Chasseuses de vagues (juin 04)

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Galaad
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Galaad
Lun 22 Juin - 15:35
"Panique à la plage : Panne sur le Lady Liberty !"

Voilà se qui faisait couler de l'encre depuis le début de la semaine, la fièvre des attentats d'Emerald s'apaisant un peu. Avouons qu'un atterrissage d'urgence sur une plage d'une station balnéaire n'était pas la manœuvre la plus effectuée par un pilote. Les journalistes s'en donnaient à coeur joie. Un interminable ballet de curieux se pressait autour du dirigeable, couché dans le sable comme la dépouille d'un antique mastodonte des mers. Certains s'amusaient même à grimper le long de la coque pour poser fièrement devant l'appareil d'un photographe profitant intelligemment de la petite catastrophe. A part l'emploi d'un mécanicien paresseux, la mésaventure du Lady Liberty n'avait fait aucune victime. L'armateur en charge de l'appareil de plaisance, bien sûr, avait sans doute frôlé la crise cardiaque en voyant son investissement lui faire si mauvaise presse, mais il mettait à présent tout en oeuvre, la moustache frétillante d'impatience, pour trouver un mécanicien capable de faire jaillir du sable sa dame.

Ainsi fut contacté Percy Walls. Le presque roux ingénieur et sa petite réputation avaient embarqué séance tenante sa "soeur" Jane. N'importe qui ne fréquentant pas l'atelier ou Avalon Street pourrait s'interroger sur le pourquoi l'homme s'encombrait d'une donzelle sur une mission de réparation. Les autres sauraient le double motif. Premièrement, impossible de laisser la donzelle une semaine seule de crainte qu'un soupirant ne cherche à la kidnapper - du moins Percy se l'imaginait ainsi -. Deuxièmement, ne pas prendre sa meilleure apprentie - mais pouvait-il encore la désigner ainsi après avoir vu la seconde phase du Projet Icarus ? - pour une mission aussi importante relevait de l'idiotie la plus crasse.

Arrivé le lendemain soir sur les lieux, le duo n'eut guère le temps de profiter des vagues. Pour pouvoir localiser la panne tranquillement, il avait même fallu faire appel aux gendarmes du crû pour dissiper la foule de badauds. Tels des Jonas dans le ventre de la bête, le tandem examinait les entrailles du Lady Liberty, passant au peigne fin tuyaux, câbles, jusqu'au plus petit engrenage. En temps normal, la lecture du journal du mécanicien de bord aurait dû permettre de restreindre un peu les recherches grâce aux symptômes précédents. Toutefois, l'ex-mécanicien tirait complètement au flanc et les dernières entrées du journal remontait à plus d'un mois. Et un mois de vol pour un bâtiment transportant des civils, c'est comme une année pour une prostituée au physique bien tournée. Autrement dit, il avait pu se passer des choses sales et au moins un passager indésirable ou malveillant.

Au matin du deuxième jour, après cette première journée infructueuse, Percy dévissait patiemment un panneau de protection dans la salle des machines. Le pas de vis endommagé lui donnait du fils à retordre mais symbolisait aussi le premier espoir de mettre enfin le doigt sur le nœud du problème. A l'extérieur, à flanc de coque, Galaad en vérifiait l'intégrité : Les clients de l'hôtel voisin s'étaient plaint que quelqu'un avait passé la nuit à marteler le métal. Probablement qu'un petit malin aura tenté de désosser certains éléments pour récolter un peu d'argent de poche. Le pied-de-biche découvert un peu plus tôt corroborait la théorie. Après avoir failli manger sa moustache en voyant une femme s'occuper de sa Lady Liberty, l'armateur était retourné, en pestant, à l'une ou l'autre activité qu'affectionnaient les hommes fortunés. Fumer le cigare dans un petit salon de l'hôtel se figurait Galaad vu le fumet que l'homme dégageait.

Heureusement, toutefois, il ne pleuvait pas ! Il ne faisait cependant pas très doux pour un mois de juin. Les curieux des premiers jours dispersés, la plage n'était guère fréquentée que par des enfants essayant de faire décoller un cerf-volant. Distraite par les éclats de rire des morveux, la demoiselle se laissa surprendre par une soudaine rafale de vent. Son couvre-chef, un gavroche, en profita pour s'envoler, faisant claquer la tignasse indisciplinée dans l'air. Maugréant, Galaad glissa le long de l'appareil pour se mettre en chasse de ce dernier. Il virevoltait sur une centaine de mètre. La narguant, il se carapatait à chaque fois qu'elle le frôlait du bout des doigts. Puis, suprême insulte, il choisit de percuter en plein visage un passant. Se pressant, Galaad se saisit enfin de lui, le sourire triomphant et les cheveux parfaitement défaits. Prestement, elle se coiffa du chapeau, fourrant les boucles sombres pèle-mêle sous le tissu pour l'empêcher de lui faire encore faux-bonds. Elle essuya ensuite ses mains sommairement sur sa robe-tablier en cuir, le trousseau d'outils sur la hanche, et se saisit des mains de l'inconnu pour les secouer chaleureusement. Elle y tenait à son béret !

- Merci et désolée qui vous soit arrivé sur l'coin d'la trogne. Z'êtes bien urbain.

A ce moment-là, et seulement à ce moment-là, elle tilta qu'une des mains saisies n'était pas vraiment faite de chairs. Les sourcils se froncèrent brièvement, comme si la chose lui paraissait parfaitement improbable. Sans la moindre gène, elle dévisagea alors l'inconnue. Ses lèvres laissèrent un "oh" stupéfait s'échapper avant qu'un sourire tout neuf ne dévore son minois, jusqu'à illuminer les yeux turquoises.

- 'jour. Désolée, j'voulais pas être impolie.
Galaad
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Alice Liddell
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Alice Liddell
Jeu 25 Juin - 23:06
Alice avait longtemps ruminé son échec de la ville de Salem. Elle avait misé tant d'espoir dans ce projet que le voir détruit, mis à sac, lui laissait un amer goût en bouche. Les pitreries de Pitt n'avaient pu su lui retirer cette idée tenace qui ne la lâchait, pire qu'une tique enfouie dans le pelage d'un chien : elle aurait pu réussir. La victoire avait été à deux doigts, arrachée de ses mains par des visiteurs impromptus, et surtout un vampire fantasque. Telle l'enfant qu'elle demeurait, malgré ses vingt ans bien sonnés, Alice avait sillonné les rues de New-Wonderland, hantant la ville de Pitt, fantôme sépulcral à la fureur palpable.

Il fallut le secours des fleurs pour obliger l'Androïde à reprendre la route, à se changer les idées, ne serait-ce qu'un temps. Pensée avait été l'instigatrice principale. Mère de toutes les Fleurs, panseuse officielle des plaies des âmes infortunées, elle avait pris Alice sous son aile, avec une promptitude déconcertante. Elle accompagna elle-même l'Androïde jusqu'au lieu de sa sortie improvisée veillant, comme une mère, à ce que la demoiselle soit bien apprêtée. On aurait dit une mère de famille menant sa fille se promener au parc zoologique.

Sauf qu'Alice descendit seule du Zeppelin, qui s'était affrété à l'écart de la station balnéaire – pour ne pas éveiller les soupçons. Pensée demeurait ce qu'elle était : une fleur de trottoir au carnet outrageusement chargé. Promesse fut donnée de se retrouver dans quelques jours, au même endroit. Agrippant son chapeau de promenade, dont le ruban d'un blanc crème claquait au vent, Alice s'avança vers la station.

Sa morosité la quitta peu à peu, se fragmentant à mesure que ses pas la menaient plus en avant. La jeune femme n'avait aperçu mers et océans qu'aux abords de quais bondés, emplie d'une foule pressée. Jamais encore la plage ne s'était offerte à ses yeux. Et encore moins des individus attifés de maillots, les hommes et femmes en rayures séantes. Une gêne vint assaillir l'Androïde qui détourna les yeux, pudiquement.

Tout ceci était franchement déroutant. Exotique.

Une gavroche vint s'écraser sur son visage, l'aidant ainsi à mieux se soustraire à ces visions. Alice leva la main pour retirer le chapeau mais, déjà, des mains inconnues la libérèrent de ce carcan de tissu, avant d'agripper ses mains. Les deux. Chair et métal.

Alice se crispa, attendant l'inévitable cri, l'inévitable insulte. Des yeux turquoise la fixèrent sans détour, avec une bravache propre aux gens de petite condition. Nulle crainte ne s'y lisait. Si lueur il brillait, ce devait être de la curiosité.

- 'jour. Désolée, j'voulais pas être impolie.

C'était bien la première fois qu'un humain s'excusait auprès d'elle. Alice en était si retournée qu'elle en perdait son espagnol boiteux.

« Je... Y a pas de mal. » L'Androïde baissa son regard sur ses mains, retira celle de chair pour la poser sur celle de l'inconnue, celle qui tenait le membre métallique. « Vous devriez faire attention. Les doigts de cette main peuvent se révéler coupants. »

L'Androïde espéra que ces propos ne seraient pas perçus comme une menace latente.

Tout de même, curieux tandem qu'elles formaient là : un homme (Alice, malgré la voix un peu aiguë, la mettait sur le compte de la jeunesse), probablement mécanicien au vu de sa mise, tenant les mains à une demoiselle habillée en robe de voyage estivale, chapeau à la clé. Noir poussière et blanc virginal. De quoi écrire un roman de gare.

« Vous pourriez peut-être m'indiquer mon chemin. Une amie m'a invité à venir ici pour voir un dirigeable échoué. Et la plage. C'est que... je n'en avais jamais vu, malgré mes voyages. Est-ce normal que tous ces gens soient vêtus... ainsi ? »

Du menton, Alice désigna quelques attroupements à quelques pas d'eux. Hommes à moustache et favoris bombant le torse dans leurs maillots rayés, femmes s'éclaboussant gaiement près des rochers en piaillant de concert. Non sans, soudainement, prendre des airs de vierges effarouchés, lorsqu'un regard masculin glissait sur elles.

Tout ceci était aussi incongru pour Alice qu'une troupe d'éléphants.
Alice Liddell
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Galaad
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Galaad
Sam 27 Juin - 10:20
Si menace il y avait, Galaad n'en avait pas saisi la moindre possible allusion. Naïveté disait-on. Peut-être en était-ce effectivement. Ou alors était-il question là d'une profonde envie de ne pas voir le mal partout. La jeune femme posa le regard plus longuement sur la main métallique, l'examinant en silence, mais pas trop afin de ne pas mettre mal à l'aise sa propriétaire. Retirant ses mains, elle releva ensuite le nez et demanda spontanément :

- Vous vous faites pas mal au moins ?

Elle enchaîna avec toute l'innocence des jeunes gens :

- Non parce que sinon, j'devrais pouvoir bricoler un truc pour qu'ça vous coupe pas m'voyez.

L'intimité envers les androïdes ? Connait pas ! Lors de ses voyages, si elle n'avait pas croisé grand nombre de ces individus - à sa connaissance du moins - elle avait rencontré assez d'hommes et femmes aux destins différents, abimés par la vie et aux membres manquants remplacés par du métal, pour ne pas les exclure de l'humanité. Puis Dieu était Amour et Miséricorde, Il n'aimerait sans doute pas qu'on maltraite quelqu'un pour une différence qu'il subit. Oh, elle n'ignorait pas que les êtres échappés d'un asile roumain partageaient des origines autrement plus sombres et que la technologie était irrémédiablement liée à eux changeait quelque peu leur nature et leur connexion au monde. Dans sa petite caboche toutefois, cela ne changeait pas la base : Ils étaient humains.

Avec un crissement sur le sable, elle se retourna vers la direction du Lady Liberty et la pointa.

- C'part-là.

Elle pivota à nouveau vers Alice et apporta une précision.

- Mais savez, Miss, vous pourrez pas y voir grand chose, à part la bête sur son flanc, c'pas un chantier public.

Le sourire restait gravé sur les lèvres ourlées. Le regard glissa sur la tenue immaculée. Avec envie. Quelle jolie robe ! Si blanche et ce chapeau ! Depuis la Russie, Jeanne rêvait d'une nouvelle tenue supplémentaire, soudainement nostalgique des tenues multiples d'une demoiselle de sa condition. Peut-être qu'elle pourrait ne pas mettre son salaire de coté pendant quelques mois et s'offrir une robe de voyage estivale. Percy râlerait devant la dépense inutile. Puis il rougirait en la voyant bien mise. Rien que la pensée fut suffisante pour lui faire monter le rose aux joues.

- Heu.. hein ? Oh oui ! C'est normal les gens. C'une station balnéaire. Y viennent pour s'baigner pour s'détendre. Hier, y avait un gars, l'était si rouge qu'on aurait dit une écrevisse. Z'auriez du voir sa tronche.

Au souvenir, son rire cristallin se fraya un chemin hors de sa bouche et chassa les rougeurs. Plus besoin de faire semblant d'être Vermine à présent, donc pas de camouflage inutile de rire ou de voix. A dire vrai, sous l'épais tablier de cuir qui comprimait tout, elle portait une chemise écrue en toile épaisse qui moulait même un peu trop étroitement la poitrine, afin de ne pas être trop large à la taille, et une longue jupe - toujours un peu trop courte comme toujours - grise et rapiécées plusieurs fois d'étoffes diverses. Peu importait que la tenue de travail ne mette guère en avant son genre féminin ou qu'elle fut un peu trop portée.

- Viendez, j'vous montre l'chemin. Vous pourrez regarder. Pis si vous m'laissez jeter un coup d'oeil à votre bras, pour comprendre hein, histoire d'éventuellement pouvoir aider un collègue qui a une prothèse au bras en faisant plus léger m'voyez, j'vous ferai faire l'tour du dirigeable.

La nymphe issue de la méditerranée ouvrit la marche sans vraiment prendre garde si sa camarade du moment lui emboitait le pas. Il fallait qu'elle retourne bosser qu'elle suive ou non ! Une boucle taquinait gracieusement la nuque gracile en rythme avec le pas.

- J'suis surprise qu'vous voyez l'plage pour l'première fois. C'pas toujours avec du sable comme ça. Des fois, l'est blanc. D'autres, y a des galets partout. Quand la mer l'est enfermée entre deux parois de roches blanches, l'eau l'prend des nuances merveilleuses, comme des turquoises. Des plages s'crètes qu'seuls les initiés peuvent connaître.

Heureusement, l'arrivée devant le mastodonte des airs échoué interrompit le flot soudain de paroles de la mécanicienne. Cinq sujet sur lesquels il ne fallait jamais la lancer sous peine de devoir tenir le crachoir pendant des heures : La mécanique, l'escrime (enfin tout ce qui était lié de près ou de loin aux chevaliers), la techno-magie, les oiseaux de proie et bien sûr, la mer ! Elle tapota le flanc de la bête par trois fois, un sourire taquin sur les lèvres et enjoignit d'un geste Alice à faire le tour.

- J'vais continuer d'bosser avant d'prendre une mandale par l'patron. Dites-moi quand vous aurez assez observé !

Là-dessus, elle grimpa à nouveau et reprit son inspection minutieuse de la coque. Parfois, elle s'interrompait pour prendre quelques notes sur le carnet qu'elle dégainait de sa ceinture à outils. Elle donna quelques coups de maillets pour redresser certains pans de tôle, guettant toutefois l'androïde à intervalles réguliers.
Galaad
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Alice Liddell
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Alice Liddell
Dim 28 Juin - 18:12
Bricoler un truc pour qu'ça coupe pas. Pensive, Alice fit jouer les griffes qui lui servaient de doigts, soupesant la proposition. Mais la demoiselle (la personne avait rapidement trahi son appartenance au sexe féminin par le regard posé sur la robe, et le renflement discret, mais présent, de sa poitrine sous la chemise) se remit à pérorer, et bah, comme une fille ! Alice n'en fut pas même blessée, l'écoutant, se laissant même bercer par son verbiage teinté de patois. C'était rude, mais chantant.

Toute crainte envolée, Alice emboîta le pas à la demoiselle. Sa conduite l'amusait, la charmait mieux que ne l'aurait fait le verbiage d'un soupirant. Elle avait un côté nature qui lui plaisait. Alice sentit que, face à cette femme, elle n'aurait pas à jouer les dames, seulement à être elle-même. Puis c'est que ça l'intriguait de pouvoir voir une femme travailler dans de la mécanique.

« Si vous voulez. Vous pourrez même inspecter ma jambe, si ça peut vous aider. »

Et Alice de relever un brin les jupes, montrant son pied droit tout rutilant. L'inspection faite, la jupe retomba, la pudeur reprit sa place.

L'androïde demeura bouche bée face à la Lady. Pour une grande dame, c'était une grande dame. Alice rejeta la tête en arrière, essayant de voir la limite de la coque. Mais la forme arrondie l'empêchait d'en voir le bout. Il faudrait probablement faire le tour du mastodonte. Galaad grimpa à son assaut, repartant travailler. Alice se contenta de lui faire un signe de main, avant de reprendre son inspection. Minuscule souris aux côtés d'un éléphant.

Ses doigts de chair tâtèrent la coque, s'amusant du contact provoqué bien différent du bois d'un navire classique. Alice avançait à petits pas, contemplant l'ensemble, essayant de calquer sur cette carcasse échouée celle du zeppelin de Pitt. Les deux structures avaient bien des points communs, et pratiquement autant de divergences.

Alice finit par découvrir l'impressionnante hélice. La jeune fille évita de poser la main dessus, se doutant que l'outil devait être dangereux. Voire tranchant. Sa voix héla Galaad, demeurée à proximité et qui semblait la suivre pour mieux la surveiller. Une prudence qu'Alice ne pouvait pas critiquer.

« C'est avec ça, que ça peut voler ? Je suis déjà montée dans un dirigeable. Mais... J'avais jamais fait attention. »

Avisant une caisse abandonnée, Alice entreprit de grimper et de se mettre debout dessus. Sur cette singulière estrade, elle pouvait discerner un peu mieux Galaad.

« Je peux peut-être vous aider ? Pour vous passer des outils, ce genre de choses... C'est pas possible de visiter l'intérieur ? Trop dangereux ? »

C'est que ça l'intriguait furieusement. Si ça se trouvait, ce dirigeable devait être comme un gros cadeau, un écrin renfermant de beaux trésors. Alice imaginait déjà l'intérieur tout en bois lambrissé, avec des lampes à électricité. Des couloirs où flottaient des parfums de femme, et des relents de cigare.

« Au fait, je me suis pas présenté. Moi c'est Alice Liddell. »

Vrai nom, ou non ? Alice ne l'avait jamais su. Elle s'était toujours nommée ainsi. Probablement un nom sorti d'un livre, vu sa consonance qui n'avait rien de roumain. Peu lui importait, c'était le sien.

La brise marine se leva, faisant claquer la jupe d'Alice contre ses jambes. L'Androïde plaqua ses mains dessus, craignant que le tissu ne révèle des choses que le commun ne devait pas voir.
Alice Liddell
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Galaad
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Galaad
Lun 29 Juin - 14:39
Un bras et une jambe d'androïde à examiner ! Voilà qui lui permettrait d'avancer, de trouver des moyens d'améliorer les prothèses pour les infirmes. Peut-être qu'en adjoignant une petite dose de magie, elle pourrait même faire en sorte de donner une illusion de chair souple et chaude au toucher. Aussi Galaad avait peine à se concentrer sur son contrôle, pas spécialement passionnant fallait l'avouer. Interpelée, elle se déplaça de manière à pouvoir regarder son interlocutrice sur sa caisse lorsqu'elle répondait.

- Non, c'pas vraiment c'te hélice-là qui fait qu'ça vole. Elle propulse l'bâtiment vers l'avant. Mais c'l'air dans l'ballon qui fait qu'ça vole. Heureusement, l'Lady Liberty vole grâce à un ballon à air chaud, la méthode qu'comporte l'moins de risque d'exploser. Sinon ça aurait pu être dangereux avec l'Soleil sur la plage, sans compter les problèmes si l'ballon avait été endommagé dans l'atterrissage forcé.

Répondit-elle en détail. Elle baissa à nouveau le nez quelques instants sur son carnet. Aux quelques annotations se joignirent des gribouilles schématiques.

- Non, c'bon. J'ai fini d'vérifier et redresser c'qui dépassait. Pour les restaurations d'routine, faudra mettre l'dirigeable en câle. Rien de grave, ça sera fait lors de l'prochaine révision complète de l'appareil.

Expliqua-t-elle encore, refusant l'aide. Rengainant son carnet, la jeune fille rangea à nouveau ses outils à son trousseau. Puis, elle se laissa glisser le long du métal comme sur un toboggan. Une nouvelle fois, elle détailla de bien en cap Alice, la jaugea longuement. D'un geste de la main, elle l'invita à la suivre et confirma ainsi qu'elles pouvaient se lancer dans l'exploration de l'intérieur. A la présentation, Jeanne inclina poliment la tête et esquissa une révérence gracieuse avant de se raviser. A la place, elle tendit à nouveau gaillardement la main vers Alice pour la serrer amicalement. Pourtant rompue à ce mensonge, l'exilée peina à en faire un automatisme ou peut-être était-elle simplement réticente à l'idée de mentir.

- J... Jane Walls de Wallsworkshop Ltd, à New York, pour v'tre s'rvice, m'dame ! Si vous, ou vos amis, avez besoin d'mécanos ou d'ingénieurs pour n'importe quels types de réparations ou créations, hésitez pas ! Notre expertise et nos prix sont les meilleurs sur l'marché !

Galaad, panneau publicitaire parlant ambulant. Plus sérieusement, elle offrit un large sourire à Alice et relâcha la main avec précaution. Après quelques mètres encore, elles arrivèrent à hauteur d'une porte fermée de l'appareil. Armée d'une clé à molette, la baronne frappa par trois fois contre le métal. Le bruit résonna durant une poignée de secondes. L'appareil comptait bien évidemment d'autres portes, que ça soit celle pour les passages ou vers les câles. Mais elles réclamaient toutes une certaine force pour être ouvertes et Galaad n'avait strictement aucune envie de maniveler le mécanisme. Percy s'en chargeait très bien pour les futures passagères depuis l'intérieur.

Alice fut accueillie par un gaillard, solide mais de gabarit moyen, en tablier et masque de soudeur dont les cheveux aubruns dépassaient en bataille et une sorte de grondement agacé. Les bras noueux ornés de plusieurs cicatrices, dévoilés par les manches retroussées - ce qui diminuait grandement l'intérêt de porter le tablier mais passons - se croisèrent sur son torse et la tête pencha légèrement sur le coté, l'air de dire "Sérieusement ?" de manière profondément blasé. Presque poliment, il ne toisa guère la jeune androïde préférant réserver son silence à Jeanne. Face à lui, celle-ci opposa un grand sourire de gamine et farfouilla la poche de son tablier pour lui tendre... un coquillage. L'une très, fière de son imbécilité, riait légèrement. L'autre, trop abasourdi par la bêtise, se décalait sur le coté pour céder le passage. Galaad enjoignit sa camarade à prendre la tête avant de se faufiler à son tour dans le boyau seulement illuminée d'une ampoule grésillante. Percy referma la porte derrière elles, bloquant à nouveau l'entrée.

- Avant d'aller dans la partie passager, secouez l'sable. Sinon j'vous fais passer l'balai dans tout l'appareil.

Jeanne acquiesça d'un signe de tête avant de s'enfoncer plus profondément dans le corridor exigu. Percy la rattrapa pour glisser quelques mots rapides au creux de son oreille, en anglais - du moins les sonorités perceptibles le laissaient deviner -. La curiosité marqua les traits de la demoiselle à deux reprises avant qu'elle ne souffle un "m'étonne pas" dans la langue de Shakespeare. Galaad pressa ensuite le pas pour rejoindre Alice, le pas tintant sur les grilles mécaniques protégeant une série de tuyaux variés. A intervalles réguliers, ceux-ci remontaient le long du mur, encadrant une porte ou une simple ouverture. Après un coude à gauche, le couloir s'étira sur une dizaine de mètres avant de s'arrêter sur une échelle. Jeanne s'immisça rapidement entre la paroi et Alice pour grimper la première et ouvrir, avec galanterie, la trappe.

Elles déboulèrent dans un local technique du personnel de bord. Quelques linges ou caisses de boissons sur une étagère métallique, rien n'attirait particulièrement le regard. Jeanne poussa alors la porte en bois et la tint pour sa camarde. Elles arrivèrent ainsi sur le pont principal. Le sol était recouvert d'une couche de linoléum écu pour atténuer le bruit des pas des passagers sans alourdir trop l'appareil. Les parois, en bois, étaient peintes en blanc. Quelques peintures de paysages d'artistes inconnus décoraient les murs. Plusieurs rangées de bancs rembourrés en cuir rouge attendaient les passagers. Ceux disposés sur les quelques hublots éclairant la pièce semblaient plus usés. A coté d'un petit bar en zinc, un panneau en bois annonçait de ses lettres dorées les WC. Sur le même pan de mur que la porte vers le local de service - lui aussi signaler par un petit panneau - Jeanne emprunta l'issue vers vers l'entrée des passagers. Ici, les demoiselles découvraient un comptoir d'accueil, une porte "Staff Only" derrière celui-ci ainsi qu'une porte à double battant.

La pièce ne comportant que peu d'intérêt, Jeanne poussa la porte suivante sans plus de commentaire. Là, le décor austère et fonctionnel céda sa place au luxe feutré. Un chaleureux parquet accueillait les bottines ensablées. Les bas-reliefs bois plus foncés se sculptaient de quelques cadres fleuris rappelant avec élégance les motifs de la tapisserie grenat de la partie supérieure des murs. Parfois, encadré d'or, une toile de maître racontait des voyages grâce à un paysage grandiose. Le long de ceux-ci, une rangées de portes numérotés indiquaient une cabine comportant un petit coin toilette et des couchettes confortables. Chacune disposait de son hublot personnel pour permettre au passager d'admirer la vue en privé. Le couloir principal conduisait ensuite à une grande salle. Si l'attraction principale consistait surtout en l'immense verrière s'ouvrant normalement sur le ciel, la Lady coincée dans le sable, l'immense lustre digne d'une salle de bal accaparait le regard. De multiples tables aux sièges confortables simulaient une salle d'un grand restaurant anglais.

Toutefois, le luxe des lieux se troublait des reliefs de la brusquerie de l'atterrissage. Quelques bougeoirs déversaient des bougies rouges. Des vasques brisées vomissaient des fleurs en train de faner à défaut d'eau ou de terre. Des bouteilles derrière le bar en bois nobles, il ne restait guère plus que des débris. Gardant ouverte une porte sur le mur - annotée cuisine - le fatras de vaisselle brisée craquait sous la semelles des curieuses. Bien qu'il restait encore un étage, cuisine et commodités à explorer, Galaad décida qu'il était temps de laisser Alice s'aventurer à son gré. Elle se dirigea alors vers la verrière. Machinalement, elle en vérifia l'étanchéité des joints avant de revenir vers sa camarade, tourbillonnant avec un rire bref sur le sol marqueté d'une rosace, juste sous le grand lustre. Etait-ce bien prudent de rester sous celui-ci après le choc qu'il a subi à l'atterrissage ? Ne venait-il pas juste de tanguer dangereusement ? Ou était-ce là juste une illusion ?
Galaad
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Alice Liddell
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Alice Liddell
Jeu 2 Juil - 15:57
Alice se retint, à grand peine, de demander à Jane si son prénom avait un quelconque lien avec la dénommée Calamity Jane. Légende de l'Ouest Américain dont elle avait entendu les récits, probablement tous fantasmés. Mais cela ne l'empêcha pas d'imaginer Jane Walss en habit de cow-boy, chevauchant sur fond de soleil couchant. Et, curieusement, l'image lui laissait la ferme impression que cette scène pourrait se concrétiser.

Après un échange de poignées de mains, l'Androïde suivit Jane et assista à l'échange, sans mot dire, mais vaguement amusée. Voilà un laisser-passer des plus étranges, et cocasses. L'homme, ne montrant aucun signe d'hostilité, et connaissant sans aucun doute Jane, ne laissa à Alice qu'une vague impression de fermeté, de rudesse masculine dépourvue d'antipathie. Le genre « bon gros géant », prompte à savoir se défendre, et à user de ses poings (en témoignaient ses cicatrices), mais pas à être pourvu de mauvaises intentions.

Preuve en était son ouverture d'esprit d'avoir une collègue féminine, et de laisser une inconnue entrer au sein de la Lady.

Voulant montrer sa bonne foi, Alice secoua jupes et jambes afin d'en sortir tout grain de sable qui aurait eu le malheur de s'accrocher à elle. Clopinant sur une jambe, une bottine à la main qu'elle secouait vaille que vaille, la jeune femme réussit à la remettre avant de grimper l'échelle.

La menant au sein du navire échoué, lui permettant d'observer un univers qu'elle voyait pour la première fois. Elle se sentait aussi chanceuse qu'une voyageuse ayant l'infime occasion de visiter les entrailles d'un château abandonné, d'un temple ancestral.

Alice eut une grande inspiration, n'osant formuler un quelconque autre mot. Aucun terme ne pouvait décrire la magnificence des lieux, le sentiment qui l'étreignait. Dès que Galaad l'eut rejointe, la saisissant par les bras. Avec des gestes gauches, d'une maladresse témoignant de son inexpérience de la danse, l'Androïde se mit à tourbillonner avec Galaad, l'emportant dans une ronde qui n'aurait pas dépareillé au sein d'une fête de village. On était bien loin de la grâce de la valse, ou même celle du petit menuet. Si d'autres danseurs avaient été présents sur la piste, Alice les aurait bousculés sans ménagement.

Le talon de la bottine d'Alice percuta une vasque. L'Androïde tomba à la renverse, dans un immense éclat de rires, et une grande envolée de jupons. Si Jane n'eut pas le réflexe de se rattraper, elle rejoignit l'Androïde dans sa chute et finit même, probablement, collée contre elle. Alice elle riait, la tête renversée en arrière, n'ayant cure de ses fesses trempant dans l'eau de la vasque. Qu'était-ce qu'un peu d'humidité contre un moment de pur plaisir ?

La jeune femme reprit son souffle, accompagné de hoquets ponctuant ses rires. Elle se releva et aida Jane à en faire de même, si cette dernière était tombée. Attrapant une fleur à demi fanée, Alice la piqua dans ses cheveux et se mit à prendre des airs de dame, outrageusement exagérés. Ses cils battaient à vive allure, sa bouche se plissa en une moue adorable.

« Veuillez excuser ma danse, madame. Je suis encore toute jeune, et peu exercée. » Alice exécuta une profonde révérence, avant de se remettre sur pieds. Son visage avait repris son expression habituelle. Alice ôtait le masque du déguisement. « Vraiment, ils devaient mener de belles danses ici. Avec du champagne, et des petits gâteaux partout. Mais ça, je pourrais jamais y participer. C'est pas pour nous, ces mondanités. » ajouta-t-elle en mettant Jane dans la confidence.

Alice se rapprocha de la porte de la cuisine, passant la tête à l'intérieur, avant de se retourner vers Jane.

« Mais je dirais pas non à travailler en cuisine ces soirs-là. On doit pouvoir récolter les restes. Dommage, qu'ils aient rien laissé, j'aurais bien voulu goûter... »

Sous ses pieds, le sol se mit à chavirer penchant lentement, mais sûrement. Alice se raccrocha à la porte. Son corps ploya, tel un roseau sous une forte houle.

« Nous coulons ! Je veux dire, nous chutons ! Comment c'est possible ? Me dis pas que le navire s'enfonce dans le sable ? »

Hors de question qu'elle se retrouve ensevelie dans une épave. Inspirant un grand coup, Alice lâcha la porte. Comme elle l'escomptait, son dos percuta le plancher et son corps suivit la pente prise par la Lady. La jeune femme planta ses griffes dans le plancher – tant pis pour les dégâts, elle aiderait à réparer.

« Jane ! Attrape ma main. » Alice tendit sa main de chair, prête à saisir la jeune femme, à bras le corps s'il le fallait. « Il faut qu'on sorte d'ici ! Je ne veux pas sombrer corps et biens. »

Alice Liddell
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Galaad
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Galaad
Mar 7 Juil - 16:29
A la folle, Jeanne répondit par un rire à gorge déployée. Elle glissa ensuite sa main à la taille de l'androïde, remontant l'autre afin de la mener comme un prince sa belle à une bal. Pendant quelques secondes, la française murmurait tout bas le tempo d'une valse : Un, deux, trois, un, deux, trois, un, deux, trois. Elle entraîna sa partenaire, dans une série de circonvolutions, le dos bien droit, le maintien altier avant de laisser glisser ses mains pour reprendre les avant-bras et tourner plus joyeusement encore.

A la bottine percutée, elle trébucha à la suite d'Alice. Atterrissant gauchement sur la demoiselle, après l'instant de choc et d'incompréhension, le rire résonna cristallin dans toute la salle. Toutes à leur hilarité, aucune des jeunes femmes ne perçut le balancement de plus en plus marqué du lustre. Jeanne saisit la main tendue pour se retrouver sur ses pieds et lissa dignement sa mise, son tablier plein de cambouis - ce qui avait sans doute tâché la jolie robe d'Alice dans la chute -. Au jeu d'Alice, Galaad se redressa de toute sa hauteur, dos plus droit encore, glissant une main dans son dos et s'inclina très rigidement.

- Ma Dame, vous êtes toute excusée. Comment pourrais-je vous en vouloir alors que vous portez si bravement mes couleurs ?

Après avoir claqué des talons, à l'allemande, elle désigna d'un geste vague la tenue.

- Désolée pour ça, j't'montrerai un moyen d'détacher avec du savon noir.

Scrutant la salle, Jeanne imagina les propos de sa camarade. Les dames en robe cachant leur rire derrière leur éventail, les messieurs avec leurs épaisses moustaches et le ballet de serveurs aux plateaux chargés de mignardises ou de champagnes.

- Si un jour, je devais avoir l'pognon suffisant, j't'organiserai un grand bal dans une pièce aussi luxueuse et où les androïdes pourront danser tout leur saoul en s'gavant de cupcake bien gras et sucrés et picoler la meilleure vinasse du monde !

Ajouta-t-elle, englobant la pièce d'une nouvelle pirouette.

- On dansera jusqu'au p'tit matin en s'foutant bien du protocole, alternant les chansons paillardes avec les valses viennoises, juste pour vivre aussi l'coté trépidant d'une vie d'noble.

Dardant un regard turquoise sur Alice, Jeanne sourit plus largement encore. La nostalgie, cette fichue compagne, mouilla discrètement et brièvement les yeux méditerranée.

- C's'ra dans un chateau en France, ouais. Avec des jardins plongeants dans l'mer, au milieu des vignes et du cassis, et l'plus beau bâtiment volant au monde amarré à l'plus haut'tour.

Elle hocha la tête lentement, chassant d'un revers de manche les résidus de larmes naissantes. Galaad donna superbement le change, en enchaînant sur les cuisines.

- Avec Percy, on a fait l'mécano dans un autre navire d'bourges, l'cuistot l'avait ordre de rien donner d'la bouffe des riflards à nous autres. Mais l'gars, nous refilait quand même l'tout discrètos via les trappes d'serviiiIIiiiice...

De surprise, un tremblement fit grimper une seconde la voix dans les aiguës. Suivant l'exemple d'Alice, Jeanne s'accrocha à porte afin de ne pas glisser le long du sol.

- Non ! C'la marée ! P'tain, les cons z'ont oubliés les Eaux Vives ! On va être emporter en mer !

Le temps avait filé plus vite que ressenti. A l'extérieur, les badauds se rassemblaient devant l'hôtel pointant du doigt vers le dirigeable glissant lentement vers l'arrière, emporter par l'eau montante. Quelques rares plus dégourdis couraient déjà à la recherche de cordages pour sécuriser le navire ou même le tracter grâce à l'un ou l'autre des navires volants privés. L'attraction de la lune pleine toutefois gonflait les eaux avec force, vigueur et rapidité. D'abord, Jeanne acquiesça au dire de sa compagne, fouillant alentour à la recherche d'un échappatoire.

- L'trappe là-bas !

Pointa-elle sur un mur légèrement en amont de leur position. En temps normal, personne n'aurait pris garde à la poignée discrète cachée, au mieux, dans la décoration du mur.

- Conduit de service.

Expliqua-t-elle laconiquement. Pourtant, se diriger vers une des portes du navire semblait la marche à suivre la plus logique. Pourquoi diable l'exilée cherchait-elle à s'enfermer dans ce fichu vide technique ? Puis, soudain, venu des quelques hauts-parleurs, la voix de Percy, parfois pincée, retentit.

- Galaad ? Faut que tu m'aides. Je suis coincé dans le poste de pilotage. Mon jambe est cassée. Je crois savoir comment nous sortir de là, mais c'est dangereux.

Un temps. Jeanne tentait toujours, plus pressée, presque paniquée, de rejoindre cette fichue trappe.

- Il faut que vous descendiez vers les propulseurs arrières. Si on les allumes les deux en même temps, on devrait avoir une poussée suffisante pour nous dégager vers l'avant. L'eau doit monter en bas, mais logiquement, il faut déjà que ça remplisse le compartiment de la quille avant de monter plus haut : vous avez vingt minutes, tout au plus.

Le grésillement cessa plusieurs secondes avant qu'un nouveau cliquetis se fasse entendre.

- Vous devriez faire un détour par l'armurerie. Défoncez l'armoire et récupérer des armes. Les gens fuient à l'extérieur : Quelque chose sort de la mer. Faites attention, quoique ce soit ça a pu rentrer par l'arrière de l'appareil.

Lorsque le silence entrecoupé des hurlements de la carcasse revint, Jeanne patienta un instant.

- Si tu t'laisses glisser en arrière, t'arriveras dans l'entrée : il t'suffira d'ouvrir la porte pour sortir.

Galaad releva ensuite le nez sur Alice, posant son regard dans le sien.

- Mais honnêtement, j'aurais bien b'soin de toi pour mettre en marche la propulsion et surtout défoncer l'armoire pour récupérer d'quoi nous défendre.

Un instant, l'apparent calme parut voler en éclat :

- S'il te plait. Je ne veux pas laisser Percy là-dedans.
Galaad
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Alice Liddell
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Alice Liddell
Sam 11 Juil - 0:06
Fut un temps, la créature avait du avoir un sexe, un nom, une famille, une identité. Désormais elle avait tout perdu. Ne restait que le corps outrageusement gonflé, corps de noyé bouffi, la peau asséchée par le sel, bleuie par le froid. Un cadavre continuant de vivre, de se mouvoir, non pas par la pensée, mais par la simple impulsion d'un ver parasite.

La créature n'était pas seule. Elles étaient plusieurs à sortir de l'onde, sous les cris paniqués des baigneurs. Visions cauchemardesques qui n'auraient pas dépareillé au sein des songes tourmentés de marins ayant échappé aux naufrages. Un homme hurla « Depthscroungers ! » comme si mettre un nom allait atténuer le danger. La foule continuait à fuir, les plus curieux se massaient en hauteur, se pliant en deux sur les rambardes pour observer en contrebas. Nuée de vautours ne pouvant s'empêcher d'observer un futur cadavre. D'assister à sa lente agonie.

Sous les yeux des témoins, les créatures s'engouffrèrent dans la Lady.




Alice regarda la sortie qui s'offrait à elle. Rien ne la retenait ici, après tout. Elle ne connaissait Jane que depuis une poignée de minutes, voire une heure au grand maximum. Pourtant, elle demeura auprès de la mécanicienne. Elle saisit même une de ses mains, l'agrippant à s'en blanchir les phalanges.

« On va aller l'aider, toutes les deux, ton galant. »

Ainsi débuta l'intense épopée, une course contre la montre. Alice collait son corps contre la paroi (mur, plafond, plancher ? Allez savoir), évoluant avec la même dégaine qu'un lézard sur un mur. Plus lentement, n'étant pas habituée à de telles acrobaties. Pour ne pas être gênée dans ses mouvements, la jeune femme avait même nouée ses jupons sur le côté, vaille que vaille, dévoilant le métal qui remontait jusqu'à mi-cuisse.

Aidant Galaad à actionner la poignée, Alice se laissa tomber dans le couloir qui devait les mener à l'armurerie. Ici, les jeunes femmes pouvaient tenir debout mais l'équilibre demeurait précaire, les faisant pencher à droite, suivant la pente opérée avec l'oscillation de la Lady. Une main sur la paroi, Alice suivit Galaad – cette dernière connaissait mieux les lieux qu'elle, simple visiteuse.

Le couloir était doté d'une décoration bien plus sommaire, presque risible comparée à la grande salle qu'elles venaient de quitter. D'un coup de pied bien senti, Alice ouvrit la porte de l'armurerie, coupant court à toute tentative de crochetage. Inutile de faire dans la dentelle. La jeune fille s'empressa de fouiller armoires, coffres, et tout contenant se trouvant à sa portée. Elle se saisit d'un fusil à pompe Winchester, soupesa l'arme. Du gros calibre assurément.

« Tu sais comment ça fonctionne ? Je sais qu'il faut appuyer sur la détente, mais pour la charger ? »

Des pas pesants résonnèrent depuis le couloir. Alice se figea, aux aguets. Tel un limier de chasse, son regard ne quittait pas la porte défoncée, l'ouverture largement entrebâillé. Un clapotement se fit entendre, comme si de l'eau s'insinuait quelque part. Ou que quelqu'un marchait avec des chaussures emplies d'eau. Pas à pas, Alice se rapprocha de l'entrée, arme en main.

A défaut de balles, elle pourrait toujours assommer l'inconnu avec la crosse.
Alice Liddell
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Galaad
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Galaad
Dim 12 Juil - 22:49
Sous l'impulsion de sa camarade, Galaad hocha la tête et noua, de même, sa jupe sur le côté dépourvu des outils. En temps normal, elle se serait sans doute offusquée, pivoine, de voir Percy désigné comme galant, mais le moment n'était pas à ce genre d'enfantillage. Les deux jeunes femmes arrivèrent au prix de quelques acrobaties peu féminines à pénétrer dans le conduit technique. Une échelle empruntée en glissant à moitié, elles atterrirent dans un des couloirs de l'équipage. La Lady gémissait de toute part, violentée par les flots et pénétrée par les dégoûtantes créatures. Alice, toute en puissance, débloqua la porte de l'armurerie d'un bon coup de pied et Jeanne s'enfila rapidement à l'intérieur pour trouver le minimum pour se défendre. En sus de Mémoire de sang, sa fidèle rapière qui ne la quittait jamais - actuellement soigneusement sanglée à l'arrière de la poche à outils battant le long de sa jambe - il lui fallait une arme à distance. Un bon fusil serait l'idéal mais dans les couloirs étroit, aucune chance de pouvoir faire mouche rapidement avec une arme aussi lente.

- Facile, ouvrir le magasin et glisser les cartouches. Pomper entre chaque coup ici. 6 balles pour ce modèle-ci. Tu dois pouvoir tirer à une main avec ton bras d'métal. Mais à deux mains, ça sera mieux.

Sans attendre, elle prit l'arme des mains d'Alice pour accompagner son explication des gestes correspondants. Une fois le premier chargement effectué, elle lui rendit le fusil.

- Attention au recul si t'as pas l'habitude.. Ne tire pas quand je suis devant, même si tu vises bien, l'tir est pas net, ça s'disperse.

Fouillant l'armoire, elle en tira deux Smith and Wesson, des .44 American, un pour elle, l'autre pour Alice. Pas le plus léger des modèles mais il ferait l'affaire. Elle chargea rapidement l'un comme l'autre : De sa période "Vermine", lorsqu'ils parcouraient encore le ciel sur des navires peu respectables, elle avait bien appris à préparer les armes pour Salomon et Percy (et accessoirement tirer). Puis, malgré les ordres de Walls, Salomon et Galaad passaient leur dimanche matin, après la messe, pendant que le patron roupillait, à s'entraîner dans la cour. Il avait suffi de graisser un peu la patte du poulet du coin, avec quelques bouteilles de whisky importées, pour qu'il les laissent tranquillement s'entraîner et tester leurs réparations/créations. Pire encore, le bonhomme se joignait régulièrement au duo pour profiter de l'aubaine pour tâter des armes parfois prestigieuses.

Découvrant une autre boîte de cartouche pour le Winchester et les revolvers, elle en fourra une pleine poignée dans la poche de son tablier et le désigna d'un geste du canon de sa propre arme à sa camarade, une invite à se servir. Après analyse, Bors lui avait rabâché les oreilles avec le besoin d'adapter ses armes à l'ennemi et à l'environnement - sans doute était-ce pour cette raison que le colosse noir ressemblait plus à une armurerie ambulante qu'à un cowboy ou pirate quand il allait au combat - elle n'ajouta aucune autre arme à sa charge que le Smith and Wesson. Plus pratique dans le couloir, plus rapide pour tirer et couvrir la recharge de la Winchester.

Galaad passa sa tête par l'encadrement de la porte, vérifia de part et d'autres avant de se risquer à nouveau dehors. D'abord à pas aussi feutrés que possible sur les plaques métalliques, Galaad descendit une des artères du navire. Non loin, l'eau clapotait dans le vide technique où passait les différents câbles et tuyaux. A intervalles réguliers, l'exilée s'arrêtait brièvement pour jeter un coup d'oeil aux portes des quartiers du personnel. Bientôt une odeur de marée morte, un savant mélange de sable mouillé, d'iode, de poissons pourris et algues avariées saisit les deux jeunes femmes à la gorge. Machinalement, la française frotta son gorge et son nez comme si cela suffirait à chasser la puanteur. "Pas l'moment d'faire ma précieuse" se fustigea-t-elle. Qu'elle aurait aimé avoir son foulard pourtant pour s'en couvrir au moins les narines. Elle chuchota rapidement à sa partenaire.

- Après l'prochain coude, y aura la porte d'la salle des machines.

Les pieds des demoiselles barbotaient à présent dans l'eau et la pente devenait glissante. Avançant avec précaution, Galaad se retenait aux différents tuyaux courant sur le mur. Soudain, un râle résonna dans l'appareil. Torturé, douloureux, le cri raclait le long de la gorge qui le lançait et explosait en un gargouillis de bulles. Une fois annoncé, avec une politesse glauque, la créature apparut au fameux angle. Autrefois, elle avait dû être une jeune femme aux traits avenants, plus jeune peut-être qu'Alice ou Jeanne à sa mort. A présent, la peau livide semblait aussi poreuse que du corail, ornée horriblement magnifiquement de circonvolutions artistiques. Les cheveux algues cascadaient, parodie de naïade et de pudeur, pour dissimuler la poitrine mangée de coquillages. Son bras gauche s'alourdissait d'une abondante masse de coquillages et corail conglomérés, touchant presque le sol. A peine trois secondes plus tard, un second apparaissait. Mâle cette fois-ci. De lui n'émanait que du silence : sa gorge souriait, dévorée d'une myriade de petites coques coupantes. Sa bouche depuis longtemps régurgitait un flot d'algues vertes, imitant une langue tirée. Son ventre boursouflé et bleu se trouait parfois pour laisser échapper des petites tentacules et, depuis ses coudes, sa chair avait subi le même sort, se séparant en une série de cinq appendices ressemblant aux bras d'une pieuvre. Lentement, implacablement, ils avançaient. Lorsqu'ils levèrent leurs yeux entièrement blancs vers Alice et Jeanne, la femelle donna l'impression de pleurer tandis que son compagnon soudainement se ruait, étonnamment vif.

Par réflexe, Galaad avança de trois pas et se plaqua dans l'encadrement d'une porte pourtant close. Elle s'y lovait parfaitement, comme si elle paniquait... ou plus probablement pour laisser le champ libre à l'arme lourde.
Galaad
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Alice Liddell
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Alice Liddell
Mer 15 Juil - 23:06
Un haut-le-cœur prit Alice lorsque le parfum des monstres remonta jusqu'à elle, plus puissant qu'auparavant. Si l'urgence de la situation ne l'avait pas maintenu en éveil, la jeune femme se serait penchée pour recouvrir, copieusement, le sol avec le contenu de son estomac. La jeune femme inspira un grand coup, essayant de nier l’épouvantable émanescence qui était parvenue jusqu'à sa personne.

Les monstres étaient ignobles. Grotesques. Mais, surtout, agressifs. Du moins l'un d'eux qui fonça à sa rencontre, en poussant un cri caverneux.

La crosse se colla contre la hanche d'Alice. Ses bras tenaient la créature en joue. La sueur rendait sa paume moite, mais elle refusa de l'essuyer sur ses jupes craignant que ce simple geste ne lui fasse lâcher prise. Ou ne lui fasse perdre un temps bien trop précieux. Alice releva le canon, serra les dents.

BAM.

Le ventre de la créature tressauta, à la manière d'une gelée anglaise. La créature stoppa net son attaque, penchant la tête pour observer la trouée opérée dans sa chair. Des tentacules se déversèrent, à défaut d'entrailles, dans un bruit spongieux peu ragoûtant. Alice crut même, un instant, que les dites-tentacules étaient douées de vie propre et continuaient de bouger hors de leur hôte.

Reprenant ses esprits, Alice tira une seconde salve. La créature lâcha un grognement courroucé, appréciant peu de servir de cible à une débutante. Seules certaines balles arrivaient à l'atteindre, et les dégâts demeuraient mineurs. Se balançant de droite à gauche, suivant le roulis opéré par la Lady, le Depthscrounger se remit en branle, levant haut sa main « mutée » dont les tentacules s'agitaient avec ferveur.

Une tentacule fut tranchée par un tir d'Alice. Mais la jeune femme n'eut guère le temps de recharger. Les tentacules de la créature saisirent le canon de son arme, remontant jusqu'à ses mains. Le contact glacial se propagea dans tout son corps, lui arrachant un frisson. Le dos d'Alice était déjà meurtri par chaque recul opéré à chaque rafale. La jeune femme se retrouvait plaquée contre un mur, le dos en miettes, une créature subaquatique en face d'elle.

Ne lâchant pas son arme (hors de question de la laisser à cette créature), Alice se mit à beugler. De toutes ses forces.

« Tire Jane ! Je le retiens ! »

Ou plutot il la retenait.
Alice Liddell
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Galaad
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Galaad
Ven 17 Juil - 15:32
Première cartouche.
Sa tête vibra une seconde sous le vacarme de l'arme se répercutant contre les entrailles métalliques de la Lady. Ses oreilles bourdonnèrent tellement qu'elle y porta machinalement ses mains pour les couvrir.
Seconde cartouche.
Au bruit du la recharge, elle se retourna dans l'encadrement de la porte pour faire face au danger.
Troisième cartouche.
Dans son dos s'enfonçait durement la manivelle qui scellait la porte.

Pas de recharge.

Alice l'appelait. Elle avait besoin d'elle. D'une impulsion, elle se décolla du battant métallique. Elle redressa la main gauche et tâcha de viser la femelle en arrière, pour la garder en respect. Hélas, le bâtiment vacilla. Emportée, ballotée, la tireuse ne fit qu'effleurer sa cible à l'épaule. Percutant le mur, assez violemment le mur, le revolver lui échappa même des mains et glissa le long du sol métallique, hors d'atteinte. Heureusement, la douleur ressentie et l'état de son camarade tentaculaire suffit, dans un premier temps, à retenir la femelle. Pour écarter toute menace, elle balayait sans conviction ou force réelle vers l'avant, obligeant Jeanne à reculer d'un bond rapide.

Pas le temps de se mettre en quête de l'arme échappée, l'assaillant de son alliée reprenait son équilibre après le mouvement de la Lady. Finalement le monstre de métal balloté leur avait offert un temps de répit. Souffler. Réfléchir. Deepthscroungers. Le parasite n'était pas récent. Il y en avait eu une ou deux fois après un naufrage lorsqu'elle était enfant. Comment les hommes de Père les avaient-ils tués déjà ? Silencieuse, une main contre le mur pour garder l'équilibre, Galaad dégaina Mémoire de sang. La nuque, le vers s'y nichait et s'enroulait autour des cervicales pour contrôler l'hôte. Difficile depuis l'arrière de s'attaquer à cette partie osseuse, hormis à l'arme à feu. Depuis la gorge, le tendre cou ne résistait guère à la pression de la pointe d'une rapière. Autrement dit, elle n'avait guère d'alternative pour venir en aide à Alice.

Mémoire de sang ne ressemblait guère à ces épées de cour, triangulaires et d'estoc seulement, qu'affectionnaient déjà à l'époque les nobles. Forgée de l'écume par le Roi Pêcheur, baignée dans le sang des Ithiers, la lame étroite d'un acier rouge sang est parcourue d'une série de runes bleutées à la Gloire de Dieu. A l'italienne, le ricasso est ciselé de complexes arabesques d'or figurant une mer déchaînée et les quillons torsadés, avec la lame comme portant, une croix. Sertie dans le contrepoids, un diamant unique reflète toutes les couleurs de l'arc-en-ciel. La poignée ainsi protégée est recouverte d'un cuir sombre étrangement résistant, écailleux presque. Ainsi cette rapière, comme toutes les autres hormis celles de cour, tranchait en plus de transpercer. Oh, elle ne risquait pas de taillader dans la chair comme un espadon - ou plutôt fracasser contrairement à la romantique idée de découpe nette - mais suffisait parfaitement à couper profondément la peau et, dans ce cas précis, les tentacules mous.

Jeanne s'interposa entre son alliée et son monstre de cette manière : les appendices sur le fusil à pompe proprement coupés. Un brusque coup de pied sur le coté d'un rotule bouscula la créature des profondeurs contre la paroi métallique opposée. Le geste suivant de Galaad fut fort simple : Déplacer la pointe de sa lame vers la gorge du monstre et le laisser s'empaler bien galamment de tout son poids dans la charge qui ne manqua pas d'arriver. D'un coup d'épaule, elle se dégagea de sous la carcasse parcourue de spasmes, vêtements et visages maculés du sang noir et visqueux. Sèchement, elle fouetta l'air de sa lame pour la dégorger des salissures. L'enchainement rapide, la réflexion puis l'action se déroulèrent en moins d'une minute, la laissa pantelante quelques instants.

Quelque chose clochait néanmoins.
Un simple petit détail.
Galaad souriait.
De toutes ses dents.
Un grand sourire heureux.
Parfaitement malsain vu les circonstances.

A Alice, elle n'accorda qu'un bref regard, s'assurant qu'elle était entière, pas blessée. Puis, elle se dégagea de la paroi où elle reprenait son souffle pour se placer au bout milieu du couloir. Entre Alice, sa princesse, et le monstre femelle hurlant à la mort, rassemblant probablement par ce fait, les troupes, se dressait Galaad le chevalier. Peu importait la tignasse de boucles humides collées le long de ses tempes ou sa nuque par l'iode de plus en plus présente dans les entrailles de la Lady ou encore les outils battant à ses jambes. Elzéar le Preux occupait tout l'esprit de la jeune femme. L'aïeul Ithier n'avait strictement aucune intention de laisser quoique ce soit poser un seul doigt sur une dame. Le Croisés, le Templier, faisait face aux païens, aux mauvais et il comptait bien s'en débarrasser pour la Gloire de Dieu. Par mimétisme, unie à Elzéar par le même désir, Jeanne redressa sa lame bien droite devant elle. A l'unisson, les voix, celle du présent, celle du passé, déclarèrent : "Dies Irae", le Jour de Colère. Après ce cri de guerre, pourtant murmuré comme une prière, au lieu de se précipiter vers la deepthscroungers, Jeanne déplaça ses appuis pour soutenir la charge et protéger sa camarade vaille que vaille, sans se départir de son sourire.
Galaad
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Alice Liddell
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Alice Liddell
Dim 19 Juil - 22:17
Le sourire de Galaad aurait fait fuir une demoiselle ayant encore un minimum de raison. Ce qui manquait grandement à Alice – un séjour à l'asile ne vous aide guère à conserver une totale intégrité mentale. Les actions de Galaad mais, surtout, ce sourire exalté, fit naître en Alice un frisson non désagréable. L'Androïde devait avoir un sourire presque semblable lorsqu'elle se laissait gagner par l'enivrement, qu'elle oubliait toute mesure de sécurité, toute raison. Galaad lui apparaissait presque comme quelqu'un de familier, de proche. Comme si la jeune mécanicienne avait ôté la peau qu'elle portait dans la société pour révéler son moi profond.

Des tentacules étaient demeurées collées au fusil d'Alice. Usant de ses griffes de métal, la jeune fille les ôta, non sans émettre quelques couinements de dégoûts. Elle n'avait jamais aimé les fruits de mer, et l'expérience d'aujourd'hui n'allait pas aider à combattre ce déplaisir.

Du bout du pied, elle tâta le crâne du Deepthscrounger mis à terre par Galaad. Du beau travail. Rapide et en finesse.

« Je te savais pas si fine lame. » Alice eut un froncement de sourcils, posa son regard sur Mémoire de sang. « D'où tu tiens une épée ? »

De ce qu'elle savait, les épées demeuraient l'apanage des nobles, le souvenir d'un ancien temps prestigieux où les chevaliers étaient courants. Et, surtout, existaient. Les gens du commun se contentaient, en guise de lames, de couteaux et dagues. Les armes à feu étaient monnaie plus courante – quoi de mieux qu'une arme à distance pour préserver sa peau ?

Galaad serait-elle une noble ? Alice éclata de rire, rien qu'à imaginer la demoiselle en robe, le nez poudré. Non, absolument pas. Elle était charmante, mais elle n'était pas de ce monde. Tout comme Alice n'en était pas.

La créature féminin continuait sa mélopée, appelant ses semblables à la rejoindre. Alice se reprit, rechargea son arme. Elle percevait des bruits dans les couloirs environnants. Grattement d'ongles sur les parois, pas lourds, et gargouillements sinistres. Elles devaient quitter les lieux au plus vite et rejoindre le pauvre Percy, toujours coincé.

Alice entreprit de passer devant Galaad. Mais celle-ci l'arrêta, obligeant l'Androïde à piller net pour ne pas tomber tête la première, à cause du bras tendu de la demoiselle.

« Qu'est-ce qui te prends ? Faut qu'on aille sauver ton ami. On va se faire submerger si on bouge pas. »

Mais Galaad ne semblait pas vouloir bouger de sa place. Pis, elle empêchait l'Androïde de prendre part au combat. Jetant à terre, dans un élan de rage, le fusil à pompe, Alice se saisit de son Smith and Wesson et tenta de viser par-dessus Galaad. Le monstre femelle avait cessé son cri, et s'avançait vers les humaines. L'avantage avec le fusil à pompe était qu'il pouvait toucher dans un large rayon. Pas le revolver. Il demandait précision et minutie, des données qu'Alice avait toujours un mal fou à manipuler.

La balle frôla la joue de Galaad, ouvrant une plaie sur sa peau, ricocha sur un tuyau. Mais la créature ne reçut aucun dommage, même collatéral. Alice pesta tout bas, cracha à l'encontre de Galaad.

« Si tu n'étais pas devant moi, j'aurais pu mieux viser ! »

Citation :
Vu que Galaad a l'esprit encombré par feu l'ancêtre le Croisé, j'ai pris la liberté de me dire que Monseigneur le Croisé voudra pas laisser une jouvencelle partir au combat. Mais évidemment, si ça ne colle pas, je modifierais !
Alice Liddell
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Galaad
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Galaad
Jeu 13 Aoû - 13:40

Cette moiteur l'étouffait. Le soleil frappait dru sur le métal entrelacé de sa cotte et l'épais gambison collait le long de son dos. Fils de châtelain, bien moins né que nombres de ses camarades, le respect du duc de Provence pour sa Maison l'avait écarté des premiers rangs, ceux qui soutenaient le gros de la charge de ces saletés d'Infidèles. Les victoires et faits d'armes l'avaient hissé haut dans la hiérarchie des Chevaliers du Temple, le plaçant loin du coeur des batailles où pourtant, ange vengeur, main armée du Seigneur, il excellait. Aussi Elzéar se retrouvait quelque peu emprunté lorsqu'il se dressa dernier rempart pour préserver la vie des femmes et enfants de ceux qu'il combattait pourtant depuis près de dix ans à présent. Comment ses camarades avaient-ils pu sombré si bas ? Sa droiture et bonté d'âme ne lui permettraient, sans doute jamais, de réellement l'appréhender. Dix ans loin de leurs terres, dix ans loin de leurs épouses et enfants, dix ans de haine et de violence, de perpétuels conflits excusaient probablement, dans leurs esprits, le pillage, le meurtre et le viol. La Justice des Ithiers, elle, refuserait toujours cette barbarie. Même si l'Eglise absoudrait les crimes perpétués au nom du Seigneur, Elzéar refusait de tout son être d'imaginer son Divin Maître agréer aux actes révoltants de ses soldats.

Sa prise s'affirma sur la poignée de son pavois, redressant haut l'Aigle Sable et la Croix d'Argent. Railler "le chaste", "le bande-mou", "le puceau", fidèle à sa belle épouse et au fils qu'il n'avait encore jamais vu, murmura contre la garde de sa lame, une nouvelle prière. Les démons ayant pris possession de ses anciens camarades ne le tenteraient pas. Rien ne pourrait l'écarter des voies justes du Seigneur. Dusse-t-il en mourir. A nouveau, il déclara "Dies Irae" encaissant quelques secondes plus tard, la charge de son premier adversaire. Au moins avaient-ils encore la décence de chercher à le battre à la régulière.

Son sang maculait la terre alentour à présent. Sa bravoure impressionnait et tenait en respect ses adversaires. Il avait écarté près d'une dizaine de croisés en duel. Sa vision se troublait en raison du sang perdu et de la douleur. Il ne sortirait évidemment pas vainqueur du prochain combat. L'ennemi se présenta, armée d'une masse et d'une lame, le sourire aux lèvres sous les traits d'un ancien camarade avec qui il avait partagé vin et rompu le pain. Le croisé déclara quelques mots qui firent rire ses amis. Paroles qu'Elzéar ne comprit pas à cause du sifflement virulent à son oreille. Essoufflé, l'Ithier ne parvint pas à parer un coup de taille provocateur qui déchira sa joue...

... Le sang de Galaad coulait le long de sa joue. Pur, épais, vermeil, il tranchait sur la peau halée, sur les tâches de rousseurs et les traces de cambouis. L'oreille sifflait du tir d'Alice. A part sourire, Jeanne ne répondait guère à sa camarade. Absorbée ou concentrée sur le combat l'avait-elle seulement entendu ?

La Magie alors jaillit. Celle de sang de Galaad ressoudait lentement la plaie ouverte et maculée de rubis de sa joue. Celle des femmes protégées par Elzéar garantissait à l'aïeul un don similaire de régénération, ressoudant ses chairs dans un cri. Ainsi le Pacte éternel entre les Ithiers et la Méditerranée fut renouvelé. Elzéar y verrait, plus tard, la volonté du Seigneur démontrée, offrant aux nymphes - ou djinn quand savait-il finalement ?- Sa Lumière et convertissant leur magie impie en instrument de Sa Gloire. Plus pragmatiquement, les dames avaient tout intérêt à ce que le preux chevalier continue à les défendre contre leurs assaillants, aucune ne possédant un don combatif et leurs enfants, trop jeune encore pour maîtriser la moindre magie.

Sur le moment, la suite fut bien moins pieuse ou poétique : Elzéar, harassé de souffrances, et sa lame gorgée de magie chargèrent purement et simplement, au mépris de toute raison. Le justicier, pétri de convenances, de stratégies militaires enseignées depuis l'enfance et d'idéaux chevaleresques, accomplissait la prophétie annoncée par deux fois : "le jour de colère". Cette hargne bestiale occultait tout. Seul restait la mission première : Porter la Justice Divine. Loin de la propre exécution, les deux Ithiers, la présente et le passé, partageaient un goût exquis et raffiné pour le massacre sanguinolent. Si le Croisé jouait de coups de solerets pour défoncer les rotules et mettre à hauteur les chefs qui élaguaient à grands coups de lame - en plusieurs fois, malgré le don temporaire infusé dans la lame "trancher" (hélas, on ne pensera à l'enchantement "vorpal +5" que bien des siècles plus tard) - Galaad préférait la méthode "passoire" en perforant l'ennemi de la pointe de sa rapière avant de se prendre de la soudaine lubie de vérifier si les entrailles et tripailles de la depthscrounger avaient également les jolis dessins floraux du corail de sa peau. Très malpolie, celle-ci chassa la curieuse d'un gros coup de son bras masse, l'envoyant valdinguer contre la paroi métallique avec un gros klang - comme les abbés allemands avec leurs treuils.. -. Sonnée, Jeanne s'apprêtait à esquiver la masse menaçant de l'écraser au sol quand Alice - qu'elle avait totalement oublié- profitera probablement (enfin si elle veut bien) d'avoir une vue bien dégagée pour tirer une salve de tirs. Titubant autant qu'Elzéar toujours au prise avec ses propres démons, l'exilée se remit sur ses pieds s'aidant des barreaux d'une échelle pour cesser de patiner sur le sol détrempé.

Quelques parts, très loin dans les brumes vaporeuses de sa sorte de transe, le baron périlleux songea qu'il serait bien de se dépêcher avant que l'eau n'atteigne les conduits contenant les câbles d'électricité. Sinon, quelqu'un pourrait découvrir une brochette de demoiselles frites. L'inventeur songea aussi qu'il serait de bon aloi de modifier les gaines pour les rendre étanches... et une vague idée de navire pouvant voyager SOUS la mer sans risque.

Malgré la majorité du travail probablement faite par le nouveau tir de sa camarade, Jeanne s'échinait à présent à transpercer, lacérer la gorge de la créature aquatique pour tuer définitivement le parasite. Quelques secondes après les derniers soubresauts de la bête, la française chut, sans grâce, tête la première avec un craquement sinistre - le nez encore - dans l'eau. Evanouie. Elzéar avait eu au moins le réflexe de s'appuyer sur son épée - chose à ne pas faire avec une rapière sous peine d'abîmer salement la lame - pour ne pas se vautrer lamentablement avant de s'affaler dans la poussière. Si Elzéar ronflait bruyamment et resta dans cette sorte de coma plusieurs jours durant - son combat fut autrement plus ardu -, il n'en était pas de même pour sa descendance : La tête dans l'eau à moitié en train de se noyer avec autant de réflexes qu'un caillou n'aidait pas vraiment. Espérons que la belle Alice épargnera à la bretteuse une mort aussi dégradante et stupide et que Galaad, ayant moins puisé dans ses ressources, s'éveillera plus rapidement.

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Galaad
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Alice Liddell
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Alice Liddell
Ven 14 Aoû - 22:08
Un sifflement s'échappa de la bouche d'Alice, en guise de commentaire à ce duel épique auquel avait assisté.

« T'es douée pour trouer de la bestiole, Jane. Jane ? »

L'absence de réponse inquiéta l'Androïde. Ignorant l'eau qui lui éclaboussait les jambes, et qui manquerait pas de faire rouiller son membre mécanique, la jeune fille s'agenouilla auprès de Jane. La disparition de la blessure sur la joue de la jeune fille la fit tiquer, la plongeant dans la perplexité quelques secondes. Juste le temps de reprendre ses esprits et de se concentrer sur plus important. La jeune fille avait, peut être, tout simplement, un don de guérison. Mais, dans l'immédiat, Alice devait jauger de son état.

L'Androïde n'était pas médecin, loin s'en faut. Néanmoins elle pouvait déceler, comme tout à chacun, les signes annonciateurs d'un coma. La jeune fille retourna Jane sur le dos, l'empêchant ainsi de continuer à se noyer, lentement, dans l'eau qui imbibait le sol. Posant sa paume de chair sur la bouche ouverte de l'Américaine, elle put déceler que cette dernière respirait. Son inconscience, au moins, n'était pas synonyme de mort.

« Sacrée journée. » souffla l'Androïde.

Le pire, c'est que ça lui plaisait presque.

Remettant le revolver à sa ceinture, Alice agrippa Jane par les hanches. La tête de la jeune fille basculait en avant, menton contre la poitrine. Poupée de chiffon dans les bras de la Roumaine, Jane fut portée comme un sac à patates, jetée sur l'épaule gauche d'Alice – celle faisant partie du bras androïde. Au moins, ainsi, l'Américaine serait-elle mieux soutenue, son poids porté par la partie la plus « musclée » de la jeune fille. Alice n'oublia pas de ramasser la rapière de Jane. Une puissante magie en émanait. Alice pouvait en ressentir les relents, son sang féerique, du moins les quelques molécules présents dans tout ce sang viciée, s'éveillaient, curieux. Alice se contenta de refermer sa main sur la poignée espérant que la magie qui imprégnait l'arme ne se retournerait pas contre elle.

« Prochaine coude... Salle des machines... »

Jane sur son épaule, ballottant au rythme de ses pas, Alice descendit le couloir, aux aguets. Mais les créatures semblaient avoir déserté les lieux, ou préféré de visiter d'autres couloirs du navire.

« Espérons qu'ils n'aient pas choisi la salle des machines... »

Sinon le pauvre Percy risquait de ne pas faire long feu.

Le couloir déboucha sur une unique porte qu'Alice ouvrit d'un grand coup de pied, non sans vaciller après le coup opéré, manquant de tomber, emportée par le poids de Jane. La pièce était plongée dans une quasi-obscurité. Les lampes qui devaient éclairer les lieux étaient pratiquement éteintes, et d'autres clignotaient, crachotant des étincelles. La pièce était emplie de conduits, de câbles, de grossières machines expulsant de la vapeur. Une chaleur moite régnait dans l'habitacle, imprégnant promptement Alice. La jeune fille sentit la sueur émaner de chaque pore de sa peau, coulant sur son front et le long de son dos.

Avisant une caisse posée contre un mur, l'Androïde y assit Jane, la calant contre la paroi pour qu'elle ne tombe pas. La rapière fut appuyée contre le mur, à portée de l'Américaine. Alice banda les muscles de son bras, recula sa main. Et gifla violemment Jane. Une fois, deux fois.

« Debout là-dedans ! »

Pas le temps pour réveiller la demoiselle avec douceur. Si Jane mit du temps à retrouver ses sens, Alice entreprit de la secouer par les épaules. Au risque, par la violence du geste, de briser sa nuque.

« On a pas le temps de se reposer ! Faut qu'on allume les propulseurs comme l'a dit ton ami ! »

Alice relâcha Jane, embrassa la salle du regard.

« Sauf que je sais pas à quoi ça ressemble moi. »

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Alice Liddell
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Galaad
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Galaad
Lun 17 Aoû - 18:13
Bringuebalant sur l'épaule d'Alice, Galaad rêvait de cupcake outrageusement sucrés recouvert d'une épaisse couche de crème fouettée, saupoudrée avec des paillettes de chocolat. Le cri affamé de l'estomac passa parfaitement inaperçu dans le tintamarre environnant. Hélas pour la dignité de la française, la salive emplissait sa bouche et coulait légèrement sur son menton. Fort heureusement, l'air chargé d'humidité et les diverses infiltrations d'eau dissimulerait, peut-être, ce manque de classe de la jeune baronne. Installée contre la paroi chaude de salle des machines, Jeanne se roulait déjà en boule pour y établir ses quartiers afin d'y prendre repos quand les gifles s'abattirent sur elle.

Jane râla et se trémoussa brièvement, chassant les mains mollement. Presque inaudible, dans un espagnol encore plus miteux qu'à l'accoutumée, elle repoussa la demande tacite de se bouger les fesses.

- ... sommeil... pas quart... ... fous-moi l'paix.

Secouée comme un prunier, l'habituellement matinale Jane sauta bien vite sur ses pieds attrapant la rapière et fouillant les lieux d'un regard paniqué.

- ... nous sommes attaqués ?

Demanda-t-elle en français. Seulement à ce moment-là, la situation lui revint en mémoire. Mémoire de sang regagna son fourreau et Galaad dégaina un tournevis, instrument ô combien dangereux en cas d'assaut des depthscroungers. A la lumière clignotante, elle examina brièvement Alice et lui adressa un sourire soulagé.

- T'es entière. Parfait. Merci.

La mécanicienne alors se dirigea vers une série de boutons et de manivelles. Devant le fourneau, le charbon nageait dans l'eau saumâtre qui arrivait au niveau du genoux à présent. Sourcils froncés, elle revint vers l'entrée et bifurqua au dernier moment vers une porte adjacente. Le pas de vis de la manivelle résista quelques instants avant de débloquer la porte. De l'autre coté, une pile de sac en toile épaisse baignait dans un jus infâme. Les jurons qui en suivirent, mêlant pas moins de trois langues différentes, furent si fleuris qu'une mère maquerelle en aurait rougi. L'agacement partiellement soulagé, Jeanne convia Alice à se rapprocher.

- J'vais prendre un sac au milieu, devrait être sec. Rattrape-le. Si tu l'laisses tomber, on est mort.

Informa-t-elle sans mettre la pression sur les épaules de sa camarade. Entre ses lèvres, elle nicha le tournevis et grimpa sur les marches formées par plusieurs sacs. Elle marmonnait encore, pestant sur un aérostat si récent sans le moindre allumage secondaire au fioul pour les cas d'urgence ou même pas un accumulateur électrique pour pouvoir booster les propulseurs pour se sortir des guêpiers. Foutu charbon. Non seulement cela prenait une place de dingue, mais en plus il ne fallait surtout pas qu'il soit humide. Pendant près d'une minute, elle lutta avec le stock pour dénicher le sac en bon état qui permettrait d'alimenter le fourneau et donc les propulseurs. Avec un "tadam" étouffé, elle se retourna vers Alice et lui envoya le colis dès lorsqu'elle fut prête à l'accueillir.

Heureusement, les tests en début de journée avaient nécessité l'allumage des différentes moteurs pour vérifier l'étanchéité de certaines conduites. Galaad ouvrit la porte du fourneau dont les braises rougeoyantes témoignaient encore de l'activité.

- Tu peux tout mettre dedans. L'toile brûlera avec, tant pis. On peut pas ouvrir le sac là.

A l'aide de sa camarade, Jeanne bourra violemment la bouche en feu de l'appareil. L'entrée, trop petite, peinait à avaler le sac en entier. Ainsi ce fut à grand coup de pied qu'elles forcèrent la Lady à se nourrir.

- Prends l'pelle et essaie d'uniformiser l'charbon pour que la flambée soit efficace.

Pendant que l'androïde se chargeait d'alimenter en énergie l'appareil, l'exilée trifouillait divers manivelles qu'elle ouvrait ou fermait rapidement. En sueur, en raison de la température et de l'humidité qui augmentaient graduellement, elle essuya son front à sa manche. D'un coup de tournevis, elle ouvrit un panneau qui dévoila une série de câblage. Laissant choire la protection métallique, elle fourra à nouveau le tournevis entre ses dents pour détourner certaines fonctions et augmenter la puissance de la propulsion. Déjà grâce à Alice, la Lady vrombissait et craquelait de partout, s'éveillant de son sommeil. Jeanne courrait à gauche ou à droite pour continuer à mettre le navire en branle mais quelque chose coinçait et retenait l'arrière de la dame. A coté de la porte, qu'elle ferma soudain l'odeur de marée s'intensifiant à nouveau, elle pressa sur un bouton qui fit grésiller un micro.

- Percy. Y faut qu't'descendes l'gouvernail d'puis ta position. Les hélices s'embourbent dans la vase et l'sable.

Sans réponse.

- Percy. Réveille-toi 'foiré d'paltoquet.

Paniqua-t-elle, tenant le canal de communication ouvert d'une main.. L'inquiétude lui nouait les tripes. Et si quelque chose avait atteint le poste de pilotage ? S'était-il endormi ou pire à cause de sa blessure ? Rien. Toujours ce sinistre grésillement pour seule réponse. Les larmes submergeaient déjà les grands yeux turquoises.

- PERCY !

Réitéra-t-elle à nouveau en criant. L'eau s'infiltrait plus rapidement depuis quelques minutes, menaçant à chaque instant de dévorer le combustible et leurs espoirs de s'en sortir vivants.

- ... Galaad.
- Qu'est-c'qu't... non, pas l'moment. Relève les propulseurs.
- S'j'fais ça, l'nez va s'embourber.
- Relève-les ou on s'enfoncera encore plus.
- Pourrait marcher s'tu m'préviens pour que je les rebaisse à nouveau rapidement...


Jeanne avisa sa camarade un bref instant.

- Alice, faut que t'tiennes l'bouton, pour qu'on s'coordonne. ... Non, attends, faut d'abord que tu baisses c'levier-là, c'est la sécurité. Tu d'vrais avoir la force pour l'faire toi.

L'index pointait un levier imposant peint en rouge et muni d'une sorte de grosse gâchette de sécurité. Au-dessus, contre la paroi, trônait en gros "Warning" ainsi qu'une plaquette en bronze expliquant pourquoi l'idée de la débloquer relevait de la folie ou de l'absolue nécessité. A peine Alice eut-elle réussi, avec un peu d'effort, à débloquer le levier, plusieurs bruits résonnèrent sinistrement dans les os du léviathan des airs. Des boulons explosèrent comme une série de coup de feu. De la vapeur siffla bruyamment hors de plusieurs tuyaux, ajoutant une moiteur mortelle à l'environnement. Toute la puissance du navire convergeaient à la hâte vers le système de propulsion.

- Accroche-toi à c'qu'tu peux mais garde c'fichu bouton pressé.
- Propulseurs relevés.

Annonça Percy, comme essoufflé. Suivant l'ordre, Jane déverrouilla une manivelle et pressa sur un bouton. Pendant dix secondes, il ne se passa plus rien. La Lady hurlait aussi fort qu'elle le pouvait mais ne bougeait pas. "Enclenchés" beugla Jeanne. Brusquement, la Dame avança de quelques mètres à peine, le nez dans le sable, l'arrière en l'air. Ses passagers, s'ils n'étaient pas assez solidement accrochés, aurait probablement perdu leurs dents sur le sol avec la violence de la poussée. "Hélices abaissées. Donne tout." grésilla la voix de Walls. Esquivant tant bien que mal, les sacs de charbons flottant à présent dans toute la salle des machines - elle avait complètement oublié de refermer la porte du stock - Jeanne s'échinait à ouvrir la dernière vanne, celle qui donnerait la pleine puissance aux hélices et les sortiraient du bourbier. Coincée.

- Alice, aide-moi !

Tant pis pour la coordination, le plus gros était fait de toute manière. Les deux jeunes femmes unirent leurs forces pour débloquer enfin la force. Avec violence, la Lady sauta. Un choc brutal manqua d'interrompre l'élan de la dame et l'entraîna dans une série de tangages . Dehors, une pale frappa brusquement le sol et s'envola en tournoyant dans l'air jusqu'à empaler, fort à propos, une des plus grosses créatures survies des profondeurs. Les braves qui les repoussaient s'enfuirent envoyant la Liberty soudainement prises de soubresauts. Elle avançait vers eux, détruisant sur son passage deux cabanes de plage en bois. Dans son ventre, son équilibre perturbé, Alice, Percy et Jeanne, poupées de chiffons manipulées par un colérique enfant, se heurtaient violemment au sol ou aux parois, contre tous les objets non arrimés qui roulaient de concert avec les ballonnements de la Dame. Par une sorte de miracle, Percy réussit à abaisser à nouveau le gouvernail, plantant le visage de la Lady profondément dans le sable, en mangeant une certaine quantité au passage à son tour.

Sortie des eaux, le navire s'agitait encore de quelques tressaillements, crachotant de la fumée ou de la vapeur, avant de s'évanouir. Le silence et l'immobilité furent.
Galaad
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Alice Liddell
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Alice Liddell
Ven 21 Aoû - 15:21
Une ruche avait élu domicile dans le crâne de l'Androïde. Ça bourdonnait sec, lui filant la douloureuse impression qu'elle avait été secouée de toutes parts. Ce qui, en soit, n'était pas totalement faux. Les courbatures l'assaillaient, alourdissant son corps. Alice se releva, sa main tâtonnant le sol, de crainte qu'il ne se dérobe, ou qu'il ne prenne la forme d'une pente sur laquelle elle dégringolerait. Ses doigts de chair glissèrent sur son cuir chevelu. Une grimace tordit sa bouche en sentant une bosse sous la pulpe de ses doigts. Heureusement son crâne ne s'était pas fracassé comme un fruit trop mûr.

Avisant Jane à quelques pas d'elle, Alice se dirigea à sa rencontre. La jeune fille semblait tout aussi amochée qu'elle, mais toujours belle et bien vivante. Alice aida l'Américaine à se relever.

« Je crois qu'on forme une bonne équipe. »

Alice embrassa, du regard, l'habitacle, grimaçant à la vue des dégâts occasionnés, comme les sacs de charbon qui s'étaient ouverts, répandant leur contenu au sol.

« J'ai pas vraiment d'argent pour réparer les dégâts, mais si t'as besoin d'aide, d'un coup de main... Je peux prêter main forte ! »

Elle avait bien réussi à faire voler un navire. Du moins sur quelques mètres. Sous la houlette de Jane qui avait fait le plus gros du travail. Alice était certaine qu'avec Jane en tant que cerveau, et elle jouant le rôle des muscles, elles pourraient mener de grands projets ensemble.

Néanmoins, trêve d'échafauder de multiples projets d'avenir. L'infortuné Percy était toujours prisonnier de la cabine de pilotage, et sa jambe n'avait pas du guérir miraculeusement depuis. Suivant Galaad qui connaissait bien mieux les entrailles de Lady que l'androïde (l'inverse aurait été surprenant), Alice lui emboîta le pas, non sans jeter des coups d’œil de part et d'autre. Un Deepthscrounger pouvait toujours survenir à n'importe quel moment. Ces bestioles étaient coriaces, Alice en avait eu la preuve. Heureusement aucune créature ne se profila à leur rencontre, et elles purent parvenir jusqu'à la cabine.

Percy s'était laissé tomber dans le siège du pilote : un fauteuil qui n'aurait pas déplu à un chat, qui s'y serait lové avec force ronronnements. De multiples objets hétéroclites parsemaient le sol, tombés des étagères sur lesquels ils étaient habituellement juchés. Alice avisa un sextant parmi tout ce fatras, objet qui piqua si bien sa curiosité qu'elle se pencha pour le ramasser, laissant Jane voler au secours de Percy. La petite envolée de la Lady n'avait nullement arrangé l'état de sa jambe. L'Androïde finit par reposer le sextant, et rejoindre le duo. Une moue sceptique se dessina sur son visage.

« Le mieux serait de l'amener voir un médecin. Je peux lui servir de béquille. »

Porter Perçy, même avec un bras androïde, Alice ne s'en sentait pas la force. L'homme demeurait un solide gaillard.

« On peut même servir de béquilles toutes les deux, Jane. Par contre, je crois qu'on aura droit à un bain de foule. »

De l'index, Alice désigna la station balnéaire visible depuis la grande baie vitrée de la cabine. Le danger écarté, la foule revenait peu à peu prendre possession de la plage. Un photographe était même en train de positionner tout son attirail pour immortaliser l'instant. Les journaux risquaient de faire bientôt grand bruit de toute cette affaire.

« On pourrait essayer de sortir par une porte autre que la grande entrée. Filer à l'anglaise. Ils nous lâcheront pas s'ils nous voient. Je crois même qu'y a un journaliste. Eux, ce sont les pires. A te poser des questions auxquels tu peux pas répondre, et qui écrivent ce qui veulent entendre. Je n'en ai jamais fréquenté, et c'est pas aujourd'hui que je veux commencer. »

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Alice Liddell
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Galaad
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Galaad
Dim 30 Aoû - 2:40
Blackout.

La même que lorsque l'électricité avait sauté dans tout le quartier à cause d'une tentative de charger une batterie développée pour le Projet Icarus. Hormis une question de sémantique, cela ne concernait après tout pas une machine, Jeanne n'avait plus la lumière allumée à tous les étages. Remise sur son séant, elle frottait son bras, la douleur irradiant depuis son coude jusqu'au bout de ses doigts. Les quelques plaies ouvertes s'étaient refermées presque instantanément. Cela ne retirait, hélas, pas le reste de la douleur ni les hématomes fleurissant un peu partout sur son épiderme. D'ailleurs, une de ces roses violacées tuméfiait l'avant-bras qui la lançait. Pas encore tout à fait maîtresse d'elle-même, Jeanne en comptait les pétales d'un discret "Un peu, beaucoup, à la folie, pas du tout". Alice l'aida à se relever sur ce dernier ce qui mouilla soudainement les prunelles turquoises ou peut-être était-ce simplement le corps maltraité qui faisaient poindre ces larmes-là. L'autre fleur sanguine, la plus voyante, trônait sur la pommette de l'exilée offrant au charmant minois les mêmes airs canailles que Vermine affectionnait. Comme toujours, l'épanchement sanguin se résorberait fort rapidement, la magie contenue dans le sang ferait son œuvre. Mais pour l'instant, il témoignait, comme un trophée, de la victoire des demoiselles.

Esprits repris, Jeanne examina avec minutie Alice. Bien évidemment, le fait qu'elle soit debout en train de marcher, ou plutôt surnager, dans les débris offrait un bon indice quant à son état général. Néanmoins, inquiète, la française ne souhaitait pas laisser son amie en proie au moindre mal : Après ce qu'elles avaient vécu, l'aide apportée pour sauver Percy, Alice se cataloguait d'office dans les personnes pour qui la baronne se couperait les veines. Littéralement. Mais pas de manière suicidaire : la bible disait bien que se sacrifier pour une bonne cause, pour sauver, était récompensée par le paradis, mais que dilapider sa vie sans réfléchir par l'enfer. L'examen fébrile terminé, Galaad s'autorisa un soupir rassuré, se signant rapidement.

- Dieu merci, nous sommes vivantes.

Lâcha-t-elle dans la langue de Molière. D'un geste de la main, elle balaya la proposition d'aide d'Alice, repassant à des sonorités plus "compréhensibles" par la roumaine.

- Non, l'dégâts sont pas d'notr'faute. L'propriétaire, contractuellement, d'vait sécuriser son investissement et c'est lui qui l'a pas fait. Nous, on étions là qu'pour réparer et a sauvé son navire. En fait, on devrions même récupérer une récompense. Pour l'reste, peut-être qu'l'proprio d'vra engager du monde pour l'remettre en vol au moins jusqu'à un hangar pour les gros travaux qui va avoir b'soin main'nant. Si ça t'tente, t'es naturellement l'bienvenue.

Vaguement nauséeuse, l'odeur des depthscroungers émanait de toute la carlingue, le phrasé de la fausse américaine en avait pris un coup supplémentaire. Un piteux sourire d'excuses plus tard, quelques mouvements pour s'étirer et remettre en place, discrètement, sa tenue qui en dévoilait bien plus que ce que la pudique demoiselle désirait, Jeanne s'élança à l'assaut des couloirs, l'androïde sur les talons.

Dans la cabine de pilotage, Percy crachait encore le sable avalé. En piquant du nez, les mirettes de verre de la Lady s'étaient brisées et la plage avait envahi l'habitacle. Aucun débris, heureusement, n'avait touché l'ingénieur mais l'arrêt brutal avait suffi à faire voler un nuage de sable qu'il avait par trop avalé. La poussière retombée, le presque roux s'était glissé dans le siège du pilote, jambe étendue à défaut d'être surélevée. L'adrénaline refoulait encore la majeure partie de la douleur. Toutefois, elle s'éveillait bien assez pour faire taire la blague potache qu'il avait préparé lorsque les deux demoiselles détrempées arrivèrent. Il esquissa un merci presque un peu sec, les dents contractées dans un sourire qui se voulait rassurant.

Temporairement, Jane en oublia Alice, s'affairant autour de son "frère", babillant à toute vitesse dans un anglais parfaitement incompréhensible. Percy grognait vaguement, lui réclamant de se calmer un peu jusqu'à l'arrêter en maintenant son poignet à l'affût du tranchant et articulant très clairement sous son nez, plusieurs fois, crescendo : "I'm fine, FINE. I'M FINE GODDAMMIT !" Le sang de Galaad, il en avait déjà goûté et, comme d'autre avant lui, il ne s'était jamais senti aussi coupable lorsqu'il la vit sombrer dans une sorte de coma alors qu'il sautillait comme un cabri. L'affaire, autrement plus grave qu'une jambe cassée, n'avait guère d'importance aujourd'hui, leurs responsables depuis enterrés, mais il subsistait cette sorte de honte mêlée à de la gratitude et de l'inquiétude. Walls savait. Il le sentait au plus profond de ses tripes, comme un marin réussit à prédire une tempête : Un jour, elle finirait par en mourir. Il ignorait simplement si elle se sacrifierait volontairement pour quelqu'un ou si son don finirait par être découvert par des personnes peu scrupuleuses. Son mensonge, alors, lui sembla pieux. Évidement, il avait un mal de chien. Se raccrocher à un remède miracle qui chasserait cette douleur n'avait rien de mal en soi. Peut-être même aurait-il accepté une simple gorgée, se laissant convaincre à l'usure, si seulement ils avaient été seuls. Il fixa alors cette autre, cette intruse et étira un vrai sourire reconnaissant. Grâce à elle, il pouvait refuser sans se justifier.

Captant le regard, les épaules de Galaad s'avachirent légèrement et son chef hocha par deux fois. Abandonnant son idée première, elle se mit en quête de n'importe quoi pouvant maintenir la jambe du patron bien droite. Même sans formation médicale - quand bien même Jeanne avait étudié bon nombre de traités d'anatomie pour certaines inventions, cela n'avait rien à voir -, certains faits ne relevaient que de la logique la plus terre à terre : Une attelle. Voilà ce qu'il lui fallait pour pouvoir être déplacé sans risquer inutilement d'aggraver la blessure. Un balai échoué dans un coin de la pièce semblait un bon départ. Reprenant du poil de la bête après l'instant de panique à la vue du mécanicien, Jeanne fouilla le reste des lieux à la recherche d'un second tuteur et de quoi attacher le tout.

- Oui, on va s'y mettre à deux.

Sourcils froncés, Jeanne se retourna vers Alice.

- Comment ça "bain d'foule" ?

Elle suivit ensuite l'index de sa camarade et marqua un temps. Elle n'avait strictement aucune idée comment gérer ce problème. Si Jane Walls ou les ateliers Walls n'avaient guère de souci avec la presse, la baronne exilée goûtait nettement moins à l'idée de voir son faciès dans une gazette. La raison de sa fuite ne consultait sans doute pas les journaux américains, assurément les quotidiens français ne relégueraient pas ce genre de faits divers, même si l'événement restait impressionnant. Puis, il n'y avait aucune photographie de la demoiselle d'Ithier pouvait permettre à ceux-ci de faire la comparaison. Par contre, il subsistait probablement des portraits dans le Château d'Aubagne, un ou deux autres envoyés à des prétendants sérieux par son père pour lui trouver un époux. En cinq ans, elle n'avait pas tellement changé. Peut-être les joues un peu moins pleines, le corsage plus rebondi, les mains plus calleuses et le corps plus solide, mais rien qui ne la différencie vraiment de la demoiselle d'alors.

- Non.

Répondit-elle pourtant.

- Si on s'faufile, on aura l'air suspect et y vont nous donner la chasse. Pis, supporter discrètement un blessé plus lourd qu'nous deux...
- Hé ! J'suis pas si gros...

Râla Percy plus pour la forme, frottant sa barbe naissante avant de s'appuyer plus lourdement contre le dossier du fauteuil. Scrutant la foule du regard, Jeanne songea brièvement à Vashka et son assurance souveraine lorsqu'elle fendait la foule, si sûre d'elle. Peut-être tenait-elle là la solution.

- Avec l'choc, sûrement que certaines portes s'sont bloquées. Même avec ta force, s'rait préférable d'prendre une sortie qui nous démonte pas les bras. Puis, y a peut-être un docteur dans tout c'monde. Après, suffit d'agir naturellement, on a rien à s'reprocher. J'm'chargerai du journaliste s'il nous embête.

Agir avec confiance. Agir comme une noble. Exiger. Peut-être que ça fonctionnerait. Au pire, elle feindrait l'évanouissement pour permettre à Alice de se carapater, sa nature androïde sans doute plus problématique que le maigre risque de voir son passé à elle remonter à la surface. Puis, le meilleur moyen d'obtenir rapidement l'aide d'un médecin restait simplement de demander au florilège de badaud. Finalement, armée d'un tuyau métallique arraché par le choc et du manche à balai, Jeanne fabriqua une attelle sommaire autour du membre blessé de l'irlandais. Aidé par les deux demoiselles, il se retrouva debout.

Sa figure vira au rubicond et sa gorge vibra d'un grondement. La douleur, cette garce, s'était pleinement éveillée à présent. Son pied remis au sol le tançait vertement : s'il s'y appuyait, sa blessure se propagerait. Le premier couloir et le premier escalier franchi, impossible de prendre le chemin le plus direct via une échelle de service vu son état, l'avait couvert d'une couche de sueur. Le trio traversait à présent l'étage de cabines privées de premières classes. Certains tableaux s'étaient écrasés au sol tandis que d'autres gisaient en morceaux entassés, dans la salle de réception où avaient dansé les deux jeunes femmes pas plus qu'une heure auparavant. Le grand lustre s'était écrasé sur le sol marqueté, criblant le sol de piqûres de verres. Le quart des vitres avaient volés en morceau comme dans la salle de pilotage. En bas de la volée de marche, Jeanne arrêta la marche pour déblayer le fatras déversé de la cuisine, frayant un chemin sans embûche pour Percy. Avec beaucoup d'effort, la porte principale se dressait entre eux et la foule. A présent, le chahut des badauds était perceptible et Jeanne regrettait sa décision.

Silencieusement, elle interrogea ses compères. Devaient-ils finalement choisir de filer à l'anglaise ainsi que proposé par Alice ? Percy secoua négativement la tête, mâchoire contractée.

- Alice, tu peux débloquer la porte, s'il te plait ?

Galaad accueillit le changement de poids sur son épaule en changeant ses appuis. Alice dût forcer un peu sur la porte afin de pouvoir la débloquer. Dehors, la foule se divisait entre ceux guettant la mer, de crainte que les monstres ne reviennent, ceux qui astiquaient d'une perche curieuse les flancs gélatineux des mêmes créatures, ceux qui guettaient la Lady suspicieusement, ceux qui se massaient autour du photographe et de son appareil pour être pris en photo avec les deux attractions du moment et les quelques policiers tentant vainement d'écarter tout le monde de la zone dangereuse. Quelque part parmi tout ce brouhaha, le propriétaire de la Lady cherchait à se frayer un chemin vers son appareil, donnant des coups de cannes à quelques manants ne se dégageant pas assez vite à son goût. L'activité était telle qu'il fallut presque trente secondes pour qu'un gamin pointe son index en direction du trio et attire l'attention de tous sur eux.

Le réflexe premier de Galaad fut l'impérieuse envie de s'enterrer sous le sable, les joues si rouges qu'elles lui paraissaient s'enflammer. Le poids et la douleur irradiant comme une balise de Percy écartèrent toutefois les enfantillages de la demoiselle. Un temps, il lui fallait oublier sa vie modeste de ces cinq dernières années. Se remémorer qui elle était vraiment. Naturellement, la posture s'ajusta. Quoique Jane dégageait toujours une certaine grâce naturelle, elle n'émettait pas constamment l'aura de majesté qui entourait Vashka ou certaines autres dames nobles ou le même maintien martial de ses frères, les vrais, ou son père. Pourtant, même cinq ans de galère n'effaçaient pas des années d'entraînement, d'heures à écouter les leçons d'une gouvernante pour être parfaite lorsqu'elle aurait dû être présentée à la cour, à sa Reine ou ses prétendants. Pas plus qu'une vie entière ne pourrait occulter qui elle était vraiment : Jeanne Angèle d'Ithier, baronne d'Aubagne, issue d'une longue lignée de chevaliers, de militaires haut-gradés, de ministres de la justice. Alors, elle commanda, le dos droit, le geste précis, le verbe impérieux, articulant parfaitement.

- Un médecin ici, vite.

Un temps fut marqué, assez pour qu'un homme d'une cinquante d'année, une moustache en guidon s'avance et examine sommairement Percy, toujours agrippée à Alice pour se maintenir debout.

- Écartez-vous du navire : Bien qu'il soit à présent - insista-t-elle brièvement - sécurisé, il contient toujours des matériaux susceptibles de s'enflammer.

Bien qu'elle expliquait les raisons, le second ordre claquait dans l'air, sec, sans appel, de ceux qui ne souffraient pas d'être contredit. Pour la majorité des gens, l'information fut suffisante pour les faire reculer d'une dizaine de mètres. Naturellement, quelques fortes têtes n'avaient guère l'intention de s'en laisser conter par une minette sortie d'ils ne savaient où. Ceux-là furent promptement repoussés par les quelques serviteurs des forces de l'ordre en présence, presque galvanisés que quelqu'un prenne enfin la tête en l'absence de leur chef - il n'y avait aucune raison, à la base, de garder autre chose que de la bleusailles pour écarter les chalands -. L'armateur réussit alors à s'extirper de la masse pour prendre plus sérieusement conscience de l'ampleur des dégâts sur sa précieuse Lady. Furieux, il se dirigea droit vers Walls :

- Qu'est-ce que c'est que ce cirque ?! Comment avez-vous pû abîmer mon bien ainsi ?! Cela va vous co...

Jeanne s'interposa.

- Je vous arrête de suite, cela ne va rien nous coûter du tout. VOUS deviez sécuriser le navire. Nous ne devions qu'y travailler. VOUS deviez vous renseigner sur les marées. C'est noté sur notre contrat en toutes lettres.

Sa moustache frétilla de colère et ses doigts se crispèrent sur la canne. Il n'y aurait pas eu la foule, sans doute aurait-il frappé.

- Mademoiselle, je ne vous permets pas ! A qui pensez-vous parler, petite va-nu-pied ?
- Et vous ? A qui pensez-vous parler ?

Lâcha-t-elle finalement comme un couperet. Le début de colère mâtinait les propos d'un fort accent français et d'une menace d'une clarté absolue. Une femme et une moins que rien osait se dresser devant lui, sa richesse infinie, son précieux statut et il cillait. Elle ne bronchait pas. La voix tonnait ou claquait comme autant de vagues. Au fond des yeux assombris, il avait la fureur d'une noble et de la méditerranée. Peut-être était-ce en raison des Eaux Vives, mais la nymphe semblait investie de tout le pouvoir dont elle disposait. Décontenancé, l'armateur battit en retraite avec une piteuse menace :

- Mes avocats régleront ça.
- Je m'en réjouis d'avance.

Jane chercha le regard d'Alice. Sa camarade put percevoir le tremblement léger des mains nouées, torturées contre son girond, les jointures blanchies. Même avec son éducation, la réservée Jeanne commençait à peiner. Ce fut le médecin qui vint, sans le savoir, à son secours, réclamant à deux hommes de transporter le blessé vers sa chambre d'hôtel. Deux frères, des solides gaillards bruns, la vingtaine, se proposèrent spontanément et suivirent les ordres du docteur pour déplacé Percy. Hardis, les tenues humides et flatteuses pour les formes des demoiselles non étrangères à cet élan subite de charité, le premier adressa un clin d'oeil à Alice, tandis que le second se contenta de sourire à Jeanne. Heureusement pour eux, le jaloux et possessif Percy comatait à moitié à cause de sa blessure et ne saisit rien de ces secrets échanges.

Une fois arrivés à la chambre, le médecin congédia les demoiselles par égard pour leurs pudeurs. Un deux frères tenta bien d'approcher Alice, mais Jeanne lui prenait déjà la main pour l'emmener dans la chambre adjacente. Là, à peinte la porte fut-elle refermée, qu'un long soupir de soulagement lui échappa. Elle se laissa choir sur le lit, tremblotante, les yeux un peu écarquillés devant ce qu'elle venait de faire. Intérieurement, elle se fustigea un instant de sa stupidité. Puis, elle s'inquiéta brusquement de l'état de sa camarade, le naturel reprenant ses droits :

- Oh, faut qu'tu t'laves. Pis qu'j't'prête des vêtements. Désolée, j'ai pas pris des robes aussi jolies, mais c'est juste le temps d'laver ta robe et d'la sécher. Pis après, je m'occuperai d'ton bras pis ta jambe, pour pas que t'aies d'problèmes avec !

Évidemment, elle ne justifia pas un instant son comportement précédent, bien trop affairée à vouloir s'occuper de son amie.
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Galaad
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Alice Liddell
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Alice Liddell
Mer 2 Sep - 15:35
La porte close, Alice s'était collée, dos contre le panneau de bois, respirant un grand coup. Sous ses yeux, face à la foule, face au propriétaire du Lady, Jane s'était transformée. Elle avait agi et parlé avec l'aplomb d'une dame. Pratiquement l'aplomb d'une reine. Ceci, couplé à cette rapière qui ne quittait pas la demoiselle, avait de quoi intriguer l'Androïde. Nombre de romans, de récits de nourrices parlaient d'enfants royaux en fuite, ou déchus, se mêlant au peuple en cachant, bien précieusement, leurs couronnes. Galaad était-elle une princesse en fuite ? Une noble désargentée, vouée au travail manuel malgré son ascendance ? Alice se posait, sincèrement, la question.

Galaad, ses sens retrouvés, retrouva toute sa frénésie coutumière noyant Alice sous une avalanche de paroles. L'Androïde hocha légèrement la tête, baissa son regard sur sa robe. Vraie que l'humidité lui collait le tissu à la peau – ça devait expliquer le regard d'un des gros bras de tout à l'heure. Charmant garçon, mais l’œil bien trop baladeur. La faute à du sang hispanique, probablement.

Alice se détacha de la porte, amorça quelques pas au sein de la chambre. Nul paravent au sein de la pièce. Son regard glissa sur la porte de la salle de bains, mais la fatigue l'empêchait de marcher jusque là. Alice se porta vers son lit, se postant de l'autre côté, à l'opposé du couloir séparant les deux couchettes. La jeune femme tourna le dos à Jane pour ne pas la gêner. Normalement les Américaines étaient connues pour la légèreté de leurs mœurs, en comparaison des Européennes, néanmoins Alice préférait prendre ses dispositions.

Ses doigts entrouvrirent les boutons fermant le col, dans sa nuque.

« Tu devrais te changer aussi, Jane. » Alice se tourna à demi, offrant son profil à l'Américaine. « Nous sommes entre filles, on a rien à se cacher. »

La robe s'étala au sol, autour des pieds d'Alice, comme une corolle de tissus. S'asseyant au bord du lit, la jeune femme ôta ses bottines. Ses doigts hésitèrent à dérouler l'unique bas qui lui couvrait la jambe gauche, se ravisa. Avec une bonne serviette, elle pourrait sécher le vêtement. Toute en corset et chemise, Alice se leva ne se gênant pas pour passer à côté de Jane afin d'atteindre la salle de bain.

« Tu veux qu'on se lave ensemble ? » lança-t-elle en entrouvrant la porte. Un sifflement d'appréciation lui échappa. « Ce que c'est pimpant et blanc ! Et la baignoire est vaste... On pourrait se baigner dedans comme deux sœurs. Avec plein de mousse et... »

L'amertume emplit sa bouche. Évoquer le terme de « sœurs » lui rappela qu'elle s'était séparée des siennes. Zahnfee l'avait serré, une ultime fois, dans ses bras avant de s'enfoncer dans Emerald, de déclencher l'explosion de verre. Chester l'avait quitté, après une ultime léchouille, courant les routes comme le chat qu'elle était.

Alice renifla, ravalant les larmes qui lui obstruaient la gorge. Tournant les mécanismes, la jeune fille fit couler l'eau dans l'évier. Agrippant savon et gant de toilette, l'Androïde commença à se décrasser. Agissant mécaniquement, la voix de Zahnfee en fond sonore la guidant. Bien se frotter derrière les oreilles, entre les doigts de pied, et frotter, frotter, jusqu'à ce que la peau rougisse.

La jeune fille se mit à parler tout haut, la porte grande ouverte dans son dos.

« On pourrait se faire porter un repas, non ? Enfin, c'est mon premier hôtel, je ne sais pas comment ça se passe... On pourrait se régaler avec Percy. Après qu'on se soit rhabillés évidemment... Ce serait pas correct... »

Sa toilette terminée, Alice revint auprès de Jane avec un gant propre et un bout de savon.

« T'auras besoin d'un coup de main ? »

Alice avait besoin d'oublier ses sœurs, pour un temps. Pour ne pas céder aux larmes.

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Alice Liddell
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Galaad
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Galaad
Sam 3 Oct - 11:15
Dévisageant Alice appuyée contre la porte, un léger gloussement amusé monta le long de la gorge de Jeanne. L'état de sa camarade si similaire au sien calma les quelques tourments imaginaires qu'elle s'était inventé suite à leur bain de foule. En revenir à des actes quotidiens et routiniers, s'occuper du bien-être de l'androïde, lui permit aisément de reprendre une parfaite emprise sur elle-même.

Sa malle ouverte, elle mesura à l'oeil le gabarit d'Alice pour "choisir" quelques vêtements plus ou moins à sa taille dans sa maigre garde-de-robe. Les emplettes faites avec Vashka n'avaient pas fait le voyage depuis New York jusqu'ici, aussi le choix affolant se composait de deux chemises en coton dont une reprisée sur le tronc faisant office de chemise de nuit, un jupon en toile écru et un second avec tournure intégrée, un autre corset qui baillait au niveau de la poitrine sur Jeanne mais qui devrait être suffisant pour Alice, une jupe de coton foncé avec une chemise fleurie et la robe du dimanche de Jeanne. Après réflexion, le fameux "choix" revenait surtout à vider la valise de son contenu - sauf le petit linge - et étaler le tout sur un des deux lits.

- T'auras qu'à choisir c'qui te va. D'toute manière, c'est que l'temps d'laver ta jolie robe et d'la faire sécher.

La robe-tablier de cuir et le baudrier d'outils suspendus au mur, botte soigneusement aligné au-dessus, un rouge pudique voila les joues de la française tandis qu'elle se défaisait, à son tour, de ses frusques lourdes d'eau salée. Plus soucieuse de préserver l'étoffe de ses vêtements que de sa réserve naturelle, Jeanne se glissa dans la salle de bain à la suite d'Alice pour y rincer jupe, jupon et chemisier à l'eau claire du lavabo.

Un hochement du chef acquiesça à l'idée de se laver ensemble. L'on pourrait s'étonner de voir la facilité avec laquelle la française, une fois l'épreuve de l'effeuillage premier passée, s'adaptait avec naturel aux tenues légères dans la promiscuité d'une salle de bain. Cela serait toutefois oublié plusieurs détails sur la demoiselle : Premièrement, en bonne demoiselle noble, la plupart des bains de la demoiselle furent accompagnés d'au moins une camériste dévouée à lui frotter le dos et à préserver la température adéquate de l'eau. Deuxièmement, Galaad était une nymphe : En plus d'adorer l'eau, sa mère et ses tantes, sur l'Ile Verte, l'avaient accoutumée à ce que la bienséance de l'époque cataloguerait comme indécence ou débauche, alors que l'acte n'était après tout on ne peut plus naturel et dénué de stupre.

Versés dans la baignoire, les sels colorés tourbillonnaient, dansaient autour de la cascade d'eau des robinets. Bien vite, la mousse se forma, cotonneuse et brillante, et flottait au gré du maigre remous d'eau. Les senteurs florales, un peu trop lourdes selon les goûts de Jeanne, effaçaient les relents d'iode rance que les miasmes des depthscroungers avaient accrochés à la peau des deux jeunes femmes.

- A l'eau !

Invectiva soudainement Jeanne. Avait-elle perçu le trouble et les larmes naissantes ou agissait-elle simplement selon la suite logique des événements ?

- L'baignoire est pleine, enfin si on veut qu'y aller en m'me temps.

Informa-t-elle en récupérant un autre gant de toilette et des serviettes qu'elle plaça sur une chaise à coté de la baignoire. Elle joua à nouveau sur les robinets de cuivre pour les refermer, puis sur les attaches de son vieux corset distendu - plus pratique pour travailler -. En tenue d'Eve, non sans un regain temporaire de roses sur ses joues, elle se glissa dans l'eau mousseuse.

- J't'lave les cheveux ? Il vaut mieux retirer l'iode vite quand y z'ont pas l'habitude, ça a tendance à les abîmer un peu.

Comme pour donner l'exemple, Jeanne plongea la tête en arrière pour imbiber sa tignasse dénouée dans l'eau en y passant des doigts-peignes pour retirer des éventuels résidus de leurs adversaires, pas qu'elle en avait aperçu auparavant mais elle préférait simplement s'en assurer. Si Alice l'acceptait, elle prendrait soin de laver ses cheveux et les shampooiner au savon avant de les rincer à l'eau claire et les démêler des doigts avec une certaine délicatesse. Dans la continuité, Jeanne accepterait aussi qu'Alice prenne soin de ses propres cheveux, un plus difficile à démêler en raison des boucles. A chaque passage près des oreilles, elle penchera la tête de coté en rigolant comme une enfant, chatouilleuse.

- Oui, on va s'faire porter à manger. Y a une carte dans c't hôtel-là, vu qu'c'est pour l'bourges. Mais ça coûte un bras, donc mieux vaut prendre l'plat du jour. Faudra payer un supplément aussi, vu qu'on mangera dans la chambre, mais t'inquiètes pas pour ça.

L'évidence de remettre des vêtements pour aller manger lui paraissait tellement logique, qu'elle ne fit que froncer brièvement les sourcils, l'air de dire "hein ?", en direction d'Alice lorsqu'elle en prononça les mots.

- J'crois que c'est du lapin à la moutarde avec des petits pois et des patates ce soir.

Annonça-t-elle s'appuyant contre le rebord de la baignoire.

- Percy va râler parce qu'il y a de la verdure.


Elle attrapa alors le second gant de toilette et récura sa peau avec minutie, suivant un peu le même schéma qu'Alice tout à l'heure.

- Mais avant d'manger, faut entretenir ton bras et ta jambe. J'ai de l'huile mécanique dans ma sacoche : j'en mettrai dans les différents engrenages en vérifiant qu'il y a rien qu'y est entré pour pas que ça grippe. Prendra un peu d'temps. Mais d'façon, il faut sans doute encore au moins une heure au doc pour s'occuper de la jambe d'Percy donc on a l'temps.

Après un peu trop de temps, un peu de trempette inutile dans l'eau chaude semblait apparemment un moyen très efficace pour rendre Jeanne indolente, la demoiselle ressortit de l'eau, se sécha et s'habilla avec la tenue restante. Avec autorité, elle ramassa tout le reste du linge et fourra le tout dans la baignoire remplie à nouveau d'eau chaude. Avec précaution, elle lessiva la jolie robe d'Alice puis ses propres vêtements. En raison de l'odeur maritime imprégnant les tissus, elle prit le partie de laisser le tout tremper tandis qu'elle s'installait sur le lit, une jambe repliée sous elle, sa sacoche-outils sur le coté. Impatiente, elle tapota le matelas devant elle.

- Ici, M'dame, il faut que j'm'occupe de vous.

L'inspection minutieuse des membres mécaniques commença. Avec délicatesse, elle tournait le bras, la jambe, dans un sens puis l'autre. Tamponnant le métal pour le sécher de tout liquide et nettoyer toutes les impuretés salines, elle conserva un silence appliqué. Lunettes-loupes ceintes, le baron périlleux en elle-même avait chassé la petite Jeanne pour un scientifique appliqué et précis. La pipette d'huile s'infiltrait entre différentes plaques métalliques pour en gagner le coeur et nappait les rouages. Parfois, armé d'un tournevis, il retirait une plaquette pour mieux vérifier le mécanisme avant de revisser. La curiosité aiguillonna quelques gestes pour mieux saisir le fonctionnement du membre, surtout au niveau des articulations. Toutefois, la procédure resta plutôt sobre et non invasive. Son oeuvre achevée, les lunettes regagnèrent la sacoche et la pudeur ses droits lorsque Jeanne recouvrit la jambe du jupon d'Alice.

- Voilà ! T'auras pas problème comme ça. Quand j's'rai d'retour à New York, j'm'pencherai sur un enduit spécial pour qu't'puisses aller t'baigner sans souci. D'vrait être faisable en modifiant un peu la formule pour les voiles. J'd'mandrai à Percy, s'il connait pas un chimiste qui puisse m'aider.


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Galaad
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Alice Liddell
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Alice Liddell
Jeu 8 Oct - 22:47
Jeanne, elle ne la connaissait que depuis une poignée d'heures. Elle ne savait quasiment rien d'elle, si ce n'est que quelques bribes glanés au fil de la conversation. Mais elle n'exprimait aucune répulsion face à sa nature androïde, en tirait même une fascination qui n'avait pas cet éclat clinique, froid, scientifique comme avait pu l'avoir Vasile, son créateur. Et à elles deux elles avaient su extraire Perçy et combattu des créatures abyssales. Certaines amitiés s'étaient tissés avec bien moins de matière en stock.

Alice ne sentit pas de gêne à entre-apercevoir quelques bouts de chair de Jeanne, et encore moins à s'immerger avec elle dans le même bain. Elles étaient toutes deux du même sexe après tout. Alice en avait déjà vu à satiété quand elle espionnait les filles de Pitt, à la dérobée, intriguée par ce qu'elles pouvaient exécuter comme cérémonial pour se vêtir comme des dames. Tel un chat de salon, habitué aux caresses, l'Androïde se laissa laver les cheveux par Galaad, et lui retourna le geste. On aurait pu croire qu'elles étaient des amies de longue date, habituées à jouer de telles scènes.

Sortie du bain, Alice se frictionna à grands gestes, veillant à sécher le bas. Mais l'odeur marine qui en émanait la poussa à le retirer, le jetant tout tire-bouchonné avec le reste du linge qui trempait dans la baignoire. Revêtue de frais, au moins de ses dessous, l'Androïde se plia, de bonne grâce, à la séance d'inspection de Galaad. Alice n'exprima aucune réprobation, observant le manège de Jeanne, la souplesse des doigts qui s'agitaient, tout vifs, comme doués de vie-propre.

- Voilà ! T'auras pas problème comme ça. Quand j's'rai d'retour à New York, j'm'pencherai sur un enduit spécial pour qu't'puisses aller t'baigner sans souci. D'vrait être faisable en modifiant un peu la formule pour les voiles. J'd'mandrai à Percy, s'il connait pas un chimiste qui puisse m'aider.
« J'ai toujours voulu me baigner... »

La mer, Alice n'avait pu la voir qu'après avoir quitté la Roumanie, tourné le dos au pays qui l'avait accueilli depuis sa naissance. La mer c'était l'inconnu, un horizon immense et vaste ouvert sur de multiples possibilités. Si elle avait été plus courageuse, plus débrouillarde, elle aurait tenté de sillonner les mers, déguisée en garçon, jouant les mousses sur un de ces navires où le capitaine refusait de quitter la marine.

« Mais si tu y arrives, il faudra que je te laisse une adresse ! L'ennui c'est que je ne sais pas écrire... »

La bouche d'Alice se plissa. C'était toujours un brin honteux d'avouer ne pas pouvoir exécuter quelque chose d'aussi simple. Jeanne, elle, savait accomplir tant de choses, possédait des connaissances sur la mécanique qui ne pouvaient que provoquer l'admiration. Voulant dissimuler sa honte, l'Androïde se leva et alla farfouiller dans les affaires proposées par Galaad pour se vêtir. Alice finit d'enfiler la robe avant de reprendre la parole.

« Il faudra que tu écrives pour moi. Enfin, que tu notes ce que je te dicte. » Elle n'avait pas encore d'adresse fixe à cette époque. Parler de New-Wonderland était exclu. Pit ne pourrait supporter que quelqu'un connaisse le lieu de sa retraite, de son idéal, sans qu'il n'ait donné son accord. « Ou tu pourrais me donner la tienne ? Je pourrais venir récupérer l'huile moi-même. Ou te contacter. »

Oui, au final, c'était la meilleure solution. Pas de secret éventé. Tout serait préservé. Rassérénée, Alice se fit plus guillerette. Ses épaules se détendirent, et sa langue se délia.

« Le temps que Percy soit visité par le docteur, que pourrait-on faire ? Si on sort de l’hôtel, on risque d'être harcelée par les témoins de l'affaire. Non ? Il doit bien y avoir quelque chose à faire, en attendant ? Ou alors... »

L'idée lui était venue, sous forme de flash. Un jeu auquel les filles de Pit l'avaient initié pour combler le vide de quelques soirées. Alice s'assit en tailleur sur le lit, face à Galaad.

« On peut faire un jeu d'action ou vérité. On doit dire la vérité, toute la vérité. Sinon, on doit réaliser un gage. Je te laisse commencer. »

L'intérêt de ce jeu, en plus de passer le temps, c'est qu'il permettait d'en apprendre plus sur l'autre. Et Alice avait plus d'une question qui lui trottait en tête concernant Galaad.
Alice Liddell
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Galaad
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Galaad
Mar 13 Oct - 21:15
- J'dois même avoir l'carte d'Percy pour l'adresse, suffira d'venir là-bas si t'as besoin d'un coup d'main. Pis quand tu sauras écrire ou que t'auras une adresse qu'tu peux m'donner, tu m'enverras une lettre.

Comme montée sur ressort, Jane se redressa vivement. Vacillant brièvement, son pied buta contre un obstacle invisible. Déstabilisée, elle sautilla sur un pied pour rétablir un précaire équilibre avant de songer à poser le second au sol à son tour. Avec un "Tadaaa" de prestidigitateur, elle se fendit d'une brève révérence pour sa compagne exagérant volontairement l'exploit. Maladresse. Tout ceci venait de la maladresse. Se le répéter suffira peut-être pour s'en convaincre. Hors de question de laisser percevoir la faiblesse. La taxe prélevée sur son organisme par la magie de son sang, pour soigner ses plaies lors de leurs péripéties, pesait de tout son poids à présent que l'adrénaline se dissipait. Non, ce n'était rien. Personne ne s'inquiéterait pour rien.

Sac fouillé, Jane dégaina la plume fournie par l'hôtel un petit bureau et griffonna sur la fameuse carte. Machinalement, elle souffla sur l'encre pour la sécher plus rapidement, à défaut d'un peu de sciure pour absorber l'excès. Entre index et majeur, elle tendit le petit bout de papier gaufré vers Alice. Dans l'épaisseur, les lettres W-W s'entrelaçaient en relief tandis que l'adresse trônait en caractères imprimés, indiquant sobrement l'adresse de Walls Workshop Ltd. La demoiselle n'avait fait que rajouter son nom et prénom d'une plume précise, efficace... avec des magnifiques lettrines calligraphiées dans le plus pur style français. Ainsi, deux univers s'opposaient de manière presque cocasse au sein même de la signature.

- T'peux venir m'voir quand tu veux. Si ... t'connais d'autres androïdes qui ont b'soin d'un coup d'main, tu peux leur fournir mon adresse aussi, j'aiderai. Enfin, pas à faire n'importe quoi hein, mais... enfin voilà.

Réorganisant les coussins, la demoiselle constitua un cocon moelleux autour du duo qu'elle formait avec Alice. Pourtant loin d'être paresseuse, Jane cherchait, presque indolente, une posture sur le matelas pour se reposer tout en continuant d'observer et discuter.

- Jeu d'action ou vérité ? Heu...

... je ne connais pas ce jeu, faillit-elle ajouter. Toutefois, elle s'interrompit et marqua un temps de réflexion. Probablement que les jeunes filles de ce siècle y participaient régulièrement, que ça soit dans les pensionnats ou avec leurs amies. Peut-être même que cela se jouait déjà à son époque, mais ce n'était pas vraiment les occupations d'une jeune noble dont la devise de la maison prônait le triomphe de la vérité. A dire vrai, à part le pieux mensonge, un peu branlant, sur ses origines pour préserver un certain anonymat et éloigner les possibles ennuis, Jane mentait aussi bien que ne voyait un aveugle.

- ... d'accord.

Finit-elle par concéder. Après tout, les règles lui paraissaient simples et claires. Sa tête se pencha vers l'arrière, noyant son regard dans le plâtre du plafond. Curieuse, elle fourmillait naturellement de questions à adresser à Alice. De même, elle oserait l'interroger clairement sur ce qui l'intéressait ou l'interpellait lors d'une discussion. Mais formuler une demande sans contexte, sans discussion qui y mène la mettait quelque peu dans l'embarras. Que demandaient les jeunes filles normales ? Si elle avait un soupirant ? Si elle avait échangé un baiser avec un jeune homme lors d'une foire quelconque ? Brièvement, les joues de Galaad prirent une teinte rosée. Non, même si ce terrain comportait quelque intérêt, pour être rassurée sur la normalité de son manque d'expérience peut-être, elle n'oserait jamais se lancer dans une telle indiscrétion. Trouver une solution de repli : les androïdes ? Elle en était une. Son enfance ? Probablement qu'elle préférait ne pas en parler. Puis, elle regarda ses mains et s'exclama soudain :

- Ah ! Je sais ! Qu'est-ce que tu penses de la magie ?

Après tout, le monde moderne ne s'embarrassait guère de mythes, légendes et magies du passé. Peut-être détestait-elle les fées ? La technologie, dont Alice était une représentation vivante, n'appréciait guère les sciences moins rigoureuses. L'inverse, la haine envers les androïdes par les peuples magies et humains, n'en était pas moins vrai. Peut-être qu'Alice avait connu de terribles situations par la faute de fées ou sorcières. "J'm'montes l'bourrichon pour rien" se fustigea Jeanne. "Ce n'est qu'un jeu." "Rien d'autre." Pourquoi paniquait-elle à demi ? La vérité ? Elle craignait de devoir mentir effrontément. Choisir un gage relevait déjà qu'il y avait quelque chose à cacher. Aucune stratégie ne lui permettrait de se soustraire facilement en cas de besoin. Mal à l'aise, elle réajusta sa position, repliant une jambe sous elle. Dieu qu'elle détestait l'inconfort de son mensonge salutaire.
Galaad
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Alice Liddell
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Alice Liddell
Jeu 15 Oct - 23:04
L'Androïde s'assit contre les coussins, jambes pliées sur le côté. Le carton de Galaad avait fini entre ses doigts de chair. Elle s'amusait à l'agiter entre ses doigts – geste banal qui lui occupait la main. Enivrée par la quiétude de l'instant, la jeune fille finit par s'allonger en travers du lit, main droite soutenant sa tête. On aurait dit une de ces Romaines de l'Antiquité se lovant sur leurs sièges. Les yeux d'Alice s'ouvrirent grands face à la question de Galaad.

« Moi qui croyais que tu allais commencer par quelque chose de plus intime. »

C'était presque trop sérieux comme question. Sérieux, mais intéressant. L'auriculaire d'Alice tapota sa lèvre le temps de trouver par où commencer. Galaad, sans le savoir, avait frappé dans un sujet qui la concernait particulièrement.

Alice finit par se jeter à l'eau. Elle devait jouer le jeu. C'était elle qui l'avait lancé, après tout.

« Au début je la détestais. Parce que c'était ainsi qu'on m'avait appris à la voir. Je suis née en Roumanie. »

Les dernières paroles sonnaient comme un « Inutile de te préciser ». Tous savaient que la Roumanie était un royaume résolument anti-magie. Alice n'aurait pas su dire d'où venait cette haine viscérale. Peut-être de la religion qui, en ce royaume, se montrait particulièrement extrémiste. C'était à se demander si le véritable berceau de l'Inquisition n'était pas l'Espagne mais plutôt la Roumanie.

« Puis j'ai voyagé, j'ai rencontré et côtoyé des personnes venues de multiples contrées, chacune avec sa propre expérience. J'ai appris à fonder ma propre opinion. Et je me suis souvenue. »

Rien que mentionner ce souvenir amena, dans la bouche d'Alice, une saveur amère. L'androïde se redressa, s'asseyant en tailleur sur le lit, le dos droit. Du regard elle chercha un verre d'eau mais n'en vit pas. Elle se contenta, alors, de ravaler sa salive et de regarder Galaad dans les yeux.

« Je me suis souvenue que ma mère était une fée. Qu'on la tué. Simplement parce qu'elle avait ce sang en elle. De elle, je n'ai hérité que d'un pouvoir. Celui d'offrir et changer les dons des gens. Je l'utilise peu. Et les rares fois où je l'ai fais, j'ai créé plus de malheur que de bonheur. »

Elle avait retiré à une habitante de Tortuga la possibilité de souffrir. La pauvre avait servi de cobaye à ses comparses, chacun la maltraitant plus durement que les autres pour voir si elle allait hurler – en vain. Il y avait eu Mistral, lors de sa visite à Salem. L'homme avait haï le cadeau offert, renâclant comme un Roumain face à la magie. La seule fois où Alice avait été contenté ce fut lorsqu'elle se confronta à son créateur, à Vasile. Elle s'était vengée, comme une gamine. Mais elle demeurait fière de ce tour de passe-passe.

Alice força un sourire, sentant bien qu'elle avait provoqué un malaise.

« Bon, c'est à ton tour. Comment es-tu devenue... mécanicienne ? C'est ça le bon terme ? Je n'ai jamais vu de femmes faisant ce métier avant aujourd'hui. »

Ou comment, judicieusement, changer de sujet pour balayer le malaise.
Alice Liddell
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Galaad
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Galaad
Jeu 22 Oct - 16:22
Et voilà qu'elle commettait déjà un impair ! Elle le savait pourtant : Ce genre de jeu commençait par une question moins vague, moins sérieuse. Plus légère. Fallait suivre ta première idée, se flagella-t-elle mentalement. Les soupirants et tout le tintouin amoureux ? Jeanne songea brièvement, une énième fois, à l'étrangeté de cette époque. D'un coté, ils réprouvaient la légèreté des moeurs françaises, jugeant outrageuse la littérature ou la mode. De l'autre, dans n'importe quel lieu, une demoiselle non-mariée de cette époque subissait les assauts de courtisans sans l'accord de sa famille, sans suivre de code particulier ou même, dans la plupart des cas, sans finesse d'esprit. Chaque remarque se mâtinait souvent d'une infâme vulgarité, sous-entendant constamment la domination masculine. Pour une époque qui se traguait constamment de son avancée et sa supériorité intellectuelle, dans ce domaine la romance, les bons mots ou le statut d'une femme, Jeanne ressentait surtout un nouvel "obscurantisme". Pour être honnête, elle devait toutefois admettre que le décalage entre sa vie préservée - cinq frères sur le chemin de chaque prétendant, les gens d'armes de sa maison, les caméristes... - dans une maison noble contre le regard de Vermine et maintenant une vie modeste et simple influençait sans doute tout autant son jugement sur l'époque, bien plus qu'un réel recul.

Dès lors qu'Alice prit la parole, ses divagations cessèrent pour laisser placer à une écoute attentive. Bien lovée dans les coussins, elle observait sa camarade tandis qu'elle se racontait, en partie, à elle. La Française se sentait honorée des confidences, quand bien même le but du jeu le nécessitait d'office. Pas une seconde, elle ne douta de la véracité des propos. Elle ne songea même pas qu'Alice puisse lui mentir, quand bien même elle avait pensé elle-même trafiquer certaines données de son passé. A la fin de sa réponse, Jane marqua un temps.

- J'suis navrée pour ta mère. Mes condoléances.

Même cent ans n'effaçaient pas la perte d'un être cher, d'autant plus lorsque son départ s'effectuait dans la violence. Jeanne compatissait réellement avec sa nouvelle amie. Comment ne le pourrait-elle pas ? A elle aussi, la vie et des gens mauvais lui avait arraché sa famille pour des prétextes futiles. Se voulant rassurante, l'exilée chercha également à alléger l'atmosphère.

- Pour ta magie, ça s'apprend. Donner un don, pour l'bien d'autrui, faut réfléchir à tout un tas d'détails. L'plupart des êtres magiques l'apprennent sur des années, t'sais : les limites de c'qui est faisable, les conséquences sur toi, sur les autres, sur la nature. C'est un peu comme la lecture finalement : Quand t'sais pas, ça ressemble à du charabia incompréhensible et t'dis que c'est un peu comme des dessins. T'peux trouver ça joli, mais tu verras pas tout c'qu'y a derrière. Quand tu connais quelques lettres, t'sais déjà qu'il y a plus que des dessins, qu'il y a du sens. Mais s'tu peux pas tout lire, t'auras qu'un truc sans sens, souvent faux et tronqué. Faut connaître tous les symboles et s'entraîner, encore et encore, jusqu'à pouvoir saisir toute l'histoire, même celle entre les lignes.

Pivoine, son rire cristallin tinta, un peu gêné.

- D'solée. J'aime beaucoup parler d'magie. Faut pas m'lancer dessus, j'pourrais t'nir l'crachoir pendant des jours toute seule. Pareil pour la mécanique, l'aéronautique, les chevaliers, les oiseaux d'proie, la mer... pis des tas d'autres trucs en fait, mais surtout sur ça.

A la question d'Alice, le rire fusa. Franc et plein, cette fois-ci, Jane s'avachit, plus détendue, sur les coussins, s'y enfonçant un peu mieux.

- J'sais pas pourquoi tout l'monde m'la pose celle-ci.

S'amusa Jeanne. Le comment pourtant n'avait pas la moindre once de drôle. A force d'habitude, peut-être, Galaad réussissait à faire partiellement abstraction de la cause.

- Mmh voyons voir...

Elle tapota sa lippe inférieur, régulièrement, du bout de l'index, le regard au plafond. Comme bien souvent, elle songea à tout déballer sans fard. La Vérité toute la vérité. Pour remercier la confiance accordée, elle abandonna la version tronquée et résumée pour coller au mensonge sur son identité pour coller au plus proche de la totalité, bien que fortement édulcorée pour ne pas alourdir l'ambiance qu'elle espérait avoir réussi à alléger à nouveau.

- Y a cinq ans, j'm'suis réveillée en enfer.

Un temps. Les mots pour expliquer l'horreur sans y sombrer n'existaient pas. Elle chassa le souvenir se profilant d'une pitchnette discrète de l'index sur l'oreiller.

- Percy et Salomon m'y ont trouvée et ils m'ont emmenée loin. A cette époque, ils voyageaient à travers le monde, de navire en navire. Comme les femmes ne sont généralement pas acceptées dans un équipage, ils m'ont grimé en garçon : Vermine qu'j'm'appelais.

Elle esquissa un sourire, glissant un regard à sa camarade.

- J'avais des bretelles extra pour soutenir mon pantalon trop grand. Un gilet épais et quatre chemises pour cacher l'fait que j'sois une femme. Comme j'étais un gaillard, j'devais bosser comme les autres. Percy m'présentait alors comme son apprenti. Tout naturellement, il m'a mis un tournevis dans la main. L'coup de foudre. Aussi violent qu'lorsqu'on m'a mis ma première rapière dans l'main.

Ce fichu tournevis, les cloques sur ses mains qui ont irrémédiablement suivies et les épreuves à gérer au quotidien dans un monde souvent brutal peuplé presque exclusivement d'hommes - et de prostituées, l'épisode où un équipage avait tenté de dépuceler le jeune Vermine la marquera sans doute pour l'éternité - l'avaient ancré dans l'époque et dans la vie après le drame de sa Maison plus sûrement que toutes les prières murmurées pour le salut de son âme et celles de ses frères.

- Quand on s'est installé à New York, Percy a insisté pour que j'fasse des trucs plus usuels pour une femme. Mais l'en était pas question. Je lui ai pas laissé franchement l'choix en continuant d'apprendre encore et toujours tout c'qu'j'pouvais sur la mécanique, la physique, l'aéronautique et... pleins d'autres domaines.

Toutes ses lectures avaient donné naissance au Baron Périlleux, tout un univers d'inventions qu'elle n'avait de cesse de gratter. Après Vermine, Jane Walls et l'inventeur, il ne lui restait plus qu'à redonner naissance à une nouvelle Jeanne Angèle Marie d'Ithier.

- Voilà comment j'suis devenue mécanicienne.

Le sourire s'étalait large sur les lèvres de la demoiselle. Comme si la tristesse de début de récit se repoussait si aisément en s'accrochant à la réalité tangible du présent. Après lui avoir laissé un temps de réaction, Jane attaqua Alice avec la question suivante :

- Alors... tu as un amoureux ?

Naturellement, ses joues se teintèrent de rouge, mais elle se consolait à moitié parce qu'Alice lui avait presque expressément réclamé une question intime.
Galaad
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Alice Liddell
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Alice Liddell
Dim 25 Oct - 15:39
Un épais coussin avait fini entre les bras d'Alice, l'Androïde le serrant collé contre son torse. L'histoire de Jane aurait pu être un roman à elle seule. Alice se sentait presque ridicule à côté d'elle. La jeune femme avait vécu des choses qui resteraient inaccessibles à l'Androïde. Se déguiser en homme, la jeune fille n'en avait eu jamais l'idée mais Jane la tentait presque de faire pareil. Elle était même curieuse de voir Jane en Vermine. Ce devait être un spectacle cocasse, amusant même !

« Tu sais quoi ? » l'avisa Alice après qu'elle ait terminé. « Si Percy avait pas besoin de nous, j'aurais été tenté qu'on se déguise en garçons. Juste une fois pour voir ce que ça fait. Mais je crois que j'aime trop les robes et les rubans pour faire un garçon convenable. »

Suffirait qu'avec un peu de malchance Alice se retrouve face à une vitrine de mercerie pour griller sa couverture.

- Alors... tu as un amoureux ?

Alice bascula sur le ventre, l'oreiller coincé entre le sommier et elle. La jeune femme posa son menton entre ses mains en coupe, ses jambes battant doucement la mesure.

« Non... Puis... J'y ai jamais vraiment pensé... »

L'asile était loin d'être l'endroit le plus propice pour tisser de la romance. Ses voyages l'avaient menés dans tant d'endroits qu'elle n'avait jamais pu tisser de liens durables.

« Il y a eu Peter. C'était pas amoureux. Juste un ami. Puis c'est un enfant, je peux pas être amoureuse d'un enfant. C'est... » Alice chercha le mot, eut un geste de la main. « Sale. »

Les amourettes c'était bon pour les adultes. Un souvenir revint alors à Alice. Le rouge lui monta aux joues. Elle hésita à le dévoiler à Jane. Néanmoins l'Américaine n'avait pas osé jouer l'intrusive alors même qu'elle avait déballé un pan de son passé. Elle avait même partagé sincèrement sa douleur, jouer franc-jeu avec elle. Autant continuer sur la lancée. Au risque de se mordre les doigts après.

La main de chair agrippa les doigts de Jane, les serrant.

« Ce que je vais dire... ça doit rester entre nous. D'accord ? »

Après avoir eu un geste d'acceptation de la part de Jane, Alice parla, d'une voix basse, un chuchotement.

« C'était pas un amoureux. Mais j'ai rencontré une femme. Une sorcière. » Par pudeur, Alice en tut le nom. « Elle m'a aidé, m'a appris à... différencier les gestes à accepter ou non. À savoir dire non si quelqu'un tentait de me toucher et que je voulais pas. Elle m'a montré des choses. Des choses entre femmes. »

Ce qui pouvait dire tout et son inverse. Alice avait baissé le regard peu à peu, n'osant pas voir ce que tout cela provoquait sur Jane. Les amours entre dames amusaient follement les fleurs de Pitt. Mais elles étaient des fleurs – elles vivaient d'une façon toute autre que les demoiselles comme Jane.

Sentant comme un malaise, Alice lança à brûle-pourpoint.

« On... On devrait aller peut-être voir Percy. »
Alice Liddell
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Galaad
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Galaad
Mer 23 Déc - 1:44
- J'adore les robes aussi ! L'pire, c'était les ch'veux ! Percy les a coupé, ça a r'poussé d'puis heureusement, mais les premiers mois, ça partait en pétards d'partout ! L'première année à New York, fallait qu'j'mette des chapeaux tout l'temps !

D'un autre coté, la tignasse de boucles folles "courte" avait été bien pratique durant les périodes où aucune possibilité de se laver vraiment avait été offert à la demoiselle. Sans penser aux nombres de fois où le gavroche lui avait été dérobé pour charrier le petit Vermine. Galaad n'avait aucune envie d'avoir les cheveux courts, mais elle reconnaissait l'utilité et le pratique d'un sérieux élagage du buisson touffu qui lui servait de chevelure.

- On pourra, une autre fois, si tu veux ! J'ai pris que des vêtements d'filles cette fois-ci. Mais si t'viens m'trouver à l'atelier, on pourra embarquer sur un navire si t'veux : j'connais un cap'taine qui trouvera ça amusant qu'on joue aux types.

Puis, venait la fameuse question. LA question obligatoire, du moins se figurait Jeanne, lors d'un jeu avec ses camarades. La première réponse d'Alice pencha le chef de l'exilée sur le coté, un peu dans l'incompréhension. La seconde partie, elle, la plongea dans une profonde perplexité. Celle-ci fut encore plus accentuée par le malaise que ressentait l'androïde.

- Tu sais...

Annonça Jeanne calmement, malgré une rougeur lui dévorant tout le visage.

- Les seules femmes avec qui j'passe vraiment du temps sont des prostituées ou des courtisanes.

Sans bouger, de sa place pour contrebalancer l'agitation de son amie, Jeanne releva le regard vers elle, visiblement parfaitement gênée.

- Quand j'étais Vermine, les autres m'ont offert une fille pour... me... dépuceler.

Une longue inspiration. Directement, elle se dédouana, craignant probablement que sa compagne ne la croit impure.

- Je n'ai rien fait. Mais elle m'a... beaucoup expliqué de choses aussi. Simone vit aussi à New York. Maintenant, elle a un Galant qui l'entretient donc elle fricote plus avec d'autres gars. C'est elle qu'm'file des vêtements quand elle en a plus b'soin. Tout ça pour t'dire... que bah, normalement c'est une gouvernante qui apprend c'genre d'choses. Quand on en a pas, on improvise autrement. Toi c'était une sorcière qui.. a peut-être été un peu ... démonstrative. Moi, c'était une pute qui m'a appris les moeurs d'cette époque-ci.

Jane haussa les épaules.

- J'vois pas pourquoi je t'aimerai moins pour ça. Dieu, il t'aime comme t'es et pardonne tes pêchés. Alors c'est pas à moi de juger. Pis si ça te perturbe, t'peux aller à confesse.


Le sourire s'étala largement, d'une sincérité parfaite malgré les joues d'un rouge vibrant. Les fossettes creusées restèrent ancrées sur ses joues, tandis que la nymphe récupérait les mains, celle de chair autant que la mécanique d'Alice.

- Percy, il attendra un peu. L'doc serai passé nous dire s'il avait fini. Pis, on a pas fini d'jouer !

A peine eut-elle terminé sa diatribe que quelqu'un frappa à la porte de la chambrette. Abandonnant les mains de la jeune femme, Galaad se redressa comme un ressort avant de vaciller légèrement. Un, deux, trois, compta-t-elle tout bas avant de se reconstituer un sourire avenant et d'aller ouvrir au médecin. Captivée par une si belle moustache en guidon qui s'agitaient de soubresauts réguliers à chaque mot prononcé, certaines expressions échappèrent parfaitement à la française. Le sens général du diagnostic se résumait heureusement aisément : La jambe était bien cassée. Heureusement, le médecin avait réussi à soigner le plus gros de la blessure. Pour atténuer la douleur, le médecin avait eu l'obligation d'endormir le patient et celui-ci ne se réveillerait pas avant le lendemain. Il fourra plusieurs fioles et boîtes à pilules entre les mains de la jeune femme et ainsi qu'une liste de consignes détaillés sur comment s'occuper de la jambe platrée. Puis le verdict fut lâché sans appel : L'ingénieur ne devait pas poser le pied au sol pendant deux semaines. Il faudrait environ un mois supplémentaire avec des cannes, si l'os se ressoudait correctement, pour qu'il puisse à nouveau gambader à son habitude. Rendez-vous fut donné au lendemain en fin de journée pour un premier contrôle quand Percy aurait regagné conscience. L'implacable médecin insista bien pour que l'irlandais se repose dans le calme parfait et qu'il se nourrisse de certains produits supposés renforcer l'organisme et qu'il n'ingurgite pas une seule goutte d'alcool. A la mine effarée de Jane, il ajouta promptement qu'une consommation avec modération pourrait être reprise si le premier contrôle se déroulait bien. Il étendit ensuite la main pour réclamer un paiement. Comme un tsunami, la nymphe fouilla plusieurs endroits dans la chambre pour en extirper le montant nécessaire. Payé, l'homme souleva légèrement son chapeau melon pour prendre congé.

- J'reviens.

Indiqua Jeanne à sa camarade avant de se faufiler dehors et dans la chambre de Percy.

Le faux roux comatait. La bouche ouverte, un fil de bave unissait sa lèvre inférieure à sa supérieure et sa moustache tremblait à chaque ronflement. En caleçon rouge remonté jusqu'aux genoux, il se détachait nettement des draps clairs. Le plâtre engloutissait son pied, son tibia et couvrait à demi sa rotule. Retroussant ses manches, Galaad nettoya sommairement la pièce avant de couvrir l'inventeur d'un second drap, emmaillotant presque le gaillard pour éviter qu'il ne gigote dans tous les sens. Fourbement, selon les critères d'une petite française, Jeanne déroba un couteau que l'irlandais conservait dans ses bagages et s'entailla le doigt profondément. Entre les lèvres de l'ancien pirate, quelques gouttes du précieux fluide colora sa langue d'un vermeil vif. Par réflexe, il déglutit. La fée cesse de l'abreuver une fois certaine qu'il avait avalé trois gorgées de son remède particulier. Elle suçota ensuite son propre doigt, laissant la plaie se refermer parfaitement. La quantité offerte ne réussirait probablement pas à ressouder l'os en une nuit, mais le temps de convalescence devrait lui se réduire fortement. Galaad se pencha ensuite sur le front de son "frère" afin d'y poser un baiser doux et remettre une mèche soigneusement en place.

Après une quinzaine de minutes, Jane toqua trois coups brefs à la porte de la chambre qu'elle partageait avec Alice. S'annonçant brièvement, elle pénétra, le teint pâle, à nouveau dans la chambre.

- Désolée, je voulais vérifier qu'il était bien au chaud.

Alors qu'elle allait reprendre sa place pour recommencer à pérorer et parler du repas du soir à partager, sans crier gare - si on omettait les petites alertes précédentes -, Jeanne s'étala de tout son long, livide. Heureusement, sa respiration se calquait sur un rythme de métronome et soulevait son corsage comme il se devait. Le pouls lui parut ératique pendant quelques secondes avant de se stabiliser à son tour.

Avec une incroyable finesse, un estomac vide gronda.

HRP:
 
Galaad
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