traitement de faveur lui était destiné, mais sa question intérieure fut interrompue par les paroles du souverain, qui avait laissé libre cour à une colère froide, en retirant son masque :
"Señores... Señoras.
Votre mécontentement a été entendu.
Mais la prochaine fois, pour votre salut, employez les moyens diplomatiques."


Du roi émanait une aura de puissance. On fit lever l'assassin, qui, avant de se laisser entraîner, regarda Yama avec grande tristesse et déclara, tandis qu'on l'emmenait :

- Je suis tellement désolé, Yama.

Voilà, tout était dit. Maintenant, encadré par les deux gardes, l'assassin quittait la salle.
Selim Elardar
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Yama Albadune
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Yama Albadune
Dim 6 Avr - 16:23

Déjà enfant, je détestais perdre le contrôle.

Gamine aux joues sales et au coeur à vif, j’errais sans cesse, incapable de me reposer tant que je n’avais pas trouvé réponse à l’Appel, cette sensation de fébrilité déchirante qui me faisait courir sans grève, sans aucune forme de repos.

Sans cesse j’ai volé, me frayant un chemin dans ce monde brutal qui n’avait jamais voulu de moi. Et toujours il y avait en moi ce Cri, cette sensation de faim qui me poussait à tout vouloir défier, cette soif de reconnaissance, de
quelque chose de plus.

Jamais je ne pouvais me reposer, jamais je ne pouvais fermer les yeux.

Je ne pouvais pas me permettre de perdre le contrôle.

Mes jambes se sont dérobées sous moi. Je suis tombée, m’écorchant sans doute les genoux mais il n’y a aucun moyen pour moi d’en être sûre. Toute la douleur du monde est concentrée dans mon ventre, mon estomac déchiré qui m’envoie, par vagues, mille signaux de souffrance. Et mon corps réagit, il réagit en conséquence. Mes bras tremblent, je sens sous mes doigts mon sang poisseux qui s'échappe.

Le sang d’une criminelle, le sang d’une pirate.

Je sens qu’on me soulève, je déverse à nouveau des flots de sang. C’est une guerre dans mon corps, une guerre qui me pousse à combattre ces paupières traîtresses qui n’ont de cesse de vouloir se fermer. En vain, au milieu d’un océan de souffrance, je sens
ses lèvres sur mes lèvres, l’atroce chaleur de son âme d’homme qui frôle la mienne.

Je vais mourir mon amour.

Une impulsion, un élan de mort. Prise d’un spasme, je tousse et lui transmets une partie de cet écarlate qui m’envahit. Il se raidit, se détache de ce que je suis devenue. Je suis froide sur le sol, seule à nouveau. Même lorsque d’autres mains s’emparent de moi, qu’une voix me berce, je me sens seule au monde, l’univers contre moi, sur moi, en moi.

Mes paupières papillonnent, une tignasse de cheveux roux apparaît brièvement dans mon champ de vision.

Brave Ranita. Au final, je suis bien contente que tu sois restée en vie.

Des éclats de voix, du mouvement autour de moi. Le froid m’engourdit, paralysant mes membres. Je n’ai plus guère de contrôle sur rien, ni le sang qui s’échappe de moi, ni les gesticulations de mon corps.

Un gargouillement, une dernière supplique.

- Je ne veux pas mourir.

J’en rirais si je le pouvais encore. Mais je ne le peux plus : le froid a tout envahi, je le sens qui emmène mon âme dans l’univers que je n’aurais jamais dû quitter.

Moi qui croyais y revoir plein de connaissances, je suis la première à partir.

On me soulève, on s’occupe de moi. Je ne veux pas perdre conscience, je ne veux pas mourir.
J’en rirais presque. Je perds le contrôle.

Voile rouge -

Je sombre.



~ RP Clos ~
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Yama Albadune
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