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 Jeanne Angèle Marie d'Ithier ou parfois Jane Walls, mais toujours Galaad

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Galaad
Galaad
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✦ Libre pour RP ? : Oui

✦ Double-compte : Atêsh Jahanshah



Si on en savait plus sur toi ?
✦ Profession: Ingénieure (Baronne d'Aubagne, France)
✦ Pouvoir: Sang guérisseur
✦ Bric à brac:
MessageSujet: Jeanne Angèle Marie d'Ithier ou parfois Jane Walls, mais toujours Galaad   Sam 6 Juin - 3:06
Il était une fois...

Derrière l'écran
FEAT Jeong Soo-young

Pseudo - Lann'
Avatar - Hypatia de Pandora-intheSKY
Comment as-tu connu le forum ? - Tour de jeu si je me souviens bien.
Suggestion, réclamation, un petit mot ? - Plus de belles orientales ! *dit celui qui fait une française*
Ainsi que : Je suis désolé pour la longueur du bg. C'est juste que... pleins d'idées !

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Rapide portrait


Personnage de conte - Galaad du Cycle Arthurien
Nationalité / Origine - Française exilée aux Etats-Unis
Profession - Apprentie mécanicienne/ingénieure et légitimement baronne d'Aubagne (Provence)
Groupe - Inventeur, fée
Pouvoir - Sang guérisseur : Le sang de la jeune fille guérit blessures, poisons ou maladies. Plus le mal est grave, plus il nécessite de sang (Pour soigner quelqu'un à l'article de la mort, elle risquerait probablement d'y laisser la vie). Celui-ci courant dans ses veines, il la préserve des maladies courantes et lui offre une cicatrisation accrue. Toutefois, si la demoiselle venait à se tordre la cheville (ou toute autre plaie non ouverte) ou à être empoisonnée ou tomber gravement malade, à moins de boire son propre sang, elle a un organisme pleinement normal. Elle souffre également d'anémie chronique. Hors utilisation de son don, deux fois par mois, elle se voit dans l'obligation de garder le lit ou du moins le calme pendant deux à trois jours. Peut-être en raison de sa nature de nymphe, les crises normales voire routinières prennent toujours place lors du premier et du dernier quart lunaire, lors des "mortes-eaux".
Le pouvoir commun à toutes les fées.

particularités


Grâce à une excellente éducation, la jeune fille lit, écrit et parle même le latin ainsi que des notions standards (la politesse minimaliste) d'autres langues européennes. Son français est tout à fait digne de la cour et elle connait les manières à y adopter. Hélas, si d'aucun espérait entendre un peu de poésie dans la langue anglaise ou espagnol, une amère déception l'attendra : Vulgarité, mot à moitié avalés ou écorchés - voire inventés -, loin du vocabulaire charmant d'une rosière, la demoiselle vocifère et tempête parfois comme un pirate ou une prostituée.

Anémie chronique : (cf pouvoir pour les détails)

La nymphe ne joue pas à la marraine-fée. Elle ne brandit pas sa nature magique. Pour elle, ça ne change strictement rien. Hormis peut-être le fait d'adorer l'eau, d'être plus épanouie quand l'air se teinte d'iode, lors des grandes marées, ou simplement en présence d'eau vive. Malgré tout, ses séjours sur l'Ile Verte lui ont permis d'apprendre quelques bases qu'elle applique plus inconsciemment que sciemment. (La technomagie la passionnera !)


Maison d'Ithier

Parcheminé, le vieux monsieur digne, guindé, s'installa sur un fauteuil rembourré, près de l'âtre. Sur le manteau de la cheminée, deux épées se croisaient sous un écu portant les armes suivantes :


D'azur à la croix d'argent et, brochant sur le tout, à l'aigle sable tenant de la dextre une épée haute en or et de la sénestre une coupe d'or.

Une servante s'approcha alors de lui et recouvrit les jambes de l'homme d'une couverture. Elle déposa la canne avec précaution quelques mètres plus loin contre le mur. Puis, une seconde vint apporter un plateau avec deux tasses de thé, quelques pâtisseries outrageusement sucrées - mais délicieuses- et fit le service. Elle laissa ensuite la théière et les douceurs sur le guéridon en libre service pour l'invité. Longuement, le silence ne fut entrecoupé que du crépitement du feu. Finalement, le vieil homme s'éclaircit la gorge et désigna d'un geste tremblant les armoiries. Malgré l'âge avancé, le ton se fit ferme, voir un peu sec.
Avec une pointe d'orgueil, je considère ce blason comme le mien. Un étendard que nous nous devons de porter haut pour la gloire de nos terres et notre baron. Lorsque la Maison d'Ithier se couvre de gloire, toute notre région s'en réjouit. Plus que tout autre, je me plais à penser que j'aide à celle-ci. Oh bien sûr, je ne suis qu'Illio Sorzana, le majordome de Monsieur, son Premier intendant. Pourtant, en l'absence de leurs parents, j'ai participé à l'éducation de deux générations d'Ithier. J'y ai consacré ma vie et toute mon affection : ne vous troublez pas si j'ose penser à eux comme à mes propres enfants.

Pour comprendre la Maison d'Ithier, il faut connaître son histoire.
Il marqua une pause, cherchant vraisemblablement les détails dans sa mémoire avant de se lancer.
Fondée par Elzéar le Juste, compagnon d'arme de Guilhem le Libérateur et son frère Roubeaud, comte et marquis de Province - la rumeur à l'époque le désignait comme leur frère né d'une union illégitime -, la Maison d'Ithier est issue d'une pure tradition chevaleresque et entretient depuis toujours cette tradition martiale et militaire. Lié d'amitié principalement avec Guilhem, Elzéar batailla à ses cotés contre les sarrasins. Lors de la victoire contre l'envahisseur, il obtint en récompense titres et terres. Il reçut la Châtellenie d'Aubagne, terres certes marécageuses mais fertiles. Jouxtant la "cité rebelle" de Marseille, le comte s'appuyait sur la loyauté des Ithier à l'égard de sa maison pour intervenir rapidement et porter sa justice dans les environ. Elzéar épousa la fille du châtelain de Ceyreste - et de la Ciutat de fait vu qu'elles formaient qu'un à l'époque -. Unique héritière, Marie lui permit d'agrandir son fief en y adjoignant sa dot. Toutefois, l'histoire raconte qu'ils s'aimèrent au premier regard et que ce fut cet amour qui leur permit d'engendrer une descendance robuste et nombreuse. La plupart des Ithiers se sont alors distingués à leur tour en se joignant aux armées du comte ou encore aux Croisades. Plus encore, la Foi de la Maison était si grande qu'un patriarche a refusé le droit d'aînesse à un de ses fils pour y préférer son cadet qui s'était lui, couvert de Gloire en servant le Seigneur dans son combat contre les Infidèles. Le triomphe d'Elzéar II dit le Preux, peut-être que porter le prénom de son aïeul lui porta chance, rejaillit sur toute la demeure et le chevalier fut même appelé à servir dans l'armée royale et conseiller le Roi. Depuis lors, les Ithiers divisent leurs fils entre Foi et Roi, installant une routine tranquille sur plusieurs siècles.

Puis vint Jean d'Ithier. Homme d'épée, droit et juste, d'une loyauté sans faille, il vivait pour son roi, veillant à sa sécurité et le conseillant, officieusement du fait de son faible rang, dans ses différentes batailles. Plutôt que gagner les honneurs par la force des armes, il déjoua grâce à un esprit aiguisé un complot des nobles suderons visant à détrôner le roi pour y mettre son jeune frère qu'ils jugeaient plus à même de régner - et plus facile à manipuler à leur aise -. Au péril de sa vie, il rassembla suffisamment de preuves pour traduire ces hommes devant la justice royale où ils furent enfin jugés. En remerciement pour l'avoir sauvé, le Roi lui octroya les terres jouxtant son domaine prises aux traîtres. Jugeant qu'il ne pouvait avoir de premier conseiller sans un titre de noblesse important, le châtelain devint baron et ses terres, les châtellenies d'Aubagne, de Ceyreste, de Cassis et une bonne partie des calanques et des bois à l'est de Marseille, la baronnie d'Aubagne. La vie s'écoula ensuite plus tranquillement pour la Maison d'Ithier, continuant toujours à faire parler de ses fils pour leurs compétences martiales, sans pour autant renouveler de coups d'éclats particulièrement notables.
Plusieurs fois dans le récit, une hésitation pointa le bout de son nez. Non pas sur les noms, sur le déroulement, non, le Premier Intendant semblait se rappeler avec précision des détails. Non, l'hésitation qu'est la sienne tint plus dans les raccourcis pris et la nécessité d'abréger apparemment dérangeante. Puis, il enchaîna avec plus de nostalgie que pour les fait historiques premiers.
Jusqu'à Arthur d'Ithier.

Dame sa mère le mit au monde au sein du domaine quelques mois après que j'y vis moi-même le jour. Ma mère fut alors naturellement sa nourrice. Nous grandîmes ensemble. Bien que je fus son serviteur, il me traita toujours comme un ami, parfois même un frère. Tandis qu'il se distinguait dans l'armée, je m'efforçais d'apprendre à gérer sa demeure pour qu'il ne soit pas tracassé par des menus détails. Je me réjouissais de l'accueillir à nouveau dans son domaine, pour y élever son fils Lance né récemment, - l'épouse d'Arthur était issu de la noblesse anglaise et tenait absolument à nommer son fils avec le nom de son grand-père -. Le destin en décida hélas autrement. Monsieur Arthur et son épouse furent assassinés par un noble jaloux de son succès. Échappant de peu à la mort, le jeune Lance fut confié à sa tante mariée à un petit baron près d'un grand lac et des forêts de Brocéliande. Lorsqu'il eut 12 ans, ne pouvant pas gérer ses nombreux enfants et le fils de son frère, sa tante l'envoya enfin sur les terres de Ithiers. Aidé par un maître d'arme et précepteur venu de Versailles, j'élevais Monsieur Lance selon la tradition des Ithiers. Celui-ci se différencia de son père par son caractère studieux, sa discrétion et son austérité. Fine lame, il se distingua pourtant auprès de la cour principalement pour sa rigueur et son sens aïgu de la Justice. Le Roi Jour décela rapidement ses qualités et Monsieur Lance put compter sur l'élan dont bénéficiait son père pour grimper rapidement dans la hiérarchie. Monsieur le Baron fut ainsi nommé Ministre de la Justice.
Le vieil homme esquissa un sourire fier, comme s'il avait lui-même servi le Roi comme Ministre.
Il épousa une jeune comtesse, une dame de compagnie de la Reine Aurore, après en être tombé éperdument amoureux. Malgré une constitution chétive, elle lui donna cinq fils : Louis Arthur, Paul-Henri, Luc-André, Richard, Philippe. Sans doute que les maternités multiples l'ont épuisé car elle tomba gravement malade quelques mois après la naissance du dernier. Les médecins conseillèrent alors, pour la préserver et soulager ses bronches malades, l'air doux et iodé de la méditerranée. La torpeur dans laquelle s'était glissé le domaine depuis le décès de Monsieur Arthur se brisa soudain. Pour convenir à la délicate épouse, le château familial fut restauré à grand frais et l'on construit même un manoir niché au sein des vignes dans les hauteurs de Cassis, pour s'assurer qu'elle coule des jours heureux loin de toute agitation. Hélas, deux mois après la fin des travaux et les trois ans du dernier-né, Monsieur Philippe, madame succomba à son mal. Eperdu de douleur, le baron se réfugia dans le travail, regagnant Versailles très rapidement.
La peine embrouilla un instant le récit. Le regard se perdit brièvement dans les flammes. Puis, le majordome en revint à son interlocuteur.
Malgré la perte de leur bien-aimée mère, les jeunes Ithiers grandirent vite et bien. Monsieur le Baron engagea plusieurs précepteurs et maître d'armes pour s'occuper de ses fils. Mais lui-même ne revint pas avant le dixième anniversaire de Monsieur Luc-André. Trois ans s'étaient alors écoulés.

Le jeune Monsieur Luc-André, passionné par les fées, désirait se rendre sur l'Ile Verte, au large de la Ciutat. La légende disait les lieux, résidence terrestre de la Cour d'un des Rois Sous-La-Mer de la Méditerannée, le Roi Pêcheur. Un peu honteux d'avoir délaissé ses fils durant les dernières années, Monsieur le Baron accepta la requête comme présent supplémentaire d'anniversaire. Afin d'éviter de courroucer les magiques habitants, je préparai, avec l'accord de son Honneur, une série de présents. Contrairement à ce que nous avions craint, le Roi Pêcheur - un homme robuste auquel il manquait pourtant l'usage d'une jambe salement amochée - accueillit toute la fratrie et son père en souriant, ravi de tisser des liens avec la Maison d'Ithiers, ses voisins. Prenant de cours Monsieur le Baron, notre hôte alla jusqu'à offrir un don aux jeunes héritiers. Toutefois, ce ne fut pas cette apparente bonne intelligence qui abaissa un peu la garde du Baron, mais lorsqu'il vit le Roi Pêcheur rendre les grâces avant de rompre le pain lors du festin du soir. Naturellement, sa table n'était pas aussi raffinée que les mets dont nous avions coutume, mais chacun trouva ce soir-là, quelque chose de précieux. Que cela soit dans l'amusement et la magie déployée pour émerveiller, dans les discussions éclairées, dans un premier baiser échangé ou pour Monsieur le Baron, quelques saveurs plus inavouables. Je ne saurais vous le décrire en détail, n'ayant naturellement été présent, mais voici ce que je rassemblai des quelques mots confessés par mon maître.
Naturellement, le ton du vieil homme baissa, passant à une conversation plus intime, malgré un certain amusement palpable.
Le Roi Pêcheur avait une fille. Lorsqu'elle lui fut présentée, Monsieur le Baron s'en éprit instantanément. S'il pensa un instant un sortilège, un de ces filtres d'amour dont les femmes sont si ferventes, il m'avoua, honteux, qu'il craignait que la vérité soit autrement plus simple : Elaine, car là était le nom de sa belle, partageait les mêmes traits que sa défunte épouse le jour de leur mariage, avant que l'âge et la maladie n'altèrent ses charmes. Se sentant redevenir adolescent, amourachée, la discussion courtoise ne suffisait pas à le contenter, pas plus que les quelques baisers volés. Sur les rebords de la méditerranée, à la lune pleine, il ravit à la fille du Roi Pêcheur son plus grand trésor.

Le réveil fut difficile. Mon Maître pensait avoir bafoué le vœux de fidélité fait à sa défunte épouse. Et le Roi Pêcheur, si bienveillant la veille, avait pris les teintes sombres d'une mer nocturne. A la hâte, un prêtre fut mandé, les bancs publiés. Le mariage fut célébré dans une petite chapelle donnant sur la mer. Apaisé, le Roi Pêcheur retourna sur son île avec sa fille. L'incident semblait ainsi réglé et Monsieur le Baron, malgré son embarras, se gorgeait déjà d'avoir fait ce qui est juste et pensait pouvoir passer l'incident sous silence. Naturellement, la vie lui refusa cet apaisement et la jeune demoiselle réapparut quatre mois plus tard, le ventre rond.

La cohabitation entre Monsieur le Baron et la Nymphe Elaine ne se déroulait pas vraiment sans anicroche. La jeune femme n'avait rien des demoiselles raisonnables de la cour et préférait la compagnie des servantes à celles des nobles dames venues faire sa connaissance. Elle refusait le port du corset, pourtant celui adapté à sa condition et chahutait bien trop pour une femme portant la vie. Et cela agaçait profondément Monsieur Lance, si carré, si discret. Pourtant, les deux êtres dissemblables semblaient trouver une certaine harmonie dans le secret de leur chambre. Je ne devrais pas me laisser aller à ce genre de commérage, mais Monsieur le Baron approchait les 45 ans à l'époque et les hommes de cet âge comme chacun le sait aiment à se rappeler leurs jeunes années, surtout dans des bras aussi délicats que ceux d'une jeune nymphe. Puis, sa charge de Ministre le réclamait et le baron retourna à Versailles auprès du Roi. Avant son départ, il nomma son nouveau Premier Intendant, avec fierté je me dois de vous informer qu'il s'agissait là de mon premier petit-fils, Francis Sorzana, et, pour former ses héritiers, il leur confia la gestion des terres sous la houlette d'un conseiller - et sous réserve de son acceptation finale naturellement -. A près de soixante-dix ans, je pouvais enfin m'accorder un peu de repos.
Brusquement, il sembla perdre quelques années, le visage illuminé d'un rire bref.
Du moins, c'était ce que j'escomptais.

La naissance de la petite Galaad balaya toutes mes velléités de fin paisible. Pour cause, comme toute la maisonnée, je me pris d'affection pour elle dès son premier cri. Je ne saurais vous dire pourquoi nous nous attachâmes tous à la petite aussi rapidement et fortement. Les mauvaises langues parleront sans doute de quelques enchantements, mais la vérité est, je pense, bien plus simple : Depuis deux générations, aucun Ithier n'était né sur les terres du sud. Puis, les drames et les deuils successifs avaient fait planer un temps une rumeur de malédiction. Naître en pleine santé, ou peu s'en faut, sans qu'aucun drame ne suive dans l'immédiat éloignait ce spectre. D'autant plus que les nymphes et le Roi Pêcheur assuraient qu'une naissance durant les Vive-Eaux étaient synonymes de bonne fortune et chance pour l'Enfant. Les seules ombres véritables que je pourrais relever durant les premières années de sa vie étaient l'absence du Baron, trop occupé avec sa charge, et le retour rapide de la nymphe Elaine sur les terres de son père. Toutefois, dans un souci d'éducation, l'enfant me fut confié et nous ne nous rendions sur l'Ile Verte qu'un mois par an pour son anniversaire.

Très vite, l'enfant se révéla vive et curieuse. Aussitôt qu'elle put marcher, elle crapahutait dans tout le domaine, échappant à ma surveillance ou courant bien plus vite que mes vieilles jambes ne le pouvaient. Parfois, elle se perdait et revenait fièrement, sans la moindre égratignure, des fleurs pleins les mains, des gâteaux pleins les poches et une horde de suivants apeurés qui puissent lui arriver quoique ce soit, ses copains disait-elle. Régulièrement, elle semblait en proie à des coups de mou et étudiait de fait avec zèle, tranquillement installée près du feu, un vrai petit ange. Oh, des bêtises, elle en fit pourtant une certaine quantité. Un jour, la demoiselle s'était mise en tête d'explorer l'aile non rénovée du château baronnial. En pleine nuit, elle s'était faufilé dans les couloirs, armée d'une lanterne, et avait gagné la haute - et très poussiéreuse - salle du trône. Ne la trouvant pas dans son lit à l'heure du réveil, toute la demeure est rapidement entrée en effervescence. Messieurs Richard et Philippe, très attachés à l'enfant, remuèrent rapidement ciel et terre, se mettant en chasse d'un ennemi qu'ils imaginaient avoir enlevé la jeune fille. Celle-ci fut pourtant découverte, endormie en chemise sur l'antique trône baronnial - une horreur ramenée des croisades si vous voulez mon avis - devant la grande table ronde des conseillers et des chevaliers du baron. Excédé, Monsieur Richard, plus sanguin que son cadet, se mit en tête de fesser mademoiselle. Lorsqu'il s'installa sur le trône à son tour pour punir la demoiselle, l'estrade vermoulue céda sous son poids. Fort heureusement, aucune blessure grave ne fut à déplorer. Toutefois, anecdote amusante, personne hormis mademoiselle n'a réussi à s'installer sur ce trône sans déclencher une catastrophe. Un peu blessés dans leur orgueil, tous ceux s'y étaient essayés - les cinq frères et le baron compris - suggèrent de renommer le trône "Siège Périlleux", ce à quoi mademoiselle répondit qu'elle devrait peut-être graver son nom sur le trône pour que chacun se rappelle qu'elle avait réussi à y dormir - et s'y installer à nouveau - sans qu'aucun mal ne lui soit fait. Je peux admettre aujourd'hui qu'ayant craint qu'elle mette son idée à exécution, j'ai vérifié le siège avec attention pour découvrir qu'en fait... son nom y était déjà gravé. Oh naturellement, ma vue me joue sans doute des tours, mais je vous assure avoir aperçu son nom dans les entrelacs au sommet du dossier. Pas son nom chrétien naturellement, Jeanne Angèle Marie serait un peu long, mais Galaad, le petit nom donné par sa mère durant sa grossesse et reprit comme nom d'usage par les proches de mademoiselle, y figure clairement. Sans doute n'est-ce là qu'un hasard.
Il haussa les épaules brièvement.
Très honnêtement, je doute que cela soit d'une quelconque importance. Pourtant après les derniers événements, j'aime à y voir une sorte de... prophétie. Oh n'allez pas imaginer que je suis homme à croire avec déraisons à toutes ces simagrées pseudo-magiques ou un hérétique. Mais au vu de mon âge canonique, je pense pouvoir affirmer sans crainte que la vie comporte parfois plus de nuances et de mystères que le bien et le mal tranché comme le dit la Sainte-Bible.
Il s'humecta ensuite les lèvres en prenant quelques gorgées de son thé.
Où en étais-je déjà ? Oh oui ! Mademoiselle aimait beaucoup comprendre le monde qui l'entourait et savoir comment fonctionnaient les différentes choses. Aussi, assez naturellement, me suis-je retrouver à devoir la suivre pour éviter que la panique de l'avoir perdu ne se réitère. Parfois, Messieurs Richard ou Philippe prenaient le relai mais leurs études respectives ne leur permettaient pas fréquemment. Sans doute est-ce cela en partie qui me permet d'être encore aussi en forme.
Il rit brièvement, les yeux pourtant brusquement humides. Pudique, il dissimula ses yeux d'une main à la peau couverte de rides profondes.
Pardonnez les larmes d'un vieil homme. L'âge m'a rendu sentimental. Brusquement, je me suis souvenu de la manière ont elle tirait sur ma veste et réclamait : "Grand-Père, Grand-Père ! Je veux monter là-bas : On voit la mer et le ciel qui se jette dedans !" Elle continuait ensuite à froisser le tissu pour m'entraîner en avant ou passait derrière pour me pousser - pour monter plus vite disait-elle -. A mon âge, cela n'avait rien de raisonnable mais il m'était difficile de lui dire non. Il fallut l'intervention de ses frères pour assagir un peu ses promenades dans les coteaux escarpés ou les calanques. Monsieur Louis Arthur lui avait patiemment expliqué que la chose était dangereuse pour sa santé et la mienne. Si sa sécurité la laissa relativement indifférente, Dieu ce qu'elle avait pu pleurer en implorant mon pardon. Pourtant même son aîné, si rigide, ne pouvait réellement lui refuser quoique ce soit. Aussi lorsqu'elle déclara vouloir apprendre à se servir d'une lame, pour être chevalier comme dans ses romans préférés - et surtout pas princesse -, personne n'eut le coeur de lui dire non. La bienséance n'avait guère d'importance. Personne ne voulait être le coupable, le cruel monstre qui remplirait les grand yeux turquoises de larmes, celui qui l'empêcherait de grimper aux arbres et déchirer ses robes pour sauver des chatons, celui qui l'empêcherait de courir en criant l'appel aux armes familial, la rapière à la main. Puis, étrangement, le jeune esprit de Galaad avait pleinement intégré qu'elle ne pouvait se comporter ainsi qu'en la présence de proches et qu'il y avait une autre facette à adopter en public. Si elle aimait suivre les leçons du maître d'arme avec Messieurs Richard et Philippe, discourir sur les sciences, la religion ou la gestion avec Messieurs Luc-André et Paul-Henri, parcourir les chantiers navaux de la Ciutat et Cassis perpétuellement en train de réclamer de pouvoir construire son propre navire et le commander, elle ne chercha pas un instant à ressembler à un homme. Peut-être était-ce là l'influence de sa gouvernante, une petite noble entrée dans les ordres sur le tard au sein d'une congrégation voisine, ou peut-être avait-elle l'innocence naïve de croire qu'elle pouvait être femme et chevalier.
Il marqua un temps plus long que les précédents comme s'il réfléchissait plus en avant à ses dernières affirmations.
J'aurais aimé vous parler plus longuement de ces instants joyeux, mais je crains devoir retourner à des temps moins doux.
Il soupira légèrement.
Les années entre les quinze et dix-sept ans de mademoiselle furent le théâtre de nouveaux drames. Monsieur Luc-André tomba malade. Le même mal dont fut atteint sa mère. Le jeune homme avait toujours eu la santé fragile mais la maladie l'emporta brutalement durant une nuit. Si nous en furent tous peiné et choqué, mademoiselle encaissa mal le coup. Si mal que dame sa Mère nous l'enleva pour tenter de la consoler. Dieu me pardonne de cette pensée, mais même si je n'ai rien contre les nymphes, le comportement de cette femme, présente selon son envie sans considération pour le deuil de la Maison ou même pour sa fille la majorité du temps, me débectait et je conçus beaucoup de rage à me voir enlever notre petite Galaad en plus de Monsieur Luc-André. Peut-être est-ce cette colère qui fit défaillir mon coeur. Le Seigneur n'avait pas rappelé à lui Monsieur Luc-André depuis trois mois que je me retrouvais sur mon lit de mort. Oh, à mon âge cela n'était que naturel après tout, je m'étais préparé. Mais mon agonie s'étirait en longueur. Je refusais de partir sans avoir revu celle que je considérais comme ma petite fille. Toute ma famille était réunie celle de sang et celle sur qui je veille depuis tant de temps.

Mademoiselle revint en furie. Elle congédia avec autorité le médecin, le prêtre et tous nos proches. Personne, pas même Monsieur le Baron, n'osa s'opposer au ton impérieux. Jamais il n'avait lui-même autant ressembler à son père. Elle conjuguait alors la souveraineté du Roi Pêcheur, les noires humeurs de la Méditerranéenne avec le jugement tranchant et sans appel des Ithiers. Je vis alors le poignard briller et la lame courir sur ses veines. Elle trancha sans la moindre hésitation. Je hurlai à l'aide. Je pensais que la folie avait gagné ma Galaad. Monsieur Richard se précipita dans la pièce, l'arme au poing craignant une attaque. Puis, il lâcha son arme avec fracas, les mains en avant pour venir arrêter sa soeur, serrer ses poignets pour stopper le liquide carmin. Avec violence, elle rua, se débarrassant temporairement du jeune soldat hagard. De sa sacoche, elle tira une coupe d'or et récolta son sang. Je paniquai. Mon coeur menaçait de céder à chaque instant, en témoignait la douleur grandissante dans ma poitrine. "Bois, fit-elle, car ceci est mon sang et il te sauvera". Elle pressa le calice contre mes lèvres, pinça mon nez pour me forcer à boire. Et je bus. Plusieurs coupes. Jusqu'à la lie. Plus je buvais, plus je me sentais vivant. Plus je me sentais vivant, plus elle semblait grise. Lorsque mon coeur reprit un rythme normal, je constatai les larmes. Monsieur Richard avait réussi à présent à maitriser sa soeur. Tous les deux pleuraient. Lui parce qu'il ne savait comment faire pour la sauver, de son impuissance, et elle, de douleur et de soulagement mêlé. "Je n'étais pas en retard cette fois-ci" murmura-t-elle avant de s'évanouir. Monsieur Philippe revenait avec le médecin, son père et son aîné. Le fer envahissait encore ma gorge. Mon corps se portait mieux que depuis des années, comme si les maux de la vieillesse se résorbaient. Mais ma tête tournait. J'étais ivre. Parfaitement ivre de vie.
Devant le silence de son interlocuteur, le vieil homme soupira.
Est-ce le blasphème qui clôt vos lèvres ? Pensez-vous qu'il y a là quelques diableries ? Retirez-vous de suite ce genre d'imbécilités du crâne. Mademoiselle n'a pas la moindre parcelle satanique en elle. Elle est plus pieuse que vous et moi réunis. C'est sa pureté qui m'a sauvé, la magie dans ses veines, sa foi et son abnégation. Elle représente plus que tout autre les vertus de notre Maison, tous les codes antiques de chevalerie. Si elle avait été la fille de la comtesse, vous écririez au Vatican pour leur demander d'en faire une sainte. Toutefois si vous êtes là, c'est que ce genre de détails ne vous intéresse guère et que vous acceptez de vous salir les mains. Vous jugerez de vous-même plus tard. Et si voir ne vous suffit pas pour croire, l'or achètera la reste.
Il marqua à nouveau un temps, s'humecta à nouveau la gorge de thé à présent presque froid.
Mademoiselle resta dans le coma pendant près d'une semaine. Une semaine d'angoisse. Mon rétablissement me paraissait une insulte à la Vie. J'aurai donné ma vie pour prendre sa place, ne jamais la voir ainsi allongée si blanche, si paisible dans les draps immaculés comme des linceuls. Monsieur le Baron sembla pour la première fois porter un intérêt à sa fille. Il veillait à son chevet avec inquiétude. Même le Roi Pêcheur se déplaça, s'éloignant de ses eaux pour rester auprès de la demoiselle. Lorsqu'elle revint à elle, grâce aux bons soins du médecin de famille et probablement ceux de sa féerique parenté, elle s'excusa. Elle pria et se confessa même ensuite au prêtre pour expier son blasphème. Celui-ci fut très prompt à lui pardonner, sans doute en raison de la pression des regards de la maisonnée. Bien évidemment, cela n'épargna guère à mademoiselle les sermons de chacun d'entre nous. Monsieur Richard lui fit même jurer sur la bible qu'elle n'irait jamais essayer de lui sauver la vie au détriment de la sienne. Chose que chacun d'entre nous réitéra.

Malgré une faiblesse durant un bon mois, grâce aux bons soins du médecins et aux salamalecs de Dame sa Mère, Galaad récupéra bien. En préparation du Grand Sommeil, Monsieur le Baron, se joignant à la suite du Roi Jour, passa du temps sur son domaine pour passer ses volontés à son héritier et pus enfin apprendre à connaître sa fille. Monsieur Paul-Henri préparait lui ses affaires pour rejoindre rapidement la cour et prendre la place de son père pour conseiller celle qui deviendrait la Reine Ronce. En prévision des travaux d'ajustement, les deux jeunes hommes se partageaient les tâches. Nous célébrâmes même l'union de Monsieur Louis-Arthur, le désormais jeune baron, avec la fille d'un baron sans le sous dont il était tombé éperdument amoureux lorsqu'il l'avait rencontré à un bal à Versailles. Monsieur Richard prévoyait de rejoindre l'Armée royale de la Reine Ronce et Monsieur Philippe décida de suivre Monsieur Lance pour préparer l'Après le plus efficacement possible pour la baronnie. Mademoiselle Jeanne serait présentée à la cour après le Grand Sommeil et le jeune baron avait apparemment déjà eu quelques contacts pour la marier. Je rejoignis pour ma part mes petits-enfants et mon premier arrière-petit-fils dans la maison de mon cadet.
Pour la première fois du récit, le vieil homme parut fatigué et las. Ses mains déposèrent la tasse sur le guéridon avant de se crisper sur la couverture.
Comme vous le savez, le Grand Sommeil causa beaucoup de soucis à notre nation. Le réveil dans un nouveau siècle si différent fut brutal pour chaque français. Toutefois, peut-être la brutalité prend-elle une teinte différente pour notre baronnie. A peine deux semaines après l'Éveil, nous sommes réveillé une nouvelle fois dans l'horreur. Le sang maculait tout le château. Les cadavres des domestiques s'entassaient. Et je posai le regard sur la dépouille des enfants d'Ithier. Ils s'étaient battu rudement, mais ils gisaient sans vie. Monsieur Louis-Arthur avait le corps criblé de balles, en tentant de protéger son épouse. Cela n'avait même pas suffit car elle reposait sous son bien-aîmé dans une parodie sordide d'étreinte. Monsieur Paul-Henri gisait, l'arme à la main devant l'entrée du dortoir des domestiques. Le Petit Gabriel, mon petit-fils le plus jeune, et d'autres survivants, jurèrent que Monsieur s'était sacrifié pour gagner du temps mais il avait rapidement été débordé par le nombre. Monsieur Richard se trouvait à proximité de Monsieur Louis-Arthur, sans doute avaient-ils tenté de se barricader dans la salle du trône afin de soutenir le siège et permettre aux autres de fuir par une porte dérobée. Du jeune militaire, la dépouille était la plus difficile à regarder. Quelqu'un s'était acharné, le lacérant de toutes parts.
L'ancien majordome se perdit tout à fait durant plusieurs minutes, l'air sous le point d'être réduit en cendre. Il fallut un raclement de gorge de l'interlocuteur pour qu'il daigne reprendre contact avec la réalité.
Plusieurs domestiques, des femmes uniquement, ont été capturées. J'ai pû découvrir grâce à un enquêteur qu'elles avaient atterri dans différentes maisons closes un peu partout dans le monde, je vous fournirai les données en cas de besoin. Un mois plus tard, un groupe d'hommes frappaient aux portes du manoir. L'un d'eux, un immonde petit brun grassouillet de la quarantaine affirma être l'héritier, le petit-fils de Monsieur Philippe. Il n'avait rien d'un Ithier. Ni la carrure, ni le maintien, pas même les traits. Il était aussi gras et brun que Monsieur Philippe était svelte et blond comme sa mère. Bien que je sois persuadé qu'il n'y a aucune légitimité sur ces terres, ses preuves papiers sont irréfutables. Aussi n'avais-je guère le choix que de collaborer. Il n'a pas la moindre intention de vivre en France. Ce qu'il veut, ce sont juste les dividendes et l'or que le terroir fertile nous offre chaque mois.
Brusquement presque, la posture du Premier Intendant se raffermit et son regard se fit résolu, fixant son interlocuteur avec fermeté.
Mais j'ignore ce qu'il est advenu de la petite Jeanne. De son corps, aucun signe. L'enquêteur n'a pas retrouvé sa piste avec les autres femmes du domaine.
L'espoir miroita un instant dans sa voix.
Donnez-moi les moyens de mettre en cause le Gras Alceste. Permettez-moi de faire le lien. Je sais, je le vois que c'est lui qui est la cause de tout.
Ne vous embarrassez de faire quoique ce soit d'Alceste au-delà des preuves. Il récoltera la Justice des Ithiers si Mademoiselle est en vie. Ou la Punition du Roi Pêcheur pour l'Éternité s'il devait lui être arrivé malheur.
Retrouvez la Baronne. Retrouvez ma Galaad.
Du vieil homme sur le fauteuil, il ne resta brusquement rien. En face de l'interlocuteur se tenait la sentinelle. Celle qui veillait. Celle qui patientait. Celle qui ne trouverait pas le repos avant le retour de l'enfant perdue.



Le Nouveau Monde

New York, un an jour pour jour après la tragédie.


Il régnait dans l'entrepôt une atmosphère terne. Aucun client en vue, pas le moindre ouvrier en train de travailler, seuls, Salomon et Percy sirotaient un whisky en tapant le carton. Entre le placide colosse de couleur et l'ingénieur aux tâches de rousseurs et à la mine inquiète, il n'y avait guère que le bruit des cartes, le crépitement d'un cigare et les bruits de consommations d'alcool pour entrecouper le silence. Brusquement, Percy reposa lourdement son verre sur la table.

- Un an, Bors, un an !

Habitué au tapage du patron depuis des années, Bors posa les cartes, faces cachées contre la table et soupira. Il savait que le blanc-bec allait enchaîner et vider son sac.

- Tu t'rends compte ? Un an d'vie commune et on s'comporte déjà comme des fiancés ou des parents terrifiés dès qu'elle a un peu d'retard. J'aurais jamais dû la laisser y aller toute seule !

Walls pesta encore plusieurs fois, ronchonna dans sa barbe.

- T'rends compte d'la foutue ironie d'la chose quand même ? Y a un an, on nous envoie piller un manoir français et, comme des crétins, on s'retrouve à tenter de camoufler une des cibles que l'Capitaine nous ordonne de buter. Bon, l'enfoiré est mort brutalement, peut-être que c'est l'choc de l'voir embroché au bout de la lame de la petite qui m'a pousser à vouloir la sauver en la grimant comme un membre de l'équipage qui v'nait de caner. L'inconscience quand même ! Bon, on a quitté l'bord dès qu'on a pu, travaillé sur quelques autres bâtiments pour rester en mouvement, jusqu'on soit certains que personne s'en prendrait à elle. Finalement, p't-être qu'on s'est attaché à elle instantanément.
- Boss, j'crois surtout que vous accordiez déjà votre flûte pour elle.
- Mais non, bougre de con ! Rien à voir avec ça. C'quoi c'te pensée d'sauvage sal'té d'négro?

Bien qu'habitué, le terme tricota les sourcils de Salomon quelques secondes. Percy leva alors légèrement les mains en signe d'apaisement.

- Allez, allez, t'énerve pas vieux. T'sais bien que... Allez, je t'en remets un et on est quitte ?

Le presque roux empoigna la bouteille et rinça les verres d'une bonne nouvelle dose. L'ancien esclave, sans attendre, but une large lampée.

- Hé tout doux mon gros, ça s'savoure c'nectar. C'est pas l'piquette qu'on t'sert au tripot du coin. Production de la mère patrie. Alors bois ça tranquillement et fais durer ton verre jusqu'au retour d'la demoiselle.

Bors gromella vaguement et bascula, avec un craquement torturé de bois, un instant sur les pieds arrières de sa chaise. Distinguant enfin la porte, il la scruta quelques instants.

- Vrai qu'elle en met du temps c't'après-midi.
- T'crois qu'elle siffle au disque ?
- P't-être, boss, p't-être. Elle voulait aller prier pour les âmes d'sa famille. Fait un an après tout.

Les mines s'assombrirent un instant. Percy, malgré sa propre invective précédente, siffla son verre et fit le plein des deux récipients.

- Vrai qu'on tend à voir ça d'un bon oeil, toi et moi. Pour elle, c'est moins joyeux. On oublie pas les siens si vite.

Le Noir opina du chef.

- N'empêche qu'ça fait bizarre. D'penser qu'on s'est pas quitté d'puis. Qu'elle a pas tenté d'nous tranché pendant notre sommeil pour s'venger. Qu'on a monté l'affaire avec elle et qu'on lui enseigne comment s'débrouiller. T'imaginais toi une artisto avec les mains dans l'cambouis ? Bon, l'aura fallu un mois pour réussir à la faire d'son mutisme.
- A sa place, on s'rait resté pareil.
- Ouais, la même, les murges et les put' en plus.

Bors écrasa son mégot dans le cendrier et esquissa un sourire aux dents si blanches qu'elles tranchaient d'autant plus dans la peau d'encre.

- Lui a fallu moins d'temps parler comme vous, Boss.
- Ouais, m'en parle pas. J'ai presque honte d'lui avoir appris un anglais aussi peu raffiné.
- Vous aviez qu'à articuler, Boss, et causer meilleur. C'est pas comme ça qu'votre père vous a enseigné.
- Ouais, enfin si elle causait comme une petite bourge, peut-être qu'on pourrait avoir des embrouilles. On est plus tranquille quand elle cause mal, personne ne pourrait penser qu'elle vient de la haute. Déjà qu'on a l'droit à des hordes de pourceaux qui en pincent pour elle, si en plus on voit débarquer des riches galants, on passera plus de temps à ...
- ... elle s'débarasse très bien des gêneurs sans nous...
- ... ouais mais c'est...
- ... de votre faute, Boss, z'aviez qu'à la marier au lieu de dire que c'est votre petit soeur.

Interdit, Percy dévisagea Bors pendant quelques instants.

- T'as la langue vachement bien pendue c'soir, Négro. T'prends un peu trop d'initiative actuellement. C'est quoi d'ailleurs c't'idée de lui apprendre à tirer ? On apprend pas ça à une dame.
- Elle a demandé, pour s'défendre. Et puis, vous lui apprenez bien la mécanique et vos trucs d'ingénieur, Boss. On apprend pas ça à une dame.
- ... Touché.

Explosa de rire Percy. Salomon esquissa un sourire en coin et rassembla les cartes pour les battre à nouveau. Une fois le calme revenu, Walls reprit d'un ton sérieux.

- Après, le tir, c'est peut-être un peu trop quand même. Elle nous met déjà la pâtée au corps-à-corps, on aura l'air de deux taffeurs au sifflet en berne si en plus elle tire mieux qu'nous.

Ronchonna-t-il.

- Boss, elle peut pas remplacer 15 ans de pratique en quelques leçons. Mais au moins, si on s'fait emmerder par un client, les Idalgos m'paraissent bien louches, elle pourra filer un coup d'main.
- Mais je veux pas qu'elle file un coup d'main, j'veux qu'elle s'planque et que je... ouais, non, t'as raison, elle s'planquerait jamais.
- Sauf si vous la saucissonnez dans l'placard d'sa piaule.
- Et là, elle me pardonnerait jamais s'il arrivait malheur à l'un de nous.
- Boss ? On commence à trop bien la connaître.

Le presque-roux hocha la tête et se saisit de ses cartes. Ses pieds s'installèrent sur un coin de table. Il poussa une mise de quelques piècettes vers le centre de celle-ci et la partie reprit son cours.

Presque une heure plus tard, une jeune femme bien mise poussa la porte métallique de l'entrepôt. D'un pas décidé, elle se dirigea vers les deux messieurs. Walls, endormi, bullait sur son siège le nez au plafond tandis que Bors tâchait de réparer un vieux fusil. Il leva le nez sur la demoiselle et désigna du menton le paresseux, le sourire en coin. A pas feutré, comme une petite souris, Galaad déposa son colis - quelques pâtisseries - sur la table et dénoua tranquillement le ruban maintenant son chapeau à voilette, celui du dimanche foncé et sobre parfait pour aller à l'Eglise. Du chignon s'échappaient des grosses boucles souples et sombres comme si les épingles ne suffisaient pas à dompter la tignasse. Contrairement aux si blanches demoiselles appréciées dans la noblesse, la demoiselle avait le teint légèrement hâlé des femmes latines. Toutefois, un nuage de tâche de son saupoudrait son teint juste sur les pommettes et le nez délicatement retroussé comme pour justifier le mensonge de sa parenté avec le presque-roux. Assortis au suivez-moi jeune homme ou plutôt l'inverse, les grand yeux turquoises fixaient les pieds de Percy. Un soupir s'échappa des lèvres ourlées puis les premiers mots anglais brisèrent toute l'impression de douceur feutrée.

- Hé ! Gueule à prendre des étrons en vol, réveille-toi !

Surpris en plein rêve, Percy s'éveilla en sursaut et se gamela copieusement. Ses deux compères, sans vergogne, ricanèrent. Les mains sur les hanches, Galaad continuait de l'invectiver.

- Bouge toi les morpions, avant que Salomon bouffe toute les mignardises qu'j'ai ramenées d'mon expédition chez l'cureton. Et rangez votre poison, on n'a même pas dîné, bande'd'boit-sans-soif.

Ajouta-t-elle à l'attention commune des hommes. Gracieusement, ce qui tranchait d'autant plus des propos, la haute silhouette féminine s'en retourna vers un placard et le poêle dans un coin de la pièce. Une fois remplie d'eau, elle déposa à chauffer une théière et prépara plateau et tasses. Salomon débarrassa la table de son ouvrage et des cartes tandis que Walls, pestant et jurant, ramena le whisky dans le placard du bureau adjacent, celui qu'il partageait avec le petit comptable à la moustache fournie. Il se dirigea ensuite vers Jeanne affairée à préparer la collation et taquina la nuque gracile outrageusement dévoilée d'une chatouille.

- C'pas parce que t'as ta jolie robe du dimanche qu'il t'faut croire la patronne-là : On picole quand on veut ! Pis t'étais où déjà ? T'en as mis du temps !
- J'suis allée jusqu'à la onzième, pour les pâtisseries, j'avais reçu un coupon à la foire pour en avoir gratos.
- Ah vrai. Enfin, c'est pas à coté. T'aurais pu prévenir, on s'rait venu avec toi.
- Arrête d'jouer au papa, j'suis assez grande pour aller acheter des pâtisseries sans que tu m'tiennes la main.
- Vu comment t'es candide et naïve, t'serais encore fichue d'réussir à t'faire enlever avec ton accord !
- Bah... qu'ils essaient, je leur casserai le nez avant de les percer avec Mémoire de sang !
- Galaad...
- J'sais.... mais je suis pas candide !
- On parie ? Si tu gagnes, je te laisserai aller au prochain bal sans moi en chaperon. Et si tu perds, non seulement je viendrai, mais tu devras danser exclusivement avec moi ! Pas question qu'un d'ces e...
- ...qu'est-ce que j'disais, Boss ? Il fallait la m...

Intervint Salomon. Le claquement de langue réprobateur du patron s'en suivit et le colosse leva les mains pour se dédouaner, la bouclant au passage. Presque à contrecoeur, Jeanne concéda finalement.

- Parions. Alors.
- Paaarfait.

Les mains réjouies de Percy claquèrent l'une contre l'autre et un sourire triomphant dévora ses traits.

- Comment qu'on va tester ça ?
- Facile ! Tu vas voir. Galaad ?
- Oui ?
- Tu veux mon sucre d'orge et me fais voir tes jolies pommes ?
- Pourquoi pas, ça fait longtemps que j'en ai pas mangé ! Mais j'ai pas de pommes, je peux en acheter au marché mardi si tu veux. Mais c'est quoi le rapport avec le test ?

Walls se tordit de rire. Bors passa doucement la main sur son visage, légèrement dépité. Perplexe, le regard de la jeune femme passait de l'un à l'autre. Serviable, le colosse se dévoua aux explications.

- Le sucre d'orge, c'est de l'argot pour le membre viril de l'homme et les jolies pommes pour tes seins. Autrement dit... Voilà, tu as compris.

Le rouge dévora jusqu'aux oreilles de Jeanne. Pendant tout le reste de la collation, elle n'osa rétorquer quoique ce soit et la coloration carmin peina à quitter son visage. Percy ne se gênait pas pour continuer à la charrier. Finalement, lassé du petit jeu, l'ancien esclave reposa sa tasse sur la table et sauta du coq-à-l'âne.

- J'sais bien qu'on est dimanche et qu'on est pas supposé bosser l'jour du seigneur, mais on pourrait peut-être avancer sur la nef vu qu'on a pas d'commande urgente, ni d'ouvriers curieux dans les pattes ?
- Oui ! D'ailleurs, j'ai eu quelques idées. Je n'ai pas encore eu le temps de faire tous les calculs, mais je songeais à diminuer un peu la voilure pour gagner en pénétration dans l'air.
- On risque pas plutôt d'en perdre si on diminue la surface de poussée ?


Le détournement de sujet fonctionna à merveille. Le débat dura longuement et la collation s'étira. Puis, une fois Jeanne changée pour des atours plus pratiques pour le travail - pas de tournure, un corset plus souple, une jupe de toile solide sur son jupon et une chemise dont les manches se remontait plus facilement - le trio se mit à l'ouvrage dans la halle secondaire sur la fameuse nef.

Ainsi allait, depuis plusieurs mois, la vie tranquille de la française exilée. Ses contrées natales lui manquaient-elle ? Ne désirait-elle pas se venger contre ceux qui lui ont dérobé sa vie, sa famille ? Assurément ! Mais par où pouvait-elle bien commencé sans aucune piste, sans la moindre idée du commanditaire. La menace larvée planait toujours : N'avait-il pas quelqu'un dehors, en Europe ou même ici, qui la recherchait pour achever définitivement la Maison d'Ithier ?

(c) fiche crée par rits-u sur epicode


Dernière édition par Galaad le Dim 7 Juin - 16:42, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Jeanne Angèle Marie d'Ithier ou parfois Jane Walls, mais toujours Galaad   Sam 6 Juin - 4:30
Hop ! La fiche est terminée. Plutôt que la rallonger encore, je préfère laisser certains points pourtant importants dans l'ombre (La Nef, l'Entrepôt de Walls - je ferais une demande de lieux donc ça viendra vite - , Mémoire de sang, les détails sur la baronnie... ) et en discuter au cas par cas par le staff quand il y aura effectivement besoin d'en parler en détails. Naturellement, je suis prêt à les rajouter si vous estimez que c'est mieux de tout avoir parfaitement défini dès la fiche.
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MessageSujet: Re: Jeanne Angèle Marie d'Ithier ou parfois Jane Walls, mais toujours Galaad   Sam 6 Juin - 23:16
Re-bienvenue !

J'étais curieuse de voir cette version de Galaad et, wah, l'attente en valait la peine. Le background est très fourni certes, mais ô combien intriguant et fascinant. J'ai adoré les multiples références aux légendes arthuriennes (et le fait qu'un des personnages soit anglaise, petit clin d’œil au fameux roi Arthur en Angleterre ?) Puis tout le côté christique du personnage, l'aspect religieux est finement maitrisé. Tu as toujours cette plume envoûtante qui sait dépeindre un environnement aussi bien noble et précieux, que rustre et populaire.

Mais, il y a un mais. Pas très gros, mais une petite correction s'impose sur la nature demi-féerique de Galaad.

Un autre personnage a, lui aussi, une mère fée dont elle n'a que vaguement hérité de la filiation : Alice Liddel. Pour ma part, avec Alice, je l'avais borné à ce qu'elle ait le pouvoir d'octroyer des dons. Et là, de ce que je lis de Galaad, elle a quasiment les mêmes pouvoirs qu'une fée "normale". Pourquoi ne pas en faire une fée, tout simplement ? (Au pire, elle sera dans deux groupes, ce n'est pas grave !) Ou si tu veux vraiment conserver l'idée que sa magie est moins puissante que celle de sa famille maternelle, tu peux en faire une sorcière ? Mais il faudrait retirer la possibilité d'offrir des dons, même à des objets.

Je te laisse voir parmi ces deux possibilités ! :write:


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MessageSujet: Re: Jeanne Angèle Marie d'Ithier ou parfois Jane Walls, mais toujours Galaad   Dim 7 Juin - 16:53
Hop ! J'ai donc préféré en faire une fée, le concept collant mieux au coté naturel et pur d'un Galaad, tout en permettant, dans l'avenir du perso, d'éventuellement toucher à la technomagie.

o7 Corrigé, cheffe, oui, cheffe !



Remarque HRP : Les dialogues de Galaad sont en teal et les mots en français dans les discours en anglais ou espagnol seront signalés en italique.

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MessageSujet: Re: Jeanne Angèle Marie d'Ithier ou parfois Jane Walls, mais toujours Galaad   Dim 7 Juin - 17:15
Te voici donc doublement verte ! (Quel joli combo 8D) Et je tiens à dire que j'adore ton groupe de PNJs, ils formeraient un subtil groupe de chevaliers. La nouvelle Table Ronde 2.0. Courage avec eux !



Je me devais de mettre du Kaamelott.


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MessageSujet: Re: Jeanne Angèle Marie d'Ithier ou parfois Jane Walls, mais toujours Galaad   Dim 7 Juin - 17:55
Ouais ! Ils sont tous très... subtils. Surtout Bors.

Merci Cheffe !
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MessageSujet: Re: Jeanne Angèle Marie d'Ithier ou parfois Jane Walls, mais toujours Galaad   
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Jeanne Angèle Marie d'Ithier ou parfois Jane Walls, mais toujours Galaad

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