Ambitions et pièces détachées

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Mads M. Ivanova
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✦ Double-compte : Christopher Swanson

Jeu 15 Oct - 19:10
Quatre mois qu'ils fuyaient.

Sans même avoir attendu les premiers signes d'inculpation, Viktor et Mads avaient décidé de partir. Ils savaient tous deux que concernant l'incendie, le coupable était tout trouvé. À peine le temps de se remettre de ses blessures que le jeune Ivanova partait vers l'inconnu à pieds. L'inconnu ? Pas vraiment puisqu'en réalité il savait parfaitement vers où il allait, seulement ignorait encore comment y aller. Mais comme se faire de l'argent devenait primordial, leur quotidien est devenu par la force des choses un enchaînement de petits boulots dispensés à la dérobade par des gens ayant besoin d'un coup de main temporaire. En attendant.

Ils étaient descendus au sud, vers le cœur de l'Europe, avaient franchi les frontières allemandes pour la première fois de leur vie. Se faire comprendre ne fut pas toujours des plus aisés ; jouer l'idiot pour abuser de la gentillesse des gens en revanche...
Et voilà qu'arrivés Stuttgart, ils avaient dégoté la bonne poire : une femme seule à la tête de son motel à peine plus sain que la ruelle dans laquelle il avait été bâti. Ils s'occupaient tous deux du ménage et elle leur laissait une chambre en retour, en guise de paiement. C'était tout ce qu'il leur fallait pour remettre de l'ordre dans leurs idées et enfin se pencher sur d'autres questions que la répétitive « Demain, on fait quoi ? » ou la consubstantielle « Et demain, on va où ? ».

Ce fut en allant au bourg un matin pour trouver un livre que Viktor lui avait demandé que Mads trouva réponse à son problème. Il vit une opportunité immense en ce que représentait un gamin distribuant des tractes marqués du symbole du Milan des Enfants de Rostrhamus. Un groupe dont Mads avait entendu parler quelques années auparavant et dont l'idéologie se rapprochait de la sienne de bien des manières.
Par peur de ne pas recroiser ce potentiel point d'échange entre lui et l'organisation, il griffonna un rapide message sur une page du livre qu'il arracha ; un désir de rencontre, d'audience à l'intention des supérieurs du dispensateur humain.

Viktor râla qu'il lui manquait les schémas des ligaments croisés postérieurs du genou mais la réponse qui leur parvint quelques temps après mit le blond de bonne humeur, aussi lui promit-il de lui en offrir un neuf dès qu'il le pourrait. On leur avait donné un point de rendez-vous, une date. Quelques jours et ils seraient face à ceux qui leur offrirait peut-être un moyen de parvenir à leurs fins, aussi se présenter sans habit correct était hors de propos. Mads passa donc ses nuits à confectionner un trois-pièces pour chacun à partir d'étoffes beaucoup moins chères à l'achat que des costumes déjà coupés. Un anthracite pour Viktor qu'il compléta d'un couvre-chef qu'il possédait déjà et un brun pour l'apprenti couturier qui mit un foulard émeraude le jour J mais alla tête nue...

...jusqu'aux ateliers automobiles de Daimler. Le duo resta aux abords de la structure sans oser y pénétrer. Pourtant ce n'était pas l'intérêt qui manquait, simplement une légère nervosité qui les saisit alors qu'ils s'accordaient une dernière fois sur quoi dire et quoi taire. Mads n'avait pas prévenu de la présence de son acolyte et se demandait encore s'il devait mentir sur ce qui les rassemblait tous les deux quand son regard se posa sur une silhouette imposante semblant se diriger vers les ateliers. Peut-être même vers eux plus particulièrement.
Veillant à se tenir droit et à donner l'impression que sa main était nonchalamment posée sur la poignée sphérique et métallique de sa canne -là où elle représentait pour lui un soutien indispensable-, Mads ne vit pas le regard quelque peu circonspect qu'arborait Viktor en voyant l'homme approcher.
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Arsène Martes
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Arsène Martes
Dim 3 Jan - 10:48
Stuttgart, capitale du Wurtemberg, son encaissement vallonné, sa vue imprenable sur la Neckar et son atelier tout neuf dans le quartier de Cannstatt, estampillé "Daimler-Motoren-Gesellschaft" comme Gottlieb Daimler, l'inventeur de l'automobile. Son moteur à explosion avait fait forte impression lors de l'exposition universelle de 04 à Vienne. Depuis le Kaiser laissait champ libre à l'inventeur pour mettre en oeuvre sa production d'automobile et de camion derniers cris.
Stuttgart, ville auparavant verte et tranquille, transformée en berceau industriel galopant, une sorte de graal pour ouvrier en quête d'un travail. La cité avait vu sa population se multiplier ces deux dernière années. Un terreau parfait à exploiter pour les Enfants de Rostrhamus.

- Hey ! Hey vous là !

On héla les deux gaillards à la grille juste derrière eux ce qui les détourna de la silhouette entre aperçue. Un jeune homme en bleu de travail, couvert de cambouis, portant un caisse pleine de pièces détachées, et suivi par deux mastodontes portant des piles de pneus, leur faisait signe.

- Qu'est-ce que vous foutez là ? Vous cherchez un boulot ?

Sa tête de fouine blonde avisa la canne de Mads.

- Mon gars si t'as une patte folle ça va pas être d'la tarte....

Il eut un reniflement dédaigneux.

- Rudolf... objecta une des "bête de sommes" dans son dos, un grand rouquin moustachu au bras comme des troncs de chêne.
- Bah quoi c'est vrai... Le patron a beau être grand seigneur c'est quand même pas la cour des miracles, ici.
- On ne juge pas la valeur d'un homme à sa gueule, Rudy, sinon y'aurait un paquet qu'on t'aurait foutu au trou.
- Heeey ! Sois poli l'rouquemoute !
- Les tourtereaux, ça pèse...
Fit le troisième gus -un chauve à favori bruns. Vous vous trouv'rez un pieu après.

Le dit Rudolph s'ébroua avec humeur, mais sembla néanmoins se plier à l'avis de ses collègues. Sans crier gare il balança la caisse qu'il portait au pied de Mads.

- Porte-ça, le boiteux. Et on avisera après...

Et il enjoignit les deux étrangers à les suivre dans l'enceinte des ateliers.
Arsène Martes
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Mads M. Ivanova
Le Helhest
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✦ Double-compte : Christopher Swanson

Mar 5 Jan - 22:08
Le temps de se retourner, d'approcher, puis d'entendre, et la légère tension chez Mads se mua en fine colère. Ses yeux se plissèrent alors qu'il fixait l'homme s'étant manifesté et il ouvrit la bouche pour lui renvoyer la politesse...coupé par un des collègues du félon qui se chargea de le rembarrer. Même pas besoin d'user de sa salive, pensa-t-il en premier. Mais au bruit de pièces métalliques s'entrechoquant dans la boîte à ses pieds, puis aux secondes paroles dénigrantes, il lui parut évident de ne pas se laisser marcher sur les pieds.
Et à côté de lui, Viktor le devina en un quart de seconde et lui fit remarquer à voix basse :

Mads... On n'est pas là pour ça.
C'est pour ça que tu restes là le temps que je fasse ravaler ses écrous à ce p'tit con, répliqua l’interpellé toujours pour que seul son acolyte ne l'entende.

Les trois compères commençaient à s'éloigner lorsqu'il se pencha pour attraper la boîte. Sans réel mal. Marcher avec alors qu'il emboîtait le pas aux travailleurs en revanche... Son ami fit mine de faire un pas-

C'est bon.

Son ton était sec.

Tu me préviens si tu t'ennuies un peu trop.

Question de fierté il allait lui porter sa boîte à l'autre. Même s'il éprouvât toute la peine du monde à garder un équilibre convenable pour avancer à pas réguliers et finalement déposer le fardeau où on lui demanda de le faire. Seulement à ce moment-là il releva la tête et put se concentrer sur autre chose que : ne pas tomber.
Du métal, d'autres boîtes comme celle qu'il venait d'amener, des roues, diverses pièces, une odeur particulièrement épaisse dans l'air... Entre les établis et les squelettes des voitures en cours de montage, sûr que le gringalet qu'il était n'avait pas sa place. D'ailleurs...

Au fait, je ne cherche pas de travail. Je cherche quelqu'un.

Mais j'ignore qui.

Peut-être pourriez-vous m'aider ?
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Arsène Martes
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Arsène Martes
Sam 9 Jan - 11:49
Les ateliers était récents, tout y respirait la nouvelle industrialisation qui frappait ce coin d'Allemagne autrefois très paysan. La crise, les remous d'une guerre intestine, même le Délirium n'avait pas entaché la bonne humeur en expansion de l'endroit. Les quelques vers de Rimbault : “La vie fleurit par le travail.” prenaient tout leur sens.

Les trois travailleurs déposèrent leurs charges en évitant soigneusement de répondre à la question du jeune boiteux. De toute manière ils marchaient bien plus vite que lui et avaient eut tôt fait de le distancier, lui et son silencieux camarade. Les interrogations du russe se perdirent dans le vide.
Lorsqu'il pointa le bout de son nez, enfin, sous le porche du garage, il n'y avait plus que le grand roux, moustachu et costaud. Il dardait un regard perçant sur le blond en train de se débattre avec sa caisse de boulons, les bras croisés, faisant saillir ses épais biceps recouverts de duvet rouge.

- T'as la langue un peu trop pendue et tu manques de discrétion, asséna-t-il.

Il redessina son épaisse moustache du pouce et de l'index.

- Mais t'es persévérant. Viens avec moi.

Et il pointa Viktor du pouce.

- Pas lui. Il reste ici.

Assumant que Mads n'avait pas fait tout ce chemin pour finalement ne pas obtempérer, il tourna casaque pour filer dehors. Il s'approcha d'une vieille carcasse de calèche démontée, un vestige, tout près d'un grillage, loin des oreilles indiscrètes. Il sortit une cigarette d'une des poches de sa salopette qu'il roula tranquillement entre ses doigts abimés. Il fit craquer une cigarette sur le macchabée de la carriole et alluma sa cibiche.

- J'ai dix minute de pause à t'accorder. Après j'dois retourner au turbin. Fais vite et bien bonhomme.


image de Nesskain
Arsène Martes
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Mads M. Ivanova
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✦ Double-compte : Christopher Swanson

Sam 9 Jan - 19:19
Dans les reproches immédiats du mur de muscles face auquel il se retrouva, Mads ne vit qu'une réalité qui resterait inchangée ; dompter sa langue ne faisait pas partie de ses prérogatives, loin de là. Pourtant il garda le silence et écouta, obéit même sans rien dire, jetant simplement un coup d’œil à Viktor qui resta donc en arrière alors que le blond s'avançait à la suite du travailleur.

Sans poids pour lester sa démarche, sûr que son allure était différente -et le bruit qu'il faisait moindre-, et il se posta devant l'homme prêt à écouter ce qu'il avait à dire. Dix minutes ? Il n'en aurait pas besoin de tant.

J'ai lu vos tracts. Vos idéologies me sont familières. En réalité, en l'état je ne peux vous apporter grand chose même si je compte me plier à ce que l'on me demandera de faire. Je veux surtout intégrer vos rangs pour dans un premier temps mériter votre aide.

L'honnêteté n'étant d'ordinaire pas de ses qualités, sur ce coup-ci il se devait d'être transparent pour ménager ses chances d'avoir leur appui aussi longtemps que nécessaire s'il arrivait à l'acquérir.

Voyez je compte réclamer le trône de Russie puisqu'en étant l'héritier il me revient de droit. Une fois qu'il sera en ma possession, je pense pouvoir être en mesure de servir la cause comme il se doit. Mais je n'ai jamais ni connu la guerre, ni les coups d'État, et je plaçais mes espoirs en vous pour me mettre sur le bon chemin, que je puisse ensuite vous rendre la pareille avec un appui à l'échelle d'une nation que je souhaite démocratiser.

Fièrement campé sur ses deux pieds -ou presque-, le regard droit dans celui de son interlocuteur, il se félicita intérieurement de n'avoir rien préparé et d'avoir laissé sa spontanéité prendre le dessus. Même si quelque fabulation put par conséquent se glisser dans son discours... C'était plus fort que lui. Chassez le naturel et il revient au grand galop, disait-on.

Et mon ami m'accompagnera.
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Arsène Martes
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Arsène Martes
Lun 25 Jan - 11:39


HRP:
 


Le Colosse plissa les yeux, bras croisés, regard perçant. Il y'eut comme une contraction de mâchoire qu'on devina sous son épaisse moustache. L'air se vida autour de Mads pour s’emplir d'une tension quais électrique.

Et soudain Stanislas partit d'un éclat de rire tonitruant. Il bourrada l'épaule du jeune infirme avec son énorme paluche, qui ne put que le sentir passer. Néanmoins cette hilarité déverrouilla brutalement toute l'angoisse contenue jusque là.

- Alors toi mon gaillard, tu manques pas de couilles !

Il s'esclaffa une nouvelle fois avant de poursuivre.

- T'sais que j'aurais pu te défoncer le crâne, ici et sans être inquiété, si ta gueule me revenait pas ? Faut être chié pour cracher ses petites exigences alors qu'on est, pour le moment, pas le petit bout d'un "Rien-du-tout".

Il eut un reniflement et s’adossa à la carcasse d'attelage qui grinça sous son poids et tira une bouffée de cigarette.

- T'es peut-être bien un sang-bleu. Y'a que les biberonnés à l'argenterie qui se radinent avec autant d'arrogance.
Il ajusta un sourire malin. Mais ça me plait ! Tu seras pas le seul cul-de-soie à nous rejoindre...

Regard en coin.

- Mais on est un groupe, l'ami. Et un groupe qui se concerte.... Écoute, je vais en causer à qui de droit. Prouve-moi que tu es bien celui que tu prétends et on te laissera une chance de te croire. Tu peux revenir ici dans une semaine avec une preuve ou à défaut... un fait d'arme bien à toi ?

Il lui tendit son paquet d'allumettes à l’effigie d'une auberge de Stuttgart : "Der Jammernde Esel" avec un âne grimé en barde dessiné sous le nom de l'enseigne. Ça donnait tout l'air d'être un lieu populaire et copieusement relayé en houblon.

- Va là , dans une semaine jour pour jour, à 21h. Commande une spécialité du jour.

Et sur ce, il écrasa sa clope sur la carlingue désossée et entreprit de le planter là. Pourtant juste avant de le dépasser complétement , Stanislas empoigna la nuque de Mads pour l'obliger à lui faire face à quelques centimètres à peine de son haleine parfumée au tabac bas de gamme.

- T'as encore la possibilité de te tirer, gamin. d'avoir une vie tranquille et paisible. mais si toi et ta boiteuse vous faite un pas sur ce terrain... y'aura pas de retour en arrière. Kapiert ?

Et sa silhouette épaisse disparut vers l'usine sans se retourner.

Arsène Martes
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Mads M. Ivanova
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✦ Double-compte : Christopher Swanson

Dim 7 Fév - 20:08
Mads poussa un discret soupir de soulagement quand le géant partir d'un grand éclat de rire. Sûr que jouer ça au culot rimait avec possibles lourdes conséquences. Mais contrairement à ce que l'homme pouvait supposer, le jeune Ivanova n'était pas né une cuillère d'argent entre les lèvres et n'ignorait pas qu'en ce genre de situations, il fallait savoir se démarquer.

Restant de marbre, cependant, à l'écoute de ce qui s'ensuivit, il se saisit du paquet d'allumettes en baissant les yeux dessus pour l'examiner succinctement, notant dans un coin de sa tête la date, l'heure et le lieu du prochain rendez-vous. La petite boîte disparut dans sa poche et il n'eut pas le temps de relever la tête qu'on le forçait à le faire.
Là encore il se tut, trop impressionné par la soudaine proximité et le ton de Stanislas pour ne serait-ce qu'oser mimer un mot. En revanche, dans son regard passa toute l'animosité que fit naître en lui la condescendance de l'ouvrier. Il ne détourna pas les yeux et rajusta son manteau d'un mouvement d'épaules bruyant quand l'autre le libéra de sa poigne avant de le regarder s'éloigner.

Main dans la poche, il serra les allumettes en se répétant le nom de l'auberge quand il rejoignit Viktor.


Der Jammernde Esel. Exactement une semaine après la rencontre au chantier automobile, ils s'y rendaient. Accompagnés du mauvais temps.

Le type a bien précisé qu'il voulait pas te voir Vik'.

L'intéressé haussa les épaules, lui ayant déjà exprimé plusieurs fois ce qu'il pensait de ces gens. Il voulait être là pour intervenir si jamais ça tournait mal. Dans un endroit aussi fréquenté et à cette heure-ci, peu de chance que la rencontre dérape mais il suffirait d'une oreille mal avisée et Mads pouvait se faire arrêter.

Je te signale que nous sommes en fuite.
Jävla de fitta !

Mads jura après un fiacre qui, roulant trop près du caniveau, souleva une gerbe d'eau qui trempa son pantalon jusqu'au genou. Comme s'il avait besoin de ça pour être d'humeur massacrante. La perspective de se retrouver dans un endroit fermé et populaire le rendait malade d'avance. Depuis quelques temps, s'il traînait dans les auberges un peu perdues, tard le soir, c'était bien pour éviter la foule. Et alors qu'il franchissait la porte du Der Jammernde Esel, il savait déjà qu'il allait passer un sale moment. Des dizaines et des dizaines de galops se superposèrent dans sa tête. Il fit une grimace et alla s'asseoir seul à table tandis que Viktor se trouvait une place à quelques mètres de là.

Couvre-chef posé à sa gauche, canne calée contre la chaise, Mads attendit qu'on vienne prendre sa commande pour demander uniquement le plat du jour, faisant tourner la large chevalière marquée d'un flocon à son majeur...d'impatience.

Hrp:
 


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Arsène Martes
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Arsène Martes
Lun 21 Mar - 17:28


- Z'êtes sur ? questionna la serveuse - une gironde créature aux yeux tombants et au cheveux ternes. Bon après tout c'est vot' estomac et vos sous !

Elle revint vingt minutes plus tard avec une écuelle en grès où baignait un amas de viande dans une sauce crapoteuse à la couleur incertaine. Pas sur que ce fut vraiment un morceau de carotte qui flottait, là.

- V'là vot' cervelle de veau à la béchamel.

Mads entendit une chaise crisser en face de lui. Stanislas prit place en enlevant sa casquette, un sourire goguenard épinglé sous son épaisse moustache.

- Nan mais... fallait pas demander un plat du jour, mon gars, c'est carrément dégueulasse ici !
- Stan' !
gourmanda l'employée d'auberge.
- C’est bon Raimunde, amène nous deux pintes et des wurst-senf sur du brot au seigle. Le petiot va pas bouffer vos restes d'abattis.

Stanislas s'installa, faisant comme chez lui. Der Jammernde Esel, de fait, était un endroit fait pour des gus dans son genre : ouvriers voulant se détendre après une journée à l'usine, tous taillés comme des barriques et pour certain encore en bleue de travail ou en salopette. Ça gouaillait et rigolait fort, ça alpaguait le cul des serveuses, ça fumait et chiquait le tabac tout en jouant aux cartes. Parfois un gars levait la voix pour entonner une chanson à boire ou patriotique, souvent repris par une chorale virile et enthousiaste.

- Alors, gamin, qu'est-ce que tu as pour moi ?

Il était temps de présenter ses preuves.

Arsène Martes
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Mads M. Ivanova
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✦ Double-compte : Christopher Swanson

Lun 6 Juin - 21:29
Il aurait pu rendre ses tripes dans l’assiette que le plat s’en serait trouvé plus goûteux. La mine perplexe de l’héritier russe laissa poliment transparaître son dégoût le plus total. Il fut enchanté de voir débarquer celui qu’il attendait et le voir reprendre le contrôle de la situation de sorte que cette immondice aux propriétés comestibles douteuses soit soustraite à sa vue.

Le haut-le-cœur maîtrisé, il lâcha un rapide et courtois :

Ravi de vous revoir.

Totalement surfait et mécanique, dénué de sincérité, simplement là pour meubler le silence le temps qu’il passe sa main à l’intérieur de sa veste pour en sortir des articles de journaux découpés et rassemblés par un trombone rouillé.

Il y a quelques mois de cela, un incendie a coûté la vie au premier fils de l'ancien Tsar de Russie qui était établi au nord de la Scandinavie. (il baissa sensiblement le ton) On m’accorde volontiers, et à raison, la responsabilité de cet homicide qui aurait mis la Tsarine en émoi.

Mads laissa un temps à Stanislas pour qu’il parcourt les articles et se rende compte par lui-même des dégâts provoqués. Mais quelques papiers de provenance non spécifiée et aux accusations infondées ne seraient sans doute pas suffisants pour convaincre le mastodonte. Aussi le jeune homme décroisa les mains, laissant visible la large chevalière argentée qui ornait sa main pour avouer avec un petit sourire satisfait absolument insolent :

Je l’ai prise au Prince en souvenir.

Viktor depuis quelques tables se rendait compte au fil des minutes qu’il faisait tache dans cet univers, comme un renard distingué et frêle se tenant droit au milieu de porcs dans la fange. Rester alerte malgré le brouhaha constant n’était pas chose aisée et il restait figé devant sa chope, l’oreille sur la table qu’occupaient Mads et Stanislas.


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Arsène Martes
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Arsène Martes
Sam 18 Juin - 15:06


Stanislas fit frisotter son épaisse moustache entre son pouce et son index. Son sourire bonhomme ne semblait rien trahir de ses pensées. En vérité, il était délicat de décrypter les attitudes du colosse roux, seul son regard pétillant témoignait d'un cerveau bien plus vif que sa carrure bovine. Il lorgna sur la bague, la fit rouler entre ses paluches immenses. L'or de la chevalière accrocha la flamme des bougies. Cette taverne n'avait nullement les moyens de se payer des lampes à gaz ou l’extravagante fée électricité.

Finalement il se pencha un peu en arrière et lança un accorte.

- Qu'en penses-tu ? à la personne attablée derrière eux.

Un homme brun, au profil d'aigle et aux yeux d'un noir profond glissa vers la lumière des chandelles. Il semblait là depuis des lustres, mais, imperceptiblement, personne en semblait avoir fait attention à sa présence, pas même la serveuse qui, bien que zélée, n'avait jamais effectué de crochet à sa table.

Un millier de chevaux fous, bave au mords, sabots au galops, dévalant les plaines sanglantes d'un monde en ruine, nimba cette apparition d'une symphonie macabre. Cette musique était-elle pour l'homme aux yeux de rapace ou pour ces vies qui se noyaient dans les marais ténébreux de ses prunelles ?
Mort.
Mort et désolation.
Le hennissement familier du chaos.
Une douce complainte intime.

Arsène Martès, habillé comme un simple ouvrier, de bretelle et de tweed élimé, se fondait dans la masse comme un caméléon. Il n'était pour ainsi dire personne. Une ombre parmi le sombre. Un visage vite oublié.
Un détail qui s’efface, qui s'émiette.
Qui disparait.

- Il est intéressant,
conclue-t-il d'une voix profonde, sans élever la voix. Et pourtant, les mots parvinrent aux oreilles de Mads malgré le brouhaha.
- Il m'a rappelé toi, y' a quelques années, fit Stanislas en riant avec une franchise qui dénotait de l'affection sans ambages.
- Stan, tu donnes dans l'émotionnel, à présent ?
- J'me fais vieux , qu'est-ce que tu veux ! Moi j'le crois. Y'me plait bien, le Pied-beau. Il a la rage au coeur et la volonté dans le sang.


Arsène sourit imperceptiblement. Schmied avait été son premier contact en dehors de son ghetto. Il l'avait rapidement mis en relation avec Whil. Déjà à l'époque, le gars faisait relai pour jeunes rebelles en résistance. Il n'avait pas changé. Il n'avait pas son pareil pour saisir les gens et leur âmes, lire la vérité en eux.

- Tu ne connais pas son nom.
- J'ai jamais connu l'tien, fils.


Le fils de Rostrhamus eut un rire qui les plongea tous trois dans le velours. Peut-être était-il vrai ? Peut-être cela n'était que calcul.

- Très bien, mais que notre nouvel ami rappelle son chien en laisse, auquel cas ? Son allemand n'avait rien perdu et se colorait à peine d'un très léger accent français. Vous n'êtes pas d'une discrétion folle, toi et ton compagnon, ponctua-t-il à l'adresse de Mads. Dis lui de nous rejoindre.

Et ce faisant il prit lui même place à leur table.

- Bien, il est temps de nous apprendre qui tu es et ce que tu veux.

HRP:
 



Arsène Martes
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Mads M. Ivanova
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✦ Double-compte : Christopher Swanson

Mar 19 Juil - 20:16
Mads, tout comme Victor, se raidit un peu quand la chevalière s’éloigne de lui. Dès qu’elle eut quitté son doigt, une sécheresse brûlante s’empara de sa peau à son pectoral gauche. Ses yeux restèrent fixés sur le bijou qui miroitait entre les mains du colosse alors que la chaleur se faisait douleur et remontait, sinueuse, jusqu’à sa clavicule, puis commença à dévorer la base de son cou. Tant et si bien qu’il dut remonter son col et ajuster son foulard en serrant les dents pour que ces traces, comme laissées par un feu invisible, restent cachées des yeux de ses interlocuteurs.

Son ami ne rata donc pas le léger geste qu’il fit pour l’inviter à s’asseoir près de lui, se joindre à la conversation qui prenait enfin des airs d’entretien et pas de grande mascarade. Bien sûr qu’il faisait tache dans un endroit si réservé au bas peuple.
Et il nota qu’il n’était pas le seul. Bien que l’homme inconnu derrière Stanislas ressemble à n’importe lequel des ouvriers ou travailleurs présents, en fermant un quart de seconde les yeux, Mads pouvait sentir qu’il était différent. Son galop était plus lointain. Ces hommes habitués aux travaux de force et d’endurance avaient la santé réduite rapidement. En quelques décennies, leur corps finirait comme les vieilles carcasses de la casse automobile où on lui avait donné rendez-vous en premier lieu.
Mais pas cet homme.

Il me semble bien que je pourrais beaucoup apprendre de vous, rétorqua-t-il alors pour signifier qu’il le savait non à sa place.

Puis, avant de répondre à la suite de leurs interrogations, il tendit la main, paume vers le haut, silencieux. Il voulait récupérer sa bague et ne décrocherait pas un mot tant qu’elle ne serait pas de retour à son annulaire.
Il attendit patiemment, tentant de décrisper la mâchoire pour ne pas paraître trop incommodé par les brûlures qui finirent par transparaître à la branche gauche de sa mâchoire. Sitôt la chevalière enfilée, elles ne furent plus qu’un souvenir translucide.
Victor lui restait droit, le regard fixé sur les deux hommes, tel un automate vide d’âme. Il semblait pourtant prêt à agir à tout instant si le moindre événement imprévu venait gêner les affaires de son ami.

J’aimerais de vous des appuis stratégiques pour monter un coup d’État contre la Tsarine de Russie, commença-t-il sur le ton de la conversation en baissant cependant légèrement les décibels pour se soustraire aux oreilles qui traîneraient. En échange, une fois au pouvoir, vous pourrez compter sur moi pour offrir à votre organisation des terres pour ériger des bases, du matériel, et du soutien politique dans toutes vos activités. En me permettant d’accéder au trône vous m’aiderez à reprendre la place que j’ai hérité par le sang. Ma tante ne tient qu’une sorte de régence à mes yeux.
Hrp:
 


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Arsène Martes
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Arsène Martes
Mer 27 Juil - 1:46
Épilogue


Mads et Viktor rejoignirent le groupe, officiant de basses besognes en hauts faits. Après la tragédie d'Hamelin, il pilla les caisses des Enfants de Rostrhamus et s'abrogea une partie des contacts du réseau. Ils ourdit à présent sa propre révolution, sur les cendres du plumage du milan.

(HRP : Merci pour ton intérêt et ta motivation. Je regrette de n'avoir pu offrir plus d'essor à tes aspirations ! Use de ce qui reste de Rostrhramus (moyens, PNJ, etc) comme bon te semble et reconquiert ton trône ! ^^)
Arsène Martes
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Narrateur
Conteur d'histoires
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Dim 31 Juil - 9:38

Mads prit son argent et rejoignit le Milan. Lorsque ce dernier sombra, l'homme se rendit auprès des autres Enfants leur demandant de l'argent, refusant de piller comme un vulgaire voleur de bas quartier. Il tâcha de garder contact avec quelques oiseaux alors que l'organisation se dissolvait. Mais il ne mena aucune révolution sur les restes des Enfants. Le chant de l'Oiseau Bleu l'appela. Laissant choir les plumes du Milan, Mads se vêtit de celles de la colombe.

Rédigé suite à la demande de Mads

RP terminé


© Avatar par Nougat. Compte PNJ, merci de ne pas envoyer de MP.
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