Blanc neige ; blanc cadavre [Janvier 02]

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Christopher Swanson
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Christopher Swanson
Dim 24 Mai - 18:51
J'ai couru toute la nuit. La lune ronde a éclairé mes pas dans la neige alors que j'ai laissé derrière moi des hurlements.
Des humains. Qui ont croisé des loups.
C'est ce qu'on dira le lendemain dans le village duquel j'approche. Personne ne saura que ce que les lupins hurlant ont dévoré ne sont que cadavres.
Et ces stupides bêtes ont trouvé le moyen de me blesser en remerciement. La neige est belle, je pourrais me soigner, mais la fatigue m'en empêche et mes jambes que je peine à soulever ne s'arrêteront qu'une fois en lieu sûr ; s'éloigner de la forêt pour fuir les bêtes, ne pas trop s'approcher des humains qui sont comme poison. Néfastes.

Les Hommes morts, moins.
Un cimetière. Blanc. Immaculé. Sincère. Je sais que ces choses font peur aux êtres délétères habitant les maisons à quelques centaines de mètres de là. Il est désert.
La main au côté, je fais quelques pas entre les tombes immobiles. Crisse la neige quand j'avance ; elle imprime la forme des bottines défoncées que j'ai aux pieds.
J'avance au plus loin, vers les mausolées noirs, cherchant du regard un endroit sûr pour m'arrêter. Une tombe au matelas floconneux. Les gravures sur la pierre sont presque effacées, au moins le nom du défunt ne m'observera-t-il pas dormir.

À genoux sur les restes de fleurs dans un premier temps, mon corps poursuit sa chute et ma joue frappe la froidure de glace. Ou de pierre.
La neige que je porte à mon flanc rosit sans doute avant de reprendre sa pâleur originelle, la même que celle de ma peau. Mes paupières se ferment déjà et le sommeil me fauche comme l'épuisement vient de faucher mes jambes.
۩

Douleur à la tempe.
Répétée. Piquante. ...Aiguë.
J'ouvre les yeux en grimaçant et lance un regard noir à l'oiseau au plumage ébène posé à mon épaule. Il me fixe en retour. Un mouvement de ma part et il se décide à décoller en un croassement d'indignation alors que je me redresse en me frottant la tempe.

Puis je me fige. Une présence.

L'instant d'après je suis debout et fais volte-face en levant devant moi les lames de glace que sont devenues mes mains. Je sens des cernes profonds tirer sous mes yeux mais je suis déjà bien sur mes gardes.
Christopher Swanson
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Joshua Rosenstein
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Joshua Rosenstein
Lun 25 Mai - 21:36
L'hiver avait recouvert le sol de sa large cape blanche et froide, tandis que le soleil matinal peinait à imposer sa chaleur sur la terre.

Joshua s'était levé tôt -comme d'habitude- pour entretenir le cimetière. En cette saison, le peu de travail qu'il y avait consistait à déblayer les allées régulièrement, tant qu'il neigeait. C'était ce que le fossoyeur exécutait depuis qu'il était arrivé.
L'avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt, se disait-il, bien que son avenir à lui, Joshua ne savait pas trop quoi y penser.

Cela faisait au moins une bonne demi-heure que Joshua déblayait, avec un simple balais usé, les allées et cela commençait à devenir profondément ennuyeux. Le geste était affreusement machinal; tout en avançant, il remuait continuellement le balais de gauche à droite pour découvrir le pavé qui, de toutes façons, allait finir recouvert de neige dans un moment.

Hypnotisé par la neige partant dans tous les sens, dégagée par son fidèle balais, Joshua ne vit plus pendant un instant le temps passer. Lorsqu'il leva enfin la tête, une douleur à la nuque, le fossoyeur s'aperçut qu'il avait atteint le fond du cimetière. Au moins, cela signifiait qu'il en avait bientôt terminé avec cette besogne. La lumière au fond du trou était enfin visible.

Joshua entreprit de faire une pause; il avait toute la journée devant lui.
Il s'arrêta un instant et, alors qu'il regardait le ciel sans grande réflexion, un bruit de battement d'ailes le réveilla de ses divagations. Des oiseaux, il y en avait plein dans le cimetière mais cette fois-ci, le bruit en question l'intrigua. C'était le genre de battements précipités que faisaient les oiseaux quand quelqu'un ou quelque chose les dérangeait. Le fossoyeur se tourna en direction du bruit et sursauta. Ce qui avait fait s'envoler et croasser l'oiseau se trouvait en fait à quelques pas de Joshua et il s'agissait d'une personne -malheureusement.

En temps normal, Joshua se serait contenté de lâcher un "bonjour" et de s'en aller plus loin, mais la situation actuelle s'avérait un peu différente; le visiteur se montra plutôt menaçant avec ses... ses mains? de la glace, des lames?
Le golem se figea. Il lui fallut à peine quelques secondes pour se rendre compte que le visiteur n'était pas venu pour apporter des fleurs, et que quelques instant auparavant, il était allongé sur une tombe. Ce n'était pas un passager ordinaire. Ce n'était d'ailleurs peut-être pas non plus un humain. Il avait la peau bien trop blanche. Comme de la neige.

Une drôle d'impression le prit quand il regarda les yeux du vagabond. Un sentiment que Joshua ne connaissait pas vraiment. Il ne savait pas comment réagir; personne ne le lui avait appris.
La personne en face de lui n'était pas humaine et ça, quand on ne l'est pas soi-même, on le sent. Mais il y avait autre chose: une impression de déjà-vu. Chose qui troubla le golem.

Joshua tenta une approche, au moins pour sauver sa vie. Il avait quelques expressions toutes faites, qu'il avait appris par cœur et qu'il utilisait -quoi que rarement- pour parler.

- Je... peux vous aider?

Il n'avait aucune idée de si cette question était adaptée à la situation, mais c'était la première qui lui était venue en tête.

En entendant le craquement sec du balais qu'il tenait entre les mains, le fossoyeur sursauta de plus belle. Le manche du balais s'était rudement fissuré en deux. Joshua leva les yeux au ciel. Trop d'émotions en un fois et il n'avait à nouveau pas réussi à maîtriser sa force...

note:
 
Joshua Rosenstein
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Christopher Swanson
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Christopher Swanson
Mar 26 Mai - 0:31
Un jeune homme. Pas menaçant le moins du monde. Que j'observe un instant avant que mes sourcils ne s'arquent d'étonnement et que mes bras ne retombent le long de mon corps, revenant à leur apparence d'origine.
Reconnaître quelqu'un m'arrive rarement. Aussi en dévisageant celui me faisant face, un drôle de sentiment s'installe en moi ; comme le soleil qui semblerait chasser la poussière d'un vieux meuble de bois rien qu'avec la chaleur de ses rayons. Un instant de flottement. De vide. Un silence presque oppressant qui se fait en moi. J'ai l'impression de l'avoir vu pour la dernière fois hier, en le détaillant je me conforte dans cette illusion et pourtant...
Le temps semble avoir œuvré une fois de plus en me laissant derrière lui.

L'outil qui se brise me ramène sèchement au présent et je me rends compte qu'il m'a parlé, que je n'ai pas entendu, trop occupé à chercher...son nom. Quelque chose finissant par le son ua, commençant pas un o...

O'hua..., mais comme le son n'est pas sorti, je prends quelques secondes et avale ma salive avant de réessayer. 'Oshua...

Je fais un pas, ne le lâchant pas des yeux, répétant ces deux syllabes encore quatre ou cinq fois, persuadé qu'il leur manque quelque chose. Et cette chose est là, cachée dans ces yeux à la teinte particulière.
Un autre pas. Le décor n'est pas le même que la dernière fois. Il me semble. Il me semble avoir croisé sa route plusieurs fois, mais pas ici. Pas près d'humains mis en bière.
J'avance toujours. Lent, curieux. Attentif à ne pas me montrer trop brusque dans mes gestes.

Je te...connais, articulé-je dans la langue qu'il vient d'employer.

Mes mots sont ténus. Je les discerne moi-même assez mal.

Je te connais, je répète un peu plus fort, comme tentant maintenant de m'en persuader. 'Oshua...

Immobile désormais à peut-être neuf pieds de lui, je cherche dans son regard doré ce qui me pèse au bout de la langue, poids de glace de souvenirs brefs et nets en image, longs et bourdonnants en sons. Des paroles indéchiffrables.
Autant parler en images, donc.
Je tends le bras et fait naître dans ma main la tige gelée d'un iris qui éclot dans la seconde avec un bruissement de craquelure. Le même que je lui ai offert, la première fois. J'ignore pourquoi c'est soudain si important pour moi que le jeune homme se souvienne de ma personne, mais c'est comme un frisson, une tension qui frémit en circuit fermé sous la peau de ma tempe gauche.

Je lui fait signe de prendre la fleur.

HRP:
 
Christopher Swanson
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Joshua Rosenstein
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Joshua Rosenstein
Dim 31 Mai - 18:14
Les mains de l'étranger, jusqu'alors en forme de lame de glace, reprirent une forme plus humaine. Toutefois, sa peau était toujours aussi pâle, blanche comme la neige.

Soulagé de voir que son interlocuteur n'était pas si menaçant, Joshua ne fut pas moins perturbé lorsque le visiteur se mit à parler. Il essayait de dire quelque chose. Un mot que le golem cru reconnaître comme étant son prénom, mais il n'en était pas sûr.
Joshua mourait d'envie de partir en courant, prétextant qu'il devait réparer son balais, mais il resta immobile, une moitié de balais dans chaque main. Il avait le sentiment qu'il ne devait pas fuir, qu'il n'avait rien à craindre. Il laissa l'inconnu s'approcher, sans bouger.

Je te connais, 'Oshua...

Le fossoyeur sursauta. Il ne s'attendait pas à entendre une telle affirmation. Si cet étrange jeune homme le connaissait, alors que Joshua n'en avait aucun souvenir, cela signifiait qu'il avait en face de lui un fragment de son ancienne vie. Une source peut-être précieuse de souvenirs qu'il avait perdus.

Non! Ignore-le, va-t-en.

Une autre part de lui, une voix intérieure, n'était pas très enthousiaste à l'idée d'en savoir plus sur cette ancienne vie. Elle était persuadée que connaître une quelconque vérité était synonyme de mort, ou en tout cas, que cela était trop dangereux. Seulement, elle n'en savait rien. Pas plus que Joshua. Le golem n'avait donc aucune raison de l'écouter; c'était une belle occasion d'en apprendre plus sur son passé et il n'allait pas la laisser filer.

Silencieux, il contempla la fleur germer dans la main du visiteur. La vue de cette éclosion ne lui rappela qu'un vague souvenir. Un souvenir pourtant suffisamment puissant pour qu'il comprenne qu'il avait en face de lui un ami, et que cette fleur avait éclos de la même manière lors de leur première rencontre.
D'un geste hésitant, le fossoyeur prit l'iris glacé, puis regarda son interlocuteur dans les yeux. Il espérait voir surgir d'autres souvenirs, mais il n'en fut rien. Pas pour l'instant, en tout cas.


- Moi c'est Joshua, finit-il par répondre.

Il était rare que le fossoyeur sourie à des inconnus. Pourtant, la personne qui se tenait face à lui n'en était pas un. C'était un ami et ça, même s'il n'avait quasiment aucun souvenir, il en était persuadé.
Cependant, le sourire sur son visage s'effaça vite. Il essayait de se remémorer le nom du visiteur, mais sans grand résultat. Pourquoi son ami se souvenait-il de son prénom, mais pas l'inverse? C'était frustrant. La fleur de glace se brisa entre les doigts du golem, emporté par la contrariété. Le bruit de la sculpture givrée se brisant réveilla Joshua de sa torpeur. Il venait de casser le présent qu'on lui avait fait. Il se baissa pour ramasser les fins morceaux tombés par terre, déçu de ne pas avoir su conserver un cadeau plus d'une minute. Il était vrai que le golem avait l'habitude de casser constamment ce qu'il tenait dans les mains, mais cette fleur avait une signification très importante pour lui.

Reprenant son calme, Joshua leva les yeux vers l'étrange visiteur. Il lui fallait absolument se remémorer le plus de détails possibles, peu importait les risques encourus.

- Quel est ton nom?
Joshua Rosenstein
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Ven 5 Juin - 0:16

De douces retrouvailles s'annoncent entre nos compères. Mais le Hasard a décidé de les mettre à l'épreuve. Des cris, n'ayant rien d'humain, leur parviennent, se rapprochant peu à peu. Une nuée de singes volants gagne le cimetière, criant à tue-tête comme seuls des singes peuvent le faire.

Les hostilités débutent par une pluie de fruits, bien évidemment pourris, que les singes s'amusent à provoquer. Le spectacle les amuse tant, qu'ils se rapprochent des humains pour les pincer.

Saurez-vous fuir ce danger, ou l'affronter vaillamment ?


© Avatar par Odori. Compte PNJ, ne pas lui envoyer de MP, merci.
Si vous souhaitez une intervention dans vos RPs.
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Christopher Swanson
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Christopher Swanson
Dim 7 Juin - 23:14
Joshua. Précisément Joshua.
Il m'a manqué ce j qu'il m'apporte avec son sourire. L'expression légèrement fascinée par cette courbe que je ne vois que peu souvent sur les visages d'adultes, je reste immobile et le fixe jusqu'à ce qu'il ne rompe de nouveau le silence avec un craquement. Pas son balais cette fois. Mais bien l'iris sur lequel je viens poser ma main pour en réparer la tige, la rendant plus épaisse, plus propice à rester intacte entre ses mains.

Puis je me surprends à essayer de sourire moi aussi, voir si je peux lui rendre ce petit quelque chose qu'il a effleuré en moi sans en avoir conscience. Exercice sans grands résultats.
D'autant plus quand il me demande mon nom.

Je suis...


Mes lèvres restent entrouvertes sur un vide inhabituel. Le vide je le connais. Le vide d'âme, de cœur, de considération, le vide d'empathie, de douleur,... Pas le vide d'identité. Par-dessus tout, j'aime le patronyme que m'ont choisi Baba et Deda ! ...Mais il ne me revient pas. Il doit être là, quelque part. Je n'en veux pas à Joshua de ne pas s'en souvenir -car qui se souviendrait de moi ?-, mais à moi-même.
Comment ai-je pu oublier une chose pareille ?!
Le froid qui s'installe dans ma poitrine n'est en rien dû à la température ambiante, juste à la colère, je sens, là. Je la sens. Elle a la forme fine et envahissante des toiles que tissent les octopodes ; elle a le goût ferreux du sang affluant en bouche quand on se mord la langue ; elle fait le bruit de la bourrasque de givre à la cime des arbres quand elle remonte à mes tempes. Et elle hurle. Elle hurle. Elle crie...

...comme des singes ?

Non.
Ces cris-là viennent de la réalité à laquelle je reviens les sourcils froncés. À peine le temps de me tourner à demi qu'une odeur de poire trop mûre me parvient quand le même fruit me frappe l'épaule. Suivi d'une pluie d'une dizaine d'autres.
Ces créatures dans le ciel. Stupides.
Je me penche pour amasser de la neige entre mes mains, vif, et la gèle suffisamment pour en faire un projectile. Boule solide qui heurte un premier animal à l'aile, puis un second à la tête, celui-là déviant son vol, bousculant son voisin qui perd aussi un instant l'équilibre.

Qu'ils approchent !

...Ils approchent.
Ces créatures près de nous. Stupides.
Mes mains ont déjà fait place aux lames de givre que j'affectionne et le premier être bleu proche de moi en goûte le tranchant. Pas de blessures. Pas de blessures qui ne soient pas létales. Je les veux morts. Même s'ils n'ont rien d'humains.
Ils seront morts et Joshua en me voyant plein de sang comme la première fois se souviendra de mon nom pour moi. Oui. Voilà. Lui s'en souviendra.
Christopher Swanson
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Joshua Rosenstein
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Joshua Rosenstein
Jeu 9 Juil - 23:14
Joshua baissa les yeux sur l'iris de glace désormais réparée et se promit d'y prendre soin -du moins, jusqu'à ce que celle-ci fonde. Il était, face à cette délicate création, comme un enfant, fasciné. N'ayant pas l'habitude de recevoir des cadeaux, cela lui procurait un drôle de sentiment, quoique plutôt agréable.
Il voyait bien la difficulté qu'avait son interlocuteur à se donner un nom, si bien qu'il n'insista pas. Après tout, peut-être que le golem allait s'en rappeler lui-même; il l'avait au bout de la langue, ce nom, il en était certain. Cela allait forcément lui revenir...

Soudain, un fruit trop mûr vint se cogner pile au milieu du front de Joshua, ce qui le fit tomber droit à la renverse. Avec en gros plan, la vue d'un ciel gris illuminé, sa première réaction fut de vérifier l'état de la fleur givrée; sa chute avait été amortie par la neige et l'iris avait tenu vaillamment le coup. Soulagé, il se frotta le front douloureux par la faute de... de quoi?
Lorsqu'il se releva, le spectacle qu'il vit fut quelque peu atypique. A vrai dire, il ne savait pas que les singes pouvaient être bleus, volants et se balader en plein centre du continent européen. Le spectacle aurait pu être amusant, si ces sales bêtes n'étaient pas en train de lancer des fruits pourris sur leur passage. D'autant plus que l'une d'elles avait failli l'assommer avec son projectile!

Jusqu'alors passif, l'attitude du golem changea rapidement lorsqu'il vit le garçon de glace se défendre face aux bestioles bleues. Ce n'était pas le fait qu'il les attaque, non, Joshua lui-même ayant lancé la pomme qu'il s'était reçue sur l'un des singes -bien qu'empli par la lâcheté, ce fut le seul acte de défense qu'il réalisa.
C'était la violence avec laquelle cet ami dont il ne connaissait pas le nom agissait. Du sang jaillissait dans tous les sens, faisant tourner la couleur blanche de la neige au rose, voire au rouge; des cadavres de petites créatures bleues tombaient, découpées, comme de la pluie; et les mains du visiteur redevenues lames de glace glissaient au travers de l'air, projetant la mort autour de leur propriétaire. C'était ce spectacle morbide qui ne plaisait pas au golem. La vue du sang et de la mort ne le gênait pas; c'était autre chose. Un souvenir flou, décousu.

- Non, arrête!

A peine eut-il crié ces mots qu'il se jeta sur l'inconnu.
Non, pas l'inconnu. Joshua le connaissait.
Il agrippa les lames faisant office de bras à... comment déjà?

- Non Christopher!

Peu importait l'état de ses mains maintenant qu'il tentait d'immobiliser son ami. De toute façon, il portait des gants. Peu importait ce qu'il restait de singes autour d'eux. Joshua n'y prêta plus aucune attention. Peut-être que les singes allaient s'en aller, ou peut-être que ça allait se corser, mais peu importait. Joshua n'aimait pas la violence.
Joshua Rosenstein
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Christopher Swanson
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Christopher Swanson
Mar 14 Juil - 21:44
La voix de Joshua m'interpelle alors que les singes volants fuient soudain. Que j'arrête ? Par la force des choses, oui. Mais qu'il en vienne à me toucher...
Me...toucher.
Le contact me fige aussitôt. Le nom qui franchit ses lèvres un peu plus.

Mon esprit y fait écho, y rattache quelques souvenirs. Souvenirs... Je crois que c'en sont. Un vague frisson provoqué par différentes voix qui répètent mon prénom. Des voix qui existent. Ont existé du moins.
Ma glace craque alors que mes mains reprennent leur place originelle, et je tire doucement, lentement pour que Joshua me lâche, sans le quitter des yeux.

Tu te souviens...

Je savais qu'il réussirait. Quelque chose au fond de moi ne peut s'empêcher de lui en être reconnaissant. Ce quelque chose qui doit se retrouver dans mon regard alors que j'incline légèrement la tête, en guise de merci sans doute.
En observant son visage je note les restes de fruit sur son front et lève la main -peut-être un peu brusquement aussi je fais le geste en deux temps- pour essuyer sa peau et ôter le collant de ses cheveux. Puis rapidement j'essuie mes doigts sur un pan de mon long manteau avant de passer aussi ma main entre mes boucles plus si blanches que ça, tant par la poire trop mûre s'étant écrasée sur ma tête que les jours et jours passer à marcher sans penser à m'arrêter.

Tu as mal ?, demandé-je abruptement.

Il est tombé. Tient debout certes, mais il a chu. La neige est traître près des villes, elle cache des pierres, des rugosités, des reliefs. Elle non plus n'aime pas ces amas d'habitations humaines qui brise la continuité de son étendue. Elle préfère les plaines et vastes terrains planes où elle peut s'étendre à l'infini, les forêts où elle dépose avec elle le silence. Des endroits où personne ne vient troubler sa tranquillité.

Comme moi.

Je pivote pour me tourner à demi et regarder du coin de l’œil les animaux dont les cadavres ont fait fleurir du rouge sang autour d'eux. Ne sont-ils pas au bon endroit dans ce cimetière ?

Ils ont attaqué, je dis comme pour justifier leur présence.

Offrant mon profil à voir à Joshua, mon regard va se perdre au-delà des pierres tombales pour se poser sur les toits de la ville non loin. J'espère que le vol des étranges créatures n'attirera personne ici. Je veux rester seul avec Joshua et remonter le temps avec lui pour redéfinir ce qu'on a pu partager et mettre le doigt sur le pourquoi sa personne m'est connue.
Christopher Swanson
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Joshua Rosenstein
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Joshua Rosenstein
Dim 26 Juil - 22:57
Joshua était brusque dans ses gestes, et il ne s'en rendait bien souvent compte qu'après coup.
Heureusement, celui qu'il venait instinctivement d'appeler Christopher ne semblait pas s'être offensé, au contraire; il se figea, une lueur particulière dans ses yeux sombres. Il avait un regard étrangement profond, et surtout, un regard que Joshua connaissait bien et dans lequel il resta plongé durant de longues secondes, tandis qu'il relâchait les mains de Christopher.
Le golem n'avait jamais regardé quelqu'un aussi longuement dans les yeux ou du moins, c'est ce qu'il supposait, faute de souvenirs. Pourtant, il ne se sentait pas mal à l'aise. La personne en face de lui n'était pas n'importe qui, et il le savait; sa propre identité, son histoire se cachaient derrière une porte verrouillée et cet étrange personnage semblait en être la clé.

Ses pensées se stoppèrent lorsqu'il entendit la voix de Christopher. Oui, il se souvenait, mais de quoi? seulement d'un prénom. Celui de Christopher. Ce n'était pas assez.
Si le garçon de glace semblait montrer de la reconnaissance, Joshua, lui, n'était pas satisfait. Comment avait-il pu se souvenir de ce prénom? Quelle en était la source?
Le fossoyeur resta silencieux. C'était encore ce qu'il faisait de mieux.

Plus parce qu'il ne savait pas comment réagir que par sa volonté propre, Joshua resta immobile quand Christopher approcha sa main pour lui retirer les restes de fruits. Il se laissa simplement faire. Le geste était amical, et il s'en était rendu compte, même avec le peu d'expérience qu'il possédait dans ce domaine.

A nouveau, les paroles de Christopher percèrent le silence qui s'était installé.
S'il avait mal? Non, bien sûr que non. Il n'avait rien. Joshua n'avait pas l'habitude d'entendre ce genre de question et surtout, qu'on s'inquiète pour lui.

- Non.

Ce fut la seule réponse qu'il fut capable de formuler. Décevant. Pourquoi ne s'exprimait-il pas mieux que ça? Il avait pourtant une bouche, une voix, tout ce qu'il fallait pour parler...

Arrête de te poser des questions. Pars loin, rentre chez toi. Ce serait plus simple.

Ah non! pas cette voix-là, pas maintenant!
Joshua baissa les yeux et prit une grande inspiration. C'était toujours aux moments les moins propices qu'il entendait ce genre de mauvaises pensées dans sa tête, et cela l'agaçait.

Ils ont attaqué.

Chassant ses mauvaises pensées, Joshua regarda en direction de son interlocuteur, puis hocha la tête. C'était une justification valable, mais il était tout de même un peu consterné par tout ce sang... qu'est-ce qu'il allait dire à son supérieur -en gros, le curé, s'il avait bien compris- pour expliquer ce carnage?
Le fossoyeur commença à ramasser à la main les cadavres encore chauds des petits singes bleus. Il avait presque de la pitié pour ces créatures.

- C'est vrai, répondit-il, recueillant l'iris de glace au passage, pour la déposer sur une pierre tombale. Je comprends...

Les bras saturés de cadavres dégoulinants de sang, Joshua réfléchit un instant, puis vérifia que personne ne trainait dans les parages.

- ...Mais maintenant je dois nettoyer.

Le fossoyeur rassembla rapidement tous les cadavres dans un coin et les recouvrit de neige. A vrai dire, il ne savait pas trop quoi faire d'autre avec ces choses, à part les cacher.
Observant le tas de neige qu'il venait de confectionner, Joshua fut moyennement convaincu par son plan. C'était un peu foireux. Surtout au moment où la neige fonderait.
Il s'adressa finalement à son ami, après avoir prit une grande inspiration.

- Tu t'appelles Christopher et moi, Joshua.
Il fronça les sourcils, le temps d'une courte réflexion.
- Je sais que nous sommes amis... je ne sais pas pourquoi.

En fait, il venait juste de faire le topo de la situation, et même s'il était assez fier d'avoir réussit à formuler ces phrases, Joshua n'avait pas l'impression que cela l'aidât vraiment. Toutefois, il allait continuer dans ce sens encore un peu.

- De quoi tu te rappelles, toi?

Le golem s'étonnait parfois de s'entendre parler aussi bien. Cela survenait généralement quand il était à l'aise avec une personne, chose qui arrivait rarement. Voyant la peine qu'avait Christopher à s'exprimer, il ne savait toutefois pas si son ami était capable des mêmes prouesses, mais ils se débrouilleraient forcément d'une manière ou d'une autre pour communiquer. Comme l'avait fait Christopher, avec l'iris de glace.

Spoiler:
 
Joshua Rosenstein
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Christopher Swanson
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Christopher Swanson
Lun 17 Aoû - 20:16
Une non-expression figée au visage, j'écoute et regarde attentivement Joshua, comprenant que ni l'un ni l'autre ne possédons de souvenirs précis sur ce qui a pu nous amenés à...nous reconnaître. Ce qui a amené Joshua a employé le terme « amis ». Un concept humain qu'est l'amitié. Je crois ne pas le saisir et pourtant, il me laisse l'impression d'une vérité probante de laquelle on détournerait le regard. Comme si quelqu'un ne croyant pas à la magie se retrouvait nez à nez avec un être en étant doté. Devant le fait accompli.

En quelques pas j'approche de l'empilement simiesque et pose mes mains sur la neige pour glacer le tout en un bloc compact qui mettra beaucoup plus de temps à disparaître que de la simple poudreuse. À l'instar de la mémoire. L'iceberg du long terme s'altère moins avec le temps que les flocons que sont les bribes du passé qu'on oublie.

T'avoir vu plusieurs fois... Pas ici. T'avoir occupé à chaque fois... (je désigne les cadavres du menton) Comme ça.

Lentement mon regard se tourne vers lui et je le dévisage.

Les gens tu... Aimes pas. Je crois.

Les mots butent sur mes lèvres ; j'en grimace un peu.

Comme...

Je me désigne de la main.
Deux personnes qui ont des choses en commun. Des amis ? La définition semble bien simple.
Pourtant il me semble me rappeler des conversations muettes avec Joshua. Muettes ou en très peu de mots. Mésusage de la parole également commun ? Ajoutons notre incapacité à nous souvenir.
Cela fait déjà trois. Le chiffre arbitraire. Nous sommes amis alors. C'est vrai ?

Je me souviens mal.

Un rapide coup d’œil autour de nous pour vérifier que nous sommes toujours seuls. Le village n'est pas loin. Il s'éveille lentement au rythme des cheminées qui crachent leur fumée noire contrastant avec le ciel pâle. Chauffage, ou nourriture.
À cette pensée le vide de mon estomac se manifeste par un douloureux gargouillement. Mon regard se porte sur les fruits éclatés à terre. Difficile d'en récupérer suffisamment pour me sustenter ce coup-ci. Puis je suis avec Joshua, je n'ai pas de temps à perdre en des besoins physiologiques passagers.
Christopher Swanson
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Joshua Rosenstein
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Joshua Rosenstein
Jeu 20 Aoû - 20:51
Chaque démonstration des pouvoirs de Christopher était comme une bulle remontant à la surface de l'eau, qui, en éclatant, faisait croître l'envie du Golem de se souvenir. Il voulait se souvenir de toute sa vie et surtout, se souvenir de Christopher. Il le regardait geler avec une facilité déconcertante le tas de neige, et cela le poussait à vouloir en savoir plus.

Attentif, cherchant à utiliser n'importe quel infime détail pour réveiller sa mémoire éteinte, Joshua écoutait le garçon de glace, silencieusement.
Ils s'étaient vus, mais pas ici. Joshua ne réagit pas tout de suite à cette affirmation, puis, soudain, il se rappela d'un événement assez important qui s'était déroulé dans sa vie. Il avait complètement oublié, jusqu'à ce qu'il entende ces mots, et pourtant, cela ne faisait pas si longtemps... oui, il avait vécu ailleurs auparavant, puisqu'il avait voyagé jusqu'en Allemagne. Mais le point de départ, il ne s'en rappelait absolument pas. Comme si sa mémoire s'effaçait au fur et à mesure du temps; impossible de savoir d'où il venait.
Autre chose intrigua Joshua: «T'avoir occupé à chaque fois... Comme ça. », alors que Christopher montrait les cadavres. Quoi? Comment ça? Cette phrase tournait en boucle dans sa tête, tandis qu'il essayait de comprendre. Qu'avaient-ils bien pu faire ensemble?

Les paroles de son ami révélaient certains aspects de sa propre personnalité qu'il avait presque oubliées. Le fait de vivre avec les humains semblait l'avoir changé; le Golem essayait de parler correctement et même d'imiter ceux-ci, mais en entendant Christopher peiner à s'exprimer, et lui dire que tous les deux n'aimaient pas les humains -ce qui était vrai-, il se rendit compte qu'il n'était pas à sa place. Il était comme un poisson d'eau douce qui se retrouvait involontairement dans la mer. Il était comme Christopher; tous deux n'étaient pas des humains, ils n'avaient rien à faire avec cette espèce, et pourtant, Joshua s'était retrouvé à travailler, se loger et payer ses factures, comme eux...

Cependant, le Golem était resté interloqué par l'affirmation de Christopher. Il regardait le tas de glace, dans lequel gisaient les singes morts. Son ami aurait auparavant tué des singes volants pendant que Joshua s'occupait de cacher les cadavres? Non, pas des singes. Cela lui revenait enfin. Des images remontaient enfin. Des images encore un peu floues, mais suffisamment consistantes.

- Tu as tué...
... des gens. Des êtres humains, forcément.

Il ne finit pas sa phrase. Un bruit de pas l'avait interrompu.
Le Golem se tourna brusquement en direction du bruit, pour y apercevoir une personne. Un visiteur matinal, visiblement. Le problème, c'était qu'il y avait du sang éparpillé sur la neige autour d'eux, et que s'il fallait désigner des fauteurs, tous les deux avaient parfaitement la tête de l'emploi.
Alors il fit signe à Christopher de le suivre, pour aller se cacher plus loin -et ramassa l'iris de glace au passage. Joshua tenait tout de même à garder un œil sur le promeneur, mais il ne fallait surtout pas être vu.
Il lui fallait néanmoins terminer ce qu'il avait commencé.

- Je me rappelle, chuchota-t-il, alors qu'il marchait à vive allure. Un sourire s'afficha sur son visage alors qu'il reprenait. T'as tué des gens, je les ai caché.

Il ne savait pas pourquoi cela le faisait autant sourire, mais peu importait.

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Joshua Rosenstein
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Christopher Swanson
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Christopher Swanson
Lun 31 Aoû - 17:18
Je me refuse à regarder du côté de l'humain -si bruyant ça ne peut qu'en être un- qui coupe Joshua dans son élan et je suis plutôt mon ami à l'écart, loin de l'énorme semi-sphère de glace prenant des tons rosés. Me calant sur sa cadence, marchant légèrement en retrait de lui, je remarque pourtant son sourire alors qu'il dit se souvenir. Nous sommes aussi heureux l'un que l'autre de pouvoir remonter à deux les chemins tortueux de la mémoire.

Ceux qu'il faut, opiné-je.

Inutile de préciser de quel acabit font partie les tares que je m'applique à effacer au fil des ans.
Joshua sait.

Ainsi donc postés à couvert, un court mais présent silence pèse sur l'endroit quand chacun observe l'intrus avançant toujours entre les pierres tombales. Un cimetière, oui. Un cimetière sur lequel la neige a étendu son emprise. Sans pitié. D'ailleurs, que fait Joshua ici à déblayer les allées ?

Tu fais quoi ici ?

Puis encore... Encore une impression de déjà vu.
Une question qui entraîne comme une cascade cinématique...à rebours. L'iris de notre première rencontre, celui-là même que tient Joshua, celui-là encore que j'ai vu en bouquet avant de traverser une forêt car le chemin était barré...

Les gens...au bout du monde, près de la mer...ils dormaient encore.

Là où le bouquet indigo à pointes de jaune éclatant m'a marqué. Tout était immobile comme à chaque fois que je passais devant mais maintenant...ils vont bien. Un indice supplémentaire quant aux circonstances dans lesquelles nous nous sommes rencontrés par le passé ?

Ils dormaient la première fois, la seconde, la troisième aussi...

Un semblant d'enthousiasme me gagne alors que j'énumère les quelques fois où nos chemins se sont croisés.

Tu étais pas ici. (je le scrute, occultant totalement l'humain errant non loin de nous) Tu m'as attaqué, tu...protégeais... Mais tu m'as laissé.

Tout ça n'a peut-être pas de sens pour lui.

Je me souviens mal, répété-je en me frottant légèrement la tempe.

Notes:
 
Christopher Swanson
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Joshua Rosenstein
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Joshua Rosenstein
Sam 19 Sep - 21:17
Inconsciemment, le golem accélérait le pas. Si Christopher semblait peu importuné par le visiteur, Joshua au contraire, l'était. Il se retournait régulièrement pour surveiller celui-ci, écoutant en même temps le garçon de glace.

Tu fais quoi ici ?

Tendu, le fossoyeur sursauta presque en entendant la question. C'était qu'il ne s'y était pas attendu, et que le sentiment désagréable d'être suivi -même si la personne en question ne les suivait certainement pas- le déstabilisait. Jetant un regard rapide à l'inconnu, il réfléchit un instant avant de tourner la tête vers Christopher.

— Fossoyeur, répondit-il, puis il se rendit compte qu'il avait oublié le sujet et le verbe. Il ajouta, pour éclaircir: Souvent, je déblaie, j'arrose, je nettoie et parfois, j'enterre des corps.

Le parfois de «parfois, j'enterre des corps» n'avait jamais été aussi véridique. En effet, la majeure partie du métier de fossoyeur consistait à jouer les concierges dans un cimetière et les corps à enterrer n'étaient pas journaliers. Il aurait même eu pu répondre simplement: «je suis fossoyeur, je passe mes journées à m'emmerder au milieux de cadavres», mais il ne savait pas comment l'exprimer de façon verbale; trop compliqué.

— J'habite là-bas, ajouta-t-il en pointant du doigt le village, dont on voyait les toits s'élever vers le ciel matinal.

S'apercevant de sa vitesse de marche -trop rapide, comme toujours-, il ralentit la cadence. Christopher reprit la parole:

Les gens...au bout du monde, près de la mer...ils dormaient encore.
La France? c'était de ce pays dont il parlait?
Joshua se connaissait nul en géographie, mais il savait tout de même que la France n'était pas le bout du monde... Christopher semblait survenir d'un autre temps, d'un autre univers. Ou alors, il vivait à l'écart total de la civilisation. Evidemment, la troisième théorie était la plus probable.
— La France, corrigea-t-il. Au moins, Christopher apprendrait un nouveau nom de pays.
Ils dormaient la première fois, la seconde, la troisième aussi...

Le fossoyeur tentait de déchiffrer ces mots. C'était difficile de deviner des images, des sons ou quoi que ce soit d'autre, avec une mémoire amputée d'une bonne partie d'elle-même. Des milliers de faux souvenirs salissaient sa mémoire; faire le tri là-dedans n'était pas une mince affaire. Il resta encore silencieux, l'oreille toujours tendue.

Tu étais pas ici. Tu m'as attaqué, tu...protégeais... Mais tu m'as laissé.

Une lueur s'anima quelque part dans la tête de Joshua. Elle ne dura que quelques fractions de secondes, mais elle était suffisante pour dépoussiérer certaines bribes de sa mémoire brisée. Et puis, l'enthousiasme qu'il sentait émaner de Christopher était peut-être aussi un bon carburant.

Des souvenirs approximatifs apparaissaient. Ce n'étaient pas des souvenirs très clairs, mais plutôt des sensations, des sentiments se rapportant à des images brumeuses, inconsistantes.
Lentement, son histoire refaisait surface, comme un perce-neige traversant une couche de flocons, pour qu'une fois avoir atteint l'air libre, il fleurisse. Joshua commençait à comprendre.

— Je vois, fit-il, comme pour rassurer Christopher; lui montrer qu'il saisissait ses mots petit à petit, que tout ça n'était plus une ombre difforme, mais plutôt une ébauche de souvenirs réels.

L'étrange binôme ayant atteint l'autre bout du cimetière, là où une grille de fer gothique les séparait de l'extérieur et jouait le rôle de porte, Joshua s'arrêta. Il se tourna vers le garçon de glace, un air plus grave se dessinant sur son visage. Beaucoup de questions se bousculaient au sujet de leurs anciennes vies, mais il en avait également de plus actuelles.

— Qu'est-ce que tu fais, toi?

La question était légitime. Joshua ne savait rien de cet homme, bien qu'il soupçonnât quelques hypothèses, comme celle du vagabondage.
Joshua Rosenstein
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Christopher Swanson
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Christopher Swanson
Jeu 24 Sep - 17:09

Grimace quand il me désigne la ville en tant que « où il habite ». Vraiment ? S'est-il habitué à la présence des créatures délétères que sont les humains ou les supporte-t-il tout juste assez pour vivre et faire semblant de rien ?
Sitôt près de la grille marquant la fin de la Terre des Morts, j'en soulève le verrou et tire vers nous le portail qui s'ouvre avec un léger grincement. Je ne compte pas rester. Bien évidemment. Aussi, m'imaginant déjà en train de partir, la question de Joshua me prend au dépourvu. Ce que je fais ?

Je pars.

Pour illustrer le fait, je fais un pas dans la neige, un pas dehors, puis m'arrête.
Oh.
Peut-être a-t-il voulu me renvoyer la question sur...mes activités ? Je cherche mes mots ; cette fois non pas par manque de vocabulaire ni par caprice de mes cordes vocales.

Je... Je marche.

C'est ce que je fais, moi.

Et je me venge, complété-je en me tournant à demi vers lui pour le regarder.

Ces mots me tirent un air terriblement las. Je sens les commissures de mes lèvres être soudain beaucoup plus affectées par la gravité terrestre.
À longueur de journées, à longueur de mois, d'années,...de décennies ? : je tue. Une rétorsion longue, une mission qui ne prendra jamais fin. Mais comme le temps ne semble pas vouloir m'emporter, ni ne serait-ce que s'intéresser à moi, je sais que c'est ce que je dois faire. Car personne d'autre ne le fera aussi bien, aussi longtemps ; nul ne peut survivre comme moi je le fais. Les êtres magiques que j'ai croisé se complaisent dans leur confort tout droit sorti de l'imagination des Hommes. Ceux-là mêmes qui étalent leur miasme sur le monde et s'y prélassent ; ceux-là mêmes qui répandent la colère et la haine en suivant des pensées hédoniques.

...sans s'en rendre compte.

...Tu marches avec moi ?

L'intonation passe à peine. Je veux qu'il me suive. Alors j'ignore ma faim qui se manifeste encore une fois bruyamment, me penche pour attraper la manche de Joshua et le tire doucement derrière moi en faisant quelques pas. Au soleil qui pointe à peine, je sais que je me dirige vers l'est.
Dans la direction opposée à la ville.
Christopher Swanson
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Joshua Rosenstein
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Joshua Rosenstein
Dim 8 Nov - 15:46
HRP:
 

Le grincement du portail faisait contraste avec le silence hivernal régnant dans le cimetière. C'était un son que Joshua entendait souvent. Si souvent qu'il ne s'en était même pas aperçu. Il le connaissait pourtant bien: c'était comme un pleur d'enfant qui se transformait petit à petit en un interminable soupir de vieillard mourant. Comme si la grille chantait en l'honneur du cycle de vie humaine; de la naissance à la mort, puis de la mort à la naissance quand on le refermait.

Tu vois! tu penses à la Mort. Tu crois que c'est une coïncidence? Non. Tu es en train de foncer droit dedans, là.

Le fossoyeur posa ses yeux sur l'homme de neige. Ils étaient désormais séparés par un portail -grand ouvert, observa-t-il, donc pas tant que ça, et pourtant... lui se trouvait du côté des constructions humaines, du côté de l'humanité, alors que Christopher en était sorti.

Et qu'il l'invitait à marcher avec lui.

Qu'il le tirait pas le bras.

De quoi cherchait-il à se venger?

Une hésitation montait en lui, alors qu'il se laissait entraîner par Christopher. Tu ne sais même pas où tu vas et tu n'as aucune idée de qui il est, et ne dis surtout pas que tu le connais depuis longtemps, car tu ne t'en souviens pas. Pire, tu ne sais MÊME PAS quelles sont ses intentions. Bien que ces arguments eurent leur place dans la tête du Golem, ils ne furent qu'éphémères, car celui-ci n'avait ni le sens des responsabilités, ni une personnalité particulièrement raisonnable. Il avait peur de l'inconnu, certes, mais la curiosité, pour une fois, était plus grande. En plus, il ne serait pas seul. Il serait avec un ami.

Dès qu'ils passèrent la grille, Joshua tourna la tête en direction de la ville. Il pensa soudainement à son piètre appartement, à ses voisins dont il ne connaissait que très peu de visages, toujours occupé à les éviter, et se rendit compte que Christopher l'emmenait loin de là; à l'opposé, en fait.
Cela ne l'empêcha pas pour autant d'avancer. Son regard était tout de même très interrogateur, mais il tenait à suivre cet ami oublié, de peur de le perdre encore une fois.
Alors, même si la question avait été posée depuis un moment et qu'ils avaient déjà entamé leur marche, Joshua, enfin, répondit:

— D'accord...
Puis, le Golem observa l'horizon vers lequel il se laissait emporter. Il n'avait pas la moindre idée de ce qu'il y avait là-bas.
— ...mais tu as faim.

Il s'arrêta. Peut-être qu'il y aurait de quoi se ressourcer là où ils allaient, mais il n'en savait rien. En fait, cette dernière affirmation sonnait plutôt comme «qu'est-ce que tu vas faire?», en mal formulée par le Golem; comme à son habitude.
Joshua Rosenstein
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Christopher Swanson
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Christopher Swanson
Jeu 12 Nov - 11:23
À la résistance qu'il oppose, je m'arrête aussi et le regarde par-dessus mon épaule le temps de lâcher :

Habitué. Viens.

Sans lâcher sa manche ni lui laisser le choix maintenant qu'il a franchit le point de non retour, je reprends la marche en le tirant doucement à ma suite. Au premier village que nous croiserons, nous nous arrêterons pour trouver de quoi se nourrir. Nous... Nous. Étrange pour moi de penser...nous. Monotonie brisée, une légèreté s'installe à ces pensées qui semblent s'envoler plus haut que d'ordinaire.

Plus fort que manger résonne partager.


La matinée est froide et humide, bleu clair et blanche, sans nuage et sans chemin. Durant la marche, seule la neige ponctue le silence de craquements plaintifs à chacun de nos pas. Elle retient notre passage. Le soleil en est presque à mi-parcours, presque à son zénith quand les premières structures humaines pointent, noires et acérées sur l'immaculé de la poudreuse. Un bref arrêt, un regard vers Joshua en guise de on y est, et j'entame la dernière ligne droite pour réduire définitivement la distance entre le village et nous.

Proche, proche, de plus en plus, jusqu'à ne plus être séparé des premières habitations d'une ou deux centaines de mètres.
Nous... Un nouveau paramètre à prendre en compte : Joshua. Comment faire. Si ça n'avait tenu qu'à moi j'aurais fait le tour et serais entré chez des absents en évitant de croiser quiconque. Mais j'ai vu comment se déplace le brun dans la neige et une avancée discrète semble...compromise.

Eh !!, fait soudain une voix enfantine près de nous. ...C'est le bonhomme de neige !

Regardant d'où provient l'exclamation, je vois à notre droite un groupe de petites silhouettes sombres s'élancer dans la neige pour venir à notre rencontre, gauches mais décidées. Une dizaine d'enfants qui s'arrêtent à quelques pas de nous, certains très jeunes, d'autres moins mais n'ayant pas atteint dix ans.

Je mentais pas je mentais pas ! Je l'ai vu passer avant Noël !

Jamais je ne prends la même route au fil des hivers, mais cette petite tête blonde aux nez retroussé et joues rondes rendus rouges par le froid et la course me dit quelque chose.

C'est vrai que tu fais des châteaux avec la neige ?
Tu restes jouer avec nous ?!
Bataille de boules de neive !
...Qui c'est çaaa ?

Une petite tenant probablement la main de sa sœur montre soudain Joshua du doigt. Tous reportent leur attention sur lui.

Ami.

Tous l'observent. Tous le détaillent avec des yeux curieux et fascinés.

Il vient aussi alors !

À mon tour de me tourner vers Joshua, tête légèrement penchée de côté, l'interrogeant du regard. Accepte-t-il de rester ? Je nourris certains espoirs quant à sa décision mais insiste tout de même d'un regard se voulant engageant.
Des enfants... Des êtres purs. Comment refuser leur compagnie ?


Note:
 
Christopher Swanson
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Joshua Rosenstein
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Joshua Rosenstein
Dim 27 Déc - 11:17
Beaucoup de pensées tournaient dans la tête du Golem durant leur marche. Il avait choisi de suivre Christopher, sans savoir où il l'emmenait. Il avait tout planté; son travail au cimetière, son piteux appartement, toute la vie qu'il avait reconstruit après sa mystérieuse amnésie.
Et maintenant, il se retrouvait à suivre un ami dont il ne se rappelait quasiment pas, ignorant leur but et leur destination. Pourtant, il ne regrettait pas cette décision.

Finalement, un village pointa à l'horizon. Joshua comprit, d'après le regard de son ami, qu'il s'agissait de leur destination. Qu'est-ce qu'ils allaient faire là-bas? Les questionnements continuaient à fuser, mais ils demeuraient en suspens et finissaient par disparaître, car le Golem restait silencieux, en pleine confiance en son ami.

Eh !! C'est le bonhomme de neige !

Une petite voix fit sursauter le fossoyeur démissionné.
Des enfants. Pleins d'enfants. Joshua se méfiait de ces petits êtres, beaucoup trop fragiles pour sa force. Et aussi beaucoup trop turbulents.

Ils semblaient connaître Christopher, et celui-ci ne paraissait pas avoir le moindre problème avec eux. Ils insistaient même pour que le binôme les suive. Le Golem s'apprêtait à dire non, mais avant d'avoir le temps d'ouvrir sa bouche, le bonhomme de neige -puisque c'était comme ça que les enfants l'appelaient- lui lança un regard suppliant.

Sans s'en apercevoir, Joshua leva les yeux au ciel. Il aurait pu dire non aux enfants, mais pas à son ami, qui, visiblement, était très enthousiasmé à l'idée de passer du temps avec ces gamins. Il se sentait, pour ainsi dire, forcé d'accepter.

D'accord, soupira-t-il.

Les enfants, qui sautillaient partout, se montraient tout à fait satisfaits de la réponse et les boules de neiges fusèrent dans tous les sens.

Joshua devait faire de gros efforts pour ne pas s'énerver quand une boule de neige avait le malheur de l'atteindre, car il valait mieux ne pas imaginer ce qu'il adviendrait de l'enfant qui recevrait un tas de neige en réponse. C'était bien pour Christopher que Joshua avait accepté, et qu'il se contenait, serrant les poings tandis qu'il restait à l'arrière du bonhomme de neige, le plus immobile possible.

Heureusement, les enfants changèrent vite d'activité pour quelque chose de plus... calme.

On fait un bonhomme de neige!
Ouaiiis!

Du moment que ces petites choses étaient tranquilles, l'agacement du Golem diminuait, mais il n'était pas assez habitué aux enfant pour dire qu'il était à l'aise avec eux. Il n'avait d'ailleurs aucune idée de ce qu'il devait faire avec eux et comment réagir, alors il restait en retrait, se réfugiant derrière Christopher et en l'observant.
Joshua Rosenstein
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Christopher Swanson
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Christopher Swanson
Mar 5 Jan - 11:50
Impossible de rester immobile. Les enfants débordent d'énergie, crient, rient, et il faut faire de même pour ne pas être en reste. Voyant Joshua peu emballé par le jeu, je me poste auprès de lui et le fais s'accroupir avec moi, et de ma main au sol monte une muraille de glace s'arrêtant juste au-dessus de sa tête.

Y'a triche !

Je crois que je réussis à sourire au brun avant de m'élancer à nouveau dans la bataille. Joshua est rejoint par ceux que je pense être les deux plus jeunes, n'aimant probablement pas la sensation de la neige dans leur cou ou n'arrivant pas à toucher les autres de leurs projectiles.
Toute cette agitation m'en fait oublier la faim. Deux équipes s'organisent et les boules de neige pleuvent un petit bout de temps avant que les perdants ne capitulent...et n'enchaînent aussitôt sur le jeu suivant.

On fait un bonhomme de neige !
Ouaiiis !
Viens, viens..., fait une fillette en tirant Joshua de derrière la muraille improvisée en l'attrapant par la manche.

Les enfants restent séparés et les deux petits groupes s’attellent à façonner leur bonhomme de neige. Je les regarde faire chacun leur tour et jette un œil à Joshua que la petite blonde semble décidée à faire approcher.

Très fort, commenté-je quand ils arrivent à ma hauteur en désignant mon ami, sachant parfaitement ce que cela va engendrer.

L'enfant lève les yeux vers lui avant de se planter devant lui et de lui tendre les bras.

Porte-moi !

Les jeunes adorent qu'on les porte sur nos épaules. Ils ont sans doute l'impression d'être plus grands... Mais qui souhaiterait grandir ?

J'ai fini mon bonhomme de neige moi !

L'exclamation est toute proche et j'ai à peine le temps de me retourner que le garçon de tout à l'heure est sur moi et me déséquilibre, nous projetant ensemble dans la neige.

Triche.

L'enfant rit et ses camarades rappliquent aussitôt. J'entends leurs pas approcher en crissement hâtifs dans la poudreuse.

Venez m'aider !

À ces mots ses petites mains se posent sous mes côtes et je garde sur lui un regard rond d'étonnement et d'incompréhension...jusqu'à ce que je percute mais trop tard. Il me chatouille comme un beau diable et ses amis viennent lui prêter main forte, me coupant rapidement le souffle et me faisant me tordre dans tous les sens sans qu'aucun son ne franchissent mes lèvres excepté un :

Joshua !

Pour qu'il me vienne en aide. Des larmes de rire perlant au coin des yeux, je plante mes dents dans ma lèvres inférieure pour me contenir, tentant de rouler pour les dégager mais n'osant pas y aller trop fort de peur de leur faire mal. S'ils me laissent respirer quelques secondes c'est pour mieux reprendre par la suite. Les petits démons !
Christopher Swanson
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Joshua Rosenstein
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Joshua Rosenstein
Jeu 7 Avr - 20:29
Au milieu de tous ces piaillements d'enfants, Joshua n'était pas à l'aise. Passer du temps avec ces petits êtres semblait être la chose la plus naturelle au monde pour Christopher, et cela étonnait beaucoup le Golem.

Une petite fille l'attrapa par la manche en insistant pour qu'il rejoigne le reste du groupe. Surpris par le geste, il se laissa guider, non sans essayer de conserver une certaine distance de commodité avec les enfants.

Mais ce qui devait arriver arriva.

Christopher fit remarquer à la petite bande que son ami était «très fort», ce à quoi Joshua n'eut pas le temps de rétorquer un seul mot, car immédiatement la fillette demanda à être portée.

Tous ces événements s'étaient enchaînés trop vite pour le Golem; celui-ci n'avait pas le temps de réfléchir, ni même de réagir, à cette vitesse. Il refusa en secouant la tête, mais la petite demoiselle, têtue, ne voulait pas en rester là. Elle ne se rendait visiblement pas compte de la peur du Golem de la broyer sous ses mains.

Avec les adultes, c'était facile d'éviter les désagréments; ils finissaient toujours par laisser tomber si on les ignorait. Mais avec les enfants, c'était différent; eux n'avaient pas peur du ridicule. Ils étaient capables d'insister longtemps, en gesticulant théâtralement et en gémissant, jusqu'à devenir insupportables pour une personne qui ne savait pas s'y prendre avec eux -comme Joshua, par exemple.

Après plusieurs refus, le fossoyeur finit par céder. Il plaça ses mains sous les bras de la fillette en prenant soin de ne pas trop serrer, puis il la souleva brusquement en tendant les bras vers le ciel. L'enfant éclata de rire, et Joshua, qui n'avait aucune idée de ce qu'il était censé faire ensuite, se contenta de la reposer avec son habituelle maladresse. Au moins, elle semblait satisfaite. Lui aussi, était satisfait: il avait réussi à toucher quelque chose de fragile sans le casser.
Cela lui fit prendre conscience de quelque chose d'inédit: il était capable de toucher un objet (ou une personne) sans forcément l'abîmer. Pour la fillette, rien de particulier ne s'était déroulé, mais pour le Golem, cela avait une grande importance.

Joshua sortit de ses pensées lorsqu'il entendit Christopher l'appeler. A terre, emmêlé aux enfants, son ami l'invitait à participer au jeu auquel s'adonnait le petit groupe; ou alors, lui demandait de le sortir de là, mais le fossoyeur ne savait pas exactement comment interpréter la situation. Cela ressemblait bien à un jeu, puisque les rires fusaient, mais ses règles et son but s'avéraient obscurs pour Joshua. Cela aurait été, d'après lui, trop dangereux de s'y mêler. Ce n'était pas parce qu'il avait réussi à porter une petite fille sans la blesser qu'il atteindrait le même résultat avec tous les enfants en même temps, le tout dans le feu de l'action.

Retourne au cimetière. Ignore-les!

A cet instant, le cœur du Golem battait si vite qu'il résonnait dans ses tempes.

Qu'est-ce que tu fais encore là?
Tu sais bien que c'est trop risqué, tu n'as rien à faire avec eux. De toutes façons, tu ne peux pas interagir avec les autres sans créer des complications. Tu me comprends très bien.


C'était vrai. Il valait mieux pour la sécurité de tout le monde que Joshua s'en aille. Le problème, c'était qu'il n'en avait pas envie. Il était bien avec Christopher, et il commençait à s'habituer à la présence turbulente des enfants.
Toutefois, il s'interdisait formellement d'entrer dans ce jeu. Non, surtout pas. Il était terrifié.

Il fit non de la tête, et prononça tristement:

Trop dangereux.

Avant de s'éloigner de quelques pas, cherchant ainsi à éviter la catastrophe. Il préférait rester spectateur, encore une fois.
Joshua Rosenstein
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Christopher Swanson
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Christopher Swanson
Lun 6 Juin - 21:05
La réaction de Joshua me laisse perplexe mais a le mérite d’attirer l’attention des plus vieux parmi les enfants. Deux d’entre eux s’écartent de l’amoncellement de manteaux de laine brune et d’écharpes colorées que sont devenus les petits me chatouillant à m’en faire pleurer.

On n’est pas dangereux !, proteste l’un d’eux.

D’un commun accord, muet cependant, ils se ruent sur le brun pour lui faire subir le même sort, riant aux éclats. Ces petits monstres adorent embêter les personnes récalcitrantes. Mais seuls, et contre la force de Joshua qui les a vu arriver, ils ne réussissent pas à le surprendre ou à le faire tomber du premier coup. Ils s’appliquent à glisser leurs mains gantées aux endroits stratégiques pour tenter de le faire basculer, le faire plier en le chatouillant à son tour !

Cloué dans la neige, je ne peux rien faire sinon tenter d’attirer leur attention ailleurs en posant ma main à terre et me projeter dans la neige pour faire sortir de terre à quelques pas de nous un château dans lequel les enfants peuvent aller jouer.
Cela ne manque pas.
Les plus grands filent comme le vent pour se proclamer roi, reine, prince, princesse, les plus jeunes seront valets et femmes de ménage, comme leur ont sans doute dicté les quelques livres que leurs parents leur lisaient le soir.

Rapide, bien que fébrile, je me redresse et vais pour Joshua pour l’aider à se remettre également sur ses pieds.

Tu…bien ?

Je ne comprends pourquoi il n’a voulu m’aider. En quoi c’était…dangereux.

Tu as peur ?

Des enfants ? Qui en aurait peur ? Mais de quoi d’autre cela peut-il donc bien provenir ?
Christopher Swanson
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Joshua Rosenstein
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Joshua Rosenstein
Mar 12 Juil - 15:54
Les mots de Joshua ne se répercutèrent pas comme prévu; ils semblèrent même attirer un peu trop l'attention des enfants, et pas n'importe lesquels: deux des plus grands, comme si la situation délicate dans laquelle il se trouvait ne suffisait pas.

L'attaque fut imminente. Le Golem tenta désespérément de communiquer un refus en secouant la tête et en levant ses mains, mais l'effort fut vain. Les deux éclairs sur pattes se ruèrent sur lui, alors qu'il reculait et manquait de trébucher à chaque pas dans cette épaisse neige.
Il n'était bien évidemment pas insensible aux chatouilles, et il lui fallut beaucoup d'efforts pour ne pas blesser les enfants alors que ses réflexes le poussaient à se débattre. Il entendait ces petits êtres rire aux éclats, les voyait emballés, surexcités par leur jeu, mais surtout ignorants du danger dans lequel ils se mettaient. Par précaution, il finit par se laisser tomber dans la neige froide, tentant de ne pas faire le moindre geste brusque.

Le temps lui parut interminable, jusqu'au moment où enfin les assaillants s'éloignèrent. Recroquevillé au sol, Joshua ne prêta aucune attention à ce qui se déroulait autour de lui. Il ne comprenait pas pourquoi les enfants appréciaient tant ce genre de jeu, mais surtout, il regrettait de devoir agir ainsi vis-à-vis de personnes aussi innocentes. Il s'en voulait énormément.

En voyant le visage de Christopher s'approcher de lui, Joshua se reprit. Embarrassé, un peu décontenancé, il voyait distinctement l'incompréhension dans l'expression de son ami.
Il se contenta de faire signe que oui, il allait bien, de la tête. Derrière Christopher, il percevait une sorte de grande construction en neige, autour de laquelle tous les enfants s'agitaient. Un «château», d'après ce qu'il entendit sortir de leur bouche. Il ne lui semblait pas en avoir déjà vu en vrai. Du moins, il ne s'en souvenait pas. C'était sûrement l'œuvre de Christopher, et c'était très beau.

Le Golem ne fut pas surpris par la deuxième question de son ami. Il pouvait bien l'admettre; son comportement était ridicule. Néanmoins, il n'avait pas le choix. On lui avait interdit de s'approcher des enfants, et s'il se souvenait encore de cet ordre sorti d'une ancienne vie, quasiment oubliée, c'était qu'il avait toujours conscience de sa force exagérée et de ses geste brusques. La progéniture faisait partie de ces choses fragiles que le Golem s'interdisait de toucher, au risque de les casser.

Quand il voulu s'exprimer, se fut le trou noir. Il n'avait aucune idée de comment répondre à cette question. Concrètement, ce n'était pas des enfants qu'il avait peur, mais de sa propre force.

Non...

Joshua réfléchit un instant. Il regardait autour de lui, comme s'il allait trouver les mots écrits dans les environs. Ayant fait le tour de l'horizon, ses yeux se retrouvèrent à nouveau en face de ceux de Christopher, et immanquablement, il ne savait toujours pas quoi dire.
Finalement, il se contenta du plus simple, en espérant que le message allait passer.

Il montra ses mains à son interlocuteur, et haussa les épaules.

Enfants fragiles.

Il était évident que Joshua ne faisait pas le malin. Il avait un peu honte de ses agissements; il avait gâché leur jeu, grisé l'ambiance. Gêné, il baissa les yeux. Il souhaitait sincèrement que Christopher le pardonnerait. Il avait l'impression de s'être mis tout le monde à dos.

Désolé, soupira-t-il, les mains dans les poches.
Joshua Rosenstein
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