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 Bruine guinchante

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Jahan Shah Farvahar
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MessageSujet: Bruine guinchante   Jeu 19 Mar - 14:49
Fureur.

Durant un éphémère instant, je l’aperçus dans toute sa splendeur. Le ton dédaigneux du français clamait haut et fort l’insulte à l’encontre de mon camarade. Même ignare de la langue, Atêsh avait parfaitement saisi la signification des mots. Il considérait le rondouillard pédant sans un bruit, sans la moindre réaction. Puis, il étira lentement un sourire vorace.

Terreur.

D’abord hésitante, puis insidieuse, elle brisa la voix de mon client. Bouche bée, il observait le perse se redresser avec son habituelle nonchalance. Moi-même, je n’en menais pas large. Afin d’éviter un drame, je m’apprêtai à me relever à mon tour pour m’interposer. Sans se presser, dans un froissement d’étoffes et cliquetis de bijoux, Atêsh s’inclina et sortit du petit salon. Pointils, tétanisé, fixait encore la porte.

Soulagement.

L’incident évité, je soupirai longuement. Tandis que je réfléchissais à la conduite à tenir, Pointils tâtonnait à la recherche d’un verre avant de se diriger nerveusement vers la desserte pour se servir un cognac. Il vida celui-ci d’une traite avant de s’en servir un second. J’ignore ce qui m’a pris ensuite mais je me sentis obligé de rajouter.

- Vous savez, señor Pointils, si nous n’étions pas en France, il aurait pu réclamer votre tête. Insulter un Prince du Sang n’est guère avisé. Fort heureusement, il semblerait que son Altesse ne désire pas en arriver à telles extrémité pour le bien des relations diplomatiques futures entre sa nation et les contrées européennes.

Amusement.

Rouge jusqu’à la pointe des oreilles, Pointils se répandait en excuse. Craintif, il n’osait néanmoins pas gagner la porte pour tenter de retenir Atêsh. Il n’aurait trouvé personne. Depuis son arrivée dans notre échoppe à Madrid, je cernai peu à peu l’impétueux étranger. Sa tendance à disparaître brusquement n’avait d’égale que celle d’attirer l’attention. Pour notre voyage de l’Espagne jusqu’à Paris, j’avais tenté de l’affubler de l’attirail du gentilhomme. Mon padre m'avait chargé de lui ainsi que de différentes livraisons pour la capitale française. Comme pour nos précieuses cargaisons, j’avais craint que des bandits ne cherchent à me le dérober. Camouflé, je m’imaginais qu’il passerait pour un de mes cousins. La manœuvre toutefois se révélait complètement inutile. Le contraste entre les boucles d’oreille, colifichets et le foulard dont il refusait de se débarrasser – sans compter les dagues que je savais qu’il dissimulait dans sa tenue – et les vêtements occidentaux accentuaient simplement son étrangeté. Pire encore, il y avait son maintien et ses manières. Finalement, j’abandonnai l’idée et me résolus à ne pouvoir me fondre dans la masse dès lors qu’il m’accompagnait.

Satisfaction.

J’esquissai un sourire à mon tour, désignant un siège à mon interlocuteur au sein de sa propre demeure.

- Oublions cela, señor Pointils - l’apaisai-je affable -. Je vous rapportai donc que nos tarifs ont augmenté…

Ainsi pris-je le parti d’exploiter l’esclandre potentiel. Chantage et supercherie ? Ignorant moi-même la réalité, je ne jouais que sur les potentiels et la crédulité de Pointils. Sa jeune épouse frivole le ruinait en robes et autres fanfreluches. Et je ne escomptais pas qu’elle se fournisse chez un autre tisserand. Peu m’importait que Pointils ne tente de rassembler des informations sur mon « prince ». Le temps que celles-ci lui parviennent du lointain orient, nos poches déborderaient de son argent. Puis, je connaissais peut-être que peu de détail sur mon tempétueux ami, mais je me doutais que Pointils ne connaîtrait pas de nombreuses aubes supplémentaires.


Francisco Aguilar, jeune tisserand madrilène


Figures mornes et gris souris, l’incessant ballet des parisiens n’avait rien du spectaculaire promis. Fraîcheur et pluie, le début novembre pressait le pas des passants et me clouait sous le porche d’une maison bourgeoise. Francisco, le jeune espagnol que j’accompagnai actuellement, négociait la vente de ses produits à l’intérieur. Apparemment, notre hôte ne désirait pas ma présence. D’une certaine manière, il m’avait congédiait comme un malpropre, comme un esclave. Son avis m’importait peu, mais l’affront restait à laver : Plus tard, une ombre se faufilerait. Le serviteur qui m’avait accompagné jusqu’à la sortie m’avait tenu compagnie quelques instants, m’interrogant sur mon pays. Puis, il avait dû retourner à son quotidien me laissant là sous la bruine fine.

Après le désastreux épisode sur le navire volant, j’avais écarté le costume européen pour reprendre mes frusques multicolores et chatoyantes. Toutefois, pour éviter des soucis avec la justice, j’avais accepté de laisser mon cimeterre dans la chambre sordide que je partageais avec l’espagnol. Finalement, cela avait acheté du temps pour ce Pointils. L’on est souvent plus prompt au combat quand une lame pend sur nos flancs. Francisco mettait un temps fou à revenir. A mi-voix, je pestai et jurai, en perse, toujours sous le coup de la colère. Brusquement, un son me tira de ma réflexion.

Déplacé, merveilleux, un miracle se produisait dans les rues de Paris : Du violon. L’air vibrait de sa mélodie. Quittant mon poste, je me faufilai à travers les ruelles, guettant le son d’une oreille attentive. Sous un porche, le musicien mendiait. Incongru rayon de soleil dans la grisaille, son archet frottait sur les cordes avec une précision divine. Aucune fausse note n’éraillait son récit. Ses longs cheveux poivre et sel s’agitaient au gré des saccades rythmées. Les manches amples de sa chemise rapiécée dansaient. Noircis, souillés, sa culotte et son gilet laissaient encore apparaître le lustre premier. En omettant la crasse et l’usure, il n’aurait pas détonné à Versailles, j’en étais persuadé. Peut-être même y avait-il joué avant le grand Sommeil. Même ainsi souillé, il resplendissait plus que toutes les demoiselles françaises. Hypnotisé, j’oubliai tout.

Du premier passant venu, je saisis la main. D’autorité, je fis de lui mon partenaire contraint, illustrant la musique de l’artiste d’une danse vive et gaie. Le milieu de la rue ? La pluie ? Les regards stupéfaits ? La potentielle résistance du second danseur ? Aucune importance. Indolent, je tournoyai lentement, presque caressant. Puis, lorsque le violon le commandait, mes pas s’envolaient, légers, aériens. Le rire au fond de la gorge, le sourire aux lèvres, je entraînais mon camarade dans une sarabande tourbillonnante de couleur. Lorsque les dernières notes moururent sur les cordes martelées, je relâchai celles prisonnières du pauvre passant qui n’en demandait sans doute pas tant. Singeant une révérence à la française, je m’inclinai bien bas, la main arabesque. Puis, je redressai enfin pour dévisager celui ou celle que j’avais forcé à danser.
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Ashes Dice
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MessageSujet: Re: Bruine guinchante   Mer 25 Mar - 16:32
Nous étions le premier de novembre et cette date marquait le glas du périple européen d'Esel Vermögen. Après une Exposition Universelle écourtée et sanglante, et son bref séjour à Vienne -dont il n'avait, au final, visité que hôpital- il avait fait une escale de quelques jours à Berlin qui l'avait mis à nu, sans mauvais jeu de mots. Après des années de solitude orchestrées avec minutie, l'éméraldien avait été chamboulé et mis à sac sous son impeccable costume gris. En quelques jours à peine, il avait plus vécu qu'en dix ans. Il s'était redécouvert un coeur et un corps. Son âme avait frissonné aux charmes de l'Amour et sa carcasse à ceux plus capiteux du Sexe. Et cela par la force d’attraction de deux personnages diamétralement opposés.
Ronce de France, pugnace souveraine d'un pays sur le retour, courageuse et belle malgré ses blessures, étaient la femme que Louise avait toujours rêvé d'être : une héroïne de théâtre, fougueuse et téméraire, loin des carcans de ce siècle industriel où la femme n'était qu'un bibelot de salon.
Pitt, proxénète américain débauché, amoureux de la chair sous toutes ses formes, surtout sucrée, objectisait la féminité pour en faire commerce. Flambeur sans limite, il lui avait proposé un petit jeu dont elle ne mesurerait la victoire que bien des mois plus tard. Il l'avait effeuillée de ses yeux d'absinthe pour redécouvrir la femme écorchée qui se cachait sous la peau grise. Il en avait rit et d'avantage en écoutant la symphonie de ses soupirs.

C’etait bien simple, en arrivant en France, Esel Vermögen ne savait plus qui il était.

A Paris, dernière étape avant son départ pour Emerald en partance du Havre, il broyait les brumes que ces deux rencontres avaient produites dans les tréfonds de sa cervelle. Un homme dans un corps de femme, ou une femme dans un corps d'homme : sa confusion était totale.
Nous étions un dimanche. Et plus que toutes les autres fois, il désira s’offrir la respiration dont il avait toujours eu besoin jusque là.

Alors qu'il longeait le quartier du Marais, il tomba sur une petite boutique de modistes proposant des robes à la Française. Mu par une brusque impulsion, il en franchit le seuil. La couturière qui le reçut n'avait aucun client à part lui en ce début d'après-midi. Elle le dévisagea avec un drôle d'air avant de sourire en coin. Elle prit ses mensurations et lui proposa une tenue complète sans poser la moindre question. Peut-être était-ce parce qu'elle était française et que les français avaient pour réputation d'être des épicuriens aux meurs légères ? Esel n'était peut-être pas le premier homme à se grimer en damoiselle dans ce pays du siècle dernier. Bien que spéculant encore sur cette étrangeté, le comptable fut gré à la modiste de ne pas s'offusquer de découvrir un sein tapis sous l’épais tweed de sa veste doublée.
Il était possible qu'elle eut deviné sa nature depuis le début.

Quelques heures plus tard, méconnaissable sous sa cape de pluie, Esel déambulait dans les rues de la capitale. Elle se sentait un peu comme Ronce dans ces habits, un peu plus proche de sa muse. La perruque à boucles blanches, qui dépassaient de sa capuche, lui pesait sur le sommet du crâne bien qu'elle souligna sont teint d'albâtre. Elle n'avait aucunement conscience des regards qu'on pouvait lui jeter, elle était encore profondément perdue en elle-même et la pluie n'arrangeait pas son humeur maussade. Reprendre les droits de sa féminité un ou deux jours par mois lui avait toujours permis de tenir le rôle qu'exigeait le port de son costume gris. Mais aujourd'hui, quelque chose manquait. Les jeux de Pitt avaient gâté ses désirs simples et allumé un volcan jusqu’alors endormi. Elle ne pouvait plus se satisfaire des ses infantilismes vestimentaires.
Le constater lui mit une sorte de vague à l'âme. Elle se sentit aussi floue que cette ville sous la bruine.

Pénétrée par ses pensées, elle ne prit pas tout de suite conscience de la musique. Ce ne fut que lorsqu'on lui agrippa sauvagement la main pour danser qu'elle se rappela soudain que le monde extérieur n'avait pas cessé d'être.

-AAaahhahhhhhahhhhhhhhhaaaaaaaaaah ! Waiiiit ! Waiiiiiiiiiiiiiiiiiiit ! Stop !
hurla-t-elle en anglais.

Son partenaire ne parut pas l'entendre ou la comprendre. Il était fin, la peau sombre et le sourire éclatant. Un ottoman. Ou un djinn invocateur d'orage. Une dernière pirouette manqua de leur faire rompre le cou en glissant sur le pavé humide. Et il s’arrêta net pour se fendre d'une révérence, pendant qu'Esel, que le réconfort de sa capuche baissée avait abandonné dans la lutte, dégoulinait de pluie.

-Je... Je vous avais demandé d'arrêter...
Dit-elle en espagnol, cette fois, et le souffle court

Elle se sentait encore plus piteuse que le musicien mendiant qui secouait son chapeau vers eux.

La robe de Louise:
 
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Jahan Shah Farvahar
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MessageSujet: Re: Bruine guinchante   Ven 27 Mar - 18:37
Attendre ? Impossible, la musique n’en avait aucune envie et, par conséquent, sa marionnette également. Plus ma victime s’agitait, plus mon rire grondait. Comme un enfant capricieux, voir un des spectres sans couleur soudain se débattre accentuait encore ma joie. Lorsque je relevai la tête après ma révérence, mon regard glissa sur la robe aux couleurs de pluie faisant éclore quelques fleurs aux teintes pas assez vives à mon goût. Puis, la perruque capta mon entière attention. Rapidement, mes épaules tremblèrent légèrement et je retournai brusquement vers le mendiant.

Ne pas rire. Ne pas rire. Voilà qui était mon nouveau leitmotiv. La politesse envers une dame était de mise. Dans les bizarreries françaises auxquelles je n’avais pas encore été vraiment confronté se trouvaient les perruques poudrées. Lorsque j’étudiai l’histoire de l’Europe, j’en avais aperçu sur quelques gravures de mes livres d’histoire. Depuis mon arrivée, j’avais bien croisé quelques français que l’Eveil brutal n’avaient pas, encore, projeté dans les mœurs guindées du reste de l’Europe. Les toilettes colorées, les façons romanesques, je m’en accommodais, voire cautionnais, parfaitement. Les perruques ? Non, jamais, je ne pourrais pas. J’en angoissais presque : Leurs femmes avaient-elles seulement encore des cheveux sous tout l’attirail ? Enfant, je me rappelai du soin que prenaient les jeunes femmes de la tribu à entretenir leur chevelure, des mixtures colorées et délicatement parfumées dont elles les enduisaient parfois. « Une cascade de cheveux soyeux est la seule parure portée par une femme lors de ses noces », cette phrase prononcée par une ancienne m’influençait toujours. Dans le choix d’une compagne, peu m’importait qu’elle fut gironde, sèche, grande ou petite, ce qui comptait : ses cheveux. Ils devaient être longs et sentir milles et un parfum. Pouvoir y enfuir mes mains et y nicher mon visage, des conditions sine qua non pour s’attirer mes faveurs. Enfin, avec l’âge naturellement, j’avais également développé des attirances pour les autres charmes du corps féminin, mais là n’était pas la question.

Le mendiant me sauva la mise. Il s’approcha, les mains tendues pour récolter le fruit de son labeur. Toujours mu par sa musique, je baisai chacune des ses joues et fourrai tous les deniers en ma possession entre ses mains. A intervalles réguliers, tandis que je déballais un flot de compliments dans ma langue – qu’il ne comprenait pas de toutes manières – je glissais des « bravo », « fantastique » et « c’est bon » en français. Avec quelques autres expressions supplémentaires, cela composait le florilège entier de mes connaissances de sa langue. Le Geste convoierait le reste de l’émotion suscitée.

Le répit ne dura quelques secondes. Une inspiration d’encouragement et maîtrise de soi plus tard, je m’approchai à nouveau de ma partenaire. Comment allai-je pouvoir calmer son possible courroux ? Toute trempée, malgré une mise luxueuse, elle ressemblait presque à une princesse de conte en fuite. Pourtant, quelque chose dans ses traits ne collait pas avec l’image, sans que je ne sache pas bien pourquoi. Aussi, je me décidai à la taquiner encore.

- Oh… oui. J’avais entendu. Mais moi, je n’avais pas envie d’arrêter.

Annonçai-je, tout sourire, dans mon espagnol rendu presque indécent par mon accent et les mots prononcés. Goguenard, je glissai comme un défi.

- Dame d’Orage, allez-vous me punir de vos éclairs d’avoir voulu vous faire danser et de vous tirer de votre torpeur ? Ou alors me noyer sous vos torrents de pluie ? J’ai déjà fait naître quelques couleurs sur votre peau de spectre en vous emmenant dans ma folle sarabande. Peut-être que si je vole votre perruque et vous emmène à la découverte des rues de Paris, je pourrais faire naître un rayon de soleil sur vos traits ?

Tout ce gris m’ennuyait. La mélodie achevée, je ne rêvais à présent que d’autres distractions et d’éclaircies. N’ayant aucune idée de la manière dont les perruques étaient fixées, je m’approchai plus encore, tournoyant autour de la demoiselle à la recherche d’un moyen de lui retirer cette chose horrible. Faire la lumière sur ce qui se cachait dans l’ombre des perruques, telle était ma nouvelle et très temporaire mission. Réussir à faire sourire et rire la Dame d’Orage, éclore les fleurs sur son corsage, tout cela ne constituait qu’un à-côté amusant bienvenue.

Ayant aperçu la scène, l’étranger à la peau foncée tourmentant une demoiselle, deux jeunes hommes bien mis, des français comme il faut et donc racistes jusqu’aux bouts de ongles, s’approchèrent à leur tour. Le plus grand, blond, héla la Dame d’Orage en français :

- Excusez-moi, cet énergumène vous ennuie-t-elle, Dame ? Désirez-vous que nous vous en débarrassions ?

Le plus petit, roux dont le collier de barbe se méchait de noir, s’interposa entre moi et la demoiselle. Bien que le sens des mots m’échappait complètement le ton sonnait de toute la puissance de leur mépris à mon égard. Aussi, lorsque le petit me jeta un regard mauvais, je cessai de gesticuler. Ma posture se raffermit. Mon pied d’appui se posa légèrement en arrière, souplement. Ma main chercha machinalement à se poser sur la poignée de mon cimeterre absent. Aussi, je tâtonnai un instant dans le vide. Après un bref soupir, je me résolus à simplement le toiser, les mains nonchalamment sur les hanches. Lentement, un sourire vorace dévora mes traits.


Dernière édition par Atêsh Jahanshah le Lun 30 Mar - 20:11, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Bruine guinchante   Ven 27 Mar - 18:46



Le duo de danseurs atypique amusa les trois sœurs qui avaient stoppé la marche, séduites par le suprême violoniste. Cette scène ne pouvait demeurer sur cette note – il fallait jouer le reste de la symphonie. L’aînée dota le violoniste du prestigieux pouvoir de toujours jouer avec maestria – la musique serait le reflet de son âme, la composition, jamais, ne faiblirait sous ses doigts. La cadette s'en prit à l'étranger. Il l'amusait avec sa conduite sans limites. Il était un chef d’œuvre d'extravagance. La fée lui accorda le pouvoir, curieux, de pouvoir soigner les autres en les prenant dans ses bras. La dernière, pour sa part, montra un humour plus incisif. Sous sa conduite, la demoiselle en robe française vit ses mains se métamorphoser. Sa peau blanche laissa place à deux lames de métal, pareilles à des ciseaux.

« Voyons comment elle dansera, la petite gourde », persifla la plus jeune.

Capucine était jalouse de la beauté de la « petite gourde », mais son trop grand orgueil lui scellait les lèvres.

Atêsh a désormais le pouvoir de soigner les gens en leur faisant des câlins. Esel, pour sa part, voit ses mains métamorphosées en ciseaux (à la Edward aux mains d'argent). Libre à vous de faire durer l'effet tout le long du RP.


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Ashes Dice
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MessageSujet: Re: Bruine guinchante   Mer 1 Avr - 19:16
- Oh… oui. J’avais entendu. Mais moi, je n’avais pas envie d’arrêter.

Esel s'empourpra, offusquée du manque total d'éducation de l'énergumène. Mais que pouvait-on attendre d'une de ces sauvages ottomans. C'était déjà un miracle qu'il parle une langue civilisée.

- Dame d’Orage, allez-vous me punir de vos éclairs d’avoir voulu vous faire danser et de vous tirer de votre torpeur ? Ou alors me noyer sous vos torrents de pluie ? J’ai déjà fait naître quelques couleurs sur votre peau de spectre en vous emmenant dans ma folle sarabande. Peut-être que si je vole votre perruque et vous emmène à la découverte des rues de Paris, je pourrais faire naître un rayon de soleil sur vos traits ?

- Vous êtes , monsieur, d'une goujaterie sans nom. Est-ce comme cela que l'on s'y prend pour inviter une damoiselle dans vos sordides contrées ? En l'insultant ?

"Moi je le trouve amusant ! On dirait qu'il sort tout droit d'un livre illustré... tu sais celui des Milles et une nuits que papa nous avait interdit de lire !" s'exclama Louise dans un coin de son crâne.
"Tu confonds avec le Kama Sutra. Et c'est de la littérature indienne, pas arabe !"
" Oh... détail ! Arabe, indien... C’est pareil : c'est exotique, sulfureux et dépaysant ! Tu veux pas t'amuser un peu avec ? Pour sur ce sera différent d'avec ton redneck qui sent l'absinthe."
"Mais ça va pas ?! dévergondée ! Et personne d'autre que Mr. Pitt ne me touchera. C’est une question d'engagement, de "donnant-donnant", tu vo... P.. Pourquoi il me tourne autours comme ça ?"

L’aborigène s'était mis en tête de lui tourner autours comme une bête curieuse. Son expression goguenarde sur sa face noiraude lui conférait des attitudes de diablotins. Esel, suivait sa ronde, prudente et peu rassurée, pivotant pour ne jamais lui tourner le dos.

"On dit que ces gens cachent des armes dans les plis et les voiles de leurs vêtements..."
Les gloussements de Louise résonnèrent contre sa boite crânienne.
"Moi je suis certaine qu'il a un cimeterre dans son pantalon !"
" LOUISE !"

Le visage d'Esel s'empourpra d'avantage mais moins sous l'effet de la colère que ceux d'une gêne terrible. Les vilénies de sa conscience trop bavarde venait de faire ressurgir les images fugaces d'une certaine "nuit berlinoise".

- Excusez-moi, cet énergumène vous ennuie-t-elle, Dame ? Désirez-vous que nous vous en débarrassions ?

La jeune femme se retourna vivement vers les deux bellâtres.

- Pardonnez-moi je n'entends rien au franç...

Une douleur aiguë au bout des ses doigts lui coupa la chique. Elle grimaça. C'était comme si un millier d'échardes s'étaient logées sous ses ongles et faisaient levier en même temps. Avec horreur, elle constata que ses doigts s'allongeaient, s’allongeaient, pour devenir gris et pointus. Elle fut tellement secouée qu'elle en oublia de hurler, contemplant l’extrémité de ses mains transformée en lames de ciseaux.
Les courtisans, eux réagirent au quart de tour.

- Une Hybride ! C’est une Hybride !
- Non !!! Attendez ! Je ne sais pas ce que c'est que...

Elle leva les bras devant elle en signe d'apaisement ce qui fut interprété comme dix lames sortant brusquement du fourreau. L'un des mâles, le blond, alors trop près, se fit égratigner la joue et le nez. Il en tomba le cul dans une flaque.

- Elle est armée ! Elle tente de nous attaquer ! A LA GARDE !
jappa-t-il avec le timbre d'une craie crissant sur une ardoise, le visage en sang.
- Non ! Attendez! C'est un malentendu !

Le bruit des bottes cirées martelant le pavé parisien dans leur direction fit prendre conscience à Esel que parlementer ne servirait à rien. Elle jeta un regard effrayé au danseur Ottoman. Une supplique silencieuse.
Elle n'avait aucune envie qu'on la mette en prison.
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Jahan Shah Farvahar
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MessageSujet: Re: Bruine guinchante   Mer 1 Avr - 22:08
L’étincelle de magie captée leva ma tête. Une fois la direction localisée, je me retournai vers celle-ci dans l’espoir d’apercevoir les fautifs. Trois silhouettes féminines furent la seule lumière que je pus faire sur l’affaire. Une sensation sourde alourdissait mon cœur. Une langueur étrange étreignait mon âme. Non, il n’était pas directement question du sortilège dont j’étais la victime, mais le poids ressenti y était lié. Avant de comprendre exactement le don reçu, il faudrait que je décortique la magie imbriquée en moi. Brièvement, je pestai à nouveau en perse. L’occasion manquée de croiser des fées de France m’agaçait. Je n’accordais plus aucune attention aux deux français, chevaliers servants, cherchant à s’en prendre au vilain Ottoman qui ennuyait la Dame d’Orage. Plusieurs sorts avaient été lancés. Si j’étais la victime d’un d’entre eux, il me fallait localiser deux autres récepteurs. Rapidement, le violoniste me sembla un client potentiel. Je n’avais pas perçu chez lui une quelconque habilité, autre que son lien avec la musique et le charme dont il transpirait malgré sa mise. Le voilà à présent, débordant d’une magie récente. Il me faudrait analyser en profondeur pour découvrir si le don lui serait bénéfique, je me refusais alors que quelqu’un lui eut fait du mal. Je localisai le dernier grâce au cri d’oiselle du chevalier blanc.

Pour mon ancienne partenaire de danse, point d’analyse nécessaire. Un regard suffit. Ses mains transformées n’avaient plus rien de la finesse et élégance féminine passée. Enfin, sauf en cas de fétichisme pour les objets coupants, mais je préférai mes compagnes avec des doigts au bout des bras et non des ciseaux. Avec une pointe d’ironie, les quelques faibles rayons filtrant du ciel nuage frappaient les lames, jetant alentour des brefs éclairs de lumières. Un début de rire gronda au fond de ma poitrine.

Pour soustraire ses mains aux regards apeurés et lui éviter de se blesser, je déroulai rapidement mon chèche, dévoilant alors mes cheveux blancs flottant au gré du vent. Je m’approchai et l’enroulai, une première fois indépendamment sur chaque main, une seconde fois plus lâche pour faire croire à un fourreau d’étoffes pour protéger les mains d’une noble dame des frimas hivernaux. Lestement, je saisi le bras de la Dame d’Orage. Sur quelques mètres, je l’entraînai à ma suite. Le roux s’interposa alors pour couper notre retraite après la blessure de son camarade. Sans faire dans la finesse, ma main droite le cueillit vigoureusement au niveau du plexus, lui coupant le souffle. Sans égard, je la forçai à courir derrière moi aussi rapidement qu’il lui était possible.

Arrivés au coin de rue sans avoir distancé qui que ce soit, je la soulevai cavalièrement dans mes bras. Voilà une autre raison de ne pas aimer les tenues guindées des européens. Encombrés, emprisonnés, les corps perdaient souplesse et élan. Prisonnier de sa mise, ma cavalière traînait trop et pourtant elle n’avait rien d’une grosse matrone dont la générosité entraverait la course. Non, seule la tenue était à blâmer. Pourtant, légère aux creux de mes bras, elle ne pesait presque rien. Bien moins qu’Abigale si elle avait été apprêtée de la sorte. Faute d’attention, je manquai de nous faire tomber dans un virage serré, glissant sur les pavés mouillés sur quelques mètres. Pour nous rattraper, j’avais dû me contorsionner quelques peu et avais failli m’éborgner à ses armes.

- Ne bougez pas vos mains, tenez les contre votre giron.

Ordonnai-je. D’une secousse, je raffermis ma prise sur sa taille étroite, froissant de l’autre bras ses jupes pour leur faire perdre du volume. D’abord, je bousculai quelques passants, afin de créer la confusion et, littéralement, entraver la marche de la justice. Puis, je louvoyai entre les suivants. Cliquetante de bijoux, claquant de toutes les étoffes de nos tenues mêlées, notre course échevelée déroula les rues sans que je ne leur prête une réelle attention. Lorsque nos poursuivants nous égarèrent, lorsque leurs cris se turent, je déposais mon fardeau, avec délicatesse au sol. Appuyés contre un muret crasseux, la tête basse, mon souffle me fuyait à son tour et je peinais à le récupérer. Peut-être parce que j’étais incapable d’arrêter de rire. Plus, je cherchai à le réprimer, plus il enflait. Alors je le laissai éclater, ce rire tempête de gamin entrecoupé de respirations profondes.
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Ashes Dice
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MessageSujet: Re: Bruine guinchante   Dim 12 Avr - 20:06



Esel fut bousculée, enrubannée, entrainée et finalement soulevée de terre sans trouver le temps de protester. A peine quelque couinement de souris, de ci de là. Le basané allait trop vite, alerte et souple comme un singe. Les coups pleuvaient plus drus que les gouttes de pluie. Pour l'heure, elle n'avait pas à s'en plaindre : le noiraud assurait leur fuite. Et plutôt promptement.
Elle se sentait comme un poids mort et regrettait franchement son pantalon de costume qu'elle avait du déposer à l’hôtel.

- Ne bougez pas vos mains, tenez les contre votre giron.
- O..oui bafouilla-t-elle avant de jeter un œil par dessus l'épaule de l'albinos.

Les gardes perdaient du terrain, pestaient, et bientôt ils ne furent plus que de petits points perdus dans la brume. Leur course prit brutalement fin dans une ruelle sombre, désertée par le pavé. Son acolyte la déposa au sol avec une délicatesse de danseur étoile et la jeune femme découvrit avec une sorte d'étonnement que ses jambes, qui n'avaient pas souffert ce marathon, étaient cotonneuses. Incapables de rester debout, elle glissa lentement contre le mur, cul et dentelle dans la fange, sous le rire sibyllin de son porteur. Sa perruque détrempée se détacha de son crane et roula dans la boue, laissant apparaitre ses cheveux courts et gris. Une chevelure de vieillard. La poudre de riz, quand à elle, avait foutu le camp comme le reste de son maquillage. Le ciel d'orage pleurait toujours à gros bouillons. Peut-être la charge émotionnelle des dernier jours l'avaient-elle éprouvée, car elle fut gagnée par le virus de l'hilarité. Elle se mit à rire à son tour comme une damnée. Sa poitrine quasi inexistante, compressée dans le corset pigeonnant, se soulevait hystériquement à intervalle régulière. Le phénomène s’accentua lorsqu'elle contempla ses mains.

- Drôle de journée...
finit-elle par laisser filer entre deux soupirs. Je ne sais pas ce qu'il se passe. Est-ce que je me suis endormie quelque part et que je dors encore ?

Elle plissa les yeux en détaillant l'athlète à peau doré. Il était immense, plus grand qu'elle d'une bonne dizaine de centimètres, fin comme un roseau et noueux comme un chat. Ses cheveux blanchis comme de la chaux vive lui rappelèrent les siens trop promptement décolorés par les soucis.

- Vous êtes mon cauchemar ? fit-elle soudain plus grave, consciente que peut-être il était temps de régler la note au comptoir de la vie.

La bruine s'était mue en orage qui grondait comme un chien enragé.

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Jahan Shah Farvahar
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MessageSujet: Re: Bruine guinchante   Dim 12 Avr - 22:19

Voilà qu’enfin tombait l’horrible perruque ! J’approchai le doigt des doigts de la chevelure d’argent et effleurai une mèche d’une caresse légère. La couleur me sembla fort à propos pour une Dame d’Orage mais je m’étonnai qu’une jeune femme ne se prive d’une telle parure. Peut-être se sentait-elle honteuse du pâle éclat de ses cheveux et elle préférait les garder court pour ne pas attirer le regard. Malgré la longueur de miens, je pouvais saisir le trouble à devoir contempler les reliefs contredisant la jeunesse du corps. Le rire fou, hystérique, donnait de la consistance, de la vie, à sa silhouette presque spectrale. Elle était belle, ainsi défaite de son guindage, de ses atours princiers.

Sagement, je me décollai de mon mur et me postais devant elle, accroupi pour mieux la dévisager. Comme un rideau, la pluie tombait lourdement sur mon échine. Sa question étrange fronça mes sourcils. Au loin, un éclair zébra le ciel.

- Je l’ignore.

Le sérieux rendait ma voix presque mielleuse. Comment pourrai-je savoir si j’étais son cauchemar ou non ? La demoiselle fluette craignait peut-être les grands djinns, les ombres et le soleil.

- Craignez-vous que je ne sois là pour conquérir vos ombres ou que je ne cherche à dévorer vos moindres éclats, Dame d’Orage ?

Peut-être en raison de la proximité, bien trop proche pour suivre les convenances, je chuchotai avec douceur. Mon regard ne la quittait pas une seconde : je cherchais effectivement à déterminer sa part d’obscurité au travers de ses yeux. Plus, je plongeai, plus naissait un nouveau sourire.

Dangereux.
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Ashes Dice
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MessageSujet: Re: Bruine guinchante   Lun 13 Avr - 1:13
Et l'âme d'Esel était insondable. Noire comme un puits sans fond. Noire comme la suie après un incendie ravageant tout. Il y'avait dans ces prunelles grises, un voile fragile pour masquer des ténèbres abyssales. Un esprit calciné. Le danger n'avait pas prise sur cette être malmené. Peut-être l'avait-elle côtoyé de trop près ? Peut-être lui avait elle déjà offert sa vertu ? Peut-être était-elle morte avec lui ?

La jeune femme soutint le regard du djinn avec un brin de morgue, une sorte de reliquat d'arrogance d'une autre vie. Le monde autour n'était que bruits, et fureur humide. Esel trouvait la situation d'autant plus irréelle. L'envie lui démangeait de tirer sur les breloques qui voguaient dans la chevelure blanche sans logique ni rigueur. Mais ses doigts coupants étaient les barreaux d'une prison invisible.

- "Dame Orage", répéta-t-elle doucement. C'est joli... Vous êtes une sorte de poète ? De poète qui court plus vite que ses rimes ?

Elle eut un drôle de sourire face à ce jeu d'esprit quelque peu déconnecté de la scène. Un sourire nostalgique.

- Il n'y a plus de lumières à dévorer sur ma carcasse, Cauchemar, je le crains. Que faites-vous dans ce cas aux proies qui ne valent rien ?


La question sonnait comme un défi.
Quelque part Esel savait qu'elle se réveillerait bientôt. Que les battements de son coeur et les fièvres de son corps n'étaient que des leurres. Tout s'étoufferait sous son costume gris. Immanquablement. Il n'y avait pas de mal à à provoquer ce diablotin dégingandé, si ?

- Faites attention, je suis armée ! Je pourrais tout au mieux arranger votre tignasse à ma façon !


Elle fit jouer ses doigts-lames sous le tissus avec un petit ricanement.
Étonnement espiègle.

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Jahan Shah Farvahar
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MessageSujet: Re: Bruine guinchante   Lun 13 Avr - 16:38
Soutenant son regard, j’observai, immobile, le jeu des ombres au sein des prunelles d’argent. Poète ? Mon rire accompagna la déclaration. « Peut-être » glissai-je faussement mystérieux. Dans un premier temps, je laissai sa seconde question en suspens, prenant le temps de formuler en pensée ma sentence. Avec la perspective d’un découpage de cheveux, je rétractai doucement les babines sur un sourire féroce. Si je restai badin, la dame d’orage avait malencontreusement tiré une sonnette d’alarme. En soi, cela n’était qu’un jeu enfantin de deux fuyards sous un torrent de pluie. Et pourtant la hargne avait tissé un instant sa toile.

Nonchalamment, je déplaçai mes appuis et me rapprochais d’elle. Me penchant sur ses mains déformées, je retournai lentement son poignet, puis l’autre afin d’examiner la façon dont s’imbriquait les lames et la peau. Doux et fourbe, j’enroulai mes doigts libres dans mon chèche, assurant ma prise sur le collet protecteur. Je portai ensuite à nouveau une main délicate près de sa joue, l’effleurant d’un revers sans réellement la toucher.

- Dame d’Orage, vous vous méprenez. Comme tout un chacun, vous cultivez en votre sein une lueur sans autre pareille. Vos ténèbres l’entourent, protectrices jusqu’enfin Elle éclose. Aveugle, vous ne pouvez voir son pâle et spectral éclat. Le Soleil ne réchauffe pas toujours.

Indolente, la caresse fantôme suivit en douceur le passage d’une goutte de pluie arrogante, dansant sur les maigres reliefs de la proie de l’instant. Argent contre or, j’affrontai ses prunelles que j’imaginais déjà s’offusquer et chercher à rétorquer que je ne pouvais pas comprendre. Puis, ma main se fit docile à nouveau, reprenant une place correcte sur mon genou.

- Vous ne vous tiendriez pas sinon, au sommet de vos Abysses, perdue dans vos cendres. Vous ne pourriez pas les voir, noyée que vous seriez à l’intérieur, coquille brisée ballottée dans leurs tumultes. Non, c’est la mise en abîme, le contraste entre l’obscurité et la lumière qui vous rend belle. Désirable. Forte et si… faible à la fois.

Leste et cruel, je menottai étroitement à l’aide de l’étoffe ses armes de l’instant. Sans brusquerie superflue, je cherchai à relever les mains ainsi liées au-dessus de sa tête pour éloigner leur menace de mon corps. Mes autres griffes tentèrent de trouver la gorge délicate. L’ongle de mon pouce sillonnait et écorcha délicatement la peau au niveau de la carotide. Impertinent, mon souffle se mêlait au sien. Durant un bref instant, nous étions si proches qu’il m’aurait suffit de happer ses lèvres pour les posséder. Plus bas encore, je repris presque ronronnant.

- Alors, Dame d’Orage, pensez-vous qu’en bon Cauchemar docile, j’obéirai à votre silencieuse supplique ? Vous pousserai-je dans l’Abîme ? Vous dévorai-je déjà ?

Je souris.

- Ne vous a-t-on jamais dit que plus sombre est l’Ombre, plus délicieuse est la Lumière ?

Comme un vampire des romans, je posai mes lèvres à l’endroit délicat et sensible de la gorge, sous l’oreille juste avant la naissance de la mâchoire. Intrépide, ma langue s’aventura et darda la peau une brève seconde, pour la goûter. Je reculai alors, humectant mes lèvres en feignant de savourer un bon vin, comme Francisco m’avait appris. Je relâchai alors ma proie, néanmoins prêt à devenir ombre pour m’éviter un coup de ciseau castrateur – ou pire, mes cheveux !... il faudra que je revois mon sens des priorités -. A nouveau à distance bienséante, je déclarai de but en blanc.

- Non, trop jeune encore. Et puis, je ne suis pas un Cauchemar docile. Je suis un Prince-Cauchemar conquérant et capricieux. Pas un sage et obéissant, ça serait ennuyeux.

Agitais-je la main, dédaigneux
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Ashes Dice
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MessageSujet: Re: Bruine guinchante   Lun 13 Avr - 17:50
Esel réagit mollement à l’agressivité calculée de son Cauchemar. Il s'agissait simplement d'un cauchemar après tout. Elle se laissa faire comme une poupée désarticulée, un peu en dehors de son corps, comme au spectacle. Et quel spectacle !
L'homme était changeant, expressif, presque simiesque. Elle le trouva beau, à sa manière, à l'instar d'un sable mouvant ou d'une plante carnivore. Il y'avait dans son attitude une arrogance qui faisait écho à celle de Pitt. D'ailleurs les bras relevés et entravés lui donnait l'impression grotesque de jouer une parodie de sa première rencontre avec le Lièvre, lorsqu'elle lui avait maladroitement attaché les poignets pendant son "tour de jeu". Mais il n'y avait pas la la même tension. Elle se sentait simplement alanguie. Endormie.
En France, quelle délicieuse ironie....
Moins que la violence maitrisée de son agresseur à son encontre, c'est le contact de sa langue sur sa peau qui la fit réagir. Quelque chose en elle rua, se rebiffa, instinctivement. Elle frissonna et détourna la tête pour briser au plus vite l'insidieux contact. Elle ne pouvait pas. Elle ne devait pas. Le "Donnant-Donnant" avait des règles qui ne souffraient aucune transgression. Aucun partage. Son corps portait la marque de Mars et elle découvrait que son esprit s'était soumis à leur huis clos dominical dès leur première étreinte. Elle en éprouva une profonde culpabilité.

"Si vite ?"
"Si vite."

Louise souriait au fond de son crâne et seuls ses dents blanches illuminait la noirceur apathique du moment.

Et il la relâcha.

- Non, trop jeune encore. Et puis, je ne suis pas un Cauchemar docile. Je suis un Prince-Cauchemar conquérant et capricieux. Pas un sage et obéissant, ça serait ennuyeux.

Elle eut un gloussement involontaire qui chassa sa honte.

- Vous êtes vraiment un drôle de bonhomme !

Ses mains retombèrent le long de son corps, comme deux choses flasques et dépourvuesde volonté propre. C'est que ces ongles-couteaux pesaient leur poids.

- Vous êtes décidément bien un poète ou un acteur... Vous aimez beaucoup le son de votre propre voix. Mais je ne peux pas vous en blâmer, vous déclamez bien. Prince donc ?

Elle afficha un sourire amusé.

- Va pour Prince. Les titres ne sont pas grand chose.

Louise était Princesse de Bavière, duchesse à défaut, depuis que l'usurpateur ostro-hongrois les avaient dépossédés et que son grand père avait rallié l'Allemagne. Esel, lui n'était qu'un simple comptable éméraldien. Aucun d'eux n'était plus elle.

- Est-ce que votre majesté a une idée quelconque pour que je récupère un jour mes doigts ? J'en ai besoin pour travailler.
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Jahan Shah Farvahar
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MessageSujet: Re: Bruine guinchante   Lun 13 Avr - 21:41
- Assurément, assurément !

Je le revendiquai haut et clair. Je n’avais nulle envie d’être un triste sire drapé dans une humeur exécrable pour le reste de mes jours.

- Non, j’insiste, je ne suis pas poète. Déjà parce que mon espagnol est pauvre, trop pour me fendre des rimes complexes… Et ensuite il faudrait, pour coller à l’image romantique de l’artiste, que je déclame une ode à vos charmes en vous déclarant ma muse et mon inspiration.

Une grimace feignit le dégoût sur mes traits.

- Et oui, j’aime bien le son de ma voix. Je la découvre encore. Tout est neuf pour moi. Après tout, Dame d’Orage, la Nuit vient juste de m’enfanter.

Mon index se redressa.

- Et je ne suis pas d’accord. Les titres ont une importance. Pas pour déterminer une hiérarchie, non, mais ils donnent un rôle à jouer et une sensation, fausse probablement, d’appartenir au monde.

Avec plus de douceur, je m’approchai à nouveau pour reprendre ses mains dans les miennes et les manipuler. Des centaines de questions se bousculaient à mes lèvres. Pourtant, je me trouvai incapable de me concentrer. Mes dents s’entrechoquaient régulièrement et je mourai de froid ainsi détrempé. Je me redressai alors et fouillai les alentours du regard.

- Ne bougez pas. Je reviens.

Rapidement, je m’éloignai dans la ruelle, vérifiant les portes d’entrées de plusieurs masures vétustes. Fermées. A l’abri du regard de la Dame d’Orage, dans un recoin, l’Ombre se faufila pour pénétrer derrière la porte close la plus proche. Il suffit d’un rapide passage pour vérifier le vide des lieux et de malmener la poignée intérieure pour déverrouiller la porte. L’orage rendait le jour gris, aussi je ne souffris guère du soleil malgré mon récent séjour dans l’obscurité. Presque en face de la demoiselle, sur le palier de la vieille bicoque, je la fixai droit comme un i et lui fit signe de s’approcher. La porte grande ouverte, je m’inclinai comme un domestique devant une reine, muet et révérencieux.
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Ashes Dice
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MessageSujet: Re: Bruine guinchante   Lun 13 Avr - 22:43
Esel se pencha pour le suivre du regard, s'éloigner sous les trombes d'eau. Que faisait-il à se frotter sur chaque porte ?

" C’est un voleur chérie. Il pénètre par effraction dans une maison."

- Oh.

La porte s'ouvrit, sans doute habilement crochetée. Cauchemar fit une révérence et l'invita à entrer. C'était aussi étrange qu'un rêve, alors pourquoi ne pas continuer sur cette voie ? Esel s'attarda sur le seuil, leva une jambe et la laissa en suspend au dessus de la marche d'entrée. Telle une ballerine, elle opéra un petit saut gracieux à l'intérieur de la maisonnée.

- Me voilà de plein pied dans l'illégalité, soufflât-elle avec une expression mutine plus que rare.

A vrai dire ce clown étrange l'avait distraite de sa mélancolie, de son angoisse de vivre, de ses questionnements sans réponses. Et c'était si plaisant qu'elle laissait la chose s’étirer, comme un chat ronronnant auprès d'une cheminée. En formulant cette idée, elle réalisa qu'elle avait froid et qu'elle était trempée jusqu’aux os.
Elle pénétra plus avant dans la bicoque enquête d'une source de chaleur et trouva dans la cuisine ce qui semblait être soit un four, soit un poêle. Quelque buches et un briquets trônaient à coté. Son premier réflexe fut de tendre les bras vers l'objet de convoitise. Grave erreur : elle balaya le peu de vaisselle sur la table qui alla embrasser le sol avec fracas. Elle embrocha un torchon au passage qui resta piteusement accroché sur ses lames comme un drapeau en berne.

Elle regarda ses mains inutiles avec une moue de gamine contrite.

- Je crois que vous allez devoir nous réchauffer à vous seul...

Elle gigota dans ses atours humides qui déjà l' handicapaient au naturel. Quelque chose lui grattait horriblement dans le dos. Elle risquait de se blesser avec ses cisailles donc elle endura la chose.

- Cette fichue robe est une torture ! J'envie votre pantalon.

Et pour couronner le tout un gargouillement sinistre s’éleva des tréfonds de son bidon. La course-poursuite et la danse frénétique avaient puisé dans ses maigres réserves et son dernier repas remontait à loin.

Son rêve tournait franchement au ridicule.

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Jahan Shah Farvahar
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MessageSujet: Re: Bruine guinchante   Mer 15 Avr - 18:08
Discret serviteur égouttant sur le sol boisé, je m’effaçais, d’une autre révérence, sur le pas de la porte devant ma gracieuse dame échevelée. Porte refermée, je lui emboîtai le pas. Au bout du couloir étroit, nous découvrîmes la pièce à vivre de la demeure et un fourneau. Pressée de se réchauffer, ma compagne de l’instant s’habitua à l’illégalité en un instant. Transi de froid, je m’apprêtai à rétorquer que la chose ne serait effectivement illégale que si la Justice nous attrapait, mais les claquements de dents brisèrent mon élan bravache. Sans plus attendre, je me débarrassai de mon khalat alourdi de pluie et l’étendis sur un fil à lessive au fond de la pièce. Cheveux enroulés, je les égouttais autant que possible. Sur mes reins, mes dagues auparavant dissimulées s’affichaient à la vue de la Dame d’orage.

En détachant ma ceinture, je me retournai vers elle pour l’observer dans son combat contre vaisselle et torchon. Elle fouraillait gaiement, l’étoffe épinglée à la main comme l’ennemi à une rapière. Un ricanement moqueur m’échappa alors. Je la plaignais assurément de son état, mais la scène était bien trop cocasse pour ne pas déclencher une nouvelle hilarité.

- Oh, je pense pouvoir nous réchauffer facilement. Laissez-moi juste le temps de retirer mes vêtements poisseux.

Susurrai-je avec ambiguïté. Mon baudrier dans une main, l’autre dénouait alors l’écharpe à ma taille et déboutonna ma presque-redingote. Feignant la pudeur – par pur pragmatisme, le fil se trouvait alors derrière moi – je me retournai et retirai alors celle-ci pour la nicher avec le reste de mes vêtements. Avec une grimace contrite, je constatai que les trombes d’eau reçues sur les épaules avaient réussies à s’infiltrer jusqu’à ma tunique en lin blanc jouissant à présent d’une humide transparente, collant au haut de mon corps. La sensation désagréable m’obligea à tirer dessus à de multiples reprises pour échapper à la succion sur ma peau.

- Quelle idée aussi de vous enfermer dans des vêtements aussi peu pratiques ! Et de mettre une perruque !

En quelques pas, je me rapprochai de la Dame d’Orage pour décrocher son étendard et le jetait son cadavre dans le fourneau. Silencieusement, je lui désignai une chaise au coin de la pièce. Nulle envie de me faire éborgner par un coup de main bien intentionné mais bien trop affûté pour ma maigre couenne. Le poêle dévora quelques bûchettes. Repu, il nous offrit une bonne flambée funéraire pour feu le torchon. Mes dents jouaient toujours des castagnettes mais le grondement d’un estomac recouvrait tout. Tellement incongru. Je dévisageai alors la jeune femme comme si je la découvrais à nouveau, un sourcil hameçonné de surprise. Un rire muet sur les lèvres, je passai lentement la main sur mon visage.

- Ah ma Capricieuse Dame d’Orage, voilà maintenant qu’il faut en plus que je vous nourrisse. Enfin heureusement, il devrait être possible de trouver ici quelque chose à vous mettre sous la dent.

Quittant à regret le réconfort et la proximité du foyer, je ceignis à nouveau ma ceinture d’arme.

- Vous devriez réussir à ouvrir des placards pour fouiller malgré vos mains. Je vais voir à l’étage si je trouve de quoi nous sécher plus efficacement et quelques vêtements secs.

Le seuil de la pièce franchi, je me penchai à nouveau en arrière pour lui offrir une dernière mise en garde.

- Et n’assassinez aucune autre étoffe innocente ! Les pauvres, elles pleurent encore la perte du Grand Torchon.

Escaliers grimpés, deux pièces s’offraient à moi. En ouvrant la première, la vague de poussière soulevée s’infiltra dans mes narines et déclencha une quinte de toux sonore. L’asphyxie ne me tentant guère, je poussai la seconde avec plus de précaution. La chambre comportait un lit double dont les draps avaient été changés récemment. Il régnait dans la pièce le lourd parfum alcoolisé d’une cuite sévère et le rance des vomissures mal nettoyées. Sans perdre de temps pour ne pas écorcher plus encore mon nez délicat, j’ouvris l’armoire et emportais une série de draps rêches embaumant la lavande, une chemise longue et une robe modeste datant du siècle dernier – rien de bien étonnant en France me fis-je la réflexion -. Après hésitation, j’emportais aussi un pantalon d’homme, récent lui, et une chemise. Ainsi chargé, je regagnai la cuisine et la dame. La marche à suivre suivante me posait un peu plus de souci dans l’exécution. Je posais les étoffes sur coin de table et posai mon regard sur ma compagne.

- Est-ce que vous préférez : Continuer à dégorger sur plancher et mourir de froid ? Que je vous aide à vous déshabiller et passer des vêtements secs ? Ou encore vous poignarder vous-même pendant que je me réfugies près du feu ?
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Ashes Dice
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MessageSujet: Re: Bruine guinchante   Jeu 16 Avr - 19:11
La malignité du djinn glissa sur Esel sans la mettre le moins du monde en alerte. Il en fut de même pour son effeuillage appliqué. La jeune femme, bien que pudique à raison, n'avait aucunement l'habitude de susciter émois et désir, ni d'y être sensibilisée. Pour la simple et bonne raison qu'elle pensait en homme depuis dix longues années. Ce quotidien masculin permanent avait éteint en elle tous les feux et les vices de la séduction. Ça et la mort de son premier amour. Elle était un élément gris du décor. Anesthésié. Flottant. Éteint.
Un certain Lièvre s'était risqué sur le terrain de sa véritable nature. Il l'avait rendue une fois - et à ce moment là elle pensait sincèrement "la fois de trop" sans s'imaginer qu'il prendrait une place régulière dans l’amphithéâtre vide de sa tragédie personnelle - à sa nature de femme. C'était un sujet de culpabilité trop récent pour être évoqué.

Peut-être également que la nature affable et fantasque de Cauchemar la mettait simplement à l'aise. Elle ni décelait aucunement le souffre de la sensualité malgré la beauté réelle de son acolyte.

-Quelle idée aussi de vous enfermer dans des vêtements aussi peu pratiques ! Et de mettre une perruque !
- Je voulais ressembler à une femme. Une femme comme la Reine... Dit-elle avec une pointe vaporeuse de songerie. C’est vraiment la plus jolie personne que j'ai jamais vue.

Esel prit place, docilement, sur la chaise désignée par son comparse d'infortune et s'absorba dans la contemplation du feu vivace. C’est là que son estomac fit concert.

- Ah ma Capricieuse Dame d’Orage, voilà maintenant qu’il faut en plus que je vous nourrisse. Enfin heureusement, il devrait être possible de trouver ici quelque chose à vous mettre sous la dent. Vous devriez réussir à ouvrir des placards pour fouiller malgré vos mains. Je vais voir à l’étage si je trouve de quoi nous sécher plus efficacement et quelques vêtements secs. Et n’assassinez aucune autre étoffe innocente ! Les pauvres, elles pleurent encore la perte du Grand Torchon.
- Hum... Esel n'eut pas le loisir de répondre -elle était d'ailleurs trop mortifiée et cramoisie pour cela- le jeune éphèbe doré sautillait déjà vers l'étage.

Elle observa les placards en bois comme si ils fussent ses pires ennemis. Elle n'était pas certaine d'arriver à ces sommets. Elle en était là de sa lutte oculaire silencieuse avec le garde-manger lorsque le danseur refit irruption dans la pièce avec des vêtements.

- Est-ce que vous préférez : Continuer à dégorger sur plancher et mourir de froid ? Que je vous aide à vous déshabiller et passer des vêtements secs ? Ou encore vous poignarder vous-même pendant que je me réfugies près du feu ?


Alors seulement, Esel percuta que son comparse, le poète farfelu et amusant, était bel et bien une créature mâle. Un mâle qui la considérait comme une femelle. Sans ambiguïté.

" Il t'a léché le cou. C'était pourtant un avertissement plutôt clair..."
"Je... Je me suis dit que c'était une sorte de coutume, quelque chose de culturel..."
" Dieu que tu es bête. C'en est plus sauvage que lui !"

Esel déglutit, indécise. Un homme suffisait à sa peine. Et elle n'était pas certaine de le revoir. Alors deux ? Elle en frissonna presque. Mais mathématicienne dans l'âme, la seule chose qui lui vint à l'esprit fut un rapide calcul de probabilités et de taux de réussite.

- Faites. déclara-t-elle finalement.

Mais elle crut bon d'ajouter avec une expression de gêne absolue.

- Et ne vous attardez pas.
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Jahan Shah Farvahar
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MessageSujet: Re: Bruine guinchante   Jeu 16 Avr - 22:10
A son accord, je m’inclinai légèrement. Par jeu, j’évitai de me précipiter sur elle pour la dévêtir. Non, d’abord, je m’approchai d’une bouilloire que je remplis d’eau avant de la poser, à chauffer, sur le fourneau. Je fouillais rapidement les placards encore clos à la recherche de tasses, de sucre et… c’est tout ce que je trouvai. Dans un premier temps, cela suffirait à nous réchauffer un peu.

Avec un bref sourire carnassier, je me retournai vers elle et m’approcha en quelques enjambées. Avec taquinerie toutefois, je passai derrière elle, une main courant sur sa taille. D’une caresse, je dégageai sa nuque des quelques mèches argentées qui s’y collaient humides. Suivant le mouvement, le revers de l’index coula jusqu’à l’orée de sa robe, puis sur l’habit. Pour trouver les attaches. A dire vrai, je n’y connaissais strictement rien aux parures féminines françaises. Abigale ne mettait, elle-même, plus que rarement des tenues européennes, assez peu adaptées à notre climat. De plus, je me dois d’avouer honteusement que, lors de ces occasions, mon empressement avait souvent réduit à néant le vêtement tant s’était sa peau et sa chaleur que je désirai. Un à un, mes mains s’attelèrent à défaire les premiers barreaux de sa prison textile.

Avec la chose en-dessous dont j’ignorai le nom – celle qui ajoute du volume aux hanches et à la robe – je retirai sa robe en la passant par-dessus la tête de la Dame d’Orage. Vu la qualité de l’étoffe, je repliai celle-ci sur le dossier d’une chaise avant de fixer longuement l’harnachement sur la maigre silhouette. Machinalement, je pinçai le haut de mon nez. Si j’avais songé un instant à me réchauffer au creux de la peau spectrale de la jeune femme, tout ce bordel venait de tuer dans l’œuf l’éventuel désir. Pire encore, cela m’ennuyait. Aussi, impatient, je m’approchai à nouveau en dégainant une dague. Sans ménagement, je découpai alors les sangles du jupon et les laissait choir au sol. Le corset subit un traitement similaire. De but en blanc, je déclarai.

- Je comprends pourquoi vos hommes ne prennent même pas le temps de vous déshabiller avant de vous trousser. D’une certaine manière, c’est autant une armure qu’une prison. Et une torture pour un amoureux.

Du pied, j’envoyai valdinguer les reliefs de la dite armure, pour profiter d’une frêle demoiselle dans une simple chemise. D’un regard appréciateur, j’embrassai les courbes menues et la peau pâle, sans doute irisée de frissons. Avec délicatesse, je fis tomber le voile à ses pieds, l’accompagnant des mains dans sa course sur les flancs puis les cuisses de la dame d’orage. Mon souffle se mêlait à nouveau au sien et mes lèvres se fendirent d’un sourire sulfureux. Je lui désignai une chaise, quitte à la pousser légèrement du bout des doigts pour faire asseoir et retirer jarretières et bas. Mutin, je posai alors un baiser doux sur son genou dénudé.

Ainsi mise à nue, je la contemplai un instant. Beauté fragile et éphémère, elle m’apparaissait alors plus spectrale qu’auparavant. Je me penchai sur le coté pour saisir, une serviette sèche et rêche. Avec précaution, je tamponnai doucement la peau de crainte de la griffer ou peut-être de la traverser comme une main à travers un esprit. Respectueux oui, mais le geste m’en rappelait cruellement d’autres, lorsque l’on m’avait réduit au rang d’esclave. Alors je prenais mon temps, insistant parfois sur des endroits qui n’avaient nul besoin d’être autant séchés. Je n’omis pas la moindre parcelle de peau, ni le moindre recoin, accessible, de son anatomie.

Mon œuvre terminé, je choisis parmi la maigre garde-robe récoltée, une longue chemise de toile épaisse, informe et sans finesse, mais assurément chaude. Sans un mot toujours, je lui fis signe de se relever. Avec un peu de difficulté en raison de ses mains perçantes, la Dame d’Orage se retrouva à nouveau chichement mais chaudement vêtu. Avant qu’elle ne s’enfuie, je capturai alors sa taille, l’amenant contre mon torse et cherchai à nouveau son regard du mien, prenant son menton entre mes doigts.

- Je ne connais pas cette Reine dont vous parlez, mais vous n’avez pas besoin de chercher à ressembler à une femme en vous grimant : Vous êtes une femme quoique vous fassiez. Et vous êtes belle au naturel.

Sans finesse, la bouilloire siffla.
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Ashes Dice
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MessageSujet: Re: Bruine guinchante   Ven 17 Avr - 22:40
Elle souhaitait qu'il ne s'attarde pas, ce fut pourtant exactement ce qu'il fit.

Elle avait faiblement rouspété lorsqu'il avait haché menu son corsage et ses renforts. Honnêtement, elle respirait bien mieux sans tout ce fatras. Mais la chose fut autre quand il ôta les derniers tissus protecteurs. Nue comme un vers, elle sentait le froid insidieux grêler sa peau d'albâtre malgré les tisons du poêle. Un épiderme qui rencontrait bien peu le soleil.
Esel aurait voulu crisper les poings, mais ses ongles-couteaux la poussait à rester détendue, bras légèrement écarté de ses flancs. Docile. Malléable. Mais pas offerte. Elle préféra donc serrer les dents en regardant le feu fixement. Éviter à tout prix de croiser le regard de ce corps étranger prenant soin du sien.

Éviter l'intimité.

Le djinn aimait sans doute jouer avec la nourriture. Un gros matou noir. Voilà ce qu'il était. Il s'amusa donc avec elle. Elle lui reconnut une certaine minutie dans l'art de la torturer. Il était étrangement doux, soigneux, attentif. Et chacun de ses gestes accentuait un peu plus le malaise de la jeune femme.
Pitt avait redécouvert un monde oublié. Il avait deviné, chasser et excaver son "trésor". Il avait fracassé la serrure avec une la malice tout infantile qui le caractérisait. Pour le simple plaisir d’exulter de sa trouvaille.
Cauchemar la forçait à explorer cette terre en jachère, à la cartographier, contemplant chaque parcelle abandonner avec un regard perçant.Il lui rappelait, de manière insoutenable, qu'elle était bien "une" et non le mensonge qu'elle se façonnait confortablement depuis plus d'une décennie. Il soulignait avec une délicatesse odieuse, qu'il n'y avait plus de retour en arrière possible.

Et cela plongeait dans l'épouvante.

La toile de coton rêche revêtue lui parut comme la plus magnifique des étoffes. Un rempart réconfortant. Elle se rendit compte qu'elle avait presque oublié de respirer et son souffle reprit son cours. Benoitement. Comme si rien n'avait été plus simple.

Le matou n'en avait pourtant pas fini avec sa souris.

Elle se trouva pressée contre lui, tenue familièrement par la croupe. Elle trouvait tout ceci d'une indécence sans borne mais elle n'osait pas bouger avec ses horribles outils de mort à ses extrémités. Elle éprouvait d'incompréhensible remords et le sourire du Lièvre trottait devant ses yeux, comme si elle trahissait l'Homme à qui elle s'était offerte, une fois, sur un coup de tête, quelques nuits auparavant.

" Il ne t'as pourtant rien promis. C’est fou tout de même ce sens inné de la fidélité. Tu en es bien mal remerciée si on en juge l'Histoire..."
"Laisse-moi Louise, c'est assez compliqué comme ça !"

- Je ne connais pas cette Reine dont vous parlez, mais vous n’avez pas besoin de chercher à ressembler à une femme en vous grimant : Vous êtes une femme quoique vous fassiez. Et vous êtes belle au naturel.

Esel pâlit. Ce fut comme si le spectre d'un passé qu'elle croyait révolu venait la visiter. Elle regarda son tourmenteur et ce dernier put distinctement observer la noirceur de ses crimes au fond de ses puits voilés.

- Ne dites pas ça, souffla-t-elle d'une voix blanche. Ne le dites plus jamais...

La bouilloire siffla. Une délivrance.
Enfin façon de parler. Esel n'osait toujours pas se dégager de peur d'émasculer l'ottoman. A la réflexion il était peut-être eunuque, quoi qu’elle en douta.

- Un thé nous ferait le plus grand bien, Cauchemar, dit-elle avec un drôle de sourire. Triste et un peu tordu. Comme si elle refoulait au loin d'antiques sanglots.
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Jahan Shah Farvahar
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MessageSujet: Re: Bruine guinchante   Mar 21 Avr - 20:57
Au malaise provoqué, un de mes sourcils fut hameçonné pour mieux se froncer. Un bref instant, une incompréhension infantile se dessina sur mes traits tandis que je ne cessai de la dévisager. A sa douleur presque palpable, je l’enfermais un peu plus dans mes bras chaleureux et caressais doucement son dos. Certes, chercher à la consoler était absolument futile mais je ne perdais rien à être une ombre accueillante, celle qui dissimule les pleurs aux regards perçants et avides de la cruelle mise en lumière. Comme pour faire écho à la pensée, la magie se propagea doucement entre mes bras. Lentement, elle imbibait la Dame d’Orage. Avec zèle, elle fouillait à la recherche du plus petit hématome, de la moindre coupure et cicatrisait chaque blessure. Puis, elle se lova impuissante contre le siège de l’âme en morceaux qu’elle ne pouvait réparer et disparut à nouveau.

- Il faudra pourtant y faire face un jour ou l’autre.

Murmurai-je. Mais m’adressais-je vraiment à elle ? Perdu, je m’écartai de ma spectrale compagne. La bouilloire oui, à boire, la distraction bienvenue cachait efficacement le trouble. Un silence de malaise s’installa tandis que je fouillais les placards à la recherche de deux tasses, pourtant déjà posées sur le rebord du plan de travail. Lorsque je m’en rendis compte, je feignis, très mal au demeurant, être parti en quête de thé, de café ou de toutes autres boissons. Je remplis alors les deux tasses de quelques cuillères de sucre et d’eau chaude. Alors que je tendais sa tasse à la jeune femme, ses mains se révélèrent à nouveau être un obstacle. Avec une répartie transcendante, les bons mots qui resteront gravés dans les annales de ce siècle, je dis avec innocence :

- Oh.

En suspens, je calculai rapidement nos autres options. Plus pour chasser l’ambiance pesante que par réelle envie, j’esquissai un sourire en coin et repris d’un ton guilleret.

- Vous m’en donnez du travail ! Quelques gorgées déjà si vous le souhaitez, puis avant de trouver de quoi manger, je vais examiner vos mains plus sérieusement.

Je rapprochai alors la chaise du fourneau, afin que nous puissions rester au chaud. D’un geste, je l’invitai à reprendre place. Non sans avoir porté sa tasse à ses lèvres pour quelques gorgées auparavant si elle le souhaitait, je mis genou à terre auprès d’elle. Le rapprochement avec le preux chevalier des contes s’arrêtait là. L’application à parcourir ses mains et bras pour suivre la magie n’avait rien de pur et chaste comme l’Amour courtois rapporté par les livres d’histoire romancée dont raffolaient les jeunes européens. Implacables et appliqués, mes doigts brûlants filaient sur sa peau, appuyaient parfois avec plus de fermeté. Ils fourragèrent chaque filament de la trame magique, tâchant d’en réduire la densité afin qu’elle s’effiloche plus rapidement. Mes connaissances, néanmoins, restaient tronquées. Je n’avais pas passé toute ma vie avec les miens et certaines tâches, sans doute simples pour les autres, n’étaient guère à ma portée. Non, tout cela m’avait été dérobé.

Fureur.

Comme à chaque fois que je songeai aussi clairement à ce qu’on m’avait fait subir, elle submergeait ma raison. Mes doigts se crispèrent sur le poignet examiné. Brusquement, ils ne furent que ténèbres brumeuses. Intangibles, mes doigts happaient sans pouvoir s’accrocher. Une, deux profondes respirations plus tard, je reprenais mon ouvrage comme si rien ne s’était passé, excepté que mes mains mordaient la chair de la Dame d’Orage, glaciales.
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Ashes Dice
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MessageSujet: Re: Bruine guinchante   Mer 22 Avr - 7:33
Encore cette douceur. Cette délicatesse.
Personne ne l'avait plus traitée avec autant de gentillesse depuis longtemps. La Reine et l'Empereur s'étaient montrés chaleureux mais distants. Pitt l'avait possédée et renversée toute entière mais c'était là un jeu charnel et entêtant.

Plus personne ne l'avait serrée dans ses bras avec tendresse.

La dernière personne à l'avoir fait était Anika, sa nourrice. Un au revoir déchirant d'une âme fidèle et aimante. La seule mère qu'elle ait jamais eut. Même après "l'incident", elle n'avait pensé qu'à une chose : protéger son enfant. L'Amour, le vrai, c'était cela finalement.
Cauchemar, par son attitude, n'avait fait que simplement relever son immense solitude. Une solitude qu'elle et son esprit brisé en plusieurs morceaux ne supportait plus et qui pourtant lui arrachait une culpabilité légitime. Institutionnalisée.

" Tu as peut-être assez payé, ma douce..."
" Jamais. Jamais assez..."

Les larmes s’échappèrent des yeux d'Esel. Elle n'avait plus de main pour les essuyer. Elle les regarda partir, fuir sur ses joues, l'abandonner. Elle sentit que l'âme qui l'étreignait pénétrait sous son épiderme, sillonnait chaque fibre de ses muscles, et se lovait autour de son cœur morcelé et saignant. Il ne franchit pas ce rempart hérissé de barbelés. Néanmoins, l'espace d'un instant, elle se sentit à l'abri, comme quand elle se réfugiait, petite fille, sous l'ombre du grand noyer, dans le jardin familial de Bavière. Elle laissa libre cours au chagrin qui la hantait depuis si longtemps.

Dame Orage versa pluie et nuages, enfouie dans le cou du djinn.

Il la quitta finalement pour s'occuper des breuvages. Elle se laissa guider, encore une fois. Il la fit asseoir, il la fit boire. Elle se sentait à nouveau choyée comme avec Anika. Tout le long, elle eut une sorte de sourire mélancolique, un sourire de Joconde. Le spectacle du jeune homme s'agitant autours d'elle, tentant de comprendre, buttant dans ses réflexions fit naitre en elle une sincère bouffée d'affection. Elle saisit sa frustration, la toucha presque du doigts, quand soudain elle fut témoin de sa magie.
Esel crut avoir une hallucination. Son instinct lui hurla pourtant que tout cela était réel. Son esprit traita l'information avec une stupéfiante sérénité. En fait, tout cela n'avait pas d'importance. Peu importe ce qu'était Cauchemar, il lui offrait quelques chose de bien plus précieux en cette nuit et cette vie d'intempéries.

Un peu de repos.

Sans qu'elle sache bien pourquoi, son front glissa jusqu'au sien, plissé par la concentration et se colla à lui. Contact intime. Elle lui sourit, de manière plus irradiante cette fois.

- Ce n'est pas grave. Ne vous en faites pas.

Elle ferma les yeux une poignée de secondes.

- Merci... souffla-t-elle avant d'embrasser le bout de son nez brusqué. Au pire je peux toujours tenter une reconversion comme barbier ou bien cuisinier. Ma découpe de viande et de légumes deviendrait légendaire !

Esel eut un gloussement espiègle en décalage avec son personnage gris. En vérité n'avait-elle pas toujours été ainsi, quelque part enfouie ?





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Jahan Shah Farvahar
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MessageSujet: Re: Bruine guinchante   Ven 24 Avr - 5:43
Le contact m’empêcha de glisser à mon tour dans mes propres ombres. Douce et inattendue, la proximité de son visage, la tendresse d’un baiser enfantin et la blague rappelèrent aisément un sourire.

- Vu votre goût pour les perruques, je suppose que ça sera plus judicieux de vous mettre à la découpe de la viande. Pour le bien de l’Humanité.

Lentement, une paume cueillit ses joues, effaçant les restes de larmes. Je souris largement, taquin, embrassai son front. Une pensée, la raison pour laquelle peut-être je me comportais aussi tendrement avec elle, pourquoi je ne ressentais pas le besoin et le désir impérieux de la faire mienne malgré son éclat, s’imposa enfin à moi. En raison de la proximité que je ne désirais pas briser, je murmurai ma confidence.

- Tu ressembles à ma grande soeur

Un rire léger comme une brise d’été se fraya un chemin à son tour entre mes lèvres.

- Je sais, je sais : je ne devrais pas dire ça à une femme que j’ai contemplé nue. J’en ai bien conscience. Mais, non, rassures-toi, je ne parlais pas de ressemblance physique. Tu n’as pas été contaminée par des couleurs, ma Reine d’Orage.

Taquin, j’appuyai un instant sur son nez, le sourire en coin. Du bout des doigts, je continuais de caresser son visage, ses traits, comme un enfant curieux sur les traits de ses proches.

- Negin était son nom d’enfant, celui que ma mère lui a donné quand elle grandissait encore dans son ventre. Traduit dans ta langue, son nom serait « Diamant ».

Comme moi, elle est née avec un don, mais un doux, un bienveillant : sa voix apaisait les esprits. Alors, elle leur parlait souvent, pour les guider, pour guérir petit à petit les cœurs écorchés par les humains, pour que les enfants puissent être juste des enfants même lorsque tout les condamnait à être des adultes avant l’heure.

Negin n’oubliait rien.

Pas la moindre larme, pas le moindre soupir, tout restait gravé dans sa mémoire.

Lorsqu’elle fut en âge d’accomplir des tâches pour notre peuple, elle reçut le nom de Khatereh, « Souvenir » ou « Mémoire ».


Je m’égarai un peu dans mon récit, un instant submergé par la nostalgie. Mes doigts courraient encore sur sa peau, sur les lames au bout de ses mains.

- Patiemment, elle consignait les souffrances des nôtres. Lorsqu’elle pouvait, elle apportait le réconfort et parfois l’oubli nécessaire. Son sacerdoce nourrissait la rancœur grandissante de notre peuple envers les Ottomans. Grâce à elle ou à cause d’elle diraient certains, nous ne pouvions plus oublier, nous réfugier dans l’ignorance ou nos éternelles errances. Notre peuple peut être ombrageux, assurément impétueux, mais rarement belliqueux. Pourtant, nous nous souvenions à présent de chaque paysage dégradé par la main humaine, chaque homme et femme tués par crainte de la Magie, chaque enfant arraché, emporté pour devenir esclave ou pire encore.

Ma mâchoire se crispa un instant à l’évocation. Rien ne servait de ruminer et le but de l’histoire n’était pas de tergiverser sur ce que je ne pouvais pas changer. Du pouce, j’éprouvais le fil de ses mains tranchantes, presque machinalement, jusqu’à y faire perler mon sang.

- Sans le vouloir, Khatereh avait armé le bras des partisans de la guerre, ajoutant encore du crédit à leurs propos. Son désir d’apaiser les souffrances nous avait poussé un peu plus sur ce chemin. Officiellement, nous avons rejoint le conflit il y a 12 ans, mais les dommages sur ma sœur se firent ressentir déjà auparavant.

Portant la blessure à mes lèvres, j’en aspirai le liquide carmin avant de lécher légèrement la plaie pour la nettoyer et aider à la cicatrisation. Je revins au visage de mon interlocutrice après la brève distraction.

- Negin ternit peu à peu, étouffée par le poids de Khatereh. Bien trop jeune pour en saisir les raisons, lorsque nous étions au… - il n’y a pas de mot dans votre langue pour cet endroit, maison ou sanctuaire s’approcherait assez – je n’avais de cesse de la faire sourire et rire. J’étais terrifié à l’idée que Negin ne se transforme en spectre triste et gris. Je ne pouvais concevoir alors le poids sur ses frêles épaules. Peu importait le nombre de mes pitreries, je ne pouvais guère lui arracher plus qu’un sourire. Je me glissai alors dans son lit, même si je commençai à être trop âgé pour dormir avec une jeune fille, juste pour la garder contre moi, la protéger de tout du haut de mes 7 ans. Contre la culpabilité, celle d’en avoir fait trop ou plutôt pas assez, la rongeant petit à petit, je ne pouvais rien faire pourtant.

Avec tendresse, je lui offris un sourire.

- Tu dégages la même aura. Triste, coupable, étouffée. Comme des éclairs parfois, tu brilles pourtant. C’est fugace, presque irréel mais puissant. Beau. Reine d’Orage te va vraiment bien.

J’appuyai plus fermement une caresse d’amant sur sa joue, sa gorge.

- Rassure-toi. Je ne chercherai pas à percer tes secrets ou soulager ce qui te ronge. Ce n’est pas mon rôle. Non, je t’offre juste la promesse suivante. Si le poids, un jour, devient insupportable, appelle-moi : Tu pourras te reposer au creux de mes bras ou, si tu le désires alors, je te couvrirai de mes ténèbres pour t’apporter l’Oubli.

Malgré la douceur du ton, la proposition et tout ce qu’elle pouvait impliquer ne provenaient pas d’une lubie de l’instant vide de sens. Non, elle n’avait qu’à appeler et je la dévorerai si elle le souhaite. Après tout, c’était le rôle d’un Cauchemar.
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Ashes Dice
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MessageSujet: Re: Bruine guinchante   Ven 24 Avr - 19:01
Esel aurait pu croire que son geste, spontané, serait mal compris. Le carcan des habitudes l'obligeant à toujours dresser des barrières, des murs, des distances n'avait étrangement plus cours en face de son Cauchemar. l'intimité était naturelle, rassurante. Un baume véritable. Il y apporta une explication, toute simple.

- Tu ressembles à ma grande soeur.

Esel rosit légèrement. Elle voulu balbutier quelque chose, mais les mots patinaient sur sa langue. Il rit. Une fois encore elle trouve ce rire infiniment lumineux.

-Je sais, je sais : je ne devrais pas dire ça à une femme que j’ai contemplé nue. J’en ai bien conscience. Mais, non, rassures-toi, je ne parlais pas de ressemblance physique. Tu n’as pas été contaminée par des couleurs, ma Reine d’Orage.

La jeune femme gloussa à son tour, comme un moineau.
- Ce serait un sacré bouleversement !

A la vérité, elle était honorée. Cauchemar aurait été un petit frère qu'elle aurait beaucoup aimé avoir. Il continua de dessiner les traits de son visage. Tendresse et Mélancolie jouaient à l'unisson. Elle aurait voulu le serrer contre elle et chasser les nuages de ses yeux d'or. Mais elle ne le pouvait pas. Alors, elle continua de le couvrir de toute son attention.
Il lui conta l'histoire de cette ainée adorée.
Tout le long du récit, alors que le djinn perpétuait le contact avec sa peau et ses mains torturées, comme un assoiffé se désaltérant à une oasis, elle percevait son chagrin. Elle fut témoin de sa solitude, immense. Lui aussi portait un costume : il n'était pas gris, il n'était pas celui d'un autre sexe. C'était un costume de sourires, de légèreté et de bijoux tintinnabulants.
Une évidence fit jour : C'était un Djinn. Elle aurait pu y penser avant.

- Tu dégages la même aura. Triste, coupable, étouffée. Comme des éclairs parfois, tu brilles pourtant. C’est fugace, presque irréel mais puissant. Beau. Reine d’Orage te va vraiment bien.

- Vous aussi, Vous brillez. Vous êtes comme un soleil inattendu.

Et elle poursuivit, la gorge nouée par cette confession.

- Votre sœur portait le poids de son peuple, je ne porte que celui de mes pêchés. C'est bien moins honorable.

Elle perçut un changement, léger, dans son toucher.

- Rassure-toi. Je ne chercherai pas à percer tes secrets ou soulager ce qui te ronge. Ce n’est pas mon rôle. Non, je t’offre juste la promesse suivante. Si le poids, un jour, devient insupportable, appelle-moi : Tu pourras te reposer au creux de mes bras ou, si tu le désires alors, je te couvrirai de mes ténèbres pour t’apporter l’Oubli.

Esel entrouvrit la bouche. Quelque chose dans son cœur solitaire c'était serré. On lui offrait la promesse d'une mort paisible. Une promesse de paix. Une fin qu'elle n'avait jamais cru pouvoir envisager. Peut-être qu'il y'avait une loi, une sorte d’ordonnancement des probables qui l'avait amenée, comme avec Ronce ou Pitt, à rencontrer cet homme.
Et cette rencontre était décisive.

- Comment te retrouverais-je, si je ne connais pas ton nom, mon tendre Cauchemar ?

Elle colla son front à nouveau contre le sien, mais cette fois-ci en plongeant le regard dans le sien.

- Où que tu sois, pense à moi comme un membre de ta famille. Lorsque tu sauras trop fatigué de voyager seul, de porter tes rires à bout de bras, retrouve moi et accepte que je sois un endroit où poser tes bagages.

C'était une promesse.
Non, mieux, c'était un pacte.

Un pacte baptisé par la pluie.

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Jahan Shah Farvahar
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MessageSujet: Re: Bruine guinchante   Ven 24 Avr - 23:59
Sur son faciès de porcelaine dansaient des couleurs discrètes. Dans son regard s’entortillaient les émotions, aussi sûrement que dans le mien. Emu, mon ventre se nouait. Ma langue voulait rétorquer mille et un mots, remercier, nuancer, lui expliquer qu’elle était tout aussi honorable que Khatereh. Le silence, toutefois, ne pouvait être brisé par des paroles vaines. Non, cette fois-ci, les mots compteraient. Brièvement, mon souffle se mêla au sien le temps d’un baiser. Point de souffre ou de luxure, le désir n’avait pas aiguillonné l’échange. Chaste, pur, cet osculum scellait notre pacte.

Pourtant, entre nous, ni suzerain et ni vassal juste l’hommage présenté. Pour mon peuple – ou du moins pour mon clan – chaque Elément avait son importance. Des Cinq, l’Air nous symbolisait le mieux. Aussi, échanger son Souffle prenait des nuances particulières. Enfin, qu’en savais-je réellement ? J’avais passé plus de temps auprès de nos ennemis qu’auprès de miens. Je venais seulement de recevoir mon second prénom. Je m’accrochai pourtant encore à ces souvenirs épars, ces bribes brisées, encore pures, noyées dans l’Oubli. Ma Reine d’Orage avait saisi de suite : Cauchemar m’avait-elle nommé. D’une certaine manière, elle avait tacitement accepté toutes les implications liées. Avec un sourire tendre, j’affirmai enfin :

- Je viendrai.

Marquant un temps, je replongeai un moment dans ses yeux, parcourais à nouveau ses cheveux d’argent du bout de mes doigts. Je ne souhaitais pas vraiment rompre l’instant avec des considérations triviales et pourtant ô combien pratiques.

- J’ai eu beaucoup de noms. Parfois même, je n’en ai pas eu du tout. Tu m’as nommé Cauchemar et ça me plait. Mais ma mère m’a appelé Atêsh et mon clan Jahanshah. Et toi, ma Reine d’Orage ? J’imagine que toi aussi tu as eu beaucoup de noms, ceux qui comptent pour toi sont les seuls que je veux savoir pour l’instant.

Et mon estomac se manifesta à son tour d’un grondement.
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Ashes Dice
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MessageSujet: Re: Bruine guinchante   Dim 26 Avr - 13:55
Esel fut légèrement décontenancée par cet impromptu baiser. Mais c'était bien différent de Pitt et de la chaleur piquante et alcoolisée qu'il laissait sur ses lèvres. C'était une signature de pacte. Un sceau. Et sans nul doute une pratique culturelle que la jeune femme ne maitrisait guère.
Pourtant quelque chose d'autre se jouait.
A cet instant, elle sentit un picotement au bout de ses doigts, un frisson imperceptible lui parcourut la colonne vertébrale. Ses ongles bruissèrent, s’effritèrent en milles paillettes d'argents. Et lorsqu'elle put remuer enfin les mains, elle avait retrouvé ses doigts pâles et dépourvus de couteaux.

- Atesh... murmura-t-elle incrédule.

Elle plia et déplia ses phalanges avec un gloussement joyeux.

- Atesh ! Mes doigts, regardez !

Esel les fit danser devant les yeux du djinn puis elle attrapa son visage à pleines paumes. Son expression de bonheur et de soulagement était tout un spectacle. Elle lui embrassa le front avec effusion, riant toujours.
Le grondement stomacale du jeune homme la stoppa d'un coup. Ils s'entreregardèrent sans rien dire, figés dans l'instant. Démarra alors une franche hilarité.

Lorsqu'Esel se remit de ses larmes aux yeux et reprit son calme, se fut pour poser un regard plein d'affection et de reconnaissance sur l'étranger qui n'en était plus vraiment un. Elle sentait rassérénée.

- J'ai en effet eut plusieurs noms. On m'a baptisée Louise, actuellement je me nomme Esel. Esel Vermögen. Mais je crois qu'il ne me convient plus vraiment...

Elle marqua un temps avant de se lever.

- Venez, dit-elle en lui tendant une main. Je vous invite manger. Je crois qu'on a besoin d'un bon repas tous les deux...

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Jahan Shah Farvahar
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MessageSujet: Re: Bruine guinchante   Lun 27 Avr - 0:21
Lorsque le sort fut levé, à l’instant du baiser, je ne puis m’empêcher de goûter à cette curieuse constante de la magie. Pour guérir une reine, libérer un prince, il suffisait souvent de l’embrasser. Etait-ce la Magie ou l’influence du romantisme féerique ? La joie de la Reine d’Orage me contaminait assurément et lorsque mon ventre s’en mêla, l’hilarité me gagna tout entier.

- Si ce nom ne te convient plus, change-en.

Ajoutai-je en souriant. J’acceptai sa main pour me redresser plus pour agréer à l’invitation que par utilité. Mon regard défila ensuite de ses pieds à la tête et j’esquissai un sourire en coin.

- Il pourrait y avoir un coté savoureux à vous voir parader en chemise détrempée par la pluie, couronnée d’or, en plein Paris. Mais j’ai déjà le faciès qui ne convient pas pour les autorités, il serait plus judicieux de vous vêtir plus chaudement.

De la main, je désignai le tas de vêtements apportés avant de me diriger vers les miens.

- Oh… si tu préfères des pantalons, il y en a en haut aussi.

A Louise ou Esel, je préférai toujours Reine d’Orage – elle avait acquis une plus grande noblesse au fil de notre rencontre –. Il lui convenait bien mieux et l’instant l’avait rendu précieux. Je repassai mes différentes couches de vêtements. Ceintures soigneusement renouées, je dissimulais à nouveau mes armes, vérifiant plusieurs fois leur accessibilité malgré tout pour être prêt en cas de problème. Récupérant enfin mon chèche, je recouvrai mon chef, cachant à la vue des éventuels bandits les parures plus ostentatoires.

Poli, je débarrassai la vaisselle dans l’évier et retirai la bouilloire du feu. Ayant profité de l’hospitalité des lieux et par bonne humeur, il me vint brusquement à l’idée de laisser un présent à notre hôte absent. Tandis que ma compagne terminait avec les falbalas féminins, je posai mes mains à plat sur la table et lui fit don de faire apparaître un repas à chaque tombée de la nuit.

Lorsqu’elle revint, je lui offris mon bras, parfaitement gentleman et déclarai :

- Après le repas, je t’offrirai un moyen de me contacter, mais d’abord... manger. Je veux goûter du cochon laineux sauvage !

J’ouvris la porte sur le crépuscule et sa bruine guinchante.





- Fin -
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Bruine guinchante

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