[An - 20] Nous sommes des êtres de magie

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Hilda Wagner
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Hilda Wagner
Mer 5 Aoû - 17:41
Quelques mois avaient passé depuis l'anniversaire de Sigrid. Les dramatiques évènements qui s'étaient déroulés dans le labyrinthe végétal avaient longtemps fait parlés d'eux. Effectivement, ce n'était pas commun de célébrer deux funérailles coup sur coup.

Il y avait d'abord eu la marche funèbre en la mémoire de Bruna-Mariette Schaffer. Les policiers avaient posé beaucoup de questions pour tenter de déterminer les circonstances de la « perte des lèvres de la Fräulein Schaffer ». Les chiens avaient beaucoup reniflé dans le labyrinthe végétal, découvrant ainsi les couloirs secrets de Sigrid et du jardinier. Mais rien n'avait été trouvé. Aucun coupable n'avait été déclaré. Finalement, le jour des derniers au revoir, la famille et les amis avaient pu observer une dernière fois Bruna-Mariette Schaffer. Un voile noir avait été posé sur la partie basse du visage, dissimulant l'absence des lèvres qui ne pouvaient pas être maquillés par les embaumeurs.

Ensuite, il y avait eu une marche funéraire pour Erik Vilipiden. Les médecins légistes avaient pu apporter plus de réponses sur ce cas que sur celui de Schaffer. Mais les réponses avaient soulevés plus de questions. La mort avait été causé par une injection de venin provenant d'une araignée extrêmement dangereuse. Pourtant, au vu de la description de ce à quoi devait ressembler la créature, les recherches avaient été vite abandonnés. Effectivement, ce genre d'araignée ne pouvaient pas vivre dans un climat propre à l'Allemagne. Au mieux, on pouvait en trouver de magnifiques empaillées dans certaines boutiques. Ce qui avaient conduits les policiers à interroger de nombreuses fois Hilda et Sigrid à cause de « Sofia ». Mais ça n'était pas allé plus loin que cela.

Quelques jours après les enterrements, un carillon avait retenti dans la maison de sa famille. On l'avait alors appelé car un jeune homme désirait s'entretenir avec elle. Surprise, elle était descendue, se demandant qui cela pouvait-il être. Sa surprise avait alors gagné un rang en découvrant la personne de Johan Brett Berchman.

« Bonjour, Hilda. » dit-il assez timidement.

« Bonjour, Johan. » répondit Hilda, ne sachant pas trop quel ton était approprié.

Les premières banalités échangées, Hilda avait proposé qu'ils aillent se promener. Elle voyait bien que Johan n'était pas à son aise alors qu'il avait quelques sujets qui lui pesaient sur le cœur. Quitter cette maison étrangère qui avait quelques paires d'oreilles devraient aider le beau Johan.

Et effectivement, le beau Johan avait parlé. Il lui avait d'abord confié l'histoire qu'il avait entretenu avec Bruna. Une histoire qu'il n'avait pas ébruité car il n'en était pas fier. Il avait cédé à ses avances. Il ne le voulait pas vraiment. Mais cette situation était mieux que de rester seule alors qu'il ne savait pas vraiment ce qu'Hilda ressentait pour lui.

A la suite de ces révélations, dans une rue commerçante, le beau Johan avait posé un genou au sol. Sa main était allé récupérer une petite boîte au fond de sa poche.

« Hilda Lydia-Katharina Wagner, voulez-vous m'épouser ? » proposa-t-il avec un visage plein de détermination.

Surprise, elle n'avait pu qu'ouvrir la bouche dans une bulle de silence. Avant de répondre tout simplement :

« Oui, je le veux. »

Finalement, comme dans un conte de fée, Hilda avait obtenu ce qu'elle désirait le plus au monde malgré les épreuves endurées. Ça avait été un beau mariage et, bien entendu, Sigrid avait été la demoiselle d'honneur d'Hilda.

Les semaines étaient passées. Le couple vivait encore chez les parents de l'un ou de l'autre, alternant de courts séjours dans une famille ou l'autre avec quelques petits voyages dans les terres allemandes et alentours. Hilda avait tout particulièrement aimé les quelques jours passés sur les terres de Scandinavie. Tout comme elle avait beaucoup appréciée les belles fourrures que portaient les femmes de cette terre froide.

Puis un jour, l'achat avait été signé. Une petit maison à l'écart de la ville, dans une des forêts environnantes. Leur nid d'amour à l'écart de l'agitation urbaine où tout allait toujours plus vite. Hilda s'y était très vite acclimaté tandis que le beau Johan travaillait dur pour grimper dans la hiérarchie de l'armée.

Lorsque la solitude lui pesait, Hilda envoyait une missive à sa petite sœur Sigrid. Elle lui donnait de ses nouvelles et l'encourageait à venir la voir si elle avait du temps à lui consacrer. Les deux sœurs échangèrent plusieurs de ses lettres. Pourtant, un jour, Sigrid en reçut une qui l'alarma. Dans les grandes lignes, le message était le même : quelques banalités pour en venir à l'essentiel qui était de venir rendre visite à sa grande sœur. Pourtant, l'écriture faisait naître un malaise. Les lettres étaient tremblotantes, les mots resserrés sur eux même.

Hilda avait un problème. Pire : Hilda avait peur de quelque chose. Et il y avait urgence.
Hilda Wagner
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Kapphären Jan
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Sam 22 Aoû - 11:44


Nous sommes des êtres de magie

with Hilda (an -20)



« Devons nous le lui dire ? »

C’était un soir d’hiver, et dans la cheminée rugissante on pouvait clairement entendre le bruit du vent qui agissait là, dehors, gelant les terres, tuant les étourdis endormis dans les rues, s’abattant sur le moindre arbre, sur la moindre demeure à la recherche d’une faille, d’une invitation pour entrer.

Katerine s’applique à sa couture sur une chaise rembourrée. Elle est toujours aussi jolie, malgré la pâleur presque maladive de son regard. Ses cheveux blonds, d’un blond aussi doux que celui de sa fille, étincelle presque à la lumière des flammes. Elle ne relève pas le regard pour demander à son mari de plus amples explications quant à sa question mystérieuse. Depuis l’anniversaire de Sigrid et les tragiques incidents qui en ont découlé, la question flotte sur leurs lèvres, silencieuse mais implacable.

Les policiers n’ont rien trouvé de culpabilisant envers eux, bien évidemment. Mise à part cette stupide araignée offerte par Hilda. Fort heureusement pour le cœur fragile de sa mère, Sigrid a tendance à moins la porter, comme si l’instinct de l’enfance la renseignait sur les causes de la mort d’Eirik sans qu’elle n’ait besoin d’y penser. Mais c’est un cadeau de sa sœur, et jamais elle ne la jettera. L’animal empaillé traine donc sur sa coiffeuse – Katerine peut même visualiser le bazar qui l’entoure, car Sigrid n’a jamais été très soigneuse avec ses bijoux.

Mais depuis les deux enterrements successifs, et l’annonce du mariage d’Hilda avec le triste amoureux de feu Bruna-Mariette Schaffer, d’autres évènements ont survenu dans la maisonnée autrefois calme des Ferenbach. Une servante ayant fâchée la jeune enfant pour avoir renversé l’un de ses miroirs préféré se retrouva un matin avec une queue de chat. Chirurgicalement retirée et ceci dans le plus grand secret, il avait fallu payer la demoiselle traumatisée pour qu’elle garde silence. Aux dernières nouvelles, elle avait même quitté l’Allemagne. Sigrid ayant réclamé à grands cris la possibilité de posséder sa propre calèche assista à la transformation du service à thé de sa mère en une volée de canaris.

Katerine connaissait Sigrid, et la savait perspicace mais encline à se braquer quand les choses ne lui convenaient pas. Elle estimait qu’il lui faudrait attendre encore un an avant de répondre à ses questions. Cependant, elle n’aimait pas le regard de Wilfried qui, appuyé contre la cheminée, ne la quittait pas des yeux.

« Il me semble que tu étais d’accord pour assumer les responsabilités de notre liaison Wilfried. Vas-tu me reprocher ma nature, maintenant que notre fille est âgée et que nos suppositions sont bel et bien fondées ? »
« Ce n’est pas la question que je te pose Katerine. Et je ne remets pas notre mariage en question. »

« Tu sais ce que je suis. Il y avait fort à parier que l’un de nos enfants en porte la marque. »
« Je sais. Je pensais que Sigrid avait été épargnée. »
« La magie n’épargne personne. »


Katerine acheva son point, claqua des doigts, et une paire de ciseaux apparue à ses côtés.

« Tout ce que je veux savoir »
continua Wilfried « C’est à quel moment nous allons devoir lui expliquer ce qu’elle est, pour contrôler son don et ne pas avoir à éveiller les soupçons de quelques catholiques. »

Katerine soupira. Elle savait la crainte de son mari pour les procès de sorcière.

« Sigrid n’est pas une ensorceleuse, Wilfried. C’est une fée. Une fée est la magie. Elle ne la contrôle pas. »
« Alors nous devrions lui dire. Pour qu’elle en prenne conscience et cesse d’elle-même d’agiter ses pouvoirs dans toute la maison. »

« Le fait est qu’elle refuse elle-même d’y faire face. C’est cela qui la rend si incontrôlable. En toute connaissance de cause, elle sentirait le fluide se décrocher et agir selon ses volontés secrètes, et saurait le retenir. »
« …. En attendant, j’imagine que tu ne peux pas… »


Le regard de Katerine le figea.

« Tu m’as déjà posé cette question à la naissance et la réponse est toujours la même. Non, je n’exaucerai pas ton vœu de la rendre normale. Je n’irais pas contre sa nature. »

« Nous nous serions épargné deux meurtres ! »
« Ma fille n’est pas une meurtrière. » D’un cliquetis elle coupa le fil qui dépassait, et déposa son ouvrage sur ses genoux. « Et je t’interdis de le sous-entendre ou nous aurons l’une de ces formidables disputes qui te mettent rapidement à terre, Wilfried. »

Puis dans un sourire, elle ajouta.

« Gardons la innocente encore un peu. Gardons la intacte… nous saurons la protéger. »


Malheureusement pour l’innocence de Sigrid, cette dernière aimait beaucoup écouter aux portes.





La voiture se dirige à grande vitesse vers la demeure en forêt de Hilda et Johan Berchman. Les chevaux sont épuisés mais le cocher les talonne au fouet pour qu’ils ne perdent pas leur rythme. Sur les flancs gravés au bois se dessine les initiales de son propriétaire : Wilfried Ferenbach. A l’intérieur pourtant, il n’y a que Sigrid, accompagnée d’un chaperon qu’elle a payé pour demeurer sur le banc le temps que durera l’entretien.

A 15 ans, la petite fille n’est plus, malgré les deux nattes tressées qui s’enroulent sur sa tête, et le visage fin, pâle et enfantin de la jeune fille. Ses yeux bleus sont fermés, ses mains croisées. Bien évidemment, elle est heureuse de retrouver Hilda et Sofia est accrochée à son épaule, dissimulée par la cape de voyage de cette fin d’hiver. Mais quelque chose s’est brisée dans le cœur de Sigrid.

Pourtant, elle ne fera pas défaut à son ainée. Elle a lu la peur dans sa lettre. Elle a lu son appel au secours et y a répondu dans la foulée, ne se laissant distraire ni par sa mère, ni par son père, exigeant de ce dernier qu’il lui cède la voiture, et pensant avec amertume que son père n’avait sans doute accepté que pour éviter un coup de sang magique qui eut pu le transformer en n’importe quel animal.

Ses géniteurs ignoraient sa connaissance. Elle-même avait agi en toute discrétion pour valider leur suspicion. Et étudier ce que sa mère avait appelé « les fées ».

Sigrid en doutait encore un peu. Notamment parce qu’elle ne sentait pas ce fluide particulier s’agiter en elle. Mais il est souvent difficile d’observer un cheveu blanc quand ce dernier est solidement accroché à l’arrière de votre crâne. Elle ne s’en rendait pas encore bien compte.

La voiture stoppa, les chevaux hennirent. Et le cocher descendit lui ouvrir. Ayant déposé une pièce d’argent dans la main de son chaperon, elle fit de même avec l’homme puis, sans un regard, se dirigea vers la porte de cette coquette maisonnée, à l’abri du passage et des rumeurs de la ville. Un vrai nid et Sigrid se surprit à sourire avant de sonner à la porte.

Habillée de noir, sévèrement cintrée dans une robe cintrée au corset encore souple pour sa poitrine naissante, il n’en demeurait pas moins un fait perceptible pour tous ceux qui la connaissaient.

Sigrid n’était plus une enfant.











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Hilda Wagner
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Hilda Wagner
Mer 26 Aoû - 18:16
« Sigrid ?... »

La voix familière ne provient pas de derrière la porte mais de son côté gauche. Cette voix qui semble encore ailleurs. Un peu perdue.

« Oh, Sigrid ! C'est vraiment toi ! »

Puis la grande sœur se jette dans les bras de sa petite sœur. Elle s'y love et y apprécie cette chaleur humaine alors qu'elle est restée... combien de temps est-elle restée dehors d'ailleurs ? Peu importe, sa petite sœur est là. Elle a répondu à sa lettre. C'est tout ce qui compte. Et désormais, il faut la laisser respirer.

Une clef tourne le mécanisme, délivrant la porte d'une maison isolée au milieu de nul part, loin de la ville, des forces de l'ordre et des curieux.

« Entre donc. J'ai à te parler et nulle autre que toi ne peut entendre ce que je suis sur le point de te dévoiler... »

Les retrouvailles heureuses sont déjà terminées. L'accolade n'est plus qu'une trace de buée sur un carreau. Cet air éperdue sur le visage de la nouvelle mariée a déjà laissé place à une résolution farouche. Ce trait de caractère particulier qui défini Hilda comme une femme forte.

Sitôt entrées, Hilda referme la porte à clef. Cette dernière disparaît aussi rapidement autour de son cou. Hilda ne propose pas à sa petite sœur de se dévêtir ou de lui proposer un shot d'alcool qui réchauffe les transies de froid. Car il se trouve qu'une bouteille entamée et un verre remplie attendent sur la table de bois.

La main d'Hilda prend celle de Sigrid et elle l'emmène ainsi devant la porte de sa chambre. Mais arrivée devant, elle stoppe. Pendant rien qu'un instant, sa culpabilité refait surface : a-t-elle le droit de plonger sa petite sœur innocente dans ce drame ? Mais très vite elle se reprendre. Si elle ne peut pas compter sur Sigrid, elle ne peut compter sur personne.

La porte s'ouvre alors. Une belle chambre bien que modeste. Un grand lit deux places pour donner libre cours à l'amour qui unit deux êtres. D'ailleurs, le beau Johan est encore au lit. Il ne fait pas de bruit, il ne ronfle pas. Hilda reprendre la main de sa petite sœur et l'emmène cette fois à une allure plus mesurée. Un grand drap (linceul) recouvre entièrement le beau Johan (qui a peut-être l'habitude de dormir nu ; ne va-t-il pas prendre froid?). Les doigts tirent le grand drap blanc, laissant apparaître le visage apaisé du beau Johan. Ses yeux sont fermés. Ses lèvres décolorées. Il dort (éternellement).

Les yeux d'Hilda sont agrandis. Elle regarde fixement sa petite sœur. L'instant est rare. L'instant est grave. Et, si Sigrid ne l'avait pas encore vu, l'index montre un liquide qui a coulé de l'oreille du beau Johan. D'un rose saturé et sucré...
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Kapphären Jan
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Sam 29 Aoû - 12:59


Nous sommes des êtres de magie

with Hilda (an -20)



La réponse ne vient pas de la porte, mais surgit à ses côtés dans la douceur un peu troublée de son ainée. Surprise, Sigrid perd un instant ce visage affable qu’elle arbore depuis des jours, pour retrouver un bref instant le faciès de l’enfant qui, un jour d’anniversaire, a accueilli sa Hilda avec une exubérance qui lui fait défaut aujourd’hui. Elle ne peut s’empêcher de l’enlacer, la petite blonde nattée. L’enlacer à l’étouffer sur son corps car si le corps de sa sœur est froid d’être resté dehors, il brûle d’amour pour elle et sa présence lui a manqué. Une boule de tristesse lui monte aussitôt dans la gorge, et elle a envie de craquer, de céder à l’appel de sa peur et de la chose qu’elle sent grandir en elle, comme une boule de pue et de mauvaises ondes qui pourrait à tout instant déclencher un cataclysme. Seulement Hilda a demandé son aide. Hilda n’est pas dans un état normal.

Alors Sigrid se reprend, caresse la joue de la sorcière. Et esquisse un sourire d’une pâleur effrayante.

« Je suis là » murmure-t-elle, sincère. « Je suis là, que se passe-t-il ? »
« Entre donc. J'ai à te parler et nulle autre que toi ne peut entendre ce que je suis sur le point de te dévoiler... »


La curiosité l’emporte sur le reste. Emboitant le pas à la jeune mariée, Sigrid prend le temps d’inspirer l’air cotonneux qui empli cette jolie maison. Si elle ne manque pas de lumière, il n’y a pas un son dans les petits couloirs, ni même dans le salon lumineux où elle accroche du regard la bouteille et le verre vide. Hilda s’est-elle mise à boire ? Où se trouve donc Johan ? Pourquoi ne vient-il pas l’accueillir ? Peut-être est-il en ville, à travailler avec son père.

Sans se l’expliquer, l’angoisse montre dans son ventre juvénile. Elle retire seulement sa cape et sa toque. Il fait chaud ici. Mais la chair de poule n’a pas quitté ses bras.

Ensemble elles traversent le couloir, et Sigrid comprend où Hilda l’amène. La chambre à coucher. Perplexe, mais agitée par un instinct propre aux bêtes qui sentent la main du chasseur les amenant à l’abatage, elle ralentit le pas. Seulement la résolution de la jeune femme ne la laisse pas freiner l’arrivée de la vérité.

Quand elle pousse la porte et découvre le corps de Johan sur le lit, Sigrid n’a pas besoin de voir le liquide coulant de ses oreilles pour comprendre qu’il est mort.

Mort.

Encore un.

« Nous nous serions épargné deux meurtres ! » tonne la voix de son père dans ses pensées. Et elle chancelle en pensant qu’il n’y en a pas que deux, mais trois maintenant. Trois et que s’est-il passé bon sang que s’est-il passé seigneur dieu que s’est-il encore passé cette fois ce n’est pas de sa faute elle n’était pas là elle n’a pas pu est-ce que c’est Hilda qui – Hilda qui – Hilda qui –

Qui lui montre les oreilles de Johan.
C’en est trop.

« Qu’as-tu fais ??!! » crie-t-elle, hystérique. Avant de reculer contre le mur, les petits poings serrés sur son corsage, comme pour dénouer le nœud qui rend sa voix chevrotante et son souffle inégal. « Qu’as-tu fais encore malheureuse ! Pourquoi lui ? Pourquoi Johan ? »

Avec horreur elle se rend compte qu’elle justifie donc par ces mots les deux assassinats précédents. Et ferme les yeux pour ne plus voir la scène, imaginant simplement la bouteille à demi vide.

La soif remplace la bile. Elle coasse.

« Je veux un verre d’alcool. » Cela lui semble une bonne idée, même si ce n’est pas correct pour une femme de s’enivrer.

Mais à côté d’un cadavre, tout semble soudain bien plus acceptable.











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Hilda Wagner
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Hilda Wagner
Mar 1 Sep - 20:30
Ses yeux ne deviennent plus que de petits points noirs sous la surprise. Alors comme cela, Sigrid croit que c'est Hilda qui a tuée Erik et Bruna. Cette question, même sous le coup de la colère ou de la peur, provoque de la douleur. Hilda se sent trahie...

Mais elle n'a pas le temps de s'en soucier. Son instinct maternel s'éveille d'un seul coup ! Une alarme résonne en elle alors qu'elle entend sa petite sœur demander à boire de l'alcool. Elle ne peut pas : elle est trop jeune. Qui plus est, personne ne devrait boire sous le coup de la colère. Cela ne peut faire qu'empirer les choses.

Hilda quitte alors la chambre pour se rendre dans la pièce principale, là où repose une bouteille entamée sur une table de bois. Son bras se tend vers la bouteille mais aucun verre ne se voit se remplir. L'alcool est rangé dans un meuble haut de bois.

Il y a un canapé non loin. Les deux sœurs pourraient aller s'y asseoir pour parler. Mais Hilda trouve que cela est une mauvaise idée. Elle propose donc à Sigrid de s'asseoir sur la chaise moins confortable de la pièce qui pourrait être le coin cuisine de cette grande pièce.

« Assieds-toi et respire. Oh, je vois que tu as amenée Sofia! Ça me fait très plaisir que tu la portes encore aujourd'hui. » dit-elle avec un sourire doux.

A pas encore vingt ans, Hilda possède déjà ce visage que seule les mères possèdent. Cette expression capable de calmer les brutes les plus téméraires, et d'attendrir les plus timides. Comment Sigrid pourrait-elle y résister ?

« Je- »

Qu'est-ce qu'elle pourrait annoncer maintenant ? Qu'elle a un plan pour se débarrasser du corps. Qu'elle est une femme au cœur froid et qu'elle doit se préserver de toute tâche qui pourrait nuire à son image dans la société ? Mais peut-être qu'elle devrait lui faire part de ses hypothèses quant à ce qui s'est passé lors de son anniversaire ? Qu'elle ne peut être qu'une sorcière à la magie bien particulière et sucrée ?

« Je t'aime, Sigrid. »

Ce n'est pas une déclaration d'une femme qui comprend qu'elle aime d'autres femmes. C'est une déclaration d'amour véritable mais entre deux amies. Deux sœurs qui ne sont pas liées par le sang mais par leur histoire commune.

Hilda se lève alors de la table. Personne n'a rien bu. Personne n'est sortie dehors pour se refroidir le cerveau. Hilda doit en profiter pendant que Sigrid est encore sous le choc. Elle doit lui donner toutes les informations avant que son esprit ne se laisse emprisonner dans des préjugés et des comportements de bien-séance.

« Suis-moi petite sœur, et excuse-moi d'avance. Nous devons retourner dans la chambre où repose notre beau Johan. J'ai encore quelque chose à te faire goûter. »

(goûter?) Ne devrait-elle pas dire « voir » ?

Dans la chambre, le doigt d'Hilda trempe dans le liquide saturé de couleur. Lentement, elle suce alors son doigt.

(OBSCENE ! ALLIENE ! NECROPHILE !)

« Trempe ton doigt et porte-le à tes lèvres. S'il te plaît. »

*De cette manière, tu découvriras que c'est sucrée... *
Hilda Wagner
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Kapphären Jan
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Dim 6 Sep - 12:31


Nous sommes des êtres de magie

with Hilda (an -20)



S’assoir, respirer, tout cela lui semble une idée merveilleuse. Surtout dans l’atmosphère fraiche et saine du reste de la maison. Les jambes en cotons, le visage pâle et la nausée dans la gorge, Sigrid proteste à peine en voyant la bouteille disparaitre, hors de sa portée. Elle se contente de suivre sa sœur – car elle le demeure, quoiqu’il advienne, jamais elle ne la trahira en s’enfuyant, en la dénonçant, c’est la seule chose dont elle est certaine à présent.

Ca, et le fait qu’Hilda soit…

« Je ne peux pas y croire… » Car si elle y croit, elle s’en retournera à ses pensées vagabondes, sur le cadavre de Johan sur le lit, paisible dans la mort. Et aussitôt Sigrid s’enfuira en arrière, dans le creux des labyrinthes, témoin innocent du brutal décès de Bruna et d’Erik. Dans son cœur fleurit toutefois le contentement de n’être aucunement responsable du décès de Johan, et cette satisfaction imbécile et ignoble manque une bonne fois pour toute de la faire vomir.

C’est une mauvaise pensée, mais c’en est une qui remet en question les accusations infondées de ses propres parents. Elle n’a pas commis ces meurtres. Et tout ce qui s’est passé jusqu’à présent – les canaris à la place du service à thé, les moustaches de chat sur le visage de sa servante – tout ceci n’est qu’un regrettable dérapage d’une… condition plus innocente.

Il n’en reste pas moins que cela lui pèse. Et machinalement, comme si son subconscient avait déjà trouvé la réponse, elle vient caresser les poils soyeux de sa mygale.

Le sourire doux fait fleurir une maigre réponse sur ses propres lèvres. Et ses yeux s’embuent de larmes.

« Oh Hilda, mon Hilda, ne pouvais-tu être simplement heureuse… Qu’as-tu donc fait au sort pour qu’il s’acharne ainsi contre toi… Tu ne méritais pas ça. Vous ne méritiez pas ça, ni l’un ni l’autre… » Elle est sensible, la jeune Sigrid. Elle n’a pas encore compris que certaines histoires d’amour n’ont pas de jolies fins. Qu’il faut parfois batailler contre le courant pour obtenir ce que l’on veut et le garder. Qu’il faut parfois faire des concessions.

Et l’amour murmuré par Hilda lui fait baisser la tête, renifler d’une manière peu convenable. Elle s’en fiche. Elle est ici pour Hilda.

« Moi aussi je t’aime. Mais qu’allons-nous faire ? Comment l’expliquer ? Cela plus les deux autres… La police va venir t’arrêter. »

Son cocher est dehors comme son chaperon. Il faudrait cacher le cadavre, ou trouver un moyen de s’en débarasser. Et après ? Simuler un voyage d’affaires ? Prétendre à la fugue amoureuse ? Au suicide ? Trop d’histoires pour un si petit cerveau. Sigrid sait mentir mais à une moindre mesure. Dans un torrent d’interrogations affolées, elle entend l’ordre d’Hilda et se lève.

Se dirige à nouveau vers la chambre même si son esprit bataille pour la faire reculer. Elle n’a pas envie de voir Johan. Elle ne veut plus avoir à le –

Mais Hilda entre. Et s’approche. Et se penche. Et plonge son doigt dans une matière visqueuse – son cerveau ??? – avant de le lécher.

« Trempe ton doigt et porte-le à tes lèvres. S'il te plaît. »


C’est un cauchemar.
Mais si c’en est un, alors on peut vomir dedans.

Sigrid s’est retournée, précipitement. N’a que le temps d’atteindre le coin de la pièce. Et renvoie à gros flots de bile le déjeuner à peine avalé, quelques tartines, du café au lait, qui lui déchirent la gorge. L’odeur, acide, envahit la chambre et c’est à cet instant qu’elle reconnait celle de l’atmosphère précédente.

Du sucre.


Comme la bouche béante et sans lèvres de Bruna.

Elle vomit encore. Et hoquette, essuie sa bouche. S’éloigne d’un pas, la robe à peine éclaboussée. Et vacille sur ses jambes, la fièvre pulsant derrière ses yeux fatigués.

Sigrid tend la main pour s’accrocher au lit. Son esprit crie des aiguilles qui s’enfoncent dans le premier objet sur lequel son regard se pose.

Le broc d’eau posé sur la table de chevet s’ébroue – s’ébroue !!!! – et faisant voler quelques plumes d’un blanc duveteux, se met à roucouler.









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Hilda Wagner
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Hilda Wagner
Mer 9 Sep - 20:14
L'odeur du vomi est forte. Pour cette raison, Hilda s'en va ouvrir la fenêtre de la chambre. Un air froid pénètre instantanément. Ce n'est pas désagréable pense-t-elle. Le froid va permettre de calmer les comportements fougueux. Le froid va permettre de calmer les ardeurs et de réfléchir avec leur cerveau et non leur cœur.

(bruits d'ailes!)

Ses sourcils se froncent. Elle n'a pourtant pas été surprise par l'intrusion de l'oiseau en ouvrant la fenêtre. Probablement qu'elle était ailleurs. Qu'elle avait laissée ses soucis s'envoler, rien que l'espace de quelques secondes bienfaitrices. Elle se retourne alors vers sa petite sœur, pensant que l'apparition de cette oiseau est un divertissement salvateur. La preuve que le Destin n'est pas qu'une salope.

« Attrape donc notre ois- »

Dans ses pensées, elle termine ce qu'elle a commencé tout haut.

*-eau, ne le laissons pas prendre froid dehors. *

Mais il n'y a pas d'oiseau. Il y a bien des ailes. Mais définitivement pas d'oiseau. A la place, un broc qui se déverse de son eau.

« Qu'est-ce qui se passe ? »

Hilda observe Sigrid. Elle repense à Bruna et Erik. A sa très probable culpabilité quant à leurs morts.

« Est-ce que c'est moi qui ai provoquée ça ? Je n'en ai pas eu l'impression. Comment est-ce possible ? Est-ce qu'il y a moyen que je le contrôle ? »

Malgré le grand nombre de questions, la panique n'a pas envahi sa langue. Son esprit est froid et déterminé. Elle énonce tout haut ce qu'elles devaient penser chacune de leur côté. Elle parle à voix clair pour éclaircir cette situation qui semble devenir de plus en plus nébuleuse.

Hilda s'avance vers le broc volant. Elle s'en saisit très facilement et pense à le jeter dehors. Elle est prête à le jeter dehors lorsque ses yeux captent la présence de sa petite sœur... qui n'est pas venu seul. Elle ne peut donc pas jeter le broc volant dehors. Qui sait le raffut qu'il pourrait produire ? Qui sait s'il ne va pas prendre une nouvelle forme indésirable ?

La grande sœur vient donc aider sa petite sœur. Cette dernière ne se sent pas bien. Un bras pourrait lui être utile à se relever. Un appui nécessaire le temps qu'elle reprenne ses esprits.

« Retournons dans la grande salle. Ce n'est pas sain de rester en compagnie des morts. »
Hilda Wagner
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Kapphären Jan
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Ven 18 Sep - 18:13


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Elle le fixe, l’oiseau, avec la terreur des enfants qui découvrent le croque-mitaine. Horrifiée, elle n’a plus un geste. Et même son estomac agité de soubresauts se calme. Son esprit se désintéresse aussitôt du cadavre qui git sur le lit. L’air froid pénètre dans la chambre, et c’est alors qu’elle remarque que Hilda est toujours là. Qu’elle a vu – l’a vu.

« Qu'est-ce qui se passe ? »

Qu’elle la voit, elle, la regarde dans l’attente d’une réponse. Sigrid se met à bégayer des mots sans sens (pas compris) (accident) (sais pas) avant de s’empourprer, violemment. De honte et de rage. La magie bourdonne en elle comme un chat malicieux une fois le méfait accompli. Et elle se déteste, se déteste de ne pas avoir de contrôle sur cette chose poissarde qui lui entache la vie. Ses parents la détestent déjà de ce qu’elle peut commettre (TROIS MEURTRES MAINTENANT TROIS MEURTRES TROIS MEURTRES TROIS MEURTRES) mais Sigrid n’acceptera pas qu’Hilda en soit atteinte à son tour. Non, elle ne la perdra pas. Elle ne la perdra jamais.

C’est
« Est-ce que c'est moi qui ai provoquée ça ? »
Sa
« Je n'en ai pas eu l'impression. Comment est-ce possible ? »
Sœur
« Est-ce qu'il y a moyen que je le contrôle ? » »

Hilda s’approche, et le touche. Ce broc d’eau dont les ailes s’agitent nerveusement une fois saisit. Sigrid a un cri de rage. L’empêche d’avancer après l’avoir vu hésiter près de la fenêtre. Son esprit est vierge de toute pensée cohérente. La seule chose qu’elle voit, c’est un livre, lourd et couteux, sur la commode – peut-être une bible, peut-être un illustré, un roman, qu’en sait-elle. C’est une arme, qu’elle saisit à deux mains.

Et comme un joueur de croquet, elle se tourne. Frappe le broc qui vole des doigts d’Hilda pour s’écraser par terre.

Lachant le livre qui tombe au sol à son tour, elle s’avance vers les débris de porcelaine. Et éructant sa colère de petite fille en pleine crise, elle piétine, piétine les ailes, les jolies plumes blanches qui volent, et elle voit que les ailes animales qui y étaient accrochées se mettent soudain à saigner.

Une mèche de cheveux blond s’est détachée de ses tresses nouées. Sigrid la souffle, recule, la semelle prise d’un amas de viande, d’os charcuté et de plumes écrasées.

Alors son regard dur se tourne vers la fenêtre.

« Ferme ça. Tant pis pour l’odeur. Il faudra les tuer, s’ils voient quelque chose. »

Elle ne les nomme pas, renie leur humanité pour simplement se concentrer sur son ainée. Et se tourne vers le corps de Johan – cet emmerdeur – qui git encore et toujours, à jamais immobile, à jamais un fiasco.

« On s’en fiche de ce qui s’est passé. » Même si le sucre lui coule par les oreilles au pauvre chou.

Elle revoie Hilda se lécher le doigt.
Et pense confusément au caramel de sa nourrice.

« Tu peux pas juste le changer en sucre ? »

L’horreur de sa phrase ne trouve aucun impact conscient dans sa cervelle.

« Tu le transformes. On le casse. On le fond. »









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Hilda Wagner
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Hilda Wagner
Ven 18 Sep - 22:57
Trop d'émotions violentes. La personne qu'elle a devant les yeux est devenue soudainement une étrangère. Le visage, l'expression et le corps d'Hilda sont figés dans la surprise. Mais surtout la peur que lui inspire sa « petite sœur ».

*Qui es-tu ? Qu'as-tu fait d'elle ?! Rends-la moi !!! *

Son esprit hurle mais sa bouche reste emprisonnée dans un grand O de vide, de noir et de silence. Elle assiste impuissante au cri qui déclenche tout. Au meurtre qu'était cette chose hybride. (ça fait donc deux cadavres dans la pièce) Et deux autres sont à prévoir si l'entourage de Sigrid venait à pénétrer maintenant dans la petite maison isolée au milieu de nul part d'Hilda et de feu Johan.

*Le transformer ? C'est donc bien moi qui suis responsable de tous ces drames ces derniers temps... *

Les morceaux du broc se mélangent aux petits morceaux d'os autrefois blanc, maintenant rougis par ce sang venant d'un autre plan d'existence. Quelque chose de magique. D'invisible et de terriblement puissant.

*Le casser ? Mon beau Johan n'est pourtant pas un jouet que l'on peut remplacer facilement. C'est- c'était et ça a toujours été l'homme de ma vie... *

Ses yeux se relèvent et observent celle qui semble suffisamment dénuée de sentiments pour planifier leurs futurs. Il est question d'un meurtre tout de même. Un vrai qui sent et qui tâche. Elles ne se trouvent pas dans un petit salon bien aéré où plusieurs servantes leur apportent des petits gâteaux et des tasses en porcelaine, alors que tout le monde avance leur théorie sur ce que serait le meurtre parfait.

*Le fondre ? Plus de trace. Juste une grande flaque. Combien de bouteilles est-ce que l'on pourrait remplir avec l'équivalent d'un corps entier ?... *

Ses yeux s'écarquillent d'un seul coup. Elle se rend compte de la façon dont ses pensées ont changé de camp. Elle sent qu'elle embrasse les pensées et les actions de sa petite sœur. Mais... Mais elle ne peut pas faire ça. Elle est une bonne personne. Ses parents lui ont offert une bonne éducation. Alors... Alors pourquoi toutes ces pensées n'ont plus ce goût amer ?

Pourquoi ?...

Hilda se jette sur Sigrid. Elle l'enlace et ne dessert plus son emprise sur elle.

« Tu ne dois pas dire ça. Tu ne peux pas résonner de cette manière. Ne perds pas encore ton innocence, ma petite Sigrid. »

*Réchauffe ton cœur gelé. S'il te plaît. *

« Pleure si tu en as besoin. Mais ne deviens pas une adulte trop rapidement. Ne prends pas ces lourdes responsabilités à ma place. Pleure et retrouve tes esprits. »

*Pleure que je puisse me sentir comme si j'étais utile. Pleure pour me forcer à me donner du courage. S'il te plaît. *

Hilda garde son emprise sur sa petite sœur. Elle ne veut pas lui montrer le ballet d'émotions qui se déroule sur son visage. Ses bras se resserrent pour masquer les tremblements qui assaillent ses bras. Elle perd le contrôle de la situation. Elle perd le contrôle de son corps.

*Mais je dois être forte. Sigrid ne doit pas voir que je faillis. Pas encore... *

Son esprit fonctionne à toute allure. Le flux de sa vie remonte le courant. Elle se trouve de nouveau dans le labyrinthe végétal durant l'anniversaire de Sigrid. Le temps ralentit et elle voit d'un œil nouveau le cours des évènements. Le baiser échangé entre Johan et Bruna. Puis les lèvres qui se transforment en sucre. (comme le cerveau de son beau Johan...) Il y a ensuite la bouche d'Erik. Toute cette mousse. Quelque chose qui le tue de l'intérieur. Comme un poison. (si Sofia n'était pas une créature empaillée, elle aurait p-...).

Hilda relâche son étreinte. Son corps se décolle. Ses mains restent agrippées sur les épaules de Sigrid. Ses yeux se plantent dans ceux de l'araignée puis dans ceux de sa petite sœur.

*Se pourrait-il que-... *

Ses yeux se ferment. Ses pensées ont basculé dans un autre monde. Un monde où il est commun de se débarrasser de cadavres entre personnes manipulant toutes la magie. Pourtant, Hilda sait ne pas être responsable du broc ailé. Par contre, c'est bien elle qui a acheté Sofia pour Sigrid. En quelque sorte, même si elle n'a pas tué directement Erik, elle porte une part de responsabilité.

« Sigrid. Réponds-moi honnêtement : depuis quand sais-tu donner la vie à des objets inanimés ? »

Un coup de bluff. Basé sur des suppositions et sur l'envie irrépressible de ne pas être coupable de tous ses meurtres.
Hilda Wagner
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Kapphären Jan
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Dim 20 Sep - 15:19


Nous sommes des êtres de magie

with Hilda (an -20)




L’enlaçade la fait sursauter. Mais Sigrid n’a aucun mouvement de recul, observe le regard hanté d’Hilda, y cherchant son propre reflet. Ne trouvant que l’image déformé d’une petite fille trop pâle – mais une petite fille quand même. Pourtant, elle a froid. Ses lèvres sont exsangues et son propre regard brûlant de fièvre. Elle sent sous son pied le relief du cadavre qu’elle vient de piétiner encore et a conscience qu’une part de son enfance est accrochée à ces ailes brisées.

Soit, commente-t-elle froidement. Il faut bien passer par là. Comme de se faire dépuceler.

« Mon innocence ? » crache-t-elle. Pourtant c’est doucement qu’elle saisit les mains d’Hilda, et vient les embrasser. « Mon innocence s’est envolée par la fenêtre le jour où Bruna a perdu ses lèvres… Mais je m’en fiche qu’elle soit morte. » Encore cette fièvre, encore cette rage sous-jacente. « Je m’en fiche de ces morts, tout ce que je voulais c’est que l’on soit heureuses. Que tu sois heureuse, avec ton Johan. Et maintenant… maintenant il est tout… »

Ses lèvres tremblent. Elle frissonne encore. Cherche les larmes qu’Hilda exige d’elle. Mais ne trouve que la peur de se faire surprendre, la vision noire d’une prison, ou pire, celle d’un bûcher. L’argent de son père ne pourra sans doute pas payer leur survie à toutes les deux. Et l’avenir lui semble sombre, à l’odeur lourde de sang et de merde.

Non. Elles ne méritent pas ça. Elles sont femmes, elles sont filles. Elles ont trimé toute leur existence, enchainée à des corsets, simples objets lisses. Tout ça pour échouer par quelques malheureuses aventures ?

Elles détiennent le pouvoir. Autant s’en servir pour de grandes choses.
Ou le tuer dans l’œuf, le dénier, mentir – comme toutes les autres femmes le font quotidiennement.

Agir dans l’ombre.

« Je ne pleurerai pas. Nous allons régler ce problème ensemble, Hida. Tu m’as fais venir pour te soutenir. Et c’est très exactement ce que je vais faire. »

Ses ongles courts se plantent dans les avants-bras de son ainée. Elle a envie de la secouer.

« Johan est mort. Ils sont tous morts. Mais nous, nous sommes vivantes et ils vont vouloir nous mettre ça sur le dos, Hilda. Nous accuser. » Froidement, elle a un rire. « Peut-être bien qu’ils ont raison mais ils l’ont tous mérité, tous. J’en suis sûre. »

A son épaule, Sofia vacille, semble acquiescer.

« Sigrid.
- Oui ma sœur ?
- Réponds-moi honnêtement : depuis quand sais-tu donner la vie à des objets inanimés ? »

Long silence.

Lentement, Sigrid ouvre la bouche dans un o parfait.
Mais il n’y a pas de surprise dans ses yeux bleus.
Seulement de la terreur.

Puis la rage supplante le reste.

« Et toi alors ? Depuis quand es-tu fichue de transformer les gens en sucre ?! »

C’est alors que les larmes coulent.

« Tu me traites de monstre ! Toi ! Toi que j’essaye d’aider ! Toi qui me ressemble ! Mais si je ne l’avais pas tué que serais-tu devenue ? Il t’aurait tué ! Il t’aurait violenté chaque soir et j’aurais dû assister à ton déclin ! Je n’ai fait que faire ce que TU rêvais de faire ! Je l’ai tué parce que TU voulais qu’il meure ! Alors ne viens pas m’accuser de ça ! Ce n’est pas de ma faute ! Je ne le contrôle pas ! Je ne suis pas une sorcière ! Je ne veux pas mourir !! »

Et elle tape du pied par terre, la capricieuse.

« Et je ne mourrai pas ! Et toi non plus ! Alors cesse de poser des questions stupides et TRANSFORME LE ! »









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Hilda Wagner
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Hilda Wagner
Jeu 24 Sep - 17:32
Hilda se frotte les bras, là où les ongles de Sigrid se sont enfoncés.

*Tu essaies de me réveiller petite sœur... Je le vois bien. *

La stupeur. La terreur. Puis la fureur.

*Je suis faible. Je me détourne de la situation comme beaucoup de filles de notre âge le font. Au fond, je pose des questions : mais je connais déjà toutes les réponses. *

Hilda observe Sigrid dans tous ses états. Elle ne dit rien. Car elle sait qu'au moment où elle le fera, le cours de sa vie basculera.



« Je ne sais pas comment fonctionne ma magie, petite sœur. »

Voilà qui est dit. Elle reconnaît être une sorcière. Elle admet avoir tué plusieurs personnes.

« Nous sommes des femmes fortes, toi et moi. Et parce que nous le sommes, nous devons changer. Et c'est de ça que j'avais peut jusqu'à présent. Je réalise maintenant que j'avais déjà pris ma décision alors que je t'attendais. »

Sa main caresse les poils de l'araignée empaillée. Sa bouche s'élargit dans un sourire... Mais il n'y a rien de chaleureux. Il est triste.

« Je ne sais pas comment fonctionne ma magie. Mais il va falloir que je le découvre et vite. Si je n'y parviens, je serais obligé de quitter cette petite maison qui était la notre. »

Hilda observe quelques instants le corps froid et sucré, peut-être entièrement nu sous les draps qui recouvrent le macchabée.

« Je fais erreur. Je vais être obligé de quitter cette maison. Ce n'est qu'une question de temps. »

Dehors, il fait encore plus froid que lorsque le carrosse est arrivé. Le temps s'est étiré depuis le moment où Sigrid a franchi la porte. Les deux serviteurs comment à s'impatienter. Hilda le voit depuis la fenêtre car elle a quitté la chambre pour observer la situation. Elle se retourne vers sa sœur et lui dit alors :

« Je suis revenu en arrière dans les souvenirs que sont ma vie. Je l'ai fait plus d'une fois et j'en suis arrivé à une seule conclusion : deux fois j'ai utilisé la magie. La première, j'étais terrifié par les évènements qui se déroulaient dans le labyrinthe. La deuxième fois, lorsque j'ai transformé le cerveau de Johan, je dormais. Ce qui signifie que je n'ai aucune idée de comment procéder. »

Hilda revient s'approcher de sa petite sœur. Elle fixe ses yeux dans les siens pour lui demander :

« Comment fais-tu ? Peux-tu m'apprendre à devenir une sorcière ? Si pour cela, je dois cessée d'être une bonne personne chaleureuse, alors je deviendrais ces horribles sorcières dans les contes d'horreur que l'on a pu entendre plus d'une fois. »
Hilda Wagner
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Kapphären Jan
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Sam 3 Oct - 10:57


Nous sommes des êtres de magie

with Hilda (an -20)




La colère est de nouveau supplantée par la terreur, aussi rapidement qu’une bougie pourrait être soufflée. Sigrid cesse de serrer les poings, le cœur battant à tout rompre, pour observer le profil attristé et vaincu de son ainée. Les aveux d’Hilda la révoltent et pourtant, sur le moment, elle n’ose pas les contrarier. La suit hors de la chambre pour observer ses serviteurs, le visage pâle, les lèvres pincées, son cerveau de 14 ans essayant d’apporter des solutions là où Hilda peine à s’extirper de ses soucis. La priorité est bien évidemment le cadavre allongé sur le lit, mais que pourront-elles faire une fois ce dernier dissimulé ? Combien de temps leurs mensonges communs dureront avant qu’un curieux, policier ou proche, ne vienne fourrer son nez dans leurs affaires ?

Combien en devront-elles tuer par la suite pour les protéger ? Car il n’y a pas qu’Hilda de concernée. En la faisant venir dans cette chambre, en lui montrant son crime, et en appelant involontairement cette magie cachée dans le cœur de Sigrid, Hilda vient de l’entrainer, complice abasourdie puis meneuse de cruauté, à accomplir une tâche illégale, à sombrer dans les ténèbres avec elle.

« Je ne veux pas partir » chuchote Sigrid. « Ma vie est avec mes parents. Ma vie est toute droit tracée. Je ne veux pas avoir le poids de Johan sur les épaules à chaque instant important de mon existence… » Elle est égoïste mais son âme est en déroute. Son mariage, ses liaisons, son succès, son nom, que deviendront-ils si on la découvre couverte de sang ?

« Nous sommes arrivée à un point de non-retour ma sœur, mais tu ne mérites pas de partir, de quitter ta vie et de fuir sans cesse pour quelque chose qui n’est pas de ton fait. Seulement, eux » l’extérieur « ne l’entendront pas ainsi. Ils nous brûleront avant même d’avoir terminé notre procès, et ni mon argent, ni nos relations ne pourront nous protéger bien longtemps… »

Sigrid s’écarte de la fenêtre. Tire le rideau pour leur épargner la vision des serviteurs qui errent dans le froid, se frottant les mains, tapant du pied, parlant entre eux à voix basse en désignant la maison d’un coup de menton impatient. Et finit par se saisir du bras de Hilda pour la ramener à la cuisine.

« J’ai l’air horrible quand je te dis ça, mais même pour un procès, il faut avoir une preuve, tu comprends ? Et la disparition de Johan en serait une, même si nous le fondons, même si nous l’enterrons, qu’importe le sort de son cadavre il faut rester logique. Si nous parlons de disparition, tous le chercherons. Si nous parlons de mort, il faudra bien montrer un corps. Mais si tu pars… »

Les larmes lui viennent aux yeux.

Si Hilda part, Sigrid saurait peut-être les convaincre d’une fugue de jeunes mariés. Pourrait leur raconter une histoire rocambolesque, une surprise à Johan. Hilda n’aurait qu’à préparer une valise pour elle, une valise pour son mari, avant de fuir à l’étranger. Paierait un homme à chaque station pour montrer les papiers de Johan et le faire passer pour vivant auprès des compagnies qui enquêteront sans doute sous la demande du beau-père… Et Hilda pourrait revenir d’ici quelques mois, d’un pays étranger où elle aurait déclaré la mort de son époux, une maladie, un accident, mais quelque chose qui ne pourrait être vérifiable.

L’Afrique ? L’Amérique du Sud… Les terres glacées au-dessus de la Scandinavie.

A moins qu’elle ne revienne jamais.

« Je ne sais pas comment on devient une sorcière… J’ai surpris une conversation entre mes parents, suite à l’incident. Ils disaient de moi… que j’étais une fée. »

Sigrid ravale ses larmes, avec peine. Et se met à trembler.

« Il parait que c’est en moi, que je suis la magie, qu’elle m’est instinctive quand les sorcières… » Hilda, en sommes. « doivent la contrôler. Je ne sais pas comment ça se passe mais en moi, dans mon corps, je sens comme un rideau qu’on décrocherait… Une chose qui éclate et fuit hors de moi pour se planter dans les choses que je souhaite transformer. … Peut-être que pour toi, ça serait sensiblement la même chose. Sauf qu’au lieu d’un miroir, tu sentirais la présence de cette magie comme un animal à dresser… »

La voix cassée, elle demande.

« Ferme les yeux, que sens-tu maintenant ? Pourrais-tu par exemple transformer… » Ses yeux fouillent la pièce, et Sigrid pointe du doigt un service à thé qui traine. « Cette tasse là-bas en une… guimauve. »

Comme tu l’as fait de la cervelle de Johan, persifle la part méchante en elle.
Mais mieux vaut du sucre que du poison dans les veines, n’est-ce pas Sofia ?








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Hilda Wagner
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Hilda Wagner
Dim 4 Oct - 7:57
Elle a raison sa petite sœur. Son raisonnement est logique. Ses idées ont du sens. Pourtant... Pourtant Hilda ne peut changer d'avis. Depuis que Sigrid l'a rejointe, elle a l'impression que son esprit est une minuscule boule, perdue dans une immensité, reliée à un fil qui la fait basculer d'une émotion à une autre. Il faut que cela cesse. Le pendule doit devenir immobile. Tout comme son esprit doit être clair et limpide, et son sang froid.

Hilda le ressent. Elle n'a pas d'autres choix.

*Car je ne contrôle pas mes choix. Pas tant que je ne contrôlerais cette magie. *

Elle ferme alors les yeux, sur le conseil de sa petite sœur. Le monde devient obscurité. Ne pouvant voir à travers ses yeux, elle concentre ses sens sur ses oreilles. Elle entend le blizzard au dehors et le silence embarrassant à l'intérieur.

« Je ne ressens rien de spécial, petite sœur. Je ne me sens ni sorcière, ni extraordinaire. »

Elle ouvre les yeux et observent la tasse. Celle dont Sigrid voudrait la voir devenir guimauve. Elle referme donc les yeux et essaient de la visualiser. Mais tout est ténèbres. Elle ne possède pas de troisième œil. Il n'y a pas de courants magiques qui traversent chaque objet de ce monde matériel. Pas de réseau que son esprit pourrait toucher, courber, manipuler à sa guise.

« C'est peine perdue, petite sœur. Je ne ressens pas la magie. Et, si elle est comme un animal à dresser selon tes pensées, cet animal fait tellement partie de ma vie de tous les jours que je ne l'aperçois plus de sa présence. »

Elle ouvre de nouveau les yeux. La tasse est toujours là. Elle n'a pas bougé. Tout comme de porcelaine elle était, de porcelaine elle est toujours. Il serait si facile de manger les quelques pas qui séparent Hilda de la tasse. De céder à la fureur de la défaite pour exploser l'ustensile sur son sol. Mais Hilda respire et garde le contrôle de ses émotions et de ses pensées.

« Peut-être que ma magie répond seulement à des conditions. Peut-être que, comme un chien domestique, la magie se déclenche lorsque je suis en danger. Peut-être qu'elle répond à la peur ou au stress. »

Les pas d'Hilda la conduisent une nouvelle fois à la fenêtre. Elle ne regarde pas à travers. Elle ne veut pas savoir si l'impatience des serviteurs a encore gravi quelques échelons. Peut-être que l'inconnu pourrait la plonger dans l'état d'esprit nécessaire ? Non. Elle a pris la décision d'embrasser la sorcière qu'elle est. Son esprit est calme. Concentré.

Elle regarde Sigrid et repense à la conversation qu'elle a surprise dans sa demeure. Ses parents parlant de magie et de fées. Une possibilité apparaît. Serait-il possible que ses parents connaissent quelque chose à la magie et aux sorcières ? Sa mère pourrait-elle lui venir en aide ? Ou la mère de sa mère ? Car, devient-on sorcière parce que le Hasard vous a choisi ? Ou devient-on sorcière par Hérédité et Héritage familial ?

« Petite sœur, nous perdons notre temps. Je ne peux pas me permettre de rester enfermée, à attendre que ma magie me livre ses secrets. Je vais donc te livrer quelques idées et tu vas me dire ce que tu en penses. »

Hilda fait une courte pause. Elle se répète les grandes idées qu'elle va annoncer. Sa mère. Des livres. Un professeur.

« Tu es souvent venue chez moi comme je suis souvent venue chez toi. Un regard étranger permet souvent de voir des nouveautés. Penses à ma mère, est-ce que tu te rappelles de quoi que ce soit qui pourrait nous dire qu'elle était également une sorcière ? Peut-être des objets qu'elles soustrayaient à nos regards, objets de rituels ? Ou encore un brusque changement d'opinion lors d'une soirée ? »

Mais elle en doutait. Elle ne voyait pas sa mère en sorcière. D'un autre côté, hier encore, elle n'aurait jamais dit à voix haute qu'elle en était une : une sorcière.

« Si on ne peut pas trouver d'aide du côté des femmes de ma famille, peut-être pourrait-on en trouver dans la grande bibliothèque de ta famille ? Si tes parents savent que tu es une fée, ils ont du faire des recherches. Peut-être même ont-ils achetés des livres interdits qu'ils ont cachés dans une pièce secrète ou une fausse reliure ? »

L'autre possibilité qu'Hilda n'envisageait pas, c'était que les informations provenaient de la mère de Sigrid. Qui était donc un être magique : une fée.

« Il me reste encore une troisième solution. Trouver une sorcière qui accepterait de me prendre comme apprentie. Mais comment en découvrir une ? Peut-on faire suffisamment confiance à quelqu'un pour lui demander de faire des recherches ? Un mercenaire bien payé pourrait probablement garder le silence. Mais ce serait prendre le risque de vivre dans la crainte du chantage. »
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Kapphären Jan
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Dim 11 Oct - 14:17


Nous sommes des êtres de magie

with Hilda (an -20)



Sigrid y a cru, avec une confiance d’enfant qui ne peut que croire aux tours du magicien. Elle a espéré voir la tasse se transformer en sucre au point que sa propre magie, bouillonnant en son cœur et faisant entièrement partie de son être, a manqué de tressauter pour lui rajouter des plumes. Mais Hilda ouvre les yeux, dans un murmure déçu qui la glace plus encore que le blizzard au dehors.

Sur le coup, l’enfant qu’elle est peut-être encore un peu manque de taper du pied, de la gronder, de la bousculer pour créer une émotion. Mais cette idée, pas si mal mais dangereuse – qui sait si dans un élan de rage Hilda ne pourrait pas se retourner contre elle accidentellement – est bien vite étouffée par sa froide conscience d’adulte en devenir.

Et elle se fait peur pour cela. Mais s’aime aussi un peu, orgueilleusement.

« Je voudrais bien te stresser » répond-elle patiemment à Hilda « mais nous risquerions alors de déclencher des catastrophes. Laissons ta magie en paix pour les prochaines heures. Nous avons mieux à faire de toute façon. »

Inévitablement, Sigrid se tourne pour affronter de nouveau la chambre et son sinistre contenu. Cependant Hilda ayant trouvé une nouvelle porte de sortie pour mieux fuir sa situation et leurs terribles conséquences, persiste et signe dans sa volonté d’en apprendre plus.

Si pressée, si enthousiaste, et tellement apeurée qu’elle en parait tout de suite plus juvénile.

Et dire qu’elle est mariée, pense Sigrid, sans méchanceté. Ainsi, la limite entre l’enfant et l’adulte peut se flouter à en devenir inexistante. A moins que ça ne soit qu’un mythe de plus. Comme la fée des dents et les cadeaux du Père Noël. Que leur réserve cette vie tortueuse et sombre, pleine de décisions et de choix drastiques ?

De merveilleuses déceptions.

« Hilda » finit-elle par la couper sèchement. « Là, c’est toi qui perds du temps. Je serais bien incapable de juger les actes et la présence de ta mère quand feu ton mari git encore et toujours dans votre lit conjugal. Nous irons voir la mienne, c’est évident. Car elle fera ce que toute maman ferait dans de telles circonstances, nous porter secours. Mais je ne me risquerai pas à l’appeler au secours, repartant sur les routes en t’emportant avec moi et laissant ce corps abandonné dans une maison qui pourrait être visitée à tout instant. Méfie-toi du hasard et des gens bien ordonnés. C’est toujours en ces funestes instants que Dieu nous met à l’épreuve. »

Ou bien le Diable, pour ce qu’elle en sait.

« Puisque tu ne peux le transformer en sucre, alors nous allons utiliser la vieille méthode. Il me semble avoir vu un appentis accolé à la maison. Ton jardinier devrait certainement avoir une hache, pour s’occuper de tous ces arbres qui entourent ton logis. »

Fermement, elle lui prend les mains, et vrille son regard au sien.

« Je te trouverai la meilleure sorcière du pays. Nous répondrons, ma mère et moi, à toutes les questions. Je lancerai Sofia aux trousses de n’importe quelle forme de justice qui voudrait te voir pendue ou brûlée. Mais en attendant, nous allons renvoyer mes gens, chasser ma nourrice, prendre de quoi découper Johan, et nous allons l’enterrer au fond des bois. Au cœur des bois. Là où personne ne viendra jamais nous embêter. Puis nous signalerons sa disparition. »

Elle sourit, soudain malicieuse et confiante.

« Oh le noir t’ira si bien Hilda ! »








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Hilda Wagner
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Hilda Wagner
Lun 12 Oct - 18:37
Les émotions sont cloîtrées derrière une porte. Désormais, elle agit avec le sang-froid de la sorcière.

« Oui, petite sœur, nous prendrons la hache dans la petite cabane. Par contre, je t'interdis de l'utiliser. Je ne veux pas assombrir plus que cela ton esprit. Après tout, tu n'es encore qu'une enfant. Je t'ai déjà trop impliqué. »

Elle ne crie pas. Son visage est lisse, absolument pas plissé par la colère. Pour autant, son ton est sans équivoque. Sigrid n'a pas d'autre choix que de suivre les désirs d'Hilda.

« Découper le corps de feu mon mari va être une longue et épuisante tâche. Pour cela, je veux que tu éloignes tes domestiques de ma maison. Avant que tu ne dises quelque chose, écoute-moi, j'ai pensé à tout. »

Hilda va de nouveau à la fenêtre. Ses doigts écartent de quelques centimètres le rideau pour vérifier qu'aucun des domestiques ne s'apprête à faire entrer le chaos dans ses plans. Un coup d’œil à gauche. Un coup d’œil à droite. Et l'esprit de la sorcière est rassurée. Elle se retourne alors vers Sigrid pour lui exposer la suite de son plan.

« Nous n'allons pas enterrer le corps de Johan. Je ne veux pas prendre le risque de ne pas savoir ce que les animaux vont faire de sa dépouille. Nous allons donc procéder en deux temps. Dans un premier temps, je vais découper le corps en plusieurs morceaux. Je vais faire cuire les morceaux de sorte qu'ils se décollent des os. »

L'esprit froid de la sorcière ne se rend pas compte des aberrations qu'elle émet. En présence de fille de la haute bourgeoisie, elle provoquerait des malaises. En présence de force de l'ordre, elle finirait derrière des barreaux de fer.

Mais elle se trouve face à une petite fée.

« Quand j'aurais terminé cette première tâche, c'est à ce moment que tu reviendras toquer à ma porte. Car tu seras partie accomplir la dernière partie de mon plan. Ma petite Sigrid, tu vas te rendre dans la petite boutique où j'ai acquis Sofia. Tu verras, c'est un endroit magique. C'est autant un magasin que c'est un musée. Les gens appellent ça un cabinet de curiosités. »

Hilda avait pensé à se débarrasser du corps en le donnant à un groupe de jeunes médecins. Avoir un squelette en parfaite condition était toujours utile pour en apprendre toujours davantage sur l'anatomie humaine. Mais elle n'aimait pas cette solution, elle avait peur des répercussions. Elle préférait davantage faire affaire à un homme qui avait beaucoup moins de scrupule, beaucoup moins de moral. Après tout, certaines des pièces qu'elle avait observée alors dans la boutique ne devait pas être légale... C'était parfait pour sa situation.

« Tu y vendras le squelette de feu notre beau Johan. Si besoin, parle de défauts, de modifications. Si le vendeur souhaite acheter le cadavre d'une bête mythologique, nous nous débrouillerons pour lui donner ce qu'il veut. Après tout, quand ce moment sera venu, il ne nous restera que des os facile à dissimuler dans une malle, sans que ces derniers ne laissent d'odeur suspecte. »

Ensuite, Hilda s'en va dans sa chambre. Elle ouvre un placard et en ressort la robe noire qu'elle porta lors de l'enterrement de sa rivale amoureuse et de cet homme qui l'aimait sans retour. Bruna et Erik. Hilda se changea devant Sigrid sans honte.

Désormais, elle était habillée de noir comme Sigrid l'avait suggérée. Elle portait le deuil de sa vie passée. Elle se glissait dans la peau de son personnage présent. Que lui réservait le futur maintenant ?
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Kapphären Jan
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Sam 24 Oct - 13:35


Nous sommes des êtres de magie

with Hilda (an -20)




Dans sa cruauté de petite fille, Sigrid n’en fut pas moins touchée par la précaution prise par Hilda de lui épargner le triste spectacle du corps découpé de feu son époux. Bien qu’ayant proposé à plusieurs reprises de s’en débarrasser en le changeant en sucre ou en allant l’enterrer, Sigrid fut soulagée de ne pas avoir à assister à cette scène de carnage. Son estomac était encore trop sensible, et Johan trop humain, pour lui permettre de soutenir cette vision sans faillir.

Elle s’approcha donc de sa cape de voyage délaissée, écoutant la proposition d’Hilda en hochant distraitement la tête. A la mention de Sofia, ses mains graciles vinrent effleurer cette dernière, toujours accrochée à son épaule. Qu’importe que la magie ait changé sa précieuse venimeuse en meurtrière, Sigrid ne comptait pas jeter la dépouille empaillée de celle qu’elle avait rêvé d’obtenir tant d’années auparavant.

Et qui savait. Lui permettre de l’ensorceler pourrait sans doute lui resservir un jour. La vie ne manquait pas d’ennemis.

Esquissant un sourire, Sigrid s’approcha de la fenêtre. Il lui faudrait son véhicule et son chaperon. Mais là encore elle comptait sur la fidélité de la femme pour ne pas ébruiter sa visite dans une obscure visite. Car les autorités, si elles se montraient compétentes, risquaient très vite de faire le lien entre la visite de la jeune Ferenbach et la disparition subite du mari de sa meilleure amie.

« Très bien, j’y vais de ce pas. » Elle se demanda si le moment était choisi pour une plaisanterie concernant la valeur des gens, notamment de leurs squelettes, mais se tût. Hilda, habillée de noir, semblait prendre le coup de son nouveau veuvage. Portant non pas le décès de Johan en épingle, mais bien l’assassinat de ses rêves.

« Quand nous reviendrons. » Sigrid tira sur son gant, sans la regarder. « Mes gens auront besoin d’un souper. Je te remercie de garder la viande pour leur permettre de se sustenter. Au moins la majorité des preuves disparaitront dans leur litière. »

Un petit sourire étoila son visage blafard.

« Grâce à Dieu, nous nous sommes résolues à un régime strictement végétarien. N’est ce pas Hilda ? »

S’approchant de sa sœur, Sigrid déposa deux baisers sur les joues de son amie.

« Je fais vite. »

Et se détourna rapidement, ouvrant la porte, hélant son cocher d’une manière qui choqua son chaperon, trop frigorifiée pour réellement s’en plaindre. Dans un claquement du fouet, le cortège disparu.

Laissant à Hilda le soin d’aller chercher la hache et de s’occuper à ses propres affaires.


~



La clochette tinta, et dans l’obscurité presque poussiéreuse de sa boutique, Sigrid apparue, les sourcils froncés, le regard vif. Dans son dos, son chaperon amorça un geste pour la suivre mais la jeune adolescente la bloqua de la main, fermement. Dans la calèche, elle s’était permis d’ignorer la moindre question ou remarque de sa servante. Et coupa toute protestation d’une simple moue pincée qui n’augurait rien de bon.

Le chaperon, bien au courant du tempérament explosif et de son caractère choyé, baissa la tête et recula.

« J’attendrais à la porte. » murmura-t-elle, vexée. En quinze ans de service, jamais aucune autre enfant n’en avait autant fait à sa tête qu’en sa compagnie. Mais Sigrid, protégée par sa mère, était presque intouchable. Ce qui généralement lui gâtait le caractère.

Mais tendait aujourd’hui à lui rendre service.

Elle était seule dans la boutique. Et ses talons courts claquèrent sur le sol tandis qu’elle avançait entre les rayons. Assez pressée, et de nature peu patiente en règle générale, sa voix claire lança un « Hola ! » qui manqua de trouver un écho.

Allons bon. Allait-elle devoir chercher ce fameux vendeur ?
Caressant Sofia, Sigrid manqua de feuler entre ses dents. La journée avait été assez mouvementée. Garde à celui qui se montrerait désobligeant.









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Hilda Wagner
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Hilda Wagner
Dim 25 Oct - 17:43
« Ah ! »

Qu'est-ce que c'était ? Hilda venait de laisser s'échapper le début d'un rire à propos de la blague cannibale de sa petite sœur. Pouvait-on changer de personnalité si rapidement ? Dans ce cas, on pouvait se demander ce qui faisait notre personnalité. Ce qui nous définissais. Ce qui était la base inflexible.

« Ah ah ! »

Un deuxième début de rire.

« Oui, petite sœur, heureusement que nous ne mangeons plus de viandes. Bien que j'en viens maintenant à me demander quel goût cela aurait. Allez, va : fais bon voyage et reviens-moi très vite. »

Hilda avait accompagné Sigrid jusqu'à la porte. Par la fenêtre, elle avait vu disparaître la carriole. Mais elle était restée à la même place. Elle avait attendu. Elle ne pouvait se permettre de se faire surprendre tandis qu'elle découperait le corps de son beau Johan à la hache.

Lorsqu'enfin elle considéra que suffisamment de temps était passé, elle sortit chercher l'outil de travail. Il faisait froid et noir. Hilda se demanda alors si elle devait s'occuper de sa besogne à l'intérieur de chez elle ou à l'extérieur. Le faire dans sa maison serait moins fatiguant car elle n'aurait pas à traîner le corps. De plus, elle serait au chaud et éclairée. Mais le problème était qu'il y aurait beaucoup de ménages à faire après. Elle décida alors de travailler à l'extérieur à l'aide d'une lampe à huile. Elle se réchaufferait vite. Mais il lui faudrait travailler encore plus vite pour ne pas rencontrer de mauvaises surprises.

Agenouillé auprès de son lit, c'était la dernière fois qu'elle le voyait. Dans la position où elle se trouvait, Hilda avait fait en sorte de dissimuler la cervelle caramélisée. A cet instant, le beau Johan semblait seulement endormi. Elle lui parla longuement : de ce que leur vie aurait été mais aussi des bons moments qu'ils avaient eus tous deux.

Puis elle se releva.

« Au revoir mon bien-aimé. Je t'ai donné mon cœur et maintenant tu l'emportes avec toi. Je suis certaine que je n'aimerais plus jamais. Tu as été et tu seras le seul vrai amour de ma vie. Adieu. »

Alors le dur labeur commença. Traîner le corps au-dehors. Déshumaniser l'amour de sa vie pour le découper en morceau à la hache. Subir le froid. Craindre les bruits de la forêt alors que seul l'acte criminel est éclairée par la lampe à huile. Abattre encore et encore la hache. Oublier les douleurs dans les bras et dans le dos. Affronter un loup solitaire, attiré par la viande crue et le sang répandu sur la robe de deuil. Ramener tous les morceaux dans la petite maison perdue au milieu de la grande forêt noire. Allumer les feux et sortir les plus grandes casseroles. Faire cuire la viande pour la décoller. Récupérer les os et les astiquer pour pouvoir les revendre au marchand de la boutique où Sofia l'araignée a été acheté. Refaire cuire la viande pour la préparer à ses futurs invités.

Lorsque tout fut terminé, Hilda n'avait plus de force. Elle s'effondra dans le fauteuil où s'asseyait toujours le beau Johan. Elle était exténuée. Son visage trahissait l'effort de la labeur et les crises qui l'avait traversé quand le fer de la hache tapait dans les hommes de son ex-mari.

Le sommeil s'empara d'elle sans aucune chance de rébellion.

-

Dans la boutique qui était également un cabinet de curiosités, un jeune homme apparu devant Sigrid. Il exhalait une odeur de voyages. Peut-être était-ce du à sa façon de s'habiller qui rappelait ces hommes qui partaient à la recherche des trésors africains. Bien que sa veste était bleu et son pantalon violet, contrairement aux beiges des explorateurs fortunés. Fortune que lui affichait sur ses murs de par les parures des paons, les grandes malles de couleur rouge-marron ou encore de ses crânes d'animaux exotiques protégés sous des cloches de verre.

« Bonjour mademoiselle. Comment puis-je vous aider ? »

Spoiler:
 

Le jeune homme s'en alla dans une armoire de laquelle il sortit quelques fioles.

« Peut-être de la raclure de corne de licorne ? Du foie de Bafiliscus en gelée ? A moins que vous cherchiez de l'huile de mandragore bouillie ? »

Spoiler:
 

Sans attendre vraiment une réponse de la part de Sigrid, il reposa les trois fioles pour en présenter trois nouvelles.

« Vous cherchez peut-être des toiles d'araignée desséchées ? Ou de l'élixir de Drosera ? Peut-être des cendres de phénix alors ? »

Spoiler:
 

Mais il posa toutes les fioles, comprenant aux émotions qui passaient sur le visage de sa cliente, que cette dernière n'était pas venue pour des babioles. Mieux, elle savait ce qu'elle voulait et n'avait pas de temps à perdre. Une affaire déjà conclue se dit-il.

« Excusez-moi, je m'emporte je m'emporte et je ne vous laisse pas la parole. Alors, dites-moi ce que vous voulez. Je vous écoute. »
Spoiler:
 
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Kapphären Jan
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Sam 7 Nov - 15:58


Nous sommes des êtres de magie

with Hilda (an -20)




La présence soudaine du vendeur lui arracha un sursaut qu’elle ne pu dissimuler. Le visage un peu blême, le corps tendu des actions du jour, Sigrid contempla cet hurluberlu à la mine soignée d’un regard presque effarouché de jeune demoiselle en détresse. A 14 ans, elle savait tout de même reconnaitre un homme de bonne condition quand elle en voyait un et jeta un coup d’œil critique à ses vêtements – de bonne facture – tout comme à sa barbichette et à ses cheveux peignés. Soit, il était avenant. Mais un tantinet trop loquace pour la petite fée.

Une véritable tornade même. Allant et venant d’armoires en objet, il vint, repartit, lui présentant à chaque fois des objets qui, s’ils l’intriguèrent, ne parvinrent pas à l’arracher à son but principal. Il lui était primordial de regagner la maison d’Hilda une fois l’affaire conclue, histoire de trouver une fin heureuse à cette détestable aventure. Ne pouvant donner de la voix pour interrompre le ballet de ce vendeur imbécile comme l’aurait fait son père en d’autres occasions, Sigrid pris sur elle de patienter un court instant, décrochant Sofia de son attache pour mieux la caresser et se calmer.

Ainsi, elle pouvait aussi se concentrer sur l’étrange pouvoir qui sommeillait en elle, histoire de ne pas lancer la bête aux trousses de ce menu fretin.

Le regard détourné, les lèvres pincées, Sigrid attendit que l’homme remarque son impatience et la considère enfin comme une personne et non pas comme une potentielle acheteuse, avant de le fusiller du regard.

« Il était temps. » La langue vive, elle faillit en rajouter. Et se rappela in extremis que c’était à lui de mener les cartes. Après tout, elle-même avait quelque chose à lui vendre. Et pour cela, il faudrait toute sa finesse de fille.

Rebaissant les yeux sur Sofia, elle lança d’une voix égale.

« Je n’ai que faire de toiles d’araignées ou de fioles en tout genre, monsieur. Je cherche l’exceptionnel. »

Contournant le vendeur, et inspirant au passage une bouffée de ce parfum d’exotisme qui semblait l’embaumer, elle s’approcha avec dignité des armoires proches deux deux paons immobiles. Ces derniers avaient encore les plumes vives, figés à jamais dans la mort. Et cela lui rappela le triste destin de Johan, avec un léger pincement de cœur.

Faignant d’observer les squelettes, son regard azur ne perdit pas une miette de la silhouette trahie par le reflet des vitres, non loin d’elle.

« Il semblerait que votre boutique ne possède rien à ma convenance. Dire que l’on m’avait vanté votre commerce comme une caverne de conte de fées. » Ses lèvres se pincèrent à nouveau. « Décevant déplacement. »










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Hilda Wagner
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Hilda Wagner
Mar 1 Déc - 21:03
Le vendeur avait suivi le regard de Sigrid vers l'araignée empaillée. Ses doigts vinrent alors glisser plusieurs fois sur sa petite moustache parfaitemeltn entretenue. Ses sourcils se froncèrent tandis que sa mémoire refusait de lui livrer le contenu de son savoir.

La jeune femme observa les marchandises. Elle se déplaçait avec cette grace hautaine des filles nées dans les bonnes familles. Ce n'était pas une mauvaise chose même si le vendeur avait du travailler dur pour en arriver à ce niveau de vie. Non, c'était une très bonne nouvelle car cela signifiait qu'il pouvait faire une affaire en or. Dans son commerce, une vente la journée pouvait se révéler très lucratif.

« Vous m'en voyez navré, mademoiselle, que ma boutique ne vous convienne pas. »

Il approcha tranquillement, les mains derrière le dos et le meton un petit peu monté. Il avait cette façon de marcher qui rappelait une nouvelle fois ce stéréotype des européens qui s'en allaient chasser sur le continent africain.

« Je ne vous ai pas encore tout présenté, loin de là. Comme vous pouvez l'imaginer, un bon vendeur n'est pas celui qui met le scintillant Oeil Noir directement sous les yeux de sa clientèle. Ce serait une grave erreur que de ne pas faire augmenter la richesse et l'unicité de mes biens. Le suspens et l'art de montrer les choses en temps et en heure. »

Ce que le vendeur appelait l'Oeil Noir était un gros cristal de couleur noir quand on le regardait distraitement. En approchant son nez dessus, il prenait d'abord des reflets violet foncé. Et approcher son nez du cristal n'était pas une expression, il fallait l'appliquer littéralement. Effectivement, la chaleur dégagée par la respiration faisait naître des petites étoiles blanches aux lueurs rosés. Une pierre magnifique et très rare. Un joyau que certain disait inestimable.

Le vendeur fit une petite balade de sa boutique à Sigrid. Il parla très rapidement et très évasivement des possibles richesses qu'il avait acquis et qu'il était susceptible de vendre. Parmi cette liste, Sigrid en reconnut peut-être un ou deux. Ce genre d'artéfacts qui possédait une ancienne légende. Ce genre d'objets qui permettaient à des personnages de contes de triompher de leur némésis.

« Mais arrêtons de parler de moi, de mon magasin et de tout ces objets précieux et extravagants. Parlons de vous, mademoiselle. Je parle et je parle, et je vois bien que cela vous agace. Et croyez-en mon expérience, ce n'est pas moi qui vous énerve. »

Le vendeur retourna derrière son comptoir de vente. Derrière se trouvait des meubles où étaient entassés milles et une choses. De la petite poupée vaudou, en passant par le squelette d'un petit hybride, en allant à la collection de pierres lunaires pour finir jusqu'au tableau semblant dépeindre des actes contre-nature entre plusieurs femmes et toutes sortes d'animaux.

« Comme je vous le disais, mademoiselle, j'ai suffisamment d'expérience pour comprendre certains pans de la psychologie des gens. Du moins dans mon domaine. Et c'est pour cela que je sais que vous n'êtes pas venu acheter. »

Le vendeur se rapprocha. Il se frotta avec intérêt sa petite moustache.

« Alors dites-moi : qu'est-ce que vous voulez me vendre ? »
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Kapphären Jan
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Sam 19 Déc - 13:19


Nous sommes des êtres de magie

with Hilda (an -20)




Sigrid n’avait que faire de la patience et du talent de ce vendeur qui tentait, par quelques paroles assurées et un comportement sans failles, de défendre les valeurs de sa petite boutique. De fait, la jeune fille n’avait effectivement rien à lui reprocher. Sa mise en pli était correcte, son attitude avenante, son magasin intriguant et elle se surprit à ciller deux ou trois fois sur des objets incongrus et particulièrement attirants. Dans l’une des armoires vitrées, elle trouva la jumelle – ou bien le jumeau – de Sofia, Mygale empaillée parfaitement entretenue mais portant, sur le sommet de son crâne, une crête bleue reconnaissable.

Sigrid se félicita aussitôt qu’elle n’ait pas été son cadeau d'anniversaire. Avec un tel détail, nul doute que les policiers chargés de l’enquête aurait eu plus de mal à croire en un triste hasard. Machinalement, elle vint caresser son porte-bonheur – puisque telle était sa place dans son esprit, malgré la mort du galant d’Hilda – et écouta distraitement les paroles de cet homme. Il mettait la même délicatesse à trifouiller sa moustache qu’elle-même à bercer Sofia. Et ce point commun la fit sourire, doucement.

Avant que le masque de la gamine hautaine ne se remette en place sur son visage. Que sa voix claque, froidement.

« La psychologie humaine, monsieur, se confond dans la généralité au point que tout en devient banal. Si vous pensez juger mon esprit et en connaitre les moindres réactions, alors il serait bon pour vous de ne pas en faire mention. Car votre étude vous indique sans doute que je ne suis pas de celle à qui l’on donne des leçons. »

Perfidement, elle ajouta.

« Ne dit-on pas, après tout, que le client est roi ? Et je compte bien mener mon affaire, car je ne suis pas ici en vain. Je n’aime pas les déplacements inutiles. » Tournoyant sur elle-même, Sigrid prit son temps pour calmer ses pensées. Il n’y avait pas à dire, le vendeur était observateur et connaissait son métier. Mais son orgueil de petite pimbêche l’empêchait de plier l’échine et d’amener clairement le sujet sur l’origine de sa venue.

Pinçant les lèvres, elle tendit la main vers une plume du paon, lui aussi empaillé. Et marmonna, comme pour elle-même.

« Ceci est gracieux j’en conviens. Qu’en dis-tu ma belle Sofia ? » Penchant la tête, semblant écouter la réponse de son araignée, elle eut un petit rire amusé. « Père serait bien fâché de me voir rapporter un autre de nos amis. Quoiqu’il ne se gêne pas, lui, pour accrocher les trophées de ses chasses. Mais j’en conviens, je les préfère entier. Et non pas décapité. »

Glissant au sol telle une danseuse, elle commença à tourner autour du vendeur. L’encerclant de sa présence, envahissant la boutique de sa présence juvénile. A la fois songeuse et malicieuse.

« Je ne suis pas ici pour acheter. Mais d’un cadeau. Pourtant, le paiement pourrait vous surprendre, puisque je compte procéder à un échange. J’ai en ma possession le squelette du premier homme de ce monde. »
D’un petit battement d’œil, Sigrid observa la réaction du vendeur. Avant de signer. « Notre Père à tous. Adam. »

Le cœur battant à tout rompre, elle se détourna pour contempler un autre meuble. Et tapota un piège à doigt chinois, incrusté de rubis et d’émeraude.

« Il nous vient de nos ancêtres, des collectionneurs de longue lignée. Point impie. Il fut toujours traité avec les égards dû aux grands rois. Mais des circonstances tragiques nous poussent à nous en séparer. Il serait fâcheux qu’il tombe entre de mauvaises mains. Nous nous refusons de confier son corps au Vatican – nous pourrions être brûlés vifs. »
Petits mensonges d’une importance considérable. Sigrid n’arrivait pas à croire à ce qu’elle était entrain de raconter. « Cependant, mon Père m’a confié l’idée de votre charmante boutique. Et une amie a appuyé son propos. »

Néanmoins, elle le devait. Ou l’homme ne serait jamais convaincu.

« Nous procéderions donc à un échange, si les conditions vous satisfaisaient. Le corps du Premier Homme. Contre une orbe, de grande valeur. »


Sigrid haussa un sourcil.

« Seriez-vous intéressé ? »



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Hilda Wagner
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Hilda Wagner
Mar 22 Déc - 21:10
Le vendeur allait pour croiser les bras sur sa poitrine. Mais ses vêtements étaient bien trop saillants pour prendre le risque de fabriquer de faux-plis. Il avait une image à tenir. Alors il croisa ses mains dans son dos tandis qu'il observait la jeune demoiselle avec une expression mitigée. Il y avait pour l'instant surtout du doute. Avec un peu de curiosité. Mais essentiellement du doute.

« Le Premier Homme vous dites ? »

Sa main quitta son dos pour venir se lisser plusieurs fois sa fine moustache. Signe de réflexion et de nervosité. Plusieurs pensées parcouraient son esprit. Il y avait une partie qui cherchait dans ses connaissances ce qu'il avait comme fait concernant le Premier Homme. Il y avait une autre partie de son esprit qui cherchait à savoir si la situation actuelle était une plaisanterie enfantine ou une affaire tout à fait sérieuse. Mais il y avait également une troisième partie de son esprit qui s'affairait...

Le vendeur se rapprocha d'une des nombreuses armoires qui composaient sa boutique. Les meubles ayant l'évidente particularité d'être vitrée pour mettre en évidence les trésors que le vendeur recherchait et accumulait. Il ne fallait pas s'y tromper, l'homme à l'allure d'explorateur africain n'avait pas choisi cette armoire vitrée pour rien.

« Chère demoiselle, ne seriez-vous pas la fille des Ferenbach ? Je reconnais cette- Excusez-moi, j'allais vous donner le nom latin et scientifique de cette araignée que vous nommez Sofia. Depuis que vous êtes entré dans ma modeste boutique, quelque chose faisait travailler mes pensées. C'était cette compagne que vous appelez Sofia. »

Ses yeux s'ouvrirent. Sa bouche devint un sourire. Son expression était celle d'un homme victorieux.

« Je me souviens maintenant. Une femme est entrée dans ma boutique il y a de ça quelques mois. Elle recherchait un cadeau spécial pour la fille des Ferenbach. Vous. Parfait. Vraiment parfait. »

Il observa une dernière fois Sofia et se fit la réflexion que l'araignée à la crête bleue était peut-être une erreur. Il hésita quelques instants puis finit par la sortir pour aller la ranger derrière le comptoir. Dissimulé à la vue des prochains clients.

« Bien, revenons donc à nos propres affaires. Vous parliez du Premier Homme et d'une Orbe. Je dois vous avouer, mademoiselle, que je ne sais que penser de tout cela. Vous m'avez surpris et j'en suis heureux. »

Le vendeur lissa ses vêtements pourtant déjà parfait et ajouta.

« Serait-il possible de voir ce Premier Homme ? »

Ses yeux allèrent à gauche. Signe d'une nouvelle pensée qui fusait telle une étoile filante.

« J'imagine qu'il y a des conditions. Peut-être quelque chose comme une interdiction de vendre ce Premier Homme ? Vous avez peut-être l'espoir de le récupérer un jour prochain ? »

Ses yeux allèrent à droite. Son esprit était excité.

« Vous parliez d'une Orbe ? Avez-vous une idée précise de l'objet recherché ? »
Hilda Wagner
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Kapphären Jan
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Sam 26 Déc - 17:15


Nous sommes des êtres de magie

with Hilda (an -20)



Droite, toujours fière, Sigrid prit sur elle de ne rien laisser voir du trouble qui l’envahissait. Elle avait en bouche un arrière-goût de fer, signe que sa nervosité lui coupait le souffle à coup d’angoisses. Mais elle ne pouvait se permettre de lui montrer sa peur et se détourna. A nouveau nonchalante, se concentrant bien plus sur son geste délicat vis-à-vis de sa moustache que sur sa question. En elle, l’alerte était totale et elle se voyait déjà justifier son échec vis-à-vis de Hilda, arguant qu’elle avait cédé à la panique et avait fabriqué le mensonge le plus grossier de toute l’histoire des arnaques.

Seulement, la curiosité de l’homme la saisit, quand son nom fut prononcé et son identité dévoilée. Portant la main à Sofia, tournant le dos à l’homme, Sigrid eut besoin de quelques minutes pour se ressaisir. Si sa famille était mise au courant de cet assassinat et de sa coopération dans cet acte sordide, elle serait envoyée à l’Asile sans que l’influence de son père y change quoique ce soit. La gorge nouée au point qu’elle ne put proférer autre chose qu’un malencontreux pet de souris, Sigrid changea ce dernier pour un gloussement malhonnête.

Et sa magie fusa, sans qu’elle n’y prenne garde. Toucha du bout des doigts Sofia et lui fit déplier les pattes.

A sentir ce mouvement que sa magie contrôlait, Sigrid se vit revivre l’effroyable scène du labyrinthe.

Non
, il ne fallait pas tuer ce vendeur. En aucun cas.

Mais heureusement l’épingle attachait toujours Sofia à son épaule. Les mandibules claquèrent à côté de son oreille mais si elle eut la crainte d’être mordue par l’animal, sa fierté et sa magie accidentelle calmèrent vite la bête qui se figea sur son épaule.

Souriante, quoique choquée et peu rassurée, Sigrid se tourna vers le vendeur.

« Il me semble monsieur vous vendez ici des choses qui sont mortes. Ma Sofia ne ressemble, ni de près, ni de loin, à ces cadavres que vous entreposez. »
Et pour appuyer son propos, la mygale déplia ses pattes sur le col de sa maitresse, émettant un chuintement strident, clairement menaçant. « Sssht ma toute belle, ce vendeur n’a pas voulu se montrer indélicat. Et ma famille vous remerciera de sa comparaison à celle, respectable, des Ferenbach. »

Gloussant tout bas, elle se détourna. Sans connaitre le sortilège pouvant de nouveau changer Sofia en épingle. S’humectant nerveusement les lèvres, elle continua de caresser l’araignée qui se figea sous ses doigts, docile. Et s’éloigna prudemment du meuble où le vendeur venait d’entreposer la jumelle de sa créature.

« Il va de soi que le corps du Premier Homme ne saurait être vendu, racheté. Mais qu’il doit être entreposé, dissimulé. Et sa présence, jamais évoquée. »


Plus tard, elles iraient brûler la boutique, car plus le temps passait, plus l’idée d’Hilda lui semblait dangereusement inconstante. Un enterrement au fond des bois eut été plus simple et plus sécuritaire. Mais il n’était pas temps de reprocher cela à son amie maintenant qu’elle avait les pieds dans le plat.

« Le voir vous sera impossible. Il sera présenté dans un contenant que vous me fournirez, de préférence un coffre qui sera scellé par nos serviteurs. Les restes du Premier Homme sont embaumés, bandés et demeurent eux-mêmes protégés du regard du monde. Si ces ossements devaient être placés à la lumière du jour, une malédiction divine punirait dès lors le pêcheur trop curieux. Tout du moins, c’est ce qu’on m’a dit. »


Jouant sa scène avec la plus crédible des convictions, Sigrid se signa.

« En échange, ma famille vous réclame une Orbe de conscience. J’imagine que vous en possédez une. »
Un objet mythique, légendaire et utilisé principalement dans les contes et les légendes que sa mère lui lisait le soir. Il était impossible qu’un tel objet existe mais à arnaque, arnaque un demi, le vendeur avait la possibilité de lui refiler une vulgaire boule décorée pour un échange qui demeurerait secret.

« Et nous vous paierons, grassement. Votre prix sera le notre. »


Affrontant de nouveau son regard, Sigrid se sentit étrangement rassurée par la présence, toujours vivante, de Sofia sur son épaule. Et décrocha cette dernière, sur un geste intrépide, pour la laisser vadrouiller le long de son bras. Ses yeux pétillèrent de joie, presque fascinés par le résultat de sa magie.

Finalement, il n’y avait pas tant de mauvais côtés.







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Hilda Wagner
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Hilda Wagner
Dim 27 Déc - 8:36
Le vendeur croisa les bras dans son dos. Il observait avec perplexité et les sourcils froncés la cliente avec qui il essayait de faire affaire. Echanger une Orbe de conscience contre le squelette du Premier Homme était un échange singulier certes, mais pas problématique. En fouillant dans ses archives, il parviendrait à mettre la main sur la-dite Orbe dans le fond d'une malle. Non, ce qui lui posait problème était de ne pas pouvoir ausculter la marchandise...

Un nouveau client entra. Un homme à l'allure peu rassurante. Tout habillé de noir. De longs cheveux noirs ondulés qui ne semblaient pas avoir été lavé depuis longtemps. Le visage du nouveau client regardait vers le sol. Un sentiment de honte l'habitait. L'autre solution étant qu'il avait quelque chose à cacher.

Le vendeur ignora ce nouveau client qui allait d'un objet à un autre. Une affaire plus urgente l'interpellait. Une araignée vivante le dérangeait en fait. Avant que les deux ne jouent au jeu d'un marchandage, le vendeur avait pris le temps de détailler la jeune femme. Un réflexe. Un défaut profesionnel. Et il en était certain, il n'avait pas vu bouger l'araignée jusqu'à maintenant. Plus que cela, il la reconnaissait. Il était certain que c'était celle qui avait longtemps attendu sur son présentoir dans sa boutique.

*Et que dire de cette attache ? Ce n'est tout de même pas une nouvelle mode d'accessoire pour animaux branchés tout de même ? *

Le nouveau client à l'allure ténébreuse bien que perdue avait tourné la tête plusieurs fois vers le vendeur. Sans doute possible, une question avait besoin d'une réponse.

« Excusez-moi un instant, je vous prie. »

Le vendeur s'en alla le dos bien droit vers l'homme aux longs cheveux noirs. Il ne lui laissa pas le temps de poser ses questions.

« Je vous prierais de revenir un autre jour. Je conclus une dernière affaire avec la jeune femme ici présente et je ferme. Je vous remercie beaucoup pour votre compréhension. »

De nouveau seuls, le vendeur revint vers Sigrid. Il laissa un instant un silence théâtral puis prit la parole :

« Vous souhaitez une Orbe de conscience ? Bien, je peux vous en procurer une. En échange, j'accepte le squelette du Premier Homme selon vos conditions. C'est-à-dire qu'il restera bandé pour la sécurité de tous et qu'il sera stocké dans ma réserve personelle selon votre convenance. »

Ses yeux allèrent à l'araignée qui se déplaçait sur le bras. Un regard lourd de signification qui parlait beaucoup plus et bien mieux qu'un long discours.

« Je ne chercherais pas à savoir si cette araignée est bien passée par ma boutique, comme je ne chercherais pas à vérifier ce que je pense être votre véritable nom de famille. Des conditions qui seront difficiles à respecter pour un homme autant attirer par les curiosités et les trésors uniques que ce monde nous prodigue. »

Le vendeur avança jusqu'à entrer en collision avec l'espace vital de Sigrid. Il se trouvait à la limite de cette bulle invisible qui était son espace intime. Une façon qu'avait le vendeur d'appuyer ses propos. De forcer la main à sa cliente dans le but de conclure leur marché.

« J'accepterais avec plaisir de vider ce qui doit être votre immense grenier poussiéreux. Récupérer tous ces objets anciens, oubliés par la venue de nouveaux, bien plus en phase avec la mode passagère qui peuple et habille ce qui doit être une magnifique bâtisse. A moins, bien sur, que tous ces objets stockés dans votre grenier est une grande valeur sentimentale et historique à votre famille. Dans ce cas, je comprendrais que vous ne puissiez vous en séparer. J'accepterais alors avec joie quelques soutiens financiers et relationnels, issus des carnets épais de vos parents. »

Il tendit la main vers Sigrid et conclut.

« Avons-nous un marché ? »

Un léger sourire et un pétillement dans les yeux du vendeur permettaient d'imaginer un futur resplendissant qui l'attendait. Sa boutique allait connaître une seconde vie. Sa célébrité grandissante, il pourrait ramener plus d'objets uniques de destinations encore plus lointaines. Vendre des curiosités toujours plus chers pour augmenter toujours plus sa collection unique. Pour cela, il était prêt à se mouiller dans peu importe ce qu'était le secret de cette fille de la belle société.
Hilda Wagner
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Kapphären Jan
La gardeuse d'oies près de la fontaine
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Sam 2 Jan - 16:15


Nous sommes des êtres de magie

with Hilda (an -20)



Il lui fallait toutefois convaincre l’homme d’un tel échange. Observant Sofia avec une attention toute particulière, le vendeur semblait réfléchir à la proposition, pesant certainement le pour et le contre de ce contrat hors norme. Moins nerveuse, mais toujours pas insouciante, Sigrid prit sur elle de lui offrir un sourire confiant, presque charmant. Jouant sur son âge pour se redresser un peu, bomber la poitrine et apparaître plus intéressante que ce que ses 14 ans laissaient supposer.

Le cliquètement de la clochette à l’entrée interrompit son numéro et elle plissa des yeux devant la silhouette obscure qui se glissa entre les étagères. Le vendeur s’excusa, sous un geste de la main conciliant de la part de la Ferenbach. Et Sigrid se concentra de nouveau sur Sofia, la mygale posée à son poignet comme un étrange bracelet. Caressant son dos, elle lui arracha de nouveau ce crissement particulier qu’elle ne parvenait pas à trouver déplaisant. Et accrocha sans le vouloir l’épingle toujours vissée au ventre de la bête. Les lèvres pincées, songeant que le vendeur pouvait remarquer ce détail, elle n’entreprit pas de le lui arracher de crainte de la tuer.

De toute façon, cela pouvait toujours servir. Surtout quand la bête redeviendrait un simple postiche.

L’homme parti, l’intriguant vendeur s’en revint à elle. La fixant de ses yeux pâles dans un silence qui la fit frémir. Toujours dans son rôle, Sigrid soutint l’échange, relevant à peine le menton comme pour le défier de prendre une décision. Fort heureusement pour son cœur et pour la survie d’Hilda, ce fut une acceptation que le vendeur daigna lui offrir. Une acceptation selon ses conditions, tout en rajoutant, peut-être par fierté personnelle, une double demande qui ne lui laissait aucun choix.

Donner les noms des proches de ses parents pouvait, à long terme, discréditer le nom des Ferenbach et attirer de trop l’attention sur ses parents. Alors que maquiller les armoiries présentes sur les vieux meubles présents au grenier serait bien plus simple.

Sigrid sourit, enchantée.

« Vous n’aurez pas à venir à la maison. Nos serviteurs vous apporteront le contenu de notre grenier familial, celui de la soupente de notre résidence secondaire et quelques vieilleries disposées dans nos caves. J’espère que cela vous conviendra, bien que certains présentent des éraflures ou soient simplement en fort mauvais état. »

Observant la main tendue avec un scepticisme profond – ce n’était pas le geste d’une dame que d’échanger une poignée d’entente avec un vendeur sans titre – Sigrid lui offrit sa plus charmante révérence avant de lui tendre le poignet pour un baisemain.

« Ainsi soit décidé de ce marché. »


Tout stress l’ayant quitté, le fil de sa magie claqua entre son esprit et l’araignée. Et Sofia, qui s’amusait déjà à tisser ses fils sur les soies de sa robe, se figea à jamais, reprenant sa posture d’épingle. Se détournant, Sigrid la raccrocha à son épaule, et tapota ses tresses pour se donner contenance.

« Vous recevrez nos biens et les ossements dans quatre jours. Vous avez ma parole de F. Fargonard. Mignonne Fargonard. »


Souriante, Sigrid fit tourner sa robe, se rapprocha d’un paon et vint en lisser les plumes, semblant réfléchir.

« Nous vous laissons jusqu’à dimanche en 8 pour l’orbe. Ce sera notre seul délai. »
Et maintenant, il lui fallait regagner la maison d’Hilda pour lui apporter cette merveilleuse nouvelle. Sigrid se mordit la langue pour ne pas rire, fière de son théâtre. Et esquissa une nouvelle révérence.

« Veuillez me raccompagner à la porte. Des affaires urgentes m’appellent et je dois vous laisser à votre clientèle. »
Elle battit des cils, cueillant du regard le profil délicat de sa moustache bien taillée. Et se promit de parler du visage intéressant de ce vendeur à Hilda, rien que pour la détendre.

« Au plaisir de vous revoir, monsieur. »









Dynasty decapitated
You just might see a ghost tonight
And if you don't know now you know
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Hilda Wagner
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Hilda Wagner
Dim 3 Jan - 9:33
Hilda s'était réveillé dans le même fauteuil dans lequel elle s'était endormie. Les premières minutes furent irréelles. Elle était chez elle, il faisait chaud et il y avait une odeur dans les airs qui faisaient trépigner son estomac. Son beau Johan lui avait-il fait la cuisine ? C'était un amour. Sur cette pensée, et avec un sourire radieux sur le visage, elle ferma les yeux. Elle se sentait encore fatiguée et, maintenant qu'elle vivait dans cette petite maison loin de l'agitation de la ville, elle pouvait se permettre de se reposer sans crainte d'un emploi du temps.

(calme)

!

Hilda ouvrit les yeux. Les mains sur les accoudoirs. Ses muscles en suspens, arrêtés alors qu'ils allaient relever tout le corps pour le mettre dans une position debout. Tout revint dans la mémoire de la sorcière. La petite flaque dans leur lit conjugale qui n'était autre que le cerveau sucré de son aimé. Les coups de haches. Les hurlements des loups. Hilda tourna la tête vers la cuisine. Les effluves semblèrent charger dans ses narines et elle ne put le supporter. Elle se releva et tenta de se ruer vers la fenêtre mais... elle ne l'atteignit pas et envoyage un jet de vomis et de bile sur le sol et le mur.

Son beau Johan était mort. Des larmes s'accumulèrent dans ses yeux.

Non. Elle devait dépasser ce jeu de victime et de criminelle. Sa psyché n'y résisterait pas. Elle se releva et se plongea dans le travail. Dans un premier temps, engourdir son esprit en l'accumulant sous les tâches. Elle nettoya donc ce qui se trouvait alors dans son estomac. Puis elle s'occupa de vérifier la viande qu'elle avait préparé. Ensuite, elle retourna dans leur chambre et s'arrêta au niveau de la forntière entre le couloir et la pièce. Ce qu'elle avait devant les yeux, ce qui était étalé proprement sur le lit, était le squelette reconstitué de feu le beau Johan.

*Ma chère Sigrid ne devrait pas tarder. Il me faut me hâter. *

(…)

-

(…)

Quand Sigrid pénétra dans la petite maison de Johan et d'Hilda, elle découvrit sa grande sœur assise en tailleur en plein milieu de la pièce principale. Il y avait une odeur de repas dans les airs et un cercle de couleur rouge tracé autour de la sorcière en devenir. Hilda avait les yeux fermés et le visage concentré. Elle semblait perdue dans une profonde méditation.
Hilda Wagner
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