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 Fleur du Mal - Flashback [- 07 ]

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Yama Albadune

MessageSujet: Re: Fleur du Mal - Flashback [- 07 ]   Dim 18 Jan - 0:29





Glaciale, la température était glaciale. Glissant sur le givre qui recouvrait le pont, l’adolescente ne cessait de regarder autour d’elle, à la recherche de celui qu’elle traquait. La Vedova Noire, malmenée par les éléments, tanguait dans la tempête et faisait trébucher l’enfant qui ne s’en rendait pas réellement compte, trop obnubilée par sa proie. L’enfer blanc qui la cernait de toutes parts brouillait le moindre de ses repères, l’empêchant de voir à plus d’un mètre devant elle. Elle sentait pourtant qu’elle était au centre du pont, que le Ciel était encore loin. Où était donc Mistral ? Était-il passé par-dessus bord ?

Non. Elle pouvait le sentir, il était encore là.

Un cri provenant de quelque part sur sa gauche confirma son intuition. Despair lui parlait, il hurlait même mais le vent hurlait comme lui et Ran ne pouvait entendre ce qu’il disait. Toujours cachée dans le blizzard, elle fit quelques pas précautionneux vers la rambarde. À cet instant seulement elle put entendre clairement ce qu’il disait.

- Arrête ça, Petite Fleur, et je te libère. Épargne ma vie et je te rends la tienne. C'est un marché équitable, je te donnerais même de quoi ne pas retourner coucher avec les rats.

La voix, plus proche qu’elle ne l’avait imaginé, la fit sursauter, si bien qu’elle en lâcha son arme qui glissa un peu plus loin. Des mots qu’il venait de prononcer, elle ne retenait qu’une seule chose : épargne ma vie et je te rends la tienne, phrase qui prouvait qu’il savait ce qu’il avait fait, qu’il savait ce qu’il faisait tout ce temps. Qu’il en avait pleinement conscience.

Inspiration gelée. Abattue par une vague de chagrin si forte qu’elle manqua de faire cesser la tempête, Ran resta immobile. À travers le blizzard, elle vit une silhouette se relever, prit conscience que c’était maintenant ou jamais.

Tu n’auras pas d’autre chance.

Il fallait faire ce qui devait être fait.

C’est ainsi que, ouvrant ses grands yeux de pétrole humides, elle se mit à courir, se jetant sur la silhouette qu’elle poussa aux épaules. Durant un instant infime, son visage fut près du sien. Si près qu’on aurait pu croire qu’elle allait l’embrasser.

- On se reverra en Enfer. Murmura-t-elle d’une voix haineuse, déjà hantée.

Puis elle ne le vit plus. Il avait basculé.

La tempête, près de la balustrade, était trop forte. Mue par l’instinct de survie, Ran courut vers la cabine. Ses gestes étaient rapides, précis et surtout automatiques, dénués d’âme. Luttant contre les éléments qu’elle avait elle-même déchaînés, elle parvint à fermer la porte de la cabine. Là seulement ses genoux se dérobèrent, elle tomba, posant son front contre le bois, hébétée.

Ses yeux étaient humides, mais elle ne parvenait pas à pleurer. Pour la première fois, elle se retrouvait seule en ces lieux. Le froid la transperçait toujours, mais elle n’en tirait plus aucun réconfort, aucun pouvoir.

Au contraire, il lui faisait mal.

Inspirer, expirer profondément. Alors qu’elle tentait de retrouver ses esprits, son regard tomba sur une petite tache, au pied de la porte. Une tâche qui autrefois avait été écarlate, souvenir de leur première nuit, qu’elle n’avait jamais réussi à effacer. Machinalement, sa main vint caresser le plancher avant de le racler, laissant les ongles gratter le bois, tenter d’effacer la souillure. Et au fur et à mesure que les échardes se plantaient dans sa peau, que la tache disparaissait, Ran sentait de grosses larmes brouiller sa vue puis inonder ses joues, tomber sur le plancher. Elle pleurait pour elle-même, bien sûr, mais aussi pour lui. Pour ce qu’il lui avait fait, pour le jour de leur rencontre, pour ses rêves qu’il avait méthodiquement brisé, pour ceux qu’elle avait laissé en arrière.

- Je suis désolée. Hoqueta-t-elle faiblement, sans même savoir à qui elle s’adressait. La seule chose qu’elle savait était qu’elle aurait tout, absolument donné pour que tout se passe autrement.

Les minutes puis les heures passèrent, comme indifférentes à ce qui s’était déroulé. Prostrée, les joues creusées, Ran ne pleurait plus, se contentant de fixer la fissure dans le sol, cette fissure qu’elle avait creusée comme une plaie. Au dehors, la tempête s’était apaisée mais elle n’en avait cure. Elle se sentait vide. Vidée.

Puis il y eut un choc. Un autre. De l’agitation, sur le pont. Des cris. Alors que la rumeur s’amplifiait, l’adolescente put reconnaître le bruit d’une course, de canons que l’on enclenchait. Tremblante, elle se releva. À travers la porte, l’équipage trop habitué à obéir aveuglément recherchait son Capitaine comme un chaton perdu chercherait sa mère. Ran le devinait, aux fragments qui lui parvenaient.

Alors qu’elle se détachait de la porte, elle eut un instant de panique. Que faire ? Comment s’organiser ? S’ils étaient attaqués et qu’ils ne ripostaient pas, ils allaient crever. Et elle aussi, sans avoir le temps de savourer sa liberté...

Son regard fuyant croisa celui de la femme dans le miroir. Celle dont l’image se superposait à celui la jeune fille qu’elle était.

Faire ce qui doit être fait. Continuer d’avancer, et surtout... ne pas regarder en arrière.

Oui, c’était ce qu’elle allait faire.

Ravalant ses larmes, elle inspira, fit un pas en avant, posa sa main sur la poignée et ouvrit brutalement la porte. La lumière la cueillit, la forçant à cligner des yeux pour s’habituer. Dehors, c’était le chaos et l’enfer et tous les regards s’étaient tournés vers elle. Pourtant, ce chaos, Yama ne le percevait pas. Il n’y avait plus que le Ciel, au-dessus et autour d’elle, ce Ciel qui l’attendait, qui lui demandait de le conquérir. De se battre pour lui.

C’est donc exactement ce qu’elle fit.


Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: Fleur du Mal - Flashback [- 07 ]   Mar 27 Jan - 20:51






Devant les yeux de Mistral, une silhouette fantomatique se profilait à travers le blizzard. Un battement de cils et elle était apparue de nulle part dans la tempête ; pâle et auréolée de cheveux couleur de nuit, entourée de l'hiver qu'elle avait invoqué.

Le vent de son côté, continuait à gifler douloureusement le visage du Capitaine de ses griffes de glace. Logiquement, la peur de celui-ci aurait du décupler à la vue de celle qui souhaitait si ardemment sa mort. Il aurait du être en train de trembler comme un chien agonisant en continuant d'implorer la gamine de le laisser vivre. Parce que vraiment, il ne voulait pas crever et pourrir dans l'anonymat. Une ombre oublié dans un coin de forêt qui irait nourrir les charognards, c'était si insultant, tellement méprisable.

Il ne méritait pas ça.

Toutefois, c'est un rictus qui vint fendre la bouche du français et non un sanglot. Un sourire triste qui le fit se redresser et s'appuyer contre la balustrade de bois noir en y accrochant ses ongles pour garder l'équilibre contre les violentes bourrasques. S'il devait perdre cette nuit, il perdrait debout et comme un homme. Il ne s'inclinerait pas devant une fillette, pas même Ran. Jamais. Ça aurait été déshonorer son nom et son rang mais aussi Roma, Agata et ses autres épouses à qui il avait murmuré si longuement sa valeur et ses qualités alors qu'il les aimait de toute sa passion.

Les yeux céruléens de Despair se fixèrent là où il pensait que se trouvaient ceux de sa belle « Je ne fuis plus, Petite Fleur, la partie est terminée. Alors vas-y ! VAS-Y ! » un gloussement sinistre s'échappa d'entre ses lèvres gercées par le froid « Deviens autant un monstre que celui que tu m'accuses d'être, mon amour. »

Un instant et un ange passèrent puis l'adolescente était sur lui, devant lui, assez proche pour qu'il sente sa respiration glacée contre son visage et aspire une dernière fois la saveur de ses poumons. Elle était si frêle cette belle petite, et pourtant dans sa fureur elle le poussa si fort qu'il bascula par dessus la barrière du navire, parvenant de justesse à saisir le bord d'une planche de ses doigts pour ne pas sombrer dans les flots des nuages.

Il ne tiendrait pas longtemps, quelques secondes au plus. Suffisamment. Assez pour entendre la sentence de son bourreau.

« On se reverra en Enfer »

Oh non, Ran, je reviendrais te hanter bien avant cela.

C'est ce que Mistral aurait voulu répondre, mais il n'eut ni le souffle ni le temps de le faire. Ses ongles se déchirèrent sur le bois du bateau et il chuta dans les abîmes du ciel, promis à un trépas certain.

Sa Veuve Noire ne l'avait pas retenu contre son sein, elle ne l'avait pas sauvée et s'était choisie une autre maîtresse. C'était d'une poésie presque émouvante.



FIN


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