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 Symphonie perdue [mai 05]

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Maria Elisabeth Edelstein

MessageSujet: Symphonie perdue [mai 05]   Ven 17 Avr - 0:11
 
La journée avait été si chargée, tant de notes à effectuer avec brio. Tant perfections et d'harmonie exigées, et ce chamboulement... La partition semblait si complexe de jour en jour, que penser de cette femme ? La muse de son Père ? La Princesse Impériale n'en savait rien. Son esprit était si préoccupé qu'il ne pouvait se concentrer sur les notes à jouer. Encore une fausse note... Dans un grand soupir, en cette fin d'après-midi, la flûte traversière dévala le tissu pâle de la robe de précieuse étoffe pour finir dans l'herbe du parc. Un endroit harmonieux, reclus dans les fins fonds des jardin impériaux.
 
La Princesse Loir se contenta de suivre l'objet du regard, assise sur le banc de pierre non loin d'un petit abris. Les arbres étaient abondants, emplis de fleurs naissantes.
 
Les iris d'azur hivernal se levèrent au ciel, afin de mieux retenir les larmes de déceptions. Puis elles retombèrent sur le violon, elle voulu le prendre mais se résigna. La mesure paraissait impossible, vide. Pas de musique à jouer. Maria Elisabeth était déconcentrée, loin de l'harmonie qu'elle voulait tant atteindre. Pouvoir suivre le même concerto que son Père sonnait en elle comme étant presque impossible. Pourtant, elle ne voulait pas disparaître du concert de l'Empereur. La femme, la muse, n'était pas la dissonance. Non, ce qui sonnait si faux était autre chose. La peur de perdre sa place, un place qui devenait parfois libre... les fois où la demoiselle impériale était enlevée par la Berceuse. La moindre déception pour son Père lui serait fatale, une dissonance si assourdissante qu'elle en serait devenue tel Beethoven.
 
La main qui flottait au-dessus de l'instrument qu'elle aimait pouvoir lier à la mélodie de son Père, Maria finit par légèrement se mordre la lèvre inférieure avant de ramener sa paume enrobée de ses doigts à son cœur. Ce dernier manquait une note à chaque fois qu'elle imaginait ses portées plus difficiles à jouer. Comme si le niveau suivait le concert de la vie qui ne l'attendait pas alors qu'elle se faisait prisonnière de la Berceuse. Il lui faudrait plus de force pour affronter ces partitions nouvelles, il faudrait encore plus prouver sa valeur. Le rythme s'accélérait en crescendo des plus fougueux.
 
Une grande inspiration, la tête relâchées en arrière. Doucement ses poumons laissèrent la symphonie d'air s'en aller. La Princesse Loir cherchait à retenir ses larmes par tous les moyens, elle ne devait se décevoir elle-même. Elle serait capable d'être encore plus digne. Elle resterait une princesse de symphonie.
 
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L'ombre
Jahan Shah Farvahar
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MessageSujet: Re: Symphonie perdue [mai 05]   Sam 18 Avr - 14:33
Après les événements russes, mon esprit s’égarait en conjoncture. Plus déstabilisé que jamais, j’ignorai où mes pas devaient me mener, de quel coté je devais basculer. Machinalement, j’étais grimpé, à la faveur de la nuit, dans le premier navire volant à ma portée. Le vaisseau ne transportait que des marchandises peu précieuses. Aussi, sa garde était minime. Dans un recoin sombre, protégé par le secret des lourdes caisses, j’installais mon campement le temps de la traversée. Au lieu de passer mon temps à fixer le vide d’un air absent, la lecture d’un ouvrage emprunté à Ozzy me tint compagnie. Indolent, le roulis aérien me berçait plus souvent qu’à mon tour.

Quelques jours à peine s’étaient écoulés lorsque nous fîmes escale. A la hâte, je remballai mes affaires manquant de peu de me faire surprendre par un docker. Je me faufilai dans l’ombre du plus costaud et me sortis des lieux, ni vu, ni connu, grâce à son concours involontaire. Je pensais d’abord être en Allemagne, aussi songeai-je brièvement à rendre visite à Rühigfeuer que je venais pourtant de quitter. Dès que cela me fut possible, je pris congé de mon hôte temporaire pour me déplacer en chair et en os. Mal m’en prit ! A la hargne ressentie, aux insultes aboyées et même une tentative de me passer à tabac – fort heureusement échouée car l’un des trois déclara, après un échange de coups de poings, brusquement un amour passionné à ses camarades en plein milieu de la rue et à grand renfort de termes imagés, ce qui interpella un gendarme et me permit de filer. Les gens choisissent bien leur moment pour les déclarations, je trouve – tous les petits détails me permirent de tirer la fatale conclusion : Je me trouvai en Autriche-Hongrie. Pire encore : Vienne.

Influencé par ma première rencontre avec un ressortissant du pays et les haines séculaires ottomanes, je luttai un instant contre l’émerveillement sur l’architecture des lieux. Avec un peu de mauvaise foi, je dus me résoudre à l’avouer. Tout cela était très beau. Indéniablement beau. Les rues trop cartésiennes et tout ce cadre soigneusement policé, orchestré, me dérangeaient par contre. Les bazars bigarrés et sans ordre, l’explosion permanente de vie des terres du sud, loin de la rigueur germanique me manquaient plus encore. Taquin, mon esprit établit un parallèle un peu bancal entre Vienne et la Dame d’Orage. Aussi parfait soit la surface, quelque part en dessous de l’apparat fardé, elle cachait quelque chose de brisé, d’attirant et de sombre. Pour me tirer de mes propres abysses, je me mis en tête de découvrir les zones d’ombres des lieux. Brusquement, quelqu’un m’interpella. Bien que je n’entravai pas un traître mot du discours, le signal était très clair : Le Coloré que j’étais ferait bien de se carapater. Je ne me fis pas prier.

D’abord en pleine lumière, mes caracoles et louvoyages attiraient bien trop le regard pour me permettre de semer mon hargneux poursuivant. J’ignorai ce que j’avais bien pu lui faire. Probablement me pensait-il complice de la demoiselle l’ayant bousculé afin de s’emparer de sa montre. Ou peut-être préférait-il s’imaginer que le basané avait accompli le méfait plutôt que d’avouer s’être fait piégé par une femme comme un puceau. Profitant de l’abri d’un arbre, je me fis ombre à nouveau. Il suffisait à présent de m’aplatir au sol pour filer de passants en passants, de bâtiments en bâtiments sans susciter plus qu’un froncement de sourcils intrigués. Bien vite, je déviais de mon plan initial de découvrir les quartiers plus populaires de la cité pour suivre l’odeur alléchante de la magie.

Après avoir tiré la conclusion que je me trouvais probablement dans un des quartiers les plus riches de Vienne, la multiplication des gendarmes et des bourgeois un peu gras et endimanchés avaient grandement aidé à y parvenir, je localisai un long mur duquel dépassait des arbres. Probablement un jardin ou du plus vraisemblablement un parc vu la taille estimée de l’enceinte. Plus à l’aise parmi la verdure que parmi les autrichiens, je m’y hissai et coulai au sol de l’autre coté. Protégé des regards des citadins, je repris mon apparence normal et m’éloignai un peu du mur pour m’enfoncer un peu plus dans un coin de ce jardin. Je dénichai finalement un arbre à l’ombre duquel je m’installai. Ayant passé une bonne partie de la journée à cavaler, la faim grondait au fond de mon estomac et j’entrepris de taper dans mes réserve en profitant de la tranquillité de l’endroit. Repu et éreinté, je somnolai en profitant des rayons printaniers filtrant à travers le feuillage des arbres en fleur.

Des notes cristallines m’extirpèrent de la torpeur. Un peu vivement, je me remis sur mes pieds et repassai les sangles de mon paquetage sur mes épaules. Puis, je réalisai que la mélodie n’avait rien de cors de chasse se mettant à ma poursuite. Curieux et distrait de mes ténébreux songes, je me risquai sur la pointe des pieds à m’approcher de la source musicale. Caché à son regard, je contemplai la cascade de cheveux que le soleil de fin d’après-midi embrasait. Qu’est-ce qu’elle soupirait la demoiselle de l’Aube comme si le poids du monde pesait sur ses frêles épaules ! Son corps entier semblait désirer pleurer sans pour autant s’y autoriser. Je scrutai un instant alentour tant il me semblait étrange de se retenir alors qu’on se pensait seul. Mes mots, en espagnol par habitude, se frayèrent un chemin entre mes lèvres plus vite que ma pensée :

- Pourquoi es-tu si triste, Aube ?

Une main sur l’écorce de l’arbre, à demi dans l’ombre, je regrettai d’avoir brisé le silence de l’instant. Ma voix me paraissaient plus mélancolique qu’à l’accoutumée, comme lasse. Peut-être étais-je triste par empathie ? Non, cette émotion-là venait de moi et n’avait que trouvé son reflet chez la musicienne. En temps normal, la réflexion suivante m’aurait tiré un éclat de rire, en raison de tous les sens qu’elle renfermait, mais, aujourd’hui, elle m’apparaissait simplement dans son atroce réalisme : Elle était si jolie, si pure, et moi si noir. Un instant, j’hésitai. Devais-je m’en aller, m’enfuir ? Un nouveau regard vers elle et une autre idée germa dans mon esprit : La rareté de l’instant. L’Aube ne rencontrait jamais le Crépuscule. Il serait dommage d’écourter la rencontre sans savoir les mots que nous pourrions échanger. Aussi, sans bouger, attentif néanmoins en cas de danger – échaudé par l’acceuil autrichien pour le moins frais – je réclamai ce que je désirais.

- J’aimerais t’entendre jouer encore.




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Maria Elisabeth Edelstein

MessageSujet: Re: Symphonie perdue [mai 05]   Dim 19 Avr - 1:42
- Pourquoi es-tu si triste, Aube ?
 
Surprise par ces notes formant une phrase, le Princesse Loir dirigea son regard sur l'apparition. Ce fut sans doute par cette même surprise qu'elle ne répondit qu'un air étonné à la question. Elle ne s'était absolument pas attendue à voir quelqu'un en ces lieux.
 
Tant de familiarité rien que dans la sonorité du tutoiement, soit il était affreusement irrespectueux, soit il ignorait à qui il adressait la mélodie de ses mots. Mais elle ne voulait pas qu'une personne la voit avec un air aussi abattu face au niveau qu'elle devait relever, autant espérer qu'il se croit en duo de concerto avec une noble que la fille de l'Empereur, rien que par orgueil. Bien que le terme usé pour lui donner une appellation sonnait plutôt bien, du moins cela lui plut.
 
- J’aimerais t’entendre jouer encore.
 
Eh bien voici donc la symphonie qui trottait dans la tête de l'étranger, un étranger donc la peau semblait bien trop basanée. Elle aurait pu se lever subitement, dans un crescendo d'énergie mais... non. La partition poursuivait sur la rencontre de l'étrange personnage, peut-être qu'il lui fallait abandonner un peu l'image de la perfection qu'elle s'obligeait à atteindre et dont la gamme se trouvait encore plus haute. Son esprit dicta alors les mesures, les tempos, prenant le rôle du chef d'orchestre. Du moins, tant que la Berceuse ne se réveillerait pas. Un regard dans les alentours, elle ne voulait pas qu'on la surprenne en compagnie plutôt dissonante. Il avait tout l'air d'un Ottoman.
Ses yeux pâles se posèrent à nouveau sur l'interlocuteur, afin d'aligner quelques notes de mots.
 
- Ma... Je ne pensais pas qu'un homme tel que toi pourrait apprécier la sonorité de ces gammes.
 
Elle avait décidé de ne pas parler à la troisième personne, elle voulait jouer une autre partition au cas où les notes seraient aussi aiguës qu'une lame. Elle ne souhaitait pas apporter encore un rebondissement dans la vie de son Père. Surtout qu'elle s'était autorisée de retourner le tutoiement à cet inconnu.
 
Maria Elisabeth tourna ses iris de faible azur sur la flûte traversière au sol, puis sur son violon à côté d'elle. Elle n'avait pas encore joué de cet instrument-ci. Elle pouvait choisir lequel elle souhaitait faire vibrer. Cependant, laissant ses doigts parcourir les riches gravures sur le bois de l'objet chantant, elle finit par adresser un air un peu froid -essayant de ne pas paraître hautain- au visiteur.
 
- Elle le pourrait... mais qui est donc le spectateur trop exotique pour être Austro-hongrois ?
 
Le visage de la Princesse de Symphonie se joua dans une mélodie plus douce mais emplie d'un vide de ne pas atteindre l'harmonie tant désirée, bien qu'elle ait repris aussitôt l'habitude de la troisième personne. Maria Elisabeth s'efforçait en tout cas à ne pas révéler son nom, par simple inquiétude face à un possible Ottoman.  
 
- Ma personne n'a pourtant joué qu'une suite dissonante...
 
Elle repoussa doucement l'objet. Le concerto que ses portées construisaient était bancale, faux, affreusement dissonant. Beaucoup trop... et pourtant on voulait l'entendre encore jouer. Elle ne pouvait nier qu'elle appréciait qu'on lui porte cet intérêt.
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Jahan Shah Farvahar
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MessageSujet: Re: Symphonie perdue [mai 05]   Mer 22 Avr - 22:57
Ma tête se penchait légèrement sur le coté au fur et à mesure qu’elle parlait. A la caresse qu’elle lui glissait, je découvris le violon. A cet instant-là, j’oubliai toute retenue et avançait de deux pas vers elle. Gêné de l’élan enfantin soudain, je me forçais à plus de contrôle et revins sagement à ma place. Un homme tel que moi ? Ne pas apprécier la musique ? Sourcils froncés, je faillis l’apostropher avec un peu de virulence sur l’exacte signification de ses propos avant de balayer l’air d’un vague geste de la main. Quelle importance après tout ?

- Je ne suis pas un homme, Aube. Ombre, Crépuscule, Cauchemar, choisis la manière dont tu préfères me qualifier, tout sera atrocement justifié.

Avec un soupçon d’inquiétude et une pointe de sarcasme, je me risquai au jeu de l’honnêteté, le sourire en coin.

- Non, je ne suis pas austro-hongrois. Félicitations Aube, ton regard acéré m’a percé à jour.

Un temps.

- Des humains me donnaient la chasse alors je me suis réfugié ici dans les arbres.

Me voulant rassurant, je levai doucement les mains, paumes à demi tournées vers elle. J’ignorai si la demoiselle, sans doute fortunée à la vue de sa tenue, alerterait prochainement son chaperon ou sa garde. La complication ne me tentait guère, aussi m’expliquais-je plus en avant.

- Je n’avais rien fait. Je crois juste que ma figure ne leur revenait pas.

Souplement, je m’autorisais cette fois-ci à m’approcher. Pour lui éviter le torticolis, je m’accroupis en face d’elle et pris mon visage entre mes mains, gamin impatient.

- Joue. Peu m’importe si tu commets des erreurs. L’important, c’est ce que tu transmets à la mélodie. Tu n’as pas à faire semblant devant moi, Aube, je ne suis que le Crépuscule capricieux cherchant à grappiller encore un peu de Lumière avant la Nuit.

Avec douceur, je répétai ma demande comme une supplique, un sourire triste sur les lèvres.

- Joue s’il te plait. Je veux t’écouter.




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Maria Elisabeth Edelstein

MessageSujet: Re: Symphonie perdue [mai 05]   Sam 25 Avr - 21:18
 
L'intrus qui s'était accroupi face à elle était étrange, il ne se disait pas homme mais s'était désigné par des termes particuliers comme Cauchemars ou Ombre. Mais la Princesse retenu Crépuscule. Elle avait retenu ce mot simplement parce qu'il entrait mieux dans la composition de ce concerto. Ce personnage l'appelait Aube. Eh bien ainsi ils seront en harmonie de par leur surnom.
 
Il avait joué une gamme qui se voulait sans doute rassurante, de peur qu'elle n'appelle la garde. La symphonie en Maria Elisabeth suivit le tempo, elle n'avait rien à perdre en accordant son attention impériale à un Crépuscule qui flânait. De plus, l'aube et le crépuscule peuvent bien être traités en égal, dans une bulle jouant un concerto en parallèle à celle des étiquettes et classes.
Maria laissa un léger soupir jouer de sa mélodie sur ses lèvres, puis sa main vint saisir le violon à côté d'elle.
 
- Eh bien, si le Crépuscule veut se faire auditeur de l'Aube. Cependant, Aube est plus hivernale que printanière.
 
Lorsqu'elle alignait les notes de sa voix, elle installa le violon et saisit l'archet. Ses portées l'avaient emmenée ici afin de jouer après tout.
Elle entreprit la mélodie hivernal de Vivaldi, la partie qu'elle préférait. Maria Elisabeth y mettait son cœur et, insciemment, l'envie de rendre fier son père ainsi que la muse de ce dernier. Le monde avait entamé un nouvel dans son concert, un acte difficile à rattraper. Elle n'était plus la seule famille, la seule note de laquelle le maestro attendait de donner la perfection. Cette fois-ci, deux compositeurs gravitaient autour ce concerto impérial. La Princesse Loir devait briller encore plus, résonner la perfection, l'harmonie pour l'Empereur et la moitié de ce dernier. La muse et le musicien sont tous deux des demi-croches qui se sont assemblées et donc... Maria devra parfaire ses partitions. Le monde poursuivra sans elle, endormie ou pas, ils danseront leur valse que la Princesse soit en train de jouer ou non.


Non, ils ne l'ignoraient pas. Mais... Maria se demandait comment rendre fière une femme dont le sang n'était pas lié à elle ? Il n'y aurait jamais le ressenti naturelle que l'on ressent pour les êtres nés de sa chair.


Maria Elisabeth ne savait que comment rendre son Père fier, et non comment en faire autant avec la muse.
 
Les notes se suivaient, pour le moment, la seule dissonance qui venait aux oreilles de la Princesse Loir fut celle de ne pas s'être surpassée. Pas d'amélioration, pas de perfection de perfection à faire parvenir à son Père. Mais l'hiver de Vivaldi faisait toujours jouer en elle des frissons, elle imaginait le froid de la neige et de la glace. Elle trouvait cette beauté blanche d'une harmonie au-dessus de la perfection, elle aimait l'hiver.
 
La musique lui arracha un fin sourire, elle repensait aux jardins couverts sous la symphonie des flocons. La princesse avait fermé les yeux pour mieux se remémorer ces si belles harmonies, puis elle finit par les entrouvrir laissant ses iris allant de paire avec la mélodie qu'elle jouait. Quelque chose ne lui allait pas, elle n'arrivait pas à la perfection qu'elle souhaitait. Elle passa outre et joua encore du poignet et des doigts sur violon décoré. Une fine larme perla sur le coin de son œil, elle l'ignora puisqu'elle ne coulait pas. La symphonie se poursuivait, la Berceuse ne se montrait pas, voilà au moins une temporaire victoire de quelques mesures de temps.
 
Les notes arrivèrent à la fin de leur partitions, doucement, l'archet quitta les cordes pour venir se reposer sur le banc de pierre pâle bientôt accompagné par le violon. La Princesse Impériale serra les dents, et ses poings revinrent se crisper sur ses cuisses en s'accrochant aux tissus. Elle avait aimé cette mélodie, mais la dissonance était là. Ce n'était pas ce qu'elle voulait d'elle, elle aurait voulu mieux, se surpasser. Pourtant, elle y avait fait jouer toute son âme, mais rien n'y faisait... il manquait encore une corde à la vie de la Princesse Loir.
 
- Voilà cher Crépuscule, tu as eu droit à ce que tu souhaitais.
 
Droite, digne.
Elle avait le regard qui voulait défendre son rang, ne pas lâcher une faiblesse face aux autres. Cela aurait été indigne d'une princesse impériale. Son regard portait cette touche qui rappelait qu'elle était la fille de l'Empereur, qu'elle n'en valait pas moins et qu'elle devait toujours honorer le titre qu'elle portait, et ce face à n'importe quelle personne.
 
- L'hiver, de Vivaldi. C'est ce que Maria Elisabeth à joué.
 
Ses yeux s'étaient permis la mélodie de la rêverie en disant ces mots, en imaginant encore la sensation de cette musique. Cela mélangé à la fierté et à l'honneur de son titre, la Princesse avait laissé échappé son nom. Elle fronça les sourcils en s'en rendant compte. Cependant, elle n'avait aucune idée si les notes de son prénom étaient connu par ce Crépuscule. Elle osa la symphonie reposante que l'être étrange ne connaisse que celui de son père. Maria se réfugia dans cette partition, faisant comme si ne rien n'était et s'attarda sur son interlocuteur exotique.
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MessageSujet: Re: Symphonie perdue [mai 05]   Dim 26 Avr - 10:55

Dès les premières notes, j’esquissai un large sourire. Comment ne pourrais-je pas reconnaître cette mélodie-là ? Chez Vivaldi, il y avait toujours la passion, la déraison. Comment les italiens pouvaient être aussi coincés et enracinés dans une religion qui dénigrait tout ? Ou peut-être était-ce ce guindage, ce déni de tout ce qui faisait la vie qui créait cette excellence ? Secrètes, les émotions jaillissaient avec d’autant plus de violence lorsque, enfin, elles se retrouvaient exposées par un musicien.

Bien vite, mon chef marqua le rythme de la mélodie de l’Aube hivernale. Imaginer les flocons virevoltant dans les lueurs de l’aurore se trouvait d’autant plus aisé lorsque les cheveux de la jeune femme dansaient sur le tempo de son archet. La musique m’apaisait et m’éclairait. L’hiver apaisant et pur permettait sans doute de calmer certaines de mes plaies à vif. Aussi je me laissai entraîner plus en avant dans l’interprétation de la jeune femme, fermant les yeux pour goûter à la quiétude.

La mélodie touchait à sa fin. Les larmes, cristal, se nichaient au coin de ses yeux sans pourtant que ses cils ne le fassent perler. Ma Reine d’Orage et Negin avaient un éclat pâle et spectrale, Abigale et Ivenka, la chaleur d’un feu d’hiver, mais Aube avait l’éclat scintillant de la rosée au triomphe du jour sur la nuit. Prophétique ? Peut-être allait-elle, toute fragile demoiselle qu’elle fut, me vaincre ? Me débattrai-je seulement ou tenterai-je de l’entraîner dans la petite mort ? Après tout, le Crépuscule revenait inlassablement pour saccager le jour et le noyer dans l’Ombre.

Elle se redressait de toute sa hauteur, digne, crispée… déçue ? Je l’ignorai alors, préférant sur l’instant m’amuser de la suffisance du ton et des manières. Noble, Aube l’était assurément. Mais de quel rang me demandai-je alors ? Et la réponse suivit dans la foulée. « Maria Elisabeth ». La couleur des cheveux, les similarités dans le visage et surtout dans son art, tout soudain fit jour. Je frottai quelques secondes mon visage, le rire silencieux au fond de la gorge. La vie avait toujours une drôle de façon de me faire des clins d’œil amusants. Mais pourquoi fallait-il absolument que je tombe sur la famille impériale austro-hongroise lorsque j’étais le plus perdu ? Mon sourire s’élargit bien malgré moi et mon rire tinta comme une série de bourrasques joueuses.

- Je connais bien cet air, Aube. Il fait parti de mes favoris. Prends-tu le Crépuscule pour un sauvage sans éducation ? Ma première vraie leçon, vois-tu, m’a été offerte par un Maître dans le domaine.

Au lieu de m’apeurer de son statut, je goûtais d’autant plus à l’échange. Pire encore, je le savourais. Presque paresseusement, je me redressai et m’étirai de toute ma hauteur. Altier, droit et princier, je plantai, un instant, mon regard d’or dans le sien et esquissai un geste vers les larmes à qui elle refusait l’éclosion. Ma main s’arrêta néanmoins avant de même effleurer la peau.

- J’aimerai t’offrir un cadeau. Mais je crains de ne pas avoir autant de maestria que toi dans le domaine.

Sans réellement lui demander son avis, j’approchai la main de son violon et archet abandonnés sur le banc. J’effleurai le bois du bout des doigts, révérencieux avant de nicher l’instrument contre ma peau. Je n’avais plus joué depuis ma séparation d’avec l’Ephémère et je me rendais compte aujourd’hui, à quel point cela m’avait manqué. Après une gamme simple afin de m’accorder au violon, une mise-en-bouche, j’esquissais les premières notes lentes toutes de vibrato. Puis, légères et graciles, elles firent opposition à l’hiver, avec la clarté du printemps. Brises printanières et joueuses, elles s’enroulaient sur elles-mêmes délicates et taquines.

Brusquement, je brisai l’harmonie de coups d’archets vifs. Les étoffes de ma tenue claquèrent dans le vent montant, tourbillonnant tandis que la mélodie s’élevait crescendo. Quelques fausses notes éraillaient encore la course de la tempête gonflante, faute de pratique suffisante, mais les gestes restaient précis, méthodiques. Possession prise de l’instrument, je fermais les yeux, laissant à son tour la musique s’emparer de moi. Ma silhouette dansait, presque, de concert avec les notes échevelées. Les mèches cirrus s’échappèrent de mon chèche pour zébrer l’air. Vivaldi avait si bien capturé l’éternelle oscillation. Sur le filin, toujours, l’archet funambule exécutait des séries de cabrioles. Il fuyait toujours, pour avancer. Habile, il esquivait les serres cruelles des notes sombres pour mieux se laisser happer l'instant suivant. La mélancolie du passé dérobé poignardait alors le sylphe courant d’air. Il sombrait avant, d’une impulsion, se redresser plus vif encore. Derrière, toujours, se dissimulait la hargne déraisonnable, la folie. Le cyclone menaçait de tout engloutir. Trop rares, quelques notes douces caressaient et tempéraient l’ardeur et la virulence du simoun. Pourtant, sans crier gare, il surgissait vigoureux. Il attaquait toujours plus violemment, implacable. Il lui fallait bouleverser. Il fallait dévorer et dominer tous les autres courants. Il s’élevait toujours plus haut, toujours plus vif. Il triomphait. Là, tout là-haut, il siégeait enfin avec le Soleil. Libre, heureux. Et les dernières notes annonçaient, en tombant, la sentence : la chute dans l’abîme.

Avec douceur, je posai l’instrument sur le banc de la même manière que l’Aube l’avait fait tout à l’heure. Contrairement à elle pourtant, je me sentais serein à présent, presque revigoré. J’esquissai alors un sourire tendre à son attention.

- Negin disait que les larmes renfermées sont celles qui coulent le plus longtemps. Pourquoi l’Aube retint-elle la rosée ? Doit-elle tenir à ce point son rang qu’il ne lui est plus permis de ressentir en-dehors de la musique ?




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Maria Elisabeth Edelstein

MessageSujet: Re: Symphonie perdue [mai 05]   Dim 26 Avr - 20:46
 
- Je connais bien cet air, Aube. Il fait parti de mes favoris. Prends-tu le Crépuscule pour un sauvage sans éducation ? Ma première vraie leçon, vois-tu, m’a été offerte par un Maître dans le domaine.
 
Maria Elisabeth eut un sourire en quoi, une mélodie qui était une évidence, une habitude. Croire qu'un être comme Crépuscule soit sans éducation, un mécanisme, une logique tout comme une noire vaut un temps. Mais la suite de la symphonie de mots intrigua le visage de la Princesse. Un homme comme lui présentait plus de savoir artistique que certain nobles rustres d'autres pays. Une pointe ironique dans cet opéra qui jouait l'Aube et le Crépuscule.
Puis, il se releva, un nouvel acte dans cette scène. Maria voulu reculer lorsqu'il s'approcha, mais le banc l'en empêcha. Mais la partition que l'homme suivait s'arrêta à un geste qui n'aboutit pas, et la Princesse Impériale se rendit compte de ses larmes qu'elle retenait, qu'elle s'empressa d'effacer. De vague perles en coin.
 
Maria Elisabeth trouva d'ailleurs une note particulière à ce Crépuscule, une touche noble, une touche noble d'Orient.
 
- J’aimerai t’offrir un cadeau. Mais je crains de ne pas avoir autant de maestria que toi dans le domaine.  
 
Maria Elisabeth eut une mélodie surprise qui se joua sur son visage pâle, ses yeux suivirent les gestes de l'inconnu. Mais elle ne fit rien, le laissa prendre l'instrument qu'il avait saisi avec une grande précaution qui rassura la Princesse. Et tandis que son interlocuteur commençait, elle reprit place sur le banc de pierre. Se faisant docile auditrice, une réponse à ce qu'elle avait bien voulu jouer pour lui. Il jouait pour elle cette fois-ci ? Qu'on joue pour elle, en ne se souciant guère des dissonances et imperfections. Cela dessina un fin sourire sur la symphonie de son faciès.
 
L'opéra qui se jouait était un jeu de réponse entre l'Aube et le Crépuscule qui, pourtant, jamais n'étaient sensés s'échanger des notes. Maladroites ou bien imparfaites, la scène était là. Ce concert était joué, et l'Aube se laissait emportée par la musique.
 
Et la réponse du Crépuscule se finit, les yeux de la Princesse Loir se rouvrir avec encore ce fin sourire qui traçait la ligne des notes pour le moment.
 
- Negin disait que les larmes renfermées sont celles qui coulent le plus longtemps. Pourquoi l’Aube retint-elle la rosée ? Doit-elle tenir à ce point son rang qu’il ne lui est plus permis de ressentir en-dehors de la musique ?
 
La note qui maintenait son sourire s'en alla. Ses iris partir dans les feuilles d'un arbre, la mélodie était juste. Une douce expiration, un silence. Puis Maria se laissa se mettre les genoux afin de reprendre sa flûte traversière. Au sol, elle décida de rester au milieu des herbes, son esprit encore occupé par la mélodie des mots de Crépuscule.
 
Un sourire dont la mélodie était désaccordée.
 
- Aube doit toujours rendre son Père fier et honorer son rang, une femme de Son rang ne laisse pas la mélodie des larmes couler. Elle ne le peut que dans ses appartements ou bien lorsque la Berceuse a pris de force la place du maestro.
 
La Berceuse, cette satanée symphonie du sommeil. La véritable dissonance, celle qui provoquait bien plus de déception que n'importe qu'elle note mal jouée. Voilà la véritable raison des larmes, l'incapacité à être complètement maestro de son propre concerto. Maria Elisabeth serra les poings sur la flûte argentée qu'elle tenait. Puis se releva doucement, ignorant les tremolos de son cœur, il le faisait à chaque fois qu'elle pensait à la Berceuse.
 
- N'est-ce pas la pire des symphonies que celle de notre vie mais dont on ne peut être le maestro ?
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Jahan Shah Farvahar
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MessageSujet: Re: Symphonie perdue [mai 05]   Mar 28 Avr - 2:00
Sans plus de cérémonial, je m’installai, au sol, face à l’Aube. Contre l’écorce de l’arbre, je m’appuyai. Nonchalant, j’étendis une jambe et ramenai à moi la seconde comme support pour mon poignet. L’attention offerte à mon interlocutrice n’avait rien de feinte. Je voulais savoir, peut-être même comprendre et l’aider à se débarrasser ce qui la tourmentait, du moins le pensai-je après l’avoir observée et écoutée jouer. Aussi, je notai le choix des mots, les mimiques et les gestes inconscient pendant sa presque confidence. Une sorte de malédiction ? Du moins, avec le sommeil français, il ne serait guère étonnant de voir des dérives similaires pour punir ou châtier une tête couronnée. Aussi pure m’apparaissait Aube, elle restait princesse impériale. Pour certains, le simple fait que des gens soient nés avec plus de chance – ou une peau plus colorée - représentait un affront. En somme, cela n’aurait rien d’étonnant. Fées, humains, sorcières et, probablement, androïdes restaient étrangement égaux quand il était question d’actes gratuits ou mesquins

- Sans réfléchir, je répondrai : Oui, ne pas être en charge de sa vie est horrible.

Je marquai un temps.

- Mais assez vite, il est aisé de faire jour sur mille et une autres horreurs surpassant le fait de devoir obéir à une partition donnée.

Un peu sec, le ton tranchait. Mon regard se perdait dans les nuances du ciel.

- Ne pas pouvoir émettre la moindre note, éternel spectateur. Etre enfermé dans un monde de silence, dans un monde sans lumière. Devoir observer et écouter mille et une danses et symphonies, sans jamais pouvoir participer. Jusqu’à ce que le bruit des orchestres vous fasse perdre la tête.

Crier, ne pas être entendu.
Manger, ne pas ressentir les saveurs sur sa langue.
Effleurer, ne pas pouvoir toucher.
Pleurer, ne pas être consolé.
Se souvenir, mais pas de soi ou à peine.
Torturé, mais incapable de mourir.


Rien ne servait d’y penser encore. Pas tout de suite, du moins, ne pas basculer dans la nuit si vite : Le soleil n’était pas encore couché. Imperceptiblement, je secouai la tête pour chasser les ténèbres.

- Toutes les mélodies, les sombres ou les imposés, les dissonantes et les torturées, permettent à l’artiste de grandir, d’évoluer, d’expérimenter pour atteindre une forme de… perfection. Même avec la partition donnée, un artiste saura se mettre en lumière quand bien même il manquerait une ronde, qu’une corde céderait sous l’assaut de la vie. Mieux encore, il saura composer dans le cadre étriqué, ses propres accords avec les moyens à sa disposition, jouer sur les différentes voix de la partition. A dire vrai, je crois que c’est ça, la perfection.

Un temps.

- Le Silence, Aube, lui ne permet rien. Il accompagne simplement le chanteur muet, le danseur aux pieds brisés.

La dernière réflexion me laissait dubitatif. Est-ce que dans mon cas, il y avait un moyen d’appliquer mon propre semblant de conseil ? La Russie m’avait appris, dévoilé avec une certaine virulence que certains détails de mon passé n’étaient rien d’autres que des fantasmes d’enfant. Cela devait-il réellement changer ma manière de penser, d’agir ? Ne pouvais-je pas faire jaillir ma propre Symphonie de ces décombres-là et danser, tourbillonner jusqu’à en perdre haleine? Silencieux, je me laissai entraîner quelques instants sur ces notes.

- Ton Père est sans doute fier de toi. Belle, avec de l’esprit, persévérante, digne, tu as toutes les qualités requises pour ton rang. Tu es une très bonne musicienne également. Mais tu ne peux pas laisser la rosée invisible aux yeux de tout le monde. Tu vas finir par t’assécher, dépérir, Aube. Ce qu’il te faut, c’est un auditeur qui écoutera et aimera tes mélodies les plus secrètes, qui te dissimulera aux regards accusateurs de ta cour si … la Berceuse t’emporte.

Bien que j’ignorai parfaitement ce qu’était cette Berceuse, se douter à ses mots précédents du caractère imposé de ce sommeil – pourquoi berceuse sinon ? à moins qu’un sort ne la transformait régulièrement en nourrisson, ou que l’accent germanique ne transformait le mot « perceuse » en berceuse, mais j’en doutais vu l’excellente diction de la jeune femme (et perceuse aurait moins de sens dans toutes les métaphores musicales de son phrasé) – me semblait évident. Avec un soupçon de solennel, j’inclinai le chef, cliquetant de bijoux, à son intention. D’un ton doux, je chuchotai.

- En attendant que tu trouves cette personne-là, sache-le, ce que tu confieras au Crépuscule restera dissimulé pour l’éternité. Il emportera tes tourments dans la nuit.




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MessageSujet: Re: Symphonie perdue [mai 05]   Jeu 14 Mai - 16:50



Tes paroles sont d'or, Atêsh, mais elles ne te sauveront pas du mal qui te ronge. La maladie est tapie dans ton corps, mais ne se réveille que maintenant. Au mauvais moment, au mauvais endroit. Tu sens le goût du sang sur ta langue, le froid glacial de la fièvre geler ton corps. Tu es infecté.

Le Delirium a planté ses griffes dans le corps de Atêsh Jahanshah.



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MessageSujet: Re: Symphonie perdue [mai 05]   Sam 16 Mai - 13:45
Les mots de ce Crépuscule étaient particuliers, ils créaient une mélodie inconnue jusqu'à présent. Personne n'avait soulevé ces notes. Du moins, elle en avait l'impression.
 
La Princesse Impériale eut une symphonie d'un faible majeur sur son visage, son sourire était discret, mais il jouait d'un air sincère. On ne lui avait jamais fait parvenir les partitions telles que celles du Crépuscule. Elle n'était pas très sûre des accords à faire, cependant, c'était très tentant de se laisser emporter par ces portées. Et puis, elle aimait entendre que son père devait être fier d'elle, elle l'espérait de tout cœur. Mais, comment faire de même pour cette nouvelle note, cette nouvelle gamme à atteindre, Zahnfee Fatina. Une nouvelle musique, c'était différent. Maria Elisabeth avait pris tant d'année pour d'accorder ses instruments afin de jouer au plus proche de la mélodie de son père. Maintenant, elle devait en faire de même pour cette femme, la muse de l'Empereur. Cette même muse remplacerait peut-être la corde manquante à l'instrument de la vie de la princesse.
 
Maria Elisabeth appréciait les mots du Crépuscule, bien que l'ombre de la symphonie soit celle d'une sonorité ottomane.
 
- Un auditeur...
 
Elle avait répété ce terme, la mélodie que son interlocuteur lui avait fait parvenir était... une sorte de solution. Lorsque la Berceuse se faisait chef d'orchestre, lorsque la dissonance se montrait, il fallait quelqu'un afin d'empêcher le Sommeil de jouer en solo. Une personne qui pourrait au moins rendre le concerto privé, qu'on ne puisse voir la fausse note, que rien de déshonorant ne puisse se produire. Une partition qui jouerait en parallèle à celle de la Princesse Loir. Un tempo sur lequel reposer ses temps.
 
Ses yeux hivernal restait accrochés au Crépuscule alors qu'il parlait, il en était de même alors qu'elle fit jouer la mélodie de la perspective d'un auditeur. Un sourire plus expressif vint ajouter sa note sur la visage pâle de la Princesse Impériale. Bien qu'une touche mineure résonnait dans cette expression, Maria savait qu'il serait tout de même difficile de se débarrasser des dissonances de ses partitions. On ne pouvait changer les choses d'un claquement de timbale. Elle était troublée, en témoignait la note qui changeait dans ses prochains mots.
 
- J'aime beaucoup la symphonie de tes mots. Il serait si harmonieux d'avoir un tel auditeur, cependant j'imagine qu'il faudrait presque être mon ombre pour accomplir un tel devoir. Mais je... Maria... enfin, Aube te remercie de tout cœur.
 
Un léger rire, riant de son propre sort peut-être. Pour rester digne, car elle ne voulait pas non plus montrer une attitude faible en se reposant en permanence sur quelqu'un d'autre. Son regard était parti dans le vide, avant de laisser la voix de Maria Elisabeth jouer une mélodie :
 
- As-tu déjà rencontré une fée ?
 
Les iris froides se levèrent sur le Crépuscule, peut-être un air enfantin s'y jouait au fond.
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MessageSujet: Re: Symphonie perdue [mai 05]   Mer 20 Mai - 21:35
Ferrugineux.

Un instant, je perdis le fil de mes pensées et la discussion. Le sang, à peine un filet, taquina ma langue. Il envahissait tout pourtant, obscurcissait encore mon humeur. J'éclaircis ma gorge discrètement avant de hocher doucement la tête aux propos de mon interlocutrice. Il s'agissait de ne pas m'alarmer. Il s'agissait de ne pas paniquer et tirer des conclusions hâtives : Je m'étais peut-être simplement blessé en me mordant la langue à force de parler. Volonté de ne pas voir le mal directement ou inconscience masculine - ça ne pouvait décemment pas m'arriver à moi qui suis si fort, si solide... si idiot - je réussis à me convaincre sur l'instant. Puis, sursauter, paniquer, jurer sur tous les dieux et m'agiter comme un bête devant l'abattoir ne m'aiderait en rien. Aussi, en-dehors de la politesse la plus élémentaire, recouvrir mes lèvres et mon nez de mon chèche pour épargner à la princesse l'éventuelle vue de sang - étrange coutume de penser que les femmes sont facilement impressionnables par le sang alors que chaque mois... - je ne fis strictement rien.

Lorsque je repris pied, Aube parlait de l'harmonie d'avoir un tel auditeur. Son rire tinta brièvement et j'en esquissai un sourire doux.

- Avoir une Ombre consciente est sans doute un don pour la personne en Lumière, mais je ne parlais pas de quelqu'un enchaîné à toi de cette manière, Aube. Trouve quelqu'un, un égal pour siéger à tes cotés, une amie à qui te confier à chaque instant. A défaut de doux soupirant, par manque de qualité de ces jeunes hommes et non pas par la quantité pressés de marier une si charmante Aube, peut-être pourrais-tu trouver une dame noble pour en faire ta compagne de chaque instant.

Distrait pour de multiples raisons, sans doute répondais-je à moitié à coté. Les mots que l'Aube avait choisi se savouraient avec une étrange ironie : Me parler d'une ombre à moi étant donné ma nature et mon vécu tapait avec une justesse toute particulière. Sa question suivante balaya franchement toutes les hantises de fond sur le goût de sang dans ma bouche et j'éclatai de rire.

- Et bien, à chaque fois que je passe devant un miroir. Bien que le terme dans mon cas ne soit pas exactement fée, j'imagine que la différentiation tient plus de la sémantique ceci dit.

Balayai-je d'un revers de main. Après tout, peut-être qu'annoncer très distinctement être un djinn dans les jardins de ce qui devait être le palais impérial austro-hongrois - par déduction - s'approchait de la liste des choses stupides à ne pas faire. Déjà qu'avoir le teint un peu trop hâlé et les vêtements bariolés m'avaient valu une course poursuite dans les rues viennoises, j'estimais devoir garder un peu de faux mystère pour ma sécurité.

-Qu'est-ce que tu désires savoir sur elles ou la magie ? Enfin, j'imagine que le sujet t'intéresse étant donnée la question et la lueur d'intérêt que la simple évocation a fait naître dans ton regard, Aube. Si c'est la magie qui t'intéresse plus que les fées, je peux même te parler de mon voyage le plus récent, jusqu'à une Source magique nichée dans les neiges éternelles de la Russie. En échange, j'aimerais que tu me parles de fées, des créatures et lieux magiques de ton Autriche-Hongrie.




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MessageSujet: Re: Symphonie perdue [mai 05]   Dim 7 Juin - 12:27
 
Crépuscule était donc de ceux dont la mélodie magique se déversait dans les veines. De ceux qui sont à l'image de la flûte enchantée de Mozart.
Maria Elisabeth ne pouvait cacher l'étincelle de la symphonie fascinante qui avait emporté le tempo de son être, un peu comme une enfant découvrant la splendeur du plus bel opéra.
 
Elle eut pour réflexe, la note de joindre ses mains en croisant ses doigts. La Princesse tentait de rester dans les partitions de l'attitude à avoir, de rester dans la musique de son rang et non celle d'une fillette émerveillée. Chose bien peu aisée à faire.
Puis vint la note, le mot particulier : la sémantique. Cela signifiait que le terme "fée" ne correspondait pas mais donnait les même accords.
Djinn. Voilà la note, et elle sonnait un peu mal dans l'esprit de la Princesse Loir. Cela la ramena à la tragédie que son père avait vécu enfant, cela la ramena aux notes de la Berceuse de la France.
 
Ses iris d'hiver se tournèrent vers les danses des feuillages entourant les arbres des lieux, ses mains se resserrèrent. Puis sa voix, un peu plus distraite ou lointaine, joua quelques notes. Les accords étaient en si mineur, une fine tristesse se mêlait à la symphonie dite.
 
- Aube s'intéresse aux fées, à la magie qui leur est si naturelle tout comme les mélodies le son aux sons. Cependant, Aube mentirait en jouant une mélodie racontant qu'Elle ne craint pas les fées d'orient.
 
Maria Elisabeth releva son regard sur son interlocuteur, un air un peu déchiré donnait un concerto en elle.
 
- Ces êtres magiques-ci n'ont guère jouer de douces symphonies pour mon propre père, ni même pour le royaume qui fut endormi par une Berceuse bien plus forte que celle me tourmentant.
 
Les portées dessinèrent un fin sourire sur les traits pâles de la Princesse Impériale teinté d'une amertume particulière. Les croches étaient multiples, et la demoiselle ne savait qu'elle partition jouer. Cependant, elle voulu tout de même parler un peu de la magie dont les mélodies lui étaient connues.
 
Elle avait marqué un silence à la fin de sa mesure puis avait finalement osé reprendre.
 
- En ce qui concerne les magies de mon peuple... et bien, je n'ai pas beaucoup eu l'occasion d'en apprendre plus sur ces êtres.
 
Un air un peu désolé se jouait sur son expression, couplé à celui d'une petite inquiétude en connaissant la nature du Crépuscule.
 
- Qu'est-ce que tu fais si loin de l'Orient ?
 
L'émerveillement jouait un concerto fort avec celui de la crainte. La Berceuse la faisait souffrir, elle comprenait la mélodie de la France. Le malheur qui avait joué sa partition de requiem à son père, elle la comprenait de même, elle ne souhaiterait jamais que cela lui arrive...
Les pensées s'interprétaient toutes en mineur, mais jamais la fameuse rosée n'entrerait en scène pour le moment.
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MessageSujet: Re: Symphonie perdue [mai 05]   Lun 8 Juin - 22:20
Doucement, je hochai doucement la tête. La crainte des djinns se révélait très courante au sein des territoires occidentaux. Le travail de sapes de l'Empire Ottoman, et de quelques éléments plus belliqueux ou caractérielles, portaient trop de fruits. Un soupir échappa de mes lèvres. J'ignorai les raisons qui avaient poussées une djinn à maudire une jeune princesse et tout son royaume ou un empereur et sa fille - simple spéculation -. Probablement avaient-ils leurs propres raisons et les humains des tords. Toutefois, je peinais à saisir la cruauté gratuite de les voir souffrir. Autant les tuer de suite. Quelles vérités se cachaient derrière les maux envoyés par les djinns sur des terres aussi lointaines ?

- La haine de l'Empire Ottoman pour les djinns a beaucoup contaminé l'Europe. Mais mon peuple n'est pas pire qu'une autre communauté magique, que vos fées ou vos sorcières dévorant les enfants. Ou que vos humains violant, tuant, pillant, enfermant des enfants ou des adultes magiques ou non pour les exploiter.

Je haussai une épaule et tâtonnai mon flanc pour me saisir de ma gourde absente. Une quinte de toux grasse me prit quelques secondes. Toujours ce goût ferrugineux taquinait ma langue. Je secouai un peu la tête pour chasser la sensation désagréable et m'excusai rapidement après m'être éclairci la gorge. Ma voix s'étranglait légèrement dans ma gorge avant de revenir à la normale.

- En somme, tu devrais te méfier des inconnus. Djinns, fées, hybrides, androïdes ou humains, nos haines, nos passions, nos bassesses ou nos lumières sont similaires. Seul diffère la forme.

Un sourire à son égard illumina mes traits d'une lueur taquine.

- Le Crépuscule t'offre généreusement ce conseil. Tu peux le croire, l'Ombre et la Nuit qui le composent lui ont permis d'en voir plus que ce qu'il n'aurait souhaité apprendre sur la Vie.

Ses questions suivantes me plongèrent un temps dans l'expectative. Que faisais-je encore en Europe ? Ne serait-ce pas mieux de retourner auprès d'Abigale ou plutôt me mettre en quête du clan ?

- Mh, je suis un sylphe, un fils du vent. Voyager fait partie de nous.

Répondis-je ensuite tranquillement. Presque brusquement, le sourire se fit enfantin, illumina mes prunelles d'or.

- Puis, j'avais envie de découvrir d'autres choses. Je n'ai pas encore fini de voir tout ce que je voulais. Je veux explorer le monde et dénicher le moindre endroit magique, les différentes communautés et apprendre d'eux. Rien que marcher vers l'Inconnu, le Neuf, le Surprenant, rencontrer mille et une personne. Qu'ils soient magiques ou non, amicaux ou dangereux, tisser des amitiés, des alliances, tout ça est merveilleux !

L'élan guilleret monta encore d'un cran. Le Crépuscule prenait des teintes étrangement solaires.

- Si tu pouvais, Aube, entendre la Mélodie du Monde, les pièces terrifiantes jouées dans les entrailles d'une maison vivante, percevoir les notes diaphanes d'une source de pureté ou la beauté d'une danse et d'un musicien dans une ruelle sous la bruine. Rencontrer mille et une personnes si différentes, n'entrant dans aucun des schémas que tu tenais pour établi, un allemand comme un feu tranquille, un créature faite de givre et de neige, un albinos frénétique et rigolard, une demoiselle aussi grise et brillante qu'un orage, une fée aussi fascinante que les flammes, toi aussi tu voyagerais. Tu obligerais son altesse ton père à te fournir une escorte pour te rendre dans un lieu choisi au hasard sur une de tes cartes.




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Maria Elisabeth Edelstein

MessageSujet: Re: Symphonie perdue [mai 05]   Lun 27 Juil - 18:00
Les paroles du Djinn, puisque c'en était un apparemment. Toutes les notes sur lui-même appuyait les sons de ses mots.
Les paroles du Djinn firent résonner en la Princesse de Symphonie, une mélodie étrange. Certes, jamais elle n'avait joué de manière à voir de par le monde. Jamais.
Les paroles du Djinn lui firent envie, la chanson la faisait rêver. Un doux sourire ne pu être retenu et joua de sa mélodie joyeuse sur le visage aussi pâle que la neige.
 
C'était une mélodie impossible, qui laissa tout de même les notes de rires de Maria Elisabeth s'envoler.
 
- Crépuscule, tu alignes des notes dont l'harmonie n'est pas à douter. Cependant, ma personne se doit de rester dans cet opéra. Afin de jouer au même niveau que Père. Ceci n'empêchera pas, la perspective qu'un jour, plus tard, Aube pourra aussi jouer comme le vent qui voyage.
 
Un instant, un silence. Quelques temps passant. La Princesse Loir cru se souvenir de la sonorité du mot "altesse", afin de désigner le père. Le Sylphe, être du vent, un élément mélodieux, savait donc de quel genre était le concerto qui coulait dans les veines de la fille de l'Empereur. Légère inquiétude poursuivait son concert en la demoiselle d'essence noble. Inquiète que cela ne se retourne contre elle.
Les Djinns n'étaient guère dans le cœur de son Père, note des plus compréhensibles.
 
Fin sourire tout de même, partagée dans un rythme fasciné et celui de l'appréhension. Elle remarqua pourtant l'air qui jouait une portée malade en apparence. Peut-être la faiblesse aidait à rassurer les trémolos des pensées de la Princesse Impériale.
 
- "Son altesse", n'est-ce point le mot que tu as joué afin de désigner mon Père ?
 
Son esprit fit une syncope, les paroles avaient dépassé les notes de la pensée et avaient trouvé le chemin des airs. Peut-être trop rassurée par le Requiem qui semblait installer ses partitions dans Crépuscule.

Maria Elisabeth eut un air surpris de ses propres paroles, elle s'empressa de changer de mesures, de passer à la suite. Elle ne voulait l'accuser de rien, et d'un côté, ne voulait pas encore mettre la final au concerto qui se jouait. La curiosité pouvait être forte parmi les gammes.

Elle appréciait la compagnie de cet autre musicien aux notes atypiques, pour le moment en tout cas.



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MessageSujet: Re: Symphonie perdue [mai 05]   Mar 18 Aoû - 15:01
A mon tour, je marquai un temps de réflexion assez long. Rester dans cet opéra ? Évidemment, une princesse impériale ne pouvait pas aller courir la lande comme bon lui chantait. Néanmoins, n'était-il pas de coutume pour les héritiers d'un empire de voir le monde, les autres cours pour s'en familiariser ? Bast, j'oubliais dans cette réflexion la manie des spectres à considérer les femmes comme des créatures inutiles tout juste bonnes à pondre des enfants mâles. Peut-être qu'être la seule héritière de l'Austro-Hongrois ne perturbait pas ce schéma de pensées. Qu'en savais-je après tout ? Bien que je me pliais à leurs conventions occidentales, je restais plus que jamais un étranger sur leurs terres. Pour l'Aube, j'esquissai finalement un sourire navré.

- Je comprends.

Une nouvelle pause, une idée.

- Et si... je t'écrivais pour décrire mes voyages ? Tu pourrais ainsi découvrir de nouveaux horizons sans quitter ta place et tes obligations.

J'ignorai encore si la méthode pouvait lui apporter un réconfort quelconque. J'ignorai même si j'aurais la patience de m'asseoir devant une page blanche durant au moins une heure pour parler des paysages ou des visages découverts. Une nouvelle crise de toux me vrilla la gorge, interrompant le flux de mes pensées. Me redressant, je tâtonnais dans l'ombre derrière l'arbre pour y récupérer mon sac. Au fin fond de celui-ci, une bouteille de vodka allégrement empruntée ad vitam aeternam dans un tripot russe quelconque désinfecta d'une lampée ma bouche. Rapidement, l'objet regagna sa place soigneusement emmitouflée dans une étoffe et je repris la mienne contre l'arbre.

- Navré. Ma gorge me tiraille un peu.

Balayai-je d'un revers de main inquiétudes et éventuelles questions.

- Oui, bien que l'appellation exacte soit "Son Altesse Impériale", il me semble. L'Aube partage avec l'Empereur la passion pour la musique et la chaleur des cheveux. Lorsque tu t'es désignée comme étant Maria Elisabeth, le parallèle n'a pas été bien complexe à établir.

Fis-je amusé. Je levai ensuite légèrement les mains en signe d'apaisement.

- Ne t'en fais pas, Aube. La personne dans laquelle tu t'es incarnée m'était inconnue au départ.

A dire vrai, la composante, hormis l'attrait supplémentaire et vaguement ironique qu'elle avait eu jusqu'à lors, ne revêtait pas grande importance à mes yeux : Mon interlocutrice était Aube. Bien qu'elle m'intéressait toute entière, son titre ou la réelle identité de son père n'entrait en ligne de compte que lorsqu'ils mettaient en abîme les nuances de mon aurore.

- Je l'ai rencontré en Espagne, voilà deux ans. Il m'a baptisé "Geige" et m'a offert ma première leçon de violon, ainsi qu'un instrument d'un blanc immaculé.

Lui confiai-je, un sourire de gamin aux lèvres. J'espérai que ce lien ténu calmerait les appréhensions de la jeune femme et nous permettrait de continuer notre conversation.




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Maria Elisabeth Edelstein

MessageSujet: Re: Symphonie perdue [mai 05]   Mar 18 Aoû - 16:50

Les notes de toux qui rythmaient la paroles du Crépuscule arrachèrent quelques mines d'inquiétude à la Princesse. Il avait pris une bouteille afin de calmer la mélodie du Requiem, Maria osa passer outre. Ses oreilles avaient d'ailleurs été entièrement enveloppées dans les hymnes de mots du Sylphe.

Le visage laissa un air plus harmonique, bien qu'il pouvait passer pour encore l'inquiétude. Il n'en était rien. Aucune dissonance, le cœur battait justement dans un chant en tempo majeur.
Ses yeux reflétant l'hiver de Vivaldi se perdirent dans le concert du ciel avant que la tête ne se retourne brusquement pour écouter les paroles.
Bien que les précédentes avaient déjà en grande partie levé la peur, peut-être, qui avaient été un peu révélée.

Les chansons des mots ont bien des pouvoirs parfois.

Maria Elisabeth ne pu empêcher une brève grimace en rejetant sa vision sur le côté. Il était vrai que son prénom ainsi que son deuxième ensemble devenaient de fort grands indicateurs du type de musique que la demoiselle impériale était.
En repensant à la mélodie des lettres, la Princesse Impériale releva le regard sur l'homme. Un léger sourire complétant l'harmonie qui reprenait place sur le faciès. S'il l'avait deviné et si ses intentions jouaient d'un concerto sombre, sans doute il ne serait pas là à discutailler. Sans doute il aurait nié. En plus, il avait déjà rencontré son Père et avait reçu des présents de ce dernier. Voilà qui tentait beaucoup à rassurer les notes de la Princesse d'Harmonie.

Un léger rire finit par traverser le silence des airs, ajoutant sa mélodie un peu amusée. Bien que l'orgueil de la Princesse eut été légèrement touché.

- Certes... Aube ne peut se défaire de ses notes habituelles.

Ses mains vinrent chiffonner les tissus de la jupe de sa robe pâle. Un sourire un peu plus léger et fin joua son harmonie. Les yeux brillaient toujours d'une musique joyeuse, peut-être.

- Si le Crépuscule y pense et en trouve les temps, Aube lira avec grand plaisir les mélodies de ces paysages et aventures. Peut-être s'essayera-t-elle a les traduire en croches et rondes.

Voir le monde au travers d'une musique inspirée des paroles écrites, voilà ce à quoi la Princesse Loir imagina son concert futur. Durant ses temps vides, elle pourrait tenter. Une nouvelle manière d'apprendre de la musique, et puis, elle avait admiré les portées faites par son Père pour Zahnfee. Dorénavant, la demoiselle Aube voulait rattraper l'Empereur et cette femme qui semblait si attentive.

Maria Elisabeth joignit les mains, et eut un sourire un peu plus grand. Elle venait de se le permettre durant les mesures heureuses qu'elle avait l'impression de jouer.

- Il te faudra revenir en ces lieux si Aube parvient à faire naître une mélodie issue des images et aventures que tes mots porteront.

Un temps.

- Mais... cela signifie que ta présence doit être encore vivante dans l'opéra de ce monde. Ne laisse pas le Requiem t'endormir. S'il s'agit bien de cela.

Il s'agissait de la seconde personne, de la seconde note souffrante qu'elle rencontrait. La mélodie sur son visage était un peu moins joyeuse, plus restreinte. Mais elle demeurait essentiellement tournée vers la musique des paysages.


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MessageSujet: Re: Symphonie perdue [mai 05]   Mar 18 Aoû - 19:09
Heureusement, la mention de ma rencontre avec son père sembla apaiser quelques peu ses craintes larvées. Un peu plus détendu à mon tour, légèrement fiévreux peut-être, je m'avachis plus pesamment contre le tronc d'arbre.

- Nous avons tous un refrain, quelques notes auxquelles il est difficile d'échapper.

D'un soupir, j'exorcisai ma propre mélodie me hantant sans cesse. Comme un gros chat, j'étendis mes jambes avant d'en ramener une vers moi. Mon dos se câla plus agréablement contre l'écorce. Un instant, je cherchai sa rugueuse peau, bien à l'abri entre ses bras-racines.

- Si l'Aube me répond, parfois, en me confiant, ce qui trouble sa mélodie et altère son harmonie, je ne manquerai pas de m'en rappeler. En attendant que tu trouves ton auditeur privilégié, ton ombre attentive, le Crépuscule t'aidera comme il le peut en te prêtant l'oreille, ou plutôt ses yeux.

Un sourire.

- Puis si l'Aube le traduit en musique, je ne puis que ardemment désirer entendre la pièce née de mes errances et son talent.

A son intervention, le silence enferma ma voix quelques instants. Le terme que j'évitai d'effleurer de l'esprit depuis que la toux m'avait pris, elle le prononça tout haut. La fuite m'était ainsi refusée. Acculé, ma langue claqua avec hargne contre mon palais.

- Tsah. Ce n'est probablement qu'un coup de fatigue. Le dernier voyage fut moins agréable qu'escompté. Probablement juste le froid russe qui m'encombre un peu les bronches.

Comment pourrait-il en être autrement ? Comment aurais-je pu contracter une maladie comme le délirium ? Je ne touchai que peu les spectres. Je me promenai quasi toujours le chèche sur le nez pour ne pas partager mon air et éviter d'être contaminé. Loin de la civilisation, découvrant le monde, j'évitai les malades. Impossible, je ne pouvais pas être malade ! A moins que... A moins qu'un de mes amis ne m'ait contaminé. Le frère de Rühigfeuer était victime de l'épidémie. Un employé de Francisco en était décédé, de retour des Etats-Unis, après quelques livraisons en début d'année. Mais Sigmund comme le madrilène ne présentaient aucun symptôme en eux-même. Les seules autres personnes avec qui j'avais eu un contact très étroit au cours des derniers mois tenaient sur les doigts d'une main, dont seulement deux avec qui j'avais partagé le Souffle : La Reine d'Orage et Willow. Non, non, je ne devais pas réfléchir ainsi, repousser la faute vers d'autres.

- Je refuse de mourir.

Annonçai-je catégorique, bondissant sur mes pieds.

- Je ne mourrai pas, Aube. Rien ne m'endormira plus. Plus rien, ni personne, ne me dictera les partitions à suivre.

Ma liberté, je ne l'avais arrachée que depuis deux ans. Deux ridicules petites années face à dix ans de servitude. "Servitude", le terme me paraissait encore bien trop doux pour cataloguer ce que le sorcier m'avait fait subir. Mes pieds erraient à gauche et à droite, pour apaiser, vainement, la montée de hargne. Plantant le talon, je me retournai vivement vers Aube, les deux mains dans le dos. Longuement, je la fixai. Le ciel avait perdu ses dernières lueurs pour sombrer dans la nuit. Prunelles d'or contre hiver, très solennel, je déclarai.

- Peut-être cela n'a-t-il guère d'importance pour l'Aube, mais je tiens à lui faire une promesse : Je ne mourrai pas. Je reviendrai pour écouter le concerto qu'elle aura créé.

Légèrement amusé, je nuançai.

- Bien que je sois certain que cela seul en vaut la peine, j'avoue à Aube qu'il y a sans doute un milliard d'autres raisons qui me poussent à vouloir continuer à vivre envers et contre tout. Ce n'est pas une maladie, fusse-t-elle aussi terrible que le délirium, qui m'empêchera d'arriver à accomplir tout ce que je désire.

Le fait que ces "désirs" restaient très flous dans ma propre tête n'entrait strictement pas en ligne de compte !




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Invité
Maria Elisabeth Edelstein

MessageSujet: Re: Symphonie perdue [mai 05]   Jeu 17 Sep - 21:36

Le froid russe, fut donc la raison des premières notes jouées en réponse à l'hypothèse du Requiem. S'enchaîna un crescendo d'énergie, de sentiments de dignité face à une partition que l'on ne comptait pas suivre. Le Crépuscule le dit lui-même : il ne suivra pas les partitions dictées pour lui. Il n'avait que plus raison, les mélodies qui écrivent au fil de leur vie courtes leur partitions sont plus belles que celle qui ne font de raisonner les notes encrées avant même qu'elles n'aient pu voler.

Elles doivent dicter ce que les portées écriront, et non l'inverse.

La princesse de d'harmonie suivait du regard au cœur glacé mais cerné de neige brillante, le Djinn plaquant sur le sol le chemin des cent pas, des cent notes.
Un temps net et rapide, le Crépuscule cessa et figea ses iris d'automne face à celles de la saison qui suit.

- Peut-être cela n'a-t-il guère d'importance pour l'Aube, mais je tiens à lui faire une promesse : Je ne mourrai pas. Je reviendrai pour écouter le concerto qu'elle aura créé.

Une note sonnant comme une surprise, mais pourtant bien agréable aux tympans vibrant aux mots.

- Bien que je sois certain que cela seul en vaut la peine, j'avoue à Aube qu'il y a sans doute un milliard d'autres raisons qui me poussent à vouloir continuer à vivre envers et contre tout. Ce n'est pas une maladie, fusse-t-elle aussi terrible que le délirium, qui m'empêchera d'arriver à accomplir tout ce que je désire.

Un sourire se plaqua et joua sur le visage en harmonie avec le ressenti de la Princesse Loir, elle en sentit même la Berceuse reculer un peu bien que les yeux purent montrer le rideau de la scène que préparait bientôt la maladie profondément figée dans l'âme.
Maria Elisabeth aimait entendre une mélodie ainsi, il y avait un rythme qui donnait envie de ne pas dormir, une mélodie comme celles que l'on jouait pour atteindre enfin le bon niveau pour le père et l'épouse.

La tenue moins droite, les lacs clairs du regard s'en allaient ailleurs mais furent vite et brusquement ramené sur les deux cercles jaunes du désert. Le Requiem n'était peut-être pas la réponse.

- Alors... Crépuscule, tiens ta promesse et toutes celles que tu te seras faites. Tant qu'il ne s'agira que de ce que ta mélodie d'âme écrira sur tes partitions et non l'inverse.

La Princesse Impériale porta sa main sur son front, un temps rapide, elle sentait la Berceuse se faire insistante. La voix réagissait en étant plus faible dans ses notes ainsi que plus lente, mais le sourire luttait encore afin d'être le plus sincère dans son harmonie. Car elle aimait ce petit concerto, elle avait trouvé quoi faire afin de relever le niveau de son harmonie incomplète. Elle jouera ce que lui contera le Crépuscule.

Dans un souffle léger, tout en s'approchant avec précaution afin de ne pas verser de sommeil, l'Aube entreprit l'introduction de son projet.

- Crépuscule, Aube créera de belles partitions nées de tes récits, de tes mélodies. Tu as apporté la première note qui manquait à l'harmonie qui n'était pas existante pas même dans l'esprit.

Les doigts de la Princesse se serraient sur les tissus de la robe pâle, elle s'accrochait au concerto des vivants.

- À chaque récits, un acte ou un mouvement. Puis la symphonie naîtra lettre après lettre, notes après notes. Lorsqu'elle sera achevée, elle portera un nom que tu reconnaîtras.

Les yeux paraissaient plus timides, intimidés par le sommeil.
Un instant, une ronde, une noire ou une croche. Impossible de savoir.

- Excuse Aube, elle commence à perdre face à la Berceuse...
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L'ombre
Jahan Shah Farvahar
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Si on en savait plus sur toi ?
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✦ Pouvoir: Nuit Vivante : Métamorphose en Ombre tangible et intangible
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MessageSujet: Re: Symphonie perdue [mai 05]   Mar 6 Oct - 19:57
Une nouvelle promesse. Une troisième faite à une femme-spectre. Quoiqu'en y réfléchissant bien, celle-ci relevait plus du pacte avec moi-même qu'un échange de bons procédés ou une attente réciproque. Au sourire, je devinais que ma diatribe ne la laissait pas de marbre, qu'un certain lien existait, presque tangible entre l'Aube et le Crépuscule. Tandis qu'elle me répondait, je glissai mes bras dans mon dos, bien droit, au repos militaire. Le sourire, presque doux, contrastait avec la posture martiale.

Écoutant la mélodie de sa voix, mon regard errait sur le ciel. Nuit en déchirait les dernières couleurs vives en lambeaux flamboyants. Gauche, droite, une légère oscillation perturbée par le fer sur ma langue, la lente chute du funambule vers ses Ténèbres ne se raccrochait déjà plus qu'aux notes presque lointaines de l'Aube. Dans son regard, il m'était aisé de percevoir les signes avant-coureurs de sa Berceuse. Aube et Crépuscule, tiraillés par le poids de leurs propres ombres et lumières, ne pouvaient converser que lors des instants éphémères où Jour et Nuit se confondaient. Ainsi, alors que je m'éveillais, le sommeil l'enlisait.

Sa voix s'éteignit sur sa polie prise de congé. Je redressai un index unique pour la faire patienter brièvement. En quelques enjambées, je regagnais mon paquetage que je fouillais brièvement pour en extirper mon nécessaire à écriture, soigneusement enfermé dans une boîte de bois précieux ciselé. Dans les quelques plumes, j'en choisis deux sombres becqués d'or gravé d'arabesques. Je me redressai ensuite pour me rapprocher d'elle, les objets nichés au creux de ma main gauche. Une fois à un mètre d'elle, je lui présentai les objets avec un sourire amusé.

- Un cadeau pour simplifier nos échanges... et aussi pour satisfaire la curiosité de l'Aube face à la magie.

Main droite relevée, d'une caresse circulaire, j'attisai l'air au-dessus des plumes. Lentement, la magie naissait, paillettes d'or dans la pénombre dévorant peu à peu le tranquille jardin reculé. Contrôlées du bout de mes doigts, j'esquissai un ballet lumineux au rythme de notre rencontre. D'un Souffle léger, les étincelles coulèrent en gouttelettes au creux de ma main gauche. Nimbés de l'aura dorée, les objets se métamorphosèrent : D'un noir uniforme, une plume prit les couleurs vibrantes de l'aurore tandis que sa consœur se drapa des nuances du couchant.

Certes, inoculer le don choisi ne nécessitait pas autant de passe-passe et d'effets lumineux mais pour une demoiselle même émerveillée par la magie des fées, aussi aveugle et sourde à la Magie que le reste des humains, un subtil changement dans les courants magiques ou la légère torsion des flux de la nature de l'objet n'aurait strictement aucun impact. Aussi, j'espérai que le spectacle offert comblerait son intérêt et la ravirait.

Avec un geste théâtral, je me saisis de la plume crépusculaire et l'offris à la princesse impériale avec une révérence de troubadour.

- Si l'Aube garde une parcelle du Crépuscule et s'en sert pour répondre à ses courriers, peu importe l'encre et le papier choisis, ses mots se frayeront toujours un chemin vers celui-ci.

Lorsqu'elle se fut saisi de l'objet, je ramenai la plume aurorale vers mon torse et baissai brièvement le chef. Je rangeai ensuite l'objet soigneusement dans la boîte et sanglai mon sac. Une fois celui-ci sur mes épaules, chèche remonté sur le visage, je m'approchai une dernière fois de l'Aube. En m'inclinant, j'enfermai délicatement une main de l'oiselle dans la mienne et effleurai de mon souffle voilé, pudique baiser, sa paume.

- Bonne nuit Aube.

Sa main libérée, je reculai avec un sourire. De Crépuscule, je devins Nuit et me fondis dans les ténèbres.


- Fin du Premier Mouvement -




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MessageSujet: Re: Symphonie perdue [mai 05]   
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Symphonie perdue [mai 05]

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