Over the Hills and far away...

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Sofia de Belmonte
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Sofia de Belmonte
Lun 23 Fév - 22:16
Sofia n'était encore jamais allée en Afrique. Elle avait traversé le globe de haut en bas pour y parvenir, et son premier constat était sans appel : il y faisait aussi chaud - si ce n'est plus - que par la plus chaude chaleur d'été en Espagne. Il y avait peu de vent, et son équipage - tout comme elle - passait son temps à se ventiler lentement, ainsi qu'à piller les réserves d'eau pour ne pas se déshydrater.

Un client français l'avait payée une fortune pour venir jusqu'en Afrique du Sud, afin d'y récupérer un colis minuscule, mais d'une valeur inestimable. Cela avait attisé sa curiosité, mais n'avait pas questionner davantage son client - tant qu'il ne trempait dans rien d'illégal. En parlant de tremper... J'aurai tellement besoin d'un bain et de vêtements propres... Elle soupira une nouvelle fois, tandis qu'un groupe d'homme arriva à dos d'étranges créatures - les chevaux locaux, supposa-t-elle ; elle apprendrait plus tard qu'il s'agissait de chameaux. Pour le moment, elle faisait plus attention aux sacoches que transportaient les hommes, aux armes qu'ils portaient au clair, et à leurs regards visiblement nerveux. Dès qu'ils se furent arrêtés, Sofia ordonna d'un simple geste que l'on abaisse la passerelle, et vint à leur rencontre. Celui qui semblait être le chef baissa le foulard qui couvrait son visage. Son accent français était à couper au couteau, mais De Belmonte ne s'en formalisa pas. Ses hommes étaient tous penchés au-dessus du bastingage, soudain attentifs aux échanges. Eux aussi étaient curieux de savoir ce que ces sacoches pouvaient contenir.

Et les yeux de tous les membres du Flyin' Compass présents s'exorbitèrent, et brillèrent à l'unisson. Ceux de Sofia la première.

Des diamants. Polis, et minuscules - il y en avait des dizaines au creux de la main de l'homme. Ca, c'était pour leur client, et le capitaine se souvint que son client était joaillier. Le premier moment de convoitise passé, Sofia sortit de sa poche les lettres de créances de son client pour les remettre à l'homme. L'échange fut rapide, les deux autres enturbannés étaient toujours nerveux. Sofia prit le sac, qui ne pesait presque rien, et d'un regard en coin vers les autres sacoches, demanda :

- Auriez-vous d'autres choses à vendre ? Pour mon usage personnel, cette fois...

L'homme sourit, visiblement heureux d'avoir une opportunité de se débarrasser de plus de marchandises. Et l'oeil connaisseur de Sofia reconnu aussitôt quelques rubis, saphirs, topazes, aigues-marines, améthystes, spinelles et grenats. Aucune de ces pierres n'avait reçu le même traitement que les diamants de son client... Mais elle pourrait en tirer une fortune si elle les vendait. Et elle n'eut même pas besoin de se retourner pour voir les yeux de ses hommes briller aux aussi de la même convoitise. Sofia négocia les prix, juste par principe, alors qu'ils étaient étonnamment bas à la base. Elle prit l'équivalent de deux sacoches de plusieurs pierres, et après un dernier salut, regagna son navire. Les hommes du désert s'en retournèrent à leur village, et Sofia ordonna le départ tout aussi immédiat du Flyin Compass. Et on pouvait voir l'ébauche d'un sourire extatique sur son visage.

- Ne nous emballons pas, messieurs. Ces hommes semblaient nerveux. Veillez à ce que nous ne subissions aucune attaque tant que nous n'aurons pas retrouvé notre altitude de croisière.

Mais ensuite... Ils se régaleraient tous les yeux, sans nul doute.
Sofia de Belmonte
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Selbas
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Selbas
Mar 24 Fév - 13:30


Over the Hills and far away

with Sofia de Belmonte (mi-janvier 05)



Il courut. Courut jusqu’à ce que le soleil disparaisse devant lui et l'éblouisse. Courut jusqu’à ce que son chemin ne soit éclairé que par les étoiles. Courut jusqu’à ce que l’aube réapparaisse. Courut jusqu’à sentir le monde tourner sous ses pieds. Courut sentir l’air exploser dans ses poumons. Même quand il eut soif et faim, il courut encore. Il n’y eut que la fin du désert pour l’arrêter.

Il lui avait fallu 5 jours et 5 nuits pour quitter l’étendue rougeoyante du pays des Bochimans pour parvenir à la côte ouest de son avenir. Depuis de longues heures, les dunes avaient laissé la place à des plaines ensablées où quelques arbres secs s’épanouissaient difficilement. Puis le sable s’amoindrit, la terre fut plus dure. Les animaux plus nombreux. Les hommes aussi. Et il y eut dans l’air une odeur de sel et d’iode que Selbas ne reconnut pas.

Il traversa des villages, toujours plus grands, toujours plus hauts. Vague silhouette encapée d’un drap brun, pieds nus, un regard interrogateur fouillant l’horizon sous ses cheveux miel. Silhouette blanche parmi les noirs, il disparut bien vite aux yeux des autres, échappant dès lors à la surprise qui naissait dans les yeux des autres. Il avait perdu l’habitude d’être différent. Et puis, il se méfiait encore.

C’est invisible que ses pieds entreprirent de le conduire près de l’eau. Et lui qui n’avait connu qu’une mer de sable, découvrit pour la première fois l’océan.

Il dut s’assoir.

Le monde était grand. Beaucoup plus grand que sa cité et son désert. Mais les descriptions hypothétiques d’Ayesha se retrouvaient désormais inexactes. Il n’aurait pas fini de faire le tour de ce monde en plusieurs jours ou en plusieurs mois. Pas avec ces étendues d’eau le séparant des rois et des reines d’ailleurs. La déception fut un instant perceptible sur son visage – et même l’hésitation, avait-il bien fait de partir ?

Puis son entêtement l’emporta sur le reste. Puisqu’il fallait traverser, il traverserait. Les hommes avaient tant d’idées, ils avaient certainement conçu des transports pour ces difficultés-là.

Naïf mais décidé, Selbas se releva. Épousseta la poussière qui se formait déjà sur ses vêtements. Et marcha d’un pas tranquille vers la vie humaine. Il mit bien une heure à trouver ce qu’il cherchait. Mais quand l’enfant lui indiqua dans une langue qui n’était que proche de la sienne la direction des atterrisseurs, il reprit confiance et sourire.

Un sourire qui ne faillit pas à la vue du Flyin’ Compass.

Pour un navire, c’était une belle pièce. Longue et large, plus qu’une maison d’homme. Dans ses estimations, il se demanda s’il pourrait franchir les portes de la Cité, et décida que non. Quelle aurait été son utilité de toute façon ?

Des hommes paraissaient non loin, occupés à une activité que Selbas commençait à connaitre via Ayesha : Faire troc. Il n’eut aucune curiosité vis-à-vis des biens qu’ils s’échangeaient, profita plutôt d’une absence d’attention de leur part pour se pousser d’une montée de sable sur le premier pont. Et tâtonna du bout des pieds les planches en bois que formait son nouvel habitat, avec un rire incrédule.

Il ignorait complètement le fonctionnement de cette chose. Mais si cela voyageait, alors il devrait en être.

L’idée qu’on puisse lui demander quelque chose en échange de ce voyage ne l’effleura pas un seul instant. Curieux comme un chat, Selbas se faufila par la première porte qui passa à portée de ses yeux. Et découvrit avec extase la cabine d’un capitaine.

Compas, cartes, vêtements, bijoux, coffres, couchette, nourriture éparpillée sur la table, choses clinquantes et sans définitions… Selbas entreprit de les soulever, de les observer, de les toucher, de les énumérer et de s’en rappeler. Ce n’était pas les casseroles, lampes et autres colifichets qu’Ayesha avait pu lui ramener. C’était des objets sans sens et sans utilité apparente mais ils étaient jolis. Pleins de rouages, de fils, d’aiguilles, de direction, de traits tracés dans un sens ou dans l’autre. Selbas se pencha sur le planisphère, déchiffra le mot Afrique. Mais puisque ce mot ne signifiait rien pour lui – n’évoquait pas le centième des paysages qu’il avait parcouru tant de fois au cours de son existence – il l’ignora et fit semblant de comprendre les couleurs et les formes qui s’exposaient à lui.

En sommes, c’était important, il le sentait bien. Mais de là à savoir pourquoi…

Et plus il allait et venait dans la pièce, plus le sable rouge lentement se déposait sous ses pieds. Comme pour marquer son territoire.





Selbas
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Sofia de Belmonte
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Sofia de Belmonte
Dim 1 Mar - 21:30

Le Flyin' Compass gagna les airs sans encombres. Il y avait cependant une certaine tension due à la convoitise à bord, mais jamais personne n'aurait osé s'en prendre à Sofia pour prendre possession des nouvelles acquisitions. Enfin, normalement... Sofia n'allait pas tenter le diable. Quand chacun eut fini de s'extasier sur les pierres qu'elle avait acheté à un prix ridiculement bas, elle referma la sacoche et se dirigea vers son bureau.

Et fut arrêtée par un premier membre de l'équipage. Qui aimerait bien recevoir sa paye en pierres précieuses, pour une fois. Et un second l'arrêta. Le troisième, elle l'envoyer balader. Elle aimerait pouvoir contempler sa nouvelle acquisition tranquillement, au calme, et en se laissant aller à des gloussements typiquement féminins face à de belles pierres, tandis qu'elle fantasmerait sur tous les bijoux qu'elle pourrait commander avec de genre de gemmes. Oh, et aussi, réfléchir à une bonne planque. Elle ne doutait pas de la loyauté de ses hommes, mais la tentation était si forte... Et d'ailleurs, les yeux rivés sur le sachet rouvert sitôt sa porte ouverte, Sofia ne remarqua pas tout de suite qu'elle n'était pas seule dans sa cabine et qu'il y avait du sable partout. C'est quand elle sentit que ses pieds ne faisaient pas le même bruit que d'habitude qu'elle se décida à relever la tête et qu'elle le vit.

L'intrus. Un passager clandestin ! Sofia sursauta : il en avait après les diamants de son client et les pierres qu'elle venait d'acheter ! Non, reprend-toi ! Il avait réussi à monter à bord sans que personne ne le remarque, elle la première ?! Bouche légèrement bée, il fallut quelques secondes à Sofia pour lâcher son butin sur son bureau. Ah, et dégainer son épée ! Ça pouvait être pas mal. Alors elle dégaina son épée, incapable de se défaire de cette atroce expression d'ébahissement.

- Mais... Mais qui êtes-vous ?! Et comment êtes-vous monté à bord ?!

Elle vit le sable au sol, le sable sur lequel elle avait marché sans s'en rendre compte sur quatre mètres, jusqu'à gagner son imposant bureau qui trônait presque au milieu de la pièce.

- Mais qu'est-ce que c'est que tout ce sable ? Comment a-t-il pu entrer dans cette pièce ?!
Sofia de Belmonte
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Selbas
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Selbas
Dim 1 Mar - 21:42


Over the Hills and far away

with Sofia de Belmonte (mi-janvier 05)



Selbas observait à travers une lunette de vue quand elle entra – ou il, qu’en savait-il au fond ? Etrange créature que celle-ci en tout cas, aussi blanche que l’était sa propre peau, vêtu d’un costume bleu sombre harnaché d’or. Et aux cheveux si longs, si blonds, qu’en une seconde le sylphe en fut fasciné. Ce n’était pas les cheveux crépus et revêches d’Ayesha ça non. Et il se demanda combien de tresses pouvaient naitre à travers ces mèches.

Évidemment, ce fut avant que l’être ne le remarque. Et ne dégaine son épée, en aboyant de surprise dans une langue qu’il reconnut à peine. De l’anglais ? De l’espagnol ? C’était soit l’un soit l’autre et là encore le djinn ne parvenait à en faire la distinction. Ni à en comprendre le sens général si ce n’est la peur - ça parlait trop vite de toute façon, et ça ne semblait pas vouloir faire troc. Ses yeux bruns cillèrent du visage congestionné de l’inconnu(e) à l’épée miroitante que ce il ou elle brandissait devant lui.

Le sable sur le sol se souleva, attrapa l'arme d'une liane leste, et la ramena à lui dans un réflexe qu’autrefois, il ne se serait pas permis. Mais il était évident qu’il était menacé et sa discrétion ne lui imposait pas d’être blessé. Pas maintenant, pas à la naissance de son voyage.

Il observa la lame de cette arme, le manche ciselé, reconnu le travail soigné d’un instrument de mort. Selbas grimaça et la laissa retomber à terre.

Son intérêt ne s’éveilla pas plus à la vue des pierres et au lieu de prendre peur, il sourit. Un sourire maladroit, un ersatz en vérité. Il voulait lui montrer qu’elle n’avait pas à être effrayée. Mais comment rester calme quand une silhouette encapée, sale et au visage marqué par une plaie semblable à une brûlure s’invite sans peine dans vos quartiers pour manipuler le sable à son gré ?

Il ne le comprenait pas. Sous ses pieds il sentait le mouvement grinçant du navire en marche et cela lui suffisait. Alors il reposa la lunette, et sans s’avancer d’un pas, se pointa naturellement du doigt.

« Mchanga, Selbas. Selbas ! »






Selbas
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Sofia de Belmonte
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Sofia de Belmonte
Lun 2 Mar - 22:58

Les mains de Sofia s'écartèrent de son arme ; elle était rarement prise au dépourvu, mais il fallait avouer qu'il y avait de quoi être déstabilisée. Le sable s'éleva, prit son épée sans la moindre violence et l'amena à celui qui le contrôlait, visiblement. Et Selbas regardait l'épée comme un enfant qui découvre quelque chose de nouveau. Sofia, elle, dut faire tous les efforts du monde pour ne pas se montrer profondément dégoutée : de la magie ?! Ici, sur son navire ?! Non, la surprise était trop collée à son visage pour qu'autre chose y transparaisse. Mais de la magie ?! Elle détestait ça, car elle n'avait aucun moyen de la combattre. La magie était aussi déloyale qu'un pirate, à ses yeux...

La mine béate du Capitaine s'effaça pour adopter un visage un peu plus neutre, quoique toujours méfiant. L'intrus prit la parole, dans une langue que Sofia ne comprit pas, naturellement. Hébétée, elle répéta :

- ... Mchanga ?

Elle secoua la tête, et réfléchit quelques secondes. Il semblait s'appeler Selbas. Sofia prit appui contre son bureau, et le pointa du doigt. Mon Dieu, qu'elle se sentait stupide...

- Selbas ? (puis elle se désigna) Sofia. (et des deux bras, elle voulu désigner l'ensemble du navire). Flyin' Compass.

Elle pesta, et passa derrière son bureau. Son doigt parcourut la tranche des livres qui étaient parfaitement alignés sur leurs étagères, mais n'en prit aucun. Sofia marmonna dans sa barbe, et s'assit, tirant sur les tiroirs pour en tirer plusieurs parchemins qu'elle parcourut rapidement du regard. Où est-ce qu'elle avait fichu ce document que son client lui avait donné, avec quelques mots basiques "juste au cas où" ? Elle chercha le mot qu'il avait prononcé, et parla lentement en espagnol :

- Quelle langue parles-tu, étranger ? Reconnais-tu des mots sur ces parchemins ?

Elle lui en tendit quatre, rangeant les autres. Les langues, ce n'était pas son truc. D'un autre côté, personne à bord du Compass n'était jamais venu dans cette partie du globe... Ca n'allait pas être une mince affaire de se faire comprendre de ce Selbas ! Et Sofia ne voulait pas le mettre dans une prison de son navire gratuitement, sans réelle raison - comme si être monté à bord sans autorisation n'était pas suffisant...

Sofia de Belmonte
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Selbas
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Selbas
Lun 2 Mar - 23:10


Over the Hills and far away

with Sofia de Belmonte (janvier 05)





« Sofia. »


Il prit son temps, faisant rouler le prénom du capitaine sous sa langue. Comprenant bien évidemment sa désignation et son utilité, mais mettant un court moment à réagir. Sofia. Le premier être avec qui il avait une réelle communication depuis son départ. Il se devait de ne pas oublier son prénom.

Par contre, Flyin’ Compass, ça ne lui disait rien. Le bateau ? Le bâtiment portait un nom ? Le bateau n’était pas juste Le Bateau ? On donnait des noms aux choses ? Il devrait y réfléchir, pour sa cité. Même si La Cité se suffisait à elle-même, lui avait bien plusieurs noms, pourquoi pas elle ?

Son sourire disparu pour retrouver son attention habituelle. Selbas n’avait pas l’habitude de paraitre sympathique, ou attachant. C’était le travail d’Ayesha, sa connexion entre les hommes et lui. Il ne voulait pas faire d’efforts – car cela signifierait mentir. Et c’était quelque peu dérangeant, d’avoir ce regard fixe sur soi. Impassible. Décryptant chaque trait, chaque mouvement de lèvres, chaque glissement des mains dans l’air. Il était là pour étudier, et même si cette personne là ne ressemblait ni de près ni de loin à un roi, il avait son importance ici. Car nul doute que le capitaine commandait et que le Flyin’ Compass représentait un univers à part que le djinn se devait de respecter.

Ainsi, quand son vis-à-vis se mit à communiquer en espagnol, il sourit encore. Montrant son soulagement à l’idée d’obtenir enfin un terrain culturel mitoyen où il pourrait questionner et recevoir des explications.

Il dédaigna les parchemins, s’approcha du bureau où l’homme s’était installé. Et pointa du doigt la chevelure de l’homme.

« Toi. »
Pas de familiarité. Juste un contact. Un lien. « Je dois aller voir les rois. Au-delà de la grande eau ... Je dois faire troc pour ça ? »

Au sol le sable s’agita lentement. Il n’avait pas de pierres précieuses à lui offrir – qu’importe leur valeur marchande aux yeux du Djinn, le capitaine semblait y trouver son compte – mais sa magie recelait bien d’autres choses. Des choses oubliées, mais très utiles certaines fois.





Selbas
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Sofia de Belmonte
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Sofia de Belmonte
Jeu 12 Mar - 14:28

Au moins s'exprimait-il en espagnol. Un véritable soulagement pour Sofia, qui détestait devoir dépendre de quelques mots qu'elle ne maîtrisait pas pour communiquer. Ainsi donc, il avait l'ambition d'aller voir les dirigeants... Du monde ? Des Amériques ? Qu'entendait-il par "au-delà de la grande eau" ?

Mais pire que tout, voilà que le sable recommence à se mouvoir au sol. Le Capitaine ne peut s'empêcher d'avoir un léger mouvement de recul, et de suivre du regard les mouvements des grains sur le plancher - et sur son beau tapis... Que pouvait-il faire avec ce genre de pouvoir, avait-il des limites, comptait-il l'attaquer ? Sofia n'aimait pas beaucoup son changement d'expression, qui pouvait annoncer bien des choses différentes. Le capitaine décida de laisser le bénéfice du doute à son passager clandestin. Alors elle hocha la tête, et prit le temps de parler tranquillement, de détacher chacun de ses mots, juste au cas où.

- Oui, il faut faire du troc pour voyager. Je te permets de venir sur mon navire, et tu dois me donner quelque chose en échange. De l'argent, des pierres précieuses...

C'était étrange de parler d'un paiement en terme de troc, et non de valeur. Puis Sofia désigna le sable au sol, se levant dans le même mouvement :

- Quant à ça... Je veux que tu arrêtes immédiatement. Je n'aime pas la magie, ni la saleté. Mes hommes... Mon équipage non plus n'aime pas ça. Et les souverains que tu voudrais rencontrer pourraient voir ce genre de chose comme une menace !

Une fois encore de manière impolie, Sofia dévisagea Selbas ; cet homme ne semblait pas aussi primitif que certains sauvages d'Amérique du Sud - pour lesquels Sofia avait très peu d'estime - et au moins comprenait-il rapidement les choses. Le pire, c'est qu'elle commençait à le voir non plus comme un passager clandestin, mais comme son invité - plus ou moins... Elle soupira et croisa les bras.

- Comment comptes-tu faire pour aller voir les souverains ? On ne s'invite pas chez eux ainsi. Es-tu un ambassadeur ?
Sofia de Belmonte
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Selbas
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Selbas
Sam 14 Mar - 19:10


Over the Hills and far away

with Sofia de Belmonte (janvier 05)





Aux propos du capitaine de Belmonte, sa curiosité sympathique disparue pour laisser place à un visage de marbre. Et les yeux de terre du sylphe se durcirent considérablement en prenant compte de l'étendue de ces injures - n'ayant pas peur des mots.

Dans ce discours visant visiblement à prouver son commandement, Sofia l’invectivait et l’insultait d’une manière qui lui rappela certains échos douloureux. Cette arrogance humaine était celle qu’il craignait de côtoyer pendant son voyage. Et voilà qu’on lui offrait la possibilité de l’expérimenter dès son départ, peut-être pour le faire douter encore. Peut-être même pour le faire ployer.

Il redressa la tête. S’imagina face au roi scorpion, lui qui crachait avec tant de véhémence sur le genre humain. Et dissimula son mépris dans une nonchalance feinte.

Soit. Cet homme était peut-être le capitaine de ce bateau, mais il était avant tout une personne utile à ses déplacements. Une personne soumise à ses besoins matériels, enchainé même par ses désirs.

« Mon sable n’est pas sale. »


Cependant la menace n’était pas tombée dans l’oreille d’un sourd. Et faire entendre raison à sa magie ne serait pas de trop. Chaque jour pendant son enfance on lui avait enjoint de dissimuler certaines de ses capacités, pour sa propre protection. Et Selbas n’avait nullement envie de se retrouver enchainé de par sa nature, que les gens le craignent ou cherchent simplement à se servir de lui.

Ce voyage se déroulerait dans la paix. Ni plus. Ni moins.

« Je dois aller voir les souverains pour comprendre le monde. Ton monde. Et tu dois m’y aider. »


Le sable recommença à se mouvoir. Se dirigeant lentement vers son créateur, comme une rivière au flux tranquille, allant dans la paix de la certitude. Selbas obtiendrait ce qu’il voulait.

« Je ne suis pas ambassadeur. Je suis curieux. Et je peux t’avoir le troc que tu désires. »


Il leva les mains. Et dans le flux tranquille du sable se mirent à briller de petits fragments de pierre. Coincés dans la rainure du parquet de bois et dans les poils du tapis qui s’étalait sur le sol, peut-être pas nombreux mais bel et bien présents.

Dans un chuintement, le sable disparu sous les pieds et l’appel des mains de son djinn. Il ne resta plus que ces choses, à ses yeux jolies mais bien inutiles, que Sofia venait de demander.

« Alors dis moi maintenant. Sofia. Où nous rendons nous ensemble ? »

Et que le Don, dans son amabilité égoïste, venait de lui accorder. De l'or. De l'or pur.





Selbas
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Sofia de Belmonte
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Sofia de Belmonte
Mar 31 Mar - 11:24
Sofia appréciait l'honnêteté simple dont faisait preuve Selbas, quoique sa façon de parler laissait quelque peu à désirer. Quand elle repensait aux nombreuses heures où elle avait du apprendre la diplomatie avec Bianchi, l'art d'utiliser les bons mots pour plaire et obtenir ce qu'on voulait... Elle ne put s'empêcher de sourire à nouveau, mais de manière moins moqueuse cette fois.

Ce sourire disparut quand le sable recommença à se mouvoir. Décidément, ce n'était vraiment pas son truc, la magie. Pourtant, il y avait quelque chose qui retint son regard dans ce sable mouvant. Quelque chose de brillant. Quelque chose qui n'était pas là avant, sinon elle l'aurait remarqué. Quelque chose qu'elle désirait. Ses sourcils se levèrent, et elle quitta son siège pour s'agenouiller près de Selbas. Là, entre de planches, c'était bien de l'or ? Abasourdie, elle leva la petite pépite devant ses yeux pour l'examiner, se relevant en même temps. Et elle secoua la tête, soupira, et laissa la pépite rouler sur son bureau - auquel elle s'appuya en regardant Selbas dans les yeux. Oh, elle n'allait pas cracher sur la façon dont il l'avait payée, Sofia aimait trop l'or pour cela.

- Vous êtes inconscient, Selbas. N'avez-vous jamais vécu parmi des gens civilisés ?

Ow. Ca c'était insultant. Sofia se ficha une baffe mentale.

- Vous devriez éviter de faire ce... genre de chose là où je vous amènerai. Les gens, en Europe, aiment l'or car il y est plus rare qu'en vos contrées. Certains tueraient pour avoir à leur service une personne comme vous.

Sofia s'autorisa un soupir et remercia Dieu que cet homme ait embarqué par erreur sur le Compass plutôt que sur un navire qui trempait dans le trafic humain. Bon, elle soupira aussi parce qu'elle détestait son regard qui revenait sans cesse sur les paillettes d'or qui paraient son plancher ; elle ne supportait pas de se sentir si avare... Elle obligea ses yeux à se fixer sur le visage de Selbas.

- Je me rends en France. Sais-tu lire ? Je pourrais te prêter des livres qui te renseigneraient sur l'Europe. Sur la façon de se conduire, sur les souverains... Le temps des rois et reines est précieux ; les livres ont l'éternité à te consacrer.
Sofia de Belmonte
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Selbas
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Selbas
Mar 31 Mar - 14:07


Over the hills and far away

with Sofia De Belmonte (début janvier 05)



La surprise fascinée de Sofia lui arracha un sourire presque fier et condescendant. Ces hommes, tous attirés par la même puissance inerte. Il ne leur fallait que quelques petites pépites brillantes, qu’elles soient dorées, rouges, blanches ou vertes pour sautiller comme des enfants qui viennent de trouver l’illumination. Selbas observa la pépite en prenant soudain conscience de son manque de savoir-vivre. Mais se félicitant de suivre un autre conseil utile de sa douce et tendre Ayesha.

Rien de mieux que ces cailloux pour faire un troc convenable.

Mais le regard outre-mer de l’homme blanc croisa le siens. Et de son trône magistral de bienveillance et de miséricorde, Selbas redescendit violemment contre le sol. Comme un gosse bafoué rejeté dans les jupes de sa mère. Un ignorant. Un sauvage.

Ce n’était pas tant les mots secs ou le regard presque colérique que Sofia utilisait contre lui. C’était son ton presque paternaliste. Une claque derrière la tête n’aurait pas été aussi efficace. Juste plus rapide.

Figé. Selbas fit disparaitre son sable définitivement. Et baissa les yeux pour observer ses pieds.

Avant de blêmir aux mots utilisés.

« Certains tueraient pour avoir à leur service une personne comme vous. »
Ses yeux papillonnèrent dans le vide. L’air sembla manquer dans la cabine. « Certains tueraient pour une personne comme vous. »

Du passé, une vieille femme affolée referma une porte vétuste sur sa silhouette enfantine recroquevillée.

« Ils te prendront. Tu dois cacher ça. »
« Faire troc nécessite des pierres ! Tu peux en avoir tellement toi ! »
S’exclama la voix d’Ayesha, enjouée. Mais elle ne pouvait supplanter l’alerte générale.
« Tu dois cacher ça. »
« Certains tueraient pour une personne comme vous. »


Et effectivement, ils avaient tué tout le monde.

La gorge étranglée par l’émotion trop vive, il ne comprit que vaguement le reste. Serra les poings pour reprendre le contrôle. Eut envie de disparaitre dans les murs, de se cacher des mots conscients et sages de l’homme.

A trop écouter la sœur, il en avait oublié les conseils de Selbe. C’est pourtant les parents qui en apprennent le plus aux enfants. En bien comme en mal.

« Je ne le ferais plus. » murmura sa voix pathétique. Puis il se reprit, pas certain de tenir cette promesse. A lui. Au visage qui se superposait sur l’homme. « Je ferais attention. Je pensais te faire plaisir. » Eh c’était bien là le problème. A trop faire plaisir, Selbas en oubliait l’élémentaire. Ce que les hommes pouvaient faire pour retrouver ce plaisir-là.

L’homme. Animal égoïste.

« Je ne sais pas lire » Pas comme Ayesha. Et heureux de ce changement de sujet, il releva la tête pour croiser son regard. « Je ne sais pas ce qu’est la France. Mais je tiendrais bien. » Puis désigna l’or, d’un geste rapide. « Est-ce au moins assez pour tout payer ? »









Selbas
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Sofia de Belmonte
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Sofia de Belmonte
Dim 10 Mai - 21:29
Ses mots semblaient l'avoir touché. Sofia n'en fut pas particulièrement fière, vu la tête de Selbas - un enfant prit en faute... - elle en ressentit même un certain pincement. Voilà que tu penses encore détenir la sagesse du monde, Sof'... Elle poussa un soupir discret, et fit mine de remettre en place le jabot de sa chemise, afin d'occuper ses doigts quelques secondes.

- Ce que tu as fait me fait plaisir, je ne te mentirai pas. Et je ne mentirai pas non plus en disant que je n'aime pas l'or ou les pierres précieuses. (elle haussa les épaules et détourna le regard) Seulement, je sais me différencier d'autres gens par mon éducation.

Oui, elle aurait pu lui en demander d'autre, des tas et des tas de pépites - autant que le Compass puisse en porter sans couler à pic. Mais pourquoi l'aurait-elle fait ? Ils auraient été riches pour douze vies, n'auraient plus eu besoin de naviguer ou de travailler... Sofia fronce le nez : plutôt mourir que d'abandonner le Compass et le commerce, et sa vie d'aventures ! Elle se retourna vers Selbas quand il lui avoua ne pas savoir lire. Ca, c'était plus gênant. Elle eut une moue du coin des lèvres, et hocha la tête pour répondre à sa dernière question. Son esprit était ailleurs. Le capitaine se dirigea vers les rayonnages derrière son bureau et en parcourut les tranches du doigt, rapidement. Evidemment, elle ne trouverait rien, mais durant quelques instants, elle espéra malgré tout. Elle finit par saisir un tuyau et parla dedans :

- Lucce ? Tu peux monter ? (Puis, sans attendre de réponse, elle prit un autre tuyau) Milo, j'ai besoin de toi dans ma cabine.

Elle se tourna vers Selbas et l'invita - enfin ! - à s'asseoir sur le fauteuil qui faisait face à son bureau.

- Vous parlez déjà très bien espagnol, apprendre à lire et à écrire ne devrait pas être trop compliqué. Lucce s'occupera de l'écriture - c'est mon chef mécanicien - et Milo, qui a plus de temps libre, s'occupera de vous faire la conversation et de vous apprendre à lire. Est-ce que cela vous convient Selbas ?
Sofia de Belmonte
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Selbas
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Selbas
Sam 23 Mai - 13:02


Over the hills and far away

with Sofia De Belmonte (début janvier 05)



L’incident était clos, malgré la méfiance toute relative du capitaine. Une méfiance que Selbas comprenait sans pour autant se l’approprier. L’homme ne semblait pas mauvais – pas entièrement bon non plus mais certainement pas un danger, en tout cas dans l’immédiat. Par ses conseils, et ses propos sages, il tâchait simplement d’inculquer au djinn quelques notions de prudence élémentaire, ce n’était pas un mal. Sage, de nouveau droit et attentif, Selbas suivit ses mouvements du regard tandis que le capitaine commençait à lui tourner le dos.

« Je n’ai pas la même éducation que toi. »
Commença-t-il sans chercher à se défendre ou à justifier son comportement. De fait, cela aurait été une erreur. Dans le désert sauvage qui était le siens, on lui avait vite apprit à se méfier de son environnement et de ses habitants. Son histoire avait donné raison à cette prudence. La bafouer par le biais de cette allégresse était une insulte à son passé autant qu’une idiotie. Mais il ne reviendrait pas dessus.

« Une amie chez moi m’a appris l’espagnol. Elle dit que c’est la langue du troc. Elle avait raison. »
Mais si la plupart des termes concrets étaient en sa possession, Selbas avait plus de mal à exprimer des idées métaphoriques, des sensations ou même des émotions. « Elle sait lire aussi. Mais elle ne m’a pas appris. Je ne voulais pas apprendre aussi. » Car il était bien plus agréable d’écouter Ayesha lui raconter les histoires piégées entre les lignes noires que de déchiffrer par lui-même. Selbas ignorait toutefois que la jeune fille avait fait semblant toutes ces années. Et se félicitait de pouvoir rentrer à la Cité muni de ce nouveau cadeau.

« Si tu m’apprends à lire, et à écrire, je pourrais lui raconter mes aventures mieux que ma mémoire. Ca sera une bonne chose de ne rien rater. »
Lentement il tourna la tête vers les hublots de la cabine, et huma l’air. Son ton se fit soudain pensif.

« On vole. »


Il en sentait le vrombissement sous ses pieds tandis que le navire prenait de la vitesse. La sensation était encore trop indécise pour qu’il puisse la jauger dans toute son empleur. Il se tourna vers Sofia, les sourcils froncés, presque hésitant.

« Je peux sortir voir ? Je n’ai jamais volé. »
Mais la hauteur ne lui faisait pas peur, et l’idée même l’enthousiasmait. Selbas avait prit ses quartiers dans la grande tour de sa Cité, et il n’était pas rare pour lui de demeurer des heures durant à sa fenêtre pour contempler le paysage de son monde dans toute sa splendeur. Il avait envie de faire de même, sur le pont de ce bateau. De voir à quel point le monde était loin en bas, et à quel point lui-même, comme les autres, n’étaient que des points minuscules dans toute cette destinée.





Selbas
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Sofia de Belmonte
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Sofia de Belmonte
Mar 26 Mai - 18:13

Sofia se contenta de hocher la tête. Oui, tant qu'il pouvait se faire comprendre en espagnol, ça irait pour Selbas. Pourtant, il lui faudrait sans doute apprendre davantage de vocabulaire, un peu d'étiquette... Et ils n'avaient que trois jours pour tout cela ! Sofia adorait les défis, mais elle ne se voyait pas relever celui-ci, même avec l'aide de Milo ou de Lucce. Puis, voyant qu'il parlait de raconter ses aventures à une amie, Sofia se dit que ce serait une bonne idée de lui offrir de quoi envoyer du courrier... Ou peut-être de tenir un journal ?

Elle se mit à regarder dans le dernier tiroir de son bureau, mais releva la tête au murmure un brin rêveur de Selbas. On vole... Sofia ne put empêcher d'avoir l'ébauche d'un sourire au coin des lèvres, se souvenant de ses propres réactions quand elle avait volé la première fois. Elle esquissa un geste de la main vers la sortie :

- Vous n'êtes pas mon prisonnier, Selbas, mais mon invité.

Même si techniquement, c'était un intrus à la base.

- Vous êtes libre de circuler sur le pont, tant que vous ne gênez pas mes hommes dans leurs tâches.

Elle regarda elle aussi par les fenêtres opaques le ciel, et les quelques nuages que le Flyin' Compass croisait sur sa route. Sofia eut du mal à replonger le nez dans son tiroir, alors que Selbas était sorti. Quelques secondes plus tard seulement, Lucce entra, puis Milo quand enfin elle trouva ce qu'elle cherchait. Rapidement, elle leur expliqua ce qu'elle attendait d'eux ces prochains jours avant de les laisser partir vaquer à leurs occupations. Et bien entendu, leur regard - surpris pour Lucce, envieux pour Milo - sur le sol constellé de petites pépites d'or n'échappa pas au capitaine. Aussi Sofia entreprit-elle de ramasser chaque pépite et de les rassembler dans une bourse, qu'elle rangea dans un coffre fort... En résistant à la tentation d'en garder une pour elle. En souvenir. Ce ne serait pas honnête envers le reste de l'équipage... Ah, parfois je maudis mon sens de l'honneur !

Elle sortit au grand air à son tour ; le vent était doux et encore chaud malgré la hauteur, et Sofia prit une grande inspiration avant de se diriger d'un pas mesuré à la proue. Elle s'accouda au bastingage et observa la mer de nuage à leurs pieds. Elle détourna à grand peine le regard pour observer Selbas et lui demander :

- Alors ? Comment est-ce, de voler pour la première fois ?
Sofia de Belmonte
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Selbas
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Selbas
Sam 6 Juin - 11:59


Over the hills and far away

with Sofia De Belmonte (début janvier 05)



Son invité.

Le terme amical n’échappa pas à Selbas qui, en saisissant la portée, s’inclina docilement face au capitaine et à son autorisation. Il prit compte des conseils du Belmonte et se promit intérieurement de ne pas décevoir l’homme. Le djinn se rendait bien compte qu’il avait eu de la chance en se faufilant sur le Flyin’Compass plutôt que sur un négrier, ou tout simplement un navire où l’on aurait pu le mettre au fer, voire lancé par-dessus bord. Et sourit paisiblement au destin qui couronnait son entreprise de succès, se glissant parmi les membres d’équipage avec sa grâce habituelle.

Des regards curieux l’attrapèrent au vol, mais aucun ne délaissa sa tâche pour venir lui parler. Les exclamations, ordres donnés dans un langage certes espagnol mais qu’il n’arrivait pas à reconnaitre – les termes spécialisés des marins – fusaient autour de lui dans l’air ambiant. Il faisait grand jour et Selbas s’approcha du bastingage pour observer la terre en contrebas.

Le navire volant avait pris assez de hauteur pour dépasser les premiers nuages, et parmi eux, il vit la mer qui étincelait en dessous, très loin en dessous, sous les rayons du soleil. Son parfum d’iode, entêtant, lui parvint sous la brise affutée par la vitesse prise par le Flying’. Il l’inspira pleinement, le vent ébouriffant ses cheveux courts et y dessinant des épis. Sa main caressa le bois du navire, sentit le vrombissement du moteur sous sa carcasse. A la proue se faufilait l’horizon et la promesse de rencontrer une terre étrangère – La France.

Émerveillé, retenant son sable comme son excitation, Selbas s’y accouda et laissa son regard voguer droit devant. Comme était-ce là-bas ? Comment les gens parlaient ils ? Comment vivaient-ils ? Quels habits portaient-ils, quelles étaient leurs coutumes, leurs croyances, leur lune ? Etaient-ils nombreux ? Etaient-ils aussi sympathiques que le capitaine du Compass ? Continuerait-il d’aimer son voyage ? Serait-ce une grande aventure ?

Il l’espérait.

Quand Sofia vint le rejoindre, Selbas lui offrir un sourire heureux. Et écarta les bras, comme les ailes d’un grand oiseau.

« C’est bien plus haut que ma tour ! Bien plus haut que tout ce que je connais du monde. Tu fais ça tous les jours, et la terre sous toi est comme une carte que tu traverses et traverses tout le temps, tu dois avoir l’habitude. Mais pour moi, c’est comme si je venais de sortir d’une cage et que je découvrais qu’il existe autre chose que tout ce que j’ai pu vivre dans mon désert. »


Puis lestement, il sauta sur le bastingage. Au mépris du danger, de la bousculade qui pourrait le faire chavirer. Le pied sur, ne ressentant ni vertige ni crainte, il pointa du doigt l’horizon.

« Je veux aller là-bas et partout. Je veux tout voir et voler encore ! … Il me faudrait un navire comme le tiens. Et pour te remercier, je lui donnerais ton nom. Sofia, joli Sofia. »


Par joli il entendait bon et utile. Évidemment.






Selbas
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Sofia de Belmonte
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Sofia de Belmonte
Mer 17 Juin - 21:19

Bercée par les mots de Selbas, Sofia se laisse aller à un élan de nostalgie. Elle se souvient de son premier vol, de l'Espagne vers l'Italie, puis le retour ; de la façon dont elle se dépêchait de faire ses corvées afin de pouvoir rêver, accoudée à la proue, le vent dans les cheveux. Elle se permet même un sourire, et aimerait répondre que ce n'est pas parce qu'on a l'habitude de quelque chose qu'on ne l'apprécie plus. Certes, elle se laisse accaparer par les papiers, les plans de navigation, et passe moins de temps qu'elle ne le voudrait sur le pont. Mais il y a des moments, comme celui-ci, où elle prend un plaisir fou à se rappeler pourquoi elle voulait absolument voler. La voilà qui respire à pleins poumons l'air frais de l'altitude, se laisse enivrer par la plaisante sensation de vol, cette drogue dont elle ne peut plus se passer.

Habituée à voir ses hommes en équilibre parmi les cordages ou sur le bastingage, elle ne sursaute pas quand Selbas y bondit, faisant fi du danger... Mais ne peut s'empêcher d'être brièvement inquiète pour cet homme qui a toujours vécu sur la terre ferme. Sofia reste sur le qui vive, au cas où il ne bascule, avant d'être tétanisée par ses derniers mots. En temps normal, elle aurait pu rester de marbre, le remercier du compliment en soulignant qu'il n'était pas courant de se complimenter entre hommes, en Europe occidentale, le tout sur un ton plutôt sûr. Mais il fallait croire que ses hormones la travaillaient trop, ces derniers temps. C'est donc ainsi que le fier capitaine De Belmonte articula un "Heum..." très viril, le visage teinté d'un rouge qui jurait atrocement avec sa chevelure pâle et sa tenue bleue.

C'est bien le moment de penser mode et apparence. Reprends-toi, nom de Dieu !

Sofia s'éclaircit la gorge et observa l'horizon, essayant de masquer sa gêne.

- Posséder un navire est facile, mais en trouver un de qualité peut se révéler plus ardu. Sais-tu te battre ? Il y a encore pas mal de pirates en service, sur la mer ou dans les airs...
Sofia de Belmonte
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Selbas
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Selbas
Sam 27 Juin - 10:20


Over the hills and far away

with Sofia De Belmonte (début janvier 05)



L’idée, bien que prompte et folle, avait de quoi séduire. Et Selbas s’avança sur la rambarde, bras écartés comme un équilibriste, réfléchissant, sourcils froncés, à ce que serait sa vie de capitainerie. Autour d’eux, les hommes allaient et venaient, aucunement inutiles et certainement pas entrain de flemmarder. Comme un ballet maintes et maintes fois répété ils se succédaient aux tâches, l’un ordonnant l’autre, l’autre veillant sur l’un et sur le travail bien fait. Selbas leva la tête, se penchant en arrière presque à vaciller. Et observa les mâts et les voiles gonflées qui les emportaient en France.

- Posséder un navire est facile, mais en trouver un de qualité peut se révéler plus ardu. Sais-tu te battre ? Il y a encore pas mal de pirates en service, sur la mer ou dans les airs...


Selbas pinça les lèvres et souleva une pierre dans son esprit, dévoilant une marée de fourmis. Comme autant d’interrogations. Comme autant de problèmes à venir.

« Je ne sais pas me battre. Le sable sait sans doute mais je ne l’y autoriserai jamais. Plus jamais. »


Il sauta de nouveau sur le pont. Et s’approcha du De Belmonte, observant autant ses yeux clairs que la finesse de son visage.

« Mais ce n’est pas cela le plus important. Le plus important c’est que je parle sans réfléchir. Comment pourrais-je diriger cet univers sans en comprendre chaque partie ? Toi, qui est aux commandes de ce navire, tu saurais me dire ce que le garçon fait là-bas, avec les cordes qu’il frotte comme s’il caressait un animal. Toi tu saurais me dire pourquoi l’homme transporte ces pièces jusqu’à l’autre bout de ton bateau, à quoi elles vont servir. Toi tu connais leurs prénoms et leurs titres et leurs places ici. En fait, si ce navire représente le monde, toi tu es la Lune. »


Selbas eut un sourire tendre.

« Tu en as les cheveux en plus ! »
Mais se reprit dans une sévérité un peu craintive. « Et moi. Moi je ne sais pas donner des ordres. Moi je ne sais pas commander. Je laisse les choses se faire jusqu’à ce qu’elles cessent et s’effacent. Je ne suis qu’un regard, pas un dirigeant. Alors plutôt que de prendre un bateau comme le tiens, je viendrai parfois sur ton navire. Et j’irai dans ta cabine, et je te raconterai ce que j’ai vu. Ça te fera plaisir ? »
« Capitaine ! »


La voix du Bosco attire leur attention. L’homme pointe du doigt l’horizon qui s’annonce, et l’obscurité surtout, à bâbord. D’avancer, la menace s’est fait plus précise. Et Selbas plisse les yeux, observant la masse noire de l’orage. Dans l’air, l’humidité chargée de sel est devenue presque électrique. Il est temps de rentrer sans doute, et pour Sofia de donner ses ordres pour éviter la tempête. Selbas se recule. De nouveau témoin et non acteur. Discret passager.






Selbas
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Sofia de Belmonte
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Sofia de Belmonte
Sam 11 Juil - 23:49

Sofia tenta, en vain, de réprimer un léger recul quand Selbas l'approcha et la dévisagea. Quoi, il ne m'a pas démasquée, quand même ?! Dos tendu, elle fronce les sourcils pour se donner une certaine contenance. Pour garder le contrôle d'elle-même.

Oh, elle sent qu'elle perd le contrôle. C'est bien le moment pour que mes hormones s'en mêlent ! Les mots de Selbas touchent une corde trop sensible, une corde que Sofia avait enroulée et mis dans un coin sombre et inaccessible. "Tu es la Lune, et tu en as les cheveux". Seigneur Dieu, personne ne m'a parlé comme ça depuis des lustres. S'il lui en avait donné le temps, elle aurait fondu devant son sourire, rougit à ses paroles, bafouillé - ou ri de gêne comme n'importe quelle fille, le nez vers le sol et le regard au travers de quelques mèches de sa frange.

Elle a gardé la mâchoire serrée, les sourcils froncés, et le dos droit. Lui a continué à parlé. Rien de gênant ne s'est passé. A moins qu'il n'ait perçu dans son regard clair un tressaillement ? Les mots du djinn continuent à résonner dans son esprit, et Sofia se rend compte qu'à force de se tendre, elle est tétanisée. Ses yeux restent scotchés à ceux de Selbas, et pas un seul de ses muscles ne frissonne. Zut, c'est à toi de parler, Sof'. Maintenant, détends-toi !

Même l'injonction d'un de ses hommes ne parvient pas à la sortir de son état second. Sofia compte lentement jusqu'à sept, et ferme les yeux, se force à se détendre. Grande inspiration... Elle rouvre les yeux, et sourit, un peu gênée, toujours un peu crispée.

- Cela me ferait très plaisir, Selbas.

Sofia parvient ensuite à pivoter sur une jambe, pour regarder par-dessus son épaule. Loin à l'horizon, le ciel s'obscurcit, l'air est chargé d'électricité. Elle inspire profondément, à nouveau, et se retourne vers Selbas :

- Je t'apprendrai ce qu'il y a à t'apprendre pour vivre à bord d'un navire volant. (Une série de cloches résonna à travers le bateau) Pour le moment, nous nous préparons à traverser une tempête. Je te conseille de te trouver un endroit à l'abri, à l'intérieur, et à t'accrocher fort. Tu peux aussi t'installer dans un hamac et te laisser bercer par la tempête.

Un dernier sourire, et Sofia monte rapidement sur le pont supérieur, pour se précipiter dans sa cabine. Avec soin, elle accroche rapidement son chapeau et enclenche le mécanisme qui fait sortir les crochets du sol pour maintenir les meubles en place, ainsi que plusieurs barres qui empêcheront ses nombreux ouvrages de tomber. Les papiers sont jetés avec une fausse désinvolture dans un coffre qu'elle verrouille, et tandis qu'elle ressort de la cabine pour prendre la barre, elle ferme soigneusement son manteau et détache ses cheveux. Le premier coup de tonnerre roule au loin. Sofia arbore un grand sourire, ravie d'affronter une tempête.

Et ce sourire, elle l'aura encore quelques heures plus tard. Le Flyin' Compass a été malmené par les courants d'air, mais aucun éclair n'aura frappé le navire, et les dégâts sont minimes. Le rouge aux joues, elle gagne la cantine où elle prendra un thé brulant avant de rejoindre Selbas. Elle n'a pas pris le temps de peigner sa chevelure ébouriffée, les rattachant avec son catogan.

- Qu'avez-vous pensé de cette première aventure, Selbas ?
Sofia de Belmonte
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Selbas
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Selbas
Mar 14 Juil - 11:58


Over the hills and far away

with Sofia De Belmonte (début janvier 05)



Pauvre Djinn qui jamais n’a séduit une femme, qui jamais n’aurait ce genre de pensée vis-à-vis de Sofia de Belmonte – ce n’est pas qu’il n’aime pas les hommes, la destinée lui prouvera le contraire, c’est simplement son ignorance de sauvage, cette ignorance parfois volontaire aux choses que forment le Sabar. Il l’observe, lui – puisque c’est un lui et demeurera un lui, qu’importe que Sofia lui dise la vérité ; si telle est son envie d’être considéré comme un homme, ce n’est pas Selbas qui l’en empêchera ou tentera de le contredire. Il l’observe et ne voit rien. Pas de silhouette féminine, rougissante et presque gênée des compliments qu’il lui donne et ne sont, de fait, que des vérités. Il voit un capitaine prêt à l’aider, prêt à lui donner des leçons de choses qui lui resserviront plus tard. Un capitaine qui soudain est face à la tempête.

Selbas est très impressionné. L’assurance de l’homme, son dos droit, sa manière d’interagir avec le Bosco ou même envers lui-même, lui proposant simplement d’assister à la tempête dans la protection salvatrice des parois du Compass, ou de dormir. Selbas réfléchit. Il aurait aimé se tenir sur la rambarde, offert aux éléments, témoin de première ligne de ce déclenchement cataclysmique. Mais bien évidemment, c’est impossible. Cela serait prendre un risque inutile et Sofia veut le protéger.

« Je rentre et te laisse à ton devoir de Capitaine. Nous reprendrons cette conversation plus tard. »


Il lui sourit, d’un sourire tendre et déjà ailleurs, avant de se détourner. Le Djinn se fond dans les murs pour laisser place aux matelots de prendre place à leurs postes, excités peut-être mais peu nerveux – ça n’est pas leur première tempête et ça ne sera pas la dernière.

Il rejoint la cale, le balafré. S’accroche d’une main aux barres apparues le long des murs et avise un hublot, sur lequel il pointe son nez. Dehors le déferlement des éléments vient entourer le Compass et les éclairs fendent le ciel. En moins de temps qu’il ne faut pour y penser, la pluie virulente vient cingler les parois du navire. Dans l’air flotte une odeur de bois mouillé et de pièces de métal abandonnées dans l’eau. Il fait froid. La buée se forme aux lèvres de Selbas et il l’essuie sur la vitre, regardant et regardant encore. Vacillant parfois de la poussée que le vent exerce, là bas. Il imagine Sofia comme dans un rêve idiot : dressé sur le pont, lançant le poing vers le ciel et clamant à la tempête de laisser son navire tranquille.

Il sourit. Et s’écarte en direction d’un hamac. Le roulis du navire ne lui offre aucun haut le cœur. Au contraire. Il se glisse dans le tissu et ferme les yeux. La tempête le berce, Sofia n’a pas mentit.

En quelques secondes à peine, il s’est endormit. De confiance.




C’est la voix de Sofia qui le réveille, de longues heures plus tard. Le regard un peu éteint, Selbas met un temps avant de se redresser. Inspire l’odeur du thé que le capitaine tient à la main. Il note sa posture, son large sourire et ses cheveux décoiffés, et sourit à son tour, doucement, encore enfoncé dans les bribes d’un rêve obscur – Scorpion, il était là sous sa forme humaine mais il ne se rappelle de rien d’autres.

« Tu as gagné ? »
murmure-t-il en espagnol. Et il se frotte les yeux.

« Chez moi, la pluie tombe et c’est miraculeux. Mais la tempête est bien plus rare. Tu l’as affronté sans peine. Et. Tu sens le sel aussi. »

Il s’étire avec un bruit de gorge félin. Et saute à bas du hamac. Sa cape de voyage lui a servi de couverture. En dessous il porte un pantalon large un peu bouffon et haut blanc en tissus, aux grosses coutures, qui pend lâchement sur ses membres maigres.

« Je prendrai bien un thé. »








Selbas
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Sofia de Belmonte
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Sofia de Belmonte
Lun 3 Aoû - 23:37

Les premiers mots de Selbas concernent sa victoire sur la tempête. Cela fait sourire Sofia, qui se laisse décidément toucher un peu trop souvent par son passager. Elle hoche simplement la tête à cette question. Un jour, quand il la connaitrait un peu mieux, il saura que la défaite n'a jamais été une option envisageable pour le Capitaine de Belmonte. Surtout contre une tempête ! Quelque chose de si courant, quand on sillonne les cieux depuis quelques années à présent, et qui semble être un événement miraculeux et exceptionnel pour Selbas. Un monde sans pluie ? Difficile à croire pour l'anglaise qu'est Sofia ! Mais elle ne doute pas des mots de son compagnon de voyage.

Elle observe à la dérobée chacun de ses mouvements, félins, souples. Même quand il fait des gestes si communs, elle a l'impression qu'il se meut avec la grâce d'un danseur né. Elle sort de sa rêverie contemplative quand il lui demande un thé. De nouveau, Sofia sourit et lève sa tasse.

- Grand Dieu. Je me suis montré terriblement impoli. Suivez-moi, il y a toujours de quoi se sustenter à la cantine de bord. Et d'autant plus après une tempête, quand nous avons tous besoin de reprendre des forces.

Il y a quelques membres de l'équipage qui sont affalés devant les tables clouées au sol, les paupières lourdes mais les yeux brillants. Ils ont moins bonne mine que le capitaine, arborant une apparence plus débraillée. Ils racontent à leur compagnons la tempête, comment ils l'ont bravée. Il n'y a rien d'exceptionnel, dans cette bataille, mais sans doute est-ce un rituel pour eux, une façon de dire à leurs amis ce qu'ils ont loupé. Le capitaine s'assoit et attend que le Djinn se serve et la rejoigne. Ils ne sont pas loin des autres marins. Elle laisse Selbas écouter le récit de ses hommes et finit par lui demander, quand le récit commence à se répéter :

- Si nous bravons une autre tempête, voudras-tu rester sur le pont et la combattre à nos côtés, Selbas ?
Sofia de Belmonte
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Selbas
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Selbas
Dim 16 Aoû - 18:34


Over the hills and far away

with Sofia De Belmonte (début janvier 05)



Les codes et politesses du capitaine l’amusent et l’attendrissent un brin. Mais il a vite fait de tapoter le bras de l'anglais, lui signifiant ainsi qu’il n’a pas à s’excuser de son comportement. Après tout, il l’a accueilli sur son navire, lui a offert une couche, son amitié, ses leçons et se place encore à sa disposition pour le guider au sein du Compass, lui faire rencontrer ses hommes, découvrir son monde. Bien évidemment, au sein de la Cité, ce genre de comportement – ouvert et attentif aux besoins de l’autre – est de l’ordre du quotidien. Mais après les propos d’Ayesha, de sa mère adoptive et de ceux d’extérieur qu’il a pu parfois croiser au détour d’une légende, d’une histoire ou d’une rumeur, il pensait avoir à se méfier bien plus des étrangers. Sofia est la leçon contraire qu’il attendait, malgré son amour de l’or et ses coups de tonnerre quand quelque chose lui déplait. Mais son capitaine a un caractère fort, et c’est bien cela qui plait au Djinn.

« Si tu as l’occasion de passer dans mon désert, je te ferais boire le thé de mes femmes. Elles font pousser de la menthe sur les rebords des fenêtres et cela monte, s’entremêle avec le jasmin et les dattiers qui poussent entre nos maisons étroites. Ca, et l’odeur des grains, des épices et du sable, cela forme un parfum qui monte avec les feux qui font mijoter les marmites. Notre thé est sucré comme du miel, et vif comme du piment. Ca, ça requinquerait tes hommes mieux encore, et cela éveille comme les baisers d’une mère. »


Dans le réfectoire, le silence se fait un court instant quand Selbas apparait aux côtés du Capitaine. Après les salutations d’usage à l’égard de ce dernier, tous reprennent leurs conversations tout en leur laissant une place éventuelle. Tasse en main, soufflant sur le breuvage mais demeurant à côté du Belmonte, Selbas est attentif et écoute leurs histoires en essayant de se les imaginer. Mais plus les mots tombent dans ses oreilles, plus il les traduit et plus ses sourcils se froncent. Il regrette soudain sa fatigue et son besoin de dormir. Une tempête n’est pas ordinaire, lui-même l’a avoué, et en avoir manqué une d’une telle beauté le déçoit quelque peu.

L’offre de Sofia a vite fait de lui redonner le sourire. Et Selbas hoche la tête, en posant sa tasse vide.

« J’aimerais oui, puisque tu me le proposes et que j’en ai bien l’envie. Est-ce tant habituel chez vous, d’avoir à faire à la pluie ? Chez moi, nous la suivons pour vivre, car elle apporte l’eau, et les plantes, et les bêtes dont nous avons besoin pour exister. Mais tes hommes sont bien courageux de braver les éclairs pour diriger ton navire, et ils l’affrontent sans dédain, j’aimerais voir cela. »


Nouveau silence surprit. Puis un éclat de rire général, un peu moqueur quant à la naïveté de l’étranger.

« C’est pas tant l’courage que le fer qui nous attends si on s’met à avoir la trouille et qu’on désobéit au capitaine, pas vrai ? »


Hélas, les mots espagnols sont modus par l'anglais et presque incompréhensibles.

« Sur que la tempête c’est rien si on déçoit le capitaine De Belmonte ! »

« Mais tu viens d’où ptit pour parler comme ça de la pluie ? T’es pas plus basané que les négros qu’on a pu croiser en Afrique. T’es même plus clair que l’édenté dans l’coin là bas et qui vient de… Hey Bossard ! Tu viens d’où dis ? »

L’édenté caquette, vieux déjà malgré ses trente ans.

« D’un coin reculé au-delà du pays Ottoman ! Un pays qui vient des rêves et d’la magie ! »


Un marin grommelle, un peu agacé.

« Fichu sorcier. »
Mais on l’aime bien l’édenté. C’est un matelot courageux qui n’a pas son pareil pour monter aux cordages, l’un des plus rapides.

Et Selbas rit, ne comprenant pas la moitié des propos distordus par l’accent caractéristique des hommes de la mer. Tournant son regard curieux vers Sofia, en quête de traduction. Son espagnol ne va pas à parler cette langue abrupte de ceux qui veulent tout savoir.

Spoiler:
 






Selbas
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Sofia de Belmonte
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Sofia de Belmonte
Lun 31 Aoû - 22:22
Il y eu un moment où l'expression de Sofia se figea. Avait-elle bien entendu ? Il avait des femmes dans son pays ? Non, il avait du se tromper, utiliser un pluriel au lieu d'un singulier. A moins qu'il ne parle de domestiques qu'il avait à ses ordres ? Oui, ce doit être cela... Alors elle se contenta d'un léger sourire et d'écouter ses hommes parler. Elle se fit passer une nouvelle tasse de thé anglais, dont elle savoura le parfum avant de le boire à lentes gorgées. Elle s'amuse de voir son équipage si accueillant envers l'étranger - fallait-il rappeler qu'il s'était fait embarquer clandestinement, et que cet exploit devait sans doute attirer à Selbas le respect des hommes de Sofia ? Dans un coin, Oeil d'Etain le vigie ne l'observait pas d'un bon oeil, justement. Mais personne ne vint discuter avec lui, ni même le charrier. Même De Belmonte, en sa qualité de capitaine, risquait de se retrouver avec un couteau contre la gorge.

Sofia vint en aide à Selbas, essayant de reprendre dans un espagnol plus académique, moins familier, ce qui avait été dit. Et d'ajouter :

- Sais-tu qu'il existe des endroits où le beau temps est une chose rare qui dure à peine une saison ? Et puis, ce genre de tempête est monnaie courante pour nous !

Sofia s'apprêtait à dire qu'il fallait avoir le coeur bien accroché pour affronter ce que Dieu mettait sur leur route... Avant de s'abstenir. Un instant, elle se demanda si Selbas croyait en Dieu, ou s'il croyait en autre chose - aussi fou que cela puisse paraitre. Le sujet était peut-être trop délicat pour être abordé tout de suite ?

- Fais attention, étranger. Quand le capitaine commence à tripatouiller sa croix, c'est que tu vas avoir droit au sermon sur la religion !

Sofia prit conscience de sa main sur la chaîne qu'elle portait au cou. A côté du sceau dont elle se servait pour cacheter ou certifier certains documents, il y avait une petite croix d'or que sa mère lui avait offerte il y a bien longtemps. Comme une petite fille prise en flagrant délit, elle lâcha son bijou et jeta un regard noir à son timonier. Bon, quitte à être lancée...

- Croyez-vous en Dieu, Selbas ? Ou bien... Avez-vous d'autres croyances ?

N'avait-elle pas promis de le mettre en garde sur les sujets à éviter auprès de la civilisation occidentale ? Ne pas croire en Dieu était blasphématoire, même si Sofia savait que parmi les membres de son équipages, il y avait des athées...
Sofia de Belmonte
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Selbas
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Selbas
Dim 6 Sep - 12:11


Over the hills and far away

with Sofia De Belmonte (début janvier 05)



La réflexion météorologique du Belmonte plonge un instant Selbas dans une profonde perplexité. Mais si le djinn est curieux, il ne manque pas de sagesse. Et hoche bien vite la tête en signe d’assentiment. Evidemment, si chez lui la pluie est rare, c’est qu’elle doit bien tomber ailleurs là où le soleil fait défaut. Il serait curieux de visiter de tels pays, de n’avoir qu’à lever la tête pour recevoir en bouche ce qui manque tant à son peuple. Et entendre les gens autour de lui courir, râler sur cette pluie bienfaisante, attendre le soleil avec des regards pleins d’espoirs dirigés vers le ciel.

« Nous nous plaignons souvent de ce que nous avons. Mais nous cessons d’avoir mal aux pieds quand nous observons l’estropié. »


La réplique, là encore, propage un silence troublé parmi les hommes d’équipage. Avant qu’un jeune mousse, à peine réveillé, finisse par bailler non sans humour.

« Pour l’estropié y’a toujours les jambes de bois. »

Et l’équipage d’aussitôt éclater de rire. Leur rire, bruyant et explosif, est franchement communicatif. Selbas s’en enlisse, souriant avec vigueur. Observant ces faciès mordus par le sel et les embruns. S’il n’y a pas que de bonnes âmes sur le Compass, c’est un équipage bien mené que les temps de voyage ont soudé de manière inéluctable. Il n’y a que l’homme qui l’observe en retrait qui fait courir le long de son dos un doigt perlé d’inquiétude. Mais il n’a rien à craindre, à être ainsi aux côtés de Sofia.

En lui, le sable se fait retenir et il se sent frustré de ne pas laisser les grains jouer avec ses émotions. Mais il faut être prudent. De Belmonte l’a demandé. Et pour le contenter, Selbas serait prêt à tout aujourd’hui.

Même à répondre à cette étrange question qui implacablement, fait taire les rires et accroche au visage de l’équipage un respect presque digne. Et tout ça pour quoi ? Pour une petite croix toute dorée.

Un sermon sur la religion donc ? Mais qu’est-ce donc, une religion ?

- Croyez-vous en Dieu, Selbas ? Ou bien... Avez-vous d'autres croyances ?


La question le laisse perplexe.

« Je n’ai jamais rencontré Dieu. Je ne sais pas qui c’est. » Finit-il par murmurer, un peu indécis. « Mais si c’est ton ami, je veux bien croire en lui comme je crois en toi. Est-ce ça dont tu parles ? »

Le mousse pince ses lèvres pour retenir un rire. Et le marin ayant préalablement grommelé sur l’Ottoman se signe rapidement.

« C’t’une âme perdue capitaine. Là bas dans son pays d’sauvages, on lui a pas fait la leçon sur Jésus. C’est pour ça qu’il faudrait envoyer quelques navires. Les allemands voulaient faire ça à une époque. Les éduquer comme aux Amériques. Pour en faire de bons chrétiens. »
« Mais nous sommes éduqués ! » Selbas a reconnu le mot. Et sourit largement. « Je connais ça, ce sont les livres. Mon Ayesha me les lit. Ce sont de jolis contes. Dieu en est un ? »
« Blasphème » marmonne un marin dans son coin, jetant un regard inquiet sur le Djinn comme sur la croix du Capitaine. « Il va nous apporter la foudre, peut-être pire. C’est peut-être pour ça, la tempête de hier soir… »

Mais l’ensemble de l’équipage le coupe bien vite, dans des exclamations railleuses.

« Dieu, c’est tout ! »

Et la lumière se fait dans l’esprit de Selbas.

« Oh mais je le connais. Je le connais oui il est – » Il s’approche d’un hublot. Le garçon déguingandé qui n’a pas arrêté de sourire. Il fixe le ciel clair pour chercher l’horizon. Et quand le soleil s’accroche au ciel, pointe ses rayons dans sa direction, lui-même le désigne d’un doigt innocent. « Il est là, votre Dieu. Scorpion m’avait bien dit que je ne pouvais le rencontrer, sinon mon voyage aurait été bien plus simple. Le Roi des Rois. Celui dont on ne voit que la couronne bruler dans les nuages. »

Et doucement, logiquement, il rajoute.

« Cela ne m’étonne pas qu’il soit aussi le Roi des navires volants, puisque vous voyagez dans son château. »


Cela a le mérite d’en souffler plus d’un.






Selbas
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Narrateur
Conteur d'histoires
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Lun 30 Nov - 18:23

Les paroles laissent l'équipage interdits. Nombreux sont ceux qui ne savent plus quoi penser de cet enfant pouvant se montrer aussi innocent qu'un nouveau-né, et aussi sage qu'un vieil homme. Personne ne contredit ses dernières paroles, sonnant juste dans l'esprit des croyants. Un marin glisse l'idée de profiter du voyage pour l'initier aux Saintes Écritures, sauver cette âme en perdition. Le capitaine finit par clore le débat, renvoyant chacun à ses fonctions.

La route fut encore longue vers la France, assez pour que le djinn puisse tisser de nouveaux liens, apprenne auprès des corsaires. Le souvenir qu'il leur laissa fut impérissable, et son chemin de sable recroisa, plus tard, celui de la corsaire travestie. Autre temps, autres mœurs.

RP clos


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