[An 03] Fourrure pour trois

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Orphée
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Orphée
Sam 1 Aoû - 7:19
Orphée errait sur les routes d'Allemagne. Depuis qu'il était revenu du Nouveau Continent, il était apathique. Il était redevenu cette grande ombre noire dissimulant les traits de son faciès mortuaire sous les ombres noires de sa large capuche.

A la différence qu'il n'avait plus sa flûte pour charmer, et que son bras droit n'était qu'un bazar de mécanique inutile. De Dieu tout puissant, il n'était plus qu'un espèce de vagabond manchot sans magie pour plier le monde selon sa volonté.

Levant la tête, il découvrit qu'il se trouvait dans une ville. Il y avait beaucoup de mouvements et de discussions dans cette rue commerciale. Mais pour Orphée, le cours du temps semblait avoir ralenti, transformant son purgatoire en supplice indéfini. Il ne comprenait pas plus ce qui se disait autour de lui, alors qu'il se trouvait dans son pays de naissance.

Pourtant, quelque chose attira son regard. Il tourna la tête et s'approcha de la façade d'une boutique. Ce n'était pas le fait qu'au dedans se vendait des fourrures. Les meilleurs du pays à ce que certains racontaient. En tout cas, le prix était haut, l'exotisme était présent et il y avait autant de curieux que de potentiels acheteurs à l'intérieur.

Mais ce ne pouvait pas être cela qui avait attiré l'attention d'Orphée. Non, c'était plutôt cette grande baie vitrée qui le reflétait lui. Une grande ombre noire aux épaules tombées. Il fit un pas de plus. Les formes se précisèrent. Il vit alors son visage apparaître. Un crâne blanc tatoué sur un visage gris. De longs cheveux blancs éparpillés sur son visage, se mêlant dans un bouc dépareillé et une barbe bien drue.

Ses yeux fixaient désormais l'intérieur de la boutique. Peut-être fixaient-ils cette femme qui s'était établi en Scandinavie ? Elle qui revenait toutes les années en Allemagne pour rendre visite à sa « petite sœur », accompagné d'un petit garçon aux cheveux blonds. Mais peut-être que ses yeux fixaient cette femme au port noble, aux traits provenant d'un pays encore plus à l'Est ? Femme à qui semblait appartenir ce chien ? Ce loup ? Ce chien-loup ?

Une femme donna un coup de coude discret à son amie, lui indiquant de regarder au-dehors :

« Mais qu'est-ce que c'est que ça ? Je n'aime pas la façon dont nous regarde ce hère, j'en ai des frissons... »

« Je te comprends. J'ai l'impression que la Mort s'est joint à nous par cette belle journée, mais qu'elle a oublié qui elle devait faucher... Brr ! »
Orphée
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Vashka von Kursell
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Vashka von Kursell
Mar 11 Aoû - 4:50
Fourrures pour trois
avec
Orphée et Hilda Wagner

-Octobre de l’an 03-
Allemagne, près de la frontière russe,
Ville marchande, dans une boutique de fourrures réputée.


Une semaine. C’était le temps dont je disposais pour terminer mon expédition marchande en Allemagne et revenir au Domaine à temps pour le Bal d’Anniversaire qui serait donné en mon honneur. Que de foutaise tout cela car depuis la disparition de feu le Baron von Kursell mon père, la foule était de moins en moins nombreuse avec les années. Pas que je m’en plaigne forcément cela dit, je me lassais aussi plus rapidement de ces faux-semblants, de ces sourires de remerciements aux présents désobligeants et insignifiants. Non que je n’appréciais pas le luxe mais je me découvrais être une femme exigeante et à la recherche constante d’émotions fortes ou vives…ce que les cadeaux d’un parfait étranger ne suscitaient hélas pas chez moi. À quelques exceptions près et la raison d’un tel périple aux frontières de mon pays en était précisément.

Les fourrures. Je les collectionnais depuis mon plus jeune âge, j’avais appris à chasser leur hôte, à les en départir, à les sublimer et voilà qu’aujourd’hui, j’en faisais le commerce au nom de la notoriété de ma famille et de son Domaine. Les fourrures von Kursell. Je n’avais pas la prétention de dire être connue jusqu’aux confins du pays, bien des villes du mien ignorait même encore son existence mais à qui savait payer, je savais donner et cette boutique particulièrement réputée devant laquelle j’avais arrêté mon cocher risquait de me rapporter gros. À condition d’y trouver les clients potentiels et l’accord annuel du propriétaire de l’endroit.


« Ah chère Baronne ! Nous attendions la venue de votre livraison d’un jour à l’autre ! »

Le bras droit du propriétaire venait de me saluer, délaissant un instant une femme qu’il servait à ce moment accompagné de son fils aux cheveux blonds. J’eus un regard d’excuse pour celle-ci alors que j’assurais rapidement l’homme que le tout attendait derrière, à la porte secondaire où il se précipita presque, laissant entrer un loup parfaitement noir dans la boutique en soulevant un ou deux cris affolés. Les habitués se contentèrent d’un simple mouvement de recul, par instinct, bien qu’il était dit partout maintenant que le loup noir obéissait à la noble russe et qu’en général, il était aussi doux et gentil qu’un chien.

Il ne faisait pas moins face au tout jeune homme blond aux côtés de la Dame et j’eu pour lui un moment de panique en m’approchant aussitôt du loup qui le regardait, les oreilles pointées et la queue droite. Quelle frayeur devait avoir sa mère à ses côtés !


« Je vous en pris, excusez-le. Odin est peut-être imposant avec sa fourrure noir et ses yeux perçants mais il n’est pas dangereux je vous en donne ma parole !, insistais-je en m’accroupissant même pour enlacer l’encolure de l’animal et le caresser vigoureusement. »

Odin s’assied, toujours intéressé par l’enfant alors que quelques commérages à la vitrine me parvinrent. Ces mauvaises langues allaient faire peur au gamin allons ! Personne ne pouvait ressembler à la Faucheuse. Je les ignorai volontiers alors que l’homme qui m’avait accueillis un peu plus tôt revint enfin vers ces premiers clients, se fondant en excuses.


« Excusez mes manières cavalières ma Dame mais en l’absence du patron il est de mon devoir de veiller à ce que tous les arrivages soient reçus avec les honneurs de leurs rangs. Les fourrures de la Baronne von Kursell sont de plus en plus demandées ici et certaines ont été commandées depuis plusieurs mois déjà ! »

Je me sentais assez mal à l’aise d’entendre ainsi les mérites de nos méthodes vantés à cette Dame mais un coup d’œil à ce qu’elle portait sur le moment me confirma qu’elle devait s’y connaître. Ou du moins avoir la bourse nécessaire à l’acquisition d’une ou deux de mes merveilles à poils. Je ne pus d’ailleurs pas m’empêcher de lui adresser un peu plus de mot en me relevant enfin à sa hauteur avant de la saluer comme je le devais d’une brève révérence.

« Enchanté de faire votre connaissance, ma Dame, ainsi que celle de votre fils. Je serais ravie de vous faire découvrir quelques-unes de mes pièces qui dorment encore dans les coffres de mon fiacre. Peut-être y trouverez-vous de quoi réchauffer la saison froide à venir ? Ou une couette duveteuse pour votre chambre, Sir ? »

Je m’adressais à ce dernier comme à un égal. Il était homme, jeune certes, mais je ne faisais aucune distinction selon l’âge car il n’y en avait pas selon moi pour se montrer polie. En espérant que cela soit aussi partagé, quelques têtes auraient sans doute trouvé cela déplacé mais je m’étais avant tout un point d’honneur à gagner la confiance de ma clientèle. Ainsi j’étais plus à même de les conseiller et d’en faire des acheteurs réguliers.
Vashka von Kursell
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Hilda Wagner
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Hilda Wagner
Mar 11 Aoû - 17:30
Svir, l'enfant aux cheveux blonds, eut un pas de recul lorsque le loup noir s'approcha de lui. Mais il n'en fallut pas beaucoup plus pour que cette méfiance ne dure plus qu'un instant. Car, contrairement à un adulte, un enfant avait l'esprit léger de préjugés et excité à l'idée de jouer avec un nouveau camarade. Qu'il soit humain ou animal.

Ni Svir, ni Hilda n'entendirent les commérages au sujet de cet inquiétant bonhomme derrière la vitrine. La raison en était qu'ils étaient tous les deux plus intéressés par la Baronne et son loup noir. Après tout, ce n'était pas tous les jours que l'on rencontrait la figure qui se cachait derrière la fabrication de ses fourrures adorées.

« Enchanté de faire votre connaissance. Je m'appelle Hilda Wagner. Moi et ma chère petite tête blonde, qui s'amuse en ce moment même avec votre loup, se nomme Svir. Nous sommes ici car nous sommes en vacances. Loin de ma confiserie. Loin de ma Scandinavie. »

Hilda fit une petite révérence pour répondre à celle de la Baronne.

« Je me devais de me présenter complètement car ce monsieur vous avait déjà présenté à moi, même si cela ne devait pas être son intention. »

« J'en veux bien une moi, une couette duveuteuseu pour dormir. Parce que quelques fois, j'entends mes dents claquer quand il y a plus un bruit dans ma chambre. La nuit je veux dire. »
s'exclama Svir en réponse à la Baronne. « Vous avez des ours blancs, madame ? »

Hilda aimait bien cette femme. Malgré son rang, elle avait de belles manières. Elle ne faisait aucune distinction d'âge ou de classe sociale. C'était une bouffée d'air frais dans ces pays où régnaient les hommes machistes, les dirigeants obtus et les femmes sans ambitions. La Baronne était un modèle d'exemple. S'il n'y avait pas eu cette différence d'âge flagrante, elles auraient certainement pu devenir de bonnes amies.

L'homme qui s'occupait de la boutique, celui qui conseillait Hilda jusqu'à l'entrée de la Baronne, ne savait plus où se mettre. Il semblait gêné, mal à l'aise. Ce qu'appréciait Hilda car, malgré ses connaissances dans ses produits, l'homme était arrogant.

« Peut-être que vous pourriez allez aider ces deux dames là-bas, celles qui semblent plus intéressés par votre vitrine que par vos fourrures. » proposa Hilda.

Se croyant à l'abri de la vie et du monde qui se trouvait à l'extérieur de la boutique, les deux dames commerraient sur cet étrange homme qui ne bougeait pas, tout recouvert de noir. Une ombre malfaisante qui semblait attendre le glas de la cloche d'outre-tombe.

Pendant ce temps, Svir avait sorti ce qui semblaient être des cailloux de sa poche. Certains avaient des couleurs normales (blanc, gris et noir) tandis que d'autres étaient clairement stupéfiantes (rouge, vert et bleu). Dans sa main gauche, il en prit une de couleur blanche et une autre de couleur bleue. La paume ouverte, il les présentait au loup. Comme si cela était de la nourriture.

L'homme qui s'occupait de la boutique s'en alla finalement tiré les deux femmes de leur conversation. L'une des deux, surprise de l'intrusion, lâcha un petit cri aigu. Ce qui eut pour effet de faire rire son amie. Finalement, le trio ne s'occupa plus d'Hilda, de Svir et de la Baronne.

« Excusez-moi pour avoir chassé votre employé, mais je suis plus à l'aise pour parler avec vous. » confia Hilda.

Aussitôt, Svir enchaîna :

« Dites madame, je peux lui donner des bonbons à votre loup, là ? »
Hilda Wagner
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Vashka von Kursell
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Vashka von Kursell
Ven 21 Aoû - 6:40
Si je m’étonnais de voir avec quelle facilité le jeune garçon s’adaptait au loup, allant même vers lui alors qu’Odin ne semblait attendre que cela, je le fus encore plus d’apprendre que cette Dame était originaire de Scandinavie. Pas que j’eus un préjugé quelconque à cet effet, tous les pays se méritaient à mon avis mais elle semblait bien loin de son royaume malgré tout. À en juger par ses habits, toutefois, le voyage en valait la peine. Pour tous les passionnés de fourrures, c’était l’endroit à visiter au moins une fois.

J’eus un sourire entendu à l’écoute de la demande du petit Sir. Il était vrai qu’une couette de qualité ne trouvait nul égal pour se réchauffer les soirs froids ou solitaires. Peut-être bien des bras aimés aussi mais…allons, il était bien trop jeune pour s’adonner à ce genre de chose. Je n’eus besoin que de très peu de temps pour y répondre, penchant légèrement le buste pour être un peu plus à sa hauteur et ne pas donner cette désagréable impression de lui parler de façon dominante. Je renseignais un client –car il en était bien un- avec toujours ce même sourire paisible, un brin attendris peut-être bien.


« Il se trouve que les ours blancs sont la plus grande demande cette année aussi en gardais-je quelques-uns de surplus pour des demandes comme la vôtre ! »

J’adressai par la même un regard à la Dame comme pour attendre son approbation. Je n’étais pas experte en la matière mais il me semblait que parfois les enfants avaient des demandes qui dépensaient non seulement l’entendement mais aussi parfois les moyens ou les enseignements de leurs parents. Il s’agissait là d’une simple fourrure pas d’une armée certes mais je préférais toutefois demande autorisation avant d’aller fouiller dans les réserves possibles restants dans la calèche et les coffres qu’elle renfermait.

Je fus également bien plus à l’aise quand Dame Hilda se permit de rediriger l’attention du conseiller vers d’autres gens que notre petit quatuor et ne pus m’empêcher de marquer une légère surprise de l’entendre dire.


« Oh je vous en pris ! Je ne suis en aucun cas propriétaire de la boutique, ma Dame, je ne suis qu’une humble commerçante venue apporter un peu de mes produits à cet endroit qui reçoit annuellement de tels arrivages de ma famille depuis plusieurs années déjà, la détrompais-je d’abord avant de baisser aussi d’un ton. Mais entre nous, je vous remercie car j’aurais eu du mal à vous parler librement en sa présence aussi… »

Pas pour médire, loin de là mon intention mais dans une conversation privée, même aussi banale qu’un échange de la sorte, j’aimais à ce que mes paroles ne soient entendues que par les concernés et personne d’autre ! Je pouvais mieux me concentrer sur la suite, à savoir, tenter de cerner cette femme afin de pouvoir lui proposer le meilleur de mes produits. Je m’en enquis à voix haute car rien ne valait mieux qu’une conversation civilisée.

« J’en déduis, à vous entendre parler de votre Scandinavie, que vous avez l’habitude des grands froids ? Je ne doute pas non plus que vous ayez de quoi convenablement vous vêtir mais si votre présence en ces lieux était celui de quelques dépenses avisées, je me ferais un plaisir de vous partager quelques fourrures de mon domaine, qu’en pensez-vous ? Dites-moi quelles sont vos préférences je vous pris. »

Le ton était léger, rien de très directif, j’aimais laisser le choix aux gens que je servais et invitais plutôt à exprimer leurs désirs, leurs préférences pour mieux diriger mon propre choix dans la sélection de la marchandise. J’attendais donc une réponse quand une autre question me fut adressée, à nouveau de la part du jeune garçon à nos côtés et mon regard fut rapidement attiré par les étranges…« bonbons » ?, qu’il tenait à la main. Je me souvins alors des mots de la femme et, bien embêtée que je l’étais, interrogeais d’abord cette dernière.

« Je n’ai pas l’habitude de pareilles…sucreries, ni pour moi ni pour Odin mais…je ne voudrais surtout pas vous manquer de respect si ceux-ci sont de votre création ? Je crois me souvenir que vous aviez parlé d’une confiserie, en seriez-vous l’artisane, Dame Hilda ? demandais-je dans un premier temps avant de rapporter mon attention sur le petit Svir. En auriez-vous déjà partagé avec d’autres familiers ? Odin est un loup comme les autres et je ne sais pas s’il a l’habitude de manger des friandises…et si on le laissait décider ? »

Une proposition qui m’était naturellement venu en tête. Il était vrai que j’avais parfois trop tendance à considérer Odin comme un être humain, à lui accorder un jugement propre à son être malgré sa nature animale. Le mieux était de le laisser décider par lui-même après tout, les animaux ne mangeaient pas ce qu’ils sentaient mauvais ou toxiques d’une quelconque manière pour eux n’est-ce pas ? Il était donc apte à faite son choix.

[HRP : Après le lancé de dé suivant => Ici ]

Une truffe humide s’approcha rapidement de la main du jeune homme, Odin ayant capté mon signal pour l’autoriser à manger comme il le faisait chaque fois quand on lui offrait de la nourriture. Il renifla un moment les deux bonbons offerts…une langue râpeuse se présenta…et les fit aussitôt disparaitre dans sa gueule. Ses oreilles pointèrent aussitôt, comme découvrant les goûts, sucré ou acidulé ?, je n’en avais aucune idée mais un gloussement amusé m’échappa avant que je ne réalise qu’Hilda ne m’avait toujours pas répondu… Ses bonbons étaient-ils aussi pour les animaux… ?
Vashka von Kursell
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Orphée
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Orphée
Mer 26 Aoû - 17:50
La porte de la boutique s'ouvrit, laissant entrer cet homme au visage dissimulé derrière une large capuche et un long manteau noir. Il resta une bonne minute devant la porte, attirant ainsi les regards et éteignant les conversations enfiévrées. Puis il se dirigea vers l'étrange quatuor constituée de deux femmes, d'un enfant et d'un loup.

« Est-ce qu'on devrait appeler la garde ? Je n'ai pas confiance en cet homme, regarde chéri, j'ai les poils qui hérissent. »

Celles et ceux qui osaient faire des commentaires le faisaient à voix basses. Mais dans une telle atmosphère oppressante et silencieuse, tout s'entendait. Et ce genre de remarque étirait les lèvres d'Orphée. Son entrée sur la scène était réussi. Il fallait maintenant susciter l'attention de son public dès les premières paroles prononcées :

« Est-ce que vous auriez une fourrure provenant d'un Troll ? »

La demande lui paraissait totalement adapté à son esprit de mégalomane. Il ne savait même pas si cela se faisait. En fait, il ne savait même pas s'il en voulait. Comme à son habitude, il se laissait guider par son instinct d'artiste, dictant ses actes et ses mots comme un metteur en scène en pleine improvisation.

Orphée se rapprocha du loup et s'accroupit juste à côté de lui. Son faciès assez près pour que l'animal croit y voir la tête d'un macchabée sur un corps dont le palpitant travaillait encore. Qu'il montre les babines ou qu'il fasse un pas en arrière lui importait peu. Ils avaient tous les deux fait connaissance et c'était cela seul qui lui importait pour le moment.

« Excusez-moi donc d'interrompre deux dames durant ce qui doit être une conversation intéressante, mais je n'ai pu m'empêcher de remarquer votre prestance et votre accompagnement à toutes deux pour la fois inhabituel. Et tous ce qui sort des routes de la normalité m’intéressent... »

Mal à l'aise, deux amies qui étaient venues discuter dans la boutique prétendant acheter de nouvelles fourrures, s'en allèrent. Elles n'avaient pas envie de se retrouver dans un scandale ou une sombre affaire. Il y avait quelque chose de terriblement malsain provenant de cet avatar de la Mort.

« Mon chéri, tu es sur que nous ne devons rien faire au sujet de cet homme. Peut-être est-ce un criminel recherché ? Peut-être même qu'il détient une arme. Après tout, nous n'avons toujours pas vu sa main droite... »

Cette même femme qui chuchotait à son mari ne put empêcher un cri suraiguë de fuir de sa bouche. Car voilà que se trouvait à moins d'un mètre d'elle le personnage qui lui faisait tant peur. Et, avec surprise, elle se retrouva avec une espèce de gentleman qui lui faisait maintenant une révérence. Pendant un court instant, elle se sentit reine. Elle en oublia ses craintes.

« Ma chère, peut-être voudriez-vous que je vous montre mon bras ? A moins que vous ne préféreriez partager l'intimité de mon visage et du tatouage que j'y ai apposé ? »

...
Orphée
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Vashka von Kursell
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Vashka von Kursell
Lun 31 Aoû - 8:11
Peu de temps s’était écoulé depuis mon arrivée dans la boutique, ma rencontre avec la petite famille et un désir certain de poursuivre l’échange pour de potentiels clients. Déjà, connaître les intérêts premiers de la Dame était un atout mais répondre aussi à la demande du jeune Sir qui me tira un sourire attendrit. Une chaude couverture pour les froides nuits, je lui en fournirais une avec plaisir si seulement sa mère m’en donnait l’accord également. J’allais d’ailleurs leur proposer de me suivre dans l’arrière-boutique où la marchandise devait encore être déchargée quand un nouvel individu fit son entrée dans les lieux. Un homme bien étrange.

« Est-ce que vous auriez une fourrure provenant d'un Troll ? »

À peine eus-je le temps d’entrevoir le personnage, de le regarder –dévisager pour être honnête- que la question me fit sursauter, comme si le dit Troll avait pu être dans les parages, juste quelque part derrière lui. Je n’eus pas plus le temps de lui répondre, de même penser à une réponse qu’il disparut à ma vue, me faisant à nouveau sursauter au moment où Odin gronda bassement. Mon regard s’abaissa alors à mes jupes, à la fois gênée et inquisitrice. Mais que voulait cet homme ? Que faisait-il plutôt ? À regarder mon Loup qui lui rendit finalement son regard, comme dans le vide, les oreilles toujours braquées vers l’arrière mais sans plus aucun son. Un bon signe pour lui dans un sens mais je n’en restais pas moins sur mes gardes. Encore plus à regarder Svir qui se trouvait entre moi et la Dame de la confiserie.

Un discret mouvement de main dans sa direction, pour le protéger davantage sembla-t-il avant que je ne recule d’un pas, invitant ainsi l’inconnu à se redresser pour parler de manière plus convenable qu’encore accroupi près de moi.


« Je ne crois pas savoir, Monsieur, détenir ce genre de fourrure je le crains. Encore soit-il que j’ignore même si cela existe. Je n’ai jamais rencontré de Troll mais il me semble plus juste d’envisager qu’ils puissent avoir un cuir possiblement manœuvrable plutôt que des poils… »

Si les paroles étaient prononcées le plus sincèrement du monde et au meilleur de mes connaissances, le son n’en était pas moins un brin rude. J’avais été interrompue, harponnée même par cet homme dont je ne savais absolument rien sinon qu’il désirait certaines choses pour le moins…particulière. Je jetai un regard à la fois désolé et interrogatif à Hilda. Depuis le fond de sa Scandinavie, peut-être avait-elle une connaissance du sujet plus approfondie que la mienne ? J’avais beau être fille de tanneur, je n’avais que très peu voyagé et me limitait à ce que j’avais expérimenté ou lu.

« Je doute que vous trouviez ce genre de fourniture ici, Monsieur… ?, laissais-je planer, sans doute aussi dans l’attente d’un minimum de présentation ? Mais peut-être pourriez-vous vous adresser au propriétaire un jour où il sera présent si vous…résidez non loin ? »

Ce n’était qu’hypothèse. Un peu plus et je pourrais être accusée de charme sans même le vouloir à demander par sous-entendu le lieu de résidence de ce Monsieur… Quelle gaucherie ! Mais il ne sembla pas s’en offusquer, même ne pas avoir entendu qu’il se dirigeait vers une Dame plus loin dans la boutique, entretenant une discussion basse, presque intime, qui me flanqua un frisson. Cet homme était vraiment étrange, dans ses paroles autant que ses manières et je profitai de son absence soudaine pour me rapprocher de la petite famille.

« Pardonnez l’indiscrétion…mais connaissez-vous cet homme ? »

Si cela se trouvait, il était un habitué un peu loufoque et tout se passerait pour le mieux..du moins, je l’espérais ! Ma main se posa d’ailleurs instinctivement sur l’épaule du petit Svir, un désir étrange et incompris de le protéger alors que mon regard ne lâchait pas l’homme masqué, tentant de le percer à jour.
Vashka von Kursell
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Hilda Wagner
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Hilda Wagner
Mar 1 Sep - 21:12
Elle était venue, principalement, avec l'état d'esprit d'une femme qui vient acheter pour oublier la vie qu'elle mène tous les jours. Mais aussi en attendant de savoir si elle aurait le courage d'aller voir « sa petite soeur » Sigrid. Et voilà qu'elle se trouvait prisonnière d'un cataclysme d'évènements !

« Hum... »

L'homme au faciès de mort s'en était allé. La conversation allait-elle vraiment revenir à la normale ? Pouvait-elles reprendre ce rituel entre l'acheteuse et la vendeuse comme rien n'était ? Tout cela semblait comme un piège. Hilda avait l'impression que les dimensions de la boutique avaient diminués, que l'homme au manteau sombre s'était régalé d'une partie de la luminosité.

« Non. Non, je ne connais pas cet homme. Et je préférerais qu'il ne revienne jamais. Honnêtement, je crains déjà qu'il n'est déjà fait une grande impression... »

Svir enserrait Odin. L'homme lui avait fait peur. Les larmes n'avaient pas coulé car il avait trouvé du réconfort dans la fourrure du loup ainsi que de la chaleur qui en irradiait. Sans compter que son instinct savait que derrière la sympathie dont Odin faisait preuve, se cachait tout de même un terrible prédateur.

« Moi je veux bien aller voir les ours qui sont dehors de la boutique. »

Hilda tourna son visage vers son orphelin préféré. La peur se lisait sur son visage. Sortir et aller voir les marchandises qui se trouvaient dans le fiacre était une bonne idée.

« J'aimerais beaucoup que vous lui montriez vos couettes. J'imagine qu'elles doivent être magnifiques pour célébrer un anniversaire, n'est-ce pas ? » dit-elle malicieusement à Svir avec un sourire.

Une manière comme une autre de rassurer le garçon et de faire comprendre à la Baronne que l'achat pouvait se faire.

« Sinon, pour répondre à vos questions, je dirais que je suis à la recherche d'un long manteau. Quelque chose de clair. Peut-être avez-vous ce genre de chose dans votre fiacre, avec les couettes fait d'ours blanc ? »

Sortir au-dehors signifiait passer devant l'inconnu inquiétant. Ce qui signifiait probablement attirer son attention. C'était pourtant un risque à prendre pour respirer de l'air frais et libérateur. Hilda posa donc une main sur l'épaule de Svir. Elle le plaça du côté opposé à Orphée, mettant ainsi son corps en protection. L'instinct de la mère qui s'affichait en toute fierté. Ce qui lui rappela que la Baronne avait agit de même. Elle avait posé sa main sur l'épaule de Svir pour le protéger. L'avait-elle fait consciemment ou non ?

« Je vous remercie de faire attention à ma petite friandise chérie. » confia-t-elle discrètement.
Hilda Wagner
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Vashka von Kursell
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Vashka von Kursell
Dim 6 Sep - 3:39
La question avait été indiscrète, j’aurais dû faire plus attention à mes paroles, à réfléchir à ces dernières du moins avant de les prononcer. Le mal était fait pourtant et je ne pus qu’attendre la réponse de Dame Hilda en gardant un œil attentif sur l’homme étrange qui ne semblait pas encore vouloir me répondre. M’avait-il seulement entendu en fait ? Ou était-il trop préoccupé avec cette pauvre cliente à qui il semblait faire du charme sous le nez de son époux. Je ne pouvais juger, hélas, ce genre de comportement, le mien n’était pas plus reluisant je devais l’avouer mais ne pas en parler m’épargnait d’une certaine façon n’est-ce pas ?

Je ne pus qu’acquiescer aux paroles de ma future cliente, en effet l’inconnu avait su capter le regard de tous en peu de temps, pas que ce soit dérangeant, du moins ça ne l’aurait pas été s’il n’en avait pas suivi ses agissements pour le moins particulier. Agissement dont je ne me souciais rapidement plus à entendre la voix fébrile de Svir à côté. Il demandait à voir les fourrures et je ne pouvais que le lui accorder. Sortir de cet endroit n’était pas une mauvaise idée. Je souris au sous-entendu, acquiesçant de nouveau aux paroles.


« Si elle est destinée à un présent d’anniversaire, je suis certaine que nous trouverons quelque chose à votre goût ! »

Je m’adressai aux deux, ne perdant pas de vue le fait que la couverture était destinée au jeune garçon bien que ce soit la mère qui débourserait pour cela. Je portai également attention à la réponse de la Dame, il était primordial de bien comprendre ses besoins, ses préférences en matière de vêtement afin de la diriger au mieux parmi la cargaison de l’arrière-boutique. Il n’en restait pourtant pas moins évident que nous devions passer devant le bizarroïde et, dans un sens, je ne pouvais que me sentir coupable. Malgré ses manières, il était un client potentiel, quelqu’un qui m’avait demandé conseil et que j’avais presque rembarré…

« Je vais passer devant, tenter de savoir si je ne peux pas faire autre chose pour lui… Profitez-en pour passer derrière je vous rejoindrai dehors si cela vous convient, proposais-je en chuchotant pour ne pas que mes paroles soient perçues par les mauvaises oreilles. »

J’attendis de voir si l’homme se reculait, s’il laissait en paix le couple ou si je devais directement intervenir pour attirer son attention. Un moment, je me dis que peut-être il serait mieux de suivre Hilda et son fils à l’extérieur sans faire de vague…mais je n’arrivais pas à m’en persuader. Que je l’admette ou non, cet inconnu m’intriguait - d’une manière fort sombre je devais avouer – mais je ne pouvais tout simplement pas le laisser repartir sans avoir tenté d’en savoir un peu plus. Où diable pouvait-on trouver des fournitures Troll ? Où diable pouvait-on demeurer pour avoir ce genre d’envie, d’intérêt ? Je patientai donc, laissant passer la petite famille derrière moi alors que je me tenais maintenant à quelques pas de l’homme au masque de figure.


« Pardonnez mon indiscrétion, Monsieur…mais puis-je me permettre de vous demander si vous avez déjà trouvé ce genre de fourrure… ? Malgré mon incapacité à vous renseigner sur l’endroit qui pourrait vous fournir je dois avouer être intriguée par la demande. »

Puis, comme réalisant la proximité d’autres oreilles et l'étrangeté du sujet de discussion, je jetai un regard hasardeux par-dessus mon épaule, faisant un pas vers la sortie mais non pour fuir, plutôt seulement pour m'éloigner d'éventuels autres clients. Pire ! d'éventuels clients qui pourraient me reconnaitre. Je baissai d’un ton, me confiant à demi sans vraiment le réaliser.

« Je n’ai que très peu voyagé jusqu’ici mais…est-ce courant en Allemagne d’acquérir ce genre de fourniture ? Je veux dire, plutôt…bestiales que simplement animales ? Quel usage escomptez-vous en faire ? »

J’ignorai même s’il comprenait mes paroles, mes propres pensées me parvenant avec un désordre anormal. Je devais ressembler à la petite fille curieuse et avide de connaissance que j’avais été dans mon enfance, intriguée mais réservée sur les histoires de magie et de créatures. Bien entendu, j’avais maintenant parfaitement conscience que la magie existait, la preuve en étant que je l’utilisais moi-même en tant que sorcière mais qu’en était-il du reste ? Je n’avais encore jamais creusé la question jusqu’à ce que cette opportunité ne se présente et malgré la certaine réticence que m’inspirait l’homme au nom inconnu, j’entendais bien avoir une réponse cette fois.
Vashka von Kursell
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Orphée
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Orphée
Mar 8 Sep - 21:17
Un petit plaisir qui s'avérait bien vite fade et décevant. Orphée avait joué avec les émotions de cette pauvre femme qui avait été protégé toute sa vie. Que ce soit par son père, son mari ou ses amies. Rien de ce qu'elle avait vécu dans sa vie n'aurait pu lui permettre de résister plus longtemps à cette folie sombre. Ses nerfs avaient craqués et elle s'était sauvée aussi vite que son encombrante robe lui avait permis.

Il s'était retourné pour faire face à la Baronne. Un maintien assuré et une posture fière : cette femme serait un divertissement plus intéressant. Il écouta ses questions hasardeuses avec cette curiosité dont elle ne semblait pas fière. Mais qui étirèrent un rictus sur le visage tatoué.

*Intéressant ! *

« N'êtes-vous jamais allé dans les froides terres de Scandinavie ? Personne ne vous a donc narré de sombres et sanglantes histoires sur les Grottes aux Trolls ? Ô, c'est une honte que cela, madame. C'est tout un pan de notre froide et dure culture de l'Est qu'il vous manque, là. »

Emporté par sa personnalité théâtrale, Orphée avait grimpé sur un présentoir. Au passage, il s'était saisi d'une longue écharpe en poils bien chaud qu'il avait jeté négligemment sur son épaule.

« Les Trolls sont des créatures massives, vaguement humanoïde, très bêtes. Mais surtout extrêmement dangereuses ! »

Déjà sa position de harangueur avait changé pour se tenir en équilibre, dans une position accroupie. L'écharpe avait glissé sans qu'il ne fasse quoi que ce soit pour la retenir. Ses yeux furetèrent et découvrirent un magnifique manteau accroché sur le mur. Il s'y jeta et l'enfila. Avec, il ressemblait à un Roi dangereux, régnant sur une Europe underground et enterrée.

« Imaginez un peu ce défi : au lieu de chasser des Trolls pour habiller ces hommes et ces femmes qui fuient votre magasin. Imaginez que vous êtes une pionnière et une exploratrice. Laissez votre esprit passer cette porte encadenassé par les règles de bien-séance et de savoir-vivre. »

Orphée se rapprocha près, trop près de la Baronne. Ses yeux s'étaient fixés dans ses yeux à elle. Il avait fait monter la pression de son plaidoyer pour en arriver à cette conclusion magistrale.

« Imaginez que vous soyez la première à habiller des Trolls. Et, pourquoi ne pas prendre à revers ce que j'ai dit juste alors avant : faites en sortes d'habiller des Trolls à partir de matériaux humains. »

Grand sourire. Fin de son monologue. Quelques pas en arrière pour la laisser respirer et encaisser sa diatrible.
Orphée
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Vashka von Kursell
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Vashka von Kursell
Dim 13 Sep - 21:10
La froide et dure culture de l’Est…je la possédais, seulement celle de mon pays et sans plus. Il était une fois de plus question de cette Scandinavie dont je ne savais rien de plus que ce que l’on en disait mais bien loin encore de ces fameux Trolls. D’ailleurs à l’entendre, je n’avais aucunement l’intention de tenter un tel voyage pour rencontrer ces créatures, pas de la façon dont il les décrivait, pas e la façon dont je les devinais… Grand, effrayant et idiot. Mais plus encore, cet homme lui semblait les connaître plus que de simple lecture… Un peu trop justement.

« Imaginez un peu ce défi : au lieu de chasser des Trolls pour habiller ces hommes et ces femmes qui fuient votre magasin. Imaginez que vous êtes une pionnière et une exploratrice. Laissez votre esprit passer cette porte encadenassé par les règles de bien-séance et de savoir-vivre. »

J’avais de plus en plus de mal à suivre ses paroles, ses réponses que je n’avais eu qu’à moitié aussi. Tout ce théâtre, tout ces propos…dérangés. Je peinais à suivre le fils de ses pensées et sans doute était-ce mieux ainsi. Je tiquais d’ailleurs à la mention de la bonne éducation. Que j’abandonne cela ? Et pourquoi C’était hors de question ! Le monde n’était pas régis de cette façon pour que l’on en balance les règles à tord et à travers. Je me refermais rapidement sur moi-même, peu encline à accéder à sa demande, même l’espace d’une simple mise en situation dans une boutique de fourrure. Quant à la suite…

« Imaginez que vous soyez la première à habiller des Trolls. Et, pourquoi ne pas prendre à revers ce que j'ai dit juste alors avant : faites en sortes d'habiller des Trolls à partir de matériaux humains. »

Le temps se serait suspendu devant mes yeux que j’aurais eu un visage calme et paisible en comparaison de la frayeur –que dis-je ! de l’horreur !- qui le traversa à cet instant. Une grimace hideuse suivit d’un instinctif mouvement de recul me saisit avec une violence inattendu et alors que les mots résonnaient dans ma tête un haut le cœur tordit mes entrailles à m’en faire mal. Des matériaux humains. Par tous les Dieux mais comment pouvait-on ne serait-ce qu’un seul instant, songer à produire, à créer des habits ou quoi que ce soit d’autre à partir de cela !

Le teint livide, les lèvres tremblantes de mots aux censures explosées, je fis un autre pas à reculons, tâtonnant nerveusement derrière pour m’assurer d’atteindre aussi rapidement que possible la poignée de la porte. Poignée qui semblait s’enfuir au moment où je me trouvais, j’avais beau chercher –l’affolement sans aucun doute- je ne la trouvais pas mais pire, j’aurais très bien pu m’attendre à ce que la minute suivante, cet homme ne se jette sur moi pour tenter…de me scalper !!


« Vous êtes fou !! »

Ces mots, ce cri qui m’avait échappé résonna dans l’échoppe et bien par delà les murs sans aucun doute. Enfin, mes doigts se refermèrent sur la poignée, m’y agrippant comme s’il s’agissait là de ma dernière chance de survie avant de brusquement la tourner pour ouvrir en grand la porte donnant sur la rue. J’en déboulai presque la marche du perron et manquai à peu de me retrouver étendue à même le pavage de la rue marchande.

Par une chance que je n’aurais su identifier, je parvins à me rattraper, non sans me tordre douloureusement la cheville du haut de mes escarpins de ville. La soudaine vivacité de la ville, de la rue passante me frappa de plein fouet, mon cœur se débattait dans ma poitrine, le sang me montait à la tête à l’en faire tourner. Mes yeux s’égarèrent un instant sur la foule alentour, comme si j’avais été largué d’une voiture en plein mouvement. Puis je revis cette porte, et l’homme au masque derrière, la parole me rattrapant à la vitesse grand V.


« À l’aide…au secours ! Cet homme est un fou ! Il va tous nous tuer pour s’habiller ! »

De nouveaux cris, la voix d’une folle en accusant un autre. Une parfaite hystérique aux yeux révulsés, aux tremblements multiples et à la voix stridente.

Cet homme était fou.

Et moi.

J’étais terrorisée.
Vashka von Kursell
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Hilda Wagner
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Hilda Wagner
Mer 16 Sep - 18:12
La Baronne était ressorti paniquée. Hilda l'avait vu tandis que Svir montrait des signes d'impatience. Elle lui avait alors proposée de trouver un petit objet ou un petit animal qu'elle transformerait en sucrerie d'un de ses claquements de doigts. De ce fait, Svir n'avait rien vu de cette scène plus qu'étrange : inquiétante.

Hilda vint se porter au secours de la Baronne. Son instinct maternel était le plus fort. Elle devait aider cette femme. Elle ne pouvait rester indécise face à quelqu'un qui venait de se faire mal. Autant de la cheville que de ses nerfs.

« N'ayez crainte, je suis ici. » dit-elle d'une voix étonnamment sur d'elle.

En effet, la Baronne n'était pas au courant de sa sorcellerie. A ses yeux, elle ne devait être qu'une faible femme n'ayant d'autre occupation de dilapider l'argent chèrement gagné par son mari dans une boutique de vêtements. Et tout cela était faux du début à la fin de la ligne. Car Hilda était une sorcière qui travaillait à son compte dans une petite confiserie en Scandinavie, sans aucun autre homme dans sa vie que son orphelin préféré Svir.

« Est-ce que ça va aller ? Est-ce qu'il vous a fait mal ? »

Hilda cherchait à savoir si Orphée avait fait preuve de violence physique. Ou si tout cela ne provenait que de son aura mortuaire.

« Je suis là, reprenez le contrôle de vous et de votre respiration. Cet homme n'aura ni votre peau, ni vos cheveux pour s'en faire des vêtements impie. Parce que je suis là, maintenant. Hilda te tient. »

Ça avait été plus fort qu'elle. Elle avait parlé à la Baronne comme à une jeune enfant terrifiée. Ce qu'elle était devenue en quelque sorte.

Pendant quelques instants, elle releva la tête. Ses sourcils se froncèrent. Où était passé le loup du nom d'Odin ? Etait-il parti avec Svir ? Une hypothèse qui était là pour la rassurer. Savoir son orphelin préféré en toute sécurité lui permettrait de se battre (de claquer des doigts) avec conviction.
Hilda Wagner
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Vashka von Kursell
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Vashka von Kursell
Mer 14 Oct - 0:29
La peur, non l’effroi. Le dégoût. Voilà ce qui me traversaient encore quand bien même je me serai au mieux éloigné de l’homme. Au prix d’une cheville tordue et de cris de femme hystérique que je n’étais pas au naturel, j’avais trouvé répit –non pas véritable refuge car à l’instant je ne croyais être en sécurité que chez moi soit encore bien trop loin d’ici- au dehors de la boutique, dans la rue passante où Dame Hilda me rejoignit bien vite.

Malgré sa proximité, aucune de ses paroles ne sembla m’atteindre, rien ne filtrait l’épais brouillard d’adrénaline qui avait envahi mon esprit, aucun sens ne résonnait autre que ce pressentiment qui refusait de me quitter, cet horreur qui me rongeait les entrailles alors que mon regard ne parvenait tout simplement pas à se détacher de la porte. De cette silhouette. De cette ombre affreuse de mort.


« Je…il… »

Je n’arrivais pas plus à formuler d’idées claires, de mots successifs qui auraient exprimé mon ressentiment. Seul un geste, un seul qui me restait encore sans avoir à réfléchir, primaire, instinctif ; je reculais. D’un pas. D’un autre. Et un autre encore. Je devais bien en être à la moitié de la rue avant que mes jambes s’immobilisent à nouveau. Je regardais, ce rempart de femme qui me sembla soudain bien dérisoire. Que pouvait-on face à tant de folie ?

« Je…suis indemne… »

Les mots sonnaient terriblement faux, et graves, mais hors de question de me rapprocher pour les répéter non ! Hors de question ! Depuis l’autre côté de la rue, mon regard se darda sur la femme, qu’elle comprenne, qu’elle comprenne que l’enfant effrayée qu’elle me croyait être ne bougerait pas.

Je n’en avais pas la force.

Ma pensée, mon esprit, ma conscience, mon âme avaient été touchés, entachés de noir. D’un noir sombre et visqueux, celui pire que la magie. Le noir poisseux du corps, du corps sans âme. De celui qui ne croit plus, ni en lui ni en rien. Du désœuvré. Du déshumanisé.


Au dehors pour accompagner le duo, le loup n’avait pas pressenti le danger que l’Alpha encourait à rester près du deux pattes à l’odeur de mort. Son instinct premier avait parlé et lorsque la peur envahit le cœur de sa maîtresse, le dilemme s’était imposé. Aller à son secours et prêter main forte pour passer à l’attaque en meute ou rester près du louveteau à petite fourrure pour le protéger. Il avait longtemps hésité, la truffe dans les airs et les oreilles captant le moindre bruit, le moindre souffle. Le cœur de l’Alpha était affolé, il battait comme s’ils avaient longtemps couru dans la forêt alors qu’elle n’avait parcouru que quelques mètres.

Son regard se tourna vers le louveteau à deux pattes. Non il ne pouvait pas le laisser. Il fallait protéger les faibles et même si sa loyauté pour l’Alpha ne trouverait jamais d’égal, son instinct de préservation était le plus fort. Il se campa donc entre Svir et les humains, les oreilles couchées vers l’arrière et les poils hérissés. Tant que la menace ne serait pas enrayée, il ne broncherait pas, prêt à bondir sur quiconque s’approcherait d’un peu trop près.
Vashka von Kursell
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Orphée
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Orphée
Ven 16 Oct - 17:50
« Fou ?... »

Orphée avança tranquillement en direction de la Baronne.

« Je suis fou de vouloir faire des vêtements à partir d'êtres humains ? Mais ne sommes-nous pas nous aussi des animaux ? Qu'est-ce qui fait que nous méritions ces faveurs ? Pourquoi est-ce une aberration de faire des gants dans la peau d'un bébé pour un Troll ? Et pourquoi est-ce normal de tuer le roi des ours blancs pour habiller les riches qui profitent des pauvres, pensant que leur vie est bien meilleur ? »

Soudain, le théâtre changea d'aspect. Ce qui était une pièce à huis clos devint un spectacle à ciel ouvert. Plus de bruits, plus de spectateurs. Le problème en soi était que toute cette masse de carapace terne n'avait rien entendu du début de la conversation. Parler maintenant équivaudrait à être pris pour un fou alors que ces propos avaient du sens.

Au lieu de prendre les hauteurs et d'attirer l'attention des badauds pour déclamer un résumé, Orphée se rapprocha des deux femmes. Mais en réalité, ceux que ses yeux ne lâchaient plus était l'enfant et le loup. L'innocence blonde et l'instinct sauvage. Des émotions plus vraies, plus puissantes. Plus intéressantes.

Il s'agenouilla donc et observa l'enfant. Mais cela ne dura pas longtemps. Les babines grondaient. L'aura du loup était trop forte pour être ignorée.

« Que fais-tu prisonnier du labyrinthe de cette civilisation ? Pourquoi ne fuis-tu pour courir librement dans les forêts enneigées ? »

Ses sourcils se froncèrent. Il venait de ressentir quelque chose à l'instant. De la magie. Avait-il rêvé ? Il regarda une première fois la vieille femme dans sa fourrure. Puis ses yeux allèrent sur la Baronne pour finalement revenir sur la vieille femme. Mais la sensation disparue et son attention revint sur le loup et l'enfant.

« Petit, tu devrais monter à califourchon sur ce prédateur. Fuir avec lui et vivre une vie vraie. Chasser ta viande. Arracher à pleines dents cette viande crue et sanglante qui aura mis ton corps en chaleur. Jouer avec son sang pour te peindre quelques symboles tribales. »

Désormais qu'il était dehors, il savait que les forces de l'ordre arriveraient. Ils y en avaient toujours pour venir écourter son spectacle. Mais pour le moment, il avait encore du temps. Ils voulaient encore parler et écouter les points de vue de toutes ces personnes. Il y avait encore de la matière à arracher de ces os.

Délicieuse situation.
Orphée
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Vashka von Kursell
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Vashka von Kursell
Ven 23 Oct - 3:09
La soudaine apparition de l’homme de mort en pleine rue, avec ces habits sombres, son visage particulièrement effrayant et peu engageant ne passa pas inaperçu. Si aux premiers abords la présence créa un mouvement de recul parmi les passants de la rue de commerce, un murmure apeuré renforça l’impression désagréable de froid autant que celle du temps se figeant soudainement. Si encore quelques braves gardaient fière allure face à l’étrange phénomène, les mots sortant de la bouche du cadavre ambulant eurent tôt faits de les faire rebrousser chemin et en vitesse. Quelque part sur ma droite, le cri d’une femme et pas le mien cette fois-ci. Suivi des pleurs d’un bambin s’accrochant aux jupes de sa mère, la rue reprenait vie, ou plutôt, elle s’en sentait défaite, extirpée comme lentement délestée.

Autant de sensation qui me firent froid dans le dos et ne parvinrent en aucun cas malgré les paroles se voulant rassurante de Dame Hilda, à me calmer réellement. J’étais en panique complète, ne voyant rien d’autre que l’homme qui s’approchait dangereusement de mon Loup et de Svir… Un loup qui n’appréciait visiblement pas et plaqua ses oreilles contre son crâne en retroussant les babines. Une menace on ne peut plus insistante et bien physique qui se dressait contre l’homme. Un bon chien de garde, certes, mais également un animal sauvage qui m’effraya à cet instant…


[Selon le lancée :ici]

Heureusement –ou pas- la mâchoire du loup ne se referma que sur le vide mais mon souffle n’en fut pas moins coupé pendant une fraction de seconde. Une main portée à mon cœur, tentant instinctivement d’en calmer les battements affolés, l’autre à ma bouche pour retenir un énième cri alors que la femme de plus tôt s’écriait justement au loup. Entre le brouhaha qui sembla soudainement revenir dans la rue, je perçus le sifflet si particulier des gendarmes en approche.

Un soulagement qui fut de courte durée tant mon esprit ne parvenait pas à aligner deux pensées cohérentes et la première fut pour Hilda qui se tenait encore, brave femme, entre l’homme et moi. J’eus un mouvement pour elle, un regard qu’elle ne vit peut-être pas mais es paroles que, à coup sur, elle entendrait par-dessus l’épaule.


« Fuyez pendant qu’il est encore temps. Sauvez votre petit, qu’il ne s’en approche plus ! Laissez la loi en prendre charge ! »

Sauvez le petit pour elle. Sauver mon fidèle ami serait beaucoup plus aisé qu’il suffit d’un mot pour qu’il ne vienne à mes pieds. Son poil hérissé faisait écho au mien, au frisson d’horreur qui piquait encore ma peau sous mes vêtements et ni d’une ni deux, je me dirigeais déjà vers le fiacre désormais vidé de sa cargaison pour la boutique. Le manteau, la couette en ours blanc pour Svir ? Pas le temps d’y penser, seulement de retirer d’un des coffres l’adresse du Domaine, à l’attention de la Dame. Je ne pouvais faire plus, le haut le cœur au bord des lèvres à repenser aux propos horribles de cet homme. Pourvu que jamais plus mon chemin ne le croise. Et que le sien s’en finisse justement dans les cellules !

Ainsi prit fin mon voyage, sur la prière la plus sincère que rien ne se placerait sur la route me séparant de mon Manoir et de ces murs sécurisants si ce n’est le vent m’y poussant encore plus rapidement.
[HRP: Je te laisse le soin de clore si cela te convient aussi. Merci.]
Vashka von Kursell
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Hilda Wagner
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Hilda Wagner
Ven 23 Oct - 14:02
Hilda n'avait pas cherché plus longtemps à rester sur le chemin de ce monstre au visage tatoué. Elle avait hoché de la tête aux directives de la Baronne. Non sans s'assurer qu'elle irait bien. Rassurée, elle se précipita vers Svir et attrapa sa main dans la sienne.

Maintenant, il fallait fuir le plus loin et le plus rapidement possible.

« Viens Svir ! Cours ! »

Hilda et Svir étaient passés devant les forces de l'ordre. Ils arrivaient en fanfare, à coups de sifflets et de « laissez passer ! ». Courant toujours, elle avait pourtant tourné la tête pour s'assurer qu'elle allait dans la bonne direction. Le criminel effrayant s'en allait à l'opposé de leur direction. Un poids s'échappait de sa poitrine mais ses jambes n'avaient pas le droit de prendre du repos maintenant.

Ils s'étaient arrêtés plus tard sur la grande place de la ville. Hilda n'avait pas eu le courage de reprendre son souffle dans un endroit tranquille. Si l'autre énergumène devait se retrouver à nouveau sur sa route, elle préférait être entourée. La situation serait plus riche en occasions d'appels à l'aide et/ou de fuite.

« Dis Hilda, est-ce que je reverrais le loup ? Je l'aimais bien. »

L'esprit des enfants ne voit pas le monde de la même façon que les adultes. Alors qu'Hilda s'inquiétait de l'imprévisibilité de celui qui ressemblait à la Mort elle-même, son petit Svir adoré pensait seulement au nouvel ami à quatre pattes qu'il s'était fait.

« Mon petit trésor sucré, je suis désolé mais je crois que nous ne les reverrons jamais. »

« Et ma couverture toute belle et blanche ? Qu'est-ce que je vais avoir pour mon anniversaire, alors ? »


La main d'Hilda serra l'adresse de la Baronne qui se trouvait dans sa poche. Elle avait la possibilité d'obtenir cette couette pour aider son orphelin préféré à passer tous les hivers prochains. Mais l'idée de revoir cette femme, qui s'était fort bien élevée toute seule dans la société des hommes, ne lui plaisait pas. La blessure de cette rencontre à trois était encore sanguinolente. Le temps devait passer. La plaie devait devenir cicatrice presque invisible.

« Nous allons te trouver un autre cadeau, mon petit trésor sucré. La belle dame est partie sans me donner son adresse. Mais ne t'inquiètes pas, la ville est grande et il y a des magasins dans toutes les rues. »

Avec un grand sourire, elle lui tendit la main pour qu'ils partent tous deux dans une nouvelle aventure. Bien plus reposante.

---

HRP : Ce sujet peut donc être clos ! Merci Vashka pour ce RP ;)
Hilda Wagner
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