Le charme des illusions ( Mai 003)

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Ursula
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Ursula
Dim 3 Aoû - 0:12
Le charme des illusions




L’obscurité commença à se dissiper quand le soleil, grand et brillant, se leva sur la mer. Allongée contre une pierre, qui me servait d’oreiller, mon visage s’éclaira des doux rayons solaires. Ce rituel matinal quotidien avait commencé depuis mon installation définitive en France. Cela faisait désormais deux mois. Deux mois où, pour une fois dans ma vie, je me sentais en sécurité. Après tous mes voyages à travers l’Europe, j’avais trouvé le repos et un petit coin modeste de paradis, mais qui n’égalait, de nouveau, en rien ma terre natale.

Les affaires marchaient bien. Les âmes perdues ne manquaient pas dans ce pays jadis endormi. Ô combien de jeunes gens se sentant totalement perdus dans ce nouveau monde étaient venus pour me demander de l'aide. Ce qui fit ma fortune. Mon lot d’âme ne cessait d’augmenter de jour en jour. J’étais obligée de réguler mes visites, car je ne voulais en aucun cas réveiller quelque chose qui me terrifiait: la découverte de ma cachette et un nouveau départ vers l’inconnu. Le problème c’était que toute l’Europe connaissait la Sorcière des Mers. Ma tête était mise à prix dans tous les royaumes et empires du continent. Ma seule échappatoire, si je me faisais prendre à nouveau, était les Amériques. Mais ce nouveau monde ne m’inspirait pas confiance. Trop lointain, trop obscur, trop sauvage. Je ne savais pratiquement rien sur cette terre de l’autre côté de la mer.

Et puis au diable toutes ces idées noires. Admire donc ce nouveau lever de soleil.

La grotte était un endroit stratégique. Près de la mer pour mon bon plaisir, mais aussi accessible sans danger pour mes clients. Et dire après ça que je suis méchante, on aura tout entendu. L’entrée de la cave était bordée de trois immenses pierres aux enluminures celtiques, traces d’un autre temps. J’avais admiré ces chefs d’œuvres dans les moindres détails. Ces entrelacs complexes et tordus me fascinaient. Ce fut sûrement ces motifs qui me confortèrent dans mon choix d’investir les lieux là et nul part ailleurs. Après avoir passé les portes, le visiteur ne pouvait plus se perdre, il suffisait de suivre le chant des vagues. Et c’est là qu’il tombait nez à nez avec une femme aux cheveux noirs et à l’allure fatiguée assise sur un trône en pierre.

Je m'étais toujours demandée ce que pensaient les gens en descendant chez moi. Savaient-ils que la mort les attendait au bout du chemin ? Que ressentaient-ils quand il me voyait ? De la peur, de l’espoir, de la joie? Peut être tout en même temps. Mais ce que je ne pouvais pas savoir en revanche, c'est que ressentirait ma prochaine invitée. Une invitée de marque

Ursula
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Impératrice Svanhilde
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Impératrice Svanhilde
Ven 8 Aoû - 21:43
Il s’agissait de ses derniers jours en France, avant son retour en Scandinavie. Askeladd dans les parages, Svanhilde n’avait point d’obligation à remplir au Château. Elle passait le plus clair de son temps à errer, cueillant des fruits dans l’orangerie ou partant, seule, se balader. Balades qui, une fois, a tôt fait d’alerter le jeune valet en charge de l’Impératrice. Ainsi était-elle partie sans prévenir, ne donnant aucune heure de retour. Il l’avait cherché, à tous les étages. Heureusement, la dirigeante était réapparue avant qu’il n’aille, en larme, annoncer sa disparition.

Svanhilde aimait la mer, c’était indubitable. Née sur de petites îles près de la Norvège, elle avait grandi entourée d’eau, de verdure et de neige. La fée, ayant délaissée plus loin son petit valet qui avait tant tenu à l’accompagner, s’était égarée près du rivage. Après quelques semaines dans la vie française, ses tresses nordiques avaient laissé place à un chignon plus à la mode. Ses robes, même, s’étaient colorées de pastel et de dentelle. Se promenant trop près des vagues, le bas de sa tenue s’était mouillé, ainsi que ses chaussures. Elle abandonna donc ces dernières sur de bas rochers, continuant sa route en bas, nullement gênée par le sable qui les collait.

La magie, ou peut être Sol elle-même, la faisait chanceler, rendant son chemin plus hasardeux qu’à l’habitude. Soudainement, l’astre lumineux ne caressait plus ses joues et, maintenant, elle entendait son souffle lui répondre en écho. Svanhilde se trouvait devant l’entrée d’une grotte. Cette grotte lui conférait un sentiment connu, familier. Et la voila, sans crainte, qui s’y enfonçait, glissant l’un devant l’autre ses pieds trempés par la mer. Ses longs doigts blêmes effleuraient la paroi, chatouillait le relief de la pierre abimée par les eaux. Une magie la tirait vers le fond, naturellement, comme si elle était tenue par la main.

La femme qui lui fit face semblait être son opposée. De longs cheveux noirs encadraient son visage, un air fatigué qui la vieillissait. Les traits d’une créature oubliée là depuis longtemps. La magie que dégageait la sorcière, elle la connaissait. La fée l’avait sentie sur la jeune et pauvre Thalia. Svanhilde, sans l’expliquer, se sentait attirée par cette femme. Elle avait envie de s’en approcher, de la toucher, de palper sa magie.

« Quelle magie, dites-moi, rend cet endroit aussi sombre et fascinant que Svartalfheim. »
Impératrice Svanhilde
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Ursula
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Ursula
Ven 8 Aoû - 23:21
Svanhilde. Que faisait-elle dans mon repère ? Comment était-il possible qu’elle soit en France ? Son visage me dégoutait, même si j’avais entendu qu’elle était totalement différente d’Elias. Des rumeurs sur les bords de mers circulaient : une fée aux pouvoirs étranges. Une femme fort belle qui vit dans son monde d’illusions. Tout le peuple l’évitait de peur d’être entraîné dans son esprit.

« Vous » murmurai-je.

Le son de ma voix sonnait avec une telle haine que les goélands cessèrent de crier un instant. Les vagues ne se suicidèrent pas contre la roche dure et froide. Je la haïssais de toutes les fibres de mon corps. Mon exil était la cause d’une stupide famille doté d'une couronne. Thalia, Elias et maintenant Svanhilde. Je les tuais tous dans mes rêves, quand Morphée décidait de m’emmener dans sa contrée étoilée. Je les noyais, tenant leur têtes de démons sous la surface lisse de l'océan, psalmodiant leurs noms et hurlant ma vengeance à l'écume.

« Quelle magie, dites-moi, rend cet endroit aussi sombre et fascinant que Svartalfheim. »

Ainsi elle ressentait la magie captive en ces murs. Tout ce pouvoir enfoui me rendait forte malgré mon incapacité de marcher. Mon Charme fonctionnait, car elle venait vers moi comme un aimant.

« Cette magie je la tiens de la mer. Elle me l’a offerte quand elle m’a sauvé des vagues déchaînés. Elle fait partie de moi. Elle envahit l’air ici. J’ai pris possession de cet endroit. Voilà pourquoi elle est si fascinante. »

Je me sentais mal à l’aise sur mon trône. Je la regardais mettre son regard de petite traîtresse sur mes murs, sur mon domaine. Les coquillages, contenants les âmes des victimes de ma colère, gisaient sur le sol en amas de nacre et d’écume séchée. Une odeur d’iode salée et de poisson pourri flottait dans l’air, mais étant habituée à la sentir, cela ne me posait aucun problème.

« Puis-je savoir ce qu’une impératrice est venue faire seule chez une sorcière telle que moi ? Je suppose que vous ne manquez de rien, que votre vie dans votre immense palais est des plus merveilleuses. Alors comment avez-vous pu trouver ma grotte ? Seuls les malheureux arrivent ici. »


Ursula
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Impératrice Svanhilde
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Impératrice Svanhilde
Mer 20 Aoû - 14:18
Il n’y avait qu’un humain pour ne pas sentir toute la magie qui habitait cette grotte. Svanhilde était sensible, beaucoup trop. Cette capacité, parfois, était perçue comme un grand défaut, une tare qui que l’Empereur aurait du corriger depuis longtemps. D’autres la voyaient comme un don, blâmant tous les autres pour leur incompréhension. Dans la majorité des cas, l’on évitait d’approcher la fée dont les pouvoirs, contagieux, s’étendaient beaucoup trop rapidement.

Elle ne réagit pas, comme imperméable aux mots de la sorcière, mais elle avait compris. Lorsque l’Impératrice effleura l’une des parois, un petit crustacée sortit par une crevasse et vint rejoindre sa main, grimpant dessus pour se lever entre ses doigts. L’air de Svanhilde était si concentré de magie que, indubitablement, elle attirait les petites bêtes à portée. Elles, enchantées par cette puissance de la nature.

Svanhilde termina sa marche plantée près du trône de la sorcière, devant elle. La fée plissa les yeux. Un instant, se visage se décomposa dans une moue inquiète, contrariée. Était-elle malheureuse ? Les pouvoirs de la grotte voyaient-ils au-delà de la folie ?

« Frigg est surprenante. »

Frigg, l’épouse d’Odin, la tisseuse de l’avenir qui ne révélait jamais ses secrets.
Quelle âme, raisonnable et sensée, se perdait naïvement dans la contemplation de cette vilaine sorcière ? Si Svanhilde voulait sortir de cette grotte, elle devait le faire seule, à présent. Aucun homme sensé ne verrait cette grotte, aucun garde ne saurait comment la retrouver. Et Odin savait à quelle point l’insouciance de l’Impératrice en inquiétait régulièrement plus d’un. La fée tendit lentement sa main vers la sorcière et, aussitôt, le petit crustacée qui jusqu’ici se baladait sur son bras, trotta jusqu’au bout de son corps pour changer de propriétaire.

« Qu’avez-vous à me prendre, sorcière, pour m’avoir attirée ici. »
Impératrice Svanhilde
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Ursula
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Ursula
Mer 20 Aoû - 19:04
Le petit crustacé fila sur ma peau d’écume et se termina sa course dans les vagues de ma chevelure. Les autres habitants de cet endroit commençaient à être à l’aise avec mon invitée surprise, ce qui ne tournait pas en ma faveur.

« Comme je vous l’ai dit, seuls les malheureux trouvent le chemin à travers les pierres par ici. Je ne sais pas non plus, ce que vous faites ici. »


En réalité, je me souciais plus de mon cas. Si elle arrivait à sortir vivante de ma tanière, elle irait sûrement raconté à tout le monde que la traîtresse de Scandinavie, la pire ennemie de son mari, se terre dans les bas fonds obscurs d’une grotte marine. Et je ne pourrais pas m’enfuir cette fois. Ca serait la fin de ma triste vie. Plus de pactes, plus d’âmes à cacher dans mes doux coquillages. La situation était donc des plus délicates.

« Vous savez très bien que vous ne pourrez pas quitter cet endroit sans avoir passer un pacte avec moi. »

Je bluffais totalement. Dans ma détresse, je pensais arriver à duper la dirigeante du plus riche empire d’Europe. J’étais folle, mais qui ne tente rien n’a rien. Puisse les dieux me venir en aide.

Le crustacé descendait le long de ma colonne vertébrale avec ses pattes fines comme de la soie. Je me tortillais quelque peu quand il arriva dans la fin de mon dos.

« Bien, je n’ai pas tout mon temps. Je vous laisse choisir : le pacte ou croupir ici parmi les mollusques et les algues. »


La laisser ici pour pouvoir observer chaque fait et geste de mon quotidien, était, avec le recul, une idée des plus stupides. Etant une personne influente, si elle n’acceptait pas mon contrat, je pourrai toujours demander une rançon à un roi quelconque et obtenir un pardon royal. Mais ne rêve pas trop ma grande, tu n’es qu’une sorcière en quête de vengeance.

Ursula
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Impératrice Svanhilde
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Impératrice Svanhilde
Dim 7 Sep - 19:35
Si seulement elle savait ! Si seulement Ursula savait que les ennemis d’Elias étaient rarement ses ennemis à elle. Si elle savait que Svanhilde, Depuis beaucoup trop longtemps déjà, s’était départie de ses ennemis et de ses maux. La sorcière, blessée, ne constituait pas une menace pour l’Impératrice. L’esprit trop volage, dénuée de liens qui la retiennent, naïve et insouciante, des personnes ont eu mille fois l’occasion de la blesser, des centaines d’opportunités de la kidnapper et une dizaine de chance de la tuer. Et pourtant, elle se tenait là, droite, absente, devant celle qui, un jour, avait mis en danger la vie de l’un de ses fils. Elle tenait-là, insaisissable.

L’idée de ne pouvoir quitter la grotte sans passer de pacte ne sembla pas effrayer Svanhilde. Elle regardait les parois, le trône de pierres, celle qui y était assise. Jeune, sombre. Rancunière. La scandinave glissa au sol ses pieds seulement recouverts de bas, se déplaça lentement, observant l’endroit comme si elle se trouvait au Louvres. La seule menace qu’elle représentait, à l’instant, était au loin. Elias veillait sur son épouse comme un dragon sur son trésor. Avec vanité et puissance.

« Le temps n’est pas quelque chose que l’on possède. » Murmura-t-elle, ayant, pour sa part, tout le temps du monde.

Ou presque. Jusqu’à ce que l’on s’alerte de la disparition de l’Impératrice Scandinave. Mais n’avaient-ils pas été prévenus que leur invitée s’éclipsait nul ne savait où ? Lentement, Svanhilde leva les yeux sur le plafond rocailleux de la grotte et l’humidité se condensa en gouttelettes. Celles-ci suivirent la forme des parois, comme les hard egdes des temps anciens et commencèrent à dégoutter. Une à la fois, puis celles-ci se multiplièrent jusqu’à former une petite cascade. Vérité ou illusion, cela n’avait point d’importance pour l’instant. L’Impératrice se recula, évitant les flaques qui se formaient doucement.

« Quels genre de pactes faites-vous ? »

Seulement ceux qui mettent en danger la vie de ma famille ? La question n’effleura même pas l’esprit de la fée. La féringienne, décalée, ne craignait pas les attaques extérieures. Le caractère de feu d’Elias lui attirait pas mal d’ennuis, elle avait appris à vivre avec. Ou plutôt, elle oubliait de vivre.

L’eau, durant ce temps, s’accumulait au sol.
Impératrice Svanhilde
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Ursula
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Ursula
Lun 8 Sep - 7:42
Une légère brise traversa la grotte, emportant mes cheveux dans une danse aérienne. L’impératrice semblait se méfier du sol, alors qu’il n’était pas mouillé ni glissant. Elle ne semblait pas se préoccuper du contrat que je lui proposais. Elle s’amusait plutôt à regarder les fissures au mur.

« Quels genre de pactes faites-vous ? »


Cette question tomba comme un cheveu dans la soupe ; je ne m’y attendais pas le moins du monde. Pourquoi le femme d’Elias, mon ennemi juré que j’avais promis d’anéantir, me demandais avec une naïveté presque enfantine quels genre de contrats je pratiquait ? Je voulus lui répondre qu’ils se finissaient toujours mal. L’exemple de la princesse Thalia l’illustrait bien. C’était à cause de son imprudence et de sa stupide fascination pour un homme qui ne l’aimait pas qu’elle m’avait accusé à sa place. Le poignard que j’avais donné à la sirène prouvait ma culpabilité dans toute cette histoire. Peut être que l'impératrice ignorait les dessous de l'affaire, mais toujours est il qu'elle n'avait rien fait pour arrêter les décisions d'Elias à mon égard.

Je haïssais la famille royale.

« Cela dépend des personnes. Ils se finissent toujours dans un commun accord et le prix est toujours payé quoiqu’il arrive. Puis-je savoir ce qui vous amène sur mes terres ? Je ne voudrais pas paraître brusque, mais vous n’y êtes pas la bienvenue. »

Les vagues hurlaient mes propos dans le vent. La mer était de mon côté. Je voulus me lever pour donner plus de puissance à mes propos, mais comment pouvais-je me montrer effrayante et puissante en étant infirme ?
Ursula
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Ursula
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Ursula
Dim 28 Sep - 15:28
Voilà que la grande impératrice Svanhilde, femme du détestable Elias, me demandait de lui conter la triste histoire de ma vie. Bien sûr je me méfiais d’elle comme la peste, pensant que c’était une blague de mauvais goût montée par Elias pour me faire souffrir. N’avais-je pas assez enduré de choses horribles comme ça ? N’avais-je pas été assez malheureuse ? Il faut croire que non.

Je détournai mon regard, le projetant au loin. En repensant à ma vie passée, des larmes me montèrent aux yeux. Je ne voulais pas montrer ma faiblesse à mon invitée. Elle en profiterait à coup sûr.

« Ca ne vous regarde pas. Si je ne peux plus marcher j’ai mes raisons. Mais… comment savez vous que je ne peux plus me lever ? »

La discussion devenait étrange. A aucun moment je n’avais mentionné que marcher n'était plus dans mes cordes. Mais après tout ça se voyait. Même ma robe noire ne pouvait caché les horreurs qu’étaient devenues mes jambes. Frêles, sans forme et absolument inutiles. Et ce depuis le tragique incident. Je repensais aux visages des membres de ma famille: Eric et Ilda.

Mon visage se figa. Les larmes coulèrent, je ne pouvais plus les contrôler.

« Vous avez détruit ma vie. »


La triste vérité glaça cette journée de mai.

Je le pouvais, je le savais. Il suffisait juste de prendre son cou et de fracasser son beau visage contre les pierres. Mais quelque chose m’en empêchait. Un je ne sais quoi d’assez puissant pour freiner mon geste.

« Svanhilde, par les dieux, je t’aurai un jour, toi et ton ordure de mari. »

Mes pensées ne pouvaient s’empêcher de nager dans mon esprit.


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Ursula
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Impératrice Svanhilde
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Impératrice Svanhilde
Dim 5 Oct - 21:37
Svanhilde remarquait, savait des choses sans même s’en rendre compte. Ursula n’avait ni montré ni mentionné qu’elle ne pouvait marcher, mais le fait était venu aux oreilles de l’Impératrice, comme ça. Un tour de magie, un autre ! Coquine magie, qui faisait oublier certaines choses et surgir d’autres. Les évènements, les gens, tout ça était instable dans l’esprit embrouillé de la fée. Elle se souvenait de sa mère, de sa sœur, mais que lui était-il arrivé, l’année de son mariage ? Ça, elle ne saurait le dire. Encore faudrait-il qu’elle se pose la question.

Tout le monde en France pleurait. La reine Ronce avait pleuré devant elle. La sorcière pleurait devant elle. Les larmes venaient facilement, sur ces terres à peine éveillée. Svanhilde, néanmoins, était dénuée d’empathie. Ses gènes féériques auraient du la faire trembler, l’attrister pour la jeune femme infirme et triste, mais la magie l’en empêchait. La magie jetait au loin l’horreur et la tristesse.

« Rien ne se détruit, Hjertet, tout se transforme. »

Une phrase bien scientifique de la part d’une des plus puissantes entités magique d’Europe. Elle sortit de sa manche, dans un geste mécanique, un foulard de soie aux broderies féringiennes et le posa sur les doigts longilignes de la sorcière. Elle ne s’offusquerait pas, si la pauvre sans jambe le rejetait. Ce n’était qu’un bout de tissu, offert par politesse.

« Par les dieux ! Quels dieux ? Vous enverrez-nous de puissants Jotünn pour faire sombrer dans la glace notre Hildegarde ? Réveillerez-vous l’impitoyable Surt pour que nos terres soient brulées et se meurent ? »

Svanhilde était une femme réservée. Avec les années, elle avait appris à ne pas toucher les autres. Ils ne supportaient pas les illusions, ils n’arrivaient pas à les comprendre. L’Impératrice non plus, mais elle y vivait, et y vivait bien. Son mari n’y était pas une ordure. Ce n’était pas non plus un homme impitoyable dont la vitalité se basait sur son l’étendu de son règne. Elias avait toujours été plus doux avec elle, plus patient. Elle voyait en lui un homme fort, un gouverneur qu’elle pouvait aider en lui offrant toute sa magie. Au risque de perdre la raison. Il avait altéré son esprit avec ses puissants sortilèges, mais Svanhilde avait confiance en lui. Elle l’aimait, mais pas comme l’on aimait un amant. Son amour était celui d’une épouse, fort et innocent.

L’Impératrice, yeux clairs baissés sur la bannie, tendit ses mains gantées de dentelle.

« Marchez avec moi. »

Suffisait d’y croire un peu… Ou de plonger dans ses illusions avec elle.
Impératrice Svanhilde
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Ursula
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Ursula
Ven 10 Oct - 22:32
L’impératrice ne semblait pas très bien comprendre la situation. Je ne pouvais ni me lever ni marcher avec elle. Je ne pouvais bouger de mon trône de fer. Mais à peine les mots dits, une vague fracassa le sol de la grotte et brouilla un instant ma vue. Et me levant parmi l’écume, je ressentis la sensation légère et douce de mes pieds se mouvant sans aucun problème sur le sol mouillé.

Malheureusement, je ne pouvais m’empêcher de penser que Svanhilde préparait un mauvais plan contre moi. Je me trouvais sûrement dans une de ses illusions maléfiques. Ma méfiance m’handicapait sans doute plus que mes jambes. Toujours est il que je marchais parmi les pierres.

« Vous savez très bien pourquoi nous ne pouvons pas nous entendre, alors je ne poserai la question qu’une fois. Que venez vous faire ici ? C’est pour me ramener à Elias ? Vous servir dans votre palais d’or ? »

Le fait d’apporter des mets délicieux à la table impériale me donnait la nausée. Rien n'était plus fourbe que de servir son pire ennemi. De plus, il était aisé d’empoisonner la nourriture. De l’arsenic dans du saumon, de la cyanure dans le daim. C’était sans compter sur la présence des goûteurs et si l’un deux mourrait l’on accuserait la cannibale tueuse d’innocents et de fiancée royale.

« Comment va Askeladd ? La dernière que je l’ai vu il était dans un état second. »

Pourquoi ne pas me défendre en attaquant directement sur un sujet sensible ? Ma mésaventure avec Askeladd avait sûrement trouvé grâce aux oreilles de l’impératrice. Et de toute façon ce n’était pas tous les jours qu’un prince héritier avait pour maîtresse la femme bannie par son propre père.

Spoiler:
 
Ursula
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Impératrice Svanhilde
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Impératrice Svanhilde
Sam 22 Nov - 15:03
Les douces mains de Svanhilde se refermèrent sur ceux de la sorcière. La tenir pour ne pas qu’elle ne flanche, qu’elle s’écroule contre les pierres. Le danger ? L’Impératrice ne le voyait pas, il était éternellement renié par sa magie. Magie qui ne semblait pas lui donner beaucoup de chance de survie, magie qui voulait protéger son pauvre esprit de femme. La fée amena la sorcière un peu plus loin dans la grotte, lui faisant mettre un pied devant l’autre. Difficilement, car Ursula n’y croyait pas, elle ne croyait pas en elle.

« Je pensais que vous étiez une sorcière… » Murmura l’Impératrice, jetant un regard interrogateur à celle-ci. « …Pas une servante. »

C’était de l’incompréhension. Svanhilde n’avait jamais rencontré Ursula, ne connaissait sa réputation que de nom. Mais comment pouvait-elle deviner que, précisément, cette sorcière-là, était une ennemie, une bannie ? Ses pensées déboulaient de raisonnements fantaisistes, dénuées de logique ou de rationalité. Elias aurait tôt fait de l’éloigner de la sorcière, mais savait pertinemment que sa petite épouse pouvait se défendre seule. Si elle en sentait le besoin.

« Askeladd se porte bien. Askeladd va toujours bien. »

Le second prince impérial était de ces hommes qui ne perdaient pas de temps à être malheureux. Une déception puis il retrouvait bien vite le chemin… de lieux peu fréquentables, dans son cas, même s’il se restreignait, par respect pour la Reine Ronce. Cela ne l’empêchait pas de s’ennuyer des maisons de jeux, là où il faisait des paris et remportait la cagnotte grâce à son don. Askeladd était un garçon chanceux.

L’illusion de ces jolies jambes fut rompue. Une voix, lointaine, hors de la grotte, venait de quémander haut et fort la souveraine. On venait la chercher, la trouver pour la ramener à Versailles. Avec suspicion, Svanhilde baissa les yeux sur la sorcière qui venait de s’écrouler au sol, démunie de ses jambes.

« Vous devriez faire plus attention, hjertet. »

Puis les pas de l’Impératrice s’éloignèrent, ses bas effleurèrent encore l’humidité de la grotte. Ses pieds glissaient contre les pierres lisses, elle y allait doucement, dignement, prenant soin de ne pas trébucher.
Impératrice Svanhilde
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Ursula
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Ursula
Sam 22 Nov - 16:15
La grande, la respectueuse, l’honorée Svanhilde, impératrice de la toute grande Scandinavie me narguait. Moi, la bannie, la traîtresse, la tueuse. Un sourire mauvais se dessina sur mon visage dure et froid.

« Je suis une sorcière. Jamais je ne vous servirai, vous et votre pitoyable petite famille. Elias va payer pour ce qu’il a fait. »

Par terre, tenue seulement par mes deux bras, je devais faire peine à voir. Je n’étais plus la belle femme qui tout le monde craignait. J’avais chuté de mon piédestal. Et il était temps pour moi d’accepter que cette femme s’était noyée dans les vagues du bonheur. Le malheur, comme une violente tempête avait tout balayé. Mais j’étais une femme forte. La mer ne se perd jamais face aux flammes, aussi immenses soient elles.

« Attendez avant de partir. J’ai un message pour Elias. »

Il devait savoir que j’étais toujours là quelque part, cachée dans l’ombre mais aussi tenace que la peste.

« Transmettez lui mes plus sincères amitiés. »

Etrangement, la brûlure si symbolique à mon bras s’éveilla, comme un rappel de l’injustice de l’empereur. Mais jamais je n’oublierai.

« Et embrassez bien Askeladd de ma part surtout. Je me demande si son si gentil père saura accepter la liaison qu’il a eue avec une ennemie du royaume. »

Un goéland entra dans ma grotte, hurlant à la mort et fouillant de son bec le cimetière de coquillages au sol. Il réussit à en sortir un poisson qu’il dévora de toutes ces forces et du sang sinua entre les failles des pierres.
Ursula
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Impératrice Svanhilde
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Impératrice Svanhilde
Jeu 11 Déc - 2:24
Pitoyable petite famille. Curieuse formulation, lorsque l’on s’adressait à la mère d’une des plus grandes fratries royales d’Europe. Svanhilde ne regardait même pas la femme tombée à ses pieds. Sans condescendance, loin de vouloir se faire hautaine, seulement… Elle ne semblait pas la voir, ou la remarquer. Perdue. Encore. Trop loin de la réalité. L’Impératrice suivait, en direction de la sortie, le relief des pierres qui formait le sol de la grotte. Ses orteils y glissaient lentement, habilement. Ses pieds, démunis, prenaient froid mais ce n’était pas ce qui allait achever la fée.

La mention de son cher et tendre la fit s’immobiliser. Sans se retourner, elle marqua dans son esprit les quelques mots. Le message sans doute ne serait pas délivré, Svanhilde l’aurait oublié. Elle ne retournait en Scandinavie que le mois prochain, après tout ! Ce fut le nom d’Askeladd qui la fit se retourner. Elle prit un long instant pour fixer de ses yeux bleus clairs la sorcière étalée au sol. Hélas, Ursula ne savait où frapper, tous les coups qu’elle portait s’écrasaient à côté de l’Impératrice. La toute petite Impératrice, naïve et tendre. Intouchable.

« Askeladd est un garçon chanceux. »

Combien de fois disait-elle cela ? Le second fils impérial avait beaucoup de chance, beaucoup trop. Il gagnait les jeux d’argent, survivait à n’importe quoi. Comme sa mère. Comme son père.

Quand Svanhilde quitta la grotte, elle fut recueillie par un garde français. Celui s’alarma en voyant l’état déplorable de la robe de l’Impératrice. Il avait entendu parler du comportement absent de la fée, mais ignorait comme réagir. Précautionneusement, comme s’il craignait qu’une brusquerie la fasse aller dans un état violent –qui sait ?- il la guida jusqu’à Versailles.
Impératrice Svanhilde
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Ursula
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Ursula
Jeu 18 Déc - 11:46
L’impératrice était partie me laissant seule sur la pierre froide. Elle s'en alla aussi vite qu’elle était venue. Sa visite avait été comme un coup de vent. Derrière moi, le goéland, hurlant et battant des ailes, se délectait de son poisson. Et à chacune de ses morsures dans la chair écailleuse de l’animal, mon esprit ne pouvait s’empêcher de penser que je n’avais pas mangé depuis deux jours. Ma discussion avec l’impératrice m’avait fait perdre mon temps.

« Il est temps de reprendre les choses en main. »

Rampant contre la pierre mouillée et atteignant mon trône de pierre, des pas précipités retentirent dans l’entrée. Une jeune fille d’à peine quinze ans fit son apparition. Elle semblait terrifiée et désespéré.

« J’ai besoin de vous. »

« Entre mon enfant, explique moi ton infortune. »

Elle me montra cependant l’entrée de la grotte hurlant qu’une dame de bonne famille l’avait vue rentrer. L’adolescente ne voulait pas que quelqu’un sache ce qui se passerait entre mes murs.

« Ne t’inquiète pas pour ça mon enfant. »

Son problème était simple. Sa mère était malade et son père, lassé par sa femme et l’ambiance morbide qui régnait dans sa maison, était parti. Elle cherchait un remède efficace pour guérir sa mère.

« Je dois avoir une potion quelque part, mais je dois te prévenir que le prix sera très élevé. »

L’objet le plus important à ses yeux était un minuscule dé à coudre qu’elle avait laissé chez elle. Un sourire malsain se dessina sur mon visage. Ce que je demandais allait être plus élevé. Le fait que Svanhilde soit venue me rendre visite m’avait rappelé à quel point sa famille m’avait humilié. Je devais faire des stupides contrats pour survivre. Je ne l’oublierais jamais. Le goéland rassasié s’envola dans le ciel nocturne.

« Approche mon enfant que je vois tes belles joues. »

FIN

Ursula
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