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 Entrée pour une dormeuse [Janvier 05]

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Samaël
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MessageSujet: Entrée pour une dormeuse [Janvier 05]   Lun 9 Mar - 0:07


« Magnifique.
-Vaslav.

N’oublie pas la princesse. »


C’est inscrit sur une petite carte blanche accrochée à l’un des frais bouquets de fleurs décorant la plus belle loge de l’opéra.


La chaquetilla, la veste, est d’un rouge violent. Serti de fioritures dorées, le vêtement est lourd, court, et se porte sur un gilet, le chaleco, noir et finement ornementé de broderies vermeilles. L’habit de lumière flamboie, même sans les lustres pour lui donner de l’éclat.

La chevelure sombre quant à elle est mieux domptée qu’un taureau avant sa mise à mort. La frange est proprement léchée sur le côté et rangée derrière l’oreille. Le regard est souligné de noir, la mâchoire est affûtée par l’ombre ; ton visage est dur, Samaël, au sortir de la scène. La scène qui, le temps d’un ballet, est devenue ton arène.

Tu as les sens brouillés. Une effervescence se distend en toi. Tu sens ta poitrine trop étroite pour la folie qui t’habite soudain. Dans tes veines coule la magie de la scène. Tu viens de traverser le plus prestigieux opéra d’Autriche en déployant grand jeté sur grand jeté. Sourd aux applaudissements, tu as salué ton public avec grâce, au milieu de tes pairs, en reprenant ton souffle.

Le collant est noir, les chaussons aussi, tandis que les bas, qui grimpent jusqu’aux mollets, sont rouges. Dans ta loge, debout derrière la petite chaise qui fait face au miroir trônant sur la coiffeuse, tu dardes sur ton reflet un regard neutre et lève le menton. Tu examines, scrupuleux, le grain de ta peau. La sueur n’a pas trop gâté le maquillage de scène. Le teint est toujours mat, d’une parfaite uniformité. Tu aimes cette peau blême sans imperfection.
Doucement tu pivotes sur toi-même et t’observes. Le collant dessine bien la jambe. La large ceinture de soie affine élégamment la taille. La veste avantage la carrure. Tu te trouves un corps joliment paré. Et tu aimes ce costume de matador. Comme tu as aimé danser l’Espagne, dans toute sa fougue et ses couleurs.
Maintenant que le rideau est tombé, ton masque aussi devrait choir à tes pieds, mais le spectacle, pour toi, n’est pas terminé.

On frappe à ta porte.

C’est elle. Ou peut-être vient-on te l’annoncer. Après tout, les usages des grandes gens du petit monde de la royauté te sont plutôt étrangers. Toi qui n’es qu’un Russe de modestes origines, dit-on, cependant doué d’un extraordinaire talent.
Mais ce qui t’importe, c’est qu’elle est ici parce qu’elle t’a forcément vu danser. Elle t’a regardé, toi le beau danseur, dévoiler ton irrésistible charme sur les planches. Le jeu qui se trame dans ton esprit te tire le coin des lèvres en un malin sourire. Ta prochaine partenaire se tient peut-être derrière cette porte. Ne la fais pas attendre.

-Entrez !

Et à ton sourire de se maquiller à son tour afin de se faire des plus charmants parmi ta large gamme.


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Maria Elisabeth Edelstein
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MessageSujet: Re: Entrée pour une dormeuse [Janvier 05]   Lun 9 Mar - 7:46


Une représentation de baller prestigieux, une occasion de s'approcher du do supérieur de son père. Maria Elisabeth avait donc entreprit en concerto de jouer sa partition de mécène. L'Empereur appréciait les artistes, et ce soir-là, une note avait la réputation qui méritait d'être entendu.
 
Le ballet avait été une suite de douce perfection, une harmonie parfaitement menée par le metteur en scène ainsi que les notes qui avait composé la danse en symbiose avec la musique berçant les oreilles des gens. Berçant... comme une berceuse. Une syncope. Maria avait réuni ses forces arrivant en fin de partition pour saisir le bras de Schlange, elle ne voulait pas faire de fausse note, elle devait voir si l'art qu'on lui montrait était digne d'intérêt. La Berceuse l'emportait, mettant fin à son concert. Celui des autres poursuivait, la laissant derrière une fois encore. Le chef de la garde rapprochée devait comprendre par cette croche qu'il devait simplement juger du spectacle, Maria avait déjà constaté qu'il s'agissait de grand art, un opéra grandiose, mais la perfection devait être tenu jusqu'à la fin de la musique. Le borgne devrait juste lui confirmer la perfection. En croisant le regard de l'homme chargé de la protection des portées de sa vie, elle osa comprendre que sa demande fut entendue. Le monde éveillé se ferma.
 
La princesse impériale dormait, laissant sa Semi-Conscience observer le concert. Cependant, elle ne retiendra de ce sommeil que la concentration de Schlange sur la spectacle. C'était tout ce que demandait le Loir enfermé dans sa théière de sommeil. Elle retenu une larme de déception.
 
Peu avant la fin, la partition, les portées et les mesures furent à nouveau jouées pour Maria Elisabeth. Cette dernière se réveillait, revenait parmi les conscients. Une fin toujours aussi harmonieuse, elle vérifia que ce fut le cas durant toute la représentation. On le lui confirma. Rassurée, elle ne put s'empêchée d'observer les notes du concert autour d'elle, un concert d'applaudissements. Heureusement que depuis le balcon, on n'aurait pu remarqué sa dissonance. Elle ne se découragea point. Elle demanda donc qu'on mène ses portées vers celles du meilleur danseur, suivant encore la confirmation du chef de la protection rapprochée.
 
Passant les couloirs de l'opéra comme les notes se succèdent sur les mesures, la princesse valsait d'une marche digne, distinguée. Le fille de l'Empereur se devait d'être ainsi, digne de son rang.
 
La loge était là. À tempo régulier, on frappa à la porte, la clef de cette nouvelle portée.
 
- Entrez !
 
On ouvrit donc, l'homme qui avait donc frappé des phalanges et qui s'occupa de l'entrée annonça :
 
- Bonsoir Monsieur, la Princesse Impériale Maria Elisabeth Edelstein souhaite vous voir.
 
Sur ces mots, La noble concernée s'avança accompagnée de Schlange à ses pas. Croché comme des croches multiples.
 
Un brève révérence, celle que l'on accorde par politesse face à ceux d'un rang inférieur. Tête haute, son regard d'azur se perdit un instant dans le miroir, vérifiant l'harmonie de sa coiffure. Elle faillit faire une syncope, quelques mèches étaient désaccordées. Elle les corrigea comme elle le put en les passants derrière l'oreille. Puis, sa mesure poursuivit sur le jeune homme, peut-être plus âgé qu'elle-même.
 
- Votre performance a impressionné Maria Elisabeth. Maria apprécie les artistes virtuoses dans leur art, tout comme Père.
 
Un garde resté sur la pas de la porte vint déposer un bouquet de fleurs raffiné, un présent pour le travail accompli. Comme elle le faisait avec d'autres artistes dont les notes étaient belles et harmonieuses.

Ses mains jointes l'une dans l'autre devant elle, elle se tenait aussi droite que l'archet d'un violon. La princesse était digne et fière, elle ne laissera pas voir sa dissonance. Elle rangea d'ailleurs cette partition perdue dans un coin de son esprit.


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Samaël
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MessageSujet: Re: Entrée pour une dormeuse [Janvier 05]   Lun 9 Mar - 17:19
Tu t’inclines comme tu sais le faire : un peu comme tu l’as fait sur scène. Autrement dit, tu salues, en quelques sortes… la charmante Maria aux cheveux rouges.

N’est-elle pas pleine de promesses? Maria passion. C’est peut-être l’Espagne qui t’inspire. Elle pourrait être ta muleta, ce drap de serge rouge, ton arme contre la bête avec laquelle tu danserais pour apprivoiser la mort. Maria de flammes! La jeune et belle qui devait tomber sous ton charme… Mais… Quelque chose cloche.

Tu t’approches à pas mesurés, méfiant, sans toutefois démordre de ton sourire qui, cependant, pourrait se tordre en une grimace horrifiée si tes doutes sont confirmés. Tu le sens… Quelque chose cloche.

Tu l’as vue tenter de replacer ses mèches rebelles. Elle s’est maquillée, elle aussi, à sa façon, c’est-à-dire qu’elle porte un masque, non? Celui du mensonge? Elle semble pourtant sûre de ses dires. Elle s’est dite « impressionnée », tout de même.

Moins d’un mètre vous sépare, toi et la princesse. Tu oses un pas de plus. Et c’est de plus en plus clair : elle ne voit que toi, Samaël, toi plat, terne, toi qu’homme. Que le danseur. Beau, peut-être, mais sans plus. Sans l’indicible aura que tu revêts habituellement à travers leurs regards séduits. Mais alors serait-ce, par malheur, qu’elle ne t’as pas vu danser?



Tu ne sauras pas. Mais c’est justement cette difficulté à la lire, à lui deviner quelques intentions à ton égard qui t’emplit de soupçons.

Tu te mords la langue et tes yeux s’écarquillent en un soubresaut. Tu fais volte-face, caches ton trouble soudain et te couvres d’un naturel préfabriqué, une arme que tu sais efficace pour parer aux mauvaises plaisanteries du sort.

-Votre père, oui… On m’a vanté son talent. Monsieur le père n’est pas n’importe qui. À plus d’une reprise, aussi, ses très fiers sujets ne manquèrent pas de faire l’éloge du savoir-faire artistique de leur très obligé chef de meute. Ainsi que le vôtre. Danse ou pas, rien ne t’empêche de te montrer un tant soit peu courtois. D’un geste de la main, donc, tu invites. Je vous en prie, prenez place, Votre Altesse. Vous êtes ici chez vous…

Les fauteuils ne manquent pas. Son Altesse aura l’embarras du choix et pourra même faire asseoir son chien de garde, si elle le souhaite.
Quant à toi, tu retires ta lumineuse veste et la poses sur le dos de la chaise devant la coiffeuse.

-Merci. Pour les fleurs... Fais-tu d’une voix douce en roulant les manches de ta chemise.

Debout devant le miroir, tu regardes la princesse à travers ce dernier.

-Dites-moi franchement, princesse, puisque votre avis m’est cher, quel acte avez-vous préféré?

Programme:
 


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Maria Elisabeth Edelstein
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MessageSujet: Re: Entrée pour une dormeuse [Janvier 05]   Lun 9 Mar - 23:43
La symphonie qui formait les mots du danseur, enfin, ses pas venant jusque dans la scène sphère privée de la princesse impériale, avait éveillé la méfiance de Schlange. Prêt à agir, l'homme s'approchait tout de même d'une des plus hautes notes de l'Empire. Prêt à jouer des armes à la moindre crainte. Cependant, il n'agit pas. Maria resta aussi imperturbable qu'auparavant de ses portées. Une dame de son rang ne peut montrer d'inquiétude pour si peu, surtout en compagnie du commandant en chef de la garde rapprochée de l'Empereur.
Maria avait toutes les cordes pour êtres sûre d'elle. Toutes sauf une, son harmonie sonnait faux. Son sommeil survenu au mauvais moment, pourrait lui porter préjudice. Elle ne voulait pas décevoir son Père.
 
La méfiance protectrice du borgne devint plus dolce. L'espace plus convenable avait reprit le tempo.
 
L'homme de scène sembla poursuivre son concerto en tournant le dos à la princesse impériale, cette dernière aurait pu mal le prendre. Faire une syncope, cependant, elle jouait la partition du mécène. Passant outre, elle se trouvait dans la mesure, la loge, de l'artiste. S'il se voulait théâtral, elle ne pouvait pas lui reprocher cette mise en scène.
 
Elle eut un sourire tout de même en entendant qu'on avait parlé de son talent tout comme celui de son père, mêler ces deux notes la rendait heureuse. C'était pareil à la gamme qui se suivait, qui prouvait qu'elle était liée à chaque do. Elle était différente de son Père, mais elle restait de sa chair, et cette partition née de l'Empereur ne demandait qu'à jouer en harmonie parfaite avec son compositeur.
 
Son Altesse Impériale prit son silence sur l'un des sièges, suivit à la trace de ses croches par l'œil -lecteur attentif de la musique qui se jouait devant lui-.
 
Les tissus de la robes se posèrent en un dégradée d'instruments à vent, légers, les uns après les autres. Les iris digne de l'hiver des quatre saisons de Vivaldi se posèrent sur le danseur, à nouveau de dos, mais le miroir faisait aussi d'écho plutôt harmonieux.
 
La mélodie de la question donna une syncope au cœur de la princesse de symphonie. Elle avait un sourire harmonieux, le plaisir que l'on s'intéresse à son avis. Cependant, ce n'était pas venu de son Père. Donc le rythme majeur ne prenait pas tant que ça. Encore moins en se rendant compte de la réponse à donner.
 
L'acte préféré... Elle connaissait l'histoire de cet opéra, mais une dissonance se montrait, résonnait. La Berceuse avait brouillé le reste du spectacle, la laissant se réveiller en voyant la mort comme point final. Comme fin de partition. Un sourire amer, des notes qui allaient ensemble, mais dont le son dérangeait les émotions.
 
- Maria Elisabeth a apprécié le quatrième.
 
La mort, dans un but précis. Laissant l'aimé vivre sans sa muse, seul face à ses partitions, essayant de jouer pour ne pas tomber. Cette vision, ce moment éveillait les sentiments de Maria. Rythme mineur, le tempo ralentissait. Une époque, une mesure dont les souvenirs étaient inexistants. La mort de sa Mère. Elle ne faisait que retrouver la partition de son compositeur, brièvement, seul le fait de savoir qu'un des deux accords harmonieux étaient effacée lui procurait l'émotion mineur qui passait dans ses yeux. Elle n'avait vu que la fin, une fin qui suffisait à l'émouvoir. Au moins, la mélodie de sa réponse était honnête. Bien qu'elle n'eut d'autre réelle comparaison que son sommeil.
 
- Maria Elisabeth l'a entendu... émouvante.
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Samaël
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MessageSujet: Re: Entrée pour une dormeuse [Janvier 05]   Mar 10 Mar - 17:41


-Le quatrième acte.

Tu le répètes comme pour mieux l’entendre.

Le quatrième acte se pose gentiment sur ta tête et glisse sur ta nuque, sur tes épaules et le long de tes bras… Tu le vois s’en prendre à ton reflet. Le quatrième acte coule contre ton dos, ton ventre, il te prend les hanches et les jambes, les pieds, tout.
La musique s’éveille à demi en toi. Ton corps n’est qu’un filtre, l’instrument d’une poésie, le mouvement est son langage. Au bout de chacun de tes doigts pendent des fils d’argent. Le pantin est laissé à lui-même.

Tu ouvres un arc sur ta droite, ta paume glisse sur ta gauche, le genou fléchit, le pied pointe… Ton souffle embrasse chaque allure. Doux, le souvenir d’une mélodie appuie une blanche sur ton oreille. Ta tête s’incline…

Mais ce n’est qu’une ébauche.

Il ne te reste plus que des miettes de l’envoûtement de la scène. Alors tu abandonnes. Tu n’as plus envie d’être le matador au cœur flétri, vaincu par l’amour de sa belle, poussé dans les bras accueillants de la mort par une bête. Le monstre qui sommeillait en lui, tout ce temps, la peur de ne plus être, sans elle, qu’une ombre. Qu’une esquisse sans lendemain. Alors tu meurs. Chaque soir, tu meurs, beau matador, en te trafiquant des ailes et en déjouant les sens de tes admirateurs. Tu leur en fais la promesse : je vole. Et ils te croient.

-Ainsi vous aimez que l’on vous émeuve… Voilà qui me semble bien noble. fais-tu sourdement en te présentant de face à ton interlocutrice. Le plus dur, poursuis-tu en traînant le pas vers un fauteuil libre auprès de la princesse, le regard errant sur le sol, est le retour sur scène après le tout dernier solo qui clôture le spectacle. Si Marius laisse son cœur sur scène, j’y laisse mes poumons. Chaque fois, un brouillard apparait autour de ma tête et ce n’est qu’indistinctement que les applaudissements parviennent à mes oreilles. Mais le malaise n’est pas tant physique. Il y a dans l’émotion suscitée par l’art une grande part d’involontaire et d’irrépressible. C’est ce qui m’habite alors, immanquablement, à chaque représentation : une indomptable stupeur devant la lourdeur du sentiment qui s’accroche à mes chevilles.

Tu t’assieds, bras sur les accoudoirs, croises tes jambes et oses un regard vers ta royale compagnie.

-Les jeunes femmes avec qui j’eus l’occasion de m’entretenir sur ce ballet avaient, pour la plupart, surtout apprécié l’acte I ou l’acte II, pour le pas de deux et la danse des couturières. Dans cette dernière, notamment, la musique y est plus vive, plus gaie. Et les costumes y sont colorés... Certains reprochent d'ailleurs à Vaslav, le chorégraphe, une trop grande extravagance pour les costumes de ses danseurs. Qu'en dites-vous? Qu'avez-vous pensé du costume des couturières? Trop rouge, peut-être?

Vil diable tu fais, Samaël, à tenter de piéger ainsi la douce princesse. Mais c’est que tu es curieux... A-t-elle, oui ou non, vu le spectacle ? Ne l’a-t-elle qu’« entendu » ? Au complet ? En partie ? Mais il ne faut pas t’énerver avec toutes ces questions, tu pourrais en perdre tes bonnes manières, et le molosse risquerait de t’abîmer.

La Vérité:
 


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Maria Elisabeth Edelstein
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MessageSujet: Re: Entrée pour une dormeuse [Janvier 05]   Mer 11 Mar - 19:14
- Maria Elisabeth n'est point ces jeunes femmes. Elle a l'éducation de son Père.
 
Un peu sec, une note peu souple. La susceptibilité de la Princesse Impériale venait d'être piquée en une croche aiguë. L'avis des petites gens qui s'attardaient sans nulle doute sur les dessins des partitions plutôt que sur les portées, voilà qui ne l'intéressait guère. La lueur agacée se lut dans ses yeux de saphir glacé. Cependant, elle mettait de côté, en aparté, ses ressentis. La partition de mécène était une mélodie qui se voulait satisfaisante pour l'Empereur, ainsi, celle qui la jouait devait se mettre en retrait. Une musique où le seul sentiment sera celui de vouloir être digne de l'amour de pader, être à la hauteur du sang de ses veines aussi rouge que la passion que l'on met dans les partitions.
 
Elle voulu méditer sur les costumes, cependant, la berceuse était venue à cet instant. Là où le monde avait poursuivit sa course, elle avait dû cesser de jouer... se faire simple spectatrice dont les applaudissements seraient ignorés. Elle ne comptait pas applaudir de toute manière. Qu'ils poursuivent leur solo, elle se fera forte. Retiendra ses larmes dans cette mesure désarmante.
Maria ouvrit les lèvres, un souffle prêt à jouer des mots. Mais la symphonie sonnait déjà affreusement faux en son esprit. Ses poings serrèrent sa robe, elle serra les dents. La partition orgueilleuse ne lui permettait pas le tremolo de sa dissonance.
 
- Maria Elisabeth n'a pas prêté attention aux couleurs, sans nulle doute trop vives.
 
Hautaine, un peu vexée. Elle tourna le regard sur Schlange, puis elle reprit aussitôt la note.
 
- Maria Elisabeth était venue vous parler de mécénat, pour votre troupe, afin qu'elle puisse se produire à nouveau sous nos yeux.
 
Tête haute, la gamme des sang-bleu, celle proche de son Père. Maria perdit un instant la force dans la nuque, une perte de clef de fa. Ses yeux avaient failli l'emporter dans la Berceuse en se fermant doucement, geste que la princesse coupa d'un silence sec en les rouvrant rapidement. Une mélodie inquiète passa sur l'harmonie de son visage. La dissonance semblait vouloir se répéter. Un concerto de honte pour la Princesse Loir. Elle porta sa main à la tête, comme pour calmer la symphonie du sommeil qui ne voulait pas quitter la scène.
 
- Je... Maria Elisabeth veut un café, il Lui faut un café.
 
Autoritaire, mais toujours en rythme inquiet.

Schlange adressa un regard, de son unique œil, au danseur. Un regard qui voulait chantonner : "y a-t-il du café?"



Spoiler:
 
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Samaël
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MessageSujet: Re: Entrée pour une dormeuse [Janvier 05]   Sam 14 Mar - 14:17
Il suffisait d’attiser le feu pour qu’elle prenne vie, la Maria de flammes ! Cette charmante jeune femme à Papa.

- Vous avez tout à fait raison, t’empresses-tu de répondre en baissant légèrement le menton et en fronçant les sourcils, vous n’êtes point de ces jeunes femmes. Et je me sais fort choyé par votre présence. conclus-tu chevaleresquement…

Un diable et un ange longtemps converti au plaisir des Enfers jubilent et giguent sur tes épaules, Samaël, tandis que la princesse sort les armes. Mais la joute est amicale… non ? Tu aimes ce petit jeu, ce tango pour deux solitudes… Qui finira par mener la danse ? Tu te crois en bonne posture, mais n’oublie pas qu’il te manque un atout : toi, tu n’as pas, même métaphorique, de couronne sur la tête. Alors tu te contentes d’apprivoiser l’enthousiasme de tes démons et ne t’autorises que la trace d’un sourire, à peine l’ombre de ton amusement vis-à-vis la situation.
Cependant tu as bien du mal, bien du mal oui, à maquiller de sérieux tes yeux qui bien grand s’ouvrent sur le flagrant mensonge de Sa Royale Majesté Altesse Princesse Maria La Rouge.
« Sans nul doute trop vives ». « TROP VIVES » a t-elle dit. Ces deux mots font écho dans ton esprit et font violence à ton naturel flegmatique.
Elle n’a donc pas vu. Tu n'as pas dansé pour la princesse. Tu as ta réponse. Et tu apprends, par la même occasion, que la princesse a l’orgueil enflé.

Mais cela te plaît.

- Maria Elisabeth était venue vous parler de mécénat, pour votre troupe, afin qu'elle puisse se produire à nouveau sous nos yeux.

Et voilà que tu t’adoucis, lentement, et te fais félin sous la caresse. Elle parle de mécénat et tu lui trouves des airs fougueux plutôt sympathiques. Tu sens ton sentiment sincère et cela t’étonne.
Tu regardes la princesse depuis un moment, te fais attentif à ses paroles. Tu la trouves jolie. Très jolie. Elle est même belle, la princesse. Tu voudrais la voir danser, les cheveux libres… Tu la rêves toute en couleurs, en couleurs trop vives, sous les feux de la scène.

- Ce serait, évidemment, un plai-

Tu t’interromps. Cette soudaine inclinaison de la tête, inopinée, mais reconnaissable : le mouvement du sommeil, te fait échapper tes mots.

- Je... Maria Elisabeth veut un café, il Lui faut un café.

Sans réfléchir tu te lèves promptement et te dirige vers la porte.

- Ma collègue en a peut-être de prêt. Je reviens toute de suite.

T’as pris l’envie qu’elle te voit. Tu veux tenter de séduire avant la danse. Tu ne l’as jamais fait. Cela pourrait être intéressant. Et si tu échouais, alors tu saurais : tu n’as véritablement aucune valeur sans ton corps. Mais il ne faut pas ignorer le facteur « couronne ». Tu ne seras jamais de bon rang, mais rien ne t’empêche de tenter ta chance… Par plaisir, simplement. L’idée étant que ce dernier soit réciproque. Autant que faire se peut.

Tu frappes à la porte de Louise. On t’ouvre deux secondes plus tard.

- Mm ? fait la belle blonde élégamment vêtue d’une robe de soirée, Mais que vois-je ! Beau matador, tu m’accompagnes à la réception, finalement ?

Tu fais « non » de la tête.
- Tu as du café, Louise ?
- Ah, mais bien sûr ! J’oubliais… Tu rencontrais la princesse, ce soir. réfléchit-elle tout haut en enfilant une boucle d’oreille. Il m’en reste un peu… Trop amer, peut-être… Et plus très chaud. Entre donc !
- Je crois que ça ira. Pour le café. Tu me l’apportes, s’il te plaît ?
Le regard du garde de la princesse resurgit à ton esprit. Il semblait, étrangement, y avoir urgence.
Louise te revient au bout d’un instant munie d’une élégante tasse de porcelaine assise sur une petite soucoupe.
- Voilà !
Tu ne réponds rien. Tu prends le café, tu fais volte-face, tu repars.
- Tu passes me voir plus tard, monsieur Kourianov ?

De retour, on te prend prestement le café des mains. Surpris, tu en restes cela dit au silence. Tu refermes la porte derrière toi et, en te retournant, tu croises à nouveau, l’espace d’une seconde, ton reflet dans le miroir.
Tu voudrais, soudain, que ton personnage te lâche une fois pour toute. Tu voudrais n’être que Samaël. Avec sa frange indocile et ses timides cernes. Tu veux ton visage non figé, ta peau nue, avec les éparses constellations de grains de beauté qui la rendent tienne.
Afin qu’elle te voie.

- Le café est peut-être un peu froid… Je vous en fais faire un meilleur, si vous le souhaitez.

Tu reviens vers tes visiteurs.


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MessageSujet: Re: Entrée pour une dormeuse [Janvier 05]   Sam 14 Mar - 23:36



Jouer la tragédie sur scène était une chose. En vivre une, véritable, sur la grande scène de la vie en était une autre.

Comment Samaël fut infecté ? Les possibilités étaient si multiples, qu'il était impossible de répondre à la question. La fièvre s'empara de son corps, le faisant trembler de froid. Le sang s'écoula de sa bouche en gouttes d'un rouge sombre. Le malade, ce soir-là, n'était pas imaginaire.

Le Delirium a planté ses griffes dans le corps de Samaël.



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Maria Elisabeth Edelstein
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MessageSujet: Re: Entrée pour une dormeuse [Janvier 05]   Dim 15 Mar - 11:14
 
La Berceuse se jouait dans l'esprit de la Princesse Impériale, silencieuse et si prenante. Une deuxième crise alors qu'elle venait de faire une fausse note durant le ballet, la dissonance de cette maladie jouait avec les nerfs de Maria. Elle adressa un sourire au danseur qui partait s'enquérir de la boisson qui lui permettrait de rester un encore dans le même rythme que le concert qui poursuivait sa musique. Sa tête valsait sur la mélodie silencieuse de son sommeil maladif, elle se raccrochait à Schlange afin de ne pas perdre de repère de l'éveil. Puis la porte s'ouvrit, une nouvelle portée. Un café. L'instrument dont la caféine avait le secret de la musique qui dissimulait la Berceuse.
 
L'harmonie de son visage qui paraissait pâle de par le contraste avec ses cheveux vifs, se fit comme soulagé. Bien qu'on pouvait y lire les notes du sommeil proche. Elle tendit les mains avec une grande légèreté mais aussi avec en fond l'ombre de la Berceuse qui se faisait pesante.
 
- Maria Elisabeth vous en remercie.
 
Il y avait une mélodie plus faible, moins grande d'orgueil que dans ses précédentes paroles. Le danseur avait peut-être compris l'urgence pour la princesse de ne pas laisser le concert poursuivre sans elle. Aussitôt, elle prit de ses deux mains la tasse, laissant le socle sur la table. Rassurée devant l'élixir d'éveil, elle y plongea ses lèvres afin de boire la symphonie vivante qui endormira la Berceuse. Au moins pour quelques mesures. Le contenu ne tarda pas à être vidé. Le goût n'avait pas d'importance, seul le pouvoir de la boisson amer avait sa place.
 
Un doux sourire se dessina sur son visage qui semblait déjà peu à peu s'éveiller, puis ses yeux d'une mélodie hivernale se levèrent sur le "sauveur" de son harmonie pour ce soir.
 
Mais ces yeux se firent plus grands, sous la surprise. Du rouge, la symphonie du rouge. Celle qui se joue en do mineur, celle qui fait mourir les Hommes. Était-ce le Delirium ?
 
- Le... Requiem... ?
 
Une mélodie désolée, inquiète, se jouait sur l'expression de Son Altesse Impériale.
Était-ce le Grand Requiem de 05 ? Celui qui faisait vibrer la peur, l'inquiétude et la Mort ? Celui qui interprétait l'annonce de la mort prochaine. Un requiem écrit et joué avant même la fin de la vie de l'individu.
 
Schlange réagit en se levant, prêt à mettre une barrière si l'infecté viendrait à s'approcher. Maria Elisabeth n'était sûre de rien, mais de ce qu'elle connaissait de la mélodie de cette maladie mortelle, elle avait cru reconnaître l'un des symptômes.
 
- Vous vous sentez... mal ?
 
Inquiète, pour sa partition, pour celle de l'Empire qui était donc touché, inquiète pour son mécénat qui visait à plaire à son Père. La symphonie jouait de l'inquiétude, et la Berceuse dormait. Dormait avec un sourire en coin.
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Samaël
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MessageSujet: Re: Entrée pour une dormeuse [Janvier 05]   Dim 15 Mar - 18:57
Aujourd’hui encore, aux petites heures du matin, jambe tendue sur la barre, seul dans la salle de répétition, tu te livrais, fidèle, à l’entretien de ce précieux et infaillible corps qui t’est danse. Ton véhicule, ton œuvre, le vêtement de ton âme... Tu l’as fait planer au-dessus des planches, tu l’as lancé, ployé… Il a chanté, a troqué ses bras pour les ailes d’une pygargue, est devenu poids plume, et toi tu es demeuré reflet, immobile, à regarder le fabuleux animal traverser la scène de tes idées.

Tu sais ta charpente parfaite, ton ossature exemplaire et le muscle qui l’habille sculpté dans le détail, finement, tu sais ton geste affûté et ton cœur loyal.

Une fatigue veille, depuis quelques temps, sur tes esprits embrumés, mais cet essoufflement des derniers jours, tu l’as mis sur le compte de la tournée. Jamais tu n’aurais cru, jamais, que ton corps te trahirait. Pas si tôt, pas si brutalement.

Tu ravales le goût métallique qui te prend soudain la gorge et souris à demie de voir la princesse boire si rapidement le contenu de la tasse. C’est là sa façon de lutter contre le sommeil ? Pourquoi pas. Mais n’aurait-elle pas pu, tout bonnement, te quitter et rentrer dormir ? Ta compagnie ne doit pas lui être déplaisante, puisqu’elle reste. Cela dit, cette fatigue qui l’a prise t’a parue plus intense qu’un simple endormissement.

De nouveau ce goût ferreux, mais cette fois la toux se fait plus insistante, tu ne pourras pas l’étouffer. Tu essaies quand même. Le résultat est peu concluant. Le goût se fait plus prononcé, sur ta langue. Tu entrouvres les lèvres et file, entre elles, toute incertitude. Le coupable se montre, impitoyable, et plus infaillible encore que ton corps. Tu touches tes lèvres. Le coupable s’accroche à tes doigts. Rouge. Sombre. Une voix hurle à l’intérieur de toi. Quelqu’un s’écroule dans ta poitrine et se prend la tête à deux mains en criant à l’injustice, il vocifère tant que tu en trembles.

- J’ai dû me mordre... Excusez-moi, Votre Altesse. murmures-tu faiblement.

Tu te retournes et cherches des yeux de quoi faire disparaître les signes de ta faiblesse. Un service de toilette est posé sur une commode dans un coin de la pièce. Tu t’y diriges prestement et verses, non sans manquer échapper la cruche, de l’eau dans une vasque joliment ouvragée, y trempes une serviette et en couvres ton visage. Lentement tu fais glisser le tissu mouillé sur ta peau et effaces, ce faisant, poudres et fards. Mais le teint que tu dévoiles ainsi est encore plus blême qu’à l’habitude. Tu trembles toujours. De peur, soupçonnes-tu.

Le Requiem. C’est elle qui l’a dit. Tu n’oses plus la regarder et lui laisser voir tes yeux vitreux. Tes mains fermement appuyées sur la commode, tu tentes de recouvrer tes esprits, de rassembler ce qu’il te reste de sang froid, mais il est trop tard pour oublier ou pour feindre que rien n’est arrivé et que rien n’arrivera. Le Requiem t’a déjà choisi. Il te prend par la taille, pose son menton sur ton épaule et te souffle à l’oreille : tu es à moi, beau danseur.

Et toi, dos voûté, nuque fléchie, paupières closes, d’une voix rauque, d’un ton las, tu commences, confus :
- C’est la fatigue... La tournée… Je néglige mon sommeil… Et mon estomac… Je danse, aussi… L’estomac vide, parfois… Même… Je danse tout le temps… Je tourne vite… Trop vite… 32… 32 fouettés… Votre Altesse… Pour Vous qui ne m’avez pas vu… Je dirais même 33… 34… 35 pourquoi pas… En tutu gris… Ou rouge… Du pareil au même… N’est-ce pas… Et je vole… je vole trop haut… Je me suis… Cogné la tête sur un nuage…

Tu soupires, et échappes soudainement ton visage sur le reflet trouble que te renvoie l’eau dans la vasque. Tu en émerges presque aussitôt et t’essuies promptement sur la serviette. Tu ne vois pas les filets rouges qui ont coloré le liquide, tu préfères leur tourner le dos. La frange lâche, le teint livide, tu regardes la princesse, mais tu gardes tes distances et appuies ton dos contre la commode.

- Demain. Demain tout ira mieux. Tentes-tu d'affirmer, une main contre ton front bouillant. Je parlerai à Vaslav, il est à la tête de la compagnie. Je lui parlerai de vous.

Tu n’oses pas la supplier de te laisser à tes angoisses. Tu espères, en même temps, ne pas trop l’avoir effrayée… Bien que tu doutes. Toi-même éprouves grande peine à contenir ta folie devant l’affront que l’on vient de te faire. Tu en veux au sort, mais plus que tout, tu en veux à cette constitution qui est tienne. Tu ne te croyais pas qu’humain. Pas toi.


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Maria Elisabeth Edelstein
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MessageSujet: Re: Entrée pour une dormeuse [Janvier 05]   Mer 18 Mar - 21:18
Le mal de cette année, le Requiem avait donc gagné l'Empire d'Autriche-Hongrie. La mélodie de l'excuse d'une morsure. Le danseur semblait suivre un rythme loin d'être assuré, un rythme aux mille variantes. La symphonie de la princesse s'inquiète, la maladie, son occasion de rendre son Père fière. Son occasion de jouer une mesure à la perfection, celle du mécénat.
 
La Princesse Loir observe, la danse imprécise, la danse du Requiem qui chantait déjà pour un grand nombre de morts.
 
Maria Elisabeth releva la tête en entendant la mélodie des mots coupés de son interlocuteur. Il savait qu'elle s'était endormi en plein milieu du spectacle, il sait qu'elle a à nouveau échoué dans sa partition. Ou il ne l'a que déduit ? Elle ne le sait pas, ses notes ne sont pas dans un ordre correcte, trop mélangées par la menace du Delirium. Une symphonie peinée se joua sur le visage de la fille de l'empereur. L'homme en face d'elle ne lui avait pas semblé lui tenir rigueur de son manque d'attention, mais elle pouvait se tromper. Sa partition se perdait, ne sachant comment réagir. Elle regardait cette danse, celle d'un homme étant la proie du Requiem. Elle voyait ses propres notes hésitantes, elle ne savait par quels mots commencer. Le décor qui l'entourait n'était qu'une musique de fond.
 
Maria laissa un souffle, un soupir, franchir la barrière de ses lèvres. La Princesse Impériale était sentimentale. L'idée de voir que le Requiem puisse anéantir le travail assidu d'un artiste lui donnait une bouffée de sentiments en rythme do mineur. Cependant, la princesse se trompait peut-être d'instrument, le Delirium n'était peut-être pas la réponse à cette mine si malade. Il l'a dit avant, tout ce qui avait pu lui nuire depuis la tournée. Cela lui permettait de se rassurer, de penser au mécénat. De jouer son concerto afin d'atteindre la dignité de la princesse qu'elle devait être.
 
Elle se contenta de hocher la tête, cherchant à cacher la mélodie inquiète et peinée que son côté sentimentale lui faisait jouer.
Il avait l'air si mal en point... était-ce le prix de l'excellence dans son domaine ? Et si les symptômes étaient bel et bien ceux du Delirium, cela voudrait-il signifier que la partition du danseur lui avait fait payé la perfection par la fatigue cumulée et donc de la vulnérabilité du corps ? Laisser un autre moyen d'être dans l'estime de son Père sombrer... ce n'était absolument pas un assortiment de notes qui plaisait à Maria Elisabeth.
 
- Je... je...
 
Elle se reprit, secouant un peu sa tête aux cheveux réellement vifs, la symphonie d'échouer encore lui était difficile. Une affreuse dissonance dans ses mesures et portées. Elle retint les larmes de son possible échec. Un air plus déterminé, mais fragile comme le colosse aux pieds d'argiles qui danserait une valse, se porta sur le danseur en si mauvaise état. Ce dernier avait participé à un majestueux ballet, majestueux qu'elle n'avait constaté que de la scène finals ainsi que celle du début. Elle reprit son calme, effaçant les trémolos en elle. Restant la digne princesse impériale d'Autriche-Hongrie.
 
- ... Maria Elisabeth pense plutôt qu'Elle va vous adresser un mécénat. Juste pour vous, afin que vous puissiez corriger le cumul de faiblesses de corps.
 
Machinalement, dans une symphonie familière, elle serra les plis de sa robe. On lisait les partitions de son doute, de ce qu'elle pensait sur le mal du danseur. Le Requiem ou le cumul de fatigue. Elle hésitait. Sa mélodie se voulait aussi pardonnable, elle voulait pouvoir cacher cette dissonance, celle de sa Berceuse survenue durant la représentation.
 
- Ne décevez pas Maria Elisabeth, Elle garde le pouvoir de retirer son mécénat.
 
Le concert était distant, inquiet, toujours. Impossible d'être apaisé, le possible Requiem n'était pas loin.
 
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Samaël
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MessageSujet: Re: Entrée pour une dormeuse [Janvier 05]   Dim 22 Mar - 17:37
La scène sur laquelle la princesse et toi avancez est fragile, les planches craquent et toi, tu titubes. Mais la princesse finit par reprendre pied, semble-t-il, et cela t’encourage à tenter d’en faire de même. Tu es le danseur à la cheville tordue, mais le spectacle n’est pas terminé. Tes ailes traînent derrière toi, mais tu tournes encore, et tes idées tendent, encore, toujours, plus haut.
Tiens bon, Samaël…

Aussi te répètes-tu que tout va bien. Que tout ira bien, que tu es plus fort que ce prélude à l’orage qui sommeille en toi. Plus fort que la nature qui te prend par ta faiblesse et qui jongle avec tes sens.
La danse transcendera le corps, la musique te donnera un souffle nouveau, autre, et plus fort que le Requiem, tu ne dois pas en douter.

Tu hausses quand même les sourcils et entrouvres les lèvres lorsque la proposition de la princesse parvient à tes oreilles. Ta main tantôt plaquée sur ton front tombe le long de ton corps instable. Les mots pour répondre ne te viennent pas d’emblée. La princesse t’a pris par surprise. Peut-être, après tout, parviendras-tu à te glisser dans l’entrebâillement de sa porte plus aisément que prévu.

La fièvre, qui ne t’abandonne toujours pas complètement, t’aide à faire montre de retenue et à masquer la lueur de malice qui pourrait étinceler dans ton regard. Dans un ultime effort, tu rassembles tes esprits et insuffles tout ce que tu peux de vigueur à tes muscles rompus afin d’avancer le plus naturellement possible vers ta bienfaitrice, mais tu maintiens une certaine distance par crainte de franchir l’invisible limite posée par le garde du corps de la princesse. Tu t’inclines bien pas, jusqu’à poser un genou par terre et, main sur le torse, tu t’accroches, nuque fléchie.

L’impression que tu lui laisseras doit être au moins correcte.

- Son Altesse Royale peut être assurée que je ne saurai la décevoir. Redressant la tête, tu oses un regard vers la princesse. Je ferai tout en mon pouvoir pour me montrer à la hauteur de votre générosité. Je danserai pour vous, Votre Altesse… fais-tu en inclinant de nouveau la tête, sans relâcher ta poigne sur ta poitrine. Et, à Votre guise, partout où j’irai, je ferai part de votre qualité de mécène...

Tant qu’elle consent à ouvrir, d’elle-même, cette porte, inutile d’y mettre le pied de force, songes-tu tandis que tu recouvres, lentement et non pas sans soulagement, le venin de tes esprits.


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Maria Elisabeth Edelstein
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MessageSujet: Re: Entrée pour une dormeuse [Janvier 05]   Dim 29 Mar - 13:43
 
La princesse impériale observe la scène se jouer devant elle, la passion avait mené cet homme dans une symphonies aux partitions complexes. Le menant vers un requiem, peut-être même le Requiem. Cependant, elle refusait de voir le Delirium. Elle était sur le point d'aboutir à un mécénat de qualité d'une grande virtuosité qu'elle pourrait user pour se hisser au même niveau que le do supérieur de son père.
 
La vision se brouillait, les mesures se montraient plus difficiles à suivre. La fille de l'Empereur comprit qu'elle commençait à nouveau à céder à la Berceuse. Tout en écoutant les paroles du danseur qui acceptait donc le mécénat, elle se hâta de se saisir de la tasse de café. Elle ne pourrait pas se permettre un écart, s'endormir en ce moment serait des plus déplacés et des plus désaccordés. Dans son rythme rapide et incertain, du liquide amer coula de ses lèvres à son menton. Elle n'avait pas coordonné correctement l'harmonie de ses gestes. Il ne restait pourtant que quelques misérables gouttes d'élixir d'éveil. Bien peu... elle en avait déjà bu la quasi-totalité lors de la portée passée.
 
Maria Elisabeth laissa un soupir qu'elle voulu faire discret, presque muet, lorsqu'elle posa le petit récipient avec faiblesse pour porter élégamment une main à sa tête. L'autre s'accrochait à la banquette du divan où elle se trouvait.
Elle avait son regard à moitié perdu dans l'ombre de ses paupières, le Berceuse voulait l'emmener dans la symphonie du sommeil. Ainsi pouvoir lui prendre l'amusement de voir la princesse à nouveau dans un spectacle qui pourrait faire résonner les cordes du désespoir de pouvoir ne pas faire de faux pas.
 
La Princesse Loir murmura une mélodie destinée à Schlange.
 
- Allez chercher les autres... préparer le départ de Maria Elisabeth...
 
L'ordre de cette chanson allait prendre un certain temps, mais la demoiselle impériale devrait poursuivre son concerto sans faillir. Tenter d'arriver au bout de la partition. L'homme s'exécuta, vérifiant une dernière fois la pièce puis le couloir. Les lieux se devaient d'être sûrs pour la fille de l'Empereur.
 
Maria, qui commençait à perdre de sa droiture de dos, se remit droite. Se débattant afin de garder les yeux ouverts, afin de continuer le concert avec le monde. Elle ne voulait pas faire de dissonance. Elle angoissait à l'idée de décevoir.
 
- Maria Elisabeth compte vous laisser vous reposer. Elle a encore beaucoup à faire aujourd'hui...
 
L'orgueil, une mélodie connue. Sa voix jouait d'un rythme plus ralenti, la princesse s'enfonça un peu plus dans le divan. Comme si l'effort de se tenir droite allait ralentir la venue de la symphonie du sommeil.
Son cœur loupa un battement lorsqu'elle se rendit compte qu'ouvrir les yeux lui demandait de plus en plus d'énergie. Le rythme s'accéléra en elle, elle risquait de dormir. On ne pouvait déjà presque plus distinguer la mélodie hivernale des iris de Maria. En attendant de pouvoir se retirer, elle devrait jouer de l'instrument de la discussion, de la concentration de l'esprit.
 
- Dites à Maria Elisabeth quel moment vous préférez danser, Elle se le demande...
 
Tout était prétexte à ne pas céder à la Berceuse, elle se concentrait autant qu'elle le pouvait... Le café avait un peu retardé la représentation de la symphonie des loirs.
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Samaël
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MessageSujet: Re: Entrée pour une dormeuse [Janvier 05]   Mar 31 Mar - 18:37
Se pourrait-il que la princesse et toi vous teniez tous deux aux abords d’un gouffre ? Différent, peut-être, mais pas moins abîme. Tu doutes quant à la nature de celui qui menace la princesse, mais tu sens que quelque chose est hors de son contrôle. La langueur de ses gestes flirte avec la maladresse. Tu redresses la tête et vois bien, alors, la goutte de café trahir le royal portrait. Elle faillit, par instants, à son rôle. La lumière dans laquelle elle se tient vacille. Une ombre risque de lui tomber sur la tête. C’est l’impression qui te reste.
Après tout, songes-tu, ne sommes-nous pas, tous, qu’humains… Couronne ou pas.

Tu suis des yeux la large silhouette du garde lorsqu’il quitte. Tu soupçonnes qu’il ne mettra pas beaucoup de temps à revenir, mais tout de même, ces quelques instants d’intimité ne sont pas pour te déplaire.

La princesse te parle et tu ne la lâches plus des yeux. Tu n’oses pas, curieux de voir si elle succombera aux mouvements de torpeur qui la cernent. Tu as vu la paupière s’alourdir et la posture faiblir. Tu veux la voir sombrer, c’est plus fort que toi. Alors tu t’approches, lentement, te hisses auprès d’elle. Ouvertement, tu profites de l’absence du molosse.
Ta voix se fait douce, usée, le ton traîne. Accoudé contre le dossier du divan, tu appuies ta mâchoire dans ta main.

-Il semble que vous aussi pourriez profiter d’un temps de repos…

La montée de fièvre t’a laissé engourdi, indolent. Tu réponds tout de même à la demande de la princesse. Le charme du mécénat opère toujours.

-Je ne quitterai Votre beau pays que d’ici deux semaines. La compagnie se dirigera ensuite vers l’Allemagne. Je crois. D’ici là, je suis à votre entière disposition. Je répète d’ordinaire le matin. Mais pour Vous, tous les écarts sont permis.

De ton côté, tu te dis que quelques pirouettes sur les planches suffiraient à acheter le consentement de Vaslav.

Toi, tu n’as pas tellement envie de jouer de l’esprit. La conversation ne t’est que surface, tu préfères te laisser voguer au rythme des courants des profondeurs, et tu voudrais l’y entraîner, elle, l’y voir s’évanouir.
Absent, absorbé par ta tranquille contemplation du spectacle du sommeil, tu laisses filtrer, à ton insu, tes pensées devenues murmures.

-Ah… Princesse… Dormons donc, Vous et moi… Vous contre mon cœur, moi contre la douceur de vos cheveux… Vous me tiendrez au chaud et je porterai pour Vous, le temps de quelques mesures, quelques mesures de silence… Le poids de Votre couronne… Vos rêves n’y gagneraient que des ailes…

N’est-il pas tellement plus agréable de dormir à deux ? Le lit d’une princesse doit être bien solitaire, te permets-tu de supposer. À moins que la Maria de flammes soit moins sage qu’il n’y paraisse. Tu te permets d’en douter.


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Maria Elisabeth Edelstein
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MessageSujet: Re: Entrée pour une dormeuse [Janvier 05]   Sam 11 Avr - 13:11
 
Le monde se faisait plus sombre, plus flou. Le concert baissait les rideaux, laissant peu à peu Maria seule, en aparté de la symphonie qui se jouait sans elle. Le monde poursuivait ses mesures alors que celles de la Princesse Loir s'envolaient la délaissant à nouveau. Elle se battait afin de garder le fil du rythme, de ce que lui répondait le danseur. Son visage montrait un air un peu perdu, tentant de comprendre les mots. Les intentions de l'homme en face d'elle. Il donnait l'impression d'être aussi faible qu'elle cependant... il restait maître de son concerto. Le monde ne l'abandonnait pas, même faible il poursuivait les partitions, alors que la fille de l'empereur était projetée comme simple spectatrice impuissante lorsque la Berceuse se jouait d'elle.
 
Maria Elisabeth mit beaucoup d'énergie pour émettre la mélodie d'une réponse au danseur. Les sons qu'elle souffla étaient presque las, las de fatigue. Le sommeil gagnait, comme à chaque fois.
 
- Je vois...
 
La Berceuse écrasait même l'orgueil, celui qui faisait suivre à la princesse impériale l'exemple de son père, celui qui la faisait jouer les partitions parfaites que son père attend de voir de sa fille.
Un léger sursaut, remontant ses mesures afin de garder les yeux capables d'interpréter la scène qui se déroulait devant elle. Elle luttait. Ses paupières valsaient, chaque pas se faisait de plus en plus lourd.
 
Maria Elisabeth fronça les sourcils en tentant de saisir la significations des murmures que le danseur avait laissé s'envoler dans les airs de la loge.
Elle essayait de garder la tête droite, mais cette dernière semblait peser en plus lourd que si elle avait dû porter les grandes et importantes responsabilités de son Père l'Empereur.
 
- Que... dites-vous... ?
 
La Berceuse assombrissait encore plus les portées de Maria, elle aurait tant voulu être le chef d'orchestre de sa propre vie. Cependant, ce rôle était occupé par cette satanée Berceuse qui riait.
 
- Je... Ma... Maria Elisabeth reste Princesse Impériale d'Autriche-...Hongrie... Elle...
 
La mélodie endormie s'effaçait, laissant la symphonie inachevée.
 
Puis... Maria Elisabeth se releva, prise d'un crescendo. Debout, elle se retourna afin de s'adresser au danseur, elle voulait montrer d'elle qu'elle restait une princesse impériale forte. Qu'elle jouerait un concerto parfait, qu'elle ne s'endormirait pas.
Au moment où ses yeux du même hiver que celui de Vivaldi se posèrent avec fierté sur le jeune homme, la tempête de neige se figea en gèle fragile. Le cœur se fit lourd, de discrètes larmes naquirent des joyaux d'azur lorsque la Princesse Loir vit son propre corps en face d'elle. Endormie, sa semi-conscience devint spectatrice. Une spectatrice qui serrait les poings sur sa robe, elle était comme un spectre assistant à ce que le monde pourrait faire à son être de chair. La symphonie de la vie était cruelle, elle n'attendrait jamais que Maria se réveille. Cette dernière observa brièvement les alentours, le cœur encore plus lourd, elle ne se souviendra de cette pièce que ce qui aurait un impacte direct sur son enveloppe charnelle.
Les sons qui venaient à ses oreilles étaient étouffés, comme si elle se trouvait enfermée dans une théière.
 
Un ruisseau fin coula sur la joue pâle de la Princesse de Symphonie qui serrait les dents, elle échouait encore. Elle gardait la tête haute, comme pour jouer une mélodie fausse. Un faux air digne, comme un combattant gardant l'arme prête alors que le reste ne suit plus.
 
Maria Elisabeth perdit prise, elle s'agenouilla, de toute manière personne ne voit la spectatrice. Son regard rivé sur le concert qui poursuivait sans elle. Une princesse assoupie qui n'avait pas pu exprimer sa pensée, elle aurait tant déçu son Père... Quant au danseur... allait-elle se souvenir de lui alors que la Berceuse avait pris place ?
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Samaël
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MessageSujet: Re: Entrée pour une dormeuse [Janvier 05]   Mar 14 Avr - 14:23
Dort-elle?
Dort-elle vraiment?
Tu te prends à en douter, un instant, mais de toute évidence, la princesse s’est assoupie sous tes yeux. Après tout, tu l’as vue sombrer, glisser, sans arriver à garder la tête hors du rêve. Elle s’est évanouie, la belle princesse. Sa conscience s’en est allée ailleurs, abandonnant son corps en veille, à la merci de l’indiscrétion de ton regard.

Le temps t’est compté. Vous ne resterez pas seuls bien longtemps, la dormeuse et toi. Aussi as-tu un coup d’œil vers la porte close. Le garde finira par revenir… Mais en attendant, tes yeux ont encore quelques lueurs pour les animer, malgré les cernes qui les soulignent.

Tu te penches, lentement, sur la belle. Tu tends ta main, hésitant mais, la fascination l’emportant sur la crainte, tu caresses, du bout des doigts, une mèche égarée, vive, rouge.
Éteinte, la Maria de flammes n’en est pas moins jolie. Et cet abandon qui l’a prise attise presque ta sympathie. L’abandon d’une enfant tentant de s’extirper des bras du sommeil. Comment peut-on être aussi vulnérable à la fatigue? Vous discutiez, tout de même. Alors était-ce, Samaël, que tu étais à ce point ennuyant? Ne tentait-elle pas de te répondre?
Qui? Qui donc s’endort au beau milieu d’une conversation…
La princesse d’Autriche-Hongrie, semble-t-il.

Tu te redresses, assis, croises bras et jambes et réfléchis. La voici tellement vulnérable… Tu la regardes de plus bel. Le sommeil était à ce point pressant qu’elle s’est endormie assise.
Tu t’approches, doucement, t’inclines et glisses un bras sous ses jambes, l’autre sous ses épaules. Les tissus bruissent. Et ce n’est qu’une fois debout que tu en prends conscience : tu tiens la princesse… dans tes bras.
À nouveau, un regard pour la porte.
S’il fallait qu’elle s’ouvre maintenant…
Tu préfères chasser la pensée. Profondément, tu inspires.

Heureusement, la princesse est légère, car la force te manque et tu as le pied incertain, mais tu parviens, par chance, à déposer ton royal fardeau sur un canapé suffisamment long pour que la princesse puisse y être étendue de tout son long. Tu te munis d’un coussin de fauteuil, soulève précautionneusement la tête de Son Altesse et glisse l’oreiller improvisé dessous.

Puis tu t’agenouilles auprès d’elle et, bras à plats sur le canapé, ton menton appuyé sur le dessus de tes mains, tu regardes fixement la rêveuse et tu te dis que c’est sans doute la première fois de ta vie que tu te trouves aussi près d’une princesse. Première et, vraisemblablement dernière.
À cette pensée, ta nuque se dresse, tu tends les lèvres et, Samaël, tu embrasses candidement, naïvement et fort possiblement stupidement la princesse d’Autriche-Hongrie.

Elle ne se réveille pas. Ainsi, tu te rends à l’évidence : tu n’es pas un prince.

Bon perdant, tu te relèves et, au même moment, la porte s’ouvre. Tu ranges tes mains dans tes poches et fais face au garde du corps.

- Elle s’est endormie. fais-tu en haussant les épaules.

Puis, bel innocent, tu t’approches de la coiffeuse, y attrape un calepin et une plume. Distraitement, tu griffonnes tout en t’adressant à l’homme.

- Vous seriez bien aimable de remettre ce mot à Son Altesse lorsque vous jugerez le moment opportun. Je tiens simplement à lui assurer mon entière disposition en ce qui a trait à son offre de mécénat...

Tu tends le papier, que tu as préalablement plié en deux, au garde et tu t’inclines légèrement.

- Vous pouvez, à votre guise, la laisser dormir ici. Je sortirai. Mais comme vous l’avez sans doute constaté, les coulisses ont recouvré leur calme, à cette heure. Vous risquez peu, ou pas d’être vus.


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Maria Elisabeth Edelstein
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MessageSujet: Re: Entrée pour une dormeuse [Janvier 05]   Sam 18 Avr - 20:30
 
Dans un silence cérémonial, elle attendait. Elle jouait sa modeste partition de spectatrice. La semi-conscience qu'elle était, l'ombre d'elle-même, analysa les gestes du danseur. Elle apprécia la délicatesse dont l'homme faisait preuve, il n'avait pas semblé indigné en comprenant que son interlocutrice impériale était endormie. Peut-être n'avait-elle pas encore tout gâché. La princesse impériale appréciait cette légère mélodie qui semblait ne pas l'exclure totalement du concerto qu'elle avait entamé quelques minutes auparavant.
 
Elle se releva, suivant avec curiosité la suite des portées que le danseur jouait peu à peu. Toutes les notes s'alignaient dans un ordre correct. Puis... un geste. Une gamme inconnue à Maria. Un baiser, comment pouvait-il oser ainsi rompre toute bonne conduite envers la princesse impériales ? Le sommeil sans doute, cette affreuse mélodie qui la rendait simple objet spectateur de ce que les acteurs et musiciens voulaient bien faire d'elle. La colère monta en elle aussi forte qu'un concert de cors. Cependant, à qui était donc destinée cette émotion ? À elle-même, incapable de rester digne princesse d'Autriche-Hongrie ? Ou bien la mauvaise tenue de son interlocuteur ? De toute manière, elle était impuissante pour le moment. Maria laissait la partition se dérouler, mais peu à peu, tout devenait de plus en plus flou.
 
Les yeux s'ouvrirent temps après temps. Revenant dans le mouvement du concert qui s'était joué sans elle, la Princesse Loir s'éveillait. Lentement, elle se redressa en lâchant un léger soupir. Un tempo calme rythmait ses gestes, dont celui de reprendre une position assise. Elle vit que Schlange était de retour et qu'il tenait un papier dans la main, Maria Elisabeth fronça les sourcils mais elle se reprit vite.
 
- Schlange, allez attendre à l'extérieur. Maria Elisabeth suivra votre mesure dans un trio de minutes.
 
Il s'exécuta, mais ne quitta pas le couloir, sans doute attendait-il juste devant la porte de la loge. La Princesse de Symphonie, celle qui avait encore failli à cause de la Berceuse comptait agir. En retard, certes, mais elle ne pouvait pas laisser sa symphonie inachevée. Une fois qu'elle entendit la note du claquement doux de l'entrée de la pièce, Maria Elisabeth se releva avec grâce. Elle devait rattraper toute la tenue qu'elle avait négligée en s'endormant. Elle vint poser la clef de sol de sa partition en face du danseur auquel elle accordait un mécénat, elle ne joua aucune note de sa voix à peine éveillée. Ses iris d'hiver gelé se plantèrent dans celles du russe. La demoiselle sembla réfléchir, elle avait laisser son garde du corps de l'autre côté de la porte afin qu'il ne voit pas ce qu'elle comptait ajouter à ses partitions.
 
- Cher danseur, sachez que Maria Elisabeth n'est guère la Belle au bois dormant. Autant de princes que de notes ne pourront la réveiller lorsque la Berceuse décide de jouer avec la symphonie de la Princesse Impériale.
 
Un air orgueilleux se jouait sur le visage presque blanc de la Princesse Loir.
 
- Maria Elisabeth n'est pas totalement endormie lors de ces affreuses dissonances. Ce qu'il arrive à Son être Lui est encore permis d'en avoir connaissance.
 
Elle sera le poing sur le tissu de sa robe avant de laisser la matière à nouveau libre, la laissant retomber dans quelques vague d'étoffe précieuse.
Sa main se releva jusqu'à son cœur. Elle écrivait une nouvelle symphonie, passant par le premier acte. Une douce mélodie s'était écrite sur le visage de Maria.
 
- La Princesse Impériale a beaucoup apprécié la douceur dont vous avez fait preuve.
 
Puis le second acte, un crescendo. L'expression devint plus autoritaire, digne.
 
- ... Mais l'autre geste... Quelle mélodie folle vous est-elle passée par la tête ? Je refuse de laisser la Berceuse choisir à nouveau !
 
Sa main se leva pour venir à la joue du danseur dont tout le monde semblait être charmé. Il était donc une perfection dans son domaine, tout comme Maria s'appliquait à l'être en tant que princesse impériale. Mais cette note qu'elle s'apprêtait à jouer aurait pu être douce, une caresse. Cette note ne fut pas douce, elle fut forte et nette. Une gifle Impériale, cela restait d'une rareté extrême, et ce fut le danseur qui en fut le destinataire. Une mélodie dure s'était faite dans le regard de glace.
Oh mais le danseur étoile n'aurait pas s'inquiéter de son visage, la Princesse n'était pas l'un de ses gardes et le fait que personne ne voit ce geste était aussi dans l'intérêt de son interlocuteur. Maria Elisabeth n'avait souhaité que de pouvoir agir malgré le décalage, elle ne laisserait pas la Berceuse choisir pour elle. Elle retenait des larmes, des larmes nées de cette déception qu'elle s'était elle-même faite en laissant la dissonance prendre le dessus. Elle se décevait plus que le baiser volé avait été déplacé.
 
Sa main revint à son cœur, ses yeux perdirent leur froideur. Désolée mais fière, elle se convainquait qu'elle était dans le juste, mais la Berceuse avait été pour quelque chose...
 
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Samaël
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MessageSujet: Re: Entrée pour une dormeuse [Janvier 05]   Lun 20 Avr - 19:23
Tu sursautes.
Elle s’est réveillée.
Tu ne t’y attendais pas.

Mais qui, qui donc s’assoupit aussi brusquement et se réveille aussi rapidement? La princesse entretient définitivement une relation complexe avec le sommeil. Elle valse dans les bras de Morphée et ses pas te sont inconnus. Elle danse une danse qui t’est étrangère, Samaël.

Tu déglutis non sans entrave en regardant le garde quitter la loge. Quelque chose dans le ton, dans la voix de la princesse, te fait tiquer. Tu te mords la lèvre en l’entendant venir vers toi. Tu te retournes lentement. Elle te fait face. Tu… te contentes de lui offrir la vue de ton visage.

- Cher danseur, sachez que Maria Elisabeth n'est guère la Belle au bois dormant. Autant de princes que de notes ne pourront la réveiller lorsque la Berceuse décide de jouer avec la symphonie de la Princesse Impériale.

Tes paupières se plissent en un tressaillement. Ces incartades dans les bras de Morphée sont donc ce qu’elle appelle la berceuse? Mais la façon qu’elle a de te remettre à ta place, qui n’est, elle te le rappelle, pas celle d’un prince, t’amuse malgré toi.
Tu ravales ton sourire, tu baisses même la tête, coupable, et bats des cils.

- Maria Elisabeth n'est pas totalement endormie lors de ces affreuses dissonances. Ce qu'il arrive à Son être Lui est encore permis d'en avoir connaissance.

Quoi!? Tu redresses la tête en haussant un sourcil, un. Est-elle entrain de te dire qu’elle a tout vu? Qu’elle y était lorsque tu osas l’embrasser? Longuement, tu inspires par le nez. Ton regard est fixe : tu réalises.
Et lentement, ton souffle file entre tes lèvres à peine entrouvertes. Un baiser, aussi chaste que le Pape ou presque, causera-t-il ta perte? Bien que tu aies toujours éprouvé grand mal à te figurer la véritable influence, la véritable et redoutable importance de ces gens que l’on qualifie de « royaux », ces têtes couronnées… Bien qu’elles te soient de l’ordre de la réalité encore difficile à saisir, à vraiment saisir, tu comprends que ta faute, ton incartade à toi qui pourtant, à tes yeux, n’en fut pas tellement une, pourrait te coûter cher.
La gorge nouée, tu es dans l’attente, interdit, de ta sentence. Sans pour autant arriver à regretter ton geste.
Elle l’a dit elle-même, elle a apprécié la douceur dont tu as fait montre. Il est vrai que l’on t’a déjà reconnu un certain talent pour le baisemain, le baise-joue, le baise-bouche, aussi.
Talent… Douceur… Du pareil au même.

Quoique…

- ... Mais l'autre geste... Quelle mélodie folle vous est-elle passée par la tête ? Je refuse de laisser la Berceuse choisir à nouveau !

quelque chose te dit…

Aïe.

d’en douter.

Tête penchée sur le côté, le regard rivé à un point vague, par terre, tu mesures la douleur qui réchauffe ta joue.

Une petite araignée traverse ton horizon flou.

Tu clignes des yeux et te redresses doucement. Tu ne touches pas ton visage. La princesse a pris feu mais déjà elle te semble éteinte, ou presque. Quelque chose perdure. Ce doit être cet éclat propre à ceux de son rang. Cet éclat qui ne te couronnera jamais. Mais ça t’est égal. Tu auras toujours le loisir de le feindre, cet éclat, sur les planches des théâtres, tout comme tu éprouveras le soulagement de le laisser sur la scène, derrière toi.

- Vous me voyez bien gêné, Votre Altesse.

Tentant d’éviter qu’elle perçoive la quasi-totale absence de gêne dans ton regard, tu t’inclines.

- Je fais un piètre hôte et suis indigne de Votre clémence. Séduit par Votre charme de dormeuse, le temps d’un rêve éveillé, je me suis cru devenir prince... On me dit doué d’un don pour la danse. Et bien, je m’en sais également un pour l’étourderie. Vous ne m’y prendrai plus, je Vous l’assure. Et si je puis me racheter, je serai heureux de le faire.

Tu t'inquiètes pour ton mécénat. Qui t'est un peu, en un sens, le premier pas qui te laisse envisager la possibilité de voler de tes propres ailes, d'être plus, enfin, que le protégé d'un autre.
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Maria Elisabeth Edelstein
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MessageSujet: Re: Entrée pour une dormeuse [Janvier 05]   Ven 24 Avr - 18:10
La tête haute, celle d'une Princesse Impériale, Maria Elisabeth n'écoutait qu'à moitié la mélodie désolée de l'homme. En tout cas, il ne pourra pas t'en vouloir pour cette dissonance, celle de la Berceuse, puisqu'il a commis pire. Le ballet du Labyrinthe pourrait ne pas être loin, cependant ce n'est pas cette mélodie-là qu'elle veut entendre. Le mécénat, rendre son père fier d'elle, voilà ce qui était plus important que cela.
 
Un soupir profond, puis... une autre symphonie vint à l'esprit de la Princesse Impériale : le Requiem.
 
Elle serra les dents mais garda sa partition impassible. Maria joignit ses mains et ses doigts devant elle, au niveau du bas-ventre.
 
- Maria Elisabeth espère aussi pour vous que le Requiem, ou Delirium, n'ai pas profité de votre "étourderie" pour empoisonner Ma Personne.
 
Elle se retourna, fit quelques pas en tempo lent mais décidé jusqu'à la porte. Mais elle s'arrêta, un silence. Elle tourna légèrement la tête, une mélodie faite d'une voix étrangement douce se glissa dans l'air.
 
- Car sachez que si Maria Elisabeth s'endort dans une éternelle symphonie, celle de la mort, vous n'aurez pas de mécénat. Vous avez déjà beaucoup de chance que Maria Elisabeth décide de ne pas en parlez à son Père.
 
La Princesse Loir ouvrit la porte, Schlange était là, et elle se retourna une dernière fois.
 
- Au revoir.

En dernière mesure de la dernière portée, la Princesse Impériale s'en alla.


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Samaël
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MessageSujet: Re: Entrée pour une dormeuse [Janvier 05]   Dim 26 Avr - 22:59
Tu oses te redresser comme elle te tourne le dos. Ta main sur ton cœur met un temps à retomber mollement le long de ton corps. Les mots de la princesse ton piqué là où tu ne l’attendais plus. Elle a osé le dire, elle.
« Delirium »
C’était presque banal, presque quelconque. Une condamnation comme une autre. Toi qui étais parvenu à te croire, quand tu pensais, quand tu disais « fatigue ».
Tu n’as que le temps d’ouvrir la bouche, souffler, la refermer. Elle t’a laissé sur un soupir.
Seul, tu ravales ton silence.



~Coda

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MessageSujet: Re: Entrée pour une dormeuse [Janvier 05]   
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Entrée pour une dormeuse [Janvier 05]

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