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 Avril 05. Il vit, pour ceux qui y croient

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Gretel
Sigmund Rammsteiner
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MessageSujet: Avril 05. Il vit, pour ceux qui y croient   Ven 17 Juil - 22:14
La Russie ne semblait pas vouloir lâcher Sigmund. Ses escapades dans les contrées de l'Europe de l'Est lui avaient accaparé, pratiquement, tout le mois de mars. Le temps avait filé entre ses doigts, lui laissant à peine le loisir de retrouver la douce chaleur d'un foyer, qu'un client faisait appel à ses services de livraison. Loin de compter sur le professionnalisme d'un livreur, ou des services postaux, le client souhaitait être livré en mains propres par un employé de la boutique. Alexender étant malade (l'eau de la source magique n'avait qu'apaisé, pour un temps, les douleurs du Delirium), Sigmund devait reprendre la route.

Ce fut fourbu que Sigmund descendit du train, en rajustant l'écharpe autour de son cou. Le froid était moins palpable que lors de son précédent voyage, mais il fallait croire que la Russie ne connaissait que deux saisons : hiver et été. L'Allemand dut jouer des coudes pour atteindre la sortie de la gare. La foule, dense, lui bloqua le chemin plus d'une fois l'obligeant à rompre le baiser passionné d'un couple qui devait se séparer, éviter des enfants qui, pour tromper l'ennui de l'attente, couraient en riant à gorge déployée, sans oublier les vendeurs à la sauvette espérant tirer une piécette auprès d'un voyageur.

Ses pas crissant dans la neige, Sigmund fouilla dans sa poche, en retira un bout de papier où était inscrit l'adresse de son client. Le papier claquait contre ses doigts gantés, agité par un vent qui se leva soudainement.

Instantanément, tout fut blanc.

La neige l'enserra de toutes parts. De multiples flocons vinrent le frapper, laissant sur son visage des baisers humides. Sigmund cligna des yeux, cherchant à comprendre ce qui lui arrivait. Croyant discerner un abri au sein de la tempête, l'homme rentra la tête dans les épaules, et fonça à toutes jambes vers son salut, valise en main. L'abri se révéla être le porche d'une boutique abandonné : en attestait la pancarte de fermeture, et la poussière accumulée sur les vitres, à l'intérieur. Retirant ses gants, Sigmund souffla dessus, les frotta l'une contre l'autre pour ramener la chaleur dans sa peau.

La tempête de neige ne semblait pas vouloir se calmer. Sigmund finit par s'asseoir sous le porche. Ramenant sa valise devant lui, l'homme l'ouvrit et entreprit de piocher dans la réserve qu'il s'était octroyé personnellement. Portant la pipe à sa bouche, l'Allemand fit fondre l'opium à l'aide de ses allumettes. Le rituel ne valait pas celui qu'il menait dans sa boutique, mais il s'en contenterait. L'apaisement le gagna, traçant sur son visage un sourire euphorique.

La tempête se calma. Les flocons se mirent à dériver avec des grâces de danseuses de ballets. Une musique lointaine s'éleva, dont Sigmund n'arrivait pas à deviner la provenance. Une musique enchanteresse, guillerette, qui rappelait celle des fêtes populaires, teintée d'un accent magique. La musique entonnée par les lutins, accompagnant la danse des fées.

Intrigué, Sigmund se leva, sortit du porche. Hormis la boutique, tout le village semblait avoir disparu. Emporté dans le néant. L'homme se trouvait au sein d'une page blanche qui, doucement, révélait ses secrets. A ses pieds, éclosaient des fleurs, qui ne ressemblaient nullement à des perce-neiges.

« Aucune fleur ne peut pousser dans la neige », tenta-t-il d'affirmer à voix haute.

Et pourtant elles étaient là, éclatantes de couleur, le narguant du haut de leurs tiges.

La musique se fit plus insistante. Un nouveau village se dessina peu à peu. Un village aux demeures colorées, chatoyantes, comme sorties du rêve d'un enfant. Sigmund s'en rapprocha, intrigué, se demandant si ce qu'il voyait était le fruit de son imagination, couplé à l'opium distillé dans ses veines, ou la réalité.

« Si c'est un rêve, en tout cas, c'est la première fois que je le fais. »

Il n'avait pas encore vu que la souveraine des lieux l'observait.



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Mélusine

MessageSujet: Re: Avril 05. Il vit, pour ceux qui y croient   Dim 19 Juil - 3:03

« On ne touche souvent la cible qu'en l'improvisant. »





<Tu ne sais pas où tu es.
Les frontières n’existent pas pour toi.
>

Mélusine fixe ses pieds. Essaye de faire onduler ses orteils, comme une petite vague blanche au bout de son corps. Le cuir de ses sandalettes est usé jusqu’à la corde. Tu as trop marché, petite fille. Les deux pièces immenses de ses yeux veulent avaler le monde entier. Alors elle marche, elle marche. Saute sur un train. Gambade sur un cheval.
Tu es usée, petite fille. Peut-être un peu fatiguée. Alors tu regardes tes pieds, les fait s’agiter dans la fourrure poussiéreuse. Tu éternues, et ris.

Mélusine était sortie d’une gare auparavant. Les inscriptions autour d’elle ressemblait à des dessins, elle ne comprenait pas les langages étranges de cette contrée. Mais elle savait qu’il y faisait frais. Est-ce par préférence, ou par réflexe inconscient qu’elle parcourait les endroits naturellement couverts par la neige ? Il ne lui a pas fallu avancer très longtemps pour voir une maison. Vide vide vide. Elle sentait le vieux, la poussière, les secrets. Et elle était pleine de caisses. Et les caisses sont pleines de vêtements étranges. Et il y a une grande armoire. Mélusine tourne autour, se hisse à chaque fenêtre. Avant de choisir d’en casser une derrière. Elle veut rentrer. Et une fois dedans, elle saute dans tous les sens. Ses petits bras ouvrent tout, tirent les tissus les plus abîmés et tristement délaissés vers l’armoire. Elle tire sur des épais manteaux pour les faire tomber des cintres. Et s’enroule dans ce nid dévoré par les mites avant d’en refermer les portes.
On raconte que des mondes se cachent dans les armoires, tu y crois ?

Tu veux les dessiner. Dans le noir, tes doigts hésitant caressent le fusain et l’épaisse feuille de papier. Tu entends les enfants qui t’appellent derrière le fond de l’armoire. Et le noir s’étend sur toi, sur tes doigts. Ils fourmillent, veulent sortir. Des enfants cassés qui gémissent sous tes phalanges, qui tambourinent sur le bois. Tu te mords les lèvres, tu veux casser ce mobilier pour retourner dans ton château. Là où ils sont en paix. Mais tu es dans la réalité. Et ils t’appellent, et ils se brisent un peu plus à chaque fois. Tu sais que tu fais tomber la neige plus que raison, pour recouvrir la maison aux habits, pour manger ses murs et le bois, pour revenir chez toi.
Mais ça ne marche pas comme ça.

Et hors de ta tête, la réalité se fait entendre. Tu sursautes, et ramènes les tissus lourds sur toi. Bruit sourd au dehors.

Tu n’es plus seule, Mélusine.

Tu bats des cils lentement, poses ton doigt sur tes lèvres en poussant la porte de ton abri, pour pas qu’elle ne grince. La lumière te fait éternuer. Et tu vois un grand manteau blanc. Alors tu l’enfiles, en posant une pièce sur une caisse. Grimpe dessus, pour regarder de nouveau à la fenêtre.

C’est le feu que tu vois. Le feu emmitouflé pour se protéger du bruit. Une chevelure de brasier qui te fascine. Et de la vraie fumée. Cette étrange flamme s’est posée contre l’entrée, à défaut de rentrer. Elle dodeline, la tête chancelle. Tu veux appeler ce feu follet. Tu piétines jusqu’à lui, et t’accroupies. Si la porte ne vous séparait pas, vous seriez dos à dos. Et la Vierge innocente se tourne pour murmurer à la serrure.

    - Suis le chemin des coquelicots. Ils sont éclatants, veulent te ressembler. Bientôt tu entendras la musique des faubourgs. Elle sort des pierres, des maisons, des danses. Tu veux venir danser avec moi ?
    Renard, tu es perdu ?


La Reine se hâte de sortir de son abri. Elle fait le tour, pour venir voir le bel animal. Ses yeux sont fermés, il sent l’âcre odeur d’une bien étrange fumée. Son museau s’approche lentement, un doigt soulève une mèche de cheveux. Et se fige. Car il y a cet œil, étrange. Un œil qui s’étouffe sur un tissu, qu’on cache sous les secrets. Un œil qu’elle voudrait réparer.

<Mes baisers sont légers comme ces éphémères
Qui caressent le soir les grands lacs transparents.
>

    - Il y a une place pour toi. Je t’attendrais, renard. N’oublie pas les coquelicots.


Elle détache ses lèvres du front brûlant et fuit en courant. Sous chaque pas, un bourgeon apparaît, elle devait se dépêcher. Mélusine continue ses foulées les yeux fermés, elle veut appeler le Royaume. Les flocons se font plus discret. Et elle s’arrête lorsque ses pieds s’enfoncèrent dans l’eau. Eclat de rire. Elle saute enfin dans le lac. Si elle avait eu le temps, elle aurait plongé. Mais se contenta de laisser les douces vagues qu’elle venait de créer lui lécher les chevilles. Et elle ouvre le rideau de ses paupières.

Tu connais chacune de ses maisons. Elles viennent de toutes les époques, de tous les lieux qui existent, et même de ceux qui n’existent pas. Tu traverses les rues, sachant laquelle apparaitrait à chaque détour. Tu reviens sur tes pas. Sous le reflet éclatant de la neige, l’ombre est presque éthérée. Mais il s’approche. Le feu ! La chaleur envahit la Souveraine. Manteau blanc. Peau blanche. Tu te fonds chez toi. Tu t’approches à pas feutrés, tempères les bonds de ton cœur. Il faut l’accueillir avec toute la dignité d’une Reine, après tout. Alors tu te tiens droite, fière. Le regard grave à l’entrée de ton domaine. Il est maintenant si près… Que tu peux l’entendre. La voix rocailleuse, qui roule jusqu’à toi. Il a suivi le chemin des pétales. Et lorsqu’il pose enfin pied sur la frontière, tu t’avances.

    - Les fleurs poussent où elles trouveront de la vie. Dans les rêves, si tu penses qu’ils puissent être vrais. La vie s’écoule de tes mains, Renard. Tu peux créer le monde. Et les fleurs.


La tienne se tend. Ton visage se dégage du tissu qui recouvre tes cheveux et ton corps. Un sourire se glisse, s’emplit de tendresse.

    - Tu as trouvé, feu follet. Bienvenu chez toi. Bienvenu chez moi.


Deux prunelles lagons dansent pour le regarder. Il y a ces cheveux, cet œil. L’autre, un peu trop vitreux, ce regard asymétrique est décidemment bien étrange. Et puis il y a ces vêtements, pour que le froid ne puisse pas le mordre, en dessous il y a cette démarche, cette façon de se mouvoir. Surtout, cette chaleur. La Reine pourrait en fondre. Ce parfum dans lequel elle voudrait plonger. Il est un Soleil qui ne serait pas à la bonne place. Qui cherche, qui voyage. Et il l’a trouvée, celle qui aujourd’hui, a choisit de vouloir tout lui apporter.

    - Acceptes-tu de rêver avec moi ? De danser, brûler, et nous consumer ? Le feu sous la glace... Il l’enserre et elle ne fond pas.


Oh, tu l’aimes, Mélusine. La raison est telle qu’elle n’a elle-même aucune logique.
Tu l’aimes d’un regard, ce singulier renard.
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Gretel
Sigmund Rammsteiner
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MessageSujet: Re: Avril 05. Il vit, pour ceux qui y croient   Mar 21 Juil - 22:57
La Reine est apparue, au détour du chemin. Sans bruit, ni heurt. Sigmund n'avait, jusqu'à présent, qu'à peine perçu sa présence, sentit son souffle, le tracé de ses doigts dans l'air. Mélusine se découvre devant lui. Son visage semble se détacher de la neige. Pis, on pourrait croire qu'une créature ancienne vient de prendre vie sous ses yeux.

La pipe de Sigmund chuta à ses pieds. Ses doigts avaient relâché l'objet, la surprise peignait ses traits. Instinctivement, l'homme fit un pas en arrière. Pendant des années, il avait craint la magie, et les créatures qui y étaient liés. Ce n'était que, très récemment, que cette peur s'était calmée, domptée en partie par un djinn. Mais les mots de Mélusine emplirent l'atmosphère – une voix calme, reposante. Une de ces voix qu'on croit entendre au creux de ses oreilles lorsqu'on rêve.

La Reine l'accueillait chez elle. Le regard de l'Allemand observa les alentours. Son cœur s'émut du décor qui se présentait à lui. Un écrin de paradis, un refuge loin du tumulte des hommes. Un endroit comme il en avait rêvé, en secret, enfant, pour se soustraire à la cruauté de la vie.

« Je ne sais pas si je suis digne de votre invitation... Mademoiselle. »

Gauchement, un peu troublé, Sigmund exerça une révérence. La dame n'avait beau pas porter d'atours royaux, de joyaux brillants, elle était souveraine sur ces terres.

« Si je suis le feu, et vous la glace, ne craignez-vous pas que notre rencontre ait une mauvaise fin ? Cela me rappelle une histoire. Celle du poisson et de l'oiseau qui s'aimaient d'amour tendre...»

Une histoire pour les petites filles, mais que Sigmund avait toujours trouvé singulièrement touchante.

L'homme osa avancer de quelques pas, se rapprocher de Mélusine. Le froid semblait émaner d'elle. Peut-être était-elle comme cette fille qui, née d'un bonhomme de neige, avait pris vie ? Sigmund n'osait la toucher, pas même pour lui prendre la main. De peur de la briser.

« Mais, de ce que je me souviens, l'histoire se terminait bien. Ce sera peut-être le cas aussi pour nous. Faites-moi visiter vos terres. Je n'en ai jamais vu de telles. Mes projets... attendront. »

Qu'importait un client quand une dame, venue de nulle part, venait vous proposer une escapade dans un pays inconnu ? Rien. Alors, faisons fi de la réalité, et plongeons à plein pieds dans l'illusion.


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Mélusine

MessageSujet: Re: Avril 05. Il vit, pour ceux qui y croient   Jeu 30 Juil - 22:27

« La passion est un crime, l'amour est uneoeuvre. »


Petit bruit de chute. Les yeux de Mélusine se posent sur la neige, et sur un objet tombé au sol. Une virgule en bois. Qui fait fondre quelques flocons. Oh! Le Renard fait chauffer le bois ! Sans le brûler. Elle le ramasse avec toutes les précautions du monde. Approche son visage, l'âpre odeur qu'elle a senti auparavant remonte dans ses narines. Mélusine éternue. Mélusine grimace. Trouve ça étrange. Pour finalement se redresser et lui rendre en tendant les bras.

    - Je ne suis pas une demoiselle. Je suis Mélusine. Si tu ne sais pas, j'ai deviné pour toi. La beauté tourne et virevolte en toi. Tes cheveux s'agitent déjà, comme s'ils voulaient danser. Tes pieds peuvent venir chauffer les pavés avec eux.


Il approche un peu plus. La jeune vierge avance une main blanche, lentement. Ses maigres doigts pourraient presque paraître hésitant, mais ils finirent par caresser le poignet de l'homme. Le dos de sa main. Qu'elle attrape aussi délicatement qu'un papillon, de peur de lui casser une aile. Elle s'enfouie dans sa paume.

    - Qui sera le poisson ? Qui sera l'oiseau ? Je veux t'aimer. M'aimeras-tu ?


Tu fermes les yeux, inspire longuement. Les poumons s'étirent et se délitent, tout tourne en toi. Un sourire se creuse. Et tu libères lentement l'air. Il n'y a pas de buée qui sort de tes lèvres, mais cela ne te surprend guère. Tu te réchauffes lentement. Et ose enfin faire un pas en arrière pour rentrer dans la frontière de Royaume. Et tu emmènes avec toi ce passager du réel.

    - Regarde. Les maisons apparaissent peu à peu. Je te présente les faubourgs. Les voyageurs qui se perdent trouvent ces terres. Tous ces gens laissés de côté. Ceux qu'on oublie, qui font détourner le regard. Ceux que la vie a abandonné. Toutes ces personnes qui ont besoin d'être aimé. Ils savent que c'est le lieu qui les accueillera. Avec leurs bras, ils construisent leur habitat. Il y a la maison de paille, la maison de bois, la maison de brique. L'un d'entre eux a tendu des peaux de bêtes, pour se faire la tente d'un désert. Certaines viennent d'autres époques. Certaines viennent de loin. Ici ! Elle est à l'envers !


La Reine rit. Elle lui offre les petites merveilles d'architecture. Elle lui explique. Les fleurs dans la neige. Et ses deux mains attrapent celles de Sigmund.

    - Veux-tu sculpter la magie ? Referme tes doigts. Fais vivre le feu follet qui est en toi.
    Tu es fabuleux.


Elle croise leurs doigts, les écarte lentement, les ouvre comme un éventail de pétales. Ils sont chauds. Ils sont froids. Une flamme bleue est née. Les éclaire doucement.

    - Tu sais, le Prince a sculpté un deuxième Soleil, celui de l'éternel crépuscule. Il fait le tour de l'horizon. Pour que personne ici ne puisse avoir peur de la nuit.


Ses grands yeux remontent vers Sigmund. Mélusine se sentait étrangement apaisée. Ils avaient atteint le lac. Vaste miroir d'eau fraiche pour l'assoiffé. Chaude pour celui qui veut s'y baigner. Rien n'a de sens, ici. Comprends le, et tu comprendras le Royaume.

    - Nous allons faire une pause. Je t'ai emmené au plus bel endroit. Même le château de cristal n'a pas ses couleurs et ses reflets. Le jasmin a décidé d'y rester. Pour pouvoir nous embaumer. D'une caresse florale, capiteux parfum qui se mêle à ta peau.


Et tu oses enfin. Passer l'index sur son front, écarter la même mèche rouge, pour le regarder de plus près. Du bout de l'ongle, tu caresses sa tempe, sans toucher cet oeil abîmé. Et tu dessines sa mâchoire, ses lèvres. Son cou, et tu soupires. De contentement.

    - Tu me réchauffes. Tu es singulier. Crois-tu que tu puisses me faire fondre ?




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Sigmund Rammsteiner
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MessageSujet: Re: Avril 05. Il vit, pour ceux qui y croient   Dim 2 Aoû - 20:16
Mélusine. Comme la fée des vieilles histoires. Celle qui, chaque samedi, voyait son corps changé et devait cacher ce lourd secret. Sigmund suivit la fée, se laissa emporter par ses mots, par ses gestes. Il était certain que tout ceci n'est qu'une illusion, un effet de l'opium qui coulait dans ses veines. Un voyage dans l'irréel. C'était grisant, si palpitant qu'il était certain de pouvoir tout accomplir.

La voix de Mélusine le charmait. Elle avait le charme des accents juvéniles, de l'innocence préservée. Quand elle lui montra comment faire naître la magie, que la flamme bleue éclaira leurs mains jointes, Sigmund n'y vit qu'un jeu fabuleux. Un jeu entre enfants.

Ce ne fut que lorsque Mélusine le toucha que quelque chose d'indicible naquit dans le cœur de l'Allemand. Il n'avait jamais aimé, comprenant qu'à demi ces sentiments qui pouvaient faire tourner la tête des gens. Même un simple baiser enfantin, déposé sur une joue, il n'avait jamais osé le faire. La promiscuité de Mélusine, les gestes à son encontre, il n'arrivait pas à les comprendre.

« Mais si je vous fais fondre, cela sonnera votre fin. A moins que, comme le phénix, vous puissiez renaître ? »

Illusion, illusion. Mélusine n'était qu'un produit de son imagination, décuplé par la drogue. Mélusine était à la fois sœur et mère, et semblait sur le point de jouer les amantes. Attrapant la main de la fée, Sigmund déposa un léger baiser sur la peau. Un effleurement de lèvres sur le dos de la main.

« Vous parliez d'un Prince. Seriez-vous son épouse, et Princesse ? Ou sa mère, et ainsi Reine de ces lieux ? »

En attendant la réponse à cette énigme, Sigmund entraîna doucement Mélusine auprès du rivage du lac. La tenant par la main, la guidant comme une reine. Ce n'est qu'en arrivant tout près, si près qu'il aurait pu plonger dans l'eau, que l'homme vit les poissons dériver sous l'onde. Vifs, ils nageaient si promptement qu'ils ne laissaient derrière eux qu'un sillage de couleurs éclatantes.

« Vous avez dit qu'il y a ici nombre de gens, et pourtant je n'en vois aucun. A part vous. Auraient-ils peur de moi ? »

Amusant, déconcertant, que cette série de questions. Cette envie de chercher la cohérence dans un monde où l'imagination prenait pas sur la réalité.

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Mélusine

MessageSujet: Re: Avril 05. Il vit, pour ceux qui y croient   Jeu 13 Aoû - 22:35

« Un mensonge est juste une belle histoire que quelqu'un a ruiné avec la vérité.. »


Tant de questions de la part de Sigmund ! Mélusine l'observait avant de répondre. Voulait s'enquérir de ses réactions, de peur d'aller trop loin. Mais visiblement la flamme bleue n'avait pas l'air de l'avoir effrayé. Avait-il compris que c'était lui, qui avait fait ça ? Peut-être qu'elle le guiderait plus tard, pour qu'il puisse sculpter d'autres merveilles du bout de ses pensées. L'imagination est du marbre à ciseler.

    - Je n'ai jamais vu de phénix. Existent-ils dans le vrai monde ? Ou la réalité a mangé aussi tous les phénix ? Il y a de nombreux oiseaux dans le Royaume, mais pas de cette sorte là. Il y en a même qui peuvent reproduire le langage des humains ! Ils sont formidables.


Tu ris doucement.

    - Mais je ne suis que moi, je ne peux pas renaître. Le jour où je devrais partir, je ne pourrais revenir. Mais pour cela, il faudra que je fonde à ton contact. Et je veux te faire confiance pour me préserver. Le Royaume ne te serait pas apparu, sinon. Oserais-tu me faire du mal, Sigmund ?


Ton visage se relève, regard lourd, yeux de velours. Tu ne le quittes pas, alors que la peau de ta main s'électrise. Tes nerfs s'assouplissent, ta main se laisse tomber dans les siennes.
Ô toi, Reine des Glaces, Vierge de Fer. Toi, être innocent, ta poigne d'ordinaire assurée se glisse dans un écrin de douceur. Tu es si prompte à parler, fière et vindicative. Il te ferait perdre tes mots. Ne pose pas les questions auxquelles tu t'attendais. Alors tu ne dis rien. Tu réfléchis et te laisse guider avec lui. Glisser le long de la frontière avec l'eau.

    - Notre reflet est beau. Il scintille, il est fier. Il me rend joyeuse.


Le Prince. Petit Prince. Ton enfant. Qui te materne. Tu le berces alors qu'il te protége. Avec ses yeux sombres au fond des sillons que la vie a creusé sur son visage. Ses baisers fatigués ont un goût d'alcool, de trottoir. De misère, de semance séchée, de fruit et de tabac.
<Mais, ma Reine, tu restes une Vierge inféconde.>

    - Je suis une humble souveraine. Qui n'aspire qu'à offrir dévotion et richesse de coeur aux nécessiteux.


Mais tes yeux se voilent. Tu ne sais comment répondre à sa dernière question.

    - Pour les rencontrer, il faudra que tu reviennes quand ton précieux corps sera froid.


Car les résidents des faubourgs n'en sortent jamais. La réalité les a quitté. Ils se sont endormis seuls. Ils sont tombés lors d'un voyage. Ils ont été mangé par une maladie et jetés de leur ville. C'est ainsi que tu recueilles chaque nouvel arrivant. Ils portent des masques et des vêtements amples pour cacher leurs corps grossièrement abîmés. Et ils dansent tous ensemble, ils tournent et virevoltent.

    - Tu es trop vivant pour eux.


Mélusine a murmuré la dernière phrase. Il faudrait tendre l'oreille pour l'entendre, être attentif à ce sifflement perché. Alors elle retire son manteau, le laisse glisser le long de son frêle corps de marbre. Et elle court, plonge dans le lac. Se laisse s'enfoncer dans l'eau clair qui épaissit peu à peu la lumière. Sans jamais avoir réussi à toucher le fond. Souvent, résonne le rire des sirènes. Une fois seulement, elle est restée assez longtemps, assez profond, pour entendre le doux cri d'une baleine. Qui l'a enveloppée, apaisée, comme jamais elle ne l'a été. A ce souvenir, elle remonte promptement. Sort les yeux, cherche le Renard du regard. Puis avance vers lui en nageant, l'invite à la rejoindre.

    - Veux-tu observer les poissons ? Les caresser, les compter, voir jusqu’où nous pouvons nager ?


Tu te laisses flotter sur le dos. Les yeux grand ouverts sur le ciel. A ta gauche, les lueurs rosées du crépuscule. Dans ton dos, les rayons éclatants d'un soleil d'été. Tu devines la silhouette de Sigmund au milieu de la neige qui reflète les deux astres. A tes yeux, il est comme un troisième qui se dresse sur la berge. Tu chantes doucement pour lui, ta voix s'enroule dans le vent, pour glisser jusqu'à lui. Tu chantes la beauté de son âme, cette rencontre. La flamme qui se dresse en lui, la joie qu'il t'inspire. Petite enfant qui se laisse de nouveau couler.

    - Je t'attends.


Une main légèrement tendue en avant. Tu attends qu'il vienne l'attraper.


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Gretel
Sigmund Rammsteiner
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MessageSujet: Re: Avril 05. Il vit, pour ceux qui y croient   Dim 16 Aoû - 14:31
Quand ton précieux corps sera froid.

Pour une illusion, Mélusine avait de l'humour. Sigmund n'avait pas perçu les mots prononcés tout bas, si bas qu'il aurait fallu avoir l'oreille collé aux lèvres de la Vierge des Glaces pour les entendre. L'homme avait déjà une réplique toute prête à lancer en réponse, une pointe d'humour. « Je pense avoir déjà le corps assez transi de froid pour voir vos habitants ». Mais Mélusine ne lui laissa pas le loisir de parler.

Sous son regard ébahi, la femme ôta son manteau, et plongea. Sigmund détourna le regard, troublé par ce geste. Il entendait Mélusine, mais ne voulait pas l'observer. Il imaginait fort bien la robe, trempée, modeler les moindres formes de la femme. L'Allemand avait beau se faire des remontrances, il n'osait pas lever son regard. Même si elle était illusion, Mélusine méritait de la considération. La regarder, à cet instant, reviendrait à observer une femme nue.

Sigmund se rapprocha de quelques pas. Les galets roulèrent près de lui, tombant dans le lac.

« Je... Je suis ravi par votre invitation, mais je ne peux pas... Enfin... Vous auriez du mettre un maillot... »

Le sol, sous ses pieds, sembla disparaître. Sigmund sentit ses pieds déraper sur la pente abrupte. L'eau l'accueillit dans ses bras glacés, lui coupant la respiration. En voulant respirer, l'homme ne réussit qu'à gorger ses poumons d'eau. Un poing de glace se forma dans son corps, saisit son corps, le serra dans un étau jusqu'à la proche explosion. Sigmund battit des bras, chercha à retrouver la surface. Le corps de Mélusine, sa chevelure, émergèrent tel un phare, le guidant à l'air libre.

Sigmund creva la surface de l'onde, sa chevelure s'étalant sur l'onde avec la grâce d'une méduse. L'homme haleta, recrachant l'eau qui lui encombrait la gorge, inhalant l'air glacée avec délice. La probable noyade lui avait ouvert les yeux, chassé les derniers relents d'opium. Sigmund s'ébroua, claqua des dents.

« Cette fois, le voyage a manqué de me tuer. »

Sentant le froid le gagner, Sigmund entreprit de rejoindre le rivage. Son épaule percuta un obstacle. Intrigué, l'homme se retourna... et tomba nez à nez avec Mélusine. La jeune femme se tenait devant lui, semblable en tous points à l'apparition avec qui il avait conversé. D'une main tremblante, Sigmund lui toucha la joue du bout des doigts. La peau était plus froide que la sienne, mais vivante.

« Vous êtes réelle ? »

La surprise, et le froid, rendaient sa voix chevrotante.

« Je pensais que... Enfin que... Mais vous n'avez pas froid dans ce lac ? »

La surprise le rendait presque idiot. L'eau alourdissait ses cils, et avait rougit ses yeux. S'il ne regagnait pas rapidement un endroit sec, et chaud, il allait succomber à une pneumonie rapidement.




Dernière édition par Sigmund Rammsteiner le Sam 5 Sep - 16:15, édité 1 fois
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Mélusine

MessageSujet: Re: Avril 05. Il vit, pour ceux qui y croient   Mer 2 Sep - 0:04

« On a frôlé la vie. »


Nuage rouge dans l'eau claire qui perce entre les rayons roses du soleil de l'éternel crépuscule. Tu avances, passe tes doigts dedans. Alors qu'il se débat, tel un forcené, contre le lac, contre le Royaume, n'accepte pas tous ces rêves. Tu t'éloignes, t'enfonces dans l'eau. Tant que tu le peux. Il devient une ombre qui se tort par la réalité pour tenter de la retrouver. L'étrange impression qu'il te rejette. Une main attrape ta cheville, puis une autre se glisse sur ton flanc. Des petites mains blafardes et abîmées s'agrippent. Te tirent au fond de l'eau. Tes tout-petits... Leurs murmures brumeux te supplient. Et tout devient sombre. L'encre se déverse dans le lac. Noir noir noir.
Reste Mélusine, reste avec eux. Regarde le, il ne t'aime pas. Ne veut pas de toi. Aime-les, materne-les. Ils ne te fuiront pas. Ils sont là, dans le lac. Voila... Ferme les yeux, reste, reste, la réalité est trop corrosive pour toi. Il est chaleur. Il est danger. Il n'est pas d'ici. Il existe. Il ne peut pas. Intrus. Traître. Non, Mélusine. Il fuit. Ne fais pas comme lui. Non...

Non ?

Non ! Le voyge ne doit pas le tuer ! Deux rideaux s'ouvrent sur des prunelles alertes. Tout est blanc autour. La neige a recouvert le petit corps en position fœtale. Ou est le manteau ? Mélusine se redresse, secoue les flocons qui se déversent par paquets. Non ! Elle a entendu cette voix blessée par la température qu'elle a fait chuter sans en avoir conscience. La toux, les glaviots lâchés par des poumons trop enfumés, elle rejoint cette tâche de couleurs au milieu du givre. S'accroupie à ses côtés, s'enquière du regard de son état. Bats des cils, sourit doucement face à son incompréhension.

    - Non. Non. Tu es toujours Sigmund.


Tes yeux se referment, d'un soupire, ton visage se glisse sous ses doigts pour venir s'enfouir tout à fait dans sa main. Douce caresse, tu te relèves avec. La tienne le garde contre ta joue. Et tu ignores sa première question. Car les enfants du lac seraient en furie au fond de toi de te savoir si réelle. Tes bras se glissent contre lui, se faufilent comme deux serpents, et tu parais d'un coup bien frêle contre son torse.

    - Je suis le Froid. Tu es la Flamme. Tu ne m'as pas faite fondre. Mais tu es rentré trop tôt. Parti trop vite. Je suis toujours là. Il n'y a plus d'eau, si c'est ce qui t'effraies. Ne m'abandonne pas. Pas toi aussi.


Mais c'est toi qui te détache d'un coup. Ces dents qui claquent et ces genoux qui craquent t'alarment. Ne lâchant pas sa main, tu galopes de nouveau. Jusqu'à la maison aux habits. Te hisse vers la fenêtre cassée. Pour te cacher de nouveau dans l'armoire.

    - Ici, rentre dedans, tu seras bien. Tout est doux, et si je ne peux réchauffer les tissus, je partirais. En restant derrière pour ne pas te perdre.


Ton museau se glisse à l'extérieur pour l'observer.

    - Tu voudrais tout brûler pour mieux aller ?


Naïve enfant.

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Gretel
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MessageSujet: Re: Avril 05. Il vit, pour ceux qui y croient   Sam 5 Sep - 16:45
Le lac n'était qu'un mirage. Les doigts de Sigmund ont beau passer sur son visage, toucher ses cheveux, tous sont secs. Secs mais frigorifiés. Le froid les faisait bleuir, le poussait à claquer des dents. Lorsque Mélusine le toucha, ce fut comme un choc. Comme s'il venait de mordre à même la glace. S'il mourrait, en cet instant, ce serait le sourire aux lèvres, le regard perdu, un pied dans le Royaume, l'autre dans la réalité.

Perdu, l'Allemand se laissa guider par la Vierge des Glaces. Enfant se laissant entraîner par la main de sa mère. Le Royaume n'était plus. Le chemin se dissimulait sous la neige, naguère éclatante, désormais boueuse, striée de marques de pas. Le charme avait été rompu. Il s'était, tout entier, incarné en Mélusine. Fée de glace, presque discordante au sein de ce décor empli de défauts.

Le sang tâcha le bois. Sigmund venait d'entrer dans la demeure, mais il n'avait pas la souplesse de la fée. Le verre brisé avait déchiré ses vêtements, déchiré sa peau. L'homme porta ses doigts blessés à sa bouche. Le goût de son sang le troubla. Ce goût, la poussière soulevée à chacun de ses pas, le parfum capiteux d'une maison abandonnée... Tout ceci ravivait des souvenirs, rappelait ces excursions où, enfant, il se faufilait dans des demeures jugées hantées par les badauds. Suivant son cadet qui, si l’aîné ne jouait pas le jeu, le traitait de pleutre.

Presque enfouie sous les amoncellements, Mélusine paraissait plus fragile, en comparaison. Sigmund se glissa dans l'armoire, décrocha quelques vêtements de leurs cintres, recouvrant le bas de l'armoire de fourrures, de tissus chauds.

« Ce sera bien mieux pour s'asseoir. »

Le jeu le grisait. Il se sentait redevenir un enfant. Trouvant une écharpe, il en ceignit le cou de Mélusine. Le bleu profond se détacha sur la blancheur de la fée. Il recouvrit ses épaules d'une veste, avant d'en faire de même, et de s'asseoir en tailleur.

« Je pensais avoir passé l'âge de jouer à cache-cache, mais j'ai du me tromper... Dites-moi, Mélusine, seriez-vous une hybride ? J'ai déjà entendu parler de créatures nées des éléments, de la Nature. Seriez-vous un bonhomme de neige, ayant pris vie ? Si c'est le cas, je dois dire que les enfants qui vous ont créé étaient d'excellents artistes. »

Mélusine n'avait beau ne pas posséder les rondeurs pleines qui caractérisaient l'idéal de la beauté féminine, elle n'était pas dénuée de charme. Elle avait le charme du mystère, de l’insaisissable. Elle faisait songer à ces Muses qui se glissent près des artistes, leur soufflent des idées, avant de disparaître.

Au sein de la chaleur de l'armoire, Sigmund sentit son sang refluer. Le froid avait cessé d'investir son corps. Il regagnait même des couleurs.


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MessageSujet: Re: Avril 05. Il vit, pour ceux qui y croient   Jeu 17 Sep - 22:48

« Si tu fermes la porte, n'oublie pas d'éteindre la lumière. Le monde a l'air plus beau dans le noir. »


Rouge, rouge, rouge. Renard est blessé, Renard est ouvert. Entre le fin rayon de lumière qui s'infiltre entre les portes, tu vois des perles sanguines rouler, des rubis dorés, comme des petits morceaux de vie qu'on aurait déchiré d'un grand drap. De satin, probablement. On a tissé ses cheveux. Ou les coquelicots. Pour les faire couler et suinter de son corps. Il en a plein les doigts, sur ses habits, et même sur le bois. Sur les fourrures et les plumes qui vous envahissent doucement. L'une d'entre elle te caresse le nez, et tu éternues. Avant de plonger les bras dans cette mer de tissus. Tu cherches ton carnet caché, avant de regarder enfin Sigmund avec un léger sourire. Il a posé un serpent bleu autour de ton cou. Ta joue se frotte tout contre, caresse les doigts avant qu'ils ne s'échappent, et tes yeux se posent de nouveau sur la blessure. Tu ne peux t'empêcher de rentrer la tête dans tes épaules lorsqu'une veste vient te couvrir les épaules. Pourquoi faire ? Tu n'en as point besoin. Cela peut même t'être désagréable, trop de chaleur et de tissus. Une manche tombe. Tu l'ignores. Ta main s'approche lentement de Sigmund. Pendant qu'il parle, tant de question venant d'une seule personne !

    - Je ne sais ce qu'est une hybride. Mais je te l'ai dit, voyons. Je ne suis que Mélusine. Je viens de loin, pour aller loin. Je veux manger tous les pays, toutes les terres. Avec mes yeux. Il ne faut pas poser trop de questions. Il n'y a rien à envier. Rien qui soit palpitant, ou digne d'intérêt. Ne cherche pas la vérité partout, parfois, les histoires de nos têtes sont bien plus belles. Et les enfants vivent en moi pour se nourrir.


A la dernière phrase, deux doigts passent entre les fils déchirés de sa tenue, pour plonger dans le carmin chaud. Avec le même calme d'enfant appliquée, tu reprends une page de carnet. Déjà noircie par l'encre, le fusain, et la craie. L'enfant est allongé entre les feuilles, de son tendre et mort corps pousse des dizaines d'ancolies. Qui deviennent rouges, peu à peu. Est-ce la couleur naturelle des pétales qui s'abreuvent des chairs mortes du petit être ? Tes yeux se voilent d'amour en fixant le visage. D'un premier coup d’œil il semble hurler. Mais non. En observant de plus près vous verrez, il a le sourire sage et soulagé.
Et tu rallonges ses cheveux en rouge. Tes yeux se lèvent vers le feu follet. Tu arranges une mèche. Prunelles qui glissent vers la blessure, les doigts se servent de nouveau dans cet encrier. Une brèche apparait au même endroit sur ce gosse de papier.

    - Sigmund, reviendras-tu dans le Royaume ? Te plongeras-tu de nouveau pour goûter à son essence, jusqu'à t'en enivrer ? Tu l'as si bien fait. Ne veux-tu pas entendre la baleine, au fond du lac ? Briller sous l'éclat du château de marbre et de cristal ? Tu as ta place... Peut-être qu'un jour, tu pourras y construire ta maison. Comment sera-t-elle ?


Tu finis par souffler sur le carnet pour le faire sécher. Quelques minutes, suivant les veines que les irrégularités du papier creusent, ces minuscules sillons qui se forment sans que tu leurs demandent quoi que ce soit. Avant d'observer le nouvel enfant que tu as avorté, que tu aimes, que tu chéris et console. Aussi noir que votre placard. Des cheveux, des fleurs, une entaille, de couleur. Comme une anomalie. Et tu replaces sous les manteaux lourds ton recueil d'exquis cadavres.

    - Promets moi que tu reviendras. Ou je viendrais te chercher moi-même. Je t'attirerais. En te murmurant délices au creux de l'oreille.


Tu ressembles à une marionnette. Une poupée. Au visage un peu ébréché. De nouveau tu te glisses sans bruit contre la flamme, quitte à subir la chaleur retrouvée de sa peau. Tes doigts se pressent dans son dos. Comme on étreint celui qui part loin. A genoux entre ses jambes, tu te loves et te moules. Perle fraîche dans son cou.
Tout vous sépare.

Alors tu le gardes contre toi.
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Gretel
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MessageSujet: Re: Avril 05. Il vit, pour ceux qui y croient   Dim 20 Sep - 20:40
Mélusine était la Mort.

L'image fit sens dans l'esprit de l'Allemand alors que la fée donnait, à son croquis, les traits de Sigmund. C'était lui enfant, emporté par le froid, emporté par la Mort. Le Royaume n'était autre que l'Autre Monde, ce que l’Église nommait Paradis, Enfer et Purgatoire. Ce que Mélusine offrait, c'était un dernier voyage, un monde dénué de douleurs, empli de poésie. Une illusion avant le grand plongeon.

- Pour les rencontrer, il faudra que tu reviennes quand ton précieux corps sera froid.

C'était ses propres mots, la clé ouvrant la porte de son Royaume. Gardienne des Portes, elle ne pourrait les lui rouvrir que s'il se tenait sur le fil ténu entre la Vie et la Mort ou que, piètre funambule, il ne décide de sauter à bas, sans filet.

Ses mains se posèrent sur les épaules de Mélusine, les doigts se frottant contre l'écharpe.

« Je reviendrais. »

Car tous, ici bas, doivent mourir.

« Mais pas tout de suite. J'ai encore beaucoup à faire. » Un frère à sauver, rien que cela. « La prochaine fois, je veux tout voir de ton Royaume. Je veux que tu me montres les couloirs du palais. Je n'ai jamais pu entrer dans un château. Je veux que tu me promettes une chose... »

Doucement, ses mains relevèrent le visage de Mélusine, afin qu'ils puissent se concerter, yeux dans les yeux.

« Quand je devrais mourir, je veux que tu sois là. Et que tu me ramènes en ton Royaume. Je suis certain que je pourrais y reposer en paix, si je suis à tes côtés. »

Curieuse promesse, mais elle lui était venue à l'esprit avec une telle évidence qu'il n'avait pu résister au besoin de la formuler. Ce devait être une douce Mort que d'être emporté par une dame comme Mélusine. Puis, mort, le froid devait être aussi agréable que la chaleur d'un foyer.


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Mélusine

MessageSujet: Re: Avril 05. Il vit, pour ceux qui y croient   Lun 19 Oct - 0:01

« La beauté est un charmant appel à la mort et je ne peux résister au chant mélodieux de sa sirène . »


Aime moi jusqu'à ce que je te retrouve. Alors je ne te perdrais pas. Et tu seras toujours en moi. Pour pouvoir te retrouver. T'entendre.

Au fait, sais-tu ce qu'est aimer ?
Tes mains se glissent dans son cou. Dans ce creux chaud, là ou les veines battent, porte-paroles du coeur. Tes yeux se plissent. Avant de se fermer et détendre les paupières. Ton corps se redresse, le dos se cambre. Et ton visage s'approche de Sigmund. Deux tendres pétales rosés s'apposent sur son front. Tu bois la promesse et les paroles, les sens se déverser en toi. Et jusqu'aux os, cette étrange sensation. Celui d'avoir pris quelques degrés.
Alors tu caresses ses cheveux, doucement. Le nez caché sous sa frange.
Quelque chose en toi s'est apaisé.

    - L'homme vit, l'homme chute. Il n'y a pas de raccourci possible menant au salut, autre que celui-ci. Si un jour tu tombes, ou que tu es égaré, il te suffira de fermer les yeux et de m'appeler. Murmure dans le vent, au creux de tes mains, il sera messager. Et je viendrais. Pour toi. Tu pourras monter dans la barque, nous navigueront jusqu'au Royaume. Jusqu'à ouvrir le lac. Voudras-tu que je chante pendant le voyage ? Pour annoncer ton arrivée. Ils seront tous là pour t'accueillir. Ils t'offriront coupes de fruits et te draperont de foulards et de soie. Des fleurs tomberont de leurs mains pour te guider. Et nous nous aimerons. Nous danserons, sous les baisers et caresses.


Elle se détache de Sigmund, récupère ses carnets et fusains. Avant de passer une jambe hors de l'armoire. Elle croise leurs doigts une dernière fois, et glisse non sans une dernière douce pression.

    - N'oublie pas, feu follet. Si tu as besoin de moi, je serais là. Le vent transportera tes paroles. Je l'écouterais tous les jours. Peut-être viendrais-je avant à ta rencontre. Ce sera une surprise. Pas pour te faire rentrer avec moi, ne crains rien. Seulement lorsque tu seras prêt. Que tu ne puisses être tourmenté de regrets et de reproches. Mais nous nous reverrons.
    Je pars Renard. Repose toi un peu. Lorsque je serais partie la neige me suivra. Tu as eu assez froid aujourd'hui.


Mélusine s'éloigne lentement de l'armoire. Traverse une nouvelle fois la vitre brisée. Sans bruit, pour atterrir avec souplesse sur l'épaisse couche de flocons. Son visage se fige, de stupeur. Deux yeux presque étonnés se posent sur son bras, ça saigne. L'enfant s'est coupée à son tour. Et les gouttes roulent lentement sur la peau, le long des doigts, avant de s'écraser au sol. L'enfant s'accroupi, bras tendu, en observe le tremblement. Mélusine n'aime pas avoir mal. Ses traits paraissent presque triste. Sigmund aussi s'est fait mal en entrant.
Elle court.

Le chemin est pavé de cailloux rouges, cette fois. Peut-être que si elle se retournait, elle verrait les coquelicots pousser de chaque perle de sang tombée.
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Gretel
Sigmund Rammsteiner
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MessageSujet: Re: Avril 05. Il vit, pour ceux qui y croient   Mer 21 Oct - 19:45
Comme la fée l'avait promis, la neige cessa de tomber. Ne restait que le froid, presque caressant, un souffle ténu agitant doucement les cheveux de Sigmund. Retrouvant sa valise contre la porte de la masure abandonnée, l'Allemand la ramassa sans même prendre le soin d'épousseter la neige qui s'y était déposée.

Au bout de quelques pas les échos de la vie humaine se firent entendre. Plus d'une fois l'Allemand avait résisté à l'envie de se retourner, de chercher les traces laissés par Mélusine. Il ne devait pas se retourner, ni même chercher à la rattraper.

Un jour elle viendrait le chercher.

Il lui suffirait de prononcer son nom tout bas.

Mélusine.

Fin.


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MessageSujet: Re: Avril 05. Il vit, pour ceux qui y croient   Aujourd'hui à 1:04
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Avril 05. Il vit, pour ceux qui y croient

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