[Mars 05] Memento Mori

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Jahan Shah Farvahar
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Jahan Shah Farvahar
Ven 1 Mai - 16:22
Affamé, je m'appliquais à ne laisser aucune trace du repas du soir. L'idée m'était venue, une seconde, de lécher le plat, mais je me devais de me comporter en adulte, surtout après mon comportement de gamin perturbé avec Sigmund. Puis, le sujet abordé était des plus sérieux. De quoi aurai-je eu l'air ? Aussi, j'écoutais avec attention Ozzy et Sigmund, hochant légèrement le chef à certaines affirmations, attentif malgré tout.

- Un don de guérison est, en fait, possible. Pas pour soigner votre village en claquant des doigts naturellement, mais en diffusant la magie par vos mains, c'est envisageable. Par contre, peut-être que le Délirium nécessite un peu plus qu'un don "simple" de soin.

Comment fonctionnait la maladie d'ailleurs ? J'avais eu vent des phases différentes en écoutant, comme tout le monde, et entendu des noms liés. Mon regard se figea un instant sur l'Anglais, ou du moins l'avait-on présumé. Et si le gaillard était américain ? Ozzy, ça faisait fichtrement penser à un surnom de quelqu'un qui pourrait s'appeler Oswald après tout. Dubitatif, je frottais négligemment ma mâchoire et examinais mon interlocuteur plus longuement. Rien ne servait de poser la question abruptement, après tout, qu'est-ce qu'il ferait ici ? Un docteur n'était-il pas supposé travailler, bien au chaud dans son laboratoire, sur un vaccin pour la maladie ? Sans compter qu'il n'avait pas la dégaine ni le physique qu'on imaginait chez un médecin. Les apparences sont souvent trompeuses disait-on. Aussi, l'idée fut-elle conservée dans un coin de ma caboche et je passai à un autre point de détails.

D'après les rumeurs, les patients souffraient d'un dérèglement de leur éventuel pouvoir. Etait-ce là lié à la fatigue, la faiblesse et la souffrance du malade ou devais-je y voir une raison plus magique ? Etait-ce possible que le virus agissait directement sur la magie ? Cela expliquait aisément pourquoi aucun guérisseur féerique ou sorcière n'avait encore réussi à élaborer un sort pour vaincre ce mal. Pire encore, l'éventualité que cela décime mon peuple commençait à me tarauder salement.

- Je vais devoir réfléchir plus longuement sur le sujet avant de pouvoir éventuellement vous proposer une idée.

Réfléchissant toujours sur le sujet, je ne glissai qu'un sourire à l'attention de Sigmund.

- Prends ton temps, tu n'es pas obligé de souhaiter quoique ce soit dans l'immédiat. La proposition est à vie.

Le tour de garde donné, une vaisselle sommaire exécutée en frottant le tout à la neige, je m'installai sur mes couvertures, emmitouflé dans mon manteau, m’endormant à moitié assis et appuyé sur mon sac.

J’ai 7 ans, les cheveux déjà blancs. Sur pied depuis un mois, mon père m’avait fait reprendre les entraînements, une routine réconfortante qu’entrecoupaient les visites de la guérisseuse pour s’assurer que la vie reprenait son cours normalement. La vieille femme, reconnue et respectable, avait des allures d’héroïne divine dans ma petite caboche. Le poids du cimeterre émoussé, ou plutôt de la dague longue ressemblant à un cimeterre, épuisait mes petits bras et je ne rêvais que m’enfoncer dans le dédale de couloirs rocheux jusqu’aux différentes sources de notre sanctuaire, jouer avec l’eau avec mes camarades. Hélas, la figure sévère de mon père, l’attention accordée empêchait cruellement de me faufiler fourbement pour courber la leçon. A défaut, mon esprit divaguait.

Baissant mon arme, je m’avançais en sautillant vers mon père qui, déjà, se pinçait l’arrête du nez.

- Papa, papa ! Dis, dis, dis ! Quand je serai grand, je pourrais aussi soigner des gens comme Parvaneh ?
- Pas comme Parvaneh, non.
- Pourquoi ? Elle a dit qu'elle était d'accord de m'apprendre !
- Elle a dit ça ?
- Bah oui, elle a dit que j'étais intelligent et qu'elle voulait bien m'enseigner malgré tout.

Il soupira.

- Chacun a son rôle ici. Et soigner n'est pas le tien.
- C'est quoi un rôle ?
- Chaque membre du clan a une utilité, une charge à accomplir. Quelque chose dans lequel il est doué ou que lui seul peut accomplir.

Le vieux Orang avait déjà expliqué ça, mais le sujet rébarbatif ne m’avait pas encore intéressé. Par contre, je ne demandais qu’à savoir ce que devait faire les autres. Negin devait sans doute être préposée aux pleurs parce qu’elle arrêtait pas même quand je faisais l’imbécile. Après avoir fait semblant de m’intéressé à nouveau à la passe d’arme que mon père tentait de m’enseigner, ma curiosité prit le dessus.

- C’est quoi le rôle de Negin ?
- Se souvenir.
- Et Parvaneh ?
- Soigner.
- Et toi ?

Excédé par mon manque d’assiduité, il aboya à demi.

- Tu vas me faire tout le clan comme ça ? Ce n'est pas une leçon sur notre peuple aujourd'hui, mais sur les armes.
- Mais je veux pas me battre moi !

Protestai-je en baissant mon arme et trépignant.

- Il le faudra pourtant. Tu ne voudrais pas que des gens fassent du mal à ta soeur ou aux autres, non ? On remonte sa lame, jeune homme. Plus vite.

Une tentative échouée. Capricieux, je m’agitais en râlant.

- C’est trop lourd et je veux aller jouer !
- L'entraînement n'est pas encore fini.
- Mais Samir il a dit qu'il peut jouer directement après la leçon du vieux Orang !
- Tu vas arrêter de te plaindre ? Je vais t'envoyer chez les Efrits si tu continues !

Mon père ne ferait jamais ça… Non ? Dans le doute, je levais mon arme et reprenais la posture demandée.

- Bah voilà ! Quand tu veux, tu peux ! Plus souplement sur les genoux, tu n'es pas une statue.

A plusieurs reprises, j’essayai de l’attaquer, déplaçant ma lame comme il m’avait enseigné. Il parait et me repoussait sans relâche, sans fausse douceur. Plusieurs fois, je manquai de lâcher la garde de mon arme. Je resserrais ma poigne jusqu’à ce que les doigts m’en blanchissent. Une nouvelle interrogation impérieuse et primordiale traça son chemin entre mes lèvres.

- Papa ?
- Quoi encore ? Tiens mieux la garde de ton épée, serrer les mains comme un abruti ne te donne pas plus de force.
- .... C'est quoi mon rôle à moi ?

Sans cesse, le rêve se rejouait. Aléatoirement, la réponse différait : Dévorer, dormir, conquérir, mourir, venger, dominer, faire un fils à Sigmund, consumer, raviver la flamme, comprendre, soulever des allemandes à des treuils, boire de l'alcool de feu, arrêter de poser des questions bizarres, danser avec Ozzy l'Ours délirant et vérifier s'il fait klang ...

Malgré ces rêves et pensées perturbés, le sommeil m'avait emporté rapidement. Pourtant, créature nocturne, je n'avais, par habitude, pas le goût des nuits dédiées au repos. Malgré tout, en raison de la fatigue, je ne m'éveillai qu'une heure environ avant mon propre tour de garde. Comateux, des brides de rêves s'accrochaient encore à moi, tandis que je m'interrogeais sur le pourquoi de certaines réponses. Baillant aux corneilles, j'observais Ozzy s'affairer à tenir le feu suffisamment fourni pour nous éviter l'hypothermie. En me décrochant à moitié la mâchoire, je l'envoyai finir sa nuit avec toute l'autorité pâteuse et nonchalante dont j'étais capable à cet instant-là. Je m'attribuais sa place encore chaude et veillais le nez sur le ciel étoilé. Ozzy nous avait prévenu qu'un ciel dégagé serait à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle. Bonne car cela signifiait la fin du blizzard. Mauvaise car la neige risquait fort d'être verglacée et les températures plus glacées encore.

Une heure plus tard, le feu ravivé crépitait avec plus de virulence pour tenter de nous garder tous au chaud. Même éveillé, il m'avait été nécessaire de m'enrouler dans mes couvertures pour garder mon corps à une température acceptable. Je me relevai régulièrement pour dégourdir mes jambes et ne cessai plus ou presque de répéter un exercice donné par un certain empereur austro-hongrois, y ajoutant un facteur magique, passant de l'ombre à la lumière pour mieux maîtriser la transition d'état. Je vérifiai plusieurs fois, inquiet, que la respiration de mes camarades restait régulière et sereine. Je rajoutai même des couvertures sur l'un et l'autre pour qu'ils puissent continuer à prendre leur repos sans heurt. Une heure environ avant l'aurore, je remplis plusieurs casseroles de neige pur et fraîche que je fis fondre pour remplir nos différentes outres et préparai un plat consistant pour le petit déjeuner.

Une fois une toilette sommaire effectuée, nos estomacs remplis et nos paquetages remballés, nous nous remîmes en route. Après une première journée de mise en jambe plutôt tranquille, le programme à effectuer avant la tombée de la nuit avait des allures de tâches herculéennes. Pour grimper jusqu’au pied du glacier auprès duquel était nichée la source, un sinueux chemin serpentait entre différents petits vallons. Régulier, le dénivelé ne nécessitait pas de s’encorder. Néanmoins, l’abondance des chutes de neige, puis le gel nocturne, rendait le terrain instable ou glissant selon son degré d’exposition au soleil. Nos pas devaient se glisser les uns dans les autres pour éviter les glissades inopinées ou de déclencher quelques catastrophes supplémentaires.

Nous nous arrêtions régulièrement. Notre guide, indifféremment de la durée de la pause ou du trajet effectué, nous enjoignait à boire quelques gorgées d’eau, peu importait notre soif. Sommairement, il nous expliqua la tendance à la déshydration dans le froid, en raison de la sensation de soif diminuée. Au lieu d’un repas de midi chaud, nous consommions une sorte de bouillie de céréales, de graisses animales en petites quantités par quatre fois. Le fait était que ce gras tenait au corps et remplissait efficacement l’estomac. Le digérer réchauffait assurément. Ozzy nous encourageait alors avec un sourire, promettant un repas plus agréable une fois arrivé à notre refuge nocturne.

Malgré les raquettes, les pieds s’embourbaient dans la neige à intervalles réguliers. Quelques rafales de vent étranglaient la respiration de leurs doigts glaciaux et sifflant. Le silence régnait, rarement entrecoupé de mots d’entraide. Peut-être fallait-il voir dans l’épreuve toute la rigueur d’une initiation pour avoir le droit aux bienfaits de la source. Alors que le corps souffrait, l’esprit s’envolait, dérivait.

L’histoire de don de guérison me tiraillait. Pouvais-je assurer que ce que je transmettrais à Ozzy lui permettrait de soigner le délirium ? En spécifiant que celui-ci soignait uniquement, ou spécialement, cette maladie, cela augmenterait-il les chances ? Dubitatif, je frottai mon menton par-dessus mon chèche, en proie à la réflexion. Cela voudrait dire avoir un don exclusivement utile à une situation donnée sans garantie de fonctionnement. Si celle-ci s’attaquait d’une manière ou une autre à la magie, pourrait-elle corrompre et souiller le don avant qu’il ne réussisse à l’éradiquer ? De plus, il me paraissait ridicule qu’aucune fée ou sorcière n’ait jamais pensé à la solution. La maladie serait sinon, endiguée depuis longtemps. Ou peut-être n’y avait-il aucun volontaire assez altruiste pour se dévouer.

Après avoir exposé l’idée à mes camarades lors d’une des pauses, la dernière avant le refuge selon notre guide, je voyais une raison supplémentaire pourquoi le délirium ne s’endiguait pas.

- Ceci dit, si je détenais un don de guérison capable de soigner le délirium actuellement, je n'en ferais pas spécialement étalage non plus. Les risques d'être attaqué et utilisé comme un objet par les malades, leurs proches sont très forts. Sans compter les scientifiques qui pourraient avoir une folle envie de vous dépecer dans tous les sens pour comprendre ce qui vous rend capable de le faire… Privé de liberté ou mort, l'altruisme de vouloir sauver autrui, le sacrifice n'est, décidément, rarement récompensé.

A l’attention de Sigmund, je glissai un sourire presque taquin.

- Si le gardien de la Source le permet, peut-être pourrais-je me servir de la magie environnante, sa pureté pour renforcer le don donné, visant plus la purification que la guérison de tous les maux. Cela ne s’effectuera pas facilement et nécessitera un peu de temps. Mais c’est envisageable.

Pris dans mon explication, je négligeai la sensation désagréable qui me picotait la nuque. Quelqu’un observait, non ?

- En fait, je pense que ça m’aurait aidé d’en savoir plus sur la maladie pour agir de manière plus… analytique et pragmatique. Les Russes et leur école de technomagie seraient sans doute les plus à même de réussir en s’engageant sur ce type de voie. Néanmoins… vous n’avez que moi sous la main, donc, on pourrait tenter de rassembler ce qu’on sait sur le Délirium pour maximiser nos chances ?

Machinalement, je fouillais du regard les expressions de mes interlocuteurs ainsi que la zone derrière eux. Quelque chose me dérangeait sans que je n’arrive à mettre le doigt dessus.
Jahan Shah Farvahar
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Mer 6 Mai - 15:38
Sigmund souffla sur ses doigts endoloris par le froid avant de répondre. Il ne savait guère grand-chose sur la maladie mais vivre a proximité d'un infecté lui avait permis d'être aux premières loges. De pouvoir en observer l'évolution.

« De ce que j'ai pu voir, la maladie met quelques jours avant de se déclencher. On ne sait pas tout de suite si on est contaminé, ou non, avant de subir les premiers symptômes. Fièvre, tremblements, crachat de sang, santé déclinante. Des symptômes proche de la tuberculose. Mais la maladie tient surtout son nom du fait que les gens touchés sont soumis à des visions délirantes. »

Jusqu'à présent, le cadet de Sigmund n'avait présenté aucun signe en ce sens, restant incroyablement lucide. Ce symptôme ne se déclenchait peut-être qu'au bout d'un certain temps. Sigmund croisa mentalement les doigts, tâchant de demeurer positif malgré la menace qui planait.

« Le mieux serait de contacter des médecins, des chercheurs, des scientifiques. Ou même mieux de croiser la route de ce Oswald Hawkins, cet homme qui a assuré trouver un remède en menant un voyage. On a aucune nouvelle sur lui. A-t-il fini par trouver, s'est-il évaporé ? On le disait comme étant le meilleur dans sa domaine. J'aimerais croire en sa réussite. »

Sigmund tapota du pied nerveusement.

« Mais je ne peux pas rester les bras ballants. Je ne peux que croire en cette source. »

L'Allemand se tourna vers leur guide, l'intimant par ce geste à prendre la parole. Mais l'homme ne bougea pas, le regard fixé vers un point situé derrière Atêsh. L'individu finit par se tourner, braquant son regard derrière lui. Un sifflement s'échappa de ses lèvres, retentissant au sein du silence, tel les bruits des pas des confessés sous la voûte d'une cathédrale. Les buissons bruissèrent, un animal se rapprocha lentement, sa silhouette devenant plus limpide quand elle entra dans le cercle de lumière, sortant des ombres des bois.

Un loup massif, au pelage aussi sombre que les ombres dont il s'était extrait, se colla contre la jambe d'Ozzy. L'homme plongea sa main dans la fourrure, flattant l'animal, le calmant. Sigmund, lui, n'osait pas opérer le moindre mouvement. Seul son regard se mouvait, allant du loup à Ozzy, cherchant à comprendre cette scène atypique. Le guide finit par briser le silence, démontrant un sourire flamboyant sous sa moustache.

« Au vu de la tournure que prend notre voyage, je me dois de tomber le masque. Je ne me nomme pas Ozzy. »

D'un geste vif, l'homme claqua des doigts. Son visage se transforma. Sigmund eut une grimace écœurée. La chair de l'homme semblait bouillir, telle de l'eau, montrant des cloques qui disparaissaient dans un bruit écœurant. La moustache s'agrandit, une pilosité faciale se fit plus prononcée. Le nez se fit plus imposant, plus marqué, presque brisé. De ce qui fut Ozzy ne resta que le regard, toujours semblable. Mais l'homme qui leur faisait face était différent – plus russe, en un mot. L'accent même avait disparu, adoptant l’apprêté soviétique.

« Mon nom est Vadimir. Ne soyez pas offusqués que je vous ai trompés. Ce n'était qu'une épreuve, un test pour éprouver vos convictions, votre foi. Je suis le Gardien de la Source. Je n'allais pas emmener des hommes à mon sanctuaire sans connaître leur volonté. J'ai testé votre patience, votre ténacité, votre courage. L'ours que vous avez du affronter auparavant, qui croyez-vous qui l'a appelé ? Je ne suis pas seul. La Nature même protège cette Source. »

Le loup s'assit sur son séant, ses oreilles bougeant pour capter les paroles humaines. Sans ce léger mouvement, on aurait pu le prendre pour une statue.

Déglutissant pour se donner un semblant de courage, Sigmund hasarda quelques paroles. La promiscuité du loup ne l'aidait en rien à se sentir à l'aise. Ni encore moins de savoir que leur guide était un être si important et, semble-t-il, dôté de capacités magiques des plus impressionnantes.

« Et... Donc, si je suis votre raisonnement, vous nous jugez dignes d'approcher la Source ? »

Ozzy-Vadimir eut un rire bref, pareil au jappement d'un chien – en plus grave.

« Pour sûr que je vous juge digne tous deux. Sinon, j'aurais demandé au loup de vous faire prendre la poudre d'escampette. Le prochain refuge sera notre dernière étape. Je vous ai menti aussi sur la durée du voyage. Encore quelques heures de marche, et on arrivera à bon port. Mais soyez sûrs d'une chose... »

Vadimir se leva, suivi du loup qui n’émettait aucun grondement.

« Si jamais vous trahissez ma confiance, le froid de la Russie et de sa tsarine ne seront rien comparés à ce que je vous infligerais. »

Sigmund acquiesça docilement de la tête, ne voulant pas courroucer le Gardien. L'Allemand se leva à son tour, voulant se hâter vers leur destination. Plus vite ils seraient à la source, plus vite il pourrait revenir chez lui pour soigner son frère. Ou, au moins, apaiser les symptômes qui le tourmentaient jour et nuit.


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Jahan Shah Farvahar
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Jahan Shah Farvahar
Lun 18 Mai - 16:55
Tout le long de la révélation, ma bouche garda la forme d'un o parfait. Peut-être essayai-je de gober des mouches et grappiller quelques protéines pour me réchauffer ou alors la stupéfaction me laissait temporairement parfaitement bête à manger des mouches. Toute ma théorie sur le Ozzy-Oswald s'envolait en fumée ! Malheur, cette partie du plan s'écroulait. Je me consolai néanmoins avec le fait que j'avais bien ressenti que quelque chose clochait et que quelque chose approchait. Machinalement, je fixai le grand prédateur animal. L'ours avait été majestueux, mais le loup lui était simplement divin. Avouons que le pelage d'ombres aiguillait mon jugement dans ce sens. Je mis genou à terre pour plonger mon regard dans le sien. La magie d'Ozzy ? Certes fabuleuse, mais le loup me paraissait bien plus passionnant. J'étendis la main vers lui pour me laisser sentir et éventuellement pouvoir le caresser. Puis, je rougis jusqu'à la pointe des oreilles. Décidément, je me comportais comme un gamin depuis hier. Me redressant, je m'éclaircis la gorge et me concentrais à nouveau sur le discours.

Enfin la menace.

Un peu piteux, je portais ma main à ma nuque et la frottai par trois fois. Les deux hommes et le loup se remettant en route, je n'eus pas le temps de rassembler assez mes esprits pour ouvrir la bouche. Debout prestement, j'allongeai le pas pour les rattraper. De la dernière étape, je ne pris nullement attention, bien trop perdu dans ma réflexion. Toutefois, lorsque nous arrivâmes à la tombée de la nuit à une masure de pierres et de bois, le parfum entêtant de la magie alentour avait raffermi mes résolutions et chasser mes interrogations. Légèrement en surplomb, il fallait contourner la demeure d'Ozzy, enfin Vadimir, pour avoir une vue sur la Source. Nichées dans un écrin de neige pure, les eaux scintillaient d'étoiles de gel et le reflet de la lune naissante s'y baignait. Le vent jouait entre les arbres aux manteaux blancs en conciliabule. Notre présence paraissait perturber leurs silencieuses conversations. L'émotion nouait ma gorge : la nostalgie. Aussi dissemblable pouvait être la neige et le désert, le Coeur de mon peuple, le berceau où j'avais vu le jour, dégageait une atmosphère similaire. Bien sûr, chez moi, elle se mâtinait de rires du vent, des chuchotis des jeunes sylphes et des grondements de tempêtes. Aucune main et aucune lèvres ne devraient avoir le droit d'approcher de ces eaux. Surtout pas des humaines. Un instant, je décochai un regard à Sigmund, ce pauvre Sigmund, dont la présence me paraissait un affront. Lui qui n'aimait pas la magie, qui la craignait ne devrait pas avoir le droit... Je me forçais à chasser ces idées-là. J'étais moi aussi un invité de Vadimir. Il nous avait jugé digne tous les deux, je n'avais pas à remettre en cause son jugement. Ses terres n'étaient pas les miennes.

Pressés de se réchauffer, Sigmund et Vadimir avaient gagnés l'intérieur de la maison bien avant moi. Longuement, je restais seul à fixer la Source. Mes pensées s'égaraient parfaitement à nouveau. Mon rôle, je n'arrivais plus à m'en rappeler. Que m'avait répondu mon père cette fois-là ? J'aimais à croire que je me devais de protéger ce genre d'endroit, mais je n'étais pas un maritin. Je n'ignorais pas pourtant les significations de mes prénoms. Je ne voyais simplement pas comment les interpréter. Peut-être était-il temps que je mette fin à mon exil chez les humains pour rejoindre les miens, reprendre ma place. Une fois que mes chaînes seront enfin brisées, que les sorts me liant au prince, les atrocités du sorcier effacées, je serais libre de rejoindre l'endroit où naît le Vent.

Je tournai les talons et poussai la porte de la demeure. Les deux hommes étaient attablés et je me joignis à eux avec un air résolu. Une longue inspiration plus tard, je me confessais :

- Je crains de ne pas avoir été honnête avec vous, moi non plus. Je ne voulais pas m'étaler devant notre guide, estimant que les détails de mes intentions ne le regardaient pas. Toutefois, je comptais l'être avec le Gardien de la Source.

Je me servis néanmoins à boire et bus une large lampée pour m'humecter la bouche.

- Je ne suis pas là pour le délirium. Je suis là pour moi. J'ai parlé à Sigmund, de manière un peu cryptique, de mon problème. Je vais être plus direct cette fois-ci.

Fixant mes interlocuteurs tour à tour, il me fallut prendre une autre inspiration. Après tout, je n'avais jamais confessé dans le détail ce qui m'était arrivé.

- Lorsque j'étais enfant, les soldats du sultan m'ont arrachés à ma famille. J'ignore s'ils me recherchaient moi exactement ou si c'est juste une malheureuse coïncidence. J'ignore si pour me capturer ils ont détruit mon clan en entier ou si ceux-ci sont parvenus à fuir. C'est sans doute le cas, après tout, les sylphes ne sont pas facile à capturer et mon clan était... est un des plus grands de Perse.

Tentais-je de me convaincre moi-même. Après tout, factuellement, je n'avais vu aucun esclave, ni corps lors des événements.

- J'ai été amené au palais ottoman. Un des jeunes princes était à l'article de la mort. Pour le sauver, ils m'ont brisé de mille et une manière et m'ont lié à lui. Je passerai sous silence la façon, cela n'apportera guère à mon explication et ne paraîtrait qu'une façon de tenter de vous apitoyer sur mon sort.

Esquissai-je avec un demi-sourire, pour repousser la noirceur. Pourtant, il mourut presque instantanément. Je ne pouvais pas en sourire, cela m'était impossible. Quand bien même j'essayais de faire passer cela avec légèreté, la tâche était impossible.

- Jusqu'à récemment, il y a un an et demi, je n'avais pas de vie propre. J'étais simplement... l'Ombre du Prince, dont il se nourrissait chaque jour pour survivre. J'ai réussi à briser en partie les liens pour reprendre ma liberté. Mais je n'arrive pas à me défaire des dernières attaches, des sorts qui m'ont dénaturés du moins je le présume. J'ai besoin de la force de la source pour me restaurer tel que j'aurais dû être sans l'intervention des humains.

Bien malgré moi, je braquais mon regard sur Rühigfeuer.

- Je devrais détester ton espèce. D'expérience, vous cherchez tous à profiter des pouvoirs des miens. Vous ne voulez que nous dominer et vous servir de nous comme des objets. Je suis d'accord que les sorciers sont souvent des êtres terribles, que des djinns ou des fées commettent aussi des atrocités, mais vous n'avez pas besoin de la magie pour être des monstres cruels. Je suis peut-être Ténèbres, je suis sans doute Cauchemar, mais ce que j'aperçois dans le secret de vos alcôves, ce que vous confier à la Nuit, me terrifient bien plus souvent qu'à mon tour. Peut-être viendra-t-il un jour où je n'aurais plus envie d'essayer de vous comprendre.... mais pour l'instant, pour toi, pour la Reine d'Orage, pour Abigale, pour mille et une autres personnes innocentes, je veux encore essayer.

Mon attention se reporta sur le gardien de la Source.

- Je veux être Lumière. Je veux être bon. Je veux te promettre que jamais je ne serais l'Ombre qui dévore. Mais je ne peux pas être aussi catégorique. J'ignore de quoi sera fait le futur. Si les humains venaient à souiller ce genre de lieu, détruire la nature et les peuples magiques, je ne pourrais pas rester docile et sage. De fait, je comprendrai si tu ne désires pas me laisser utiliser la source pour me soigner.

Je marquai un temps.

- Par contre, j'aimerai pouvoir octroyer un don à Sigmund comme discuter. Je souhaiterai pouvoir lui permettre de purifier et purger les effets néfastes de nature magique. Je pense que le délirium a une composante magique, d'où les visions - une connexion accrue à la magie peut-être - et les dons détraqués, qu'il faut ... désenchanter. Puis soigner ensuite la maladie physique, probablement une sorte de tuberculose comme tu l'as dit, par des méthodes traditionnelles, herbes ou médicaments, probablement même un don de guérison fonctionnerait.

J'esquissai cette fois-ci un franc sourire pour le Roux.

- Tu me fais penser à un feu tranquille et doux, bienfaisant. Le feu purifie. Le don me semble le plus appropriés pour toi. Si cela te convient, je n'aime pas forcer une créature vivante à être formaté à une magie.
Jahan Shah Farvahar
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Dim 24 Mai - 0:28
Si la météo avait pu refléter les paroles du djinn, à l'image d'un miroir, la demeure du Gardien aurait subi une tempête sans précédent, ponctuée d'un orage tonitruant et d'un déluge qui aurait donné des convulsions à Noé. Le souffle coupé par le récit, Sigmund ne savait quoi dire, sentant que le moindre faux pas pourrait lui être fatal. Pourrait blesser le concerné, plutôt que l'aider. Le rouquin se mit à gratter, du bout de l'ongle, un nœud dans le bois de la table. Il demeurait, néanmoins, à l'écoute, n'ignorant aucun mot prononcé par le djinn.

Sigmund craignait la magie et ses partisans. Mais, contrairement aux plus extrémistes des anti-magies, il ne pouvait pas rire du malheur du djinn, ni même considérer qu'il méritait son sort. Personne ne méritait un tel traitement. Une vie mérite-t-elle d'être sacrifiée pour en sauver une autre ? La question méritait débat. Pour Sigmund, la réponse était toute trouvée. Seulement si le sacrifié était conscient du pacte qu'il nouait, et que son avis était pris en compte.

Atêsh le prit à part, déversant une hargne que Sigmund ne sut accueillir qu'en baissant la tête. Méthode inculquée dans sa chair depuis son enfance, attitude que nombre de ses pairs avait toujours jugé comme étant peu virile. A sa place, son cadet n'aurait pas hésité un seul instant à user de la violence, à se lancer dans un des ces combats flattant la virilité masculine. Sigmund, lui, absorba les paroles d'Atêsh. Il aurait pu se récrier, affirmer que, non, il n'était pas comme la masse, que le djinn avait tort, mais il ne pouvait pas. Il ne voulait pas.

Pourtant, l'espoir s’immisçait par un interstice. Atêsh lui donnait une chance, lui donnait la possibilité de renverser la tendance. Il lui proposait même de lui offrir un don. Un don qui pourrait, si les théories du djinn étaient exactes, permettre de sauver des dizaines, voire des centaines de vie.

Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités.

Décontenancé par ce poids immense qui pesait, soudainement, sur ses épaules, Sigmund se leva. Ses mains tremblaient. Il dut se reprendre à deux fois avant de pouvoir réussir à se saisir d'une cigarette. Le briquet craqua trois fois avant qu'une flamme salvatrice n'apparaisse. L'Allemand ouvrit la fenêtre la plus proche, juste à deux pas de la table. Un courant d'air froid vint se glisser dans la demeure. Sigmund inhala à grandes goulées le poison qu'était la cigarette, soufflant à travers l'ouverture de la fenêtre, ne voulant pas empester la pièce.

« Je ne sais pas si je serais capable... Je n'ai jamais manipulé la magie, je n'ai jamais... » Sigmund inspira longuement. La nicotine apaisa ses tremblements. Le regard de Sigmund se détacha de la fenêtre, accrochant celui d'Atêsh. « Je suis profondément touché. Si la source ne peut me donner le moyen de soigner mon frère, peut-être que ton don m'y aidera. Si jamais cela fonctionne, je pourrais me lancer dans un voyage dans toute l'Europe, peut-être même jusqu'en Amérique. »

Sigmund eut un rire nerveux qui fit tressauter ses épaules.

« Moi qui souhaitais un jour voir du pays, je serais servi. »

Sigmund écrasa le mégot sur le rebord de la fenêtre avant de la refermer. Marchant en direction du hall, l'Allemand enfila son manteau. Tout en reboutonnant son vêtement, l'homme revint auprès de ses comparses.

« Je ne sais pas vous mais, pour ma part, je suis prêt à me rendre à cette source. Nous pourrions reparler de ce don aux abords de ce lieu magique, qu'en dis-tu, Atêsh ? J'aime réfléchir à ciel ouvert. »


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Jahan Shah Farvahar
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Jahan Shah Farvahar
Dim 31 Mai - 16:45
Libéré, deux paires d'oreilles attentives, un hochement de tête du gardien suffirent à me délester d'un poids plus grand que je ne le pensais possible. Toutefois, comme par effet de causalité, une charge supplémentaire avachit les épaules de Rühigfeuer. Sa mains tremblait lorsqu'il fit jaillit le feu de son briquet. A mon tour, je me tus pour écouter son tracas naissant dont j'étais malgré moi l'instigateur. A son invitation, je regardais brièvement la flambée chaleureuse dans l'âtre, le repas encore chaud auquel je n'avais pas encore touché. Puis, je me redressais et m'emmitouflais à nouveau dans mon manteau.

- J'aurais besoin de dormir avant de t'accorder un don. C'est quelque chose que je ne fais pas souvent, pour une multitude de raisons, je préfère être plus alerte que maintenant. Mais allons parler au bord de la Source, peut-être que voir le coté bénéfique, pure et sauvage de la magie t'aidera à moins la craindre. Tu auras ensuite la nuit pour prendre ta décision. Il parait que je porte conseil.

Tentai-je vaguement taquin. Toutefois, je me doutais que la vague ironie de la dernière affirmation échapperait à mes camarades. Nous ouvrîmes la porte et regagnons le froid. Depuis la demeure, un sentier recouvert de poudreuse et bordés d'arbres lourds de celle-ci sillonnait jusqu'en bas du léger promontoire permettant à Vadimir de veiller sur les lieux. Nulle trace humaine ne souillait le tapis blanc. Pour une fois, le russe n'ouvrait pas la marche. Il se tenait même en léger retrait, attentif à nos gestes comme si le jugement, l'épreuve, pour avoir le droit d'accéder à son trésor ne serait jamais vraiment terminée. Je pris la tête pour cette brève marche supplémentaire. Sans raquette aux pieds, mes bottes s'enfonçaient et la morsure du froid traversait fourrure et cuir. Le pas même léger, glissait parfois sur quelques centimètres, retirant à la procession un peu de sa rigidité solennelle.

La roche se pailletait de fleurs de givre et autour de la source vive un écrin de glace comme des mains cherchant à la retenir au sein de la terre. L'eau scintillait. Tout l'endroit dans son entier me coupait le souffle. Pourtant, au lieu de me perdre dans la contemplation des eaux, je me tournais vers mon camarade. Avec douceur, ma main effleura son visage pour lui intimer en silence de fermer ses yeux. Alors que nous étions seuls, loin de tout, je chuchotai de crainte de perturber la quiétude des lieux.

- Je ne suis sans doute pas le plus indiqué des professeurs mais, aveugle, peut-être réussiras-tu à ressentir ce que les humains ont oubliés.

Comment procéder pour lui faire saisir ? J'ignorai s'il suffisait de le laisser se débrouiller par lui-même ou s'il fallait le guider plus en avant. Après délibération rapide avec moi-même, j'optai pour la seconde solution. Lents, comme paresseux, les mots roulaient sur ma langue et quelques secondes s'écoulaient entre chacune de mes phrases.

- Respire calmement. Et pour une fois, permets-toi de ressentir sans chercher à analyser. Tu es en sécurité.
Autour de nous, la Magie est présente.
Puissante et pure dans l'eau de la Source
Nourricière et grondante dans les terres sous tes pas
Fascinante et purificatrice dans le Soleil et les flammes
Insaisissable et joueuse à chaque gorgée d'air que tu respires, qui parcourt tes poumons, ta peau.
Tout comme moi, comme les animaux cachés sous les arbres, comme chaque vie, tu es nourri et gorgé de magie.
Neutre, Elle ne cherche pas à te faire du mal. Elle est comme le Vent, la Terre, l'Eau ou le Feu.
Elle peut prendre toutes leurs nuances. Les douces et caressantes, les pures et délicates comme les violentes et soudaines, les brusques et sauvages.
Si tu t'exposes trop longuement à son éclat triomphant, tu peux t'y brûler. Si tu te laisses emporter dans ses tempêtes, tu peux t'y perdre.
Tu peux contrôler ce que tu en fais.
Mais comme avec la Vie en général, tu ne peux pas contrôler ce que les Autres en font.
Quand bien même tu exterminerais toutes les sorcières et les fées, Elle perdurera pour l'Eternité. Même si la technologie, les créations humaines ne sont pas en harmonie avec Elle et perturbent la manière dont les fées la ressentent, Elles ne pourront pas en venir à bout.
Aussi, comprends bien que la Magie n'a rien de mauvais. Qu'elle ne te blessera pas d'elle-même. Que c'est toujours l'intervention d'une main tiers, humaine ou féerique, qui aliénera.
La manière de percevoir t'est propre. Que cela soit un frisson le long de ton échine, un pressentiment bon ou mauvais selon la forme qu'Elle prendra pour se manifester, une toile bariolée, je ne pourrais pas le savoir pour toi.
Que tu agisses avec méthode ou d'instinct, que l'empathie soit le moyen, il m'est difficile de te donner une marche à suivre sans t'avoir offert le don et passer du temps à tes côtés pour comprendre comment tu réagiras.


La neige crissa sous mon pas arrière. Pivotant, je me mis face à la Source pour l'observer enfin.

- J'ai besoin d'être seul un instant et toi aussi pour mieux ressentir. Je vais pas loin, juste prendre un peu de hauteur vers les rochers sur le coté. Rejoins-moi quand tu auras formuler toutes les questions auxquelles tu désires que je réponde avant de faire ton choix.

Je m'éloignai alors comme annoncé pour pouvoir enfin me concentrer sur l'endroit.
Jahan Shah Farvahar
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Mer 3 Juin - 0:12
Sigmund se sentait un brin idiot.

Il devait paraître même totalement fou à demeurer ainsi, debout, dans le froid, les yeux clos. Et pourtant, malgré l'incongruité de la situation, l'Allemand ne bougeait pas. Les paroles d'Atêsh lui avaient rappelé celles de ce bon vieux Zhao Ping lorsqu'il se lançait dans ses discours de philosophie chinoise. Le souvenir arracha un sourire à Sigmund, vite réprimé lorsque le vent se leva. L'homme grelotta dans son manteau mais tint debout.

Il se sentait aussi misérable qu'un esquif au sein d'un océan tourmenté par une violente tempête. Peu à peu son corps s'engourdissait, ses sens se mettaient en alerte. Son ouïe percevait le craquement d'une branche, le pas presque silencieux d'un lapin. Son odorat sentait les effluves de conifères. Tout son corps ne se résumait plus qu'à ces deux sens, mais pas seulement. Une sorte de perception s'éveillait peu à peu. Au sein du calme de la Nature, éloigné du tumulte de la vie humaine, la magie se faisait aussi bruyante qu'un orchestre.

Sigmund les sentait. Les courants telluriques, comparables à des vagues de chaleur qui vous picotaient les doigts. Sa main bougea, cherchant les flux, les vagues de pouvoir, qui vinrent dresser les poils sur ses bras, les cheveux sur sa nuque. La présence ne semblait ni hostile, ni amicale. Elle était, tout simplement. Elle existait. Force ancestrale née avec la vie et qui ne s'éteindrait que lorsque le monde aurait trouvé sa fin.

Quand l'Allemand rouvrit les yeux, le soleil lui apparut plus éclatant qu'auparavant. Assis sur un rocher, à quelques pas, Vadimir fumait lentement, à petites bouffées. De sa pipe s'exhalaient des cercles de fumée qui, en s’élevant, semblaient vouloir couronner le Gardien d’auréoles évanescentes. Répondant à la question muette de Sigmund, il lui indiqua la silhouette d'Atêsh, tâche d'encre sur la toile blanche. Le remerciant d'un signe de tête, l'Allemand rejoignit le djinn.

Les questions se bousculaient dans son esprit avant cette expérience. Désormais il se sentait l'âme apaisé, l'esprit vidé, comme purifié. Un rire mental résonna dans son esprit. Il n'aurait jamais cru vivre une telle expérience. Du moins, en étant en totale possession de ses moyens et non sous l'effet de la drogue.

« Je l'ai senti. » fut sa première phrase alors qu'il arrivait à hauteur de Atêsh, grimpant la pente en rapides foulées. « La magie. Je l'ai perçu tout autour de moi. C'était... instructif... intriguant... Je ne sais pas si un quelconque adjectif peut vraiment définir ce que j'ai vécu. »

Le vent décoiffait Sigmund plus que nécessaire, renvoyant même des mèches dans sa figure qu'il ne tentait même pas de repousser. Le froid et l'excitation de l'expérience avaient amené la rougeur à son visage, fait briller ses yeux. Son visage exprimait le ravissement d'un enfant découvrant le cadeau tant désiré au pied du sapin. Ses mains tremblaient, convulsivement, comme tout son être.

« Comment vous faites ? Les djinns, les fées, pour vivre dans une telle ambiance tout le temps ? Je me sens aussi euphorique qu'après un verre, ou une pipe, de trop. »

Sigmund regarda la pente, la dénivelée douce qui conduisait jusqu'en contrebas. Une piste parfaite pour lancer une luge emplie de gamins braillards.

« J'ai envie de me rouler dans la neige, de faire un ange sur le sol. J'en ai rarement eu l'occasion. Je ne sais pas, je... Tant d'envies se bousculent dans mon esprit. Un monde entier m'a été ouvert. Tant de possibilités, tant de frénésie... Je crois que je vais exploser. »

L'Allemand se passa une main sur le visage, tentant de rassembler les fragments de ses pensées. S'il ne se contrôlait pas, il allait enlacer Atêsh et s'élancer avec lui dans un roulé-boulé magistral jusqu'en bas de la pente. Ce ne serait guère mature comme comportement.

« Si j'ai un don, est-ce que je serais tout le temps ainsi ? Ou c'est juste... temporaire ? »

Comme une montée d'adrénaline.


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Jahan Shah Farvahar
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Jahan Shah Farvahar
Mer 3 Juin - 23:23

Assis sur un rocher, je pouvais ressentir la magie autour de moi avec... non en fait, j'avais les fesses complètement gelées et je peinais à me concentrer. Quelle idée de s'asseoir en tailleur dans un endroit aussi glacial ! J'alternais donc entre ma posture assise et les cents pas en équilibre sur la corniche rocheuse. Je manquais même de m'étaler à cause d'une plaque de givre et d'atterrir la face en premier dans la source. Après un bref coup d'œil à Vadimir, je décidais qu'il était plus sage de risquer des engelures sur mon ravissant séant plutôt que d'avoir le nez brisé et de barbouiller la source de sang. Le gardien avait un coté parfaitement dissuasif et je ne souhaitais guère tenter d'expérimenter comment il me punirait pour ce type d'affront. Courageux, curieux, mais pas suicidaire. Je repris donc ma place sur mon rocher, une jambe battant dans le vide, l'autre genou sous le menton - position stratégique, moins de contact avec la pierre -. J'enserrai ma jambe remontée des bras pour grappiller un peu de chaleur et tentai à nouveau de me concentrer. Je devais y arriver ! Ne venais-je pas de faire toute une diatribe pour encourager Sigmund à ressentir ?

Quelques inspirations et expirations plus tard, l'air frais remplissait mes poumons et je réussissais, enfin, à vider le contenu de ma caboche pour me focaliser sur l'instant ou la magie environnante. Il ne s'agissait pas pour moi d'arriver à la percevoir, cela me venait presque aussi naturellement que respirer, mais plus de réussir à m'harmoniser à la Source. Si je voulais pouvoir me servir de la puissance des lieux, il fallait que je la ressente avec acuité, que je réussisse à me fondre en elle autant qu'elle en moi. Ainsi, boire l'Eau cristalline n'en aurait que plus de pouvoir. Le don que je confierai, peut-être, à Sigmund n'en aurait que plus de puissance. L'affaire revêtait une importance particulière au vue des vies potentiellement en jeu. Bientôt le trouble de Sigmund, ses inquiétudes, me gagnèrent à mon tour. Il fallait réussir. La vie de son frère, au moins, en dépendait. Le temps d'un soupir, je voulus tout envoyer balader : Je n'étais pas un spécialiste comme une marraine-fée dans l'acte d'exaucer les demandes de don. J'enchantais les objets. J'étais l'Ombre Dévorante, la Nuit ou le Cauchemar. Pouvais-je me montrer bienveillant et à la hauteur des attentes dans un domaine si méconnu pour moi ? Puis, une nouvelle fois, le Voile de mes souvenirs brumeux se déchira. Habituellement, il fallait l'Art, qu'il soit Geste ou Musique, pour les rappeler à moi. Sans doute était-ce là les premiers bienfaits de la source sur le sortilège du sorcier. Grâce à cela, je savais. Cela n'empêcherait en rien la maladresse, les hésitations du débutant, mais au moins savais-je à présent comment m'y prendre.

Sigmund vint finalement me rejoindre, euphorique. Interrompant mes méditations, j'observai mon compère avant d'esquisser un franc sourire. Dans un premier temps, je me contentai de cela en l'observant avec attention, le laissant mettre de l'ordre dans ses pensées, exprimer ce qu'il ressentait, poser ses questions. Il s'agissait de le laisser pleinement profiter de sa découverte d'y goûter comme un enfant à sa première cuillère de miel. Toutefois, je peinais à conserver mon sérieux : sa bonne humeur était communicative et à la mention de l'ange sur le sol, j'éclatais de rire. Je me redressais alors pour mieux me jeter dans la poudreuse, allongé sur le dos. Puis, je battis des ailes. Les enfants ont les mêmes jeux partout. Certes, dans le désert, il n'était pas question d'anges blancs et froids, mais de phénix brûlant dans les zones de sable fin - ou parfois dans la rare boue au grand désespoir de la personne attitrée à la lessive -. S'il ne s'était pas décidé à me rejoindre, je jetai de la poudre sur lui comme autant de paillettes de gel avant de l'agripper pour l'attirer dans la neige.

- Suis ton instinct. Si tu veux faire quelque chose, fais-le, pour autant que ça reste respectueux.

Pendant plusieurs minutes, joueur, je multipliai les empreintes célestes dans la neige vierge, sautillai autour de Rühigfeuer pour le piéger de tours malicieux, impliquant souvent, il est vrai, de lui faire manger la neige. Avant de me faire avoir à mon tour et râler avec la plus mauvaise foi du monde un instant. Le coeur battant la chamade, le souffle un peu court, le jeu s'assagit vite. Nous n'étions plus que deux gamins fatigués dans la neige, le rire au bord des lèvres.

Lorsque nous furent plus calmes, je répondis enfin à ses questionnements.

- Ce n'est pas la même ambiance partout. Ici, tu es ... et bien à une source où la Magie est pure et sauvage. Il y en a d'autres à travers le monde, souvent dans des endroits intouchés par les Humains, protégés par un gardien ou par une communauté magique. Il y a d'autres endroits où la magie se concentre, par le biais de sortilèges, de rituels ou elle-même repoussé par d'antiques machinations. Elle se teinte souvent des événements se déroulant alentour. C'est d'ailleurs pour ça chez les humains, il y a une certaine prolifération de lieux hantés. Parce que vous êtes... souvent triste et gris.

Dans les terres humaines, la magie est plus difficilement perceptible. Certains diront que c'est la faute de la technologie, d'autres que c'est parce que vous la craignez qu'elle s'efface pour vous laisser vivre, d'autres que c'est vos religions qui la blesse. J'ai moi-même pleins de théories sur le sujet, mais là n'est pas la question. Toujours est-il que la plupart du temps, tu ne ressentiras pas de Magie. Lorsqu'elle se manifestera à toi spontanément, tu pourras être certain être présence d'un sortilège ou d'un lieu particulier, d'une créature magique relativement puissante - un hybride, une fée ou un djinn qui n'utilise pas son pouvoir ne sera pas forcément évident à repérer sans te concentrer -. Maintenant, tu connais la saveur, la sensation, de la magie dans sa forme la plus pure, il te sera plus aisé de comprendre ce qui te fera face. Le plus difficile sera de faire le tri entre ce que tu crois percevoir, ce qu'il en est effectivement, ce que tu ressentiras et ce que tu analyseras. Un peu comme dans la vie de tous les jours.

Lui souris-je.

- En résumé, non, tu ne seras pas toujours aussi euphorique. Chaque fée ou djinn ressent la magie d'une manière différente. Aussi certains seront aussi euphoriques que toi en présence d'une source de magie aussi pure, d'autres seront béat d'admiration, certains se sentiront juste enfin complets. D'autres seront juste complètement ivres de puissance.

Un peu brusquement, je me redressai sur un coude pour lui faire parfaitement face avec beaucoup de sérieux.

- D'ailleurs, c'est une constante assez humaine. Vous avez un peu de peine une fois ouvert à la magie à vous contrôler, sans doute pour ça que les sorciers tendent à devenir dingues. Il faut que tu comprennes que la Magie est comme les autres éléments : Si tu respires trop profondément, tu peux t'évanouir. Si tu t'enfonces trop dans l'eau, tu peux te noyer. Si tu te rapproches trop du feu, tu peux te brûler. Si tu cultives trop ta terre, tu la rendras stérile. Ta volonté, ton respect des autres et ta prudence seront sans doute tes dons les plus importants si tu te lances sur ce sentier-là. Tu devras apprendre ton don autant que te connaître toi-même, si tu veux en tirer parti sans risque. N'essaie pas de t'attaquer à une malédiction séculaire tout seul parce que tu es capable de délier un peu de magie.

Ma position passa à l'assise et je ramenai mes jambes contre moi.

- Ton don sera donc de purifier ou purger les effets magiques malfaisants. Si ma théorie sur le délirium s'avère relativement exacte, ça devrait permettre à un traitement usuel de fonctionner. Si ça ne suffit pas, ça devrait au moins te permettre de diminuer les symptômes de ton frère s'il venait à délirer ou démontrer d'un pouvoir corrompu. Le fonctionnement sera, en substance, assez simple. Tu connais la forme que prend la magie pure. Si une personne a un don qu'elle... accepte, tu devrais ressentir l'harmonie que cela produit. Si tu ressens une forme de dissonance, ça sera probablement un don imposé ou une malédiction, ce qui revient au même. Pour le défaire, tu devras découvrir ta propre méthode, mais globalement plus le sort sera étroitement lié à ton "patient", plus cela consommera ton énergie et de ton temps pour étudier, ressentir et comprendre la magie ainsi imbriquée. Comme dit, je resterai avec toi pour te guider au début puis... je te donnerai de quoi me contacter en cas de besoin. Je ne te lâcherai pas seul dans un monde qui t'es inconnu.

Je regardai le ciel un moment.

- D'autres questions ?
Jahan Shah Farvahar
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Ven 5 Juin - 23:56
Le souffle rendu court par les jeux, Sigmund souriait béatement. Aussi improbable soit la situation, l'Allemand avait le sentiment d'avoir trouvé un second frère dans le djinn. Son oscillation perpétuelle entre une profonde maturité et une attitude plus juvénile, témoin de son véritable âge, fascinait l'Allemand.

Il écouta ses explications, sans mot dire, fesses dans la neige, coudes posés sur ses genoux repliés.

« Si je comprends bien, ce don pourrait m'aider à jouer les exorcistes ? Je ne dirais pas non à ce que tu m'assistes quelques temps pour m'expliquer, sur le terrain, concrètement. Je vais bien trop craindre de faire un mauvais pas, pour utiliser mon don. Ce serait du gâchis. »

Sigmund se releva, époussetant ses habits maculés de neige. Il tendit une main secourable pour aider Atêsh à reprendre une posture plus verticale.

« Je te propose un marché. Allons demander au Gardien si nous pouvons approcher de la Source. S'il accepte, nous passerons la nuit ici, et repartirons au petit matin. Tu m'offriras ce don, et m'aidera à le pratiquer, jusqu'à ce que nos chemins se séparent. Je suppose que tu ne te diriges pas en Allemagne. »

Sortant une cigarette de sa poche, l'Allemand l'alluma et inhala une bouffée avant de reprendre.

« Mais si c'est le cas, je serais ravi de retrouver mon pays en ta compagnie. Je pourrais te servir de garde du corps. Je ne doute nullement de tes capacités mais, tu as du le voir qu'un visage blanc inspire davantage confiance qu'un teint hâlé sur ce continent. »

Plongeant sa main dans sa chevelure, Sigmund entreprit de la secouer pour en retirer la neige. Sa posture, la tête légèrement penchée sur le côté, couplée à son geste lui donnaient des airs de chien sortant d'un bain forcé. L'homme braqua son unique œil valide en contrebas.

« Je crois bien que Vadimir nous attends. »


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Jahan Shah Farvahar
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Jahan Shah Farvahar
Lun 8 Juin - 17:39
Contrairement à pas mal de jeunes hommes mal assurés de leur virilité, je me saisis de la main tendue pour me retrouver sur mes pieds. Peu importait que je n'en ai pas la moindre utilité, la refuser aurait été impoli et démontrerait une méfiance envers la personne l'offrant. J'époussetai ma tenue de la neige accumulée, même les paillettes givrées venant ornées mon chèche. Toutefois, je me devais d'apporter quelques précisions à sa diatribe.

- En fait, pour offrir un don, cela réclame de l'énergie. Quand bien même je vais puiser à la source, je resterai le catalyseur et ça fatigue. En plus de ce que je vais t'offrir, ce que je vais devoir faire pour moi-même me prendre un certain temps et de l'énergie. On ne pourra pas partir demain matin : Il me faudra au moins la matinée seulement pour moi. Et avec la journée de marche dans les jambes, nous devrions nous reposer avant que je t'offre un don et tu devrais vraiment y réfléchir pendant la nuit et au calme, pour être certain de ton choix.

Le ton était à l'excuse. Dans une certaine mesure, mon empressement surpassait sans doute le sien. Je n'avais néanmoins nullement intention de bâcler mes oeuvres, que ça soit pour lui ou moi.

- Demain matin, je t'offrirai un don au petit matin. Puis, je m'occuperai de mon propre problème. A la limite, ça te permettra d'observer si tu le souhaites.

Je souris plus franchement à l'invitation.

- Je n'ai pas encore prévu mon itinéraire, mais je comptais plutôt retourner voir mon épouse : cela fait un moment que je l'ai quitté. Mais, plus tard, j'irai en Allemagne et te contraindrai vilement à me suivre dans des nouvelles aventures !

Du moins, si je réussissais à quitter Abigale une nouvelle fois. Puis, il fallait que je fasse un détour sur la Perse aussi, pour commencer à chercher les miens. Il était plus que temps que je redevienne un djinn à part entière et retrouve ma place.

Nous nous dirigeâmes alors en direction du Gardien et échangeâmes quelques mots avec lui : je réitérai une nouvelle fois mes demandes précédentes et informai que je préférai procéder à tête et corps reposé. Le Russe réfléchit quelques instants avant de hocher du chef. Notre joyeux trio regagna alors la cabane où je pus, enfin, manger. Mon estomac, après les jeux dans la neige, me tiraillait si salement qu'un instant j'avais songé à manger mes propres doigts en profitant ainsi pour les réchauffer. Piochant dans mon sac, j'en sortis le miel et le sachet de thé afin de préparer un breuvage chaud outrageusement sucré. Naturellement, j'en offris à mes compagnons et remplit même à leur intention exclusive deux verres d'arak, une eau-de-vie de raisin au goût légèrement anisée, tirant vers les 45 degrés d'alcool. Moi-même, je ne l'avais qu'utiliser pour désinfecter mes petites plaies depuis mon départ du palais. Préservant les oreilles de mes camarades qui avaient largement assez entendu mon espagnol susurrant, un certain mutisme me frappa en même temps que mes réflexions sur comment procéder le lendemain. Puis, après avoir demandé deux brocs à Vadimir, je gagnais un coin tranquille pour m'y installer afin de dormir sur ma sacoche.

Après une nuit relativement courte, une brève toilette, je passais quelques minutes à assis en tailleur près du l'âtre ravivé à enchanter un anneau. Rien de bien complexe, mais j'allais devoir laisser de coté pour la journée mon envie de faire sans magie sous prétexte que les humains y arrivaient très bien, aussi une de mes bagues me permettait temporairement d'ignorer les effets du froid. Je me départis alors de mes tenues hivernales pour revêtir celle de lumière, celle-là même que j'avais arborée comme saltimbanque pour attirer l'attention. En compagnie de mes deux brocs, après avoir informé Vadimir encore à moitié endormi, je sortis dans les dernières heures de la nuit.

A pas prudent, je me rapprochai de la source. Ayant aperçu la veille une pierre plate parfaite pour mon idée, je la déplaçai dans la petite clairière devant la source pour en faire une sorte d'autel. Une fois satisfait du positionnement, je déposais mes bottes, mon manteau, mon chèche et mes armes dans un coin. Oh, je savais qu'il n'y avait guère de probabilité d'une attaque soudaine ici, mais les vieilles habitudes ne se balayaient pas aussi aisément. Malgré l'anneau, le froid mouchetait ma peau, presque entièrement dévoilée - je ne portais, au final, que mon sarouel et mes bijoux -. Après un regard vers le ciel s'éclaircissant, j'interrogeai d'un coup d'oeil le Gardien guettant une nouvelle fois son approbation. Celle-ci obtenue, je m'avançais vers la Source. Révérencieux, j'y remplis les deux récipients. Je revins à mon autel improvisé afin de les déposer avec application, prenant bien garde à n'en perdre aucune goutte. De deux pas, je m'en écartai. Mes paupières se fermèrent tandis que j'inspirai profondément.

Comme pour mieux capter une musique inaudible, mon chef pencha sur le coté. Attentifs, chacun de mes sens s'éveillait pour fouiller alentour. Implacable, il me fallait capter la lente et puissante pulsation des lignes telluriques sous mes pieds. Lentement, elle grimpait le long de mes jambes, jusqu'au creux de mes reins. L'oscillation y naquit et se propagea jusqu'au sommet de mon crâne. La source chuchotait lentement à mes bras. Elle leur commandait les premières arabesques paresseuses comme son lent flux et reflux. La chaleur des premiers rayons du soleil nimbait peu à peu ma peau. Elle réchauffait jusqu'à mon sang. Éclairées, mes ténèbres se dissipaient alors : pour l'occasion, pas de funambule, pas de perpétuelle hésitation, je pouvais cesser d'être l'Ombre et juste être Atêsh. Quoi de plus adéquat pour fournir un don purificateur que l'enfant consacré au soleil ? Telle était, après tout, la signification associée à mon premier nom.

Survinrent ensuite les premières rafales joueuses. Arrivées par un heureux hasard ou appelées par la magie ? Peut-être avais-je simplement patienter jusqu'à ce qu'elles se présentent. Vives et taquines, elles s'engouffrèrent au sein de mes cheveux nuages. Éparpillés, cliquetant de toutes parts, les bijoux scintillaient et crépitaient comme autant de minuscules étoiles. A nouveau mon torse se souleva pour inhaler l'air chargée de magie. Ainsi débuta la réelle danse.

Millénaire, le rituel remontait aux premiers jours du clan. Chaque génération avait tenté de codifier le Geste, mais aucune n'avait réussi à imposer quoique ce soit. Il se réinventait, tumultueux et tempétueux à chaque occasion. Cérémonie de passage marquant les différents âges, il contait la même histoire simple : La vie, le rôle au sein du clan, le don offert ou possédé. En plus de donner lieu à des réjouissances, le rite escomptait célébrer la magie car elle était une part intégrante du sylphe fêté. Les prêtres dansaient en son honneur et ainsi le bénissaient de la Magie rassemblée. Dans l'envolée soudaine de la première pirouette, la terre frappée du talon, il fallait voir la promesse d'une vie trépidante. A chaque geste saccadé, presque brutal, mes muscles tressaillaient sous ma peau, prélude du perpétuel combat. Puis, doux et caressants, les doigts et les hanches attisaient la passion d'une caresse, quémandait la tendresse. Puis le tumulte reprenait d'entrechats en claquements d'étoffes. Sans cesse en mouvement, aussi insaisissable que l'Air.

Même pour un profane, l'harmonisation devait être perceptible. Électrique, la puissance rassemblait redressait les cheveux sur ma nuque. Elle crépitait et vibrait dans chaque cellule de mon corps, dans chaque pore de ma peau. Mon coeur tambourinait sur le même tempo. Un instant, un merveilleux instant, j'eus l'impression de m'envoler réellement. De voler. De planer au-dessus de tout, d'être aussi aussi vif, brutal et puissant que le khamsin, aussi brûlant et lointain que le Soleil. Le temps me paraissait s'être ralenti ou même arrêté et le Monde restait sur cette même note, à l'unisson. Au diapason, il aurait été si simple de s'égarer sur cette mélodie, s'y plonger entièrement pour mieux se disperser aux vents. Heureusement, funambule, la discipline liée m'aidait à garder mon assiette. En équilibre, je reprenais contact avec la réalité, ralentissant ma cadence. Des deux mains, je me saisis du premier broc empli d'eau de la Source. Je m'approchai alors de Rühigfeuer et la lui présentai. S'il hésita, la magie virevoltante dans mes veines, martelant mes tempes, m'empêcha de m'en apercevoir. Tenant toujours ses mains dans la miennes, la coupe soigneusement nichée au sein de cet écrin, je m'avançai encore jusqu'à lier mon Souffle au sein. Ainsi, par l'Air offert, par nos lèvres brièvement jointes sans aucune ambiguïté sulfureuse, je lui concédai une partie de la puisse accumulé auparavant. Lorsqu'elle fut nichée dans ses poumons, je reculai sensiblement et murmurai dans ma langue natale :

- Sigmund, je te donne le pouvoir de purifier et dissiper la magie négative ou indésirée. Je lie ce don à toi grâce à la pureté issu du feu des premiers rayons du soleil, aux vents tourbillonnants des montagnes, aux flux parcourant la terre et l'eau cristalline de la Source.

Avec légèreté, je pressai légèrement ses mains autour de la coupe.

- Beâshâm.

Avec un sourire doux, je traduisis.

- Bois.

Sans le lâcher, j'accompagnais son geste. Avec application et une certaine forme de douceur, le contact me permettait de lier plus aisément chacune des fibres de son corps à son don, et aux bienfaits de la Source. Dans le Souffle offert, je puisais la puissance que j'espérais suffisante à lui permettre de contrecarrer le délirium. La proximité et le silence instauré durèrent quelques minutes durant lesquelles, j'accordai Sigmund à sa magie. Mais je faisais également en sorte de cadrer son don au maximum, pour ne pas qu'il ne nuise à une créature magique ou un lieu de magie pure. Si je lui faisais confiance, une première, je voulais absolument éviter que quelqu'un puisse se servir de lui et du don que je lui offrais pour blesser les miens. Lorsque je fus satisfait, je libérai doucement les mains de Sigmund. Je reculai d'un pas et, taquin, clignai d'un oeil à son intention. Il me restait encore beaucoup à faire. Toutefois, je lui accorderais tout le temps nécessaire pour ses nouvelles questions, pour le rattraper s'il flanchait et j'avais même en tête un premier exercice pour le tenir occupé tandis que je passerai à mon propre problème.
Jahan Shah Farvahar
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Ven 12 Juin - 0:33


Le rituel exercé par le djinn rappela à l'Allemand le rituel dominical qu'il suivait à l'église, du temps qu'il était enfant. Après la disparition de la mère et épouse, le père Rammsteiner s'était réfugié dans la croyance et l’Église, tentant de trouver au sein de la parole divine un réconfort face à la place demeurée vacante et que le temps, seul, n'avait pas su combler. Sigmund avait usé nombre d'habits du dimanche sur les bancs, écoutant les paroles du curé sans, toujours, en comprendre la teneur, tremblant même lorsque étaient mentionnés les démons et l'Enfer.

Cruelle religion que celle punissant ceux osant franchir les limites par des rituels plus ignobles que les péchés commis. Sigmund n'avait jamais compris ce paradoxe dans la parole divine. Comment un dieu censé être miséricordieux, prôner l'amour du prochain, pouvait être aussi cruel envers ses ouailles ? Il avait l'impression d'entendre sa mère qui, lorsqu'elle le frappait à cause d'une bêtise commise, lui tançait : « C'est parce que je t'aime que je te punis. »

Ce paradoxe, il ne le sentait pas au sein du rituel du djinn. Harmonie et acceptation de soi. Acceptation du monde et humilité. Les gestes d'Atêsh faisaient écho aux paroles de ce vieux Chinois, de ces préceptes qu'il avait mis, bien des années, à comprendre, et bien des années encore à appliquer. (Et encore, partiellement)

« Bois. » lui intima le djinn. Ses mains enserraient les siennes – des mains à la peau hâlée, aux paumes légèrement rêches.

Sigmund éleva le broc à ses lèvres, ce simple geste prenant un sens presque symbolique, au sein de ce cérémonial. La magie se déversa à lui. Sensation indéfinissable, trop troublante pour être nommée, qualifiée. Le broc manqua de lui tomber des mains tant ses dernières tremblèrent quand la dernière goutte finit dans sa gorge.

Frénésie. Extase. Les symptômes déjà éprouvés à la veille semblaient revenir à l'assaut, sous une autre forme. Plus palpable, et surtout, désormais, faisant partie de lui. Quelque chose s'éveillait en lui, ou s'y logeait. Quelque chose qui n'avait rien de dangereux. L'apaisement revint en lui, comme une vague venant recouvrir le sable, effaçant toute trace.

Quand Sigmund reprit conscience de la réalité, il remarqua que le Gardien l'avait soutenu, une main sous chaque aisselle, pour lui éviter la chute. L'Allemand se remit gauchement debout, remerciant l'homme avec empressement. S'humectant les lèvres, l'homme se rapprocha d'Atêsh. Ses gestes étaient encore lents, presque lourds, comme s'il ré-apprenait à se servir de son corps.

« Je. As-tu besoin d'aide pour la suite ? Il te faut de l'eau pour toi, n'est-ce pas ? Te... reconstituer. Est-ce que je peux... t'aider ? »

Sigmund posa ses mains sur celle d'Atêsh, répétant le geste du rituel d'auparavant, mais en inversant les rôles.

« Tu as tant fait pour moi. J'aimerais, même un peu, te rendre la pareille. Ou, au moins, un geste. »


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Jahan Shah Farvahar
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Jahan Shah Farvahar
Lun 15 Juin - 1:06
Après quelques instants à observer Rühigfeuer et Vadimir, un échange de regard avec le dernier me permit de lui confier l'allemand afin de continuer ma tâche. Je m'écartai alors pour rejoindre mon autel improvisé et m'installer, en tailleur, devant celui-ci. Face à la source, je m'accordai à nouveau à elle, à sa mélodie.

Le contact des mains de Sigmund sur les miennes me ramenèrent à lui. De mes sens rendus gourds par l'introspection menée, il me fallut faire le tri afin de répondre à ses interrogations. Sans rompre le contact, je lui désignai le second broc, encore plein sur la pierre pour répondre à sa question sur l'eau. Pour les autres, il me faudrait ouvrir la bouche et parler.

- Tu fais déjà beaucoup. Plus que tu ne le penses sans doute.

Avec un sourire reconnaissant, je me déplaçai pour me placer en parallèle de la source et du verre rempli de son eau. D'un geste bref, une place fut désignée à l'attention de mon ami. Même si son don n'avait pas été dans la veine de la tâche à effectuer, le lien nous unissant l'autorisait d'office. De manière presque innée, ma confiance lui avait été accordée, à lui, l'humain. Sa présence à mes côtés devenait comme une évidence. A ma Dame d'Orage, le Feu Tranquille se faisait pendant masculin. Un bref instant, je songeai que, dans ce type de rencontre, détenait une part non négligeable dans mon envie d'errance. Certes, admirer mille et un paysage, explorer des milliers de terres, livrer des batailles, les fantastiques comme les bisbilles quotidiennes, ou simplement se laisser porter par le Vent constituaient la base de toute vie nomade, mais découvrir une personne dissemblable, aux antipodes même parfois, relevait encore la saveur des voyages.

- Même si j'ai brisé une partie du sort qui m'attachait au prince, il en reste une partie altérant mon pouvoir. Si tu te concentres bien, en fouillant, tu devrais percevoir les fausses notes dans l'harmonie ou les accros dans la trame si l'image t'es plus aisée à figurer. Ta magie te servira à faire taire les fausses notes ou couper les fils qui ne devraient pas se trouver là. Visualise-la en outils pour ta tâche, ça t'aidera à faire appel à elle. L'eau aidera à purifier en se joignant à ton pouvoir. Pendant que tu déferas mes liens et purgeras le sort du sorcier hors de moi, je m'assurerai que tu ne laisses rien en te guidant. A chaque voix dissonantes tues, je substituerai directement celle d'origine.

Brièvement, j'esquissai un sourire navré.

- Désolé, c'est un peu ardu à expliquer.

Pour une première fois, mon camarade s'attaquait directement à un gros morceau. Toujours un peu brumeux en raison du rituel précédent et la magie rassemblée, je peinai à distinguer l'état exact dans lequel se trouvait Sigmund. Néanmoins, à sa place, je gambergerai fortement. Je serrai plus fortement ses mains, rassurant.

- J'ai confiance en toi. Nous allons y arriver tous les deux.

Puis, je me concentrai sur ma tâche.
Jahan Shah Farvahar
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Jeu 18 Juin - 0:38
Sigmund commençait à prendre lentement conscience de la tâche qu'il allait devoir exécuter. Ce qu'il allait accomplir pouvait se transformer en désastre au moindre faux pas. Il allait se jeter dans le vide, sans aucune sécurité. Et, pourtant, malgré les dangers qui se profilaient devant lui, malgré la hauteur de la tâche qui lui était demandé, l'Allemand demeurait calme, presque apathique.

« Bien. »

Sur cette unique parole, Sigmund retira ses mains de celles d'Atêsh. Lentement, avec des gestes précautionneux, l'Allemand se saisit du broc. S'asseyant en tailleur face au djinn, Sigmund plaça le breuvage entre eux, leurs mains le soutenant chacun de leur côté.

Craignant de se perdre sur ce terrain glissant qu'était la magie, sur ce monde qu'il découvrait à peine, Sigmund appliqua des gestes familiers. Il s'imagina mener ses préparations d'opium, comme il l'avait fait depuis des années. Des gestes si répétés qu'ils en devenaient presque automatiques. Mais, surtout, des gestes qui, eux aussi, entraient au sein d'un cérémonial.

Sigmund oublia toute conscience du monde extérieur, son esprit tout entier concentré seulement sur Atêsh. Ce dernier occupait l’entièreté de son champ visuel et spirituel. L'Allemand y apposa une image familière pour l'aider dans son entreprise. Le djinn se fit opium pur – une boule à malaxer, modeler pour, à la fin, la présenter à la flamme et en libérer tout le parfum.

Atêsh devint Opium. Un opium souillé qu'il devait purifier. Mentalement, Sigmund saisit une aiguille. De la pointe de son outil, l'Allemand arracha les fragments corrompus. Les blessures, demeurées vacantes, étaient effacées en modelant la matière. Une pâte nouvelle recouvrait la plaie – à l'image d'un tissu auquel on ajoutait une pièce.

Concentré sur sa tâche, Sigmund ne percevait pas l'épuisement qui le gagnait, peu à peu. La sueur maculait sa peau désormais aussi moite qu'après une rude journée de travail sous la chaleur estivale. Minutieux, l'Allemand veillait à effacer toute trace de son labeur, rendant presque invisible les coutures, les rapiècements. Atêsh devait redevenir un Tout, et non un être encore sous influence.

La dernière retouche fut apposée.

Et l'Ombre fut.

Les ténèbres engloutirent Sigmund.

Abasourdi par ce brusque changement, l'Allemand tomba à la renverse. La neige l'accueillit dans ses bras glacés, dardant milles épines sur sa peau découverte. L'homme ne voyait plus rien. Portant ses mains à ses yeux, il crut même être devenu aveugle.

La Nuit Éternelle l'enveloppait.

Les peurs de son enfance lui revinrent, le happant dans un maelstrom d'émotions. Sentant des mains sur lui, Sigmund hurla. La sorcière de son enfance, la sorcière de la maison de sucre revenait le chercher.

Sigmund hurla, ses ongles striant la chair des mains de la sorcière. Mais elle ne le lâchait pas.

Précisions a écrit:
Je pense que ça se sent, à la lecture, que j'ai encore des difficultés à rédiger des scènes sur la magie. Désolé. ='D

Mon post n'étant pas des plus claires sur la fin, j'explicite mon idée. Vu que c'est très sous-entendu dans mon post, tu peux, bien évidemment, exploiter tout ça autrement.

Je me suis dit que lorsque Atêsh serait totalement "reconstruit", son véritable pouvoir se manifesterait. Et peut-être pas totalement contrôlé sur le moment, d'où l'idée de l'Ombre/Nuit qui enserre Sigmund. Pour tout détail à discuter, tu sais où me contacter. :aristo:


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Jahan Shah Farvahar
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Jahan Shah Farvahar
Jeu 25 Juin - 6:01

Concentré, je me pliai, malléable, aux injonctions silencieuses de mon Feu tranquille. Mes mains se mêlaient aux siennes, enserrant le bol d'eau. Mon regard, pourtant, bientôt le quitta. Dans le vague, je me laissai porter par la magie, tâchant de le guider là où je sentais ma malédiction me lier. Hélas, très vite, le flot ravivé des souvenirs épars me submergea totalement.

Je suffoquais.

La douleur et la fièvre arrachaient mon souffle. Mon dos, mes poignets et mes chevilles poissaient de mon propre sang. Les dalles fraîches apportaient un peu de réconfort, un froid brutal, implacable et pourtant salvateur à mes chairs meurtris. J'y lovai la joue et j'entendis mon coeur battre, se répercuter à l'infini. Papa allait entendre. Papa allait me trouver. Lui, ils ne pourraient pas l'arrêter. Il était plus grand, plus fort.

J'avais essayé de m'enfuir une première fois pourtant durant le trajet. J'avais appliqué au mieux tous les préceptes qui m'avaient été enseignés. Mais le Sorcier, lui, m'avait retrouvé vite, si vite, avec son Grand Miroir, celui où il avait enfermé Shirin. Elle avait essayé de ne pas obéir, de ne pas lui dire. Je le savais, elle ne mentait pas. Elle pleurait beaucoup, comme Negin, en reniflant. Ses bras se craquelaient de cicatrices, mais je la trouvais jolie : Ses yeux humides ressemblaient au ciel du printemps. Alors je chantais, pour la calmer, pour la rassurer, nous rassurer, une vieille chanson que m'avait appris ma soeur. Il fallait que je l'emmène avec moi, loin d'ici, avant que ne résonnent les pas dans l'escalier. Nous devions nous dépêcher. Nous cacher. Pour attendre que Papa et le Clan ne viennent nous sauver. Ceux de Shirin viendraient aussi. Je soulevai alors le miroir trop lourd, les muscles de mes bras encore chétifs bandés d'effort. Je ne savais pas où aller, mais c'était mieux qu'attendre qu'il revienne. Shirin sanglotait tout contre moi, ses larmes suintaient à travers la glace. "Chut" lui fis-je "Il va entendre". Toutefois, les pieds du miroir raclaient sur le sol, cacophonie stridente et insoutenable où se mêlèrent les cris de douleurs de la djinn.

Ils sont arrivés quelques secondes plus tard. Depuis ma première tentative, le sorcier avait fait quelque chose à mes liens pour que je ne puisse plus me servir de la magie. Je tentais de camoufler Shirin derrière moi, mais le miroir me dépassait en carrure et stature. J'ai eu beau mordre, griffer et donner autant de coups de pieds qu'il m'était possible. Rien n'y fit. Je quittai le sol, attrapé au collet comme un vulgaire animal. La main géante broyait ma gorge jusqu'à faire danser tellement d'étoiles devant mes yeux que je n'arrivais plus à les compter.

Lorsque je revins à moi, le Sorcier se dressait, une lanière à la main, devant Shirin sortie de son miroir. Elle criait. La peau de ses bras avait éclaté comme des grenades trop mûres. Elle pleurait trop. Elle le rendait heureux en gémissant de douleur. Un efrit, un ami de papa, m'avait dit un jour que les humains aimaient nous faire souffrir parce que leur coeur était pourri et envieux, tout ça parce qu'ils avaient oubliés la magie. J'avais beau être jeune, je savais que ça n'était pas totalement vrai. Mais je savais aussi que pour le Sorcier, par contre, ça l'était. Pendant le voyage, j'avais essayé de le supplier de me laisser partir, d'arrêter de me griffer, de ne pas me salir. Cela l'amusait beaucoup : Il riait alors, mais pas un rire comme une tempête, un rire comme une aiguille suppurant de poison qui transperce et glace les os. Pensant qu'il me laisserait si je ne disais plus rien, je m'étais recroquevillé dans ma tête. D'abord, ça l'avait ennuyé. Puis, ça l'avait rendu furieux. Alors il se vengeait sur Shirin. Me forçait à regarder.

Jusqu'à ce que Shirin et moi volions en éclat. Corps et âmes brisés.


Le froid s'instillait, pénétrant à l'intérieur de mes chairs aussi sûrement que les fers les mordaient. Partout autour de moi, l'obscurité se mouvait avec lenteur. Parfois, la lueur d'une flamme que je ne localisais pas jetait des éclats d'or comme autant d'étoiles auxquelles je me raccrochais. "A l'aide" voulais-je quémander. Mais ma langue gourde craquelait par endroit et restait muette. J'espérais encore que Papa entendrait les battements de mon coeur. Il viendrait. Il devait venir. Surgissant de nulle part, des doigts crochus, brûlants et parés de pierreries serpentaient, venimeux sur ma peau. La magie enflait autour de moi, au fur et à mesure que mon sang s'échappait. Fiévreux, je crus distinguer un autre moi, différent, spectral, pleurant horrifié, dans les bras de sa mère. Maman ne me laisserait pas pleurer comme ça. Elle ne me consolerait pas dans ses bras comme un enfant : j'étais le Jahanshah.

Alors je sus que ça n'était pas moi. Que Papa ne viendrait pas. Que le Clan m'avait oublié. Que personne ne me consolerait plus jamais. La douleur, la peine et l'incompréhension firent vaciller les dernières bribes de ma raison. La Lumière et la chaleur s'éteignirent peu à peu. Puis, une voix ordonnait dans une langue que je ne saisissais pas : "Dors". Et mon corps, mon âme, s'empressaient d'obéir. Bientôt il n'y eu plus que l'ombre et le froid.

"Réveille-toi" ordonna enfin la voix. Vive, la magie s'engouffra dans mes veines. Elle brisait toutes mes chaînes. Les ongles griffaient mes mains, mes bras, mollement sans force. Ils ripaient sur le métal de mes bracelets. Sèchement, je dégageai un bras pour saisir le sorcier à la gorge. Enfin l'étrangler. Je pourrais nous sauver. Moi et Shirin. J'engloutirais tout le palais. Il n'y aurait plus personne pour faire pleurer Negin : Khatereh n'aurait plus à se souvenir des nôtres massacrés. Plus personne n'enlèverait les miens. Oh, qu'il serait doux de briser cette nuque ! De le dévorer tout entier.

Non. J'avais déjà tué le sorcier. Je l'avais regardé mourir. Je ne pouvais pas le tuer encore une fois. Je levai les yeux sur ma proie. Les cheveux roux. Le broc d'eau dans ma main. Quelqu'un se précipitait pour nous séparer. Je lâchai la gorge aussitôt. Je levai une main confuse. Apaisante.

- Sigmund.

Oh Sigmund... qu'avais-je failli commettre ? Le souffle me manquait à nouveau. Je me redressai ou plutôt reculai vivement. Sous mes doigts, la neige. Froide. Glaciale. Salvatrice. Dans ma main, je tenais toujours ce fichu gobelet. Pourquoi m'embarrassais-je donc d'une coupe d'eau ? Pourquoi faisait-il aussi sombre ? Le monde tournait. Un homme massif s'approcha de moi. Paniqué, je tentais de le repousser sans force, vacillant. Je ne voulais pas dormir encore. Je ne comprenais rien. Sans douceur, il me força à boire toute la coupe.

L'eau s'engouffra dans ma gorge. Jamais je n'avais goûté un breuvage si doux. Peu à peu, sa pureté chassait les limbes. Je me débattais toujours avec mes souvenirs, les morceaux épars et coupants d'un miroir brisé. Cependant, mon esprit se remémorait le lieu, les raisons, les visages autour de moi. Le fil temporairement coupé, je gisais parmi les vestiges du présent et du passé. Si mon corps restaient d'ombre, mes yeux voyaient la lumière. Mes pupilles d'or s'accrochèrent à Sigmund. Il fallait que je me lève, que je m'excuse, que je le rassure. Les mots se bousculaient dans ma gorge.

- Le miroir est brisé.

Me surpris-je à prononcer. Froncés, les sourcils marquaient la soudaine compréhension. Avec un regain de force, je me redressai, bien campé sur mes pieds. Il fallait marcher. Sentir la terre sous mes pas. Je errais de gauche à droite, marchant sans but, en rond, sans oser pourtant m'approcher de Sigmund. Il avait hurlé, non ? Oui, ce son-là ne venait pas de ma gorge. Non, j'avais failli, par réflexe, mais je n'avais rien fait. Le long de mes bras, sur mes mains, ruisselaient quelques rigoles sanguinolentes. Rien de grave, rien qui ne puisse être soigné avec un peu d'alcool et de pommade. Rien qui ne laisserait des marques. Pas de marque, non, jamais. Il fallait ressembler le plus possible à Tayeb. Pour le rituel. Je portais une main nerveuse à mes cheveux. Encore là. Personne ne les avait coupé court. Mes doigts courraient sur les bibelots, les perles et les tresses, pour m'assurer que personne ne cherchait encore à me lier.

Je tournais en rond ainsi durant plusieurs minutes. Mon esprit était sans cesse hameçonné par des détails insignifiants qui prenaient pourtant des allures d'informations capitales.

- Le miroir est brisé.

Répétai-je comme pour tenter de faire comprendre à Sigmund et au gardien un détail primordial. Les pensées dansaient une folle sarabande dans ma tête.

- Le miroir pleurait et saignait tellement.

Mes yeux s'embrumaient de larmes. Mon pas oscilla une nouvelle fois. Gauche ? Droite ? S'enfuir ? Affronter ? Et je choisis. Sans crier gare, j'enfermai Sigmund dans mes bras. Comme s'il avait été un enfant ou une frêle jeune fille. Il fallait le protéger. S'excuser.

- Chut... chut... je suis désolé. Désolé. C'était trop tard. J'ai tué le sorcier trop tard. Mais il ne reviendra plus. Personne ne nous volera plus. Je te le promets. Je suis assez fort maintenant.

Machinalement, la vieille berceuse de Negin trouva son chemin entre mes lèvres. Douces et légères, les paroles inintelligibles respiraient la mélancolie de l'enfance et tentaient d'apaiser les esprits écorchés. Toutefois, ce que les mots chuchotaient n'avaient pas la bêtise des gros gros pouces rassurants écrasants les larmes, pour étouffer la tristesse et dissiper les ténèbres : Cette méthode-là ne fonctionnait jamais sur le long terme. Non, il avait toujours été question de posséder ses parcelles ombres pour y cultiver sa propre lumière.
HRP:
 
Jahan Shah Farvahar
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Dim 28 Juin - 17:23
Un éclat de cheveux blancs se laissa entrapercevoir au sein de la pénombre. Chevelure de vieille femme. Chevelure de sorcière. Chevelure de frère. Le sang battait aux tempes de Sigmund, au rythme de la perte progressive de sa conscience. Le cri s'était éteint, le souffle se raréfiait.

La conscience se gangrenait. La réalité se perdait.

Oubliée la sorcière. Un autre passé se superposait sur l'apparition, un autre visage, une autre scène. La bouche de Sigmund s'ouvrait, mais sa voix ne put prononcer le nom du frère aîné. Il fallut que le Gardien s'interpose, rejoigne le rituel pour que l'Allemand retrouve son souffle. Sa conscience. La réalité.

Ses doigts touchèrent les plaies laissées par les mains d'Atêsh. Un rire nerveux franchit ses lèvres. Une fois son frère avait failli le tuer de la même manière. L'esprit encore trop encombré par les ombres de l'asile.

Le miroir est brisé.

Phrase insoluble que même le Gardien ne semblait pas comprendre, se contentant de froncer les sourcils, de garder un œil sur le djinn. Il fit même un geste auprès de Sigmund pour l'aider à se relever, à s'éloigner. Mais l'Allemand l'arrête d'un geste, demeurant les fesses dans la neige. Le froid l'aidait à reprendre pleinement conscience des choses, à oublier la douleur qui continuait à sourdre de sa gorge.

Après la violence, venait le recueillement. Après l'acte réprimable, le pardon.

Sigmund caressa lentement le dos d'Atêsh tentant de l'aider, par ce geste, à retrouver ce calme qui lui échappait.

« Je ne comprends pas tout. Je crois même que je ne comprends rien. » Avouer son ignorance revenait à faire preuve d'intelligence. « Mais je te crois. Je te fais confiance. »

Sigmund attendit une poignée de minutes, avant de rompre l'étreinte, se relevant tout en aidant Atêsh à en faire de même. Secouant la neige de son manteau, l'Allemand l'ôta et le déposa sur les épaules du djinn. Il lui semblait que le froid mordant, après toute cette aventure, se montrait bien farouche avec l'Ombre.

« Nous devrions retourner à la cabane. Nous reposer. Je ne sais pas si, par chez toi, après un rituel on doit jeuner. Mais, pour ma part, après une rude émotion, je trouve toujours nécessaire de dévorer quelque chose. A moins que... ton pouvoir te demande des denrées moins... communes ? Tu te nourris peut-être de flammes, de flaques de lumières, de lucioles, de lueurs d'étoiles ? »

Après tout, la Lumière dévorait l'Ombre, et inversement.

A la fin de sa réflexion, Sigmund se rendit compte qu'il s'invitait, sans l'accord de l'intéressé, dans la demeure du Gardien. Après ce qui venait d'advenir avec le rituel, il pourrait fort bien les chasser. L'Allemand échangea un regard avec le Russe qui, lentement, hocha la tête. Il se promit de les rejoindre, après avoir vérifié que les pouvoirs de la Source n'avaient pas été outrageusement troublés par ce qui venait de se dérouler sur ses berges. Avec la promesse de leur ramener, à chacun, un flacon d'eau si celle-ci était demeurée dans sa forme originelle.

Cahin-cahant, Sigmund remonta le chemin aux côtés d'Atêsh, l'aidant si le besoin se faisait sentir, le guidant si jamais ses pieds l'amenaient sur un mauvais sentier.

Entré dans la demeure, l'Allemand ôta ses bottes les laissant à proximité de la porte. Rapidement, Sigmund rajouta du bois dans l'âtre, attisant les braises jusqu'à ce que la chaleur fasse perlet son front. Il veilla même à pousser un siège à proximité, à l'adresse d'Atêsh.

« Assis-toi, et repose-toi. Dis-moi ce qu'il te faut. J'essayerais de combler tes besoins, du mieux que je puis. »

Atêsh était différent. Le rituel l'avait changé. Son état inquiétait l'Allemand. Demeurerait-il toujours ainsi, ou n'était-ce qu'une passade ?


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Jahan Shah Farvahar
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Jahan Shah Farvahar
Mer 1 Juil - 10:35
Le manteau sur les épaules, mes réactions se limitaient au strict minimum. Mon regard planait sur le décor enneigé sans saisir exactement tout ce que ça impliquait. Le Feu tranquille avait dit qu'il me faisait confiance : la faute était-elle pardonnée ? Plus d'une fois, je me retins de me précipiter pour l'arrêter et lui éviter les débris de glace sous ses pieds. L'Ours Ozzy, le gardien, m'inquiétait. Je préférai le conserver dans mon champ de vision. Bien que rien d'impur n'ait été commis, nous avions, par accident, fait couler du sang devant sa bien-aimée source. Peut-être se jetterait-il sur moi soudainement pour me déchirer en lambeau. Momentanément, la perspective m'enchanta. Une sorte de juste rétribution, la punition adéquate pour un miroir brisé.

Sigmund et ses interrogations m'arrachèrent à la pensée morbide. Manger de la lumière ? L'idée n'était pas mauvaise. Peut-être que la faim constante, cette envie de dévorer ressentie si fréquemment, venait de là. Néanmoins, pour l'instant, je me sentais plus amorphe qu'affamé. M'allonger dans la neige et m'y endormir. Le froid me rassurerait. Et la Nuit arracherait assez vite les dernières bribes de douleur ou de conscience. Plus de fil, plus de funambule, plus d'Ombre ou de Cauchemar, plus d'Atêsh ou de Jahanshah, juste les éternelles ténèbres. Quelque part, le russe et l'allemand échangeaient des mots que je ne saisissais pas. Non, s'abîmer serait trop simple. Une fuite continuelle. Machinalement, je ramassais mes biens laissés un peu plus loin, geste routinier, les observant pourtant comme s'ils ne m'appartenaient pas.

A l'invitation du roux, je lui emboîtai le pas. Mes pieds traînaient sur le sol, creusant des sillons dans la neige. Le crissement du métal contre la pierre vrillait à mes oreilles. Je me retournai alors, juste pour vérifier, pour être certain que cela venait bien de mon esprit brumeux et dans les griffures du sol, il y avait du sang. Sigmund pressa légèrement mon bras pour m'enjoindre à continuer et ne voyait, de toute évidence, rien d'étrange. J'en déduis que je continuais à superposer des images à la réalité. Je fermai les yeux, expirai longuement avant de les ouvrir à nouveau : Rien. Pas de sang, hormis quelques gouttes échappées aux plaies sur mes mains, pas de débris de miroir : Quelques flocons de neige dansaient paresseusement dans l'air et recouvraient déjà les reliefs du rituel. Bientôt, il n'en subsistera plus rien et l'endroit retrouvera sa sérénité.

Partiellement rassuré par l'image, un peu de vigueur s'infiltra dans mes veines. Arrivé à la demeure, je repliais mes affaires en silence et sortis des vêtements chauds. A l'aide d'une étoffe usée et d'un peu d'alcool, je désinfectai les griffures sur mes mains en grimaçant. Une bonne douleur. Je m'habillai enfin comme à l'accoutumé, recouvrant mes cheveux comme s'il se devait, avant de m'asseoir par terre devant la cheminée. J'enfermai mes jambes dans l'embrasse de mes bras, le menton sur un genou et les yeux dans les flammes. Toujours me rappelait à la réalité le picotement brûlant le long de mes mains.

Alors, enfin, je relevai le nez vers Sigmund. La mine désolée, j'articulai.

- Merci.

J'ignorai tout à fait comment procéder. Comment regagner mon fil et reprendre ma route. Je craignais un instant que lui aussi fut brisé, comme ce lien maintenu si longtemps avec Tayeb. Je me sentais seul et désemparé. Oh, je n'avais pas sombré dans un pessimisme constant. Ce n'était guère qu'une passade, un bref instant nécessaire pour retrouver l'équilibre. Le changement dans les pouvoirs me tracassaient plus que certains flots de souvenirs retrouvés et fantasmes infantiles brisés. Je relevai une main devant mon visage et agitai les doigts comme enseigné par un certain empereur autrichien. Rapprochés, écartés, d'ombre, de lumière, tangible, intangible, il faudrait du temps pour retrouver la capacité de transition spontanée. Quelques jours suffiraient pour retrouver une apparence normale, une sensibilité normale, voilà ma prédiction. Quelques mois pour réussir à exploiter la pleine capacité de mon don. Sans cesser mon exercice, je me retournai vers Sigmund que j'examinais avec attention. Mes prunelles s'accrochèrent aux marques sur sa gorge.

- Je suis désolé.

Répétai-je.

- Je ne voulais pas te faire du mal : Je t'ai pris pour le sorcier. Tes doigts me griffaient comme lui.

Avouai-je.

- Je suis vraiment désolé.

Continuai-je. Un sourire contrit flotta un instant sur mes lèvres.

- Je n'ai besoin de rien. Je te remercie.

Brusquement, une idée émergea du marasme de mes pensées.

- Sauf peut-être...

Le suspens plana un instant, afin que je puisse formuler correctement ma demande.

- Peut-être que je pourrais, temporairement, devenir ton ombre. J'ai promis de t'accompagner, mais j'ai besoin de quelques temps pour apprivoiser le changement de mes pouvoirs et... faire mon deuil sur quelques éléments.

D'une main, je lissai la barbe absente de mon menton, du même geste affectionné par mon père.

- De cette manière, je pourrai intervenir en cas de souci sans interférer pourtant avec tes décisions. Et m'entraîner en continue sans crainte de nous attirer des soucis : les gens ne prennent pas garde aux ombres en temps normal.

Le regard rivé au sein, j'attendais son verdict.
Jahan Shah Farvahar
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Jeu 2 Juil - 16:56
Sigmund aurait voulu rire de cette coïncidence qui avait martelé leurs visions respectives. Mais il se retint, craignant que son rire ne soit mal compris, qu'Atêsh y voit une moquerie. Prenant ses aises comme s'il était chez lui (après tout le Gardien ne lui en voudrait pas, il en était certain) l'Allemand s'était attelé à cuire des œufs au feu de cheminée, laissant à Atêsh le temps de se soigner, de se remettre d'aplomb.

Sigmund tendit une assiette fumante d’œufs au plat à Atêsh, et son lot de couverts.

« Tu devrais manger. Tu es presque... Blanc. »

Le trait d'esprit l'amusa lui-même. L'Allemand s'octroya quelques mastications avant de répondre aux interrogations d'Atêsh.

« D'habitude, j'ai toujours joué le rôle de l'ombre. » L'aîné si discret qu'on oubliait sa présence, l'ombre de son frère, l'ombre du cadet. « Cela ne me gêne pas. Surtout si cela peut t'aider. Puis, tu pourrais me prêter conseil durant notre voyage. J'ai un don à contrôler, à comprendre. Comme ça, nous aurons chacun un service à rendre à l'autre. Pas de gêne sur une potentielle volonté de rendre l'échange équitable. »

Du doigt, l'Allemand ôta un morceau d’œuf qui s'était collé à son menton, et le remit en bouche. Malgré l'impression de calme et de nonchalance qui émanait de lui, l’œil avisé ne pouvait être trompé. Il avait changé, subtilement. Mûri, en un sens.

Le Gardien s'engouffra dans la demeure, apportant avec lui le parfum de la neige, et quelques flocons qui vinrent fondre sur le parquet. Sans un mot, avec un grognement presque animal, l'homme déposa deux flacons, semblables à des flacons de parfum, face au djinn et à l'Allemand. Ce dernier sut, d'emblée, ce qu'ils contenaient et le gardien ne s'étendit pas sur le sujet, déposant sa masse dans le fauteuil.

« Chance pour veux qu'y ait rien eu. C'est plus de mon âge tous ces rituels dangereux. Passez-moi des œufs. Seriez bien aimable. »

La mastication des œufs s'accompagna d'alcool que le Gardien entreprit de sortir de ses caves personnelles, assurant que la situation en valait le coup. Et l'alcool rendait le Gardien particulièrement jovial, tactile, et prompt à verser des larmes. Prenant ses invités dans ses bras, il les tanna de nombreuses formules de réjouissances, leur souhaitant un voyage aussi prompt que paisible, une descendance à la santé ferme et des femmes, nombreuses. De quoi arracher un rire nerveux à Sigmund tandis qu'il sentait son corps se plaindre de la pression exercée par le Gardien. Un brin de paille entre les mains d'un géant.

Le réveil se fit dans les restes d'alcool, le visage et l'esprit comateux. De la demeure sortit Sigmund en premier, suivi de près par Atêsh devenu ombre. L'Allemand avait craint que la silhouette du djinn ne remplaça la sienne, mais son ombre demeurait ce qu'elle avait toujours été. Une ombre docile.

Et ainsi s'élancèrent sur la route un Allemand et un djinn, tous deux les poches alourdies de l'eau d'une source sacrée.

Mot de la fin a écrit:
Je suis pas douée pour les conclusions, mea culpa. Tu me diras si ça te convient comme post final, ou si tu veux que je rajoute quelque chose. Allons donc rejoindre Natasha dans son labyrinthe ! Pacman


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