[Février 05] Tout conte de fées est issu des profondeurs du sang et de la peur

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Ronce de France
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Jeu 26 Fév - 21:34
Le bal avait laissé son empreinte sur Versailles. Pendant plusieurs jours les domestiques avaient du s'affairer en tout sens afin de tout remettre en ordre. Certains invités étaient demeurés quelques jours, afin de profiter de la beauté des lieux, parfois aussi pour se remettre des émotions éprouvées lors des festivités. Des couples s'étaient noués, d'autres s'étaient rompus, alimentant les ragots de la cour française.

L'ambiance festive, presque libertine, s'éteignit aussi vite qu'elle était naquit.

Le Delirium demeurait une épidémie que rien ne pouvait encore endiguer. Ramené par des invités du bal, il avait fait son nid dans le cœur de certains nobles de la cour. A l'instant même où ducs et marquises se mirent à cracher du sang en public, ou à provoquer des catastrophes par des dons échappant à tout contrôle, Versailles sombra dans la panique. La noblesse se mit à déserter la cour, rejoignant leurs demeures secondaires à leur campagne, ou partant quérir un meilleur avenir en Amérique. Le temps que la maladie disparaisse.

Versailles était bien vide désormais. Quelques résidents demeuraient sur les lieux, se sentant plus en sécurité entre les murs qu'ailleurs. Mais Ronce sentait et, surtout, entendait les rumeurs qui se propageaient. On commençait à remettre en cause sa légitimité, sa puissance en tant que reine. Mais que peut une couronne face à une épidémie ? Elle aurait bien aimé connaître la réponse.

Telle une demoiselle encore peu habituée au grand monde, ce jour-là, la reine se glissa parmi des passages secrets, des portes dérobées, pour rejoindre son cadet. Avec tous ces évènements, elle n'avait pu l'approcher. La garde autour du prince avait été décuplé. Tous savaient que la maladie lui serait fatale si jamais il l'attrapait.

Saluant les gardes demeurés à la porte des appartements du prince, Ronce franchit la grande porte. Laissant un sourire éclairer son visage fatigué, la reine alla à la rencontre de son frère.

« Comment vous portez-vous aujourd'hui, mon frère ? Souhaitez-vous que nous allions nous promener ? Nous pourrions observer les roses. Elles ont du s'épanouir depuis la dernière fois. Ou préférez-vous que je vous fasse la lecture ? »

Le prince Ciel avait une grande préférence pour les récits d'aventures, passion que son ainée ne pouvait qu'approuver. Les romans emplis de dangers et de guets-apens étaient, de loin, les plus intéressants.


Au même instant, au sein des couloirs de Versailles, les domestiques tremblaient, comme si un vent glacial s'était infiltré dans le palais. Pourtant toutes les fenêtres étaient closes. Probablement un effet provoqué par l'absence de foule au sein du palais, comme c'en était habituellement l'habitude. Versailles était bien vide, comparé à une époque.

Des bruits de pas se firent entendre poussant une domestique, occupée à épouseter, à se retourner pour saluer. La femme se figea à la vue du visage qui lui faisait face. Buriné par le soleil, ridé par le temps. Le visage d'une femme d'un certain âge dont le regard et le maintien trahissait une vie bien remplie et, surtout, une propension à regarder de haut les autres. Une conduite des plus intolérables de la part d'une femme de couleur.

La domestique ouvrit la bouche pour demander à la femme son identité (et si possible de se rappeler son véritable rang en ce lieu béni qu'était la France). Mais ses paroles se muèrent en un hoquet interloqué tandis que, de sa bouche, se déversait des cafards dont les pattes lui chatouillaient la peau.

« Cela vous apprendra à injurier une inconnue. » siffla la vieille femme.

La domestique éructait, vomissant insectes et biles. Elle tenta de reculer, mais son dos heurta le mur, l'obligeant à observer la femme qui avait repris sa marche, comme si de rien n'était. Geignant, la jeune femme tenta de se remettre debout, d'appeler au secours.

La vieille femme, de son côté, se dirigeait d'un pas calme vers les appartements du prince.


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Prince Ciel
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Prince Ciel
Ven 13 Mar - 19:45

Ciel allait avoir onze ans dans quelques mois.
Il grandissait, en dépit de son allure toujours chétive, malingre, et de son teint de nacre.
Et pourtant, la même émotion le gagnait chaque fois qu'il savait sa soeur en chemin pour le voir.

Le jeune prince se tordait les mains, ajustait ses cheveux fins, d'un blond clair, le regard et les gestes fébriles. L'aspect de son valet contrastait avec son agitation, lui qui se tenait raide et tranquille, impassible, dans un coin de la chambre. Ciel consulta l'horloge qui ornait l'un des hauts murs.
Ronce arriverait d'un moment à l...

La porte s'ouvrit. Le coeur de Ciel manqua un battement. Il déglutit.
La robe ouvragée, bouffie, de la reine précéda sa silhouette haute et digne. Ciel peina à retenir le sourire rayonnant qui menaçait de trahir l'intensité de son émoi... Ce n'est point convenable, pour un prince, de se laisser aller à débordement trop extrême.
Il lui adressa une humble révérence.

— Comment vous portez-vous aujourd'hui, mon frère ? Souhaitez-vous que nous allions nous promener ? Nous pourrions observer les roses. Elles ont du s'épanouir depuis la dernière fois. Ou préférez-vous que je vous fasse la lecture ?

La sérénité du ton de Ronce n'avait rien à voir avec ce qu'il ressentait lui !
Ciel tâcha de mesurer son zèle. Il ne voulait pas mettre sa soeur mal à l'aise.

— Cette perspective m'enchante, ma soeur ! Je me porte justement à merveille. Il insistait sur ce point car ses sorties avaient été drastiquement réduites depuis la frénésie liée au delirium. Nous pourrions profiter de l'air pur du jardin pour s'adonner à la lecture. Avez-vous quelque roman d'aventure pour moi ?

Son valet toussota faiblement. C'était un signal : une façon de lui dire qu'il se montrait un peu trop rustre. Ciel était accoutumé aux gâteries de sa soeur, et même si rien ne le comblait plus que de profiter de sa présence réelle, une partie de lui tenait pour acquis qu'elle continuerait toujours de lui offrir une multitude de choses.

Au même instant, Ciel aperçut une araignée sortir d'un léger trou en haut d'un mur en cavalcadant à toutes pattes sur le plafond. Elle semblait en proie à une terreur foudroyante. Ciel tendit l'oreille et l'entendit crier :

— De la magie, ici ! Quelle folie !

Il fronça les sourcils, perplexe, avant de se souvenir que Ronce dardait sur lui son regard si semblable au sien. Il préféra garder le silence sur cette étrange apparition. Il ne voulait pas compromettre sa seule chance de sortir, qui plus est en compagnie de sa soeur tant aimée...


Prince Ciel
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Ronce de France
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Lun 16 Mar - 21:57
Ronce avait conservé ses mains dans son dos, signe évident qu'elle tenait un objet qu'elle veillait à conserver hors de portée du regard du prince. Loin de s'offusquer de son excès de zèle, la reine n'y voyait que la preuve que son frère se portait aussi bien qu'il le disait. Si elle en avait eu le pouvoir, Ronce aurait ôté la maladie du corps du prince Ciel. Mais elle ne pouvait que lui accorder un peu de temps et d'attention, lorsque la charge de la couronne le lui permettait.

« Fermez les yeux, et tendez les mains. » souffla Ronce, mais même prononcée d'une voix douce, la phrase avait la saveur d'un ordre royal.

Au plafond une seconde araignée se mit à trotter suivie de fourmis. Les insectes couraient à qui mieux mieux, fuyant le diable en personne.

Ronce déposa, dans les mains tendues du prince, un roman. La couverture était ornée d'un navire dont le drapeau à tête de mort claquait au vent. De l'autre main, Ronce coiffa son frère d'un superbe tricorne dont la plume blanche formait un arc singulier. Un tricorne digne d'un véritable flibustier. Amusée, et à la fois impatiente de connaître le verdict de l'intéressé, Ronce permit à son frère de rouvrir les yeux.

« Je sais combien vous avez une certaine affection pour les forbans que sont les pirates. L'Île au trésor m'a paru être un choix tout à fait judicieux. Nous pourrions rejouer les aventures de Jim Hawkins. Votre valet pourrait se déguiser en Long John Silver. »

En valet bien discipliné, le concerné ne dit rien. Il devait être habitué, depuis le temps, aux jeux du prince qui aimait, par-dessus tout, se déguiser. Ronce se souvenait encore de la fois où Ciel, en mousquetaire, jouait le fier d'Artagnan et avait réquisitionné les domestiques pour jouer ses compagnons : Athos, Porthos et Aramis.

Ciel demeurant sans voix, Ronce craignit que sa divine surprise ne soit qu'un fiasco.

« Êtes-vous contrarié ? »

Ronce se savait gauche et maladroite dans les relations. Elle ne voulait pas commettre d'impair avec son frère.


La domestique avait réussi à se traîner jusque dans la cuisine, lieu de réunion entre domestiques entre deux coups de feu. Elle bascula au sol, se trainant à la force de ses mains. A sa vue ses collègues poussèrent des hurlements paniqués. Certaines montèrent sur les tables et chaises pour fuir les insectes qui se déversaient, continuellement, de la bouche de l'infortunée. Le don s'était détraqué, poussant la victime à déverser cafards et araignées comme si elle en était emplie.

La femme tendit la main, implorant aide et clémence.

Sa complainte ne fut jamais entendue. Elle s'écroula, morte, étouffée par les insectes.


La djinn continuait, calmement, son chemin. Comme si elle était reine en ce château. Le soleil, passant à travers les vitres, éclairait sa peau semblable à de la terre cuite, de cet argile dont sont créés les vases orientaux. Une peau ridée, sèche, comparable à une terre aride. Habillée à l'orientale, la djinn tranchait au sein du décor de Versailles. Elle était l'intruse.

Les gardes, de faction aux portes des appartements princiers, tentèrent vaillamment de la repousser. Mais aucun d'eux n'avait été formé à s'opposer à la magie. A une magie ancestrale qui avait endormi le royaume pendant un siècle. Les gardes s'écroulèrent au sol, inanimés. L'un, empoisonné par son propre sang devenu un puissant venin. Le second avait vu son cœur se transformer en or.

D'un seul claquement de doigts, la djinn ouvrit les portes. Elle entra, conquérante, la tête haute. Son regard observa, tour à tour, la reine et le prince. Un sourire tordit ses traits lorsque Ronce, par réflexe, se mit devant son frère pour le protéger.

« Quel accueil, mes enfants. Allons. Venez embrasser votre fée-marraine. »

Le sourire de la djinn s'accentua. Elle faisait songer aux sorcières qui, dans les contes, dévoraient les enfants.


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Prince Ciel
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Prince Ciel
Ven 20 Mar - 20:39

Ciel se détourna rapidement de l'araignée affolée, car à ses yeux cette apparition relevait moins du prodige digne d'intérêt que l'attention que lui portait sa sœur. Ronce était à Ciel ce qu'un rayon de soleil est à une fleur condamnée à une obscurité étouffée. Il se nourrissait d'elle à outrance. Toutefois la reine avait quelque peu changé de comportement au cours de l'année. Peut-être que l'escapade de son frère, périlleuse, l'avait-elle éveillé sur ses propres craintes à l'égard de son frère ? Peut-être qu'elle s'était souvenu qu'il n'était pas qu'un être infirme qu'il fallait protéger sans jamais approcher. Une fois, la nourrice de Ciel lui avait dit que plus Ronce s'éloignait, plus cela signifiait qu'elle avait peur de le perdre. Le prince était encore trop jeune pour discerner la logique d'un tel raisonnement... Et aujourd'hui, il se contentait de profiter de la présence ravivée de sa sœur.

L'île au trésor. La couverture était ouvragée et, en feuilletant aussitôt l'ouvrage, Ciel découvrit plusieurs illustrations venues sublimer le récit. Il aurait adoré le présent quel qu'il fût puisqu'il venait de Ronce, mais il était particulièrement enthousiaste à l'idée de parcourir celui-ci. Il se demanda si le geste faisait écho au temps qu'il avait passé – il se gonflait d'orgueil rien que d'y penser – avec un vrai pirate. Teague North, dit Sharpeye – imaginez seulement l'aura du forban, avec un tel nom. Malgré la rudesse de la traversée et les nombreux émois qui s'étaient accumulés en lui durant, Ciel gardait un souvenir ému, certainement sublimé, de ce moment.

Il allait répondre qu'il ne saurait être contrarié en la compagnie de Ronce, et ce pour toujours, lorsque la porte s'ouvrit. Le petit prince mit un temps considérable à comprendre ce qui se venait de se produire. Son instant de félicité se fissura longuement avant de se briser tout à fait. Et en lieu de morceaux de verre ou de cristal, mais cela Ciel l'ignorait, c'était des insectes noirs qui se déversaient sur le sol.
Aussitôt, la silhouette protectrice de Ronce lui obstrua la vue. Il n'avait eu le temps que d'apercevoir un visage brun et creusé de rides, d'apparence plutôt inoffensive s'il n'y avait pas eu ce regard. Un regard incandescent, consumé par un vice ancré. Ciel ne se l'expliquait pas ainsi bien sûr, mais ce simple contact suffit à lui glacer le sang.

Fée-marraine. Ciel ne comprenait pas. Il savait, et cela lui avait été répété, que les fées n'étaient point que des gentilles gens. Mais il était convaincu que l'affectation de marraine était gage de bénédiction, de protection. Est-ce que la femme mentait ? Est-ce qu'elle était folle ? Oui, oh oui, c'était cela. Elle était sûrement démente. D'ailleurs, seule une démente se serait permise d'entrer ainsi sans se faire annoncer, et vêtue de pareils habits !
Galvanisé par cette certitude et par la présence de sa sœur qu'il croyait intouchable, Ciel fit un pas de côté et se posta face à la vieille dame :

— Madame, vous n'êtes pas autorisée à entrer en ce lieu ! Et d'ailleurs, vous vous risquez à des sanctions. D'autre part, ce n'est pas ainsi qu'on se présente à une reine, qu'importe votre statut. Enfin, il n'est pas dans les coutumes de gens de la royauté d'embrasser des inconnus.

Il se tourna vers Ronce. Car c'était bien une inconnue, n'est-ce pas ? ...


Prince Ciel
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Ronce de France
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Lun 23 Mar - 22:39
Le sang de Ronce se figea. Son frère se tenait face à la fée-grenouille sans émettre la moindre crainte, parlant d'une voix ferme. Sa faiblesse de corps avait disparu, ne laissant place qu'à une attitude princière. Ronce s'étonna de découvrir combien son frère se tenait droit. A cet instant elle remarqua qu'il avait grandi et que, même si la maladie continuait à le ronger, il ne montrait aucun signe de faiblesse. Une bouffée de fierté gonfla le cœur de la reine.

La djinn brisa rapidement cet instant de félicité familiale. La vieille femme posa un index, aussi noueux qu'une vieille branche, sous le menton du prince, l'obligeant à relever la tête.

« Mon cher petit, sache que j'ai connu ta sœur lorsqu'elle était encore dans ses langes. Je m'invite où je le souhaite, je suis au-dessus des lois. Maintenant tiens-toi bien et, peut-être, que ne t'infligerais pas un don qui te rendrait la vie encore plus difficile. Il serait idiot que tu sois enfermé, davantage, à cause d'un pouvoir qui t'échappe. »

Le valet, tel un chien de garde bien dressé, s'était rapproché de la djinn dès que la femme avait osé briser la distance respectable, entrant dans la bulle d'intimité du prince. A la vue du valet, de son visage où se lisait la crainte, la djinn élargit son sourire, dévoilant des dents abimées par le dent, jaunies, voire manquantes pour certaines. La djinn prononça un mot, dans une langue orientale.

Le valet disparut.

A l'exacte place où il s'était trouvé, quelques secondes plus tôt, il ne restait plus qu'un lapin. Un gros lapin sauvage au pelage brunâtre. La créature se colla aux pieds de Ciel, ses flancs se soulevant à un rythme rapide.

« Il est bien plus mignon ainsi. Je n'aimais pas ses dents proéminentes sur le devant. Sur un lapin, cela a meilleure allure. »

Le regard de la djinn remonta sur Ronce qui n'avait pas bougé d'un iota. La poitrine de la reine bougeait au rythme effrené de son cœur. Elle voulut reculer, amener son frère hors de cette pièce, hurler pour appeler à l'aide. Mais Ronce était tétanisée par la peur. Son corps semblait être de plomb, le sang lui battait aux tempes, les battements de son cœur emplissait ses oreilles. La reine laissa échapper un faible cri, quand les mains de la djinn se posèrent sur ses joues.

Les ongles de la djinn frôlaient sa peau, déclenchant, dans tout son corps, des frissons désagréables, comparables à ceux provoqués par des ongles sur un tableau noir.

« Le temps n'a laissé aucune marque sur toi. Cent ans de sommeil, et te voici aussi fraîche que si tu avais vingt ans. »

Du sang perla sur la joue de Ronce. Les gouttes roulèrent sur la peau, tâchant le haut de ses seins. Les ongles de la djinn égratignaient la peau si jeune, si belle, de la reine.

« J'ai espéré que tout ton royaume ne se réveille jamais. Ou que le réveil soit un tel désastre que ton peuple aurait fui ces terres maudites. Je m'imaginais déjà rire en voyant ces imbéciles trouver le réconfort dans la mort. Troquer un tombeau contre un autre, un sommeil magique contre un apaisement définitif. »

La voix de la djinn tremblait, enhardie par la fureur qui ne demandait qu'à éclater.

« Mais tu t'es relevée. Du haut de ta folle jeunesse, tu as redonné l'espoir. Tu as ravivé la flamme dans les cœurs, tu as joué les saintes. Mais à quel prix, ma petite chérie ? Tu es seule. Où est ton roi ? Où est l'époux censé t'épauler, te guider, qui devrait partager ton trône et ta couche ? Ton lit est demeuré un caveau où personne ne veut te rejoindre. Tout ce qui reste de ta famille est emprisonné dans une tour d'ivoire. Mais vois-tu, ces petits malheurs, ne suffisent pas à m'apaiser. »

Ronce comprit avant même que la djinn n'ait formulé son souhait à haute voix. Elle perçut la magie qui influait dans les mains de la djinn. Le contact devint brûlant, comme si la peau de la djinn irradiait de chaleur. Ronce avait la sensation que la peau de son visage brûlait, qu'un feu ardent se propageait jusque dans ses veines. La reine hurla. Ses mains s'agrippèrent aux épaules de la djinn Farah, mais la femme ne lâchait pas. Elle semblait presque avoir grandi – à moins que ce ne soit l'usage de la magie qui ne tisse cette illusion ?

« Cette inconsciente d'impératrice du Nord pensait te protéger avec un don aussi misérable ? Percevoir la magie ne t'en protège pas, petite écervelée. Je vais te montrer toute la puissance de la magie, toute ma puissance. Prends cela comme un cadeau. Un présent de la djinn Farah, la fée-grenouille, la fée qui osa endormir ton royaume pendant cent ans ! »

Le rire de la djinn résonna sous la voûte de la chambre, emplissant l'espace.

Des oiseaux, perchés près de la fenêtre, s'envolèrent dans un grand cri.


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Prince Ciel
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Prince Ciel
Jeu 26 Mar - 17:33
Spoiler:
 


Il paraissait invraisemblable que le petit prince pût pâlir encore, tant son teint était déjà si crayeux, si dénué de couleur. Pourtant, il blêmit bel et bien, et ne cessa de blêmir à chaque nouvelle tirade de la djinn.
Ses deux mains s'étaient plaquées contre sa bouche lorsqu'il avait découvert le lapin à ses pieds, tétanisé, tandis que le présent de Ronce s'écrasait contre le sol ciré. Son cerveau mit un temps considérable à comprendre la gravité, la réalité de ce qui venait de se produire. Il demeura un instant les yeux fixés sur le vide, à l'endroit même où le long corps de son valet se tenait une seconde auparavant. Son assurance outrée s'était évaporée en même temps que le majordome. La femme ne lui inspirait plus aucune colère, aucune noble indignation. Elle était devenue monstrueuse, dangereuse, à l'image du serpent qui était venu le visiter des années auparavant. Oui, il y avait quelque chose proche de la malice, un éclat malveillant qui dansait au creux de ses pupilles. Ciel avait peur, à présent. Ses pupilles à lui s'étaient dilatées de terreur.

Et puis, le pire arriva. L'inconcevable.
Ciel assista à la scène comme dans un rêve, comme s'il n'était pas vraiment là. Son corps extraordinairement raide et paradoxalement vibrant de toutes parts, n'obéissait plus. Il n'avait jamais vu Ronce ainsi. Soumise, vulnérable, blessée. En son corps et son âme. Ce spectacle sembla lui arracher le cœur, lui labourer les côtes. Il lui donna la nausée.
En outre, les déclarations de l'abominable femme ne trouvaient aucun sens à son esprit. Il se sentit simplement blessé, pour Ronce, à chacun de ses mots, car ils étaient éminemment mauvais, acerbes, désireux de faire mal. Jusqu'à ce que.

« ... Un présent de la djinn Farah, la fée-grenouille, la fée qui osa endormir ton royaume pendant cent ans ! »

Un courant glacé traversa ses veines. La fée lui faisait l'effet d'une morte revenue à la vie, d'un cauchemar incarné, d'une histoire d'horreur fondue à la réalité. Il n'arrivait pas à croire que la source de la malédiction titanesque qui avait accablé son pays – et bien plus important encore, Ronce elle-même – se trouvait à quelques pas de lui. Une aura terrible entoura Farah, comme un orage invisible dans un ciel en colère.

Mais le plus terrible, c'était, toujours, toujours, le regard de Ronce. Le sang qui s'écoulait de ses joues blanches sans qu'elle cherchât à le retenir. La fixité de son corps qui ne résistait même pas. Ses yeux exorbités par l'épouvante. Et sa propre détresse ne faisait que projeter Ciel dans un désespoir plus profond qu'un puits.
Ce fut peut-être l'intolérance de cette vision qui le poussa à l'action.

— ARRÊTEZ !!! hurla-t-il si fort que sa voix s'érailla.

Il repoussa brusquement le corps flétri de la vieille femme, de toute la force dont il était capable. Il était tellement terrorisé qu'il respirait comme s'il était sur le point de se noyer, hoquetant, les yeux embués de larmes d'effroi. L'image des joues écorchées de Ronce se superposait sans cesse à sa pensée, comme un horrible calque.

— M... oi aussi, j'ai... de la... magie, répliqua-t-il, toujours assailli de hoquets dissonants qui ballotaient sa voix. Un grand... pouvoir. Pour... me protéger, une... une fée m'a béni. Je... peux vous battre.

Joues sanglantes. Il cligna des yeux.

— Ne. Faites. Rien. A. Ronce.

Ses mots étaient hachés, pour éviter de les faire trembler. Ses lèvres et ses mâchoires s'étaient soudées et son visage entier était contracté par la rage et la pression qu'il s'infligeait pour ne pas céder à la peur.
Jamais Ciel n'aurait pu déployer un tel courage pour lui-même.

Une larme roula sur sa joue. Il se força à ne pas baisser les yeux devant le visage infâme de la djinn.


Prince Ciel
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Ronce de France
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Ven 27 Mar - 0:08
Surprise par l'intervention du prince, la djinn vacilla. Son pied manqua même de s'empêtrer dans un tapis. Farah évita l'obstacle en dansant sur un pied – la pirouette sut préserver son ego, et conserver toute sa dignité. Néanmoins le prince avait su ouvrir une faille. Ronce, libérée de l'entrave de la djinn, tomba à terre, ses jupons formant autour de son corps une corolle de tissu. Elle n'avait plus rien de la souveraine sûre d'elle, de la rose se pavanant, cerclée de ses épines. Elle n'était plus qu'une fleur pâle, évanescente, dont lequel un serpent du désert venait de verser son poison.

La djinn n'eut aucun regard pour son œuvre. Ses yeux noirs fixaient le prince, observaient le fragile poussin se métamorphoser en coq.

« Un pouvoir. Voyez-vous cela... »

L'enfant pouvait tout aussi bien mentir que dire la vérité. Les enfants possédaient ce cruel pouvoir qu'était l'imagination. Ils ne vacillaient pas aussi facilement que les adultes, se raccrochant à leurs rêves, puisant dans leur cœur des forces les dépassant. Farah rejeta ses épaules en arrière, tentant de reprendre le contrôle de la situation. Elle sentait la balance basculer. Le prince s'était jeté dans la bataille, paré tel un chevalier, de gloire et de rêve, de présomption et de courage.

La main de Farah se tendit à la rencontre du crâne de Ciel. L'enfant était encore chétif et, s'il mentait, elle n'aurait aucun mal à reprendre le dessus.

« Et si je le changeais... ce don ? Comme je viens de le faire avec ta sœur. »

Les portes des appartements s'ouvrirent, à cet instant, leurs battants frappant les murs dans un vacarme de tous les diables. Les gardes, alertés par les domestiques qui avaient vu une des leurs grouillante d'insecte, s'étaient empressés de rejoindre les souverains. Tous furent figés par la stupeur à la vue du Farah. Aucun d'eux ne s'était attendu à revoir la fée qui hantait les annales du royaume et les cauchemars des enfants. La voix de Ronce refit tourner la roue du temps – une voix encore enrouée par les larmes, celle d'une femme blessée.

« Cette femme est la fée-grenouille ! Tuez-la ! Que son sang abreuve les jardins, et colore les roses en rouge ! »
« Que la jeunesse est arrogante. » persifla Farah. « Assume ce fardeau dont je t'ai dôté et, si tu en as le courage, utilise-le contre moi. Achève-toi même l'ordre que tu viens de dicter. »

La main de la vieille femme plongea, avec une célérité impressionnante, dans sa robe. Les gardes s'élancèrent à sa rencontre, leurs armes brandies en avant. Une sphère brilla entre les doigts de la djinn : une bombe. La sphère explosa en heurtant le sol, déversant dans les appartements une brume épaisse. Ronce se leva, refusant de laisser la fée partir, aidée par un vulgaire tour de passe-passe. Mais la reine eut beau faire, la djinn avait disparu par la fenêtre. Se penchant à la balustrade, Ronce tenta de trouver un indice du passage de Farah. Elle espéra même voir son corps, en contrebas, baignant dans son sang.

Mais la djinn n'avait laissé nulle trace – hormis ses paroles battant encore aux oreilles de Ronce, et ce don qui lui brûlait le corps. La reine avait l'impression que du poison s'écoulait dans ses veines.

D'une voix sèche, la reine ordonna que tous évacuent les appartements. Malgré la fenêtre ouverte, la brume ne dissipait pas. Les gardes conduisirent le prince dans les couloirs, suivi de la reine. Un des gardes portait même, dans ses bras, le valet toujours transformé en lapin. Le pauvre tremblait de tous ses membres, jusqu'à la pointe de ses oreilles.

Ronce tremblait elle aussi, de rage contenue. Elle parlait d'une voix monocorde, s'adressant aussi bien à elle-même qu'aux personnes présentes aux alentours.

« Je veux sa tête. J'exige sa tête. Qu'on placarde son image dans les ruelles, qu'on l'imprime dans les journaux. Tout le royaume doit connaître son retour. Je la veux vivante. Vous entendez ? Annoncez la nouvelle ! »

Une partie des gardes s'empressa d'aller répondre à la requête royale, se précipitant dans les couloirs. Ne restait, près des appartements du prince, que ce dernier, sa sœur, et deux gardes dont celui s'occupant du valet-lapin. Ronce s'autorisa, enfin, à porter son regard sur son frère.

« Vous vous êtes montré très courageux, tout à l'heure. Je vous en suis reconnaissante. Ce fut une attitude audacieuse, un peu trop même. Vous auriez pu y laisser la vie. Mais tous les héros agissent avec un tel tempérament pour sauver ceux qu'ils aiment. »

Pliant les genoux, Ronce entoura lentement Ciel de ses bras. Les paroles qu'elle lui chuchota se glissèrent au creux de l'oreille du prince.

« Je vous en remercie. »

Les mains sur les omoplates de Ciel, Ronce sentit alors que quelque chose n'allait pas. Quelque chose clochait. La sensation qui émanait de ses mains la ramena à son réveil, lorsqu'elle avait senti la magie habiter son corps. La reine relâcha brusquement son étreinte. Tendant ses mains devant elle, elle les regarda comme si elles appartenaient à quelqu'un d'autre.

Les gardes, eux-même, semblaient être sous le choc. L'un d'eux se permit de prendre la parole, après un bref raclement de gorge.

« Votre Majesté, est-ce moi ou... le prince vient de grandir ? »

Ronce regarda le garde, puis son frère.

La reine dut se rendre à l'évidence. Le prince Ciel venait, en quelques secondes, de grandir de quelques centimètres. Comme si, le temps, avait apposé sa marque sur le prince lui octroyant une croissance de plusieurs mois en une poignée de secondes.


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Prince Ciel
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Prince Ciel
Dim 29 Mar - 16:41
En tout, Ciel poussa trois cris.

Le premier cri survint lorsque Ronce tomba à la renverse, ce qui ne s'était jamais produit et qui, à ses yeux, ne devait jamais se produire.
Le second cri survint lorsqu'une boule lumineuse, probablement surnaturelle, jaillit des doigts fripés de la fée-grenouille, avant d'abattre sur la pièce entière une brume maléfique.
Le troisième, enfin, lui échappa lorsqu'il sentit un tiraillement anormal et douloureux dans l'ensemble de son squelette.


*


Les gardes s'étaient prestement approché du corps tombé de la reine, mais plusieurs s'étaient également attroupé autour de lui pour le protéger de la proximité nocive de Farah. Ciel respirait avec peine, son torse se soulevant fortement, tant le choc et la peur activait les réactions les plus violentes en lui.
A la vue de la sphère, Ciel fut prit d'un élan que l'empressement rendait intrépide, ne pensant qu'à protéger sa soeur vulnérable, et il fut d'ailleurs si vif que le bras du garde ne parvint pas à le rattraper à temps. Toutefois cette impulsion demeura vaine, car la djinn avait été plus rapide encore.
Ciel cria, donc, tout en se couvrant le visage de ses bras. Il voulut appeler le nom de sa soeur, craignant qu'elle eût disparu sous l'action d'un sortilège, mais la densité de la brume étouffa son cri.

Ensuite... Ensuite, malgré que le pire fût passé – du moins l'espérait-il vraiment – la peur semblait imprégnée en lui d'une façon si profonde qu'il doutât qu'elle pût le quitter un jour. L'effervescence environnante ne l'atteignait pas, même les voix des adultes qui l'encerclaient lui parvenaient sous la forme d'un brouhaha lointain et confus, indistinct. A présent que Ronce avait retrouvé vigueur et action, lui s'engluait dans une immobilité proche de l'état de choc.
Il suivit tout de même la procession docilement, incapable de penser. La fureur de Ronce le saisissait presque autant que l'effroi qu'il avait vu dans ses yeux quelques instants auparavant, car il avait peu coutume de la voir ainsi. Tout ce tapage ne faisait qu'accroître le sentiment hostile qu'il éprouvait à l'égard de la djinn, cette espèce d'aura de danger.

— Vous vous êtes montré très courageux, tout à l'heure. Je vous en suis reconnaissante. Ce fut une attitude audacieuse, un peu trop même. Vous auriez pu y laisser la vie. Mais tous les héros agissent avec un tel tempérament pour sauver ceux qu'ils aiment.

Les mots accédaient enfin à son esprit disloqué.
Ciel parvint à sourire, mais son sourire fut si furtif qu'il ne ressemblait peut-être pas à un sourire. Il tremblait, grelottait, les lèvres violettes. Ce fut le contact de Ronce qui parvint enfin à le réchauffer. Il enfouit son petit visage nacré contre elle, profitant de ce regain de vie qu'elle lui offrait et dont il avait désespérément besoin.
Jusqu'à ce que cette sensation terrible, douloureuse, subite, changeât en une seconde l'agréable en désagréable. Il ne comprit pas tout de suite, et Ronce comprit d'ailleurs avant lui, puisqu'il se sentit arraché à son étreinte.

La phrase du garde resta en suspens dans l'air, dans sa tête. Il n'y trouvait pas de sens.
Ses yeux se posèrent sur le sol. Il lui semblait plus bas, légèrement plus bas.
Sur ses poignets, qui dépassaient de sa chemise.
Sur ses collants, qui semblaient anormalement tendus contre ses mollets.

Il s'observait sous toutes les coutures, en proie à une angoisse sourde et perplexe. Puis son regard de détresse se fixa de nouveau sur sa soeur. Non. Non ! NON !
Pas encore. Des larmes affluaient à la bordure de ses yeux. Il fit non de la tête, lentement, les dents serrées, les narines palpitantes. Pas encore.

Il cria et voulut se ruer sur Ronce. Pas encore. L'étreindre jusqu'à devenir vieillard, et tant pis pour la bienséance, tant pis pour l'étiquette, tant pis pour tout. Pas encore.

Le garde avait du percevoir le désir fou et impulsif du petit prince, peut-être dans le désarroi absolu qui avait envahi ses prunelles. Aussi se posta-t-il brusquement devant la reine pour empêcher le garçon de poursuivre son acte dément, et l'arrêta en plein vol. Ciel se débattit de toute sa force, hurlant, agitant des bras et des jambes pour s'extirper de ce piège, de cette fatalité. Ses mains blêmes se tendaient frénétiquement vers sa soeur.
Le garde, bouleversé par l'état du prince, reculait malgré lui. Bientôt, il fut en contact avec Ronce. Il se figea, les yeux écarquillés. Les traits de son visage s'effondraient faiblement, des ridules se creusaient au coin des yeux, de la bouche, son regard vert palissait, ses cheveux aussi, ses mains devaient osseuses et tachées. Ce spectacle effroyable, qui durait, durait, eut le don de freiner l'hystérie de Ciel.
L'autre garde repoussa enfin son confrère d'un mouvement brusque.

Un silence figé s'abattit sur eux.
Chacun regardait le garde vieilli. Il avait pris plusieurs années. Peut-être une décennie. Ciel, dont les cheveux soyeux tombaient sur le front, souffla alors :

— Que vous a-t-elle fait, ma soeur ?

Ce fut à cette époque de sa vie que le jeune prince de France comprit que Ronce avait bel et bien un cauchemar, et qu'il s'incarnait sous la forme d'une fée-grenouille venue d'Orient.



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Ronce de France
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Mar 31 Mar - 19:49
Instinctivement, Ronce tendit sa main pour saisir celle de son frère. Oh, elle pourrait toujours le prendre dans ses bras, le serrer contre elle. Mais ce ne serait plus pareil. Elle ne sentirait plus sa peau sous la pulpe de ses doigts. Le toucher, ce cinquième sens souvent oublié, lui était à nouveau, violemment, arraché.

Un cri muet sortit de la gorge de Ronce quand le garde toucha ses mains. Il fallut l'intervention du second garde pour stopper le contact. La reine referma ses poings, les tenant contre elle. Ses mains étaient devenues des armes, prêtes à répandre leur noire magie sur le royaume. Ronce se relevant avec peine, refusant que quiconque la touche. Un faux contact et une autre personne serait touchée par ce don honni.

— Que vous a-t-elle fait, ma soeur ?
« Elle m'a... maudite. »

Ronce ne voyait pas comment préciser les faits autrement. Elle aurait voulu s'excuser auprès du garde, victime de son pouvoir. Mais le regard de l'homme ne montrait aucune colère envers sa souveraine. Il semblait juste las, passablement fatigué par tout ce qu'il venait de traverser. Des années de vie venaient de prendre possession de son corps. Un phénomène auquel il ne réchapperait pas indemne. Ronce se força à détacher son regard de l'homme, ne voulant pas qu'il se sente tel un phénomène de foire.

« Je ne saisis pas encore toute la portée de ce qu'elle m'a... offert. Mais il semble que je peux agir sur le temps. Je vous ai fait grandir, mon frère. Quant à cet homme, je l'ai fait viellir. Accélérer la croissance, accélérer le temps... Ce doit être cela, mon nouveau don. »

Un don aussi puissant que dangereux. Jouer avec le temps revenait à se rapprocher de Dieu. Ronce avait encore quelques difficultés avec la magie. On ne balayait pas des années d'éducation d'un revers de main. Détenir un tel pouvoir, au creux de ses mains, (au sens littéral du terme) l'effrayait.

Ronce finit par relever la tête, s'adressant aux gardes.

« Ramenez-moi promptement les gants magiques qui m'ont été offerts, peu de temps après le Réveil. Les domestiques doivent savoir où ils ont été rangés. »

Après un bref salut, presque militaire, les gardes se retirèrent ; le vieillard, lui, en traînant la jambe, peu habitué à ce nouveau corps défaillant. Ronce s'autorisa un soupir, la tension retombant un peu de ses épaules. Elle se sentait soudainement lasse.

« Quelle aventure, mon frère. J'aurais préféré affronter Long John Silver et sa troupe de brigands, plutôt que cette femme et ses maléfices. »

Sa main en suspens au-dessus de l'épaule de Ciel, veillant à ce qu'aucun carré de peau ne touche l'épiderme princier, Ronce invita son cadet à la suivre. Les royautés descendirent l'imposant escalier pour se diriger vers les jardins. Une domestique apparut, aussi discrète qu'une souris, tendant, avec cérémonie, les gants magiques demandés. Ronce les enfila, non sans une grimace. Elle avait la sensation d'enfermer sa peau dans une cage, de se contraindre à nouveau à vivre derrière des barreaux.

Le chant des oiseaux reprit, comme si aucune tragédie ne s'était jouée au sein de Versailles.

« Ciel. »

Ses mains gantées se posèrent sur les joues de son frère, tandis que ses genoux se pliaient afin que leurs visages se retrouvent à la même hauteur.

« Des heures sombres s'annoncent pour nous. Pour le royaume. Il faudra se montrer fort. Je ne mets pas en doute votre courage mais, soyez aussi prudents. Nous allons traquer cette fée et lui faire payer le juste prix de ses méfaits. »

Ce n'était pas seulement une décision, mais aussi une promesse. Une promesse entre une sœur et son frère, tel un pacte.


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Prince Ciel
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Prince Ciel
Ven 3 Avr - 16:47

Ciel s'était calmé.
Il le fallait, après tout, ni son corps ni son âme n'étaient en mesure d'endurer une telle impétuosité. Et puis, passé le choc, la réaction, un accablement profond s'était emparé de son être. Il était complètement abattu. Abattu par son impuissance, sa sempiternelle impuissance qu'il supportait chaque jour un peu moins.

Ciel ne dit pas un mot pendant un long moment. Ronce avait réagi, elle, avec tact, dignité, autorité. Comme à son habitude. Aucun trouble réel ne se lisait sur ses traits. Elle prenait sur elle, affrontait les vérités les plus implacables, se refusait à l'abdication. C'était cela, la reine de France. En tous cas, Ciel ne l'avait jamais vu agir autrement. En dehors de cet instant terrible, suspendu, lorsque Farah avait écorché sa peau et déployé sa peur. Le prince leva les yeux vers la joue de Ronce. La marque, saillante, carmin, était toujours visible.

Tout en suivant ses pas à travers le palais, il voulut se forcer à sourire à la remarque de sa sœur sur Long Joh Silver, mais n'y parvint pas. Un bourdonnement incessant frappait ses oreilles. Il se sentait bouillir de l'intérieur, mais sa silhouette entière ne laissait paraitre qu'une apathie voûtée, résignée. L'image de la fée-grenouille restait imprimée sur sa rétine. Celle des gants, comme des vilains souvenirs incarnés, s'y superposèrent.


Les mots de Ronce, peut-être parce qu'ils étaient plus sérieux que jamais, peut-être parce que Ciel avait grandi assez pour en saisir la portée, propagèrent dans son esprit une brume glacée. Ses yeux bleus fixèrent intensément ceux, tout aussi bleus, de la reine.
Ciel avait toujours été tenu à l'écart des affaires du pays. Des problèmes, des contrariétés, des frustrations les plus infimes. Aujourd'hui, Ronce s'ouvrait à lui. Et pas seulement pour lui parler de Long John Silver et de ses nouveaux manteaux. Elle l'impliquait dans les évènements les plus graves, les plus conséquents. Les plus effrayants. Ciel déglutit.
Tout cela lui faisait atrocement peur. Il fut pris d'un violent désir de se boucler dans sa chambre, poussé par un élan qu'on avait décidé pour lui avant sa naissance. Il se força à demeurer stoïque, affrontant les mots et les yeux de Ronce. La confiance qu'elle mettait en lui le remplissait d'un courage inébranlable, malgré l'effroi qui s'y installait aussi, en écho.

Silencieusement, il hocha la tête.
Ils reprirent leur marche. Le monde avait l'air différent. Plus sombre, plus sérieux.

— Pourquoi vous en veut-elle à ce point, ma soeur ? Nos parents ont-ils si mal agi ? Ont-ils trompés cette fée ? Quand bien même, pourquoi s'en prendre à votre personne, alors que vous n'êtes en rien responsable...

Il s'interrompit, cherchant ses mots. Ses sourcils s'étaient froncés. Il s'humecta les lèvres.

— Vous ne m'aviez jamais parlé de Farah. Vous ne m'aviez pas dit que c'était elle qui vous aviez maudite, en premier lieu. J'ignorais même tout de son existence. C'est donc cette femme, qui a tué nos parents ?

Ciel n'éprouvait aucune rancune à l'égard de la fée, à ce propos. D'une part parce que la peur était encore trop virulente en lui, d'autre part parce qu'on regrette difficilement quelque chose qu'on n'a point connu. Sa rancoeur, en l'occurrence, se révélait plus coriace lorsqu'une atteinte était portée à Ronce. Même s'il ne s'agissait que d'une entaille sur sa joue...

— Vous n'avez pas soigné votre plaie, ajouta-t-il à cette pensée. Est-ce douloureux ? Et dire qu'elle a fait cela avec ses propres ongles...

La fée était quasiment inhumaine aux yeux de Ciel. Sa voix caverneuse, son visage fripé, ses pouvoirs ravageurs... Elle était une entité, un monstre.

— Je me demande comment nous allons pouvoir combattre cette... Il s'interrompit, incapable de savoir comment finir sa phrase. Elle est si puissante. Si mauvaise.

La magie avait toujours exercé sur Ciel une fascination réjouie. C'était la première fois qu'elle provoquait en lui des sentiments si froids, si obscurs.
C'était un jour de "première fois", aujourd'hui.


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Ronce de France
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Mar 7 Avr - 15:55
Ciel posait bien des questions, des interrogations légitimes. Ronce conduisit son frère jusqu'à une des fontaines. La reine prit place sur la margelle, appréciant silencieusement la fraîcheur apportée par l'eau. La quiétude des jardins était presque perturbante, comparée à la frénésie qui avait ébouillanté le sang de Ronce. Une pie se posa sur une branche proche, fixant ses yeux noirs sur le duo royal.

Ronce trempa ses doigts dans l'eau, et se mit à frotter les blessures laissées par Farah. Ses doigts se teintèrent légèrement de rouge. Ronce les frotta, les uns contre les autres, pour faire disparaître toute trace. Pour effacer le passé.

« Ce ne sont pas des plaies très profondes, n'ayez crainte Ciel. Je suis certaine qu'il n'en restera rien. » affirma-t-elle avec un doux sourire.

Pas comme la plaie datant de l'exposition austro-hongroise, qui l'avait marqué, à jamais, dans sa chair.

La reine prit les mains du prince entre les siennes. A défaut de sa peau, le cadet pouvait sentir la chaleur de l'ainée, à travers le fin tissu des gants.

« Je vais tout vous raconter. Moi-même, j'ai du longuement questionner les ministres pour connaître toute l'histoire. »

D'une voix posée, Ronce relata la véritable histoire qui avait donné naissance à nombre de contes et de légendes. Elle lui relata l'origine du Grand Sommeil.


Il y a fort longtemps, la reine Aurore souhaitait avoir un enfant. Les jolis contes préciseraient qu'elle voulait surtout un enfant à choyer, à serrer dans ses bras. Mais la vérité était bien plus crue. La reine devait veiller à ce que la lignée soit assurée par la naissance d'un héritier. La reine priait, avec ferveur, à chaque instant, invoquant le salut divin. Elle voyageait en quête de lieux de culte, immergeant son corps au sein de sources réputées pour leurs vertus. Mais son ventre demeurait plat. Aussi sec et aride qu'une lande dépeuplée, asséchée par le soleil.

Alors que la reine se baignait, une grenouille vint au bord de la source. « Un enfant tu souhaites, et un enfant je puis t'offrir. Je puis faire naître, en ton sein, un terrain fertile. Il ne faut pour cela, qu'une seule chose. Que tu me promettes de m'inviter lors de la fête qui couronnera la naissance de ton enfant. »

Ainsi la promesse fut nouée, et la magie offerte. La reine Aurore revint en son palais, et rejoignit les draps royaux. La naissance fut proclamée quelques mois plus tard. Le roi Jour invita nombre de nobles de tout le pays afin de célébrer la naissance de la princesse Ronce. Mais aucune invitation ne fut offerte à la fée-grenouille. Le couple royal était bien trop honteux d'avouer qu'ils avaient eu recours au secours d'une fée, eux qui méprisaient la magie.

Cette indélicatesse heurta la fée-grenouille en plein cœur. Elle rejoignit elle-même la fête, se déguisant en simple servante pour passer la porte. Quand la fête fut à son comble, la fée tomba le masque. Elle reprit sa véritable apparence. Celle d'une vieille femme, venue de la lointaine Orient. Ses bijoux brillaient avec un éclat cruel. Un doigt noueux se tendit en direction de la princesse, emmaillotée dans les bras de sa nourrice.

« Manquer sa promesse est une faute inqualifiable. Je viens donc réclamer juste rétribution. Lorsque la princesse fêtera son vingtième anniversaire, elle plongera dans un profond sommeil. Un sommeil de cent ans. Elle emportera avec elle tout le royaume de France. Peut-être que cette plongée d'un siècle dans les affres du repos vous apprendra les principes élémentaires de la politesse. »

Le couple royal voulut mettre aux fers la cruelle fée. Mais cette dernière disparut, auréolée d'une fumée empestant le souffre. Elle ne laissa derrière elle que son rire strident qui hante, aujourd'hui encore, la nuit de ceux qui ont assisté à la scène.


« Vous connaissez la suite. Nos parents ont fui le Sommeil à temps, avec quelques autres Français qui ne voulaient pas être victimes du sort. Je ne pense pas que Farah les ai tués. Elle s'en serait grandement vanté devant nous, sinon. Elle m'a l'air d'apprécier de se flatter de ses actes. Surtout lorsqu'ils peuvent blesser. »

Le portrait de Farah aurait pu trôner au sein d'un roman d'aventures, dans le rôle de l'ennemi, du grand méchant à la solde du Mal. La moindre de ses paroles, la moindre de ses actions, ne semblait avoir aucune finalité que satisfaire son bon plaisir. Un plaisir qu'elle tirait de la souffrance de l'autre.

Restait à savoir comment la combattre. Les chevaliers n'étaient plus. Ronce observa ses mains, sentant que la solution se trouvait là, juste à portée.

« Pour la combattre, je songe qu'il faudra que je m'y attelle moi-même. Avec ce pouvoir qui m'a été échu. Je pourrais aussi faire appel à des sorcières ou des fées, qui s'y connaissent bien mieux que moi en arcanes magiques. Dites-moi votre sentiment, Ciel, quel est votre avis ? »


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Prince Ciel
Lun 13 Avr - 13:08

Son... Son avis ?
Ciel scruta le visage de sa soeur avec perplexité. Était-elle tout à fait sincère ? Quêtait-elle réellement son opinion ou était-ce une manoeuvre délicate pour faire comprendre à son frère qu'elle ne le tenait pas, cette fois-ci, à l'écart ?
Ou bien, et ce sera là la pire des alternatives, Ronce était si démunie qu'elle ne pouvait s'adresser qu'à la dernière personne possible. Lui.

Le petit prince était si englué dans ses hypothèses quelque peu incongrues qu'il en oubliait de formuler une réponse. L'insistance du regard de Ronce le ramena à la réalité.

— Je...

Un avis. Vite. Un avis intelligent, réfléchi, mesuré.
Ciel ne s'était pas rendu compte qu'il pouvait être fort angoissant d'être pris en considération. Il regrettait presque que sa soeur ne voit plus en lui qu'un garçonnet chétif et impotent.

— Peut-être devrions-nous réunir un conseil de ministres pour en décider. D'après mes lectures, il ne me semble point exagéré d'affirmer que parmi les gens de magie, un certain nombre d'individus ne sont guère respectables. Comment être sûr qu'une fée dont vous aurez requis les services ne sera pas une alliée de cette terrible Farah ?

Le visage de la fée-grenouille ne cessait d'envahir son esprit, comme un énorme portrait s'étalant sur toute la surface d'un mur.

Brusquement, il agrippa les poignets de Ronce.

— Ma soeur, êtes-vous bien certaine que la vengeance apaisera votre coeur et la France toute entière ? Il se peut qu'à présent qu'elle a commis son forfait, cette vile fée n'attentera plus à notre intégrité... Si vous vous acharnez à la poursuivre et la blesser, ne se pourrait-il pas que sa propre rancœur fût plus sanglante que jamais ?

Ce n'était certainement pas la première fois que la vie de Ronce était en danger. Le statut royal octroyait des privilèges inégalables, toutefois pondérés par l'angoisse latente de subir une quelconque offense criminelle.
Pourtant, Ciel ne semblait en mesurer la gravité, la proximité, que maintenant. Il avait vu sa soeur meurtrie, il avait vu la criminelle à quelques centimètres de lui. Il avait vu.
Et il lui semblait que ce combat à peine entamé ne pourrait que se clore dans le sang et la douleur.

— Son pouvoir est grand. Je suis convaincu qu'elle serait en mesure de s'introduire dans vos appartements, en pleine nuit, lorsque vous êtes seule et vulnérable... Elle vous mordra la cheville... Vous emportant dans la mort... Vous n'aurez même pas le temps de crier...

C'en était trop. La dignité qu'il s'était imposé par amour, par fierté, par devoir, s'effritait au profit d'un visage de petit garçon terrifié, à fleur de peau. Les deux visages lui appartenaient bien, mais l'un d'eux nécessitait une force qu'il ne maitrisait pas encore complètement.

— Vous me trouvez bien, lâche, n'est-ce pas.

Ce n'était pas une question.


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Ronce de France
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Jeu 16 Avr - 21:05
Ronce prit le visage du prince entre ses mains, prête à essuyer les larmes qui pourraient se déverser sur les joues du garçon. Elle voulut poser un baiser chaste sur le front de Ciel, mais se ravisa. Elle devait le traiter en homme, en prince. Ne pas l'infantiliser. Il avait su répondre à ses interrogations avec un aplomb royal. Elle se devait de le laisser gravir le piédestal menant au trône princier, et cesser de le reléguer dans l'ombre.

Ils ne seraient pas trop de deux contre l'odieuse djinn.

« Vous n'êtes pas lâche, Ciel. Vous êtes humain. Vous m'avez bien vu, moi-même j'ai été terrifiée par cette femme. Et pourtant, je suis une reine. »

Ils avaient tous le droit de faillir, un jour. Même les têtes couronnées.

La reine ramena ses mains contre elle, les posant sur ses jupes. La pie s'envola, abandonnant une plume noire sur les genoux du prince.

« Vous avez raison sur bien des points. Rassembler les ministres et discuter est la meilleure des options. Il nous faut trouver des personnes compétentes et, surtout, dénuées d'intentions pouvant nous porter préjudice. Une enquête est donc nécessaire. Il est même probable que nous devrions chercher hors du royaume. »

Le projet s'annonçait ambitieux, et probablement long. Mais Ronce ne pouvait se permettre d'ignorer ce danger qui venait de la heurter en plein cœur. Elle avait été aux premières loges, avait été témoin de la violence dont pouvait faire preuve la djinn. Elle l'avait marqué, elle avait tenté d'en faire de même avec le prince.

« Je crains que Farah n'en reste là. Peut-être reviendra-t-elle m'attaquer, comme vous l'avez dit, ou s'en prendre à vous. Ou à d'autres de nos sujets. Nous devrons dresser un portrait de cette femme, et le communiquer aux dirigeants des autres pays. Il nous faut limiter ses actions, l'empêcher de répandre son noir venin. »

Ronce se rendit alors compte qu'elle s'était à peine laissé le temps de respirer, parlant dans un débit rapide, haché. La jeune femme inspira longuement, posant ses doigts sur ses tempes. Elle sentait battre son coeur jusque dans ses oreilles. Rouvrant les yeux, Ronce se leva, dardant son regard vers le ciel. (Et non Ciel, le prince)

« Il va nous falloir être courageux, mon frère. Avec un peu de chance, cette fée sera rapidement arrêtée et mise aux fers. Il ne faut pas perdre espoir. Jamais. »

Sans espoir, il n'y avait pas d'avenir.


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Prince Ciel
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Prince Ciel
Mar 21 Avr - 20:22

Qu'il était ardu de résister à l'impulsion qui commandait à Ciel de plonger dans l'étreinte, entravée mais chaude encore, de sa sœur chérie... Mais il sentait bien que cet élan aurait compromis le regard neuf, empli d'estime et de considération, dont Ronce le couvait.
Il ne pleura pas. Il ne cilla pas. Il ne détourna même pas les yeux. Le fameux regard insufflait en lui une force dont il ne soupçonnait même pas l'existence.

Le prince fut tout de même rassuré que Ronce ne blâmât pas son accès de faiblesse. Ce fut d'ailleurs certainement cela, paradoxalement, qui l'incita à le rabrouer. Il contempla longuement la plume noire de la pie, qu'il se refusait à voir comme un présage.
Lorsque Ronce parlait, il sentait qu'elle était différente. Dure, radicale mais juste, comme elle l'avait toujours été. Mais une sensibilité nouvelle, vibrante, accompagnait autant ses mots que ses gestes. Sa détermination était réelle, mais n'étouffait pas sa nervosité. Ciel le savait car il la connaissait, mais pour n'importe qui d'autre, la reine aurait paru parfaitement sereine. C'était aussi cela, le statut royal. Un masque qu'on ne peut se permettre d'ôter, au risque de voir un royaume s'effondrer.

Il était loin le temps où Ciel partait en quête d'aventures qu'il espérait périlleuses en compagnie de sa seule amie de toujours, la petite Khorza. Il était loin le temps où il aimait se faire peur. Ceux qui vivent dans le grand Nord oublient peu à peu la beauté de la neige pour ne plus endurer que sa froideur...

— Ronce... souffla-t-il alors, hésitant.

Sa propre pensée le faisait frissonner. Il releva les yeux vers elle, planta son regard dans le sien, si semblable.

— La mettre aux fers sera-t-il suffisant ? Il semble qu'on ne peut seulement lui ôter tout moyen d'action... Il semble qu'elle soit résolument hors de toute forme de contrôle... Ne faudrait-il pas... Je pense qu'elle doit mourir.

Il se leva, comme pour mieux supporter cette radicalité.

— Je crois que nous ne pouvons nous contenter de la force militaire. Ni que, comme vous l'envisagez justement, nous ne pouvons nous satisfaire pleinement des seules ressources françaises. La seule arme capable de défier la magie, autre que cette même magie... Il me semble que c'est la technologie, ma sœur. Nous avons besoin des inventeurs.

Il craignait de dire n'importe quoi. Mais il avait lu, écouté, appris. Il n'avait pas seulement attendu de vivre. Il manquait d'assurance, oui, mais cela venait principalement du fait qu'il n'avait jamais parlé pour dire des choses aussi graves.

— En fin de compte, il est possible que certaines fées n'aient point de scrupule à attenter à la vie d'une des leurs. Il faut simplement trouver un argument qui les alléchera... Le meilleur de tous est bien souvent l'argent, n'est-il pas ?

Pinçant la plume noire entre ses doigts, il se pencha et ajouta tout bas :

— Dans ce cas, les ministres ne devraient peut-être pas être mis au courant... Certaines manigances se doivent d'opérer dans l'ombre. Quelle est la personne en qui vous ayez le plus confiance, ma sœur ?

Il pensait tellement à elle qu'il en oubliait que l'un de ses propres piliers, lui, s'était changé en lapin.


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Ronce de France
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Sam 25 Avr - 17:48
En qui était placé sa confiance ?

Les parents n'étaient plus, depuis plus d'un siècle. Quant aux ministres, au chambellan, aux personnes gravitant au sein de la sphère de pouvoir, ils n'étaient que des ombres. Des silhouettes exécutant les ordres, sans faillir. Même son conseiller avait disparu. Elle était seule, au sein du pouvoir. Seule, sur le trône.

« Je crois bien que ma confiance ne réside qu'en vous, mon frère. »

Après tout, ils s'étaient toujours soutenus depuis des années. Ronce avait appris à voir ce frère maladif qu'on avait toujours relégué dans l'ombre, laissant le soin à la future reine de briller. Lui laissant le soin de porter tout le poids de la couronne.

« Nous pourrions lancer un appel. Une missive anonyme, codée. Demandez l'aide de toutes les forces possibles. Technologie et magie. En Russie, ils ont déjà commencé à travailler sur une fusion de ces deux entités. La techno-magie. Notre salut se trouve probablement là. »

Au fur et à mesure que Ronce en parlait, cette alternative prenait la forme d'une évidence. La technologie saurait trouver les failles de la magie de Farah, et rendre la magie encore plus puissante. Ronce se mit à avancer dans les allées des jardins, incapable de rester en place.

« Nous pourrions contacter des membres de l'université de techno-magie. Ou proposer aux inventeurs, fées et sorciers de travailler pour nous. Contre de l'argent oui, mais pas seulement. L'argent n'attire pas toutes les convoitises. Il existe des personnes qui se moquent de la fortune. La reconnaissance de leur travail, une place privilégiée dans la société, un anoblissement pour services rendus au pays. Il faut multiplier les récompenses possibles pour toucher le plus de personnes possibles. »

Les pas de Ronce l'avaient mené jusqu'à l'orangerie. L'air était saturé du parfum des fruits. Ronce en cueillit un, plantant ses ongles dans la peau pour l'éplucher. La peau tombait à ses pieds en morceaux disparates.

« Nous enquêterons, évidemment, sur les antécédents de chaque candidat. Inutile de prendre des risques inutiles. » Le fruit épluché, Ronce l'ouvrit, détachant un quartier qu'elle tendit à son cadet. « Vous en prendrez bien un morceau ? Cette femme ne doit pas nous faire perdre l'appétit. »


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Prince Ciel
Mer 6 Mai - 23:23

Même la démarche de Ciel semblait changée. Il marchait très droit, les mains derrière le dos, faisant fi du vent, de l'herbe, des sons de la nature qu'il convoitait et appréciait d'ordinaire à l'extrême. Il demeurait un enfant au sens le plus pur du terme, il demeurait candide et impressionnable, mais une prestance mûre, inédite, accompagnait chacun de ses gestes. C'était l'effet du regard de Ronce. Comme un soleil capable d'éloigner les nuages encombrant un ciel...

Il prit le fruit que sa sœur lui tendait et lui adressa un sourire tendre, complice, pas un de ces sourires excessivement ravis et reconnaissants qui lui étaient réservés à l'accoutumé. Il commençait peu à peu à considérer Ronce comme une personne, royale mais humaine, au delà de cette aura divine qui l'avait toujours accompagné.

— Si tous les gens qui raillent votre jeunesse et votre sexe en songeant qu'ils vous excluent des qualités d'une souveraine vous entendaient aujourd'hui, ma soeur, il me semble qu'ils en perdraient la parole.

Il croqua dans le fruit avec une vitalité presque virile, qui était très étonnante.
Puis, il attrapa la main gantée et regarda les nuages qui s'étiolaient peu à peu. Ce qui était, d'ailleurs, aussi étonnant.

— Nous nous battrons, Ronce. Ceux qui nous croient faibles et manipulables sont nombreux, et c'est leur propre faiblesse. Nous nous battrons. Nous sommes puissants. Car ensemble, nous ne serons jamais seuls.

Et ainsi, les mots qu'il avait tant rêvé d'entendre de la bouche de la reine, voilà que lui-même les prononçait.


A présent, le monde entier devrait s'en rendre compte.


Prince Ciel
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