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 [Année -25] Rattenfänger

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Zahnfee V. Edelstein

MessageSujet: [Année -25] Rattenfänger   Lun 5 Jan - 23:13
"Un étranger est arrivé un beau soir.
De son pipeau il tirait des sons bizarres.
Ses cheveux longs lui donnaient l'air d'un vagabond."


Le beurre rissola délicatement dans la marmite en fonte, se rependant avec délice sur le sucre.

"En ce temps-là, la ville était envahie
Par tous les rats venus du fonds du pays.
Privés de pain, les habitants mouraient de faim."


Le sucre se mit à roussir. Un parfum onctueux de caramel emplit la cuisine. Le geste précis, elle déposa un soupçon de fleur de sel dans la préparation, puis commença à délayer avec un peut de crème de lait. D'une poigne affirmée, elle déposa les ganaches dans des moules.

"Le musicien leur dit : "Si vous le voulez,
Je peux sur l'heure du fléau vous délivrer."
Pour mille écus le marché fut bientôt conclu."

"Devant l'église il joua de son pipeau
Comme un berger pour rassembler le troupeau,
Et de partout les rats sortirent de leurs tro..."


- Gripoil !

La confiseuse arrêta de chantonner, mais ne stoppa son ouvrage que lorsque toute la préparation fut coulée. Alors seulement, elle daigna relever la tête.
C'était une jeune femme de petite taille, toute en rondeurs, son épaisse et rousse chevelure tressée et maintenue en chignon ferme. Elle s'essuya les mains sur son tablier pour faire face à sa patronne. Ses bras étaient aussi constellés de sons que son visage.

- Oui, frau Süßigkeiten ?
- Tu devrais te préparer, c'est déjà la fin d'après-midi.
- Je n'irais pas.
- Écoute Gripoil...
- Tanfee.


La vieille écarta l'objection d'un revers sec de main.

- Ça jase déjà pas mal sur ton compte. Ce rituel, t'aurais du le faire depuis lurette. Au lieu de ça tu t'es tirée au bout du monde. Alors tu vas pas trainer et participer à la fête ce soir.
- Et si je suis pas Vierge ?
- Le joueur de flute viendra pas t'chercher.


Tanfee roula ses grands yeux verts dans leurs orbites en écoutant la matrone se moquer. La toundra, l'odeur des pins, les tisanes de pignons de Koschei, les conversations auprès de l'âtre avec Vassilissa, lui manquaient cruellement. Mais Vassilissa était partie en Espagne dans les bras de son tendre Comte et Tanfee n'avait plus eu de raison de rester.
Elle était revenue au village. A Hamelin. Là où elle mourrait sans doute.
Hamelin n'était pas réputé que pour son cadre agréable. Petit, rustre, en proie à la valse des commérages. Il avait été l'objet d'une légende urbaine qui avait la dent dure : celle du Joueur de Flûte d'Hamelin. La légende stipulait qu'au moyen-âge, le bourgmestre d'Hamelin employa un dératiseur pour chasser les rats et la peste de son bien-aimé village. Il fut promis à ce mystérieux inconnu, une récompense sonnante et trébuchante. L'homme, un joueur de flute, charma les rongeurs avec son instrument et les noya dans la Weser. Mais il fut remercié de son exploit à coup de pierres et, furieux, envouta toutes les jeunes filles du village pour les emporter avec lui.
Chaque année depuis lors, les villageois commémoraient cet étrange événement en réunissant leurs vierges sur la place principale. Elles dansaient au son du fifrelin puis se rendaient à la Weser, lors d'une retraite aux flambeaux, pour s'y baigner en pleine nuit.
La tradition s'était emparée de cette faribole d’antan pour en faire un rite de passage. Peut-être afin de le dédramatiser.

- Quoi qu'il en soit, t'es revenu au bercail alors tu te plies aux joies de la communauté. Tu seras la plus vieille vierge au flambeau. C'est tout.

Tanfee retira son tablier en grommelant. Elle était revenue la queue basse et le cœur brisé. Mais ce qui était sur c'est que jamais son corps ne fut souillé.

A son grand regret.

**********************************************

Les couleurs dorées de la fin d'après-midi atténuaient le froid encore vivace de ces premiers jours de mars. Tout Hamelin était là, réuni sur la grand place. Les Vierges avait revêtu des chemises de nuits de coton blanc un peut trop léger pour la saison et on devinait sous le tissus ample leurs formes nubiles vaporeuses. Leurs chevelures lâchées étaient ceintes d'une couronne de fleurs et de feuilles. Elles portaient toute un lampion qui attendait la nuit sombre pour être allumé. La plupart d'entre elles jacassaient de concert, comme des grues, d'autres étaient entourées de leur familles et attendaient sagement le début des festivités.


A l'écart, la plus âgée, la plus orpheline également, mais quand même affublée de ces ridicules atours de pucelle, Tanfee rongeait son frein.

Elle ne s'était jamais sentie plus étrangère que sur la terre de ses ancêtres.


Dernière édition par Zahnfee Fatina le Mar 3 Mar - 16:17, édité 1 fois
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Orphée

MessageSujet: Re: [Année -25] Rattenfänger   Mer 7 Jan - 17:29
L'agitation habitait la grande place du village de Hamelin. Dans une des maisons la jouxtant, assis sur un toit, se trouvait le jeune Orphée.

A cette époque, bien peu l'aurait reconnut. Pas de grands manteaux noirs. Pas de cheveux blancs et de visage cendreux. Pas plus de tatouages mortuaires. En fait, il était tout le contraire. Un beau jeune homme aux longs cheveux dorés. La peau rosé, le sourire au coin des lèvres. Il portait une chemise blanche d'une façon décontracté bien que le tissu et la réalisation semblait au-dessus des moyens de ce jeune vagabond.

Du haut de son toit, il observa toutes ces jeunes filles à moitié nues. Au centre de la grande place, elles piaillaient ensemble. D'autres, plus prudes, plus timides, attendaient en silence avec leur famille. Orphée héla une femme qui se mit à l'écart. Elle était plus vieille, plus grosse et plus rousse :

« Salutations ! Là-haut. Oui, là-haut. Salut. » commença-t-il avec un grand sourire, plein de malice et de joyeuseté.

Orphée se releva et se tint debout, un pied de chaque côté du toit. Sur sa jambe reposait un bel étui en feutrine bleu nuit. Long et fin, il contenait une flûte traversière qui n'était pas encore visible.

« Dis-moi ma toute belle, que se passe-t-il donc ici ? Vous attendez quoi ou qui ? » dit-il en pointant du doigt les jeunes vierges.
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Zahnfee V. Edelstein

MessageSujet: Re: [Année -25] Rattenfänger   Mer 7 Jan - 17:58
Elle dévisagea l’hurluberlu. Que fichait-il sur un toit ?

- Toi, t'es pas du coin... Vu comment t'es endimanché j'aurais cru, Répondit Tanfee du tac au tac.

C'était un bien étrange chat de gouttière.
Il était svelte, beau garçon, bien habillé, du genre qui aime les frivolités. Elle n'était sensible à rien de tout cela. Sa blondeur lui rappela Vassilissa avec un pincement douloureux au palpitant. Peut-être est-ce pour cela qu'elle entama la conversation plus avant. A moins que ce ne soit le plaisir d’échapper à ce stupide charivari.

- Dis-moi ma toute belle, que se passe-t-il donc ici ? Vous attendez quoi ou qui ?

Elle s'éloigna un peu plus de la populace focalisée sur l'excitation de sa propre attente et retroussa sa robe blanche pour y faire un noeux, dévoilant des jambes courtaudes et musclées, habituées à ruer. Elle s'approcha d'une caisse, mit la hanse de son lampion entre ses dents et grimpa jusqu'à son interlocuteur avec une redoutable dextérité, compte-tenue de sa corpulence. Elle se laissa tomber près de lui sans trop de délicatesse.

- Arrête ton baratin. Je ne suis pas belle et nous le savons tous deux,
fit-elle la mine revêche.

En effet, Tanfee n'était pas une beauté. Replète, petite, la poitrine généreuse, les hanches larges, la bouille ronde, les bras trop blancs, les tâches de rousseurs trop marquées, elle n'avait rien des attributs d'une femme attirante. Seule ses grands yeux gris et graves lui donnaient un peu de qualité.

- Tu connais pas Hamelin, mais tu t'acoquines avec ses toits... T'es un drôle de zigue ! Tu tombes à pic sur la fête locale qui fait toute la célébrité de ce village paumé. Tu connais le Rattenfänger ?


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Orphée

MessageSujet: Re: [Année -25] Rattenfänger   Jeu 8 Jan - 17:25
Orphée esquissa un sourire en observant son interlocutrice monter avec lui sur le toit. Rien que par cette action, il appréciait déjà cette femme qui se débarquait de toutes ses autres rassemblés sur la grande place.

« La beauté est une notion si changeante. » commença-t-il en haussant les bras de façon exagéré. « J'ai rencontré des Apollons qui ne pouvait s'exciter qu'avec des gens de petites tailles. J'ai même une fois rencontrée une femme avec une barbe impressionnante qui devait choisir son amant parmi une dizaine. »

Les doigts habiles défirent quelques boutons, laissant apparaître un torse musclé et imberbe. A ce moment, le vent souffla brièvement, s'infiltrant à l'intérieur de sa trop belle chemise blanche. Orphée inspira longuement, son torse bombé, pointant comme un coq en direction du troupeau de jouvencelles.

« De plus, je préfère de loin parler avec les fous et les moches. A être exclu de la majorité de la société, leur conversation deviennent intéressantes. Leurs émotions sont plus fortes, plus vraies. Il y a ceux qui rêvent de revanche tandis que d'autres dépriment jusqu'au suicide. Sans toutes ces personnes, nous nous ennuierions et les écrivains n'auraient aucune matière. »

Ses yeux détaillèrent ensuite les courbes de ce corps trop gras. Les tâches de rousseur qui semblaient transformer la couleur de sa peau. Comme si le rose tenait un siège contre le roux. Finalement, son regard atteignit les mains et le manche du lampion qui avait gardé les traces des dents lors de l'escalade.

« Le Rattenfänger ? Non, je ne crois pas avoir déjà entendu ce terme auparavant. Est-ce que ça se mange ? A moins que ça ne soit une espèce de dieu que toutes ses femmes adorent à moitié nu ? »

S'accroupissant avec l'agilité d'un chat sur le toit, Orphée pointa de son pouce ce qui se tramait en bas.

« Dans ce cas, il se pourrait très bien que je sois ce Rattenfänger ! Ah ah ah ! »

Orphée rit d'une façon enfantine. Mais surtout très bruyante. Il n'avait pas de problème de timidité. S'il éprouvait de la joie, il se devait de la partager avec le monde entier. De cette façon, il commença à attirer l'attention. Sans trop s'en rendre compte au début. A force d'agir de cette façon, certains choses exceptionnelles, déplacées pour le commun des mortels devenaient banales et ordinaires.
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Zahnfee V. Edelstein

MessageSujet: Re: [Année -25] Rattenfänger   Ven 9 Jan - 10:44
Tanfee haussa un sourcil. Ce gus était sans doute un peu siphonné du ciboulot, mais il l'assumait avec une certaine superbe. Elle regarda ses doigts fins, des doigts de musicien, déboutonner sa chemise en ce frisquet mois de mars.
"Un peu exhibitionniste aussi. " pensa-t-elle.

-De plus, je préfère de loin parler avec les fous et les moches. A être exclu de la majorité de la société, leur conversation deviennent intéressantes. Leurs émotions sont plus fortes, plus vraies. Il y a ceux qui rêvent de revanche tandis que d'autres dépriment jusqu'au suicide. Sans toutes ces personnes, nous nous ennuierions et les écrivains n'auraient aucune matière.

Quelque chose glissa dans sa poitrine. C'était comme si son cœur venait de rater une marche d'escalier.
Depuis son retour au pays, elle était exclu de fait de la communauté d'Hamelin. Elle avait trahit les lois du Nerub, elle avait quitté la souricière. Sa constante mise à l'écart l'affectait plus qu'elle ne saurait l'avouer. Cette obligation d'effectuer tardivement un rite de jeune fille pour adolescente de quinze ans, alors qu'elle en avait vingt révolu, était une humiliation supplémentaire. Elle avait fricoté avec le monde extérieur et devait à présent laver cette souillure dans la Weser.
N'empêche, ce gars était curieusement morbide malgré son rire juvénile.

- Je ne me suiciderais pas pour qu'on écrive des chansons.

Et elle ajouta avec son franc-parlé habituel, qui hérissait passablement la plupart des hamelinois :

-Pas avant qu'on m'ait pris ma virginité, du moins. J'partirais pas avant que la vie m'ait offert cette petite satisfaction. Et peut-être que j'irais voler quelques maris pour la forme, histoire que ces bigotes en prennent pour leurs culs.


Tanfee offrit un sourire plein de morgue à son interlocuteur. Elle était grasse et sans doute pas bien jolie, mais elle avait, à sa manière, un certain charisme abrupt et bourru.

-Le Rattenfänger... C’est un fameux joueur de flute qui aurait dératisé Hamelin et sauvé la population de la famine. Sauf qu'il a jamais été remercié et donc il s’est payé tout seul en charmant toutes les jeunes vierges du village pour les noyer dans le fleuve. Et comme ces troufions sont débiles, ils commémorent la chose depuis.

Elle avisa l'étui pendouillant à la ceinture du jeune homme. Elle s'approcha de son sourire invariable.

- T'es musicien ? Joueur de flute peut-être...? , Susurra-t-elle d'un air malicieux.



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Orphée

MessageSujet: Re: [Année -25] Rattenfänger   Sam 10 Jan - 20:53
« Oh ! Ça ? » fit-il en baissant les yeux sur son magnifique fourreau. « Oui, c'est une flûte en effet. »

La réaction d'Orphée était étrange. Il arborait fièrement son instrument de musique mais semblait s'en contrefoutre totalement. Le décalage était géant.

Il s'assit finalement, les jambes dans les airs. Le sujet de l'instrument de musique semblait l’embarrassé. Pour quelqu'un de si démonstratif et assuré, ça représentait une faiblesse à exploiter.

« Mais de là à dire que je suis un musicien... Non, je n'en suis pas. Je suis un porteur de flûte. »

Il tendit sa main droite devant lui et l'observa. Cette main qui, une vingtaine d'années plus tard n'existerait plus. Il regarda d'abord le dos puis la fit pivoter pour observer la paume. D'un point de vue inférieur, il pouvait sembler qu'Orphée agrippait le contrôle du monde d'une poigne juvénile.

« Certains héritent de leur parent une chevalière qu'ils glissent à leur doigt. Par la suite, ça devient une breloque sans importance. Dans mon cas, je n'ai pas hérité d'un bijou mais d'un instrument. »

Soudainement, le sourire revint sur son visage, chassant son expression lointaine. Il se releva d'un bond, agrandissant encore un peu plus son sourire. Avant qu'il ne parle, son visage devint celui d'un petit garçon avec l'idée de faire une mauvaise farce.

« Arrêtons de parler de moi. Il n'y a rien d'intéressant à conter dans mon passé de toute façon. Revenons à toi et à ton problème de virginité. »

Il s'accroupit de nouveau et lui prit la main. Ses lèvres se posèrent dessus dans un salut de haute société.

« Si tu le souhaites, je pourrais t'aider à te débarrasser de ta gêne. Peut-être pourrions-nous l'abandonner dans le fleuve, là où les supposés vierges furent noyés par votre célébrité locale ? L'idée te plait-elle ? »

Il se releva à nouveau. Cette fois-ci, il força sa nouvelle amie rousse et potelé à le suivre. Il l'amena à la frontière entre les tuiles et le vide, et lui présenta de ses grands bras théâtrales la scène qui se jouait à leurs pieds.

« Ensuite, nous pourrions nous occuper de tous ces hommes qui n'attendent plus que toi. Je m'occuperais de distraire ces dames tandis que tu t'affairerais à cocufier tout ce petit monde. Si l'idée te plaît, comptes-moi parmi tes rangs. Je n'ai rien d'autre à faire et la situation promets d'être intéressante : hey hey ! »
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Zahnfee V. Edelstein

MessageSujet: Re: [Année -25] Rattenfänger   Lun 12 Jan - 9:21
Tanfee eut un instant d'arrêt. Elle avait passé ces cinq dernières années avec deux sorciers. Ces sens et sa logique en avait été grandement affectés. Ce qui, enfant, n'étaient que des espoirs déçus, s'étaient mus en certitudes. Sa mère, avant de disparaitre trop vite, lui avait compté l’histoire de la "Petite Souris", qui était devenue la première fée de leur lignée. Une orpheline a toujours besoin de réconfort et longtemps s'était-elle imaginée en digne héritière des pouvoirs de son ancêtre. En vain. Ses pérégrinations lui avait pourtant apporté une affirmation : elle portait bien la magie de son sang en elle.

Rencontrer un joueur de flute anonyme et séduisant un jour de Rattenfänger...
Ce genre de coïncidence n'était pas fortuit.

- Un porteur de flûte... répéta-t-elle en haussant un sourcil à mi-voix. Et moi je suis une "porteuse" de souris.

Elle avait dit cela sans réfléchir, de manière presque inaudible.

-Arrêtons de parler de moi. Il n'y a rien d'intéressant à conter dans mon passé de toute façon. Revenons à toi et à ton problème de virginité.

Il s'accroupit de nouveau et lui prit la main. Ses lèvres se posèrent dessus dans un salut de haute société.

- Si tu le souhaites, je pourrais t'aider à te débarrasser de ta gêne. Peut-être pourrions-nous l'abandonner dans le fleuve, là où les supposés vierges furent noyés par votre célébrité locale ? L'idée te plait-elle ?

Tanfee agrandit les yeux comme des soucoupes.

-Ensuite, nous pourrions nous occuper de tous ces hommes qui n'attendent plus que toi. Je m'occuperais de distraire ces dames tandis que tu t'affairerais à cocufier tout ce petit monde. Si l'idée te plaît, comptes-moi parmi tes rangs. Je n'ai rien d'autre à faire et la situation promets d'être intéressante : hey hey !

La rouquine éclata de rire. Elle riait comme un homme : fort et portant loin. Un rire qui donnait envie de rire à son tour.

- Ta manière de courtiser ne s'embarrasse pas de fioritures. Je n'ai aucune dot, tu sais, et je ne suis pas désespérée au point de m'offrir au premier venu. Les préliminaires sont comme le beurre dans un bon caramel. ça rajoute du goût !

Elle reprit son calme à grand peine et lui tapa dans le dos. Elle était directe, elle aussi. C'était un charme dont elle ignorait la portée.

- Néanmoins ta proposition me plait. Reste un écueil : Comment comptes-tu me faire passer comme désirable ? Tes flûtes sont-elle magiques ?
fit-elle avec un regards mi grivois, mi-amusé, autant vers son étuis que vers son pantalon.

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Orphée

MessageSujet: Re: [Année -25] Rattenfänger   Lun 12 Jan - 17:26
Le duo de marginaux était dorénavant la cible des regards et le sujet des ragots. A rire fort, ils avaient attiré l'attention. Certaines jeunes vierges s'étaient rapprochées, intriguées par la belle silhouette qui semblait répéter une pièce, tout là-haut... avec elle.

« Hey ! Bel Adonis, regarde donc par ici. Ne me trouves-tu pas à magnifique ? »

La femme était belle. Grande et blonde. Orphée se rapprocha de la lisière entre les tuiles et le vide. Il croisa les bras sur sa chemise blanche entrouverte. Son visage s'était refermé. Ses sourcils légèrement froncés. Cette femme avait quelque chose dans la voix qui était irritant. Plus que ça, elle avait interrompu une des plus intéressantes conversations qu'il avait eu depuis longtemps.

« Je ne serais dire à cette distance. Mes yeux, bien que pâles et hypnotiques, ne sont pas faits pour observer sur les longues distances. » commença-t-il à répondre, esquissant un sourire hypocrite.

Les lèvres étirées, la joie retrouvée, Orphée se rassit de nouveau, croisant élégamment une jambe par dessus l'autre. Ses mains s'ouvrirent, ses épaules se levèrent.

« Mais ma foi, si tu aussi magnifique que tu le dis, comment se fait-il que tu trouves parmi tous ces laiderons ? J'imagine que tu as reçu plus d'une proposition d'un homme, n'est-ce pas ? Bien entendu, tu as refusé les premières. Peut-être même as-tu dit non pour la première fois à ton père. »

Orphée salua l'homme qui se rapprochait de la blonde. Protecteur, il ne pouvait être que le-dit père. Et, même à cette distance, Orphée pouvait voir que son visage était rouge. Etait-ce de la honte ou de la colère ?

« Bonjour, papa. Hey hey ! Mais tu n'as pas pu résister longtemps et tu as perdu cette jolie fleur que l'on nomme hymen. Voilà, voilà. Pour conclure tout cela : tu ne m'intéresses pas. »

Soudain, sa voix se fit aussi glaciale que l’Antarctique infernale.

« Ta personnalité est aussi énervante que ton corps est maigre. Tu devrais penser à manger si tu ne veux pas décéder sous les coups de ces hommes brutaux. »

Orphée se retourna, se mettant dans le dos toute une foule qu'il venait probablement d'énerver. Il ne semblait pas avoir conscience des conséquences de ces mots. Pas plus du danger qui pouvait grimper d'une minute à l'autre.

« Excuse-moi, belle rousse, tu me disais ? » dit-il d'une voix mielleuse, son sourire retrouvé.
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Zahnfee V. Edelstein

MessageSujet: Re: [Année -25] Rattenfänger   Mar 13 Jan - 20:51
La situation était en train de dégénérer.
Lui il n'en avait cure. C'était un étranger de passage : demain ils l'auraient oublié et lui serait loin. Mais elle... Elle avait fait profil bas depuis son retour. Elle s'était fait petite, comme une souris dans son trou. Rien n’effaçait cependant la rancœur des habitants à son égard. Elle était partie, elle avait tenté de s'élever plus haut qu'eux. Jamais elle ne serais pardonnée.

- Mon père m'a jamais... fulmina la donzelle rougissant de honte sans parvenir à terminer.Tu lui trouves quoi à la Gripoil ? T'es du genre déviant, à aimer les grassouillettes et à te caresser sur les adipeuses ?

Une jeune fille blessée au plus profond de son orgueil est plus dangereuse qu'une chatte.

- Papa ! Appelle le Bourgmestre ! Appelle les gendarmes ! Fait quelque chose !
- T'as insulté ma fille, sale chien ! Descend d'là que j'te cogne ! hurla le père en brandissant le poing.

Sa patronne joua des coudes parmi la foule pour atteindre l'épicentre de la rixe et crut de bon ton d'y aller de sa verve :
- GRIPOIL ! C’est toi qui l'a ramené ce zigue ? Un de tes foutus compagnons de voyage ? t'es vraiment que de la mauvaise graine !

Tanfee soupira. Elle se tourna vers le jeune homme qui causait tant de traquas. Devant son sourire rayonnant et ses yeux pétillant d'un je ne sais quoi d’irrévérencieux, elle perdit toute envie de le gourmander. Ce gars avait quelque chose qui lui manquait cruellement. Il soufflait sur son âme un vent de liberté.

- Toi mon gaillard, t'as l'art de t'attirer les faveurs du public ! Si jamais je veux perdre mon pucelage, il va d'abord falloir que je sauve tes fesses de ses enragés.

Elle se mit à rire, elle avait le rire communicatif et qui rendait magnifique tout ce qui s'y associait. C'était sa sa force : Rire de tout, rire tout le temps, rire fort. Même assaillie par la solitude et le chagrin, son sourire était sa seule arme.

Elle attrapa la main du blondinet. Elle avait une pogne solide, virile, presque agressive.

- T'as déjà joué à saute-les-toits ?

Elle prit son élan et l'entraina brusquement :
- SAUTE LES TOIT!!!! hurla-t-elle

Ils foncèrent de concert jusqu’au bord de la toiture, elle, prête à sauter.




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Orphée

MessageSujet: Re: [Année -25] Rattenfänger   Jeu 15 Jan - 17:28
Orphée répondit au rire de sa compagne. Il s'amusait comme un enfant. Et maintenant, ils allaient jouer !

Il fut d'abord surpris lorsque son corps fut soudainement emmené par une grosse main (un peu moite) qu'il ne pourrait pas enlever... s'il le souhaitait vraiment. Mais très vite, il se remit de l'évènement imprévu. Il plongea dans la folie de la belle rousse. Ce qui lui permit de sauter avec adresse jusque sur le toit présent.

« Saute-les-toits ! »

Imaginant que c'était une règle logique au jeu, Orphée cria à chaque fois que ses pieds atterrissaient sur des tuiles. Heureusement qu'il faisait beau et qu'elles ne glissaient pas d'ailleurs.

« Saute-les-toits ! »

Du premier rôle et d'élément perturbateur, il avait changé de vêtement pour devenir le second rôle et l'élément marrant. Il appuyait la superbe rurale de sa compagne de ses piques et de ses beaux cheveux blonds.

« Où est-ce que tu m'emmènes comme ça ? »

Orphée ne savait plus trop ce que faisait la foule, en-dessous de leurs pieds. A moins qu'elle ne soit également à leurs basques, juste derrière eux ? Car toutes leurs conversations et leurs mouvements étaient devenus des bruits d'arrière-fond.

La psyché d'Orphée était comme ça. Il se concentrait sur le moment présent et la situation qui le concernait de près. Tout ce qui était autour ou dans le futur semblait disparaître. Dans ces moments-là, son cerveau régressait. Comme s'il redevenait un animal sans conscience de soi-même ou des futurs possibilités.

Il vivait. Point.
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Zahnfee V. Edelstein

MessageSujet: Re: [Année -25] Rattenfänger   Lun 26 Jan - 19:12
Au bout de quelques bonds, ils avaient distancé la foule en colère, dont l'ampleur s'était étiolée après l'arrivée du bourgmestre. La fête avait débuté. Au loin on entendait le son du fifrelin. Tanfee s’arrêta sur une rangée de tuiles stables. Elle était un peu essoufflée. Mais assez hilare au fond. Elle éclata de rire en s'essuyant le front.

- On peut s'arrêter. Ils ont abandonné. Ils allaient te découper en morceaux tu sais ?

La sueur empoissant sa peau rendait le tissus blanc de sa robe de fortune plus transparent. Elle était gironde comme une de ses idoles primitives, dodue là où un homme aimerait égarer ses mains. Elle était parfaitement inconsciente de la poésie charnelle de son corps et continuait d'agir avec le naturel bourru d'un homme. Le décalage avait quelque chose de saisissant.
Elle lâcha la main de son compagnon inopiné et lui rua l'épaule affectueusement. Son excitation et son amusement étaient palpable.

- Ceci étant, j'avoue que leurs trognes déconfites étaient impayables. Ça donne envie d'être vilain pour de bon. Je me suis retenue trop longtemps pour ne pas céder à la tentation de me venger.Ta proposition de leur jouer un tour n'était pas des paroles en l'air, au moins, dis-moi ?

HRP:
 
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Orphée

MessageSujet: Re: [Année -25] Rattenfänger   Jeu 29 Jan - 17:51
Le jeu de « Saute-les-toits » n'avait pas fait souffrir le bel Orphée. Il soufflait à peine plus fort qu'au moment où il discutait tranquillement sur le haut des toits. Au contraire de sa compagne qui avait sué dans sa robe déjà assez transparente comme cela. Ses seins et ses formes arrondies collaient au tissu.

Elle éclata de rire. Et Orphée suivit de sa belle voix de baryton.

« C'est étrange. Je ne comprends pas pourquoi les gens cherchent à me découper. » répondit-il en haussant les épaules. « Peut-être que je suis si impressionnant qu'ils aimeraient garder un souvenir de moi. Peut-être ? »

Au vu de son égo, la question n'était pas une plaisanterie. Il se la posait vraiment. Il ne concevait pas l'idée qu'il était juste irritant. Dans sa tête, il était plus que les autres. Mais il n'en était pas encore arrivé au point de se convaincre qu'il était un dieu errant sur Terre.

Toujours sur les toits, Orphée posa ses fesses sur les tuiles, les jambes pendant dans les airs. Il s'allongea ensuite, écoutant distraitement la musique lointaine de la fête de Hamelin. Les mains derrière la tête.

« Je t'ai dis que je savais jouer de la flûte ? Non pas que j'aime la musique, en fait, c'est tout le contraire, je l'abhorre. Mais ses doigts parfaits et élancés dansent sur le manche. C'est plus que boucher des trous : c'est une chorégraphie. » dit-il en libérant une main de derrière sa tête, la levant dans l'air pour y faire bouger tous ses doigts.

Ce qui n'était que des mouvements aléatoires commencèrent à se synchroniser avec la musique lointaine la fête.

« Rattenfänger. » conclut-il en levant exhibant sa magnifique flûte traversière d'une couleur bleu nuit. Il l'avait sorti négligemment de son étui hors de prix.
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Zahnfee V. Edelstein

MessageSujet: Re: [Année -25] Rattenfänger   Ven 30 Jan - 15:15
Tanfee s'immobilisa. Son hilarité mourut comme neige au soleil.
L'instrument qu'exhibait le bellâtre était une flûte. Et en même temps elle était bien plus que cela. La jeune femme n'avait pas passé tout ce temps en terre russe, aux coté du grand Koscheï, pour ne rien apprendre. Elle sentit les pulsations magiques s'échapper de l'instrument, autant de coeurs palpitants arrachés à l'univers qui en forgeait la silhouette. Et sans doute le son. Son sang reconnu l'artefact. Elle n'avait beau avoir aucun pouvoir, au fond de ses globules croupissaient les reliques d'une magie puissante.
Celle de la "Petite Souris", la toute première Fée des Dents.

- Tu es un porteur...

Son visage était blême, son expression inquiète.

- Tu ne sais pas jouer, mais ton sang, lui, oui. Il coule dans tes veines et te rend musicien. Tu transmets l'héritage à travers le temps. Tes enfants userons de cette flûte de la même manière. Parce que c'est inné. Parce que comme toi il ne seront que des vecteurs.

Elle était là, debout et soudain tremblante de froid. Peut-être de peur.

- Notre rencontre n'est pas fortuite. Sais-tu seulement pourquoi tes pas t'ont conduit ici ? Sais-tu seulement qui je suis ?

Elle déglutit. Elle désigna le village.

- Qui "ils" sont tous ?

Sa voix se raffermit. Elle vint se positionner debout, au dessus de lui, une jambe de part et d'autre de son corps svelte et négligemment allongé.

- Ce sont des rats. Des rats à forme humaine. Et toi tu es leur ennemi, tu es le descendant du Rattenfänger.

Elle arracha la flute d'un geste et lui pointa sous la gorge, telle une dague.

- Dois-je te tuer, ou te laisser faire ?

Et elle ajouta avec une drôle d'expression.

- Quel air joue ta flûte sur mon compte, Rattenfänger.
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Orphée

MessageSujet: Re: [Année -25] Rattenfänger   Dim 1 Fév - 13:40
La joie était partie. L’atmosphère avait changé au moment où Tanfee avait connu un revirement dans ses émotions. Il fronça le sourcil, attendant un début d’explication, recherchant les mots déclencheurs.

« Jouer avec le sang ? Une sorte d’héritage ? C’est une bonne explication. » dit-il sérieusement.

La moue gagna les traits de son visage.

« Avoir des enfants ne m’intéresse pas. Ce sont des chaînes qui brisent les rêves. »

Peut-être était-ce une réaction typique dû à sa jeunesse. Mais ce pouvait être également une véritable motivation. Orphée envisagerait cette possibilité uniquement dans le cas où il affronterait lucidement sa mortalité.

Mais il était encore jeune et blond.

La grosse rousse parlait beaucoup. Elle semblait lui expliquer comment une vieille légende était en train de se dérouler en ce moment même. Orphée n’y croyait pas. Mais l’idée de la réutiliser, de la mettre en scène pour s’amuser lui plaisait beaucoup.

Il ne voulait pas croire que les événements étaient prédestinés.
Il se voulait maître de son destin.
Il se voulait unique.

Ses sourcils se froncèrent. Menacer par sa flûte le fit finalement sourire. Comme si son instrument de musique avait la possibilité de tuer. Ce n’était pas une épée. Son étui de belle qualité n’était pas un fourreau.

*Vraiment ? *

« Tu sais, j’ai presque failli croire que tu voulais me tuer. Mais tu dois te rendre compte qu’une menace perd de sa puissance quand mes yeux reluquent ta belle toison rousse. »

Son sourire s’agrandit. Ses yeux pétillèrent de malice.

« Et je ne sais pas si c’est d’avoir joué à « saute-les-toits », mais ton con semble être humide. »

Finalement, il se releva sur ses coudes. Il la regarda un instant. Puis il l’attrapa finalement pour la forcer à venir s’asseoir sur lui.

« Belle rousse, de quelle flûte parles-tu ? Est-celle que tu tiens dans ta main, ou celle sur laquelle tu viens de t’asseoir ? »

Agissant spontanément, Orphée se releva et inversa les positions. Lui qui était allongé sur les tuiles du toit se retrouva au-dessus de sa grasse compagne. Mais, pris par son mouvement vif, le duo de marginaux roula, s’approcha trop vite du vide après le toit-

Et tomba.
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Zahnfee V. Edelstein

MessageSujet: Re: [Année -25] Rattenfänger   Jeu 5 Fév - 16:05
-Tu sais, j’ai presque failli croire que tu voulais me tuer. Mais tu dois te rendre compte qu’une menace perd de sa puissance quand mes yeux reluquent ta belle toison rousse. Belle rousse, de quelle flûte parles-tu ? Est-celle que tu tiens dans ta main, ou celle sur laquelle tu viens de t’asseoir ?

Tanfee fut si surprise par sa réaction, qu'elle en perdit momentanément ses moyens. Il la fit trébucher et d'un pivot adroit renversa l'ordre des choses. Elle s'effraya brusquement de ne pas trouver cela déplaisant, de savourer même l'instant, de vaciller sous l'emprise du Rattenfänger. Elle ne connaissait même pas son nom.
Elle ne culpabilisa pas longtemps.
Le vide les happèrent et son vertige se fit plus concret.

*****

HRP:
 

Lorsque la rousse ouvrit les yeux, il faisait nuit noire. Une fine bruine suintait des nuages qui couvraient le ciel où ne perçait que la lune pleine. Elle était trempée jusqu'aux os et frigorifiée. Pourtant l'humidité qui empoissait ses cheveux n'avait rien de commun avec la pluie. C'était chaud et visqueux.
Elle déglutit.
Elle avait mal partout et son cerveau était embrumé. Combien de temps s'était-il écoulé depuis leur chute ? Elle n'en avait aucune idée. L'univers bourdonnait à ses oreilles, à moins que ce ne soit cette mélopée au fifrelin qui résonnait en farandole sous la peau de son crâne. Elle crut entendre des lamentations au loin, sans être certaine de ne pas les inventer. Des épaves d'images échouaient sur les rivages de sa conscience. Ce battement de cœur autre, ce corps étranger, ces cheveux blonds cascadant au dessus d'elle...
Les avait-elle rêvés ?
Les avait-elle vécus ?

Tout lui semblait aussi flou que sa vision embuée. Elle tâtonna autours d'elle pour essayer de reprendre son assise. Sa carcasse n'était que souffrance. Mais sa volonté tint bon.

Ce qu'elle vit alors, elle ne fut pas certaine d'y croire...





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Orphée

MessageSujet: Re: [Année -25] Rattenfänger   Sam 7 Fév - 13:42
Orphée ne s'était pas évanoui lors de la chute. En fait, il avait rebondi sur le corps gras de la rousse qui l'accompagnait.

Mais toute cette partie de chute et de retombée restait flou. A quatre pattes, la paume de sa main contre sa tempe, il attendait que le bourdonnement s'en aille de sa tête. Mais il restait. Il semblait même monter en puissance.

...ça ressemblait à une musique...

Il tenta de se relever. Sa main prit appui sur son genou. Pendant un instant, il cru qu'il avait réussi à se remettre debout. Mais il chancela très vite. Les images devant lui se superposaient et circulaient en rond. Il retomba la tête la première dans une flaque d'eau.

La douleur lui faisait fermer les yeux. Sa main revint sur sa tempe. Le bourdonnement était toujours là. Il était si puissant, si permanent qu'il n'avait pas la place pour ses propres pensées. Alors de là à porter secours à sa compagne rousse... Il ne fallait pas y compter.

-

Ses yeux découvrirent un visage qu'il ne reconnaissait pas. C'était bien le sien mais il était livide. Sans compter les grosses cernes et les vaisseaux sanguins qui avaient explosés dans ses yeux.

La bruine tombait. Elle était froide.

Ses doigts boueux contournèrent les traits de son visage, dessinant grossièrement un crâne humain. Plus il se regardait dans la flaque, plus il repassait son doigt boueux sur son visage blanc.

Et plus il voyait un crâne humain à la place de son visage de bon vivant.

*Je suis mort. Je suis tombé et je suis mort. *

Il se releva et plissa de nouveau les yeux, plaquant encore une fois sa paume contre sa tempe. Le bourdonnement continuait. Plus que cela, il lui semblait le voir. Comme des tentacules de fumée et de vibrations. Un chemin à suivre qui menait au fifrelin.

Tournant la tête, il découvrit qu'il y avait d'autres tentacules. Il pencha la tête sur le côté, l'air songeur. Fronçant les sourcils, il se retourna et découvrit d'autres tentacules. Finalement, ses yeux se baissèrent et découvrirent qu'il n'était pas le centre de ses tentacules. Ce qui formait vraiment ce nœud vibratoire, c'était sa longue et belle flûte.

Quand sa main se posa dessus, il ressentit une vibration dans son corps. Quelque chose qui se propagea dans les airs et ébranla les tentacules. Elles semblèrent frissonner.

Et tandis qu'il s'éveillait à la puissance de sa magie, un rictus déforma son visage aux yeux rouge.

-

Au milieu des vierges habillées de transparence, parmi les parents et les prétendants, le Rattenfänger jouait. De sa flûte traversière couleur nuit noire sortait une symphonie. Des airs lubriques teintés de notes inquiétantes. Sur ses mélodies, les gens se déshabillaient.

Le Joueur de Flûte de Hamelin était revenu. Mort, il n'avait plus de respiration. De ce fait, il ne s'arrêtait jamais de souffler dans son instrument de charmes. Une longue partition jouée d'un seul souffle.

Une invitation au sexe.

Mais ce n'était pas assez. Alors il changea d'air. Le rythme était endiablé mais les intentions étaient fébriles. Orphée avait du pouvoir. Mais il ne savait pas comment l'utiliser. Les laisser copuler entre eux sur la grande place où avait poussé le gros arbre n'était pas assez.

Alors il les fit danser autour. Tous se prirent la main et tournèrent autour de lui et du monument végétal. Il jouait. Il soufflait dans sa flûte. Il s'époumonait et s'énervait.

Rien.

Silence.

Tout s'arrêta.

Les vierges aux joues rouge ne pouvaient soutenir le regard des hommes excités. Tous se regardaient, la bouche et les yeux grands ouverts. Tous avaient cru vivre un cauchemar. Ils semblaient sortir du sommeil. Ils essayaient de se persuader que tout cela n'était qu'une hallucination collective. Mais personne n'osait parler le premier.

Le Joueur de Flûte ressemblait à un fantôme. Les épaules abaissés. Le cou qui ne pouvait plus soutenir sa tête. Ses longs cheveux blonds chevauchant sa luxueuse chemise blanche humidifiée par cette bruine froide dans cette nuit noire.

Les braseros brûlaient.
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Zahnfee V. Edelstein

MessageSujet: Re: [Année -25] Rattenfänger   Lun 9 Fév - 12:44

La flûte.
La flûte l’appelait.
Mais ce n'était pas cette mélodie vulgaire qui guidait ses pas, celle mélopée sonnante et trébuchante, suintant de bruits et d'odeur. Non c'était l'autre musique.
Celle du sang qui battait à ses tempes.
Celle du sang qui lourd comme un sillon de lave bouillante, allumait de conscience l'âme du musicien.

Et le laissait mortifié et exsangue.
Frustré.
Seul.

Elle marcha jusqu’à lui, pieds nu, le linge collant à sa peau humide, dévoilant une nudité callipyge ancestrale. Son visage maculé de cruor, démentait sa vitalité et lui donnait l'aspect d'une sacrifiée sur quelques autels païens à quelques dieux cannibales. Était-elle morte en tombant du toit ? Était-elle la Mort elle-même ? Ou bien la Vie qu'on avait simplement assassinée ?
Son pas serein, mesuré, fendit la foule de corps moites encore papillonnant de sueur et de souffre. Leurs grands yeux apeurés roulaient en tous sens, perdus. Ils n'étaient rien d'autre que des rats, des rats abandonnés par leur maitre, orphelin de ses notes et de son amour. Pantins sans fils grelottant de culpabilité. Elle marcha à travers eux, sans les voir, sans même les entendre. Elle était habitée par la musique, la symphonie silencieuse d'Orphée.

Alors les rats se turent et observèrent.

La Rousse s'approcha du musicien, si prêt que leurs corps se touchèrent. D'un geste infiniment doux, elle écarta le rideaux de cheveux blonds qui masquait le visage du jeune homme. Ses doigts effleurèrent son propre front taché, les enduisant de rouge sombre. Son index effleura alors le visage d'Orphée, y traçant les lignes d'un dessin inquiétant : un masque squelettique, un crâne dont ses grands yeux bleus hantaient les orbites vides.
Elle déposa un baiser léger sur ses lèvres bleuies de froid, et il fut gagné par un souffle neuf.

Ses paumes vinrent se poser sur les siennes, le peignant elle aussi de carmin, et d'un geste délicat, ramena la flute à la bouche de son joueur.

La musique s'éleva d'elle même, à la propre surprise du Rattenfänger.


Elle naissait de son instrument par petites touches timides, entêtantes. Mais elle n'avait été composée ni par lui, ni par sa flûte.
Les habitants d'Hamelin, figés dans leur attente douloureuse, se mirent soudain à bouger comme des marionnettes. Leur danse étaient anarchique : tantôt menuet rythmée, tantôt ronde alanguie et lascive, tantôt plainte dramatique. Les rats sentirent la souffrance les étreindre : solitude, excitation, abandon, joies, peines... Mais jamais d'amour. Jamais. Ils sanglotèrent à l'unisson, muets d'émotions diverses et mêlées, incompréhensibles, sans jamais cesser de se mouvoir. L'épuisement engourdirent chaque fibre de leurs muscles. Les paupières se firent pesantes. Certains chutèrent dans la boue sans jamais pouvoir se relever. D'autres se blottirent les un contre les autres en gémissant. D'autre encore, luttèrent jusqu’à ce que leurs jambes ne puissent plus les porter. Le sommeil vint finalement caresser leurs échines éreintées et apaiser leurs cœurs angoissés. La musique acheva sa dernière note à l'insu de son public qui ne se réveilleraient pas avant le petit matin.

Les braseros brulaient.
La pluie avait cessé.
La dernière descendante de la Petite Souris faisaient face au Rattenfänger, seuls au monde.

Il avait joué la musique de son cœur avec une maestria rare. Tanfee attendait désormais qu'Orphée choisissent de quelle manière il mettrait fin à la partition.


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Orphée

MessageSujet: Re: [Année -25] Rattenfänger   Ven 13 Fév - 20:48
Jamais il n'avait aussi bien joué. Et pourtant, jamais il ne s'était senti aussi étranger à sa musique...

Ses doigts avaient dansé la digue sur les trous de son instrument. Spectateur, il avait eu les plus grandes difficultés à comprendre le schéma musicale.

Tout cela grâce à un baiser.

*Comment est-ce possible ?... *

Orphée avait courtisé plus d'une femme avant sa rencontre avec la rousse. Il avait joué avec les sentiments de ses dames. Il s'était abandonné à ses pulsions animales, laissant des cicatrices et des histoires sulfureuses derrière lui. Il avait expérimenté mille et une choses. Pourtant...

Pourtant, jamais un seul baiser n'avait provoqué une réaction pareille. Et d'une telle puissance qui plus est !

Il tomba à genou, faisant s'envoler une gerbe d'eau. A nouveau, il regarda son visage dans une flaque. Sa main s'approcha de la surface miroir et s'y arrêta à quelques millimètres. Il avait toujours le faciès d'un mort. Mais maintenant, il semblait qu'il renaissait. Ce rouge qui encadrait ses traits. C'était comme si son visage rougissait de vitalité. Un réseau sanguin annonçant la mue.

Ou alors : des chairs à vifs.

Il releva la tête vers la descendante de la Petite Souris. Avec un visage où se peignait l'incompréhension et le détachement, il lui demanda :

« Qui es-tu ? »

Comme s'il y avait des fils pendant enroulé autour des branches du gros arbre central, Orphée se releva. Comme si une espèce de Dieu manipulateur s'amusait avec son corps comme il avait joué avec les habitants de Hamelin.

« Quel est donc ce pouvoir que tu imposes à ma volonté ? Avec toi, je suis différente. Je suis... Je suis... »

Il fronça les sourcils et rapprocha son visage de celle de la rousse. Elle semblait aussi vive que morte. Il pencha la tête sur le côté et son regard s'attarda sur tous ses corps alors tourmentés qui prenaient maintenant le temps d'une sieste anormale.

« Mort et amoureux. C'est cela. Ça ne peut être que cela. Avec toi, je suis mort et amoureux. »

Ses doigts caressèrent son visage avant de revenir se poser sur sa longue et belle flûte traversière. Un objet précieux. Un héritage familial.

Un sceptre royal et un sabre de pouvoir.

D'un doigt, Orphée décolla le vêtement cristallin de la poitrine mouillée de la rousse. De son autre main qui tenait son instrument de musique, il rangea sa flûte entre ses deux seins opulents. Avant de s'agenouiller à ses pieds, la tête baissée. Orphée tapota deux fois sur le cœur de sa compagne.

« Tu tiens mon Ego entre tes seins d'outre-tombe. Pars avec mon sceptre, ma musique et ma magie et je resterais cette ombre errant à tout jamais sur le vieux et morne continent européen. »

Il se releva, souleva du bout de ses doigt la paluche de la rousse et la couvrit finalement d'un baise-main de gentleman.

« Ou alors rends-moi ma flûte que je porterais comme une lame effilée battant sur ma hanche, instrument de musique que tu inonderas de tes intriguant pouvoirs. Je jouerais des mélodies pleines de vitalité qui réveilleront les morts comme nous l'avons fait ce soir, avant de les laisser une bonne fois pour toute à leur repos éternel. »
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Zahnfee V. Edelstein

MessageSujet: Re: [Année -25] Rattenfänger   Dim 22 Fév - 18:45
"Qui-suis-je ?"

Tel avait été le leitmotiv de son voyage. Elle avait marché longtemps, crut mourir mainte fois. mais sa volonté demeurait intacte. Elle avait parfois fait de mauvaises rencontres mais au final elle avait trouvé la cache du sorcier de la légende. Celui qui ne pouvait pas mourir. Celui qui avait été témoin de la Batrachomyomachia.
Sa masure n’abritait aucun livre, aucun savoir. Et lui n'était qu'un vieillard.
Au final, elle n'avait rien appris. Mais elle avait quand même gagné quelque chose : Elle avait rencontré Vassilissa. Et alors son petit cœur dur et rude d'orpheline s'était révélé aussi fragile qu'une coquille d'oeuf.

Mais a-t-on déjà vu une Grenouille s'accoquiner d'une Souris ?

Vassilissa avait le talent, la beauté, le pouvoir.
Elle, elle n'avait rien. Pas même les promesses non tenues de son sang.

"La magie est en toi, endormie dans tes veines, mais jamais tu ne pourras la faire jaillir de tes doigts. Tu n'es simplement pas la "bonne". Ta seule utilité sera de transmettre le don à une fillette plus apte à en faire usage."
lui avait finalement dit la Sorcière-Grenouille.

A la question "Qui suis-je ?"
La seule réponse était et avait toujours été : "Personne. Personne d'important."

******************************************************

Tanfee était encore secouée par leur ritournelle. Elle avait du mal à réaliser. La question du jeune homme continuait de tournoyer sans fin dans son esprit. Cette question qui la hantait depuis si longtemps.

"Qui es-tu ?"

Sa mère comme toutes les héritières de la "Fée des dents" avait été offerte en sacrifice à Rostrhamus. Elle aussi n'avait pas le sang assez fort pour que le pouvoir s’éveille et avait été dévorée par le Milan. Elle avait fait cependant ce qu'on attendait d'elle : enfanter une fille. Une nouvelle chance de voir le sang s'éveiller à nouveau.
Tanfee ne désirait aucunement n'être qu'une couveuse à souris. Elle restait persuadée que tout n'était affaire que de temps, d'apprentissage, de déclic.

La vie lui avait servi une cinglante leçon.
Mais dans le même temps, par une étrange ironie, elle lui proposait une alternative.

-Quel est donc ce pouvoir que tu imposes à ma volonté ? Avec toi, je suis différente. Je suis... Je suis... Mort et amoureux. C'est cela. Ça ne peut être que cela. Avec toi, je suis mort et amoureux.

Elle éprouva un frisson qui n'avait rien à voir avec le froid ou l'humidité sinueuse de la pluie. Elle sentit la chaleur envahir son corps malmené alors qu'il glissait sa virilité musicale au creux de ses seins. En lui prenant le visage entre ses mains, elle mesura à quel point elle avait envie de lui. Elle laissa glisser son pouce sur cette bouche appétissante qui proférait de si doucereuses paroles. Leurs prunelles noyées l'une dans l'autre, elle compris soudain que leur rencontre était un miracle.

-Tu tiens mon Ego entre tes seins d'outre-tombe. Pars avec mon sceptre, ma musique et ma magie et je resterais cette ombre errant à tout jamais sur le vieux et morne continent européen. Ou alors rends-moi ma flûte que je porterais comme une lame effilée battant sur ma hanche, instrument de musique que tu inonderas de tes intriguant pouvoirs. Je jouerais des mélodies pleines de vitalité qui réveilleront les morts comme nous l'avons fait ce soir, avant de les laisser une bonne fois pour toute à leur repos éternel.


Oui.
Un miracle pour elle.
L'élément manquant à l'expression de son pouvoir.

- Ô mon beau musicien, mon Rattenfänger... Je t'ai cherché si longtemps. Tu es la réponse à tous mes maux, tous mes tourments. Qui je suis ? Je suis toi, mon pauvre amour, je suis l'élément qui manque à ta partition : je suis l'âme de ta musique. Je suis ta muse et ton inspiration. Je suis ton souffle quand tu seras mon instrument. Je suis la Mort et tu es ma nouvelle Vie. A nous deux nous seront la musique. LA Musique. Nous nous rependrons sur ce monde comme une fatalité et personne ne pourra plus dire que nous ne sommes rien, ni personne.


Avec une fougue dont elle ne se serait pas cru capable, elle l'embrassa, scellant par là même leur pacte silencieux. Elle était plus qu'une simple reproductrice, elle était une magicienne, elle était Elle.
Elle avec Lui.
La Zauberinaus et le Rattenfänger.

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Orphée

MessageSujet: Re: [Année -25] Rattenfänger   Dim 1 Mar - 14:28
Le couple avait quitté la ville d'Hamelin, se dirigeant vers la ville de Brême, là la musique inonderait les rues durant des jours.

Sur les routes boueuses d'Allemagne, ils avançaient à l'aide de leurs pieds. Ils avaient plus de cent kilomètres à parcourir. Mais ce n'était pas un problème. Ils étaient morts. Le temps n'était plus rien. Ce n'était plus que spectacle et musique.

D'ailleurs, pour la première fois de sa vie, Orphée soufflait dans sa flûte traversière avec un plaisir étrange. Jamais il n'avait apprécié les mélodie. Jamais il n'avait pris le temps de se poser devant des feuilles blanches et d'écrire un opéra en cinq actes révolutionnaires.

Et en cette nuit, alors que des embryons de couleurs chaudes pointaient le bout de leur museau sur l'horizon, Orphée jouait comme si la musique le libérait de ses soucis, de ses questions et de l'utilité de son existence.

Il jouait pour Elle : pour la Vie.

« Oh, ma rousse muse ! Voilà que plusieurs idées m'assaillent. Des pulsions créatrices, des envies lubriques et des rêves éveillées. »

Il s'arrêta et se plaça devant elle, rangeant son instrument bleu nuit dans son onéreux étui.

« Je me vois sortir de mon cocon, triomphant de mon apparence. Je vois une troupe dans mon sillage, jouant mes compositions, enrichissant ma musique. Ta musique. LA musique. »

Orphée tournoya autour de lui-même. Il était excité, il était jeune et il était de nature théâtrale.

« A Hamelin, nous nous sommes éveillés. Nous sommes nés chenilles vertes et nous avons rampé dans la fange. »

Il pointa de son doigt la forme d'un manoir s'éveillant avec le levée du soleil.

« Dans cette ville de passage, nous nous inviterons dans ce caveau. Nous réveillerons les morts et les riches. Nous les ferons danser ! Nous leur ferons connaître le délicieux nectar que sont la Vie, la Mort, la Magie et la Musique ! »

Orphée jeta sa chemise d'un blanc autrefois éclatant, retombant sur le bas-côté de la route, dans un fossé parcouru d'un ruisseau d'eau brune.

« Nous ferons notre cocon dans ce manoir. Nous prendrons du sommeil, nous trouverons des habits à notre nouvel psyché et nous en ressortirons fringants. Ensuite- »

Il alla derrière sa moitié, posa ses mains fines sur ses épaules rondouillardes.

« Ensuite, nous nous élèverons. Magnifiques papillons aux ailes aux motifs de crâne humains mêlées de partitions aux croches noires. Nous brillerons et nous laisserons une légende dans notre sillage... »

Orphée repassa devant. La joie avait chassé son visage. La tristesse l'avait conquis. Tanfee découvrit cette émotion forte en gros plan tandis que les mains du musicien s'était posé ses joues pleines de tâches de rousseur.

« Finalement, les rideaux se fermeront. Les papillons brûleront dans le feu. Le silence aura vaincu la musique. Et nous qui avions ressuscité mourrons une deuxième fois... »

Le temps se suspendit dans l'aurore fébrile. Des frissons hérissèrent le corps torse nu du musicien. Dans ses yeux, Tanfee pouvait presque y lire l'histoire de leur vie passé, présente et futur. Jusqu'à connaître la malédiction des Pythies pour qui le futur était éclairé et définitif...

Puis un grand sourire illumina le visage d'Orphée !

« Nous sommes trop jeunes pour se préoccuper du futur, pour s'intéresser à la tragédie à venir et nous encombrer de responsabilités. »

Sa main prit celle de sa moitié. Il la leva vers son visage et l'embrassa.

« Ma Vie, ma Muse, ma Musique- »

Il s'inclina et tandis le bras en direction du manoir.

« -les femmes d'abord. »

Il se redressa et proposa son bras pour qu'elle y mette le sien, bras dessus bras dessous.
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Zahnfee V. Edelstein

MessageSujet: Re: [Année -25] Rattenfänger   Lun 9 Mar - 21:41
Marcher, les pieds écorchés, à travers les brumes de la fin d'hiver, presque nue. Tout cela n'avait aucune importance, aucune. Elle ne sentait ni faim, ni fatigue. Tanfee était portée par une énergie neuve, nourrie par un sentiment qu'elle n'avait jusqu'alors jamais éprouvée. Elle se sentait toute puissante, forte, rayonnante et cela juste par l'influence qu'elle exerçait sur l'homme qui la côtoyait : son instrument, son arme, son âme-sœur. Malgré la saleté, les égratignures et les yeux cernés, elle était plus belle que jamais. Et ce charme envoutant s'exerçait brutalement sur leur passage, de villages en villages.
Ils étaient désirés et craints.
Ils étaient souffre et souffrance.
Et qui croisait leur chemin subissait le poids de leurs charismes conjugués, portés par cette musique terrifiante et entêtante.

Mais elle n'était rien de tout cela sans lui.
Et il n'était rien sans elle.

La rousse s'amusait de sa nature changeante, l'observant paisiblement, le couvrant d'un regard aimant. Elle, elle était la Vie, solide, charpentée, rassurante. Lui, il était la Mort, un artiste, un vrai, fantasque et cyclothymique, passant des sommets d'une joie extatique aux atermoiements apeurés de la dépression. Aussi virevoltant qu'un faune sautillant au son du flutiau, elle savourait chacun des contacts qu'il lui offrait. Elle se sentait comme une poupée de porcelaine soudain gonflée de chaleur par le toucher du marionnettiste.
Était-ce cela l'amour ?
Était-ce cela que Vassilissa avait pu éprouvé pour son roi-grenouille ?

Non.

C'était bien plus. Bien plus qu'un simple sentiment humain.

- Oui mon amour, transformons-nous en papillons, dévorons les cadavres pour devenir plus beaux encore. Fais-moi danser...

Pendue à sa mains, elle tournoya sur elle même avec une gracieuse volupté. Puis elle accepta de grâce de s'encrer à son bras, un sourire mutin épinglé sur sa bouche gourmande.

- Leur bal manquera toujours de nos couleurs ! Offrons leur un véritable concert ! Qu'ils dansent dans des souliers de fer blanc...

Les deux étranges compagnons descendirent ainsi la colline jusqu’au manoir. C'était une bâtisse de moyenne importance, typique de la noblesse d'épée allemande. Encaissée dans une jolie petite vallée, au milieu d'une forêt touffue, la maison Von Fausten régnait sur ce lopin de terre à titre de Freiherr. Johan, le dernier Freiherr en date, était un homme ambitieux dans la force de l'âge, mais sans épouse ni enfant. Il se targuait d'être un érudit et un esthète.
Aussi lorsque deux troubadours en haillons sonnèrent à sa porte, il pêcha par excès d'orgueil en leur offrant le pain et le sel, comme l'aurait fait un Margrave ou un Grand Prince dans sa grande bonté.
Et se faisant, il invita le Diable à entrer.
Le vestibule de la bâtisse était ostentatoire, comme souvent avec les nobles du bas de l'échelle qui compensaient par excès de snobisme, les quelques grades manquant à leur titre. On mena Tanfee et Orphée dans les cuisines, où les attendait un repas chaud : brouet de fèves à la graisse de porc, pain et fruits secs, le tout arrosé de vin coupé à l'eau. Les domestiques, plus à même de flairer le danger tapis sous la crasse, se tenaient à bonne distance des deux étrangers.

Tanfee se tourna vers son compagnon avec un demi sourire. Ses yeux pétillaient d'une malice délicieuse.

- Je veux me baigner et sentir bon. Même les cadavres ont le droit d'être parfumés. Dis-leur.

Caprice de la Vie à la Mort.



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Orphée

MessageSujet: Re: [Année -25] Rattenfänger   Jeu 12 Mar - 17:29
Sous le regard suspicieux des deux serviteurs, Orphée se régalait de cette nourriture simple et riche. Une langueur s'empara de son esprit. Conséquence de toute l'énergie qu'il avait chanté depuis les évènements de la nuit dernière.

« Prendre un bain ? »

L'immobilisation, la bonne nourriture et la chaleur ramenaient Orphée vers des rêves éveillées à la place de délires festifs. Les poches de couleur sous ses yeux n'étaient pas des restes de maquillage mortuaire venant de la nuit dernière : c'était tout simplement des cernes.

Ses yeux se laissèrent descendre jusqu'à s'arrêter sur sa flûté affûté pendant sur sa cuisse dans son luxueux et bel écrin. La fatigue, à ce moment-là, l'humanisait. Il en devenait presque un homme mature qui ne comprenait pas l'intérêt de la musique et de la vie au présent.

Sa compagne, sa Vie affichait un sourire malicieux. Mais lui n'était que souffle laborieux traversant les âges.

« Parfumer des cadavres ? »

Des corps desséchés envahirent son imagination. Des cadavres ouverts par des mains affûtés. Les viscères étaient jetées dans une poubelle non loin. Tas immondes qui frémissaient silencieusement dans le fond du récipient. Tandis que ses mêmes mains revenaient à l'intérieur du corps pour le nettoyer, le consolider et le remplir de choses odorantes.

Orphée ferma les yeux convulsivement et tourna sèchement la tête sur le côté. Par ce geste absurde, il espérait chasser ce cauchemar éveillé. Cette digression sans ancre dans sa réalité.

« Les morts n'auront qu'à attendre. Ils ont toute l'éternité devant eux. Un jour de plus ou de moins ne changera rien. »

Il se releva, les sourcils froncés. Il observa tour à tour les deux les serviteurs, puis s'attarda sur son Âme, sa Musique et sa Muse.

« ... »

Il n'avait rien à ajouter. Pas maintenant. Le temps n'était pas le bon.

Il tourna la tête sur sa droite, observant longuement l'intérieur de la cuisine. Puis il fit la même chose sur sa gauche. Un petit sourire de satisfaction étira ses fines lèvres. Il était satisfait de ce qu'il voyait.

« Même dans ce grand théâtre des morts, les rideaux ont été tiré tandis que tous les acteurs sont allés prendre du repos, enveloppé dans leur linceul. »

Ce sur quoi, Orphée quitta la cuisine et partit à la conquête de son sarcophage.
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Zahnfee V. Edelstein

MessageSujet: Re: [Année -25] Rattenfänger   Ven 13 Mar - 10:50
Tanfee eut un petit rire involontaire. La Mort était masculine. Et comme tous les hommes une fois repus, leur corps appelait à ronfler paisiblement. Avec une expression amusée, elle se tourna vers les employés de maison :

- Les artistes que voulez-vous ! Où pouvons-nous nous débarbouiller et dormir ?

Un homme guindé, moustachu et grisonnant au tempes, défia le silence pesant de la cuisine et de ses marmitons aux aguets pour répondre.

- Monsieur a pour coutume d'accueillir et de donner gîte et couvert aux artistes, réputés ou non.
- Monsieur a cette grandeur d'âme ?
ironisa la souris.
- Monsieur est un homme généreux. Et si il veut profiter de votre musique, il faudra sans doute que vous soyez tous les deux moins nus.

Tanfee observa sa petite tunique de lin blanc rendue transparente par la pluie et tachée de boue. Elle aurait pu ne pas la porter, cela n'aurait rien changé. Elle offrit un sourire provoquant au majordome qui en apparence ne l'éclaboussa guère, si ce n’est que ses oreilles se teintèrent de rose.

- Veuillez me suivre.
- Il faudra rattraper mon compagnon... Où je ne donne pas cher des fantômes qui hantent vos couloirs.


Elle eut un petit gloussement qui acheva de mettre mal à l'aise le domestique, désormais seul avec elle. Elle lui attrapa le coude et se pendit à son bras. Elle n'avait jamais joui d'une telle emprise sur quiconque et cela la rendait presque euphorique.

- Ne me perdez pas... Souffla-t-elle.

Le vieil homme eut un mal fou à conserver sa contenance. Ils rattrapèrent Orphée de justesse avant qu'il ne s'échappe par quelques alcôves secrètes. Tanfee tendit les doigts vers son époux de partition avec une expression toute maternelle.

- Viens amour, notre tombeaux nous attends. Il sera tout temps pour toi de te mêler aux spectres de ces vieilles pierres plus tard.

Elle abandonna sa victime pour prendre la main du jeune homme, qui tel un petit enfant ensuqué de sommeil, n'allait pas tarder à sombrer dans les bras de son presque homonyme.

Le majordome, libéré de l'emprise de la rousse gironde et sulfureuse, reprit ses esprits et mena le couple vers l'aile réservée aux invités. On leur avait fait coulé un bain et préparer un lit. Des vêtements neufs pour chacun d'eux trônaient sur une chaise. La chambre était petite mais munie de toutes les commodités nécessaires. Tanfee ne prit pas la peine d'attendre que le domestique soit parti pour retirer ses oripeaux et plonger dans l'eau chaude. Elle poussa un tel soupir de contentement que le pauvre monsieur vira au cramoisi.

- Mon maitre aimerait entendre vos talents, demain matin. C’est la seule chose qu'il exigera de votre part.


Il claqua la porte, trop heureux de fuir l'endroit. La muse et le musicien entendirent un jeu de clé dans la serrure. On les enfermait bel et bien. Hospitalier mais prudent, le Freiherr ! Tanfee se laissa glisser toute entière sous la surface de l'eau avant d'en ressortir la tête, son épaisse chevelure rouge humide cascadant sur ses épaules et jusqu’au creux de ses seins pleins.

- Tu ne viens pas ?
Fit-elle avec un sourire serein.
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Orphée

MessageSujet: Re: [Année -25] Rattenfänger   Dim 15 Mar - 9:08
Le sommeil était de plus en plus puissant. Son chant n'en devenait que plus irrésistible au fur et à mesure que sa compagne jouait avec le grisonnant serviteur. Arrivé dans la chambre des invités, il ne saisit même pas la façon qu'elle avait de jouer.

Elle semblait prendre de plus en plus d'assurance tandis qu'elle restait à ses côtés.

Les sons et les sensations étaient étouffés. Au loin, une porte claqua. Les mécaniques d'une serrure furent triturés nerveusement. Orphée put presque entendre le souffle libérateur et le rythme cardiaque emballé du serviteur.

Au milieu de la pièce, le corps du musicien tanguait. Sa conscience s'étiolait. Ses pieds restaient collés au sol, ne sachant s'ils devaient faire tomber ce corps dans le lit au matelas moelleux. Ou s'ils devaient l'emmener dans la baignoire remplie d'une eau rougie.

« Ve...nir... »

Le mot semblait empli d'une signification cachée et puissante. La voix qui émettait ce terme semblait être provenir de l'au-delà. Orphée se sentait attiré par la Vie. Par une promesse qu'il devait accomplir, relatif au contrat qu'ils avaient signé.

Sa tête tourna vers le corps nu, probablement ensanglanté. Son corps manqua tomber mais, pris d'une convulsion, il retrouva son équilibre. Plissant les yeux, Orphée découvrit une particularité sur le visage de sa grasse compagne : un sourire plein de sérénité. Sa vision était floue, mais ce détail était particulièrement net.

Un pas.

Un deuxième.

Plouf !

L'eau chaude engourdit son corps, détruisant les toutes dernières réserves d'énergie du musicien. Il avait lutté si longtemps, pensant peut-être jouer un dernière tour. Mais les lourds rideaux bordeaux étaient bel et bien fermés. Sa tête reposait contre la peau pouce et constellée d'étoiles rousses.

Il s'endormit.
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Zahnfee V. Edelstein

MessageSujet: Re: [Année -25] Rattenfänger   Dim 15 Mar - 11:23
Tanfee eut un petit couinement de surprise en voyant son compagnon s'affaler dans l'eau. Elle le rattrapa de justesse avant qu'il ne se cogne sur un rebord et ne se noie. Elle poussa délicatement le rideau de cheveux qui masquait son visage et observa son expression assoupie avec un brin d'amusement. Il perdait en superbe et en âge en dormant. Elle avait la sensation d'étreindre un enfant bienheureux et repu après une tété gargantuesque. Quelque part, si il s'affichait ainsi sans défense, c'est qu'il se sentait à son aise en sa compagnie. Rare son ceux qui n'éprouvait pas dégout, malaise ou mépris pour la Gripoil.

Il restèrent là, comme ça, un moment.

La Souris songea à sa vie d'avant, qui en une nuit semblait s'être nimbée du voile brumeux du souvenir lointain. Il y'a longtemps qu'elle ne s'était pas sentit aussi bien, longtemps qu'elle ne s'était pas sentie autant à sa place. Elle réalisa brusquement qu'elle ne connaissait pas le nom du musicien et lui le sien. Mais cela avait-il de l'importance ? Elle n'était plus Tanfee Fatina. Elle était la Vie.
Et lui, la Mort.

Le dormeur du val, entre ses deux collines.

Son sourire s'élargit.
Le lever de rideaux de demain nécessiterait que son musicien soit parfaitement prêt avant de fouler les planche de ce théâtre humain. Elle le berça tendrement en chantonnant d'une voix chuchotée à son oreille :

- Schlaf, Kindlein, schlaf!
Der Vater hüt' die Schaf,
Die Mutter schüttelt 's Bäumelein,
Da fällt herab ein Träumelein.
Schlaf, Kindlein, schlaf!


***

Le lendemain, Orphée se réveilla nu comme un vers dans le lit qui leur avait été réservé. Il remarqua qu'il avait été baigné et savonné et que ses cheveux avaient retrouvé leur blondeur immaculée. A ses cotés, allongée sur le flanc et blottie contre lui, dans la même tenue d'Eve, se tenait sa Muse, au creux des draps alanguis.

Le soleil était haut et la matinée déjà bien entamée. Un plateau de collation pour le petit déjeuner leur avait été glissé sur la table, pendant leur lourd sommeil. La porte , elle, était toujours close à double tour.

L'entrée en piste ne saurait tarder.

HRP:
 
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[Année -25] Rattenfänger

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