[Année 0004] En pleine mer

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Orphée
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Orphée
Mar 2 Sep - 21:42
Après les évènements dans l'opéra, il ne s'était plus rien passé d'intéressant dans la vie d'Orphée.

Toujours libre de ses mouvements : aucune police ne l'avait pris en chasse, comme aucune connaissance ne s'était jointe à lui. Sa liberté était devenue en quelque sorte ses chaînes.

Il avait alors erré sur les routes. Le dos voûté, son long manteau noir sur ses épaules. Recouvrant son bras droit d'androïde pulvérisé. Sa large capuche dissimulant dans ses ombres la peau grise et le faciès de crâne humain.

Il avait marché et marché. Il avait évité les villes, évitant ainsi de se sociabiliser. Soudainement, il avait perdu le goût à la Vie. Déjà qu'il n'y prenait pas grand plaisir auparavant, le voilà qu'il était devenu une loque. Sans espoir de trouver un terrain de jeu. Sans volonté pour retrouver son grand Amour : la Mort elle-même.

Un jour, il était entré dans une ville. Il ne l'avait pas détaillé. Il ne savait même pas pourquoi il y était. Comme un somnambule, il s'était dirigé vers le port. Il s'était assis.

Il avait alors sombré dans les limbes de l'inconscience.

-

Désormais, il était à bord d'un navire, en route vers les pays de Scandinavie. Sur le pont, il se tenait le dos bien droit, le regard dirigé vers le futur. Devant lui se trouvait le début d'une nouvelle vie. Un objectif. De l'espoir.

Car il avait un Plan.

Un de ceux qui marquait l'Histoire.

Mais voilà que derrière lui, une personne se présentait. Sans se retourner, il demanda :

« Dans combien de temps arriverons-nous ? De grandes choses m'attendent là-bas. »
Orphée
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Iola McAllister
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Iola McAllister
Dim 7 Sep - 18:46
L'équipage et le bord étaient nouveaux pour elle. Encore un bateau de traversée. La navigatrice recherchait plus couramment les transports marchants, préférant éviter de jouer les bêtes de foire pour voyageurs -il était toujours relativement exotique de voir une femme à un poste de marin dans le trafic maritime officiel, et cette particularité lui valait en général un attrait dont elle se passait bien...-. Cependant, sa meilleure offre avait été cette traversée pour la Scandinavie, et connaissant une période de besoin, le contrat ne se refusait pas...

Le voyage avait débuté sous de bons augures et l'humeur de la navigatrice suivait le même schéma alors qu'elle calculait leur avancée ce matin-là. Si le vent qui gonflait leurs voiles se maintenait, ils pourraient même arriver avant la fin de la semaine!

L'équipage semblait bien tolérer sa présence; on lui avait épargné les piques habituelles quant à sa féminité et aucun des matelots n'était venu lui présenter des avances grossières. Elle pourrait bien se plaire à ce bord!

Elle en était à calculer le cap et à toucher un mot au barreur lorsqu'un passager l'aborda.
Fixant Orphée qui lui tournait le dos, la kelpie sourit en plissant les yeux d'une expression songeuse.

- Eh bien si nous gardons les conditions actuelles, je dirais dans quatre jours. Cinq si le vent baisse... Six ou sept si la météo se retourne contre nous, mais j'en doute.


Il eut été inconvenant d'interroger son interlocuteur sur les "grandes choses" qu'il venait d'évoquer, mais elle ne put cependant pas s'empêcher de le dévisager plus longtemps qu'elle ne l'aurait voulu, avec un certain malaise. Sa stature et son allure générale étaient pour le moins inhabituelles, et dégageaient une impression dérangeante. Elle l'avait déjà remarqué lorsqu'il était monté à bord, étreinte du même malaise.
Un étrange personnage... Qui en aurait sans doutes autant pour son compte s'il savait qui elle était!
Ne juges pas trop vite lui gronda sa conscience. Que savait-elle de lui après tout...? Et pour sa part, si son étrangeté à elle ne sautait pas aux yeux, elle n'en était pas moins réelle pour autant...
Cependant, Iola était femme à attribuer une certaine importance à ses intuitions, qui par ailleurs l'avaient rarement desservies, et qui lui soufflaient d'être prudente avec cet homme-là.

Essayant d'être agréable pour donner le change de sa propre impression, elle glissa une question sur le ton de la conversation -un art pour lequel elle n'était pas spécialement douée en général-.

- Votre voyage se passe t-il comme vous le souhaitez?

Une requête banale mais marquant une certaine bonne volonté. Et cela restait moins indiscret que de demander quel vent poussait cet homme curieux vers la Scandinavie...
La britannique se sentit peu charitable d'espérer ne pas recroiser ce passager une fois à terre. Pourquoi la dérangeait-il à ce point? Elle n'aurait su le dire.

Vieil automatisme qu'elle n'avait jamais su chasser, sa main droite jouait avec la fiole pendue à son cou, trahissant la préoccupation de son esprit. Relâchant sa bride, elle se força à croiser les mains dans le dos, guettant une réaction de son interlocuteur pour décider si elle pouvait ou non disposer...
Iola McAllister
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Orphée
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Orphée
Dim 7 Sep - 22:35
La femme faisait plus que répondre à ses questions. Voilà qu'elle essayait de lui faire la conversation...

*Donc, quatre jours encore au minimum... *

Orphée se trouvait toujours de dos à Iola. Plusieurs pensées occupaient son esprit. La majorité concernant son plan futur. Mais quelques unes, nouvelles, venaient de naître de cette rencontre imprévue.

Il décida alors de se retourner.

Enveloppée dans son long manteau de nuit, le visage gris d'Orphée restait en bonne partie dissimulée dans les ombres de sa large capuche. Toutefois, Iola pouvait maintenant apercevoir son faciès de mort. Dérangeant. Mais également son sourire. Charmeur.

« Pardonnez-moi ce manque de savoir-vivre, mais depuis quelques temps, je suis dans l'incapacité de distribuer des baise-main aux demoiselles telles que vous. »

Le bras gauche de chair sortit de derrière le tissu. Il vint se plier au niveau de son torse. Enfin, Orphée salua bien bas, pliant les genoux avec grâce.

« Je me nomme Orphée. Et pour répondre à votre question : oui, le voyage se passe comme je l'imaginais. Sans encombre et mortellement ennuyant. »

Un rictus étrange naquit sur son visage.

« Mais j'ai la douce sensation que cela va changer sous peu. »

Orphée avait toujours vécu en écoutant son instinct. C'était ce dernier qui lui permettait de découvrir les meilleures scènes de théâtre à exploiter, c'était ce dernier qui le dirigeait vers ces personnes qui avaient un « quelque chose de spécial ». Mais dernièrement, cet instinct l'avait fui. Non, il avait migré. Se trouvant quelque part dans son ventre, il était allé s'installer dans ce bras de fer inutile et en morceaux. Très récemment, il avait découvert l'origine de mouvements aux extrémités de ces doigts. Des doigts qui, selon les lois scientifiques et rationnelles, ne devraient pas bouger.

*Cette personne doit contrôler une forme de magie. Peut-être... Oui, peut-être qu'elle pourrait m'être utile. *

Ses yeux la détaillaient avec profondeur. Un sentiment de malaise pouvait naître chez les personnes visées. Le regard d'Orphée semblait être les scalpels de certains docteurs, pratiquant alors des autopsies... sur des corps encore vivant.

*Fais attention. Garde ton sang-froid. Ne provoque pas un spectacle alors que tu es seul, sans magie et à pas moins de quatre jours de la terre. Et donc de possibilité de fuite et de liberté. *

« Dites-moi, puis-je vous demander votre nom et par quel hasard une femme aussi jeune et belle que vous es devenue ce qu'elle est aujourd'hui ? N'y voyez pas là une agression. J'éprouve une fascination insatiable pour les femmes de grands caractères et toute personne sortant de l'ordinaire. »
Orphée
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Iola McAllister
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Iola McAllister
Ven 12 Sep - 21:45
Si Orphée était déjà impressionnant de dos, le voir se retourner demanda à la Kelpie une profonde maîtrise d'elle-même pour contenir sa surprise et son malaise, principalement à la vue du motif sur son visage.
Quel étrange énergumène décidément...

Pourtant, loin d'ouvrir la bouche à s'en décrocher la mâchoire, elle prit comme un défi de soutenir son regard sans rien laisser paraître. Son trouble était grand et croiser le regard de son interlocuteur accentua de beaucoup le malaise, cependant elle gardait fièrement le nez droit et la posture digne qui la caractérisait, ne cédant pas à l'inconfort.

La remarque d'Orphée sur le baise-main lui fit hausser un sourcil. De la part de quelqu'un d'autre, elle aurait probablement laissé entendre un petit rire sarcastique. Elle était plus habituée aux poignées de main viriles qu'aux égards féminins. Même si à une époque...
Chassant cette digression mentale, elle se contenta d'un petit hochement de tête compréhensif.

- Je vous en prie, je suis simplement un marin à ce bord, les formalités ne sont pas nécessaires.

Il avait un sens des convenances poussé presque à la prestation théâtrale, et la navigatrice, d'un fonctionnement plutôt simple cherchait dans ses lointains souvenir quelle réaction adopter et se contenta d'un sourire cordial.

- Enchantée de faire votre connaissance. Hum, j'imagine qu'il vaut mieux un voyage calme et légèrement ennuyeux... Mais le trajet passera rapidement vous verrez.

D'expérience, elle ne tenait pas vraiment à voir la traversée se corser, n'en déplaise à son passager. Les traversées calmes étaient un luxe que les marins considéraient toujours comme étant trop rares. Même si elle comprenait du point de vue d'un voyageur que le temps puisse sembler long...
La réflexion qui suivit lui fit dresser l'oreille. Que voulait-il dire par là?
Elle se garda bien de poser la question, mais supporta l'étude détaillée qu'il mena d'elle en la scrutant de la tête aux pieds. Une expérience peu agréable, mais qu'elle affronta avec une certaine insolence malgré le malaise, retournant à Orphée un regard direct autant qu'intense.
Ils pouvaient être deux à jouer à ce jeu-là. Iola ne baisserait ni ne détournerait les yeux, même si une partie d'elle en mourrait d'envie. Elle était une McAllister que diable! Et elle était une Kelpie.
Leur échange muet ne dura guère, mais la femme aurait pu jurer le contraire. Une vague de soulagement l'étreignit lorsqu'il la questionna, lui offrant un dérivatif.

- Mon nom est Iola McAllister. Et je travaille à ce bord en tant que navigatrice.

Une réponse calme, nette et sans le moindre tremblement de voix. Si les compliments ne semblaient la perturber ni en bien ni en mal, elle se fendit d'une jolie révérence à laquelle il ne manquait que l'ampleur d'une robe. Sans qu'elle ne baissa les yeux pour autant.

Elle vivait depuis longtemps dans un univers d'hommes, et elle avait fini par en adopter les codes pour sa propre survie. Non que l'humilité féminine lui soit entièrement inconnue, mais ce comportement ne lui correspondait pas, ni en caractère ni au choix de sa fonction.

Malgré elle, la kelpie ne put s'empêcher de glisser une remarque.

- Vous appréciez les personnes sortant de l'ordinaire... Mais vous-même ne semblez pas taillé pour le commun.

Dans la bouche de Iola, cela relevait d'une forme de compliment.
Iola McAllister
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Orphée
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Orphée
Sam 13 Sep - 9:11
*Pas tailler pour le commun des mortels ? C’est le moins que l’on puisse dire : hey hey ! *

A cette remarque de Iola, Orphée ne put s’empêcher d’afficher un grand rictus de plaisir. Il alla même jusqu’à faire une référence à celle qui venait de complimenter son ego. Et ça, il adorait. C’était comme vénérer une déité.

« Vous n’imaginez même pas à quel point vous avez raison. J’ai de si grands objectifs que je pense parfois être seul sur Terre. Comme si mon génie n’était égalé… »

Orphée aimait bien cette femme. Une femme qui pouvait soutenir son regard et le complimenter. Une navigatrice qui passait sa vie sur les océans. Elle devait en rencontrer des énergumènes allumés, des monstres de foire et des gens probablement doué de magie malicieuse.

Le bras gauche de chairs sortit de nouveau de dessous son long manteau sombre. Il vint caresser son bouc aux poils blancs plusieurs fois. Ses sourcils étaient froncés tandis qu’il réfléchissait.

« Dites-moi ma chère, vous arrive-t-il de rencontrer des personnalités au-delà de l’ordinaire ? Ou encore des géants, des monstres ou des êtres faits de métal ? »

Il voyait Iola McAllister d’un œil neuf. Un pion dans le jeu qu’il était en train de construire. Un maillon essentiel : un vecteur d’informations.

« Pardonnez ce qui doit être de la naïveté, mais j’ai vécu ces derniers temps éloigné de tous. Je ne suis plus au courant de rien de ce qui se trame dans le monde ? En savez-vous plus ? Y’a-t-il une révolution sur le point d’éclater ? Des avancées scientifiques majeures ? A moins que la magie ne recherche à retrouver la gloire de ses jours passés ? Peut-être même en s’alliant au fer de la science ? »

Une combinaison à priori impossible. En tout cas, chaotiquement instable. Il le savait pour l’avoir expérimenter lui-même. Un problème qu’il devait régler en priorité.

Il avait encore beaucoup de questions. Notamment au sujet de cette verrerie que Iola portait autour du cou. Mais il devait tout d’abord écouter et digérer les réponses. Peut-être seraient-elles d’une importance capitale ? Propre à amener encore plus de questions.

Orphée était excité par cette rencontre. Peut-être ne pourrait-il s’empêcher de faire éclater un nouveau scandale ?... A quatre journées de la terre. Piégé sur un bateau en pleine mer, sans soutien et sans magie.
Orphée
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Iola McAllister
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Iola McAllister
Dim 14 Sep - 20:44
Depuis qu'elle travaillait en mer, Iola était habituée à tous les comportements masculins les plus courants, mais peu de choses auraient pu la préparer aux répliques et au comportement d'Orphée, et son regard légèrement écarquillé témoignait de sa surprise.
Un génie inégalé... Ce n'était pas celui de la modestie.

Elle eut un sourire intérieur, mais préféra garder un profil humble et discret. Il la mettait un peu trop mal à l'aise pour qu'elle se permette une réflexion qui pouvait aboutir sur un comportement complètement imprévisible. Iola aimait l'idée -peut-être illusoire- de garder un minimum de contrôle sur les événements, et en l'occurrence, mieux valait d'abord savoir à qui elle avait affaire.
Après tout, pour ce qu'elle savait des génies, ils étaient rarement modestes... Et Orphée avait un profil assez atypique pour qu'elle s'y arrête.

Étrangement, s'il lui inspirait une méfiance farouche, il suscitait aussi un peu d'amusement et touchait une corde sensible chez elle: il était hors du lot. Et cela, elle ne connaissait que trop. Sans doutes leurs points communs s'arrêtaient-ils à cela, mais sur ce simple détail, il lui paraissait curieusement sympathique. Sur tout le reste, sa conscience était sur le qui-vive.
La question l'étonna et elle ne le cacha pas.

- Des êtres de métal...? J'ai entendu des rumeurs, comme tout un chacun, mais je n'en ai jamais vu de près... Quant aux être "hors norme"... Tout dépend de ce que l'on entend par là...

L'interrogation d'Orphée la mettait dans une posture délicate. Elle-même était un monstre selon pas mal de critères humains, parce qu'elle n'était précisément pas vraiment humaine en dépit des apparences. Mais elle n'était pas pressée de le révéler ni à Orphée, ni à qui que ce fut du reste.
Si quiconque devait savoir ce qu'elle était, c'en serait fini de sa vie actuelle. Fuir, se cacher, se faire oublier tant pour éviter la peur que la convoitise, elle l'avait déjà fait et ne tenait pas à recommencer.
Inconsciemment, elle se rembrunit et se ferma de manière un peu plus voyante qu'elle ne l'aurait voulu.

- Si ce n'est pas indiscret, pourquoi cette question? Êtes-vous en quête d'êtres fabuleux?

Si tel était bien le cas, mieux vaudrait que leurs chemins se séparent le plus tôt possible... L'idée que des monstres et des êtres mythiques puissent être recherchés, par un homme étrange de surcroît n'allait pas pour la mettre en confiance.
Cependant, bon sang d'écossais ne fuyait pas le danger!
La réplique suivante la vit se détendre quelque peu, même si elle demeurait à l'évidence dans une attitude prudente.

- Je ne suis qu'un marin, et s'il est vrai que j'ai beaucoup voyagé, vous seriez déçu de constater à quel point c'est une vie plutôt... banale.

"Banal" n'était pas le mot juste, mais Iola voulait insister sur le peu de confrontation avec quoi que ce fut qui eut pu être classé "extraordinaire". Une déclaration en partie vraie, en partie fausse, mais la kelpie était incapable de mentir complètement et préférait esquiver.

Les questions fusèrent, et elle resta un instant interdite à méditer une réponse, tandis que ses yeux au vert intense scrutaient Orphée, cherchant à le percer à jour. Par les neuf enfers, à quoi rimait tout cela?
Finalement, après quelques instants, elle haussa légèrement les épaules.

- Je doute être la personne la plus à même de vous renseigner, car je sais en vérité assez peu de choses des situations de ce monde. Mon horizon à moi est fait de voyage, de cartographie céleste, et de météorologie, ce genre de choses... Sans doutes en savez-vous autant que moi sur les sujets qui vous intéressent.

Une fois encore, elle choisissait l'évitement, sans mentir tout à fait: elle savait peu de choses, mais n'était pas disposée à s'ouvrir sur ce qu'elle connaissait de l'état politique et magique du monde sans avoir cerné son interlocuteur au préalable. Ceci étant, elle ne lui aurait probablement rien appris de capital.
Avant de lui accorder des confidences, elle devait déjà définir si elle se fiait assez à lui pour s'aventurer en terrain glissant. Elle voulait avant tout comprendre ses motivations et trancher par la suite...
Iola McAllister
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Orphée
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Orphée
Dim 14 Sep - 22:01
Orphée était mécontent. Il ne l'affichait pourtant pas. Iola semblait éviter ses questions par des réponses évasives. Il en eut la confirmation lorsqu'il vit son visage imperturbable se rembrunir et lui poser la question. A savoir s'il était en quête d'êtres fabuleux.

« Je suis effectivement en quête de ceux qu'on rejette. De toutes ces personnes qui sont haïes, parce que différents, parce qu'incompris selon les critères du plus grand nombre. »

S'il y avait bien une chose que détestait Orphée, c'était l'uniformité.

Il se retourna et se rapprocha de la barrière de sécurité du bateau. Il posa sa main de chairs sur la rambarde. Son regard explorait l'immensité aqueuse, lorsqu'il reprit la parole :

« Ma chère, soit vous vous mésestimez. Ce que je ne pense au vu de votre position dans la hiérarchie et de votre maîtrise de vos sentiments. Soit vous me dissimulez des informations au vu de mon étrangeté. »

Orphée se retourna, écartant grand son bras valide, affichant un sourire d'enfant.

« Ce que je peux parfaitement comprendre ! Effectivement, il n'y a qu'à me regarder pour comprendre que les mères ne se sentent pas rassurés lorsque je passe à côté de leurs enfants. »

Ce sur quoi il rigola. Un rire franc. Mais un rire qui faisait également froid dans le dos. Il était aisément imaginable de voir Orphée kidnapper toute une bande d'enfants, en jouant d'une longue flûte, dans une petite bourgade d'Allemagne...

Iola semblait passer tout son temps en mer. Prenant en compte cette donnée, et en l'ajoutant avec le fait qu'elle commande les marins, il était facile d'imaginer qu'elle était une solitaire. Une femme qui avait commande sur un bateau et qui connaissait les itinéraires marins européens était plus qu'intéressant.

Alors qu'il cherchait un bon sujet de conversation qui l'amènerait à des réponses stratégiques pour lui-même, Orphée repensa à la remarque de Iola selon les androïdes.

« Alors comme cela, vous n'avez jamais rencontré d'androïde ? Pourtant, j'ai entendu dire qu'ils avaient été au cœur de tous les canards et de toutes les rumeurs. Je crois même que beaucoup ont fui vers le nouveau continent. Permettez-moi donc de conclure que vous en avez forcément côtoyer quelques uns. Aie-je tort ? »

Si cette piste ne fonctionnait pas, Orphée essaierait d'explorer celle de la fiole accrochée en collier. Il le regarda non discrètement, essayant d'amener Iola à en dire plus. Sans qu'elle ne s'en rende compte. C'était de la manipulation. Et Orphée était très bon à ce petit jeu-là... Cette fiole était forcément importante. C'était le seul objet de valeur qu'elle affichait.
Orphée
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Iola McAllister
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Iola McAllister
Lun 15 Sep - 19:16
La navigatrice médita ces propos un instant en silence.
"En quête de ceux que l'on rejette, haïs pour leurs différences." Eut-elle été plus jeune, cela aurait probablement exalté son idéalisme. Mais arrivée à son expérience actuelle, elle restait prudente.
Elle répugnait au mensonge au point qu'il lui était viscéralement pénible de mentir.
Cela ne signifiait pas qu'il en allait de même pour tout le monde, et elle n'avait que la bonne parole d'Orphée comme gage de confiance. Compte tenu de date encore toute fraîche de leur rencontre, c'était insuffisant pour la pousser aux confidences.
Elle marqua cependant une mine plus affable, lui accordant une certaine bonne foi.
D'un ton innocent, elle glissa alors la question qui hantait ses pensées.

- Je vois, une noble cause en sommes. Mais que ferez-vous de tous ces êtres à part une fois que vous les aurez trouvé?

Il n'était certes pas obligé de lui dire la vérité. Mais elle n'était pas non plus obligée de lui répondre. Ils jouaient tous les deux à un jeu de bluff à la fois palpitant et frustrant, avançant à tâtons. Iola voulait jauger le personnage avant de décider quoi faire. Eut-il été un homme des plus ordinaires, elle en aurait fait autant. C'est par le secret qu'elle avait toujours assuré sa sécurité, comment trahir sa règle d'or dans un dialogue à brûle-pourpoint avec un homme encore étranger?
La réplique à propos de son statut au sein du navire et des motivations à ne pas répondre la piqua au vif, et elle plissa légèrement son regard au vert incroyable.

- Non, vous faites erreur sur un point. Admettons que je sache quelque chose à même de vous intéresser, que diriez-vous d'une femme capable de brader une information aussi délicate à l'égard d'un inconnu ou presque, d'une personne dont les motivations profondes restent un mystère? Admettons que je sache quelque chose, que je connaisse des personnes "à part" comme vous dites, ne pensez-vous pas que ce serait une forme de trahison que de révéler leur existence si cavalièrement? Comme vous l'avez dit, il est facile de haïr et de rejeter quelqu'un pour sa différence. Si certains sont parvenus à se fondre dans la masse, ne serait-il pas malhonnête de vendre leur secret? Bien évidemment, sous condition de le connaître...


Parfaitement maîtresse d'elle-même, elle maintenait le conditionnel, l'hypothétique. Être plus catégorique l'aurait contrainte à finir par avouer. Rester dans l'expectative permettait de débattre.
Son regard s'éclaircit légèrement alors qu'elle scrutait Orphée sans détour, droit dans les yeux.

- S'il est vrai que votre présence ne me met pas forcément très à l'aise, je n'irai pas pour autant tirer la conclusion que vous êtes dangereux pour qui que ce fut. Ce que les mères ressentent en vous voyant passer près de leur rejetons n'engagent qu'elles. Moi, ce qui m'intéresse, c'est comprendre pourquoi cet intérêt pour les êtres hors norme.

Elle soutint son éclat et rire sans broncher ni frémir, malgré la sonorité un peu sinistre qu'Orphée lui donnait. La navigatrice tiendrait bon, elle y était farouchement déterminée. Ne rien dire à son insu, surveiller chacun de ses mots, chacune de ses réactions, et étudier les réponses et l'attitude d'Orphée. L'exercice promettait d'être éprouvant, mais ce ne serait qu'à cette condition qu'elle pourrait déterminer si elle pouvait ou non répondre à toute ses questions.
Le retour du sujet à propos des androïdes la fit grimacer intérieurement et renforça son qui-vive. Pourquoi une telle obsession pour ces êtres? Oh, elle savait parfaitement que les androïdes n'étaient vus d'un bon œil par tous, que certains étaient prêts à les exterminer sans vergogne en les considérant comme une vermine, un mal honteux.
Elle afficha pourtant un détachement stoïque à la question.

- Je pense en avoir croisé à mon insu, c'est possible, mais comme je vous l'ai dit, je n'en ai jamais vu de près, pas en étant pleinement consciente de leur identité du moins.

Les mots étaient choisis, et elle préférait "identité" à "nature" pour marquer sa prise de parti: pour Iola, les androïdes étaient des personnes, différentes, mais tout aussi méritantes que quiconque.
Elle esquivait aussi habilement son passage en France, l'attentat subi par Ronce, le responsable qu'elle avait coursé sans jamais l'atteindre, le nom qu'elle avait entendu alors: Gepetto Baratini.
Tout cela ne la regardait pas, et elle ne tenait pas à s'inviter dans l'équation.
Son regard revint chercher celui d'Orphée, non sans un certain malaise. Pourtant, elle avait presque l'impression de s'habituer à sa particularité, de commencer à en faire abstraction. Il lui restait difficile pour autant de décrypter à son regard un indice sur ses intentions, ou le fil de ses pensées...

L'Ecossaise finit par réaliser que le regard d'Orphée ne suivait pas le sien, mais glissait un peu plus bas... Au niveau de sa bride. Un frisson glacé la parcourut entièrement, et elle passa la fiole de verre dans le col de sa chemise en accordant à son interlocuteur une œillade moins amène.
Manifestement, l'attention soutenue d'Orphée sur l'objet la dérangeait beaucoup.

- Quelque chose vous chagrine?


Chagrinée, c'était elle qui l'était, de se sentir obligée de poser cette question. La conversation allait forcément dériver sur son pendentif, et vu son problème avec le mensonge, les prochains échanges risquaient d'être pénibles...
Iola McAllister
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Orphée
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Orphée
Lun 15 Sep - 23:40
Encore une fois, Orphée revint lisser son long bouc blanc. Il y avait beaucoup de choses intéressantes dans ce que disait Iola. Sa façon de parler, ses informations à moitié révélées : tout cela était autant de pistes à creuser. Mais là était le problème : par quoi commencer ?

« Que ferais-je d'une armée d'êtres hors-norme ? »

A cet instant, Orphée réalisa une chose. Lui qui voulait devenir le Roi des Souterrains, celui qui avait le contrôle sur toute l'Europe dans les ombres...

Orphée voulait une guerre.

A cette pensée, il ne put s'empêcher de faire naître un nouveau rictus. Effectivement, jusqu'à maintenant il n'en était pas conscient. Toute cette vaste opération n'avait été dicté que sur des objectifs à courts : réparer son bras, trouver une formule alchimique combinant le fer de la science et la magie des fées, etc. Mais à long terme : il y avait la guerre.

*Après tout, n'y a-t-il pas plus belle pièce de théâtre que les histoires où il y a de la violence ? N'est-il pas exaltant d'en venir à contrôler des millions et des millions de gens du commun, de monstres et de génies ? *

Une multitude de scénarios prenaient vie dans la tête du criminel. Des ramifications plus intéressantes les unes que les autres s'étiraient et digressaient dans tous les sens. Toutes ces pensées résultèrent d'un long silence. Qu'il finit enfin par briser :

« Excusez-moi. Je réfléchissais au futur. »

Les yeux de Iola étaient magnifiques. Orphée se dit qu'avec un léger masque de mort sur le visage : elle deviendrait exquise et délicieuse.

« J'entends que vous n'êtes pas sotte. Votre loyauté est bien placé. Votre langue est bien exercé. Je dois avouer que plus je parle avec vous, plus j'apprécie cette échange verbale. Il devient si rare de nos jours de trouver de l'intérêt dans les mots. Beaucoup préfèrent s'imaginer dans l'action. Mais je trouve que tout cela n'est que débauche d'énergie inutile et fatigante. »

Orphée siffla légèrement entre ses mains. Une nouvelle fois, son système nerveux lui faisait croire que sa main droite le grattait : des sensations de fantôme. Il n'y avait plus que du fer inutile à cet endroit-là.

« J'entends dans les espaces entre vos mots que vous connaissez des personnalités comme je recherche. C'est très intéressant. Rien que de savoir cela me contente pour le moment. Je comprends aisément qu'il me faille gagner votre confiance pour en apprendre davantage. La question est donc de savoir : comment ? »

La fiole se dissimula dans la chemise de Iola. Orphée la regarda à nouveau et ajouta :

« Toute cette conversation est exaltante mais, entre l'atmosphère iodée et la perte de l'habitude, ma langue s'épuise et se dessèche. Pourriez-vous donc me prêter cette fiole autour de votre cou pour que je puisse me désaltérer ? A moins que cela n'ait une autre fonction ? Peut-être un objet magique vous octroyant des dons propre à la navigation ? »
Orphée
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Iola McAllister
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Iola McAllister
Mar 16 Sep - 18:04
Toujours concentrée sur leur échange, la Kelpie réprima un tic de surprise lorsqu'Orphée lâcha le mot "armée". Ce n'était pas quelques êtres fabuleux qu'il souhaitait rencontrer, mais une armée qu'il désirait forger. De gré ou de force? Iola n'avait pas de maître mais en avait eut jadis, et ne tenait pas à renouveler l'expérience. Elle ne souhaitait pas non plus en devenir un à son tour. La liberté était à ses yeux un bien trop précieux pour que l'on en prive qui que ce fut.
L'idée d'une cohorte de créatures fantastiques suivant Orphée la dérangeait, soulevant de nouvelles interrogations, et de nouvelles craintes. Pourquoi? A quoi rimait une telle quête?
Compte-tenu de l'ego de son interlocuteur, dont elle avait vaguement entrevu quelques aspects, elle se demanda si ce projet servait ou non un intérêt personnel.
Par quoi était-il motivé? Idéalisme? Curieusement, elle en doutait. Vengeance? L'idée ne lui semblait pas convaincante non plus. Ambition? Peut-être... Restait à trouver de quelle nature, en admettant qu'elle ne fasse pas fausse route...

Durant de longues minutes, ni l'un ni l'autre n'échangèrent une parole, méditant les déclarations de l'autre. Iola était consciente qu'il l'étudiait, autant qu'elle-même pouvait le faire à son compte, et s'efforçait de ne pas marquer de réaction. Mais intérieurement, l'angoisse montait.
S'il découvrait qui elle était? Non, il ne pourrait pas le deviner, du moins pas sans connaître un minimum les Kelpies -et elle priait pour que ce ne soit pas le cas-. Mais en admettant qu'il y arrive, chercherait-il à l'enrôler? A la contrôler? Elle ignorait si le libre-arbitre avait sa place dans les projets d'Orphée.
Et cela la dérangeait beaucoup.

Pourtant, elle s'efforçait de donner le change en adoptant une attitude désinvolte qui lui allait plutôt bien. S'accoudant au bastingage, elle sourit.

- Le futur?

Elle préféra laisser ces deux mots en suspend, comme une invitation à parler de cet avenir évoqué.

Une langue exercée hein? Elle sourit à cette réflexion. A vivre dans un univers plutôt rude avec les femmes qui ne suivaient pas les bons schémas, avec en plus la croix d'une nature hors norme, aiguiser son esprit et ses propos était devenu sa première ligne de défense, et sa meilleure approche du monde. Cependant, elle ne s'attendait pas à voir cette caractéristique vantée et pour toute réaction, considéra un instant Orphée avec un vague étonnement. Un très léger sourire en coin vint étirer ses lèvres.

- J'apprécie également cette discussion. Je la trouve très intéressante. Mais je n'irais pas moquer pour autant le choix de l'action. Je le pense complémentaire de la réflexion. Le plus sage d'entre les sages peut avoir les meilleurs des raisonnements, ils sont caducs s'ils ne sont pas mis en application. Réflexion et actions se complètent et s'équilibrent, du moins me semble t-il...

La navigatrice lui était reconnaissante de lui permettre cette légère digression, espérant emmener Orphée sur un sujet qui lui permettrait peut-être de le comprendre et de le cerner un peu mieux. Il en revint cependant aux êtres fabuleux, ce qui, à défaut de surprendre Iola ne lui était guère confortable. Pour toute réponse, elle haussa les épaules.

- Peut-être bien que oui, peut-être bien que non.
Une réponse de Normand que l'Ecossaise affectionnait particulièrement. Lorsque son compagnon lui demanda comment gagner sa foi, elle resta un instant silencieuse, le regard perdu dans ses pensées, avant de relever les yeux vers lui.

- En étant honnête, en me laissant comprendre le rôle des personnes que vous recherchez dans vos desseins. De vous à moi, je ne peux vous promettre quoi que ce fut, car après tout, il est possible que vous soyez déçu de ce que je pourrai vous révéler. Mais c'est une affaire de principes. Si je devais engager une autre responsabilité et une autre vie que la mienne, je crois qu'il serait légitime de savoir pour quoi.

Cela ressemblait fort à des aveux, mais il l'avait déjà percée à jour sur ce point-là, et à ce stade de l'histoire, il était inutile de rappeler la médiocrité d'Iola au mensonge. Une autre croix à porter...

Comme elle s'y attendait, l'intérêt de l'homme aux cheveux blancs et au faciès mortuaire s'attarda sur sa bride. Tentant avec plus ou moins de succès de ne rien laisser paraître de sa nervosité, la navigatrice lui tendit la gourde qu'elle dénoua de sa ceinture.

- Si vous avez soif, cette eau-là devrait mieux convenir selon moi. J'ignore même si celle de mon talisman est potable, et compte-tenu de la quantité, cela ne suffirait pas à vous désaltérer...

Sentant qu'il n'abandonnerait pas, elle le défia du regard, lâchant une explication laconique.

- Cet objet a du sens pour moi, mais pour n'importe qui ignorant sa symbolique, ce n'est qu'une breloque. Il me vient de ma mère et j'y tiens beaucoup.

Si c'était vrai, ce n'était pas l'entière vérité pour autant, mais Iola n'aurait pas révélé même sous la torture les vertus et propriétés de ce qui était d'une certaine manière la clé de son âme, de ses pouvoirs et de son libre-arbitre... L'évocation de sa mère l'étonna elle-même. Depuis quand n'avait-elle même plus fait seulement allusion à Moïra? Laquelle aurait bien à redire de sa tête brûlée de fille si elle avait assisté à la scène...
Iola était une Kelpie, mais elle avait en bonne proportion du sang humain. Elle avait hérité de cette branche de ses origines son côté indépendant et aventurier. Mais avec l'aventure venait souvent le danger...
Iola McAllister
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Orphée
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Orphée
Jeu 18 Sep - 18:53
Orphée accepta la gourde et en but une longue gorgée. Il lui retendit l'objet et dit :

« Les objets n'acquièrent de l'importance qu'une fois qu'ils ont une histoire. Les êtres humains sont comme cela : ils donnent de l'importance à ce qui est banal. De cette façon, il pense se créer des liens, des choses uniques. Il déforme son univers pour accepter le fait qu'il n'est rien. Rien qu'une brume grisâtre et l'ennui. »

Plissant les yeux et lissant son bouc blanc, Orphée se demandait si le moment de la grande révélation de la scène finale était venue. La pièce qu'il venait de jouer avec la navigatrice l'avait ravi. Désormais, il devait bien se l'avouer, il s'en fichait de savoir si ce qu'il allait dire allait mener à de l'incompréhension, de la douleur ou la mort.

*Ma mie, l'heure est peut-être pour moi venu de te rejoindre. Tu me manques tellement... *

Orphée éprouvait un réel amour pour la Mort. Des sentiments irrationnels faisant naître des desseins hors-du-commun.

« L'honnêteté n'est pas toujours ce que l'on aimerait entendre. Mais il semble que vous y accordiez grande importance. De plus, je commence à avoir la sensation que notre conversation commence à se mordre sa propre queue... »

Alors, pour accompagner le début de son explication, il fit glisser son manteau noir sur son épaule droite. Très vite, le tissu dégringola sur un bras de métal.

En très mauvais état.

« Dans un premier temps, si je recherche des êtres fabuleux, c'est pour faire réparer ce bras androïde. Pour accomplir ce prodige, je vais m'entourer d'un groupuscule de personnes aux capacités spéciales. Par exemple, si je me retrouve sur ce bateau en direction de la Scandinavie, c'est dans l'intention de débusquer un Troll et d'en faire mon garde du corps. »

Bizarrement, malgré les liaisons mécaniques hors d'usage, les doigts d'Orphée étaient parfois animés de quelques soubresauts.

« Intéressant, n'est-ce pas ? J'ai remarqué il y a quelques temps que lorsque ce bras qui ne devrait plus bouger bouge, c'est qu'il y a un être magique proche de moi. »

Orphée fit un pas vers Iola. Il se trouvait maintenant dans la zone intime de la navigatrice. Un espace où l'on se sentait directement agressé par un inconnu. De plus, la main d'Orphée connut un nouveau soubresaut. Plus violent.

« Vous voyez ? Je crois bien que vous me cachez quelques habiletés. J'ose espérer qu'après vous en avoir raconté autant sur mes plans, vous accepterez de m'en divulguez plus sur votre personnalité. »

Ne voulant pas attirer l'attention des gens du commun et des marins solitaires, Orphée replaça son long manteau sombre sur son bras de métal. Il s'était assez exhibé pour cette journée. A priori...
Orphée
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Iola McAllister
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Iola McAllister
Sam 20 Sep - 20:22
Elle médita les paroles d'Orphée, se détendant quelque peu et finit par hausser les épaules.

- Vous avez sans doutes raison, mais ne vaut-il mieux pas être heureux, même si ce bonheur se base sur une illusion?


Mieux valait ne pas exprimer sa pensée profonde, qui allait dans le sens de dire que les choses étaient certainement plus compliquée que cela. Certains objets pouvaient déterminer de la vie d'une personne, de sa liberté, de son libre-arbitre... Et songeant à cela, elle se fit violence pour ne pas réagir vis à vis de son propre pendentif.

L'honnêteté n'était effectivement pas une qualité prisée par tous, et, par une belle ironie du sort, Iola, si droite et si franche était la première à tricher avec la vérité en dissimulant sa vraie nature. Elle avait pleinement conscience de ce paradoxe, tout en le sachant inévitable. Si le mensonge était à proscrire, tout n'était en revanche pas nécessairement bon à exprimer.

Passant sur cette réflexion intérieure, elle suivait attentivement la réponse de son vis à vis, portant le regard sur le bras qu'il lui révéla. Bien malgré elle, elle frémit et marqua une brève réaction de surprise.
Une telle chose était donc réalisable? Un membre artificiel -et qui jadis avait dû être en état de fonctionner- sur un être de chair et de sang... Mais l'était-il vraiment?
Finalement, elle en vint à prendre une mine songeuse.

- Je comprends... Toutefois j'ignore si mes connaissances puissent vous être une quelconque utilité pour ce faire.

Elle n'avait pas posé la question du libre-arbitre qui la taraudait depuis un moment. "Débusquer un troll et s'en faire un garde du corps" ne précisait pas en substance si la créature aurait droit de veto. Son regard émeraude scruta Orphée en coin. Elle n'était pas certaine de pouvoir jouer sa sécurité, sa survie et sa liberté simplement par sympathie pour un être à part. Son œillade dériva sur le bras qui semblait contre toute vraisemblance secoué de spasmes. Pouvait-on parler de spasmes sur un membre de métal?

La réflexion d'Orphée la fit tiquer. Touchée...
Même si c'était du bluff, il avait déjà compris ce qu'elle était. Cette idée la vit pâlir, et une frayeur authentique se peignit soudain sur ses traits.
Oh non, elle ne comptait pas revivre cela... En écho parfait avec son approche, elle voulut reculer... et sentit le bastingage dans son dos. Enfer!

Pourtant, malgré la peur qui déformait ses traits, une autre expression, plus forte vint prendre la relève: la détermination. Elle allait l'affronter droit dans les yeux et sans faillir.

- Je vois que je ne peux plus me défiler. C'est vrai, vous avez raison à mon sujet. Pour autant, c'est le secret qui m'a toujours permis de vivre normalement. Nous avons chacun notre croix, vous n'avez pas à craindre de vous afficher ouvertement car vous tenez les autres en respect par la méfiance, par la prudence que vous leur inspirez. Ce n'est pas mon cas. Ajoutez à cela que je suis une femme, ce qui est déjà une raison de devoir se défendre... croyez-moi, je ne fais pas parti des créatures qui peuvent s'afficher au grand jour. Pas pour le danger que je représente pour les autres, mais pour celui que les autres représentent pour moi...

L'esquive était difficile, elle ne comptait pas livrer tous ses secrets, et par dessus tout, elle devait garder les implications de son pouvoir pour elle-même. Orphée lui inspirait un mélange ambigu de sympathie et de défiance, une intuition profonde lui souffrait qu'il n'aurait pas forcément de scrupules à l'utiliser si cela pouvait servir ses intérêts.

Sans colère mais avec la fermeté d'un caractère bien trempé, elle soutint son regard, une expression bravache sur le visage.

- Je crois que vous ne me dites pas tout non plus Orphée. Par exemple, vous contenterez-vous d'enrôler les êtres que vous recherchez avec leur consentement, ou les ferez-vous vôtres de gré ou de force?

Ça y était, elle avait formulé tout haut le fond de sa pensée. Elle ajouta sans perdre en contenance.

- Ce que je suis et ce que je peux faire ne vous serait pas d'une grande utilité, mon don est plutôt banal et ne peut réparer votre bras.


Curieusement pour une fois, elle avait menti avec aplomb, peut-être parce que son instinct de survie était aux aguets. Peut-être aussi parce que la fin de ses propos, elle, était vraie. Son don ne pouvait réparer quoi que ce fut. Il était en revanche très loin d'être banal ou inutile.

Mais elle n'aimait pas ce soudain changement de comportement, cette proximité trop grande alertait sa conscience. Dire qu'il suffirait à Orphée de tendre le bras, de lui arracher la bride du cou pour que tout bascule pour elle. Au prix d'un effort presque pénible, elle s'obligea à ne pas prendre elle-même son pendentif pour l'éloigner. Si le réflexe était légitime, il n'aurait fait que renforcer l'intérêt d'Orphée pour cet objet, et au goût d'Iola, il y prêtait déjà une attention un peu trop soutenue...
Iola McAllister
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Orphée
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Orphée
Dim 21 Sep - 9:43
Le pas en arrière de Iola fit naître un nouveau rictus sur le faciès d'Orphée. Il avait gagné. Il l'avait « charmé ».

Il alla alors de l'autre côté du bateau. La distance n'était pas longue à franchir, mais elle était symbolique. Orphée n'était pas un tyran. Il lui redonnait sa liberté. Il faisait s'évanouir la pression qu'il lui avait collé à pénétrer brutalement dans son espace privé.

Il regarda quelques instants la mer, se retourna et dit :

« Depuis le début de notre conversation, vos mots défendent la Liberté. Ou peut-être préférez-vous appelez ça le « libre-arbitre ». Peu importe le terme, je comprends bien que l'idée d'être enchaînée d'une manière physique ou psychologique vous répugne. Naturellement, j'imagine que cela a un rapport avec votre passé. »

Sur le pont, il y avait un marin passant le balai. Ses yeux semblaient vides tandis qu'il exécutait sa tâche sans envie. Orphée se rapprocha de cet inconnu. Il dut lui toucher l'épaule de sa main valide et de chairs pour attirer son attention.

« Dites-moi mon brave, si je vous proposais de me rejoindre, le feriez-vous ? »

Le marin, gêné par le tatouage mortuaire, se gratta le derrière du crâne. Ses yeux fuyant de celui qui devait être fou. Il répondit tout de même :

« Bah, ça dépend. Ça paye bien ? »

Orphée rit quelques notes. Il se déplaça une nouvelle fois, se mettant entre Iola et le marin.

« Vous voyez ma chère, les gens du commun ne sont attirés que par les richesses qui empoisonnent. Si je tenais à enrôler cet homme, tout ce qu'il me suffirait de faire serait de trouver une source d'or et de la lui donner. De cette façon, je gagnerais à jamais sa loyauté. »

Le marin partit alors, comprenant fort bien le message muet des yeux désagréables de l'homme à la peau grise. Lorsque cela fut fait, Orphée se retourna face à Iola, et ajouta :

« Cet exemple peut paraître trivial. Banal car c'est celui du plus grand nombre. Les êtres humains errent sur cette terre. A moins qu'ils ne dérivent sur les mers. Mais le point important est : ils n'ont pas de but dans la vie. Certains comblent le vide en fondant une famille. Mettant alors toute leur énergie à assurer la survie des gênes. D'autres, comprenant que l'existence est vaine, mettent leur rage au service du chaos, et deviennent ainsi des criminels. »

La main de chairs vint alors caresser la joue de Iola. Elle descendit ensuite dans le cou pour aller se saisir de la fiole et la sortir de dessous ses vêtements.

« Cet objet est bien plus joli lorsqu'il est exhibé. »

La tension nerveuse était grande quand il était question de cet artefact. Intéressant.

« Pour en revenir à votre question, je n'enrôlerais personne de force dans ma Quête. Je les charmerais peut-être, les hypnotiserais ou leur promettrais ce qu'il désire. Mais tout cela ne durera que le temps de leur faire comprendre. Leur faire comprendre que je suis un être hors-du-commun qui sait ce qu'il fait sur cette terre. Un homme avec un objectif. Il n'y a pas plus puissant. Les êtres que je recruterais seront spéciaux. Des êtres uniques. Des êtres avec des compétences particulières. »

Un nouveau rictus. Un nouveau pas entrant dans la zone privé de Iola.

« Ils se rallieront à moi comme vous vous êtes ralliée à moi. Ne le déniez pas, vous m'avez déjà offert votre pouvoir et votre réseau d'informations. Vous vous cachez encore derrière l'excuse que ce que vous avez à offrir est inutile. Mais il ne vous reste plus qu'une seule petite barrière à détruire pour être complètement honnête. »

Il recula, relâchant la pression.

« Et comme vous le savez, je ne vous ai pas enrôlé de force. Vous avez compris, peut-être pas encore lucidement, mais vous avez compris que vous deviez. »
Orphée
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Iola McAllister
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Iola McAllister
Lun 22 Sep - 19:25
Perturbée, elle ne savait plus que penser de l'attitude d'Orphée, si ce n'était qu'à son endroit, la méfiance avait complètement pris le pas sur la sympathie. Quel jeu jouait-il? Il avait beau en dire beaucoup, il ne révélait pas grand-chose. Elle ne pouvait que supposer des rêves de grandeur, sans réellement en imaginer la teneur. Mais plus leur entrevue avançait, plus son malaise grandissait, autant que la conviction d'être un pion sur l'échiquier. Et cette idée lui déplaisait fondamentalement.

Elle croisa les bras lorsqu'il joua aux devinettes.

- C'est possible. Mais il est aussi possible que cela fasse partie de ma nature. Oui, je défends la liberté, parce que c'est la seule chose que nous ayons, qui que nous soyons, et c'est sans doutes ce que nous avons de plus précieux.

Oui, elle en avait été privée assez longtemps pour le savoir d'expérience. Et pour ne plus vouloir plier le genou devant qui que ce soit. La kelpie fronça les sourcils lorsque l'homme au masque mortuaire aborda un des marins pour lui demander ses services, cherchant à comprendre ce qu'il voulait prouver.
La soif de richesse? Admettons. Mais elle n'était pas la motivation de tous, Iola en était le plus criant exemple, suivant le gré de ses envies plutôt que l'appât du gain. Et s'il était vrai qu'elle vendait ses services aux équipages, elle s'en réservait le choix et un droit de veto.

Le chapitre sur le but de l’existence vit croître sa gravité. Elle n'était pas d'accord, mais préféra ne pas objecter en vaines palabres. Leurs visions du monde étaient trop différentes pour se comprendre à l'évidence...
Elle s'apprêtait en revanche à repartir sur le but réel d'Orphée lorsque celui-ci porta la main à sa bride pour la révéler.
D'un réflexe trop brusque pour qu'elle puisse le refréner , elle lui arracha l'objet de la main en le foudroyant du regard.

- Je vous croyais de meilleures manières!

Elle s'en voulut aussitôt de sa réaction trop vive qui ne faisait que souligner l'importance réelle du pendentif pour elle, cependant un masque de déplaisir courroucé vint dissimuler sa crainte réelle. Un ton moins fort, elle reprit plus bas.

- Cet objet ne regarde que moi, je ne l'arbore pas pour le plaisir des yeux du reste du monde.

Plissant légèrement les paupières, elle tiqua à sa notion de "libre-arbitre".

- Qu'entendez-vous par "charmer"?

Elle n'appréciait pas tellement sa notion de choix et de persuasion. Etait-il à ce point certain d'avoir raison? Cela n'était en soi pas répréhensible, mais vouloir se placer à la tête d'un régiment d'être de toutes sorte en s'arrangeant pour les séduire lui semblait tordre à moitié le cou aux principes qu'elle chérissait. Si Orphée était honnête, les autres le suivraient par réelle conviction, l'hypnose et les promesses lui semblaient de trop...
Et lorsqu'il affirma catégoriquement s'être allié ses services, elle croisa à nouveau les bras.

- Repensez-y: je n'ai rien dit ni sous-entendu de tel. Vous ne m'avez pas enrôlée Orphée, je n'ai jamais dit que j’acceptais, ni que j'accepterai un jour. Je vous ai seulement écoutée. Vous pensez m'avoir percée à jour, vous devez donc savoir que cela ne m'engage à rien à votre égard.

Et avec son aplomb habituel, elle ajouta en ayant retrouvé un sourire bravache malgré leur proximité.

- Je suis seule à déterminer ce que je dois et ce que je veux, sans vouloir vous offenser...
Iola McAllister
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Orphée
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Orphée
Lun 22 Sep - 22:31
Tout comme lui commençait à perdre patience, le masque impassible de pierre de Iola se fissurait. Il laissait exploser de plus en plus de réelles émotions. Plus il parlait, plus elle exhibait sa véritable personnalité.

Cela lui plaisait. Grandement.

« Ah ah ah ! « Vous ne l'arborez pas pour le plaisir des yeux du reste du monde » ? Mais alors, pourquoi le mettre en si grande évidence, là où les yeux des hommes viennent se poser en premier lieu ? N'est-ce pas de l'incitation malsaine, une avance biscornue ? »

Pour la première fois, Orphée laissa tomber les bonnes manières, les rictus enjoués et les belles rhétoriques. Iola venait de poser « la » question. Celle qui l'énervait. Celle pour laquelle il faisait tout ce voyage. En partie.

« J'en ai trop dit pour vous dissimuler un mensonge. De toute manière, mon visage en est la preuve flagrante. »

Orphée baissa les yeux au niveau de son bras de métal. Il se trouvait derrière les plis de son long manteau noir, mais la direction du regard était sans équivoque.

« Si je vous dit que charme rime avec enchantement. Cela vous suffit-il ? »

Il y eut un silence pendant lequel Orphée broya du noir. Tandis que Iola devait probablement soupeser sa réponse. Elle reprit alors la parole pour « nier l'évidence ». Orphée secoua alors la tête théâtralement. Le plaisir infusait de nouveau ses veines.

« Que de déni que cela me redonne le sourire. »

La main d'Orphée présenta son visage.

« Vous savez, il n'y a pas moult alternatives lorsque l'on s'adresse à moi. La première réaction naturelle est le repli. La tête baissée entre les deux épaules, le regard rivé au sol, les jambes fuyant à toute vitesse. Ce n'est pas votre cas. Ensuite, il y a ces personnes qui affrontent mon regard, qui lorgne mon faciès et qui me répondent. Vous êtes de cette catégorie. De ceux que je fascine. »

Orphée fit ensuite une révérence, sa main de chair croisée sur son dos.

« Nul offense voyons. Nous sommes deux adultes ayant chacun son système de valeurs et de pensées. »

Sa voix devint alors murmure. Comme si ce qu'il avait à dire revêtait d'une importance capitale.

« Mais dites-moi sincèrement : n'avez-vous pas envie de participer à un projet aussi ambitieux qu'est le mien ? »
Orphée
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Iola McAllister
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Iola McAllister
Mer 24 Sep - 18:43
Iola se faisait forte de garder prise sur sa vie et sur les événements, un contrôle qu'elle maintenait pour se rassurer. Céder à la colère ne lui était donc pas très familier et ne dura que quelques instants avant qu'elle ne se redonne une contenance, sans lâcher Orphée du regard, grave, déterminée.

- C'est une vision des choses pour le moins étrange... Estimez-vous pouvoir jouir de tout ce qui se porte à vos yeux? Combien de personnes arborent des objets semblables, sans valeur matérielle mais ayant une signification pour eux, qui ne se voient pourtant pas dépouillés de leurs biens?
Je porte cet objet autour du cou pour une question pratique, rien d'autre.


Une fois encore, elle disait la vérité, mais dans le sens qui l'arrangeait, elle avait besoin d'une proximité physique avec sa bride, pour des raisons évidentes. Elle sourit en coin malgré tout en songeant à l'allusion qu'Orphée avait fait de "la zone où les hommes portent leur regard en premier". Était-ce un aveu? Ce n'était pas histoire de flatter son ego, elle se sentait en fait un peu rassurée de le voir réagir "comme un homme ordinaire". Cela signifiait que malgré sa nature particulière, il n'en possédait pas moins des similitudes avec le genre humain.

Il semblait dire la vérité à propos du charme, et si la navigatrice lui en était reconnaissante, elle n'appréciait pourtant pas la révélation. Non que cela l'ait réellement surprise, mais elle sentait revenir l'alerte de sa conscience qui s'était vaguement calmée.
S'il était prêt à user de subterfuges pour persuader d'autres de le suivre, où s'arrêterait-il précisément?

Elle évita de réalimenter ce sujet, ayant appris ce qu'elle voulait savoir. Cela la confortait dans sa prudence à garder Orphée à distance, à éviter de lui en dire trop sur elle et sur sa nature.
Son sourire se fit sarcastique à la réflexion de son interlocuteur.

- Du déni? Vraiment? Pourquoi voulez-vous absolument que mon choix soit un déni de l'évidence? Peut-être que ce qui vous semble évident ne me touche pas autant...

Et là encore, c'était en partie vrai. Si Iola était curieuse de rencontrer d'autres êtres comme elle, servir une cause dont elle ne savait presque rien de l'attirait pas, nonobstant de sa sympathie curieuse pour l'homme au maque mortuaire. A l'évidence, il confondait le respect avec l'aliénation...
Et il n'avait manifestement pas compris comment la rallier à sa bannière, s'il imaginait qu'il suffisait de chercher à la convaincre qu'elle en avait déjà fait le choix à son insu.

- Le monde comporte plus de deux catégories de personnes, mais la plupart des gens pensent de manière binaire: choix A ou B, blanc ou noir. Bien ou mal. Profit ou éthique. Pourtant, il y a d'autres options. Regardez-moi: je suis une femme qui mène une vie nomade, sans attaches, ce seul détail suffit à prouver qu'il n'y a pas de limites dans les options.

Non, elle ne céderait pas. S'il voulait la rallier, il devrait la convaincre avec de véritables arguments, et pour l'heure, elle penchait pour le refus.
Il s'était détourné et regardait la mer lorsqu'il reprit la parole à voix basse. Iola haussa les épaules.

- Un projet ambitieux dont je ne sais presque rien. Concernant votre bras, je comprends mais n'y puis rien. Mais pourquoi monter une armée? Contre qui? Dans quel but?

La défiance se lisait dans ses pupilles émeraudes. Tant qu'elle n'en saurait pas plus, elle ne changerait pas d'avis sur la question.
Elle avait été le jouet entre les mains de trop de personnes pour engager aveuglément sa liberté dans une histoire dont elle ne connaissait rien. L'idée d'envisager de le suivre la surpris et sa méfiance se renforça. Pourquoi s'intéresser autant à cette histoire?
Bon sang Iola, laisse-le et retournes à tes affaires! sermonnait sa conscience.
Pourtant elle guettait une réponse, ne serait-ce que pour comprendre.
Iola McAllister
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Orphée
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Orphée
Mer 24 Sep - 19:13
« Le jeu, bien entendu ! »

Il y avait une lueur éblouissante de folie dans les yeux d'Orphée.

Alors soudainement, il s'élança vers Iola. De sa main libre, il attrapa celle de la navigatrice et la fit tournoyer autour d'elle-même. Orphée relâcha son étreinte, et laissa sa main virevolter dans les airs. Avant de finir une nouvelle fois vers le sol, dans une révérence théâtrale.

« Que croyez-vous donc ? Que votre vie a un sens, un objectif précis, une raison unique dans le mécanisme supra-complexe qu'est l'ensemble des chaînes alimentaires ? Peuh ! Il n'en est rien. Vous n'êtes qu'une erreur résultante de millions de hasards. Un miracle si vous croyez en un quelconque dieu. »

Remettant alors sa large capuche sombre sur le dessus de sa tête, plongeant ses traits mortuaires dans les ombres, il se rapprocha une nouvelle fois de son interlocutrice.

« Et de dieu, je veux en être un... »

Ce qui était le plus étrange, c'était que la folie d'Orphée semblait logique. Presque naturelle.

Donc totalement effrayante.

« Vous ne pouvez m'aider à réparer mon bras d'une quelconque façon. Soit. Je m'en passerais. »

Il s'éloigna et grimpa alors sur la barrière de sécurité du bateau. C'était une sorte de petite mur assez large pour y déposer un peu plus d'un pied. Orphée commença alors à jouer à l'équilibriste tandis qu'il reprenait les explications qu'on lui demandait :

« Pourquoi monter une armée ? Pour le plaisir de trouver des êtres anormaux, rejetés, monstrueux. »

Les bras d'Orphée s'agitèrent, récupérant alors rapidement son équilibre.

« Contre qui ? Contre l'Europe toute entière. Une guerre des ombres. Une prise de pouvoir silencieuse. »

Cette fois-ci, le vent souffla un peu plus fort. Orphée manqua de chuter par-dessus bord. Il revint alors sur le plancher des vaches.

« Dans quel but ? Le jeu. L'intérêt stratégique. Rassembler les relations et les talents spéciaux disséminés. Faire de moi l'être que je devrais être. Un être aux capacités au-dessus des moutons de ce monde. Un être que les ignorants appelleraient Dieu. »

Il se rapprocha une ultime fois, effleurant une nouvelle fois le visage de Iola de ses doigts de chairs.

« Et enfin : trouver le moyen de ramener la Mort près de moi. La seule pour laquelle j'éprouve des sentiments irrationnels. »

C'était dit. Il n'y avait plus de secrets. Plus rien à cacher. Plus rien à dévoiler. Le reste n'était que détails. Iola avait toutes les cartes en main. C'était maintenant à elle de faire un choix qui pourrait changer totalement le cours de sa destinée actuelle.
Orphée
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Iola McAllister
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Iola McAllister
Mer 1 Oct - 14:10
Le geste d'Orphée la prit au dépourvu et elle n'y opposa pas de résistance,suivant son pas de danse malgré l'instinct qui lui soufflait avec urgence de garder ses distances. La surprise l'avait mouchée, et elle resta un moment à l'observer, tout en retrouvant son aplomb tel un chat retombant sur ses pattes alors qu'il se fendait d'une révérence.
Iola parlait rarement sous le coup d'une émotion, et cette fois ne fit pas exception. Ce ne fut qu'après quelques instants, après avoir retrouvé l'ordre de ses idées qu'elle reprit la parole.

- Je comprends...

Plus précisément, elle comprenait son point de vue sans le partager tout à fait. Aux yeux de la navigatrice, l'existence n'avait que le sens qu'on lui donnait, il s'agissait d'une quête personnelle et variable d'un point de vue à l'autre. Certains cherchaient le pouvoir, la richesse, le bonheur... Elle, restait éprise de liberté.
Elle croyait en la vie, plus qu'en une divinité personnifiée... Ce que son interlocuteur venait d'admettre vouloir devenir.
Elle haussa les épaules.

- A chacun sa fin. Si tel est votre but, je vous souhaite d'y parvenir...

Cependant, elle n'aimait pas trop l'idée du rôle qu'elle aurait dans cette histoire. Iola considérait n'avoir ni Dieux ni maîtres et n'avait pas l'intention de commencer à présent. Pas plus qu'elle ne comprenait une telle soif de pouvoir. Lui aurait-on donné l'accès au divin, elle n'aurait pas su quoi en faire. Qu'est-ce que ça lui aurait apporté de plus qu'elle eut désiré?
Mais dans le cas présent, que lui rapporterait de suivre la cause d'Orphée? Une question dont le choix de réponses la laissait dubitative. Le divertissement peut-être? Le goût du défi? Pour autant, il était clair que la Kelpie ne se sentait liée en aucune manières à cet homme étrange, restant sa propre autorité. La visée finale de son vis à vis la faisait hésiter: on ne cherchait pas le pouvoir sans arrière-pensée de l'utiliser sur les autres. Voulait-elle réellement avaliser cela..?

Préférant remettre ce dilemme à plus tard, son attention se reporta sur l'homme qui grimpa sur le bastingage. Malgré elle, la britannique frémit un instant pour lui, peu enthousiasmée à l'idée de devoir plonger le repêcher s'il tombait malencontreusement...
Orphée ne tomba pas, rétablissant son assiette plutôt élégamment lorsqu'il paru sur le point de la perdre.
Iola hocha lentement la tête.

- Je peux me tromper, mais beaucoup d'être fabuleux ne sont pas "compatibles" entre eux et tolèrent mal leurs opposés. D'autres se fondent parmi les humains. Et ceux qui n'y parviennent pas se cachent la plupart du temps. Ce ne sera pas une entreprise aisée.

La perspective de la guerre en revanche vit son regard d'assombrir d'une certaine gravité. Ce n'était pas un appel à la violence ouvert, pourtant le principe lui déplaisait.
En silence, elle considérait Orphée d'un regard imperturbable, tressaillant seulement lorsqu'il s'approcha de nouveau, inquiète pour sa bride. Cependant, il ne fit qu'effleurer son visage, la laissant légèrement surprise et toujours circonspecte.

- J'entends. Néanmoins, je ne suis pas certaine d'être la personne la plus à même de vous aider dans cette quête.


Une réponse calme bien que l’Écossaise s'attendait à présent à toute sorte de réaction vu qu'elle venait de refuser son offre. Braquant sur lui un regard sans détours, elle garda sa position.

- Je ne ferai rien qui puisse vous entraver dans l'atteinte de votre objectif, mais je n'interviendrai pas en votre faveur. Je ne suis qu'un marin, le sort supérieur du vaste monde est trop élevé pour moi. Seul m'importe de mener mon navire à bon port. Les empires et les royaumes peuvent se faire et de défaire sans moi, je n'aurais que bien peu à leur apporter quoi qu'il en soit.

Et si l'humilité dont elle faisait preuve était un peu surjouée, le discours n'en était pas moins vrai. Elle n'était pas à sa place dans ce genre d'intrigues.
Restait à espérer qu'il le comprenne...
Iola McAllister
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Orphée
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Orphée
Ven 3 Oct - 14:17
Toute la joie, toute la bonhomie dont on avait fait Orphée jusqu'à maintenant s'envola. Son visage perdu dans les ombres de sa large capuche, ses iris ne reflétait plus sa folie. Abaissant légèrement son menton et sa voix, il dit :

« Il fut un temps où personne ne pouvait résister à mon charme... »

Son visage alla un instant sur son bras mécanique, qui se trouvait en-dessous son long manteau noir. Il fit ensuite quelques pas en direction de l'intérieur du bateau.

« Votre personne m'intéressait. C'est une perte... »

Fini les grands discours enjoués. Il n'y avait plus de belles paroles et d'arguments enfiévrés. Orphée avait perdu goût à la conversation. Il se renfermait sur lui-même.

Il fit à nouveau quelques pas vers la cabine. Plus loin se trouvait une petite pièce où il allait dormir.

« J'ose espérer qu'un jour votre avis changera. »

Il avait maintenant ouvert la porte et était prêt à descendre les marches pour ne plus ressortir de sa cabine avant la fin du voyage.

« Je reviendrais en compagnie. Je rechercherais votre bateau. Nous nous reverrons... »

Et Iola ne vit plus Orphée jusqu'au moment où la destination fut atteinte.

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Orphée
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