[Déconseillé aux moins de 18 ans]Fleurissent les fleurs sanglantes du bégonia [Août 05]

 :: L'Amérique :: États-Unis Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
Jahan Shah Farvahar
Invité
avatar
Jahan Shah Farvahar
Mar 20 Oct - 2:44
Bégonia n'avait guère hérité du charme sulfureux des espagnoles. Ses traits quelconques avaient toutefois une solide bonhomie maternelle. Avec son caractère docile et son sourire doux, son physique encourageait les hommes à s'épancher contre son large giron ou son opulente poitrine.

Le premier, c'était le Boulanger. Contrairement aux garçons de son âge, il ne se moquait pas d'elle. Il était gentil. Alors, quand il avait déchiré son corsage pour la pétrir, elle s'était laissé faire et avait ouvert ses cuisses en grand. Pendant six mois, il l'avait besognée tous les jours pendant que sa femme était absente. Bégonia quittait la boulangerie, le corps couvert de farine, les bras chargés de victuailles et le sourire aux lèvres, toujours aussi émue par autant de gentillesse. Finalement, son ventre se fit le four d'un enfant.

Bégonia n'avait guère d'éducation. Papa pensait que la place d'une femme était à la cuisine ou dans l'arrière-boutique à pondre des bébés, des solides garçons si possible. Impensable pour lui d'éduquer sa fille plus que pour la lecture de la bible et des calculs simples pour servir les clients. Aussi, elle ne se rendit compte de sa condition que quelques semaines avant son accouchement. Le Boulanger, lui, avait cessé d'être gentil depuis plusieurs mois.

Lorsque vint le bébé, un épais garçonnet, elle l'accoucha dans la cuisine. Papa, évidemment, le découvrit et emporta bien vite le bébé. Jamais, elle ne le revit. Ronde comme elle l'était, hormis le Boulanger et Papa, jamais personne ne suspecta jamais son état. Pourtant, Papa ne décolérait pas. Elle ne l'encourageait pas à pleurer autant sur ce bébé absent.

Les mois passèrent et les affaires de la boucherie familiale s'écroulèrent. Le Boulanger ne venait plus faire commercer depuis longtemps. Il préférait à présent l'autre boucherie, plus lointaine, mais tenue par des gens souriants. D'autres comme lui ne supportaient plus les yeux éplorés de Bégonia et les colères volcaniques de Papa. Vilaine Bégonia. Dévergondée Bégonia. Tout était de la faute de Bégonia.

Bégonia devait aider. Bégonia n'avait qu'une seule qualité. Un seul trésor. Entre ses cuisses.

Alors, elle les ouvrit souvent. D'abord pour récompenser les clients fidèles. Ensuite pour encourager les nouveaux. Puis finalement pour les inconnus. Papa comptait l'argent. Les pièces déposées par les messieurs se rebraguettant en quittant l'arrière-boutique servaient surtout à payer les bouteilles s'alignant. Papa avait l'alcool de plus en plus mauvais. Les coups commencèrent à pleuvoir. Vilaine Bégonia. Dévergondée Bégonia. Regarde ce que tu fais faire à Papa.

Bégonia devait aider. Bégonia n'avait qu'une seule qualité. Un seul trésor. Entre ses cuisses.

Alors elle l'offrit pour faire cesser la ceinture lacérant sa chair. Quelques coups de reins ne suffirent pas. Il fallut la nuit. Toute la nuit. Papa libéra sa rage encore et encore. Il dissipait son mauvais vin sur Bégonia. Lorsqu'enfin il roula sur le coté, éreinté, serein, Bégonia sanglotait. Papa alors se réveilla. L'ancien Papa. Celui qui avait ri quand elle avait marché pour la première fois. Pleurer et consoler quand Maman était morte. Terrifié, il sanglota avec elle longuement. Jusqu'à ce que les larmes ne les épuisent. Au matin, Papa dansait au bout d'une corde. Vilaine Bégonia. Dévergondée Bégonia. Regarde ce que tu as fait à Papa.

Bégonia devait fuir. Bégonia n'avait qu'une seule option. Un seul chemin. Entre ses cuisses.

Bégonia arriva dans une autre ville. Les jolies rues pavés n'existaient pas ici. Ses pieds s'enfonçaient dans la boue. Vite, elle trouva le sentier vers un établissement. Un bordel que ça s'appelle lui disaient les gens. Bégonia, innocente, ne comprenait pas. Mais les filles étaient gentilles. Elles lui brossaient les cheveux et l'aidait à passer de belles étoffes. L'une d'elle lui apprit même à fumer et rêver. Elle devait ouvrir les cuisses souvent, mais les messieurs lui disaient sans cesse qu'elle était belle. Qu'elle était bonne. Qu'ils n'aimaient qu'elle.

Alors Bégonia riait à nouveau.

Bégonia rêvait. Sans cesse. Chaque nuit. Chaque jour. Dans la fumée dansaient Papa, heureux, et le garçonnet du Boulanger les mains pleines de farines. Elle consolait les messieurs tristes entre ses bras, les berçait comme son enfant absent. Ils se lovaient entre ses cuisses. Elle les aimait.

Un jour, un homme blond, étrange avec un tatouage sur le visage, arriva dans la nouvelle demeure de Bégonia. Il emmena Bégonia et deux de ses amies au loin, comme un prince des contes. Bégonia volait. Loin. Très loin. Jusqu'au Ciel. Dans les nuages, Papa et l'Enfant Absent chantaient. Le Prince Blond la prit dans ses appartements une fois. Pour tester sa saveur et donner son nom de fleur. Bégonia oublia alors complètement son nom d'avant. Bégonia aimait être Bégonia.

Durant un long rêve, le château ambulant du Prince Blond les emmena loin dans un pays au soleil brûlant. Bégonia n'aima pas trop. Par le hublot, Bégonia voyait le monde extérieur. Maladifs et tout mince, les gens d'ici lui faisaient peur. Comme s'ils dansaient déjà dans la fumée. Alors Bégonia se réfugia tout au fond d'une chambre, même si elle ne devait pas quand aucun monsieur n'était avec elle pour profiter de son trésor. Vilaine Bégonia. Dévergondée Bégonia. Le Prince Blond te punira.

Bégonia ne voulait pas fuir. Sa maison était ici. Alors Bégonia pria pour la première fois.

L'Ange Noir arriva le même jour. Si noir qu'il avalait la lumière de la petite chambre, cachant encore mieux Bégonia. Ses lèvres déversaient du miel dans les oreilles de Bégonia. Il ne vola pas son trésor. Il ne voulait que dormir, lové contre elle, dans son Ombre disait-il jusqu'à ce qu'il puisse à nouveau s'éveiller. Gentille, Bégonia accepta. Durant les jours suivants, Bégonia observait son ombre avec attention. Danserait-elle sur le mur comme Papa et l'Enfant Absent dans la fumée ? Parfois, l'Ange Noir lui souriait, prunelles d'or luisante ou esquissait une caresse pour lui permettre de toujours rêver. Le soir venu, elle lui parlait tout bas, lui chuchotait ses prières. Même s'il ne répondait pas, Bégonia n'avait plus peur quand venait la Nuit.

Puis, l'Ange Noir lui confia un message. Bégonia devait aller trouver la Dame Blanche, la compagne du Prince. Celle qui était un homme avant et qui venait le dimanche s'enfermer avec le Prince Blond. Bégonia ne comprenait pas vraiment comment un homme devenait femme. Peut-être que le Sieur Blanc cachait à présent des chaussettes dans son corsage. Bégonia avait fait ça enfant pour s'imaginer femme. Pire, Bégonia jalousait cette femme qui n'était pas une fleur : Elle ne voulait pas lui parler. De promesses sucrées et en baisers mutins, l'Ange noir berça son coeur. Bégonia accepta alors. Au détour d'un couloir, Bégonia attira l'attention de la Dame Blanche en s'arrêtant juste devant elle. En raison de la teneur du message, Bégonia esquissa une révérence miteuse.

- Reine d'Orage, L'Ange Noir vous attend dans la cabine 5. - Elle s'arrêta un instant - Non, il a dit l'Empereur Cauchemar, pas l'Ange.

Bégonia obéit encore à la demande en s'inclinant un peu à nouveau avant de retourner auprès des autres filles. Son Ombre lui paraissait désespérément immobile. Vilaine Bégonia. Dévergondée Bégonia. Jalouse Bégonia.

Dans la cabine 5, l'une des chambres réservées aux fleurs et leurs clients privilégiés, Cauchemar somnolait, indolent, sur les coussins qu'il avait rendu plus rouge par caprice. D'or, de blanc et de bleu roi légèrement vêtu, il patientait simplement en chantonnant, tout bas, un air de Vivaldi.
Jahan Shah Farvahar
Revenir en haut Aller en bas
Ashes Dice
Invité
avatar
Ashes Dice
Sam 7 Nov - 12:03

Ashes Dice.
Cette nouvelle peau lui collait à merveille. Elle se sentait plus sereine, plus dispose, d'avantage "elle" tout simplement. Ce fut sa première pensée lorsqu'elle ouvrit les yeux, lovée contre Pitt qui dormait encore profondément. Il ronflait, le visage détendu comme un enfant. Elle sourit malgré elle. Rien ne pouvait perturber ce délicieux crétin, ni l’absence de Mistral, parti chercher des informations à terre, ni le fait que le "prince" de Bavière avait lancé des sbires à la recherche de Louise. Adorablement inconscient, son doux-dingue. Enfin "son" tout était relatif. Le lièvre était libre et s'offrait à un peu tout le monde sans appartenir à personne. A son sens c'était un modèle de vie à suivre qui n'était pas sans lui rappeler un certain Djinn.

Elle s’étira en silence, faisant glisser les draps sur son corps filiforme. Elle ne possédait quasiment aucune rondeur féminine. Parfois elle doutait même d'être une femme. Pitt avait aussi ce rôle là, de le lui rappeler régulièrement. Elle lorgna la peau délicate, rose et fraiche : parfaitement restaurée. Elle rayonnait d'appétits -de bien des appétits comme le Fossoyeur pouvait en témoigner- et le Délirium n'était plus qu'un lointain souvenir.
Elle s'extirpa de la couche de son amant sans un bruit et enfila ses vêtements. Depuis qu'elle avait élu domicile sur le March, elle ne cachait plus son sexe d'origine sans pour autant renier le confortable d'un pantalon. Elle avait opté pour un falzar d'aviateur, des bottes hautes et pratique, une chemise à manches amples avec, par dessus, un veston de cuir coupé cintré. Ses cheveux avaient poussé, mais pas assez pour en faire un catogan. Elle se contenta de les ramener en arrière d'un glissement de doigts.

Ashes eut un dernier regard affectueux pour la forme humanoïde vautrée dans le lit. Elle ne résista pas à l'envie de grattouiller cette barbichette blonde et indocile. Son possesseur émit un grognement avant de changer de position sans grâce, ensuqué par le sommeil de celui qui jamais ne doute. Le Dé eut un gloussement.

-Gros plein de sucre... murmura-t-elle tout bas en déposant un baiser furtif sur le front du jeune homme.

Et elle sortit en catimini dans le couloir.

Ashes soupira.
A cet étage, elle serait toujours seule. C'était le domaine du Maitre des lieux. Mais s'aventurer dans les échelons inférieurs du ventre d'acier, c'était s'exposer aux Fleurs. Si les Maquerelles en chef de Pitt l'avaient plutôt bien accueillie, ça n'était pas le cas des demoiselles irrégulièrement de passage sur le zeppelin. Elle restait, encore et toujours, un sujet d'interrogations et de jalousies. Pourquoi avait-elle les faveurs de leur jardinier, elle qui n'était pas une prostituée, qui ne serait jamais une épouse, qui incarnait tout juste une femme ?
Ah...
Pauvres demoiselles ! Vos têtes sont si petites alors que vos hanches sont si larges : plus vous écartez vos cuisses en grand, et plus vos esprits se rétrécissent ? Est-ce comme cela que vos organismes fonctionnent ? Ashes ne pouvait s'empêcher de raisonner en comptable et de déduire des probabilités. Elle tentait de tirer une formule mathématique de ces actuelles observations, tout en dévalant les marches en quêtes des cuisines de Charly, quand elle manqua de percuter une des résidentes. La jeune femme leva les yeux juste à temps vers la femelle potelée et outrageusement engoncée dans un corsage qui faisait dégorger sa poitrine. Ashes ne parvenait pas à se rappeler de son prénom, malgré ses efforts pour se tenir poliment à jour. Elle était une fugitive, certes, mais avec des manières !

- Mademoiselle, entama-t-elle en parfait gentleman, puis-je vous aider ?
- Reine d'Orage, L'Ange Noir vous attend dans la cabine 5.

Ashes écarquilla les yeux. Il n'y avait qu'une seule personne pour la surnommer ainsi.
- Qu'avez-vous dit ?
- Non, il a dit l'Empereur Cauchemar, pas l'Ange.

Avant qu'elle n'ait pu répliquer, la prostituée s'était éclipsée.

- Ah, le faquin ! Quel culot !

Elle se dirigea d'un pas furieux vers la cabine sus-citée. Elle l'ouvrit à la volée car elle n'était pas fermée et claqua l'élément de décor dans son dos. Elle n'avait jamais mieux porté son surnom, ses cheveux blanchis comme des éclairs et ses yeux gris tempêtant.

- Tu ne manques pas d'air, Djinn ! Depuis quand convoque-t-on un ami dans son propre foyer, qui plus est quand on s’est invité sans s'annoncer ?!

Et d'un coup de pied ferme et sans appel, elle le délogea du matelas.

- "Empereur", vraiment ? En ce cas je veux être une Déesse de l'Orage ! ajouta-t-elle, cette fois-ci avec un sourire qu'elle se jura être involontaire.

Ashes Dice
Revenir en haut Aller en bas
Jahan Shah Farvahar
Invité
avatar
Jahan Shah Farvahar
Ven 11 Déc - 15:27
A l'irruption de l'orageuse, ses vociférations coupèrent la montée crescendo de la Follia aux bouts de mes doigts. Bousculé, secoué, frappé, je me retrouvais les jambes en l'air avec un petit "boum" parfaitement comique. Trop surpris, entre mes cheveux délogés de mon chèche, mes prunelles d'or la dévisageaient stupéfait. Trois clignements de paupières plus tard, mon index se redressa prêt à rétorquer à sa première injonction. Droit de réponse volé, le doigt se rengaina tandis qu'elle enchaînait sur son nouveau statut.

Evidemment, elle ne croyait pas une seconde à mon titre. Par je-ne-sais quelle malédiction, les occidentaux ne songeaient jamais à la possibilité que l'énoncé soit véridique. J'ignorais si ce scepticisme venait de leurs propres moeurs ou de moi. Par souci d'honnêteté, peut-être devrais-je préciser que je n'étais pas encore empereur, mais que ça ne saurait tarder. Probablement aussi qu'ils peinaient à comprendre le concept, pourtant simple, que je n'avais pas besoin de toute une horde de suivant pour affirmer ce que j'étais. Mais cela n'avait pas grande importance finalement : Qu'ils me croient ou non, j'étais.

Amusé du passage à la divinité de ma Reine d'Orage, mon rire résonna bien vite dans la cabine. D'une impulsion, je me retrouvai sur mes pieds. D'une pirouette glissée, les étoffes de ma tenue claquèrent vivement tandis que je me rapprochais d'elle. Ma main s'étendit et effleura révérencieusement une mèche de cheveux, son visage et son éclat nouveau comme un fidèle face à une idole de sa déesse. Je portais ensuite mes doigts à mon front, à l'emplacement du tilak, puis à mes lèvres. Bien bas, je la saluais alors d'une révérence arabesque de troubadour.

- Salâm.

Tranquillement, je casai mes mains dans mon dos, posture martiale, tandis que je lui tournais autour pour l'inspecter en détail. De nouveau face à elle, je la toisai quelques secondes en silence avant d'esquisser une grimace.

- Trop de tissu pour le statut de divinité.

Annonçai-je, la lippe faussement boudeuse. Un sourire succéda bien vite à la taquinerie.

- Mais correspondant bien plus à tes éclairs que ton horrible perruque et tes frusques françaises.

La mention du pastiche capillaire fronça mes narines de dégoût. D'un geste de la main, je balayai l'horreur hors de mes pensées et de la discussion.

- Et oui, empereur. Mais libre à toi de ne pas y croire : je sais qui je suis. A présent.

Depuis notre rencontre, j'avais acquis quelques certitudes grâce à une certaine source russe et au concours d'un feu tranquille. Si elle était transfigurée, j'avais moi-même découvert un nouvel équilibre : Lumières et Ténèbres se mêlaient plus intimement encore. De crainte qu'elle n'en soit courroucée, même si la taquiner et m'attirer ses foudres me comblaient d'aise, je tins à préciser.

- Sache tout de même que je ne t'ai pas menti sur le sujet puisque je te l'avais déjà énoncé lors de notre précédente rencontre.

Bravache, le sourire s'épanouit.

- Pas de ma faute si vous autres, Occidentaux, ne réussissez pas à appréhender la subtilité de noms persans.

Poli, je replaçais le matelas et mes coussins pour y reprendre ma place et m'y étirer comme une panthère. Généreux, je lui réservai une place digne d'une reine, à défaut de déesse et l'y invitait.

- Le temps que le vaccin fasse effet, j'ai préféré rester tranquillement installé plutôt que te déranger toi et Smiley, ton prince consort. Mais je tenais à passer un peu de temps à tes cotés avant ... la suite. Navré, je ne voulais froisser personne.

Des excuses ? Oui, cela entrait dans mes cordes. Même si mon sens de la propriété tendait vers le zéro - tout m'appartenait par défaut -, j'étais tout de même conscient de la bienséance nécessaire face au propriétaire. Cela expliquait d'ailleurs pourquoi je me servais discrètement et pas de manière ostentatoire.
Jahan Shah Farvahar
Revenir en haut Aller en bas
Ashes Dice
Invité
avatar
Ashes Dice
Sam 2 Jan - 11:14


Ashes observa son Cauchemar. Un doux vocable en vérité, Atêsh -ou quoi que soit son nom- n'avait rien de déplaisant : jeune, beau, la peau dorée comme du pain sortant du four, beau parleur.... Étrangement, ce pedigree égrainé mentalement par la comptable n'avait aucun effet sur elle. Cauchemar était Cauchemar, apparu un jour de pluie et de tristesse, un nuage noir plus audacieux que le reste du ciel lui tirant des éclairs de sourires pendant une course échevelée.

-Salâm.Trop de tissu pour le statut de divinité. Mais correspondant bien plus à tes éclairs que ton horrible perruque et tes frusques françaises.

La jeune femme lui assena une pichenette sur le front.

- Cesse donc de m'ennuyer avec cette fichue perruque ! Sache que la suggestion vaut toujours mieux que ce qui est offert au regard. On ne désire que d'avantage ce qui est dissimulé. Tu devrais le savoir en fin séducteur que tu es. Enfin entre nous, Djinn, tu m'as vue dans ma plus simple tenue d'Eve, ne crois pas que ce cela se reproduira.
- Et oui, empereur. Mais libre à toi de ne pas y croire : je sais qui je suis. A présent.


Elle posa un regard gris et sans détour sur lui. Limpide.

- Moi aussi, Atêsh, murmura-t-elle doucement.
- Sache tout de même que je ne t'ai pas menti sur le sujet puisque je te l'avais déjà énoncé lors de notre précédente rencontre. Pas de ma faute si vous autres, Occidentaux, ne réussissez pas à appréhender la subtilité de noms persans.
- Tu es aussi subtile qu'une brique, mon Cauchemar, mais c'est l'apanage des freluquets dans ton genre je présume...

Elle ne put s'empêcher de sourire à son tour. Diantre que cela lui avait manqué. On ne prenait conscience de ce genre de chose qu'une fois perdu. Le jeune homme était arrivé dans sa vie comme une averse et avait disparu de la même façon. Pourtant son empreinte durable demeurait là, quelque part entre son affection et son horripilation. Malgré tout, elle restait fascinée par cet alignement de dents blanches sur cette face burinée. Contraste.
Il tapota sur les coussins qu'il foulait à nouveau de sa grande carcasse et elle leva les yeux au ciel.

- Empereur ou pas, tu restes pour moi un cauchemar vagabond,
affirma-t-elle tout en se laissant tomber de tout son long auprès de lui, avec une pirouette résignée cocasse.
- Le temps que le vaccin fasse effet, j'ai préféré rester tranquillement installé plutôt que te déranger toi et Smiley, ton prince consort. Mais je tenais à passer un peu de temps à tes cotés avant ... la suite. Navré, je ne voulais froisser personne.
- "Smiley" ? Ashes eut un petit rire franc et cristallin. C'est Pitt, "Smiley" ? Elle rit à nouveau. Ça lui va bien, même si en matière de rictus tu te défends, Djinn.

La jeune femme, tourna un visage détendu vers le persan. Elle s'était logée le plus naturellement du monde dans le creux de son bras ouvert. N'était-ce pas là la place des vieilles amies retrouvées ? Ou bien de sœurs perdues. Avec douceur elle déposa un baiser sur sa joue. Son regard pétilla d'une malice qu'il ne lui avait pas décelé la toute première fois.

- ... Et j'ai plaisir à te voir faire risette d'aussi près.

Elle fit aussitôt une moue de maitresse d'école gourmandant un élève récalcitrant.

- Tu sais quand même que ces lits sont un lieu de travail, pas de villégiature ? Hum ? Tu froisses gratis du drap pour rien. Voilà ce que tu froisses !
fit-elle en toquant son index sur sa poitrine.



Ashes Dice
Revenir en haut Aller en bas
Jahan Shah Farvahar
Invité
avatar
Jahan Shah Farvahar
Lun 4 Jan - 18:40
- Je ne peux pas oublier les perruques ! Elles me terrifient !

Exagèrai-je une nouvelle fois. Pour le reste, je haussai une épaule. Les occidentaux avaient des vues trop tranchées sur la sexualité et la sensualité pour la discussion reste amusante. Puis, même si ma Reine d'Orage resplendissait, elle ne dégageait pas les notes de souffre entêtante d'une flamme à courtiser, mais plus la troublante pureté d'une ange sacrifiée. Pour autant, je ne souhaitais pas la connaître bibliquement. Contrairement à la croyance apparemment universelle, les jeunes djinns ne kidnappaient que rarement les jeunes femmes pour des besognes charnelles. Difficile cependant d'en vouloir à un peuple qui confondaient perses, ottomans, musulmans et habitants d'Afrique noire la comparaison avec les nagas. Les premiers temps, quelques filles publiques m'avaient arrêté dans la rue pour me demander si j'avais un gros serpent. L'allusion ou parallèle à mes parties intimes ne me vint étrangement pas de suite et je pensais qu'elles s'imaginaient que j'étais une sorte de naga.

Ou alors Ashes s'imaginait que je ne pensais qu'au sexe. Nettement plus probable. Conclus-je en frottant mon front après sa pitchnette.

Au "freluquet", je me contentai de froncer les sourcils et d'esquisser une moue boudeuse. Hautain et prétentieux ? Cela, je ne cherchai même pas à le nier. Mais le côté frêle que le terme sous-entendait se révélait un peu plus vexant. Certes le délirium avait apposé sur moi sa marque comme sur elle, creusant certains de mes traits mais l'orgueil d'un jeune djinn de vingt ans en prenait tout de même un coup.

- Je suis très subtil quand c'est nécessaire.

Maugréai-je. Malgré tout, je l'accueillis sur mon trône de l'instant et l'emprisonnai même contre mon torse avec tendresse.

- Etre Cauchemar pour toi me convient parfaitement.

Le sourire naissait à nouveau sur mes lèvres au baiser.

- Smiley t'a reconverti en femme de chambre que tu t'occupes tellement de mon occupation de lit ?


Taquinai-je.

- Si ça n'est que ça, je peux offrir une large rétribution pour avoir posé mon auguste derrière sur un matelas.

Avec délicatesse, je repoussais momentanément l'orageuse pour attraper un des draps que j'avais retiré pour mieux m'installer. Une longue inspiration. De quelques mots dans ma langue natale, je formatais le don choisi. Avec mon expiration, le tissu propre mais élimé verdissait vers une soie émeraude resplendissante et se brodait d'or. Désinvolte, j'en coiffai Ashes comme une fille de mon pays.

- Pour remercier la lavandière ou la femme de chambre quand elle refera le lit toujours parfaitement propre.

Sceptique quant à la possible appréciation du geste par le maître des lieux, Smiley, et ma Reine, j'ajoutai.

- Au pire, tu peux le revendre. Francisco menaçait de me tuer à chaque fois que je mouchai dedans : j'imagine donc que ça vaut beaucoup d'argent ce type d'étoffes.

Peut-être devrais-je me sentir honteux d'être parfaitement ignorant de la valeur des différentes matières et de tout le domaine économique. Machinalement, je commençai à rire en me figurant par contre très bien la réaction du madrilène excédé devant mon manque total de sens pratique sur le sujet. A quoi s'attendait-il avec un sylphe pour qui le sens de la propriété se résumait simplement par un : "Tout ce que je veux est à moi et donc je peux le prendre."? J'appliquai, au moins, le concept d'échange... quand j'y pensais. Un sacré pas en avant !

- Par contre, je n'ai touché à aucune des femmes de son harem... enfin son bordel. Enfin, si j'ai embrassé la messagère pour la remercier par avance : Elle pense que je suis un ange et que je vais l'emmener danser dans les nuages ou que je vais venger le fils du boulanger où je ne sais quoi en abattant le courroux divin sur un village.

D'un revers de la main, je balayai toutes ces questions triviales pour en revenir à l'essentiel.

- Qu'est-ce que nous pourrions faire d'intéressant ? Ah ! Commence par me raconter ce qui te fait resplendir au point de me donner envie de te dévorer !


Me pourléchai-je les babines tout en l'examinant une nouvelle fois de pieds en cap.
Jahan Shah Farvahar
Revenir en haut Aller en bas
Ashes Dice
Invité
avatar
Ashes Dice
Mar 8 Mar - 10:27


- Je ne peux pas oublier les perruques ! Elles me terrifient !
- Méfie-toi, je connais désormais ton terrible point faible....
- Je suis très subtil quand c'est nécessaire.
- Comme un perse dans le farwest, soit comme un feu d'artifice dans la nuit noire, Cauchemar.
- Être Cauchemar pour toi me convient parfaitement.


L'étreinte se révéla affectueuse, tendre, presque comme si ils ne s'étaient jamais quittés, comme si la distance, le temps, la vie n'était que de vulgaires données à mettre en parenthèse dans leur équation. Étrange comme le destin place sur votre route des gens d'une qualité exceptionnelle qui vous marque durablement : Des Vecteurs. Atêsh était de ceux là. Il était apparu comme une bourrasque et avait disparu comme telle. A l'instar de Ronce, Mistral et Pitt, il l'avait pourtant aidé à découvrir qui elle était sous le monticule de peaux mortes dont elle s'était affublée : Louise, Esel... des mensonges, des histoires...
Quelque part Ashes était peut-être aussi une nouvelle illusion, une mue comme les autres dont il faudrait un jour se débarrasser. Mais il lui semblait que cette peau là était plus fine et plus transparente que les autres.
Plus révélatrice.

Elle soupira d'aise.
Elle était bien.

- Smiley t'a reconverti en femme de chambre que tu t'occupes tellement de mon occupation de lit ? Si ça n'est que ça, je peux offrir une large rétribution pour avoir posé mon auguste derrière sur un matelas.
- Tu deviens impertinent...
dit-elle avec du miel dans la voix.

Il se redressa et elle accompagna le mouvement, s’asseyant en tailleur en face de lui. Avec un petit sifflement appréciatif, elle salua sa petite démonstration de magie. Elle se laissa coiffer avec un petit rire de gorge, grave et charmant. La prodigieuse calculette installée à l'épicentre de son cerveau évaluait déjà le cadeau. On ne refait pas une comptable. Elle jugea que cette soie magique tissée avec une finesse toute magique et brodée d'or de surcroit valait bien le prix de ses effronteries.

- Au pire, tu peux le revendre. Francisco menaçait de me tuer à chaque fois que je mouchai dedans : j'imagine donc que ça vaut beaucoup d'argent ce type d'étoffes.
- Tu m’assures que cette étoffe jolie ne va pas se retransformer en banale toile de coton une fois que je la quitterais des yeux ?
questionna-t-elle avec la méfiance du grippe-sou.

Elle restait une femme de commerce, elle n'y pouvait rien. Il fallait toujours expertiser correctement la marchandise.

- Par contre, je n'ai touché à aucune des femmes de son harem... enfin son bordel. Enfin, si j'ai embrassé la messagère pour la remercier par avance : Elle pense que je suis un ange et que je vais l'emmener danser dans les nuages ou que je vais venger le fils du boulanger où je ne sais quoi en abattant le courroux divin sur un village.

Ashes se recoiffa de son turban en haussant les épaules.

- Mistral croit au vin rouge et à l'amour absolu qui vous emprisonne le coeur pour la vie, Pitt pense que le mois de Mars est éternel et se répète à l'infini et moi, moi j'ai l'intuition que je suis aussi changeante que le dé peut contenir de facettes !

Elle sourit, finaude.

- Les croyances embellissent l'âme, mon Cauchemar. C'est bon d'avoir chacun sa folie douce.

Esel Vermögen n'était plus. La petite demoiselle attifée à la française comme un épouvantail, avec sa perruque ridicule et ses doigts en couteaux, s'était diluée sous la pluie. Le perse, pourtant, avait était clairvoyant : de l'orage, sa reine conservait l'électrique, le tonitruant, les zébrures lumineuses qui griffaient l'obscurité. Elle n'avait jamais mieux porté le surnom qu'il lui avait donné.

- Qu'est-ce que nous pourrions faire d'intéressant ? Ah ! Commence par me raconter ce qui te fait resplendir au point de me donner envie de te dévorer !

Elle entama son récit par un jet de coussin en pleine figure de son interlocuteur.

- Voir ta trombine, d'une !

Elle lui sauta dessus avec une sauvagerie enfantine, lui ébouriffant les cheveux qu'il avait long et de la même cendre blanchie qu'elle. Son couvre-chef émeraude roula à terre. Elle le chahuta un peu, en sale gamine. Elle finit, par une feinte sournoise, à le chevaucher. C’est donc conquérante qu'elle poursuivit, à califourchon sur son adversaire :

- Être en vie, de deux. En outre, j'ai dénoncé ce petit salopard de médecin : son Délirium, son vaccin, sa propension inconvenante à jouer à Dieu. et puis...

Elle s'accoude sur son torse, tranquillement et avec une facilité tactile qu'il ne lui a pas connue en France.

- Et j'ai un nouveau nom : Ashes Dice. Tu aimes ? minauda-t-elle.

La Reine Orage sembla réfléchir à quelques malicieuses idées pour distraire son invité impromptu.

- Tu sais ce qui pourrait être drôle...

Et elle lui chuchota à l'oreille quelques mots qui pétillèrent à son tympan.

HRP:
 

Ashes Dice
Revenir en haut Aller en bas
Jahan Shah Farvahar
Invité
avatar
Jahan Shah Farvahar
Ven 18 Mar - 1:06

Deadwood OST - Opening

Ellipse de XX jours ou heures...

Douloureusement, je soulevai une paupière. Presque aussitôt, elle se referma, prunelles offusquées de tant de luminosité. Une barre métallique pulsait contre mon front, entre mes deux yeux ou peut-être était-ce dans mon crâne. Une nouvelle fois, je tentai d'ouvrir les yeux, prenant garde cette fois-ci à me protéger des rayons du soleil d'une main paresseuse. Se faisant, je bousculai un corps niché contre mon torse émettant une chaleur agréable. Après un temps d'acclimatation, je pus enfin regarder autour de moi. Enfin que d'un seul oeil, l'autre refusant étrangement de s'ouvrir sans m'arracher des larmichettes de douleur. Très haut dans un ciel bleu immense, quelques nuages de chaleur dansaient. Le soleil luisait, au zénith, rond et presque acidulé. A la pensée, j'humectai mes lèvres, un frais jus de citron, voilà qui était tentant.

Tant bien que mal, je passais en posture assise, dérangé par le poids envahissant. En baissant le regard, la tignasse d'argent en bataille ne fut guère complexe à attribuer à la Reine d'Orage endormie. Plus étonnant par contre, nous étions allongé à même le sol. Autour de nous, un champ émeraude s'étendait et y fleurissaient les fleurs sanglantes du bégonia.


- Ashes.

Tentai-je d'une voix éraillée et rauque. Sans délicatesse, j'éclaircis la gorge avec un raclement sonore.

- Ashes...

Pas vraiment mieux que la première tentative. Probablement avais-je trop crié. Mon timbre habituellement chaud et mélodieux sombrait plutôt le caverneux pour l'instant. J'avais vraiment soif et ma caboche continuait de cogner. D'une main un peu plus virulente, je bousculai la belle endormie.

- Ashes !

Répétai-je une nouvelle fois en frottant mon oeil meurtri, avant de continuer en boucle comme un automate jusqu'à ce qu'elle daigne enfin surgir de son coma. A force de trifouiller mon oeil, je perçai la mince couche mucus séchée pour atteindre les sécrétions poisseuses. M'armant de courage, mes dents grincèrent de douleur à plusieurs occasions, je réussis à nettoyer suffisamment mes paupières collées. Un soupir de soulagement fendit l'air assez longuement. J'y voyais ! Quoiqu'il se soit passé avec mon oeil, cela n'avait rien de définitif. Malgré tout, le garder ouvert me réclamait un certain effort. L'odeur d'alcool rance m'étrangla ensuite un instant. De l'eau pour se laver, pour nettoyer la blessure et tenter de soigner le désert de ma gorge, voilà ce qu'il nous fallait.

Me dégageant en douceur, je me redressai, en deux fois, en vacillant. Mon équilibre s'escrimait à se faire la malle. Je titubais sur une dizaine de mètres sur une sorte de colline. De là-bas, peut-être arriverai-je à me repérer. Après réflexion, il me paraissait impossible de réussir à me situer dans un pays que je ne connaissais absolument pas. Probablement, par contre, pourrais-je au moins localiser une source d'eau dans laquelle nous pourrions retrouver figure humaine.

Au pied du monticule, après une centaine de mètres de marche environ, notre chemin déboulait sur une "grande" route fréquentée et une petite bourgade où avaient poussé trop vites des bâtiments disparates.


En plissant les yeux et à l'aide d'un soupçon de magie, je déchiffrai un panneau sur le bord de la chaussée :

"Welcome to Waterhog Town"

Waterhog, c'était pas une sorte de cochon laineux d'eau ? Désir que je m'empressai naturellement de rapporter à ma camarde avec le sourire large d'un gamin qui se transforma en grimace.

- Asheees... c'est la ville du cochon laineux d'eau ! Je veux en manger !

Le bruit que je provoquais moi-même me parut assez insoutenable, aussi la bouclai-je abruptement. La proximité des habitations rappela à moi des considérations plus primaires. Je tâtonnais mes reins pour vérifier la présence de mes dagues et mon cimeterre. Il ne manquait apparemment rien, pas même mes bijoux. Aussi excluais-je d'entrée une attaque de bandits. En silence, j'arrangeai mon chèche attendant que ma camarade procède à ses propres observations.
Jahan Shah Farvahar
Revenir en haut Aller en bas
Ashes Dice
Invité
avatar
Ashes Dice
Jeu 31 Mar - 22:31


Le champ de fleurs est immense. Tu cours à perdre haleine, bras ouverts dans ta petite chemise de nuit légère. Vaporeuse. Père sera furieux. C’est ce que te hurle le petite garçon sur le pas de la fenêtre, dans son peignoir de velours brodé. Tu t'en fiches. L'air est frais et le vent fait voler les senteurs sous ton jupon de lin. Qu'est-ce donc que ce parfum ?
Il est si lointain...

- Ashes...

Tu buttes sur quelque chose, une pierre peut-être. Tout ton corps s'affale sur le parterre de fleurs sanglantes. Les pétales volent, se froissent. Tu es couverte de rosée. Tu ris en te frottant le bout du nez que tu as si espiègle. Tu plisses les yeux en te retournant pour mieux voir l'obstacle éhonté.

- Ashes....

Les vers l'ont presque entièrement boulotté, et sa puanteur doucereuse a été masqué à tes narines par le parfum violent des bégonias. Ses orbites vides te fixent. Elle t'accusent.

- Ashes !
- OUAH !

Ashes se redressa en sursaut. Immédiatement après la brusquerie du geste vint mateler sur son crâne les coups de butoir d'une migraine carabinée. Elle avait un sacrée gueule de bois.

- Cauchemar... ? Marmonna-t-elle, d'un timbre monocorde. l'aridité de ses muqueuses buccales l'empêchait de jouer les gymnastes linguistique.

Tout en se frottant les tempes, ses yeux abimés s'habituant à la lumière crue du soleil , elle jeta un regard circulaire. Des bégonias, partout. Et du sable. Et de la terre ferme.

- Bordel de... entama-t-elle,faisant fi de toute rodomontade verbale.

Où était le March ?
Où était Pitt ?
Où étaient-ils ?

Elle ne se rappelait foutrement de rien. Et jouer les fossoyeurs de mémoire ne faisait qu’accentuer la ténacité de son mal. Ce fut à ce moment précis qu'elle remarqua qu'elle ne portait en tout et pour tout qu'une chemise d'homme.
Ça et rien d'autre.
Elle goutta l'ironie de la situation une demi secondes avant de remarque la trombine en chou-fleur de son comparse. Il avait l'oeil au beurre noire.

- Par tous les saints ! Que t'est-il arrivé ?

Son gesticulant camarade ne répondit pas et fit trois pas sautillants vers un panneau peint aux douces consonances d'une ville de péquenots du fin fond de la cambrousse américaine.

- Asheees... c'est la ville du cochon laineux d'eau ! Je veux en manger !
jappa-t-il en ponctuant sa tirade d'une mélopée stomacale des plus distinguées.

Le Dé fut pris d'un fou rire irrépressible. Nerveux.

- Nous sommes perdus en pleine Amérique profonde, toi avec un œil en moins et moi sans pantalon, et tu veux faire du tourisme !?

Elle lui talocha l'arrière de la tête.

- Crétinus !

Elle riait toujours -certes un peu jaune- malgré l'injonction.

- Trouve moi un futal digne de ce nom, que j'ai l'air à peu près présentable pour des habitants certainement curieux, si ce n'est hostiles et fatalement réactionnaires face à ma partielle nudité.

C'est que tout ceci devenait un peu trop inconfortable pour sa pudeur, d'un coup.
Ashes Dice
Revenir en haut Aller en bas
Jahan Shah Farvahar
Invité
avatar
Jahan Shah Farvahar
Dim 17 Avr - 13:25
Ashes ne se rendait pas compte que la quintessence et de l'irrévérence absolue que constituait le boulottage de cochon laineux ! Elle n'imaginait sans doute même pas que l'ingurgitation de cette viande porcine se liait étroitement à sa présence dans les rituels de mon estomac ! Probablement ignorait-elle aussi que je n'en avais mangé qu'une seule fois dans toute mon existence en sa compagnie, même si j'avais grignoté du jambon séché que Francisco adorait tant. Je me figurai alors que celui-ci n'avait pas exactement le même interdit que la viande en filet, en rôti, en ragoût ou en émincé. La pensée, d'ailleurs, humidifia assez copieusement ma bouche pâteuse et s'accompagnait d'un trémolo stomacal du plus bel effet. Posant mes mains bien à plat sur ses épaules, je la dévisageai d'un air solennel.

- Je n'ai pas le droit de manger du porc. C'est interdit par la religion de mon pays. Si j'en mange, ça provoquera un scandale. Donc je ne peux en manger que maintenant.

D'un ton sans appel, je déclarai alors, elle et le ciel pour témoins.

- J'en mangerai quoiqu'il arrive avant de rentrer !

Alors seulement, j'en vins à sa demande de pantalon. Reculant d'un pas titubant, mon oeil valide coula sur la silhouette de l'Orageuse, de pied en cap, puis de cap en pied et surtout en cuisses. Ma bouche s'ouvrit et se ferma par deux fois, tandis que je tentai de tourner sept fois ma langue dans celle-ci. Puis, avec une véhémence inopinée, je demandai :

- T'as pas de culotte avec les froufrous ?

Brutale et cruelle réalité. Assassine parole du cyclope perse. ... Qu'est-ce que j'avais fait pour avoir un oeil en moins d'ailleurs ?

- Les occidentales en portent non, sous leurs jupes. J'ai vu ça dans le palais volant de Smiley.

Me crus-je obligé d'expliquer avant de regretter les propos : après tout, ça n'était peut-être qu'un vêtement de prostituée et cela pourrait vexer la tonnante dame. Dans mes souvenirs, Willow n'en portait pas et Abigale non plus. Ou en portaient-elles ? Dubitatif, je fronçai les sourcils sans me rappeler si un bout de tissu supplémentaire dans la prison des harnachements féminins spectraux avait ralenti mes ardeurs. Tandis que mon esprit volage en venait à me rappeler avec plus de détails des attraits des deux rousses en établissant des parallèles libidineux avec les formes éthérées d'Ashes ainsi dévisagées, mon estomac se rappela une nouvelle fois à nous.

- Manger !

Annonçai-je en relevant le menton.

- Pantalon d'abord !

Me ravisai-je. Oh Soleil, ma tête tambourinait tellement que mes pensées en devenaient confuses. Ou peut-être cherchaient-elles à s'échapper comme des papillons d'un filet aux mailles trop lâches. Planté comme un imbécile, je percutai finalement que la demande exigeait que j'aille en chercher un tangible et non pas qu'elle en passe un invisible. Docile marionnette obéissant à l'impératif pantalonnade de la dame, je me mis en route vers la bourgade d'un pas franchement moins alerte que la vitalité factice du réveil : J'avais les crocs, j'avais soif et j'étais vaguement tiraillé par cette éphémère idée qu'avait été de culbuter ma Reine d'orage. Si l'événement n''était pas tant inattendu, un jeune homme de mon âge avait certains appétits et son corps certaines réactions matinales qui passeraient avec un peu de calme, le sentiment fraternel et le parallèle établi entre elle et Negin, me rendaient sacrément nauséeux. En fait, la faute en revenait plutôt au trop plein d'agitations soudaines sur un estomac vide et la soudaine suée d'ivrogne. Toujours était-il qu'après avoir déballé la pente, mon estomac suivait le même chemin. Tandis que je maintenais d'une main mon chèche, des petits pois surnageaient dans une bile filasse.

Quelques minutes plus tard, je me redressai avec la superbe d'une cantatrice d'opéra après une fausse note. Lissant ma tenue, jetant un pan de chèche derrière mon épaule d'un geste se voulant, à l'origine, désinvolte mais manquant à moitié de m'éborgner encore, je repris ma route vers la bourgade, séjournant rapidement à l'ombre. Les lieux s'animaient avec trop de bruit pour mes maigres oreilles. Par deux fois, mes dagues me démangèrent. Heureusement, les vêtements séchaient sous les avant-toit, ballottant au gré des vents, presque autant que mes pas hésitants. Dans la ruelle entre les deux saloons locaux, des dizaines de jupons s'envolaient et claquaient comme autant de virginités dérobées dans les établissements aux activités très variées. Alors que je décrochai sans me soucier d'un éventuel passage celui convenant le mieux au gabarit d'Ashes, je songeai que je passai toujours un moment de chacune de nos rencontres à l'habiller et à la déshabiller. J'avais enfin fini de me débattre avec une attache capricieuse enroulée autour du fil à linges quand je me rappelai qu'elle avait dit "pantalon" et pas "jupon". Jetant mon butin au hasard, un peu excédé de jouer à la lavandière, l'envie de me nourrir mais surtout de changer de saveur buccale surpassa alors mon envie d'aider ma camarade : Un détour emplettes alimentaires s'imposait.

Autour d'une grille, un roux grassouillet attendait les ordres d'un type avec une étoile d'argent épinglée à la poitrine. Le divin fumet s'élevait d'une viande dorée qu'il tournait. Dépassant de son paquetage, une bouteille réclamait que je la porte à mes lèvres. Aussi m'emparais-je de l'un, puis de l'autre tandis que le roux courait vers le gaillard à étoile pour l'aider à faire... je ne sais quoi. En retournant vers l'entrée pour enfin manger ma prise, je dénichai la tenue parfaite pour la reine d'orage : Étendus un fil, des bretelles, un pantalon pour gabarit gringalet, une horrible chemise à carreau et une redingote pour un jeune garçon, que j'estimai un peu ajusté mais suffisant, créaient un déguisement de base efficace. Dans une échoppe indiquant "Watmarkt", j'empruntai une paire de bottines féminine, un gavroche et quelques autres broutilles. Pus, je rebroussai enfin chemin.

Aussitôt sorti de la ville, je repris une apparence plus tangible afin de grignoter la viande, mon fourbi sous un bras. A notre nid temporaire, je m'excusai d'un vague sourire et déposai le butin dans la zone où nos corps avaient déjà aplati les plantes. Éreinté pour rien, je m'allongeai à nouveau à demi en jouant distraitement, en apparence, avec la bouteille indiquant "whisky". En réalité, je la chargeai avec suffisamment de magie pour qu'elle produise en continue pour quelques heures de l'eau pure et fraîche... et vaguement citronnée. Avec application, je m'appliquais à vider celle-ci à de multiples reprises pour chasser la sécheresse de ma bouche.
Jahan Shah Farvahar
Revenir en haut Aller en bas
Ashes Dice
Invité
avatar
Ashes Dice
Dim 17 Avr - 22:16


Ashes se frotta l'arrière du crâne. Elle avait la tronche comme une enclume sur laquelle on avait un peut trop martelé. Les gesticulations sonores de son acolyte n'arrangeaient en rien cette indélicate impression.

- AT.. Att.. Attends....,
tenta-t-elle d'ordonner en se massant l'arrête du nez.

Mais Atêsh allait trop vite. Son débit de parole était une agression répétée qui lui perçait de tout petits trous dans le crâne, à coup de marteau. Pour chaque trépanation, un rayon de soleil brulant s'y engouffrait. Bientôt son prénom prendrait toute sa saveur vu sa cervelle cramée.
Elle écarquilla soudain les yeux, en observant le renflement dodu à l'entrejambe de son camarade. Elle eut un vertige qui l'obligea à s'accrocher au premier truc venu : l'image d'ébats libidineux entre fluides divers et alcool lui colla une suée d'angoisse. La partie la plus rationnelle de son cerveau -celle où se tapissait Esel, ses chiffres et sa logique- commença à tracer des lignes entres les points éparses : elle était nue, il avait un œil au beurre noir, on les avait éjecté du March. La conclusion fut brutale et sans appel.

Et ponctuée d'un vomissement lyrique qu'elle n'était pas loin d'éprouver.

Pourtant, ce fut son affection tout fraternelle pour le Djinn qui la conduisit à s'approcher et à s’inquiéter de sa santé en tout premier lieu.

- Ça va mieux ? fit-elle en lui essuyant la bouche de la manche de sa chemise.

Avec superbe et dignité, l'empereur du dégueulis, l'écarta pour se diriger vers la ville, la plantant elle et sa partielle nudité. Elle regarda autour d'elle cherchant quelle droite tracer à partir de ce tapis de bégonias. Aucun point ne semblait s'y rattacher. Elle leva le nez vers le ciel et le soleil rasant, s'obligeant à se protéger les yeux d'une main.

- Pitt, où es-tu ?


Promis je n'ai rien fait de répréhensible. Je suis sure que tu n'a pas frappé Atêsh pour sauver ma vertu -ou te passer les nerfs- et que tu ne nous a pas débarqués du March par excès de colère...
Sa géométrie personnelle lui indiquait que son amant n'était pas être à facilement s'emporter et plutôt que les poings, il aurait proposé au perse une bonne vieille roulette russe.
Le soucis c'est qu'elle ne pouvait guère le prouver et que ses souvenirs consistaient en un épais et opaque brouillard alcoolisé. Ce qu'elle s'imaginait pour combler les vides était sordide et humiliant. Non pas qu'elle s'interdise de copuler avec un autre homme - Pitt continuait à tester sa marchandise, pourquoi ne s'offrirait-elle pas la même liberté ? - Non, c'était la perspective d'avoir folâtré avec le seul mâle qu'elle considérait comme un ami et un frère.

Inconcevable !

Le frérot revint d'ailleurs avec un paquet de nippes volées tout en mâchouillant une matière indéfinissable. Il lui balança son butin dans les bras avant de se vautrer sur le parterre fleuri.

- Es-tu sur que boire du whisky va étancher notre soif après la cuite que l'on vient de traverser ?


Elle était trop occupée à s'habiller pour le talocher et lui retirer sa bibine d'ivrogne. Ce ne fut qu'une fois un peu plus descente qu'elle entrevit l'espèce de nuage de poussière qui venait de la petite bourgade dans leur direction.

- Cauchemar....
appela-t-elle en plissant les yeux. Dis-moi que personne ne t'a vu en plein larcin....

Tout en forçant sur sa vue , elle discerna un rouquin, un grand homme avec une étoile de shérif et une femme affolée qui les pointait du doigt. Derrière eux, quelques badauds intrigués.

- Cauchemar ! Elle lui fila un coup de pied. Magne-toi le train ! J'ai pas envie d'être passée au goudron et aux plumes !

Il y avait dans sa voix une urgence singulière.
Dans sa tête résonna les quelques mots du Lièvre : "Ces porcs méprisants mériteraient de bruler..."

Ashes Dice
Revenir en haut Aller en bas
Pitt
Invité
avatar
Pitt
Dim 17 Avr - 23:39
Famine loin, on ne savait pas trop où. Et le proxénète errait parmi les couloirs, les boyaux réconfortant du monstre de fer. Il l’aimait son mastodonte de métal, ça oui. Ses Fleurs aussi, son vieil ami le cuisinier Charly, ses Fleurs encore. Même celles qui n’avaient pas encore de nom fleuri, il y en avait trop pour pouvoir les nommer une à une.

Il ne savait même plus pourquoi il était dans le couloir d’ailleurs. C’était le couloir ? Non, non, il n’errait pas dans le labyrinthe. Il était juste affalé sur une pile de cadavres. Ses précieux non-méprisants qui méritaient bien plus que les Porcs juste sous leurs pieds. Un léger rire.
Un courant d’air dans les cheveux, il observa d’où ça venait. La grande porte pour décharger les marchandises avait la gueule ouverte ?
En plein vol ?
Et si les morts tombaient ?

- Bordel…

La voix s’éteignit. Le Zeppelin n’était pas en plein vol. Pas de nuage. Juste un désert, et des bruits de chevaux.
Il avait mal au flan lorsqu’il se mit enfin sur ses pattes, se dirigeant vers la sortie. Sans omettre de pester, de grommeler diverses insultes.

Il vit Pensée et Charly qui semblaient revenir d’une promenade, d’une course en fait, à en juger par les provisions qu’ils portaient.

En sautant au sol, le pilleur de tombes les rejoignit.

Il avait un peu la tête dans le brouillard, ne comprenant pas trop pourquoi ils ne volaient plus. Pourquoi il n’y avait pas Ashes d’ailleurs, pourquoi ? Elle était avec lui d’habitude, non ?

- Hey, hey, heeeey, on fout quoi là ? Non, en fait chut, juste, chut.

Il observa les alentours, il ne vit pas grand chose. Il y avait une sorte de saloon pas loin apparemment, à en juger par la grosse inscription sur le bâtiment.
Pitt se fichait bien de la raison à leur présence ici.

Il se contenta de remonter dans la machine, cherchant simplement son Dé un peu partout. Prêt à faire toutes les chambres s’il le fallait. Même s’il avait un peu de peine à se mouvoir facilement. Son flan le dérangeait toujours.

Il ne trouva personne.

Le Lièvre de Mars n’avait plus vraiment de patience, tapant à rythme régulier le sol de métal. Large sourire très faux.
Il n’aimait pas du tout. Absolument pas du tout.

En se retournant pour prendre le chemin de la sortie, il faillit rentrer dans Charly. Ce dernier finit par arrêter son patron, il n’eut pour réponse à cet acte qu’une mauvaise humeur lui crachant :

- Tu sais où est Ashes ?

Elle ne l’avait quand même pas abandonné, non ?

- Non, je ne sais pas. Je sais juste que ce matin, plusieurs des membres d’équipage traînaient des pattes.

Charly dormait beaucoup, il ne participait d’ailleurs presque pas aux fêtes à bord. Donc il était souvent celui qui savait, cependant, cette fois-ci… il ne savait pas. Il n’avait que le résultat sous les yeux.
Le proxénète reprocha, en fusillant son précieux cuisinier du regard, cette ignorance survenue au mauvais moment.
Pensée s’ajouta ensuite, sortant des cuisines. Elle avait rangé les denrées alimentaires, et devina aussitôt le problème. Elle l’avait entendu au travers de la porte entre-ouverte.

- Je n’ai pas non plus plus d’information, mais les habitants semblaient bien en colère lorsque nous sommes partis de la ville. Une poignée de personne, dont le shérif sans doute, semblaient se diriger vers l’est.

Pitt suivit du regard la main de la Fleur désigner la direction par la fenêtre non loin. Un temps, puis deux, et le Lièvre poursuivit sa marche vers la sortie. Vérifiant son révolver au passage, les balles restantes. Rien n’avait été utilisé depuis la dernière recharge.
Le pilleur de tombes se disait qu’il fallait aller vers où les Porcs accouraient, il devait y avoir quelque chose d’alléchant.

Le cuistot suivit le maître des lieux, et attrapa deux gaillards au passage pour leur dire de suivre le proxénète.
On ne savait jamais.

March commençait à ranger les provisions achetées, et à bien conserver les nouveaux cadavres pris au cimetière plus proche du Zeppelin que ne l’était la ville.

D’un pas décidé, bien que la main gauche venait tenir le flan droit, Pitt se dirigeait en ligne droite dans la direction indiquée par Pensée.

Les deux autres gus suivaient, avec presque de la peine à rattraper le pas énervé du quatrième cavalier. Comme l’esprit aimait se désigner.
Un cheval serait le bienvenu d’ailleurs.
Non ? Pas de cheval, il fallait donc poursuivre.

Bientôt, il vit une scène étrange. Un nuage au sol, des gens plus précisément. Enfin, des porcs à griller sans doute. Pitt n’était pas de bonne humeur. Et ce, malgré le sourire inscrit sur son faciès tatoué.
Il s’arrêta, penchant la tête, comme s’il allait mieux voir ainsi.
Là seulement, Max et Robert parvinrent à arriver à la hauteur du pilleur de tombes. Ce dernier était très concentré sur les silhouettes qui approchaient.

Les sourcils se froncèrent et le pas retrouva sa cadence, venant à la rencontre de la scène qui se déroulait. Servant un grand sourire aux autochtones, loin d’être sincère pour les Méprisants, mais déjà plus concret pour le Dé qu’il venait de retrouver en train de rouler sur un plateau de jeu un peu bancal. Il y avait une autre personne qui semblait fuir aussi, mais elle ne lui rappelait pas grand chose. Cependant, ce qui était sûr c’était que des Méprisants puants comptait salir le beau Jeu du proxénète en osant s’attaquer à un Trésor.

- Te voilà, mon Dé. Qu’est-ce que t’as fait ? Qu’est-ce que vous avez fait ?

Un léger rire, puis les iris trop vertes observèrent ce qui poursuivait les pauvres gens.

- Heeeey, c’est qui le shérif dites ?

Apparemment, ils s’arrêtèrent, les Méprisants. Cependant, impossible de gagner d’un claquement de doigts. Jamais.
Mais Pitt faisait confiance à Charly, normalement, il s’en sortait toujours, grâce à ce cuistot qui baillait tant.

Donc, jamais il ne faisait attention.

Spoiler:
 
Pitt
Revenir en haut Aller en bas
Jahan Shah Farvahar
Invité
avatar
Jahan Shah Farvahar
Mar 17 Mai - 0:28
Fuir ? Pourquoi faire ? Même avec une gueule de bois carabinée, le prince de Perse ne fuirait pas devant des spectres ! Pire encore, je résistai aux invectives de ma compagne pour ne pas bouger d'un iota. Un bâillement manqua de décrocher ma mâchoire. L'eau citronnée sortant d'une bouteille de whisky guérissait ma bouche en vrac à défaut de faire disparaitre les symptômes les plus violents du degré d'alcoolémie largement supérieur à celui conseillé pour voler sur un tapis. Un second bâillement m'obligea à m'étirer de tout mon long. La cohorte spectrale déboula à ce moment-là.

Bruyante.
Tonitruante.
Trop de bruits.
Trop de cris.
Trop d'agitation.

- SILENCE.

Feulai-je, suprêmement agacé. Brusquement, la magie produisit comme une déferlante presque électrique autour de ma Reine d'Orage et moi-même. Dans les gorges, les différentes voix s'étranglèrent et les mots se vomirent dans un flot de pièces d'or scintillantes. "Le silence est d'or" avait été ma pensée et mes mots encore avinés n'avaient pas la discipline habituelle pour empêcher un sort "émotif" d'enfant capricieux. Le brouhaha de la petite troupe courroucée s'étaient transformés en pluies métalliques dorés frappant la terre. Parmi la foule, je reconnus alors Smiley que je libérai prestement de mon sortilège et lui fit signe d'approcher.

- Habille-toi.

Conseillai-je à la Reine d'Orage. Profitant de mon inattention, le shérif tira dans l'espoir de faire cesser la malédiction sur les siens et rapidement d'autres se joignirent à lui. Sans précision, probablement sous la panique, certains tirs s'égarèrent dans la nature, un autre ricocha à mes pieds et un autre me transperça. Ou plutôt aurait dû me transpercer si je n'avais pas eu d'avertissements avec les premiers tirs et si je n'avais pas eu la présence d'esprit de devenir ombre. Abasourdi à mon tour devant ce manque de courtoisie évident, mon regard passa du shérif et les habitants de la bourgade toujours en train de constituer un petit trésor à force de brailler, à l'Orageuse et son consort. L'incompréhension se lut ainsi aisément sur mon visage. Un gamin prit en défaut par les réactions violentes des adultes face à une de ses bêtises.

Yeux écarquillés et sourcils dressés sur une moue surprise furent vite remplacés par sourcils froncés et grondements courroucés. Dans leurs folies de tirs désordonnées, ils auraient pu touché Ashes. Ils auraient pu lui faire du mal. Ils l'avaient mise en danger. Qu'on s'en prenne à moi, aussi trivialement à mon sens, ne déclenchait chez moi guère plus que l'hilarité de l'aventure. Qu'on s'en prenne au mien et le surnom fourni par Ashes prenait tout son sens. Aussi midi devient Nuit. Et Cauchemar fut.

Sans crier gare, les ténèbres fondirent sur l'impudent. L'arme vola et la gorge fut pressée entre les griffes acérées. Le cimeterre en main, l'ombre à la forme changeante dansa. Macabre et sinistre parodie des danses échevelés du cru : un pas de coté sur la gauche pour deux sur la droite, la lame tranchait, un éclat de métal jaillissait. Un corps frappa le sol. Le danseur s'avança. Un pas de coté sur la gauche, pour deux sur la droite. La lame trancha. Un éclat de métal. Un corps frappa le sol. Le danseur disparut. D'une virevolte, de la terre se gorgeant de sang, de l'ombre d'une dépouille, il surgissait pour une valse nouvelle, son corps contre la carcasse d'une proie en sursis.

- Chut...ça n'est qu'un cauchemar.

Susurra-t-il mielleusement avant d'éclater d'un rire tempétueux, presque guilleret. La lame surgissait alors hors du dos, comme un étrange fanal. Le danseur dégageait celle-ci d'une pression dédaigneuse du pied sur le torse. Aussi brutal soit-il, il n'avait visé avec précision que les hommes armés qui avaient risqué de toucher sa soeur retrouvée. Lorsque le dernier chuta, la foule s'était dispersée, terrorisée par le phénomène inconnu.

D'une saccade, je dégorgeai mon cimeterre du sang, éclaboussant plus encore les bégonias avant de l'essuyer à la chemise du shérif. Entre ombre et lumière, prunelles d'or nitescentes et sourire étincelant, j'articulai pour ma reine et son consort.

- Nous ferions mieux d'y aller. Le paiement sur le sol suffira amplement pour ce que nous avons pris.

Annonçai-je en désignant le parterre de pièces visibles entre les cadavres. Les spectres s'occuperaient de leurs morts. Ils prendraient l'or. Un spectre ne résistait jamais à l'appât du gain. Probablement haïraient-ils les créatures magiques par la suite. Mais qu'est-ce que leur avis pouvait bien me faire après tout ? Je ne ressentais pas de culpabilité. J'avais agi pour sauvegarder nos intérêts et nos vies. Cela ne m'empêchait pas naturellement de regretter un tantinet d'avoir laissé ma magie m'échapper et d'avoir sans doute envenimer la situation.

- Où est ton palais flottant ?

Demandai-je à Smiley. Toute cette lumière tiraillait, en plus des pulsations dans mon crâne et de la suée recouvrant mon corps, m'arracha une grimace piteuse et douloureuse. Il me fallait de l'ombre. Il me fallait manger. Il me fallait un bain. Direction indiquée, je commençai à me mettre en route d'un bon pas avant que toute la ville ne rapplique à nos trousses.
Jahan Shah Farvahar
Revenir en haut Aller en bas
Narrateur
Conteur d'histoires
avatar
Lun 8 Aoû - 18:58

Et les trois compères s'envolèrent vers d'autres cieux, tous à bord du March, ce fringant dirigeable baignant d'une folie douce. Quelles aventures menèrent-ils ? Quelles escapades menèrent-ils avant que le March ne s'évanouisse dans la Nature ? Seul Atêsh saura vous le dire - s'il souhaite vous confier ses souvenirs.

RP terminé


© Avatar par Nougat. Compte PNJ, merci de ne pas envoyer de MP.
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé
Contenu sponsorisé
Contenu sponsorisé
Revenir en haut Aller en bas
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en hautPage 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Contes Défaits :: L'Amérique :: États-Unis-
Sauter vers: