[Avril 05] "comme le vent éteint les bougies, et allume le feu. "

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Arsène Martes
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Arsène Martes
Mar 28 Avr - 15:51

« L'absence diminue les médiocres passions, et augmente les grandes, comme le vent éteint les bougies, et allume le feu. »
François de La Rochefoucauld





Bruges.
La Venise du Nord restait une ville grandiose de nuit. Toutes ces lumières se reflétant sur les canaux sonnaient comme un tableau impressionniste. Le fiacre filait bon train sur le pavé. Dans l’alcôve matelassée du véhicule, Arsène observait la cité dont les angles se floutait sous la vitesse. Il portait un costume et un manteau noir, un chapeau haut de forme et une canne reposait sur la banquette. Ses doigts gantés jouaient avec un morceau de papier, usé, maintes fois manipulé.



Trouve un temps.
Trouve un moment.
N’attends pas trois ans.




- C’est une très mauvaise idée, Arsène.


Katharina ne mâchait pas ses mots.

- L'affaire est bénigne, rien qu'un subalterne ne puisse gérer. La dernière fois que tu es partie, Tu as été enlevé et séquestré neuf mois. La Reine ne verra pas ton escapade d'un très bon oeil.
- Ce débarcadère c'est Epine et moi qui l'avions négocié. En personne. Si l'argent sale de Shyrai ne suffit plus à graisser la patte de ce fonctionnaire, une petite visite à l'ancienne lui rappellera à qui il a vendu son âme.
- Un peu de respect pour la mémoire de ta soeur. Nous savons toi et moi que c'est un fabuleux prétexte pour te rendre en Luxembourg-België.
- ...
- Bon sang Arsène, tu joues vraiment un jeu dangereux.
- Toi, également si tu persistes à remettre en cause mon jugement.


Le ton tranchant comme un couperet de guillotine avait mis fin à la discussion. Arsène savait ce qu'il faisait. Il était maitre de son esprit. Il était vierge de toute influence.

"Mon Homme"

Même de celle-ci.

Le débarcadère litigieux était une ouverture sur la mer et les airs, primordiale pour les enfants de Rosthramus. C'est par Bruges que passait un paquet de trafic et que l'organisation convoyait armes et supports logistiques aux terroristes inventifs qui souscrivaient à leur "label". Plus que des activistes, Rosthramus concentrait des experts du chaos en son noyaux : assassins, rebelles, ennemis politiques, anarchistes, soldats, voleurs... Et ces spécialistes fournissaient , pour peu que l'on souscrive de l'âme et du porte-monnaie à la cause, leur savoir pour construire l'apocalypse en bonne et due forme.
Se priver de Bruges, c'était se priver d'une artère fémorale. C'était exsanguiner l'organisation. Arsène ne le tolérerait pas.

Alors que ses prunelles sombres parcouraient négligemment le paysage, une silhouette en robe bleue accrocha son regard. Ce satin bleu roi, cette cape de velours marine, la pâleur de cette peau, cette chevelure brune. Les yeux d'Arsène s'écarquillèrent. Sa mémoire était une machinerie complexe trop bien entretenue pour l'illusionner maintenant.

Espérât-t-il.

-Maurice, arrête-toi ! lança-t-il à son cocher.

L'ancien bagnard reconverti -crâne rasé et tatouage sous la livré - fit gober leur mord aux chevaux. L'attelage freina. Arsène sauta d'un pas souple sur le trottoir.

- Je reviens vite. Attends-moi ici.
- Le rendez-vous est dans trente-minute, boss.
- Nous serons à l'heure,
lui certifia-t-il.

Il savait pourtant, du haut de sa lucidité, qu'il venait de faire passer son intérêt personnel avant ceux de ses frères. Le plus intime des intérêts.

En quelques enjambées fluides, Arsène fut sur la jeune femme en robe bleue.



Arsène Martes
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Kapphären Jan
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Mar 28 Avr - 20:04


Comme le vent éteint les bougies
et allume le feu

with Arsène (Avril 05)



« Le hasard souvent fait plus que la science. »



~

« Je suis désolée. Nous allons devoir arrêter ici. »

Surprit, Gerald releva la tête pour observer la silhouette féminine qui se tenait à un mètre de lui. Bien qu'elle ait la tête baissée, il remarqua qu'elle fixait simplement le foulard de soie que ses mains pâles tenaient fermement. Ce foulard bleu, de même teinte que ses yeux, avait été l'élément déclencheur de toute cette soirée. Jusqu'alors, il s'était trouvé chanceux d'avoir attiré l'attention d'une aussi jolie jeune fille, malgré ses quarante ans et ses cheveux grisonnants. A cet instant il comprit que ce n'était pas cette demoiselle qui avait cédé à ses avances. Mais bien lui, qui s'était laissé attraper dans ses filets.

Il ne fut tout de même pas déçu.

« Ai-je fait quelque chose de mal ? » demanda-t-il doucement. Pour ne pas l'effrayer. Cependant elle eut comme un léger sursaut, semblant remarquer sa présence pour la première fois. Puis ses sourcils se froncèrent, et le doute qui l'avait assaillit de prime abord en croisant son regard s'accentua. Ce n'était pas une jeune comtesse. Pas une jeune comtesse comme les autres en tout cas.

« Vous ne venez pas d'ici, n'est ce pas ? » Elle esquissa un semblant de sourire. Auquel Gérald répondit, un peu embarassé.
« Pas tout à fait non. »

Ayant ramassé le foulard qu'elle avait faillit oublier en partant, dans cette soirée à l'atmosphère étouffée et à la clientèle aussi sélectionnée que discrète, il lui avait proposé sa compagnie et un peu de discussion. Elle avait l'air malheureuse, avait-il murmuré. Et elle avait baissé la tête, comme rougissante de s'être fait trahir, avant d'accepter. Puis elle n'avait plus parlé. Et lui, les verres défilants, lui avait raconté sa vie entière, sans une once d'hésitation. De sa femme, Mildred, décédée l'année dernière, à ses trois filles, toutes trois en pension catholique en Allemagne. Il n'était pas habitué à sortir, voulait retrouver un peu de compagnie, mais ne se sentait pas prêt à s'engager.

Au dessous des yeux bleu roi qui le fixaient sans ciller, une voix charmante, murmure velouté un peu grave, lui avait suggéré une soirée qui pourrait l'apprivoiser à d'autres découvertes. Intrigué, il avait accepté. Et ne le regrettait toujours pas, malgré son recul évident.

« J'ai eu tord de vous entrainer dans cette idée Gérald. Vous êtes agréable, votre appartement est... »

« Une garçonnière ? »
« J'allais dire coquet. Mais je ne pourrais pas. Je. »
Un voile passa devant ses yeux. Gérald se leva, fit un pas pour s'approcher.

Et comprit son erreur en la voyant durcir le regard, tout en reculant de trois pas quand il n'en avait fait qu'un. La règle avait été claire. Les mains liées. Et aucun contact physique envers elle. Le notaire avait mit cela sur le fait d'un pucelage quelconque, ou d'une envie extravagante pour cette belge de braver les codes de sa société en reprenant un peu le pouvoir. Il aimait les femmes de caractère, ne s'était pas insurgé à l'idée - au contraire d'ailleurs. Mais il pinça les lèvres à regret, et leva les mains, avant de les abaisser, en signe d'excuse.

Lentement il se tourna, ramassa sa chemise en la reboutonnant d'un air pataud. Tout en cherchant du pied ses chaussures. Ce fut le dos tourné, qu'il avoua, respectueusement.

« C'est comme vous le voudrez. Je ne vous forcerais pas, évidemment. »
« Vous êtes un gentleman, Gérald. »


Ce dernier eut un sourire.

« Merci, Regina. »

Elle contempla ses yeux noirs. Et sourit à son tour. D'un air désolé.

~

« Souhaitez vous que je vous dépose ? »
« Je vous remercie mais je vais marcher un peu. La nuit est fraiche, j'aimerais en profiter avant de rentrer. »

« Rentrer seule ? Vous n'y pensez pas, à cette heure du soir, sans galant pour vous accompagner... »

Regina eut un sourire énigmatique.

« Ne vous en faites pas pour moi. Rentrez bien Gérald. » Elle s'approcha, déposa un rapide baiser sur sa joue. Et se détourna, disparaissant à l'angle de la rue.

Il ne chercha pas à la poursuivre. Et mentalement, Jan l'en remercia.

La robe était lourde ce soir, la perruque lui perçait la tête de ses multiples épingles - il n'aurait pas prit le risque qu'elle bascule à un moment innoportun. Les yeux à demi baissés, avançant d'un pas lent, il se dirigeait vers l'endroit supposé où Crapaud l'attendait.

Mauvaise soirée.
Il n'avait pas eut envie de sortir dès l'instant où sa servante l'avait aidé à resserrer le corset. Mais Jan était un homme entêté, et quelque chose l'avait poussé à s'extirper de cet état larvaire dans lequel il stagnait depuis près d'un mois.

Un monticule de parchemins, écrit du jour, tous froissés et balancés au sol, en attendant qu'une souillon vienne les ramasser et les brûler. Tous étaient destinés à un seul nom. Tous comportés des mots tracés d'une main élégante. Des mots moqueurs, des mots insultants, des mots suppliants. Des mots qui ne trouveraient aucun lecteur car il n'avait pas l'arrogance de se croire fort au point d'assumer le retour éventuel d'une réponse.

Il était bien trop lâche pour cela.

Et maintenant, ce soir. La perte de ses repères et de ses jeux habituels. Fatigué de gagner en trichant. Comme il le faisait pourtant, à chaque fois...

Deux mois. Deux mois sans nouvelles de l'ombre - il n'osait même plus le nommer. Deux mois d'interrogations, d'accablement, de culpabilisation. Deux mois sans pouvoir en parler ne serait-ce qu'à Sigrid, toujours malade. Jan savait pertinemment qu'il se serait prit un sacré savon, voir même une malédiction temporaire pour autant de bêtise.
Deux mois, sans trouvailles sur le Delirium. Deux mois à rêver de lui. De cette quatorzième nuit, celle qu'il avait pensé être un adieu et qui en prenait douloureusement la tournure.

Deux mois, où il s'était résolu à laisser un petit mot à sa machine à écrire.

Il y avait longuement réfléchit. Peut-être que l'ombre l'avait lu, puis jeté - pour des raisons évidentes, ils n'appartenaient pas au même monde, cette histoire était dangereuse, il sentait la faille en lui comme Jan la percevait au fond de son âme. Peut-être qu'une servante l'avait prit et détruit. Peut-être que Katharina l'avait remarqué et emporté.

Peut-être que l'ombre était lui-même furieux de son silence. Peut-être se moquait-il de lui la nuit, heureux d'avoir troussé un prince, et de l'avoir mené en bateau avec tant de brio.

Peut-être lui manquait-il un peu...

Jan grimaça. Baissa les yeux. Le foulard toujours entre ses mains.

Il vint l'enrouler autour de sa gorge, en déglutissant vaguement. Il entrapercevait déjà la diligence de Crapaud et pressa le pas. Ne remarquant rien des événements autour. Depuis deux mois, le prince se faisait l'impression d'avoir été coupé en deux. D'être la victime d'un monde où son père le disputait pour sa folie d'avoir été en France et d'avoir risqué sa vie. Un monde où l'Angleterre, méfiante, augmentait le prix de la taxe de commerce concernant l'Inde. Un monde où le chantier naval des nouveaux navires volants prenaient du retard, à cause du manque d'ouvriers. Un monde de chaos, et lui-même, au milieu, qui s'en fichait.

Tombé au fond d'un puits noir, incapable de remonter.

On l'attrapa au bras. De surprise, il lâcha un cri masculin qui n'avait rien à voir avec son rôle. Leva la main pour porter un coup de défense - se maudit encore une fois de n'avoir prévu aucune arme pour sortir, même dans cette tenue. Il était beaucoup plus attaquable en femme que sous son rôle de prince, il le savait, mais à chaque fois sa négligence se -

perdit dans les yeux noirs.

Le nez d'aigle.

Le visage connu.

« Ebène... »
Le nom lui échappa. Ce devait être un mirage. Il ne pouvait être présent, à Bruges, ici, alors qu'il pensait à lui.

Mais ce n'était pas un hasard. Ses pensées étaient tournées vers le médecin depuis son départ de France. Sa main s'abaissa. Puis se releva. Et il l'attrapa au col avant de lui permettre le moindre geste. L’entraînant dans une ruelle proche.

Comme trois ans auparavant.

Comme dans ses rêves les plus fous.








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Arsène Martes
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Arsène Martes
Mer 29 Avr - 7:12
- Ebène...

Son véritable prénom ainsi prononcé, dans une bouche qu'il ne parvenait pas à oublier.
Arsène sentit nettement quelque chose se dérober dans un escarpement lointain de sa poitrine. C'était tombé. Où ? Il n'en avait aucune idée. Cela n'avait pas de sens. Et il le laissa de coté.

« Marque-moi encore. »

Il ignorait que lors du processus, il le serait aussi. C'était comme si tout son corps avait enregistré la présence de Jan, sa silhouette, sa voix, son parfum et s'était modelé à sa forme. Plus précisément, c'était comme si le travaille de sculpture entamé trois ans auparavant, sur l'esprit du prince, avait habitué ses mains de potier à ne pétrir qu'une seule et unique matière.
Jan.
Son absence avait développé une chose inédite dans l'âme vide du médecin: un sentiment de manque. Comme si il n'était qu'un morceau de puzzle loin de la pièce dans laquelle il devait s'emboiter.
C'était absurde.

Cela l'avait si prodigieusement agacé qu'il avait froissé la missive laissé sur sa machine à écrire pour la jeter dans la corbeille. Elle y était resté ainsi toute la journée et il l'oublia. Lorsque l'infirmière préposé au ménage vint pour l'en débarrasser, il reconnut la boule de vélin et tança la jeune femme si brutalement pour son imbécilité qu'elle en pleura. Il avait alors déroulé soigneusement le morceau de papier abimé, relu les trois lignes, presque un haïku, et contracté la mâchoire. Il avait soigneusement replié le mots et glissé contre sa poitrine, à même la peau.
Premier désaveu d'une longue série.
Lorsque Katharina et Ernest annoncèrent leurs fiançailles, il leur adressa ses félicitations. Elle n'était pas sincères, ni chaleureuses. Il n'y serait pas parvenu et ses deux partenaires le savaient on ne peut plus. Mais ce bénin événement lui imposa l'image du prince à nouveau et ses souvenirs s'en trouvèrent déformés par le "frisson" qu'il entreprit de faire taire sauvagement. Plusieurs fois. Dans la solitude de son office.

Il avait tenu deux mois à ce rythme trop harassant pour son esprit brillant qui tentait de surnager au dessus de ses bas appétits. Avant de trouver un prétexte pour se trouver sur la route de Jan. Cette rencontre" fortuite", il l'avait désiré plus profondément qu'il ne l'aurait cru.

Il l'avait ressentie.

"Elle" le traina dans une ruelle mal éclairée. Il eut juste le temps de tourner la tête pour lancer un regard à Maurice. Tout allait bien.
S'en convint-il.
Afin d'appuyer sur cette résolution, il afficha une expression courroucée.

- Ne prononce jamais ce nom en pleine rue ou je devrais te tuer sur le champ !

Il glissa un doigt sous la cape, la souleva, laissant entre-apercevoir le décolleté de la robe bleue. Il y jeta une œillade sévère. Cette robe était un affront. C'était une preuve sournoise qu'il s'était déchu lui même pour rien en laissant le souvenir de Jan le hanter. Le prince ne l'avait pas attendu.

- Tu joues encore à ça ? fit-il d'une voix terriblement glaciale.

Il ne fut pas en mesure de le comprendre alors, mais à son désarroi le plus grand, il expérimentait sans doute ce qu'on appelait la jalousie.

Arsène Martes
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Kapphären Jan
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Mer 29 Avr - 9:16


Comme le vent éteint les bougies
et allume le feu

with Arsène (Avril 05)



Ebène. Ebène était là, contre lui, dans cette ruelle huileuse de Bruges, habillé de noir, terriblement présent. Terriblement glacial aussi. Jan retint un mouvement pour le ramener plus encore contre son corps affamé. Inspirant son odeur à petites bouffées rapides. Ses yeux détaillant son profil, le dessin de ses épaules larges et l’élégance du médecin avec, dans les mains, le tremblement de le toucher. Bon sang. Il ne comprenait pas vraiment les interactions chimiques qui agissaient entre eux, ni la logique de cette réponse toujours en demande de leurs deux corps. Mais cela existait, puissamment. Cela faisait battre son sang plus vite dans ses veines, cela échauffait sa cervelle et rendait ses jambes cotonneuses.

C’était impensable.

« Je ne l’utiliserais plus… Plus comme ça. »
Il n’allait pas s’excuser – pas un prince allons. Mais il pouvait lui concéder cette faute. Ebène était un secret, leur secret, et Jan n’avait envie de le partager avec personne. Son esprit frissonna à la menace de mort. Pas qu’il ne la prenait pas au sérieux. Seulement, il était entièrement anesthésié d’envie. Il n’aurait pas eu peur de lui, qu’importe qu’Arsène ait cherché à l’étrangler. C’était dangereux. Terriblement dangereux.

« Tu es là… »
Oui il n’arrivait pas encore à y croire. Et son regard se fit malicieux, son sourire, charmeur. « M'as-tu suivit ? Depuis combien de temps ? Et tu m’attrapes dans la rue, comme un agresseur à la sauvette. C’est un comble… »

Il s’appuya contre le mur sans craindre de salir sa perruque ou sa robe quand Arsène avança la main. Toucha le renflement factice de son corset, en dessous de la cape. Ses yeux bleus ne quittaient pas les siens. Après des semaines à le chercher dans les rues, il reconnaissait enfin cette nuance de noir qui hantait ses rêves depuis deux mois déjà.

« Évidemment que je joue encore à ça. »
Son ton, tranquille, ne se méfiait pas. « Mon père lui-même n’a pu m’empêcher de m’habiller en fille. Et je continuerais autant que ça me chantera. »

Puis, embarrassé, il cilla.

« Mais je dois bien admettre que je ne m’étais pas rendu compte d’à quel point elle ressemblait à celle dans laquelle tu m’as trouvé, la première nuit où nous nous sommes rencontrés, jusqu’au moment où je me suis regardé dans le miroir. Comme quoi, même les décisions que l’on prend ne sont pas, parfois, dû à un fait exprès. »


Et relevant les yeux, il murmura.

« Je te plais… ? »










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Arsène Martes
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Arsène Martes
Mer 29 Avr - 12:35
Arsène plissa les yeux.
Il le sentait, sa mâchoire serrée, le sang battant à ses tempes... La mélodie était toujours en sourdine mais réelle. Il était fâchée.

- Sois conscient de ta place, cingla-t-il. Je suis ici pour affaire.

Entre autre.
Néanmoins,il faudrait le crever avant qu'il en avoue la moindre miette. La répartie de sa Némésis toute personnelle ne tarda pas :

- Évidemment que je joue encore à ça. Mon père lui-même n’a pu m’empêcher de m’habiller en fille. Et je continuerais autant que ça me chantera.

Arsène eut ce claquement de langue caractéristique qui vibrait sur son palais et tordait sa bouche d'un dégout passager.

-Mais je dois bien admettre que je ne m’étais pas rendu compte d’à quel point elle ressemblait à celle dans laquelle tu m’as trouvé, la première nuit où nous nous sommes rencontrés, jusqu’au moment où je me suis regardé dans le miroir. Comme quoi, même les décisions que l’on prend ne sont pas, parfois, dû à un fait exprès.

Indécente créature.
Arsène mit un doigt précis sur ce qui le mettait à ce point en rogne : il haïssait la Péronnelle. Il détestait cette facette de Jan. Elle lui rappelait à quel point le prince n'était que la somme de ses bassesses, l'appel brusque de ses reins. Un pauvre animal.

-Je te plais… ?

Ce qui l'empêcha de gifler Jan fut son sens affuté du contrôle de soi. Il aurait été plus primal, il ne faisait aucun doute que tête du prince aurait été dévissée sur le champ.
Oui.
Il était indéniable qu'il lui plaisait. Mais pas sous cette forme que tout Bruges avait pu reluquer. Pas de cette manière féminine et enjôleuse.

- Je te préfère nu et à genoux,
rétorqua-t-il sèchement.

Il lui préférait cette démence qui l'habitait et qu'il tentait de contenir par orgueil, avec cette langue bravache et piquante. Insane. Il aimait Jan pour Jan.

Il... Quoi ?

Il eut un grognement sourd de dénégation. Il détourna la tête vers la rue qu'ils avaient quitté avant d'en revenir au prince. Ses yeux noirs accrochèrent les longs cils de Jan, son regard bleu intense, la ligne parfaite de son nez et ces lèvres... Ces lèvres dont il ne se souvenait que trop bien. Il ferma momentanément les yeux, et retira son haut de forme pour lisser sa chevelure. ses doigts glissèrent pour masser l’arrête de son nez.

- C’est un calvaire... murmura-t-il plus pour lui même que pour son adversaire.

Moins de cinq secondes plus tard, il réduisait l’écart. Sa tête flanchait en avant pour trouver le creux de l'épaule de Jan et s'y caler. Il y respira le parfum de sa peau et resta là, comme ça, silencieux, de longues minutes durant.
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Kapphären Jan
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Mer 29 Avr - 12:58


Comme le vent éteint les bougies
et allume le feu

with Arsène (Avril 05)




Sa place
. Les mots cinglants avaient été reporté dans sa tête, enfouis sous le plaisir de le revoir. Mais ils demeuraient, comme un vague chuchotement pernicieux. Arsène n’étais pas venu ici pour lui. Ou tout du moins, il l’affirmait sans aucune forme de pitié. Pour affaires. Lui, le médecin royal de la Reine de France était ici pour affaire. Quel type de transaction ? Concernant le Delirium ? Concernant autre chose, en lien avec ces cicatrices dont il était recouvert ? A moins que tout ne soit qu’une fausse excuse visant à le blesser, à le faire flancher.

Il n’allait pas lui donner raison tout de même, non ?

Jan releva la tête, fièrement.

« Nu et à genoux ? Vois-tu, c’est formidable mais ce n’est pas tout à fait ce que je préfère dans notre relation mon cher Martès. Peut-être le moment où tu me possèdes après avoir tenté de garder le contrôle. Peut-être celui où tu étouffes tellement d’envie que tu ne fais que me mordre, au lieu de m’embrasser. Peut-être juste l’instant éphémère où tu te précipites dans mon dos pour me retenir où que j’aille. Je sais parfaitement où est ma place avec toi, vois-tu. »

Il la lisait enfin clairement, la colère du médecin à son encontre. Sa colère sur cette tenue, sur ce qu’elle sous entendait. Sa fureur de voir que quelque chose, peut-être, lui échappait.

- C’est un calvaire...

« C’est le tiens. Je ne comprends pas ce qui te choque. »

Arsène se rapprocha, et Jan lui ouvrit ses bras. Quémandant ce contact autant que le médecin semblait en avoir besoin. L’embrassant tout entier de son corps, le cœur fou, l’esprit en feu. Il le soutint dans cette enlaçade autant qu’il s’affaissa un peu plus contre le mur, posant sa joue dans ses cheveux noirs et inspirant son odeur à son tour.

Enfin. Enfin il était de nouveau complet.

« J’aime m’habiller en fille. »
Les mots lui arrachèrent la gorge mais il se tint droit, pour lui. « J’aime mettre des robes, j’aime sortir et qu’on me voit ainsi. J’aime chasser. »

Mensonge. Terrible mensonge.

« Mais tu te fourvoies complètement si tu oses penser que les hommes que je soumets à mon protocole ont de l’importance. Ça serait te rabaisser bien bas, et me mépriser d’autant. Tu es le seul. Ne l’as-tu pas comprit en France ? Tu n’as rien à voir avec eux. »


Sa main vint se perdre dans le dos d’Ebène. Caressa l’endroit supposé de sa marque, lentement.

« Et d’ailleurs… Je n’y arrive plus. Ca n'a plus autant d'intérêt maintenant. Ils ont beau avoir les yeux noirs ce n’est pas… »
Il s’interrompit. Puis chuchota. « Je t’en prie. Si tu es ici pour affaires, je te laisserais les mener à bien mais reste avec moi. Emmène moi avec toi… »










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Arsène Martes
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Arsène Martes
Mer 29 Avr - 22:16
Un "Tais-toi" parvint à Jan, étouffé. Arsène redressa la tête pour toiser son interlocuteur. Ses yeux noirs exprimaient des nuances nouvelles, subtiles à déceler, mais réelles.

- Tu parles trop.

Il scella sa bouche avec ses propres lèvres pour ne plus avoir à l'entendre babiller. Sans animosité, mais sans douceur non plus. Il se retira lentement comme une vague qui reflue sur une plage.

- ... Vraiment trop.

Il observa un long moment Jan, blotti contre lui. Son visage était aussi impassible qu'à l'accoutumé, masquant pourtant un trouble intérieur profond. Maintenant qu'il était là, que devait-il faire ? Tout ce qui lui venait à l'esprit était en contradiction profonde avec son professionnalisme, son sens aiguë du cloisonnement de la chose privé. Et en même temps il y avait ce bourdonnement, ce bruissement, ce "frisson" qui le poussait à la faute. Depuis le début de cette étrange relation, il y'a trois ans, il n'avait jamais tenté de feindre avec Jan. Il s'était montré abrupt, froid, insensible, violent et un brin sadique. Il n'avait jamais tenté de sourire pour dissimuler le monstre qu'il était. Il se contenter d'être lui même.

Pourquoi ?

Parce qu'à l'évidence il ne s'en sentait pas le besoin. Peut-être même qu'il désirait être surpris, dévoilé. Découvert. Il avait peut-être omis sciemment de soigner sa brulure pour que Jan la voit ? Il avait peut-être fait exprès de le pousser à bout pour observer la solidité de ses fondations ? Tout cela n'était-il pas au final une symphonie de désir inconscients ? De prophéties auto-réalisatrices ? Arsène se donnait l'impression d'être un enfant cherchant les limites de l'intérêt qu'on lui portait. Toujours plus loin, toujours plus drastiquement.
Sans concessions.

Il lui avait offert la possibilité de fuir plusieurs fois, mais Jan ne se dérobait pas. A peine aménageait-il sa cage à sa convenance pour mieux s'y lover. Et Arsène n'arrivait pas à comprendre...

Pourquoi ?

Si ça n'était pas Jan qui tendait les bras pour le rattraper, c'était lui qui partait en quête de ces derniers.

- Boss ?

Arsène se redressa pour contempler la silhouette massive de Maurice à l'entrée de la ruelle, sous la lueur du réverbère.

- On va être en retard.
- Je viens.

Le bagnard retourna s’assoir à son poste de cocher.
Le français eut une seconde d'arrêt. Le temps de prendre une décision.

- Si tu viens avec moi, je veux que tu suives mes instructions à la lettre. Pas un mot superflu. Pas une question. Est-ce que c'est clair ?

Sans attendre la réponse, Arsène pénétra dans son carrosse et laissa la porte ouverte. Si Jan prenait place en face de lui, il aurait son assentiment.
La certitude aussi d'avoir ouvert une nouvelle porte vers l'inconnu.

Et de tester la porosité d'une nouvelle limite.

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Kapphären Jan
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Mer 29 Avr - 22:40


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with Arsène (Avril 05)



Se taire. Quelle charmante idée. Se taire et savourer la bouche d’Ebène, retrouver sa langue. Danser avec elle avec une langueur brûlante. Jan défit lentement ses gants, libérant ses mains. Pour plonger ses doigts dans la chevelure noire de son amant. Lentement il caressa ses mèches, redessina le contour de son crâne et retrouva la douceur de sa nuque. Il descendit sur ses épaules, toucha ce dos musclé, large et tendu. Arsène s’était lové contre lui avec un besoin implacable de contact et pourtant, son corps trahissait sa nervosité, son combat intérieur.

Jan vint embrasser sa joue, puis son nez, doucement.

« Si je parle trop c’est pour que tu puisses me bâillonner… »


Il en avait oublié la supplique de le suivre. Pensa à Crapaud, qui l’attendait. A Kastamer, dissimulée dans la forêt bordant l’extérieur de Bruges. A ses eaux calmes, ses serviteurs silencieux et surtout, surtout, à son lit. Personne n’y avait dormi autre que lui-même. Personne n’avait pu poser son regard sur les draps défaits, sur les détails qui emplissaient cette chambre, une pièce qui lui appartenait complètement. Pas de tableaux royaux pour éviter le regard de son père. Pas de signe ostentatoire de richesse, ou de bannière. Il n’y avait là que le blason de Kastamer, la broderie de son prénom dans les taies.

Son lit attendait l’odeur et la chaleur d’Ebène.

- Boss ?


Jan tressaillit. Ce n’était pas la voix de Crapaud. Et dissimulant son visage, il jeta un simple coup d’œil à l’homme, à son aspect, et à ce qu’il représentait pour Arsène.

Dans son esprit, quelque chose clinqua, bruyamment.

Et il suivit le fil de la discussion, une certaine forme d’angoisse cohabitant avec la curiosité dans les replis de ses pensées tourmentées.

Pourquoi Arsène Martès, médecin royal de la couronne française, se trouvait présent à Bruges en compagnie d’un homme qui usait de l’argot pour s’adresser à lui ?

Ce n’était pas un serviteur comme les autres.

Et son amant n’était pas un homme comme les autres non plus. Il fallait voir la vérité en face une bonne fois pour toute.

- Si tu viens avec moi, je veux que tu suives mes instructions à la lettre. Pas un mot superflu. Pas une question. Est-ce que c'est clair ?


Jan ne répondit pas. Pas sur l’instant. Il le regarda s’éloigner, prendre place dans cette calèche, cillant une nouvelle fois sur le cocher – étrange homme, étrange carrure – qui l’évitait du regard.

Pour la première fois, il essaya de réfléchir en adulte plutôt qu’en passionné.

Quelque chose puait. Salement. Quelque chose s’infiltrait dans les ombres, dans ces cicatrices qu’Arsène lui avaient laissé voir. Jan se sentait poussé, à entrer dans cette calèche, à mettre au défi Ebène de le choquer, de le malmener encore.

Jan pinça les lèvres.

Il voulait le suivre, oui. Mais le suivre lui. Pas suivre cet environnement malsain dans lequel le médecin – ce terme était-il approprié dans de telles circonstances ? – semblait se complaire.

Ca n’avait rien à voir avec le Delirium.

Il le pressentait et s’en brûlait.

Ses pas claquèrent sur le pavé – plus de talons, une certaine expérience trois ans auparavant lui avait apprit à s’astreindre de ces chaussures inconfortables.

Il passa simplement la tête dans la calèche, sans y monter. Sa décision était prise.

« Hélas je crains que certains secrets ne doivent être prudemment préservés. Et tu me connais, je ne saurais pas tenir ma langue. Ni me comporter de manière convenable. »
Il porta la main à sa gorge. Et lui remit son foulard. « Je te laisse à ton cocher et à ton étrange destination. »

Son regard, soudain, se fit plus trouble. Malgré cette sage résolution, il avait l’impression de s’arracher à lui. Et détestait cette impression.

Deux mois d’attente, des retrouvailles hasardeuses, et cela devait se terminer ainsi ?
L’amant en lui se révolta.
Le prince lui claqua la porte au nez.

Et baissa la voix.

« Si tu restes un peu, je te soumettrais aux lois sanitaires de mon propre domaine. Quelques jours à Kastamer, au régime sec de vin et de chair tendre, ne devraient pas te faire du mal. Chéri. »


Il eut un sourire. Puis s’écarta.

« Bonne nuit. Arsène. »


A bientôt. Ebène.

Jan se détourna. Les poings serrés. Pour se donner courage.








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Arsène Martes
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Arsène Martes
Jeu 30 Avr - 11:17
Jan claqua la porte.
Arsène fut confronté à la "limite", concrète et palpable, de bois.

Sans qu'il puisse en comprendre le sens, les muscles de ses trapèzes se détendirent soudainement. Jan venait simplement, et sans en mesurer l'importance, remettre médecin dans le droit chemin.

- Si tu restes un peu, je te soumettrais aux lois sanitaires de mon propre domaine. Quelques jours à Kastamer, au régime sec de vin et de chair tendre, ne devraient pas te faire du mal. Chéri.

Si Arsène gouta l'humour du prince, il n'en montra rien. Il regardait déjà droit devant lui, à l'ombre de l'habitacle de son véhicule. Le cocher démarra en trombe laissant le "Bonne nuit. Arsène." de Jan flotter, solitaire, dans les ténèbres jaunies par les lampadaires.

***

Le lendemain matin, Alors que Jan lisait les journaux pendant son petit déjeuner, une nouvelle locale attira son attention. Une découverte macabre avait été effectuée au port de Bruges. Une série de cadavre sauvagement rossés avaient été retrouvés, accrochés en rang d'oignons sur plusieurs bites d’amarrage successives. Pendus par les poignets, les pieds baignant dans l'eau salée, leurs dos à découvert dévoilaient le profil d'une tête de rapace dans un cercle marqué au fer rouge. L'enquête précisait qu'il s'agissait d'un baron local de la pègre, Karl Frankeur, et de ses principaux hommes de main. Ce dernier faisait régner son hégémonie sur les docks depuis un an ou deux, rachetant entrepôts, débarcadères ou collectant une taxe crapuleuse sous le manteau afin de "protéger" les marchands et transporteurs de fret de la Venise du Nord.
Selon toute vraisemblance, l'acte portait la marque des Enfants de Rosthramus, des terroristes qui avait déjà fait parler d'eux en janvier dernier en tentant d'assassiner le Felipe de Marisma, roi d'Espagne, et en laissant derrière eux un sillage de morts dont la Comtessa de Valeroso, marraine du roi.

Il y avait une gravure soigneusement effectuée par l'un des dessinateur de l'équipe de reporter du sceau de ce groupuscule.

Et Jan ne put qu'en être glacé.

La seule domestique de l'endroit -ou qui faisait office de - choisit alors ce moment pour se glisser jusqu’à lui et lui murmurer quelques mots agacés :

- Votre majesté, un homme demande audience aux portes de Kastamer.C'est un médecin français.

La dame de compagnie de Sigrid, se redressa pour laisser un nom bien connu franchir ses lèvres acariatres.

- Arsène Martès.
Arsène Martes
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Kapphären Jan
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Jeu 30 Avr - 12:11


Comme le vent éteint les bougies
et allume le feu

with Arsène (Avril 05)


Il avait passé une nuit agréable, contre toute attente. Goûtant à la solitude de ses draps en pensant simplement qu’Ebène ne manquerait sans doute pas de répondre à son invitation. Sans rêves, son sommeil avait été paisible, régulier. Sans questions. Il ne voulait pas s’en poser, sur les secrets de son amant, sur les affaires qui l’avaient guidé à Bruges. Peut-être que son inconscient comprenait sans trop de réflexions que certaines choses libérées trop vite auraient pu faire basculer la donne du mauvais côté de cette relation.
Hélas, le hasard lui, ne lui laisserait pas le choix.

Les 8 coups de l’horloge résonnent dans le hall de Kastamer. Depuis trois heures déjà, le personnel s’affaire à préparer le petit déjeuner du prince et de la marraine fée, nettoyant la poussière de la salle de lecture et celle de musique, aérant les nombreux dressings, vaquant en silence à ses responsabilités, équipe par équipe. Toutes composées de femmes. Toutes muettes.
C’était le seul critère de sélection. Ca, et le fait de subir les assauts du prince sans protester, s’il en avait soudain le besoin.

A Kastamer, pas de majordome, pas de chambellan. Officiellement, Sigrid était la gérante du domaine. Mais du fait de sa maladie – à 8h, elle dormait encore, cuvant son vin et les toussotements sanguinolents que le Delirium lui arrachait – elle avait dû prendre du repos vis-à-vis de ses responsabilités, mais sans trop s’éloigner. Son bras droit, Greta Van Shaw, vieille fille austère de 54 ans, parlait pour elle, agissait pour elle, avec beaucoup moins de grâce et de mise en forme.

Greta paraissait toujours de mauvaise humeur, et évitait le boudoir comme la peste quand Jan se travestissait. Seule parlante, elle gardait sa langue dans sa poche de manière intelligente, mais ne voulait pas être témoin de ces débordements anti-chrétiens. Sigrid et Jan s’en amusaient follement.

Ce fut elle qui envoya les servantes ouvrirent la porte de la chambre pour réveiller le Prince. Elle qui vint déposer les journaux datés du jour sur la table déjeuner fumante des saucisses chaudes, du poisson frais, accompagnés de riz, de porridge, de miel, de café, de lait et de jus de raisin frais. Elle qui plaça le quotidien de Bruges en tête de lecture.

Elle qui laissa Jan découvrir l’anecdote, quand on vint l’avertir d’une arrivée. Dans les couloirs, des gardes immobiles étaient disposés tous les 10 mètres. Deux venaient d’accueillir Arsène Martès et Greta siffla entre ses dents du bonheur, agacée de recevoir quelqu’un si tôt.

De toute façon, c’était surprenant et inhabituel. Personne ne venait jamais.

Elle franchit le couloir. Et n’entendit pas de fait le claquement sec de la tasse en porcelaine du prince quand celle-ci se brisa au sol.

Quand Greta eut vérifié l’identité de cet invité non désiré, et qu’en soupirant elle revint aux quartiers du prince, elle le découvrit debout, surplombant le journal où s’étalait la marque d’un rond de café à peine séché. Au sol, une servante nettoyait, tête baissée.

Elle ne s’en formalisa pas.

- Votre majesté, un homme demande audience aux portes de Kastamer. C'est un médecin français.

« Son nom. » Le ton sec lui fit hausser un sourcil.
- Arsène Martès.


Jan tourna son regard vers elle. Et pour la première fois, Greta recula d’un pas.

Il y avait de la haine sur son visage.

« Non. »

« Bien monsieur. »

« Attends. » Immobile, Greta attendit.

Jan baissa la tête sur le journal. Serra les poings.

« Si. »

« Dans la salle de lecture ou le petit salon du rez de chaussée ? »

« Ici. »

Greta s’étrangla.

« Ici ? »

« Ici. » C’était décidé.

Greta tourna les yeux vers la chambre. Les draps défaits. La robe bleue posée sur une chaise.

« Monsieur. »

« J’ai dis ici. »


Greta sursauta. Son visage se raidit. Puis elle s’inclina et disparue par la porte.

Jan se tourna vers la servante. La rabrouant d’un geste du pied.

« Cesse donc ceci. Et habille moi. »


Aujourd’hui, il aurait le visage d’un prince.

D’un prince furieux.

~

La porte s’ouvrit au moment où la servante s’écartait, observant la tenue du prince rapidement enfilée. Un chemise blanche, tout comme le pantalon, un veston noir brodé de rouge, une paire de chaussures en cuir aux pieds. Il avait refusé la veste, comme la cape. Et se tourna pour faire face à Arsène – non, il ne s’autoriserait pas à l’appeler Ebène, pas aujourd’hui.

D’un geste nonchalant, sans bonjour ni merde, il lança le journal tâché aux pieds du médecin. Son regard, glacial, observa la moindre de ses réactions.

« Tu connais l’un des autres noms de Rosthramus ? C’est le Milan des Marais. Il a tendance à manger des escargots. Mais tu dois être au courant. » Il campa, bien fermement au sol. Et attendit que les servantes disparaissent en compagnie de Greta, pour murmurer. « J’ai fais des recherches sur cette organisation, vis-à-vis de ta marque, pour t’apporter une certaine forme de justice, en pacte, en promesse. Je n’ai jamais cherché à pousser plus loin dès que j’ai appris pour l’Espagne, sans doute parce que je me doutais de quelque chose. J’ai voulu croire que c’était eux, qui t’avaient marqué de la sorte. Mais maintenant je comprends mieux. Ils ne t’ont pas marqué de leur sceau. »

Sa bouche se crispa de colère. Il n’arrivait pas à rester calme.

« Ils t’ont marqué du tiens. »









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Arsène Martes
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Arsène Martes
Jeu 30 Avr - 13:15
Arsène pénétra dans la chambre, chapeau sur la poitrine. Il salua la gouvernante et les domestique d'un hochement de tête poli et souriant et abandonna son faciès amical une fois dans l'intimité des appartements princiers. Dès son entrée dans la pièce, il avait pu lire dans le port du prince une tension, une colère concentrée, que ce dernier jugulait sous un masque aussi digne que dur. Cette ire arrogante de roi suscitait chez le médecin des envies toutes simples de torture. Briser Jan restait, malgré tout l’attachement qu'il manifestait pour lui, son sport favori.

Le journal vola dans la pièce, s'étalant sur les gros titres en foulant le sol. Son gros titre.

Arsène eut un léger haussement de sourcil, et se fut à peut près tout. Il se dirigea nonchalamment vers la table du petit déjeuner pendant que Jan vociférait, il plongea son doigt dans les restes de porridge, le dégusta avec une moue appréciatrice, puis inspecta la table à la recherche d'un verre propre pour s'y verser un peu de lait. Le pichet laissa échapper quelques gouttes qui s'enfuirent sur la paroi extérieure du récipient. Arsène les rattrapa d'un lapement de langue avant qu'elle ne dégouline sur le plancher.
Il but tranquillement et se pourlécha la lèvre supérieur pour en chasser l’excédent de liquide immaculé.

Ce ne fut qu'ensuite, et après un silence si dense qu'il aurait pu être découpé au couteau qu'il posa ses yeux noirs sur Jan.

- Le découvrir dans les journaux n'a jamais la même saveur que de le vivre.

Il s'accorda une autre gorgée de lait laissant Jan méditer sur cette mystérieuse assertion.
Il aurait pu feindre, nier, trouver une explication plausible. Il n'en avait pas eut envie. La limite d'hier pouvait être franchie à nouveau aujourd'hui. Il aller jouer franc jeu. Et si Jan n'acceptait pas, il n'aurait pas d'autre choix que de le tuer.
Pas de demi-mesure. Pas d'exception.

Arsène s'installa confortablement dans un fauteuil, son verre à bout de bras en faisant valser son contenu.

- Je t'ai déjà dit que si tu souhaitais quelque chose, il fallait posément formuler ta demande. Si tu veux des réponses, pose des questions.

Il croisa les jambes et attendit.







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Kapphären Jan
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Jeu 30 Avr - 13:33


Comme le vent éteint les bougies
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with Arsène (Avril 05)




Jan le suivit du regard, l’homme qui s’avérait être un ennemi. Le médecin nonchalant aux multiples visages. Qui se servaient sur la table comme s’il était chez lui. Et c’était le cas ! Il était chez lui, car Jan lui avait ouvert les portes, fait confiance, concernant bon nombre de sujets. Il lui avait laissé les rennes de son âme, se liant à lui, demandant sa présence, ici, à Kastamer. Introduisant une maladie dans son mental, inconnue mais passionnelle. Le laissant agir à sa guise. Le laissant l’influencer sur ses actes !

Il le regarda se pourlécher les babines. Et en fut écoeuré. Dégoûté de ce que cela faisait encore naitre chez lui. Le prince n’arrivait pas à lui résister. Mais un simple coup d’œil sur la page du journal lui remit bien vite les idées en place.

« Le vivre ?! Le vivre ?? Tu crois que j’aurais pu assister à ces meurtres sans sourciller ?! Que je t’aurais laissé agir sans chercher à t’arrêter ? Pour être un cadavre de plus grimée en fille, le scandale royal ! Le vivre ? »
Il tapa du poing. « Dans MA ville ?!! »

Son bras balaya les restes du déjeuner dans un boucan de vaisselle brisée. Les gardes forcèrent aussitôt la porte, entrant, poing à l'arme.

Jan hurla.

« SORTEZ » Ne leur laissa pas d'autre choix que d'obéir.

Et comme en France, incapable de rester en place, il se mit à faire les cent pas en silence.

Sa tête bourdonnait. De plusieurs sentiments qui le parasitaient. Mais la rage maintenait ce flot comme les flammes sous une marmite.

« J’ai tâché de veiller sur les miens pendant des années, malgré mon exil j’ai pris à cœur mes responsabilités de gérant. J’ai veillé sur Bruges en laissant la police faire leur travail dans mes rues. Nettoyer le surplus qu’ils pouvaient arrêter en sachant pertinemment que des hommes »
Il foula le journal du pied. « parasitait ma ville, MON port. Jouant le jeu car rien ne peut être contrôlé à ce point. Mais ça. Ca. »

Il parlait de l’oiseau.

De la marque. Qu’il avait embrassé.

D’un geste furieux, Jan essuya ses lèvres.

« Tu es l’un des meneurs de ce groupe. Terroriste. N’est-ce pas ? Et tout ce que tu as fait jusqu’à présent c’est tenter de m’influencer comme un pantin. C’est bien ça. »
Pas vraiment une question, juste une affirmation. « Tout ceci. Dès le moment où tu as connu mon identité. C’était le fait de Rosthramus. »

Ebène, un surnom de plus. Ses baisers, des mensonges. Ses marques, une appropriation de son organisation. Ses secrets, des menaces.

Jan lui fit face.

« Tu nous a trahi. »









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Arsène Martes
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Arsène Martes
Jeu 30 Avr - 14:04
Arsène observa la valse des gardes, le tango de son amant, la cavalcade des mots.
Inexpressif.
Mais pas impassible.

Il n'avait jamais vu Jan si furieux, si déchainé. Il effleurait la haine et le dégout qu'il éprouvait à son égard du bout des doigts, seulement, c'était là la preuve qu'ils tempêtaient au centuple dans le cœur de son aimé. A mesure que les mots déferlaient en pointe vers lui, un bourdonnement sourd, pesant, différent du "frisson" naquit quelque part dans sa tête. Il ne su pas l’interpréter. Cela vrombissait. Le français sentit un pincement, quelque chose de creux, sonner dans les tréfonds de sa cage thoracique. Il se dit l’espace d'un bref instant que s'il s'agissait d'une crise cardiaque, il serait incapable de le voir venir.

Jan se pencha sur lui toute rancoeur dehors.

- Tu nous a trahi.

La gifle s'écrasa avec violence sur la joue du prince et le fit vaciller. Avant d'en avoir pris conscience, Arsène était debout. Ses prunelles ténébreuses bouillonnaient comme des marais de cauchemar. Son verre avait explosé au creux de sa main y fichant des éclats, dans un mélange sordide de blanc et de rouge. Il ne semblait pas s'en être rendu compte. Il ne l'avait même pas éprouvé. Toute son attention était fixé sur un point. Un seul.

Jan.

- Cesse de m'abreuver de tes affirmations ! gronda-t-il. Tu les aimes tes petites vérités ? Complets-toi-y. Vautre-toi dedans jusqu'à en crever.

Il fit un pas menaçant vers le prince.

- Mais ne dis pas que je t'ai menti. Tu es le seul pour qui je ne l'ai jamais fait.

Le seul qui ne soit pas Epine.
Le vrombissement devint murmure. Va et vient de flots sombres.
Arsène sembla retrouver son souffle, comme si celui-ci l'avait déserté quelques minutes plus tôt. Il en fut surpris lui même. Alors seulement il découvrit sa paume charcutée. Il la regarda comme une chose extérieure à lui, de longues secondes.

Finalement il se dirigea vers la table pour se saisir d'une serviette et éponger les dégâts. En faisant jouer sa main à la lumière du jour, il repéra les tessons coincés. Il commença alors méthodiquement à les enlever. Sans témoigner la moindre douleur.

La véritable s'était déjà exprimée.



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Kapphären Jan
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Jeu 30 Avr - 14:37


Comme le vent éteint les bougies
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with Arsène (Avril 05)



La gifle le sonna, souffla sa haine comme une bougie. Lentement, Jan comprit toute la portée du geste. Et toucha sa joue blessée, jetant un regard incrédule à Arsène qui, levé, le menaçait de sa présence. Fixant ses yeux noirs, il eut peur pour la première fois. Peur de ce que le médecin – non, le terroriste – pouvait faire, peur de ne pas prévoir son prochain comportement maintenant que la vérité venait d’éclater au grand jour. Une vérité qu’Arsène avait tenté de lui révéler hier au soir, de la manière la plus cruelle qui soit.

Pas de questions
, lui avait-il ordonné, avant de l’accepter à l’intérieur de la calèche. Sur ce chemin de sang qu’il s’était confectionné à force de mauvais agissements. Une invitation que le prince s'était refusé, par méfiance.

Par peur de ce que sa curiosité pouvait engendrer. Attraper.

Jan se rappela alors cette nuit d’automne, et le geste sûr qu’Arsène avait eut envers son agresseur, lui brisant la nuque d’un geste sûr et précis. Jusqu’alors il avait excusé cet acte, fermé les yeux sur sa portée mortelle, sur l’intention. Mais maintenant, la lumière était faite. Sur tout. Ou presque tout.

« Ne me touche plus. »
Il abaissa la main, son regard fixa le sang. S’attendit à flancher, blême. A avoir la nausée. Il n’en fut rien. Et il en fut profondément choqué.
« Ne me touche plus jamais. » Pas seulement pour le gifler. Pour le reste aussi.

Ses épaules s’affaissèrent. Quelque chose enfla dans sa poitrine. De plus primaire et de plus foudroyant que la rage. La vision de l’oiseau sur le journal se dédoubla. Se tripla. Puis il n’y eut plus rien que le flou de son chagrin.

Lui qui n’avait même pas pleuré à la mort de son frère.

« Donne-moi. »
Il inspira. Chaotique. Lui tourna le dos. Arsène retirait les échardes de sa main. Lui de son âme. « Donne-moi une raison d’accepter ça Ebène. »

Ça. Le terrorisme. Sa monstruosité affichée. Ses crocs. C’était sans doute égoïste d’exiger cela d’un meurtrier présumé. Mais il n’avait pas d’autres mots que ceux-ci à lui offrir.

Prouve-moi que je peux te faire confiance.


Car il ne pouvait s’empêcher de douter. De ses mots. De sa promesse de non mensonge. Du reste.

« Je ne veux pas être une simulation de plus parce que… Je perdrais la tête. »


Rouvrir la faille. Un danger mais que risquait-il à cet instant de pire que la mort ? Car il la pressentait, dans son dos. Ombre noire et intransigeante. Arsène ne lui laisserait pas cette vérité.

Il l’avait vu dans ses yeux noirs.









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Arsène Martes
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Arsène Martes
Jeu 30 Avr - 21:03
-Ne me touche plus. Ne me touche plus jamais.

Arsène sentit son sang le quitter. Un froid étrange et soudain l'envahit de l'intérieur, congelant ses tripes. Il était blême, mais ça il n'avait pas de miroir pour le constater. De toute la cacophonie d'émotions qu'il percevait confusément sous l'épais matelas de sa déficience, cette note là, dominait. Neuf mois de torture et de sévices n'avaient fait que fatiguer son corps sans caresser une seule seconde son esprit. Ces deux petites injonctions furent comme si la Mort serrait ses doigts glacés sur son coeur.
Arsène expérimentait la peur pour la première fois de sa vie.

"Il t'est arrivé quelque chose de bien..."

La peur de perdre ce quelque chose.

Le médecin observait le prince. En face de lui Jan s'étalait en un concert de bouleversements spectaculaires : colère, rage, terreur, dégout, tristesse, inquiétude... Arsène n'avait rien de cela pour lui. Il nageait dans un océan opaque où tout lui parvenait par échos assourdis. Les billes noires de ses yeux, les muscles figés de son visage, n'arrivaient pas à exprimer avec naturel et franchise ce qui l'habitait à cet instant. Il se sentait terriblement limité et confus. Il avait perdu le contrôle. Il s'était perdu.
Tuer Jan, maintenant, tout de suite, d'un craquement sec de la nuque.
C'était une solution facile, pratique et qui le soulagerait sur l'instant. Qui mettrait fin à tout. C'était la meilleur solution. Le dernier bout de verre, rebondit dans la coupelle , au milieu de ses frères sanglants. Il entoura son poing dans la serviette de lin blanc et prit une inspiration avant de se tourner vers sa victime.

-Donne-moi une raison d’accepter ça Ebène. Je ne veux pas être une simulation de plus parce que… Je perdrais la tête.

Arsène perdit brutalement tout de la dynamique de sa résolution. Il regarda les yeux embués de Jan, la joue qu'il avait abimé, l'âme qu'il avait massacrée. Et cet être tendait le bras, encore une fois, pour le rattraper. C'était fou. C'était illogique. Cela n'avait pas de sens et conterdisait la plus élémentaire règle de survie.

Pourtant, il déboutonna les premiers boutons de sa chemise, attrapa le morceau de papier froissé contre sa peau et qui portait à présent son odeur. Et, sans un mot, le tendit à Jan.

- J'ai trouvé un moment. Je n'ai pas attendu trois ans...
murmura-t-il




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Kapphären Jan
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Jeu 30 Avr - 21:23


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with Arsène (Avril 05)



Jan lui fit face. Sans aplomb, sans fierté. Intimement persuadé qu’il commettait là l’erreur la plus grossière de sa vie. Mais ne la risquait-il pas, justement, sa vie ? C’était là tout le problème. Un non, et Arsène le tuerait. Un non, et Arsène partirait. Dans les deux cas, plus rien n’aurait de sens. La première solution lui apporterait seulement la chance de ne pas avoir à subir ce choix le reste de sa vie. Mais pouvait-il vivre ainsi ? Vivre avec homme dont les actions étaient entachées par la mort ? Vivre avec un homme qui agissait dans la plus grande des contradictions de ses propres principes ? Un homme, qui fricotait avec la pègre, qui avait manqué de renverser un gouvernement et pouvait mettre en danger le sien ?

Un homme. Un autre homme.

Non évidemment. Mariez-vous, lui avait conseillé Katherina. Mariez-vous et ayez de beaux petits garçons. De beaux petits héritiers à qui on donnerait son nom, puis le nom de son frère, puis le nom de son père, pour perpétrer la lignée. N’était-ce pas pour cela qu’il existait ? Pour être un Monbéliard ? Un futur roi désormais ? Y avait-il de la place pour Arsène dans tout cela ?

Non. Il n’y avait aucune place pour Arsène.

Mais il pourrait s’arranger pour en créer une, minuscule. A Ebène.

Ebène qui dégrafa les premiers boutons de sa chemise. Ebène qui sortit un morceau de papier que Jan reconnu sans avoir eu besoin de lire les mots inscrits dessus. Ebène qui n’avait pas attendu trois ans.

Jan eut un tressautement intérieur. Comme un sursaut. Sa joue lui faisait mal. Ses sens lui hurlaient de fuir. Sa conscience le fustigeait mentalement. Et lui n’avait d’yeux que pour Ebène.

Il ne voulait pas lui faire confiance. Mais il ne pouvait pas ne pas agir ainsi.

« Nous nous rendons parfois bien malheureux… »
Cependant c’était la bonne réponse.

Pourtant, il n’approcha pas. Ebène était recouvert de sang. Pas seulement celui de sa main profondément tailladée, mais celui des hommes du port. Celui de ceux qu’il avait tué avant. Et de ceux qu’il tuerait après.

« N’ai-je pas une chance de te sauver ? »
Le sauver de Rosthramus.

Il connaissait déjà la réponse. L’oiseau était dans sa chair. Plus profondément ancré en lui que Jan ne le serait jamais.

« … Tu vas avoir besoin d’un bain. »


Son regard évalua soudain le désastre de la pièce. La vaisselle au sol, la nourriture répandue sur le tapis, le sang et le lait qui coulaient parmi le café et le miel. Des morceaux de verre.

Oui. Pour sûr. Ebène avait réussi à marquer sa chambre de sa présence, de manière brutale et définitive.










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Arsène Martes
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Arsène Martes
Jeu 30 Avr - 22:53
Il est très difficile lorsqu'on apprend à se couler dans le regard de l'autre, à être ce que l'on attend, de définir et comprendre ses propres désirs. Ébène eut une penser pour Épine. Qu'aurait-elle compris à sa place, pour lui et mieux que lui, en cet instant ?

" Nous nous rendons parfois bien malheureux…"

Il ne comprenait pas. C'était bien la première fois. Cette phrase résonnait sans relâche dans sa tête.
Malheureux.
Il avait tout subi pour l'être. Sa vie entière avait été forgée par la souffrance, la violence, la haine et la manipulation. L'univers avait ironiquement choisi d'en faire une pierre pour mieux endurer ses événements, pour mieux en témoigner.
Jan ne le rendait pas malheureux.
Jan était une lumière, une maigre lueur, dans ses ténèbres personnelles.
Il avait envie de l'éteindre et pourtant de l'aviver à la fois. C'était un paradoxe.

Le "sauver" était une maxime bien désuète. Une idée poétique. Une image de bénitier. Il était devenu ce qu'il devait devenir : un monstre. Un monstre utile. Un mal nécessaire pour nettoyer ce monde de sa gangrène et de sa pourriture. Et le rendre plus beau. Plus sain.
Il ne réchapperait sans doute pas de ce processus indispensable. Car il était plus souillé que tous les autres.

- Un bain, d'accord.

Si cela pouvait le rendre plus tolérable au yeux de Jan alors il s'y plierait.



Il ne prit conscience de l'humidité sur ses joues que plusieurs secondes après.
Arsène Martes
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Kapphären Jan
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Jeu 30 Avr - 23:18


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with Arsène (Avril 05)



Il attendait une réponse, à bout de souffle. Et se rendit compte soudain de l'inutilité même de ces mots. En l’espace d’un instant, dans l’ivresse d’une nuit, il avait compris une chose essentielle concernant son amant.

Aucune de ses paroles ne valait le moindre de ses gestes.

Et Jan se trouva bien stupide, soudain, de l’entendre acquiescer à sa demande. Alors que face à lui, immobile, inconscient, Ebène pleurait.

Il ne pouvait pas feindre – et il refusa d’en douter, pas à cet instant. Ses pensées cillèrent au journal, non loin d’eux, à Rosthramus. Mais tout lui parut soudain futile, incompréhensible et lointain. Les portes de la chambre se refermèrent plus étroitement sur eux.

« Ebène… »
Le prince tendit la main vers lui. Effleura sa joue de l’index.
« Tout va bien. »

Non. C’était un mensonge. Tout n’allait pas bien justement.

Par lâcheté il s’était empêché d’enquêter sur lui. Par lâcheté il n’avait pas voulu se confronter la veille aux secrets de l’ombre. Par lâcheté et par colère, il avait tenté de le chasser plutôt de lui tendre la main.

Des accusations futiles
. Les mots du médecin lui revenaient, sous une gifle visant à cesser ce drame de théâtre, sa crise d’hystérie. N’aurait-il pas dû chercher à comprendre, plutôt que de douter de lui ? Sa logique balaya avec dégoût ce changement de ton. Il était un navire virant de bord à chaque nouveau vent. Il pouvait pleurer, cela n’amoindrirait pas la somme de ses crimes.

Mais Ebène ne versait pas une larme pour ses regrets.
Ebène pleurait pour lui. Uniquement pour lui...

Et si Jan le repoussait, s’il n’agissait pas maintenant, alors qu’Ebène lui offrait…
Eh bien. Son âme apparemment, alors il ne vaudrait pas mieux que lui.

Une pensée bien biblique, pour un pêcheur non-croyant tel que Jan se représentait lui-même. Mais il y avait une forme de sagesse, dans ce parjure de l’aimer lui.

De l’aimer, oui.

Alors il le sauverait. Il essaierait. Ou l’emporterait avec lui, ailleurs.

« Tu es blessé. »
Ses lèvres tressaillirent. Il se rapprocha. « Dedans. » Perdant ses mots français. Vint embrasser sa joue. Gouter un autre sel que le siens. Son corps encore à distance raisonnable. Évitant ses mains – ses mains sales.

« Mon homme. »
Mais le retenant tout de même, présence contre présence. Effleurant sa bouche.

On frappa doucement à la porte. Jan s’arrêta, ses yeux à demi fermés plongés dans ceux d’Ebène. Puis il baissa la tête, avant de se tourner à demi vers la réalité. Se plaçant simplement devant le médecin, pour que l'intrus ne soit pas témoin du trouble de son invité.

« Oui ? »

Une servante entra. S’inclina respectueusement. Et par quelques signes désigna les gardes, le couloir, le bordel environnant. Jan fronça les sourcils, surprit de ne pas avoir affaire à Greta. Et comprit que cette dernière avait du rejoindre Sigrid.
Qui n’allait pas tarder à se présenter à son tour, dans un désir tout maternel de le protéger. Son retard s'expliquait sans doute par son incapacité à choisir une tenue appropriée tout en ayant la gueule de bois. Il pinça les lèvres.

« Faites préparer le bain, au plus vite. Et dites à Sigrid que je vais bien et qu’elle ne doit pas nous déranger. Je la rejoindrais ce midi pour déjeuner. Qu’elle se repose, insistez bien. … Dites-lui que c’est un ordre. »
Ça, il en entendrait parler pendant des lustres. Mais la servante hocha la tête sans sourciller. Son visage affable disparu dans le couloir pour ouvrir une porte attenante et ne pas avoir à traverser la chambre. Les laissant de nouveau enfermés, seuls avec leurs troubles respectifs. Passionnels.

Le ronflement de la tuyauterie fut perceptible. Le bruissement des robes des souillons s’affairant à préparer les serviettes, le linge, les savons et autres onguents aussi. Jan leur laissa quelques minutes, avant de tendre la main vers Ebène. Et lui faisant simplement signe de le suivre.

C’était à lui, aujourd’hui, de le désinfecter.








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Arsène Martes
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Arsène Martes
Ven 1 Mai - 19:31
Pleurer.
Voilà une chose bien étrange.

Arsène toucha sa joue, quelque peu incrédule. Quel était le secret mécanisme de ce soudain abandon lacrymal ? Avait-il une poussière, une gêne sur la cornée ? Était-ce de la fatigue inconsciente, lui qui dormait peu parce qu'il ne parvenait pas à sentir quand il en avait besoin ?
Était-ce Jan ?
La mort d’Épine ne lui avait pas arraché une larme. Il l'aurait voulu. Il avait même prié pour cela. Mais la délivrance humide n'était jamais venue. Qu'il pleure pour Jan était infâme et insultant pour la mémoire de sa soeur.

Le médecin se laissa guider par le prince. Il aurait voulu lui expliquer posément que le baigner serait futile, qu'il ne se purifierait jamais. Que son sang était aussi rouge que le sien. Qu'il ne pourrait jamais être une source de satisfaction et de sérénité. Il était fait pour mourir en emportant le plus de corruption avec lui. De fait Jan devait se préserver. A tout prix.

- Jan...
finit-il par dire. Jan si tu n'es pas capable de me laisser partir, il faut que je le fasse pour nous deux. Pour ton bien...

Pourtant il resta là, incapable de faire le moindre pas. Fixant la baignoire d'eau bouillante. La vérité lui apparut dans sa plus grande crudité : Jan n'avait jamais été le prisonnier.

C'était lui.

Il fut soigné.
Comme à l'époque quand, plus jeune, sa soeur prenait soin des coups subits par les clients et leur beau-père. Elle y mettait tout son sérieux enfantin, le grondant de ne jamais se plaindre et l’exhortant à pleurer si besoin. Il observa le visage de Jan, concentré sur son pansement, appliqué. Beau. Le "frisson" vint caresser délicatement son esprit
Il ne devait plus le toucher.
C'était une autre forme de torture qu'ils étaient mutuellement en train de s' infliger.
Pourquoi être revenu ? il aurait pu quitter Bruges hier, retourner à Versailles, oublier le prince à tout jamais. Mais il n'avait pas pu s'en aller sans dire au revoir. Une erreur fatale qui lui ressemblait bien peu.

Il fut lavé.
L'eau était chaude, peut-être bouillante. Il ne pouvait pas le mesurer. Il prit soin de laisser sa main au sec pour ne pas abîmer le bandage si soigneusement confectionné. Une fois allongé, il observa Jan se retrousser les manches, le savonner, tenter d'absoudre ses plus noirs péchés. En vain.

Il fut aimé.
Baiser ou paroles... Ce fut le déclencheur d'une formidable tempête. Des retrouvailles dont la salle d'eau ne se remit pas. Ebène perdit le contrôle de cette carcasse fossilisée pourtant si bien domptée au fil des années. Des années passées, replié en lui même avec comme seul interface d'humanité, cette sœur disparue. Et maintenant qu'il était seul, que Jan lui faisait face, il devait apprendre à vivre par lui même cette humanité ingérable. Insupportable.
Imprévisible.

"Mon amour."


Il l'avait pensé.
Il l'avait dit.
Il le nierait presque aussitôt ses sens retrouvés.

Mais pour l'heure il goutait un sommeil serein, Jan blotti contre lui. Il n'était plus rien d'autre qu'une âme repus et exténuée.

Une âme nettoyée.

***

Lorsqu'il ouvrit les yeux, bien plus tard dans la journée, Arsène sentit immédiatement qu'il était en terrain hostile, comme seul un prédateur peut le pressentir face à un autre. Une silhouette se tenait assise au bord du lit. Une silhouette de femme. Elle faisait tournoyer un verre de vin d'un air détaché. Elle devait avoir quarante ans, peut-être plus. A moins que ce ne soit l'effet de la maladie. Son teint était pâle. Les traces de sudation sur sa peau, ses pupilles dilatées, le sang caillé à la commissure de ses lèvres... Elle portait tous les attributs de la Délirante de stade un.
Arsène jeta un oeil sur Jan, profondément endormi. Anormalement, peut-être.

Il se redressa, fort de sa complète nudité et de son absence totale de pudeur.

- Sigrid, je présume ? fit-il d'une voix calme.
Arsène Martes
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Kapphären Jan
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Ven 1 Mai - 19:48


Comme le vent éteint les bougies
et allume le feu

with Arsène (Avril 05)





Jan dormait du sommeil du juste. Du sommeil d’un enfant sans troubles, sans peurs. Ses cheveux noirs encore humides séchaient sur l’oreiller. Le corps de dos demeurait immobile, comme jeté par la main de Dieu sur les draps blancs. D’une main il enserrait un coin de la taie, fermement. De l’autre il effleurait celui de l’homme, de l’étranger. De l’ennemi. Le reste, tordu et apaisé, respirait dans la plus complète nudité.

Sigrid se pencha sur lui. Remonta le drap sur son corps par pudeur. Lui embrassa la front, et chuchota.

« Esomnis. »


Les paupières de Jan tressaillirent, mais il ne se réveilla pas. Il ne le pouvait plus.

La fée eut un sourire satisfait et vint s’asseoir au bord du lit. Portant à ses lèvres un verre de grand cru français dont elle huma le parfum, réfrénant un toussotement sanglant qui s’écailla au coin de sa bouche. Droite, et passablement fière sans en avoir conscience, elle fixait la fenêtre d’un regard tranquille, attendant que l’autre se réveille de cette sieste inopinée.

Dans le hall, l’horloge sonna encore. 3 coups.

Greta était venue l’avertir dès son réveil. 9h du matin, une gueule de bois à faire pâlir d’envie le moindre matelot du port de Bruges et sa femme de chambre, son bras droit, qui lui cinglait les oreilles à coups d’invités français, de docteur inconnu, de colère du jeune prince et des cris qu’on avait entendu dans la chambre.

Grommelant, pestant contre la femme contre l’univers tout entier, Sigrid s’était vu refuser l’accès à la chambre par une servante vite arrivée. Son altesse, lui avait-elle signifié en langue des signes, ne voulait pas être dérangée. Il était avec le français, il réglait des affaires mais viendrait tout de même déjeuner avec sa marraine, très certainement pour 11h, au plus tard à midi.

Enfilant à cet instant une de ses robes amples un peu moyenâgeuse qu’elle préférait – les corsets accentuaient ses crachats et ne l’aidaient pas à respirer, Sigrid s’était sentie rejetée.
Mise à pieds.

Mais elle avait obéit. Par amour.

Abandonnée dans la salle principale, devant les grandes baies vitrées, elle avait plissé les yeux sous la lumière en avalant une potion pour calmer sa migraine. Laissant passer 11h. Puis midi. Puis le reste du temps. Bouillonnant de colère, et écoutant d’une oreille distraite les appels du prince, rauques et abandonnés, là-haut dans les étages.

Au final, elle n’avait pas mangé. Au final, elle avait respecté les ordres, en laissant décanter sa rage. Au final, elle avait laissé sa magie s’exprimer envers la servante qui l’avait avertie.

Un chat de plus dans les environs de Kastamer. Un chat aux poils brûlés, et muet.

Et maintenant qu’elle reniflait l’air lourd de cette chambre silencieuse, qu’elle écoutait la respiration de Jan – de son petit – elle commençait à comprendre.

A comprendre ce que son prince, son protégé, avait tenté de lui cacher pendant des années.

Sur la table, à côté d’un pichet plein de vin, des lettres froissées et dépliées attendaient.

- Sigrid, je présume ?


Elle esquissa un sourire. Sans le regarder. Et avala une autre gorgée de vin en essuyant ses commissures.

« Il va falloir aérer cette chambre. »
Sa voix était douce. Mais froide. Implacable.

La fée fit tourner le vin dans son ballon, envoyant des reflets écarlates sur les draps défaits et les murs de la chambre.

« Bien dormi monsieur Martès ? Ou bien, ai-je la permission d’user de votre pseudonyme si intriguant, Ebène. »








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Arsène Martes
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Arsène Martes
Ven 1 Mai - 23:55
Arsène posa son regard froid sur l'intruse. Car s'en était une, même en sa propre demeure. Jan n'avait pas l'air de se réveiller. Il soupçonnât la Sigrid d'y être pour quelque chose.

-Il va falloir aérer cette chambre.

Arsène se pencha vers son amant : il respirait paisiblement. Il rajusta les couvertures sur son corps délicieusement abandonné, et souleva délicatement sa chevelure pour révéler sa nuque. Il la lui embrassa tendrement. Lentement. Afin qu'elle n'en perdre pas une miette même sans les voir.
Avec une aisance consommée, il se mit debout. Il passa devant elle sans un égard pour sa propre indécence. Son corps était une magnificence de force et d'érosion : les tempêtes et la grêle semblait l'avoir modelé. Et pourtant il tenait toujours debout, en toute virilité.

Le médecin repoussa les rideau et ouvrit la fenêtre. L'air frais caressa sa peau et son visage. Sereinement.

- Bien dormi monsieur Martès ? Ou bien, ai-je la permission d’user de votre pseudonyme si intriguant, Ebène.

- Arsène Martès, je vous prie. Et infiniment, merci.

Il prit place, toujours entièrement nu, dans un fauteuil juste en face d'elle. Ses longs bras à la gouvernance des accoudoirs, il irradiait la présence d'un roi, même dépourvu de l'habit. Les deux puits ténébreux de ses prunelles la fixait, tel un oiseau de proie.

- La marraine en sursis.

Une simple affirmation, sans aucune animosité, sans aucune chaleur non plus.

- Vous devriez ralentir l'alcool. Les levures qui servent à fermenter naturellement le vin, contribue à la prolifération du champignon à l'origine du Délirium.

Il lui offrit son sourire de façade, celui du praticien odieusement sympathique.
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Kapphären Jan
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Sam 2 Mai - 0:13


Comme le vent éteint les bougies
et allume le feu

with Arsène (Avril 05)




Elle entendit le claquement humide du baiser sur la nuque de Jan. Et pinça les lèvres, sans montrer un autre signe de dégoût. Sigrid ne comprenait pas cette passion qu’avait son prince de consommer l’amour avec d’autres hommes. Enfin, jusqu’à présent elle avait douté du fait même qu’il fasse effectivement acte de ce genre avec tout autre spécimen masculin. Mais la présence de ce Martès dans les draps, et les marques qui s’acheminaient le long des épaules jusque dans le dos de Jan en étaient une preuve indéniable. Pourquoi ? C’était un mystère. Les hommes et les femmes étaient fait pour se compléter, et trouver grâce dans leurs passions charnelles par un ultime acte de vie et de magie. Que s’apportaient les hommes entre eux, si ce n’est un bref éclair, éphémère. Un comportement d’animal en rut.

Quoique. Pour cet homme-là, Sigrid commençait à deviner ce qui plaisait à Jan. Au sens esthétique du terme, elle ne le trouvait pas beau – mais la fée était difficile à contenter. Il avait de la prestance, c’était indéniable. Un certain charisme sous ses traits, presque racés. Il était grand, fort, et ces cicatrices l’entachaient comme elles soulevaient le dessin de ses muscles. A côté de la silhouette juvénile, androgyne et lisse du prince héritier, Arsène faisait contraste, assurément.

Et il y avait un morceau de choix entre ses cuisses. Elle eut un sourire appréciateur, tandis qu’il laissait les fenêtres s’ouvrir.

Une brise balaya les parchemins sur la table. D’un claquement de doigt, elle fit apparaitre un carré lourd de marbre, pour les y maintenir.

- La marraine en sursis.


Elle gloussa. Avala une nouvelle gorgée de vin en se fichant éperdument des conseils – mais en étaient-ce vraiment ? – du médecin. Pâle, elle sentait sur sa langue le goût du sang sous ce bordeaux de 107 ans, très bel âge. Dommage.

« L’apocalypse pourra me faire ralentir, et encore. J’en doute. Les charognards dévoreront ce monde que je serais encore là à cuver mon vin. Ne vous préoccupez pas de mon péché, Docteur Martès, très chère ombre. »


Le surnom roula sur sa langue, familier. Et Sigrid vint poser sa main en arrière, sur la jambe recouverte de Jan. Possessive sans y toucher.

Son regard bleu-vert détailla les cicatrices qui s’entrecroisaient sur son torse.

« Nous avons cela en commun. Nous sommes aussi coriaces l’un que l’autre. »
Elle leva son verre. « Et entre autre chose, nous possédons apparemment tous deux la même faiblesse. » Ses doigts se crispèrent sur le mollet du prince toujours endormit.

« Je dois d'ailleurs vous remercier à ce sujet. Vous avez pris grand soin de mon petit en France. Il m’est revenu intact. Distant… »
De nouveau ce pincement de lèvres. « Mais intact. Et vous assurez votre devoir de médecin en venant ici vous assurer de la continuité de son bien-être. Cela me permet au moins de rencontrer l’un de ses amourachés. »

Ses yeux papillonnèrent de malice.

« Hélas, comme les autres vous devrez bientôt partir vers vos engagements professionnels. Comment va la Reine ? On m’a dit qu’il y avait eu un léger incident au palais lors de sa dernière sauterie de février. Vous y étiez ? »









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Arsène Martes
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Arsène Martes
Sam 2 Mai - 13:27
Arsène ne manquait rien du spectacle offert. La soiffarde marquait son territoire, déployait sa possessivité. Salement. Tout le long il conserva son sourire infect et composé. Elle avait beau effectuer une démonstration flamboyante des limites de son territoire, elle avait du endormir Jan pour se faire. Et ça, c'était la preuve la plus concrète qu'elle ne maitrisait rien et encore moins le cœur du prince.

- C'est la moindre des choses.
- Hélas, comme les autres vous devrez bientôt partir vers vos engagements professionnels. Comment va la Reine ? On m’a dit qu’il y avait eu un léger incident au palais lors de sa dernière sauterie de février. Vous y étiez ?
- Ma souveraine se porte on ne peut mieux. Et je fais en sorte que cela perdure.


Arsène éluda le plus simplement du monde le bal et les menaces de Farah.

- Le sang du précédent souverain est fort et vaillant. Tous ses héritiers en bénéficient pour les beaux jours de notre couronne.

Il pencha la tête sur le coté.

- Visiblement la lignée du souverain de Luxembourg-Bergië n'a pas eut cette chance. Jan est un survivant. C'est ce qui fera de lui un grand roi.

Arsène se leva avec la même fluidité animal qu'à son habitude. En quelques pas souples il rejoint la vieille fée et lui retira le verre des mains.

- Il tient à vous, selon toute vraisemblance. Autant faire en sorte de vous préserver un maximum.

Le médecin posa le verre de vin sur une table éloignée et ajouta avec un sourire.

- Il aura tôt fait de comprendre la véritable place de votre relation. Mais c'est un cheminement qu'il fera de lui-même.

Et il poursuivit , sur un ton badin :

- Sauriez-vous où sont mes vêtements, par le plus grand des hasard ?

Arsène Martes
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Sam 2 Mai - 13:44


Comme le vent éteint les bougies
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Sigrid eut un haussement de sourcil amusé. Et porta de nouveau son regard sur la fenêtre, respirant avec difficulté l’air frais qui y entrait. La tunique qu’elle portait glissa sur son épaule sans qu’elle ne cherche à la retenir, dévoilant une partie de sa gorge. La fée ne pensait pas soumettre cette menace-là par la simple volonté de son propre physique. Mais cela ne coûtait rien de tâtonner sur les touches de cet étrange piano biscornu.

« La lignée du roi Jour… »
Un nouveau rire la secoua. « Parlez m’en. Une reine d’une centaine d’années, déjà vieille et aux cuisses intactes de tout mariage, et un petit frère sensible et malade pour un rien. Il ne manquerait que le Delirium pour les balayer un par un et assécher ce maigre ruisseau. Dieu le leur épargnera sans doute par bonté. »

Elle porta son verre à ses lèvres, avant de le voir se retirer. Son regard, jusqu’alors malicieux et plein de curiosité, devint aussi glacé que l’hiver.

« Et je ne parle même pas des menaces qui courent sur les fortes têtes. Cette chère Farrah. Je ne la connais pas personnellement, bien sûr, mais je pense que la Reine trouvera de la difficulté à rencontrer des potentiels courtisans avec ce danger pesant sur son avenir. Un sommeil de cent ans suffit allons. »
Nouvelle caresse sur la jambe de Jan. « Et c’est bien pour cela que le Roi Gottlieb réfléchis prudemment quant à une union entre votre Ronce et mon agneau. Union qui ne verra jamais le jour, car je l'invaliderais aussitôt par quelques conseils bien placés. »

Elle claqua des doigts. Le verre revint dans sa paume.

« Mais puisque vous parlez de relation – oh chéri, je crois que la souillon les a fait laver, mais vous pouvez prendre de quoi vous vêtir dans le placard du fond, oui celui-là, fouillez entre les robes – cela me rappelle de vous informer que votre futur en compagnie de notre Altesse adorée est d’ores et déjà compromis. »


Sigrid vida son verre.

« Après tout, quel destin bénéfique pourriez-vous accomplir ensemble ? »


Puis elle se leva, déposa son ballon vide, claqua posément ses mains, et eut un sourire joyeux.

« Parlons peu mais parlons bien. Quand partez vous ? »









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Arsène Martes
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Arsène Martes
Sam 2 Mai - 21:15
Arsène se dirigea à pas feutré vers l'armoire. Il choisit un peignoir, sans doute trop étroit aux épaules pour lui, et noua nonchalamment la ceinture. Les palabres de Sigrid suintait la peur : la peur de perdre le contrôle, de ne plus avoir le monopole de l'amour et des attentions de Jan.
Le discours sur la mésalliance eut de quoi le faire sourire. Il fixa son regard noir sur la fée, alcoolique et visiblement acariâtre.
Une nuisance que le Delirium balaierait peut-être de lui même.

- Je ne doute pas de votre influence, madame. Même si visiblement vos efforts n'ont pas atteints plus que le lit de sa majesté Gottlieb. A mesure que vous vieillissez, et d'autant plus maintenant que vous êtes mourante, la côte de votre intérêt a du perdre de sa valeur.

Il avait énoncé tout cela sur un ton très poli, très urbain. Charmant. Elle vida son verre d'un trait.

-Après tout, quel destin bénéfique pourriez-vous accomplir ensemble ?

Il eut un sourire, de mépris et de pitié pour son ignorance. Une race en déliquescence parfaitement illustrée. Une gangrène. Elle frappa dans ses mains en gloussant.

- Parlons peu mais parlons bien. Quand partez vous ?

- Quand Jan me l'aura demandé.


Il s'approcha, lentement, à sa manière féline et découplé. Silencieuse comme une ombre. Il se pencha au dessus d'elle en s'appuyant sur le baldaquin du lit.

- Comprenez une chose, madame. Que je parte ou non ne changera rien : J'habite Jan, comme il m'habite. Vous n'avez pas le pouvoir de me chasser. Kastamer est là toute votre limite : votre seul terrain de jeu.

Il se redressa et fit le tour du lit pour reprendre place auprès de son amant. Il était là. Et il n'avait pas besoin d'endormir Jan ou d'insulter Sigrid pour se savoir à sa place.
Arsène Martes
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