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 [Janvier 04] "Pas de Ronce sans Epine"

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Arsène Martes

MessageSujet: [Janvier 04] "Pas de Ronce sans Epine"   Ven 10 Avr - 17:05
Versailles.
Ses jardins "à la française", tout en géométrie.
Son palais "à la française", tout en rectitude fastueuse.
Pas étonnant que les nobles endormis éprouvaient le besoin de s'habiller et de se coiffer n'importe comment. Perruques sans queue ni tête, dentelles et motifs jusqu’à l’écœurement. Par couches successives de sédiments de mauvais gout. Sans fin.

Arsène évoluait au milieu des allées comme une tâche d'huile sombre sur un plateau de pâtisseries colorées. Costume trois pièces chocolat, rayé finement de gris, trousse en cuir de médecin et chapeau melon discret. Manteau et écharpe d'hiver. Le modernisme dans toute sa froide sobriété. Rassurant comme le Saint Progrès.
Il se laissait conduire par le chambellan au milieu des courtisans enfarinés, faisant crisser les gravillons sous ses souliers. Les neiges de Noël étaient tardives cette année et toute la cour française semblait s'en émerveiller. Ils jouaient à qui mieux mieux avec les flocons, se canardant avec ou la modelant pour les plus créatifs. Une nuée d'insectes sur de la fiente blanche, puant l'insouciance à plein nez.

- Sa majestée est très occupée. Soyez bref. Le pique-nique d'Hiver est un succès, elle ne voudrait pas être dérangée pendant son amusement.

Arsène hocha sentencieusement la tête, promenant ses prunelles noires sur les mondaines glougloutantes dans leurs hermines fourrées. Il se demanda laquelle était Ronce. Le chambellan ploya le dos tout en s'approchant d'une petite blonde au joues pleines et roses, assise dans un petit fauteuil de velours rembourré. Il lui murmura à l'oreille discrètement tout en désignant Arsène.

Ce dernier accrocha le regard de la jeunette sans ciller. Elle semblait plus jeune que lui -en apparence- un peu mal à l'aise aussi. Il tenta de décrypter le fond de ce regard bleu, d'en dénicher la substance.
C'était la première fois qu'il découvrait sa tante.
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Ronce de France
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MessageSujet: Re: [Janvier 04] "Pas de Ronce sans Epine"   Sam 11 Avr - 21:08
La noblesse versaillaise bruissait, comme à son accoutumée, de chuchotements à peine masqués derrière les éventails. Se complaisant dans la chaleur des salles, tout en observant le ballet des flocons, une idée, jugée fabuleuse, avait germée dans l'esprit fertile des Versaillais.

« Habituellement les pique-niques se déroulent en été... »
« Au bord des rivières pour ne point être gênés par la chaleur... »
« Pourquoi ne tenterions-nous pas l'expérience en hiver ? »
« Avec la neige ce serait si... »
« Féerique ! »


Et les courtisans d'assaillir la reine, telle une horde d'enfants quémandant à leur mère d'accéder à leur caprice. La reine, dans sa bonté (c'était là le moindre de ses défauts) avait fini par plier. Les domestiques, pour leur part, lâchèrent un profond soupir. Pour sûr, pendant que Monsieur et Madame pavaneraient en manteaux de fourrure, eux auraient la chair de poule, n'ayant pour seul abri que l'habit de travail.

On dressa des kiosques, on étendit des draps fins sur l'herbe, rendue blanche, des jardins. Les pyramides d'agrumes déposaient quelques tâches de couleur dans toute cette blancheur hivernale. Chacun de se pavaner dans la dernière fourrure à la mode, d'enfoncer ses mains dans la douceur des manchons, de s'égosiller dès qu'une boule de neige se glissait dans un repli mal couvert.

Pour satisfaire sa cour, Ronce avait pris place dans une des allées, assise dans un fauteuil. L'hermine enlaçait son cou et ses épaules. Ses doigts gigotaient dans le manchon, essayant de faire refluer un sang qui menaçait de geler. Toute sa tenue n'était que blancheur virginale. Sans la fourrure, elle aurait eu la singulière apparence d'une crème fouettée.

La venue de son chambellan lui fit lever la tête. Ronce l'écouta, fronça un sourcil en tournant son regard vers le nouveau venu. La curiosité l'emporta rapidement. La reine se leva, dans un grand bruit de tissus. Elle avança avec une démarche assurée, preuve qu'elle était habituée à ces robes d'un autre siècle qu'aucune femme du 19e siècle n'aurait accepté de porter – même pour un bal costumé.

Ronce sortit une main de son manchon, la tendant à son visiteur pour le traditionnel baise-main.

« Monsieur Martes, je suis ravie de vous rencontrer. »

La reine laissa un temps à l'homme de prononcer les formules d'usage.

« Je m'excuse de ne point pouvoir vous rencontrer dans les normes habituelles. Nous étions en train de mener un pique-nique. Peut-être voudriez-vous joindre à nous ? Nous avons quelques boissons chaudes, et... »

Une boule de neige vint s'écraser, avec une synchronisation parfaite sur le visage d'Arsène. Ronce porta une main à sa bouche, mais n'eut pas le temps d'étouffer le « Ah ! » de surprise qui était sorti, instinctivement. Son visage se tourna, brusquement, vers la source du conflit. Un trio de demoiselles s'afficha dans son champ de vision. Les demoiselles cachaient à peine leur hilarité.

« Mesdemoiselles de Vaublanc ! »
« Toutes nos excuses, votre Majesté ! »

Ronce ne releva pas la sourde moquerie.

Le manchon tomba dans la neige, tandis que les pas de Ronce évitaient l'obstacle. Ses doigts retirèrent, le plus délicatement possible, la neige qui maculait la moitié du visage d'Arsène.

« Je suis confuse ! Ces impertinentes seront rudement châtiées. »


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Prince Ciel

MessageSujet: Re: [Janvier 04] "Pas de Ronce sans Epine"   Dim 12 Avr - 17:25

Le nez de Ciel était rougi par le givre. Il finirait par s'enrhumer à force de demeurer ainsi collé à la vitre, qu'il s'acharnait par ailleurs à essuyer de sa manche tant son propre souffle n'avait de cesse d'embuer son champ de vision.

— Qui est ce grand monsieur, Valet ? dit-il alors, désignant l'homme à l'aspect sombre qui venait de rejoindre l'assemblée et qui détonnait fort dans le paysage – aussi bien du fait de son air fermé qui contrastait avec l'allégresse générale que ses habits sobres et noirs qui se remarquaient d'autant plus dans ce décor immaculé.

L'homme avait déjà capté l'attention du petit prince, qui ne savait toutefois point trop encore s'il était attiré ou effrayé.

— Je n'en ai pas la moindre idée, sire. Il ne me semble pas avoir été informé de sa présence. Mais à en croire l'expression de la reine, ce n'est pas un inco...

OH !
Ciel poussa un cri à mi-chemin entre le choc et l'amusement. Son majordome, lui, présentait un visage aussi offusqué qu'il est permis de le montrer. Le petit prince devina aussitôt quels personnages étaient à l'origine de l'offense.
Ces derniers temps, les soeurs Vaublanc incarnaient sa plus distrayante compagnie. Des feux d'artifices bariolés dans une nuit de solitude.

Sans attendre, Ciel empoigna son manteau bleu et rouge et décampa de sa chambre avant que son valet n'eût le temps de comprendre son projet. Riant aux éclats sans trop savoir pourquoi, les pas saccadés par l'excitation, il cavala jusqu'à atteindre les jardins qu'il gagna sans cesser de courir. Ses joues prirent une teinte rose instantanée dès lors qu'il eût atteint l'extérieur.
Son valet se hâtait derrière lui, glapissant à propos d'une écharpe. Ciel n'y prêtait pas attention.

Il se trouvait à quelques mètres de l'homme à l'aspect sombre, à présent.
L'homme avait l'air plus grand, vu d'ici. Il dégageait quelque chose que Ciel ne parvenait pas à définir, et ses émois instincts – ceux de l'enfance – tardaient à se fixer, comme s'ils hésitaient. C'est pourquoi il demeura immobile, dardant son regard pâle sur la silhouette quelque peu macabre de l'inconnu pas si inconnu. D'ailleurs, quelque chose dans son regard le ramenait à un sentiment familier... Mais la sensation était trop nébuleuse pour qu'il la précisât.

— Mes hommages, ma soeur. Valet m'a permis de me joindre aux festivités.

Il savait que Ronce n'en croirait pas un mot. Mais il comptait sur la présence du non-inconnu pour qu'elle n'osât pas le rabrouer.




Dernière édition par Prince Ciel le Mer 15 Avr - 17:33, édité 2 fois
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Arsène Martes

MessageSujet: Re: [Janvier 04] "Pas de Ronce sans Epine"   Dim 12 Avr - 23:54
Arsène se fendit d'un baise-main protocolaire exécuté avec aisance. Il effleura à peine la peau de la reine en prononçant un sobre :

-Votre Majesté. Arsène Martes, Médecin, pour vous servir.
- Je m'excuse de ne point pouvoir vous rencontrer dans les normes habituelles. Nous étions en train de mener un pique-nique. Peut-être voudriez-vous joindre à nous ? Nous avons quelques boissons chaudes, et...

Le froid brusque cingla le visage du jeune homme et se glissa insidieusement dans son col de manteau. la sensation glacée lui donna l'impression d'être étrangement vivant : son sang compensait la perte de chaleur en pulsant plus violemment dans ses veines. Son regard dérouta vers un trio de laiderons fardés et endimanchés dans leurs épaisses fourrures couteuses. Elles ricanaient comme des bécasses, cachées derrière leurs éventails afin de masquer leur vilaine dentition. Abus de sucre et de gargarisme.

- Mesdemoiselles de Vaublanc !
- Toutes nos excuses, votre Majesté !

Arsène couvrit les triplettes d'un regard sombre comme le plumage d'un corvidé. Le contact peau à peau avec des doigts inconnus le surpris bien plus que la neige. Il se tourna avec une expression de légère surprise, puis de perplexité, vers la femme qu'il avait appris à haïr depuis son enfance la plus tendre. Cette demoiselle n'observait aucune distance vis à vis du commun des mortels. Elle était loin de cette image de reine solaire, brillant comme un astre du haut de son trône sur ses petits sujets amassés en contrebas.
Il nota cette information dans un coin de sa tête.
Il en profita pour arborer une expression composée, entre la gêne et l'intimidation, imitant avec un certain charme l'idée qu'on se ferait d'une première rencontre romantique.

- Je suis confuse ! Ces impertinentes seront rudement châtiées.

Il la laissa faire quelques secondes avant de prendre sa main pour la stopper dans son ouvrage et la tenir dans ses paumes gantées pour la réchauffer. Il fixa ses prunelles d'ébène intensément sur la jeune fille.

- Vous allez prendre froid, majestée,
dit-il simplement d'une voix douce sans la quitter des yeux.

Leur échange fut soudainement interrompu par un garçonnet blond comme les blés. Arsène décrypta l’œillade singulière que l'enfant lui lança comme un manque à combler. Le petit Ciel n'avait plus aucune figure masculine à qui se fier dans cette vie d'éveillé. Il y'avait là une place des plus intéressantes à prendre.

- Mes hommages, ma soeur. Valet m'a permis de me joindre aux festivités.

Espièglerie et besoin de transgression. Intéressant.
Arsène lâcha la main de la reine comme la bienséance l'exigeait et inclina le buste vers le jeune garçon.

- Prince Ciel de France , je présume ? Arsène Martes, médecin. J'allais expliquer à votre ainée l'objet de ma venue. J'ai ouïe dire que votre médecin royal était sur le déclin, du à son grand âge, et qu'aucun apprenti n'avait trouvé grâce à ses yeux. J'aimerais humblement candidater à ce poste. Ainsi pourrais-je servir la couronne et soigner vos moindre maux...


Il s'avança vers le petit et rajusta son manteau, reboutonnant son col jusqu’en haut. Puis il délaça son écharpe personnelle pour l'enrouler autour de son cou. Le geste était à la fois paternel mais sans être pontifiant.

- Comme ce rhume que vous ne tarderez pas à attraper si vous ne vous couvrez pas d'avantage... fit-il en souriant.

Et le sourire d'Arsène inspirait immanquablement confiance.


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Ronce de France
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MessageSujet: Re: [Janvier 04] "Pas de Ronce sans Epine"   Mer 15 Avr - 0:40
Une main gantée prenant la sienne, une voix suave digne d'un roman sentimental. Ronce en perdit son latin (ou plutôt, son français). La reine se figea, comme si Arsène venait, par un sort magique, de la geler. La jeune femme ravala difficilement sa salive, et dut son salut à l'intervention inopinée de son cadet. Détachée des mains d'Arsène, Ronce constata alors que ses mains étaient... nues. Dans un bond prodigieux, la reine se jeta sur son fauteuil enfilant, en grande hâte, ses gants. Par chance elle avait que, légèrement, touché l'épiderme de son visiteur. Sans quoi, le pauvre homme se serait endormi.

Le cœur de Ronce reprit un battement plus normal, serein. Tout danger était désormais écarté. Croisant les mains contre ses jupons, la reine revint auprès des deux hommes. Elle put voir le geste prévenant d'Arsène à l'attention du prince. Une scène presque candide, d'une infinie douceur.

« Tant de courtoisie vous honore, monsieur Martes. »

Ronce se rapprocha doucement de son cadet, mais ne dit mot, se contentant d'un échange de regards. Le prince, au vu de sa santé fragile, était écarté de tout élément pouvant le faire rechuter. Mais l’aînée se tairait – pour cette fois. Inutile de jouer une scène de famille, devant un invité.

« Si nous nous éloignions du terrain de jeu de la cour ? Cela évitera de nouveaux incidents. »

Ronce guida les deux hommes parmi les ruelles du jardin, les menant dans un kiosque qui, par commodité, était fermé. Ainsi ils pourraient profiter de la vue des jardins, tout en demeurant dans une ambiance bien plus échauffée qu'à l'extérieur. Inutile de compromettre la santé, déjà fragile, du prince. Ronce veilla d'ailleurs à ce que ce dernier soit assis à sa droite, tandis qu'Arsène leur faisait face.

Des domestiques vinrent emplir les tasses de boisson chaude – chocolat ou café, selon la convenance de celui qui était servi.

« Je ne pensais pas que le manque de médecins qualifiés en France fasse autant parler de lui. Venir dans un pays tel que la France ne vous dérange-t-il pas ? »

Ronce laissa à Arsène le soin de répondre avant de s'adresser à son cadet.

« Ciel, quels sont vos impressions ? Si nous devons avoir un nouveau médecin royal, vous êtes le premier concerné. Vous êtes donc libre de poser des interrogations à notre candidat. »


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Prince Ciel

MessageSujet: Re: [Janvier 04] "Pas de Ronce sans Epine"   Mer 15 Avr - 17:33

Ciel darda sur l'inconnu pas si inconnu un regard perplexe, presque sévère, tout en passant de la main de ce dernier à celle de sa sœur. Il y avait quelque chose d'étrange dans sa gestuelle, quelque chose qui dépassait un certain cadre, mais Ciel était trop jeune pour comprendre la source exacte de ce sentiment. Il n'eut d'autre choix que de le refouler.

Arsène Martes. Bon. Tout cela commençait bien.
Médecin.
Médécin ??

Le visage de Ciel se décomposa. Il redoutait et détestait formellement les médecins. Leurs saignées, leur protocole, leur exigence, leurs liqueurs répugnantes... A ses yeux, ils n'étaient rien d'autre que des croquemitaines fantoches et funestes à la fois qui s'agitaient vainement autour de lui. Le médecin principal attitré était particulièrement insupportable. Chaque fois que Ciel s'enfonçait dans ses phases mélancoliques, son explication se concentrait sur sa fameuse « bile noire » et il ne trouvait d'autre remède que celui de lui prélever encore un peu de sang. La France n'était pas en retard qu'en matière de mode ou de technologie, et en ce cas précis c'était d'autant plus grave en vue de la santé globale du prince !
Cela étant, Arsène dégageait quelque chose de moderne, de jeune, presque un peu exotique avec ses habits d'un autre temps. C'était très efficace sur l'enfant exceptionnellement curieux qu'était Ciel.

— Comme ce rhume que vous ne tarderez pas à attraper si vous ne vous couvrez pas d'avantage...

Ciel rougit et se renfrogna. Décidément, son cœur balançait.
Comme pour palier au manquement souligné par Arsène Martes – Arsène Martes, Arsène Martes, Arsène Martes... Certes, ce nom avait de l'allure ! – le majordome déboula dans le jardin, écarlate et essoufflé, avant d'enfouir la moitié du visage du prince sous une épaisse écharpe dorée, faisant fi de ses protestations. Il s'inclina et s'éclipsa sobrement. Ciel voulait qu'on remarque qu'il était fâché mais Ronce prenait un malin plaisir à ne pas s'attarder dessus et proposa simplement qu'ils s'éloignassent. Par chance, Ciel était à présent plus intrigué par Arsène Martes que par la cour qui gloussait derrière lui. Il suivit docilement sa sœur, tout en profitant de sa proximité avec la neige – si rare.


Ciel eut droit a un chocolat puisque le café lui était déconseillé – dans l'éventualité d'un cœur fragile, naturellement.

— Ciel, quels sont vos impressions ? Si nous devons avoir un nouveau médecin royal, vous êtes le premier concerné. Vous êtes donc libre de poser des interrogations à notre candidat.

Ciel passa sa langue autour de ses lèvres enrobées de chocolat, avant de répondre d'un air quelque peu prétentieux :

— A dire vrai, ma sœur, les gens de notre rang se doivent de s'entourer des professionnels les plus émérites.

Il n'était pas peu fier de son phrasé.

— Monsieur Martès ne devrait-il pas faire démonstration de ses talents ?

Il fixa l'homme d'un air de défi, les yeux brillants. En vérité, il se montrait exigeant avant tout pour impressionner – du moins le croyait-il rudement – son interlocuteur, et non pour l'éprouver réellement.

— Avez-vous déjà été au service d'une famille royale ? Ou, à défaut, noble ? Nous ne saurions bénéficier des soins d'un médecin qui n'a officié que parmi les pauvres gens !

Ciel possédait toute une mythologie à propos des fameux « pauvres gens ». Principalement, certainement, du fait qu'il ne les avait jamais vraiment approché.

— Nous devrions lui soumettre quelques épreuves, Ronce! s'écria-t-il avec entrain en se tournant vivement vers la Reine. Par exemple, s'il parvient à faire une saignée sans douleur...

Le jeu prenait une autre tournure. Ciel se prenait à espérer que le médecin prétendant serait véritablement compétent.

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Arsène Martes

MessageSujet: Re: [Janvier 04] "Pas de Ronce sans Epine"   Jeu 16 Avr - 9:29
Arsène se laissa conduire à l'écart avec les deux héritiers. Ses oncle et tante. Son frère et sa soeur. Il songea qu'il pouvait les tuer, là, tout de suite dans ce petit kiosque esseulé. Mais là n'était pas son but. Son plan se savourait à longue échéance.

Il ne manqua rien du trouble de Ronce. La souveraine paniquait tant pour son absence de gants que par sa propre présence masculine. Arsène en conclut deux choses : les rumeurs sur le toucher mortel de la reine Française étaient sans doute fondées, tout comme sur sa virginité intacte. Que voilà d’intéressantes nouvelles.
L'empressement des domestiques de couvrir le prince de fourrures et sa mise à l'écart de festivités qui normalement siéraient parfaitement à un enfant de cet âge laissaient entendre que le petit était du genre souffreteux.
Toutes ses informations étaient donc à jour.

Il opta pour un café, avec un remerciement poli. Sans sucre. Il préférait le sel de son mental.

-Je ne pensais pas que le manque de médecins qualifiés en France fasse autant parler de lui. Venir dans un pays tel que la France ne vous dérange-t-il pas ?

Il reposa sa tasse avec un sourire qui imitait en tout point chaleur et nostalgie.

- Ma grand-mère était française. Elle m'a élevée dans l'amour de ce pays. Elle faisait parti des Éveillés et n'a jamais pu revoir sa patrie. Je réalise son rêve et le mien en me présentant à vous aujourd'hui.

Il eut une expression sincère qui jouait subtilement sur les accents du touchant.

-Considérez ma candidature comme un acte profondément patriote et pas comme de la pitié d'un quelconque étranger, je vous en conjure.

- A dire vrai, ma sœur, les gens de notre rang se doivent de s'entourer des professionnels les plus émérites. Monsieur Martès ne devrait-il pas faire démonstration de ses talents ? Avez-vous déjà été au service d'une famille royale ? Ou, à défaut, noble ? Nous ne saurions bénéficier des soins d'un médecin qui n'a officié que parmi les pauvres gens ! Nous devrions lui soumettre quelques épreuves, Ronce! Par exemple, s'il parvient à faire une saignée sans douleur...

Arsène eut une sorte de frisson intérieur imperceptible. Un frisson de pure plaisir. Cet enfant était un terreau fertile. Une matière passionnante. Vraiment. Il couvrit Ciel d'un regard pénétrant : chocolat fondu et sable mouvant. Des prunelles où se noyer.

- Votre Majesté, la médecine moderne n'a plus recours aux saignés. Je puis vous soigner sans vous ôter une seule goutte de sang : une hygiène impeccable, une alimentation saine, un peu d’activité physique. Vous seriez étonner des maux que l'on évite en prenant simplement le temps de se laver les mains avant chaque repas.

Il accentua son sourire.

- Mais je tiens néanmoins à vous prouver une chose...

Il attrapa la fourchette à dessert et retira son gant. Il montra son pouce aux deux souverains et avec une infinie précaution planta la pointe de la fourchette dans la pulpe de son épiderme. Une goute de sang perla. Il brandit son pouce sous le nez de l'enfant.

- De quel couleur est ce sang ? N’est-il pas de la même que le vôtre lorsque vos médecins vous saigne ?

Il essuya son pouce sur une serviette et enroba le couvert souillé avec le linge pour le confier à une servante afin que personne n'y touche plus. Son attention se posa une nouvelle fois sur l'enfant puis glissa vers la soeur.

- La médecine ne s’embarrasse pas de titre. Elle s'emploie à soigner les corps quelque soit leur valeur sociale. Mais je me soumettrais avec grande humilité à vos épreuves. C’est déjà un grand honneur pour moi d'être là.
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Ronce de France
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MessageSujet: Re: [Janvier 04] "Pas de Ronce sans Epine"   Sam 18 Avr - 23:28
Difficile d'imaginer que cet enfant plein d'énergie, prompt à la répartie, passait le plus clair de son temps alité, ou du moins confiné dans ses appartements. Soumettre le futur médecin à un test, vérifier ses capacités... Tout cela était d'une telle logique que Ronce ne put qu'accepter, hochant la tête pour appuyer les paroles de son cadet.

La démonstration d'Arsène la laissa, quelques instants, muette. Avant de lui arracher un éclat de rire, une expression qui venait, simplement, briser le froid qui semblait s'être installé.

« Je vois ce que voulez dire, Monsieur. Retracer votre parcours, par le passé, contacter vos anciens employeurs, tout cela serait une perte de temps, et m'informerait peu sur ce que vous êtes vraiment. Mais voir votre talent en exercice m'est nécessaire pour pouvoir juger si vous entrez dans nos critères. »

Nos critères. La décision ne serait pas seulement celle de la reine, mais de son cadet. Une décision familiale.

Ronce fit signe à la domestique de remplir sa tasse. Les mains de la femme tremblaient – signe curieux vu que la femme en question était loin d'être âgée. Ronce remonta son regard, constata que le teint de la domestique était presque aussi pâle que son tablier. Alors que cette dernière allait se retirer, Ronce la retint d'une poigne ferme. La main de la reine enserrait le poignet de la soubrette, l'obligeant à demeurer à ses côtés.

Le regard de Ronce saisit celui d'Arsène.

« Voici votre première épreuve, Monsieur Martes. Voyez, cette femme démontre de curieux symptômes, qu'elle a tenté de me cacher. Je ne saurais dire quel mal la touche. Mais vous, vous êtes médecin. Vous saurez donc l'ausculter comme il se doit. »

Ronce se leva, rapprochant la soubrette d'Arsène. On aurait dit qu'elle menait une oie blanche à l'abattoir.

« Ciel, si notre invité réussit à définir le mal qui touche cette femme, je vous suggère alors de définir la prochaine épreuve. »

Au sein des contes, le héros devait faire face, bien souvent, à trois adversités pour pouvoir toucher, du bout des doigts, la victoire.


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Prince Ciel

MessageSujet: Re: [Janvier 04] "Pas de Ronce sans Epine"   Lun 4 Mai - 22:05

Le petit prince était partagé entre l'étonnement subit, l'embarras, et un certain scepticisme... Il était encore trop jeune, et surtout trop français, pour avoir pu prendre connaissances des avancées médicales qui s'opéraient dans toute l'Europe. Les ouvrages de médecine étaient plutôt rares dans la bibliothèque royale, et de toutes façons peu, voire aucun, ne traitait de la médecine actuelle.
Il se permit tout de même un regard dubitatif à l'égard de sa sœur lorsque sieur Martes évoqua les différents composants d'une santé parfaite. Pendant tout ce temps, on l'avait tenu éloigné de tout effort physique, on avait régulièrement remplacé ses repas par d'affreuses liqueurs, et son hygiène consistait à une succession de bains glacées et de confinement extrême... Il peinait à croire que son interlocuteur était un médecin, au même titre que ceux qu'il avait toujours connu. A ses yeux, c'était comme si l'on prétendait qu'un animal ayant tout du crapaud était un chat parfaitement commun.

Sous le coup de ces révélations presque étourdissantes, Ciel ne fit quasiment pas attention à la suite de la tirade de Martes, et se contenta de hocher la tête d'un air distrait, ses yeux pâles fixés sur le doigt carmin. Il sourit avec complaisance, mais gentiment, lorsque Martes parla d'honneur. Il était accoutumé à ce que les gens parlent ainsi, mais comme Martes l'intriguait singulièrement, il était plus ravi qu'à l'ordinaire.
Le petit prince attendit donc que sa sœur émît une opinion, car cela l'aiderait sans aucun doute à fixer la sienne. Ronce abonda dans le sens que, inconsciemment peut-être, il espérait. Elle semblait plutôt séduite par l'allure d'Arsène Martes, elle aussi... Mais son brusque accès de fantaisie le surprit beaucoup !

Il ne put retenir un gloussement qu'il étouffa au creux de sa manche. Ce qui se passait était très sérieux, mais il fallait bien admettre que l'ensemble avait un côté quelque peu burlesque. Cela ressemblait à un jeu, un jeu d'esprit, de stratégie, de déduction. La domestique paraissait très embarrassé, mais Ciel n'y prêtait pas attention.

— C'est entendu, ma sœur.

Son cerveau carburait déjà, s'efforçant de trouver une idée convenable et stimulante à la fois.
Soudain, une sombre pensée embruma sa conscience, comme un voile noir devant ses yeux. Mais la pensée l'excitait en même temps. Il poursuivit d'une voix étonnamment basse, grave, atonale...

— Si sieur Martes parvient à trouver l'origine du mal qui éprouve la domestique, il devra ensuite deviner quel mal m'a moi-même frappé il y a trois ans, et sous quel forme ledit mal s'est incarné. Mais chaque chose en son temps, ma sœur...

Il plongea son regard, étonnamment fiévreux, dans celui de Martes. Il savait que la mention de la morsure déplairait fortement à Ronce. Un frisson glacé courait sur son échine, l'entraînant dans un tourbillon de souvenirs noirs, intenses, et pourtant comme étiolés. Le jeu prenait une tournure grave et bizarre qu'il n'avait pas anticipé. Peut-être cherchait-il à prouver à sa sœur qu'il était moins effrayé qu'elle. Peut-être cherchait-il aussi à montrer à Arsène Martes qu'il n'était pas qu'un petit prince de porcelaine calfeutré qui n'avait rien vécu et ne savait rien de plus. Peut-être qu'il voulait que ce fût su. Peut-être.



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Arsène Martes

MessageSujet: Re: [Janvier 04] "Pas de Ronce sans Epine"   Ven 8 Mai - 18:07
Arsène hocha la tête.
Une épreuve, soit. Son frère et sa sœur couronnés étaient peut-être moins crédules qu'escompté.

- A vos ordres, votre altesse.

Le jeune homme se redressa de sa chaise et s'avança vers la jeune soubrette dont les yeux affolés roulaient en tous sens dans leurs orbites, lui conférant des allures de biche aux aguets. Il lui adressa son sourire le plus chaleureux, celui, soigneusement affuté, du praticien de confiance.

- Donnez-moi cotre main, s'il vous plait. Comment vous appelez-vous ?
- B... Bernadette, souffla-t-elle, craintive.
- N'ayez crainte, tout va bien se passer, Bernadette.

Son ton était doux, presque caressant, avec des tonalités aussi riches que le chocolat chaud que Ciel avait dans sa tasse. Il prit les deux mains dans les siennes et les observa. Elles étaient pâles et tremblantes. En outre elles suaient beaucoup. Il les retourna, paume vers lui et lui prit le pouls. Accéléré. Anormalement accéléré. Il observa plus précisément le visage de son interlocutrice. Ses yeux verts étaient cernés de zone bleuies, témoignage éloquent d'un grand manque de sommeil.

- Depuis quand n'avez-vous pas dormi, Bernadette ?

Elle se détourna du médecin pour répondre.

- Je.. assez.. longtemps.

Mais Arsène perçut nettement son haleine aigre et fermentée. Il lui attrapa le menton et fit pivoter sa tête afin de mieux voir ses yeux : injectés de sang, légèrement jaunis au coin.

- Bernadette, depuis quand avez vous cessé de toucher une bouteille ?

La domestique lui lança un regard paniqué qui glissa vers la reine de France. La biche s'était prit la patte dans un piège à loup.

- Je.. Je ne bois pas monsieur, cela m’est formellement interdit.
- Vous avez cessé en effet, mais votre addiction a du être grande pour qu'elle laisse de telles traces. C’est ce qui rend votre sevrage difficile et provoque vos insomnies, vos tremblements et fait palpiter votre cœur anormalement. J'imagine que tout ceci s'assortit de migraines et peut-être, lors de vos crises les plus aiguës de manque, d'hallucinations qui vous empêche de de trouver le repos.
- N..Non, je...,
dit-elle en sanglotant.

Arsène lui tapota l'épaule.

- Allons Bernadette, c'est très courageux de vouloir soit même chasser ses vieux démons. Néanmoins parfois la volonté de l'individu ne suffit pas.

La pauvre enfant se mit à pleurer à chaudes larmes et tomba à genoux, aux pieds de la reine.

- Votre altesse, j'ai essayé, de toute mes forces, je vous le jure ! Ce travail est tellement important pour moi ! Madame de grâce ! supplia-t-elle en agrippant les pans de la robe de Ronce.
- Bernadette, il existe des traitements, par le bienfait de certaines plantes, pour vous aider à lutter contre le mal qui vous ronge. Quoi que décide notre reine, je vous procurerai gratuitement ce remède.

Arsène fit face alors au dauphin et le plus sérieusement du monde lui fit :

- A votre tour, jeune homme. Je ne puis jouer aux devinettes de ma position. Il va falloir que je vous ausculte en bonne et due forme. Si je dois vous déshabiller, autant que ce soit dans un lieu chauffé. Je vous suis donc pour votre prochaine épreuve.

HRP:
 
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Prince Ciel

MessageSujet: Re: [Janvier 04] "Pas de Ronce sans Epine"   Ven 12 Juin - 12:57
Spoiler:
 


Tout en lançant de temps en temps quelques regards furtifs à Ronce, Ciel observait tour à tour le médecin et la domestique. Il se trouvait quelque peu perplexe devant les façons de Martes, à la fois expertes et malvenues – du moins aux yeux d’un prince français.
Par réflexe, ce même prince s’écarta brusquement, faisant racler les pieds de sa chaise, lorsque l’employée s’épancha soudain en sanglots tout à fait dramatiques. Son souffle s’était accéléré et deux taches rosâtres avaient éclos sur ses joues. Il fixait sur la jeune femme un regard affolé, comme si elle venait de s’ouvrir la gorge sous ses yeux. Arsène Martes, lui, ne semblait point ému par un tel excès, son ton demeurait calme, presque doux. Pourtant, une certaine froideur s’y dissimulait tout au fond, vraiment tout au fond… Ou peut-être était-ce simplement au creux de ses yeux sombres.
Ciel chassa cette pensée honteuse lorsque le médecin évoqua le remède gratuit. Il était exceptionnellement généreux. Et le petit prince ne savait trop quoi en penser. Un médecin qui se met ainsi aux services des plus basses gens est-il digne de confiance ? Est-ce là la preuve d’un certain manquement professionnel ? Qu’est-ce qui justifiait une telle bienveillance ? A moins, bien sûr, que Martes ne fût religieux.

— Cessez de pleurer, dit alors Ciel d’un ton très bas, quasi atonal mais entre l’ordre et la supplication. N’avez-vous point entendu ? Le docteur Martes vous guérira, et la Reine ne saurait le refuser. N’est-ce pas, ma sœur ?

Ronce était une reine sévère et péremptoire mais profondément juste. Ciel doutait qu’elle pût rejeter la proposition de Martes, que ce fût par simple humanité ou pour faire étalage de sa charité. Ce n’était pas spécifiquement une attitude propre à Ronce, mais les personnalités royales étaient accoutumées à s’impressionner les uns les autres. Quoique Ronce pût décider, Ciel trouverait forcément qu’il s’agissait de la meilleure opinion possible. Il peinait encore à forger sa propre indépendance d’esprit, toujours ombragée par celle, forte et affirmée, de sa sœur…

— Oui…

Ciel mit du temps à reprendre une contenance, aussi bouleversé par l’instinct mystique –c’était de cela qu’il en retournait à ses yeux – de Martes que par le comportement expansif de la domestique.
Puis, ses épaules se redressèrent et son regard se fit plus clair, légèrement plus ferme aussi.

—Appelez-moi sire, je vous prie. Je n’ai quasiment plus de doute sur vos talents, mais je ne tolèrerai pas une telle familiarité, en tous les cas point aussi rapidement !

Puisque Arsène Martes l’impressionnait, il cherchait en toute évidence à compenser ce rapport déséquilibré. Et la seule chose que Ciel avait pour en imposer, c’était son titre.

— Cela étant…

Il hésitait. Peut-être s’était-il montré quelque peu téméraire, emporté par sa fougue et son audace. Arsène Martes était l’être le plus charismatique qu’il eût croisé depuis longtemps et cela avait tendance à l’étourdir, brouillant sa réflexion. A présent qu’il se trouvait devant le fait accompli…
Il adressa un drôle de regard à Ronce, sans oser manifester une trop profonde détresse. Il devait assumer, à présent. Martes attendait.

— Fort bien, je suppose que vous avez coutume d’examiner vos patients ainsi.

Une anxiété nouvelle était palpable dans sa voix, renchérie par la désinvolture feinte et sèche de ses mouvements.

—Toutefois, ma sœur, ne serait-ce pas plus approprié d’offrir à notre hôte une visite sommaire du château ? Ou, tout du moins, les lieux importants. Peut-être… Peut-être M. Martes ne trouvera-il pas le cadre de son goût, finalement. Il s’agit aussi de lui montrer son bureau. Ensuite seulement… Ensuite, nous nous rendrons dans ma chambre.

Il soutenait le regard de la reine, comme pour l’inciter à accepter. Mais aussi parce qu’il n’était pas sûr que ce fût une bonne idée de laisser Martes, doué mais encore fort mystérieux, pénétrer ainsi dans leurs lieux de vie. Cette intimité lui donnait un sentiment de vulnérabilité. Il était trop tard, toutefois. Il se sentait de plus en plus oppressé, confus, et comptait à présent exclusivement sur Ronce pour mener la barque. Ce qu’elle déciderait ou refuserait, Ciel le déciderait ou le refuserait.


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MessageSujet: Re: [Janvier 04] "Pas de Ronce sans Epine"   Mer 17 Juin - 0:02
Pour une fois, (et l'occasion était si rare que Ronce ne prit guère le mouche de se retrouver au second plan, l'espace de quelques instants) Ciel brillait sur le devant de la scène, prince solaire démontrant ses pleines capacités. Son étonnement et sa fascination étaient aussi perceptibles que celles de Ronce. Les compétences d'Arsène se rapprochaient, à ses yeux, presque davantage à la magie qu'à la science – mais Ronce se promit de ne jamais le dévoiler au concerné, certaine qu'il n'apprécierait guère. Après réflexion, son exercice sur la domestique rappelait le comportement d'un enquêteur : observation, déduction, conclusion.

On était là bien loin du médecin royal officiant actuellement en France, marmonnant dans sa barbe des formules alambiquées.

Ronce eut un sursaut lorsque la domestique s'agrippa à elle. Pendant un bref instant, elle vit sa mère, la reine Aurore, à sa place. Elle la vit gifler, avec violence, le visage de la domestique, l'invectiver de tous les mots, la fouler aux pieds. Creusant davantage le fossé qui la séparait de sa génitrice, Ronce aida la domestique à se relever. La pauvre femme hoquetait, s'étouffant avec ses propres larmes, son comportement frôlant l'hystérie.

— Cessez de pleurer. N’avez-vous point entendu ? Le docteur Martes vous guérira, et la Reine ne saurait le refuser. N’est-ce pas, ma sœur ?

Ronce eut un hochement de tête, confirmant les propos de son cadet. La reine relâcha la domestique qui plaqua ses mains contre elle, faible rempart face à une colère royale qu'elle était certaine de voir en marche. Mais Ronce s'adressa à elle d'une voix posée, détachée.

« Ce qui a été accompli par le passé n'a plus d'importance aujourd'hui. Suivez le traitement de Monsieur Martes avec exactitude. Accomplissez chaque geste conseillé comme si c'était un devoir. Si vous négligez vos soins, et que votre travail en pâtit encore... Je me montrerais bien moins clémente. » D'un geste de la main, Ronce stoppa le débit de paroles qui allait s'écouler de la bouche de la domestique. « Inutile de proférer des paroles convenues. Vous pouvez disposer Bernadette. »

Un acte avait été joué, un autre se mettait en place. Non seulement un personnage venait de quitter la scène, mais un autre proposait un changement de décor. Ronce eut un bref regard vers les jardins de Versailles, vers les nobles qui s'amusaient, comme des enfants, au sein de la poudreuse. Il ne lui fallut que le temps d'un clignement de paupières pour donner son avis, et reprendre les rênes.

« Remarquable suggestion, mon frère. Une rapide visite nous sera profitables à tous. Vous pourrez ainsi voir, monsieur Martes, de vos propres yeux, des lieux que votre grand-mère a du vous mentionner, voire côtoyer de son vivant. »

Le trio sortit du kiosque, Ronce ouvrant la marche en compagnie de son cadet. Le froid, soudainement retrouvé, lui fit claquer des dents et hâter le pas. La reine s'engouffra tête la première au sein de la galerie des glaces. Le lieu, habituellement peuplé, servant de long couloir de passage, était déserté au profit des jardins et des festivités hivernales. Ronce leva un bras, présentant les lieux au futur médecin.

« Je vous présente la galerie des glaces. Inutile de vous expliquer pourquoi elle porte ce nom, je présume. Lors du conflit qui opposa le royaume de feu mon père, et de ce qui fut la Prusse, cet endroit fut transformé en hôpital militaire, faute de mieux. J'ose espérer que nous n'aurons jamais à renouveler telle expérience mais, en cas, votre aide nous sera précieuse. »

La visite continua au sein même de Versailles, Ronce mentionnant quelques salles au rôle important, ouvrant des portes sur des pièces toutes outrageusement décorées – du moins aux yeux d'un homme du monde moderne. La rapide inspection se termina à l'étage, dans l'aile où résidaient des occupants dont le prestige, ou le statut, leur permettait de vivre à Versailles même.

« Cette partie du château abrite les courtisans les moins fortunés, bien souvent membres de la baronnie ou bourgeois fortunés. Ainsi que d'autres personnes d'importance comme... le médecin royal. »

Ronce se rapprocha d'une porte close. Le propriétaire y avait apposé une plaque détaillant son nom et sa profession : Acajou Lépine. Ronce replia les doigts, prête à frapper contre le battant. Mais elle se ravisa au dernier instant, se permettant de mettre Arsène dans la confidence.

« Je pensais vous faire rencontrer votre... précurseur mais, je me rends compte que la rencontre pourrait se révéler... des plus caustiques. Je songe que nous pourrons vous trouver un logement dans cette aile, éloigné de votre... confrère. »

Une rencontre, même au détour d'un couloir, de médecins aux méthodes opposées pourrait renverser Versailles tout entier.


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Arsène Martes

MessageSujet: Re: [Janvier 04] "Pas de Ronce sans Epine"   Mar 21 Juil - 11:30
Arsène esquissa un filet de sourire à la remontrance du dauphin. Il fit une petite révérence en inclinant le buste, chapeau sur la poitrine, tête baissée.

- Pardonnez-moi, Sire. Je suis votre obligé.

Et c'est donc en obligé déférent qu'il suivit Ciel et sa soeur pour une petite visite du palais. Il écoutait les explications de la Reine avec attention, hochant parfois la tête en silence. Sa grand-mère aurait réprouvé qu'une souveraine s'abaisse à faire le guide touristique pour un roturier. Mais il n'était pas souverain, seulement fils de bâtard royal.

- Je pensais vous faire rencontrer votre... précurseur mais, je me rends compte que la rencontre pourrait se révéler... des plus caustiques. Je songe que nous pourrons vous trouver un logement dans cette aile, éloigné de votre... confrère.
- Mes ambitions pour reformer sanitairement la France sont grandes, votre majesté. Elles débuteront à Versailles, avec votre bénédiction, mais elle ne se fera pas sans heurt. Il est temps que la France se réveille pour de bon.

Son ton ferme n'était pas méprisant, juste déterminé. Il irradiait d'une grande confiance en ses propres capacités. Son amour du royaume ne parut faire aucun doute. Il tourna la tête vers le prince comme si c’était lui qui dirigeait cette équipée.

- Sire, j'imagine que la visite touche à sa fin. J'aimerais débuter notre consultation, si vous l'autorisez. Où sont vos appartements ?


Note à destination de Ciel:
 
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Prince Ciel

MessageSujet: Re: [Janvier 04] "Pas de Ronce sans Epine"   Jeu 13 Aoû - 14:38
hrp:
 


Il est temps que la France se réveille pour de bon.

Tout en marchant aux côtés de sa sœur, ses souliers rehaussés d’un léger talon claquant sur le sol parqué du château, Ciel ne cessait de jeter des coups d’œil – qui se voulaient discrets, mais on ne saurait dire s’ils l’étaient effectivement – en direction de la reine. L’attitude d’Arsène Martes n’était jamais irrespectueuse, jamais vraiment impertinente… Mais il y avait dans son ton, dans ses propos-mêmes, une audace à laquelle le prince, de mémoire, n’avait jamais assisté. Surtout en présence de Ronce, que dans son idéal sans concession, il imaginait encore plus suprême qu’elle ne l’était en vérité…

Il attendait de savoir si sa sœur allait réagir au discours du médecin. Aux yeux de Ciel, qui malgré une candeur fort nette n’en demeurait pas moins un enfant vif et intelligent, il était clair que Ronce lui vouait déjà une confiance certaine et qu’elle songeait très sérieusement à lui donner un rôle conséquent au sein du palais. Martes serait le nouveau médecin royal. Même son étrange, placide effronterie, n’aurait pas raison de l’estime que la reine, dans son désir de plus en plus pressé de réformer le pays entier, lui portait d’ores et déjà.
Tout absorbé à ces pensées, le petit prince sursauta légèrement lorsque Martes s’adressa de nouveau à lui.

Il considéra Ronce, l’expression indéchiffrable, et finit par répondre du ton le plus désinvolte – du moins pour un prince – possible :

Certes. Ma sœur, nous accompagnerez-vous ?

L’expression était devenue un peu plus intense, un peu suppliante.

Sans rien ajouter, il prit les devants – tout fébrile face à cette nouveauté – et se dirigea vers sa chambre d’un pas plutôt raide, la tête aussi droite que celle d’un automate.


Ses appartement se composaient de trois pièces : le petit salon, qui donnait sur la chambre, qui elle-même donnait sur la vaste salle de jeu. Le petit salon était bordeaux et or, la chambre bleu et argent, la salle de jeu vaguement plus modeste, bien que garni de splendides bibliothèques et d’un mobilier des plus fastueux.

Des valets en perruque ouvrirent les doubles portes du petit salon dans une révérence sobre, et tous trois purent y pénétrer.

C’est là la pièce principale, annonça Ciel sans même balayer la salle du regard. Je puis y recevoir mes… amis.

Vague coup d’œil à Ronce.
Il n’était point étonnant qu’il y passe si peu de temps !

Bien. Il s’était mis à suer. Je suppose qu’il est temps.

C’était étonnant comme il faisait grand cas de cette simple auscultation. L’épisode du serpent l’avait marqué encore plus d’esprit que de chair.

Ma sœur, je vous prierais de ne regarder ailleurs tandis que je découvre ma cheville.

C’était la première fois qu’il lui imposait une telle distance. Il craignait moins l’impudeur que l’exhibition de la morsure, car il n’avait jamais réellement su ce que Ronce avait éprouvé dans cette affaire. Et au fond de lui, il ne savait vraiment s’il désirait le savoir.

Il se débarrassa très nerveusement de son soulier et de son bas, dévoilant son petit pied blanc, tout délicat, aux yeux de Martes tandis que ses joues se fardaient d’un rose bien vif.
Il voulut parler mais n’y parvint pas. Il darda sur le médecin un regard quelque peu vibrant, presque farouche, où luisait autant de crainte que de défi. Ses prunelles glissaient parfois rapidement vers Ronce, dont il guettait une réaction quelconque.

Peut-être qu’un gentilhomme de la trempe de Martes n’avait jamais entendu parler du Serpent.



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MessageSujet: Re: [Janvier 04] "Pas de Ronce sans Epine"   Ven 14 Aoû - 17:55
Ce n'était qu'une consultation. Une banale consultation. Un défi que la reine et le prince avaient lancés, comme un jeu.

Pourtant, Ronce tourna difficilement la tête lorsque son cadet le lui demanda. Ou plutôt, lui commanda. Dos à la scène, elle veillait à ne pas tenter d'observer la scène par le biais d'un miroir. Ce qui aurait été inconvenant.

Elle préféra se diriger vers une fenêtre, faire mine de se perdre dans la contemplation des jardins.

« Monsieur Martes, si vous avez besoin de quoi que ce soit, vous pouvez m'en faire part. »

Qui sait, ce médecin saurait peut-être soigner le mal, là où ses prédécesseurs avaient échoués. Un fol espoir auquel Ronce essayait de ne pas se raccrocher. Du moins, pas trop.

Ne pouvant tenir en place, la reine se mit à faire les cent pas.

Furtivement, son regard glissa sur le visage de Ciel. La reine offrit un sourire rassurant, se fit violence pour ne pas baisser les yeux. Par respect pour le prince.

Citation :
C'est fort court, mais autant aller à l'essentiel. Arsène, tu peux prendre en compte que toute demande de ta part a été exaucé dans les plus prompts délais !


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Arsène Martes

MessageSujet: Re: [Janvier 04] "Pas de Ronce sans Epine"   Jeu 20 Aoû - 19:22
Arsène observa la pièce qui se jouait devant lui. Il y avait une certaine mise en scène à tout cela, un sens aigu de la dramaturgie. Le Dauphin détournant le regard pudique de sa sœur, l'abnégation et la souffrance secrète de cette dernière. Tout cela avait un gout de théâtre.

De mauvais théâtre.

Il était médecin, scientifique, cartésien. Il raisonnait. Du moins lorsqu'il jouait son rôle d'Arsène Martès. Car si le jeune praticien partageait quelque chose en commun avec ce petit ainé, c'était bien un gout raffiné pour le mensonge et un talent subtile pour diriger le regard là où bon lui semblait. Cette cheville, par exemple. Quelle magnifique diversion que ce point de focal ! En l'obligeant à ployer la nuque, le prince essaie de dissimuler son trouble au yeux du médecin. Et il ne s'agit pas ici de fausse pudeur. Il y'a du souffre dans ces yeux là, un gouffre profond et abyssale derrière les fenêtres azur. L'expression du petit est anxieuse, fébrile. Mais il y avait également présente une excitation malsaine à exhiber ainsi son secret.

Car il est là, lové au creux de son âme.

Comme Ébène Maintenon, le bâtard royal, le fils de Rostrhamus, se tapit à l'ombre de la carcasse d'Arsène Martes, Ciel de France couvait une vilaine cachotterie.
Le docteur sourit poliment sans quitter l'enfant des yeux

- Votre majesté, c'est à moi de vous conformer aux règles d'une vraie auscultation...

Il posa sa mallette de cuir sur un meuble quelconque et l'ouvrit, en extrayant un stéthoscope binaural, un chronomètre, une lotion désinfectante et une compresse. Il usa immédiatement des deux derniers après avoir retiré sa veste et retroussé ses manches, afin de nettoyer ses mains.

- Si vous désirez que je puisse faire un examen efficace et ainsi faire mes preuves à votre test, il me faut pouvoir voir d'avantage que vos chevilles. Déshabillez-vous je vous prie...

HRP:
 

Arsène pris le parti, sciemment, de n'observer la cheville qu'en dernier. Il fit courir l'embout de son stéthoscope, oreillettes fichées dans chaque oreille, sur le dos et la poitrine du garçon, en lui demandant de prendre de grandes inspirations. Il inspecta ses tympans, ses globes oculaires, palpa les ganglions à la naissance de la mâchoire et sous les aisselles, puis pris son pouls, deux doigts sur la jugulaire, en chronométrant son rythme cardiaque. Tout fut exécuté avec force sobriété et professionnalisme, l'homme posant parfois de courtes questions sur la nature de ses repas, de son sommeil, son exercice physique et -plus inconvenant- de ses scelles. Il ne semblait affecté par aucune des réponses données par le petit. Il écoutait et si constatations personnelles il y avait, elles demeuraient indéchiffrables. Parfois il formulait ses demandes à destination de Ronce, là encore sans franchement donner d'indices sur son diagnostique.
Alors seulement, il s’intéressa à cette mystérieuse cheville, profitant de l'émoi causé par ses gestes précédents pour la bienséance et l'étiquette. L'enfant était un peu anémié, sans doute très mal alimenté et saigné comme un porc par de procédés arriérés. Il manquait d'activité en plein air comme en témoignait son épiderme falot. Et ainsi surprotégé il n'avait pas vraiment pu mettre ses défenses humanitaire en œuvre. Elle étaient donc faibles et peu efficaces.

Mais cela n'expliquait pas tout le fatras autour de sa santé.

Il mit un genou à terre et, tel un chevalier servant de poème courtois, prit délicatement le petit pied pâle entre ses doigts. Ebène s'accorda alors son seul froncement de sourcil. Il y avait là, deux petits points noirs, distants d'un centimètre qui, pour un œil non averti, formait une seule et même masse entourée de veinules noirâtres. La blessure semblait ancienne et cicatrisée, causé sans nulle doute par un animal venimeux : vipère ou couleuvre...
Un serpent à Versailles ? Voilà qui était quelque peu curieux.

Arsène leva son regard ver le jeune garçon. Il plongea ses prunelles noires dans celles de l'enfant : deux puits absorbant toute lumière. Un délicieux témoignage de ténèbres. Il resta ainsi, silencieux, une poignée de secondes, observant les expressions de l'enfant.
Finalement il se redressa de toute sa hauteur et se tourna vers la reine.

- Pourriez-vous sortir, madame, je vous prie ? Et, si possible vos employés de maison également ? J'ai conscience que cela défit les protocoles sécuritaires en vigueur mais j'ai besoin de m'entretenir seul à seul avec mon patient.

Il regarda Ronce de France sans faillir, laissant place à cet aspect de lui même qu'il préférait le mieux : l'homme de science face à un mystère à résoudre.

- Je prends mon travail à coeur, Madame, et j'aimerais votre coopération et votre confiance. En toute humilité.

Il fit une révérence, main sur le buste, incarnation virile du dévouement.


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Prince Ciel

MessageSujet: Re: [Janvier 04] "Pas de Ronce sans Epine"   Dim 6 Sep - 19:10
hrp:
 

Au lieu de parler d’un lièvre et d’une tortue, la fable aurait pu s’inspirer d’un prince et d’un médecin. D’un prince qui se croyait si fort, si haut, si puissant, parce qu’après tout il était un prince. Et d’un médecin qui était parvenu à devenir plus fort et plus haut, par l’acuité de son raisonnement et l’habileté de ses mots, par la fermeté dans sa voix et dans ses gestes, à laquelle, en fait, on ne pouvait rien. Ciel n’y pouvait rien. Et Ciel s’était laissé dépasser. Il avait, même, lui-même écarté le soutien de sa sœur, le seul capable de le secourir, de l’affecter.
Il ne pouvait raisonner cela mais le ressentait avec une intensité proche du désespoir. Il n’y réagit pas, mais son regard était confus, agité comme une eau ballotée par des vents contraires.

Le petit prince ôta lentement ses vêtements. Tout seul. Avec une gaucherie douloureuse due à son manque de pratique. C’était son valet qui le déshabillait. Toujours.
Il respirait de façon saccadée, cherchant le regard de Martès pour le fuir une fois qu’il l’avait rencontré. Ronce demeurait lointaine et respectait son commandement, à son grand regret car il aurait bien préféré qu’elle lui serrât la main, même gantée, en cet instant.

Il se sentait plus faible que jamais, plus assujetti et incapable que jamais.

Lorsque le médecin ausculta scrupuleusement sa blessure, Ciel voulut éviter son regard une nouvelle fois, mais il tomba dedans avant d’en avoir eu le temps.

Pourriez-vous sortir, madame, je vous prie ? Et, si possible vos employés de maison également ? J'ai conscience que cela défit les protocoles sécuritaires en vigueur mais j'ai besoin de m'entretenir seul à seul avec mon patient.

Le thorax blanc de Ciel se gonfla brusquement, énervé par cette soudaine déclaration. Ses yeux quêtèrent aussitôt ceux de la reine, passant d’un malaise contenu à une angoisse fort nette.

Je prends mon travail à coeur, Madame, et j'aimerais votre coopération et votre confiance. En toute humilité.

Prostrant ses bras contre son buste, comme poussé par un élan de pudeur ou de protection qui était en vérité plus morale que physique, il s’humecta les lèvres plusieurs fois avant d’oser dire, d’une voix encore plus fluette qu’à l’accoutumée :

Pourquoi ne peut-elle rester ? Est-ce nécessaire ?

Il n’avait pas osé implorer Ronce.
Et, plus grave encore, il n’avait pas osé commander.



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MessageSujet: Re: [Janvier 04] "Pas de Ronce sans Epine"   Dim 6 Sep - 20:02
Spoiler:
 

La demande du médecin laissait Ronce interdite. Un sombre pressentiment lui comprima le cœur, noua ses entrailles. La reine s'agrippa à une chaise, tâchant de dissimuler au mieux son trouble. Sous les multiples jupons ses jambes tremblaient. Ronce n'était plus que nervosité, plongée dans une attente insoutenable.

La panique de Ciel, cette peur qui rendait ses accents plus aigus, lui insuffla une bouffée de courage. Elle n'était plus une reine veillant sur un prince, mais une sœur veillant sur son frère.

Ronce brisa l'intimité de la scène en rejoignant ce cercle duquel elle s'était éloignée. Sa main gantée se posa sur l'épaule de Ciel. Geste réconfortant. S'ils avaient été seuls, elle l'aurait pris dans ses bras. Néanmoins elle avait une attitude à conserver face au médecin. A un étranger.

« Monsieur, je ne sais comment on officie en ce siècle. Mais il serait mal avisé de séparer une mère de son enfant, de laisser ce dernier face à un adulte qu'il ne connaît pas. N'est-ce pas ?  Je ne suis point mère du prince, mais depuis le départ de la reine Aurore, j'en remplis le rôle. »

Le regard de la reine glissa sur la mallette de cuir, détailla son contenu. Multiples objets dont elle n'arrivait pas à définir le rôle. Des objets qui, à ses yeux, demeuraient des instruments ésotériques. Les doigts de Ronce caressèrent brièvement les cheveux de Ciel, au creux de la nuque. La reine se retira, traversa la salle. En passant devant Arsène, elle se permit quelques paroles, yeux dans les yeux.

« Je renverrais les domestiques, mais je resterais. Je ne vous gênerais nullement dans les soins que vous prodiguerez. »

Le ton avait l'inflexibilité de l'ordre. Si Arsène souhaitait renvoyer Ronce, il devrait faire face à un mur solide.

Ouvrant les portes de la chambre, Ronce adressa ses ordres. Domestiques, valets et gardes en faction eurent pour ordre de vaquer ailleurs. Lorsque la dernière servante quitta les appartements du prince, Ronce referma les portes. Se colla dos contre elles, ses mains étreignant les poignées.

« Quel que soit votre conclusion, monsieur Martes, je l'écouterais sans faillir. J'ai beau être femme, sœur par le sang, je demeure avant toute chose une reine. Je saurais accepter votre diagnostic. »


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Arsène Martes

MessageSujet: Re: [Janvier 04] "Pas de Ronce sans Epine"   Dim 11 Oct - 10:37
Arsène observa un instant le frère et la soeur. Une image nette et précise vint se superposer à la leur, celle d'une gamine au cheveux auburn accrochée aux jambes de son grand frère, brun, bleui de coups.
Il se fustigea intérieurement. Il ne devait en aucun cas transposer son propre vécu sur ces deux là, à plus juste raison s'il s'agissait de ses proies. Un aigle reste un aigle, prédateur et concentré.

- Comme il vous plaira, votre majesté. Mon but n'a jamais été de l'effrayer, mais de libérer sa langue. Parfois on se confie plus facilement à un étranger qu'à un membre de sa propre famille.

Epine ne lui avait jamais dit qu'elle et Wilhelm partageaient un même lit, ni qu'ils projetaient de se marier. Il était passé à coté de leur amour. Il l'avait compris à la réaction brutale et inopinée de celui qu'il considérait comme son frère et qui , avec la disparition d’Épine, l'avait abandonné à son tour. Son chagrin l'avait noyé dans les brumes. Quand lui et sa soeur avaient-ils pu tomber amoureux ?
Il n'avait rien vu.
On ne lui avait rien dit.

- Renvoyez les domestiques. Nous allons devoir discuter de certains points sensibles.

Il attendit patiemment qu'elle donne ses ordres pour en revenir au duo royal. Après un long silence il amorça ses premières conclusions. Fidèle à son éthique il ne s'adressa qu'au patient, sans tenir compte de la présence de Ronce à laquelle Ciel se cramponnait.

- Votre majesté, en relief, vous semblez en parfaite santé. Vous êtes simplement anémié et manquez d'exercice. Votre enfermement systématique vous empêche de soumettre votre système immunitaire aux humeurs extérieures et donc de l'aider à se fortifier. Tomber malade ne vous condamne pas, cela vous permet de découvrir une menace nouvelle et votre corps de s'y adapter. Il créera des "soldats" efficaces pour une prochaine attaque. Ainsi fonctionne la médecine. C’est une évolution perpétuelle et constante. Vous avez dormi cent ans, il est temps de quitter cet immobilisme et de laisser votre corps évoluer. Il faut que vous sortiez vous promener, que vous pratiquiez un sport d'extérieur. Il va falloir stopper toute saignée et reprendre un rythme de vie sain avec une alimentation équilibrée, capitale pour un enfant en pleine croissance.

Il marqua une pause après son discours, docte et précis.

- J'ai abordé la partie physique, mais à mon sens, j'observe également les impacts d'un mental fissuré et sans doute épuisé. Cela n'a rien de honteux ou d'incapacitant. Vous êtes jeune, vous avez été abandonné par vos parents, vous avez subit un choc magique dont on connait mal les retombées sur la psyché. Cent ans de décalage et de pertes déboussolerait le plus solide des hommes. Il n'est pas étonnant que vous ayez développé une forme de mélancolie qui peut, dans certain cas, influencer votre santé de manière mortifère...

Ses yeux noirs comme la nuit la plus sombre dardèrent vers ses jambes.

- Vous portez à la cheville la trace d'une morsure venimeuse, de serpent, selon toute vraisemblance. Comment est-ce arrivé ?

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Prince Ciel

MessageSujet: Re: [Janvier 04] "Pas de Ronce sans Epine"   Mar 17 Nov - 12:26
C'était la première fois, pour Ciel, que Ronce assumait l'aspect maternel de sa relation avec le prince. Lui-même en oublia tout à fait les circonstances angoissantes dans lesquelles il se dépêtrait. Le coeur battant, il s'interrogeait sur le bien-fondé de cette déclaration. Est-ce que Ronce le pensait réellement ? N'était-ce qu'une façon d'affirmer son autorité, en exposant un droit fondamental, auprès d'Arsène Martès ? Il décida de considérer son propos inédit à la manière qui l'émouvait le plus. Une vérité inébranlable, un soutien puissant, une tendresse assumée qui lui faisait l'effet d'un puits après une interminable marche dans le désert...

Puis, il y eut un autre propos. Un discours brutalement rehaussé à une rationalité pure qui, si subite, le troubla beaucoup. Plus de saignée ? Davantage de sorties ? De l'exercice ?? Ciel écarquillait les yeux à chaque nouvelle annonce. Une imperceptible moue délicate ourlait le coin de sa bouche, comme s'il commençait à douter de la santé mentale de son interlocuteur. Une fois encore, son regard pâle dériva en direction de la Reine, dont la réaction l'éclairerait assurément sur celle qu'il était supposé adopter. Plus loin dans la pièce, une fleur dans un vase émit un "ffffiou" d'ébahissement. Mais le petit prince ne sut déceler s'il s'agissait d'une impression positive ou négative. Lui-même ignorait, en dépit de ses connaissances avancées en bien des domaines, ce qu'anémié signifiait. Il connaissait, en revanche, parfaitement le sens du mot "mélancolie" et se montra perturbé par cette évocation. Pourquoi parler de mélancolie ? Il n'en avait jamais été question. Ce n'était décidément plus un jeu.

La mélancolie... répondit-il d'une voix sourde, mal assurée, ignorant en premier lieu la question du médecin. N'est-ce pas ce mal provoqué par la bile jaune qui circule dans notre corps ? Cette bile jaune tirerait ainsi son origine de ce très long sommeil ? Pourtant, Ronce...

Il se tut, et après un très bref regard sur le visage de sa soeur, baissa les yeux. Qu'en savait-il, finalement ? Peut-être que Ronce était en proie aux mêmes lassitudes. Peut-être simplement qu'elle avait le courage et la dignité de les dissimuler. Il rougit. Quant à cette affaire de bile jaune, il avait l'esprit assez vif pour comprendre que Martès n'y croyait point. Et qu'il avait raison. Lui-même avait l'âme poétique et rêveuse, mais une raison exclusivement physique pour expliquer son état le réconfortait. La bile jaune, il suffisait de l'ôter.

C'était la nuit... ajouta-t-il, les yeux dans le vague, tout bas. J'étais... Je me trouvais quelque peu esseulé. Et un serpent est venu. Il était... Il était de couleur noire et parlait sans ouvrir la bouche. Sa nature n'était point malfaisante. En vérité, je crois qu'il a tenté de... me venir en aide.

A quel point se trahissait-il ? A quel point révélait-il que ce dernier voyage, il l'avait désiré, compris, attendu ?

Mais je fus guéri ! dit-il d'une voix subitement forte. Vous avez trouvé. Félicitations.

Il repoussa la main ferme et masculine de Martes et rabaissa, de sa propre main frêle et délicate, son bas. Puis il se releva et s'adressa à Ronce d'un ton devenu plus assuré, un peu plus sec également.

Ses méthodes sont originales, mais ce monsieur doit être un vrai médecin, ma soeur.

Qu'on en finisse, à présent.
Ce n'était décidément plus un jeu.
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Invité
Arsène Martes

MessageSujet: Re: [Janvier 04] "Pas de Ronce sans Epine"   Sam 2 Jan - 23:47


Ebène observa les réactions du petit garçon. Sous son vernis impassible, une corde ancienne et voilée vibra. L'écho se répercuta dans tout son être.

L'Appel du Vide.

Enfant, il l'avait vécu. Ce désir de franchir le pont, de passer de l'autre coté, de disparaitre dans le noir pour qu'à tout jamais cette absence ait un sens. Une explication. Une valeur. Quand l'enfant impuissant, qui est là sous l'armure, ne sait plus comment nommer ce trou. A boucher, de ses doigts souillés.
Poupée cassée, désarticulée. Passive.
Si ressentir c'est vivre, ne rien éprouver c'est être mort. A quoi bon en ce cas résister à la berceuse du précipice. Tomber. Tomber. Tomber.
Et ne plus avoir la pénible responsabilité de se relever.

Il avait eut, lui aussi, les bras d'une soeur pour le retenir. Seule famille. Seule amour. Seule avenir.
Et elle n'était plus.

Avec une précaution infinie, il se mit à genoux devant le futur roi de France. Ses grandes et belles mains d'homme, des mains abimées d'adulte à force de creuser pour combler sa brèche personnelle, enserrèrent celle du blondinet. Il posa son regard noir sur Ciel. Des prunelles de café chaud, de nuits tempétueuses, couvrantes comme de l'encre.

- Votre altesse, je vous aiderais, moi aussi., fit-il avec gravité.

A vivre.
A gouverner.
A être.
Il n'était pas un serpent, il était un aigle, un oiseau qui survolait, royal et déterminé, les masses bêlantes parasitant la surface. Ils n'avaient en commun que la dangerosité et la couleur.

- Je vous aiderais...
répéta-t-il rassurant.

Il libéra le dauphin de son honteuse familiarité et resta là quelques instants, genoux à terre. Finalement il prit acte de se redresser avec dignité pour faire face à la reine.

- Si vous me faite cet honneur, je suis prêt à prendre mon poste dès à présent.

Il s'inclina, raide et professionnel.
Arsène Martès, le Médecin.
Ebène Maintenon, l'Enfant de Rostrhamus.
Fils de Bâtard. Engeance de roi exilé.

Le bois solide de cette roseraie.


HRP:
 





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[Janvier 04] "Pas de Ronce sans Epine"

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