Septembre 05. Le maître n'est rien sans domestique

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Hildegarde Müller
Glinda, la sorcière du Sud
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Mar 15 Déc - 20:59
Emerald, début septembre


Le Delirium n'était plus. Le vaccin avait su soigner les malades, laissant ainsi tout loisir à Hildegarde de pouvoir se reposer. Enfin. La sorcière s'était laissée aller à la paresse, ce mal contre lequel la société mettait en garde les jeunes filles. Que les gens médisent sur son compte, sur son absence au grand magasin, elle n'en avait cure. Depuis le début de l'année, la sorcière n'avait cessé d'user de ses services auprès de clients terrifiés, de familles demandant la mort prompte d'un être cher rongé par la maladie et cela, dans le plus grand secret, afin de pouvoir l'enterrer en terre chrétienne. Malgré les nuits blanches, les insomnies, les préparations de philtre, il lui fallait veiller sur la boutique, participer aux bals de charité, aux réunions de la noblesse désœuvrée. Et cela jusqu'à l'épuisement.

Dans le salon l'horloge sonna les douze coups de midi. Alanguie dans son fauteuil, Hildegarde leva à peine un œil. Une domestique passa, furtive comme une ombre, éveillant la conscience de sa maîtresse.

« Margaret. Où iriez-vous si vous aviez besoin de vacances ? »

La bonne ne dit mot sur le moment, se contentant d'épousseter le guéridon. Au service de Madame bien avant la mort de Monsieur, elle s'était habituée aux questions impromptues de Madame.

« Prospect Park est magnifique en cette période de l'année. » répondit-elle tout en continuant de chasser la poussière. « Brooklyn est un quartier charmant de New-York. »

D'un signe de tête Hildegarde indiqua à sa servante de continuer. Margaret ne cessa pas son travail tout le temps que dura son exposé. Elle vanta la richesse des quartiers, en particuliers ceux réservés à la bourgeoisie que elle, simple domestique, ne pouvait fréquenter qu'en longeant la rue. Prospect Park demeurait un parc charmant, surtout avec ce kiosque à musique où venaient jouer des artistes aussi bien illustres que fabuleux anonymes. Margaret narra tant et tant qu'à la fin Madame se leva. Ses cheveux avaient beau être désordonnés, des mèches empoissées de sueur collées à son front, son visage avait repris son air radieux.

« C'est donc décidé. Margaret, prévenez Fortuné que nous partons pour Brooklyn. Au plus vite. »

Après le salut de rigueur, la domestique partit en quête du majordome français afin de tout apprêter. Hildegarde lui emboîta le pas, non sans laisser glisser ses doigts sur le cadre d'une photo. Celle d'un couple heureux, fut un temps.

Brooklyn, une semaine après


Hildegarde était présente depuis à peine quelques heures au sein de l'hôtel « Riding Hood » que, déjà, elle avait fait grande sensation. La dame, dans tous ses atours de vert éclatant, n'était pas passée inaperçue avec son singe volant qui la suivait docilement, lorsqu'il ne se posait pas sur son épaule. Les enfants en parlaient encore, et leurs parents critiquaient cet « étalage de concupiscence ». Hildegarde, pour sa part, s'amusait beaucoup. Elle s'amusait tant qu'elle avait donné congé à Margaret.

« Vous êtes de Brooklyn, n'est-ce pas ? »

La domestique avait hoché la tête, blanche. Prendre congé signifiait que Madame vous renvoyait. Sa bouche s'ouvrit béante quand Madame explicita ses paroles.

« Considérez que vous avez trois jours de congé avant l'heure. Payés, bien entendu. Allons, fermez la bouche. Vous avez l'air d'un poisson mort. Embrassez vos parents, et toute votre fratrie pour moi. »

Hildegarde en riait encore de la mine perdue de sa domestique et de son départ fait, si précipitamment, que la pauvre jeune fille avait manqué de se heurter à la porte. Accoudée à la rambarde du balcon, l'Austro-Hongroise observait la foule en contrebas. Son singe ailé s'était juché sur la rambarde, mimant sa maîtresse.

« Vois-tu Finley, voici l'humanité. Chacun d'eux se croit plus intelligent que son semblable. Et aucun d'eux n'accepterait d'être moins intelligent que toi. »

Pour toute réponse, Finley, le singe volant, se mit à sourire de toutes ses dents.

On toqua à la porte au même instant. Hildegarde regagna l'intérieur de la chambre. Finley la rejoignit en volant, suivant docilement sa maîtresse.

« Entrez donc, entrez donc ! »

Trouvant que la réaction de la personne, de l'autre côté, n'était pas assez rapide, Hildegarde tourna la poignée. Elle se retrouva, nez à nez, avec une gigantesque pile de linge. Ce qui l'obligea à se reculer de plusieurs pas.

« Ciel ! Mais comment arrivez-vous à porter tout cela ? »

La dextérité des domestiques la laisserait toujours sans voix.

Citation :
Pour en savoir plus sur le singe ailé, direction le bestiaire.




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Ginger Wealth
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Ginger Wealth
Mer 16 Déc - 18:29


Le maître n'est rien sans domestique.

Hildegarde Müller & Ginger Wealth.


Tout ce qui est arrivé, c'est de la faute à Walter. J'étais occupée au repassage, à la fin de la journée, quand il est venu avec une manne pleine de linge qu'il pouvait à peine porter. « Oh, Ginger » qu'il me fait, « t'iras amener ça quand t'en auras fini avec le repassage. C'est à livrer à l'hôtel Riding Hood, près de Prospect Park, à Mrs Müller. » Il a déposé la manne à terre et s'est éloigné sans plus attendre. « C'est pas mon boulot » j'ai dit, mais il n'a rien répondu et il a disparu. Ça a dix-sept ans et ça se croit supérieur parce que c'est un homme, bon sang. Sur le coup ça m'a foutue en rogne. J'avais déjà assez de travail comme ça pour en plus aller livrer à droite à gauche. Ça voulait surtout dire que Mel allait rester plus longtemps chez Mrs Wealth, sa grand'mère, qui s'occupe d'elle la journée, et je savais bien qu'elle m'en voudrait pour ça. Elle n'a que trois ans mais quand je tarde trop à venir la chercher elle est fâchée, ah ça oui, c'est à peine si elle me regarde.

En même temps je n'avais pas vraiment le choix, si je laissais le linge là ça me retombait dessus, donc j'ai préféré ne pas faire trop d'histoires et aller livrer cette fichue manne à l'hôtel de bourges. A la sortie ça m'a un peu agacée de voir les collègues qui avaient fini journée, qui s'allumaient une cigarette et bavardaient, et moi obligée d'aller à l'autre bout de Brooklyn. La manne était sacrément lourde, c'est à se demander comment des gens peuvent apporter des commandes pareilles. La propriétaire changeait de robe toutes les heures ou quoi ?
J'aurais pu prendre l'omnibus pour aller plus vite, mais j'ai préféré économiser l'argent. Il faisait plutôt beau, et après la journée à la blanchisserie ça faisait du bien de respirer un peu d'air frais, de s'aérer. Il faisait même chaud, on aurait dit une ultime soirée d'été, et des gens se promenaient, sous les arbres le long de la rue qui devenaient dorés. J'ai pensé que peut-être, le dimanche suivant, j'emmènerais Mel et son père en balade. Ça leur ferait du bien. On pourrait aller marcher au bord de l'Hudson.

J'avais du mal à apprécier vraiment le paysage à cause de cette foutue manne qui était si lourde. Je ne comprenais pas pourquoi on m'avait confié cette tâche. D'ordinaire ce sont les livreurs qui s'en occupent, et les laveuses n'ont rien à voir là-dedans. Alors pourquoi m'avoir fourgué ce panier dans les bras ? J'en avais certainement pas besoin. Ce fichu Walter, je le détestais. J'ai autre chose à faire que de trimballer de la lessive dans tout Brooklyn, surtout dans ce coin de bourges où quand vous êtes avec du linge appuyé contre votre hanche on vous regarde comme si vous ne valiez rien. J'avais vraiment envie d'une satanée cigarette, mais je sais que le linge empeste vite le tabac et Mrs Müller n'apprécierait sûrement pas. En plus s'allumer une clope avec les mains prises ce n'est pas ce qu'il y a de plus évident. Mais quand même ça m'énervait.

Près de la terrasse du grand hôtel il y avait deux mômes qui jouaient, ils se poursuivaient ou quoi, et ils auraient été mignons avec leurs chapeaux pleins de rubans et leurs chemises impeccables avec un blason discret au revers ; si en essayant d'attraper l'autre, l'un ne m'avait pas heurtée brusquement. Ça n'a pas loupé, la foutue satanée manne est tombée à terre et son contenu s'est renversé sur l'allée en graviers jaunes. En voyant ça j'ai bien eu envie d'en coller une au gamin qui m'avait bousculée, et si ç'avait été mon fils je lui aurais allongé une sacrée taloche ; seulement voilà, c'était un fils de bourges et je n'avais pas intérêt à y toucher. J'ai regardé du côté des adultes, s'il n'y avait pas un parent pour demander au gosse de s'excuser, au moins, mais il en a été pour mes frais. Une femme avec une robe blanche pleine de volants m'a regardée mais n'a rien dit. En fait, tout le monde me regardait sans rien dire. On aurait dit qu'ils attendaient. J'étais debout à côté du linge renversé, les deux chiards s'étaient prudemment écartés et discutaient dans une langue bizarre (c'était probablement du français), et la plupart des gens nous regardaient. J'ai fini par me baisser et par ramasser le foutu linge mais j'étais furieuse. Une robe rose avait une belle tache de boue sur le devant, impossible à rater ni à enlever sans eau. Le reste, heureusement, n'avait que des petits cailloux et un peu de terre que j'ai pu épousseter sans problème. J'ai mis la robe rose en dessous des autres et j'ai replié rapidement ce qui avait été déplié avant de tout remettre dans la manne et de repartir avec. En passant j'ai adressé un regard noir au gamin et il a eu l'air un peu honteux. Ça m'a suffi.

Je suis montée livrer ça à une certaine Hildegarde Müller, au deuxième étage. J'étais encore énervée et je me disais que si elle voyait l'état de la robe elle allait me tuer. Dans l'escalier j'ai croisé une petite bonne qui avait l'air dans ses trente-sixièmes dessous et je me suis dit que si elle venait de chez Müller ça laissait présager une rencontre agréable. Bref je suis arrivée devant la porte n°248 et c'était là. J'ai frappé d'une main à la porte et j'ai failli laisser tomber la manne pour la deuxième fois, heureusement je l'ai rattrapée au moment où une voix de femme a dit entrez donc entrez donc ! Je n'aime pas des masses entrer de moi-même chez les gens, surtout s'ils sont riches, et puis je ne voyais pas trop comment faire avec le linge. La situation s'est résolue d'elle-même quand la femme est venue ouvrir. Elle était blonde, avec une robe verte, et un singe ailé la suivait de près. L'animal m'a surprise quand je l'ai vu, parce que jamais encore je n'avais été face à l'un d'eux. J'en avais entendu parler, évidemment, mais vus de si près, jamais. Mais j'étais pas la seule étonnée. La femme a reculé face à la pile de linge et elle m'a demandé comment j'arrivais à porter tout ça.

Sur le coup ça m'a fait sourire. C'était plutôt rare d'entendre ça, d'ordinaire les gens ne se préoccupent pas trop de ce genre de détails, du moment que leur linge leur arrive dans les délais et qu'il soit propre comme demandé. « Je me le demande aussi » j'ai répondu, avant de me rendre compte que ce n'était peut-être pas la meilleure chose à dire. J'ai essayé de me rattraper. « Voilà votre linge, ma'am » j'ai dit, « j'espère que vous en serez satisfaite. » J'avais déjà entendu des livreurs dire ces conneries. Puis j'ai repensé à la robe rose et je me suis dit que je ferais mieux d'avouer tout de suite avant qu'elle ne découvre tout elle-même : « Et, euh... Excusez-moi pour votre robe rose, celle avec la dentelle. En arrivant sur l'allée un enfant m'a bousculée et le linge est tombé à terre. La robe rose a un peu de boue dessus, mais le reste n'a rien pris. Si vous voulez je vous la reprends et je la nettoie à nouveau et vous n'aurez aucun supplément à payer. »

J'ai dit tout ça très vite pour éviter les paroles désobligeantes. Mais j'ai supposé que j'y aurais droit quand même. Forcément.
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Hildegarde Müller
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Jeu 17 Déc - 20:49
Hildegarde s'écarta pour laisser toute marge de manœuvre à la domestique. Son regard détailla la femme sans la moindre once de pudeur ou même de retenue. Tenue simple mais propre de la travailleuse, le dos courbé par la charge de travail, les traits creusés par la dureté de la vie. Et il y avait une dureté dans le regard, quelque chose qui signifiait que la femme avait déjà vécu son content de misère et de mauvaises surprises. Un regard qu'avaient beaucoup de domestiques, d'ouvriers. Hildegarde en avait déjà croisé de comparables lors de soirées mondaines au sein des demeures des partenaires commerciaux de son père. Des gens peu enclins à bien traiter leurs serviteurs. Une attitude contre laquelle ses parents l'avaient toujours mis en garde.

« Le maître n'est rien sans ses domestiques. Sans eux, la conduite d'une maison ira à va l'eau. Nous nous devons de les respecter. Non pas comme des animaux domestiques présents pour nous divertir, mais comme des rouages d'une machine qui, sans eux, se gripperait. »

Ainsi avait parlé Rudolf Schmidt, patriarche de la famille, père d'Hildegarde, bourgeois dont la richesse avait été fondée à la sueur du front. Comme nombre de ses compères, Monsieur Schmidt se rappelait d'où il venait. Mettait en avant le travail et ses bienfaits. Et Hildegarde, petite fille de bourgeois, avait grandi au sein d'une demeure où chaque domestique faisait partie intégrante de la famille.

Ces leçons de vie demeuraient toujours ancrés au fer rouge dans sa chair. Là où une femme du monde se serait plainte de la blanchisseuse, Hildegarde nota la franchise de la femme. L'Austro-Hongroise se pencha sur le panier.

« La robe rose, dites vous ? »

Le ton employé laissait planer le doute. Allait-elle se plaindre de ce laisser aller (même si la blanchisseuse n'y était pour rien), ou se montrer clémente ? Hildegarde releva la tête, son œil croisant le regard du singe volant.

« Finley. Attrape-la moi je te prie. »

Le singe volant obéit, soulevant une part du linge que la blanchisseuse tenait toujours entre ses mains, déposant sa charge sur la table la plus proche. Hildegarde saisit la robe rose qui s'était retrouvée sur le haut de la pile. La bourgeoise déplia la robe, d'un grand coup, tendant les bras pour observer la fameuse tâche.

« Oh et posez le linge voyons. Avant que Finley ne vous le prenne des mains, de force. »

Le singe offrit son plus beau sourire à la blanchisseuse. Un sourire qui se voulait gentiment moqueur, mais qui pouvait paraître effrayant au vu de la dentition animale.

Le regard d'Hildegarde accrocha la tâche incriminée. Du bout de l'ongle, elle la gratte, ôtant une particule de terre séchée.

« Vous pourriez la nettoyer ? Auriez-vous le temps ? »

Hildegarde replia grossièrement la robe avant de la déposer sur la table auprès des piles de linge.

« Vous serez payé. Tout travail mérite juste rétribution. Miss... ? »





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Ginger Wealth
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Ginger Wealth
Sam 19 Déc - 19:11


Le maître n'est rien sans domestique.

Hildegarde Müller & Ginger Wealth.


Je dois dire que ça ne m'a pas tellement plu, la manière dont la bourgeoise m'a regardée. Je ne savais pas trop si j'avais quelque chose qui n'allait pas, c'est vrai que je m'étais changée en vitesse avant de partir pour l'hôtel de bourges ; je veux dire que j'avais enlevé mes habits de travail et remis ceux de tous les jours sans vraiment faire attention. Pourtant je ne me trouvais pas mal attifée au point de me faire reluquer de la sorte. J'avais ma vieille jupe bleue (il faudrait que je recouse l'ourlet du bas un de ces jours) une chemise blanche et mon manteau noir un peu usé. Enfin, je n'ai pas eu droit à un commentaire désobligeant – heureusement. Mais je suis restée sur mes gardes parce qu'il y avait encore l'histoire de la robe rose. La propriétaire s'est penchée sur le panier et c'était difficile de dire si elle allait me rattraper au tournant ou non. Elle a demandé au singe de prendre la robe dans la pile et il l'a fait, je vous assure. Il a même soulevé une partie de linge pour le poser sur une table et ça m'a un peu désalourdie du poids. Je l'ai regardé faire avec surprise, je dois dire, et j'étais pas trop rassurée quand il s'est approché. Mrs Müller m'a dit de poser aussi ce qui restait dans la manne et j'ai essayé d'avancer sans risquer de me faire attaquer par Finley, le singe. Il m'a souri, et son sourire était plein de dents. Vraiment, ça ne m'a pas rassurée. D'autant plus qu'à la blanchisserie, il y avait un vieux livreur nommé Finley qui avait le même sourire inquiétant.

La bourgeoise a déplié la robe et elle a regardé la satanée tache. Je l'ai regardée à mon tour, et je dois dire que c'était une belle tache. Impossible à louper, et ça allait être du boulot pour ravoir le tissu comme avant. Mrs Müller a gratté un peu de terre et ça m'a fait bizarre, je pensais à ces femmes de la haute qui touchent à peine aux taches de leurs vêtements et mes collègues et moi qui allions plonger les mains là-dedans. Ça me dégoûtait un peu. J'attendais toujours une remontrance mais Mrs Müller m'a juste demandé de nettoyer ça – et est-ce que j'aurais le temps ? « Certainement, ma'am » j'ai répondu, alors que le travail ne manquait pas et que je n'avais pas vraiment besoin d'une robe couverte de terre séchée en supplément. Mais de quelle façon je devais m'y prendre pour refuser ? Personne ne me l'a jamais appris. Accepter, surtout quand les clients sont des gens nobles, on me l'a enseigné, mais refuser c'est plus nébuleux. Si Mrs Müller avait été une ouvrière aussi, certainement que j'aurais dit que je n'avais pas le temps à cause de la pile d'habits en attente à la blanchisserie, mais ici c'était plus difficile.

Elle m'a tout de même assuré que je serais payée. Ça m'a soulagée. « Merci » j'ai dit, et c'était sincère. Mrs Müller a replié la robe – mal – et l'a mise près des autres, et c'est idiot mais j'ai eu envie de lui expliquer comment bien replier ses habits. Je n'aime pas voir le travail bâclé comme ça – même si ce n'était qu'une robe boueuse. Les bourgeois ont peut-être des singes ailés qui font les corvées mais ils ne sont pas fichus de savoir replier une robe eux-mêmes. Quelle pitié !

Mrs Müller m'a demandé mon nom, elle m'a appelée Miss. « Mrs, ma'am » j'ai rectifié, même si ça n'avait pas beaucoup d'intérêt dans la situation présente. « Mrs Wealth. Mon prénom, c'est Ginger. » J'ai toujours détesté mon nom. Quand j'étais gamine, c'était Fortune, et maintenant c'est Wealth. Entre fortune et richesse, qu'est-ce qui est mieux, quand on me voit avec ma jupe au bord qui s'effiloche et mon manteau noir râpé ? Eddie n'a jamais compris l'ironie de la chose. Il n'est pas toujours très fin. Mais bon, il est brave et je l'aime beaucoup. J'aurais voulu le prévenir que j'étais à l'autre bout de Brooklyn et que le dîner serait plus tardif, mais bien sûr c'était impossible. Ça m'a rappelé Mel, en train de m'attendre. « J'ai une petite fille de trois ans » j'ai dit, « et elle doit faire la tête en ce moment parce que je suis en retard pour aller la chercher chez sa grand'mère. » J'avais jeté un œil sur une pendule dans la pièce, et il était tard. Je n'ai rien ajouté mais j'ai espéré que Mrs Müller comprendrait le message sous-jacent. J'ai pris la robe rose délicatement et je l'ai pliée bien comme il faut avant de la remettre dans la manne à linge désormais vide. « Vous voulez que je vous la ramène quand ? » j'ai demandé.
Ginger Wealth
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Hildegarde Müller
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Sam 19 Déc - 21:45
Lorsque la blanchisseuse précisa son patronyme, Hildegarde posa sa main sur son ventre. Vide. Ce geste, elle le faisait souvent, inconsciemment, dès qu'elle approchait une mère, ou une enfant. Comme si elle se rappelait de cette vie qu'elle avait abrité, il y a pas si longtemps que cela. Son fils, perdu en même temps que son père, laissant un creux au plus profond d'elle. Il y eut comme un début de larmes au coin des yeux. Du moins les prunelles de la sorcière s'embuèrent en songeant à ce passé révolu.

« Une petite fille, vous dites ? Je suis certaine qu'elle est adorable. »

Trois ans, c'est encore si petit, si fragile. Si tendre à prendre dans ses bras, à bercer en lui chuchotant une berceuse.

L'échange aurait pu s'arrêter ici, ne laissant qu'un vague souvenir dans l'esprit d'Hildegarde. Un souvenir vite dissipé dès que son attention aurait été portée sur autre chose, probablement une découverte lors d'une promenade au sein de Brooklyn. Mais allez savoir ce qui poussa la sorcière à vouloir s'acoquiner de Ginger Wealth. Peut-être parce qu'en parlant de sa fille, elle avait éveillé quelque chose en Hildegarde. Soulevé une trappe dans son inconscient, dépoussiérer un souvenir, découvert une faiblesse derrière cette carapace d'extravagance.

Hildegarde cligna des yeux lorsque la blanchisseuse la questionna sur la robe. Elle avait été tant concentrée sur ses réminiscences qu'elle avait omis le but premier de la visite de Mrs Wealth chez elle.

« Oh je pense rester en ville au moins pour la semaine. Prenez votre temps. Disons d'ici ce week-end ? »

Sa réponse pouvait sceller la conversation. Hildegarde ravala sa salive et, comme elle le faisait si bien, mit les pieds dans le plat.

« Dites-moi, Mrs Wealth, vous me semblez être femme à travailler sans compter. Et je ne voudrais pas retarder votre visite à votre fille. Néanmoins j'ai besoin de quelqu'un qui connaisse bien la ville. Car, voyez-vous, j'ai donné ses congés à ma bonne pour qu'elle puisse profiter de sa famille. Je me retrouve, donc, totalement désœuvrée. Et j'aimerais profiter de ma semaine au mieux. »

Grand sourire, Hildegarde se rapprocha de Ginger. Seule la manne, entre elles, les empêchaient d'être collées l'un contre l'autre. Pendant ce temps Finley s'était juché sur le dossier d'une chaise, observant sans mot dire le manège des humaines.

« Je voudrais vous accompagner. Nous pourrions aller chercher votre fille ensemble. Je me tiendrais à l'écart de la maison si vous souhaitez qu'on ne jase pas à votre encontre. Vous pourriez m'indiquer les meilleurs recoins de la ville durant le voyage. Et... »

Une idée lumineuse traversa l'esprit de Hildegarde. Si splendide que la sorcière battit des mains.

« Que diriez-vous si j'invitais votre fille et votre mari à dîner ce soir ? Oh pas dans un grand restaurant, ne vous inquiétez pas. Une petite ginguette, à la bonne franquette comme disent les français. »

Si Ginger n'avait aps eu les mains prises, Hildegarde les aurait saisi entre les siennes.

« Dites oui, je vous prie. »

On aurait cru entendre une enfant implorant sa mère d'accepter qu'elle fasse sa première sortie hors de la maison, toute seule.




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Ginger Wealth
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Ginger Wealth
Dim 20 Déc - 20:34


Le maître n'est rien sans domestique.

Hildegarde Müller & Ginger Wealth.


En voyant comment Mrs Müller posait la main sur son ventre, je me suis demandé si elle n'était pas enceinte. Elle n'avait pas de rondeurs, mais peut-être qu'elle n'en était qu'aux premières semaines. Je me suis posé la question parce que quand j'étais enceinte de Mel je faisais toujours ce geste. J'aimais bien sentir le bébé là, et je lui parlais aussi. Quand j'allais porter une manne pleine et que je savais que les objets lourds n'étaient pas conseillés, je lui disais de bien s'accrocher par exemple. Sur le coup ça m'a remis beaucoup de souvenirs en tête. Mrs Müller a dit que Mel devait être adorable, et j'ai renchéri : « Oh oui, elle est mignonne. Elle s'appelle Mel, enfin, Melanie ; elle est toute blonde. Elle n'est pas toujours commode mais je l'aime beaucoup quand même. » J'ai souri. Ça me faisait plaisir de parler de ma fille. « Vous avez des enfants, ma'am ? » j'ai demandé, même s'il n'y avait pas de traces de présence d'enfant dans la pièce. Pas de jouets ou de vêtements, non, juste ce geste de porter la main à son ventre.

Tout de même le temps filait et j'étais là avec ma manne à linge et je commençais à avoir envie de rentrer. Mrs Müller était sympathique mais j'avais toute une journée de travail dans les jambes et j'avais envie d'être à la maison devant un repas chaud. Elle m'a enfin dit pour quand elle voulait sa robe, pour le week-end, et j'ai trouvé ça généreux, ça me laissait du temps. « Ça sera fait » j'ai promis, et je m'apprêtais à dire au revoir quand Mrs Müller s'est remise à parler. Elle m'a dit que je devais être femme à travailler sans compter et je n'étais pas sûre qu'il fallait le prendre pour un compliment. Puis elle a commencé à m'expliquer qu'elle n'avait rien à faire de sa semaine, qu'elle avait envoyé paître sa bonne – c'était donc elle que j'avais croisée dans l'escalier – et qu'est-ce que je dirais qu'elle vienne chercher Mel avec moi ?

Je dois dire que j'étais bien prise au dépourvu. Mrs Müller me souriait, elle était très proche de moi, et elle me proposait de m'accompagner à l'autre bout de Brooklyn. Je ne voyais pas très bien ce qu'elle attendait de moi. Mais je n'avais encore rien entendu. Tout à coup, la voilà qui semble toute contente et me propose un dîner en ville, avec Mel et Eddie. Je ne savais vraiment pas quoi dire tellement j'étais étonnée. Personne ne m'invite jamais à dîner au restaurant, bon sang, alors pourquoi Mrs Müller voulait-elle que j'y aille avec elle ? Pourquoi moi ? Elle n'avait pas d'amies dans les parages, pour se rabattre sur moi de cette façon ? Ça me paraissait si bizarre que j'étais prête à refuser, quand elle m'a dit « Dites oui, je vous en prie. » C'est idiot mais je ne peux pas ne pas accepter quand on me dit un truc pareil. C'était comme si elle avait besoin de moi, et pas seulement pour laver son linge. « D'accord » j'ai dit, enfin. « Par contre, on pourrait partir tout de suite ? Ce n'est pas que je veux brusquer les choses, mais Mel va vraiment m'en vouloir si je ne viens pas la chercher maintenant. Et puis il faudra que je prévienne son père et que je me change un peu aussi » j'ai ajouté, parce que bon, ma vieille jupe n'était pas vraiment de circonstance.

Quand Mrs Müller a été prête et qu'on a quitté l'hôtel, je me suis rendue compte qu'il était vraiment tard. Dehors, les bourgeois rassemblaient leurs enfants et allaient dîner dans le restaurant chic du Riding Hood. Je commençais à avoir sacrément faim aussi, et au fond ça m'arrangeait de ne pas devoir cuisiner ce soir-là. Pendant qu'on marchait j'ai imaginé la tête d'Eddie quand je lui annoncerais le programme de la soirée, il n'allait pas en revenir. J'ai demandé à Mrs Müller, « vous voulez que je vous montre quel coin de Brooklyn ? » Ça me faisait bizarre de marcher à côté d'elle. On se ressemblait tellement peu.
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Hildegarde Müller
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Mar 22 Déc - 22:22
Hildegarde n'avait pas masqué son plaisir lorsque Ginger accepta sa requête. L'Austro-Hongroise piaffa de joie, s'empressant de revêtir un manteau par dessus sa robe, exhortant Finley à se dépêcher. C'est que, même s'il était un vulgaire singe ailé aux yeux des profanes, Finley savait se conduire comme un homme du monde. Singeant les nobles, Finley déposa une calotte sur son crâne, un de ces couvres-chefs dont étaient affublés nombre d'animaux de saltimbanques.

D'un coup d'aile, le singe se posa sur l'épaule de sa maîtresse qui, déjà, se ruait hors de la chambre, refermant de justesse la porte avant d'oublier ce léger détail. Aux côtés de la blanchisseuse, la bourgeoise brillait de faste non retenue, et d'une exubérance éclatante. Hildegarde ne prit pas même en compte les coups d’œils lancés par la clientèle et le personnel de l'hôtel sur leur passage, de même qu'elle ignora ostensiblement les regards inquisiteurs, ou curieux, de la population.

« Vous voulez que je vous montre quel coin de Brooklyn ? »

Hildegarde ouvrit grand les bras, comme si elle voulait embrasser le monde entier dans une seule et même étreinte.

« Tout ! Je voudrais tant tout voir ! Mais ce ne serait pas possible, n'est-ce pas ? La ville est grande, et vous êtes fort occupée. »

La sorcière réfléchit profondément à la question, trottinant vivement sur ses bottines pour conserver la même allure que Ginger. La blanchisseuse marchait d'un pas alerte, pressé, et, sur ses courtes jambes, Hildegarde devait multiplier les pas pour copier son allure.

« Ma bonne, Margaret, m'a parlé de Prospect Park. Sinon, sachez que je ne voudrais pas m'enfermer dans des musées. Ce sont des lieux intéressants, mais je suis restée trop longtemps enfermée ces derniers temps. Je rêve d'espace, de fraîcheur. De petites boutiques rustiques, de charme provincial... »

Autour des deux femmes, l'ambiance changeait lentement, mais sûrement. L'architecture des bâtiments se faisait moins raffiné, plus simpliste. Dans sa robe d'un vert éclatant et son manteau, Hildegarde était aussi discrète qu'un paon au sein d'une basse-cour. Des enfants jouaient au bas des pas de porte, dans la rue, et aucun d'eux ne portait de gilet avec blason. Leurs tenues étaient simples, dépourvues de frioritures, en tissu grossier, plus prompts à tenir chaud qu'à être agréables à porter. Les mères observaient depuis la porte, ou une fenêtre, leurs regards oscillant de leur enfant à l'étrangère, cette femme aux atours bien trop voyants pour être du quartier.

Il y eut une voix qui héla Ginger, lui demandant c'est qui qu'elle ramenait là. Hildegarde ne sut pas si elle venait d'un homme ou d'une femme. Le timbre était rustre, les mots mâchés. La sorcière releva la tête, refusant de courber l'échine. Elle était aussi étrangère aux yeux de ces gens qu'elle l'était aux yeux des nobles. Située entre deux mondes, aucun ne l'acceptait totalement.

Avec le temps elle avait appris à s'en moquer.

« C'est charmant ici. » Hildegarde avait parlé assez fort pour être entendue des maisons les plus proches, des badauds qui l'observaient comme une bête curieuse. « Au moins, ici, je ne m'étoufferais pas avec le parfum d'une de ces nobles. Vous savez, j'ai parfois l'impression qu'elles se vident un flacon entier sur la tête. Comme si elles voulaient masquer quelque chose. Peut-être leur propre odeur de pécheresse. »

Hildegarde souriait de toutes ses dents en disant cela. Se moquer des nobles lui procurait toujours un bien fou.

Sur son épaule, Finley ôta son chapeau pour saluer une dame qui les croisait. Les enfants rirent à la vue de ce spectacle.




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Ginger Wealth
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Ginger Wealth
Jeu 24 Déc - 21:56


Le maître n'est rien sans domestique.

Hildegarde Müller & Ginger Wealth.


Quand Mrs Müller m'a dit qu'elle voulait visiter tout Brooklyn, j'ai bien failli laisser tomber la manne à linge pour la troisième fois. Je n'avais ni la patience ni l'envie de faire le tour de la ville en lui expliquant tout comme on voit parfois des guides le faire avec un groupe de touristes. Encore qu'ils ne visitent pas souvent Williamsburg. Heureusement, Mrs Müller a ajouté assez vite qu'elle se rendait bien compte que c'était difficile étant donné que la ville est grande et que j'étais pressée. Donc, elle voulait bien se contenter de Prospect Park, ou alors des quartiers avec « de petites boutiques rustiques de charme provincial. » Comme on est arrivées aux alentours de Williamsburg, je lui ai dit : « Prospect Park est de l'autre côté, mais si vous voulez on peut toujours repasser par là après le restaurant. C'est illuminé le soir, et comme on est en septembre la nuit ne tombe pas encore trop tôt. » En vérité je n'avais pas envie de faire le détour mais je ne voulais pas contrarier la bourgeoise. J'espérais qu'après le dîner elle serait trop fatiguée pour penser à aller se balader au parc.

On arrivait dans les quartiers moins chics de Brooklyn et là aussi tout le monde nous reluquait d'un air étonné ou amusé ou méfiant. Il faut dire, vous auriez vu Mrs Müller !... Elle portait une robe vert émeraude avec des plis que personne ne pouvait rater. Bon, chez le nobles c'est peut-être de très bon goût, mais ici ça la faisait juste passer pour un phénomène. Surtout que le singe volant était là aussi, fidèlement perché sur l'épaule de sa propriétaire ! Les enfants qui jouaient dehors le regardaient, leurs parents, eux, ne nous détachaient pas des yeux. C'était stupide mais je me sentais gênée. Mrs Müller avait l'air à l'aise mais moi pas du tout. Je n'aime pas me faire remarquer et quand on est parvenues près des foyers de gens que je connaissais je savais que le lendemain à la blanchisserie j'allais me faire harceler de questions. D'ailleurs, pendant que j'y pensais, une voix m'a crié du seuil d'une maison : « Hé, Ginger ! C'est qui que tu nous ramènes là ? » Mrs Müller a relevé la tête et moi je n'ai même pas tourné la mienne. Je me suis sentie rougir. « Faites pas gaffe à Virginia » j'ai dit pas très fort à Mrs Müller. « Elle est pénible. » Ah çà, pour l'être elle l'est. Virginia travaille aussi à la blanchisserie et je devinais qu'elle serait la première à me sauter dessus pour faire ses satanées réflexions désagréables.

Mrs Müller est restée très digne. Elle a dit haut et fort que ce quartier était charmant et qu'elle ne risquait pas d'étouffer dans l'odeur d'un parfum chic – apparemment les dames du beau monde se lavent avec ça et selon Mrs Müller, ce serait pour dissimuler quelque chose : « leur propre odeur de pécheresse. » Je n'aime pas entendre parler des péchés. Ça me rappelle toujours... Ce que je voudrais oublier définitivement. Je n'ai rien répondu, mais j'ai entendu la voix de Virginia qui disait – elle ne s'adressait pas vraiment à nous étant donné qu'on s'était éloignées – « Triste époque que celle où les noblions traînent avec les infanticides » et ça m'a ôté toute l'envie que j'avais eue de rire de la remarque de Mrs Müller. J'aurais pu lancer la foutue manne à linge à la tête de Virginia ou l'étrangler avec la robe rose pleine de boue mais au lieu de ça j'ai continué d'avancer sans rien dire. J'ai essayé de sourire quand le singe a salué une dame et a déclenché le rire des enfants, mais c'était difficile. « Vous êtes gâtée au niveau fraîcheur et charme provincial » j'ai dit doucement à ma compagne de route et j'ai enfin réussi à sourire.

On est arrivées à Williamsburg, dans ce coin que je connais depuis vingt-quatre ans. La plupart des ouvriers étaient rentrés chez eux ou étaient en chemin, mais notre appartement du rez-de-chaussée n'était pas illuminé, ce qui voulait dire qu'Eddie n'était pas là. J'ai vivement espéré qu'il n'était pas dans un foutu bar, ce dont je le croyais fort capable. S'il y était, on pouvait attendre un moment avant de le voir reparaître. Son travail de charpentier le retient jusque tard dans la soirée et parfois il fait un détour pour boire un coup avec ses copains qui ne me plaisent pas des masses. Bref, avant de conduire Mrs Müller jusqu'au rez-de-chaussée je l'ai entraînée jusqu'à la porte de Mrs Wealth, la mère d'Eddie. La porte était ouverte et ma belle-mère était occupée à coudre. Sa fille, la sœur d'Eddie, qui s'est disputée avec son mari et est rentrée vivre chez sa mère, était penchée sur la crémaillère. Mel jouait par terre, mais dès qu'elle m'a vue elle a sauté sur ses pieds et a couru vers moi. « Maman ! » elle a crié avant de me tendre les bras et j'ai posé la manne à linge avant de m'abaisser pour la serrer contre moi. J'ai souri pour de bon et je lui ai dit que j'étais contente de la revoir aussi. « J'ai cru que jamais tu reviendrais » elle a dit, et ses yeux gris étaient sérieux. Elle ne boudait pas – pas encore – mais j'ai bien vu qu'elle m'en voulait quand même. « J'ai eu une course à faire » je me suis justifiée, avant de me redresser et de m'apercevoir que Mrs Wealth et ma belle-sœur me regardaient fixement. Enfin, moi, mais surtout Mrs Müller et Finley le singe. J'ai remercié la grand'mère de Mel pour l'avoir gardée durant la journée et je me suis excusée pour le retard en précisant que c'était exceptionnel, et Mrs Wealth avait l'air si retournée par la vue de Mrs Müller qu'elle a juste dit : « Ce n'est rien, Ginger. A demain, Melanie. »

On s'est éloignées et j'ai tendu la main à Mel mais elle a refusé de la prendre. Elle aussi regardait Mrs Müller, elle était impressionnée par le singe. « J'ai dû aller porter son linge à Mrs Müller, c'est pour ça que je suis revenue seulement maintenant » je lui ai expliqué. « Mrs Müller nous invite à manger ce soir » j'ai ajouté, et Mel a cessé de contempler Finley pour se pencher sur sa propriétaire. Elle a soudain paru intimidée et elle a pris la main que je lui tendais un peu avant.

Quand j'ai ouvert la porte de notre appartement je me suis sentie gênée à nouveau parce que la pièce principale sentait le renfermé et qu'il traînait une pile de vaisselle dans un coin et que sur la table personne n'avait débarrassé les miettes du petit-déjeuner. « Entrez » j'ai dit à Mrs Müller. « Désolée pour l'état des lieux. » J'ai laissé la porte d'entrée ouverte pour aérer. J'ai déposé la manne à linge près de la porte et j'ai allumé la lampe à pétrole. Les pièces étaient toujours fort sombres le soir venu. « Faites comme chez vous » j'ai dit, avant de m'excuser à nouveau : « Je vais changer rapidement de vêtements. Prévenez-moi si Eddie arrive entretemps. » Je suis passée dans la pièce à côté et pendant que j'enlevais mes habits de travail j'ai entendu Mel demander à Mrs Müller, à propos du singe : « C'est un vrai ? »
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Hildegarde Müller
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Mar 29 Déc - 22:05
Mrs Virginia possédait une voix qui portait loin. Probablement renforcée grâce à son travail à la blanchisserie où les cris remplaçaient les discussions habituelles, où celle qui hurlait le plus fort était celle qui s'imposait et, par une suite logique, devenait la meneuse de la troupe de travailleuses. Celle que l'on respectait, qu'on craignait. Le terme « infanticide » n'était pas un mot que l'on lançait, ainsi, au détour d'une conversation. Le regard de Hilegarde se braqua sur Ginger, cherchant une explication. Seul le silence le lui répondit. Réaction logique. On n'aborde pas un tel sujet en pleine rue. Déjà qu'on le chuchote à peine du bout des lèvres dans l'intimité.

C'était là un secret que Hildegarde préférait ne pas déceler. Aucune femme n'aimait en parler. Et allez savoir quelle réaction aurait la blanchisseuse en apprenant que Mrs Müller jouait les faiseuses d'ange à l'occasion. Maniant la poudre et l'aiguille pour extirper, d'entre les cuisses d'une dame, le fruit d'une nuit mouvementée avec un amant.

Elle se serait signée, en bonne chrétienne. Hildegarde en aurait mis sa main à couper.

Ces sombres pensées furent promptement éclipsées par l'apparition rayonnante d'une petite fille. Melanie, trois ans, débordante de vie et déjà le regard grave de sa mère ancré dans les prunelles. Percevant la crainte de l'enfant, Finley retira son chapeau pour la saluer. Et se retint d'exhiber ses dents comme il l'avait fait avec sa mère, plus tôt.

Le singe dut rapidement baisser la tête lorsque sa maîtresse passa le pas de la porte. Sans quoi il se serait heurté à la chambranle. Tout comme sa maîtresse, l'animal observa les lieux avec la curiosité avide d'en voir plus. Hildegarde prit place à la table, Finley se posant dessus ramassant les miettes pour les porter à sa bouche. Elle se doutait bien que la demeure de Ginger n'allait pas respirer le luxe. Néanmoins elle se sentait aussi déroutée que si on l'avait menée dans un palais oriental. Tout était si... différent.

« Je vous préviendrais ! » rassura-t-elle son hôtesse. « Et je veille sur Melanie. »

Adorable enfant qui posa une question sur le curieux animal qui se tenait là, dans cette pièce où elle prenait ses repas. Adorable petite qui rappela à Hildegarde sa cohorte de « mignonnes », jouvencelles innocentes qui faisaient sa joie, l'accompagnaient dans toutes les festivités d'Emerald. Tout sourire, elle fit signe à Finley d'approcher.

« Bien sûr qu'il est vrai. Pourquoi ne le serait-il pas ? Finley est un singe ailé. Tu en as déjà entendu parler ? Il ne sait pas parler dans notre langue mais il est très expressif. »

À petits pas, le singe se rapprocha de Melanie. Amusant de voir ce singe se montrer presque délicat envers une enfant. Prenant une des mains de Melanie, il fit une courbette et déposa un baise-main, la saluant comme une grande dame.

« N'est-il pas adorable ? » Hildegarde s'extasiait sur lui comme s'il n'était autre que son propre enfant. « Tu vois Melanie, il ne ferait pas de mal... »

Le reste de la phrase demeura suspendu, avalé par le silence. Une présence venait de se faire sentir. Une silhouette se détachait au pas de porte. Le regard de Melanie trahissait qu'elle connaissait cet homme. Probablement son père. Hildegarde se leva. Sa présence avait de quoi alerter le maître de maison qui n'avait pas été mis au courant de cette visite. Voulant briser la glace au plus vite, Hildegarde se précipita vers l'entrée.

« Mister Wealth, je présume ? Ne vous inquiétez pas, votre femme va bien. Elle est allée se changer dans la pièce à côté. » Hildegarde se tourna à demi, et fit entendre sa voix claironnante. « Mrs Wealth, votre époux est rentré ! » Percevant un bruit à l'autre bout du logis, Hildegarde considéra que son message avait été transmis et reprit sa discussion. « Permettez-moi de me présenter. Mrs Müller, une des clientes de dame votre épouse. Oh ne vous inquiétez pas, votre épouse n'est nullement licenciée. Il y a eu un léger incident, mais l'affaire a été entendu. Je voulais simplement m'accaparer votre épouse pour qu'elle me fasse visiter la ville. Oh, et j'ai prévu de vous inviter vous, et vos dames, ce soir à dîner. Vous n'y voyez aucun inconvénient ? »

Le débit de Hildegarde avait été si rapide que l'infortuné Eddie n'avait pu en placer une. Il ouvrit la bouche, la referma, se passa une main sur le visage. Visage en papier mâché, témoin de sa longue journée de travail que quelques verres partagés au bar avec un de ses amis, Lantier, n'avait pas aidé à rendre plus avenant. Tout ce qu'il fut capable de faire fut de tendre le cou pour apercevoir sa femme et lui demander :

« Ginger ! C'est qui cette dame ? »




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Ginger Wealth
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Ginger Wealth
Dim 3 Jan - 21:20


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Hildegarde Müller & Ginger Wealth.


Une fois dans la pièce à côté, je me suis laissée tomber sur notre lit en soupirant. Ça m'énervait qu'Eddie ne soit pas rentré. Il ne pouvait pas être ponctuel, pour une fois ? Je sais qu'il travaille beaucoup et qu'il a bien besoin d'un réconfort à la fin de sa journée, mais quand même. J'avais l'impression qu'il revenait de plus en plus souvent tard, et pas toujours sobre. Je me suis dit que s'il revenait plein, ça allait être gai avec Mrs Müller. Il allait falloir sauver les apparences et tout. Subitement je m'en suis voulue d'avoir accepté ce satané dîner. Il fallait que je m'habille et j'imaginais que j'allais devoir tenir la conversation toute la soirée avec la bourgeoise. Je ne voyais pas tellement Eddie – gris ou non – discuter avec une dame de la haute. Et, honnêtement, je me représentais pas non plus moi-même en train de faire la causette avec Madame devant une assiette de foie gras. Ça aurait pu me faire rire comme image, mais ça me déprimait plutôt.

Donc, j'étais là sur le lit, et j'ai entendu Mrs Müller discuter avec Mel. Elle parlait du singe, le fameux Finley, que j'avais vu manger les restes du petit-déjeuner. Ma foi, ça m'arrangeait assez, ça m'évitait de nettoyer cette damnée table. Quand Mrs Müller a demandé « n'est-il pas adorable ? » j'ai entendu ma fille répondre avec enthousiasme : « Ce serait bien que j'en aie un. Mais Maman, elle veut pas » elle a ajouté ensuite, et là j'ai souri. Je n'avais pas vraiment le projet d'acheter un singe ailé, même s'il repassait le linge et achevait les miettes du petit-déjeuner.

Enfin, j'ai fini par me lever et par fouiller dans notre commode, des fois que ma robe bleu foncé y serait toujours. Elle y était. Elle aurait eu besoin d'un coup de fer à repasser, parce que j'avais entassé une masse de vêtements dessus, des habits d'Eddie et les miens, mais elle était là et je me suis changée rapidement. Il était temps, car j'ai entendu Mrs Müller m'appeler : Eddie était là. Dans quel état ? je me suis demandé. Puis j'ai perçu la voix de Mrs Müller qui parlait sans s'arrêter, mais pas celle d'Eddie. J'en ai profité pour me regarder dans notre vieille glace – un cadeau de Mrs Wealth. J'ai trouvé que je n'avais pas fière allure. J'aurais voulu être comme Mrs Müller, traverser l'existence avec une robe verte flambant neuve sans me soucier d'aucune Virginia. Vivre au Riding Hood et apprendre le solfège à ma fille. Et lui offrir un singe ailé.

Mais seulement voilà, je suis restée Ginger Wealth, et je suppose que je le resterai toujours. Je me suis brossé les cheveux en vitesse et ça a amélioré l'ensemble. Un peu. J'ai attrapé un châle blanc que je me suis jeté sur les épaules en l'arrangeant rapidement. A ce moment-là, Eddie m'a appelée à son tour en me demandant qui était « cette dame ». Je suis revenue dans la pièce principale et ils étaient tous là, Finley, Mel qui le regardait toujours, Mrs Müller, et Eddie. Il était moins amoché que je ne le craignais, mais il n'avait pas fière allure. Son vieux sac en cuir de travail était toujours accroché à son épaule et à voir le contraste entre lui et la bourgeoise il y avait de quoi rire.

« C'est Mrs Müller » j'ai répondu, le plus calmement possible, « elle nous invite tous les trois – Mel, toi et moi – à dîner ce soir. » J'aurais voulu spécifier pour quelle raison, mais je ne voyais pas quoi ajouter. A voir la tête d'Eddie je me suis demandé s'il avait encore traîné avec cet emmerdeur de Lantier. Je ne sais pas comment fait mon mari, mais il s'entiche toujours de gens que je ne sais pas supporter. Si Mrs Müller n'avait pas été là, je lui aurais demandé si, oui ou non, il avait encore traîné avec Lantier. Qu'Eddie aille boire un verre ne me dérange pas, à la limite, mais qu'il côtoie des gens dangereux comme ce type m'effraie. Mais bon, je n'allais pas déclencher une scène de ménage face à la bourgeoise.

« On y va ? » a demandé Mel, qui avait l'air excitée par la perspective d'aller s'amuser dehors. « Et le singe, il vient avec ? » elle a ajouté, en regardant Mrs Müller avec espoir. J'en ai profité qu'elle distraie Mrs Müller pour m'approcher d'Eddie qui les regardait sans rien dire. « Elle a dit qu'elle paierait » je lui ai soufflé à l'oreille. « C'est l'occasion de nous amuser un peu. On ne sort jamais. Tu peux prendre des vêtements propres dans notre chambre » j'ai ajouté, « ils sont au-dessus de la pile dans notre commode. Le tiroir est ouvert. » A tout dire comme ça je me rendais compte que j'étais nerveuse. Drôlement.
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Hildegarde Müller
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Mer 6 Jan - 21:10
Finley viendrait-il ? Voilà une bonne question qui occupa si bien Hildegarde qu'elle ne put voir l'échange opéré entre Ginger et son époux. L'index de la sorcière tapota son menton tandis que son regard était posé sur Finley qui était demeuré sur la table, loin de toute cette marée humaine qui se pressait dans l'entrée du petit logis. L'animal n'avait pas pour habitude des espaces clos aussi exiguës, et préférait demeurer à l'écart. D'autant plus que son flair avait décelé une odeur qu'il appréciait peu émanant de l'homme. L'alcool. Par bravade le singe avait déjà goûté du vin – avait à peine plongé ses lèvres dans le verre – et avait postillonné sur les convives, écœuré par la boisson. Une mauvaise expérience qui le poussait à fuir tout alcool.

Hildegarde finit par lever son index en l'air, désignant le plafond.

« Je suis habituée à ce que, dans les restaurants où je me rends, Finley soit accepté. Nous essayerons d'amadouer le serveur en lui disant que Finley est votre chaperon, Mélanie. Qu'il est là pour veiller sur vous comme un prince veillant sur sa princesse. »

Si jamais l'excuse ne suffisait pas, la bourgeoise se faisait fort de jouer de son nom et de sa notoriété. Au risque de paraître odieusement déplacée. Mais qu'importe. Hildegarde n'était pas femme à passer incognito.

Eddie, pour sa part, ne semblait pas spécialement emballé. Le pli entre ses sourcils froncés témoignait qu'il était complètement perdu et que son logis, habituellement si paisible, devenait la scène de théâtre d'une pièce à laquelle on ne l'avait pas convié. L'homme haussa les épaules, fit glisser la bretelle de son sac de cuir de son épaule. Tout bas il échangea quelques mots avec son épouse.

« On discutera de tout cela plus tard. »

Il avait besoin de connaître les détails mais repoussait la discussion à ce soir lorsqu'ils seraient à nouveau seuls à seuls, et que la petite Mélanie dormirait bien trop profondément pour entendre ses parents.

Eddie se fendit d'un « S'cusez m'dame » pour passer auprès de Hildegarde se retenant de dire qu'on ne portait pas de telles robes dans des maisons d'ouvriers. Ça vous bouchait l'entrée plus efficacement qu'une charrette dans une ruelle. Hildegarde suivit du regard Eddie avant de se retourner, grand sourire, vers Ginger.

« Il m'a l'air d'un solide gaillard votre époux. Il doit travailler dans le manuel, non ? Il a les épaules larges. »

Se penchant vers Mélanie, elle ajouta :

« Ma chère, vous avez un fort joli papa. »

Croyant sentir une confusion de la part de Ginger, Hildegarde lui saisit la main.

« N'ayez crainte, je ne vous volerais pas votre époux. J'aime m'exprimer avec effusion et, dans mon pays, nous sommes tous très sensibles à la beauté. »

Hildegarde était de ces dames qui pouvait s'extasier sur la beauté d'une femme, ou d'un homme, sans la moindre gêne. Et sans même prendre conscience que ses paroles pouvaient se montrer déplacées.




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Ginger Wealth
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Ginger Wealth
Lun 18 Jan - 17:59


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Hildegarde Müller & Ginger Wealth.


J'ai supposé que Mrs Müller avait accordé au singe l'accès au restaurant, parce que quand j'ai regardé Mel, elle avait un sourire jusqu'aux oreilles et elle était toute rose. Je ne sais pas ce que la bourgeoise a bien pu lui sortir comme compliment, mais il avait eu de l'effet. Par contre, autant Mel était excitée, autant son père avait un air sombre qui ne présageait rien de bon. J'ai bien compris qu'il aurait de loin préféré que Mrs Müller nous laisse tranquilles, et aille dîner avec des gens de sa classe. Moi-même, je ne savais pas trop quoi penser devant l'invitation à sortir et tout. Je me demandais si celle qui l'avait faite attendait quelque chose de nous – de moi en particulier ? Eddie ne m'a pas vraiment aidée à y voir plus clair. Il a marmonné qu'on discuterait de tout ça « plus tard » puis il a disparu dans la pièce voisine.

Mrs Müller m'a regardée en souriant jusqu'aux oreilles, elle aussi. Avait-elle partagé un gros secret avec Mel ? Je ne l'ai pas su. Elle a simplement remarqué qu'Eddie était solide. Elle m'a demandé s'il travaillait dans le manuel. « Il est charpentier » j'ai répondu. Je me suis aperçue que je me grattais le bras comme une forcénée depuis quelques temps – une saloperie de tic de nerveux. J'avais envie d'une cigarette. Mrs Müller a répondu qu'Eddie était fort joli. Et puis, comme si elle se rendait compte de ce qu'elle venait de dire, elle m'a pris la main – celle qui grattait mon bras sans que j'y fasse attention. Elle m'a comme qui dirait juré qu'elle ne me volerait pas mon mari, qu'elle avait juste l'habitude de s'exprimer avec effusion (?) sur la beauté, comme les gens de son pays.

C'est Mel qui m'a sauvée de ce pétrin. Notre conversation l'ennuyait, alors elle est allée rejoindre le singe, au fond de la pièce. Elle a tendu la main pour lui caresser la tête, et là, ça a été plus fort que moi, j'ai revu le sourire de l'animal, toutes ses horribles dents, et je me suis exclamée : « Mel ! Fais attention, je t'en prie ! » Bien sûr, j'avais entendu Mrs Müller répéter que Finley n'aurait pas écrasé un grain de poussière. Mais je n'avais pas confiance. Et puis, ça m'évitait de tomber dans la discussion houleuse que la bourgeoise avait lancée.

Eddie est reparu peu après. J'ai deviné qu'il avait passé une fois ou deux la main dans ses cheveux blonds pour les coiffer un brin, vu comme ils étaient en bataille. Pour le reste, il ne s'était pas mis en grand frais. Il avait simplement enlevé son pantalon de travail et mis celui qui sert les dimanches, ou n'importe quand s'il y a congé. J'ai supposé que c'était moins pour être élégant aux yeux de Mrs Müller que pour être plus à l'aise dans ses mouvements. Ça m'agaçait de le voir avec si peu de volonté. Bon sang, il aurait pu changer de chemise aussi ! J'avais bien mis ma satanée robe bleue ! « Je suis prêt » a-t-il dit, en me regardant moi, et pas celle qui nous invitait. « Dans ce cas, allons-y » j'ai répondu, d'un ton plus froid que ce que j'aurais voulu, en prenant mon manteau noir et en le mettant. Mel, qui me boudait dessus à cause de mon manque de confiance vis à vis du singe, est allée vers Mrs Müller et lu a tendu la main. Je dois dire que ça m'a comme déchiré le cœur de voir que ce n'était pas vers moi qu'elle se tournait. Et on est partis comme ça.
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Hildegarde Müller
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Mar 19 Jan - 22:23
Trio atypique au sein des rues de Brooklyn. Hildegarde n'avait pas refusé la main tendue de la petite Mélanie. Ce geste lui avait rappelé celui de ses « mignonnes », exquises demoiselles dont l'âge formait un éventail allant de treize à dix-neufs ans. Jeunes demoiselles vêtues d'atours émeraudes pour s'accorder à leur cheffe de file, ribambelle d'apprenties sorcières se lançant dans l'art, si complexe, de la manipulation de la magie. Dans la main d'Hildegarde celle de Mélanie semblait presque minuscule. Petite chose fragile. Finley s'était posé sur l'épaule de la sorcière, à l'opposé de Mélanie et du reste de la famille. Le singe avait bien senti que sa présence n'était pas toléré. Il aurait été un chien de compagnie qu'on l'aurait traité autrement !

Hildegarde guida la troupe dans le quartier de Park Slope, connu aussi bien pour ses restaurants que pour abriter le parc botanique de la ville. La bourgeoisie comptait bien le visiter en sortant du restaurant – une petite promenade dans le frais de la soirée, dans la ville illuminée. De quoi ravir son cœur sensible et celui de la petite Mélanie. Mais, pour le moment, les pas de l'Austro-Hongroise menèrent la troupe jusqu'à la devanture d'un restaurant populaire : le Rabbit Hole. On pouvait sentir le fumet de la soupe et de la viande flotter dans la rue dès qu'un client poussait la porte.

Hildegarde la poussa, entraînant Mélanie avec elle. La chaleur du restaurant lui gifla le visage en une vague bouillante. La sorcière sentit ses joues rougir, et la chaleur se propager dans tout son corps comme si elle venait d'avaler un bol de soupe bouillante. La salle semblait surchauffée, entre les cuisines d'où provenait les cris des employés et la foule de clients occupant la salle. Familles venus profiter d'une soirée hors de la maison, couples en quête d'un repas en tête à tête, ouvriers se retrouvant hors du travail pour festoyer... Il y avait là tout un florilège de tableaux, de portraits du peuple des petites gens de Brooklyn.

Un serveur vint s'enquérir des nouveaux clients, sourire professionnel aux lèvres. Néanmoins il ouvrit des yeux interloqués à la vue du singe volant qui, discipliné, venait de le saluer en retour.

« Une table pour quatre, mon brave. » annonça Hildegarde sans se départir de son sourire, imperturbable. Elle semblait aussi à l'aise qu'un poisson dans l'eau.

Le serveur mena les clients jusqu'à une table près d'une fenêtre. Hildegarde laissa la famille prendre place avant de s'asseoir à son tour. Finley alla se suspendre au dossier du siège de sa maîtresse. Le serveur avait été bien trop interloqué par sa présence pour dire quoi que ce soit. Ou était-ce la présence d'une dame comme Hildegarde, dans un restaurant populaire, qui lui avait coupé le sifflet ?

Hildegarde déplia le menu.

« Commandez ce que vous souhaitez. Je régale. Mister Wealth, vous voudrez peut-être un peu de vin pour accompagner le repas ? La même chose pour vous Mrs Wealth ? Pour vous Mélanie, je vous conseille la limonade. » Hildegarde reprit sa lecture du menu. « Du riz avec du lard, voilà un plat populaire bien tentant... » La femme reposa le menu sur la table. « Avez-vous fait votre choix ? »




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Ginger Wealth
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Ginger Wealth
Sam 30 Jan - 13:27


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Ça me faisait mal de voir Mrs Müller devant nous, avec Mel. Elles se tenaient la main comme deux complices, comme si elles se connaissaient depuis longtemps. En plus, comme Mel est toute blonde et Mrs Müller aussi, on aurait facilement pu les prendre pour mère et fille (excepté que ma fille n’a pas les belles frusques de la bourgeoise). Le singe s’était perché sur l’épaule de sa propriétaire, et ça faisait vraiment tableau de famille en promenade. Eddie a souri devant ce spectacle, pour la première fois depuis le début de cette soirée. « Elles sont mignonnes » il a dit, en désignant les deux qui ouvraient la marche. J’ai acquiescé silencieusement, à contrecœur. C’est idiot, mais à ce moment-là je la détestais, Mrs Müller. Je revoyais son geste à l’hôtel, celui de poser les mains sur son ventre. J’avais l’impression affreuse et stupide qu’elle était venue pour emmener Mel avec elle.

Je n’ai presque pas parlé avec Eddie durant le trajet. Lui, par contre, en a profité pour me faire un récit détaillé de sa journée à la charpenterie. Il se plaignait sans arrêt d’un certain Oscar Bijard – un Français, apparemment – qui saccageait l’ouvrage, se plaignait sans arrêt, empestait l’alcool et avait des yeux méchants. « C’est inscrit sur sa gueule que c’est un sale type » m’a assuré Eddie. Il faisait de grands gestes, il était lancé. Moi, je n’écoutais pas vraiment. J’étais soulagée quand on est entrés au Rabbit Hole où Eddie s’est un peu tu.

Il y avait plein de monde dans ce bar, et il faisait mourant de chaud. Mrs Müller avait l’air à l’aise, pourtant. Comment fait-elle me suis-je demandé pour la dixième fois. J’aurais bien voulu avoir cette facilité à entrer quelque part, un singe ailé sur l’épaule, à demander une table avec simplicité, en me faisant respecter par le serveur. Quelques personnes attablées nous regardaient, enfin, regardaient surtout la bourgeoise et ils tiraient la même tête que le serveur. Ça m’a amusée, un moment, mais j’ai vérifié rapidement s’il y avait quelqu’un qu’on connaissait ici. Je n’ai reconnu personne et ça m’a rassurée, jusqu’à ce que je regarde négligemment à gauche et que je croise son regard. Celui de Lantier, sacré bordel.
J’ai senti mon cœur qui ratait un battement. Qu’est-ce qu’il fichait là, bon Dieu ? Il n’avait donc pas de famille chez qui se nourrir ? Il était à une table de quatre, avec trois hommes en bleu de travail qui avaient repoussé leurs bols de soupe vides pour jouer aux cartes. Les trois ouvriers s’amusaient et trichaient ensemble, mais Lantier il nous regardait. Il avait cinq cartes en éventail dans la main et il nous fixait.

Par bonheur Eddie n’a rien remarqué. On a suivi Mrs Müller jusqu’à une table où on s’est installés. J’ai enlevé mon manteau râpé avec des mains tremblantes. J’étais assise en face de Mrs Müller. Mel, j’ignore pourquoi, a subitement voulu venir à côté de moi – alors qu’elle était restée avec la bourgeoise jusqu’à présent – et donc Eddie était à côté de Mrs Müller. Ça a eu l’air de le gêner un peu, mais pas tant qu’on aurait pu le croire.
J’ai entendu Mrs Müller discuter du menu sans rien enregistrer. Je ne me sentais pas à l’aise du tout. Pourquoi est-ce qu’on devait entrer précisément dans le restaurant où était ce saligaud de Lantier ? Je me mordais les lèvres en regardant à mon tour le menu. Je me sentais trop fébrile pour avoir un gros appétit. Mel m’a ramenée à la réalité en disant : « Oh oui, du qui pique ! » Elle parlait de la limonade… J’ai compris que Mrs Müller nous avait demandé nos choix quand Eddie lui a répondu : « Je prendrai la même chose que vous, du riz au lard. Et un peu de vin rouge ne serait pas de refus – je suis déjà venu ici et ils en avaient un petit de Bordeaux qui n’était pas dégoûtant du tout… » Maintenant qu’il savait qu’il allait être abreuvé gratis, il était plus causant et souriant. Puis il a arrêté ses minauderies pour me regarder : « Et toi, Ginger ? »

« Comme Papa, moi ! » s’est exclamé Mel avant que je puisse répondre. Elle s’amusait à tourner les pages du menu avec enthousiasme. « Je prendrai une soupe à l’oignon » ai-je enfin répondu, parce que c’est la première chose que j’ai pu lire. Je me suis consolée en me disant qu’une soupe chaude était ce qui remontait le plus le moral quand il était ‘’au rabais’’.
A la table des joueurs de cartes, deux ont poussé des cris de joie. Je me suis retournée instinctivement à leurs exclamations et j’ai revu Lantier qui ne nous quittait pas des yeux.


Eddie & Auguste :
 
Ginger Wealth
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Hildegarde Müller
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Lun 1 Fév - 20:51
Finley s'était posté en hauteur, sur une des poutres perçant le plafond, avec l'ordre tacite de sa maîtresse de se tenir sage. L'ombre projetée de l'animal en surprit plus d'un qui crut, pendant une poignée de secondes, qu'une gigantesque chauve-souris les surveillait. Passé la stupeur plus d'un convive riait en observant le singe, certains tentant même de l'appâter avec les cacahuètes servis au comptoir. Finley jeta un coup d’œil à sa maîtresse qui inclina la tête, approbatrice, laissant donc toute liberté au singe d'aller auprès des convives recevoir les cacahuètes, non sans les saluer de sa casquette. L'animation n'allait pas manquer en cette folle soirée.

Le serveur revint avec les commandes déclenchant une salve d'approbations, et des langues se pourléchant les lèvres. Eddie déboucha la bouteille de Bordeaux dans un « pop » sonore et avec le sourire de l'assoiffé retrouvant une vieille amie.

« Mrs Müller, vous voudriez bien boire un verre avec moi. Ginger, je te sers aussi ? »

Hildegarde n'avait jamais su grandement apprécier l'alcool. Néanmoins, par politesse, elle accepta la proposition d'Eddie lui offrant même un de ses sourires les plus rayonnants.

« Vous êtes galant. » Hildegarde trempa ses lèvres, de quoi boire une gorgée. Son regard, par-dessus le verre, dériva sur Ginger. La sorcière arqua un sourcil tout en reposant son verre sur la table. « Mrs Wealth, qu'avez-vous ? »

Ginger semblait être ailleurs, le regard perdu en loin. Hildegarde tourna la tête, tâchant de déceler ce que Ginger fixait avec tant d'intensité. Eddie en fit de même. Le visage du charpentier s'illumina, un sourire détendit son visage.

« Mais c'est Auguste ! » Eddie accorda à Hildegarde un sourire de connivence, semblant oublier la différence sociale creusée entre eux. « Un camarade de travail. On se voit souvent après la journée. Ginger, fais pas la grimace ! Elle ne peut pas le voir. » commenta Eddie. « Parce que, selon elle, ce serait une mauvaise fréquentation... »

Tout ceci annonçait un orage et, surtout, une dispute de couple. Comme pour parfaire le tableau, une pluie drue tomba dehors, frappant les carreaux. Mélanie, de son côté, ne disait rien, trop occupée à remplir son ventre de riz au lard et de siroter sa limonade.

Hildegarde chercha à faire un commentaire sur le dénommé Lantier. Mais ce dernier fut plus rapide que sa langue, s'approchant de la tablée familiale avec des mines de chat venant quémander caresses et crème de lait auprès de ses maîtres.

« Eddie, Eddie. On invite sa maîtresse en compagnie de sa femme ? » Auguste rit de sa propre blague avant de s'incliner, grand seigneur, vers Hildegarde. « Mrs, votre beauté ravive l'éclat de ce restaurant. »

Hildegarde ne put retenir son rire. Elle s'esclaffa au nez de Lantier, les joues rougissantes.

« Oh pardonnez-moi. » Hildegarde essuya une larme au coin de l’œil. « Les compliments pompeux m'ont toujours amusé. Je suppose que vous aimeriez vous attabler mais, voyez-vous, il n'y a pas de cinquième chaise. Qui plus est, je n'aime guère les plaisanteries au sujet des tromperies de couples. C'est un sujet sensible. »

Hildegarde porta, à sa bouche, une fourchette emplie de riz au lard. La salle semblait suspendue à ses lèvres et la bourgeoisie ménagea son effet. Comme une actrice se préparant à déclamer la tirade qui allait faire sa renommée.

« Et, qui plus est, on ne plaisante pas ainsi en présence de l'épouse. Je ne voudrais qu'aucun affront ne soit commis envers Mrs Wealth que je porte dans mon cœur. Elle m'est très chère. Si bien que j'allais lui faire une proposition, dont vous serez témoin. »

Hildegarde posa sa fourchette, croisa ses mains au-dessus de son assiette.

« Mrs Wealth, voudriez-vous travailler à mon service à Emerald ? »

Suspense.




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Ginger Wealth
Mar 2 Fév - 22:37


Le maître n'est rien sans domestique.

Hildegarde Müller & Ginger Wealth.


J’ai sursauté quand Mrs Müller m’a interpellée. Je me suis tournée vers elle, et je l’ai vue qui me regardait, un verre de vin devant elle. Eddie était en train de remplir le mien sans que je lui aie rien demandé. Mais sur le moment, c’est à peine si je l’ai remarqué. Mrs Müller m’a demandé ce que j’avais, et je suis restée comme une imbécile, sans rien répondre. Je ne pouvais pas lui expliquer ici. Lui expliquer quoi ? Mon antipathie vis-à-vis de Lantier ? Est-ce qu’elle aurait seulement compris ?
Eddie, quant à lui, a enfin remarqué que son grand ami était là. Et il s’est mis à raconter à Mrs Müller qui était Auguste Lantier, et pourquoi je faisais une tête pareille en le voyant. Je crois bien que j’ai rougi, en fixant mon bol de soupe à l’oignon. Malgré les heures passées à la blanchisserie, je n’avais aucun appétit. Mel, à côté de moi, dévorait son riz au lard, et j’aurais bien voulu être à sa place. Savourer ce moment, me contenter d’un plat chaud et d’un verre de « qui pique. »

Il s’est mis à pleuvoir dehors, et ça faisait bizarre, toute cette pluie d’un seul coup. Comme on était près de la fenêtre, j’ai regardé les gouttes qui s’écrasaient contre la vitre, puis qui glissaient le long du verre. J’ai réussi à avaler quelques cuillérées de soupe chaude, en espérant que ça me réchaufferait un peu le cœur. C’est à ce moment-là que Lantier est venu jusqu’à notre table.
Il a demandé à Eddie s’il était là en présence de sa femme et de sa maîtresse en même temps, puis il s’est incliné devant Mrs Müller en la complimentant. Le pire, c’est qu’il parle bien. Je veux dire, vous n’entendrez jamais Eddie dire spontanément : « votre beauté ravive l’éclat de ce restaurant. » Il lui faudrait des siècles pour trouver une formule pareille, surtout qu’il ne sait ni lire ni écrire.

Dans ma satanée vie, j’ai souvent eu envie de posséder ce qu’a visiblement Mrs Müller. Je ne sais pas très bien dire quoi exactement, mais c’est ce quelque chose qui vous fait entrer dans un restaurant populaire avec un singe sur l’épaule, sans gêne ni embarras, avec une robe émeraude et tout. C’est ce quelque chose qui vous fait rire aux éclats devant Lantier, puis lui répondre d’une telle façon qu’il ne sache plus rien répliquer parce qu’il a trouvé quelqu’un qui manie aussi bien les mots que lui. Je voudrais avoir cette facilité d’exister, de dire ce que je pense, de faire ce que je veux, de me faire respecter. J’aurais voulu l’avoir toutes les fois où je me suis fait humilier, pendant les deux années que j’ai passées à l’école, chez mes parents (quand ma mère me comparait à un autre enfant de la ruelle pour me prouver que d’autres réussissaient là où j’échouais – elle remarquait moins le contraire), à la blanchisserie. J’aurais voulu être capable de répondre calmement mais de façon assassine à Mr Funky, le gérant de la blanchisserie, à Virginia, et même à Eddie, car il arrive qu’il m’agace fortement.

Je n’ai pas beaucoup regardé Lantier. Ni Mrs Müller, ni Eddie. Mrs Müller a pris ma défense – enfin, je crois – mais ça ne m’a pas vraiment fait plaisir. Je ne sais pas expliquer. Elle aurait pu m’enfoncer à son tour, dire que Lantier était bien sympathique et me demander pourquoi je le qualifiais de mauvaise fréquentation. Au lieu de ça, elle l’a remis à sa place, avec une tranquillité qui me sidérait. J’étais contente de voir ce salopard confronté à quelqu’un qui n’était pas dupe, ça oui ! Et sans doute je me serais sentie à l’aise si on était chez nous. Seulement, la majorité des clients du Rabbit Hole nous observaient, curieux, attendant un revirement de situation, un mot terrible de la part de Mrs Müller ou de Lantier. Moi, je n’attendais que la fin de cette pénible soirée.
J’ai enfin regardé Mrs Müller quand elle a dit que je lui étais très chère. Je me suis demandé si elle était moqueuse, parce qu’elle ne me connaissait que depuis quelques heures – et rien que d’imaginer qu’elle était en train de me tourner en ridicule face à Lantier m’a donné envie de pleurer. Pour éviter de fondre en larmes devant tous, j’ai bu du vin. Mrs Müller a ajouté à cet instant-là qu’elle avait une proposition à me faire. Elle m’a demandé si je voulais être à son service, à Emerald.

Il y a eu un silence impressionnant. J’avais l’impression que tout le monde attendait que je parle, et c’était une sensation toute nouvelle pour moi. C’était comme être au théâtre et j’aurais été une actrice qui allait lancer une réplique qui terminerait la pièce. Je n’ai pas l’aisance de Mrs Müller, et sa proposition m’en a rappelé une autre, faite il y a longtemps par Eddie.

Il y a déjà quatre ans, quand j’en avais vingt, je croisais souvent Edward Wealth à la sortie de la blanchisserie. Parfois, on allait au bar ensemble, et il insistait toujours pour payer. Il devenait cramoisi dès que je le regardais plus de dix secondes, il devenait maladroit quand j’étais à ses côtés, il avait tellement peur du silence entre nous qu’il parlait sans arrêt (déjà à l’époque ça m’énervait, cette incapacité à se taire). Moi, il me faisait plutôt pitié, mais je le trouvais gentil. Et, un soir, alors qu’on avait passé une heure ensemble au bar, je lui avais dit que je devais rentrer chez la cousine Patsy, on s’était séparés à l’entrée du bar, et j’avais pris le chemin pour rentrer. J’avais marché deux minutes, quand j’ai entendu une voix qui m’appelait. « Ginger ! Attendez-moi ! » qu’elle disait. Eddie était arrivé à mes côtés, essoufflé et tout. Il avait commencé à me dire qu’il ne savait plus quoi faire, qu’il pensait à ça tout le temps, qu’il allait devenir fou s’il ne me disait pas ce qu’il avait à me dire. Ça m’avait effrayée sur le coup, je m’étais demandé quelle affreuse nouvelle il allait m’annoncer. C’était celle-ci : est-ce que je voulais l’épouser ?
Je me souviens ; j’étais si saisie que je n’avais même pas réfléchi. J’avais répondu « Non » comme ça, parce que j’étais tellement prise au dépourvu. Ce n’était pas ainsi que j’avais imaginé ma demande en mariage. Je voyais ça dans un décor plus beau – au bord de l’Hudson, par exemple, ou à Prospect Park, au printemps, sur un banc. Et je pensais que l’homme qui s’agenouillerait devant moi serait sûr de lui, souriant avec gentillesse. Et je pensais que je serais folle amoureuse de lui. Bref, je n’imaginais pas être demandée en mariage par un charpentier qui me faisait penser à un chien – à cause de ses grands yeux humides, de ses cheveux blonds en bataille, et de son air ébouriffé, un peu égaré, mais content d’être là, de vivre – un soir après le travail, au milieu d’une rue de Williamsburg.

Voilà ce qui m’est revenu à l’esprit lorsque Mrs Müller m’a proposé de travailler pour elle à Emerald. Mais le « Non » qui a été prononcé, il ne venait pas de moi. Il venait d’Eddie. Il regardait Mrs Müller avec méfiance, maintenant. Il avait croisé les bras et il la regardait. « Toute notre vie est ici » il a ajouté, « Ginger et moi, on a chacun notre boulot et tout ça. On est bien, ensemble. Vous voulez quoi ? Qu’elle aille travailler en plein ciel, à des kilomètres de sa famille ? Qu’elle s’en aille, et que Melanie et moi, on reste tout seuls ? »
Il y avait une espèce de peur dans sa voix. Ça m’a fait bizarre, parce que tout ça voulait dire qu’il avait besoin de moi. Je ne pense pas qu’il voulait juste dire pour faire la vaisselle et habiller Mel le matin. Je crois qu’il parlait aussi des soirées où on discutait ensemble après le repas, ou une fois au lit ; des dimanches où on se levait tôt, comme les autres jours, pour profiter de notre congé, où l’après-midi, on allait à Prospect Park tous les trois. Je crois qu’il parlait aussi de nos silences, de nos moments où on en avait marre les uns des autres, des instants où on était tristes, où on ne comprenait pas ce qui se passait autour de nous – pourquoi le patron avait réagi ainsi ? Je crois qu’il ne voulait pas perdre tout ça. Et moi non plus, en vérité. Mais tout allait si vite, ce soir.

« Vous devriez accepter » a dit une voix près de mon oreille. « Vous aurez peut-être l’occasion de toucher des robes chères… En les lavant. » Lantier m’a toujours vouvoyée, depuis les quatre années que je le connais. Excepté le jour où il a essayé de m’embrasser, quand Mel avait un an. Eddie l’avait invité chez nous, et je ne sais plus, à un moment Eddie nous avait laissés seuls – il était allé chercher quelque chose dans l’autre pièce ou quoi – et j’étais occupée à trier du linge sale sans vraiment m’occuper de Lantier. Sur notre chaise à bascule qui grince, à côté de moi, j’avais installé Mel, qui s’amusait avec une vieille pelote de laine. Elle avait laissé tomber son jouet, et je m’étais détournée du paquet de linge pour le ramasser. Quand j’ai posé la main sur la pelote de laine, il y en a une autre qui est venue sur la mienne. Je me suis redressée avec Lantier devant moi, et ses mains qui m’emprisonnaient les poignets. Je me souviens qu’il m’a dit « Qu’est-ce que tu fais avec un connard comme lui ? » Il n’avait rien dit d’autre. Juste cette phrase, prononcée suffisamment bas pour éviter qu’Eddie entende. Il me serrait fort, et il s’approchait toujours plus. Je ne sais plus si j’ai répondu quelque chose, mais je me rappelle lui avoir donné un coup de pied au hasard, dans le tibia. Il a dû le sentir passer, parce qu’il m’a lâchée tout de suite et il a grimacé. Eddie est revenu à ce moment-là, et personne n’a rien dit.

Durant cette soirée avec Mrs Müller, il me vouvoyait toujours. Et il s’approchait toujours de plus en plus. Sa phrase à propos des robes chères m’a comme glacée. « Foutez le camp, et laissez-nous tranquilles » me suis-je entendue dire. Je n’ai pas dit ça fort, ni même avec haine. Je le regardais, qui s’était faufilé jusqu’à ma chaise, pour poser une main sur le dossier. On s’est affrontés ainsi, en silence. Puis j’ai vu sa main qui quittait le dossier, et il s’est écarté, en souriant à Mrs Müller et en lui disant, d’un air de quelqu’un qui parle d’un projet qui ne peut pas réussir : « Je vous souhaite du plaisir avec Ginger Wealth, Mrs. Demandez le point de vue d’Eddie à ce sujet ! » Il lui a fait un signe élégant de la main avant de s’éloigner. Les clients l’ont regardé rejoindre sa table, en souriant d’un air moqueur. Ça m’a fait plaisir. J’ai entendu un de ses copains lui dire : « Pas de chance ce soir ! » C’était bien son tour de souffrir.

Je me sentais nettement mieux. Autour de nous, les conversations ont repris, et l’atmosphère s’est faite moins pesante. J’ai eu bien plus d’appétit pour la soupe à l’oignon. J’ai regardé Mrs Müller et je suis parvenue à lui sourire avant de lui demander : « Qu’est-ce que vous voudriez que je fasse, chez vous ? »
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Hildegarde Müller
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Mer 3 Fév - 18:59
L'explosion vindicative d'Eddie n'étonna pas Hildegarde outre-mesure. Elle se doutait bien que sa proposition ne passerait pas comme une lettre à la poste et qu'une opposition se mènerait contre elle. Que ce soit de la part d'Eddie ou même de Ginger qui pouvait très bien refuser sous prétexte qu'elle ne connaissait pas assez Mrs Müller pour lui accorder ne serait-ce qu'une once de confiance. Auguste Lantier tenta de tout faire capoter. Ses remarques étaient aussi acides que du vitriol jeté en pleine figure. Hildegarde fronça un sourcil. Sa main tâta une poche de sa robe, hésitant à lancer à la figure de cet homme une de ces préparations qu'elle dissimulait sur elle en cas où. Quelques pustules sur ce visage souriant lui ferait, assurément, le plus grand bien.

Toutefois Ginger l'en empêcha, mettant elle-même un point final à cette intervention. La femme s'était exprimée avec son accent provincial, fermement, faisant montre d'un caractère plus assuré que ne l'aurait cru Hildegarde. C'était à croire que la blanchisseuse n'osait lever la voix que lorsqu'elle était acculée. Une réaction qui accentua le sourire sur le visage de Hildegarde. Finalement elles pourraient véritablement bien s'entendre.

« Le même travail que vous faites actuellement, mais seulement dans ma demeure. Veiller à la propreté du linge et, si besoin, aider les autres domestiques dans les tâches subalternes comme la propreté des lieux, et autres petites choses. »

Hildegarde avala quelques bouchées avant de reprendre.

« Vous n'êtes pas obligée de répondre immédiatement. En fait j'ai eu cette idée depuis que nous nous sommes confrontés. Votre honnêteté m'a plu. »

De plus certains domestiques se faisaient vieux et ne pouvaient plus assurer leurs tâches avec la célérité perdue de leur jeunesse. Il lui fallait les remplacer. Ginger avait déjà des compétences, de l'expérience, le changement de climat ne devrait pas être difficile à opérer.

La main de Hildegarde se posa sur celle de Eddie.

« Je ne vais pas vous arracher votre femme. Je me doute que vous devez en discuter tous deux. Je ne souhaite pas non plus priver Mélanie de sa mère. Je me doutais de votre réaction et j'ai aussi une proposition pour vous. Emerald a besoin de mains habiles et compétentes pour veiller à son maintien. Un charpentier y trouverait tout à fait sa place. Je pourrais faire parler mes relations pour vous assurer un travail. »

L'assiette se vida. Hildegarde déposa ses couverts, satisfaite.

« Un petit dessert pour vous laisser le temps de la réflexion ? »

On aurait dit que Hildegarde se sentait comme chez elle, lovée qu'elle était dans son siège.




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Ginger Wealth
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Ginger Wealth
Ven 5 Fév - 22:02


Le maître n'est rien sans domestique.

Hildegarde Müller & Ginger Wealth.


J’avais très faim tout à coup, comme si d’avoir envoyé Lantier au diable m’avait libérée. Je pense que c’était le cas, d’ailleurs. J’étais contente d’avoir réussi à l’obliger à nous laisser tranquilles – c’était un peu une victoire. Je me sentais nettement moins angoissée, alors j’ai pu écouter Mrs Müller avec attention, tout en savourant la soupe à l’oignon un peu refroidie. Elle m’a expliqué en quoi consisterait mon travail chez elle si je l’acceptais : je m’occuperais du linge et j’aiderais éventuellement les autres domestiques. Je me demandais à quoi pouvait bien ressembler l’existence à Emerald. Je n’ai jamais quitté les Etats-Unis, aussi m’imaginer partir, tout plaquer pour aller vivre dans un endroit complètement différent était à la fois excitant et effrayant. Je me sentais comme enivrée. Comme si j’avais bu trois verres de liqueur, comme si tout allait trop vite et que je n’avais pas de prise dessus.

Je crois que j’étais vraiment heureuse d’avoir été choisie par Mrs Müller – et quand elle a dit que mon honnêteté lui plaisait je n’ai pas pu faire autrement que de baisser les yeux sous le compliment – comme si j’avais à nouveau dix-sept ans. Mais en même temps je ne savais pas quoi lui dire. Toute ma vie est ici, c’est vrai. J’ai toujours vécu à Williamsburg, dans des rues différentes, voilà tout. Ma sœur et mes deux frères y vivent. Mes collègues et amies aussi. Je connais presque tout le monde, je suis chez moi. Alors, envisager de partir me faisait peur. J’ai regardé Eddie pour savoir ce qu’il en pensait, mais son visage était fermé et il fixait la nappe à carreaux jaunes. Il a tressailli quand Mrs Müller a posé la main sur la sienne et lui a assuré qu’elle ne voulait pas nous séparer ni rien. Qu’elle lui trouverait même un emploi dans son pays. Eddie l’a regardée mais il n’a rien dit. Ses yeux étaient redevenus durs comme quand quelque chose le contrarie. Il me fait peur dans ces moments-là.

Mel était fatiguée, notre conversation l’ennuyait et elle avait terminé son repas. Elle bâillait, quand Mrs Müller a évoqué le dessert, et là sa figure s’est transformée avec un grand sourire. « Une crème hurlée ! » elle s’est exclamée. « Une crème brûlée » j’ai corrigé en souriant à mon tour. « Sois polie. Dis : ‘’s’il vous plaît’’. » « Siouplaît » a répondu Mel, un doigt dans la bouche, en regardant Mrs Müller de ses beaux yeux gris. Et ma fille ? j’ai pensé. Est-ce qu’elle se plairait à Emerald ? Est-ce qu’elle rencontrerait des enfants de son âge avec qui jouer ? Je la revoyais s’amuser dans notre rue, avec Molly Hepburn et Antonello Adamo. Est-ce qu’elle serait triste, si on l’enlevait à ses jeux avec ces deux gamins ?
Eddie m’a fait revenir à la réalité en disant qu’il n’avait plus faim ni rien. Il avait touché à la moitié de son riz au lard. Par contre, il a terminé la bouteille de Bordeaux. Heureusement, il n’a pas demandé à la bourgeoise d’en commander une autre. Il n’avait même pas l’air de savourer l’alcool. Non, il buvait – c’est tout. Ça présageait une fin de soirée agréable. Pour éviter de déprimer en y pensant j’ai demandé si je pouvais avoir un biscuit roulé. J’ai toujours adoré ça.

En attendant sa crème hurlée, Mel jouait avec ses couverts, et elle a fait tomber sa fourchette. Eddie l’a ramassée puis il s’est levé. « Viens » il a dit à Mel, « on va sortir un peu. » C’était une bonne idée, Mel l’a suivi tout de suite. Ils se sont dirigés vers l’extérieur, main dans la main. Mel a commencé à bavarder, mais je ne suis pas sûre que son père l’écoutait vraiment. J’ai remarqué que les ouvriers qui étaient avec Lantier se levaient à leur tour, rangeaient leurs cartes et réglaient leurs notes en plaisantant avec le serveur. Cela fait, ils sont sortis à leur tour, en prenant une cigarette dans leur poche. Lantier a été le dernier à partir. Il nous a regardées avant de rejoindre les autres. J’ai espéré qu’il n’engage pas une conversation avec Eddie.

En attendant, je me retrouvais seule face à face avec Mrs Müller. Et là, je ne sais pas pourquoi, peut-être parce que j’étais gênée d’être devant elle, peut-être parce que tout allait trop vite ce soir, peut-être parce que je me sentais à la fois très heureuse et très triste, j’ai commencé à lui parler, de tout et n’importe quoi – au lieu de lui poser des questions sur sa proposition, au lieu d’accepter ou de refuser, au lieu d’être ordonnée, claire et concise. « Ce n’est pas facile tous les jours » j’ai dit, et je ne savais pas trop de quoi je parlais. J’ai achevé mon verre de vin pour me donner du courage. « Je veux dire… Eddie et moi on s’entend bien, il y a des journées qu’on passe ensemble qui sont vraiment agréables et tout, mais d’autres fois… Il y a des moments où je ne sais pas le supporter. Il y a des points sur lesquels on ne sera jamais d’accord. Bon, vous avez vu ses camarades. Enfin, son camarade. Je ne sais pas pourquoi il revient toujours avec Lantier. Je ne sais pas ce qui les lie, bon sang. Ils ne travaillent même pas au même endroit – Eddie est charpentier et l’autre chapelier. » Pourquoi est-ce que je parlais de tout ça à la bourgeoise ?

J’ai fait tourner le verre vide dans ma main. « Je ne sais pas quoi vous dire, pour Emerald » j’ai avoué, en changeant de sujet. « Vous savez, quand je suis montée au Riding Hood pour vous amener votre linge, j’ai croisé une petite bonne qui avait l’air dans ses trente-sixièmes dessous et j’ai pensé : si elle vient de chez vous, ça va être gai de vous apporter le linge ! » J’ai ri, mais je ne sais pas si j’aurais dû raconter ça. « Ne m’en voulez pas » j’ai ajouté, « c’est juste que… C’est si nouveau et tout. Quand j’étais gosse, j’accompagnais ma mère chez des gens chez qui on allait faire la vaisselle ou le ménage. Je ne me souviens plus très bien, mais les gens étaient plutôt méprisants. Et je me suis toujours demandé comment faisaient les femmes qui étaient servantes toute leur vie, les gens qui étaient des domestiques jusqu’à ce qu’ils soient trop vieux. Ça doit être horrible de passer son temps à servir ses supérieurs. » Je me suis brusquement aperçue que j’étais déjà une espèce de domestique, à la blanchisserie, depuis mes dix ans. J’ai toujours connu des supérieurs méprisants et des collègues qui travaillent là depuis une éternité. J’ai baissé la tête en pensant ça. Je ne savais pas quoi faire. Être une domestique à Brooklyn ou à Emerald ? Sous les ordres de Mr Funky et de Virginia ou de Mrs Müller ? Qu’est-ce qui était mieux ? J’ai souvent entendu dire : « le diable qu’on connaît est préférable à celui qu’on ne connaît pas. » Est-ce que ça voulait dire que Virginia et Lantier étaient préférables à Mrs Müller et à tous les salopards inconnus qui vivent à Emerald ?

« Pourquoi est-ce que vous m’avez choisie ? » j’ai demandé à Mrs Müller. J’ai dit ça dans un murmure et je ne l’ai pas regardée. « Pourquoi est-ce que vous nous avez invités ici ? Pourquoi est-ce que vous voulez tout changer dans notre vie ? Pourquoi est-ce qu’on devrait… » Je me suis arrêtée à temps. J’allais dire pourquoi est-ce qu’on devrait tout chambouler pour vous. Mais j’ai soudain eu peur qu’elle en ait assez de mes questions et de mes réflexions et qu’elle m’insulte ou me frappe ou me lance une phrase assassine ou me rie au nez.
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Hildegarde Müller
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Dim 7 Fév - 16:01
La pluie continuait de frapper les vitres, ponctuant le discours de Ginger, dessinant des rigoles sur le verre. La cuillère de Hildegarde creusait des cratères dans sa crème brûlée. La sorcière ne disait mot. Pour une fois elle prenait le temps d'écouter quelqu'un. Quelqu'un qui n'était même pas au-dessus de sa condition à elle. Elphaba aurait eu un rire silencieux en la voyant faire, une lueur d'amusement dans le regard. La cuillère finit par se planter dans la crème tel un drapeau sur une terre ravagée par les bombes de la guerre.

« Ginger. Regardez-moi. »

Le prénom était venu automatiquement. Ce n'était plus Mrs Mûller qui parlait, simplement une femme. Hildegarde avec sa franchise rentre-dedans, son art du bon mot et sa volonté de toujours vouloir bien faire. Elle n'était plus la bourgeoise recrutant une domestique, mais simplement une femme sensible aux doutes d'une de ses semblables.

« Il ait des choses qu'on ne peut expliquer. Voyez cela comme le destin, ou la volonté de Dieu. Nos routes se sont croisées, régies par une décision d'une entité supérieure qui nous échappe, par les dés du hasard. Qu'importe de savoir par qui. C'est arrivé. Vous avez peur du changement, voilà tout. Et c'est normal. »

Ni Eddie, ni Mel ne semblaient vouloir revenir. Hildegarde demanda au serveur d'ajouter deux crèmes brûlées sur la commande qu'elles emporteraient avec elles. Il serait idiot de priver Mélanie d'un dessert simplement parce que son père avait décidé de bouder dans son coin.

« J'ai eu peur moi aussi. Lorsque j'ai du aller au pensionnat. Lorsque j'ai épousé un homme et que j'ai voyagé depuis mon pays jusqu'à Emerald. On craint ce que l'on ne connaît pas. Je vous l'ai dit. Vous avez le temps d'y réfléchir. Aucune décision n'est facile. Tout choix s'offre à vous. Risquer le tout pour le tout en avançant, en allant de l'avant. Ou rester ici, dans votre train-train quotidien. Je ne vous jugerais pas. »

Hildegarde se pencha en avant, rétrécissant l'espace qui les séparait.

« Mais dites-vous que, à Emerald, le mérite est plus important que le titre. Là-bas il n'y aura plus ce Lantier pour empoisonner votre mari. Bien sûr il y a des individus aussi obséquieux que lui, mais... Vous pourrez les snober la tête haute. Mélanie pourra se faire de nouveaux amis, découvrir de nouvelles choses. Et Eddie avoir de nouvelles relations plus saines que ce Lantier. »

Hildegarde laissa Ginger méditer sur la question, sa cuillère grattant le fond de la crème. La pluie ne se calmait pas pour autant et ni Eddie, ni Mélanie, ne revenaient. La bourgeoise finit par se lever pour aller payer les consommations et se saisir du sachet contenant les deux crèmes brûlés supplémentaires. Sur le palier, derrière la porte du restaurant, on pouvait discerner la fumée des cigarettes aux lèvres des ouvriers qui attendaient la fin de l'intempérie.

« Eddie a du repartir chez vous. » conclut Hildegarde en n'apercevant aucune tête blonde au sein de la masse.

La bourgeoisie se tourna vers le serveur, lui demandant s'il avait un parapluie. L'homme secoua la tête d'un air négatif, s'excusant de ne pas en avoir.

« Nous avons juste une cape qui a été abandonnée par un client. »
« Nous la prenons ! Nous la partagerons ensemble, Ginger. Cette pluie est intolérable mais nous ne pouvons décemment pas rester ici. »

La cape avait été taillée pour un homme de taille moyenne. En l'étendant, on pouvait tenir à deux dessous, mais elle serait probablement vite trempée. Hildegarde poussa la porte. La masse des ouvriers se fendit devant elle telle la Mer Rouge face à Moïse. Finley, le singe volant, avait retrouvé sa place attitrée sur l'épaule de sa maîtresse, rentrant ses ailes pour prendre le moins de place possible. Entre ses pattes, se lovait le sachet de crèmes brûlées. Hildegarde tint, à bout de bras, la cape au-dessus d'elle et de Ginger.

« Tout ceci me rappelle mes escapades avec mes amies de pensionnat. Lorsque nous profitions des sorties pour nous faufiler et glaner des sucreries en cachette. »

Petit rire contenu. Hildegarde n'avait pas été une pensionnaire très assidue.




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Ginger Wealth
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Ginger Wealth
Lun 8 Fév - 22:42


Le maître n'est rien sans domestique.

Hildegarde Müller & Ginger Wealth.


Mrs Müller n’a pas eu l’air de mal prendre mes questions. Mais elle n’y a pas vraiment répondu non plus. Selon elle, le pourquoi de notre rencontre, le pourquoi nous étions au Rabbit Hole, l’une en face de l’autre, en cet instant précis, était l’œuvre de notre destinée et n’avait pas plus d’importance que ça. Ça ne me satisfaisait pas tellement, comme réponse. Je ne voyais pas où elle voulait en venir. Ce n’était pas le destin qui choisissait si j’allais ou non à Emerald. C’était moi toute seule. Ç’aurait été trop beau si ça suffisait de se tourner vers Dieu et de lui demander : « est-ce que, selon Vous, je dois suivre la bourgeoise à Emerald ? »

Mrs Müller m’a assuré qu’elle comprenait que j’hésitais et tout. Qu’elle me laissait le temps de réflexion. Elle m’a dit qu’elle comprenait la peur que je pouvais ressentir, qu’elle-même l’avait connue en quittant son pays, en poursuivant des études, en se mariant. C’était bizarre mais quand elle me parlait de la sorte j’avais moins l’impression d’être devant ma (peut-être) future maîtresse qui un jour me donnerait un paquet de son linge sale à trier et récurer. Au final j’aurais pu avoir la même discussion avec mon amie et collègue Marlene Radley.
Je l’ai écoutée m’énumérer les avantages de la vie à Emerald. Mel et Eddie découvriraient de nouvelles personnes, tisseraient de nouveaux liens. On serait débarrassés de Lantier (et de Virginia). On pourrait entamer une nouvelle vie. Je dois dire que j’étais attirée. Je me disais pourquoi pas ? J’imaginais un nouveau logis, un nouveau métier, de nouveaux voisins, de nouvelles connaissances. J’imaginais un pays moins bruyant et sale que Brooklyn. J’imaginais un rythme de travail moins épuisant qu’à la blanchisserie. J’imaginais un appartement moins minable que celui de Williamsburg, au rez-de-chaussée. Je voyais Eddie arrêter de se plaindre de son patron, Mr Kwiatkowski (Eddie a du mal à accepter d’être dirigé par un « Polack »). Je nous voyais échapper aux repas familiaux organisés par Mrs Wealth, la mère d’Eddie, où je retrouve mes deux belles-sœurs et mon beau-frère, Mr Funky, qui est aussi mon patron à la blanchisserie ; des repas que j’ai particulièrement en horreur. Je nous voyais recommencer, vivre mieux, plus heureux, élevant Mel convenablement. Je nous voyais avec, plus tard, un deuxième enfant. Et c’était des pensées bien agréables.

Je souriais en envisageant tout ceci. J’avais terminé mon biscuit roulé, que j’avais mangé en écoutant Mrs Müller, et je pense que j’étais vraiment prête à dire : « oui, j’accepte ! » Mais Mrs Müller m’a ramenée sur terre en se levant pour aller payer. Mel et Eddie n’avaient pas reparu. Pendant que la bourgeoise réglait la note, je me suis retournée, j’ai fouillé le restaurant du regard, mais je ne les ai vus nulle part. J’en ai été effrayée, où avaient-ils disparu ? Ils auraient dû être là depuis longtemps.
Je me suis levée à mon tour en voyant Mrs Müller revenir. J’ai remis mon manteau noir usé et je l’ai suivie vers la sortie. Elle m’a dit qu’Eddie avait dû rentrer chez nous. J’ai juste acquiescé de la tête, parce que si c’était vrai, c’était un beau tour de salaud qu’il me jouait ! Pourquoi devait-il se braquer de la sorte ? Pourquoi devait-il s’enfuir en me laissant seule avec la bourgeoise ? J’aurais bien demandé aux ouvriers qui fumaient près de la porte s’ils avaient vu Eddie, mais je me suis retenue à temps. Ils se seraient bien payé ma tête, ça aurait fait l’épouse qui voit son mari lui poser un lapin et qui ne sait pas où le trouver pour l’engueuler.

On est sorties sous une pluie diluvienne, en nous protégeant avec une vieille cape abandonnée par un client. Mrs Müller a ri en disant que ça lui rappelait sa jeunesse avec ses amies, quand elles sortaient s’amuser ensemble. Le singe était revenu se percher sur son épaule, et il portait le sac de crèmes brûlées. Je me suis fait la réflexion que jamais je ne pourrais être à l’aise avec cet animal-là. Pendant le repas, il était éloigné et je n’avais pas pensé à lui, mais maintenant qu’il était tout près… En plus, comme la cape n’était pas grande, j’étais obligée d’être très proche de Mrs Müller. Mon vieux manteau touchait sa robe verte étincelante, et d’être si près me mettait mal à l’aise. Quand elle me parlait, Mrs Müller s’était mise à m’appeler par mon prénom. Et je me demandais : est-ce que je dois faire la même chose ? Est-ce que je devais l’appeler Hildegarde, et pas madame ?
Je n’en étais pas sûre. Mais de toute façon, je ne savais pas quoi lui dire.

Avec toute cette pluie, il n’y avait pratiquement personne dehors. Il faisait déjà presque nuit, et tout était sombre, pourtant je regardais bêtement partout dans la rue, au cas où Eddie et Mel seraient dans les parages. « J’espère qu’ils sont en sécurité chez nous » j’ai fini par dire. « Je n’ai pas envie qu’il leur soit arrivé quelque chose, oh non ! » Rien que d’imaginer Eddie et Mel en difficulté me faisait peur et me serrait la gorge. J’espérais tout aussi fort que Lantier n’était pas avec eux. Je ne l’avais pas vu parmi les ouvriers qui attendaient qu’il pleuve moins fort.
Quand on a tourné dans une rue, j’ai eu très peur tout à coup, parce qu’il y avait plein de monde dehors, malgré la pluie. Ça avait tout l’air d’être un attroupement, et un accident devait s’être produit. Très vite, j’ai imaginé dix mille histoires épouvantables avec Eddie et Mel. Ils s’étaient faits renverser par un fiacre, les chevaux et les roues les avaient piétinés. L’un d’eux avait fait un malaise en pleine rue. Lantier les avait assassinés. Ou Virginia. C’est horrible comme on peut imaginer des choses, les pires, et y croire sous la peur.

J’ai reconnu la rue, une femme de la blanchisserie y habitait. Sur le seuil d’un immeuble je l’ai aperçue, qui regardait la scène tout en étant protégée de la pluie. Elle portait son dernier-né dans ses bras et elle contemplait ce qui se passait dans la rue sans avoir l’air de s’y intéresser vraiment. J’avais remarqué qu’au travail aussi elle avait cette expression absente, d’être là sans y être. Je ne la connaissais pas bien, je savais juste son prénom – Emma. Elle devait avoir l’âge de Mrs Müller, trente-cinq ou trente-sept ans, mais ses cheveux blonds étaient déjà en partie gris, comme si elle était vieille avant l’âge.
Bref, en voyant Emma je n’ai pas vraiment réfléchi. J’ai quitté l’abri de la cape pour aller rapidement jusqu’à elle. « Qu’est-ce qui se passe ? » j’ai demandé, arrivée à sa hauteur. J’ai senti mon cœur qui battait fort. Par pitié, je pensais, faites que ce ne soit ni Mel ni Eddie. N’importe qui, mais pas eux. Emma m’a regardée, et je ne crois pas qu’elle m’ait reconnue tout de suite. « Avec la pluie, un fiacre a glissé et s’est renversé » m’a-t-elle répondu en calant son petit garçon sur sa hanche. « Le cheval est indemne, mais le cocher… » Elle a fait une grimace qui voulait dire qu’il avait peu de chances de s’en sortir. « Il y avait des passagers ? » j’ai demandé. « Je ne crois pas » a été sa réponse. J’ai senti un grand soulagement m’envahir. Cet accident – aussi affreux était-il – n’avait rien à voir avec Eddie ou Mel. Ils étaient sains et saufs à la maison – sûrement.

J’ai remercié Emma et je suis revenue auprès de Mrs Müller. Je n’étais pas restée très longtemps sous la pluie mais elle était si rude que mes cheveux étaient trempés. « C’est un accident avec un fiacre qui a glissé » lui ai-je expliqué, sans entrer dans des détails que je ne connaissais pas. « La rue est sûrement bloquée mais il y a un autre chemin pour rentrer chez nous. » Je me suis tue un moment, en prenant cette direction différente, puis j’ai ajouté : « J’aimerais y être déjà. Venez, toute cette histoire d’accident me fait peur. Je voudrais être sûre que Mel et Eddie vont bien. Je nous ferai du thé en arrivant. »
Je mourais d’envie d’une tasse de thé chaud, de vêtements secs et d’un feu dans l’âtre. Je voulais du calme et de la tranquillité. Je voulais être en sûreté chez moi. Quand, en étant à nouveau tout près de Mrs Müller sous la cape, nos bras se sont heurtés, j’ai failli prendre le sien et l’entraîner rapidement dans les rues de Brooklyn pour être plus vite chez nous.
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Hildegarde Müller
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Mar 9 Fév - 22:34
Il y avait ce tremblement dans la voix de Ginger que Hildegarde ne savait pas comment apaiser. Elle n'avait jamais su trouver les bons mots pour calmer les pleurs, mettre un baume sur les blessures de l'âme. Elle se souvenait encore de cette pensionnaire, brune au teint sombre et aux genoux cagneux, qui avait appris que son cher papa avait trouvé la mort. Elle avait pleuré pendant des nuits dans la chambre, des pleurs qu'elle tentait d'étouffer dans le creux de ses oreillers. Hildegarde n'avait pas su comment agir. Elle avait juste réussi à lui fourrer, de force, dans la main un sachet de confiseries à demi écrabouillées. C'était là le seul réconfort qu'elle avait réussi à lui apporter.

Alors apaiser les peurs de Ginger, c'était presque au-dessus de ses forces. Concocter un philtre lui semblait être un jeu d'enfant à côté de la psyché humaine. Sa main s'était simplement posée sur le dos de Ginger, juste un bref instant. Le temps d'un frôlement avant de retenir la cape de voyage qui avait manqué de flancher, et ainsi d'inonder les deux dames de la tête aux pieds.

L'annonce de l'incident fit plisser la bouche d'Hildegarde. Son regard tenta de mieux apercevoir parmi les coudes et les épaules que formait la foule. Mais rien. Rien hormis la carrure du fiacre dont une roue , en l'air, tournait mollement. Hildegarde préférait ne pas connaître l'état du corps du cocher. Sa veuve risquait de passer une très mauvaise nuit.

Docilement la bourgeoisie suivit Ginger, tâchant de maintenir au mieux la cape. Mais l'averse était torrentielle, et le vent s'incrusta dans la partie. Hildegarde se plia en deux, tête en avant, tentant de faire face à la bourrasque.

« Ce vent pourrait décorner un bœuf ! Ginger, vous... Ah non ! »

La cape lui échappa des mains, claquant dans le vent avec des airs d'étendard. Finley couina de peur. Le singe replia ses ailes sur lui, l'enfermant dans un cocon de plumes. Hildegarde avisa le porche d'une maison et y entraîna Ginger, la prenant par la main, avec une familiarité déconcertante. L'avancée du toit couvrant le porche permettait à peine de se tenir l'une contre l'autre. Hildegarde et Ginger devaient se serrer pour ne pas finir trempées. Les gouttes martelaient les pavés avec une telle force que Hildegarde douta, un instant, que ce soit de la grêle.

La femme tenta de rire de la situation, avec un haussement d'épaules.

« Je vous promets que si vous entrez à mon service, cette situation ne se répétera pas. Miséricorde, vous avez l'air frigorifiée. »

Hildegarde enferma une des mains de Ginger dans les siennes, la frottant pour accélérer la circulation sanguine et ramener un peu de chaleur.

« Un thé ne nous fera pas de mal. J'exècre la pluie, c'est incontestable. Ça rentre partout, se faufile sous vos vêtements, et l'humidité vous colle à la peau pour la journée. Oh je crois que ça s'éclaircit un peu... »

Effectivement les gouttes s’espaçaient et se faisaient moins violentes qu'auparavant. Finley osa même entrouvrir une aile et jeter un coup d’œil. Des deux mains Hildegarde ramena quelques mèches folles en arrière. L'averse n'était plus qu'une fine bruine, les gouttes de fines aiguilles qui ne leur feraient qu'un tort : celui de humidifier leurs robes.

« Ginger, je vous propose que nous finissions ce chemin avec une allure plus... martiale. Prenez ma main. Voyons, prenez-la. Bien, ne la lâchez pas. Nous allons courir. Comme des écolières. Du nerf ! Rappelez-vous qu'un bon thé vous attend à l'arrivée. »

Et sans attendre la réponse de la concernée, Hildegarde entraîna Ginger sous la bruine. Le rire de la bourgeoise résonna dans la ruelle nocturne.




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Ginger Wealth
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Ginger Wealth
Mer 10 Fév - 22:19


Le maître n'est rien sans domestique.

Hildegarde Müller & Ginger Wealth.


J’ai eu une drôle d’impression, pendant qu’on traversait les rues de Brooklyn. Je revoyais l’attroupement, le fiacre renversé, et de nous en éloigner c’était comme si on les abandonnait. Je ne sais pas pourquoi j’avais cette sensation. Le cocher était mort, selon Emma, et il n’y avait pas de passagers. On n’aurait pas été utiles, si on était restées en arrière. Pourtant, je me sentais comme coupable de laisser là quelqu’un qui serait en danger. C’était stupide, mais c’était ce que je ressentais.

Il s’est mis à y avoir de grosses rafales de vent, qui ont emporté la vieille cape. La pluie nous est brusquement tombée dessus, et j’ai pensé que ça allait être gai de remonter jusqu’à notre appartement sans rien pour nous protéger. A ce moment-là, Mrs Müller m’a pris la main et m’a conduite jusqu’à un abri, sous un toit. Ça m’a fait bizarre, ce contact entre nous deux. Jamais je n’avais rencontré de bourgeois qui m’ait attrapée par la main, comme ça, spontanément.
Sous le toit, on était serrées comme sous la cape. Le pauvre singe semblait avoir eu la peur de sa vie. Mrs Müller a pesté contre la pluie, puis elle m’a dit que j’avais l’air frigorifiée, et elle a frotté mes mains contre les siennes. A nouveau, j’ai été surprise, et je n’ai rien su dire ou faire. Je me suis demandé est-ce que je dois faire comme elle ? Mais il m’a semblé que ce n’était pas la meilleure option. Alors, j’ai simplement souri, parce que ce geste me touchait.

Mrs Müller a proposé qu’on termine le chemin au galop, main dans la main. J’ai hésité à joindre nos mains, mais elle a insisté et c’est ainsi liées qu’on est reparties dans la pluie. Les gouttes étaient moins grosses, mais il pleuvait toujours. Au début, ça m’a paru presque surnaturel de courir de cette façon dans Brooklyn, avec Mrs Müller, puis j’ai repensé à nos courses-poursuites avec ma sœur et mes frères, quand on était gamins, et j’ai ri à mon tour. Je me suis demandé ce que penseraient des passants, s’ils nous voyaient : une noble dame, une blanchisseuse, qui courent sous la pluie en se donnant la main et en riant. Je n’avais plus de gêne, au contraire, ça m’amusait.
Comme c’était chez moi qu’on allait, j’ai fini par guider Mrs Müller à travers Williamsburg. Je ne m’en suis pas rendue compte tout de suite, mais je serrais sa main fort. C’est de cette façon qu’on est arrivées dans notre rue. Dans la lumière sale des lampadaires, on voyait les gouttes d’eau qui tombaient.

Il y avait de la clarté au rez-de-chaussée de notre immeuble, ce qui voulait dire qu’Eddie et Mel étaient bel et bien rentrés chez nous. De les savoir là, en sécurité, m’a fait tant de bien que j’ai lâché la main de Mrs Müller pour rejoindre plus vite notre logis. Une fois à l’abri sous le porche je me suis tournée vers la bourgeoise, un peu en arrière, et je lui ai dit : « J’ai été plus rapide que vous ! » J’ai souri, sans me moquer. J’avais l’impression de redevenir une petite fille, et ça ne m’était plus survenu depuis longtemps !
Avec l’effort qu’on avait fourni, j’avais le cœur qui battait fort et j’étais essoufflée. Je n’ai pas pu me retenir de tousser. Je devrais fumer moins, je me le suis déjà dit. C’est à peine si je savais reprendre haleine, après cette course !

Quand j’ai été un peu remise, j’ai ouvert la porte de l’appartement, doucement. J’ai vu Eddie, assis à la table de la cuisine, qui fumait une cigarette en regardant dans le vague. Il avait eu la bonne idée de redémarrer le feu dans l’âtre, et il faisait doux. Mel jouait près du feu, et son père l’avait aidée à mettre la vieille chemise qui lui sert de robe de nuit. Elle s’amusait avec ce qu’elle appelle « le fiacre », c’est-à-dire un cheval de bois posé sur un socle en bois, avec des roues. Il y a un morceau de laine qui fait comme une laisse, et Mel peut traîner sa carriole partout avec elle. En avril dernier, pour ses trois ans, Eddie lui a fabriqué ce jouet. Je l’avais aidé à finaliser les roues, et quand on a offert le cadeau à notre fille, elle était ravie. Depuis, elle a passé des heures à jouer avec. Le cheval peut être enlevé du socle, et il galope partout dans notre appartement.
En entrant dans l’appartement, je n’ai pas eu envie de sauter au visage d’Eddie pour lui demander pourquoi diable il nous avait plantées là, sans nous avertir qu’il rentrait chez nous, en me laissant me tourner les sangs pour Mel et lui. Lorsqu’il a tourné la tête vers nous, j’ai vu son air égaré et j’ai compris qu’il était assez chamboulé par toute cette histoire d’Emerald et tout ça.

« Entrez » j’ai dit à Mrs Müller, puis j’ai regardé Eddie à nouveau. J’ai hésité, mais finalement je n’ai pas raconté l’accident du fiacre, dans la rue d’Emma. Mel est venue près de moi, et j’ai remarqué qu’elle était pieds nus. « Va chercher des chaussettes » lui ai-je dit, « tes pieds vont bleuir de froid si tu ne les couvres pas. » Elle n’a pas bougé. Elle regardait Mrs Müller et le singe, avec l’air qu’elle prend quand elle veut demander quelque chose mais qu’elle n’ose pas. J’ai compris ce qu’elle attendait et je lui ai souri. « Mrs Müller t’a rapporté la crème brûlée. C’est gentil de sa part, non ? » Mel a souri à son tour à l’adresse de Mrs Müller. Mais son père est resté de marbre.
J’ai enlevé mon manteau trempé et je l’ai posé sur le dossier d’une chaise. C’est seulement à ce moment-là qu’Eddie a semblé s’apercevoir que Mrs Müller et moi étions trempées. « Vous voulez du thé ? » a-t-il demandé, avec un gros effort. J’ai répondu que ce ne serait pas de refus, et il s’est levé pour le préparer.

J’étais épuisée par cette journée. La soirée avait été agitée et j’étais bien contente d’être chez moi, à l’abri de la pluie. Pendant qu’Eddie mettait de l’eau à bouillir et prenait des tasses dans le vaisselier, je me suis laissée tomber sur une chaise en me demandant si j’aurais la force d’en bouger, un jour. « Je n’ai que notre chaise à bascule qui grince comme siège confortable à vous offrir » j’ai dit à Mrs Müller, avec un sourire d’excuse. J’ai pensé que je n’étais pas une hôtesse fantastique, mais ça m’était égal, et je crois que Mrs Müller ne m’en voulait pas.
Une fois le thé prêt, Eddie m’a tendu une tasse, en a proposé une seconde à Mrs Müller, puis il s’est appuyé contre la table pour nous regarder. Mel dévorait sa crème brûlée, je me sentais revigorée avec le thé bouillant, mais mon mari, lui, n’avait l’air de souhaiter qu’une seule chose : que Mrs Müller s’en aille.
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Sam 13 Fév - 21:15
Sur le pas de la porte, Ginger lança une provocation qu'Hildegarde accueillit avec un rire. En cet instant elles n'étaient plus des adultes mais deux enfants s'amusant, en dépit des règles établies. Une situation qui se dissipa bien vite lorsqu'elles entrèrent de plein pied dans le logement de la famille Wealth. Mélanie les accueillit tout sourire, inconsciente des troubles de son père qu'elle mettait, probablement, sur le compte d'un tout autre sujet, comme son travail. Hildegarde sortit les crèmes brûlées de leurs sachets, laissant Mélanie dévorer la sienne et Eddie, s'il le souhaitait, manger sa part.

Suite à l'invitation de Ginger, Hildegarde prit place sur la chaise à bascule. La bourgeoisie s'amusa à la faire grincer, basculant lentement dessus. Finley s'agrippa au dossier, agitant doucement ses ailes pour les sécher. La chaleur de l'âtre dissipait l'eau en brume. Hildegarde pouvait déjà sentir ses cheveux regagner en souplesse – mais ses mèches rebelles continuaient de boucler, trop heureuses de profiter de l'humidité.

« Merci. » glissa-t-elle à Eddie en lui prenant la tasse des mains. Le thé la réchauffa lorsqu'elle en but une gorgée. « Mister Wealth, vous avez été un très vilain garçon de partir ainsi. Votre femme s'est beaucoup inquiétée vous savez. »

Hildegarde s'accouda sur un des bras de la chaise à bascule, celui se trouvant le plus près de Ginger.

« Les hommes ne songent pas à mal, mais nous font beaucoup de misères. Mon époux oubliait souvent de me prévenir lorsqu'il devait rentrer tard, et s'étonnait après que je me fasse un sang d'encre lorsque je voyais les heures défiler et qu'il n'était toujours pas arrivé. Je ne compte plus le nombre de repas que j'ai laissé refroidir, parce que je refusais de manger sans lui. »

La bourgeoise lâcha un soupir de nostalgie. Son thé complètement terminé, elle se leva et alla déposer la tasse sur la table.

« Je parle, je parle, mais vous devez être tous exténués. Il est déjà si tard... Je vous aurais bien demandé de m'accompagner jusqu'à mon hôtel Mister Wealth, mais je sais que j'ai déjà bien trop abusé de votre patience. »

Fouillant dans une poche de son manteau, Hildegarde en tira un bout de papier et un crayon. S'appuyant sur la table de la salle à manger, elle y griffonna une adresse qu'elle tendit à Ginger.

« Si jamais vous souhaitez répondre à mon offre, vous n'aurez qu'à me contacter à cette adresse. » Celle où elle demeurait à Emerald. « Prenez votre temps. Cette offre n'a aucune durée limitée. »

La sorcière se pencha vers Melanie qui finissait sa crème brûlée.

« Ma chère, continuez à être une bonne fille. Vos parents méritent une demoiselle bien éduquée et polie comme vous. Faites leur honneur. »

Spoiler:
 




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Dim 14 Fév - 21:11


Le maître n'est rien sans domestique.

Hildegarde Müller & Ginger Wealth.


Quand Mrs Müller s’est installée sur la vieille chaise à bascule, et qu’elle s’est balancée doucement, ça m’a rappelé l’époque où Mel était encore toute bébé. Le soir surtout, j’aimais bien l’allaiter sur cette chaise. Je me balançais légèrement, le bébé dans les bras, fatiguée par la journée de travail mais heureuse de me tenir là. Souvent, Eddie approchait sa chaise de nous deux et nous regardait, en souriant. Il faisait calme, et je me sentais en sécurité. Je ne pensais plus à grand’chose, dans ces moments-là. J’étais avec ma petite fille et mon époux, et ça me suffisait pour me sentir bien.
En y repensant j’ai eu comme un coup au cœur. J’aurais voulu récupérer ces instants de bonheur.

Mrs Müller a réprimandé Eddie. Oh, pas méchamment. Elle lui a dit que ç’avait été plutôt salaud de sa part de partir comme il l’avait fait (elle ne l’a pas vraiment dit de la sorte) et je dois dire que c’était vrai. Je n’ai pas pu m’empêcher de sourire. J’ai bu du thé brûlant pour ne pas qu’Eddie se vexe. Il était toujours appuyé contre la table, et il n’a rien répondu à Mrs Müller. Il la regardait en ayant l’air de se demander de quel droit elle venait le sermonner dans son propre appartement. Finalement, il a soupiré et admis : « C’est vrai, j’aurais pas dû. » Mais c’était moi qu’il regardait en disant ça. Il ne s’est pas expliqué davantage, malgré tout je trouvais bien qu’il avoue s’être mal comporté.

Mrs Müller nous a un peu parlé d’elle, de son mari qui lui faisait des misères à elle aussi, en ne revenant pas à des heures convenables. J’ai été surprise, parce que j’avais du mal à l’imaginer se rongeant les ongles en attendant un homme qui tardait. Je la voyais plus hausser les épaules, dire : « Eh bien, s’il voulait profiter de ma compagnie, il n’avait qu’à rentrer plus tôt ! » puis attaquer son repas et monter se coucher. Ce n’est pas que je ne la croyais pas capable de s’inquiéter pour quelqu’un – non, c’est juste que je ne pensais pas qu’elle était du genre à se laisser « embêter » je vais dire, par quelqu’un qui lui mettrait les nerfs à fleur de peau ou quoi. Je ne sais pas bien expliquer.
Enfin, elle était là à nous parler de son mari, et je la regardais en l’écoutant. J’étais épuisée, et la chaleur du feu, le sucre du thé m’endormaient. Pourtant, je n’avais pas envie que Mrs Müller décampe. Ce qu’elle racontait m’intéressait, c’était pour moi comme un conte qu’on écoute pour s’assoupir. Il faisait bon dans la pièce, Mel raclait le fond de sa crème brûlée, Eddie s’était (plus ou moins) excusé, je me sentais bien. J’aurais pu rester là et m’endormir sans difficulté.

Je n’en ai pas eu l’occasion, parce que Mrs Müller s’est levée en disant qu’elle allait partir. Avant de s’en aller, elle a écrit quelque chose sur un papier qu’elle m’a tendu : c’était son adresse à Emerald, pour que je lui donne ma réponse. Elle m’a assuré que je pouvais prendre mon temps, que rien ne pressait. Ça me changeait des bousculades à la blanchisserie de Mr Funky. J’ai pris le papier en la remerciant. J’ai lu l’adresse sans la retenir, en me demandant ce que je choisirais comme solution. J’avais un sentiment bizarre en songeant que le choix m’appartenait (presque) à moi toute seule.

Mel a souri à Mrs Müller quand celle-ci lui a adressé quelques mots d’au revoir. Je me suis levée pour raccompagner la bourgeoise à la porte, et ma fille m’a imitée, sa cuillère en bouche. Eddie nous a suivies avec moins de volonté. Dehors, la pluie avait presque cessé. « Au revoir » j’ai dit à Mrs Müller. « Vous pouvez revenir quand vous voulez. » Et je le pensais – j’allais dire : je l’espérais.
« A’voir » a dit Mel, et Eddie s’est fendu d’un « Bon retour. »

Quand Mrs Müller est partie, que la porte s’est refermée, je suis restée un moment devant la fenêtre. J’ai regardé la silhouette de la bourgeoise s’éloigner et disparaître. C’est étrange, mais j’étais presque déçue qu’elle soit partie.
« Il va bientôt falloir se coucher, ma chérie » a dit Eddie à Mel qui a protesté : « Encore un peu ! » Je les écoutais et je pensais au lendemain, où j’allais devoir retourner à la blanchisserie. Je n’en avais pas envie. Je tenais toujours l’adresse de Mrs Müller en main, et je l’ai relue. Je me demandais si la vie serait moins pénible à ses côtés, à Emerald.
Ginger Wealth
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