[31 décembre 04] Dent de Sagesse

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Yama Albadune
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Yama Albadune
Lun 23 Mar - 23:46

Ranita était morte simplement, sans un bruit. Au moment où elle vit la vie quitter les yeux de la grenouille rousse, Yama entendit quelqu’un s’exprimer non loin d’elle. La petite androïde assassine.

- Je suis désolée.

- Ne le sois pas, répliqua la pirate d’une voix sourde, blessée. Ce serait... trivial.

- Je ne la connaissais pas mais... Si vous l'aimez tant que cela... Enterrez-là dans un endroit qui lui a tenu au cœur, lors de son vivant. Pas un lugubre cimetière. Un lieu empli de vie, de bons souvenirs. Que son âme puisse reposer en paix.

- Comtesse, quels sont vos ordres ?

Un instant d’égarement. Machinalement, la pirate reporta son regard sur Vassilissa agonisante. La question se répéta.

- Comtesse, vos ordres !

Elle voulut ouvrir la bouche, mais Alice la devança.

- Voici les ordres. Vous me laissez partir avec ma fratrie, dont Zahnfee, et on clot l'incident. Il n'arrivera plus rien de fâcheux. Auquel cas, si vous vous interposez, je ne retiendrais pas mes coups.

Et la jeune fille de tenir tête au garde, sous les yeux de la nouvelle Comtesse qui n’avait absolument pas pu en placer une. Au bout de quelques secondes, l’homme capitula, laissant l’androïde s’en aller. Ceci fait, il jeta à Yama un regard interrogateur. Cette dernière avait vite eu fait de se ressaisir, même elle pouvait toujours sentir la morsure du froid à l’intérieur même de son corps.

- Laissez Alice, Zahnfee et... l’hybride s’en aller. Quiconque leur fera du mal aura affaire à moi.

Un temps. Abandonnant délicatement la carcasse sanglante de Ranita, Yama se releva. La situation aurait pu lui être intimidante, mais ne l’était pas : donner des ordres, la pirate en avait l’habitude. En elle, la Capitaine Albadune servait de béquille à la Comtesse de Valeroso. Un sourire glacial vint effleurer ses lèvres.

Tout se passerait mieux, maintenant qu’elle retrouvait le contrôle.

Désignant d’un geste sec Vassilissa et Charca, elle reprit d’une voix impérieuse :

- La Très Belle se meurt, assurez-vous qu’elle bénéficie de soins au plus vite et évacuez la salle de bal. La fête est finie.

Avant qu’il ne s’en aille, elle le héla.

- Et amenez-moi de quoi transporter le corps de Ra... cette femme.

Laissant le garde exécuter ses ordres, elle jeta un oeil froid à la femme qui, sous ses yeux, avait volé la vie de Ranita. Autour d’eux, les gardes présents s’étaient mobilisés. Elle n’avait plus beaucoup de temps.

S’approchant de l’agonisante Comtesse qui avait fait d’elle son héritière, Yama contempla l’hideuse blessure qui faisait tordre son visage de souffrance, l’expression paniquée sur le visage de Charca, le sang qui s’écoulait sans cesse. Il serait trop tard dans peu de temps, imaginait-elle. Mais en réalité, la jeune femme s’en fichait.

S’agenouillant auprès de la Comtesse, elle l’observa d’un regard dénué d’expression. L’hiver qui se pressait contre ses paumes n’avait qu’une demande, qu’une seule envie. Rendre justice, apaiser la rage.

Le geste fut doux quand elle saisit la tête de Vassilissa entre ses mains. Pourtant le froid fit son oeuvre, se répandant à l’intérieur du corps de la Très Belle et gelant ses organes. Alors qu’elle sentait la vie quitter le corps de sa victime en un soubresaut de chaleur mourante, Yama approcha son visage du sien.

- Ça, c’est pour Zahnfee, Felipe... et Ranita.

Il y eut une ultime vague de froid, puis la vie quitta définitivement le corps de la Comtesse.

Ran s’adressa à Charca tout en se relevant.

- J’ai tenté d’apaiser ses souffrances.

Le mensonge était crédible, pas le ton. Et pour cause, dans la voix d’outre-tombe d’Albadune brûlait une sombre satisfaction.
❄❄❄

Hawkins Devola se massa le crâne. Les gardes ici, en plus de ne pas savoir viser, frappaient avec une mollesse désespérante. Le petit mousse avait voulu montrer, dans un élan d’amabilité bien sûr, à son adversaire impromptu comment se battre mais ce dernier avait été rapatrié par un autre pour ce qui semblait être une tâche importante. Hawkins le regarda partir en jurant puis se mit à la recherche d’Albadune. Il la trouva entre deux mares de sang.

- Vous allez bien, Cap’taine ?

- Très bien.

Le mousse observa un instant le corps sans vie de Ranita.

- Vous allez faire quoi d’elle ?

L’expression d’Albadune sembla s’assombrir. Combinée à l’aura glaciale qui l’entourait, l’impression que dégageait la Capitaine en cet instant n’avait vraiment rien de rassurant.

- L’androïde m’a suggéré de l’enterrer dans un endroit... qu’elle aimait.

Sa voix se brisa.

- Je n’ai aucune idée d’où.

Catastrophé de voir sa cheffe dans un tel état, Hawkins hésita entre faire une blague et tenter de répondre à la question. Lorsqu’il se fut décidé, il reprit :

- Vous avez dit qu’elle a volé à bord de l’un de nos esquifs, non ? On a qu’à l’enterrer là où elle a pris son envol !

L’expression de Yama passa de la surprise à une nostalgie étrange. Oui, elle se souvenait d’avoir vu Ranita voler, non loin de là où elles avaient mangé ensemble. Sur le lieu de leur première rencontre.

- J’imagine... que ce n’est pas une si mauvaise idée que ça.

Elle s’attendait à tout, sauf à la réaction qui suivit.

Bravant l’aura de mort qui l’entourait depuis qu’elle avait murmuré à l’oreille de la grenouille, Hawkins se colla à elle dans un élan de pur affection. Et au milieu du carnage, au milieu du chaos, Yama fit par refermer ses bras sur le corps du mousse.

Ne craque pas, ne craque surtout pas.

- Ça va aller, Capitaine.

- Bien sûr que ça va aller, petit imbécile.

Sa voix tremblait légèrement, mais ni l’un ni l’autre ne releva ce détail.
HRP:
 
Yama Albadune
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Ange
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Ange
Mer 1 Avr - 19:50
Pour un homme qui avait été entravé de cette façon pendant aussi longtemps, Arsène faisait preuve d'une souplesse admirable. À sa place le marquis n'aurait certainement pas pu tenir sur ses jambes ankylosées avant plusieurs minutes. D'un autre côté, il avait déjà parfois de la peine à le faire dans la vie de tous le jours. Comme un vieil homme, alors qu'il n'avait pas encore trente ans. Et il ne les atteindrait probablement jamais.

Le mystérieux prisonnier se tourna ensuite vers lui, la main tendue tel un grand seigneur. L'était-il en fait ? Il en avait assurément la prestance et les traits, même sous le sang, la crasse et l'épuisement. Dans d'autres circonstances, sa présence aurait pu troubler Ange. Là, c'était davantage son état et ce qu'il avait du subir qui le mettait mal à l'aise.

— Auriez-vous l'amabilité de me prêter votre veste, Ange ? Je ne retrouve pas mes vêtements

Les yeux bleus du marquis glissèrent à droite un bref instant en entendant les coups frappés sur le bois. Tee s'acharnait sur les gros tonneaux, une hache entre les mains et le français se demanda ce qu'il lui prenait et s'il cherchait à attirer les gardes. Ce n'étaient pas très malin, mais après ce dont il avait été témoin dans son propre château il savait Bloody Mary fou, alors rien ne l'aurait étonné de sa part. De toute manière ce n'était que précipiter les choses, ils ne seraient jamais parvenu à sortir sans se faire remarquer.

Reportant son attention sur Arsène, le marquis s'avoua être perplexe à sa requête. Il détailla du bout des cils les épaules musclées de l'homme, son torse et ses bras. Sans être épais – il était plutôt bâti harmonieusement – il restait sans aucun doute plus large qu'Ange.
Celui-ci finit par hausser doucement des épaules et entreprit de défaire les bouton de sa queue de pie grise. La faisant glisser jusqu'à sa taille, il enleva ensuite les manches et tendit le vêtement à son compatriote.

— Tenez.

Au même moment le tonneau céda, faisant sursauter le petit français, et des flots de vin pourpre se déversèrent sur le sol nu de la cave. L'odeur âpre de l'alcool emplit les narines du marquis. Des litres et des litres, impossible à ne pas sentir, tellement que ça en laissait un goût de nectar sur la langue.

Ange recula d'un pas lorsque du bruit se fit entendre à l'étage ; les gardes avaient finalement été alertés, ils descendaient. C'en était fini d'eux, il n'était plus question d'une issu diplomatique à présent.

Puis soudainement, Tee disparu au centre de la flaque rougeâtre, se faisant aspirer tout entier par elle. Le français ne comprit pas. Quel était cet être capable de traverser le liquide ?
Le même capable de survivre transpercé sur tout le corps par du verre.
Il s'accorda ce point et décida qu'il y avait plus urgent pour l'instant que se questionner sur la magie.
Serrant le mince couteau à viande dans sa main – plus pour se raccrocher à quelque chose que parce qu'il comptait se battre – il sentit son estomac remonter dans sa gorge en voyant les pieds des gardes apparaître.
Maintenant que Bloody les avait abandonné pour s'enfuir Dieu sait comment, ils avaient encore moins de chances de s'échapper.

Mais coup du sort, en leur faveur cette fois, les deux hommes culbutèrent dans les escaliers pour finir la face écrasée dans le vin comme deux raisins trop mûrs.
Près de lui, Arsène se laissa aller à un peu de lyrisme :

— "... Et le sang se mêla au vin..."

Ange se tourna vers lui, l'air inquiet :

— Vous croyez qu'ils sont morts ? Je ne veux pas qu'on m'accuse..

À vrai dire il n'éprouvait aucune compassion envers les deux gardes en souffrance. Même pas une étincelle du mal-être qu'il avait eu en découvrant le prisonnier ligoté en étoile et torturé. Il ne voulait simplement pas avoir plus d'ennui que cela n'était déjà le cas.
Ange
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Bloody Tee
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Bloody Tee
Dim 19 Avr - 22:29
— "... Et le sang se mêla au vin..."

La beauté de mon geste n'aurait pu être mieux décrite. Les gardes s'écrasèrent dans le vin, à ma portée, prêts à se faire ouvrir la chair, ils n'attendaient que cela. Sous mes serres, sous mon verre, au sein du liquide, ils n'étaient plus que des pantins de chair, à même la voix leur fut enlevée lorsque leur gorge fut coupée. Et le sang se mêla au vin! Un nouveau nectar que je venais de créer, un doux mélange dont les nobles allaient devoir apprendre toute la volupté, ou je ne sais quelle autre idiotie de leur niveau.

La gorge, puis les mollets, pous s'assurer qu'ils ne puissent plus bouger! S'en suivent ensuite les poignets, que le sang puisse encore plus couler! Mon rire passait à travers la surface qui devenait de plus en plus opaque, aigü et strident comme à mon habitude, légèrement étouffé par la chair à l'air des gardes... Enfin l'improvisation de la scène tournait à un carnage encore plus appréciable, jouissif que de se faire capturer!

« Buvez! Vous avez le droit à un dernier verre, buvez! »

Lâchant un dernier rire, je laissais mes chères victimes se noyer dans leur sang et dans le vin. Au moins avaient-ils de quoi boire, rien à envier à ceux y étant passé avant eux. Mon reflet disparaissait, ne laissant plus que les fluides se mêler l'un dans l'autre, les deux gardes déjà morts ne pouvant plus s'en délecter.

//

L'action avait été parfaite. J'avais pu faire couler le sang en cette douce soirée de parade, enfin! Je m'extirpais du reflet d'un plateau en argent qui se trouvait dans une pièce du dessus, un sourire maintenant innégalable m'étirant les lèvres. Il ne me manquait plus qu'à ce spectacle de voir la face d'Ange, ce pauvre homme chaste d'esprit. Je frappais mon front d'un de mes mains ensanglantées, lâchant un rire plus faible, proche du ricanement incontrôlé. Tout cela m'avait excité!

Je profitais un instant de ce que je venais de faire, me mettant en tête toutes sortes de scènes et de paroles que je pouvais réaliser pour agrémenter les faits. Je haussais les sourcils, ne pouvant m'empêcher de lancer une petite pique personnelle.

« Hâte de voir votre doux visage bouleversé, mon petit Ange... »

Mes pas me menèrent ensuite rapidement vers la porte qui ouvrait sur le couloir et, non loin, la trappe. J'en descendais les escaliers sans plus attendre, arrivant à nouveau dans la cave avec toute la splendeur de l'acteur que j'étais, les bras légèrement écartés et levés, accueillant Ange et Arsène à me serrer dans le bras et à se planter en mon sein. Je ne manquais pas, dans ma démarche, d'écraser les corps de mes cadavres avec grand plaisir, leur jetant un petit regard court, mais passioné...

« Alors, ai-je été assez capable pour son "Altesse"? »

D'un ton moqueur sur mon dernier mot, je fis une courbette qui l'était tout autant à Ange, la vouant volontairement au ridicule de son espèce. Me relevant tout de même vite, toujours souriant, je pointais du doigt la sortie vers laquelle je commençais à me diriger sans quitter des yeux Arsène.

« Allez, que vos miches sortent d'ici en un seul morceau! »

Après le coup fort venait le temps de la fuite. Si seulement, si seulement le sang pouvait encore couler avant que le rideau ne tombe...


HRP:
 
Bloody Tee
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