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 [Début septembre 05] Aphtes

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Zahnfee V. Edelstein

MessageSujet: [Début septembre 05] Aphtes   Dim 6 Sep - 15:54
Espagne.

Je n'ai pas foulé tes terres depuis cette horrible nuit de décembre qui scella mon destin. Il faisait nuit le soir où je t'ai quittée. Et tu avais tout fait pour que je t'abandonne sans regret, les yeux fermés. Ce que je fis presque littéralement.

Quelle galéjade que de revenir dans ce pays que je méprise et qui me l'a toujours bien rendu, pour endosser le titre de ta fille la plus dévouée. Cette putain de sorcière lubrique qui m'acoupé l'âme en deux. Ma marraine.
De ta tombe, tu dois gouter la blague, pas vrai, Vassilissa ?

Ce manoir.
Ce manoir exécré.
Il est à moi maintenant. Je le fais comprendre à la vieille Charca en foulant du pied l'entrée avec ma garde rapprochée. Charca qui dévotement continue à entretenir la maison, avec le même amour inouïe témoigné toute sa vie à la Sainte des Grenouilles. Honnêtement à sa place, j'aurais évité d'ériger un autel à la gloire de cette mégère. Je contemple l'Espagne, marraine, je la regarde droit dans les yeux et je me dis que tu lui a fait bien du mal : tu as brisé son roi, tu lui a fait fuir son trône. Le pays est plongé dans un tel désarroi que nul ne songe à faire la fête. Son aura se ternie, ce royaume se décrépit. Il est à l'image de ta vieille bonne : sénile et hagard. Et moi je vais épouser son concurrent le plus féroce dans l'arène de cette bonne vieille Europe.
Tu as détruit ton précieux plateau de jeu, marraine et tes pions t'ont boulotté la carcasse encore fumante. Tu as parié. Tu as perdu.

Et ton équipe perdante, je ne la veux pas dans mes jambes.
Fout le camp, vieille peau.
Déguerpis.

Elle pleure à chaude larmes, me supplie, la Charca. Mais mon coeur est froid et je n'oublie pas. Le regard de Mère, cette "autre" mère, confiant puis vitreux, gravé dans ma chair. L'escorte que m'a alloué Friedrich fait en sorte de dégager la servante manu-militari tout en lui versant les gages de l'année en cours et de celle à venir. Je trouve ma mansuétude un peu trop large. Je suis enceinte, les hormones me rendent plus meuble face à la misère. J'appelle le notaire et nous nous mettons au travail. J'ai trois jours, pas plus, pour prendre possession des lieux.

Et de possessions il y en a.

Cette catin avait su faire fructifier son veuvage : elle a fait fortune dans l'immobilier. Un bon paquet de terrains en Espagne et dans toute l'Europe, une mine de diamants en Russie, quelques beaux bâtiments dans Madrid même. Plusieurs magasins : une tannerie et deux manufactures textiles, quelques échoppes de particuliers, dont le Topino.
Du moins ce qu'il en reste.
Le manoir en lui même est riche en tableaux, livres d'édition originale, meubles précieux et robes de prix. J'ai désormais accès à son cabinet secret, des cahiers de notes, de confessions, des grimoires, des parchemins de sorts anciens, de correspondances intimes, des listes d'usuriers.

Fabriquer une peau d’homme à un coût.
Qui s'en chargera désormais ?

J'épluche avec soin chaque papier à signer, écoute et prend consciencieusement des notes, pose plein de questions. Il y'a là matière à exploitation et je compte m'y atteler avec toute l'attention nécessaire. Mais mon état me fait m'épuiser vite. Je sens l'enfant vigoureux et lourd. J'ai parfois peur qu'il naisse avant terme.
Avant les épousailles.
Je ne tiens que parce que ma volonté est inébranlable, et que je susi trop fière pour mettre bas tant que je n'aurais pas la bague au doigt.

Le temps file vite.

Le matin du troisième jour, alors que mes malles sont prêtes, un coursier vient sonner à la porte de ma nouvelle demeure. Il demande à voir la comtesse. Il dit qu'il a là un courrier pour Zahnfee Fatina du Topino, mais que cette dernière étant portée disparue et la confiserie toujours à l'état de ruines, il a n'a pas d'autre choix que de la remettre à la propriétaire foncière des lieux.

L'humour me poursuit.

Je prends le courrier entre mes doigts, quelques peu surprise. Il n'y est pas mentionné d'expéditeur. C’est en décachetant le vélin que je blêmis soudain. Je sers inconsciemment la flûte traversière blottie contre mon flanc, à m'en blanchir les jointures. C’est comme si son chant brutal me vrillait les tympans.

Ce nom là.
Ce nom là a hanté toutes mes nuits pendant un an.


HRP:
 
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Orphée

MessageSujet: Re: [Début septembre 05] Aphtes   Mer 9 Sep - 20:49
Il y avait encore des gravas. Il y a deux ans se tenait là une confiserie réputée. Aujourd'hui, ce n'était plus que des restes calcinés. Un terrain de jeu pour quelques enfants espagnols. Après tout, si on avait assez de chances, on pouvait revenir à la maison avec un petit trésor main enfermé dans le poing de sa main : une dent.

En haut de ses gravas était assis un homme tout encapuchonné de noir. Il se tenait dos face aux visiteurs. Il attendait que la lettre ait atteint son expéditrice. Il attendait qu'elle vienne le voir. Pour se faire, il avait « charmé » un de ces enfants qui recherchaient les petites dents magiques. Il lui avait demandé de poster une lettre qui contenait les quelques mots qui allaient suivre. En échange de quoi, il lui présenterait celle qui collectionnait toutes ses dents perdus. Des étoiles avaient brillé dans les yeux du garçon : c'était comme rencontrer la célèbre fée des dents elle-même !

Voici ce que disait cette courte lettre :

J'ai besoin de ma flûte traversière pour de grands projets.
Orphée

Le temps devenait long pour les deux français qui l'accompagnaient depuis ce quai d'Angleterre. Il y avait un grand gaillard au visage tatoué de bleu comme les anciens guerriers drogués qui s'en allaient au combat. Deux fois plus petite se tenait un fier bout de femme. Au contraire de son apparence, elle paraissait avoir le charisme et la force d'un géant.

« Dis, Orphée, c'est pas qu'on embrasse plus ta cause, mais mon mari et moi avons discuté pendant le voyage en bateau. On commence à se dire qu'on ressemble plus à des bagues d'apparats que d'importants acteurs sur ta scène de théâtre. »

« Patience, Gaël, patience. Bientôt, tu comprendras pourquoi j'ai décidé de vous emmener dans ce trop chaud pays. Vous allez rencontrer une femme extraordinaire. Pour vous donner une comparaison, si nous devions nous attribuer des titres correspondant au jeu d'échec : elle ne serait autre que la Reine. »


« Quand même ! Ce doit être une sacré nana pour qu'elle ait autant d'importance dans ta vie. C'est quoi ? L'amour de ta vie que tu as délaissé dans sa maison pour une vie plus palpitante de vagabondage ? Enfin bref, je crois que je préfère ne pas entrer trop profondément dans ta tête. Et je n'oserais pas non plus te demander quel serait notre titre, à Druide et à moi, si nous devions être des pièces de ton échiquier. »

Les bras croisés, le mari de Gaël n'avait rien dit. Sa spécialité n'avait rien à voir avec la diplomatie. Bien qu'il portait des gants, il n'avait aucunement de compétence dans l'esthétisme et les tissus. Par contre, sa puissance se trouvait bien dans ses mains...

Finalement, le silence revint parmi ce petit groupe. Orphée se tenait toujours assis sur son tas de gravas, le dos tourné à celle qui ne devrait plus tarder à arriver. Cela faisait une éternité qu'ils ne s'étaient pas vus. Et il tenait absolument à ouvrir cette nouvelle pièce par une entrée théâtrale. Lui rappeler directement qui il était, comment il vivait et la façon dont son esprit tournait follement.
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Zahnfee V. Edelstein

MessageSujet: Re: [Début septembre 05] Aphtes   Jeu 1 Oct - 11:11


"J'ai besoin de ma flûte"
Voilà tout ce que tu trouves à dire après deux ans d’absence ? Papa, mon petit Papa, tu es un goujat. Je déchire la missive directement après l'avoir lue, effrayant le messager qui s'en va en courant sans demander son sous de dédommagement. Ma garde rapprochée ne comprend pas le pourquoi de ma sourde colère. Je les congédie d'un geste agacé.

Cette confrontation me démange, pourtant.

Pendant mes premières semaines de captivité, j'ai espéré que père vienne me chercher. J'étais sa fille chérie, son unique enfant. Il m'avait déjà perdue une fois, il ne pourrait pas survivre à la deuxième. Quelle naïveté crasse ! Il n'a même pas essayé de me trouver. Sans doute que l'annonce du mariage a du éveiller en lui appétit et intérêt. C'est un homme comme les autres après tout.
Décevant.
Alors pourquoi suis-je en train de m'apprêter de la sorte, rajustant ma blonde chevelure -ton lègue -, poudrant délicatement mes joues et soulignant tes yeux gris d'un brouillard noir ? Car en aucun cas je ne ressemble à cette mère ronde et potelée, pleine d'assurance, de rousseur et de féminité. Cette trainée libre au caractère virile et affirmé que j'ai adoré haïr pendant toutes ces années.
Ma mère.
Qui abandonnée et en cloque n'a pourtant jamais cédé à l'envie de me tuer. Elle a fait face, seule, elle a fait des erreurs, seule, mais elle a essayé. Et toi ? L’as-tu seulement aimée Papa ? Plus que toi même, plus que la scène que tu n'as jamais quittée ? Ô Papa... As-tu été capable d'être cet homme là une fois dans ta vie d'acteur ?
Jamais tu ne m'as parlé d'elle.
Jamais je ne t'ai vu la pleurer.
Maintenant que je porte la vie à mon tour, au creux de mes entrailles, je comprends mieux ses choix, ses combats et sa solitude. Tu vénères la Mort, elle avait choisi la Vie. Elle a quitté tes planches pour mieux s'y consacrer.

Et maintenant, Père, que va-t-on faire toi et moi ? S'entretuer ?

Drapée dans une robe-manteau de taffetas noir, ganté de velours sombre et un chapeau à voilette d'endeuillée épinglée sur ma blondeur, je viens à ta rencontre, trahissant la vigilance de ma garde.

Tenue de Zahnfee:
 


Je n'ai pas peur de toi.
Ta flûte cachée dans ma manche à crevée, j'avance comme une apparition parmi les ténèbres. Une créature de la nuit. Ta création, Papa. Le Topino n'a pas changé, il est l'allégorie de cette âme détruite et rafistolée, cette âme de fée. Tu trônes au milieu des ruines, avec deux étrangers criards. La lumière de la lune te vieillit, mais tu dégages une aura restaurée. N'ai crainte la mienne n’est pas en reste. La vois-tu, père, la future impératrice qui se dresse devant toi, droite et fière ?

Me vois-tu ?

Sens-tu mon pouvoir ?
Celui que tu n'auras jamais. Tu n’es que l'esclave d'un misérable instrument. Je tiens ta virilité entre mes doigts, papa, mes doigts de fée....

- Bonsoir, Père, dis-je d'une voix douce et calme. Deux ans de silence et pas même la décence de l'intimité pour nos retrouvailles ? Je t'effraie donc à ce point...

J'arbore un sourire suffisant qui fait écho au sien, qui sublime ma beauté.
Son héritage là encore.

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Orphée

MessageSujet: Re: [Début septembre 05] Aphtes   Sam 3 Oct - 13:58
Tandis qu'il attend la venue de sa fille, Orphée repense au petit messager qu'il vient d'envoyer. Une idée nait dans son esprit. Il ne cherche pas à savoir ce qui l'a déclenché pourtant : serait-ce sa fille qu'il va bientôt revoir, amenant ainsi son image sur celle de l'enfant qui pourrait être son fils ? Tatouer un faciès mortuaire sur l'enfant. Puis sur d'autres. Se forger une unité de faux morts. L'idée lui plait bien qu'il n'ait pas encore la situation pour les utiliser.

-

« Bonsoir, Père » entend-il. Un grand rictus illumine son visage. Quelque chose de si puissant qu'il en éclate de rire. Enfin, après tout ce temps, la voilà revenue. (sa fille ?... la flûte ?...) Son rire vole dans les étoiles. Une exclamation de grand méchant qui voit enfin ses plans se concrétiser.

« Enfin ! Enfin ! Enfin ! »

Orphée, portant toujours son éternel long manteau noir, s'en va à la rencontre de sa fille. Tandis qu'elle est droite et fière, patiente et silencieuse ; l'esprit d'Orphée est enfiévré et son corps excité.

La Mort revit. Après tant de temps.

« Enfin, te voilà, ma très chère fille. Et regarde-toi, tu dégages tant de présence. Toute habillée de noir, l'air sévère, tu ressembles à ton vieux père. L'as-tu fait exprès pour me faire plaisir ? Est-ce ta vraie personne qui a éclos, magnifiée comme un papillon trompe-la-mort ? »

Il tourne autour d'elle. Il la scrute sous tous les aspects. C'en est presque une danse. Quelque chose de tribal. Une sorte de rituel à accomplir pour en appeler une plus grande puissance.

Puis il s'arrête devant elle, son visage figé dans une surprise surjouée.

« Oh ? Pourquoi tant de haine envers moi ? N'aurais-tu pas résolu ton complexe d'Oedipe avec ton vieux père ? Ne serait-ce pas toi la personne effrayée ? Une dame venue seule en plein milieu de la nuit, observée par l'astre pâle, venue à la rencontre de la Mort elle-même accompagnée de deux Errants du Styx ? »

Un nouveau mouvement et il se retrouve dans son dos. Ses lèvres s'approchent de son oreille pour y murmure de nouveaux mots :

« Mais dis-moi très chère fille, l'as-tu apportée ? »
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Zahnfee V. Edelstein

MessageSujet: Re: [Début septembre 05] Aphtes   Sam 10 Oct - 10:21
Il se meut, il virevolte.
Il n'a guère changé.
La lune a gommé les éventuelles rides qu'il a pu prendre au cours de ces deux années.

Comédien.
Charlatan.
Artiste foudroyant.

Il dégage toujours ce charme obscur et coulant comme du café noir. Poisseux comme du sang qui coagule. Je m'y empêtrerais presque si il ne defaisait pas le sortilège de quelques mots sales et prosaïques.

-Mais dis-moi très chère fille, l'as-tu apportée ?

Ah !
Toute la cupidité du mâle qui s'exprime. C'est si prévisible que j'en pousse un soupir.

- Je vois que tu as à nouveau tes deux bras, mais ce n’est toujours pas pour me donner l'embrassade que je mérite.

J'élude sa convoitise avec un sourire dédaigneux.

- Je ne te hais point, Papa. J'aimerais t'aimer au contraire. Mais tu m'as abandonnée par deux fois : chatte échaudée craint l'eau froide.

Derrière ma voilette j'ai un battement de cils, gracieux.

- Mon pauvre petit Papa, qui pourrait avoir peur de toi ? Tu fanfaronnes beaucoup, et avec talent, je te l'accorde, mais tu n'es qu'une ombre sur les planches d'un théâtre délabré. Un pâle ersatz de croque-mitaine.

Mon rire délicat coupe la nuit au scalpel.

-Je suis drapée de noir car il est temps que je porte le deuil de Maman. Te souviens-tu au moins d'elle, Papa ? L'as-tu seulement aimée ?


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Orphée

MessageSujet: Re: [Début septembre 05] Aphtes   Sam 10 Oct - 15:40
Orphée écarte ses deux bras, les observant comme s'ils étaient nouveaux. Effectivement, la dernière fois que sa fille et lui avaient voyagé, il n'était qu'un misérable manchot.

« Si ses deux bras ne viennent pas t'enlacer, c'est parce que j'aime voir les émotions qui dansent sur ton visage. Lorsque l'on s'embrasse, nous manœuvrons de sorte à ce que l'autre ne voit pas ce que nous ressentons réellement. C'est une ruse de théâtre. Je te croyais plus fière que cela. »

Haine. Amour. Dédain. Abandon. Zanhfee est bien une fille : si émotive. Si attachée aux sentiments. Mais cela n'est pas un soucis en soi. Sa fille est une personne intéressante. Sa fill-

Ses yeux s'écarquillent grands. Ses yeux gris baignant dans le grand blanc.

Sa mâchoire se contracte. Son impatience remplacée par de la douleur et de la colère. Ce que viens de tirer sa fille est une flèche venu se planter brutalement dans son Ego.

« Quoi ?!! Que dis-tu ? Je ne suis qu'une ombre ? Une pâle copie ? Je pensais pourtant briller de plus en plus fort depuis que j'étais de nouveau entier. Mon esprit s'était éveillé, animé d'un projet aux proportions européenne. Ce bras de chair nouant de nouvelles relations avec des êtres exceptionnelles. Comme ces gens derrière moi. »

Il pointa du doigt le couple de Bretons. Ce grand gaillard au tatouage bleu et aux mains gantés. Et ce petit bout de femme qui aurait su ramener l'ordre dans une taverne éméchée. Il manquait encore le retour du petit messager et cette fée espagnole obsédée par la recherche du mouvement perpétuel.

« Tandis que de ce bras de fer et d'or, j'écrasais mes ennemis. Tous ceux qui voulaient nuit à mes projets. Toutes ces silhouettes vides de substances également. Je pensais briller d'un feu noir, celui d'un futur Roi régnant sur une Europe souterraine. Et toi- »

Il se rapprocha à grands pas après avoir tant parler de ses bras. Le métal froid enserra la gorge blanche. Les rouages cliquetaient si près de l'oreille fragile.

« Et toi tu me dis que je ne suis qu'une ombre ? Un vulgaire acteur de bas-étage imitant une légende urbaine alors que j'ai tout d'un Dieu foulant cette morne terre ? »

Il resserra sa prise sur le cou si faible au regard de la puissance mécanique bridé seulement d'un petit interrupteur. Sa main de chair envoya valser la voilette.

« Je suis la Mort. Et ta mère représentait la Vie. Si tu tiens autant à elle que tu le prétends, tu ne devrais pas te dissimuler derrière ces artifices. C'est indigne d'elle. C'est indigne de cette femme que j'ai aimé. Le seul Amour que j'ai jamais connu. »

Orphée jette sa fille à terre. Relâchant dans le même temps son emprise de métal autour de sa gorge. Il avance vers elle. Il se trouve au-dessus d'elle et la regarde de si haut.

« J'ai tiré cette pauvre femme recluse dans une ville du nom d'Hamelin. Je l'ai emmené avec moi et, sans que je ne m'en rende compte, elle en a fait de même avec moi. Chacun a trouvé dans l'autre ce qui lui manquait. »

Finalement, Orphée s'accroupit au-dessus de sa fille. Son doigt gris caressant la rondeur de ce ventre noir. Ses sourcils se froncent. Ses pensées travaillent.

Il pense à demander à Gaël de vérifier que la chute n'est pas été fatal. Mais Zahnfee a probablement beaucoup de choses à répondre avant que la Bretonne n'ait le temps d'arriver jusqu'à eux deux.
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Zahnfee V. Edelstein

MessageSujet: Re: [Début septembre 05] Aphtes   Sam 10 Oct - 23:46


J'ai fait mouche.
Je sens sa colère exploser en grappe de fruits trops lourds à porter. J'ai un sale petite rire de gamine mal éduquée. Mais, après tout de qui suis-je la fille, sinon du plus grand salopard que cette terre ait porté ? Mon Salopard, mon Papa, mon Vilain. Tu es toujours aussi beau et fou lorsque la violence d'un sentiment te pique et t'anime. Mon coeur bat plus vite. Je te redécouvre à mesure que tu me tues. Le souffle me manque, j'étouffe, mais je contemple ta vérité.

Et je ne cesse de sourire, provocante et suffoquée, d'avantage sans la voilette qui s'écrase au sol.

-Je suis la Mort. Et ta mère représentait la Vie. Si tu tiens autant à elle que tu le prétends, tu ne devrais pas te dissimuler derrière ces artifices. C'est indigne d'elle. C'est indigne de cette femme que j'ai aimé. Le seul Amour que j'ai jamais connu.

Mon sourire se fane. Je mords la poussière peu après. Mes bras protègent d'instinct mon ventre gorgé de vie. Je retrouve mon souffle en hoquetant, la bile aux lèvres.

- J'ai tiré cette pauvre femme recluse dans une ville du nom d'Hamelin. Je l'ai emmené avec moi et, sans que je ne m'en rende compte, elle en a fait de même avec moi. Chacun a trouvé dans l'autre ce qui lui manquait.
- Ah oui ? Où étais-tu quand elle m'a donné le jour et m'a élevée à bout de bras ? Hein ? Quand on a caillassé notre foyer en nous traitant de sorcières ? Et quand on l'a assassinée sauvagement dans la solitude de cette boutique minuscule et sordide ? Où étais-tu ? OU ÉTAIS-TU ??!


Je repousse sa main inquisitrice.
Je gronde, je hurle, mon beau visage transfiguré par une colère tue depuis trop longtemps. Et mon aura magique claque et fouette l'air, électrique, repoussant ses deux acolytes. Le sens-tu, Père, ce mal foudroyant qui baigne le fond de ta bouche, qui vrille ton palais à te percer la cervelle ? Ce sont tes dents, tes foutus chicots, que je déloge de leur pivot. Lentement, très lentement, pour que tes nerfs savourent pleinement la douleur. Ah.. je te vois ployer le genou et te rouler à terre. Alors ? Ne sommes nous pas d'égal à égal, là, dans cette poussière de cimetière, cette tombe funèbre qu’est le Topino ?

Qui domine l'autre ?

- Tu m'a laissée toute seule, Papa. Tu n'étais pas là... Tu n'a été qu'une ombre.

Et fielleusement, je dépose un baiser sur son front.
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Orphée

MessageSujet: Re: [Début septembre 05] Aphtes   Dim 11 Oct - 6:21
*Où étais-je ? *

Où était-il il y a trente ans. Sa mémoire fouille dans ses souvenirs. Il sent qu'il y a de la douleur dans son passé. Quelque chose de si terrible qui a du meurtrir son âme. Le transformant en la personne qu'il est aujourd'hui. Tant d'années passé à errer sur les routes comme un vagabond. Un pouvoir magnifique dans les mains, une magie musicale. Mais il n'y avait plus de Vie dans ce spectacle mortifère...

Il n'y avait plus cette étincelle.

Puis ça explose. D'où est-ce que cela vient ? Est-ce l'épilogue apportée par son ange nue, dans la maison de Faust ? NON ! Ça claque dans les airs. Ça le traverse, une magie s'insinuant dans sa bouche, tordant dans tous les sens les nerfs de ses dents. La douleur est terrible !

Alors, lorsqu'Orphée est acculé, sa personnalité extravagante prend le dessus : mécanisme de défense.

Premier mouvement : rire. Rire haut et fort. Subir l'hilarité. Qu'elle prenne toute sa puissance là où ses dents hurlent.

Deuxième mouvement : annoncer son plan. Préparer les spectateurs à ce qui va arriver. Qu'il se demande s'il aura la folie de vraiment le faire.

« Ah ah ah !!! Tu en as toujours voulu à mes dents, n'est-ce pas ! Ah ah ah !!! Il me semble que je te les ai promis il y a deux ans de cela. »

Troisième mouvement : que la folie agisse. Activer le mécanisme qui démultiplie la puissance dans ce bras fabriqué par un chapelier non moins aliéné que lui-même.

Le fer plongeait dans sa gueule. Les dents étaient jetés aux pieds de la dominatrice engrossée. Le sang coulait le long de son menton gris.

Deux petites dents.

« Alors, qu'en feras-tu ? »

Trois petites dents.

(rire glacial!)

Quatre petites dents.

« T'en feras-tu un collier ? »

Cinq petites dents.

« A moins que cela ne soit mon présent pour mon futur petit-fils ? »

Six petites dents.

(rire aliéné!)
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Invité
Zahnfee V. Edelstein

MessageSujet: Re: [Début septembre 05] Aphtes   Dim 18 Oct - 20:42

Rires.
Logorrhée verbale et rires insanes.
Papa, tu es fou, mais d'une manière si grandiose, si puissante que j'en oublie ma peine, fascinée. Un frisson me parcourt l'échine. J'observe, ébahie, la force de sa démence, ce bras armé qu'il s'était détruit lui même, il y'a deux ans.

-Ah ah ah !!! Tu en as toujours voulu à mes dents, n'est-ce pas ! Ah ah ah !!! Il me semble que je te les ai promis il y a deux ans de cela.

Une dent. Deux dents.

-Alors, qu'en feras-tu ?

Je regarde les quenottes rouler à mes pieds, incrédule. Un filet de sang mouille sa barbichette immaculée. Rouge. Rouge et Blanc. Merveilleux. Je les ramasse, lentement.

Trois dents. Quatre dents.

- T'en feras-tu un collier ?

Une flaque se forme, carmin, sur le pavé, souillé. Mes yeux remontent vers ses prunelle gris-souris, comme les miennes. Quelque chose d’indéfinissablement m'étreint le cœur. Un joueur de flute n'est rien sans ses dents...

Cinq petites dents.

-Arrête...
-A moins que cela ne soit mon présent pour mon futur petit-fils ?

... Comment juguler le souffle, répercuter le son sans râtelier ?
Les molaires dégringolent de ma paume, danse sur le sol avec un cliquetis charmant.

Six dents.

- ARRÊTE !

Mon cri déchire la nuit en morceaux.
Je me jette à son cou. Mes mains pâles étreignent son visage, obstrues sa bouche saignante et malmenée. Mon pouvoir s'est fait moins oppressant et le mal de sa bouche plus léger.

- Arrête, mon Papa, mon petit papa, comment veux tu jouer de la flute si tu n'a plus de quoi siffler ?

J'en ai les larmes aux yeux.

-... Comment veux-tu...

Ma voix se meurt, mon front contre sa joue. Je le sers contre moi. Désolée, si désolée, et ravie à la fois de son don de soi.

- Comment...


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Orphée

MessageSujet: Re: [Début septembre 05] Aphtes   Mer 21 Oct - 18:20
L'accolade. Une façon de masquer les passions. Alors Orphée force Zanhfee à le regarder dans les yeux, son pouce et son index métallique ayant pris délicatement son menton. Il lui sourit, de ce nouveau visage troué et ensanglanté. Un sourire qui ne se veut pas effrayant. Il y a quelque chose de paternel au-dedans. Une joie des retrouvailles.

« J'ai rencontré quelques personnes intéressantes durant les deux ans que nous ne nous sommes pas vus. Mais je crois bien que tu sois la seule à déchaîner de tels passions aussi vite au-dedans de moi. »

Un genou à terre, Orphée pose son oreille contre le ventre rebondi de sa fille.

« Je sais que tu détestes ta mère. Mais tu as cette même aura, cette énergie unique qui réveille quelque chose dans mon cœur mort-vivant. »

Ses sourcils se froncent. Il se relève sans quitter son regard. L'extrémité de sa main de métal vient toucher sa joue droite. Se rendant compte que la douleur s'est atténuée. Du dos de sa main gauche, il essuie sommairement tout ce sang qui continue de couler.

Puis il la regarde à nouveau.

« Cette même aura... Cette même... »

Puis son visage s'éclaircit. Son sourire s'élargit.

« Cette même magie ! C'est cela, mon enfant ? »

Et comme à son habitude, Orphée se perd dans un éclat de rire. Il bouge, occupant tout l'espace. Attirant sur lui, aussi bien le regard de sa très chère fille, que du duo breton qui ne sait pas trop comment agir, mais également du petit coursier qui observe la scène au loin.

Puis il revient vers sa fille, tire une révérence pour lui demander :

« Ma très chère enfant, quelle serait ton opinion d'une petite improvisation à deux ? Des retrouvailles 'enchantées' ! Un envol 'magique' ! Nos deux magies ne faisant plus qu'un : pour la mémoire de ta mère. Pour la destinée de notre descendance. »
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Conteur d'histoires
Narrateur

MessageSujet: Re: [Début septembre 05] Aphtes   Sam 2 Juil - 11:21

La fée des dents et le joueur de flûte. Duo atypique. Père et fille animés d'une même folie, s'écorchant mutuellement, ne pouvant évoluer en harmonie. La fille rendit à son père sa flûte, l'instrument qui animait sa carcasse. Une rencontre pour mieux se retrouver quelques temps après, loin des cendres du passé, sur les fondements d'un nouvel avenir.

RP terminé


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[Début septembre 05] Aphtes

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