Leaves and loneliness [Septembre 00]

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Christopher Swanson
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Christopher Swanson
Mar 7 Juil - 23:02
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Suite directe de Roses and joy

Forêt.
Elle et ses bruissements, les ombres de la nuit m'accueillent quand j'ouvre les yeux.
Mal dormi.

Calé sur une large et basse branche d'un hêtre, le dos contre le tronc, j'ai le cou raide d'avoir sommeillé le menton sur le torse. Et mon souffle rapide...comme si j'avais arrêté de respirer pendant trop longtemps. Un mauvais rêve ? Je ne m'en rappelle pas. Je ne m'en rappelle jamais.
Un soupir franchit mes lèvres alors que je laisse aller ma tête en arrière, contre l'écorce, fermant un instant les yeux pour apprécier le doux de l'obscurité.

Mais une tête blonde.
Derrière mes paupières se cache.

Je les rouvre aussitôt et me passe lentement une main sur le visage, laissant pendre ma jambe dans le vide, une drôle de sensation au cœur. L'impression d'avoir déjà vu, parlé à cette inconnue qui semble si fragile et jeune. Je m'en souviendrais. Si c'était le cas. Je n'oublie jamais...les enfants. Si rayonnants, si impropres à la vie en compagnie de leurs géniteurs.

J'inspire encore profondément, me calmant finalement, et saute au sol. On ne reviendra pas m'arracher au réel alors autant poursuivre ma route pour ce soir. Levant le nez au croissant de lune, il me confie que les loups à cette heure ont invité leur proie chez eux. L'aube sera là dans deux heures tout au plus.

Du coin de l’œil, du doré. Là au pied de l'arbre.
Je la remarque enfin.
Partagé entre surprise et crainte, je la scrute en esquissant un pas silencieux vers elle. Souplement je m'accroupis et tends lentement la main pour écarter une mèche de son visage.
C'est elle.
Doute.
Je la connais ? Sinon pourquoi ai-je vu ses traits familiers ? Mais je ne sais rien pourtant...

Comme elle semble avoir froid je fais glisser mon long manteau quelque peu déchiré et troué de mes épaules et l'en couvre rapidement avant de m'asseoir. La mousse au pied de l'arbre amortissant les bruits.
Je lève les yeux vers une chouette aux yeux jaunes luisants qui elle aussi vient guetter sur le sommeil de la fillette. S'est-elle perdue dans les bois ? Est-elle là depuis longtemps ?

Attendons son réveil.
Christopher Swanson
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Lena Geist
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Lena Geist
Mar 7 Juil - 23:59
Parfois, en sortant d'un rêve, tu te réveilles un peu après celui ayant fait le rêve, étant plongée dans un sommeil sans rêve, nullement reposant, juste un état d'inconscience. Comme la mort. Mais la mort, tu l'as déjà traversée, et tu es encore de ce monde. Du moins, un peu.

Et aujourd'hui, c'est la sensation douce et réchauffante d'une présence qui te sort de cet état. Tes petits yeux s'ouvrent, révélant à tes côtés un tronc d'arbre, et ce qui reste de ton chaperon. Tu as perdu ton chaperon. SOIT. Tu aurais espérer qu'il reste dans ce rêve le chaperon, ça t'aurais éviter de le revoir et de t'en souvenirs. Mais si ce que tu sens au-dessus de toi n'est pas ton chaperon écarlate, qu'est-ce que c'est ?

...

Un manteau d'homme. Un beau manteau, dans un style gothique, noir, sombre. Pas tellement ton style. Tu te tournes, et ton champs de vision te révèle un homme. Pâle. Albinos. Le bonhomme de neige du rêve. Tu écarquilles les yeux. Pendant un instant, tu te demande comment tu t'es retrouvée là, avec cet homme, dans une forêt. Et puis, tu te rappelle ton don, ton voyage perpétuel, la vie que tu mène depuis ta mort. Tu soupires. Tu sens que ça va devenir lassant.

Tu te relève, sous le regard de l'homme de glace, en te demandant si il se souviens du rêve, et si il te vois. Il te fixe. Il a poser le manteau sur toi. Bien sûr qu'il te voit. Soudain, quelque chose de nouveau s'empare de toi: quelqu'un peut te voir. Tu écarquille les yeux encore plus grand, et es mots sortent de ta bouche en rafale:

x Tu peux me voir ? Mais je suis un fantôme personne ne peut me voir ! Les autres ils ont vu une forme flou, pourquoi tu me vois ? Comment ça se fait ? Tu es un mort aussi ? Comment ça t'es arriver ? MAIS POURQUOI TU ME VOIS ?


Lena Geist
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Christopher Swanson
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Christopher Swanson
Mer 8 Juil - 20:42
Dead inside.

Elle bouge. Elle se fige. Elle fixe.
Je n'esquisse pas un geste quand elle se redresse et la regarde en retour, la détaillant. Elle est à l'âge d'équilibre. Celui où l'enfant peut choisir de rester flocon blanc, pur et innocent, ou bien bascule dans le monde des grands en abandonnant à jamais le regard neuf qu'il porte sur le monde.
Aussitôt je me demande si elle est déjà tombée du mauvais côté.

Elle parle. Elle me fige. Elle questionne.
S'identifie. Un fantôme ? Cette croyance humaine qui laisse espérer une vie après la mort ? Il n'y a rien dans le trépas. Il y a du blanc. Du blanc à perte de vue. Lumière aveuglante au ciel, éclat de son reflet au sol. Et les teintes de gris que laissent les espoirs vains, ceux qui ont terni à force d'échecs et qui finissent par s'atténuer, blanchir...jusqu'à disparaître totalement.
Comme la terre quand elle souille la neige ne peut résister lorsqu'elle se fait recouvrir à nouveau de la poudre du néant.

Je hausse les épaules pour toute réponse aux interrogations de la petite blonde et déplie les jambes pour me tenir debout, la peau hérissée de picots gelés. Les courants d'air bas sont froids de nuit. La terre doit l'être aussi. C'est pourquoi je fais signe à la fillette de se lever avant d'esquisser quelques pas, puis m'arrête, pour m'assurer qu'elle me suive.
La chouette au-dessus de nous hulule de protestation. Je lui enlève sa distraction.
Que la petite garde mon manteau si elle a froid. On ne fera pas de feu et je ne peux la réchauffer. Marcher l'aidera. Où je l'emmène ? À l'abri du vent, des regards inquisiteurs des plumeux nocturnes, et surtout loin du renard qui nous a observé depuis un buisson non loin.

Si je m'arrête soudain c'est pour me tourner vers elle et la regarder. Jauger sa taille. Elle peut entrer dans un terrier. Quitte à déloger les habitants et élargir l'entrée mais elle serait un peu plus au chaud pour le reste de la nuit... Enfin, a-t-elle froid ? Je ne vois pas en l'observant toujours, mais elle dit être...morte. Un spectre.
Alors je tends la main gauche et lui touche l'épaule. Sans mal. Sa joue de même. Son front aussi. La mèche de cheveux que je fais glisser entre mon index et mon majeur est douce. Puis je laisse retomber mon bras, mes sourcils eux s'arquent dubitativement.
Les esprits sont des êtres immatériels alors pourquoi puis-je la toucher ?
Christopher Swanson
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Lena Geist
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Lena Geist
Mer 15 Juil - 16:04


L'homme tu touche le visage, l'épaule, comme pour te dire: "Hey, t'es pas morte je peux te toucher". Tu fulminais. Il ne te croyais pas.

x Je n'ai pas froid. Tiens, reprends ton manteau.

Tu lui envoya son manteau à la figure, avec colère et détermination. Tu étais morte, et si il ne te croyais pas, tu allais lui prouver. Mais lui aussi pouvais te toucher. Et l'évidence te percutas.

x Tu... Tu es mort ?

De la compassion perça au milieu de la rage, comme un rayon de soleil au travers de nuages. Ce pauvre homme était mort mais ne le savais pas. Il n'en avait sûrement pas conscience, mais cela expliquais beaucoup de choses: son teint plus pâle encore que le tiens, la rigidité dans ses mouvements, et surtout le sentiment de froideur qu'il dégageait. Tu pris la main du bonhomme de neige, comme pour le rassurer: il n'était plus le seul dans ce cas.
Mais si tu étais un fantôme, qu'était-il ?

x Tu ne t'en souviens pas ?

Tu ne t'en souvenais plus non plus, de ta mort. Tu savais juste que tu étais morte, et que tu avais ce paquet d'allumettes en main en te réveillant.

Lena Geist
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Christopher Swanson
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Christopher Swanson
Sam 18 Juil - 23:22
Mon manteau me revient subitement et je l'enfile aussitôt. La fillette semble vexée, en colère. Puis elle revient sur le fait que je sois mort. Mais non. Si je me tiens ici, que je sens, que je vois, que j'entends, c'est bien que je suis en vie, ou que je ne suis jamais mort.

...Ou que je ne meurs jamais.

Je secoue donc la tête en regardant sa main, petite et fragile, prendre la mienne.

Je... Je ne s-... ...Pas mort.

Comment pourrais-je me souvenir de quoi que ce soit alors. Ces quelques fois où j'ai approché le néant d'un peu trop près, ces quelques fois où je ne me suis plus senti qu'au travers de battements au fond d'une flaque d'eau, ces quelques fois encore où ma neige m'a trahi... Elles ne comptent pas.
Des égarements. Oui. Je me suis égaré. Pas tué. Pas laissé mourir.

Il reste tant à faire... Dans ce monde.

Elle n'a pas froid, dit-elle. Elle est un fantôme, croit-elle. Elle a l'air d'aller bien pourtant.

...Je t'ai déjà vue.

Une question. Sans réel ton, hélas ; j'en suis incapable.

Je me souviens mal, rajouté-je en reculant d'un pas, sans lâcher sa main pour l'entraîner à ma suite.

Quelque chose a frémi non loin et a fait bruisser le silence. Je l'ai entendu. À quelques pas de là, un lac. Sombre. À peine grisé par l'aube. Terne. Quoiqu'aux lueurs étranges...à sa surface. Sur la rive aussi.


Des espèces de serpents dont émane une faible lueur se baignent dans l'eau. Je m'arrête près d'un arbre, la main de la fillette toujours dans la mienne. Je les lui montre en m'accroupissant derrière les feuillages d'un buisson large, posant un doigt sur mes lèvres, un regard se voulant complice à l'égard de la petite blonde. J'ai déjà vu ces créatures et voir les pierres d'apparence précieuse parmi les galets autour de l'eau ne me surprend pas. Les humains ont dû leur octroyer un nom, mais je ne le connais pas. Qu'importe.

Ces êtres n'ont pas besoin d'avoir d'identité pour vivre. Comme tout un chacun. Le nom, l'origine, l'âge ne sont que des mesures crées par les Hommes qui se sont sentis perdus face à l'immensité de la nature, se sont sentis obligés de devoir attribuer des nominations à tout ce qu'ils ont croisé. Identifier, pour quoi faire ? Se sentir exister ?

Je ne sais plus mon nom.
Je n'ai plus de terre.
Je n'ai pas d'âge.

Et...
...Je suis là.
Christopher Swanson
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Lena Geist
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Lena Geist
Sam 18 Juil - 23:50

Ta mort est fardeau pour toi mais aussi pour celui des autres. Tu n'aurais du rien dire à propos de sa mort. Tu n'aurais pas dû. L'étreinte de ta main sur la sienne se resserre, comme pour dire: tu n'es pas seul. Car il n'est pas seul. Toi aussi tu souffres d'une mort qui ne veut pas te lâcher, d'une vie bien plus présente qu'elle ne le devrait. Vous deux, vous êtes des contrastes parfait, des... Anomalies.
Rien que de penser à cela, tu trembles, pris d'un soudain frisson de froid.
Mais tu n'as toujours pas froid.

— ... Je t'ai déjà vue.

Bien sûr qu'il t'as déjà vu, mais dans son rêve. Il ne doit pas bien se souvenir de toi, dans un rêve, tout est si flou, tout est si noir. Tout est si blanc. Tout est si... Contraire.
Comme toi.
Comme lui.
Finalement, vous êtes comme un rêve, vous êtes de parfait contraires, pourtant existants, bien vivant, bien mort.


Tu n'avais pas remarquer, mais de la vie, de la vraie, s'agitait dans le lac. Une vie belle et... Lumineuse. Des serpents, avec des ailes. Beau. Ton compagnon s'agenouille et pose son doigt sur sa bouche pour t'intimer de te taire. Souriant, tu fais de même et commence à observer le spectacle de ces animaux si spéciaux. Ils se mouvaient avec une grâce sans pareille, sortant progressivement de l'eau en glissant sur le sol en luisant, comme d'énormes vers luisants éclairant la nuit profonde et la forêt.
Et tu admires ça.
Tu es morte, mais tu en as de la chance.
Cette vision te donne le sourire, et tu prends l'homme dans tes bras, passant tes bras autour de son cou, en étant derrière lui. La beauté d'un moment aussi silencieux doit être couplée à la chaleur d'une autre présence, même une froide.
Même une morte.
Lena Geist
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Christopher Swanson
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Christopher Swanson
Dim 19 Juil - 10:53

Même si mon regard est sur les créatures brillantes, j'entends la fillette bouger dans mon dos. Et en sentant sa présence se rapprocher dans mon dos, puis voyant passer ses mains par dessus mes épaules, je me redresse subitement en faisant volte-face. Qu'elle ne me touche pas.

Un, deux pas maladroits entre les branches du buisson et je me retrouve sur la berge, manquant de perdre l'équilibre. Les reptiles lumineux sortent aussitôt de l'eau pour récupérer les pierres qu'ils ont laissé, qu'ils ont peur que je dérobe. Mais je fixe la fillette, réprobateur, comme affolé par un je-ne-sais quoi qui a fait battre mon cœur un coup plus fort. Pas de la peur, même si le silence bourdonnant à mes tempes y ressemble.

Les battements d'ailes des serpents s'éloignant me parviennent enfin quand mon calme intérieur se fait. Je la fixe toujours... Quand je me rends compte que mes bras sont levés. Les yeux écarquillés... Mes lames de glace translucide captant l'éclat faible de la lune qui s'apprête à aller se coucher. A-t-elle peur ? J'aurais pu la blesser. J'ai... La tuer ? ...peur.

Un, deux pas en arrière. Que je laisse retomber mes bras le long de mon corps sans crainte. Ballants.
Le geste de la fillette n'a aucun sens pour moi. Je n'ai pas compris. Ou alors inconsciemment. D'où...ma réaction que je sais excessive. Peut-être un peu excessive.
Le vent devient seul bruit alentour, la nature n'aimant pas le vide, même de sons. Les arbres conversent, échangent leurs impressions sur ce qui se déroule sous leurs feuillages. Nous avons dérangé des créatures magiques ; espérons qu'elles ne reviennent pas nous pourchasser.

Si ce qui nous veut du mal n'est pas déjà auprès de nous.
Christopher Swanson
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Lena Geist
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Lena Geist
Jeu 23 Juil - 15:54
Tu contemples la glace qui vient de se former autour des bras de ton compagnon d'infortune. Que c'est beau. Mais que c'est meurtrier. Des lames de glace, luisantes à la lumière de la lune, qui aurait bien pu te coûter ta vie.
Tout ça à cause d'une démonstration de douceur. Cet homme doit être si seul. Tu en peux que réagir en avançant d'un pas, le bras tendu, le regard attristé. Si cet homme ne peut même pas accepter quelque chose d'aussi réconfortant qu'un câlin, peut-il seulement ressentir des choses comme la joie ou simplement avoir des sentiments ?
Il est en détresse.
Et toi aussi.
Parce que tu entends des bruits. Des bruits étranges.
Et sans que tu t'en soit rendus compte, les créatures luisantes se sont échappés. Parties. Discrètement pas rapidement, comme si un danger approchait. Alors tu sens quelque chose s'approcher de toi, tu retiens ton souffle. Quelque chose d’insidieux. De fourbe.
Qui fond sur Christopher en te traversant.
Tu te plis en deux en ressentant la douleur commise par ce qui t'as traverser, avant de tomber à terre, sur le point de t'évanouir à cause de la douleur.
Lena Geist
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Christopher Swanson
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Christopher Swanson
Dim 20 Sep - 15:38
L'ombre blanche fuit, laissant derrière lui le spectre doré sans se retourner. La noirceur de la forêt affole ses sens, la tension dans l'air lui est presque discernable.

Il s'en va.

À terre, la fillette lui semble n'être qu'un songe quand il repense à elle en s'enfonçant plus profondément encore dans les bois. Une anomalie. Une autre. Dans ses yeux il a cru apercevoir des choses qu'il aurait aimé apprendre à chérir. L'innocence, l'empathie, la colère rouge qui se manifeste puis s'estompe aussitôt, aussi éphémère que ses pensées à l'égard de l'enfant qu'il gardera en mémoire comme une autre âme égarée, de celles qui ne se souviennent pas de leur fin.
Christopher Swanson
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