Quomodo vales ? [fin février 05] [Public avertit]

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Kapphären Jan
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Ven 24 Avr - 13:19


Quomodo vales ?

with Arsène (Fin février 05)




Par la présente,
Madame Mathilde Huguette Victoire de Bérence
De la maison Monbéliard
Épouse du Duc Jean Thomas André de Victoret
Exprime ses salutations françaises respectueuses

A l'intention du Prince héritier Jan Gottlieb Wolfgang Van Veerle
De la maison Monbéliard
Général des armées du Luxembourg-Bergië
Grand Duc du royaume secondaire de Bergië
Gestionnaire du domaine de Bruges
Et de son office, Kastamer.

Le 15 février de l'an 05 français.

Votre altesse princière,

Feu mon mari le Duc de Victoret et moi-même présentons nos plus sincères condoléances quant à la disparition aussi tragique que subite de votre frère ainé. Nous exprimons, avec délicatesse, nos félicitations endeuillées suite à votre couronnement de prince héritier. De manière plus personnelle, je tiens à vous exprimer le rattachement que j’observe à l’égard de mes ancêtres et de la maison Monbéliard dont mon sang fera toujours partie.

J’ose espérer pouvoir vous rencontrer et découvrir, par mes yeux fatigués, le futur roi de la couronne Luxembourg-Bergoise. Et exprime, de manière plus familière si vous me le permettez, mes plus humbles hommages de grande-tante à votre égard. Mon âge et ma faiblesse m’empêchent de retourner dans le sud de la France pour la gestion du Duché qui incombe désormais à vos cousins et cousines. Mais je vous invite par cette missive à me rejoindre à Versailles où je demeure dans l’attente d’une meilleure santé.

En attente d’une réponse que j’espère être positive. Sachez, votre Altesse, que je dépose un cierge chaque dimanche pour le bien-être de Juliana, votre pauvre mère.

Aucun parent ne devrait avoir à mettre en terre ses enfants.

Avec dévotion et respect, je vous embrasse.

Mathilde


~

Les jardins de Versailles possédaient cette magnificence architecturale qui transcendait les saisons et le temps. Aux bordures impeccablement taillées se dessinaient des parterres géométriques de pelouses, de construction et de décoration de toute sorte. En cette fin de février, la neige avait enfin laissé place à un vent frais. Et il permit à sa tante de remettre en place sa fourrure avant de reprendre son bras et d’avancer, le long de la promenade.

A proximité, le prince héritier se savait protégé de trois gardes eux-mêmes accompagné de son majordome. Suffisamment à distance pour leur laisser une certaine intimité. Le reste de sa protection avait raccompagné le chambellan, les deux diplomates et la majorité des servantes à l'Albatros. Jan devait partir le soir-même.

Au loin, quelques coquettes discutaient, enveloppées de fourrure. Le front ridé par l’âge, le regard bleu roi de la maison Monbéliard éreinté, Mathilde tentait de faire bonne figure du haut de ses 150 ans. Ses cheveux étaient déjà blanc comme neige.

« Mon règne m’attend au Luxembourg. Mais mon cœur est à la France. Quelle beauté. »

« Oh. La beauté ne fait pas tout mon enfant. Cependant, je suis heureuse de te faire découvrir Versailles. Et que tu aies pu présenter tes hommages à notre grande reine. »


Le tutoiement était venu entre eux avec une facilité presque déconcertante malgré le fait que Jan ignorait l'existence de cette grande-tante moins d'un mois auparavant. Son père étant beaucoup trop réservé, et sa mère trop fragile, on ne lui avait jamais fait mention des cousins et cousines françaises à sa famille victime du maléfice d'endormissement.

Mathilde était, de fait, une quasi-inconnue.

Cependant il n’avait aucune envie que cette aïeule le nomme altesse et se montre déférente à son égard. La duchesse avait assez vécu, par le sortilège puis par la perte de son mari causée par le Délirium en début d’année. Et cela peu de temps avant qu’on ne découvre l’affliction condamnant son propre frère. Entre eux, une douleur sourde les liait. Car Sigrid n’était toujours pas guérie. Les pistes exploitées jusqu’alors par le Prince, s’étaient avérées des impasses.


Mathilde toussa. Et Jan ralentit le pas, le regard soudain inquiet.

« Nous devrions rentrer… »

« Non. » Elle sourit. « Je te remercie de ta prévenance, ton Altesse, mais voilà plus de 15 jours que je reste à demeure sous les ordres de mes dames de compagnie et de mes servantes. Avalant des décoctions qu'on me ramène de n'importe quel alchimiste ou sorcière et prenant des bains chauds. Je suis peut-être âgée, mais je peux encore marcher et profiterait du soleil jusqu’à ma dernière heure. » Il n’y avait là aucune moquerie dans le ton. Et Jan se surprit à sourire.

Il la dépassait d’une tête.

« Cette maudite grippe… Enfin, je sais bien que c’est la tristesse et non ma toux qui m’affaiblissent. C’est pour cela que je profite de ta visite. Pour me changer les idées. Que tu es beau. » Sa main tapota la sienne, leurs peaux séparées par des gants blancs. « Tu ressembles à notre aïeul, le premier roi du Luxembourg. Louis. Tu dois avoir son portrait au palais. »
« Il me rappelle père. »
« C’est bien vrai. Comment va-t-il. Se remet-il ? »

« Passablement. Mère est, comme vous l’avez si justement supposé dans votre lettre, plus atteinte. »
« Juliana a toujours été fragile… »
La prudence dans le ton de la duchesse ne le surprit pas.

Ses pensées s’en revinrent à Sigrid. Il ne pouvait penser à autre chose qu’à elle. Bien que, certaines fois, son esprit en vienne à dériver jusqu’à Verdal, et au marquis du Val d’Oise que lui rappelait Mathilde à cet instant. En France pour deux jours uniquement – son père lui avait fait comprendre que ses promenades non officielles ne risquaient pas d’arranger les traités commerciaux en devenir tout en attirant l’attention d’une Angleterre frileuse quant aux liens potentiels avec le royaume réveillé – il soupesa tout de même l’idée d’aller lui rendre visite.

« Oh non. »
Mathilde se crispa à son bras.
« Que se passe-t-il ? »
« Celui qui s’en vient. Je le reconnais. C’est le médecin royal. »
Puis presque puérilement elle ajouta. « Il va me disputer d’être sortie. »

Car tels étaient les médecins que connaissaient Mathilde. Des hurluberlus masqués, aux fioles huileuses, au parfum rêche et pratiquant des saignées.

« Allons. »
Jan resserra sa prise sur son bras. « Vous êtes en présence d’un héritier de la couronne. Cela le dissuadera de quelques propos incommodants. » De penser à Ange, il se sentait de nouveau l’âme d’un prince.









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Arsène Martes
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Arsène Martes
Ven 24 Avr - 16:28
Versailles était en émois.

Après le retour du médecin royal clairement séquestré par les enfant de Rosthramus et un bal sulfureux, le retour en fanfare de la sorcière coupable du Grand Sommeil avait fait du bruit. Arsène avait du se remettre de sa détention de neuf mois au pas de course. Ciel était perdu, il ne cessait de serrer ce lapin contre lui et son état de santé s'était aggravé. Son absence du poste de médecin royal avait laissé libre cours à tous les envieux qui le jalousaient : de vieux docteurs vivant encore aux heures de l’obscurantisme et qui avait saigné le petit dauphin comme une truie.
Et voilà maintenant qu'une délégation belge, avec son prince à sa tête, prenait ses quartiers au palais. Les rumeurs ricochant contre les miroirs de la Galerie des Glaces allaient bon train : Le vieux roi Gottlieb avait perdu le seul fils auquel il n'ait jamais tenu. le Delirium l'avait emporté. La reine Juliana en aurait perdu la tête. Le cadet, présentement à Versailles, avait une réputation sulfureuse. Il était revenu dans les bonnes grâces de son père uniquement parce que ce dernier manquait d'héritiers. Il courrait le bruit que le Prince était en quête d'un remède pour le Delirium de part le monde, d'autre prétendait que sa visite en France s'était faite pour planifier de possibles fiançailles avec la sainte couronne de France. Actuellement il passait tout son temps avec une vieille tante avec qui il aimait à se promener, sous la seule escorte de trois gardes et de son majordome : Madame Montbéliard de Victoret. Une Dormeuse déjà ridée avant d'avoir été frappée du maléfice.

Les commérage battaient plein.
Arsène n'en avait cure. Il n'avait eut le temps de les saluer et encore moins de les croiser.

Ses projets l’accaparaient tout autrement.
Ciel était à la meilleure période : malléable et fragile, capable d'une intelligence et d'une gravité dont sa sœur était dépourvue. Il travaillait pleinement à prendre l'ascendant sur l'enfant.
Bloody était une excellente recrue. Un peu disparate mais au potentiel indéniable. Shyrai avait eut du nez. Les ressources des Enfants étaient d'ailleurs au beau fixe et les adeptes toujours plus nombreux.
Ses plans pour l'Allemagne prenait une tournure des plus favorables. Wilhem avançait promptement. Bientôt ils pourraient taper un grand coup et pourquoi pas, faire tomber un duché.
Le monde bougeait. Vite. Le Delirium était un vent qui ne faisait qu'annoncer le Chaos à venir.
Pour l'heure il devait gérer les grandes dispositions contre cette maladie incurable, mettre Ciel à l’abri et laisser Ronce s'exposer. Donnait l'illusion qu'il maitrisait la situation. Sa réputation était d’ailleurs sans tâche et chacun le trouvait absolument poli et charmant. Discret.

Il arracha sèchement un des pansements de sa joue, reliquat des tortures subies en Espagne. Il n'y avait plus rien qui marquait son visage, seuls quelques bandages ça et là sous le costume attestait encore de son passage dans les caves de Vassilissa. Pour lui, c'était déjà loin. Il s'était accordé une dizaine de minutes de marche dans les jardins pour respirer.
Il trônait là au milieu des graviers du chemin, une serviette de documents à la main, lorsque la délégation belge apparut au détour d'un bosquet. Leur chemin ne pouvait que se croiser.
Il décida donc de prendre les devants.
En quelques souples foulées, il fut face à la vieille chouette, se ployant d'une révérence élégante pour le sang-bleu agrémenté d'un baise-main pour la dame. Lorsqu'il se redressa, son sourire le plus chaleureux et agréable affuté sur les lèvres, ses prunelles noire croisèrent ceux du fameux "Prince". Son esprit rebroussa brutalement chemin, trois ans en arrière, une nuit d'automne, à Bruges.
Une robe déchirée, des yeux bleu roi, un corps pâle.

"Tes mains me rendent fou. Arsène..."

- Votre Majesté, Madame de Victoret, dit-il avec sa voix onctueuse et grave.

Une fraction de secondes, ses yeux de corbeau s'étaient animés d'un éclat étrange, particulier. Indéchiffrable. Mais son attitude accueillante, feinte à merveille, reprit rapidement le pli.

- Arsène Martès, Médecin Royale. Vous profitez de nos jardins, votre altesse ? Il est vrai qu'ils sont particulièrement agréables en cette fin d'hiver.

Le ton était insupportablement badin. Innocent. Il jouait admirablement la carte de la première fois.

Mais Arsène se souvenait parfaitement de Jan.
Arsène Martes
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Kapphären Jan
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Ven 24 Avr - 20:02


Quomodo vales ?

with Arsène (Fin février 05)



Son déni ne vit qu’une silhouette noire, surmontée d’une crinière toute aussi sombre, avançant dans leur direction d’un pas leste. Jan sut que l’homme allait présenter sa révérence, se confectionna donc un masque propice aux circonstances. A la fois distingué et nonchalant. A son bras, il sentit Mathilde se mettre à trembler. Mais le prince doutait que cela soit en réponse à la venue du fameux médecin. Bien que stressée et malade, sa grande-tante demeurait une duchesse et réagissait en conséquence. Elle releva le nez, avança d’un pas pour se placer entre les deux hommes. En française noble, elle laissait sa place et s’esquissait avec grâce pour laisser l’héritier recevoir les salutations d’usage.

Son regard bleu roi cilla de Jan à l’officier médical royal. Quelque chose lui échappa. Fort heureusement.


Jan.

Comme la crispation soudaine de son descendant. Quand ses yeux rencontrèrent ceux du médecin. Que le déni explosa comme un miroir brutalement heurté. Et tenta, comme manipulé par sa propre existence, à se recréer maladroitement.

Mais malgré cet effort, quelque chose dans son cœur s’éveilla brutalement.

Dans sa tête, une corneille enfermée s’ébattait bruyamment, poussant des cris stridents, écorchant ses ailes et son bec sur des barreaux solides. PEUR PEUR PEUR chantait-elle en coassant.

- Votre Majesté, Madame de Victoret.


Cette voix.


La manière dont il prononçait ces mots avec caresse et déférence. Jan cligna des yeux. Le seul trouble apparent, trop vif pour être notifié.

Et la panique soudaine de la corneille qui l’envoya s’abattre plus fort contre sa cage trop petite.

Il se souvenait -

Se souvenait de quoi ?
railla son esprit, braqué. Se souvenait de rien du tout. Il n’y avait rien eut. Juste un incident, il y a longtemps. Trop longtemps. Il avait eut le poignet foulé. Un médecin l’avait soigné. C’était en été, ou peut-être en automne. Rien de plus. Rien de moins. Pas d’autres souvenirs. Pas d’autres tourments.

C’était en septembre. Il ne faisait pas encore tout à fait froid.
Il portait une robe.

Une robe bleue.

Et alors ! Ca ne prouvait rien ! Ca ne signifiait rien ! Il ne s’était rien passé ! Rien passé !


« Monsieur. »
Sa voix fut polie mais égale à son rang. Distant. Comme la lune de la terre.


Avez-vous un nom ? Ou dois-je vous appeler docteur ?



Tais-toi ! Tais toi tu n’existes pas ! Tu n’as jamais existé ! Tu n’es qu’un cauchemar qui me poursuit depuis mes 17 ans. Des nuits où je me réveille hagard en entendant des voix. Tu es ma folie. Tu n’es pas réel. Tu n’as jamais existé.

Tu n’as jamais rien prouvé. De ton existence.

- Arsène Martès, Médecin Royale.


Trois ans. Il lui avait fallu trois ans pour apprendre son nom.


Pas de nom ! Pas de réalité ! Pas de docteur !
Pas de preuves !

« Comment se porte son altesse royale, le prince Ciel, aujourd'hui ? »

La voix de Mathilde, frissonnante mais sage, ne le sortit pas de sa torpeur. Raide à ses côtés, Jan maintenait le simple contact de son bras. Mais c’était déjà trop, et sous le tissu, il sentait sa peau brûler. Brûler d’un feu ardent et oublié.


Il sait ! Cria la corneille. Il sait ! Il va le dire !


Je me fiche de ce que vous êtes.


Mensonges ! Elle passa sa tête entre les barreaux, manqua de s’étrangler. Mensonges ! Il va nous trahir ! Il va le dire au monde ! Pourquoi a-t-il fallu qu’il nous recroise ! Pourquoi a-t-il fallu que tout se passe ici, en France. Pourquoi maintenant ? Pourquoi ces yeux noirs et pas ceux d’un autre.

Trois ans. Trois ans et –

- Vous profitez de nos jardins, votre altesse ? Il est vrai qu'ils sont particulièrement agréables en cette fin d'hiver.





Il ne me reconnait pas.




Silence dans la tête vide. Silence dans le cœur inexistant.

Dans une cage une corneille est étendue sans bruit. Abandonnée et morte.



Il ne me reconnait pas.




Alors pourquoi être déçu ? Tu ne le reconnais pas non plus de toute façon,
chuchote une robe bleue déchirée.

« Très agréables. L’air est doux. La duchesse m’offrait le plaisir d’une dernière visite avant mon départ. »
Il ne crut même pas à la tranquillité de sa réponse. Mais cilla tout de même pour observer son aïeule. Qui lui sourit.
« Et je pensais d'ailleurs – » commença cette dernière. Avant de s’étouffer dans une quinte de toux grasse.

Jan se pencha aussitôt vers elle. Une peur aussi brève que folle apparaissant sur son visage. Mais dans le poing plaqué contre la bouche de la française, pas de sang.

Pas de Delirium. Pas encore

« Ma Dame ? Vous sentez vous bien ? »
L’un des gardes se rapprocha. Prêt à aider l’aïeule qui peinait à respirer.









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Arsène Martes
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Arsène Martes
Ven 24 Avr - 22:34
- Comment se porte son altesse royale, le prince Ciel, aujourd'hui ?
- Il est en forme. Il a réclamé ne vouloir se nourrir que de chocolat aujourd'hui. Si son espièglerie est au beau fixe, c'est que sa santé et son moral aussi !

Arsène eut un petit rire charmant, très urbain.

- Très agréables. L’air est doux. La duchesse m’offrait le plaisir d’une dernière visite avant mon départ.
- Votre départ ? Si tôt.


Son regard noir se posa sur "Jan". Car c'était lui, il n'en doutait pas. Il l'avait modelé, pétri. Un sculpteur n'oublie jamais son œuvre.

- Et je pensais d'ailleurs ...

La vieille dame fut prise d'une atroce quinte de toux. Une terreur glaçante crispa le visage de "Jan". Arsène sentit des picotements sur sa nuque en l'observant. Il n'avait pas ressenti cela depuis une éternité. Comme un membre fantôme qui se rappelle à vous.

- Laissez-moi faire, fit-il sèchement en écartant le Belge.

Il redressa la vielle dame en la prenant par la taille et la força a le regarder.

- Focalisez-vous sur moi, madame. Respirer doucement. Inspirer. Expirez... Vos poumons ont été trop sollicités ces derniers jours par ces nombreuses promenade. Ils se sont oxygénés trop vite. Voilà... Calmez-vous...

Sa voix était douce, apaisante. Le prince connaissait les vertus de ce timbre terrible qui vous donnait la sensation de vous noyer dans un marais de velours. La duchesse obtempéra en gémissant. Ses quintes s'espacèrent sans disparaitre complètement, mais tout cela l'avait fortement épuisée.

- Votre altesse, regagnons ses appartements. Aidez-moi, je vous en prie.

Il se tourna vers le majordome.

- Vous, allez à mon cabinet dans l'aile ouest, au premier étage, troisième porte à droite. Dites à l'un de mes assistants qu'il me faut ma décoction de lierre grimpant, de l'eau chaude et de la tisane au fenouil. Faites vite !

Les gardes s'empressèrent de porter la malheureuse, Arsène et Jan sur leurs talons. Lorsqu'ils gagnèrent le premier petit salon venu, au chaud à l'intérieur du palais, la Victoret s'évanouit dans un fauteuil.

- Des sels ! Immédiatement ! fit Arsène en soulevant les paupières de la pauvresse et en tâtant son pouls.

Les trois gardes partirent en trombe dans deux directions opposées pour en quérir plus efficacement.

Alors seulement lorsqu'il furent seuls, Arsène se glissa dans le dos du prince, sans doute accaparé par l'état de sa tante, et tourna son visage vers le sien, d'autorité, pour lui arracher un baiser vorace. Le médecin le gratifia alors de son sourire odieux, ses yeux noirs l'enveloppant de ses abîmes.

- Je voulais savoir si tu avais toujours le même gout, Jan, susurra-t-il à sa victime de toujours.

Il le relâcha soudainement, reprenant sa posture de docteur en plein exercice. Les battant des portes furent poussés en hâtes et les trois gardes, ainsi que le majordome, reparurent avec les précieux médicament.

Arsène se mit à l'ouvrage comme si de rien n'était.
Arsène Martes
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Kapphären Jan
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Ven 24 Avr - 23:04


Quomodo vales ?

with Arsène (Fin février 05)



Mathilde sifflait. Crachait et feulait comme un chat essayant d’évacuer une boule de poils. Jan serra les poings, ne sachant que faire. Se laissa écarter par Arsène – par le médecin, avec la sagesse de celui qui sait qu’il n’apportera rien de plus qu’une panique inutile à la vieille femme. Sa peur de la voir mourir sous ses yeux – oh pas encore – lui occupa l’esprit au point de ne pas même remarquer le ton qu’usait Arsène – le médecin – pour la calmer. Mathilde ouvrit un œil, éreinté par la vie, par cette maladie qui n’en finissait pas de s’attaquer à ses poumons. Sa respiration se régula à peine, se fit peut-être moins chuintante.

« Tante… »

- Votre altesse, regagnons ses appartements. Aidez-moi, je vous en prie.

« Oui. » Il s’ébroua, se rapprocha et vint soutenir la femme. « Bien sûr. Je suis là Mathilde. » Il la connaissait si peu. A peine quelques fragments d’arbre généalogique, des nouvelles de France, et déjà il la voyait partir. Elle n’allait tout de même pas mourir, pas dans ses bras. Son esprit refusait à la croire. Arsène – le MEDECIN – allait la sauver. « Aidez-la. » Son regard se planta dans celui noir – non il ne l’avait pas oublié. « Aidez-la s’il vous plait. »

Ordre ou supplique inutile. Arsène – foutre – connaissait son métier.

Les gardes vinrent prendre les relais. Plus forts, plus rapides aussi. Jan ne prit pas note de son avancée aux côtés de son ancien amant. Plus de corneilles ou de robe bleue pour lui rabâcher les oreilles. Malgré son dos droit et son visage fermé, il était ouvert à la moindre faiblesse de la part de son inconscient.

Il ne se méfiait pas.

Et pourquoi se méfier ? Ils étaient à Versailles, à quelques mètres à peine de la Reine de France. Au nez des gardes, sous les yeux d’un nombre incalculable de domestiques et de demoiselles de compagnie, de témoins.

Jan passa la porte. Et vit Mathilde s’évanouir.

« Non ! »


L’exclamation brutale venait de lui échapper.

- Des sels ! Immédiatement !


Jan se pencha sur Mathilde. Laissa sa main effleurer son nez pour sentir son souffle – oui elle vivait encore.

« Mathilde je vous en prie, accrochez-vous. Accrochez – »


Arsène était dans son dos.


« – vous... »


Arsène était dans son dos, même dans ce salon du passé.
Il s’apprêtait à tirer la sonnette, à alerter Gilbert.
Il revoit le souvenir dans son entièreté.
Arsène avait réussit à déjouer sa parade.
A le saisir au bras pour l’éloigner de tout cri d’arrêt.
Pour le plaquer contre le mur.
Le trousser et –

« Non. »


Trop tard.


Son visage fut tourné. Ses lèvres happées. La langue encore, contre la sienne. Ce baiser si froid et si vivant. Trois ans. Et pourtant son goût à lui n’avait pas changé. Toujours si homme. Toujours aussi chimique. Toujours aussi bref. Quant au sien, peut-être plus sucré. A peine.

Oh ce baiser...

Voyez pas que chuis occupé ?
avait lancé le médecin à la femme dans la ruelle. Puis après, les autres fois, il n’avait plus rien dit. A part. Quelques bruissements de gorge. Des soupirs. Son nom.


Jan.


Jan s’écarta à l’instant où Arsène le relâchait.

Qui savait.

Qui se rappelait.


Battement d'aile. Froissement de tissus.

Qui ne jouait qu’une autre comédie si semblable à celle de Brüges. Se fichait de lui.

Et pourtant, les yeux noirs brillaient.

« Tu es. »
Un monstre. Un foutre. Le diable.

Les gardes revinrent. Jan raccrocha son masque, se redressa.

On plaça des sels sous le visage de Mathilde. L’évanouie n’avait rien remarqué. Jan lança un regard circulaire à la pièce. A part eux, pas de témoins.
Les servantes arrivèrent avec une bassine d’eau fraiche. On posa une bande sur le front de la malheureuse. Sous ses paupières inertes, les yeux de cette dernière tressaillirent.

L’assistant força les portes à son tour. Apportant les fioles commandées par son maitre.

Jan recula encore. Un goût de bile et de vin dans la gorge. Il y avait trop de monde soudain, contrastant avec le silence qui les avait entouré lors du baiser.

Arsène. Arsène avait osé agir ici. Mettant à mal ses convenances. Les plaçant dans le danger de se faire surprendre. Arsène était fou.

Jan croisa les bras. Ne le chercha pas du regard. Nul besoin de cela. Toute sa tension était tournée vers l’homme.

Trois ans.

Rien n’avait changé et pourtant lui-même était différent. Se devait d’agir autrement.
Trois ans. Sans contact, sans faiblir. Trois ans à rêver et tenter d'oublier une simple phrase.



« Tu es à moi, Jan. »



Et Jan eut peur de lui donner raison.

« Jan. »
Une voix faible retentit dans la pièce. « Où est Jan. » Mathilde se redressait enfin. Jan s’avança aussitôt pour prendre sa main, fine et ridée, comme du papier de parchemin. Se faisant il repoussa un garde, éloignant de sa simple présence ceux qui pouvaient étouffer Mathilde de leurs affairements empressés.

On tendit une tisane. Que Jan prit.

« Buvez. »


Buvez. Cela devait rappeler des choses à Arsène.

« Vous êtes dans vos appartements. Sous la surveillance du médecin. Vous allez bien. Ce n’était qu’une crise passagère. »

« Je me sens. Si faible et honteuse… »
Mathilde repoussa la tasse. « Non buvez encore. » Puis céda. Reprenant une gorgée. Soupirant tout bas.
« Ce n’est pas l’accueil que je te réservais, ton Altesse. Pardonne à la malade que je suis… »
« Rien n’est à pardonner. Remettez vous. Tranquillement. Je reviendrais quand vous serez en meilleure santé. Et je vous emmènerais visiter Kastamer et le palais principal. Cela vous plairait ? »


Mathilde eut un sourire. Mais Jan lu sans peine dans son regard. Elle n’y croyait pas. Elle voulait bien essayer. Mais elle n’y croyait plus.








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Arsène Martes
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Arsène Martes
Sam 25 Avr - 7:36
Arsène était un être efficace. Il prépara sa tisane expectorante qu'il passa derechef à Jan pour qu'il la fasse ingurgiter à l'aïeule. Il s’astreint ensuite à préparer un sirop à base de décoction de lierre grimpant. Ses gestes précis étaient automatiques, rompus par l'expertise. Son esprit, lui, était parasité par un un bourdonnement, pas plus vibrant qu'un moustique mais tout aussi agaçant.

Pourquoi s'était-il trahi ?

Il aurait pu faire semblant de ne jamais l'avoir connu. C'était un dissimulateur hors pair. Il n'était pas un être spontané qui agissait d'instinct. Il était calculateur, mesuré, ordonné. Il était composé comme un rôle.
"Jan".
C'était devenu un souvenir. Un secret rien qu'à lui, le seul qu'il ait jamais eut pour Épine. Une cachoterie inédite. Il l'avait enfermé dans une boite. Il l'avait recouvert d'un terreau de projets et de plans pour le futur vers lequel son esprit était perpétuellement tendu. Il pensait l'avoir oublié. Il l'avait réellement cru. Pourtant "Jan" avait été excavé d'un seul coup, surgissant de terre comme un mort-vivant, juste en croisant ses yeux bleus, ceux-la même qui brillaient d'une folie obscène, cette nuit brugienne. Tout cela appuyait sur les mêmes stimuli qu'il y'a trois ans. Tout cela risquait de le compromettre.
Il jeta un oeil vers le jeune homme en costume d'apparat. Il était toujours aussi frêle malgré l'habit d'état. Il devinait aisément la silhouette sous le tissus. Il la connaissait dans les moindres escarpement. Arsène réprima une envie soudaine de l'emmener à l'écart pour le torturer à loisir. L'envie notable de faire du mal lui ressemblait si peu. Il visait l'efficience. La brutalité était parfois la voie la plus appropriée, la plus rapide, mais toutes violences inutiles étaient une pure perte de temps.
"Jan" était une pure perte de temps.

"Je me fiche de ce que vous êtes."
Était-ce la vérité ?

Le frisson était revenu. Réel et bien présent.

Arsène joua des épaules, comme pour s'ébrouer. Le chasser. Il se dirigea vers le duo tragique avec son élixir et une couverture, qu'il avait fait discrètement mandé. Il posa le flacon sur une table basse et déroula la couverture.

- Vous avez simplement du prendre froid, Madame. Vous êtes sortie plus souvent que d'ordinaire ces dernier temps et ce dernier est changeant. Il ne faut pas se fier aux rayons de soleil, la température reste basse en cette saison.

Arsène recouvrit les épaules ridées de Mathilde avec une délicatesse toute paternelle. Il était confondant dans son rôle de médecin au grand coeur. Il sortit un petit étui en fer blanc que Jan ne manqua pas de reconnaitre.

- Pourriez-vous me laisser vous ausculter, Madame ? Je souhaite vérifier si votre toux vient de la gorge ou des bronches.

L’étui contenait le même nécessaire qu'auparavant, agrémenté d'une seringue, et de bâtonnets de bois. Arsène s'en saisit d'un et fit pencher la tête en arrière de sa patiente pour inspecter sa bouche.

- C’est ce que je pensais. C’est simplement un coup de froids. Des glaires ont formé une couche contre les parois de votre gorge, il vous empêche parfois de respirer convenablement. Voilà un sirop à prendre trois fois par jour, après vos repas. Tâchez de boire la tisane que je vous ai rapporté chaque matin et chaque soir. Et surtout, restez au chaud pour le moment.

Arsène eut un sourire bienveillant.

- Je prends sur moi de jouer les guides pour votre parent de marque, si besoin, le temps de votre convalescence. Vous êtes une force de la nature madame, vous nous enterrerez tous.

Il s'écarta et fit un signe discret au prince pour qu'il le suive.

- Pourrais-je vous toucher quelques mots, en privé ? questionna-t-il d'un ton neutre, professionnel.

Arsène Martes
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Kapphären Jan
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Sam 25 Avr - 11:56


Quomodo vales ?

with Arsène (Fin février 05)



Il ne pouvait s’empêcher d’agir envers elle comme avec Sigrid. Le souvenir de sa marraine se superposant sur celui de l’aïeule. Un moyen comme un autre de fuir la tension qu’il sentait naitre en lui à chaque mouvement d’Arsène. Il le sentait tourner autour d’eux, agissant comme le médecin respectable que tous pensaient qu’il était. La mâchoire de Jan se crispa. Il n’avait sans doute pas le droit de le juger ainsi. Mais l’acte aussi subit qu’inconvenant que l’homme s’était permit envers lui, presque devant témoins, lui brûlait les veines. De rage. De manque aussi.

C’était intolérable.

- Vous avez simplement du prendre froid, Madame. Vous êtes sortie plus souvent que d'ordinaire ces dernier temps et ce dernier est changeant. Il ne faut pas se fier aux rayons de soleil, la température reste basse en cette saison.


Mathilde cilla de honte, évitant le regard de Jan. Qui haussa un sourcil surprit.

« Vous m’aviez dit que vous étiez enfermée depuis presque deux semaines. »

« Eh bien... » Elle avait mentit. Fuyant le ballet épuisant de ses domestiques quant à ce maudit rhume. Agissant sans sagesse pour un peu d’air frais, sans doute très tôt le matin ou tard le soir pour ne pas être remarquée. Jan secoua la tête. Oui. Sigrid aurait agit de la même manière. A croire que les femmes n’en faisaient réellement qu’à leur tête.
« Ne vous justifiez pas. Mais écoutez les conseils de ce médecin. Il pense à votre bien-être. » Puis plus bas. « Et évitez donc de fuguer. »
« Versailles m’ennuie tellement. »
Le regard de Mathilde brilla d’humour. Jan trouva que c’était bon signe.

Il se redressa et s’éloigna de quelques pas. Jetant un simple coup d’œil à la silhouette affairée d’Arsène qui l’ignorait visiblement. C’était rassurant. Et il prit la brusque décision d’agir de même envers sa personne.

Il était prince héritier, futur roi. Il avait une menace pesant sur lui, des attentes et des chemins à entreprendre, tous tracés à la règle. Cloisonner ce qu’il avait pu vivre avec cet homme – et dont il se rappelait à peine, ça n’avait pas du être si important que ça, juste une faute de passage, une chaise de plus.

Sans liens.
Parce que ses mains.
Il n’avait pas pu les attacher autre part qu’à son corps.

Jan se raidit de nouveau.

Arsène auscultait la duchesse. Le prince prit le temps de le haïr en recomposant son masque. C’était simple. C’était le même que Jacob, que son jumeau. Être froid, fermé, et avoir la tête relevée en toute circonstance. Ne pas laisser voir qu’il était atteint.

Ou tout le pays serait atteint.

Le poids de la couronne était lourd sur sa tête. Il aurait voulu la chasser. Il ne le pouvait pas. Et c’était de sa responsabilité d’agir en accord, au moins pour son peuple. Au moins pour le sauver de l’avarice constante du Roi Gottlieb et d’ouvrir le Luxembourg-Bergië à une voie de respect et de considération de la part des autres pays.

Et Jan se piqua de douleur en une seule pensée. Il y avait aussi le Delirium. Il devait trouver une solution à la condamnation de sa marraine.

Trop d’occupations. Pas de place pour Arsène.


- Je prends sur moi de jouer les guides pour votre parent de marque, si besoin, le temps de votre convalescence. Vous êtes une force de la nature madame, vous nous enterrerez tous.

« Vous êtes un homme bon. » Mathilde se redressait déjà. Ses mains tremblantes attrapant la couverture pour la refermer sur son cou, comme une cape plus digne. Elle souriait à Arsène, conquise. Jan détourna la tête pour observer l’un de ses gardes.
« Nous n’aurons pas le temps pour une nouvelle promenade. Des affaires m’attendent, et nous devons rentrer. »
« Je te comprends, ton altesse. »
La duchesse lui fit un petit signe de tête. « Je t’écrirais bien vite. »
« Et j’attendrais le retour de votre santé pour une invitation officielle. » A la voir ainsi, plus forte, il s’en voulu de ne pas avoir eu le talent des mots dont disposait le médecin, en plus de ses décoctions, pour la rassurer. Le mental primait toujours sur le physique. Mathilde survivrait si elle y croyait.

Et à la manière dont elle buvait les paroles d’Arsène, c’était en bonne voie.

Arsène lui fit face.

- Pourrais-je vous toucher quelques mots, en privé ?



Vous toucher.


Jan évita d’un pas le piège à loup qui se refermait sur son pied. Il était prêt à jouer.

« Bien évidemment. »

Il désigna d’un mouvement de la main la pièce attenante au salon, et une servante en ouvrit les portes. A l’intérieur, une bibliothèque et un clavecin.

« Ici nous serons au mieux pour discuter de la santé de ma tante. Avez-vous une information à m’apprendre, docteur Martès ? »

Plus d’Arsène. Et dans le dos de Jan, un garde apparu pour fermer les portes et se placer devant, en retrait. Le sourire du prince fut mental. Dans le regard bleu roi, aucune étincelle, aucune lumière. Sur son visage, le calme et l’attention d’un héritier face à un roturier.

Rien n’était jamais privé avec un prince. Arsène allait devoir l’apprendre.









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Arsène Martes
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Arsène Martes
Sam 25 Avr - 14:07
Arsène observa le garde en livrée rouge, turquoise et or se poster devant la porte et le visage fermé, froid de son interlocuteur. Tant de précautions pour un simple entretien informel privé. Le médecin eut un sourire parfaitement poli, mais Jan distingua clairement derrière le spectre de son rictus énigmatique. Ses yeux noirs en disaient long.
Arsène se sentit l'envie de jouer avec la nourriture. C'était hors de propos, loin de son personnage actuel. Mais le "frisson" le pousser vers un amusement inopportun, voir particulièrement dangereux.

C’est pourtant sur un ton parfaitement distant de praticien qu'il engagea cette conversation.

- Vous n'êtes pas sans savoir que Madame votre tante est âgée. Un rien peut mettre sa santé à mal. A cet âge, c'est le mental qui fait la différence. Je ne saurais trop vous conseiller de différer votre départ afin qu'il ne coïncide pas avec sa crise d'aujourd'hui et qu'elle n'ait pas le sentiment que c'est cela qui vous pousse à partir.

Il fit une pause. Son expression digne et crédible devait irriter Jan au point le plus élevé. Parfait.

- Votre présence à Versailles est, j'ai ouïe dire, ponctuelle et sa Majestée notre Reine ne pouvait pas le refuser à son homologue luxembelgeois. Néanmoins, vous n'êtes pas sans savoir que toutes allées et venues au palais sont sévèrement contrôlées. Médicalement, j'entends.

C'était le cas. Arsène n'avait pas chaumé et travaillé d'arrache-pied pour tenter d'isoler Versailles de la maladie. Le Bal d'Hiver avait été la dernière frasque de Ronce. Il s'était si mal passé que la souveraine avait été très sensible à ses propositions.
Il prit une attitude déférente et polie.

- Le Délirium est une menace des plus sérieuses, vous n'êtes pas sans le savoir - Mes condoléances pour votre défunt frère, par ailleurs - et cette maladie voyage beaucoup. Suite au bal de Février, nous avons découvert quelques cas au sein même du palais qui nous ont poussé à mettre en place un protocole sanitaire stricte.

Il avait appuyé sur les condoléances avec une note si sincère de compassion, que le prince aurait pu s'y laisser tromper.

- Vous ne vous êtes pas soumis vous-même et votre délégation à cette visite médicale obligatoire. Nous sommes pertinemment au courant qu'il n'existe pour l'heure aucun vaccin, ni aucun moyen d'enrayer la maladie. Cependant c'est une manière comme une autre de filtrer les sujets pathogènes possibles et de les maintenir en quarantaine. Vous venez d'un pays qui a connu un spectaculaire pique de progression de ses cas. Vous êtes peut-être porteur sans le savoir.

Arsène eut un faible sourire en tout point distingué. Le garde derrière Jan avait cillé en entendant le mot "Delirium" prononcé. L'épouvante était toujours très profonde.

- C’est l'affaire d'une heure ou deux : mes assistants et moi passons en revue vos antécédents médicaux, effectuons quelques tests, et nous finaliserons par une injection de pénicilline. C’est un procédé innovant que j'ai moi même mis au point pour prévenir des microbes.

Arsène crut bon d'ajouter, avec une expression anxieuse et désolée :

- Je n'aimerais pas créer un incident diplomatique en rapportant à ma reine que vous n'avez pas voulu faire preuve de bonne foi. Mon devoir envers Ronce de France est de veiller à sa santé et à celle du dauphin. J'éspère que vous le comprenez.

Le soldat derrière, oui, en tous les cas.


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Kapphären Jan
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Sam 25 Avr - 14:29


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with Arsène (Fin février 05)



Piégé.

La pièce même était le centre du traquenard. Versailles dans son ensemble l’était du moment où Arsène s’y promenait et procédait à son office de médecin. La mâchoire crispée, le corps tendu comme un arc, Jan sentit qu’il perdait la main de ce jeu entre eux. Son regard bleu froid était glacial. Derrière lui, le garde eut un léger mouvement hésitant. Non pas pour s’éloigner de lui – il ne l’aurait pas permis. Uniquement pour appuyer par cette marque son aval concernant les propos de Martès.
Arsène avait réussi à faire naitre la peur. Et la peur était la meilleure arme au monde pour faire ployer quelqu’un, même fidèle. Il en savait quelque chose.

« Si je comprends bien, je n’ai pas le choix. »

Évidemment qu’il voulait éviter un incident diplomatique entre les deux royaumes. Et Jan le croyait sur parole quand Arsène menaçait de le dénoncer. C’était tout à fait son type. A aucun moment le médecin n’avait cherché à le protéger.

« Concernant la santé de ma tante, si je puis me permettre, il me semblait dans son discours qu’elle comprenait les raisons de mon départ. Notamment du au fait qu'elle était au courant de mes obligations en tant que prince de rentrer au Luxembourg-Bergië dès ce soir, et cela bien avant sa crise. »

Seulement, la visite médicale risquait de retarder le tout. Principalement s’il fallait ramener toute la délégation au palais de Versailles pour cette batterie de tests.

« Je me plie donc à votre demande. Vos assistants nous étudieront, je ne tiens pas à mettre en danger la reine par ma seule présence. »


Quelque chose, dans cette phrase, l’effraya. A aucun moment Jan n’avait supposé être la victime de ce Delirium. Non pas par arrogance, même s’il n’en manquait pas cela c’était tout de même calmé en l’espace de trois ans, mais par ignorance humaine. On ne se confrontait jamais directement à la peur du départ. Au risque de ne plus vivre qu’enfermé dans la crainte. Ce n’était pas son tempérament.

Il était lâche. Mais il n'était pas une victime.

« La plupart de mes hommes encadrent à cet instant les diplomates de mon pays pour les ramener à l’Albatros. A cette heure-ci… »
Il tourna la tête vers le garde.
« 16h mon prince. »
« Ils sont partis depuis bien plus d’une heure, je pense qu’ils doivent être arrivés au navire. Je ne donnerais pas l'ordre de les ramener, justement pour ne pas prendre un nouveau risque quant à une possible contamination si l’un d’entre eux est d'ors et déjà porteur de ce mal. Ou rencontrerait sur le chemin une tierce personne française qui en serait atteinte. »


La France non plus n’était pas à l’abri. La royauté avait peut-être fait en sorte de se protéger du reste du monde malgré ce bal de février auquel il n’avait pu assister. Mais le Delirium ne semblait pas non plus comprendre les règles formelles de frontières et de rang.

« Le mal est peut-être déjà fait. Mais j’accepte vos condoléances monsieur Martès. Et apprécie vos soupçons. La reine de France doit se féliciter de votre professionnalisme procédurier. »


Jan se redressa, et se tourna franchement vers le garde.

« Je vais présenter mes derniers hommages à ma grande-tante. Ne perdons pas de temps. »











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Arsène Martes
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Arsène Martes
Sam 25 Avr - 17:19
"La Douane".
C’est comme cela que les domestiques avait appelé le bâtiment de garde désaffecté recyclé en infirmerie. Mis en place par Arsène Martès, dès le début février, il investissait un vieux corps de garde, réhabilité en plusieurs chambres de consultations individuels, une salle d'inspection commune, avec un étage spécifique pour les quarantaines. Son personnel se composait d'hommes et de femmes recrutés sur le volet, de nationalités diverses et variées : cinq médecins et sept infirmières, tous dévoués au Médecin Royal. Le sous-chef de cette basse-cours était un ex-soldat, médecin de campagne, qui, après son réveil, avait étudié de près la microbiologie. Il était aussi talentueux et avant-gardiste qu'il était petit, sec et laid. Ecumant d'une vilaine brulure au visage depuis sa naissance en aidant son père, tanneur, il avait l'esprit vif et brillant, ce qui lui avait permis de s’accommoder de ce bond d'un siècle sans trop de soucis. Son seul problème était d'être né français et endormi. personne ne prenait ses recherches au sérieux. Tout le monde le prenait pour un arriéré perruqué. Arsène l'avait débusqué Ernest Duchesne dans un bouchon lyonnais en train de cuver son vin. Il avait trouvé son travail sur la pénicilline plus qu'exploitable et sa haine pour son pays, infinie.
La "Douane" accueillait en grande effervescence la délégation luxembelgeoise : une vingtaine de servantes, dix gardes d'élite, deux diplomates, un majordome.

Et un prince.

Tout ce petit monde était prié de retirer vêtements et chaussures dans la salle commune. Les diplomates et le prince avaient quand à eux bénéficié de salles de consultations individuelles : une banquette, un bureau, des armoires, de l'imagerie savante aux murs. Boisé et moderne. De quoi rassurer le patient.

- Si je ne te connaissais pas aussi bien, je dirais que tout cela t'amuse, Arsène.
- Oh, Ernest, si peu... fit Arsène du tac au tac en observant le remue-ménage avec une expression impassible.
- Ne torture pas trop ton sujet veux tu ? Il semblerait qu'il y'ait des antécédent de démence dans cette famille.

Arsène se tourna vers son collègue avec un petit sourire pernicieux qu'Ernest ne connaissait que trop. En tant qu'Enfant de Rosthramus , lui même, il avait souvent vu son acolyte arborer ce sourire. Quelque chose l'excitait intellectuellement.
Il lui tendit sa trousse médicale, contenant entre autre la seringue d'antibiotique, et un dossier à remplir.

- C’est pour ça que tu te l'est réservé ?
- Peut-être... Peut-être pas...
- Foutu normand.


Arsène articula un ricanement en s'éloignant vers la pièce où se trouvait l'héritier de Luxembourg-Bergië, seul. Il toqua préalablement à la porte pour s'annoncer, et fit son entrée. Blouse blanche impeccable et trousse en main, faisant mine de lire son dossier, il donnait une impression de respectabilité toute doctorale. Il ferma la porte derrière lui. Jan fut sans doute soulagé que ce ne soit pas à clé. Arsène sembla enfin noter sa présence en levant les yeux vers lui.
Noir.
Profond.
Terriblement familiers.

- Déshabillez-vous votre "altesse". Nous allons procéder.

Il eut un claquement de langue toute en ironie.

- Je vais devoir vous toucher...
Arsène Martes
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Kapphären Jan
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Sam 25 Avr - 18:27


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with Arsène (Fin février 05)



Furieux.

Fu. Rieux.

Coincé dans sa cabine individuelle, Jan faisait les cent pas. Sa cape entravant ses mouvements avait été brutalement jetée sur le lit simple. Les poings serrés, le regard enragé, il marmonnait des insultes en luxembourgeois.

Ce traitre. Ce félon. Cette ordure. Ce foutre. Cet enfant du diable, ce fils de dix-sept pères, il avait envie de lui arracher les yeux !

Toute la délégation. Arsène avait fait revenir toute la délégation pour son petit jeu de pouvoir malsain. Toute la délégation pour un foutu baiser ! Mieux aurait-il valu qu’ils ne se recroisent jamais ! Mieux aurait-il valu qu’il ne lui accorde pas cette famine cette nuit d’automne à Bruges. Qu’il s’en tienne à ses règles ! Qu’il s’en tienne à ses principes et l’attache, le torture, le tue même !

Ce bâtard.


Son pied heurta le montant du lit de bois. Il se fit mal, mais il n’en eut cure. Toute ses pensées étaient tournées vers le médecin. Il entendait le brouhaha des discussions et des inquiétudes des membres de sa délégation. Évidemment qu’ils angoissaient à l’idée qu’on leur trouve quelque chose, le Delirium n’était pas à prendre à la légère ! Mais peut-être doutaient-ils de lui, de sa santé. Peut-être le pensaient-ils malade comme son frère ainé ! Et sans avis contraire, les conversations bruisseraient. Fuiteraient jusqu’à son père. Jusqu’au roi.

Arsène ne se rendait pas compte d’à quel point il le mettait en danger avec son fichu caprice !

Foutu docteur.


« Foutre ! »
Et jurer lui fit du bien. Sigrid était maitresse en termes d’inventivité vulgaire et lui trop bien élevé pour ne pas jurer à haute voix sous son habit de prince. Mais pour le coup, il s’en ficha. Et répéta ce mot, encore et encore, jusqu’à s’enivrer.

Foutre à la bonne éducation, voilà !

La porte s’ouvrit.

Jan se retourna à la volée. Fini l’insecte, le lionceau. Il avait changé en trois ans, et pas seulement avec ses cheveux plus courts ou sa taille grandie. Il était homme. Il était fier. Il était futur roi.

Il se redressa. Et le mépris passa clairement sur son visage. Avant de disparaitre pour un calme imaginaire. Il se sentait œil faussement paisible au sein d’une tempête. Se déshabiller ? Procéder ?

Le toucher ?


Laissez le rire !

« Je ne saurais tolérer ce contact. »
Le ton claqua, ferme. « J'exige que ça soit l’un de vos assistants qui m’ausculte. Et me fasse votre injection. Et vous devriez me remercier que je n’alerte pas la garde pour votre attitude insolente à mon égard quand ma tante était évanouie ! »

Non il ne mentionnerait pas le baiser dans ces termes. Non il ne plierait pas à la menace qu’Arsène dévoile sa propre vérité. Il ferait front.

Car il la sentait. La faille. En lui.
Et les barreaux de cette nouvelle cage. Autour d’eux.









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Arsène Martes
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Arsène Martes
Sam 25 Avr - 18:56
Arsène l'observa faire son caprice. Quelque part l'enfant qu'il avait connu n'était pas bien loin. Toujours aussi colérique, toujours aussi égocentrique, toujours aussi puérile.

- Jan, ne fais pas l'enfant, s'il te plait, dit-il sur un ton doucereux qui, pour qui le connaissaient, annonçait plus que les plaies d'Egypte. Serais-tu en train de me dire que tu remets en cause l'autorité royale que je représente ? Que sa majesté notre belle souveraine de France n’est pas capable de bien choisir ses relaies ? Souhaites-tu faire un scandale ?

Il s'écarta de la porte et la lui désigna.

- Je t'en prie, fais donc. Montre à ton père que tu n'as aucun sens de la diplomatie et que tu es capable de faire une grave insulte à un pays allié. Ne te prive pas.

Arsène pencha la tête sur le coté comme un de ses grands aigle noir, majestueux et terrifiant à la fois.

- Sinon, sois gentil et déshabille toi. Ce ne sera pas long.

Le médecin attrapa un stéthoscope qu'il fixa autour de son cou et s'approcha à pas lents, dossier en main. Il se saisit d'une plume, dont il mouilla la hampe du bout de la langue, puis la trempa dans l'encrier fixé sur le bureau. Chaque geste pourtant anodin semblait mâtiné de cette langueur féline si spécifique à Arsène. Il reprit le vouvoiement sans heurt, gymnastique dont il avait l'habitude.

- Souffrez-vous d'allergies, de faiblesses respiratoires, d'anémie ? Y'a-t-il des antécédents cardiaques dans votre famille ? Des antécédents psychiatrique ?

Il posa son regard d'ébène sur Jan. Un regard qui le déshabillait jusqu'à l'âme. Il était près, dangereusement près.

- Votre mère est réputée pour être fragile des nerfs. Est-ce votre cas ?

Arsène susurra presque.

- Avez-vous déjà eu des rapports sexuels et de fait des maladies vénériennes ?

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Kapphären Jan
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Sam 25 Avr - 19:21


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with Arsène (Fin février 05)



Faire l’enfant ?


Comme un oiseau enragé gonflant ses plumes, Jan se redressa un peu plus, bombant le torse. Son visage, d’ordinaire si pâle, fut marqué par deux tâches écarlates sur le haut de ses pommettes. Plus qu’un rougissement, c’était des marques d’une grande colère. Son père en possédait des semblables lors de certains jugements ou lorsqu’il s’adressait à son fils. C’était le seul point commun qui les rapprochait.

« Comment osez vous… »


Il l’avait enclavé à sa bouche l’espace de quelques instants et maintenant « monsieur Martès » le menaçait d’un scandale vis-à-vis de la Reine de France. Ni plus. Ni moins.

Le regard de Jan le fixa pendant de longues secondes, où il découvrit avec horreur que le médecin était tout à fait sérieux quant à cette démarche. Il le laisserait exiger un autre et ainsi porter le blâme sur son titre de médecin royal.

Un tel culot, ça ne s’inventait pas.

« Je ne me déshabillerais pas. »


Incapable de rester en place, soumit à cette tension et le visage congestionné de rage, il serra les poings à en laisser des marques sanglantes malgré ses gants. Faire l’enfant. Ce foutre l’avait accusé lui de puérilité caractérisée. C’était un comble !

- Souffrez-vous d'allergies

« Non »
- de faiblesses respiratoires, d'anémie ?

« Non. »
- Y'a-t-il des antécédents cardiaques dans votre famille ?

« Non. »
- Des antécédents psychiatriques ?


La seconde pour répondre fut plus longue que les précédentes.

« Non. »


Jan ne mettrait pas le blâme de son attitude sur sa mère. Juliana ne méritait pas ça.

- Votre mère est réputée pour être fragile des nerfs. Est-ce votre cas ?


Mais il fallait qu’Arsène insiste évidemment !

« Si l’on excepte la haine que je vous porte, je dirais que je suis plutôt calme. Et je vous défends de porter des accusations sur la reine. Ou nous nous confronterons à un autre type d’incident diplomatique, je puis vous l’assurer. »


Jan recommença ses cent pas.

- Avez-vous déjà eu des rapports sexuels et de fait des maladies vénériennes ?


Puis se figea.
Il osait. Le foutre il osait remettre ce sujet sur le tapis !

Pendant un instant Jan hésita à l’envoyer paitre, lui et son questionnaire. Mais quelque chose, dans le susurre, le plaça sur une autre voie.

Que cherchait-il à prouver ? Sa faiblesse ? Son comportement de libertin ou uniquement celui du sodomite ? Peut-être seulement à s’assurer que Jan était bien resté à lui ? Ah ça ! Arsène allait s’en mordre les doigts.

Mais fallait-il avouer et ancrer dans cette nouvelle réalité sa faiblesse vis-à-vis du médecin ? Pouvait-il prendre le risque d’affronter son dénie ?

La corneille dans sa tête s’agita puis se figea. Impossible de combattre la cage. Elle était trop étroite.
La porte était fermée. Les murs, clos. Jan n’éleva pas la voix pour répondre.

« Des maladies vénériennes, seigneur ! non. »
Il fit mine de réfléchir.
« Quant aux relations sexuelles. Eh bien… »


Il tapota ses lèvres sans le regarder.

« Il y a eu ce charmant comte allemand en visite à Bruges deux mois après notre rencontre. Johan Van Verger quelque chose comme ça. Un officier anglais. Un instituteur espagnol. Trois ou quatre notaires. Une bonne dizaine de propriétaires terriens. Un tailleur d’habit. » Il eut un rire. « Celui-là s’est montré plutôt surprenant. Un esclavagiste américain. Un notable de l’empire scandinave. Hier au soir j’ai fait la connaissance d’un avocat français. Au total j’ai bien dû rencontrer plus d’une soixantaine d’hommes. Et je passe sous silence la majorité des jeunes femmes et des servantes que j’ai troussées. »

Il se tourna vers lui.

« Beaucoup de rapports sexuels. Résume donc ma réponse par cette phrase, je crains sinon que cela ne tienne pas sur ton questionnaire, Martès. »


Autant passer sur silence qu’aucune de ces personnes, inventées ou réelles, n’avait pu le toucher.










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Arsène Martes
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Arsène Martes
Sam 25 Avr - 19:53
La rage de Jan avait quelque chose de magique. Alors que lui était incapable d'exprimer le moindre affect, lui le faisait avec une extrémité qui le fascinait littéralement. Le "frisson" devint plus présent, plus tangible. Il s'accrochait à son crâne avec plus d'aplomb.

Arsène cocha un certain nombre de choses dans le tableau réservé à cet effet, assortie de commentaires tout personnels. Le son de la plume grattant le papier emplit aussi surement la pièce que la fureur du prince. Le médecin prit note de la légère pause après son avant-dernière question. Il en déduisit que rumeurs étaient probablement fondées.
La litanie qui suivit sa petite provocation accentua son bourdonnement intérieur. Il voulait, tester, un peu plus. La plume gratta frénétiquement le vélin.

- Doucement... doucement vous allez trop vite pour que je puisse tous les consigner. J'en suis à "notable de l'empire scandinave", qui y avait-il ensuite ?
déclara-t-il d'un ton détaché.

Arsène laissa filer un ange puis releva la tête pour savourer l'expression de Jan qui ne devait pas manquer de piquant. Il lui offrit un des sourires terribles dont il avait le secret. Si peu naturel. Si peu humain. Puis montra le feuillet. Il n'y avait rien de ce que Jan venait de déblatérer. Le docteur français posa le dossier sur le cuir de la banquette médicale et se pencha dangereusement sur sa proie, l'acculant.

- Je vois que tu t'es amusé en mon absence, Jan, fit-il , suave et caressant.

Il commença à lui déboutonner son costume derechef et d'un geste ferme. Autoritaire. Il ne lui laissait aucun autre choix si ce n'est de le frapper ou de se débattre.

- Il faudra me montrer le fruit de tes expériences, poursuivit-il

Et après une pause.

- A moins que tous n'aient été soumis à ton "protocole personnel"....

Vague ton de déception.
Il le fixa de ses deux puits noirs où l'on pouvait tomber à tout moment pour ne jamais ressortir.

Arsène Martes
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Kapphären Jan
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Sam 25 Avr - 20:05


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with Arsène (Fin février 05)



Il notait. Jan prit sur lui de renflouer le cri de rage qui lui montait aux lèvres. Il aurait du se douter qu’Arsène ne laisserait pas transparaitre une quelconque possessivité à son égard, tout du moins pas ici. Et pas dans ces circonstances.

Mais maintenant. Il se rappelait. La phrase qu’il entendait régulièrement dans ses rêves depuis plus de trois ans avait obtenu une réponse de la part du prince. Et Jan releva la tête à la question. Provoquant, simplement.

« Ajoute quand même ton nom. »


Son regard croisa celui d’Arsène. Oui l’expression de Jan était mémorable. Entre la haine. Et la plus fulgurante des passions. Il ne pouvait nier la faille en lui, sa faiblesse à son encontre. Néanmoins le sourire du médecin lui arracha un nouveau frisson, proche du dégoût. Ce rictus carnassier et presque dingue faisait froid dans le dos. Et pourtant il n’arrivait pas à ciller, à s’en détourner. Il se rappelait des yeux noirs. De sa voix, quand elle perdait toute nonchalance pour susurrer son nom. De ses cheveux en bataille entre ses mains et de ses yeux noirs. Jan le trouva trop propre dans sa blouse blanche. Trop propre dans ses réactions, même provocantes.

Il n’avait plus 17 ans. Il ne se laisserait pas malmener ou entrainer dans le même jeu. Arsène allait devoir évoluer.

A la vue du feuillet vierge, Jan eut un nouveau rire.

« Si prévisible. »
Car oui. Le culot d’Arsène l’était moins mais il y avait des choses que le médecin tiendrait à garder secrète. Pour en jouir seul.
Étrangement, Jan commençait à le cerner dans certaines réactions. Qui était puéril maintenant ?

Sans doute pas lui. Pas quand l’ombre s’approcha, tendit les mains pour le déshabiller. Jan le fixa d’un regard froid. Repoussa ses mains une première fois. Puis sous l’insistance.

Le frappa.

Pas une gifle de fillette. Un coup de poing d’homme. Bon. Pas si fort que ça. Et visant la pommette, pas le nez ou la bouche. Parce qu’il détestait le sang. Parce qu’il voulait simplement le marquer mentalement et non physiquement. Il n’était pas un adepte de la violence. Et il ne possédait pas les dispositions physiques pour mener un combat à bien.

« Tu arrêtes. »
L’ordre claqua. Et Jan recula loin de lui, loin de cette banquette.

Ou tout du moins. Tenta.











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Arsène Martes
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Arsène Martes
Sam 25 Avr - 21:16
L’expérience était on ne peut plus intéressante. Vraiment. Jan avait gagné en virilité et, sans doute, en force de caractère. Ce devait être grisant, du moins le supputa-t-il. Arsène reçu le coup sans en sentir la moindre résonance. Il perçut vaguement le dérapage de ses incisives sur sa langue et le liquide chaud perler sur cette dernière. Sa tête pivota sur son axe, suivant la trajectoire et la poussée du poing.

Ce fut à peu près tout.

Il fit tournoyer sa langue dans sa cavité buccale, vieille habitude pour vérifier qu'il ne perdait pas de dents. Il aurait été capable de ne pas s'en rendre compte.

- Ferrugineux, dit-il simplement en passant la langue sur ses lèvres cette fois et en dévoilant la coupure. Étrange image miroir du passé.

Il n'avait pas quitté Jan des yeux comme ses mains n'avait pas lâché sa boutonnière. Il reprit son ouvrage comme si de rien n'était, parvenant à lui entrouvrir la chemise à l'emporte pièce.

- Tu ne me facilites pas la tâche. Si j’apprécie qu'on me résiste dans l'intimité, j'aime être efficace dans le travail. Il faut que je t'ausculte. Nous aurions pu finir il y'a dix minutes.

Il ajouta, en plantant les oreillettes de son stéthoscope dans ses lobes.

- On va finir par se demander ce que je te fais subir....

Demi-sourire qui disparut lentement. Jan put sensiblement lire de la nostalgie dans l'expression d'Arsène. Expression qui lui avait échappée à son corps défendant et qu'il n'aurait, de toute manière, pas su interpréter.
Il appliqua la surface glacée de l'instrument sur la poitrine du jeune homme.

- Inspirez et expirez à pleins poumons, votre altesse.
Arsène Martes
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Kapphären Jan
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Sam 25 Avr - 21:30


Quomodo vales ?

with Arsène (Fin février 05)





Ferrugineux.


Jan dressait le poing pour un deuxième coup quand l’adjectif du médecin lui coupa le souffle. Il hésitait. Observant le visage de l’autre, presque convaincu qu’Arsène n’hésiterait pas à le frapper. Mais il ne vit qu’un peu de sang sur sa bouche – il avait frappé si fort ? La vision de ces gouttes éparses acheva de le faire blêmir. Non. Vraiment. Il ne supportait pas cette vue et cilla, la main faible reposant lentement sur la banquette.

Il fixait la porte, presque languide, quand il sentit les boutons de sa chemise céder pour les mains d’Arsène. L’air frais de la pièce caressa sa peau. Ses muscles se crispèrent, tremblèrent même d’appréhension.

- On va finir par se demander ce que je te fais subir....


Du mal
. Jan cilla pour le regarder. Et ne rata rien de l’expression qu’affichait l’ombre.

Il en demeura muet, tandis que le contact froid du métal se faisait sentir contre ses pectoraux.

- Inspirez et expirez à pleins poumons, votre altesse.


Le prince lui obéit. Le souffle, peut-être, un peu rapide. Mais il n’y avait rien d’autres, pas de trace de maladie, pas de sifflement louche. Juste sa respiration, profonde, un peu rauque, et son regard qui ne le quittait pas.

« Il faut que ça cesse… » Puis ce murmure, enfin. Presque brisé. Destiné à lui, à lui seul. Comme une pause dans leur combat. « J’ai changé. Tu as changé. Ce n’était qu’une nuit. Nous avons passé trois ans sans nous chercher. Trois ans à essayer de nous oublier. Ca a été mon cas et je suis persuadé que ça a été le tiens aussi… Je ne suis pas à toi. »


Tu es à moi, Jan.
Prouve le..



« Tu n’as rien laissé de durable. Je t’ai laissé partir le matin. C’est ta caresse dans mes cheveux qui m’a réveillé. Je n’ai pas cherché à te retenir. Alors cessons ce jeu absurde. »


Sa voix devait se répercuter dans les vibrations du stéthoscope.

« Laisse moi partir… »








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Arsène Martes
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Arsène Martes
Sam 25 Avr - 22:38
Arsène déplaça l'embout du stéthoscope près du coeur, l'entendit battre. Ces pulsations emplirent sa tête, l'habitèrent. Son cerveau choisit ce moment là pour extirper de sa mémoire des images choisies de Jan, fébrile, passionné, en plein abandon. Un nuit que la mécanique de son cerveau avait simplement cachée sous un empilement de données nouvelles. Une nuit qui n'avait pourtant pas été effacée.

-... Ça a été mon cas et je suis persuadé que ça a été le tiens aussi… Je ne suis pas à toi.

Arsène eut une fugitive, mais perceptible, expression de surprise. Sa mémoire venait simplement de lui rappeler ce passage précis de cette précieuse nuit. Une anomalie. Une erreur. Un simple laisser-aller.

"On se retrouve cette nuit à l'auberge ! T'as intérêt à t'encanailler !"

S'encanailler.
Épine n'était plus là pour rire, sangloter ou se mettre en colère pour lui. Épine ne lui donnerait plus jamais de conseils idiots. Épine était partie. Épine qu'il avait su venger mais pas pleurer. Il y avait perdu ce qui lui restait d'humanité.

-Tu n’as rien laissé de durable. Je t’ai laissé partir le matin. C’est ta caresse dans mes cheveux qui m’a réveillé. Je n’ai pas cherché à te retenir. Alors cessons ce jeu absurde. Laisse moi partir…

Rien n'était plus faux. Jan, quelque part, était le dernier souvenir de sa sœur, la seule trace de son passage, de son influence.

Une écharde sous sa peau.

Sa main se dressa inconsciemment à hauteur du visage du prince. Ce fut comme si ses doigts allaient effleurer le visage du prince. Il sentit presque l’électricité statique entre la pulpe de ses doigts et l'épiderme de son ancien amant.
Mais il n'en fit rien.
Ses yeux noirs à cet instant, exprimaient un vide poignant.

Il se recula posément, alla chercher la seringue, de la gaze et du désinfectant.

- Je dois vous faire cette injection pour que tout soit conforme. Donnez-moi votre bras et tout sera en règle, dit-il d'une voix atone, presque absente.

Le liquide antibiotique gicla lors d'une première pulsion, alors qu'il tapotait sur son embout. Arsène se sentait lasse sans se l'expliquer. Il soupesait peut-être son immense vacuité d'âme. Mais tout cela était bien abstrait. Il fallait retirer l'écharde de la plaie.

- Et vous pourrez vous en aller.

Le "frisson" était toujours là, mais perdu dans une abîme de rien. Et lui ne le quitterait jamais plus.



I’ve got a hole in my soul where you use to be
There’s a thorn in my heart and it’s killing me
I wish I could go back and do it all differently
‘Cause now there’s a hole in my soul where you use to be



Arsène Martes
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Sam 25 Avr - 22:54


Quomodo vales ?

with Arsène (Fin février 05)



Il attendit la réponse, suspendu à ses lèvres. Ne pouvant s’empêcher de constater sa tristesse face à la surprise d’Arsène. Jan s’y était pourtant attendu, à ce que l’homme ait oublié cette phrase. Et l’importance de la réponse que l’héritier avait pu lui fournir à ce moment-là.

Mais la main du médecin se leva à son tour. Pas pour un coup. Pour quelque chose de plus puissant encore. Un contact auquel Jan voulait se refuser. Pourtant il ne parvint pas à reculer. Et demeura présent, immobile, attentif. A la chaleur si proche de sa peau, alors qu’Arsène avait toujours été si distant, si froid.

Il ne le toucha pas.

Arsène s’en alla. Emportant avec lui son stéthoscope et la vibration de ses battements de cœur. Ce fut au tour de Jan d’être surprit du repli de l’ombre.

Il en fut déconcerté. Attendit le piège. La suite du combat.

- Je dois vous faire cette injection pour que tout soit conforme. Donnez-moi votre bras et tout sera en règle.


Drapeau blanc.

- Et vous pourrez vous en aller.


Traité de paix.

Jan baissa les yeux. Dans sa tête une cage ouverte venait de laisser échapper une corneille muette. Voletant dans la pièce fermée dont elle s’écorchait aux limites. Un piège dans un piège. Une robe déchirée. Une déception palpable.

Avait-il fait cela uniquement pour resserrer leurs liens ? Avait-il fuit tout ce temps pour seulement se faire rattraper ?

Il retira sa veste, sa chemise. Torse nu. Observa la réaction d’Arsène.

Et plongea de toute son âme dans deux puits noirs et vides.

Plus rien.

L’aiguille s’enfonça dans son bras. Arsène apposa un coton avant de se retirer.

Plus rien.


Jan se rhabilla. Au dehors, les voix se firent entendre. Il ne s’était pas rendu compte que son esprit les occultait au moment même où la voix d’une servante, un peu stridente, le fit presque sursauter. Ses mains tremblèrent de rattacher les boutons de sa chemise. Hésitèrent sur le col dur qui enfermait sa glotte.

Le vêtement lui pesait. Sa gorge étranglée était nouée.

Il se leva. Avança. Posa la main sur la poignée de porte.

Il n’appartenait pas à Arsène.
Il n’appartenait à personne.
Il ne s’appartenait même pas à lui-même.

Ses pas firent demi-tour. Ses mains attrapèrent le visage d’Arsène. Ses lèvres déposèrent un dernier baiser sur sa bouche.

« Ferrugineux… »

Il fallait au moins ça pour conclure.

« Merci… »
Souffla-t-il. Puis en aveu. « Tu as été le seul. »

Il lui tourna le dos pour disparaitre. De nouveau droit. De nouveau prince. De nouveau seul.








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Arsène Martes
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Arsène Martes
Sam 25 Avr - 23:16
Laisser les choses aller.
Tout finit par mourir. Il ne se faisait pas plus d'illusion sur lui même. Il était voué à disparaitre après avoir emporté le monde avec lui. Pour en livrer un plus sain. Peut-être plus beau. Il ne serait pas là pour le dire et ce serait sans doute mieux. La politique de la terre brulée était un art de vivre et surtout de crever.
Le bourdonnement, pourtant, se refusait à le quitter. Alors qu'il ouvrait ses serres, alors qu'il concédait. C'était presque pénible à supporter. Il observa la silhouette toujours aussi fragile que dans son souvenir filer vers la porte et empoigner la poignée.
Va-t-en. Part. Voilà.
Clôture de dossier.

Le baiser prit Arsène de court. Le "frisson", pauvre frémissement, venait de s'échouer comme une vague, pleine et salée, quelque part sur les parois de son esprit.

-Ferrugineux…

"Encanaille-toi."

- Merci…

"Encanaille-toi."

- Tu as été le seul.

"Il t'est arrivé quelque chose de bien, j'ai l'impression."

Arsène l'attrapa par le bras et le retourna sans ménagement. Il y'avait une sorte de froide colère sur son visage, si dur. Mais que Jan ne s'y trompe pas, cette ire ne lui était pas personnellement destinée. Arsène était furieux contre lui même pour ce qu'il allait commettre maintenant.
Il attira Jan contre lui et lui dévora la bouche avec une sauvagerie brute jusqu’à ce que ce dernier manque de s'étouffer et ploie.

- Je t'ai donné l’occasion de fuir, deux fois. Stupide créature
, siffla-t-il entre ses dents.

Arsène était furieux.
C'était bien la première fois de sa vie.

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Kapphären Jan
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Sam 25 Avr - 23:27


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with Arsène (Fin février 05)



La poigne soudain. Qui manque de lui arracher le bras. Le visage en colère d’Arsène. Sa fureur même, oui c’était de la fureur envers lui. Jan se laissa rabattre contre ce corps, posa les mains sur son torse. Ploya presque immédiatement sous le baiser. Lui ouvrit la bouche, lui offrit sa langue. Jusqu’à perdre son souffle. Jusqu’à ne plus pouvoir respirer. Il essaya de s’y arracher, de le repousser, souffrant de ça. Sa cuisse à peine remontée sur la hanche du médecin. Redescendant les jambes sur terre quand il le relâcha. Le futigea d’une réplique qu’il lui arracha un frémissement d’anticipation.

Oh oui. Hais moi.


« Fils du diable, tu as faillis me tuer ! »
cracha-t-il à son tour, colérique. Empoignant ses cheveux. S’écrasant de nouveau contre sa bouche et le repoussant contre le bureau fragile. « C’est de ta faute. Foutre, tout est de ta faute. »

Il vint mordre son oreille.

« Je suis malade. Docteur. »
Son cou. Tira sur son col. « J’ai des antécédents. Psychiatriques. »

Ses yeux bleus voilés exprimaient simplement l’envie. Dans sa tête, le bourdonnement contagieux venait de prendre place, fermement. Empêchant toute pensée cohérente d’exprimer leur mécontentement quant à ce contact. Quant à cette erreur.

« Arsène. Je me rappelle de tes – »


On frappa trois coups virulents à la porte.

« Docteur ! Docteur nous avons un cas ! Une servante présente des symptomes du Delirium ! »


Jan se figea. Tourna la tête vers le réel. Et s’écarta en replaçant ses vêtements. L’assistant, trop bien élevé et conscient de la présence de l’héritier royal n’avait toujours pas ouvert la porte.

Tant mieux. Ça lui permit de reprendre contenance. D’essuyer du pouce la salive persistant sur ses lèvres. Il se sentait chaud. Chaud et hagard.

Mais ce n’était ni l’endroit. Ni le moment.








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Arsène Martes
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Arsène Martes
Dim 26 Avr - 0:07
-... Jan.

Il était revenu.
L'adolescent enfiévré, en plein extase de lui même, noyé dans l'oubli de ses chairs. Il n'avait pas fallu si longtemps. Oui, Arsène était en colère. Il jouait à un jeu dangereux. Parce que tout ceci ne lui ressemblait guère, tout ceci était irrationnel et franchement inutile. Tout ceci manquait de sérieux. Il ne parvenait pourtant pas à mettre un frein à l'indécence lubrique du prince, pas plus qu'à s'arrêter lui même. C'était irrésistible. Jan était en pleine "crise", une crise qu'il avait sciemment initiée. S'il ils étaient découverts et foutaient tout en l'air maintenant, ce serait uniquement parce qu'il ne valait pas mieux qu'un animal. Ou un scientifique détraqué qui s'est laissé entrainé par son expérience.

-Arsène. Je me rappelle de tes...

Les trois coup portés au battant de bois les coupèrent net.

- Docteur ! Docteur nous avons un cas ! Une servante présente des symptômes du Delirium !
- Merde, souffla Arsène avant de reprendre plus haut. Isolez-là immédiatement des autres, brulez ses vêtements et mettez-là en quarantaine. J'arrive !

L'infirmière courut et le bruit de sa cavalcade se perdit au loin.
Arsène campa à nouveau sur ses deux jambes. Efficience et réactivité : tout le sérieux du médecin royal.

- Jan, reste ici. Je ne veux pas que tu sortes. A aucun prix.

Il prit le visage du jeune homme entre ses mains. Il le sentait perdu, déboussolé. Il chercha ses lèvres pour l'obliger à se focaliser sur lui. Un baiser sage mais pas forcément tendre.

- Jan, regarde moi. Tu as compris ce que je viens de te dire ? Tout va bien se passer. Je reviens vite te chercher.

Arsène rajusta son col avant de sortir en claquant la porte, laissant le prince seul avec ses craintes. Ses pas sur le parquet ciré , étouffés par le battant de bois, sonnèrent comme le glas.
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Kapphären Jan
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Dim 26 Avr - 0:20


Quomodo vales ?

with Arsène (Fin février 05)



Le Delirium.
Qu’importe l’endroit et qu’importe le moment, comme la mort il mordait les vivants. Les entrainait avec lui en Enfer. D’abord Jacob – oh Jacob, mon étranger, mon frère, mon amélioration, allongé sur un lit, crachant du sang à n’en plus finir, hurlant le nom de ta propre mère et ton pouvoir changeant pour mettre le feu à ta chambre et emporter avec toi le médecin et ses assistants qui essayaient de réfréner ce que rien ne pouvait endiguer.

Ensuite Sigrid. Sigrid qui n’était pas encore morte mais comment cela pouvait-il être différent avec elle ? Comment les choses se passeraient – mal certainement. Et il devrait la tuer pour ne pas lui faire subir ça. Sans doute le lui demanderait-elle, elle-même. Et il laisserait Crapaud s’en charger. Incapable de l’étrangler ou de faire couler le sang de la plus précieuse des précieuses.

- Jan, reste ici. Je ne veux pas que tu sortes. A aucun prix.


Le baiser l’ancra au monde plus fermement.

Il se tourna mentalement vers Arsène, le plaçant au centre de ses pensées retrouvées. Une stupéfaction figée sur le visage. Comprenant enfin à quel point leur monde était en danger. A quel point lui-même était en danger.

- Jan, regarde-moi. Tu as compris ce que je viens de te dire ?


Et prenant soudain un ton qui n’était pas celui de son père. Mais qui était tout de même celui d’un prince.

« Mon peuple a peur. Ils sont là au dehors et attendent de moi que je fasse face à tout ce chaos. Je ne peux pas les abandonner, ne me demande pas ça. »

- Tout va bien se passer. Je reviens vite te chercher.


Vous avez le cœur bon
, avait murmuré Ange à son égard. Au fond, c’était peut-être simplement une responsabilité solennelle dont il n’avait pas encore tout à fait conscience. Un poids qu’il s’apprêtait à porter sans que cela fut sous l’influence d’un père, d’un roi, et de ses menaces.

Mais il laissa le médecin partir, obéissant à son ordre en s’asseyant sur la banquette. Prenant son visage entre ses mains.

Peut-être que finalement Dieu existait. Peut-être que lui et le Diable ne formaient qu’une seule entité, comme si Dieu enfilait des robes de feu pour s’exprimer en toute liberté. Sans amour et sans aveuglement pour protéger les hommes. Peut-être que c’était là le tour qu’il jouait à sa famille. La folie de sa mère pour condamner l’avarice du Roi. Le Delirium et la mort pour un prince excentrique et lubrique.

Jan retint un soubresaut guttural. Et mit son poing devant la bouche en fermant les yeux. Au dehors, la servante hurlait son innocence.

En vain.








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Arsène Martes
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Arsène Martes
Dim 26 Avr - 1:08
L'esprit d'Arsène se nettoya des effluves de stupre. Logique froide. Méninges sains. A grande foulées souples il rejoignit Ernest. Les deux hommes se dirigèrent au pas de course vers l :

- Topo ?
- Tremblement, toux, avec abrasion de la trachée et écoulements sanguins. La fièvre s'est déclarée brusquement sans prévenir. elle a soudain expectoré du sang en crachant en plein visage de sa collègue. Ça concorde. J'ai fait un dépistage tuberculinique au cas où. Mais malheureusement je crains que le diagnostique du Delirium soit avéré.
- Combien de degrés ?
- C'est monté à un bon 40,5 ° mais pas au point de muter en stade deux.
- Je veux une chambre capitonnée, bien isolée, un endroit où on pourra l'enfermer et voir l'évolution de la maladie. On pourra s'en servir comme cobaye. Pour les autres, brule leurs vêtements et passe les tous à la "douche".


La douche.
Ou de l'eau de javel à peine diluée dans de l'eau. Le meilleur désinfectant possible.

- Tes sérieux ? Les diplomates aussi ? Son pays va nous réclamer des comptes.
- Ils viennent crever sur nos plate bandes Ernest, ils ne vont pas en plus venir s'en plaindre.
- Le prince sera furieux.
- Le prince j'en fait mon affai...


" Et je passe sous silence la majorité des jeunes femmes et des servantes que j’ai troussées."

- ...
- Quoi ?
- Faut que je lui parle.
- A qui ?
- La cobaye.
-T'es cinglé ?!


Ernest poussa un soupir avant de se masser l'arrête du nez.

- T'es brillant mais vraiment taré, tu le sais ça ?

Le visage de Jan s'imposa à lui.

- Probablement plus que tu ne le crois.

Arsène enfila une combinaison en caoutchouc grotesque munie d'un scaphandre. Il avait l'air d'un plongeur en haute mer. On le passa à la "douche" puis il pénétra dans la pièce d'isolement. La pauvrette était complétement nue, terrifiée et recroquevillée sur elle même dans un coin, à même le sol.

- Votre nom.
- Karen. Karen Asselborn
- Karen, nous allons devoir vous garder ici pour vous "soigner" pendant quelques temps. Tout va bien se passer.


Encore ce ton doux. Anesthésie compète orale.
Elle hocha la tête, docilement.

- Je n'ai qu'une seule question à vous poser.
- Je ne sais pas comment je.... Je ne comprends pas où j'aurais pu l'avoir...
gémit-elle.
- Nous aurons le temps d'en rediscuter, Karen. Ce que je veux savoir c'est si vous avez couché avec le Prince Jan.
- P.. pardon ?

Elle éclata en sanglot.

- Mais.. je...

Elle se mit à tousser, le sel de ses yeux se mêlant au sang de ses glaires. Elle bavait comme une misérable limace en babillant des "papa" et des "maman". Arsène perdit simplement patience. Il l'attrapa par la gorge et la souleva de terre. A travers le scaphandre, ses yeux noirs appelaient à une mort par décapitation. Sanglante.
Elle poussa un cri de terreur pure.

- Avez-vous couché avec le prince, OUI ou NON ?

Il n'avait pas élevé la voix, mais c'était tout comme.

***

Une heure plus tard, le Médecin fit irruption dans le cabinet où il avait laissé l'héritier de Luxembourg-Bergië. Il avait les cheveux humides et des vêtements propres. Lui aussi avait fait les frais de sa propre "douche" désinfectante. Il exhalait un relent de produits chimiques que les couches successives de savon des trois douches classiques qui avaient suivies n'avaient pas su complétement étouffer.
La crise était passée et avait été gérée avec un brio qui ne ferait pas rougir la France. Les conséquence allaient pourtant être délicates.

Il referma la porte . Il fallait qu'il s'entretienne avec l'héritier du roi Gottlieb.
Arsène Martes
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Kapphären Jan
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Dim 26 Avr - 1:26


Quomodo vales ?

with Arsène (Fin février 05)



Il attendit dans l’angoisse plus d’une demi heure. Entendit les pleurs d’une servante à côté. Et le murmure d’un des gardes – dont il ne se rappelait pas le nom – qui tentait de la rassurer. En plus de l’inquiétude, une foule de questions s’imposèrent à son esprit.

La réaction de la reine de France en apprenant la faille luxembelgeoise au sein même de Versailles – il devrait lui envoyer une lettre en plus d’un présent, quelque chose qui ne fasse pas trop clinquant mais qui prouve son respect et ses regrets vis à vis du vieux royaume à l’origine de leur propre puissance.

La réaction de saon père aussi, se rendant compte que son propre cloisonnement avait été vain et que son fils unique s’était donc exposé une nouvelle fois au Delirium au lieu de demeurer retranché à Kastamer – Gottlieb pourchasserait les victimes du Delirium pour les enfermer dans des bunkers créés spécialement à cet effet ; l’idée avait été amenée en début de mois de février mais Jan la combattait avec une force qui allait s’avérer dépassée à l’annonce de cette nouvelle catastrophe.

Pourtant, quelque chose titilla son esprit. Un murmure persistant, provenant de sa froide intelligence.

Quand Arsène rouvrit la porte, son visage était dur, et ses yeux rougit. Non pas de larmes, mais de fatigue, de stress et d’autre chose aussi. De plus brutal, de plus décidé.

« Elle l’a n’est ce pas ? »


Les tests ne le prouvaient sans doute pas encore. Mais il faisait étrangement confiance à l’instinct du médecin – et au sien. Une catastrophe n’arrivait pas seule.

Jan se releva. Passa une main sur sa nuque pour tenter de décontracter ses muscles. Ramenant ses pensées à des points précis.

« Mon père avait une idée extrême concernant cette maladie. La dépense n’est pas son fort, tu as du t’en douter, c’est un fait connu. Les médecins qui se sont occupés de mon frère sont restés à son chevet chaque jour, chaque heure, pour tenter de comprendre et de trouver un remède. Ils n’ont rien pu faire car à part lui faire avaler des décoctions inutiles puisqu’inefficaces sur le reste du monde et le regarder mourir. Rien a été accompli. Rien. »


Jan tira sur son col sans se rapprocher. Il évitait tout contact physique. Ce qu’il allait annoncer était trop dur pour être dissimulé sous autre chose de plus. Charnel.

« J’ai tenté de joindre ce chercheur d’Emerald dont les recherches présentaient un fort intérêt. Mais apparemment c’est un spectre. »
Il eut un rictus. « Ronce de France ne va pas apprécier le mal apporté par les luxembelgeois aujourd’hui. Mais tu es médecin. Un médecin compétent du peu dont j’ai pu être le témoin. Alors dis-moi. »

Son regard bleu, froid, croisa la noirceur d’Arsène.

« Si je te la laisse – quoique cela ne soit en rien une supposition. »
Une servante appartenait à ses propriétaires, et ses propriétaires en disposaient comme bon leur semblait. Telle était la loi. « Penses-tu arriver à trouver un vaccin. Avec son sang, et tes aiguilles, et toutes ces choses qui me paraissent bien plus scientifique et concret que n’importe quelle potion de sorcière. » Un peu de mépris ne faisait pas de mal. Mais Jan ne faisait pas confiance en la magie pour guérir le Delirium.

Sinon la magie aurait déjà sauvé Sigrid.








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