[An 04] Pères sprituels

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Mer 14 Jan - 12:31

La mort du Père Drossel avait laissé une faille au sein des Pères Fondateurs. Une faille qui ne demandait qu'à être comblée. Les candidatures avaient inondées l'Assemblée dès que le temps de deuil réglementaire arriva à son terme. Sigfrid Müller lui-même en avait lu plusieurs, menant de réguliers et longs débats avec ses collègues.

Élire un Père demandait du doigté, de la patience et, surtout, beaucoup de prudence. Il était hors de question d'accueillir un loup dans la bergerie.

La tension était palpable, les échauffourées entre Pères fréquents.

La venue de Mistral Despair, et sa proposition à offrir quelques fleurons de l'art fut accueilli comme une bouffée d'air. Sigfrid Müller l'accueillit lui-même, autour d'un bon repas. Une ambiance intime était préférable à une froide discussion protocolaire. Le vin coula à flots, accompagnant les échanges entre les deux hommes. La discussion balaya nombre de sujets, allant de l'art à l'alchimie, en passant par les attentats subis par Emerald.

La verve de Mistral sut séduire Sigfrid.

Deux jours plus tard, les candidatures furent envoyées à la corbeille et Sigfrid invita Mistral à le rencontrer dans ses bureaux. Les Pères laissèrent à l'alchimiste le soin de mener lui-même l'entretien, de récolter les informations afin qu'ils puissent décider si oui, ou non, Mistral Despair pouvait remplacer feu Père Drossel.

Le soleil entrait à flots par les imposantes baies vitrées. La sobriété sommaire du bureau n'était que fausse apparence. Une porte laissée entrouverte donnait à voir un laboratoire où trônaient nombre de produits, preuve que Sigfrid Müller continuait ses expériences. Debout derrière son bureau, le Père finissait de ranger de multiples feuillets griffonnés. L'homme leva la tête quand la porte s'ouvrit sur Mistral Despair.

« Monsieur Despair. Je vous en prie, asseyez-vous. J'ai un vin d'Italie des plus fameux. Vous devriez l'apprécier. »

L'homme ouvrit la bouteille et en versa le contenu dans deux verres. Sigfrid prit place sur son siège.

« Mes collègues ont été très touchés par vos propos concernant notre ville. Certains vous voient même déjà parmi nous. Mais vous vous doutez bien que nous devons nous assurer que votre pensée est cohérente à la nôtre, et surtout... Que pouvez apporter quelque chose à notre ville. »

Sigfrid but une gorgée avant de reposer son verre.

« Je n'aime guère tourner autour du pot, vous le savez vous-même. Nous sommes tous deux hommes à aimer avoir des résultats rapidement. Pourquoi cette soudaine envie de vous engager dans la politique ? A moins que ce ne soit un désir lointain que vous n'avez jamais osé exprimer jusqu'à maintenant ? »


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Mistral Despair
Jeu 15 Jan - 12:11
Despair. L'homme assis face à l'un des hauts dirigeants d'Emerald, un verre à la main, trouvait très amusant de réentendre ce nom dans la bouche de quelqu'un d'autre après tant d'années. C'était un nom dont la consonance criminelle avait été oubliée depuis longtemps – à l'exception d'une personne peut-être. C'était aussi un nom qui sonnait anglais mais cela n'avait pas grande importance puisque sa valeur était avant tout sentimentale. Et en dernier point, c'était surtout un nouveau nom pour ce nouveau départ qui s'annonçait.

Oui, Mistral était satisfait de ce choix. Les Pères étaient au courant, certes, de son véritable patrimoine ; de Raincourt. Pourtant, ils avaient semblé accepter sans trop de problème qu'il en change. Il avait prétendu que c'était là pour qu'on associe pas le marquis Ange, là-bas en France, au nouveau – potentiel – Père. L'explication était vrai même si ce n'était pas tout et elle avait satisfait.

Le français et l'allemand – ou était-il autrichien ? Suisse ? - trinquèrent à l'amitié et à la Cité Émeraude puis le Père Müller prit la parole « Mes collègues ont été très touchés par vos propos concernant notre ville. Certains vous voient même déjà parmi nous. Mais vous vous doutez bien que nous devons nous assurer que votre pensée est cohérente à la nôtre, et surtout... Que pouvez apporter quelque chose à notre ville. » il s'arrêta un instant, il burent, et il reprit sans que le Marquis ne l'aie interrompu car l'écoute était une chose importante « Je n'aime guère tourner autour du pot, vous le savez vous-même. Nous sommes tous deux hommes à aimer avoir des résultats rapidement. Pourquoi cette soudaine envie de vous engager dans la politique ? A moins que ce ne soit un désir lointain que vous n'avez jamais osé exprimer jusqu'à maintenant ? »

Mistral reposa son verre devant l'importance du moment. C'était son tour, sa chance d'entrer dans le cercle très restreint des Pères. Ces hommes talentueux et infiniment intelligents qui avaient bâti une ville du futur et qui commençaient à bien peser leur poids dans le monde.

C'était une minute grisante et à la fois effrayante pour le noble français qui attendait cela depuis plusieurs mois. Il n'avait pas le droit de se rater, un mot de travers et il ne serait pas pardonné, dirigé vers la porte sans sommation. Bien sûr il avait préparé son discours, mais pas trop, pour tout de même paraître naturel. Et puis, il était bon orateur de nature cela allait sans dire.

Inclinant légèrement la tête, il la releva avec un sourire poli et dit « Vous savez, depuis très jeune j'ai été élevé dans l'optique qu'un jour je reprenne la tête du fief familial. La politique est donc un milieu que je fréquente depuis tout petit et je mentirais en disant que le pouvoir ne m'attire pas. Cependant, je pense qu'il est une chose qui se mérite et que même parmi les nobles il y a des imbéciles. » il fit une courte pause, le but n'étant pas de parler à un débit trop élevé, et poursuivit ensuite « C'est pourquoi j'ai toujours accordé une grande importance à mon érudition, car le savoir est le pouvoir je pense que vous serez de mon avis. »

Le Marquis se pencha en avant et prit une gorgée de vin pour s'humidifier la gorge avant de reprendre « J'entrerais en Décembre prochain dans ma quarantième année, et lorsque j'ai appris pour le décès tragique du Père Drossel, il m'est venu l'idée que là se trouvait sans doute la dernière opportunité d'accomplir quelque chose de remarquable dans ma vie. » il n'aimait pas particulièrement évoquer son âge car il trouvait la vie trop courte. Mais dans le cas actuel il se doutait que celui-ci et la sagesse qui l'accompagnait était un atout. « Vous connaissez déjà mes sentiments sur votre Cité, vous en avez lu la réflexion dans ma lettre. C'est pourquoi je viens offrir à la disposition d'Emerald mon patrimoine et ma richesse ainsi que mes talents. Pour ce qui est de ceux-ci, j'ai comme vous un grand attrait pour la chimie mais je sais que vous êtes le Maître de ce domaine. Cependant je serais ravi de vous épauler dans vos recherches. J'ai aussi une passion pour l'astronomie, mais parlons plus spécifique. Je base mon argent – mieux que par héritage – sur le cours du marché. J'ai toujours eu de la facilité à saisir l'économie ainsi que le discours et j'ai su au fil du temps amonceler un carnet de contacts très conséquent dans le milieu. Je saurais donc renflouer encore davantage le trésor d'Émeraude et lui former des alliances précieuses, si vous acceptez ma collaboration évidemment. »

Décidant qu'il s'était plus qu'assez vendu, il ne fallait pas en faire trop non plus tout était question de mesure, Mistral s'appuya à nouveau confortablement dans son siège. Le Père Müller aurait sans doute d'autres question pour lui. Ou peut-être pas.


Mistral Despair
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Jeu 15 Jan - 21:01

Sigfrid se permit de ne pas relever le chapitre concernant la chimie. Les deux hommes en avaient déjà longuement parlé, en toute intimité, avec ferveur. Le Père savait que s'il se lançait sur le sujet ils partiraient dans un discours enflammé, oubliant le but premier de leur échange.

« Je ne peux que vous approuver à vouloir faire quelque chose de grand avant la fin. J'en suis au même stade. La politique, croyez-moi, est la meilleure des maîtresses. Elle peut se montrer cruelle, parfois douce, mais il est certain qu'elle ne vous ennuiera jamais. »

Sigfrid resservit son interlocuteur, buvant à son tour pour éviter que sa gorge ne s'assèche.

« Pour un novice en politique, vous savez déjà user des mots et de l'art, si subtil, de la rhétorique. Je suis certain que vous savez vous exprimer avec aisance face à un public. »

Le Père se leva, effectuant quelques pas de son bureau pour se diriger vers une des baies vitrées. L'homme offrit son profil à Mistral, un œil observant la cité qui se présentait en contrebas.

« Nous savons tous deux que vous avez déjà mené de nombreuses affaires au sein de l'art. Vos connaissances, associés à votre éloquence, pourraient apporter un grand bienfait à la ville. Savoir jongler avec des chiffres est une chose. Savoir arrondir les angles, trouver le meilleur parti dans un échange, tirer son épingle du jeu en est une autre. Nous avons déjà une personne qui travaille à l'économie d'Emerald. Mais ce garçon manque de prestance. C'est un petit bureaucrate qui vit enfermé dans son réduit. »

Sigfrid n'avait rien à reprocher au travail d'Esel Vermögen. Mais il n'avait aucunement les épaules et la prestance pour être Père. Il lui manquait le charisme nécessaire à ce poste. Charisme que Mistral possédait, lui.

« L'économie vous tenterait-elle ? Vous pourriez continuer à... amener l'art sur Emerald. Comme lorsque vous nous ameniez ces pièces prestigieuses qui ont su, embellir, notre musée. Emerald est une cité prestigieuse. Que dis-je... raffinée même. Nous nous devons de continuer à nous élever au-dessus des autres. L'art saura attirer les artistes, les créatifs, jusque sur nos terres afin qu'ils nous offrent leurs services. »

Sigfrid finit par tourner le dos à la baie, croisant ses mains dans son dos.

« Ce domaine vous tenterait-il ? Pensez-vous apporter quelque chose à notre ville ? Emerald ne nourrit personne gratuitement. Même les domestiques gagnent leur pain par le mérite de leur travail. »


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Mistral Despair
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Mistral Despair
Lun 19 Jan - 0:16
Mistral suivit des yeux le Père lorsqu'il se leva de son siège pour aller contempler le panorama d'Emerald qui était d'ailleurs une bien belle vision. Mais le français n'avait pas le temps de s'attarder sur le décor pour l'instant et préférait guetter les réactions de son interlocuteur. Et puis de toute manière, si tout se passait bien, il aurait de nombreuses heures dans le futur pour profiter de la vue.

Müller semblait plutôt satisfait pour l'instant, mais le Marquis savait aussi que cela pouvait être une simple illusion de la part du dirigeant. Il ne baisserait sa garde que quand la partie serait gagnée – et encore, c'était ainsi que l'on survivait dans le monde de la politique et de l'élite en général.

« Nous savons tous deux que vous avez déjà mené de nombreuses affaires au sein de l'art. Vos connaissances, associés à votre éloquence, pourraient apporter un grand bienfait à la ville. Savoir jongler avec des chiffres est une chose. Savoir arrondir les angles, trouver le meilleur parti dans un échange, tirer son épingle du jeu en est une autre. Nous avons déjà une personne qui travaille à l'économie d'Emerald. Mais ce garçon manque de prestance. C'est un petit bureaucrate qui vit enfermé dans son réduit. »

Un sourire étira les lèvres de Mistral qui but une gorgée du millésime que le Père avait si gracieusement partagé. L'aide d'un comptable serait précieuse car si lui-même savait évidemment calculer, il n'avait pas la prétention de se croire génie absolu en la matière. De plus, savoir déléguer faisait partie des tâches d'un homme d'importance.

« L'économie vous tenterait-elle ? Vous pourriez continuer à... amener l'art sur Emerald. Comme lorsque vous nous ameniez ces pièces prestigieuses qui ont su, embellir, notre musée. Emerald est une cité prestigieuse. Que dis-je... raffinée même. Nous nous devons de continuer à nous élever au-dessus des autres. L'art saura attirer les artistes, les créatifs, jusque sur nos terres afin qu'ils nous offrent leurs services. Ce domaine vous tenterait-il ? Pensez-vous apporter quelque chose à notre ville ? Emerald ne nourrit personne gratuitement. Même les domestiques gagnent leur pain par le mérite de leur travail. »

À présent qu'il était certain que Müller avait terminé, le français se leva à son tour et s'approcha de cet homme élégant qui serait peut-être son futur confrère. Il l'avait laissé parlé d'une traite car interrompre les gens était une grave impolitesse, mais surtout, cela lui avait donné l'occasion de préparer sa réponse.

Se plaçant devant le Père, le Marquis regarda celui-ci dans les yeux. Pas par défi mais par respect, et aussi parce qu'il n'était pas question de faire profil bas. D'abord cela n'était pas dans sa nature et puis ces hommes avaient besoin d'un nouveau dirigeant parmi eux, pas d'un sous-fifre. Ils voulaient quelqu'un qui sache parler et sûr de soi.

« Les présents que j'ai fait à cette Cité ne sont que des fragments de ma collection et de ce que je peux obtenir des autres, je saurais offrir de quoi l'embellir encore davantage. Votre objectif est le mien, cher Père, faire d'Emerald le joyau du monde et des esprits, la rendre assez brillante pour qu'elle aveugle tous les hommes et continue à attirer dans ses rues les plus illustres d'entre eux. »

Son discours terminé, Mistral avança en contournant Müller et se plaça à son tour devant la baie vitrée. Cette fois-ci, il embrassa du regard toute la beauté de cette précieuse ville. Elle était magnifique, presque irréelle, c'était un endroit parfait. Il vida le fond de son verre d'une traite et apprécia longuement le goût du raisin fermenté.

Le silence s'était installé entre les deux hommes depuis quelques secondes mais le Marquis ne lui trouva rien d'oppressant. Lui réfléchissait, appréciait, sans doute son interlocuteur faisait-il de même. Il se crut tout de même bon d'ajouter « J'aimerais vous prouver ma loyauté de meilleure façon, cependant cela ne sera possible qu'au fil du temps. » il fit une courte pause puis reprit, tournant la tête pour observer le Père du coin de l'oeil « Je pense réellement pouvoir apporter mon lot à Émeraude mais au final c'est à vous d'en juger. Vous êtes un homme intelligent, vous saurez prendre la décision adéquate, qu'elle me profite ou non. »

Mistral Despair
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Mar 20 Jan - 18:33

Un bref rire, fin et élégant, franchit les lèvres jusqu'ici closes du Père Müller.

« Possible qu'au fil du temps ? Mon cher, vous savez vous faire désirer. »

Sigfrid délaissa, à son tour, la vue d'Emerald tournant dos à la baie. Ses pas le ramenèrent à son bureau, mais l'homme ne s'assit point. Il se contenta de poser une main sur le bureau, conservant son regard fixé sur Mistral.

« J'ai grande confiance en vos capacités. Emerald se doit de briller et je suis certaine que vous saurez la polir, avec le plus grand soin. Il ne faudra pas pour autant se montrer imprudent. Veiller à ne pas réveiller la colère de l'empereur d'Autriche-Hongrie. L'homme est un mécène, et un grand féru d'art. Qui sait, en faire un allié nous sera peut-être profitable ? »

La question semblait être posée innoccemment. Mais, qui sait, Müller cherchait-il peut-être à atteindre son interlocuteur, à tester sa réactivité face à ce genre d'informations.

« Mais n'attelons pas les bœufs avant d'avoir la charrue. La décision sera prise aujourd'hui même avec mes collègues. Je leur rapporterais notre discussion, et nos échanges antérieurs. Vous serez avisés dès demain matin, aux premières lueurs du jour. »

Le Père proposa un ultime verre avant qu'ils ne se séparent, en tout bien, tout honneur.

« Mais dites-moi, vous avez de la famille en France. J'ose espérer que vous n'avez aucune pensée royaliste. Emerald se veut vivre au sein d'une démocatrie à l'image des antiques grecs. C'est là le futur de l'humanité. »

Piège, ou simple question sans arrière-pensée ?

Citation :
Au prochain post de ma part, je te délivre la conclusion de l'entretien. Je pense qu'on a bien fait le tour des convictions de ton personnage (il sait se vendre :aristo: ).


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Mistral Despair
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Mistral Despair
Jeu 22 Jan - 0:51
Le prétendant au titre prestigieux de Père d'Emerald était satisfait de son entretien, il sentait que celui-ci touchait à sa fin. Pour cette manche il n'avait pas retenu ses cartes et avait abattu la plupart de ses as afin d'assurer ses arrières. C'est qu'à son avis, il aurait été désastreux de rater une telle opportunité simplement parce qu'on voulait préserver un peu de mystère.

En effet, Mistral n'était pas un homme qu'on aurait pu qualifier de totalement honnête et il avait ses secrets bien gardés. Néanmoins, s'il n'aurait révélé ces derniers à aucun prix, il voulait partir dans cette nouvelle vie sur des bases de confiance. Comploter contre le monde oui, mais le faire avec des alliés infaillibles. C'était l'idée.

À la question de Müller sur l'Empereur d'Autriche, le Marquis se demanda une seconde fois si le Père n'en était pas originaire puis répondit en faisant doucement tourner l'alcool rouge sombre à l'intérieur de son verre « Je n'ai malheureusement jamais eu l'occasion de rencontrer sa Majesté Impériale en personne mais on m'a déjà conté son goût pour l'art. Et j'ai pu voir de mes propres yeux certaines des beautés que recèle son pays. En faire un allié serait un choix judicieux, du moment qu'il serve davantage les desseins d'Emerald, qu'Emerald ne fasse des siens. »

Le français savait qu'était là la clé de toute affaire. Parvenir à un accord équitable sous n'importe quelle couture mais toujours veiller à en retirer plus que ce que l'on offre. C'était là aussi qu'intervenait le charisme et le talent de persuasion.

À la suite de ça, son interlocuteur si distingué lui fit savoir que le mot de la fin sur son cas serait discuté le jour même et que Mistral en serait informé dès le lendemain. Puis il lui resservit un ultime verre, vidant le fond de la bouteille et ses amours dans celui du Marquis.

« Mais dites-moi, vous avez de la famille en France. J'ose espérer que vous n'avez aucune pensée royaliste. Emerald se veut vivre au sein d'une démocratie à l'image des antiques grecs. C'est là le futur de l'humanité. »

La menace cachée amusa presque le français. Toutefois, c'était une question très pertinente et il n'était pas certain de comment y répondre. Il finit donc par dire « Ma famille a toujours été noble de haut-rang, vous dire qu'il n'y a aucun royaliste parmi eux serait mentir. Cependant, comme je vous l'ai dit, je pense que le pouvoir se mérite avant tout par l'intelligence. Si je vous rejoins, j'ai aussi choisi de changer de nom pour me détacher de ces racines et de leur connotation. Je souhaite avant tout être Emeraldien. »

Mistral aimait la France, ce pays d'origine qu'il n'avait pu atteindre finalement que quatre petites années auparavant. Il avait aimé sa culture et son raffinement mais des choses l'avaient aussi amplement déçu. Il ne comprenait pas l'aberration d'un femme seule à régner pendant aussi longtemps et il n'avait pas trouvé suffisamment de confrères à partager son avis sur le monde. Et finalement, même Ange l'avait fatigué. Il avait en quelque sorte de l'affection pour son aïeul, mais ils avaient une vision des choses bien trop différente. Le Marquis avait besoin de projets, de chamboulements à grande échelle, il ne pouvait pas passer sa vie à régler les problèmes d'une poignée de paysans en faisant la sieste au milieu des rosiers.

Son pays lui manquerait, mais pour être Père de la Cité d'Émeraude il voulait bien s'en détacher. Après tout il avait déjà laissé l'Italie derrière lui jadis.


HRP:
 
Mistral Despair
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Ven 23 Jan - 14:09

« C'est là une pensée des plus nobles que vous venez d'exprimer. Nous verrons bien si mes collègues pensent la même chose. »

Müller reconduisit lui-même Mistral jusqu'aux larges portes de l'Assemblée, les deux hommes échangeant une ultime poignée de main en guise du dernier salut.

Les fenêtres de l'Assemblée demeurèrent allumées toute la nuit, preuves que les Pères menaient une conversation des plus importantes. Les domestiques durent traverser moult fois les couloirs, amenant de quoi se restaurer ou de quoi réhydrater les gorges asséchées. Ce n'est qu'au petit matin, alors que le jour se levait, que la décision finale fut prise.

Müller alla lui-même annoncer la nouvelle à Mistral, encadré de deux membres de la prestigieuse garde d'Emerald. Malgré les cernes sous ses yeux, le Père demeurait digne. Il s'inclina devant Mistral, main sur le cœur.

« Mon cher, je viens vous apporter une grande nouvelle. »

Un garde tendit une enveloppe cachetée au Français.

« Cette missive contient une attestation promulguant votre nomination au sein des Pères Fondateurs. Je vous conseille expressément de vous libérer pour cet après-midi. Votre nomination public aura lieu aujourd’hui même. Mes collègues et moi somme des gens qui aimons faire les choses rapidement. Et je suis certain que vous-même n'êtes pas individu à aimer les attentes trop longues. Si vous avez des interrogations, je serais présent dans mes locaux. »

Müller opéra un dernier salut avant de se retirer. Un garde demeura auprès de Mistral afin de veiller sur sa protection. Il était Père Fondateur en devenir après tout.

L'enveloppe contenait, en plus des félicitations d'usage, quelques informations de grande importance. Mistral était invité à rejoindre ses locaux avant l'heure de sa nomination officielle, afin de faire le tour du propriétaire et de ses futurs collègues. On le rassurait même sur la future cérémonie lui assurant que tout avait été préparé ; même la tenue aux couleurs de la ville. Ne manquait que la pièce-maîtresse : lui.

Citation :
Congratulations !
:rainbow:

Mon PNJ s'est un brin emballé, du coup je te laisse voir pour poster une dernière fois et après on conclue ? Si tu veux jouer le discours de nomination, lâche-toi !


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Mistral Despair
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Mistral Despair
Mar 27 Jan - 2:23






Mistral s'apprêtait à entrer en scène, un mélange d'excitation et d'appréhension dans le ventre. Pas parce qu'il craignait de parler en public – c'était une chose pour laquelle il était doué – mais parce qu'il sentait qu'il s'agissait là de son ultime épreuve. Qui déciderait une fois pour toute s'il avait sa place parmi les Pères de la Cité.

Réajustant les manches de son veston vert (c'était une couleur qu'il portait peu mais il était agréablement surpris du résultat), le Marquis répéta une dernière fois dans sa tête le discours qu'il avait élaboré durant l'après-midi alors qu'on le dérangeait sans cesse pour ajouter quelque chose à sa tenue ou pour lui demander telle ou telle chose.
À la fin, il s'était retrouvé vêtu d'un costume émeraude en velours sous lequel il portait un jabot de soie blanche. Sa canne, quant à elle, était noire avec un pommeau en jade.

Sa répétition terminée, il poussa la porte du Musée et sortit d'un pas assuré. Peut-être plus assuré qu'il ne se sentait réellement.

Le coucher de soleil face à lui l'éblouit un instant puis sa vision se focalisa et il aperçut la foule au bas des marches du bâtiment. Il avait été choisi que sa nomination publique se ferait là, en haut de l'escalier de marbre, comme sur une estrade.

Au début, on se contenta de le présenter brièvement puis les Pères annoncèrent leur décision au peuple d'Emerald en contrebas, et la fonction que prendrait le français à partir de maintenant.

Ensuite, la parole fut donnée au dirigeant fraîchement élu qui s'approcha du microphone. Despair n'en avait jamais vu ou utilisé, mais il savait qu'il amplifiait suffisamment la voix pour que tout le monde puisse l'entendre sans qu'il ait besoin de crier. C'était une invention formidable.

Il entama

« Je suis heureux de me tenir devant vous aujourd'hui, peuple de l'Émeraude. Heureux d'avoir la chance de vous faire part de mon honneur à entrer dans l'histoire de cette Cité, dans les annales de notre belle nation.

Mais peut-être êtes-vous sceptiques à mon arrivée.
Peut-être ne comprenez-vous pas que le choix de vos Pères se soient portés sur l'homme face à vous.

Un étranger, au mieux, qui n'est parmi vous que depuis si peu de temps que vous ne connaissez pas son visage.

Pourtant, peuple de l'Émeraude, j'appartiens tout autant que vous à ce joyau qui nous entoure. Mon coeur et mon esprit partagent vos idées depuis toujours.

Nous sommes Hommes parmi les Hommes, ceux qui sont conscients de leur pouvoir sur le monde - que vous le pensez offert par Dieu ou la nature ; de leur supériorité sur les machines et les monstres.

Nous sommes les savants et les artistes, l'élite de notre genre ; les non-corrompus par la bêtise Espagnole. Celle de donner la vie que nous avons gagnée de naissance à ces êtres inhumains, cadavres animés par le métal.

Il faut construire un monde de science, de progrès et de beauté. Mais ce qui a été fait de la main de l'Homme se doit d'être à son service et n'est en aucun cas son égal.

Nous, les humains, sommes l'espèce ultime de ce monde ; ceux qui sont trop idiots pour le comprendre ne mérite pas leur suprématie.

Alors c'est pour ça que je suis là aujourd'hui. Pour vous offrir mon esprit et mon or afin de construire ensemble un futur.

Un futur où l'Homme ne sera jamais esclave de sa création, qu'elle soit faite d'art ou de science. Où elle ne lui servira qu'à exprimer sa souveraineté de la plus magnifique des façons.

Les anciens savants l'avaient compris, puis nous avons oublié. Il est temps de se rappeler et de reprendre leur flambeau ; ce que vous avez déjà commencé avec Emerald, cette ville du ciel où la magie est science et la science est magie.

C'est donc cela que j'ai à vous donner, peuple de l'Émeraude. Ma contribution à notre combat contre l'ignorance et la stupidité, et la victoire à tout prix ; peu importe le temps que cela prendra.

Ainsi, moi, Mistral de Raincourt nouvellement baptisé Mistral Despair, jure fidélité à Emerald et à sa cause. »


À la fin de son discours, Mistral recula de deux pas, attendant autant la réaction des emeraldiens que celles de ses confrères Pères.




HRP:
 


Mistral Despair
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Narrateur
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Mar 27 Jan - 14:30

Tous les habitants, venus assister à l'élocution, applaudirent comme un seul homme. Le discours avait électrisé la foule. Le nom du nouveau Père était scandé telle une prière adressée au ciel. Les autres Pères Fondateurs, eux-même, joignirent leurs applaudissements à la ferveur populaire. Le Père Müller échangea même un regard avec son nouveau collègue, saluant sa prestation d'un hochement de tête.

Mistral de Raincourt n'était plus. A l'instant même où sa voix s'était fait entendre, il avait rompu les derniers liens avec son passé.

Il était désormais Mistral Despair, Père Fondateur d'Emerald.

Citation :
Pfiou, ça c'était du discours ! Magistral comme toujours, cher Mistral. Je conclus donc cet échange sur cette dernière note. Te voici officiellement Père parmi les Pères. Bon courage avec ta nouvelle fonction. :aristo:


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