Under appearance [Sofia de Belmonte]

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Iola McAllister
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Iola McAllister
Sam 2 Aoû - 17:37
Le voyage de retour vers le continent se passait dans le calme. Après la victoire du Compass à la course du Vent des Globes, et la fête qui avaiy suivi, il régnait depuis l'aube une ambiance plutôt sage, la plupart des marins occupés à cuver, à récupérer, ou pour ceux préposés aux manœuvres, à diriger le navire volant.
Malgré sa participation active à la fête, Iola était sur le pont dès le chant du coq, cherchant à éliminer les effets de la bière.
Le capitaine n'avait pas menti à propos d'Oeil d'Etain, il était bien parti pour la plumer si elle ne s'était pas arrêtée la veille! Une telle chance aux jeux ne devait probablement pas tout au hasard et elle s'était promis de le "cuisiner" amicalement dès qu'elle aurait les idées claires.

Pour l'heure, elle tentait vaille que vaille d'éliminer la brume de son esprit.
De Belmonte lui avait parlé la veille. Ce souvenir lui inspira un sourire calme. Quel homme étonnant tout de même... Elle était tentée de lui faire confiance, au moins dans une certaine mesure.
Après tout, ce n'était pas tous les jours qu'elle sympathisait avec quelqu'un. Elle avait pourtant côtoyé des centaines d'équipages, et n'avait pas manqué d'aventures et d'histoires sans conséquences dans les ports. Pour autant, il n"y avait pas cinq personnes au monde qu'elle pouvait considérer comme suffisamment fiables et amicales pour leur permettre d'approcher.
Maintenant, il y en avait une de plus.

Le temps était maussade, et malgré l'altitude, un crachin agaçant imprégnait le navire et ses occupants.
L'eau n'avait jamais dérangé Iola. En revanche, le manque de visibilité la perturbait.
Elle songea à aller chercher la corne dont on l'avait récompensée à l'issue du Vent des Globes mais n'en eut pas le temps. Un cri l'alerta. Oeil d'Etain qui avait reprit poste à la vigie depuis peu se penchait dangereusement vers l'Est.

- Navire à tribord! Navire à tribord!

En quelques instants, le calme fut remplacé par une effervescence de marins qui déboulaient au plus vite sur le pont.
Difficile à cette distance de savoir s'il s'agissait d'une rencontre amicale ou non, mais mieux valait ne pas se laisser surprendre...

Iola bondit vers l'est et se pencha, agrippée aux cordages pour scruter l'horizon, les yeux plissés. Sa vue ne valait pas celle d'Etain, mais elle discerna rapidement un pavillon noir qui battait furieusement aux vents.

- Des pirates souffla t-elle.

On l'avait souvent associée aux pirates simplement parce qu'elle ne suivait pas les règles et les codes communément admis, dont celui stipulant qu'une femme ne peut s'accomplir par elle-même.
Pourtant, Iola était de ces marins francs et honnêtes qui avaient de quoi redouter un pavillon noir.

Ce n'était pas pour elle seule qu'elle se sentit frémir lorsqu'un frisson glacé lui remonta l'échine. Pourquoi fallait-il que cette rencontre se fasse avec le Compass?
Sa poigne sur le cordage se durcit alors qu'elle cherchait de son mieux la meilleure solution pour protéger De Belmonte et son équipage.
Pour une fois, elle ne comptait pas faire cavalier seul...
Iola McAllister
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Sofia de Belmonte
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Sofia de Belmonte
Dim 10 Aoû - 22:02

Oeil d'Etain hurlait rarement. Et quand c'était le cas, c'était lorsqu'il était pris par surprise. Etain n'était jamais pris par surprise. Aussi Sofia bondit sur ses pieds et quitta son grand bureau - qui servait de cabine à Iola, et dont elle reprenait possession quand la navigatrice quittait la pièce - pour gagner le pont. Le temps était brumeux depuis le matin, ce qui expliquait peut-être la mauvaise humeur de son vigie. André, le capitaine en second qui tenait la barre, scrutait l'horizon à tribord nerveusement, du coin de l'oeil. Sofia le rejoignit :

- Que se passe-t-il ?
- Des PIRATES, capitaine. T'es sourd ?!"
, beugla Etain depuis son perchoir.
- Et depuis quand on craint la racaille ?

Pour un peu, elle lui aurait tordu le cou ; Sofia non plus n'était pas d'humeur positive. Elle saisit le tuyau de communication pour être entendue dans les entrailles du Compass :

- Je veux du monde aux canons à tribord ! Branle bas de combat, je veux ceux qui sont les plus en forme sur le pont, les autres aux canons. Lucce, tu fais gaffe à la salle des machines !

Pas besoin de le lui dire deux fois ; le chef mécano faisait attention plus que de raison à la machinerie du Compass. Une première détonation fit sursauter tout le monde : étaient-ils fous ? A cette distance, ils ne pouvaient pas...

La proue vacilla sous l'impact du boulet, et un sinistre son de bois craqué donna la chair de Poule à Sofia... Et la mit dans une colère profonde. Elle grogna légèrement et dégaina son épée de la main gauche, son pistolet dans la droite. Elle aboya quelques ordres que ses hommes n'avaient pas besoin d'entendre, étant toujours préparés à ce genre d'assaut, même si d'ordinaire, c'était eux qui prenaient les pirates par surprise. Avec un sourire carnassier, Sofia murmura pour elle même :

- J'espère que tu vaut ton pesant d'or. On ne s'en prend pas au Compass sans en payer le prix fort...

Mais les pirates étaient trop bien organisés. Quelques membres du Compass lancèrent une première offensive et s'invitèrent sur le pont ennemi, sans que cela n'impressionne les pirates. Rapidement, les forces furent divisées ; les membres du Compass avaient davantage d'entrainement et de puissance, les pirates était bien plus nombreux. Beaucoup trop. Chaque cri qu'elle entendait mettait Sofia davantage en colère, et lui donnait la force de combattre. Ils devaient gagner. Ils ne pouvaient pas perdre contre des pirates ! Combattant quatre hommes à la fois, Sofia ne vit pas le capitaine adverse arriver derrière elle. Quand elle se fit embrocher, elle en resta muette de douleur. Mais cela décupla sa rage. En un mouvement, profitant que ses adversaires baissent leur garde, elle donna un large coup d'épée pour les blesser alors que l'autre retira l'épée de son corps.

Cette fois, elle cria. Quelques larmes brouillèrent sa vue. Elle lâcha son pistolet désormais vide et se retourna pour faire face à son adversaire, une mais sur son côté ensanglanté. L'homme riait :

- J'ai donc blessé le fameux capitaine De Belmonte. Voila un exploit dont je vais pouvoir me vanter pendant longtemps !
- Oui. Tu t'en vanteras en Enfer.


Et avant même que son épée ne se lève, une dague vola et se ficha dans son oeil. Sofia jeta un coup d'oeil par-dessus son épaule, et croisa le regard d'Etain avant qu'il ne soit avalé par la foule. Il y eut un autre regard qu'elle croisa, et malgré le vertige, son sang ne fit qu'un tour. Sofia se précipita vers Iola, lacéra d'un grand coup le dos de l'homme qui s'approchait d'elle par derrière. Elle se mit près d'elle et lui lança :

- L'avantage d'être une femme, c'est qu'ils vont chercher à vous avoir vivante. Soyez assurée que je ne les laisserai pas faire...

Même si sa phrase fut ponctuée d'une grimace...
Sofia de Belmonte
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Iola McAllister
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Iola McAllister
Lun 18 Aoû - 9:36
Dans le tumulte précédant l'attaque, la Kelpie avait réussi à dégotter un fleuret et un court poignard. Bien qu'étant d'un naturel un peu particulier, il y avait chez elle une réelle soif de non-violence et pour cette raison, elle répugnait à prendre les armes la plupart du temps.
Mais une offensive pirate était un cas particulier, et si Iola ne savait encore trop que penser du Capitaine de Belmonte dont la bonté restait pour elle une énigme, il était clair dans son esprit qu'elle devait veiller sur lui. Il y avait quelque chose de spécial avec cet homme. Avec une femme ordinaire, on aurait pu soupçonner que la belle rousse était un peu tombée sous le charme de ce gentleman. Iola n'étant pas ce que l'on pouvait appeler "une femme ordinaire", la nature du lien et de l'affection qu'elle commençait à concevoir pour De Belmonte étaient également un peu différentes de ce qu'on aurait attendu du commun des mortels.

Elle se sentait redevable, elle l'appréciait. Elle souhaitait le protéger.
Personne avant lui ne s'était jamais réellement préoccupé d'elle. Et cette simple nuance changeait dans l'esprit de la britannique bien des choses...

Du regard, elle le cherchait lorsque le chaos s’abattit sur le pont, mêlant aux tirs de canon les premiers abordages. Si Iola n'avait pas la maîtrise d'une fine lame, elle était vive et fluide comme l'eau, et comme elle, toute aussi insaisissable. Mais les pirates étaient nombreux. Trop nombreux...

Elle regretta de ne pas avoir l'énergie nécessaire pour utiliser son pouvoir. Pas assez de liquide à proximité et l'alcool de la veille émoussait encore légèrement sa concentration. Son don lui serait inutile pour quelques heures...
Il lui fallait donc se battre avec des armes qu'elle maîtrisait moins, en comptant le handicap de la fatigue et de l'infériorité numérique... mais Iola avait en quantité une chose, une petite chose très simple qui la maintenait debout, la poussait à charger avec des grondements rageurs: la détermination.
Elle devait veiller sur De Belmonte. Elle devait veiller sur l'équipage. Quoi qu'il lui en coûte.

Malgré la panique, elle nota que les coups qu'elle parait n'étaient pas destinés à la mettre à mort.

Ils veulent me capturer... N'y comptez pas trop!
Un avantage sur ses adversaires: eux retenaient leurs coups, pas elle.
Et avec acharnement, elle s'employa à éclaircir les rangs devant elle, au grand dam de ses adversaires qui ne devaient pas être habitués à voir une femme leur tenir farouchement tête plutôt que de s'enfuir en hurlant pour aller se terrer dans un coin! Nul doute que si par miracle elle faisait trop de ravages dans leurs rangs, femelle ou non, elle risquait de perdre son immunité temporaire à la mise à mort...

Un cri derrière elle l'alerta lorsque De Belonte poignarda l'homme qui s'apprêtait à la prendre en traître. En croisant la regard de son sauveur, la kelpie blêmit.
Si pâle...
D’instinct, elle chercha une potentielle blessure, trop habituée par sa longue existence à reconnaître les affres de la douleur lorsqu'elle les croisait. Le pourpre profond du sang s'épanouissait comme une fleur sur le flanc du capitaine.

Par les neufs enfers...

Oubliés les préoccupations pour sa propre vie, son premier réflexe fut -outre tenir les malandrins à distance- de se frayer un passage jusqu'à De Belmonte.
Aux propos de ce dernier, elle fronça les sourcils mais ne formula pas à voix haute ce qui lui traversa l'esprit.

...Et moi je ne vous laisserai pas mourir, Capitaine. Soyez assuré que je ne les laisserai pas vous approcher!

Et elle harcelait avec plus de rage les hommes qui à présent les encerclaient, mettant dans ses assauts sa frustration à se sentir si inutile à soutenir De Belmonte... Si seulement elle avait le don de guérir! Mais cette faculté ne faisait pas partie de son héritage...
En revanche, le protéger dans la mesure de ses maigres moyens était encore à l'ordre de ses capacités.
Elle le savait, sans aide extérieur, elle ne tiendrait pas indéfiniment face à leurs assaillants. Mais chaque minute de gagné était un instant de plus où son esprit travaillait à toute vitesse pour assurer leur survie.

Elle jeta un œil derrière elle, dos à l'homme auquel elle dédiait sa résolution pour s'enquérir de son état.
Autour d'eux, la foule des attaquants se clairsemait. L'équipage du Compass avait lui aussi du répondant et de la ténacité à revendre... Elle eut un petit rire sardonique, sans doutes pour évacuer la tension.

- Soyez sans crainte Capitaine, je ne les laisserai pas non plus vous nuire plus qu'à présent!

Bien que jetée sur le ton de la plaisanterie, la réplique était on ne peut plus sérieuse...
Iola McAllister
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Sofia de Belmonte
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Sofia de Belmonte
Ven 22 Aoû - 0:00

Iola ignorait sans doute que pour Sofia, c'était à elle de protéger la navigatrice à tout prix - ainsi que de protéger ses hommes, mais eux avaient de l'entrainement... Elle ignorait que Iola savait vraiment bien se battre, après tout. Nom de Dieu ! Pourquoi ces pirates avaient choisi ce moment pour venir les harceler ! C'était un coup monté, c'était presque évident. Elle se fit encore la réflexion qu'ils étaient trop nombreux pour être un simple équipage, et trop bien organisés par factions... Mais qui pourrait avoir engagé autant d'hommes - et comment avaient-ils été convaincus - pour avoir la tête de De Belmonte ? Elle ne transportait pas grand chose qui puisse justifier d'une telle attaque. Ou bien, c'était vraiment un coup du sort ? Ces pirates allaient être déçus, en voyant la cargaison...

En attendant, elle ne leur accorda aucune pitié. Ses coups d'épée pleuvaient, même si son côté gauche la faisait atrocement souffrir. L'adrénaline la maintenait debout, lui donnait la force de se battre pour son navire et pour son équipage. Parfois, elle s'éloignait de Iola, mais cherchait à chaque fois à revenir auprès d'elle. Un homme s'interposa entre elles deux, après avoir vu le petit manège de Sofia :

- Alors, on cherche à protéger sa petite fiancée ?
- Elle n'est pas ma fiancée.


Sofia n'eut même pas besoin de s'empêcher de rougir à cette remarque. Cela lui semblait tellement aberrant ! L'homme fut difficile à vaincre, mais il n'empêcha pas la jeune femme de rejoindre celle qu'elle voulait protéger. Les coups d'épée pleuvaient encore, et leurs adversaires commençaient à comprendre que c'était le début de la fin, pour eux. Alors ils attaquaient plus fort, cherchaient à faire le plus de dégâts possibles. Dans le tumulte, De Belmonte parvint à hurler assez fort pour se faire entendre de tous :

- Ils se savent perdus ! C'est maintenant qu'il vous faut frapper plus fort, vous aussi, mes compagnons !!

Quelques cris vaillants furent poussés, comme si ces paroles avaient revigoré ses hommes. Et peut-être pas qu'eux. Un coup d'oeil par-dessus son épaule, et elle vit un de leurs assaillants près à fondre sur Iola, alors qu'elle était occupée avec un autre pirate. Le coup de feu partit, mais Sofia le dévia assez rapidement pour qu'elle n'y perdre que quelques cheveux et le cordon de son collier. Sa main gauche, qui soutenait sa blessure, récupéra le flacon avant qu'il ne s'écrase au sol. Sofia eut juste le temps de lancer :

- Je l'ai.

Avant d'être à nouveau séparée de la navigatrice, avalée par une vague désespérée de pirates.
Sofia de Belmonte
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Iola McAllister
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Iola McAllister
Mar 26 Aoû - 19:19
Quelques estafilades sans gravité zébraient son pourpoint bleu roi, teintant le velours de nuances d'un bordeaux profond. Mais pour chaque nouvelle égratignures, sa fureur enflait.

Les pirates cherchaient encore à la neutraliser sans la tuer. Pour une fois, une très rare fois dans sa vie plutôt chargée, Iola fut heureuse d'être une femme. Tant que la lubricité les guidaient, elle disposait d'un atout contre eux: elle, n'hésitait pas à tuer.
Une lame cingla sa joue droite de sa pointe, sans qu'elle ne puisse s'y dérober entièrement, faisant perler le sang le long d'une ligne écarlate.

Son regard s'étrécit, luisant d'une expression froide et terrible, alors qu'elle fondait sur ses assaillants, les harcelant avec une fougue renouvelée. Elle l'avait pas l'aisance de De Belmonte ni de l'équipage au maniement du fleuret, mais elle était assez rapide pour combler sa maladresse par la vitesse.

Et de savoir son bienfaiteur blessé ne faisait qu'en ajouter à sa rage.
Les rangs des pirates se clairsemaient, mais son énergie aussi commençait à lui manquer.

Le commentaire d'un des attaquants du capitaine la fit sursauter, et la laissa si surprise un instant qu'elle baissa sa garde. Dieux, que les humains pouvaient être basiques parfois!
Cependant, ce bref temps de distraction lui coûta, et son attaquant profita de l'ouverture pour l'attraper à la gorge, dégageant dans le même mouvement son pendentif du col de sa chemise.

Mais la Kelpie ne s'en laissait pas compter et lui asséna un sévère coup de genou à l'entrejambe. L'homme se plia douloureusement en retenant ce qu'il restait de sa virilité meurtrie, lui laissant une ouverture suffisante pour le coup de grâce. Avec une grimace dégoûtée, la navigatrice enfonça sa lame à la base du cou de sa victime. Par les neufs Enfers, elle détestait tuer! Mais aujourd'hui, c'était elle ou eux.

Les encouragements de De Belmonte lui rendirent un peu d'ardeur et de courage, alors qu'elle repoussait d'une passe d'armes un peu hésitante, et déjà plus lente les hommes qui approchaient encore, hésitants eux aussi... Ils devaient se demander si tout l'or du monde justifiait un tel massacre...
Iola, elle, se le demandait.

Elle ne vit le tireur que lorsque le capitaine se rua sur lui pour dévier le coup de feu. Une balle siffla à son oreille, frôlant sa peau de si près qu'elle sentit la chaleur de son sillage. La mort venait de l'effleurer, et elle le comprit bien vite, pâlissant à en devenir livide.

Mais sans se laisser désarmer cette fois! En un instant, elle se reprit, remerciant De Belonte du regard et s'assurant qu'il tenait bon... Avant que la cohue ne les séparent.

Un frisson glacé lui parcourut l'échine et une sensation désagréable la saisit dans la foulée, une sensation péniblement familière, que son adversaire du moment ne lui laissait pas le temps d'écouter.
Il lui manquait quelque chose, quelque chose d'important. De vital.
Son pendentif.

Elle n'avait pas même besoin de baisser les yeux pour vérifier, mais machinalement, sa main gauche vint tâtonner son col, sans succès, tandis que la droite tremblait sur son fleuret.
A l'idée qu'un de ces ruffians tente de la soumettre, elle eut un haut-le-cœur. Mais si un des hommes avait ramassé la fiole, aucun n'avait à l'évidence formulé de désir clair.
Pourtant, elle goûta à un authentique instant de panique, de crainte d'être assujettie, et pire, retournée contre l'équipage du Compass...
Il suffisait qu'un de ces malandrins ramasse la fiole et souhaite explicitement la voir faire quelque chose...
Certes, cette maîtrise ne s'improvisait pas pour une personne ignorant tout des pouvoirs de sa bride, mais il n'était pas dit que parmi tous ces flibustiers, aucun n'ait jamais croisé de Kelpie.

Ses jambes vacillaient, la portant difficilement alors qu'elle bataillait pour tenir ses derniers adversaires en respect.
Les pirates étaient en train de battre en retraite, assurant pour ce qu'il en restait la fuite des survivants.

Et Iola restait maîtresse d'elle-même.
Ce n'était pourtant pas un soulagement complet, car elle n’apercevait nulle part sa fiole de verre.
Si elle avait été brisée... Elle frémit, connaissant d'instinct les conséquences. Oh, elle n'en serait pas morte, mais elle n'aurait plus été elle-même jusqu'à regagner la terre de ses ancêtres pour reconstituer la bride. Telle était le prix de son pouvoir...
Non, le pendentif était intact, ce qui ne pouvait vouloir dire qu'une seule chose: quelqu'un l'avait trouvé.
Son regard dévia sur les nombreux cadavres, et elle résista à l'impulsion de les fouiller, pour rejoindre De Belmonte qui semblait en piteux état...
Le laisser mourir était encore moins acceptable qu'une vie de servitude dans l'esprit de la Kelpie. Elle se figea, écarquillant les yeux lorsqu'elle vit qu'il tenait en main son précieux collier. Et avec une lenteur prudente, presque méfiante, à la façon d'un animal, elle se glissa près de lui, n'arrivant pas même à formuler une parole.

Enfer, pourquoi était-ce si difficile? Et comment lui expliquer? Mais surtout, le devait-elle?
Elle avait foi en lui, mais si elle rendait sa faiblesse publique, il y aurait quelqu'un d'autre pour en tirer profit...

Les traits tirés par l'inquiétude, le visage cendreux et les pupilles dilatées de crainte, elle s'arrêta à deux pas de cet homme qu'elle estimait au titre d'ami... Laissant Etain qui s'était rué vers lui prendre la relève.
Incapable de lutter contre des impulsions contraires, elle resta figée, tremblante, choquée durant quelques longues secondes. Puis, subrepticement, elle se glissa auprès du capitaine, s'arrachant à la terreur.
Iola McAllister
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Sofia de Belmonte
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Sofia de Belmonte
Sam 6 Sep - 23:21

Sofia ressentit comme une décharge quand sa main entra en contact avec la fiole. Et un instinct étrange lui dictait de ne lâcher l'objet sous aucun prétexte. Les femmes aimaient leurs bijoux, et si celui-ci ne ressemblait pas à ce qu'une dame portait en temps normal, Iola y semblait très attachée. Si seulement elle avait su pourquoi... Peut-être que Sofia reprochera à la navigatrice de lui avoir encore caché quelque chose... Mais de quel droit pouvait-elle exiger tout ceci d'elle ? Ce n'était pas juste. Chacun avait ses secrets, elle le lui avait dit, la veille au soir...

Dans un éclair de lucidité, elle se rendit compte que sa réaction vis-à-vis de la kelpie pouvait être ambiguë... Mais aussi vite que l'idée l'effleura, elle disparut...

Les rangs des pirates étaient de plus en plus clairs, mais Sofia ne cessait de se battre, tranchant dans la chair sans jamais tuer ou presque. Rapidement, elle hurla des ordres, proposa la reddition des pirates. Ils n'avaient plus de chef - même le second du capitaine avait du mourir entre temps - et quelques uns acceptèrent. D'autres non. Lucce, le chef mécanicien, sortit clopin-clopant des entrailles du navire avec deux de ses collègues mécano, et interpella trois guerriers encore à peu près frais. Ils allaient prendre le contrôle de la salle des machines pour empêcher toute fuite, tandis que les pirates seraient mis aux arrêts. On se débarrasseraient des cadavres ennemis les jetant par-dessus bord, on soignerait les membres du Compass, puis éventuellement quelques pirates si jamais leurs têtes pouvaient valoir quelque chose.

Mais les combats n'étaient pas complètement finis. Il y avait quelques poches de résistance, mais Sofia pouvait se permettre maintenant le luxe d'arrêter le combat. En boitillant, elle saisit une bouteille de vin de la veille, que certains de ses hommes se passaient déjà, et y puisa quelques maigres forces. Malgré le charnier qui les entouraient, elle ne pensait qu'à une chose : manger pour reprendre du poil de la bête !

Elle ne vit pas tout de suite Iola, visiblement inquiète derrière elle. Sa main serrait toujours le flacon, et elle le glissa dans sa poche quand il la gêna pour rengainer son épée dans son fourreau. Son côté gauche ne lui permettait pas de faire le geste aussi naturellement qu'à l'accoutumée. D'une voix qu'elle tentait de rendre la plus puissante possible, Sofia ordonna aux hommes légèrement blessés de ramener les plus blessés à l'infirmerie, tandis que ceux qui étaient le plus en forme continuaient de maintenir les pirates en respect. Quelques uns tentèrent leur chance en sautant par-dessus bord, mais vu la hauteur... Ce n'était pas le problème de Sofia ! C'est quand elle appuya son dos contre la rambarde qu'enfin, elle remarqua la présence de la navigatrice. Et sa tête l'inquiéta aussitôt, malgré le spectacle qu'elle devait elle-même offrir.

- Iola ? Que se passe-t-il ? Vous êtes blessée ? Suivez-moi dans votre cabine, je vais m'occuper de vous...

Inutile de l'amener à l'infirmerie commune... Sofia aida André à se relever ; son second se battait moyennement bien, et en général, assurait la sécurité logistique ; il était mauvais bretteur, mais quand il gardait la barre ou la salle des machines, personne ne pouvait les lui reprendre.

- On va avoir besoin de toi à l'infirmerie.
- Et toi, Capitaine ?
- Tu viendras me recoudre plus tard. J'ai arrêté de saigner, ça va aller. Il y a plus urgent en bas. Tu peux y arriver ?
- Il faudra bien. Ménage toi, Sofia.


Un conseil inutile qu'elle ne suivra pas, ils le savent tous les deux. Sofia monte difficilement les marches jusqu'à la cabine - peine aussi à ouvrir cette porte capricieuse - et se dirige tout de suite vers le coin où elle trouvera ce qu'il faut pour soigner Iola, la laissant s'installer sur une chaise. Linges dégainés, vite badigeonnés d'une lotion désinfectante que sa mère lui avait appris à confectionner en Angleterre, et Sofia commence à essuyer les plaies du visage de Iola. La voyant toujours silencieuse, elle lui demanda dans un souffle :

- Pourriez-vous retirer votre veste ? Je crois qu'il va falloir que je m'occupe de l'entaille à votre épaule. Ne vous inquiétez pas : je sais comment est faite une femme. Je saurai détourner le regard pour préserver votre pudeur.

Alors pourquoi ce rouge aux joues, soudain ?
Sofia de Belmonte
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Iola McAllister
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Iola McAllister
Ven 12 Sep - 21:47
Tout autour d'elle lui semblait se dérouler hors de son espace-temps, ralenti, assourdi. A peine la kelpie entendait-elle les derniers combats prendre fin, les sommations de reddition de l'équipage su Compass. Les membres lourds, rigides, la bouche sèche, les battements de son propre cœur cognant sourdement à ses oreilles.
Étonnement, sa confusion ne dura guère, même si de sa propre perception, elle eut la sensation que le temps s'était figé.

Ce fut le ton, mais surtout la bienveillance du capitaine qui rompirent le choc. Elle cilla, un moment perplexe, comme tirée d'un état second -et tel était bien le cas- avant de comprendre la question. Machinalement, elle baissa les yeux sur les quelques entailles légères qui zébraient sa chemise et son pourpoint, et voulu protester... Sans y parvenir.
La volonté de De Belmonte n'était pas écrasante, mais suffisante pour la pousser à obéir, et elle le suivit docilement. Elle se sentait profondément touchée de sa sollicitude, mais également inquiète pour son état de santé, vu la blessure qu'il avait reçu, et qui selon elle devait être bien plus préoccupante. Bien que sans le savoir, le capitaine ait réussi à l'influencer légèrement, la kelpie se sentait relativement libre de ses mouvements. Et surtout, il la faisait passer avant son propre cas, plus sérieux.
Difficile pour Iola de savoir si elle devait se sentir rassurée ou inquiète...

La teneur du bref dialogue avec André lui échappa, trop préoccupée qu'elle pouvait être à l'idée que De Belmonte détienne sa bride. Il lui était presque impossible de la réclamer de son propre chef -pas sans payer le prix d'un effort magistral-, et simplement inimaginable de la reprendre. Telle était le revers de médaille de sa nature, quiconque détenait l'objet détenait également sa volonté...

Ce fut avec une expression indéchiffrable, un savant mélange d'animal à l'affût, de reconnaissance, de peur et de pénibilité qu'elle se présenta devant son ami lorsqu'il lui demanda de se dévêtir pour qu'il la soigne. Sans un mot, la kelpie abandonna son manteau et délaça sa chemise, laissant entrevoir par le jour béant du vêtement quelques-uns de ses charmes. Si elle conservait une certaine pudeur, l'idée d'apparaître à sa vue à demi-nue semblait paradoxalement moins la perturber que les derniers événements.
Elle se prêtait sagement -faute de pouvoir faire autrement- aux directives du capitaine, ce qui ne l'empêchait cependant pas de s'inquiéter de sa santé à lui...


- Et qui vous soignera? -n'ayant pas entendu le dialogue avec André, la question restait entière pour elle- Sauf votre respect, vous en avez peut-être plus besoin que moi...

Malgré l'expression étrangement terne de son regard, elle leva le nez avec une vitalité nouvelle.

- J'ai également rafistolé assez de marins pour savoir comment est fait un homme et comment recoudre une plaie, avec votre permission, je voudrais vous rendre la faveur...

Cela, elle pouvait le demander, elle était libre de le vouloir. Et De Belmonte était potentiellement la personne à laquelle elle était le plus encline à faire confiance depuis bien longtemps...
Pour cette raison, et parce qu'elle ne pouvait s'en empêcher, elle ne quittait pas la poche où il avait rangé sa fiole des yeux, comme si son seul regard avait pu lui restituer l'objet. Damné sort, pourquoi était-ce si difficile de simplement la demander?
Elle ferma brièvement les yeux, consciente que si le capitaine captait son attitude, les questions risquaient de pleuvoir et qu'elle ne serait pas en mesure de les esquiver...

L'idée de retomber dans la servitude la terrifiait. Le risque était nul vis à vis du capitaine, du moins se plaisait-elle à le croire. Mais il suffisait que son secret finisse par arriver à quelqu'un d'autre pour tout compromettre...
Au prix d'un effort presque douloureux, elle se força à chercher le regard de De Belmonte de manière directe, comme elle l'aurait fait en temps normal, attenant sa réponse, tout en priant qu'il lui restitue son bien et sa liberté par la même occasion...
Iola McAllister
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Sofia de Belmonte
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Sofia de Belmonte
Mer 24 Sep - 14:17

Quelque chose clochait. Et non, ce n'était pas ses oreilles. Pas que, en tout cas.

Sofia trouvait que quelque chose ne tournait pas rond. Que quelque chose n'aurait pas du se dérouler de la façon dont ça se déroulait. Avec une certaine honte, son regard coula une courte seconde vers le décolleté béant de la navigatrice, avant de se reprendre. Bon, à première vue, la plaie ne nécessitait pas de couture, juste de bons pansements. Désinfectant, compresse, et bandage léger pour garder le tout en place. Tout en officiant, elle reprit la parole :

- Ne vous en faites pas pour moi, Iola. J'ai déjà vu pire. Et si votre proposition vous honore, il n'y a que André qui me soigne. C'est mon médecin attitré.

Elle avait dit cela avec une malice qui lui était peu commune, mais la tension dans la pièce était palpable et elle s'était sentie obligée de faire quelque chose pour la dissiper. En vain. Son regard capta celui, fixe de la navigatrice. Et Sofia en eut un frisson, une gêne qui épaissit un peu plus l'atmosphère. Evidemment, les événements avaient fait oublier la fiole au capitaine. Inutile de s'attendre à ce qu'il restitue son bien à la jeune femme si elle ne lui rappelait pas son existence. Sofia vacilla légèrement, passant d'un pied d'appui à l'autre. Ses doigts étaient suspendus dans leur geste, au-dessus de l'épaule à demi bandée de Iola. Elle se retrouvait incapable de bouger, subjuguée par ce regard clair. Et maintenant ? Au prix d'un énorme effort, Sofia parvint à froncer les sourcils et à reculer d'un pas :

- Mais bon sang, que vous arrive-t-il, Iola ? Je vous trouve étrange depuis la fin des combats.

Ah, ça y est, elle avait mis le doigt sur ce qui n'allait pas. Sa concentration réussit à descendre de nouveau sur l'épaule, qu'elle finit de bander avec peut-être trop d'empressement.

- Vous semblez attendre quelque chose de moi, et je suis navrée de vous le dire ainsi, mais je risque de ne pas pouvoir accéder à votre demande.

Le bandage est finalement terminé, et Sofia, malgré ses doigts tremblants et son appréhension, fixe Iola dans les yeux, le regard toujours froncé.

- Je ne suis pas un homme pour vous, Iola.

Et grand Dieu, comme cela lui semblait ridicule, une fois dit à voix haute !!
Sofia de Belmonte
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Iola McAllister
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Iola McAllister
Mer 24 Sep - 18:47
Elle avait oublié combien l'absence de sa bride lui était pénible. Elle avait oublié jusque là le sentiment de crainte et la docilité contrainte qui l'étouffaient lorsque quelqu'un d'autre était en possession de l'objet. Et revivre ce genre de sensations lui pesait paradoxalement plus que ses blessures.
La réponse du capitaine la tira de ses pensées, et elle faillit lui demander de répéter, encore ailleurs.

Il avait un médecin personnel. C'est logique, imbécile! lui souffla sa conscience agacée par la situation. Évidemment, on ne passait pas des semaines à naviguer, sur l'eau ou dans les airs sans s'entourer un minimum des indispensables, et les médecins en faisaient parti...

Elle hocha la tête, faisant savoir qu'elle avait comprit, mais ne répondit pas. Inutile de s'humilier plus qu'à présent... Il valait mieux qu'elle ménage la bonne entente qu'elle avait avec De Belmonte, surtout tant qu'il détenait sa bride... Cette idée l’obsédait, autant que la difficulté à aborder le sujet. Quelle ironie d'être prisonnière de son propre pouvoir...

Lorsqu'il lui demanda quel était le problème, elle releva la tête comme s'il l'avait giflée, luttant contre l'envie presque irrépressible de tout dire. Ce n'était pas son souhait à elle, et elle sentait l'influence de ses chaînes. Un instant, la panique se lut sur ses traits et elle détourna les yeux avec une timidité qui ne lui ressemblait pas.

- J-je...

Ne pas céder, ne pas céder... Elle savait pourtant qu'elle y viendrait. Elle n'avait jamais pu tenir tête à l'influence de son lien, simplement retarder l'inéluctable et cette idée lui donnait la nausée. Se trahir, devoir fuir, se cacher et tout recommencer ailleurs en espérant se faire oublier... La kelpie s'affaissa légèrement avec un sentiment d'usure. Combien de fois devrait-elle jouer à ce jeu-là?

Mais les derniers propos du capitaine dévièrent sa lutte silencieuse du premier plan de son esprit et elle releva les yeux comme s'il venait de lui avouer être une femme, le fixant avec un étonnement manifeste. Dans d'autres circonstances, elle aurait probablement éclaté de rire pour dissiper la tension, mais dans le cas présent elle ne put que marquer la surprise pendant quelques secondes et secouer vivement la tête.

- Non! Non non non, vous n'y êtes pas du tout... Ce n'est pas ça. Sans offense, ce n'est pas que vous ne soyez pas plaisant... Oh misère!

Sur l'instant, elle se demanda si elle n'allait pas mourir d'embarras sur place. Elle se prit la tête entre les mains avec un petit rire nerveux. Comment se sortir de là? Il lui semblait que tout ce qu'elle parvenait à dire ne pouvait que l'enfoncer plus.

- Ce n'est pas vous... Je vous apprécie en tant qu'ami, réellement... Mais ce n'est pas de votre faute... Pas directement...

Elle inspira profondément et affronta de nouveau son regard, mettant toute sa volonté dans des mots qui sonnaient presque maladroits.

- Vous avez quelque chose qui est à moi... Un objet... qui a de l'importance pour moi...

Elle était obligée d'en parler, et il lui était toujours impossible de le réclamer, elle se sentait acculée. Et vaincue.

- J'en ai besoin... Cet objet, c'est ma liberté...

Elle baissa amèrement le regard, mal à l'aise, écœurée d'avoir fini par céder à l'emprise de la volonté de De Belmonte, même s'il n'en était pas conscient. Il suffisait qu'il souhaite clairement l'explication pour qu'elle soit contrainte à la lui donner.
Restait à espérer qu'il se contenterait de cela pour le lui rendre...
Tête basse, la navigatrice avait l'air vulnérable, lasse, résignée et pourtant investie d'un faible espoir. Sa révélation était pourtant à double tranchant, car à présent que son secret était révélé, elle perdait le peu de contrôle qu'elle avait sur les événements. Qu'allait donc faire De Belmonte. En silence, elle retint sa respiration, et attendit sa réaction.
Iola McAllister
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Sofia de Belmonte
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Sofia de Belmonte
Mer 22 Oct - 10:18

La tension aurait du se dissiper sitôt que la navigatrice avoua ne pas être attirée le moins du monde par Sofia. Au lieu de cela, le capitaine se sentit terriblement mal à l'aise - plus qu'auparavant encore. Pourtant, tout dans le comportement de Iola laissait sous-entendre que... Où avait-elle pu se tromper ? C'était tellement embarrassant comme situation. Elle ferma les yeux et porta une main à son front - si elle en avait eu la force, elle se serait sans doute frappé la tête contre un mur !

La tension qui régnait dans la pièce était donc à son comble, tandis que la navigatrice rechignait toujours autant à se justifier, et que les forces décroissantes de De Belmonte ne l'aidaient pas à être des plus patientes. Un soupir, encore, et son bras droit retombe le long de son corps, le gauche restant appuyé sur le dossier d'un autre fauteuil de la pièce. Elle écoute les presque explications de Iola, sans rien y comprendre, et exaspérée, lève les deux bras et les laisse retomber sur ses côtés.

- Mais enfin, que baragouinez-vous ?! Pourquoi ne pas...

Et là, elle le sent. Tandis que sa main gauche tape contre sa cuisse, contre son manteau, tout près de la poche. Le collier ! Elle en avait oublié l'existence jusqu'à présent, mais la scène lui revint : l'homme qui veut trancher la gorge de la navigatrice, le coup dévié, le collier qui tombe... En tant que femme, Sofia sait combien une femme est attachée à ses bijoux. Sofia l'est en tout cas, et ne supporterait pas de voir l'un des siens être abîmés durant une joute. C'est pour ça qu'elle l'avait ramassé, et que maintenant, elle le sort, abasourdie, de sa poche, et le fixe bouche bée.

- Vous... parlez de... ça ?

Et inutile d'attendre la réponse de Iola. Sofia jette le pendentif vers la navigatrice, comme s'il lui avait brulé la main. Elle bafouille quelques syllabes, et aussi vite que ses maigres forces le lui permettent, Sofia quitte la cabine pour gagner, clopin-clopant, les entrailles du Flyin Compass.

* * *


Elle reprend son souffle dans la salle d'eau, et plus précisément dans la cabine qui lui est réservée - avec douche et baignoire, et coupée des autres cabines communes qui servent à ses hommes. Elle s'est arrêtée pour boire du vin et manger de la viande, sur insistance d'André qu'elle a eu le malheur de croiser mais qui était encore trop occupé avec les autres blessés. Plus apaisée maintenant qu'elle n'était plus en présence de la navigatrice, Sofia retrouve un peu de cohérence dans son esprit et se dit qu'elle surmène son second. Pauvre Louise... Je lui en demande trop. Pourtant, jamais "il" ne s'est plaint. Il faudra cependant qu'elles aient une sérieuse discussion un de ces jours à ce propos. Sofia ouvre l'eau du jet de douche, et arrose sa plaie pour décoller ses vêtements qui se sont collés à elle à cause du sang. Elle s'en débarrasse ensuite avec des mouvements lents, et plusieurs grimaces. L'eau se teinte rapidement de rouge, et une fois dénudée, De Belmonte ne peut que constater que sa blessure était peut-être plus grave qu'elle ne voulait bien l'admettre. Une grimace, un vertige, et elle tombe dans les pommes.

André arrive bien dix minutes plus tard. Sofia est plus blanche encore que d'habitude. Le second reste tétanisé de longues secondes, établissant dans son esprit la liste des gestes à faire dans l'immédiat pour sauver son supérieur. Il compte jusqu'à dix, puis agit. Coupure de l'eau, elle lui met une serviette autour de la taille, et lui enfile la chemise qu'elle portait plus tôt et, n'écoutant pas la langueur de son corps, fait appel à toutes ses forces pour soulever Sofia et la remonter dans la cabine sur le pont. Quelqu'un lui ouvre la porte et André hurle en entrant :

- Iola, j'ai besoin que vous me laissiez cette pièce. DEHORS.

Car malgré la gravité de la situation, tout le monde à bord sait combien le capitaine est pudique, et combien André est tatillon sur ce genre de détails. Enfin, tout le monde sait, juste... La pauvre Iola n'a pas d'autre choix que de sortir, car nul doute qu'André l'aura poussée dehors si elle trainait trop les pieds.

Et le capitaine en second ne ressortira qu'une bonne heure plus tard, commandant au premier matelot d'aller mettre quatre couvertures à chauffer en cuisine, d'apporter un bol de soupe épaisse, une bouteille de vin épicé et deux couvertures. André se laisser tomber assis contre la porte, les avants bras sur ses genoux pliés, levant la tête vers Iola :

- Cette tête de mule refuse d'admettre qu'il en fait trop, et voilà dans quel état il se met. L'avantage, c'est que tant qu'il sera alité, il n'aura d'autre choix que de m'écouter. Et je compte bien le garder la-dedans le plus longtemps possible. Je vais vous trouver une autre cabine car vous ne pourrez pas dormir dans celle-ci, j'en suis navré.
- Hey, André. Ecoute toi parler et applique tes propres conseils. Va te reposer. On reste sur place, et personne n'entrera là-dedans tant que tu dormiras. On va s'occuper de trouver un coin pour la navigatrice.


Celui qui était parti chercher les couvertures, le vin et la soupe, en avait aussi ramené pour le second. Tout le monde était épuisé, mais était prêt à mettre la main à la patte pour faire un roulement qui permettrait à une bonne partie de l'équipage d'être au mieux de sa forme au plus vite - et de manière efficace.
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Iola McAllister
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Iola McAllister
Ven 31 Oct - 10:38
Rien dans son passé le plus proche n'avait préparé Iola à ce genre de situation, et la jeune femme bravache, fougueuse et un brin orgueilleuse avait cédé la place à une jeune fille désemparée, perdue, affolée, un animal blessée et acculé à la recherche de la moindre porte de sortie.

Elle s'était attendue à bien des choses venant de De Belmonte: incompréhension, agacement, colère, recherche d'explications plus convaincantes... Mais absolument pas à le voir lui jeter sa bride avant de détaler!
Son premier sentiment fut le soulagement, mais il ne dura que quelques instants, alors qu'elle serrait l'objet contre elle avec tant de force qu'elle aurait pu l'enchâsser dans sa chair.
Puis vint l'incompréhension, précédant un début de terreur et un fond de culpabilité.
Pourquoi cette fuite?

Que venait-il de se passer...?

***

Un vague vertige ne la quittait pas alors qu'elle demeurait assise dans sa cabine, le regard braqué sur un point dans le vide.
Il fallait qu'elle s'en aille. Il fallait qu'elle parte vite. De Belmonte en savait trop, et si cela ne se retournait pas directement contre elle pour le moment, l'attitude du capitaine à son égard avait changé, et quelque chose lui soufflait que ce changement serait irréversible...
Pourtant, pour la première fois depuis très longtemps, l'idée de fuir était pour elle un crève-cœur, et lui enserrait la gorge d'une douloureuse amertume.
Pourquoi s'était-elle attachée au Compass et à ses occupants? Pourquoi s'être prise d'amitié pour le capitaine? Pour ce que ça leur avait apporté à l'un et l'autre...

Elle en était là dans ses pensées lorsqu'André franchit la porte pour la congédier vivement. Surprise, autant par la brusquerie de cette entrée que par la pâleur du capitaine au bras de son second, Iola fit un bond en arrière et fila avec la diligence d'un chat, sans avoir à se le faire répéter.

Elle avait trouvé refuge vers la poupe, évitant les regards des marins et adressant aux plus curieux une mine peu amène. Pour la première fois depuis qu'elle avait mit un pied sur le Compass, elle eut la sensation d'avoir le vertige... Et l'océan sous la coque de ses navires lui manquait.
Une autre que Iola se serait sans doutes effondrée en larmes.
Elle se contenta de agripper à la poupe en cherchant une réponse à la ligne d'horizon derrière eux.
Le jeu auquel elle s'était prêtée était dangereux, et pourtant elle le savait: pas d'attaches, nulle part, tel était le prix de sa liberté. Une leçon durement acquise...

La porte de la cabine claqua, et la kelpie se leva pour avancer timidement vers la personne qui venait de sortir. André avait l'air dans un piteux état. Un instant, l'écossaise envisagea de faire demi-tour afin de le laisser tranquille, mais lorsqu'il prit la parole, elle se figea dans son élan, tel un félin surprit dans son approche. Ne sachant trop que faire d'autre, elle s'accroupit face au second, le regard braqué sur le plancher du navire.

- C'est inutile, ne vous donnez pas cette peine pour moi, je serai très bien dehors... J'ai... besoin d'air du reste. Comment va le capitaine?

Ses doigts se crispèrent sur les bords de son tricorne posé sur ses genoux. Si seulement elle avait pu le convaincre de se soigner lui en premier! Le nœud dans sa gorge en devenait suffocant. Elle n'avait pas vu combien son état était inquiétant tant elle était obsédée par l'idée de récupérer sa bride et à présent... Elle baissa rageusement la tête.

- C'est de ma faute André. Il a voulu me protéger. Il a voulu me soigner avant de prendre soin de lui. J'aurais pu tenir le coup... J'ai survécu à pire... Et je ne l'ai pas dissuadé... Je n'avais pas compris...C'est de ma faute...

Serrant brièvement les dents, Iola ravala le sentiment douloureux qui faisait monter quelque chose de brûlant à ses yeux et se força à fixer le second avec une résolution farouche.

- Si je peux faire quoi que ce soit, n'importe quoi, pour lui, pour toi, pour n'importe qui ici, considères que c'est acquit.

Un homme d'équipage avait retourné son conseil à André, approuvé par le hochement de tête sévère d'une navigatrice inquiète.
Cependant, Iola sentait qu'on la tiendrait à l'écart de l'évolution du cas de De Belmonte et cela la révoltait autant que ça l'inquiétait. Malgré le tour assez décourageant qu'avait pris leur rapports, en dépit du fait qu'elle savait le danger que signifiait "s'attacher à quelqu'un", De Belmonte était son ami, et elle ne voulait pas être gardée en retrait...

Quelques heures défilèrent, teintées d'hésitation et d'inquiétudes. André n'était toujours pas revenu de son quart de repos, et une bonne partie de l'équipage avait déserté le pont pour s'occuper de soigner les blessés et de sécuriser le transport des prisonniers.
Sur un instant d'effronterie, Iola profita de cette désertion généralisée pour se glisser discrètement dans la cabine du capitaine afin de se rendre compte par elle-même de son état... Et de lui présenter ses excuses.

Refermant doucement la porte derrière elle, la kelpie s'avança en direction de la couchette... et se figea.
Car sous le mince drap de coton, c'était une femme qui reposait...
Iola McAllister
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Sofia de Belmonte
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Sofia de Belmonte
Dim 9 Nov - 15:16

André ne répondit rien. Elle savait d'expérience, malheureusement, qu'une femme, aussi forte soit-elle, ne pouvait jamais tout à fait se débrouiller sur un bâtiment plein d'hommes. Il lui trouverait une cabine, un endroit où dormir, même si ce n'était qu'un hamac étiré entre deux caisses d'épices, au fond de la cale. Cependant, Iola semblait aussi fichtrement têtue que Sofia. C'était bien sa veine ! Cependant, il secoua la tête en se relevant, étira son dos, et posa une main sur l'épaule de la navigatrice :

- Il ne faut pas t'en vouloir de quoi que ce soit, Iola. Si moi et deux trois autres matelots, on n'avait pas été plus ou moins médecins avant d'embarquer, Sofia se mettrait à soigner tout le monde à bord avant de poser son cul maigrichon quelque part. Même s'il lui manquait la moitié du corps. Il n'est pas toujours tendre avec nous, mais c'est un bon Capitaine, même quand il joue à la mère poule. Donc ne t'inquiète pas : même s'il peut se montrer têtu, il reste raisonnable. S'il n'avait pas pu s'occuper de toi aussitôt, il ne l'aurait pas fait - quitte à se soigner à moitié pour pouvoir te soigner.

Encore une tape sur l'épaule, avant qu'André n'accepte de rendre les armes et, à son tour, de partir gagner le confort d'un hamac. Le Compass resterait en position, suspendu dans les airs, jusqu'à ce qu'il donne l'ordre de repartir. Et étant donné que Lucce et ses mécanos en avaient pour un moment, en salle des machines...

André dormit deux heures. Elles furent salvatrices, même si le second aurait adoré rester un peu plus allongé. Contrairement à Sofia, qui considérait que quatre heures de sommeil constituaient presque une grasse matinée, André avait besoin davantage de sommeil. Mais les responsabilités pesaient lourds sur ses épaules ; cependant, il les avait acceptées quand Sofia lui avait proposé le rôle de second. Très rapidement, il fit le tour de ses malades, approuva ou non certains soins. De tous les blessés, seul un n'avait pas survécu à ses blessures, trop graves. Cela n'empêcha pas André de se sentir terriblement coupable quand il recouvrit entièrement le corps d'un drap, et ordonna que l'on transporte leur ami dans un coin, en attendant de pouvoir lui rendre les honneurs. Comment s'appelait-il, déjà ? Danilo. De tête, André jura qu'il avait de la famille, qui voudrait peut-être récupérer le corps. Il devrait fouiller dans le registre. Mais plus tard. Pour le moment, il lui fallu organiser les hommes valides ; certains partirent en cuisine aider le cuistot à concocter des soupes, des tisanes, à stériliser des morceaux de tissus pour en faire des pansements. Et puis, il fallait aussi refaire partir le navire, au plus vite. Voir de quoi avait besoin Lucce. Et aussi...

André crut que sa tête allait exploser. Si je n'avais pas tant d'amitié pour toi, Sof', je te maudirai de roupiller en ce moment de crise... Il se massa les tempes, tandis qu'il courait d'un point à l'autre. Et une fois qu'il eu des compresses fraichement sorties d'une marmite d'eau bouillante, un onguent resté au frais durant son sommeil, et deux nouvelles couvertures chaudes, le second sut que c'était le moment de retourner voir son maudit capitaine.

Capitaine qui lui, ne s'était réveillé que quelques secondes. Sofia avait entrouvert les yeux, tandis que la fièvre, la chaleur, le froid, la douleur, les cauchemars, la faisaient délirer. Chaud, beaucoup trop chaud. D'un geste, elle tenta en vain de pousser les couvertures, et de se lever ; son bras glissa mollement le long de son côté, puis du lit. Et le sommeil la reprit avant même qu'elle ne trouve la force de relever le bras ou de constater que ce mouvement avait réussi à faire glisser le plaid qui couvrait son côté droit. Durant une demi seconde de conscience, elle parvint à penser qu'elle avait froid.

Quand André arriva dans la cabine, il tomba nez à nez dos avec Iola, et resta figé quelques secondes. Puis, telle une bête enragée, un grondement sortit de sa gorge, précédant un "SORTEZ !" qui aurait pu faire trembler les murs. Le capitaine en second taquinait peut-être Sofia et son côté mère poule, mais il était pire dès qu'il s'agissait de son supérieur. André bouscula Iola de l'épaule dès qu'ils se croisèrent, mais ne lui accorda pas un regard. Et sa rage enfla encore quand il s’aperçut que le le buste de Sofia était découvert. André lâcha tout ce qu'il tenait et avant que la navigatrice n'ait eu le temps de sortir, bondit pour l'attraper par le col et la plaquer contre le premier mur. La lame d'un couteau s'enfonça dans le bois, tout près du visage de Iola.

- Si vous parlez de ce que vous avez v ici à qui que ce soit, je vous tuerai personnellement. Je ne suis pas un assassin, alors ça risque d'être long et douloureux, le temps que je trouve comment vous faire passer l'arme à gauche.
Sofia de Belmonte
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Iola McAllister
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Iola McAllister
Mar 11 Nov - 17:37
Revenue de sa stupeur, Iola contemplait le capitaine endormi, son esprit travaillant à toute vitesse. A la lueur de cette nouvelle, tant de choses prenaient soudain sens! A peine entrevoyait-elle la nature mystérieuse de son amie d'un nouveau jour qu'André intervint en furie, l'attirant à l'extérieur, fou de rage.

Pourtant, le regard de Iola s'étrécit non de peur mais d'une froide colère contenue aux menaces du second.

D'un voix sourde, elle lâcha presque dans un feulement.

- Me pensez-vous donc si vile? Tuez moi si vous estimez que je représente une menace, ou bien ne me menacez pas André! Mais avant toute chose, sachez que le capitaine De Belmonte est mon ami, et je n'ai pas pour habitude d'en avoir légion. En revanche, pour les rares concernés, mon silence est d'or.
Je vais vous avouer une chose: Il sait sur moi un petit secret qui pourrait faire de ma vie un enfer et c'est encore un euphémisme. J'ai eue peur un instant que même à son insu, il en fasse mauvais usage... Mais c'est mon ami, je le sais à présent et j'ai choisi de lui faire confiance.


Son regard émeraude flamboyait d'une rage contenue, mêlée d'un effet de choc résiduel et de la fougue d'une loyauté sincère. L'eut-on torturée pour lui arracher la vérité sur De Belmonte qu'elle n'en aurait rien dit.
Si on lui volait sa bride cependant... Un vertige la saisit à cette pensée, qu'elle eut bien du mal à cacher. Elle trouverait un moyen de protéger le capitaine. Homme ou femme, c'était égal, c'était toujours cette personne bonne et charitable qui avait été la première à la traiter en égal. La première personne à lui avoir rendu sa bride sans la moindre question ou condition, tout en sachant le pouvoir de celle-ci. Et ce simple fait le distinguait de tous les autres...
Son regard s'adoucit légèrement malgré l'André menaçant qui se tenait face à elle, malgré l'arme, malgré la menace.

- Vous ne pouvez pas comprendre ce que c'est. A moins d'avoir vous aussi vos secrets, et je ne veux pas le savoir. De Belmonte est probablement une des personnes les plus droites et intègres que j'ai rencontré dans ma longue vie André, et ne vous y fiez pas, elle est plus longue que vous ne l'imaginez. Si vous estimez que ma mort le protégera, alors tuez-moi, je ne ferai rien pour l'empêcher.
Sang d’Écossaise, je ne trahirai pas une des rares personnes qui ait à la fois tout mon respect et ma confiance. S'il m'est donné de pouvoir au contraire le protéger, j'y compte bien. Et c'est pour cette raison que je comptais partir à la prochaine escale, mon travail est de toutes façons terminé. Loin du Compass, on n’associera pas Iola la navigatrice avec De Belmonte, capitaine des cieux. Il sera en sécurité, et vous aussi, vous tous...


Une certaine émotion faisait légèrement vibrer sa voix qu'elle gardait pourtant ferme et résolue. Cette fois, elle ne prenait plus la fuite pour se protéger elle-même, mais pour préserver quelqu'un qui avait d'autant plus de valeur à ses yeux à présent. Tout prenait à présent un sens nouveau, plus lourd de responsabilités, plus noble... Plus important.
De Belmonte était une femme. Et mieux que quiconque, Iola savait ce que cela voulait dire dans un monde d'hommes. Et elle comprenait au moins les raisons qui avaient pu motiver son travestissement. Mais par sa féminité, et par ce qu'il avait accompli à travers son identité d'homme, De Belmonte gagnait à ses yeux une valeur encore plus grande.
Et elle ne le comprenait que mieux à présent.
Un sourire légèrement triste étira légèrement le coin de ses lèvres.

- Je sais que je n'ai pas à m'inquiéter pour lui, parce que je le sais en de bonnes mains. Mais veillez bien sur lui de ma part. Si le contexte avait été différent, si les choses avaient été différentes, sans doutes aurions-nous pu être amis, vous et moi André... Ce n'est pas une requête, soyez rassuré. Mais je pense que sur ce point au moins, nous pouvons nous comprendre: nous partageons un ami commun que nous voulons tous les deux protéger...
Et j'ai une dette envers lui.


Ses paroles étaient sincères alors qu'elle considérait le second avec une expression digne, mêlant respect et tristesse, avec une note de regret.
Et la kelpie ne quittait plus le second des yeux, jaugeant humblement sa réaction face à sa tirade. Que déciderait-il? Bien que le marin l'eut tout de même menacée de mort, bien qu'elle eut été jusqu'à le provoquer sur ce point, l'écossaise n'était pas décidée à se défiler. Oh, elle ne tenait pas à mourir ce soir et espérait qu'il se découragerait de la passer par le fil de l'épée en comprenant qu'elle tenait sincèrement à son ami De Belmonte. Un pari risqué, mais peut-être le premier qui eut valu le coup depuis très longtemps. Après tout, si elle s'estimait prête à protéger le capitaine au péril de sa propre sécurité, quelle meilleure manière de le prouver?
Envolées ses préoccupations par rapport à ses propres démons et aux inquiétudes nées de la découverte de son secret: il y avait plus urgent.
Et malgré l'angoisse de la situation, elle venait de le comprendre: elle avait un ami. Un véritable ami.
Iola McAllister
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Sofia de Belmonte
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Sofia de Belmonte
Lun 12 Jan - 10:17

André ne cilla pas une seconde. Son regard, sa poigne sur le col de Iola, et celle tenant le manche du couteau enfoncé dans le bois de la porte... Il était ferme, les jointures des mains blanchies. Il y avait sans doute un peu de jalousie dans son attitude, et de possessivité. Sofia avait toujours été son mentor, pour beaucoup de choses, dans bien des domaines. Il avait toujours été là pour elle et lui avait laissé une chance là où d'autres voulaient simplement en faire la catin d'un navire. Le second portait pour son supérieur une estime sans faille - et Sofia avait pour lui une amitié inébranlable. André ne voulait sans doute pas voir la navigatrice se mette entre eux...

Après un long moment de silence, André se résigna à relâcher la pression, et reprit son couteau. Mais son regard était toujours plus noir que marron, et ne changea qu'en entendant un gémissement provenant du lit. Rapidement, il tournait le dos à Iola pour se précipiter au chevet de Sofia. André le recouvrit des couvertures tombées, réajusta sa chemise outrageusement ouverte pour couvrir seulement sa maigre féminité, avant de se pencher vers la blessure et de grogner pour lui-même :

- Tu me facilites pas la tâche, Sof'.

Et Iola qui était toujours là ! André aurait sans doute préféré un peu d'intimité ; il ne supportait pas d'être ainsi observé. Et nul doute que c'était cela, et non pas la pression ou le stresse qui faisaient trembler ses mains. La respiration du capitaine était régulière mais faible, sa blessure avait recommencé à saigner et le second s'acharna sur celle ci jusqu'à ce que les saignements ne cessent, renforçant certains points de couture. Sans lever la tête, il demanda à Iola :

- Vous pourriez m'aider à le garder assis ? Le temps que je lui bande le ventre.

Il n'avait pas vraiment besoin d'aide, mais avoir la navigatrice dans son champ de vision le rendrait moins nerveux.
Sofia de Belmonte
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Iola McAllister
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Iola McAllister
Mar 20 Jan - 20:39
Dès qu'André lui demanda son aide, elle se précipita pour la lui offrir, sans un mot ni un regard. Il ne l'aimait pas. Et elle ne lui en voulait pas un instant de la tenir à distance.
Même si elle regrettait de constater qu'ici non plus, elle n'avait pas sa place.

Au moins avait-elle quelque chose à défendre...
Une idée qui la consolait un peu alors qu'elle soutenait De Belmonte, encore surprise de la découverte de son secret.
Une femme...
Raison de plus pour veiller à sa sécurité: entre femmes. Entre "clandestins" cachant bien loin leur véritable nature... Oh oui, elle n'avait que plus d'estime et de sympathie pour le capitaine à présent, et s'inquiétait d'autant plus de le voir si faible...
Tout cela ne serait jamais arrivé si elle ne l'avait pas laissé la soigner! Si elle avait insisté pour le remettre entre les mains d'André dès la fin des combats...
Elle ne put s'empêcher de murmurer

- Je suis désolée...

... un message autant adressé au capitaine qu'à son second.
Pourtant, elle gardait le regard rivé dans le vide, ne contemplant ni De Belmonte ni son médecin personnel.
Une part d'elle, certainement celle qui voulait se garder de devenir folle lui fit sentir que d’auto-fustiger n'aiderait personne dans le contexte, aussi se contenta t-elle de repousser ses idées noires et de soutenir De Belmonte pendant les soins d'André. Elle aurait voulu se rendre plus utile, mais se sentait déjà assez indésirable pour ne pas s'illustrer plus...
Une fois le pansement terminé, elle aida André à reposer doucement le capitaine, et jeta un bref regard vers le second.

- Est-ce que ça va aller... pour lui?

La kelpie avait assez bourlingué pour reconnaître la gravité des blessures, et celle-ci ne lui plaisait pas beaucoup. Mais elle reconnaissait également l'expertise d'André, qui pesait en faveur de De Belmonte.
En comparaison, Iola se sentait tristement inutile.

- Pour ce que ça pourra changer, je laisse ma part de la récompense du Vent des Globes à l'équipage. Vous en aurez plus besoin que moi...

Quelle idiote! Dans le choix du sujet le moins à propos, elle avait fait fort! Mais c'était sa manière à elle d'ignorer son inquiétude. Secouant la tête en pestant contre elle-même, elle ajouta.

- Je ne sais pas comment vous aider tant que je suis là, et je ne compte pas vous encombrer longtemps. Mais j'aime cet équipage, j'aime le Compass. Et j'y ai au moins un ami envers qui j'ai une dette. Alors si je peux m'en affranchir d'une manière ou d'une autre...
Iola McAllister
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Sofia de Belmonte
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Sofia de Belmonte
Mar 27 Jan - 20:09

André ne releva pas les excuses de la kelpie, préférant se concentrer sur la plaie et le teint trop pâle de Sofia. S'il avait été seul avec elle, sans doute qu'il l'aurait sermonnée sans que son supérieur ne puisse répondre ou protester. Inutile, mais ô combien libérateur. Du coup, il soupirait régulièrement, grognait parfois sa frustration, tandis que le second faisait son beau discours moralisateur intérieurement. Quelque chose qui ne devait pas forcément mettre Iola beaucoup plus à l'aise.

Le pansement terminé, il s'essuya grossièrement les mains dans un chiffon déjà rougi de sang, qu'il lança ensuite près d'un énorme tuyau - un moyen simple et efficace d'envoyer son linge sale directement à la buanderie. André haussa les épaules avec désinvolture à la question de Iola :

- Bien sûr qu'il s'en sortira. Sofia s'en sort toujours. Sauf que cette fois, je n'aurai pas à batailler pour le garder au lit. (puis, après un soupir) Il guérit toujours très bien. Et je suis sûr qu'il... Enfin, qu'elle souffre bien moins dans son état actuel que pendant ses menstruations.

Quelque part, André espérait que ce genre de remarque détendrait l'atmosphère, même s'il ne voyait pas pourquoi il devait se plier en quatre pour rassurer Iola. Hey, elle n'était que navigatrice temporaire du Compass, même pas un membre d'équipage à part entière ; qu'est-ce que ça pouvait lui faire, après tout, l'état du capitaine ? Jusqu'à présent, il s'était montré sympathique avec elle ; maintenant qu'elle connaissait le secret de Sofia et qu'elle cherchait visiblement à intégrer l'équipage, ses sentiments étaient plus mitigés. Iola devenait une menace, à ses yeux. Le second avait beau savoir qu'il garderait toujours une place de choix, il ne pouvait empêcher une certaine jalousie - et une possessivité certaine - l'envahir.

- Vous n'avez aucune dette vis à vis de Sofia ou du Compass. Le Capitaine vous a engagée pour une mission, vous l'avez menée à bien ; vous n'êtes pour rien dans ce qui s'est passé ensuite. C'est plutôt à nous de nous excuser pour les désagréments causés lors de votre voyage de retour. Les termes du contrat resteront les mêmes : dans trois jours, nous vous déposerons en Espagne ; vous garderez votre prix de la course, ainsi que la paye promise - et due - pour votre travail. Venez, laissons Sofia se reposer ; nous reviendrons ce soir pour la nourrir.

* * *


Ainsi, pendant trois jours, Iola et André partagèrent quelques moments silencieux, quand il fallait faire avaler de la soupe à Sofia, lui administrer quelques médicaments, changer son pansement. Le matin du quatrième jour, Iola eut la surprise de voir Sofia debout devant un miroir, à ajuster le jabot de sa chemise. Son expression, renvoyée par le reflet, était familière mais... Etrange. Un mélange de surprise et de culpabilité, de colère et de honte. Et quand le capitaine ouvrit la bouche, ce fut pour parler avec la voix d'André.

- Ne faites pas cette tête. J'ai déjà remplacé Sofia plusieurs fois, même si je ne le fais jamais de gaité de coeur. Mais il faut que les affaires tournent, et nous allons mettre pied à terre en début d'après midi ; le Capitaine doit se montrer. On remarque moins l'absence d'un second...
Sofia de Belmonte
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Iola McAllister
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Iola McAllister
Mer 28 Jan - 12:43
Les trois jours avaient été d'une incroyable longueur, moins parce qu'ils la séparait de son retour au port qu'à cause de la convalescence du capitaine et du rejet d'André.
A la limite, le rejet d'André, Iola n'en n'avait cure. Elle avait pour le second la défiance qu'il lui adressait, ne respectant pour ainsi dire que sa déférence envers De Belmonte.
André était le second de son ami, rien de plus à ses yeux.

Cela pouvait sembler dur, mais pour un hybride habitué au jugement, à la défiance et au refoulement, ce fonctionnement n'était rien moins qu'un mécanisme de défense: on ne voulait pas d'elle, on ne l'appréciait pas: soit. Elle renvoyait donc cette tendance à l'expéditeur.

Ses contacts avec André relevaient donc d'une froide cordialité, mais suite à l'épisode de soins de Sofia dans sa cabine, Iola avait limité leurs échanges au minimum syndical, comptant les jours qui la séparaient de sa reprise de liberté. Elle était pourtant revenue sans faute l'assister à chaque séance de soins pour le capitaine, s'appliquant à l'aider au mieux.

Pour tout l'or du monde et plus encore, même si Sofia l'en avait priée, elle ne serait pas restée à bord. Intégrer l'équipage? Elle y avait fugacement pensé durant le Vent des Globes. Et elle y avait renoncé tout aussi vite. Le meilleur moyen de protéger Sofia était encore de s'en éloigner, et Iola n'avait sa place nulle part, pour sa propre sécurité. Elle était nomade sans attaches, et même si cela lui pesait parfois, tel était le prix de la liberté. S'enchaîner à un équipage?
Même pour le meilleur du monde, elle n'était pas certaine d'être prête à franchir ce pas.

Elle en était à ce genre d'idées, étreinte d'une impatience coupable d'arriver enfin à destination compte tenu de l'ambiance générale, lorsqu'elle passa la porte de la cabine de De Belmonte...

... Et eut un sursaut de surprise.
Cependant, avant qu'elle n'ose interpeller le capitaine, André découvrit le pot aux roses.
Oui c'était logique. Même si la kelpie était déçue. Elle aurait donné cher pour voir le vrai De Belmonte debout en lieu et place de sa doublure!

- Je comprends.

Ce fut son seul commentaire, et elle resta un instant à scruter André de pied en cape d'un regard perçant, le jaugeant sans chaleur et sans agressivité.
Oui, le subterfuge était crédible tant que les matelots n'y regardaient pas de trop près...

- Je vais dire au revoir au capitaine.

Ce n'était ni une requête ni une question, et elle n'attendit pas l'aval d'André pour se diriger vers la couchette de Sofia. Un instant silencieuse, Iola la regarda dormir, une expression indéchiffrable dans le regard. Puis sans un mot, et après s'être assurée d'être hors de vue d'André, elle glissa discrètement un morceau de papier sous son oreiller et s'inclina.

- Merci, capitaine. Puissiez-vous vous rétablir promptement.


La lettre:
 

Sur ce murmure, elle se releva et alla rejoindre André qui terminait de se préparer, son visage ayant retrouvé le masque de neutralité qu'elle réservait aux inconnus.

- Nous y sommes... Bientôt à terre. Je vous remercie pour tout.

Des gratifications qui soudainement semblaient essentiellement formelles. Cependant, Iola attendit qu'André ne soit prêt à quitter la cabine pour le suivre. Il ne leur restait que quelques heures de cohabitation, elle les passerait avec courtoisie.
Iola McAllister
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Sofia de Belmonte
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Sofia de Belmonte
Lun 9 Fév - 11:55

André se laissa déshabiller du regard, légèrement agacé, puis reprit les dernières touches pour que le subterfuge soit crédible. Observant son reflet de près, il n'en garda pas moins un oeil sur Iola - on n'était jamais trop prudent, une trahison de dernière minute est si vite arrivée. Ou peut-être que le second était trop paranoïaque, aussi. Une fois que la kelpie se rapprocha, lui-même se redressa devant le miroir, ayant achevé ce qu'il avait à faire. Il haussa les épaules et détourna le regard vers Sofia, toujours endormie, mais plus sereine que ces derniers jours.

- Vous n'avez pas à me remercier de quoi que ce soit. Je n'ai fait que ce que Sofia aurait fait.

Un dernier ajustement du jabot, et André se dirigea vers le bureau.

- Pour ne pas perturber le bon déroulement des ventes, je vous demanderai d'attendre la fin de la journée pour quitter le Compass. Vous connaissez les rumeurs, le fait qu'une femme porte malheur à bord d'un navire...

C'était ironique, dit de la bouche d'une femme qui se travestissait mais qui gardait son secret aussi farouchement que celui de son capitaine.

- Je vous laisserai cette cabine le temps de vaquer à nos affaires. Le beau temps va me permettre de traiter la paperasse dehors.

* * *


André repassa plus tard dans la journée, une demi heure seulement avant d'arriver en Espagne, histoire de rassembler les papiers, vérifier l'état de santé de Sofia - qui s'éveilla même quelques courtes minutes, rassurant son second - et saluer Iola quand ils se croisèrent - André sortant, elle rentrant. Sofia leva légèrement la main pour manifester son éveil. Et ses premières paroles avaient de quoi surprendre :

- Je suis désolée. J'ai appris que cela faisait quelques jours que j'étais dans le coma.

Elle grimaça, détestant se retrouver dans un tel état de faiblesse.

- J'espère que vous n'avez rencontré aucun soucis. André peut parfois se montrer très...

Sofia sembla chercher son mot, sans le trouver, et laissa le silence planer. Se maintenir éveiller l'épuisait, et elle ne voulait pas perdre ses maigres forces à trouver un mot juste.
Sofia de Belmonte
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Iola McAllister
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Iola McAllister
Sam 21 Fév - 18:30
La Kelpie s'était prêtée au jeu. Elle n'avait pas de raisons de s'y dérober. Non que les vagues superstitions misogynes des marins lui aient jamais posé problème avant, mais elle avait résolu de faire patte blanche jusqu'à son départ. Et après quelques jours à côtoyer la froideur d'André, elle était pressée de partir...
Le bon aspect de la question, c'est qu'André était de l'autre côté de la cloison, et cela lui permettait enfin de se détendre. En la présence du second, Iola n'était pas à l'aise. Ce qui dans l'état de leurs rapports était probablement aussi compréhensible que réciproque.

Elle était rentrée en cabine sans un regard pour André et s'apprêtait à prendre son mal en patience... mais pas à voir De Belmonte réveillé. Au mouvement du capitaine, elle approcha et secoua la tête.

- Vous excuser de quoi? Allons bon! C'est moi qui suis désolée de ne pas avoir vu plus tôt que votre état était plus préoccupant que le mien! Mais nous pourrions jouer longtemps à qui est le plus ennuyé et il vaut mieux que vous vous reposiez...

Elle avait tenté d'y mettre un peu de légèreté, mais l'inquiétude pointait dans sa voix.

- André? Oh il est...

Surprotecteur? Irascible? Possessif? Manifestement jaloux d'on ne sait quoi? Iola contint les réflexions qui affluaient dans son esprit.

- Il vous est loyal et se préoccupe grandement de vous. C'est tout à son honneur, et vous avez bien choisi de qui vous êtes entouré.

Même si cela lui coûtait de reconnaître les qualités du second qu'elle avait mal vécu dès l'instant où il l'avait prise en grippe, elle comprenait ses motivations. Haussant les épaules en fixant la porte, elle lâcha d'un ton qu'elle voulait désinvolte.

- Ne vous en faites pas pour moi. Je crois que je comprends un peu André, même si je suis certaine que l'inverse n'est pas vrai. Qu'importe. J'ai apprécié de servir à votre bord capitaine, mais comme convenu, il est temps pour moi d'aller prendre mes quartiers ailleurs. Je dois remonter vers le nord pour quelques temps.

La kelpie s'était tournée vers lui et lui souriait avec une expression pleine de déférence.

- ... Et je suis ravie avant de partir de vous retrouver conscient et sur la voie de la guérison. Je doutais pouvoir vous dire au revoir de vive voix avant que ne s'achève mon contrat...

Elle hésita. Devait-elle lui parler de la lettre? Non. Il la trouverait de lui-même.
Après un court silence, elle murmura d'une voix douce.

- Merci... de ne pas m'avoir jugée. Peu nombreux sont ceux qui ont découvert ce que j'étais sans vouloir me condamner pour cela, ou profiter de la situation. Mais vous, vous ne l'avez pas fait. Et cela fait de vous quelqu'un d'exceptionnel. Je tenais à vous l'exprimer avant de partir.

Devait-elle lui dire qu'elle aussi avait découvert son secret, au risque de le mettre mal à l'aise? André le lui avait-il déjà dit? Iola était ennuyée. Elle aurait voulu pouvoir lui dire tant de choses: qu'en tant que femme, elle la soutenait de tout son cœur, qu'en tant que "travestie" de sa véritable nature, elle protégerait ce secret de toutes ses forces... Mais un mot de trop aurait pu tout faire basculer... Et lui coûter son premier ami depuis longtemps...

- Remettez-vous bien capitaine. Et faites attention à vous.

Il y avait une douceur triste dans son regard, une expression presque maternelle, affectée d'une tendresse étonnante, une expression fugace qui s'effaça rapidement pour laisser place à la dignité plus habituelle de l'écossaise.
Iola McAllister
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Sofia de Belmonte
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Sofia de Belmonte
Lun 23 Fév - 22:38
Sofia sourit - ou grimaça - quand Iola coupa court à la litanie d'excuses qui aurait pu user toutes ses forces. Elle n'aimait pas perdre la face ainsi... Mais Iola avait tort sur un point : son état n'était pas si préoccupant. Ce n'est pas parce que quelqu'un l'avait embrochée qu'elle allait mal. Son erreur avait juste été d'aller prendre une douche et favorisé l'écoulement du sang... Ou quelque chose comme ça. Sofia n'aimait pas se faire passer avant qui que ce soit ; c'était sa fichue fierté qui avait besoin de prouver tout et n'importe quoi, en toute circonstance, qui dictait cette conduite sans doute.

En tout cas, elle ne chercha pas à la rattraper sur ce qu'elle dit sur André. Elle savait combien son second lui était loyal et dévoué - avec un peu trop d'ardeur, parfois. Mais c'était sans doute le lot des femmes qui devaient se travestir pour accomplir leur rêve. Après tout, Sofia aussi avait fait des excès de zèle, quand elle servait sur le navire de Bianchi. Allez, il était temps de prendre la parole.

- J'ai été ravi de vous voir servir sur ce navire, Lady McAllister. Vous serez toujours la bienvenue sur le Compass si vous avez besoin de vous rendre quelque part... Ou si vous vous lassez de la mer et que vous préférez mettre vos compétences au service des airs.

Pour la suite, elle dut tendre l'oreille, et même fermer les yeux, pour mieux entendre et comprendre le murmure de la kelpie. Et Sofia dut même se concentrer un peu plus pour se souvenir de quoi elle parlait. Et le reflet de son pendentif lui rafraichit la mémoire. Le capitaine fit signe à Iola de s'approcher, et lui demanda de l'aide pour se redresser un peu. Puis, après un essai infructueux à se servir une tasse de tisane, lui demanda aussi ce service. Se sentir si vulnérable, si incapable de ses mouvements, énervèrent la jeune femme qui grinça des dents... Lui redonnant au passage assez de vigueur pour ne plus somnoler. Levant sa tasse devant son visage, comme pour trinquer, elle lança d'une voix rauque :

- Ne buvez jamais les tisanes d'André. Ce sont des horreurs infâmes - même si elles sont efficaces, elles sont infâmes. (puis, après avoir vidé sa tasse, elle regarda Iola droit dans les yeux) Je n'ai rien d'exceptionnel, Iola. Beaucoup d'hommes, dans le milieu de la navigation, n'ont d'autres choix que d'aller voir des catins pour assouvir leurs plus bas instincts. D'autres préfèrent l'esclavage d'une femme faite prisonnière lors d'un raid. Beaucoup tueraient sans doute pour mettre la main sur votre pendentif, et sur vous par la même occasion. Je suis le genre d'homme qui estime qu'une femme mérite autant de respect qu'un homme. Qu'elle a autant de capacités physiques et mentales que n'importe quel homme. J'ai bien conscience que ce genre de pensée n'est pas normal...

Sofia fit une pause pour reprendre son souffle, et tenter de calmer la migraine qui fit soudainement battre ses tempes. La crise fut aussi violente que brève, mais elle instaura quand même quelques secondes de silence durant lesquelles Iola l'avait resservie en tisane - peut-être Sofia avait-elle inconsciemment tenté un geste vers la théière. En tout cas, elle la remercia d'une ébauche de sourire. Avant de reprendre :

- Je suis contre l'esclavage, et plus particulièrement celui des femmes. La plupart d'entre elles sont déjà forcées de se marier, de vivre une vie de soumission... Inutile d'en rajouter à leur calvaire. J'imagine que la vie que vous avez choisie n'est pas toujours facile... Et je salue votre courage.

Sofia sentit qu'elle avait un peu perdu le fil de sa pensée, et de ce qu'elle voulait dire. Ses yeux s'embrouillèrent un peu, elle but machinalement sa tisane. Ah, André y avait mis un somnifère... Le Capitaine s'enfonça dans les oreillers, derrière elle, et marmonna :

- Vous serez en sécurité quand vous viendrez ici... Et je vous souhaite de trouver d'autres navires comme ça...
Sofia de Belmonte
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Iola McAllister
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Iola McAllister
Jeu 5 Mar - 17:47
Après les quelques jours à côtoyer un André plutôt froid et à éviter le reste de l'équipage dans la mesure du possible, cet échange fit du bien à Iola. Mieux, elle était heureuse de pouvoir discuter avec De Belmonte, même si une petite part d'elle avait la sensation d'abuser, dans la mesure où il ne pouvait pas forcément faire autrement que l'écouter!
Mais elle se prit à espérer que de plaisir qu'elle ressentait en sa compagnie soit réciproque. Oh, ce n'était pas un coup de cœur, du moins pas au sens classique du terme -bien que la nouvelle du secret de son ami n'y aurait pas changé grand chose-, mais elle tenait à lui en un sens un peu spécial. Avec Jiny, et quelques rares élus, De Belmonte était une rare personne à lui avoir témoigné de l'amitié et du respect.
Rien de ce qu'il pouvait dire n'aurait pu détourner la Kelpie de l'idée que cela faisait de lui quelqu'un d'exceptionnel.

Aux propos du capitaine, elle hocha humblement la tête.

- Ce fut un plaisir de servir sous vos ordres. Et je vous remercie pour l'offre. Si en retour, vous avez besoin de quoi que ce soit, mon aide vous est acquise.

Il n'était pas rare qu'elle propose ses services, mais il était rare qu'elle eut tant cru en ce qu'elle disait. Une part d'elle s'apprêtait à quitter un ami envers lequel elle s'estimait doublement redevable.

Guettant les gestes du capitaine, elle l'aida de son mieux à se redresser et lui fit parvenir sa tisane. Cela lui semblait bien peu de choses en comparaison de ce qu'elle aurait été prête à faire pour lui être utile!
A la réaction de son ami, la mixture ne devait pas être exceptionnelle et Iola réprima un sourire amusé pour un regard compatissant. Des remèdes âcres, elle en avait eut sa part pour connaître!
Cependant, la conversation prit une autre tournure.

- Vous ne vous dites pas exceptionnel, mais vous n'êtes pas comme les autres. Et qu'est-ce que la norme sinon le point commun de quelques privilégiés? La norme ne fait pas d'une personne un être meilleur. Etre capable de vivre en marge de la norme demande une certaine force de caractère, et de la personnalité. Avoir en plus des valeurs de justice n'est pas donné à tout le monde, capitaine. Ne minimisez pas ce que vous êtes: vous êtes quelqu'un de bien.

Contrairement à leur premier échange ouvert, il n'y avait aucune trace d’ambiguïté dans ce discours, et la kelpie soutenait envers son ami un regard franc et rempli d'estime.

- Je suis contre l'esclavage, quelque soit sa cible, je pense que vous comprenez pourquoi... Ma plus grande force est aussi mon plus lourd fardeau... Personne, aucun être intelligent ne devrait pouvoir être la propriété de quiconque.

Le choix de ses mots était délibéré. Elle aurait tellement voulu pouvoir en dire plus à De Belmonte! Mais à l'évidence, il ignorait même qu'elle avait découvert son secret. Peut-être était-ce mieux ainsi... Peut-être valait-il mieux en rester là.
Elle l'avait promis à André: elle emporterait cette confidence dans la tombe.

- Qui sait, peut-être aurais-je un jour mon propre navire...? Quoi qu'il en soit, je vous remercie pour votre protection et votre hospitalité.

Elle avait répondu à voix basse et regarda De Belmonte sombrer doucement dans le sommeil, un léger sourire flottant sur les lèvres.
Du bout des lèvres, elle murmura une bénédiction en Beurla-reagaird, reliquat d'une éducation pourtant lointaine. Comme elle aurait aimé pouvoir donner de la magie à ces mots!

- Puissent les Dieux vous accompagner sur un chemin long et prospère.
Iola McAllister
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