Pretty Russian (Mai 04)

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Galaad
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Galaad
Ven 26 Juin - 22:02
Voilà des mois qu'elle le tannait avec cette histoire d'université de techno-magie. "Je veux y aller" répétait-elle sans cesse. Pour peu qu'on y porta un peu d'intérêt, elle enchaînait avec une argumentation de deux heures sur l'importance d'être à la pointe de l'avenir, de la nécessité à établir des liens avec les universitaires russes pour la survie de l'entreprise. Percy cherchait encore et toujours une excuse pour ne pas se déplacer. Manquait-il d'intérêt pour un voyage en tête-à-tête, pour une assemblée de scientifiques et inventeurs à l'esprit libre ? Absolument pas ! Percy avait simplement la Russie en horreur. Un petit "incident" avec un russe aux mains comme des battoirs exacerbait encore les réticences en raison de l'effort de sociabilisation avec les "bourges" nécessaires. Ironiquement, le patron était lui-même issu de la bourgeoisie. Celle qui finit fauchée suite à des prises de positions contraires aux normes imposées. En plus de cela, l'ouverture d'une université, surtout dans un domaine aussi novateur, attirait des nationalités différentes. Aucun moyen de prévoir si un noble français pourrait s'y trouver et reconnaître une certaine baronne en exil.

Des mois de fuite balayés par une lettre d'invitation : une conférence sur l'aéronautique. Difficile de faire la fine bouche et refuser à présent que la demoiselle le savait. Déjà, elle s'agitait dans tous les sens. Le programme en main, elle avait commandé une série d'ouvrages traitant spécifiquement des sujets qui seront abordés. Quand elle ne travaillait pas sur le Projet Icarus ou sur les tâches courantes, elle s'abîmait dans la lecture. Tellement qu'un petit drame se joua à leur arrivée à l'hôtel, dès le programme officiel reçu : La semaine de colloques se clôturait, comme il se doit, par un dîner en grandes pompes. Naturellement, à force de penser en ingénieur ou mécanicienne, la jeune personne en avait oublié de penser en femme. Elle n'avait prévu aucune tenue suffisamment habillée pour ce type de soirée. Impossible de porter la même tenue que celle de la semaine, la coquetterie élémentaire réclamait une robe avec des coloris plus gais, une coupe plus flatteuse pour mettre en valeur une jeune nymphe. En temps normal, l'affaire n'aurait guère engendré autant de foin mais il y avait déjà eu la première journée.

En raison de finances limitées - ou plutôt d'investissements moins frivoles -, la mise de Galaad laissait probablement à désirer pour la bonne société. Pas de tenues à la dernière mode, pas de coquetterie excessive, les étoffes s'élimaient à force d'usure. La plupart avait été récupéré auprès de dames de vertus relativement légères. La jupe montrait légèrement le liseré du jupon - à la bonne longueur lui -. Le haut comportait un peu trop de tissus aux hanches et à la taille pour laisser passer des épaules un peu plus solides qu'une ingénue inactive. Les bottines, bien que ressemelées récemment, ne brillaient plus du vernis du neuf. Pour les couches populaires, la tenue dégageait même un semblant d'élégance. Pourtant, autant dire que la confrontation avec certaines épouses des inventeurs, bienfaitrices mécènes ou sorcières du crû fréquentant la semaine de séminaire se révéla assez désagréable. Selon Percy, la cause était bien plus simple qu'un problème d'accoutrement ou que le choc culturel : Elles étaient jalouses. Sa Galaad n'avait peut-être pas les beaux atours, ni un physique sulfureux, mais elle avait ce charme naturel et cette grâce féerique qui font que les gens tendent à vouloir la protéger ou l'aimer et, dans le cas des jeunes hommes, de vouloir l'épouser. Elles persiflaient. Pas besoin de comprendre la langue pour saisir aussi basique. Tout ça le foutait dans une rage noire. Sur son siège, il avait trépigné longuement, martelant silencieusement du talon le sol. Puis, Jeanne posa une main sur son genou, quelques secondes à peine, et secoua la tête avec un sourire triste.

Cela avait suffi qu'elle se voit confier une liasse de billets et mettre dehors avec l'obligation d'en mettre "pleins les mirettes à ces connasses de manieuses". Arpentant les rues de la capitale, avec un russe au mieux minimal et un espagnol parfois très fleuri, Jeanne était en quête d'une couturière. En arrêtant certains passants, elle avait réussi à trouver une adresse. Dans la vitrine, la commerçante avait exposé un modèle à titre d'exemple. Magnifique, une tenue de bal comme on se les imagine dans les contes. Soieries et broderies s'entrelaçaient sur un corsage dévoilant joliment la gorge. Une dentelle révélait, au plus hardi, l'arrondi du sein. "A la française" disait-on de ce type de modèle. Malgré les qualités évidentes de la responsable de la boutique, Jeanne restait là, bloquée devant cette robe aux couleurs chatoyantes.

La nostalgie l'envahissait. Les derniers vrais essayages, prises de mesure et discussions badines avec un couturière remontait à un passé lui paraissant appartenir à une autre vie, une autre personne. Aurait-elle choisi une robe sage et fleurie pour son entrée à la cour ? Aurait-elle préféré être plus discrète comme ces beautés glaciales fascinant les hommes ? Ou peut-être encore un de ces robes aux teintes vives au décolleté si généreux que la poitrine menaçait à chaque instant de s'en échapper ? Quel rôle aurait-elle joué ? Probablement celui qu'on avait toujours attendu d'elle, être une bonne petite, faire un bon mariage pour permettre encore aux terres d'Aubagne de se développer et prospérer. La langue de Louis-Arthur aurait probablement triplé de volume à force de lui répéter de ne pas parler d'épée, de navires volants ou l'une ou l'autre des inventions qu'elle ne manquait pas de trouver intéressante. Paul-Henri aurait continué à lui donner des leçons en cachette malgré son emploi du temps surchargé. Richard continuerait de menacer les prétendants qu'il ne jugerait pas digne de sa petite sœur. Ou peut-être aurait-elle déjà eu son premier enfant. Devait-elle remplacer sa couturière par une inconnue et clore ainsi, symboliquement, tous ces peut-êtres qui n'arriveraient jamais ?

"Que de simagrées pour une robe !" songea-t-elle avant de laisser échapper un interminable soupir. Ballottée par le souffle, une mèche de cheveux échappée du chapeau dansa. Et toujours, immobile, indécise, elle restait là à observer la robe d'exposition derrière la vitre.
Galaad
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Vashka von Kursell
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Vashka von Kursell
Dim 28 Juin - 11:13
Pretty Russian
avec
Galaad

-Mai de l’an 04-
Russie - Saint-Pertersbourg
Place publique aux nombreuses boutiques
Face aux vitrines de « Points d'Agatha »


Un jour de Mai comme nous en avions rarement connu. Chaud et doux à la fois, une brise douce et continue qui soufflait le trop plein de chaleur tout en restant agréable et sèche. Une journée parfaite à passer au dehors sous peine de subir une insolation en dedans ! Celle-là même que je choisis pour faire les boutiques, après tout, des évènements très importants se profilaient avec la semaine de colloques de l’Université et je me devais d’être présente au banquet afin de peut-être accompagner la Tsarine de ma présence pendant ce repas tant attendu. Ni d’une ni de deux, j’en étais bien ressortit de trois tenus différentes sans pour autant être satisfaite de mes achats, que faire sans tomber dans l’excès ? Poursuivre mes recherches d’une quatrième tenue ou profiter de l’accalmie d’une rue secondaire pour prendre des nouvelles de ma couturière préférée ? J’en optai pour celle-là et prit donc la rue à la suite, mes boîtes en mains que j’aurais tôt fait de laisser à me livrer au manoir.

Et pourquoi ne pas tout déposer au petit café et prendre place à la terrasse l’espace d’un bref instant pour déguster un feuilleté sucré et léger tout en observant la nouvelle vitrine de l dite boutique. Une beauté qui y était exposée je devais avouer et que je pris à contempler un temps avant qu’on ne m’en cache la vue. Ou plutôt, qu’on la partage. Car je vis bien, même depuis l’autre côté de la rue, que cette robe avait plus d’une prétendante. Une jeune femme à ce que j’en jugeait de dos, qui avait peut-être bien besoin d’en enfiler une ou deux qui observait cette robe sans même broncher.

J’en restai un brin surprise, attendait-elle quelqu’un en réalité ? Peut-être une amie se trouvait déjà dans la boutique et connaissant bien Agata, la propriétaire et principale couturière, il n’était pas impossible que cette personne soit retenue par un ou deux potins de nouvelle arrivée. Pourtant, au bout d’un temps, elle ne bougeait toujours pas et semblait réellement en admiration devant la robe. Ce fut trop pour moi, je ne pus simplement pas la laisser ainsi dans l’incertitude, dans l’attente et quittai mon siège pour traverser la rue, me glissant doucement derrière de façon à ce que l’on n’aperçoive toujours que son reflet et celui de cette robe qui s’imbriquait parfaitement, semblant la revêtir de la tête aux pieds.


« Vous croyez que le soleil arrivera à imprégnez l’image depuis la vitre sur vous ?, demandais-je d’une voix douce pour ne pas l’effrayer. Puis je ne pus m’empêcher d’ajouter, un brin moqueur bien que rien de méchant. Elle ne vous rejoindra pas toute seule même si elle vous sied à ravir, regardez. »

Je désignais la vitrine d’un mouvement du menton, l’invitant à y regarder à nouveau, sans doute ne l’avait-elle pas vu mais ce jeu de reflet, cette robe qui recouvrait illusoirement ces vêtements pour montrer comme elle n’était faite que pour elle était très étonnant. Je souris en m’écartant légèrement pour la laisser contempler à sa guise, cette robe était fort jolie mais à bien y réfléchir, elle avait déjà sa promise et ce n’était pas moi. Il ne restait plus qu’à cette demoiselle de trouver le courage d’imiter ces deux femmes qui venaient d’entrer dans la boutique. Je le lui dis d’ailleurs, me permettant d’entrer dans l’indiscrétion si cela la poussait à passe le pas de la porte.

« Je vous accompagne si vous le souhaitez…mais je me hâterais d’entrer si j’étais vous… Votre dulcinée ne vous attendra pas éternellement si on vous la prend de force. »

Je me faisais poète, voilà qui était nouveau mais un coup de foudre tel que celui-ci ne pouvait être ignoré. Pas pour une femme de haute-couture comme je l’étais. Sans prétention aucune, mon père avait beau ne plus être présent au domaine ou au manoir, je n’avais pas hérité du voisin ma passion de la chasse et encore moins celle de la fourrure et du cuir d’un étranger. La couture était ce qui nous habillait et bien que les aiguilles puissent régler quelques différents de taille, les œuvres étaient pièce unique qui ne sciait qu’à une personne, à un corps. Si cette robe ne trompait nos yeux par le fait qu’elle se trouve derrière ce vitrage, le résultat final en serait tout simplement renversant !

« Je vous pris d’excuser mes manières cavalières, mes intentions ne sont point de vous pousser à la dépense mais les créations d’Agata mérite d’être porté avec fierté et j’ai toutes les raisons de croire que vous en seriez avec celle-ci. Si seulement vous vous donniez la peine d’entrer avant que ces autres Dames ne louchent d’un peu trop près sur ce modèle qu’en dites-vous ? »

Je parlais toujours doucement, je ne voulais ni la presser, ni la brusquer et encore moins lui dicter ce qu’elle devait faire. Au pire, me ferais-je rembarrer comme la malpolie que je devais être, au fond, à me mêler de ce qui ne me regardais guère. Une robe de la sorte ne devait pas non plus être donnée mais si cette Dame se donnait la peine, j’étais même prête à me porter garante pour négocier avec la gérante. Ce n’était pas comme si je lui fournissais depuis quelques années des fourrures pour ces manteaux devenus de pus en plus réputés. J’étais certaine qu’il y avait terrain d’entente. Pour peu qu’on se donne la peine d’entrer et de cesser de bêtement admirer un reflet renvoyer.
Vashka von Kursell
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Galaad
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Galaad
Lun 29 Juin - 17:10
Invectivée en douceur, elle sursauta tout de même sensiblement. Fronçant les sourcils, elle mit quelques secondes à comprendre ce que la dame lui expliquait. Toujours emplie des brumes du passé, elle rétorqua, le ton posé et sûr, avec la diction impeccable d'une jeune noble, en français.

- Non, j'attends qu'il éclaire le chemin à suivre ou qu'il ravive les splendeurs passées.

Chef secoué, elle rassembla ses pensées et reprit en espagnol, faisant un effort pour articuler un minimum pour une fois. La rousse avait parfaitement raison : elle avait déjà perdu amplement trop de temps à s'abîmer en contemplation.

- J'suis pas sûre que le prix convienne à mes finances. Ni qu'elle soit indiquée pour le genre de soirée à laquelle je dois me rendre.

Pour ne pas être malpolie, elle se retourna vers son interlocutrice, délaissant enfin la robe du regard. Galaad examina la tenue et le faciès de la russe afin d'éviter des problèmes en s'adressant mal à une noble. L'analyse lui prit plus de temps qu'à l'époque de son enfance, les vêtements ayant, aujourd'hui, malgré tout beaucoup moins de distinctions claires entre les différents rangs. A défaut de titre approprié, elle choisit d'en rester à "madame" - enfin sa version espagnole -. L'héritière d'Aubagne noua ses mains gracieusement sur son giron, petite demoiselle sage. Le maintien et la posture étudiée contrastaient grandement avec le rugueux des mots prononcés.

- Vous n'êtes pas malpolie Madame.

Excusa-t-elle avec un sourire. Le fait d'articuler et chercher les bons mots rendait le phrasé lent, un peu erratique, comme si Jeanne était sotte au mieux ou mentalement déficiente au pire. Le sourire emprunt d'innocence corroborait presque cette hypothèse.

- Vous connaissez bien la couturière ? Excusez-moi pour la question impolie mais les tarifs appliqués vous sont-ils connus ?

Avec un soudain espoir, elle se risqua. Vashka portait, après tout, une tenue impeccable et ses manières la désignaient comme une dame de noble extraction. Peut-être pourrait-elle la guider efficacement dans cet exercice, peut-être aurait-elle la gentillesse de le faire ?

- Vous semblez très au fait des dernières modes du pays, peut-être pourriez-vous m'aider à dénicher la tenue adéquate pour ma soirée en respectant les protocoles et les règles mondaines d'usage ?

L'enthousiasme l'emporta soudainement. Le tempo du phrasé augmenta de manière fulgurante. Quelques syllabes en pâtirent hélas. Le vocabulaire lui suivit le chemin inverse et décrut en qualité de manière significative.

- C'vendredi soir, j'suis invitée à un banquet à l'Université de Techno-Magie. Quelques bonnes femmes s'sont foutues d'ma tronche parce que j'avais pas une belle robe neuve comme il faut. Alors il faut que je sois vraiment jolie et parfaitement adaptée à la soirée pour leur clouer l'bec !

Brusquement, se rendant compte de son espagnol pitoyable, Jeanne vira pivoine et bafouilla quelques excuses incompréhensibles. Les sourcils tricotèrent quelques instants pour chercher à extirper de sa mémoire la bonne citation. Avec le ton presque blasé de la réponse apprise par coeur, elle annonça.

- Je vous prie de bien vouloir me pardonner : Malgré mon espagnol exécrable, je puis avec vous converser en français, italien ou en anglais, bien que celui-ci se mâtine aussi de quelques nuances populaires.

Toute piteuse, le bout usé de ses bottines devinrent temporairement l'endroit à absolument découvrir en détail. Enfant, elle n'avait guère fréquenter de nobles russes - hormis un ambassadeur et sa maison adorant le vin produit à Cassis -. Un siècle plus tard, déconnectée des affaires de la noblesse, elle ignorait parfaitement à quoi elle devait s'attendre en cas de faux pas. Son interlocutrice allait-elle hurler au scandale pour l'effronterie des manières à son égard ? Bien que Jeanne en doutait fortement, le visage ne semblait pas malveillant, Percy lui répétait sans arrêt qu'elle était plus crédule qu'un nourrisson. Au fond, peut-être avait-il raison et qu'elle allait, encore, se fourrer dans les ennuis.
Galaad
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Vashka von Kursell
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Vashka von Kursell
Mer 1 Juil - 5:39
Quel étrange hasard que celui des jours comme celui-là. Je ne sus dire ave précision d’ailleurs pour quel obscur raison j’abordai cette étrangère, non seulement le geste mais quelle langue !, en Espagnol plutôt qu’en Russe, ou à la rigueur en Allemand ! Peut-être la leçon de la veille me restait encore à l’esprit, le fait d’avoir repris les cours de perfectionnement avec mon mentor particulier éveillait peut-être mes envies de dialogué dans diverses langues. Quoi qu’il en soit, je ne connaissais que trop peu le Français, même une poignée de mot simplement, pour reconnaitre l’utilisation qu’en fit la Dame de la vitrine lorsqu’elle me répondit dans un premier temps. Elle se reprit pourtant très aisément en Espagnol même si je devinais à sa pose des mots, à sa réflexion, que cela ne devait pas être aussi courant chez elle que chez moi.

Elle se retourna finalement et je n’eus que le loisir de mieux l’examiner, ne faisant pas cas du fait qu’elle en faisait de même de son côté malgré que cela semble vouloir être camouflé. Je savais tout aussi bien qu’il était malvenu de dévisager quelqu’un, une inconnue encore plus mais déformation professionnelle peut-être bien, ou application trop instinctive des leçons de courtoisie répétées depuis toute jeune comme cela semblait aussi être le cas pour ma vis-à-vis. Je ne pus toutefois pas retenir l’inspiration que le moment m’avait évoqué –à défaut d’être réellement acquise par achat- cette robe devait au moins être portée par ces épaules. Je l’invitai donc à entrer, ne niant pas le fait que je connaissais plutôt bien la couturière de la dite boutique, chose qui retenue visiblement l’attention de l’indécise qui me faisait toujours face.


« Vous n’êtes pas impolie…Madame, ne puis-je m’empêcher de répliquer, pour reprendre ces mots, doucement, un sourire timide aux lèvres. »

Je fus surprise de l’entendre demander conseil sur la bienséance de cette fameuse soirée de laquelle je ne connaissais encore rien. Étonnée car malgré son accoutrement peut-être un peu…particulier, elle ne semblait pas tout à fait étrangère au parlé et geste de la haute. Une paysanne d’apprenait pas ce genre de chose simplement pour dialoguer dans la rue avec une noble, on parlait d’années d’expérience que je reconnaissais assez facilement en elle malgré les apparences. Je tentai donc de lui répondre comme je le pouvais en débutant par la première question.


« Les prix sont certes un peu élevés mais je n’ai nul doute que cette brave Agata soit encline à vous la céder pour peu qu’elle vous aille, et de femme à femme, je n’en doute pas un instant ! »

Impossible de poursuivre quant aux us et coutume dépendants étroitement du genre de soirée qu’elle s’emballait déjà, débitant à une vitesse hallucinante tous ces mots que je peinais malheureusement à saisir. Moi et mon Espagnol légèrement limité, j’avais perdu le fil avant même qu’elle n’arrive au bout de sa deuxième phrase. Je ne pus tout simplement pas retenir un rire amusé de m’échapper, cachant le tout derrière une main qui se voulant non méchante mais plutôt discrète, je pinçai légèrement les lèvres en secouant la tête, balayant déjà tout malentendu en m’expliquant brièvement.

« Ne vous excusez en rien, Madame, je ne peux vous reprocher de vous exprimer avec passion même si je regrette de ne point avoir l’oreille assez attentive pour tout saisir, la faute étant bien évidemment la mienne. »

Cette Dame était amusante. Elle alliait à la fois les manières distinguées et le parlé campagnard qui offrait un contraste des plus étonnants mais pas pour autant désagréable. Je repris donc, lentement, tentant de me remémorer ce qu’elle-même venait de prononcer.

« Mes connaissances sont hélas trop peu élargies pour formuler ne serait-ce qu’une phrase acceptable en Anglais et encore moins en Français vous m’en voyez navrée. Je crains de ne pas avoir voyagé autant que vous pour acquérir votre bagage linguistique et regrette de ne pouvoir vous répondre qu’en Russe ou en Allemand, me désolais-je, adoptant pour le moment la langue qui semblait pourtant nous convenir au mieux. Il serait malvenu de vous demander de faire plus d’effort que moi à la compréhension de nos paroles aussi suggérais-je que nous poursuivions avec celle-ci et je ferai de mon mieux pour vous tendre une oreille concentrée. »

Je ne voulais sembler ni malpolie ni accusatrice de quoi que ce soit, la faute était mienne de ne point savoir décrypter toutes les contractions possibles par faute de n’avoir étudié que la diction parfaite de mon mentor. J’étais prête à relever le défis…seulement si cette Dame voulait bien ralentir un brin le rythme. D’ailleurs je rectifiai les choses avant d’aller plus loin et glisser une jambe derrière l’autre pour faire la révérence.

« Excusez mes mauvaises manières et permettez-moi de me présenter. Je suis la Baronne von Kursell et il se trouve que cette boutique est l’une de celle bénéficiant annuellement des peaux et fourrures récoltées sur mon Domaine. Je ne doute pas qu’Agata sache allier le prix de cette splendide création aux finances d’une Dame de ma connaissance… »

Et bien évidemment, cette Dame n’était nulle être que elle me faisant face. Pour peu qu’elle consente également à me donner son nom. Nous partirions ainsi sur des bases équitables avant de poursuivre plus avant. J’attendis donc en lui faisant toujours front, cette journée s’annonçait décidément pleine de surprises mais fort agréable !

« Il se trouve que je dois également me rendre à ce baquet ce Vendredi, nous pourrions certainement nous y revoir et entre temps, je serais ravis de vous informer sur ce que l'on a pu me laisser entendre de cette dite soirée qu'en pensez-vous ? Pourquoi ne pas commencer par la tenue et les bavardages autour d'une bonne Vodka ! »

Oui, je n'avais pas vraiment réfléchis avant de lui proposer de littéralement partager un alcool en ma présence, mes racines russes en responsables, mais l'échange n'en promettait pas moins d'être des plus intéressants !
Vashka von Kursell
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Galaad
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Galaad
Mar 7 Juil - 11:45
Jeanne releva le nez de ses bottes malgré le rose toujours présent sur ses joues. Elle hocha lentement la tête comme une enfant gourmandée qu'on pardonnait enfin.

- Je ferais attention à ma diction dans ce cas. Désolée pour le discours un peu traînant.

Articula-t-elle. Le ton lent la peinait. Toutefois, une certaine fierté d'avoir un large panel de langues différentes pour s'exprimer et son amélioration en langue espagnol - remercions les lectures assidues de manuels techniques - la réjouissait. Aussi l'émotion restait neutre.

A la révérence, elle répondit par la similaire mâtinée des us et coutumes français, le genou légèrement plus fléchi, les épaules bien droites, la tête légèrement inclinée. Parfaitement exécuté, il n'y avait guère que les prunelles turquoises ne quittant pas l'interlocuteur, scrutant et examinant un instant du dessous. Une demoiselle de modeste origine n'aurait sans doute pas oser la bravache et aurait gardé les paupières basses. Farouche et indomptable, ce petit détail avait rendu folle sa gouvernante et son aîné très à cheval sur l'étiquette. Tout finissait toujours par être balayé avec l'explication et l'excuse la plus commode : "C'est une nymphe, elle tient ça de sa mère". Jeanne esquissa un bref sourire amusé avant de se redresser et tendre la main droite vers son interlocutrice. Sans plus de cérémonial, elle se saisit de son homologue pour une poignée de main franche et vive.

- Jea... Jane Walls, de Walls Workshop Ltd à New York

Toujours cette hésitation à prononcer le mensonge pourtant mille fois répété. Être enfermée dans cette obligation lui faisait parfois impression de punition pour s'être enfuie sur ordre de ses aînés et ne pas avoir péri avec les siens. Spontanément alors, d'autres mots jaillirent ses lèvres.

- C'est pas exactement mon nom, mais j'vous connais pas encore et j'sais pas si j'ai le droit de vous dire la vérité sans risque. Mais j'aimerais bien plus tard.

Le rouge aussitôt retrouva place sur les joues constellées de son. Quelle idée d'avouer cela à une étrangère ! Mais la Russie était si loin de la France, si loin des zones à éviter. Ne risquait-elle pas rien ? Malgré la gêne, Jeanne savourait pourtant ce presque aveux bien plus qu'elle ne pourrait jamais le dire à Percy ou Salomon. La demoiselle exilée ne se doutait pas instant que dans l'ombre toujours les ennemis guettaient : De l'autre coté de la rue, discrètement et nonchalamment appuyé, un gaillard solide, un voyou affilié à certains milieux sordides, gardait un oeil attentif sur l'échange.

- Je suis ravie, Madame la Baronne, de vous rencontrer. En échange de vos conseils, que diriez-vous que je vous fasse part d'une vérité dissimulée depuis de nombreuses années autour de cette vodka ?

Reprenant contenance, comme il se devait pour une Ithier, Galaad poussa la porte de la boutique.

- Commençons par la robe, vous avez raison.

Galamment, la française tint la porte pour la russe. Du regard, elle embrassait les lieux. Machinalement, comme un jeune homme, elle dénoua son chapeau pour le maintenir contre son giron. Certes, une dame pouvait garder son couvre-chef en entrant dans une boutique et bons nombres de lieux publics sans que cela ne soit irrévérencieux. Néanmoins, à force de côtoyer des hommes, certains de leurs automatismes s'imposaient. Les yeux se promenaient sur les étoffes chatoyantes, les rubans de soie ou de dentelles fines cascadant le long d'un mur. Jamais encore elle n'avait mis les pieds dans une boutique de couturière de cet acabit. Elle avait évidemment dû fréquenter quelques merceries pour entretenir son linge et celui de ses compagnons. Pour la maîtresse des lieux, elle inclina la tête et offrit un sourire. Agata ne parlait probablement pas l'espagnol ni une autre langue dont Jane avait connaissance. Aussi, elle se tourna à demi vers Vashka et la renseigna.

- J'ignore ce qui est à la mode actuellement, mais j'aimerai une tenue qu'il m'est possible de porter également en d'autres occasions.

Quand bien même Percy lui avait alloué un généreux montant pour en mettre plein la vue aux mégères, Jeanne ne pouvait concevoir l'idée de dépenser sans compter sur un coup de tête.

- N'étant pas mariée, je ne peux pas me permettre trop d'excentricités et de peau dévoilée.

Ajouta-t-elle effleurant une étoffe miroitante du bout des doigts. Puis, dépoitraillée, elle ne serait pas à l'aise non plus. Ce banquet, elle ne le fréquentait peut-être pas en mettant en avant ses inventions, sous le nom du Baron Périlleux, mais elle n'y était pas non plus comme un joli faire-valoir. La tenue devait refléter un soupçon de sérieux.

- Que me conseillez-vous Madame la Baronne ?

Demanda-t-elle gaiment, les mains nouées dans le dos, le chapeau frottant sur l'arrière de sa jupe. Légèrement penchée en avant, le sourire dévora le visage jusqu'à creuser des fossettes au sein des joues.

De l'autre coté de la rue, un second voyou rejoignait le premier.
Galaad
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Vashka von Kursell
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Vashka von Kursell
Mer 8 Juil - 16:23
« Enchantée de faire votre connaissance, Dame Jane, lui rendis-je, reconnaissante de pouvoir mettre un nom sur le visage angélique de celle qui deviendrait ma compagnon d’essayage. »

L’affront, qui n’en était pas un à mes yeux, du regard franc et direct lors de la révérence eut plutôt l’effet de m’arracher un sourire. Je ne croyais pas que cela soit volontaire, ou enfin si justement, mais pas pour sembler malpoli. Un visage et des manières pareilles ne pouvaient se montrer déplacés de la sorte, seulement spontané. J’en eus bien la confirmation à l’entendre poursuivre par des présentations pour le moins..inattendues. User d’un faux nom qu’elle qu’en soit la raison était une chose, l’avouer presque clairement à une parfaite étrangère en était une autre ! Je n’eus pourtant pas le temps de me prononcer sur la chose qu’un autre fait retint me fit hausser les sourcils de surprise. Un secret à me dévoiler ? Autant dire que cette Demoiselle venait d’accaparer toute mon attention et je ne me fis pas prier pour la suivre à l’intérieur, déjà impatiente d'en avoir terminé pour déguster cet alcool en toute intimité avec elle.

Un sourire fin et sincère s’imposa aussitôt à mon visage. J’adorais cette boutique, il y avait cette sensation lorsqu’on y entrait, de calme, de réelle sérénité et d’odeurs, de bruissements tous aussi variés que les étoffes en elles-mêmes qui reposait sur le tablettes et mannequins divers. Nous venions tout simplement de pénétrer dans un paradis de la haute-couture. Je restai proche de ma compagne, attentive à ses questions, à ses demandes car après tout, nous étions ici pour la vêtir elle il était donc judicieux de noter ses préférences tout comme ses réticences.


« Vous me voyez déjà bien embêtée de ne guère connaître ce New-York dont vous me parlez, aussi n’ais-je pas de réelles comparaisons à vous soumettre concernant les nouvelles tendances mais à défaut d’user de votre mémoire à vous rappeler les robes pouvant avoir été porté là-bas, laissez-moi vous montrer ce qu’Agata a dernièrement confectionné. »

Oui j’ignorais où se situait cette ville et j’en étais bien mal à l’aise de ne savoir lui donner de référence par la mode qu’elle aurait pu connaître dans son propre pays. Au lieu de quoi, je cherchais la tête de boudins blonds qui saurait certainement nous diriger avec précision dans nos choix… Cette dernière semblait toutefois accaparé par les deux Dames nous ayant précédées et ne semblaient pas le moins du monde décidées à nous laisser son attention ne serait-ce que pour un bonjour. Je soupirai discrètement, ce que les femmes pouvaient être égoïstes parfois. Plutôt que de faire attendre ma compagne, je pris l’initiative de la diriger vers les mannequins de la vitrine dans un premier temps.

« Il me semble impératif dans un premier temps que vous essayiez au moins celle-ci. Elle est tout à fait dans les nouvelles tendances bien qu’un peu légère peut-être bien au niveau du dévoilée de la gorge., C’était mon humble avis mais il n’en restait qu’à elle de confirmer son intérêt renouvelé ou son désir de rester dans quelque de plus « convenable ». Les nouveautés se font plutôt au niveau des jupons, regardez. »

J’approchai un second modèle, soulevant l’ourlet brodé pour lui montrer les initiatives de la nouvelle couture. En réalité, les jupons avaient simplement été piqués les uns sur les autres, dans l’esprit avant-gardiste du Gros de Naples, les fixant dans un ensemble beaucoup plus serrés qui évitait de se perdre dans des mètres de taffetas et de dentelles. Un modèle plus pratique à enfiler en soit et qui permettait aussi d’être facilement rangé et reporté sans s’encombrer de toutes les épaisseurs classiques qui emplissait que trop rapidement les coffres de la garde-robe.

Je lui montrai également celle aux manches longues et resserré aux coudes et poignets, changement étonnant en comparaison des amples pans de tissu où une tête entière aurait pu tenir Une couture plus raffinée, autant dans le choix général des étoffes que dans confection elle-même, rendant la nouvelle tendance légèrement plus ajustée et moins bouffante tout en gardant toute la décence de l’époque. Quelques gorges déployées bien que seul le corset suffisait à mettre en valeur la poitrine féminine sans pour autant nécessiter de décolleté plongeant. Je lui laissai le soin de regarder, d’apprécier la douceur des tissus, le regard des coupes avant d’aborder un autre point critique dans le choix de ses tenues.


« Je crois que le choix des couleurs est également primordial. Avec votre teint et ce que je devine de vos formes, je vous conseille quelque chose de clair, évitez les tons trop foncés et les grisailles. Un tissu bleu ciel ou d’un vert tendre vous irait à ravir. Même un peu rosé conserverait votre fraicheur et votre jeunesse. »

À parler ainsi, je me sentais presque vieille, pourtant, cette Dame devait bien avoir le même âge que moi, un peu plus jeune mais de quelques années seulement. C’était tout simplement impossible de ne pas me laisser emporter par la magie de l’habillage. J’adorais bien paraître mais plus que tout, j’adorais regarder, aussi, mes yeux devaient bien pétiller d’envie et d’excitation –une excitation toute chaste nous en conviendront- de la voir tenter quelques-unes des robes que je lui avais conseillées. Je souris, calme, prête à recevoir ces propres impressions. C’était une chose de s’habiller selon la tendance mais encore fallait-il savoir également apprécier ce que l’on portait. Quand au confort…les femmes en avait été privé depuis le jour où les corsets avaient été inventés mais peut-être un moindre mal pour la beauté du résultat final.
Vashka von Kursell
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Galaad
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Galaad
Jeu 9 Juil - 15:42
- Oh, New York est une grande ville aux États-Unis, sur la côte est. Elle est plutôt développée, presque à l'européenne, comme elle connait beaucoup de passages avec les immigrés et les voyageurs vers l'ouest.

Expliqua-t-elle. Elle serait bien mal avisée d'émettre le moindre jugement sur la méconnaissance de la dame sur une ville à l'autre bout du monde. Surtout lorsque, hormis Moscou ou Saint-Petersbourg, Jeanne ne connaissait pas la moindre cité russe.

- New York, en journée, est l'théâtre d'un ballet d'gris souris et d'marrons d'une sobriété monacale. Pour les soirées, les femmes mariés peuvent s'permettre que'ques couleurs vibrantes et des décolletés. Mais, les jeunes femmes célibataires sont cantonnées aux teintes blanches et pastel, épaules dénudées mais pas de décolletés. Bras nus mais portée obligatoirement avec des gants assortis à la couleur principale d'la tenue ou blancs, sous peine d'être considérée comme vulgaire.

Informa-t-elle. Heureusement, les filles de la rue parallèle à l'atelier s'arrachaient les revues mondaines. Simone - prononcez Simoné -, une courtisane allemande entretenue par un riche militaire, dont Jeanne héritait des tenues qu'elle n'appréciait plus, en profitait pour refiler en douce les pages racornis des exemplaires de mois précédents. Ainsi, l'exilée se tenait au courant des tendances et exerçait un minimum son vocabulaire vestimentaire. Qui savait quand la jeune baronne pourrait enfin retrouver sa place légitime ? Elle se devait de suivre un minimum si elle ne voulait pas se retrouver la risée de la cour lorsqu'elle regagnerait son pays.

Avec beaucoup d'intérêt, Jeanne observa les améliorations apportées aux jupons, une tournure de tissus bien épais. Tout cela devait s'enfiler bien plus simplement que l'armature avec des fils de fer à rajouter à l'arrière du jupon et à nouer à la taille. Avec une nouvelle tenue, songea-t-elle, il faudrait du nouveau petit linge, un corset et forcément le fameux jupon. Peut-être quelque chose de plus seyant que le coton blanc de jeune fille. Non pas qu'elle imaginait soudainement franchir un quelconque pas avec un soupirant, loin d'elle cette idée : Galaad souffrait de cette terrible maladie féminine qu'on appelait coquetterie. Les crises ne survenaient point souvent, fort heureusement, mais lorsqu'elles frappaient elles avaient toute l'arrogante exigence de la noblesse. Heureusement Percy avait pensé au remède en garnissant généreusement les poches de la demoiselle de billets de banque.

A sa comparse, elle désigna plusieurs étoffes : beaucoup de brocard de différentes couleurs et motifs, de la dentelle raffinée et bien évidemment de la soie vierge et du taffetas. Dans tous les choix, une certaine récurrence : Pas de blanc, presque aucun pastel pourtant conseillé, mais du turquoise, du cassis, du champagne, du chocolat même. A force de chercher, Jeanne désigna avec un grand sourire un brocard champagne parcouru de fleurs cassis, ce qui n'entrait pas vraiment dans le conseil de Vashka sans pour autant en sortir. La jeune fille se garda bien de révéler à sa conseillère la vérité : Elle n'aimait pas les teintes pastel. A dire vrai, elle avait ça en horreur. Enfant, bien entendu, les domestiques l'en avaient vêtu sans qu'elle rechigne petite poupée docile, toute de taffetas et mousseline immaculée, dans une maisonnée masculine. Pourtant, elle aurait voulu pouvoir porter les mêmes couleurs que ces aînés. Vibrantes. Vivantes. Hélas, donner libre cours à la fantaisie dans un événement de cette importance serait mal venu et lui vaudrait quelques méchants quolibets. Et Percy y réagirait bien trop fortement provoquant un scandale dont on parlerait pendant de longs mois et qui serait sans doute fatal pour son entreprise.

Aussi, sagement, Jeanne accepta de passer les différents modèles conseillés. Alors qu'elles passaient dans le salon d'essayage, Agata autorisant évidemment la baronne à y emmener sa compagne du jour, les deux jeunes femmes au comptoir se renfrognèrent devant la mise modeste de l'exilée, murmurant tout bas quelques insultes imagées sous le couvert de leur main - à défaut d'éventail -. Ne pigeant évidemment pas un mot aux messes-basses - bien que devinant devant le nez retroussé de la plus boulotte la thématique générale - Galaad leur offrit son plus charmant sourire avant d'emboîter le pas à Vashka.

Dans ce petit salon privé, les murs tapissés se garnissaient de quelques miroirs aux cadres dorés. Des lourds rideaux dissimulaient des alcôves où les clientes pouvaient passer la tenue en toute intimité. Deux divans assortis au décor et petits guéridons en bois précieux accueillaient les accompagnatrices. Quelques modèles de petits linges et chemises s'exposaient sur une tringle alors que deux commodes débordaient de bas de soie ou de corsets. Une des petites mains de la couturière se porta bien vite auprès des clientes afin de les inviter à s'installer, leur demandant même si elles désiraient thés, vodka ou même champagne pour agrémenter leur session d'essayage. Rares étaient encore ce type d'échoppes, même dans sa trépidante New York, aussi Galaad avait l'air émerveillée d'une enfant devant un spectacle. Par trois fois, elle dépoussiéra sa tenue - pourtant irréprochable de propreté à défaut de nouveauté - et vérifia l'état de ses mains avant de s'installer. Impressionnée, elle ne moufla pas un mot tandis que l'assistante déposait boissons et mignardises sur un petit plateau d'argent sur un des guéridons.

Finalement, pivoine, elle rompit son silence. Plus bas qu'à l'accoutumée, elle demanda à l'assistante, laissant Vashka traduire en russe :

- J'ai vu que vous aviez de la lingerie... est-ce que je pourrais voir vos modèles ?

Preuve que fréquenter des prostituées à l'occasion ne dévergondait pas une seconde les âmes pures, ses joues teintées de rouge lui chauffait. Anya, la fameuse assistante, lui demanda toutefois de passer derrière le rideau afin de retirer sa robe, pour qu'elle puisse prendre ses mesures. Rien de plus logique dans ce type d'endroit, il fallait bien connaître les mensurations de la cliente pour la conseiller au mieux et trouver les quelques modèles en prêt-à-porter à la bonne taille. Naturellement, il faudrait des ajustements quoiqu'il arrive mais entre une petite stature et une grande stature le rajout de tissus n'était parfois pas possible.

Abandonnant sa camarade, Jeanne se retrouva bien vite en dessous derrière la rideau. Gênée encore une fois, par la modestie de sa tenue, elle n'osait quitter le réconfort de l'alcôve drapée. Une grande inspiration plus tard, courage rassemblé, elle trottinait, pied nus, vers le tabouret au centre de la pièce. Dans son petit linge, élimé et parfois rapiécé mais d'une propreté irréprochable - faire bouillir le linge et le laver fut un des premiers apprentissages de la petite baronne -, les chevilles dévoilées par le jupon trop court et trop grand aux hanches, Jeanne s'installa sur ce petit marche-pied. Anya s'attela pendant plusieurs minutes à lui tourner autour afin de prendre les différentes mesures. Le corset baillait tellement qu'il ne devait servir à rien du tout. Ce fut au tour d'Anya de rougir, réclamant à sa cliente de le retirer afin qu'elle puisse mesurer sans corset, les mesures prises avec n'ayant aucune utilité. Sans rechigner, Galaad se trouvait finalement simplement en chemise devant deux inconnues. Avec le temps, elle s'était convaincue que ça n'était pas plus bizarre, et beaucoup moins intimes, que lorsque ses femmes de chambres l'aidaient à se laver lorsqu'elle vivait encore au château. Aussi, Jeanne se retrouva bien vite à plaisanter sur le ruban à mesurer trop froid, sur les chatouillis possibles et à tenter de se grossir pour charrier la couturière ou à grimacer comme une enfant pour divertir Vashka.

Le physique un peu atypique de Galaad allait compliquer la tâche pour trouver une tenue déjà confectionnée. Si son teint légèrement hâlé n'avait aucune incidence sur ce détail, la stature athlétique légèrement en-dessus de la moyenne féminine et la longueur des jambes fuselées dérangeaient pour la plupart des jupes ou jupons. L'étroitesse des hanches se corrigeait aisément avec un drapé et quelques retouches. De même pour le décalage entre la poitrine arrogante, le ventre désespérément plat et les épaules solides, il suffirait de prendre une taille pour un gabarit un peu plus épais et de repriser et découper le trop plein de tissu. Restait le problème des bras. Il fallait dissimuler les biceps légèrement dessinés sur les modèles à bras nus, en rajoutant dentelle ou tulle. Une paire de gants suffirait pour les avants-bras marqués par l'effort. Sans jugement, Anya, qui en avait vu d'autres bien moins agréable à l'oeil, l'expliquait à ses deux clientes et précisait avec tact que cela augmenterait le prix. Après avoir enfilé une ravissante robe de chambre à Jeanne, elle s'éclipsa ensuite pour rassembler plusieurs parures de nuits ou sous-vêtements aux goûts de la baronne de l'amour, soigneusement détaillés dans le petit carnet de sa patronne afin d'assurer un service optimal, et quelques exemplaires pour générique pour la seconde jeune femme dont elle n'arrivait pas à cerner les goûts pour l'instant.

Jeanne s'installa sur un divan et humecta ses lèvres dans le thé tiède. Sur le ton de la confession, elle souffla à sa camarade.

- J'ai rien compris à ce qu'elle a expliqué.

Un rire cristallin appuya sa déclaration.

****

Dehors, le second voyou avait pris la place du premier dans la ruelle. Ce dernier se dépêchait, quant à lui, de regagner leur planque afin d'avertir son boss.

Précision supra mega utile:
 
Galaad
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Vashka von Kursell
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Vashka von Kursell
Ven 10 Juil - 11:35
L’Amérique. Pas très étonnant que je n’ai pas reconnu le nom de la ville dont était originaire ma compagne pour ne jamais y avoir été. Et encore, y poserais-je vraiment le pied un jour ? Bien que les villes soient construites « à l’européenne » comme le laissait entendre Jane, je n’avais aucun intérêt à y aller n’est-ce pas ? Je l’écoutai néanmoins, curieuse d’en savoir davantage, la connaissance ne tuait pas après tout. Encore moins lorsqu’il s’agissait des tendances vestimentaires d’un endroit même qu’il soit à l’autre bout du monde. Je n’eus aucun mal à dégager son ressentis de ses paroles, de toute évidence, l’étiquette « bien rangée » lui pesait depuis un temps. Je n’en pris toutefois pas pleinement conscience lorsque je la dirigeai dans d’éventuels conseils aux choix de tenue. Certainement le classicisme de la Cour me montant d’instinct au cerveau mais il me fallu suivre son regard qu’une minute ou deux pour comprendre.

Ignorant volontiers les commères pour qui je n’eus qu’un regard de travers –qu’elles se gardent bien de tenir leur langue !-, nous passâmes rapidement à l’arrière boutique, mon endroit préféré je devais avouer, et à la salle d’essayage aux nombreux miroirs. Le tissu des banquettes toujours impeccablement repassé, je m’y installai avec aise, me doutant que cela prendrait un temps mais je n’en manquais pas. Ma journée serait consacrée à cette charmante compagnie sans que je n’aie à en rougir. Ce fut plutôt elle qui le fit pour moi, de rougir, alors que son regard se tournait visiblement vers les dessous exposés au couvert des rideaux séparant boutique et salle d’essayage. Si une étincelle amusée passa dans mon regard, je traduisis sans faute avant qu’Anya ne demande à être seule pour les mesures. J’attendis patiemment, ne pouvant empêcher ce frétillement de m’atteindre, c’était si excitant d’avoir une compagnie aussi fraiche. Rien à voir avec ces Duchesse ou femmes de la petite noblesse qui ne faisaient qu’acquiescer à chacun de vos dires. Non cette fois, la journée promettait d’être radieuse !

Autant que la vision, certes troublante, fort agréable qui suivit les quelques mesures à couvert des alcôves en retrait. Jane au presque plus simple appareil. Détrompez-vous, loin de moi des intentions peu chastes à son égard, je n’étais qu’admiratrice. Les femmes. Comme je les aimais. Non pas comme les hommes évidemment. Mais je les aimais. Les regarder, les contempler, savourer leur beauté et ainsi vêtue, Jane ne faisait pas exception. Je n’eus d’ailleurs aucune gêne à suivre les mesures et essayages qui suivirent, donnant bien évidemment mon accord à la suivre lorsque viendrait le temps des dessous tout en attendant sagement qu’elle rejoigne sur la banquette après ces quelques simagrées qui me firent tout de même bien rire.


« Vous êtes très belle, Mademoiselle Jane, ne puis-je m’empêcher de lui dire tout en prenant une tasse de thé comme si c’était la chose la plus naturelle à dire dans ces circonstances. »

Des paroles simples, toutes réfléchis mais surtout sincère. Elle avait cette beauté, atypique, de la femme garçonnière aux manières de noble. Un mélange qui ne pouvait être qu’intéressant à côtoyer, à voir s’embellir avec les années. Je ne peux retenir un sourire de l’entendre me rappeler qu’elle ne parlait pas un mot de russe et je traduisis au mieux les commentaires d’Anya concernant les vêtements qu’il faudrait attendre pour essayer.


« Quelques modifications à faire concernant les tailles. Notamment au niveau des hanches et…de la poitrine, j’eus une légère moue à cette dernière précision. Les femmes ne devraient pas être punies d’être comme elles sont. Aussi différentes et belles. »

Ou comment inconsciemment philosopher à la manière Tsarinienne sur la beauté. Je commençais peut-être à un peu trop la fréquenter. Ou plutôt le contraire car on ne choisissait pas du jour au lendemain d’être proche de sa Tsarine ! Je souris en pensant à toutes ces choses pour lesquelles j’étais devenue influençable. Les cadeaux par exemple.

« Vous ne m’avez pas dit combien de temps vous comptiez rester en Russie avant de retourner dans votre Amérique ? La saison chaude approche mais si vous planifier de revenir à la saison des neiges, pourquoi ne pas m’accompagner au manoir après cet essayage ? J’ai certainement une fourrure a vous offrir au cas où. »

Évidemment, je n’attendais ni redevance ni paiement d’aucune sorte, je l’offrais de bon cœur. Pour…une amie ? Enfin nous n’en étions qu’à notre première rencontre et encore, elle avait eu la chance de plaire à mon caractère mais comment ne pas l’apprécier. Elle avait quelque chose…de magique presque. C’était apaisant, et excitant à la fois. Et puis soudain, j’eu un éclair de génie et me levai presque d’un bond de mon siège.

« Oh Anya ! Vous seriez gentille d’apporter à Mademoiselle les robes que je vous ai commandées le mois dernier. Vous n’appréciez visiblement pas les couleurs…douces, me permis-je de souligner, demander peut-être aussi -?- histoire de confirmer mes dires et de ne pas me retrouver à lui proposer encore quelque chose qu’elle regarderait à peine. Je ne suis guère mariée mais permettez-moi, s’il-vous-plaît, de vous dire que ce n’est pas ce titre, ce statut, qui devrait régir vos envies et vos goûts vestimentaires. »

Je baissai d’un ton, vraiment sur la confidence étant donné l’ampleur de mes paroles. Si elles tombaient entre de mauvaises oreillers, encore plus que les rumeurs qui courraient depuis les dernières années…

« Je ne vous parle pas d’outrepasser les limites de la pudeur ou de la bienséance comme vous semblez si bien les connaitre. Mais quelques couleurs…quelques coupes différentes ne feront que renforcer votre estime, votre confiance. Qui sait…un gentilhomme le remarquera-t-il prochainement, souriais-je, un brin coquine bien que sérieuse. »

J’attendais l’arrivée des modèles, je trépignais comme une gamine dans l’attente de paquet présent. Plus impatiemment encore, la voir avec ces couleurs, plus vives, plus vraies et assumées. Trois modèles en tout qu’Anya apporta sur leur mannequin. Je les contemplai, toujours en admiration et espérant sincèrement que ce soit aussi le cas de Jane.


Spoiler:
 

« Dites-moi, ma chère, qu’en pensez-vous ? »
Vashka von Kursell
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Galaad
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Galaad
Dim 12 Juil - 14:54
Aussitôt le compliment prononcé, Jeanne s'empourpra. Etre flattée par un soupirant ne la touchait guère, plus par défaut de sentiments envers eux que par insensibilité. Etre flattée par une si jolie dame, une noble qui plus est, la ramenait à un âge plus tendre où, comme toutes les jeunes demoiselles, elle ne courait qu'après l'approbation de son entourage. Sans décolorer, elle hocha doucement la tête pour la suite des propos et commenta à son tour.

- C'normal. J'suis grande et j'vis une vie plus agitée qu'une petite b... demoiselle aisée. Mon corps l'est forcément différent. Vous en faites donc pas, j'vois pas ça comme une punition. Puis, c'est l'travail d'une couturière d'mettre en valeur sa cliente.

Puis, pour repriser une tenue à la bonne largueur aux épaules et à la bonne longueur, cela nécessitait forcément de partir depuis un vêtement conçu pour une femme plus généreuse que ne l'était Galaad. Le vent, les hanches et forcément le corsage bailleraient de tissu supplémentaire. Toutefois, et heureusement pour elle, la française n'était pas affublée des boutons d'une adolescente mais bien du galbe arrogant et rebondi d'une femme faite : Elle n'aurait pas de peine à détourner l'attention de ses hanches trop étroites ou ses bras trop dessinés pour focaliser le regard sur son décolleté - si d'aventure elle osait en porter un, mais française oblige, les modèles des autres contrées ne l'effrayaient pas spécialement avec le recul - ou sur son charmant minois. A dire vrai, la rigueur supplémentaire de l'époque convenait parfaitement à l'austérité d'une Ithier et elle ne regrettait nullement certains modèles parfaitement dépoitraillés ou les perruques. Avec sa tignasse de boucles souples, son coiffeur aurait sans doute élagué la masse à grand coup de ciseau et Jeanne aimait avoir les cheveux longs et libres. Sa nymphe de mère, ses tantes, partageaient le même trait physique et sacrifier à ce naturel pour s'intégrer à la cour aurait en quelques sortes, rompu un lien avec ce pan-là de ses origines.

- On reste deux semaines, environ. Pour la semaine de séminaire de l'Université de techno-magie, pis aussi parce qu'un armateur russe veut nous commander des plans pour modifier son navire volant. Alors, on reste dans l'coin l'temps d'arriver à établir l'cahier des charges d'ses exigences.

Les joues de retour à la normale, le débit de paroles un peu plus soutenu, elle hésitait même à enchaîner sur des considérations techniques sur le challenge offert par l'armateur : La création depuis la quille avait une saveur particulière mais modifier le travail d'un autre pour satisfaire des exigences nouvelles, conjugués le moderne et le vieux, ça s'était amusant. Elle s'arrêta avant de noyer sa camarade sous un flot de paroles qu'elle trouverait sans doute inintéressant. Un silence interdit accueillit la proposition de visite du manoir et le présent en fourrure. Avec l'incrédulité enfantine la plus fragrante, elle s'exclama :

- Séééériiieux ?

Une main camoufla bien vite la bouche bée et elle reprit d'un ton plus civil et poli.

- Vraiment ? Vous êtes sûre qu'ça vous dérange pas ?

Elle dardait un regard émerveillé sur la rousse et, presque brusquement, l'interrogea :

- Vous avez une chapka en ours brun ? Quand j'étais minot', l'ambassadeur ruskov, enfin russe quoi, m'en a offert avec un manteau assorti. C'était tellement doux que j'm'endormais sans arrêt d'dans, les oreilles toutes chaudes, comme d'vant l'grande cheminée en pierre avec mes frères, l'nuit d'Noël.

Avec un sourire gêné, elle se ravisa pour reprendre un comportement plus bienséant et adulte.

- Y s'rait plus raisonnable d'voir si j'reviendrai durant l'saison froide dans votre pays. Un tel manteau s'rait bien trop chaud et luxueux pour les rues qu'j'fréquente. Mais si j'dois revenir ici pendant les frimas, j'serais ravie d'vous emprunter un tel manteau si vous n'en avez pas l'utilité naturellement.

Jeanne, avec Vashka qu'elle avait pourtant à peine rencontrée, se sentait étrangement à l'aise. Elle commettait beaucoup d'erreurs, en révélant qu'elle se présentait sous un faux nom, ou dévolait des des détails improbables avec ses soit-disant origines. Percy, au courant d'un seul des détails, s'excuserait platement d'avoir imposé à une inconnue sa jeune soeur innocente. Cette même innocence que les gens polis utilisaient pour parler à mots couverts d'un esprit limité. Ou peut-être aurait-il choisi le terme de simplette pour couper court à la discussion. Galaad, même plutôt maligne et intelligente, n'avait aucun talent pour le mensonge : Aussi, la situation avait, déjà, parfois dérapé hors de son contrôle. Par sens pratique et instinct de conservation, elle avait naturellement appris les ficelles basiques de la dissimulation, mais il suffisait d'une figure un peu trop amène, d'un peu d'alcool ou une situation chaleureuse pour qu'elle en oublie le b.a-ba. Non, l'art du boniment, de l'imposture et de la sournoiserie n'entrait définitivement pas dans l'éducation d'une Ithier. Après tout, la devise familiale l'affichait clairement : "Vincit Omnia Veritas", la Vérité triomphe de tout. Conjugué l'un et l'autre aurait relevé de la pure hypocrisie.

Oh, au quotidien, elle tenait son rôle relativement aisément : La petite soeur de Percy Walls, élevée dans un couvent en raison des troubles ayant secoué la famille Walls plus de dix ans auparavant. Se comporter comme une soeur avec le presque roux n'était guère difficile, leur relation s'en approchant grandement. L'éducation par des religieuses expliquait aisément la différence entre les manières des deux membres de la fratrie, la piété, certaines connaissances et la naïveté de la demoiselle. Pour le prénom, le nom, seules les présentations posaient problème. Au jour le jour, les surnoms offerts par Percy ou Salomon constituaient la norme. A part les deux hommes, personne ne s'adressait à elle comme "Galaad". Les autres employés l'appelaient Miss Walls ou "Little Miss". Elle n'avait pas eu besoin de s'habituer à ces formalité, après tout, même dans sa jeunesse, les personnes s'adressant à elle par son prénom se comptaient sur les doigts des deux mains.

Avec Vashka, elle alignait les gaffes. Aucune chance que Percy ne jaillisse soudainement de derrière un rideau pour la réprimander de son imprudence, Jeanne tenta néanmoins quelques brèves secondes de reprendre un peu de distance et son rôle. Naturellement, avec l'arrivée des nouvelles tenues, l'enthousiasme de sa compagne, elle en oublia ses bonnes résolutions.

Instantanément, la robe bleue s'accapara son attention. Du bout des doigts, elle en éprouva le maillage, la douceur du tissu. Son esprit en laissa même les quelques mots sur le gentilhomme glisser sans réaction. Anya, serviable et surtout bonne commerçant, lui fournit une panoplie de petit ligne à sa taille. Dans le secret de l'alcôve, elle s'y glissa et la couturière lui prêta main fort pour serrer le corset comme il convenait. Celle-ci s'était attendue à une cliente remuant, aussi constata avec un peu de surprise qu'elle pouvait manipuler la française comme une jolie poupée vivante. Aussi, elle se chargea même de tresser quelques mèches pour les rassembler dans un chignon plus complexe en quelques secondes, pour mettre en valeur la gorge, la nuque dans la tenue plus sophistiquée. Elle épingla le trop plein de tissu avec précaution vers l'arrière, ajustant la robe près du corps avec de souligner joliment les formes.

Avec un large sourire, l'exilée réapparut devant la russe, métamorphosée par une Anya qui se découvrait des talents de fées. Quelques pirouettes plus tard, Jeanne riait avec douceur.

- J'aime beaucoup ! Vous avez un goût impeccable ! Le modèle est facile à porter, étonnamment proche des robes que je portais en France. Enfin à part les jupons, ils sont bien plus légers.

Accentua-elle en sautillant sur place un instant. Evidemment, elle ne se rendit pas compte du nouveau faux-pas dans son identitée inventée. Anya n'entravant pas un traître mot d'espagnol, ne sourcilla pas plus. Toutefois, la réflexion marquait les traits de l'apprentie d'Agata. Elle se risque finalement :

- Si je peux me permettre, mesdames, la coupe et le bleu sont très flatteurs. Le noir de la tenue durcit toutefois les traits, à cause de la chevelure et sourcils sombres et du teint hâlé. J'aimerai proposer quelques modèles, qui, je pense, contenteront les goûts de mademoiselle si je les ai bien cernés.

S'inclinant légèrement, Anya disparut derrière une porte. A nouveau seule avec sa bienfaitrice, du moins Jeanne la considérait ainsi même si elle n'avait aucune intention de profiter d'autres choses que ses conseils avisés, l'exilée s'approcha d'elle, le menton haut, les doigts entortillés. Un peu inquète, elle redemanda encore.

- Vous êtes sûres que j'risque pas de provoquer des problèmes au banquet si je m'affranchis du protocole sur les couleurs pour une jeune femme célibataire en plus de mon métier, de mon espagnol imagé et mon manque de noblesse présumée ? Je ne veux pas attirer l'attention en mal sur notre entreprise ou mon nom. Il m'est important d'être irréprochable.

Faire fi des quolibets à son égard lui serait facile. L'éducation d'une jeune noble dans un univers masculin apprenait rapidement à se durcir aux potins des commères. Percy toutefois, plus sanguin, déclencherait un scandale si on s'en prenait à elle. Elle se devait de juguler ce type de problème dès la source. Toutefois, elle devait aussi avouer que la coquetterie et l'importance de tenir son rang, même si elle ne pouvait officiellement y prétendre, l'influençait grandement. Avant que Jeanne ne puisse enchaîner sur une question qui lui tenait à coeur, Anya revint, les bras chargés de vêtements. Sur le divan, elle étala à son tour plusieurs robes dont elle décrivit brièvement le choix de tissu, la forme etc.

La première ressemblait à la robe bleue commandée par Vashka, mais d'un beau et vif taffetas turquoise et en trois pièces. Le haut de soirée s'ouvrait sur un petit décolleté carré mettant en valeur le galbe de la gorge, les manches mi-longues, très cintré à la taille pour élargir les hanches et retombait en traîne à l'arrière. Les bordures se décoraient de quelques franges et plissés d'une grande simplicité. Le haut de jour se constituait d'une veste simple dont l'encolure remontait jusqu'à mi-cou et manches légèrement évasées aux poignets. Il retombait avec un joli bouffant à l'arrière sans former de traîne pour permettre une marche aisée, une excellente tenue de visite. La dernière pièce de la tenue était simplement une jupe du même coloris, froncée sur le bas munie des attaches arrières suffisantes pour y arrîmer les hauts coordonnés. L'avantage de la première parure résidait principalement dans son prix, très abordable, et sa faculté de pouvoir être mélanger avec d'autres tenues du même genre pour en varier les couleurs.

La seconde s'éloignait déjà grandement de ses prédécesseurs. Premièrement, elle se portait sans tournure, ni crinoline mais avec un jupon de tulle pour lui donner une légère ampleur. De soie ivoire brodée de motifs floraux bleus vifs, elle cascadait sur la silhouette avec simplicité, une petite traîne sur le coté comme une vague. Par-dessus, un voilage discret, paré de quelques strass, venait dissimuler avec légèreté l'épaule et accentué le flou de la silhouette. Pourtant, une ceinture du même tissu nouait la taille pour la souligner et rappeler le motif sans fard. L'avantage de cette seconde parure résidait dans sa simplicité en adéquation avec Galaad, tout en respectant le protocole de couleur et le souhait silencieux de la cliente pour des coloris vifs. Puis, le coté un peu novateur marquerait la foule sans pour autant la choquer.

La troisième différait encore. Dans les formes, les couleurs, elle respectait parfaitement les critères établis à la cour pour une jeune femme célibataire. Se portant avec une crinoline, pas forcément celle à armature mais celle en étoffes épaisses proposées par Vashka en début de visite rempliraient parfaitement le même office, le jupon de soie se terminait par une petite traine. Un voilage bordé d'or constituait la principale richesse de la tenue. Le haut dénudait et s'ouvrait plutôt généreusement sur la gorge. Toutefois, le décolleté était décoré par le voilage de la jupe et des petites manches qui dissimuleraient les biceps de la cliente. De toutes les tenues, le classicisme de celle-ci constituait le point fort principal. Le coloris champagne fonctionnait avec un bel effet avec le teint de la cliente et quelques perles simples suffirait à parer la gorge.

La dernière tenue se décomposait en quatre pièces distinctes. Un simple jupon de soie champagne pâle en constituait la base. Un drapé bleu roi ou doré habillait celui-ci avec une certaine ampleur pour accentuer le volume des hanches et la taille menue. Le haut de jour et de soir s'ajustaient étroitement au tronc afin de jouer sur le contraste entre le bas vaporeux et les charmes fermes de la jeunesse de la cliente. L'un comme l'autre se taillait dans un brocard épais d'un bleu sombre et capiteux que rehaussaient des motifs d'or, quelques lauriers, lys et bourgeons de fleurs. La lourdeur du tissu enveloppait parfaitement pour souligner encore la chute de reins ou l'arrondi de la poitrine et coulait ensuite, en traîne noué à plusieurs reprise pour celui du soir et s'évasait simplement sur les hanches pour celui de jour. Pour la tenue de soirée, le haut dévoilait les épaules et la gorge et un drapée de soie, assortie à celui de la jupe, cachait-dévoilait, coquin, le galbe de seins. Pour la tenue de jour, l'ensemble se rapprochait plus du haut de cavalier avec un beau décolleté carré qu'une chemise, assortie au jupon ou au drapé, avec un beau jabot dissimulerait. Comme la première, cette parure offrait l'avantage de pouvoir se décliner simplement en modifier une pièce ou l'autre pour donner l'illusion d'une plus grande-garde robe. Naturellement, le brocard précieux en augmentait grandement le prix mais elle répondait à plus de critères que les autres tenues : le désir de teintes vibrantes, le coloris adéquat pour le teint de la cliente, l'investissement plus "raisonnable" pour une jeune femme réfléchissant sur la durée - Anya ayant compris que Jeanne n'avait guère le loisir d'une journée d'achat de cet acabit savait qu'il était important de pouvoir adapté l'achat dans le temps en modifiant un détail ou l'autre avec simplicité - une forme sublimant la plastique de celle qui la porterait, etc. Bref, celle-ci constituait clairement le choix d'Anya si elle avait eu son mot à dire.

Jeanne, quant à elle, ne savait plus où donner de la tête. La couturière avait frappé très juste, le métier le voulait mais elle avait apparemment une bonne empathie pour en saisir autant sur sa cliente sans comprendre un mot de son discours. Pendant que les deux baronnes examinaient ses propositions, l'employée des lieux préparait plusieurs jeux de parures intimes assortis à chaque tenue, plus sage pour la brune, plus sensuel pour la rousse assortissant aux personnalités les quelques rubans et dentelles du petit linge, des corsets. Parfaitement perdu dans cette débauche dont elle avait perdu l'habitude, Galaad admirait les différentes robes, les tissus et s'arrêta assez longuement sur le brocard qui lui rappelait les gilets ou veste de ses frères. Ensuite, elle se tourna vers Vashka comme une enfant quémandant conseil à son aînée.

- Que pensez-vous qui sera l'mieux ? ... Je vous avoue que je suis incapable de me décider, je les aime toutes, vos robes, celles-ci.

Du regard, elle guettait, légèrement admirative, la réaction de sa nouvelle personne de référence.
Galaad
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Vashka von Kursell
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Vashka von Kursell
Mar 14 Juil - 19:45
Jane était une perle. Elle avait la fraicheur et l’innocence d’une gamine doublée de l’identité pure et dure de la jeune femme incertaine qu’elle était en réalité. Un mélange qui m’attendrissait. Ni plus ni moins. À la fois sœur cadette et amie en devenir, je n’avais nul doute que nous pouvions parfaitement nous entendre à condition d’avoir un peu de temps. Déjà, la question de revenir ou non m’était apparue à l’esprit. Si je désirais lui offrir une fourrure encore fallait-il qu’elle puisse en faire usage et je dû reconnaître qu’elle faisait preuve de plus de modération que moi avec un jugement mesuré. D’abord vérifier si elle reviendrait, en effet.

J’eus un petit sourire, puis un haussement d’épaule avant de passer une main le long de la banquette pour me saisir de ma bourse en peau de singe-volant, en retirant très délicatement et presque religieusement, un étroit carnet rouge à la couverture de cuir épaisse. Si un œil magique s’y posait, il pouvait en voir les quelques traces inhabituels de magie y étant relié comme d’infimes spirales rougeoyantes courant sur le relief du cuir travaillé à la main. Je n’eus guère besoin de le feuilleter, je détachai délicatement la dernière page sans pour autant l’ouvrir, la posant ainsi, vierge, sur le guéridon avant de ranger le tout aussi minutieusement. Puis, comme si le charme était brisé, je me saisis brusquement de la plume à croquis d’Anya à la table voisine pour élégamment calligraphier, en russe tout en haut, en espagnol aux accents manquants en bas…
Aux soins de la Baronne Vashka von Kursell
Place du Manoir du Domaine Dernier
de la Baronnie von Kursell en Capitale
des terres du Royaume de Russie

« Si vous acceptez de succomber au charme hivernal de la Russie, écrivez-moi. Je me ferai un plaisir de vous garder gîte et couvert pour le temps de votre séjour, lui dis-je, sur le ton de la confidence comme mes yeux fixaient les siens, sincères et tendres. »

Un rire m’échappa la seconde d’après alors qu’elle s’emportait sur une chapka d’ours aux échos de son enfance. Elle était tout simplement adorable ! Je dû sembler bien bête après ce moment presque intime à sourire niaisement en l’écoutant me parler de ces nuits de Noël, de ce sentiment si particulier que nous avions à porter une fourrure. Quelque chose comme si l’esprit de la bête veillant toujours. J’avais toujours songé, petite, que nous ne conservions belle les peaux d’animaux parce que ceux-ci veillaient les restes de leur dépouille. Une étrange mentalité s’il en était mais pour l’innocente que j’étais, cette magie de la supposition de l’invisible m’avait ravie.


« Je crois me souvenir que mon père disait détester les chapka parce qu’elles l’empêchaient de bien entendre à la chasse mais il s’agit là du couvre-chef le plus chaud qu’il m’ait été donné d’essayer je vous l’accorde. »

Pour ce qui était de l’animal, je ne croyais pas avoir quoi que ce soit en peau d’ours sinon celle devant le foyer central et face à celui de ma chambre. Les Chapka signé de notre maison étaient davantage en fourrure de phoque et par ce fait, assez rare et dispendieux, le trajet jusqu’à la banquise se révélant parfois dangereux. Autant que de travers la frontière pour en cueillir en Scandinavie comme certains s’y étaient tentés.

« Oh vous avez déjà voyagé en France !? Je n’y suis jamais allé mais on en parle beaucoup sur la place publique, des rumeurs de marchand voyageur pour la plupart mais je n’ai pas eu le courage de poursuivre ma quête jusque là… »

Un peu plus dit que souhaité peut-être bien mais après tout, qu’avait une américaine à faire des histoires de famille compliquées d’une noble russe sans plus aucun nom ? Pour peu qu’il ait réellement signifié quelque chose... Je n’avais trouvé ni en Allemagne, ni en Espagne, n’en ramenant qu’une amère déception face à l’échec et un sentiment encore plus douloureux d’avoir perdu…bien plus que quelques mois de mon temps à chercher des indices dissipés aux quatre coins du continent.

Je portai une oreille particulière à ses questionnements, me recentrant plutôt sur cela que de mauvaises souvenirs, ses doutes quant à la bienséance de ce banquet et son désir soi-disant contradictoire de vouloir s’afficher, se démarquer. Il était vrai, qu’en un sens, il était risqué d’adopter ce genre de tenue ou d’attitude mais le fait est que n’étant ni de la Cour de la Tsarine, ni même une figure important comme une Ambassadrice quelconque, aucun mal ne pouvait être fait. Être incognito avait parfois ces avantages et celui-là me semblait en être un dans la situation actuelle. Je ne pus toutefois pas m’empêcher de demander, à couvert de chuchotement comme si cela pouvait avoir un quelconque impact sur la suite.


« Pardonnez mon indiscrétion mais pour ce banquet, serez-vous accompagnée ? Je crois qu’une présence masculine à votre bras, à défaut de faire chaperon, saura déjà taire de potentiels commérages si cela peut vous rassurer. Autrement…, je réfléchis rapidement. Les tables avaient plus ou moins été distribuées pour les figures de la Cour et la table de son Altesse remplie de dignitaires importants avec qui il faudrait traiter. Certainement elle n’aurait pas besoin d’une tête supplémentaire à la sienne alors… Pourquoi ne pas partager ma table ? »

Le ton était léger, celui de la discussion badine qui n’engageait à rien mais si cela pouvait permettre à Jane d’être rassurée par une présence familière en plus d’un potentiel cavalier, j’en serais ravie. Ce n’était qu’une proposition aussi, je n’étais pas le genre à s’attacher des gens pour me sentir au centre de l’attention, j’étais plutôt discrète en général mais pouvait-on réellement refuser d’être présentée à certains dignitaires qui élargiraient à coup sur les horizons de la personne et certainement aussi de cette entreprise dont elle parlait. Je laissais couler, me disant que nous avions bien assez de temps pour en discuter à tête reposée. Ou plutôt, moins occupée par les merveilles qui venaient vers nous.

« Petite cachotière Anya !, m’exclamais-je à la vue des quatre robes ramenées et exposées sur la banquette voisine. »

Aussitôt, je me levai, incapable de rester impassible devant un tel choix mais aussi un tel intérêt, principalement pour la dernière tenue. Les couleurs, la complexité et surtout le choix offert par une robe démantelée de la sorte. Je laissai volontiers Jane y jeter son propre regard mais quand la question me revient à conseiller, pour ne pas dire choisir, mon choix fut sans hésitation et je montrai celle qui avait accroché mon regard depuis le début.


« Celle-ci est tout simplement ravissante. Élégante et assez loin du classique. Elle se portera à plusieurs reprises sans aucun doute et selon vos désirs, la saison et l’endroit où vous vous trouvez, approuvais-je comme Anya nous montrait une à une les pièces mobiles permettant d’agrémenter ou de dénuder légèrement la femme la portant. Il ne s’agit que de mon opinion mais en plus d’être des plus distinguée dans cette robe, vous n’aurez pas à vous soucier d’une dépense irréfléchie mais plutôt comme pouvant être investit en d’autres éventuels occasions. »

Avec celle-ci, elle aurait de quoi en faire rougir d’envie plus d’une et de désir plus qu’un. Je souris, satisfaite, nous avions trouvé chaussure à son pied. Ou plutôt, robe à son corps ? Enfin, nous avions le modèle parfait à mes yeux mais la décision n’en revenait pas moins à ma compagne vers qui je me tournai, ne désirant pas influencer son choix bien qu’il me semble pourtant évident à faire.
Vashka von Kursell
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Galaad
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Galaad
Jeu 16 Juil - 15:07
Jeanne, intriguée, observa longuement sa rousse camarade farfouiller dans un carnet rouge vibrant. Enfin peut-être que le coté presque électrique du coloris provenait uniquement de la magie que l'objet dégageait. La demoiselle pencha sensiblement la tête sur le coté avant d'esquisser un sourire lorsque Vashka gratta le papier d'une plume. Après avoir déchiffré l'adresse offerte, Galaad demanda spontanément.

- J'peux vous écrire même si j'r'viens pas en Russie avant longtemps ?

Ce qu'elle aimerait ça ! Avoir une correspondante, pouvoir lui raconter ses états d'âmes, les événements qui jalonnaient son quotidien ! Accessoirement, améliorer son espagnol écrit ne serait pas forcément un luxe. Naturellement, cela dépendrait beaucoup de ce qu'elle oserait lui avouer. "Seigneur Dieu, pensa-t-elle, faites que jamais Percy ne soit au courant de cette entorse au bon sens". Voyager en France ? Si elle savait ! L'hésitation de la demoiselle dura si longtemps que la russe prit le bref hochement de tête pour une réponse positive, ou alors passa-t-elle simplement à la suite en attendant que l'exilée ne rassemble son courage.

- Percy Walls, mon... frère, sera avec moi.

L'affirmation paraissait presque bancale, surtout accompagnée du bref grattage d'un ongle gêné au niveau de la mâchoire. Au reste de la proposition, Jane afficha clairement sa perplexité. Certes, siéger à la table d'une baronne représentait un honneur important pour une jeune femme du commun. Percy adorerait sans doute briser la glace avec des bourges guindés en exagérant ses manières rustres. A moins qu'il n'ait conscience, pour une fois, que se conduire correctement pourrait avoir un impact bénéfique sur les revenus de l'entreprise et sa renommée. Naturellement persistait l'éternel problème de ses propres origines. Aucune chance que les présents ne reconnaissent les traits des Ithiers. Un siècle de sommeil avait complètement englouti les liens possibles, le commerce établi avec cet ambassadeur pour les vins de la belle Cassis.

- Je ne peux pas accepter, ma Dame.

Soupira-t-elle tout bas. Refuser était la seule réponse logique. Elle ne pouvait pas être présenter à des nobles, des notables en mentant. Elle ne voulait pas. Peut-être la fameuse arrogance de la noblesse ne lui était pas tout à fait étrangère. Dissimuler était une chose. Mentir effrontément totalement une autre. Comment pourrait-elle regarder sa reine en face lorsqu'elle reviendrait en France, si elle trichait à tout va ? Comment pourrait-elle porter des siècles de traditions si elle ne valait guère plus qu'un escroc de bas étage ? Une Ithier pouvait s'accoquiner avec des truands. Elle pouvait dissimuler certaines vérités. Elle pouvait même apprécier cette vie moins rigoureuse. Mais jamais elle ne devait perdre de vue l'essentiel : La Vérité, Dieu, sa Reine, la France, sa Maison, les Terres d'Aubagne et la Mémoire du sang.

A nouveau, elle secoua la tête négativement. Anya choisit cet instant précis pour revenir les bras chargés de tenues. Qu'il fut aisé de se glisser à nouveau dans cet instant de légèreté !




Jeanne profitait des conseils qu'elle écoutait en hochant régulièrement la tête. Sans contester une seconde le bon jugement de sa camarade, la française demanda à essayer la tenue. Anya l'accompagna alors dans le secret de l'alcôve pour l'aider à passer une chemise à l'encolure plus échancrée pour correspondre au décolleté de la parure de soirée. Là, elle étala également le petit linge qu'elle avait sélectionné pour sa cliente, quelques dentelles raffinés et rubans presque mutins sur des dessous presque candides. Anya, sans l'avouer à sa cliente - qui ne comprendrait de toutes manières rien au charabia -, l'avait décidé nymphe ingénue. Elle ignorait naturellement à quel point la dénomination était appropriée. Toutefois, la gêne passée et quelques gloussements amusées de l'une ou l'autre des jeunes femmes, Jeanne se retrouvait parer d'un corset parfaitement adapté à sa physionomie, d'un beau ivoire brodé de motif champagne, une culotte bouffante et chemise assortie, d'une paire de bas en soie retenue par des jolies jarretières - Anya avait jugé que le porte-jarretelle serait inadapté à l'image sage qu'elle voulait insuffler-. La surprise passée et quelques tournoiements devant le miroir, Anya réussit à lui faire passer le jupon à tournure. Lorsqu'il fut bien sanglé, la première jupe en soie champagne fut enfilée. Anya, armée de son bracelet à coussinet remplie d'épingle, reprenait directement le trop plein de tissu pour l'ajuster à la taille, délaissant pour l'instant, les éventuels problèmes de longueurs. Elle drapa la taille en bleu, vérifiant que la longueur correspondait bien mi-mollet ou genou selon ce qui flattait le plus la française. Puis, le haut de soirée fut enfilé, ajusté à la taille et aux hanches. Pour habiller les épaules, elle utilisa un autre drapé bleu qu'elle fixa sur le décolleté. Satisfaite, elle avait néanmoins besoin que la cliente grimper sur un tabouret pour les ourlets et elle ne doutait pas une seconde que la Baronne von Kursell désirait voir sa protégée. Après tout, là était le privilège de l'amie aidant aux essayages !

Ainsi Jeanne fit son apparition. La robe lui allait parfaitement, mettant en valeur sa grâce et sa plastique élancé. Une paire de gants clair, éventuellement une parure ou des rubans assortis dans les cheveux, elle serait fin prête pour le bal. Pour Vashka, Galaad tourna sur elle-même avec lenteur. Si elle ne le demanda pas, le regard lancé à la russe était sans équivoque : "Est-ce que je suis jolie ?" "Est-ce que je suis convenable". Moins naïve aurait été Jeanne, la baronne aurait pu s'imaginer un "Alors, je te plais ?" dans le regard turquoise. Commandée par Anya qui lui prit la main pour la faire s'installer debout sur l'escabeau, Jeanne retrouva une docilité de poupée le temps que les différents ourlets soient délimités, que d'autre ajustements, profitant du meilleur éclairage, soient décidés. Puis, la magie d'Anya dût être retirée et Jeanne retourna à sa condition de citrouille, enfin à ses frusques déglinguées. Prenant la demoiselle en pitié, Anya lui proposa un autre modèle, pour une tenue de jour simple, du même acabit que la sienne et une somme modique. La candide Jeanne accepta volontiers la proposition, ne soupçonnant pas une seconde la manœuvre commerciale exécutée avec une main de maître.

Réglant les détails de livraisons, le délai et le nom de l'hôtel où elle séjournait à la clé - car elle n'avait apriori pas le temps durant le reste de la semaine pour revenir à la boutique -, Jeanne paya sa robe pour le banquet, une tenue de jour supplémentaire, une série de petit linge, corsets, bas, gants jupons etc, sans sourciller. Naturellement, elle trouvait la note un peu salée, mais Percy lui avait donné carte blanche, aussi n'allait-pas faire la fine bouche. Mentalement, elle calculait déjà les sacrifices auxquels allaient devoir procéder les prochains mois : adieu son projet de machine à cupcake dont les ateliers n'avaient strictement aucune utilité réelle, adieu nouveau chapeau, adieu tenue de plage et adieu Smith and Wesson nouveau modèle ! La guigne tout de même que tout se décide à sortir en même temps ! Il fallait absolument qu'elle termine la phase 2 du projet Icarus et lance les tests au plus vite. Toutefois, elle n'était pas dupe, avant l'année prochaine, elle n'aurait pas de projet fini testé prêt à être vendu. Peut-être aussi que le Baron Périlleux pourrait faire un peu plus de réclame pour la phase 1 du projet et en vendre plusieurs modèles pour compenser la dépense. La réflexion dura le temps qu'Anya lui fournisse une quittance.

Aidant la baronne chargée de ses paquets, Galaad et celle-ci regagnèrent la rue. Guillerette, l'exilée papillonnait autour de la rousse.

- Je vous suis pour cette fameuse vodka ! Allons-nous dans un endroit que vous aimez bien ? Maint'nant qu'les essayages sont finis, on aura plus l'temps de discuter sans être interrompues !

Se réjouissait-elle.




Après sa petite discussion avec son boss, le ruffian avait rassemblé deux camarades supplémentaires. Cela lui semblait parfaitement excessif pour deux femmes, dont une rousse succulente qu'il comptait bien goûter à loisir, mais le chef avait insisté. Le pas pressé, il avait rejoint le planton posté en face de la boutique. Comme il l'avait espéré, les bonnes femmes, fidèles à leur réputation de lambineries lorsqu'il était question de falbalas, tardaient à sortir. Il songea vaguement à passer par derrière, par la porte des employées, pour surprendre les cibles dans un moment intime et se rincer l'oeil au passage. Néanmoins, les hommes de mains qui l'assistaient étaient de brutes sans la moindre jugeotte et ils résisteraient pas à la tentation. Sans compter que le type faisant le guet lui inspirait pas confiance non plus. Bast, il suffisait d'attendre qu'elles sortent pour les emmener de force dans la carriole laissée un peu plus loin.

Lorsqu'elles sortirent, le fluet décrocha du mur pour aller avertir les deux brutes restées à la voiture pour s'occuper des chevaux et ne pas attirer le regard. Le petit chef l'arrêta d'une main ferme sur le torse et secoua la tête. Il esquissa un sourire torve. Vodka avait-elle dit ? Voilà une méthode beaucoup moins tape-à-l'oeil qu'un enlèvement en pleine rue. "On va les suivre, souffla-t-il tout bas". Le maigre, avec un gueule de couteau, acquiesça et se dirigea les mains dans les poches vers les autres postés dans une autre ruelle. Il fallait être prêt si les deux donzelles se mettaient en tête d'appeler un véhicule.

Mieux habillé que les autres, le faciès plus amène aussi, le ruffian n'aurait pas de peine à se fondre dans la foule. Aussi, il emboîta le pas aux deux baronnes, restant à bonne distance pour ne pas se faire prendre.
Galaad
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Vashka von Kursell
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Vashka von Kursell
Jeu 16 Juil - 21:30
Mon Carnet Rouge à nouveau sous le couvert de ma bourse, je n’avais pas remarqué l’intérêt de Jane, me concentrant plutôt à lisiblement tracer les noms que je connaissais par cœur depuis toute petite. Je lui tendis alors le papier en me réjouissant de l’entendre.

« Bien entendu !, m’empressais-je de répondre avec toujours ce même sourire et puis comme si je partageais également les mêmes pensées. Je côtoie mon mentor d’espagnol une fois par quinzaine mais je n’ai jamais pu mettre en pratique son enseignement à l’écris. Si vous excusez mes éventuelles fautes, je serais ravie de vous lire en toutes occasions ! »

Que de plaisir à poursuivre les joies de la correspondance avec un tiers féminin. J’avais découvert ce plaisir peu de temps auparavant, auprès d’une Duchesse de qui j’avais appris quelques histoires croquantes sur un Compte fréquentant depuis la Cour de son Altesse. Échanges qui s’étaient clos par une missive direction avec notre Souveraine et dont la finalité était justement de me convier à ce banquet du Vendredi prochain. Comme quoi, tous les évènements menaient en un même point. Je tendis une oreille au nom prononcé, notant effectivement un lien quelconque avec ma compagne mais à en juger par son ton…

« Vous ne semblez pas très enthousiaste à cette idée si je peux me permettre... Vient-il en simple chaperon ou s’intéresse-t-il vraiment à l’université de Techno-Magie ? »

Une première fois que nous abordions directement le sujet. Je n’étais pas personnellement attiré vers cette distinction de notre pays bien que j’avais lu quelques ouvrages fort intéressants à propos de quelques-uns des percées de l’année en cours. J’aimais cependant à lire cette passion chez Jane, habitant son regard quand elle en avait parlé un peu plus tôt. La proposition de la table avait été toute naturelle comme elle semblait embêtée par la présence de son frère, j’avais songé que cela lui allégerait peut-être les épaules de compter une compagnie à ses côtés. Ce à quoi, je reçus un non.

« Oh…vraiment ? »

Je n’avais ni assez d’indiscrétion, ni assez de moral pour oser demander plus. J’étais déçue, certainement visible à mon regard également bien que je n’avais pas pour habitude de jouer de pitié. J’acquiesçai, simplement, lui accordant ce refus car même s’il m’affectait plus que pensé, je n’avais aucun droit de forcer le libre-arbitre de qui que ce soit, encore moins cette charmante amie qui se dessinait devant moi.

Je ne m’autorisais pas ce genre de pensées mais finalement, Jane était peut-être comme toutes les autres, simplement là pour le plaisir, pour la parure…sans désirer plus. Ou alors ma méfiance passée revenait au galop mais je fus légèrement refroidie…l’espace d’un bref instant avant qu’Anya ne ramène les merveilles qu’elle avait dénichée et qui nous ravirent toutes deux.

Un dialogue muet, seul un contact visuel suffit à cet instant. La robe. Portée par Jane. À la question silencieuse, mon propre regard devait répondre avec une franchise déconcertante. Si par un coup de baguette magique je m’étais retrouvé à porter temporairement les attributs masculins, le message aurait été d’autant plus clair : ‘Je te veux’ mes yeux répondis-je tout simplement. Heureusement –ou pas- il n’en était rien et je ne pus que sourire, tendre et désireuse à la fois. La petite fleur s’était métamorphosé en jeune femme bien plus qu’agréable à regarder. Une certaine fierté devait également briller sur mon visage bien que je n’eus pour mérite que de donner mon impression sur la tenue.

« Vous êtes magnifique…, soufflais-je simplement en guise de réponse audible. »

Des robes et des dessous plus tard, nous quittâmes enfin la boutique, paquets en main, et je constatai avec effarement l'étendu de ma fièvre dépensière. Heureusement que Jane s'était proposée à en portant un ou deux. Je n’avais pu résister à l’attrait de nouveaux dessous, surtout qu’Anya en devenait presque vicieuse à connaître aussi bien mes goûts et laisser à ma vue quelques bouts de dentelles et soies raffinées. J’avais également choisi ma robe pour le banquet, en dehors des trois modèles précédemment exposés et pour quoi je réservais la surprise, ayant profité des premiers moments derrière les rideaux pour faire mon choix.

La question de cette fameuse Vodka se présentant, j’eus un moment de doute. Bien que la plupart des achats de Jane seraient acheminés à l’adresse indiquée, il ne nous en restait pas moins beaucoup de paquets, les miens en l'occurence, pour prétendre à un temps de marche jusqu’à l’endroit où je désirais la mener pour un peu d’intimité. Prendre un véhicule de transport me semblait plus approprié bien que…


« J’aimerais vous faire découvrir un endroit, oui, mais je crains que mes achats ne gênent notre progression dans les rues marchandes… Je vous propose de repasser à la boutique au retour de la fin de journée pour que je puisse les récupérer ? Ou de patienter le temps de faire livrer au manoir mes paquets, ainsi ils seront en sécurité bien que vous pourriez être dans l’obligation de me raccompagner ne serait-ce que pour jeter un bref regard à mes fourrures ?, j’eus une légère moue. Après le refus de la table, il manquerait peu qu’elle refuse aussi de venir au manoir pour me conforter dans l’idée que quelque chose clochait. Je ne souhaite surtout pas vous forcer la main mais à moins de tout simplement déguster la Vodka chez moi… Je crains qu’il n’y aient que ces choix s’offrant à nous. »

Je parcourus la foule du regard, à la recherche d’une voiture…ou de chevaux ?! Il me sembla bien en voir un peu plus loin mais dans le doute, je ne pus m’en remettre qu’à ma compagne à qui je laissai le choix finale sur notre destination…jusqu’à ce que ma propre impatience ne prenne le dessus et me fasse me retourner finalement, agitant la main en direction du cocher que je croyais deviner plus loin, usant du russe dans toute sa splendeur. Fort et sec. Pas criard non plus mais j’avais plutôt l’habitude de commander malgré que je ne sois pas le genre de femme à asseoir son pouvoir sur qui ou quoi que ce soit. Enfin…sur les hommes peut-être bien oui.

« Proveryat’ ! Bot ! »

Si quelques regards s’étaient tournés vers nous à mon exclamation, je ne leur offris qu’un trop bref regard. Ici, c’était la loi du plus fort. Celui qui veut doit prendre au risque de se le faire choper sous le nez. Étonnant d’ailleurs qu’une telle calèche soit disponible. Je fis signe à ma compagne de me suivre, fendant la foule pour aller dans cette direction, celle des chevaux, et par la même, marchant droit sur un homme qui venait justement en sens inverse, droit sur nous…
Vashka von Kursell
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Galaad
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Galaad
Mer 12 Aoû - 19:42
L'boss m'avait obligé à prendre les deux gros douraks avec moi. Honnêtement, j'comprenais même pas c'qu'ils foutaient dans l'organisation. Enfin, hormis l'épaisseur des bras comme mes cuisses, ça, ça devait bien aider avec certains opposants. Mais pour ramener deux donzelles, il m'aurait suffi d'un autre gaillard avec un peu de jugeotte. La crevette, au moins, avait un peu de sens pratique et comprenait l'importance de ne pas alerter toute la rue, mais il se laissait vite entraîner par ses camarades dans l'chaos. Et l'chaos, ça appelle les flics.

Avec un peu de doigté, j'avais dressé la bande de bras-cassés et transmis un plan précis pour pas que ça parte dans tous les sens. Avec un peu de bol, ils se comporteraient tranquillement au moins jusqu'à c'qu'on s'empare des demoiselles. Crevette fila avertir les deux boeufs, afin qu'ils se tiennent prêt au cas où les proies décidaient de se carapater. Quant à moi, je leur emboîtai l'pas.

J'présentais pas mal pour une canaille. Pour ça, d'ailleurs, que j'arpentais les rues en solitaire, pour dénicher informations, clientèle ou récupérer ce qui est à nous, quelque soit la nature de la possession. A part le nez tordu, mon faciès se révélait plutôt avenant et ma carrure passe-partout. Néanmoins, pas question d'aborder crûment des dames en pleine rue, ça attirait que l'attention inutilement et me plaçait directement en porte-à-faux en cas de tuile. Je restais à distance raisonnable tandis qu'elles bavardaient encore. La Rousse proposait de se rendre dans son Manoir. Voilà qui n'arrangeait pas trop mes affaires. Autant que son interlocutrice, je restais suspendu aux lèvres de la brune. Peut-être bien qu'elle allait refuser et qu'on pourrait reprendre un plan comportant moins d'risque. Au moins, la brune paraissait perplexe devant cette sorte de déception ou dépression qui tarabustait la rousse. Plusieurs secondes de réflexion furent nécessaire avant qu'elle ne lâche sa sentence.

- S'vous êtes certaine que ça vous dérange pas, m'dame, je veux bien venir chez vous. Mais z'êtes sûre que c'est bien convenable pour une noble de ramener ... enfin j'connais pas comment c'est en Russie, mais... je veux dire je pourrais être n'importe qui et votre réputation pourrait en pâtir, c'genre d'chose, m'voyez ?

V'là qui m'arrangeait pas, l'indécision supplémentaire. Toutefois, heureusement pour ma carcasse, la Rousse se dirigeait déjà un attelage. Le nôtre. Bon, restait plus qu'à espérer que la Crevette serait convaincante en cocher.

Brusquement, tandis que le duo se frayait un chemin à travers la rue et les passants, un type peu amène marcha droit vers elles. Figure fermée, visage bas, il avait l'épaule large et le biceps conséquent. Le genre qui t'met facile une torgnole à t'en décrocher les chicots lors d'une rixe alcoolisée ou plutôt celui qui allait te trouer de part en part pour te déposséder d'une babiole. Puis, soudainement, il écarta les bras et captura la brune contre lui pour la soulever comme une poupée de chiffon...


Le visage s'illumina soudainement. Les yeux clairs souriaient autant que les lèvres. L'individu redressa un nez couvert de son en reposant une Galaad gesticulante au sol. Percy invectiva alors la gamine bougonnante - "E'paffé" avait-elle lâché - dans la langue de Shakespeare.

- P'tain, t'abuses. J't'cherche depuis une heure au moins. T'en faut du temps pour trouver une robe. Tout ça comme colis ? J'sais bien qu'j'ai dit que j'payais c'qui fallait pour boucler l'bec aux connasses... Oh pis t'as un mec qui t's...

Suivi d'un "oh" et quelques balbutiements d'excuses lorsqu'il constata que sa protégée ne marchait pas seule. Prestement, il retira son couvre-chef, un haut-de-forme qui avait connu des jours meilleurs mais parfaitement assorti à son costume en tweed brun flambant neuf. La discussion revira alors vers l'espagnol. Rapidement, Jeanne coula un regard derrière elle et se tendit sensiblement.

- Navré, m'dame. J'ai mis tellement de temps à découvrir ma soeur dans toute cette foule que je n'ai pas prêté attention à son entourage. J'vous prie d'm'en excuser.

La "fratrie" Walls, pivoine de gêne l'un comme l'autre, mit quelques secondes avant d'enchaîner. Jeanne, consciente de la bienséance, procéda aux présentations, accompagnant le tout d'un geste de la main poli.

- Madame la Baronne, j'vous présente mon ... frère Percy Walls. Il est ingénieur et mécanicien spécialisé dans l'aéronautique. J'vous en ai parlé tout à l'heure, nous avons un atelier à New York et nous sommes ici pour la conférence de technomagie.

Se retournant vers la baronne, elle désigna celle-ci à son frère du même geste gracieux.

- Percy, je t'présente Madame la Baronne Vashka von Kursell. Elle m'a beaucoup aidé à choisir d'nouveaux vêtements et m'invitait dans sa demeure pour voir les fourrures dont sa Maison fait commerce. Nous allions nous y rendre... entre femmes.

Intérieurement, Galaad espérait que Percy saisirait le message. Heureusement pour le tandem féminin, le possessif et paranoïaque presque roux ne chercha pas à tirer sa pure et chaste petite soeur hors des griffes de la terrifiante succube. Non, mieux encore, il étira un nouveau sourire en hochant la tête, s'apprêtant à ébourrifer la tignasse brune avant d'écarquiller les yeux. Miracle ! Galaad était coiffée à la perfection. Merci Anya ! Il détourna légèrement le regard, tentant vainement de camoufler le geste avorté en grattant sa propre tête.

- Aha... ah... oui, c'est une heu bonne idée ! Merci m'dame la Baronne de vous occuper de ma soeur : une présence féminine lui fera l'plus grand bien.

Parlant plus bas, il donna un bref conseil.

- Par contre, devriez prendre un autre véhicule. Ceux-là sont louches.

Fit-il en désignant la fameuse carriole libre et Crevette attendant, presque nerveusement, l'arrivée des clientes en tenant la porte. Revenant à un ton normal, il réclama encore :

- Oh, m'faudrait aussi votre adresse, qu'j'vienne chercher ma petite soeur quand vous aurez terminé, histoire qu'elle affronte pas seule le chemin de retour dans la nuit.

Là-dessus, Galaad lui jeta un regard noir qui criait "Je veux m'débrouiller toute seule" mais soupira bientôt de guerre lasse. Elle farfouilla dans son sac et offrit le papier avec l'adresse de la baronne griffonnée tout à l'heure. "Tu l'perds, j'te zigouille" sussura-t-elle tout bas à son pseudo-aîné en anglais et à toute vitesse. Puis avec le plus grand naturel du monde, elle glissa son bras à celui de Vashka.

- Allons-y ! J'ai hâte d'voir les fourrures et goûter cette vodka.

Sans un regard vers Percy, juste un bref au revoir du bout de doigts, Galaad entraînait la baronne à une voiture s'étant arrêté quelques secondes auparavant une centaine de mètres plus loin, devant un restaurant chic. Interdit, l'irlandais-américain avait viré au blanc depuis la mention de l'alcool. L'horreur d'imaginer sa si petite et fragile Jeanne - qu'il avait pourtant vu transpercer un type plus grand qu'elle à la pointe de son épée - ivre et alanguie auprès d'une femme aussi sulfureuse que la Baronne von Kursell... se transforma en vision fort peu chaste. ll se reprit néanmoins très vite pour surveiller du coin de l'œil les bandits. Il ne partit qu'une fois assuré que la voiture des deux femmes s'étaient élancée vers le domicile de la russe.

Une fois installé dans la calèche, Jeanne déposa les colis sur le côté et soupira d'aise. Prenant conscience du comportement un peu cavalier, ses joues reprirent une légère teinte rosée et s'excusa succinctement à sa camarade.

- Navrée. J'ai préféré couper court sinon Percy nous aurait suivi tout le reste de la journée et ... je n'avais pas envie de vous partager.

Bien évidemment, elle omit complètement le péril évité. Par contre, cette presque révélation - la non-envie de partage - la laissait un peu perplexe et la réjouissait à la fois : Elle s'était attachée bien vite à Vashka.

HRP:
 
Galaad
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Vashka von Kursell
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Vashka von Kursell
Sam 22 Aoû - 6:26
J’étais vexée. Cela devait aisément se lire sur les traits de mon visage bien que l’émotion ne soit en rien dirigée contre ma nouvelle compagne. Pas directement du moins, non, mais j’étais bel et bien blessée qu’elle puisse croire que ma bonté soi-disant ne puisse se limiter qu’à l’artificiel, aux apparences. Certes nous venions de passer qu’une seule demi-journée ensemble mais il n’était pas aisé de m’arracher les coordonnés de mon manoir à des fins autre que commerciales et cette jeune Dame avait su les obtenir facilement. Si ce n’était pas la preuve, quelque part, d’un certain attachement…et que dire de ce dernier alors que nous avions essayé tenues et petits-dessous côte à côte. Je n’avais pas honte d’elle, au contraire !, et ne me gênais pas pour le lui faire comprendre.

« Mademoiselle Jane, je vous pris de vous estimer davantage que vous ne le faites. Le statut d’une personne vient bien d’un titre mais il n’en fait pas pour autant la qualité et c’est le seul critère qui m’importe lorsque le temps vient deeee…. !! »

Je n’eus guère le temps de terminer que mon amie se faisait saisir à la taille et soulever de terre… Interdite, je regardais l’étrange duo qui, de toute évidence, se connaissait très intimement, et perçut à moitié qu’ils dialoguaient alors dans une langue que je reconnus qu’après la troisième phrases comme étant de l’Anglais. De toute évidence, le débit et le vocabulaire, quelque soit la langue dans cette bouche, étaient les mêmes, très spontané et habile. J’aurais pu en sourire si la présence masculine ne m’avait pas tant surprise…avant que je ne comprenne qu’il s’agissait là du fameux frère dont Jane avait fit la mention un peu plus tôt.

C’est un sourire un brin timide et à moitié charmeur que j’offris à l’homme au chapeau avant d’incliner la tête devant lui en guise de révérence comme salutation, patientant que les présentations soient complètes avant de prendre la parole. Un bref regard au duo, légèrement plus insistant du côté de l’aîné que je détaillais rapidement, autant dire que mon regard ne mentait pas quand à l’appréciation du potentiel qu’il observait mais je n’étais pas la pour ça et répondit donc, me voulant rassurante aux paroles de ma compagne.


« Vous êtes pardonné, Monsieur Walls et soyez assuré que j’ai assisté votre sœur ici présente avec plaisir et au mieux de mes connaissances pour ces essayages. J’espère que vous aurez cette même fierté à la contempler dans sa robe au banquet de Vendredi que j’en ai eu à le faire en boutique, lui souriais-je. »

J'étais sincère dans mes paroles et Jane pouvait en témoigner de mes quelques propos embarassants à sa sortie de cabine après le moment de détente. J’attendis d’ailleurs qu’elle lui remette l’adresse que je lui avais partagée un peu plus tôt sur cette page de mon Carnet, certaine ainsi qu’il saurait la trouver même si je confirmai la chose de vive voix.


« Vous avez ma parole qu’aucun mal ou atteinte ne lui sera porté sous mon toit et nous vous attendrons à cette adresse si cela peut vous rassurer de venir la cueillir dans ma demeure plutôt que de la laisser parcourir la ville en fiacre…»

Je n’eus pas le temps de conclure qu’en cas de besoin, je paierais volontiers le déplacement qu’on m’entrainait un peu plus loin vers une voiture non loin de là. Un vague signe de la main en guise d’aurevoir que je me retrouvais déjà assise sur le banc capitonné après avoir donné mes instructions au coché. Au moins allions-nous nous rendre saines et sauves. J’ignorais qui étaient ces hommes dont on nous avait demandé de nous méfier mais je désirais bien tout sauf attirer des ennuis à ma nouvelle amie.

Amie qui sembla soudainement plus détendue, un peu lasse peut-être ?, et pour qui j’eus un rire léger d’entendre son aveu. Pour être franc, il l’était et cette sincérité m’alla droit au cœur. Ce n’était pas plus habituel pour moi de recevoir ce genre de parole mais cette fois, curieusement, je ne cherchai même pas à en vérifier la véracité. J’en étais convaincue et flattée et ne pus me retenir de le lui dire.


« Vous me flattez, Jane. Ohjepeuxvousappellerainsi !?, m’empressas-je de demander, de m’excuser, horrifiée par ma propre familiarité qui pourrait très certainement sembler plus que déplacée et surtout très gênante pour moi, mon visage en était témoin ! Je…hm, pardonnez-moi ce…moment toutes les deux…je n’en ai pas l’habitude. »

D’un pareil sentiment, d’une sensation si chaleureuse et précaire à la fois. J’en étais presque chamboulée, moi qui pour ainsi dire, en vivais de ces émotions fortes, vives et incongrues auprès d’homme dont la plupart de leurs noms m’échappaient complètement. Mais Jane…était différente. Avec elle, c’était différent.

« Il vous aime beaucoup, une vérité dont elle avait certainement conscience mais bien trop évidente pour que je ne la mentionne pas. J’imagine qu’à sa façon comme vous dites, votre frère ne désire pas vous partager non plus. »

À l’instar des amants, les frères et sœurs avaient cette chose, ce lien si fort qu’il outrepassait même parfois les limites de l’entendement, ceux connus du simple amour ou de l’affection. Percy Walls avait ce petit quelque chose dans le regard lorsqu’il l’avait posé sur elle et non pour excuser qu’il aurait pu effectivement insister pour nous suivre, mais simplement rappeler à mon amie que parfois on ne pouvait aller contre ce genre de sentiment, je lui avais dit.

Cela n’en restait pas moins sincère même si je n’avais pu parler par expérience, ayant été comme enfant unique, aucun lien de la sorte n’avait pu être tissé avec qui que ce soit. Aucun véritable ami d’enfance, seul mon père, maintenant disparu, son épouse, désormais morte… Pui, un éclair de lucidité me traversa l’esprit, me confrontant à un fait important qui ne m’était jusque là pas encore apparu...


« Je crains d’avoir omis un détail concernant ma famille… J’ai, au manoir, un familier… Il s’appelle Odin… Je marquais un temps d’arrêt, jusque là, rien de très anormal, certains nobles avait des volatiles tels que des aigles ou des faucons, de petits félins mais… et c’est un loup… »


Nous eumes pour un peu moins d'une heure à nous rendre au Domaine von Kursell. Si par la fenêtre le pays semblait lentement se dégrader de toute vie civilisée, c'est également là que la nature semblait enfin reprendre ses droits sur le territoire. Quelques timides arbres bordèrent d'abord les côtés de la route avant de s'étendre pour devenir la lisière d'une forêt plus dense et creuse.

Le manoir trônait, en son sein, comme l'édification de la domination de l'homme sur la flore et pourtant... Un oeil avisé remarquerait tout de suite que malgré l'imposante habitation, aucun défrichement n'avait été pratiqué plus que cela nécessaire à la construction sécuritaire. De part de d'autre, les bouleaux et les pins s'élevaient, un rond coin aménagé pour l'arrivée des calèches lors des réceptions tournait autour d'une large fontaine aux bancs de repos.

Si l'extérieur était invitant, il en était autant sinon plus de l'intérieur et c'est avec une certaine hâte que j'ouvris par moi-même la portière de l'habitacle pour descendre la premère, offrant ma main à Jane pour qu'elle puisse en faire autant. Je lui laissai également un temps pour regarder si tel était son désir, non par vantardise mais simple joie des yeux. L'endroit avait enfin chassé toute sa neige et il ne restait que bourgeons et petits oiseaux pour égayer le tableau. Le printemps était là.


« Très chère, bienvenue au manoir du Domaine von Kursell, déclarais-je alors, le ton presue solonel avant d'entrer par la porte tenue devant nous, guettant à tout moment l'apparition de ma boule de poils préférée qui ne manquerait pas de venir saluer comme il se doit notre nouvelle compagne. »
Vashka von Kursell
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Galaad
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Galaad
Dim 6 Sep - 22:42
Lorsque la baronne l'appela par "son prénom", la demoiselle bafouilla un instant rougissante très flattée et atrocement gênée à la fois. Elle souhaitait si fort lui révéler son vrai prénom, réduire cette distance et peut-être toucher du bout des doigts à une ambiance qui aurait dû être son quotidien. Et pourtant... Lentement, elle hocha positivement le chef.

- Évidemment, j'apprécierai beaucoup.

Le sourire plana avec une once de mélancolie. Même si elle prévoyait, si l'ambiance s'y prêtait, de se risquer à quelques confidences, elle préférait que le cadre soit le secret de la demeure de sa compagne et non en filant rapidement dans une rue bondée. Ambiance et décorum revêtaient tout de même une certaine importance pour dévoiler ce genre de secret ! Malgré son plaisir certain qu'une si belle dame ne l'interpelle par son nom, Jeanne n'osa, en raison de son mensonge, pas se risquer à la réciproque. Peut-être, si tout ce passait bien par la suite, peut-être pourrait-elle demander cette faveur à son tour.

- Oui. On est très lié, tous les deux. Parce qu'on a connu des pu... des galères ensemble, il est deviendu très protecteur. Sans doute un peu trop... l'dernière fois que j'ai voulu aller m'acheter un corsage, l'est venu avec moi sous prétexte qu'qu'lqu'un pouvait lorgner par l'fenêtre d'l'couturière... Autant dire qu'finalement, j'ai jamais réussi à m'en acheter un en paix.

Souffla-t-elle, les joues vaguement rosées, et son rire tintant comme une série de clochettes. Puis, elle pouffa plus clairement au souvenir. Malgré son Percy-boulet accroché à ses bottines, Galaad avait tout de même pénétré dans la boutique. Elle cultivait alors la vaine espérance que le corniaud comprendrait qu'il n'y avait nullement sa place. Naturellement, très sûr de lui, il avait même réussi à décréter à la couturière outragée que sa "petite soeur" se devait de porter des dessous de soie d'une blancheur immaculée et des jolies dentelles roses sur le rebord. Les nuances de rouge ne présentaient pas un panel assez large et puissant pour exprimer la gêne de Jeanne à ce moment-là, aussi son teint avait viré au coloris désiré par Walls pour son petit linge et elle avait sérieusement failli tourner de l'oeil. Chassé à grand coup de balai dans le fondement par la gérante des lieux - les standings de la boutique étaient autrement plus populaires que l'échoppe raffinée de la russe Agata - l'irlandais s'était alors mis en tête de monter la garde à l'extérieur pour que personne n'interrompe l'essayage. Malgré toute la bonne volonté du monde, cachée derrière un épais paravent, les rideaux de la petite pièce arrière soigneusement fermés, Jeanne n'avait jamais réussi à se déshabiller. Voilà la raison pour laquelle la petite baronne recyclait les corsages offerts par les prostituées de la rue adjacente à l'atelier.

- Odin, c'un joli... - nom avait-elle voulu dire - ... Comment ça un loup ?

Soudainement, Galaad se demanda si le mot avait bien la signification qu'elle pensait. Si elle ne se traduisait pas faussement un autre mot désignant bêtement une race de chien précise. Sourcils un peu froncés, elle dévisageait Vashka. La baronne russe dut se répéter pour que l'exilée comprenne qu'il s'agissait bien d'un loup. Un vrai. Avec les crocs. Ceux qui bouffaient les gamins perdus dans les contes.

L'inquiétude tricota les sourcils de la française pendant quelques secondes. La peur ne l'étreignait pas mais, plus insidieusement, certains souvenirs d'enfance refaisaient surface. Pays de Cocagne, la baronnie d'Aubagne voyait paître sur ses collines, dans ses plaines anciennement marécageuses, de nombreux cheptels de moutons ou de chèvres. Le prédateur naturel de ces tendres agneaux foisonnait donc, caché dans les sous-bois. En temps normal, la cohabitation se passait plutôt bien, hormis quelques incidents isolés. Parfois toutefois, si l'été était particulièrement sec ou l'hiver particulièrement long, trop de bêtes disparaissaient et une chasse aux loups s'ouvrait. Battant la campagne, les nobles locaux et bien évidemment les frères Ithier se lançaient à l'assaut des forêts, des collines pour traquer les grands méchants loups. Bien sûr, la présence d'une demoiselle lors de telles battues était prohibée : Si on tolérait la présence des dames pour la chasse au vol ou à courre, tenant plus du sport que de la réelle quête de nourriture ou la sauvage mise à mort, hors de question de mettre le fragile sexe faible en danger. Aussi, Galaad n'avait jamais vu de loups que dans les gravures d'un livre ou la gueule empaillée d'un chef de meute titanesque dans la salle des trophées.

- Quand j'étais p'tite, on les chassait parce qu'ils bouffaient l'moutons ou l'chèvres. Y avait l'tête empaillée d'un immense loup dans la salle aux trophées. Vous pensez qu'il va m'en vouloir pour ça vot'e loup ?

Voilà ce qui la tarabiscotait. Galaad, aussi intelligente pouvait-elle être généralement, montrait parfois des traits étonnamment niais et enfantins pour des détails improbables. Comment diable un loup pourrait-il savoir/sentir cela plus de cent ans plus tard ?


Elles descendirent de la voiture devant le manoir niché dans un écrin sylvestre. Jeanne relevait le nez, une main maintenant son chapeau, pour observer le moindre détail des lieux. A son hôte, elle adressa un sourire radieux.

- C'est très beau chez vous ! On dirait un peu Cassis, mais sans l'mer ou l'vignes !

Autrement dit, ça ne se ressemblait pas du tout. Enfin, le manoir de Cassis se nichait aussi dans la verdure, avait vaguement une place similaire à l'avant pour l'arrivée des véhicules ou des chevaux, avec l'écurie sur le coté, mais la comparaison s'arrêtait là. Oubliant un moment ses manières, le protocole et Vashka, Jeanne fit le tour des lieux d'un bon pas. Elle lorgnait sur la façade. Elle se hissa sur la pointe, se tordit à gauche et à droite une fois juchée sur le rebord de la fontaine. Elle pointa du doigt pour sa camarade, un nid d'oiseau sifflotant gaiement dans un arbre proche avant de redescendre un peu piteuse sous le regard réprobateur d'un domestique, probablement le majordome de la baronne. Découvrant toutes ses dents, Galaad étala un large sourire d'excuse de gamine gaffeuse.

Lissant ses jupes pour paraître sérieuse et comme il faut, elle rejoignit Vashka avec prudence, le fameux Odin fêtant, la queue battante, leurs retrouvailles. A pas mesurés, elle se risquait à approcher l'animal. Pour finalement finir le cul par terre, lorsqu'il se tournoyait autour d'elle et la reniflait. Surprise et un peu interdite, Jeanne ne savait comment réagir à la présentation de l'animal avant d'éclater de rire tandis qu'il léchait à grands coups de langues ses mains ou ses joues. Il s'attaqua ensuite à la sacoche de la demoiselle, cherchant à planter le nez dedans tant et si bien que Jeanne dut se résoudre à l'ouvrir et nourrir la bête des quelques lanières de viande séchée dissimulées dans un linge. Habituée à voyager, l'exilée avait pris l'habitude de conserver toujours quelques denrées dans son sac à main, faisant office de boîte à outils et autres, qu'elle trimballait partout, au cas où. Véritable boîte de Pandore, le dit bagage renfermait tellement de bordels variés que Percy ou Salomon ne s'étonnaient même plus qu'il en sorte tout et n'importe quoi.

Une fois les présentations terminées, le duo accompagné d'Odin gagna l'intérieur. Toujours impressionnée, la fausse américaine examinait les lieux avec émerveillement. Arrivée au petit salon, débarrassée de son chapeau et ses gants, elle passait un doigt curieux sur le bois précieux des meubles, les étoffes riches des rideaux et des sièges avant d'enfin consentir à s'asseoir tranquillement auprès de son amie.

- C'est magnifique.

Complimenta-t-elle, les mains sagement nouées sur son girond, le regard toujours en vadrouille.

- Merci de m'avoir permis de vous accompagner.


HRP:
 
Galaad
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Vashka von Kursell
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Vashka von Kursell
Dim 20 Sep - 19:46
Nous étions enfin arrivées au Manoir. Après cette journée mouvementée aux influences de la vie de la ville, je n’étais pas mécontente de retrouver le calme et les grands espaces de ma demeure. Et que dire de l’agréable compagnie qui m’y avait également accompagnée ! J’étais ravie de la présence de Jane à mes côtés mais bien plus encore, la curiosité dont elle faisait preuve à l’égard de toutes choses, de tout élément constituant les alentours me tira un sourire charmé.

Non une Dame, elle me renvoyait plus facilement à l’image d’une jeune femme toute droite sortie du pensionnat. Oh cela n’avait rien de, au contraire, elle n’en avait qu’encore plus de couleur et d’intérêt à mes yeux. Tellement différent de ces Dames à l’esprit pâle et délavé de la Cour que je fréquentais dernièrement beaucoup trop activement. Et elles si peu actives justement, pas comme Jane qui grimpait aux fenêtres avec cet air faussement innocent mais si chaleureux à contempler.

J’en gloussais encore une fois le salon atteint et fit un large geste de la main pour désigner les alentours, flattée à la fois par ses paroles bien que mes actions n’avaient pas été menées en ce sens. Je ne cherchais aucune reconnaissance, j’avais été sincère, tout simplement. Je souris à ma compagne, à mon amie. L’appeler par son prénom était déjà en soi un exploit pour ma petite personne si proche de la bonne conduite, n’en démontrant pas moins la particularité que j’associais à la demoiselle.


« Je vous en prie, après cette journée il ne s’agit que de la moindre des choses de vous offrir un endroit où vous reposer et profiter des quelques produits de ma Maison. »

Je l’invitai à s’asseoir dans le salon privé, les fauteuils ne manquaient pas, aussi luxueux que confortables et attendais qu’elle ait choisi avant de moi-même prendre place sur l’un deux, près du foyer de la pièce où brûlait une douce braise rougeoyante. Ce ne fut pas bien long qu’un premier tiers ne nous rejoigne, Odin ne semblait pas vouloir nous quitter d’une semaine et après et regard et une manifestation certaine de plaisir à l’égard de Jane, il revint sagement au pied de mon fauteuil, s’y couchant, la tête sur ses pattes mais les oreilles aux aguets. Je souris ne pouvant m’empêcher de penser qu’il était à mes yeux bien plus qu’un simple familier, un frère et un fils à la fois…

« Il faut l’excuser, je reçois peu de visiteurs au Manoir outre les chasseurs dont il a appris à se méfier malgré mes ordres de ne jamais chasser les siens sur mes terres, il n’a pas pu s’empêcher de vous saluer…à sa manière, gloussais-je en me remémorant la façon singulière dont mon amie avait été accueillis un peu plus tôt. Comme vous le voyez, je doute qu’il vous tienne pour responsable de ces…activités de votre famille dont vous me parliez, tentais-je aussitôt de la rassurer. »

Je ne pouvais pas affirmer que je croyais en une certaine clairvoyance chez les animaux mais j’étais également très loin de les considérer comme sots. Chacun avait sa propre intelligence et si la méfiance d’une race pouvait être expliquée, je n’étais pas d’accord à désigner tous ces membres de la même manière. Odin en était la preuve. Là où le loup craignait l’homme, l’attaquait à la rigueur, lui était aussi doux et fidèle qu’un chien.

Un raclement de gorge se fit entendre peu de temps après à l’entrée du salon où Anthos, l’homme ayant surpris Jane en pleine activité d’escalade et mon majordome par la même occasion, se présenta à nous, un plateau à la main sur lequel reposait une bouteille singulière et deux petits verres.


« Oh Anthos approchez je vous prie ! Je vous présente Mademoiselle Jane Walls de New-York qui est en voyage au pays à l’occasion de l’inauguration de l’ouverture de l’Université de Techni-Magie. Nous nous sommes rencontrées chez Agatha* et terminerons la journée ici. Elle est mon invitée, terminais-je de façon à ce que toutes possibles réprimandes soient aussitôt ravalées. »

Je n’eus aucun besoin d’en ajouter davantage que l’homme s’inclinait devant la Dame en guise de salutation avant de poser le dit plateau sur une table basse entre nos deux fauteuils. Il déboucha alors la bouteille pour en remplir les deux petits verres à ras-le-bord et s’effacer aussitôt dans le décor. L’odeur singulière de la Vodka me picota le nez, me tirant par la même un sourire amusé de ma propre réaction. Je saisis l’un des verres en le tendant à ma comparse, prenant le second de mon autre main en l’élevant à hauteur des yeux.


« Aux agréables rencontres et aux complicités en découlant, trinquais-je alors, presque solennelle. »

Je bus cul-sec en redéposant délicatement le shooter sur le plateau, attentive à la réaction de mon invitée. L’alcool ne serait-il pas trop fort pour elle ? Était-ce sa première fois ? Je n’aurais su le dire mais mon regard devait trahir un certain émoustillement du déroulement des choses. Rapidement, ma poitrine se mit à chauffer, l’eau de vie se répandant en moi alors que j’offrais une possibilité à Jane.


« Peut-être préfèreriez-vous visiter l’Atelier et le Dépôt à fourrures pendant que nous puissions encore marcher, plaisantais-je à moitié. »

Si cette Dame n’avait pas l’habitude de ce genre de petits plaisirs qu’était l’alcool, elle risquait fortement de ne plus pouvoir bouger après à peine deux autres verres. Autant laisser le feu du premier couler en elle et la mener découvrir les merveilles des coffres de la Maison avant de revenir au salon pour y boire tout notre saoul et discuter l’esprit tranquille. La décision lui revenait et quelle qu’elle soit, je m’y plierais. Après tout, elle était mon invitée.
Vashka von Kursell
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Galaad
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Galaad
Dim 4 Oct - 16:06
Note HRP : Les mots italiques dans les dialogues seront les termes prononcés en français.

- Oh, z'inquiétez pas : j'avais un peu peur avant, mais y ressemble plus à un gros chien câlin qu'à la bête féroce d'mon enfance. Enfin, sans vouloir t'vexer, Odin.

S'empressa-t-elle de rassurer son hôte avec un large sourire. A la présentation du serviteur, Jeanne inclina poliment le chef avec un bref sourire d'excuse, les joues très légèrement rosies. Après tout, il l'avait bien surpris s'agiter de manière inconvenante pour observer la demeure sous toutes les coutures. Enfant gourmandée en silence, elle lissa une nouvelle fois ses jupes pour paraître plus à son avantage, mieux cadré avec le décorum des lieux. L'excitation du moment l'avait rendu empotée et elle s'en rendait compte. Elle devait calmer le jeu, reprendre sa...

- Oh ! C'est ça la fameuse vodka ! Percy veut pas que j'en boive, y dit que c'est une boisson d'homme.

... contenance. Peine perdue de toute évidence. Entre ses mains élancées et calleuses, elle saisit le petit verre présenté.

- Mais bon, il dit ça de toutes les bonnes bouteilles qu'il veut garder pour lui tout seul, en bon égoïste.

Curieuse, elle le porta vers ses narines, humant le contenu discrètement.

- J'sais pas pourquoi, j'm'attendais à c'que ça sente la même chose que le whisky de Percy.

Au toast, elle leva son verre et trinqua bien volontiers. Néanmoins, elle laissa s'écouler un brève seconde pour observer la manière de boire cette fameuse boisson. "En Russie, fais comme les russes." se motiva-t-elle silencieusement et avala d'une traite, comme Vashka. Fouettée au sang, elle écarquilla les yeux mais, bien élevée, se garda bien de recracher ou une imbécilité du même type. Courageusement, elle déglutit le liquide avec une superbe démonstration de savoir-vivre et un visage presque pas congestionné. Une larme perla néanmoins au coin d'oeil gauche.

Un ange passa.

Un souffle bref et concis se fraya un chemin comme pour expulser le trop plein de chaleur que l'alcool dégageait dans son sang. Puis, malgré la discrète présence du majordome-tapisserie, Jeanne éclata de rire.

- Seigneur ! - fit-elle en français avant d'effectuer la transition vers l'espagnol - Même l'pire rhum ne dégage pas autant les sinus.

Brusquement, le naturel enseigné revint au galop. D'une main délicate, elle s'éventa succinctement comme les oiselles de la cour de France lorsqu'elles ne trouvaient pas leur éventail. Son rire tinta encore, série de clochettes dans le petit salon.

- Ressemble un peu à de l'eau-de-vie, en moins fruité.

Rapidement, sa langue humecta ses lèvres ou peut-être attrapa une goutte échappée du breuvage.

- C'est plutôt bon.

Commenta-t-elle finalement le sourire dévorant ses traits.

- Oui, j'pense que la visite avant d'reboire un verre s'rait plus judicieux.

Pour faire écho à ses propros, Galaad se redressa et lissa une nouvelle fois ses jupes. Heureusement, elle avait déjà consommé de l'alcool auparavant - Baronnie produisant du vin et l'année Vermine obligent - sinon, elle n'aurait pas donné très cher de sa faculté à se redresser aussi souplement ou de marcher droit. Ne connaissant pas les lieux, elle se laissa guider par la maîtresse de la demeure attrapant, ainsi que précédemment dans la rue, son bras pour y nouer le sien amicalement comme deux jeunes amies en vadrouille.
Galaad
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Vashka von Kursell
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Vashka von Kursell
Mer 21 Oct - 19:42
Une visite des lieux s’imposait, après le premier goût de Vodka, il fallait au moins se dégourdir les jambes sous peine de ne plus être capable de les utiliser dans l’heure qui suivrait. J’avais avisé ma compagne, ne serait-ce que par bonté d’âme si cette dernière n’avait guère l’habitude des boissons plus relevées et il sembla que ce soit le cas à me fier à son expression débordante de couleur tant au visage qu’à la langue. Je ne pus retenir un gloussement de rire de l’entendre ainsi dire bien que je ne compris pas tout du patois qu’elle employait mais l’essentiel était là : la surprise faisait son effet.

Je la tirai donc des griffes de la tentation à rester confortablement assise dans les fauteuils du salon pour gentiment déguster cette Vodka pour la mener lentement à l’extérieur de la pièce. Lentement, les couloirs défilèrent devant nous et sans plus attendre, la direction souhaitée fut celle de la salle d’exposition des trophées. À mesure que nous avancions, je lui racontai quelques bribes d’histoire de ma famille, me demandant pourtant si je ne faisais pas mieux de la questionner sur elle, c’était mon invité après tout.


« Feu mon père était un homme de la nature, enfin…autant que l’on peut s’appeler ainsi de chasser comme il le faisait. Il aimait particulièrement les animaux à fourrures et ne manquait pas une occasion d’exposer dans toutes leur gloire ses prises aux yeux de tous, lui dis-je en l’introduisant dans la salle. »

Sur les murs, le manteau de la cheminée, les tables basses reposaient de magnifiques cadavres empaillés. De toutes origines et de toutes formes, les animaux se succédaient, recréant ni plus ni moins une vague esquisse de ce qu’aurait pu être un zoo si ces derniers avaient encore respiré. Au lieu de quoi, ils observaient les visiteurs de leurs yeux à la fois ternes et luisants. Corbeau du nouveau monde, aigle royal aux larges ailes plumeuses savamment huilées en passant par le majestueux panache d’un orignal adulte ou la menaçante présence d’un ours brun des montagnes dans un coin de la pièce. Malgré le nom certain de musée des horreurs que l’on pouvait attribuer à cette salle, il n’en restait pas moins que toutes les essences animales exposées étaient d’une beauté et d’un réalisme étonnant.

Je laissai quelques instants à ma compagne pour admirer –craindre peut-être aussi car il y avait dans l’exotisme, le corps entier d’un alligator du continent noir la gueule grande ouverte…- commenter au besoin et passer certainement à la salle nous intéressant le plus. Le dépôt à fourrures et les coffres du Domaine von Kursell. Je me tournai vers Jane, un sourire mutin au bout des lèvres et l’œil pétillant. Je m’approchai, la prenant soudain par les mains pour les joindre dans les miennes.


« Ma chère Jane…me feriez-vous l’honneur de revêtir ce qui vous plaira dans ces coffres ? Acceptez de succomber aux caprices d’une Baronne esseulée à la recherche de l’ami qu’elle n’aurait jamais eu ? Ne jouiez-vous pas, enfant, à revêtir les vêtements de vos aînés pour le simple plaisir de votre admirer dans la glace ? »

La demande était on ne peut plus spontané et complètement dénudé de tout jugement, j’étais moi-même en proie à ma conscience qui me reprochait déjà mon immaturité soudaine à demander de telles choses. Un vent de fantaisie semblait souffler dans mon esprit et j’entendais bien y entrainer ma comparse. Une séance qui fut pleine de sourire et de douces moqueries, un moment simple et innocent auquel je participai volontiers tout en retenant les préférences de la demoiselle à qui j’espérais bien pouvoir un jour adresser une de ces merveilles.

Une petite heure qui s’écoula trop rapidement bien que le meilleur ne reste à venir. Nous quittâmes le dépôt quand les tenues désirées furent enfilées pour revenir au salon où nous attendait encore le fluide du pays. Je repris place dans un fauteuil, invitant Jane à en faire autant alors qu’Odin revint aussi dans le décor, se couchant même sagement aux pieds de la jeune Dame. Je leurs souris en nous resservant toutes deux, la tête légère et le cœur joyeux. Nous étions maintenant prêtes à papoter, à discuter et qui sait, à nous confier…


« Je vous prie d’excuser ma demande quelque peu fantaisiste de tout à l’heure mais le souvenir de cette robe vous habillant parfaitement à la boutique ne m’a fait que désirer un peu plus ardemment de vous revoir vêtue de toute sorte. Il n’y a aucun doute que ces Messieurs apprécieront de vous voir revenir du pays avec ces habits qui vous vont si bien. Avez-vous apprécié ce moment autant que moi ? Ne me suis-je pas montré un peu trop…fraternelle ? »

Je redoutais intérieurement que ce soit le cas. Que la journée ait plutôt été un calvaire pour la pauvre qui disait ne pas avoir l’habitude des grands magasins et de ce qui en suivait. Peut-être avais-je un peu trop poussé mon propre caprice à vouloir l’aider ? À la mener ici ? Elle aurait peut-être souhaité retourner avec son frère même si Jane semblait enfouir un caractère bien singulier.

« J’espère vous avoir laissé bonne impression…et découvrir avec plaisir les nouvelles de votre retour chez vous, à New York en Amérique. Si vous le souhaitez aussi cela va de soi. Il me tarde de vous connaître, Jane, laissais-je finalement tomber avant une petite gorgée. »

Jamais encore je n’aurais pu projeter de rencontrer une personne à mes yeux si distinguée en dehors de la Cour. Et pourtant…l’amitié qui se dessinait entre nous deux me tenait particulièrement à cœur.
Vashka von Kursell
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Galaad
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Galaad
Mar 22 Déc - 22:19
La salle des trophées ressemblaient étrangement à celle du Château d'Ithier. Jane se figura que toutes les salles rassemblant des animaux empaillés devaient se valoir, hormis le prestige de certaines pièces et l'exotisme des autres. Même le Roi Pêcheur avait sa galerie de chasse présentant des créatures marines dont certaines tenaient du mythe pour les humains. Salomon et Percy exposaient aussi fièrement des bibelots pris sur des cibles de leurs années troubles dans une vitrine, ainsi que des vieilles armes et autres inventions mais cela lui paraissait plus logique. La demoiselle découvrait aussi avec un certain émerveillement le passé de la demeure von Kursell et appréciait, honnêtement, de ne pas avoir à inventer un bobard sur ses propres origines. Néanmoins, la dépouille d'un aigle royal lui tira un petit cri d'émerveillement tant il semblait sur le point de s'envoler.

- Quand j'étais enfant, nous en avions quelques uns dans la volière. J'vous ai déjà dit que j'avais le droit d'accompagner mes frères pour la chasse, celle au vol uniquement bien entendu, mais j'adorais ça. Je crois que c'est pour ça que j'ai commencé à vouloir voler.

Puis la petite Jeanne laissa place au Baron Périlleux pendant quelques instants tandis que la demoiselle, sans considération pour la bienséance, elle était après tout en présence d'une amie, s'agenouillait à demi au coté de l'alligator qu'elle examinait sous toutes les coutures. Fascinée, elle étendit les doigts à de multiples reprises pour effleurer le cuir de l'animal. Tête penchée sur le coté, elle cogita quelques instants tâchant de comparer la sensation avec une autre matière sur une certaine rapière. Peine perdue hélas. La forme et les muscles esquissés, par contre, nourriraient sans doute des projets futurs. Sans faire perdre de temps à Vashka, elle la rejoignit bien vite.

Arrivées dans le dépôt, la salle aux trésors plutôt, Jane écarquilla une nouvelle fois les yeux, promenant ses prunelles turquoises sur les différentes caisses et revenant régulièrement à Vashka interrogative. Puis, elle éclata d'un rire franc.

- J'ai cinq frères, vous savez. On ne me laissait pas trop me prendre leurs vêtements... ... enfin ça m'empêchait pas de le faire.

Un large sourire s'épanouit à nouveau sur les lèvres ourlées. Un second essayage débuta alors. Se pliant docilement aux directives de son aînée, la petite française passa mille et un manteaux, chapka, manchon et gants. Peaux, cuirs et fourrures, aucune matière ne fut omise. Toutefois, assez rapidement, la demoiselle revenait sans cesse à un grand manteau de peau retournée gris foncé bordé d'un magnifique vison noir. Ajusté contre le tronc, il s'ouvrait large pour permettre à une demoiselle de porter une robe à jupon, probablement à la française mais tombait également très bien sur une robe plus moderne, amplifiant la grâce de la silhouette. L'ensemble comprenait également un manchon et une chapka presque duveteuse qui réussissait à avaler l'entier de l'épaisse tignasse de Galaad ainsi qu'une paire de gants en peau douce. Ainsi attifée, l'image d'une demoiselle soigneusement emmitouflée pour jouer dans la cour enneigée d'une gigantesque demeure s'imposait. Noyée sous le couvre-chef, probablement un peu trop grand pour elle, la frimousse s'illuminait des grands yeux de biches clairs et les tâches de rousseurs semblaient brusquement plus présentes. Se figurer les rougeurs des frimas d'hiver sur les joues ne demandaient pas un grand effort mental. Vashka ne le découvrira probablement jamais, mais ce modèle ressemblait fortement à celui qu'une petite baronne française avait porté plus d'un siècle auparavant pour découvrir la neige sur les sommets de son pays natal et batailler joyeusement contre ses frères dans une titanesque guerre des neiges.

Avec un regret presque palpable, Jeanne abandonna la parure de fourrure pour retourner avec son amie dans le petit salon. Avant de prendre place, elle grattouilla et flatta longuement Odin, nichant quelques baisers enfantins dans sa fourrure et y nichant un moment ses mains. Sa crainte première de l'animal ? Complètement envolée et oubliée, Galaad ne s'embarrassait pas longuement d'une crainte surmontée et se contentait ensuite de profiter. Elle s'installa ensuite confortablement, une jambe repliée sous les fesses, faisant fi de tout décorum pour accepter une nouvelle boisson offerte par la maîtresse des lieux.

- Vous zavez pas à vous excuser, c'était amusant ! Je n'ai plus tellement l'habitude qu'on me pare d'aussi belles matières mais j'imagine que je vous entraînerai aussi pareillement pour vous faire tester des inventions si vous veniez à l'atelier. Pas qu'ça soit un lieu bien pour une dame, mais si vous venez aux Etats-Unis, vous serez bienvenue. J'vous ferai des cupcakes !

Ajouta-t-elle avec un sourire gourmand. Pour peu, elle s'en serait pourléché les lèvres.

- Évidemment qu'vous m'avez laissé une bonne impression ! Sinon, j'aurais pas accepté d'venir ici. J'espère qu'on aura pleins d'autres occasion d's'voir.

Spontanée, Jane ne comprit pas de suite l'ampleur de ses propres propos. Mais bien vite, le rose poudra à nouveau son minois. Elle lissa alors ses jupes, reprenant une position plus distinguée et rassembla son courage.

- Mais... avant qu'on puisse être amies, j'dois vous dire que je vous ai menti.

La française contempla un moment ses doigts qu'elle tripotait nerveusement avant de relever le nez.

- Je suis désolée, mais je suis obligée de le faire.

Après une énième bouffée de courage et un verre de vodka vidé cul sec, le regard de Galaad quitta le confort de ses propres mains pour se nicher dans les yeux de la russe. D'une seule traite, elle déballa son grand secret.

- En réalité, je suis française et je m'appelle Jeanne Angèle Marie d'Ithier. Ma Maison règne sur la baronnie d'Aubagne depuis plusieurs siècles. Après le Grand Sommeil, des bandits ont profité de leur supériorité technologiques et de notre déboussolement pour attaquer notre domaine. Percy Walls m'a accueillie et m'a donné refuge et un moyen de subsistance. Quand j'ai voulu retourner chez nous, j'ai découvert qu'un homme avait clamé être l'unique descendant. Après quelques recherches, on a découvert aussi qu'il me cherchait pour ... sécuriser son emprise sur mes terres. Perdue, j'ai décidé de suivre mon sauveur dans l'espoir de pouvoir revenir plus tard chez moi.

Une inspiration.

- Mais je ne sais pas encore comment faire.

Un autre temps.

- Puis, j'aime ma nouvelle vie aussi. Parce que je peux faire pleins de choses qu'on ne m'aura jamais laissé faire sinon. Je peux lire pleins d'ouvrages qu'on trouve inapproprié pour une femme, sur la mécanique, l'anatomie, la physique ou la chimie. Je peux créer et inventer pleins de choses.

Les mots se suspendirent pendant quelques instants, laissant les lèvres entrouvertes et figées dans le vide. Une profonde inspiration se termina dans un soupir.

- Je suis désolée de vous avoir menti. Cela ne... change pas grand chose à qui je suis aujourd'hui, ni à quoique ce soit que je vous ai raconté, mais... je ne veux pas vous mentir. Je n'aime pas ça ... et je veux être amie avec vous. Cela ne serait pas... un bon départ pour une amitié si vous ne saviez pas la vérité. Mais si vous voulez que je parte, je comprendrai...

Paniquée, Galaad rougissait de plus en plus, s'agitant à gauche ou à droite. Comment allait réagir la baronne ? Allait-elle la chasser ? Pourraient-elles surmonter les mensonges par omission et tisser une belle amitié ? L'exilée cogitait nerveusement en attendant le verdict de Vashka.

HRP:
 
Galaad
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Vashka von Kursell
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Vashka von Kursell
Mar 5 Avr - 23:57
La visite du Domaine fut courte en pièces visitées, deux seules demandaient plus d’attention et une fois la salle chasse passée, ce fut le temps des habillages. Un moment agréable ou je mesurais toute l’innocence de ma compagne, sa pureté en quelque sorte de ne s’être que trop peu accordé de moment de liberté tel que celui-ci. J’écoutai d’une oreille attentive les histoires de son passé, la volière, ses frères et j’en ris, discrètement, ne pouvant qu’imaginer Jane en habits garçonniers.

Je m’attendais à ce que son dévolu se jette sur quelques robes mais de toute évidence, ce manteau attirait son attention, et le mien aussi pour la peine ! Une fois enfilé entièrement, l’image qui s’en dégageait était saisissante : il ne manquait que le décor enneigé pour que cela soit parfait.


« Si vous devez revenir, je vous prie de me laisser vous offrir un tel manteau, il vous sied à merveille ! »

Ou je lui en livrerais un. J’y pensais sincèrement alors que nous quittâmes la pièce pour revenir au salon ou j’eus le soulage d’entendre ne pas en avoir trop fait. Il est vrai que dans l’élan du moment, je n’avais pas réalisé à quel point cela pouvait sembler déplacé ou trop insistant ? Je n’avais que peu de connaissances, en fait si j’en avais précisément : des connaissances seulement. Pas d’amie et j’étais prête à tenter la chose maintenant quand…

- Mais…avant qu'on puisse être amies, j'dois vous dire que je vous ai menti.

Là, je n’y comprenais plus rien. J’écoutai, c’est tout ce que je pouvais faire, ce qu’elle me dit par la suite. Son histoire, sa vraie histoire… ? Lorsqu’elle eut terminé, un long, très long silence emplit la pièce. Qu’est-ce que cela voulait dire ? Pourquoi, comment en étions-nous arrivés là ?

« Pourquoi me dites-vous tout cela ? »

Ma question put sembler brusque –elle ne l’était pas volontairement- mais l’importance y était. Qu’attendait-elle de moi après de telles confidences ? Dans quel but ? M’impliquer à sa suite, me désigner comme bouclier…ou nouvelle cible ? Demander exil ? Je ne trouvai aucune réponse immédiate mais plus important encore…

« Suis-je en danger ? »

Elle aurait pu me répondre que oui ou non, je réalisai qu’après de tels aveux, je n’étais pas disposée à croire tout ce qui sortirait de sa bouche par la suite quoi que ce soit. Le danger provenait de dehors sans aucun doute car je n’avais pas peur de cette Dame en réalité. Il ne s’agissait là nullement de prétention ou d’un trop-plein d’assurance, la raison en était toute simple et résidait même tranquillement couchée à ses pieds : Odin.

Les humains avaient beau pouvoir se tromper entre eux de sourires ou de gestes d’hypocrisie et de façades, on trompait beaucoup plus difficilement les animaux et en l’occurrence, mon loup n’avait pas bronché. Ni quand il l’avait rencontré, ni quand elle l’avait caressé et s’était sagement installé à ses côtés, renforçant mon sentiment qu’elle devait bien être une victime dans l’histoire.


« Pardonnez-moi…vous comprendrez que…je suis un peu perturbée, dis-je en tentant de rassembler mes idées, à affronter son regard sans pour autant sembler l’accuser. Je ne peux pas pour autant vous laisser partir. »

L’espace d’un instant, on aurait pu croire –et à juste titre- que mon intention était de la dénoncer. Après tout, entrer dans un pays étranger sous une fausse identité pouvait être passible de lourdes conséquences et les autorités se montraient rarement aussi compréhensible que je ne semblais vouloir l’être. Cela me fit également réaliser à quel point j’avais aveuglément accordé ma confiance à une parfaite étrangère alors que j’étais plutôt reconnue pour me montrer distante, voire méfiante, à l’égard de la majorité. Pourquoi y avait-il eu une différence ici ?

« Pas avec ces hommes que nous avons croisés en ville. Ils étaient là pour vous…n’est-ce pas ? »

Les choses se mettaient peu à peu en place dans mon esprit. Si ce n’avait été de l’intervention de ce Percy, nous aurions été enlevés à coup sûr, pire qui sait… Je ne pouvais la laisser repartir sans savoir ce qu’il adviendrait d’elle.

Un soupir m’échappa mais quelle histoire ! Pouvais-je la croire, pouvais-je lui faire confiance ? Mon regard passa une fois de plus d’elle à Odin. Oui, en beaucoup de chose, il était ma référence et à ce moment…ce fut lui qui me fit me décider. Je me levai pour venir m’asseoir, prudemment, à ses côtés.


« J’ignore ce qu’il en est de cette histoire mais je crois sincèrement que vous n’auriez eu aucun intérêt à me mentir…sur celle-ci. Je regrette de ne pouvoir connaître aussi bien le pays dont vous me dites provenir pour y vérifier par moi-même mais…je crois en vos paroles, lui dis-je finalement en posant doucement une main sur la sienne. Je ne sais pas ce que vous êtes venu chercher ici exactement mais, si tel est votre désir, je peux tenter de demander audience avec son Altesse Impériale la Tsarine. Vous pourriez sans doute trouver exil au pays si retourner dans le vôtre est impossible. Vous seriez protégée… »

Du moins, j’imaginais. Je ne connaissais pas beaucoup de chose sur ces cas de mesure extrême, le peuple russe n’étant pas des plus indulgents envers les étrangers mais sans doute y avait-il moyen de s’entendre. C’était là ma façon, un peu maladroite certes, de lui montrer que je ne lui en voulais pas pour le mensonge, ma façon de lui montrer mon désir de l’aider. La décision lui revenait désormais. Accepterait-elle mon aide ? En avait-elle seulement besoin en réalité, je l’ignorais aussi…
Vashka von Kursell
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Galaad
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Galaad
Mar 17 Mai - 1:27
Pourquoi lui avait-elle dit tout cela ? La baronne tenait là une question tout à fait légitime à laquelle Jeanne ne saurait répondre autrement qu'elle ne l'avait déjà fait.

- Je ne peux pas mentir à une amie.

Simplifia-t-elle néanmoins à nouveau. Parler d'amitié après une simple journée, la chose était sans doute trop présomptueuse. Pourtant, la française se contenta de l'énoncer comme une vérité absolue, un principe qu'elle ne pourrait pas réprouver quand bien même elle l'aurait désiré. Les joues gardaient leur teinte rouge de honte et de gêne mais le regard turquoise franc ne quittait pas son interlocutrice.

- Non, vous z'êtes pas en danger. Les faits ont quatre ans et il n'y eut guère d'incidents depuis trois ans. L'usurpateur et le commanditaire de l'assassinat des miens ne me poursuit pas. Je suis quantité négligeable pour lui.

Un soupçon de colère et de hargne anima un instant les traits, avant qu'une longue inspiration et expiration proche du soupir ne viennent chasser l'émotion tenace. Ayant quitté le visage de Vashka le temps de se calmer, Jeanne en revint à celui-ci pour opiner lentement.

- C'est naturel. Ce n'est pas le genre de ... nouvelles qu'on a spécialement envie d'apprendre de quelqu'un qu'on rencontre pour la première fois.

Avoir peur d'être dénoncée ? L'idée n'effleura pas un instant Jeanne. Peut-être cela tenait-il d'une stupide naïveté ou d'un excès de confiance en les autres, mais Galaad n'aurait pas confié son secret à quelqu'un pour le suspecter ensuite de la trahir. Machinalement, elle plongea néanmoins ses doigts dans la fourrure blanche qu'elle flatta pour se tranquilliser elle-même. Les animaux avaient toujours eu un effet apaisant sur l'être humain. Le Baron Périlleux n'était pas dupe et savait que les animechanics qu'il développait ne remplaceraient jamais cette sensation ou l'intelligence et la loyauté d'un compagnon animal. Hormis peut-être celles d'un reptile, parce qu'une tortue, aussi mignonne était-elle, fonçait toujours comme une imbécile sur les parois de son aquarium pour essayer d'en sortir ou de vous béqueter les doigts.

Jane redressa vivement la tête à la mention des types en ville en fronçant les sourcils d'incompréhension.

- Z'étaient pas là pour vous ? J'veux dire, z'êtes baronne.... Y a souvent des ruffians qui veulent du pognon en enlevant les gens riches...

Elle marqua un temps.

- Si c'est pas ça, ça peut-être pour faire chanter Percy. Pour les brevets de l'atelier et du Baron Périlleux.

Galaad regarda un moment son verre en réfléchissant sur le sujet.

- J'pense pas qu'ils nous ont suivis. Mais z'en faites pas si c'était l'cas : J'vous défendrai.

Si la réplique dans la bouche d'une rosière passerait assurément pour une bravade irréfléchie, Galaad affichait une mine tout à fait sérieuse et sûre d'elle. Une Ithier ne flanchissait pas. Une Ithier défendait Dieu, le Roi et les siens jusqu'à la mort. Jeanne avait le type du preux chevalier blanc à défendre la veuve et l'orphelin, probablement jusqu'au mépris de sa propre vie. Néanmoins, elle avait suffisamment de jugeotte pour ne rien promettre à la légère.

La main de la russe sur la sienne, rassurante malgré l'incompréhension logique de celle-ci, calma l'appréhension et les rougissements de la "fausse" américaine. De soulagement, elle laissa même échapper un soupire. A la suite des propos, elle afficha un large sourire, presque nitescent, qui éclaira tout son visage. Un peu timidement, elle lia ses doigts à ceux de Vashka. Avec plus d'application, elle articula ensuite une vérité.

- Je ne cherche rien d'autres que vous offrir la vérité pour que nous soyons amies.

Une pause. Toujours avec ce même soin, elle s'exprima avec lenteur en cherchant les mots les plus adéquats, sortant un peu de son phrasé quotidien.

- Je suis touchée que vous désiriez m'aider, mais ma situation actuelle me convient. Même si j'aimerai retourner en France et sur mes terres, je pense que c'est à moi de faire le nécessaire en prenant contact avec la justice française et me faire connaître. Les relations entre la couronne française et russe n'étant... pas très bonnes, là ne serait pas l'angle d'attaque le plus... judicieux.

Le silence retomba. Un peu mal à l'aise, Jane cherchait un moyen pour que la conversation retrouve sa légèreté et leur duo sa proximité. Son estomac s'exprima à sa place, d'un léger grondement mécontent qu'un aboiement d'Odin ponctua. Pivoine, elle bafouilla quelques excuses. Puis, prenant son courage à deux mains, elle osa.

- Peut-être... pourrions-nous manger une collation, Odin semble d'accord avec moi sur le sujet, pendant que vous me parlez de vous ? J'aimerai vous connaître mieux. J'aimerai même tout savoir sur vous.

Risqua-t-elle avec timidité. La prestance de Vashka, ses façons aisées et grâcieuses de fondre la foule et de parler, fascinaient grandement l'exilée.
Galaad
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Vashka von Kursell
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Vashka von Kursell
Mar 13 Sep - 18:33
L’image de deux femmes bien distinctes et coexistant à l’intérieur de celle qui me faisait face me vint soudainement à l’esprit. Était-ce possible d’être à la fois si brute et innocente que d’être distinguée et prévenante ? Jeanne semblait l’être et cette réalité me perturbait bien plus encore à constater qu’à entendre. Les mots étaient différents, le ton également mais tout dans les intentions restait au même niveau : pur et sincère. J’en fus touché, bien plus que je ne l’aurais cru, moi qui était plutôt femme méfiante avec les années, et mes doigts se resserrent naturellement sur les siens alors qu’un sourire léger et timide pu se faire voir sur mes lèvres…puis un gloussement à peine dissimulé à l’entente du gargouillement de son estomac.

« Je crois qu’une pause s’impose en effet. »

Je jetai un œil à Odin puis à la main le caressant toujours sans qu’il n’impose aucune résistance et me levai pour appeler mon majordome. Une fois la collation demandée, je repris place aux côtés de Jeanne, un brin embêtée de sa demande. Que pouvais-je donc répondre à sa question ? Qu’y avait-il à dire sur moi ? J’allais répondre que je ne savais que dire quand une phrase revint à mon esprit. Les hommes du fiacre étaient-ils vraiment venu m’enlever ? Si c’était le cas…

« Vous serez bien malheureuse d’apprendre qu’il n’y a rien de particulier chez moi. Et encore moins de gens pour se soucier d’un enlèvement, commençais-je d’abord pour amener le sujet. Ces hommes que vous prétendez vouloir m’enlever n’auraient de toute façon rien obtenu en retour. Il en est ainsi dans ma famille depuis plusieurs générations m’a-t-on dit une fois. Si un membre de la maison venait à disparaitre, l’on jugeait toujours à défaut qu’il reviendrait par ses propres moyens. Si un von Kursell -en plus d’être russe- ne devait pas pouvoir venir à bout de ses assaillants alors il n’était pas digne de notre nom. »

Une bien lourde morale à inculquer à une enfant d’à peine dix ans à l’époque mais j’avais rapidement compris la pensée derrière cela. Nous ne pouvions nous permettre de laisser nos sentiments nous diriger, conserver notre nom indemne était la seule priorité. Mais maintenant…

« J’ignore si cela aurait encore pu s’avérer exacte mais il n’y plus personne pour se soucier de moi désormais. Je suis seule au Manoir. La dernière von Kursell. »

Aussi, il me sembla évident que personne n’aurait répondu à une demande de rançon si jamais il y avait eu. Les pauvres hommes auraient donc trouvé bien encombrant d’avoir avec eux une simple noble titrée.

La collation arriva dans l’instant et dû certainement détourner l’attention -la mienne du moins- par la soudaine agitation d’Odin qui quitta son assise tranquille pour trottiner vers une assiette qu’on lui réservait en plus du plateau qui nous était destiné. Comme toujours, pourtant, il s’assied simplement devant le repas en attendant l’autorisation que je lui donnai par un bref signal sonore avant de m’attarder plus longtemps à nos propres victuailles allant du Pavlovla aux bouchées de lotte fumée sur peau.


« Il n’y a rien d’intéressant à raconter vous savez. J’ai grandi dans ce Manoir sous la protection de mon père le Baron et de son épouse. On m’a enseigné l’étiquette autant que la chasse et le traitement des peaux et fourrures qui font le nom de notre Maison. »

Pas très différent de ce qu’elle avait dû vivre avec sa propre famille dans son jeune temps en réalité. Si ce n’est peut-être pour la chasse bien entendu. Et pour le reste…mon regard s’abaissa un instant, comme hésitant à livrer cette autre part de moi, celle faible et déchirée de l’enfant qui avait dû trop rapidement grandir.

« Ils ne sont plus, tous les deux, depuis mon dix-huitième anniversaire…je vis seule maintenant. »

Je n’aimais pas le ton soudainement plaintif de mes paroles mais ce n’était que la pure vérité sur mon histoire et même si aujourd’hui je vivais très bien sans eux -étais-je horrible de penser une telle chose ?- ce ne fut pas le cas dans les premiers mois ou même de la première année…

« J’ai eu le privilège d’intégrer la Cour Impériale par la suite, aussi, je ne me permets pas de me plaindre, terminais-je simplement sans me soucier de l’interprétation qui pouvait en découler. »

Le prestige avant la famille ? Je ne doutais que Jeanne en pense de même mais si c’était le cas, elle se trompait lourdement sur mon compte…
Vashka von Kursell
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Narrateur
Conteur d'histoires
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Dim 2 Avr - 17:53

Ces deux baronnes, hormis leur titre commun, ont tout pour les opposer. Vashka est le raffinement là où Jane s'est laissée emporter par le parler populaire. Et pourtant c'est peut-être bien une amitié qui a germé dans cette demeure.

RP clos


© Avatar par Nougat. Compte PNJ, merci de ne pas envoyer de MP.
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