Kapphären [Décembre 05]

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Kapphären Jan
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Ven 1 Jan - 18:01









A l'intention de la Reine,
Son Altesse royale Ronce de France
Souveraine du territoire français
Et de son frère cadet, Ciel de France
Second prince héritier.


Par la présente,
Son Altesse Gottlieb Rüdiger Théodor De Monbéliard
Roi du Luxembourg-Bergië, Dirigeant du Grand-Duché, Général des Armées de ses terres

Vous commande votre présence et celle de votre délégation au mariage de son fils aîné


Son Altesse Princière Jan Gottlieb Wolfgang Van Veerle
De la maison Monbéliard

Qui recevra la main de la Duchesse Bettina Grete Andriessen
Le 1er Décembre de l’An, à la paroisse du Sacré-Cœur, Ville de Luxembourg

La cérémonie débutera à 11h en matinée.


[sont marqués, en plus des signatures officielles de ses altesses, les sceaux officiels de la maison Monbéliard, le drapeau Luxembourg-Belgeois, les blasons du Luxembourg et de la Belgique, ainsi que le cachet de Kastamer]


~



1er décembre de l’An 05, 8h37



Debout devant un miroir en pied, Jan laissait les serviteurs replacer le col tricolore de son costume, observant sans ciller son reflet, comme soutenant le regard d’un traitre. Il lui avait fallu combattre avec acharnement pour que la couleur de son uniforme soit uniformément blanche, et non pas noire, comme son père avait voulu lui commander. C’était la seule bataille gagnée depuis août et la guérison de Bettina. La seule gagnée depuis son retour de l’Empire Autriche-Hongrie où, cinglant dans ses propos comme avec sa ceinture, Gottlieb, son altesse tristement royale, l’avait accusé de traitrise envers son propre pays.

Il ne lui avait fallu qu’un regard pour comprendre que, mariage ou pas, ce qui importait tant à à son père se trouvait dans la lignée que Jan pouvait concevoir avec cette chèvre docile qu’était Bettina. Les rumeurs à son sujet l’avaient seulement convaincu du bien-fondé de ces pensées.

On accrocha la rapière à sa hanche, et les épaulettes à son costume. Repoussant en arrière ses cheveux noirs, dégageant ainsi son regard bleu-roi. Bettina se trouvait dans une autre aile du palais principal du Luxembourg, sous la direction de son chaperon et de ses propres suivantes. Envisageait-elle leur nuit de noce comme Jan le faisait depuis quelques nuits déjà, avec un mélange de colère, de dégoût et d’appréhension ? Il la pensait stupidement amoureuse, comme peuvent l’être les fillettes de 8 ans. Composant avec le manque flagrant de virilité de son futur époux par la promesse d’un titre royal à la hauteur des espérances de sa propre famille. Jan avait combattu de front pour que son statut de duchesse soit respecté, presque mérité. Mais mis à part une tendresse formelle, comme celle que l’on pouvait ressentir envers un animal de compagnie, Jan n’arrivait pas à voir en elle une épouse, une amie, une aide d’une quelconque utilité.

Plutôt une prison. Et même une condamnation quand parfois son regard s’égarait sur le bas-ventre de la belge.

Ses doigts chatouillèrent sa nuque. Il s’ébroua, comme piqué par une aiguille. Et repoussa la suivante qui battit en retraite, silencieuse.

Il n’était plus à Kastamer. Il ne disposait plus de ses domestiques muets. Seule Sigrid avait pu l’accompagner, sans pour autant être invitée à la cérémonie. L’absence de sa marraine était à ses yeux inexplicables. Et il la pensait retranchée dans l’une de ses suites, cuvant son vin et son désespoir de ne pas voir Jan prendre épouse comme toute personne importante.

Il était donc temps d’en profiter.

« Allez le chercher. »
Murmura-t-il à l’un des gardes. Qui tressaillit sous son armure, mais ploya l’échine tout en obéissant. « Et vous, quittez la pièce. »

Les suivantes s’entreregardèrent.

« Mais prince, nous n’avons pas terminé.

- Je terminerai seul. » Et remettant en place son écharpe et sa rapière, il croisa leur regard dans le reflet du miroir. « C’est un ordre. »

Les servantes quittèrent la pièce. Laissant derrière elle le bruissement des vêtements d’un Jan qui achevait de se préparer. Ses gestes, rompus par l’habitude de Kastamer, manquaient toutefois d’adresse. Nul doute que Gottlieb n’apprécierait pas de voir son fils apparaitre sans une mise en pli impeccable et cela devant les dirigeants importants, telle que la reine de France qu’il comptait bien impressionner. Un sourire narquois fleurit sur ses lèvres. Puis il se recula.

Et attendit que la porte s’ouvre pour affronter enfin le reste de la pièce. Et la présence, charismatique mais silencieuse, de son amant.

« Laissez-nous. »
Ordonna-t-il au garde. Avant de s’approcher quand ce dernier s’esquiva.

Ebène était arrivé la veille, en compagnie de la délégation française. Et une fois au sein du palais, leurs retrouvailles avaient été bien plus simple à organiser. Machinalement, Jan porta la main à son torse. Où sous le secret de l’habit officiel, l’alliance se réchauffait à sa peau.

Calmement, il porta les mains aux épaules du médecin. Tâta le costume. Sourit. Et finit par murmurer, d’une voix presque éraillée.

« J’ai pris ma décision. »


Inspirant, il désigna d’un geste la main une série de journaux déposés au petit déjeuner par son personnel. Les gros titres y figuraient déjà. Ne mentionnant le mariage du prince Jan qu’en seconde page. La première étant réservée au premier acte Austro-Hongrois.

« Ils ont commencé. Et il ne tardera pas d’en faire de même. Autwerpen est presque prêt. Et les rapports du Yemen montrent que les troupes se rassemblent. Il doit déjà être furieux, et je m’étonne qu’il ne soit pas venu me trouver pour en parler. Il ne doit pas me pardonner mon exil auprès de l’Empereur. Ou préfère se concentrer sur plus important sur sa lignée. »


Ses yeux se noyèrent dans ceux d’Ebène. Et il respira son odeur boisée avec l’impression de se retrouver enfin en terre connue. En terre d’accueil.

« Ça sera le sel. Pas l’aiguille. »


Ses mains tremblèrent.

« Je compte sur toi. »
Un sourire. « Pour notre famille. »

~


9 décembre de l’An 05, 20h02
Palais principal du Luxembourg




« Intolérable ! Une traitrise comme seul ce lâche sait en faire ! Quand il n’est pas trop occupé à batifoler avec sa putride anoblie et son bâtard de marmot, voilà qu’il lève ses troupes contre l’Empire Ottoman et ose se proclamer dirigeant de ces terres ! »


La voix de Gottlieb résonnait dans les couloirs, tonitruante et implacable. Depuis 8 jours, sa colère ne s’essoufflait pas, donnant des aigreurs d’estomac à la reine Julianna, déjà fort tourmentée, et faisant tressaillir une Bettina échevelée. Gottlieb les rendait tous nerveux, conseillers comme gardes. Seul Jan, à l’instar d’une image de proue d’un pays heureux par le mariage de son futur dirigeant, semblait passer à travers la tempête sans en être atteint.

Il se tenait à peine en retrait, vêtu de son habituel costume blanc, approchant pas à pas de la salle-à-manger. Jan s’était décidé à convier Gottlieb à un tête-à-tête politique. Si le roi avait tout d’abord été surpris de l’intérêt de son fils pour ses projets, finalement mis à nu par les récents mouvements de guerre de Friedrich Franz Eldestein à l’égard des Ottoman, il en concevait une certaine fierté d’avoir fait plier ce fanfaron trop délicat sous sa poigne ferme et conquérante.

Battant le fer tant qu’il était encore chaud, Gottlieb lui confiait chacune de ses idées, prenant même en compte celles proposées par son fils concernant l’armement de leurs flottes, le déplacement de leurs navires volants au Yemen et l’embrigadement des soldats natifs dans les troupes luxembelgeoise.

« Que va-t-il en faire de toute façon ? L’empereur est un conquérant de pacotille, qui préfère régner sur une carte et constater l’étendue de son nom plutôt que de gérer ses habitants. Il leur fera apprendre le piano ou le violon ou tout autre art plutôt que de leur faire cracher leurs ressources ! Amenons-lui un artiste djinn et vous verrez s’il l’envoie dans son fichu labyrinthe ! C’est un pleutre, à la délicatesse d’une femme. Un chef d’orchestre, pas un guerrier !

- C’est dans la révolte des Djinns que se trouvent nos alliés, père. Si nous rassemblons les Djinns et si nous leur promettons la justice vis-à-vis de ceux qui ont péri –
- Ces sauvages ! Et leur magie contre-nature ! Tout cela défie Dieu ! Et moi, Gottlieb de Monbéliard, ne m’abaisserai pas à quémander l’aide de quelques saltimbanques du désert ! Nous vaincrons avec notre courage et notre détermination ! L’Empereur ploiera devant la force liée de notre pays ! »


Les gardes ouvrirent les portes, laissant Gottlieb s’engager dans un fracas d’or et de tissus. La couronne sur ses cheveux roux hirsute, le ventre proéminent sous ses habits royaux, il soufflait, comme un bœuf à l’ouvrage, le visage congestionné de fureur et le pif violacé. Jan observa ce portrait en se demandant s’il aurait la même figure à près de 40 ans. Et remercia le ciel de sa ressemblance flagrante avec Julianna.

Mais ses yeux bleu-rois croisèrent ceux de son père, qui prit place à un bout de la table. Tapant dans ses mains pour faire amener les serviteurs.

« A boire ! A manger ! Qui suis-je pour qu’on me fasse attendre dans mon propre palais ! La maquette ! Apportez-moi la maquette ! »

Aussitôt le centre de la table fut débarrassé. Et quatre gardes s’avancèrent, tenant entre leurs mains le plateau représentant l’Europe et les frontière du pays Autro-Hongrois. Gottlieb éructa, satisfait, et laissa une servante accrocher une serviette à son cou avant d’empoigner le verre de vin qu’on venait de lui servir.

Jan n’osa pas un regard sur les hommes et femmes qui les entouraient. Laissant les servantes s’éclipser comme convenu. Et les gardes prendre place aux murs.

La grande partie était membre de la protection rapprochée du Roi depuis de longues années. Mais le capitaine de confiance de Gottlieb se trouvait actuellement au Yemen, sous les ordres de son roi.

« Nous avancerons vers Sarajevo, une fois les accords passés avec le pays Ottoman. Nous offrirons notre flotte en défense pour contrer les attaques de l’Empire. Notre soutien envers les Ottomans, et la victoire qui en résultera, nous permettra de négocier les pays au-dessus du Yemen.

- Les Ottomans ne verront pas d’un très bon œil que nos accords leur coûtent du territoire quand eux-mêmes s’acharnent à défendre le leur d’une invasion père.

- Cela sera le prix à payer. Mieux vaut qu’il perde une zone minière riche en fer que la tête de leurs dirigeants. Quand ils comprendront que l’Empereur souhaite les envoyer dans son labyrinthe, sans doute seront-ils plus enclins à prendre en compte notre participation. »


Gottlieb eut un ricanement étouffé, s’étrangla sur son vin. Et gueula encore une fois.

« Les plats ! Qu’on nous amène les plats ! Je n’ai que faire de vos entrées ! »


Le regard du roi se posa sur Jan. Installé à sa gauche, presque en face du plateau, le prince semblait concentré sur chacune des frontières dessinées devant lui. Mais ses mains, fermement croisées sur la table, tremblaient légèrement.

« Je dois avouer, Jan que ton comportement me surprend depuis ton retour, depuis – eh bien, ce que nous qualifierons de simple faux-pas. Je n’aurais jamais cru, par exemple, que tu puisses trouver la force de déflorer la petite Andriessen. Comment a-t-elle réagi ? As-tu recommencé depuis ? »


Les lèvres pincées, Jan ne répondit pas.

« Tu préfères ne rien dire, mais je lis en toi comme dans un livre ouvert. J’ai toujours su que les femmes n’étaient pas à ta convenance. Oh tu peux te raidir mon garçon, je l’ai su depuis que je t’ai vu. Petit, et endimanché dans les robes que te faisaient porter ta mère. Tu n’étais pas plus haut que ça. »
Sa main s’ouvrit, et vint placer la taille à hauteur de la table. « Que je savais déjà que tu portais en toi le vice, le pêché. J’ai trop laissé trainer les choses, par sentimentalisme, par déni peut-être. Certainement pas par faiblesse. Car je savais bien que tôt ou tard, je finirais par mater cette indocilité. Tu n’as pas le caractère d’un Monbéliard. Tu as la trempe d’un Van Veerle, d’un pisse-froid toujours enclin à parler de paix, de traités, de diplomatie. Le genre de personne que j’étrangle jusqu’à leur faire cracher le bon son. Vois-tu, moi aussi je suis musicien. »

Gottlieb eut un rire. Les portes de service s’ouvrirent sur les plats.

« Mais plus les jours passent, plus tu te montres digne des espoirs que j’ai placé en toi. Je suis bien heureux de t’avoir placé à Kastamer plutôt que de te faire tuer. Regarde ce que cela nous apporte aujourd’hui ! Tu as continué tes petits travers, je n’en ai jamais douté. Mais bientôt, une fois Bettina grosse d’un héritier, nous irons ensemble détruire ton petit royaume. Nous salerons la terre pour la rendre stérile. Et nous tirerons un trait sur ce passé qui nous insulte. Tu demeureras au palais. Tu seras à mes côtés. Je t’éduquerai comme aucun père n’a jamais éduqué son fils. Je te dresserai pour que tu deviennes un homme, un roi, que tu sois digne de cette couronne qui repose sur mon crâne, pour que tu puisses un jour la transmettre à un fils qui partagera nos valeurs.

- Vos valeurs. »

D’un geste de la main, Gottlieb balaya cette intervention.

« Que tu reviennes à de meilleurs sentiments est le signe que j'ai réussis à –

« Si mon fils est un homme, aurez-vous la patience ? »

La main tendant son verre de vin pour un nouveau service, le dirigeant ventripotent cessa de sourire pour mieux observer le profil de son fils. Ce dernier était blême, comme une femelle devant une exécution. Ne semblant trouver aucun appétit aux plats qu’on leur présenta, entourant la maquette. Les serviteurs s’éclipsèrent à nouveau. Jusqu’à ce que la porte tressaille.

Et qu’une silhouette fasse son apparition. Se glissant dans les ombres de la pièce, portant avec lui le courant d’air froid des pierres humides. Faisant vaciller les flammes des chandeliers accrochés au mur. Discrètement, chacun des gardes porta la main au pommeau de son épée. Et l’un d’eux glissa, à peine, pour se placer devant les portes.

Sourd au claquement du verrou qui retentit à la porte de service, Gottlieb fixait Jan.

« Tu as prêté attention aux rumeurs. »
Finit-il par murmurer. D’une voix grave et sans replis. « Je ne suis personne pour les contredire. Je n'ai jamais été menteur. Mais je n’aurais pas à être poussé à cette extrémité si tu tiens ton rang. Comme tu le fais aujourd’hui. Comme tu le fais depuis ton retour de l’Empire. A coups de ceinture ou en te privant de chaque créature sur terre que tu aies pu apprécier, je te tiendrais sous ma coupe comme ma main est fermée sur ce verre de vin. Je t’ai déjà fait choisir entre le sel et l’exil Jan. Je n’hésiterai pas un seul instant à défendre ce que notre lignée a su accomplir. A écorcher les traitres menaçant notre couronne, notre héritage. Sais-tu comment on me nomme en Belgique ?
- Oui.

- Dis-le.
- Gottlieb la salière.
- Exactement. Gottlieb la salière. Un surnom ridicule. Mais je prouverai à mes ennemis, à mes proches, à tous ceux qui oseront se dresser contre moi, que mieux vaut pour moi d’être appelé la salière, que le clément. »


Et reposant son verre sur la table dans un bruit sourd, il porta la main à la coupe remplie de sel qu’on venait de le lui tendre. Attrapant une pincée. La versant sur la pintade tout juste servie.

Avant de saisir couteaux, fourchettes, pour ordonner dans un nouveau rire tonitruant.

« Maintenant, mangeons. »









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Arsène Martes
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Arsène Martes
Sam 2 Jan - 19:21




“La vengeance est une justice sauvage.”
Francis Bacon








Le silence envahit sa tête et ce ne fut plus que les battements de son cœur qui résonnèrent en écho au vide. Il acheva de nouer la cravate de son costume de majordome. Il avait toujours su porter l’uniforme : le noir de l’habit de servitude soulignait le jais de sa chevelure et la rectitude de son nez busqué.
Arsène Martès observa ses mains abimées, des magnifiques mains aux longs doigts de chirurgien, tailladées par l’usure et l’inadvertance. Quelques jours auparavant, Jan avait laisser courir sa langue sur ces coupures, ces marques d’une vie de labeur et de haine.

Le Médecin Royal de Versailles avait quitté le palais pour se rendre avec la délégation française au mariage du prince de Luxembourg-België. Contrairement aux noces de l’empereur austro-hongrois, il s’était fait discret, occupé, appliqué à d’autres tâches. Il avait fuit les diners mondains et n’avait paru que dans l’intimité de la reine, en cercle restreint de courtisans. Ainsi son visage se brouilla dans les mémoires : on se souvenait vaguement d’une ombre austère suivant les falbalas et les froufrous de la suite française. Un point sombre sur un lit de couleurs fleuries. Rien de plus.
La veille de la cérémonie, Jan l’avait fait venir dans ses appartements. Ce fut la seule fois où il s’octroya cette faiblesse devant témoins. Ebène savait sans poser de question quel serait l’objet de l’entrevue. Jan avait muri sa décision et à présent le fruit menaçait de pourrir sur sa branche. Il était temps de le cueillir, d’en presser le jus amer.

- J’ai pris ma décision.

Jan amorça une plaidoirie, d’avantage pour convaincre le jury de sa tête que les mains aguerries du fils de Rostrhamus.

- Ils ont commencé. Et il ne tardera pas d’en faire de même. Autwerpen est presque prêt. Et les rapports du Yemen montrent que les troupes se rassemblent. Il doit déjà être furieux, et je m’étonne qu’il ne soit pas venu me trouver pour en parler. Il ne doit pas me pardonner mon exil auprès de l’Empereur. Ou préfère se concentrer sur plus important sur sa lignée.


Ebène ne pipa mot. Ses prunelles noires, onyx imperturbable, se contentèrent de fixer son âme sœur. D’un geste apaisant, il acheva de boucler le col du prince et d’ajuster sa tenue d’apparat.

-Ça sera le sel. Pas l’aiguille.

Le médecin eut un vague plissement d’yeux. Cette solution était bien moins pratique qu’une seringue, bien moins efficace. Mais on ne se mariait qu’une fois, et on ne tuait pas son père tous les jours.

- Je compte sur toi. Pour notre famille.

Ebène lui redressa le menton et déposa un baiser sur les lèvres tremblantes de sa moitié. Un baiser plein de froide assurance.

- Pour toi, dit-il simplement.

L’instant d’après, il était sortit.
Il était revenu plus tard, dans la nuit la plus opaque, tapis comme un monstre nocturne dans la chambre des mariés. Il n’y avait pas été invité et Jan ne le découvrit qu’une une fois que son épouse troussée avait eut son compte d’hymen perdu. Ebène avait subit ses râles porcins de femelle pantelante, attendant patiemment que le somnifère qu’il avait glissé dans son champagne -un cadeau de sa souveraine- fasse effet sur sa pesante carcasse. Alors il s’était découvert, son profil de faucon se découpant à la lueur des chandelles.
Il s’était alors réapproprié ce qui lui revenait de cœur et de droit. C’était lui l’époux légitime comme en témoignait l’alliance qui brillait à son annuaire. Bettina n’aurait jamais les cris et les soupirs de son époux.
Jamais.
Joie, peine, désir, passion...

Jan lui appartenait tout entier.

Ebène glissa ses doigts dans les gants blancs prévus à cet effet, recouvrant la bague qui aurait pu le trahir. Il était fin prêt. Il rejoignit le corps des domestiques et comme il s’en douta, on ne fit pas attention à lui. Il obéit à la valse chorégraphiée au millimètre du diner royal sans faillir à son poste.

- ...Sais-tu comment on me nomme en Belgique ?
- Oui.
- Dis-le.
- Gottlieb la salière.


Ebène présenta la coupe de sel à la droite du vieux roi. Ce dernier se servit copieusement et aspergea sa nourriture. Le cyanure de potassium ressemblait à s’y méprendre à des cristaux de sel marin : aussi blancs, mortels au dernier degré. Vu la corpulence du sujet, il faudrait vingt à trente secondes avant l’évanouissement, quarante-cinq minutes avant un coma complet et moins de deux heures avant une mort définitive. Enfin, cela uniquement si la victime ne convulsait pas avant pour terminer sa route sur un arrêt cardiaque.
Silencieusement, le médecin vint se poster derrière Gottlieb, mains derrière le dos, en retrait comme n’importe quelle petite main anonyme. De son point de vue, il embrassait la salle toute entière -vide- et particulièrement le regard de Jan.

- Exactement. Gottlieb la salière. Un surnom ridicule. Mais je prouverai à mes ennemis, à mes proches, à tous ceux qui oseront se dresser contre moi, que mieux vaut pour moi d’être appelé la salière, que le clément. Maintenant, mangeons.

« Maintenant, meurt, vieillard. »
formula mentalement le Milan.

Arsène Martes
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Kapphären Jan
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Sam 2 Jan - 19:57






Elle était là, son ombre. Dans son costume strict de domestique, noir comme une nuit sans lune, noir comme le ciel quand les nuages d’orage en étouffent la clarté des étoiles. Les gardes ne semblaient pas le remarquer, comme si Ebène s’était fait présence invisible à chacun des témoins excepté son amant. Jan demeura sur son siège, droit et digne, du moment où il prononça le surnom de son père à l’instant propice où il le vit verser le cyanure sur sa pintade. Et le regardant saisir les couverts avec un appétit mal dissimulé, le travesti se permit un simple sourire.

Mais il ne lui fallait pas se trahir. Gottlieb était un sot ventripotent, carcasse de sanglier blessé prêt à la moindre attaque suicidaire pour se venger de ses agresseurs, mais il n’en demeurait pas moins son père. Un père qui le connaissait par cœur, qui pouvait, d’un regard, fouiller les tréfonds de ses pensées et en faire jaillir le plus pourri. Pourtant, à aucun instant le roi ne sembla se douter de la véritable scène qui se jouait sans son consentement. Rien de l’identité du majordome dans son dos, jusqu'au sens véritable du murmure nonchalant de Jan quand ce dernier lui répondit :

« Bon appétit, père. »


On ne lui avait pas servi le sel, mais il planta sa fourchette dans les crudités entourant son plat en sauce, dédaignant la viande comme tout bon Van Veerle. Son père éructa à nouveau, dédaigneux et contrit de constater ces féminités à table. Avant d’emboucher un large morceau de cuisse, le jus dégringolant sur sa barbe. Il était à l’exact opposé de la vision que l’on pouvait se faire des luxembourgeois, ou même des français dont il était issu de lignée. Jan lui jeta un coup d’œil et en fut partiellement dégoûté.

Mais à mesure que son père mâchonnait et avalait, lui-même se redressait sur son assise. Quittait la rougeoyante présence de Gottlieb pour mieux fixer Ebène.

« Tu as faim ? »


La question, posée d’un ton tout aussi laconique mais un brin plus amusé, sembla tirer Gottlieb de son repas. Qui manqua de répondre, avant de comprendre que l’attention de son fils était portée sur quelqu’un d’autre.

« … Pardon ?

- Sarajevo. »


Troublé, les sourcils froncés, Gottlieb, laissa sa fourchette à quelques centimètres de ses lèvres. Avant que Jan ne l’invite à continuer son repas, d’un geste simple de la main.

Déglutissant encore, Gottlieb rattrapa son verre de vin et demanda.

« Eh bien quoi Sarajevo ?

- Ils y sont déjà. »


La main du roi trembla.

« Que dis-tu ?

- Je demandais à Arsène s’il avait faim. Et je t’informais du fait que les troupes de l’empereur sont déjà sur Sarajevo. »
Reculant à peine sur sa chaise, Jan tira une missive de la poche de sa veste. La déplia, la relu. Et confirma ses propos d'un simple mouvement de tête. « Ils devraient prendre les premières villes Ottoman dans quelques heures maintenant. »

Perdu dans les informations au double contexte que son fils lui livrait, Gottlieb sembla un instant perdre ses mots. Refusa finalement la gorgée de vin qui lui semblait si importante pour retrouver contenance, reposant le verre, ainsi que ses couverts. Pour mieux croiser les mains et y appuyer son menton.

« Explique toi.

- Vous peinez à comprendre père. Et quel point dois-je clarifier en priorité ? »


Gottlieb hésita, puis ordonna.

« Sarajevo.

- Votre plan est un échec. Cela fait deux jours que les troupes de l’empereur ont pris position sur la ville, ainsi qu’à la frontière de la Roumanie, pour avancer de front et saisir les premières capitales de l’empire Ottoman. Après l’attaque du palais en Novembre, tout devrait rapidement chuter comme des dominos. Et il y aurait des rumeurs, d’un pacte de non-agression, d’une entraide même, bien que je ne possède pas tous les détails. »
Le poing de Gottlieb s'écrasa brutalement sur la table. Envoyant sa fourchette au sol, renversant son verre et déplaçant, à peine, les pions luxembourgeois sur la carte du Moyen-Orient. Sans sourciller, Jan haussa une épaule.

« Voilà la vérité.
- Tu mens... »

Calmement, le prince releva la tête, et faisant signe à Ebène, demanda posément.

« Combien de temps reste-t-il ? Rejoins-nous s’il te plait. Ce soir, tu n’auras pas à demeurer en retrait de mon existence. »
Et tirant de son col la chaine en or rattachée à son alliance, il toussota, déposa sa serviette, repoussa son assiette tout en croisant les jambes.

« Apparais donc à la lumière. Je veux qu’il puisse te voir. »


Plus lourdement, Gottlieb, dépassé, tourna la tête vers Ebène. Sembla chercher le mur avant que ses yeux ne s’agrandissent. D’une colère mal contenue qui semblait menacer d’exploser à tout instant. Jan était habitué à ses sursauts de colère, et assez confiant envers son amant pour savoir que ces cris et tempêtages ne l’impressionneraient guère. Mais malgré le calme apparent de son visage princier, le travesti était ravi de la tournure des événements.

Ravi surtout, de présenter l’aigle au sanglier.

« Il semblerait que nous ayons manqué l’une de nos plus traditions les plus primordiales, puisque tu n’as jamais pu présenter tes hommages de beau-fils et lui demander ma main. Enfin. Il n’est jamais trop tard. »










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Arsène Martes
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Arsène Martes
Dim 3 Jan - 19:41


Ebène plissa les yeux à l'invite de son cher et tendre. Il fit un pas en avant et le vieux souverain sentit sa présence avant même de le voir : magnétique et intense comme un trou noir. Le français tira sa montre à gousset de sa poche et d'une voix clinique énonça :

- Un sujet classique aurait déjà du tourner de l'oeil. Mais vu la corpulence de ton géniteur, le processus est vraisemblablement ralenti. Heureusement nous avons pour nous le fait que ton père mange bien trop salé.

Gottlieb fit volte-face, le visage rougeaud et en sueur.

- Qu'est-ce à dire ? Qu.. Qui êtes vous ?
- Il semblerait que nous ayons manqué l’une de nos plus traditions les plus primordiales, puisque tu n’as jamais pu présenter tes hommages de beau-fils et lui demander ma main. Enfin. Il n’est jamais trop tard.


Il voulu se lever mais ses jambes cotonneuses ne furent pas de cet avis. Il retomba sans grâce sur sa chaise, la respiration rauque, la poitrine douloureuse. Le médecin glissa deux doigts sur son cou épais pour tâter son pouls qui ralentissait à vu d'oeil. Il eut une moue appréciatrice.

- "Beau-papa" vous êtes un phénomène. J'aurais eu un plaisir certain à vous disséquer pour saisir les subtilités de votre métabolisme. Êtes-vous sur de ne pas vouloir léguer votre corps à la science ? Il est encore temps en effet....
- Qu'est-ce.. que.. Qu'est-ce que cette comédie ?


Le souffle lui manquait, sa vue était en train de se voiler. Il eut pourtant un éclair de lucidité alors qu'Ebène contournait la table pour rejoindre son amant.

- J... je .. vous reconnais....

Ebène l'observa, stoïque, et avec une once de perversité se pencha pour voler un baiser goulu et fiévreux au prince. Son Jan. Le vrai Roi.

- Oh, vraiment ?

Gottlieb brandit un doigt accusateur mais rien ne franchit ses lèvres. Sa langue engourdie comme le reste de ses muscles l'abandonnaient. Le Milan revint lentement vers lui, avec un calme froid d'assassin aguerri. Il se pencha à l'oreille du mourant dont la tête venait de s'affaler dans son assiette graisseuse de sauce. Ses cheveux grisonnant baignait dans les reste de pintade. Une ironie sur le fait de manger un volatile et d'être manger par un autre.

- Je veux que tu partes avec ces derniers mots gravés dans ton esprit, Sanglier, susurra-t-il d'une voix suave. Tu es faible, stupide et tu as l’orgueil disproportionné des petits. Ton fils, celui que tu méprises le plus, sera un roi fabuleux, plus grand et plus respecté que tu ne le seras jamais...

Gottlieb sombra dans l'inconscience, la rage au coeur, le corps hors de contrôle. Comme une épave sénile. Ebène se redressa brusquement et consulta sa montre à nouveau.

- Une minute et quinze secondes !
Déclara-t-il presque épaté. Un nouveau record. Dans une heure il sera dans le coma, dans deux il sera mort. La pintade a l'air délicieuse.

Et il s'installa en face de Jan pour se servir à son tour.

Arsène Martes
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Kapphären Jan
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Dim 3 Jan - 20:10






Sitôt Ebène apparu, Jan s’en retourna à son repas, reprenant couverts et verre sans l’ombre d’une hésitation. Mais malgré son sourire amusé par les propos de son amant, il ne pouvait détacher ses yeux du visage congestionné par la rage d’un Gottlieb peu à peu affaibli. Pendant une froide seconde, il se posa en lui-même, effleurant le nœud de ses pensées et remettant sa rage en question. 21 années s’étaient presque écoulées, dans la crainte de celui qui bégayait aujourd'hui de stupeur. 21 années bientôt, à ne jamais cesser de le décevoir, à subir ses menaces de mort, son exil à Kastamer, à se jouer de ses plans, à tenter de vivre par lui-même. Mais Gottlieb avait resserré sa laisse sur la gorge de son fils, lui avait fait endosser le rôle de Jacob sans l’ombre d’une hésitation. Prêt à tuer son second, son héritier, pour la gloire d’une lignée de pantins arrogants. Si c’était cette cruauté et cette froideur d’âme qui destinait les hommes à devenir des dirigeants, voulait-il finalement en être ? Et porter sur sa tête le poids de cette couronne ?

Il aurait au moins sur les épaules celui d’un meurtre. Mais avec une ironie mordante, il songea à tous les bâtards que ses servantes avaient manqué de lui donner, à ces morveux vite avortés par quelques décoctions de sorcière, ou à l’aiguille s’il le pouvait. A ceux que le Luxembourg avait écrasé dans l’ombre, ces rebelles Belges proclamant leur indépendance, et même les bandits que Regina avait occis par simple commandement.

Au fond. Gottlieb n’était qu’un assassinat plus direct et loyal qu’un autre. Un qu’il assumerait entièrement. Alors pourquoi pleurer ? Parce que malgré la haine, il demeurait son père ? Parce que malgré la haine, il avait ses yeux ?

Avalant une bouchée de salade qui lui sembla être de la cendre, Jan écouta les discrets propos, éloquents et vengeurs, de son milan des marais. Et frissonna au baiser goulu qu’il venait à peine d’échanger. Il lui tardait de lui faire amour.

Mais déjà, Gottlieb s’effondrait.

Il voulut le saluer, d’un dernier adieu, d’une parole scellant le sort de celui qui respirait déjà à grand mal. Il ne put que claquer des doigts pour faire approcher la garde et donner ses derniers ordres.

« Redressez le, nettoyez le. Ramenez-le à sa chambre. Que sa porte soit gardée. Qu’aucun ne vienne lui rendre visite. … Même la reine. »

Car dans la nuit, Julianna tenterait de rejoindre son époux, preuve que les mauvais hasards faisaient nombre dans ces nuits de criminalité. La gorge enrouée, il se détourna du spectacle de son père, avachit dans son plat en sauce. Et se contenta de fixer Ebène.

Avant que l’un des hommes ne pose la couronne sur la table. A proximité de sa main. Le temps, certes, de laver le visage du roi inconscient. Mais la proximité de l’objet le fit frissonner. Et machinalement, il tendit la main pour en caresser les saphirs.

« Mon père a toujours su franchir des limites que d’autres pensaient infranchissables. Il aurait sans doute eu la volonté et le pouvoir de marquer l’empereur Edelstein, sans l’action de ce soir. Désormais, le pays est protégé de tout combat, de toute guerre. Et de toute annexion. »


Sous la table, son pied glissa pour venir caresser celui d’Ebène.

« Je n’ai pas envie d’être roi. Tu peux le croire ? J’ai envie… »
Et songeur, son regard se détourna aux portraits accrochés aux murs. Son frère y figurait en bonne place, parmi des tableaux plus français. Dans chacun, une paire d’yeux bleu roi fixait la scène, comme accusatrice.

« Je crois que j’ai envie d’un peu de viande ce soir. Pour savoir si mes goûts ont changé. Si j'ai changé. Mais une fois n’est pas coutume, je ne prendrais pas de sel. Je lui ai rendu celui qu’il m’a prêté tant d’années auparavant, lors de mon exil. Les comptes sont faits. »


Et venant effleurer son alliance, la vraie, il ajouta dans un murmure aussi terrible qu’amusé.

« Peut-être que j’ai raté ma chance en n’acceptant pas le souhait de Sigrid, de me transformer en femme. Peut-être que j’aurais du dire oui. Et j’aurais porté ton nom, de manière plus officielle. Je serais venu vivre à la cour de France, sous la méconnaissance de la Reine. Et je t’aurais donné de beaux enfants. »
La situation allait devenir bien plus compliquée maintenant que le titre lui revenait. Mais une certitude demeurait, noyée dans le regard noir d’Ebène.

Ils seraient ensemble. Qu’importe les jours d’absence et leurs obligations respectives. Ils le demeureraient à jamais et cracheraient au visage de la mort dans un dernier blasphème d’amour. L’idée, romantique, lui plaisait.

« Si je t’offrais un poste, ici. L’accepterais-tu ? »









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Arsène Martes
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Arsène Martes
Mar 5 Jan - 15:23


Ebène s'installa à table. Il avait faim. Il avait eut faim aussi après l'assassinat de "ses" pères adoptifs. Tuer appelait invariablement à des réactions physiologiques naturelles de compensation. Mort. Vie. Besoin de se sustenter, de forniquer. Prendre le nouveau roi sur cette table où son père s'était couché pour la dernière fois. Sentir son sang bouillonner , chaud et présent, dans ses veines, pendant qu'il se vide du corps du macchabée.
Le jeune homme passa sa langue sur ses lèvres.
Il était un homme. Il avait des pulsions comme tout homme. Mais c'était bien la première fois qu'il percevait ses propres désirs de manière si définie. Était-ce là les effets - "pervers et nocifs" selon Katerina- de l'influence de Jan sur lui ?

Il sentit le pied du prince effleurer le sien alors qu'il achevait de mastiquer une bouchée de pintade.

- Je n’ai pas envie d’être roi. Tu peux le croire ? J’ai envie…

Arsène se tamponna sobrement la bouche avec une serviette , déglutissant, observant son amant, attentif. Plus que jamais il avait l'air d'un oiseau de proie.

- Je crois que j’ai envie d’un peu de viande ce soir. Pour savoir si mes goûts ont changé. Si j'ai changé. Mais une fois n’est pas coutume, je ne prendrais pas de sel. Je lui ai rendu celui qu’il m’a prêté tant d’années auparavant, lors de mon exil. Les comptes sont faits.

Il se leva, emportant son assiette et une fourchette avec lui. Prenant place sur le bord de la table, face à Jan, il souleva son menton pour y glisser une petite portion de gibier entre les lèvres.

- Peut-être que j’ai raté ma chance en n’acceptant pas le souhait de Sigrid, de me transformer en femme. Peut-être que j’aurais du dire oui. Et j’aurais porté ton nom, de manière plus officielle. Je serais venu vivre à la cour de France, sous la méconnaissance de la Reine. Et je t’aurais donné de beaux enfants.

Ebène caressa ses lèvres de la pulpe du pouce, dans un silence recueilli. Il n'avait pas levé la voix depuis le coma de Gottlieb, laissant l'héritier s’épancher tout son soul.
Homme, femme, ça n'avait guère d'importance à ses yeux. Jan était Jan. Sa présence était une lumière de candélabre dans son obscurité personnelle. Un cadeau. Il ne s'était jamais imaginé pouvoir connaitre ce genre d'expérience dans sa vie dévouée à la cause qu'il avait choisie ou plus exactement qui l'avait désigné.
Pourtant, l'espace d'un sobre instant, il se projeta : heureux, papa, époux, médecin d'un petit cabinet au bord de la mer, dans sa France tant chérie. "Distraction" aurait asséné Katerina. Mais le bonheur n'en était-il pas toujours une, de distraction ? Peut-être aurait-il été un père bien meilleur que les leurs réunis. Peut-être.

- Si je t’offrais un poste, ici. L’accepterais-tu ?
- Non.


Dans une autre vie. Un autre monde que celui-ci.
Il aurait aimé lui dire oui.

- Ma place n'est pas ici. Nous suivons des routes distinctes et pourtant parallèles. Je serais là, à regarder dans la même direction que toi. Ta main dans la mienne. Toujours.

Il l'embrassa avec douceur.

- Je t'aime, dit-il simplement.

Une vérité réunissant deux âmes égarées que leur sang bleu tourmentait.

Arsène Martes
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Kapphären Jan
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Mer 6 Jan - 20:23






Il lui fallait manger – il en avait besoin. Mais sa gorge nouée l’étranglait au point de rendre difficile la moindre mastication. Honteux de ses réactions émotionnelles, Jan se sentait sur le point de fondre en larmes et planta ses ongles courts dans la paume de sa main pour calmer tout élan de ce genre. Il se refusait à témoigner de la tristesse pour un père tortionnaire qui ne l’avait jamais aimé. Et s’interdisait avant tout de montrer tout signe de faiblesse devant les gardes. Ces derniers ramassèrent la couronne délaissée, tandis que Ebène se levait et le rejoignait. Obéissant à l’ordre implicite de ses doigts tendres, Jan releva la tête, inspirant longuement et plantant son regard dans le lac noirâtre de son cher vautour. Ebène possédait le calme d’un chirurgien et des mains de faucheuse. Quand son pouce glissa sur ses lèvres pour les entrouvrir à la fourchette, il abattit ses crocs sur le morceau de pintade.

Comme en France où, ombre délectable, il avait abattu son courroux sur la terroriste pour mieux le sauver, Ebène se plaçait à ses côtés, non pas comme chevalier servant mais comme une poigne de fer, un agent fidèle, dévoué à son cœur autant qu’à sa sécurité. Qu’importe les meurtres commis, l’étrangeté de son comportement ou son appartenance à Rosthramus, Jan ne se sentait jamais autant en sécurité qu’à proximité de son être.

Néanmoins, il lui fallut entendre ce non. Et le sourire qui fleurit sur son visage était aussi triste que résigné. Car il s’était attendu à cette réponse. S’était attendu à devoir affronter cette ligne de terre, oh si mince, oh si vague, mais présente entre eux. Jamais ils ne seraient mariés officiellement. Jamais ils n’auraient leur logis, leurs enfants. Jamais ils n’auraient le bonheur et la paix cancanante des amoureux bohème qui se brûlent de trop s’adorer et finissent par se connaitre par cœur. Ils ne seraient jamais ces promeneurs du dimanche, main dans la main, jugeant les silhouettes solitaires errant au bord des ponts. Ils auraient forcément deux vies.

Mais rien ne les empêchait de tricher.

« L’instant est certainement mal choisi. Mais me doutant de ta réponse – puisque cette idée m’est venue suite à notre »
Etait-il entrain de rougir ? « nuit de noce improvisée… » Il était entrain de rougir. Du plaisir coupable d’avoir succombé à ses coups de reins au côté du corps endormi de Bettina. Mais sa surprise avait été si grande, de le voir surgir de l’ombre pour laver son corps salit par cette effroyable défloration, qu’il s’était laissé dévorer à ne plus retenir ses cris.

« J’ai quelques présents pour toi. Un symbolique. Un bien moins. »
Attrapant la fourchette entre les doigts de son amant, Jan eut un dernier regard envers son père que les gardes relevaient pour mieux emporter. On ouvrit la porte. Le visage de Gottlieb glissa, révélant deux paupières entrouvertes sur des yeux révulsés. Ainsi comateux, on pouvait déjà le penser mort. Et la pensée d’avoir à l’annoncer à sa mère le lendemain lui coupa momentanément la voix.

Cela suffit à la suite pour s’enclencher.

Car venant du couloir, des talons marquaient le sol, pressés. Des pas de femme enragée, et même sans le bruissement magique qui suivi ce son, dans l’envolée d’une colombe qui était autrefois un garde, Jan put reconnaître la dame.

« Sigrid. » Chuchota-t-il.

Et il se leva brusquement. Se plaça face à Ebène. Empoignant son épaule d’une main ferme. Déclenchant sa magie qui ne fut qu'un miroitement invisible dans l'air.

Bien lui en prit.

Car il ne fallut que quelques secondes à la fée pour apparaître. Sobre. Vivante. Défaite. Au simple coup d’œil qu’elle posa sur Gottlieb, Ebène lui put comprendre les intentions de l’allemande. Ses sentiments. Sa trahison.

Éructant un cri de rage qui envoya sa magie changer deux autres gardes en canari et en pigeon, Sigrid s’effondra auprès de Gottlieb. Emportée par le poids de ce corps évanoui comme par sa tristesse. Dirigeant ses yeux pâles vers le couple ainsi rapproché, elle montra les dents, perdant toute dignité.

Pour simplement pointer son doigt vers Ebène. « Toi ! » Et tenter de le transformer.

La magie explosa. Traits de lumière, de feu vif qui éborgna chaque portrait de la salle jusqu’à les faire tomber au sol, le vacarme de sa puissance illumina la salle de réception et empêcha les autres gardes de riposter. De fait, ils ne le pouvaient plus. Les cinq furent transformés. Oiseaux piaillant au-dessus des tables.

Mais l’aura de Jan protégeait encore Ebène. Et malgré les cris retentissants de Sigrid, lui ordonnant de lâcher le français, il tint bon. Livide, mais droit. Observant la scène sans la comprendre. Sans en saisir toutes les nuances.

Jusqu’à ce que Sigrid cesse. Sanglotante et décharnée.

« Qu’as-tu fais ! Qu’as-tu fais JAN ! »
Et ajoutant dans un murmure rauque, elle frappa du poing le damier de la salle. « Lâche le, laisse moi tuer celui qui a fait de toi un MEURTRIER ! »








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Arsène Martes
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Arsène Martes
Lun 11 Jan - 13:13



Et soudain ce fut l'explosion.

-Sigrid.

Évidemment, qui d'autre ?
Jan avait su tuer le père, il étant temps désormais de tuer "la mère". Il y avait quelque chose qui confinait au comique dans cette illustration obscène de la tragédie. Tout était clair à présent : cette femme avait été la maitresse du vieux roi, celle de l'ombre, la femme bafouée que l'on cache, l'incarnation d'un péché honteux. Elle avait jeté son dévolu sur le plus chétif de la fratrie Van Veerle, le plus manipulable croyait-elle, pour en faire son instrument contre celui qui lui avait dénié le droit de porter la couronne. Sans doute avait-elle cru l'aimer cet enfant qui ne sortait pas de son con. Sans doute s'en était-elle persuadée au milieu de sa vanité viscérale. Femelle stupide, il n'y avait qu'une faible membrane entre l'amour et la haine. Jamais elle n'avait su voir Jan pour lui même.
Arsène eut une contraction des lèvres, une moue fugace de mépris. Il était temps de rompre les chaines : ce cordon ombilicale factice. Il serra le poings sur son scalpel, éternellement dans sa poche, et fit un pas en avant, mais Jan le ramena derrière lui, faisant rempart contre la colère de sa marraine.

Rempart contre sa magie.

Tout ce déchaina dans la pièce, le pouvoir pétaradait en tout sens sans aucune logique, détruisant le mobilier, métamorphosant le bon et le juste en volatile. Pour autant, aucune attaque ne parvint jusqu'à lui. Le français attrapa Jan par la taille et l'enroba de sa large silhouette pour éviter qu'il ne se blesse lorsqu'ils chutèrent au sol, fauché par la table du diner qui se renversa.
Qu'elle vienne, cette truie ! Qu'elle vienne assez près pour qu'il l'égorge.

Mais elle ne vint pas. Elle sanglota, les doigts serrés sur la nappe du diner qu'elle emporta avec elle en s’effondrant. Macabre linceul pour un chagrin passionnel. Elle laboura le sol pathétiquement de ses poings.

-Lâche le, laisse moi tuer celui qui a fait de toi un MEURTRIER !

Alors il comprit.
Le prince avait un don. Il avait déjà assisté à une zone de Nul. Il en avait été victime dans le vaisseau de Vassilissa et c'est cela-même qui avait permis à l'espionne du Rey de le reconnaitre et de le faire capturer des mois plus tard. Jan générait le même type de théurgie.
L'amour de sa vie annihilait la magie. N'était-il pas parfait pour un être comme lui ? Katarina avait tord, Jan était un cadeau pour Rostrhamus comme pour lui même.

- Que dois-je faire d'elle ?
Fit-il en toute sobriété en relevant son aimé -car jamais il ne l'avait autant aimé qu'à cet instant.

Un mot de lui et il la tuait.
Un mot seulement.

Arsène Martes
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Kapphären Jan
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Lun 11 Jan - 18:51






La table s’était soulevée, balayant le couple enlacé comme un vulgaire fétu de paille. Jan grimaça quand il sentit sous son dos les reliefs métalliques de l’un des boucliers autrefois accroché au mur. Mais garda la main sur Ebène jusqu’à ce que Sigrid s’épuise, que le silence revienne dans la pièce, entrecoupé des battements d’aile furieux des gardes transformés. Prenant celle tendue du milan relevé, il se redressa, le regard troublé, le cœur battant à tout rompre. Peu à peu conscient des larmes de sa marraine, de la posture accroupie qu’elle tenait auprès de Gottlieb. Et des caresses tendres dans ses cheveux roux.

Gottlieb respirait encore, faiblement, anarchiquement. Sombrant peu à peu dans un profond coma. Il n’y avait plus rien à faire mais le regard de Sigrid cilla, du français à se poser sur le front du roi. Murmurant tout bas.

« Réveille-toi… »
Dégageant son visage et effleurant sa pâleur. « Je te fais don de vie. Gottlieb. Réveille-toi. » Mais la magie de Sigrid n’était pas sans limites. Et si elle pouvait, sans peine, transformer l’homme et la femme, l’enfant et le vieillard en n’importe quelle bestiole de la création, ses compétences se limitaient à un pouvoir maitrisé par la nature elle-même. Et seule la nature pouvait tuer, ou donner vie.

Alors Gottlieb demeura endormi. Et aux côtés d’Ebène, Jan comprit.

Que devait-il faire d’elle, venait de demander son amant. Machinalement, il fit glisser sa main le long de son bras pour le retenir. Et avança vers la fée marraine. Tenant toujours le médecin, pour ne pas qu’il s’éloigne de son aura que Jan, machinalement, venait de rabaisser.

Il n’eut aucune pitié à interrompre les violents sanglots de sa marraine.

« Tu n’es pas venue ici pour moi. Tu es venue au palais pour lui. »


Le regard égaré, Sigrid releva la tête pour lui faire face. Sembla chercher ses mots, comme surprise du visage blafard et fermé de son protégé. Et pointa de nouveau le doigt sur Ebène.

« Il l’a tué.

- Je le lui ai demandé. »


Un gémissement douloureux franchit les lèvres de l’allemande, qui réfuta d’un signe négatif de la tête.

« Je lui ai demandé de prendre le sel, dans la troisième garde de robe. D’y mêler le poison qu’il voulait tant qu’il était efficace. Et de le lui servir ce soir, à notre tête à tête. La responsabilité m’en incombe entièrement.

- Tu as été manipulé, par lui. Tu as été aveuglé par ses actions. Il ne ressent rien. Il n’a jamais rien ressenti de la pitié ou de l’amour et te tuera une fois qu’il en aura terminé, comme d’un chien ! »


Jan ne marqua aucune hésitation, balayant ces propos d’un vague geste de la main. Il avait une lettre pour prouver le contraire à sa marraine, une lettre écrite sous un sortilège dont elle était à l’origine. Mais les larmes, la tristesse de Sigrid refuseraient d’entendre ces arguments. De fait, elle n’avait jamais accepté la présence même d’Ebène, encore moins les sentiments que Jan lui portait.

Et il n’avait pas besoin de quelques mots pour être persuadé de l’affection que le médecin lui tenait. Car cela continuait encore de le dépasser à cet instant.

« Je l’ai fait parce que mon père allait me tuer.

- C’est faux ! » Le visage à nouveau déchainé, Sigrid sembla sursauter et redressa le buste, tentant d’emporter Gottlieb avec elle. Mais le sanglier était un poids trop lourd à trainer.

« Je t’aurais défendu comme je l’ai toujours fait ! Il n’aurait pas touché à un seul cheveu de ta tête ! Il m’aurait écouté !

- Toi ?
- Tu ne doutes pas de l’importance que j’avais à ses yeux ! De l’influence que j’avais avec lui, pour ton bien !

- Alors c’est bien ça. »

Et d’un rire incrédule, Jan fit face à la vérité.

« Tu l’aimais.

- C’est toi que j’aime. Jan, tu es comme mon fils. Celui que je n’ai jamais eu. Celui que nous aurions pu avoir.

- Tu l’aimais…
- Ca n’a rien à voir avec tout ça ! Je t’ai protégé et je continuerai de te protéger ! De toi-même s’il le faut et -

- Je sais me protéger seul maintenant. » Se penchant sur la fée, le travesti asséna. « J’ai appris, avec lui. » Refermant sa main plus fermement encore sur le bras de son amant. Il tourna la tête, relevant son aura tandis que Sigrid balbutiait des mots qu’il n’écoutait déjà plus.

« Tu ne te saliras pas les mains avec elle. Avec cette traitresse… »


Le mot aurait dû sonner comme un crachat. Il ne fut qu’un soupir, las et désœuvré.

« Cesse la malédiction sur mes gardes. »
Levant une main tremblante, Sigrid s’exécuta. Autour d’eux, les colombes reprirent leur apparence de gardes, dans un cliquetis d’armes mêlées au frottement des tissus. Eperdus et choqués, certains s’effondrèrent au sol. Mais le remplaçant du capitaine, maitre d’arme de Kastamer et ayant épaulé Jan depuis de longues années, s’avança, d’un pas hésitant, jusqu’au quatuor formé par les présences royales et leurs amants respectifs.

Voyant cela, Sigrid se mit à paniquer, et lâcha Gottlieb pour tendre des mains suppliantes à l’égard du prince.

« Jan je t’en prie.

- Que le diable t’emporte.

- NON !
- Puis c’est en cela que tu m’as protégé pendant tant d’années : à offrir tes cuisses à mon propre père et à le laisser me bannir à Kastamer faute de mourir, à le défendre encore aujourd’hui alors qu’il n’attendait de moi qu’un rôle à jouer. Alors ma première décision de roi sera celle-ci. »
Tendant la main, il attendit de recevoir la couronne pour la poser sur sa tête et se redresser, froidement.

« Choisis, entre le sel et l’exil. Mais choisis vite. Car Dieu sait que je ne perdrai pas une minute de plus, et Arsène encore moins, à discuter avec toi. »










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Arsène Martes
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Arsène Martes
Mar 19 Jan - 23:12


Shakespeare n'aurait pas dénié cette scène. Tout les ingrédients d'un drame théâtrale était réunis : un parricide, une femme manipulatrice et pétrie de haine, abimée dans sa vengeance aveugle, un héritier balloté par le destin, des amoureuxs maudits. Les rois et les traitres, les pécheresses et les monstres. De la tragédie comme on en faisait plus.
Arsène était spectateur muet du déchainement de sentiments sans pour autant s'en sentir acteur. Les palabres de Sigrid ne le touchaient guère. En réalité, ces mots n'avaient aucune prise. Toute son attention était focalisée sur Jan, roseau ployant dans la tempête sans pour autant briser. Lui, se tenait à distance, silencieux, de peur d'enrayer son indépendance royale naissante, d'entacher son aura d'autorité, en étant trop près. Une ombre tenace dans le champ de vision de cette marraine aliénée. Mais une ombre prête à fondre sur sa moitié si elle le voyait flancher. Jamais il n'avait trouvé son rôle plus important qu'à cet instant : témoin et soutien à la fois à un moment précieux. C'était là son privilège d'amant.

Sigrid parlait d'amour, assénant ses vérités perenptoires. Elle faisait rouler ce mot dans son gosier en le vidant de son sens. Une baudruche de carnaval. Du vent. Sigrid ne savait pas ce qu'était l'amour. Il aurait fallu qu'elle le vive pour cela.

Sigrid n'avait jamais aimé qu'elle même.

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Kapphären Jan
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Sam 23 Jan - 11:16






Sigrid aimait. Elle aimait mal, mais dans son étreinte envers Gottlieb, elle était sincère. Et chaque mot apeuré destiné à Jan ne servait que son bien-être. Elle aurait voulu repousser Ebène, ou user du bonbon offert par Hilda pour faire oublier à Jan l’existence du médecin, retrouvant avec le travesti son quotidie où elle était alors son seul point de repère. Hélas, elle ignorait tout du véritable nom de Martès, mis à part ce pseudonyme, Ebène. Des indices, laissés là par l’affection que le prince – le futur roi désormais – portait à son amant. Rien d’assez fort pour les séparer, et qu’est ce qui le pouvait aujourd’hui ?

Il y a longtemps, fort longtemps, elle avait été le témoin de la chute mentale de Julianna. Prenant une place toujours plus importante, mais à jamais dans l’ombre de Gottlieb. Elle l’amante, qui ne serait jamais reine. Qui ne serait jamais puissante. Elle la fée, choisie pour un don qui se retournait aujourd’hui contre elle. Il aurait été simple, de changer Ebène en corneille et de ne plus jamais le retransformer. Mais Jan connaissait les limites de son pouvoir. Jan pouvait la faire tuer pour retrouver l’humanité de son âme-sœur. Elle la sentait, à travers les tissus, la portée de leurs alliances, celles des nouvelles qu’il avait fait confectionner. Celles qui ne les feraient jamais perdre de vue, qu’importe où ils se trouvent dans le monde. Qu’importe leur distance, leurs occupations.

« Tu aurais eu une sœur. S’il m’avait laissé l’enfant que je voulais lui donner. J’aurais pu tuer ta mère et gagner sa place. Anoblie comme la Valerosso. Reprenant officiellement le rôle que j’ai occupé pendant tant d’années à tes côtés. Jan. Jan regarde-moi. Jan regarde comme je t’aime, je t’en prie. Tu es mon petit. Je t’ai vu grandir, je t’ai vu apprendre à marcher. J’étais là pour tes premières robes et je me dois d’être là, pour ta lignée. »


Mais Jan, à la couronne posée sur sa tête, se pencha et murmura doucement.

« J’ai déjà une mère. »
Qui ne valait plus rien aujourd’hui, qui n’était que critiquée et raillée pour sa folie. Qui ne savait plus le reconnaitre et l’appelait par le nom des morts. Qui se perdait dans les méandres de son labyrinthe mental, succombant peu à peu à sa propre digestion inconsciente. Mais Julianna était l’aimée, la chérie. Celle à qui il devait ses cheveux noirs et la finesse de son visage. Celle qui l’avait bercé, consolé, qui chantait parfois le soir. Qui reprenait le rôle que les servantes et les dames de compagnie lui retiraient. Elle, l’enfermée au palais, cachée à tous. Et c’était sans doute cela, l’ignorance, le dédain, qui l’avait conduite peu à peu au seuil de sa folie.

« Le sel, ou l’exil. »
Répéta-t-il, consciencieusement. Et sanglotante, Sigrid se releva.

« L’exil... »


Elle ne voulait pas mourir – ne le devait pas. Pour rester attentive à l’appel de sa voix. Car il regretterait, son prince. Il la ferait chercher par ses gardes, qu’importe sa cachette sur terre. Sigrid l’attendrait, ce moment. Lui pardonnerait sans lui faire payer sa vengeance de femme. Elle se le promit à cet instant, noyée dans les yeux bleus-roi. Tendant les mains pour une dernière étreinte. Que Jan lui refusa.

Reculant contre Ebène pour reprendre le contact, il l’empêcha d’un regard d’agir à nouveau contre eux. Et Sigrid serra les dents. Inspira, soudain comme folle.

Et ignora le visage du prince, pour s’adresser directement au médecin.

« Je ne t’aurai pas. Il te protège bien, mon petit roi. »
Son bras fut saisi par le garde. Elle ne chercha pas à se débattre. « Mais je suis une fée. » Une fée fière qui, relevant la tête, hors de toute emprise du Delirium et loin d’être saoule, s’affirmait avec son arrogance de petite noble. Celle qui, tant d’années auparavant, avait aidé Hilda à maquiller un meurtre. Qui avait vendu les ossements d’un cadavre contre une orbe de conscience. Et n’avait pas hésité à faire dévorer les restes de son mari à des serviteurs affamés. Son regard se glaça. La magie bouillonna en elle. Familière.

« A la descendance de Jan Van Veerle de Monbéliard, à son premier-né, j’adresse ce don. »
Jan blêmit, quitta Ebène, pour s’élancer vers elle.

Mais reculant, et le repoussant, Sigrid cria.

« Que l’enfant te voit, Arsène Martès, EBENE, qu’il te voit comme tu es réellement ! A ce premier-né, jamais tu ne pourras te cacher ! Jamais tu ne pourras dissimuler tes sentiments ! Telle est ma volonté ! »


Et la magie souffla. Souffla à en ébranler la pièce. Souffla jusqu’à apparaitre, trait à peine matériel. Fonçant vers les portes, traversant les couloirs. Effleurant de sa présence chaque tableau, chaque portrait, chaque branche de l’arbre. Jusqu’à atteindre le seuil d’une chambre. Surplomber Bettina, l’endormie.

Plonger dans son ventre.

« Qu’on l’emmène !! »
hurla Jan, retenant de peu la main qui voulait la gifler. « Qu’on la jette hors des frontières de mon pays. Qu’elle n’y revienne jamais ou qu’elle y meurt ! » Sigrid sourit, se laissa attraper, sans plus lutter. Et chuchota.

« Tu devrais le faire maintenant. Tu devrais le faire, qu’on en finisse, mon fils. »


Jan serra les poings.

« Je n’ai pas peur de toi. Je n’ai pas peur de ta malédiction. C’est toi, qui n’a jamais su comment le voir. Toi, qui a seulement voulu me garder enchainé, comme mon père a enchainé ma mère. Comme tout ce que j’ai toujours vécu en ce monde. »
Et brusquement, il arracha sa couronne de la tête. La jeta sur la table, comme pour échapper à son influence.

« Je ferai de ces terres un grand pays, qui n’aura pas besoin d’un roi despotique pour le gouverner. Qui saura décider pour lui-même de ce qui est bon ou pas. Qui saura se régenter seul, et choisira ses représentants. Je serai le dernier Monbéliard à sa tête. » Les gardes trainèrent Sigrid hors de la salle. Abasourdie, cette dernière ne put émettre aucune protestation.

« Il n’y aura ni roi, ni fée, pour manipuler mon peuple comme j’ai été manipulé. La magie sera bannie du territoire. Les sorcières, et autres acteurs de ce pouvoir injuste, seront chassés comme tu l’es aujourd’hui. Et ceux qui tenteront de nous asservir, ceux qui tricheront, ceux qui resteront… Que Dieu les protège, s’Il existe. »


La porte claqua derrière Sigrid. Les gardes restant se relevèrent. Et obéissant au dernier ordre du roi concernant Gottlieb, soulevèrent le sanglier, reprirent la couronne, et sortirent à leur tour. Laissant le médecin et le prince, enfin seuls.

Jan se permit alors de baisser les yeux. De desserrer les poings. Et tournant la tête vers Ebène, lui offrit le regard désemparé d’une jeune fille de Bruges, tant d’années d’auparavant. Une fille alors chassée par un ivrogne libidineux, qui avait trouvé secours dans les bras du français. Leur première nuit d’amour.

« Je t’ai toi. Pourquoi aurais-je besoin d’un pays, d’une famille. D’une couronne. »
La boule grossit dans sa gorge. Cette fois, il ne chercha pas à la ravaler. Et vacilla, épuisé.









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Arsène Martes
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Arsène Martes
Dim 7 Fév - 21:45



La magie souffla dans l'air, rependant ses effluves malsaines. Pourtant le fils de Rostrhamus n'avait pas peur. La vérité, il ne s'en était jamais dissimulé. Sigrid se refusait simplement à la voir.

L'amour dictait sa quête.
Son amour pour ce monde délétère et déclinant.
Son amour des autres, des faibles et des laissés pour compte.
Son amour pour Jan.

Ebène Maintenon était un homme cassé, un être dénaturé. L'univers lui avait forgé un masque et une carcasse de fer, de goudron noir et de plumes. Il s'y était accommodé, incapable d'exprimer ou de ressentir. Dans cette forteresse de chair et de solitude, il s'était cru destiné à être bourreau, l'homme offert en sacrifice pour purger le monde de sa gangrène, lui le dépourvu d'humanité.
Épine était morte.
Et Jan était venu.
Sans compter sa peine, son affection et ses efforts. Il avait pleuré pour deux, joui pour tous et ri pour eux. Patiemment il avait détruit les verrous et les chaines qui emprisonnaient l'âme damnée du Milan. Il lui avait offert une fenêtre sur lui même qu'il n'aurait jamais pensé ouvrir. Il lui avait rendu ses ailes véritables. Jan éclairait sa vie monacale, qu'il avait toujours pensé brève et dépourvue de salut. Jan était son candélabre de vertu.
La vérité était terrible, en effet : Ebène aimait Jan à en mourir, d'une façon si viscérale et pure que quiconque s'y serait brulé.
Son adoration était sans borne.

Ainsi était, la stricte vérité.

Ebène Maintenon n'avait pas peur.
Et c'est en vainqueur absolu qu'il regarda la traitresse s'exiler. Il était fier, l'aiglon, fier de sa moitié, de ses choix et de sa détermination.

-Il n’y aura ni roi, ni fée, pour manipuler mon peuple comme j’ai été manipulé. La magie sera bannie du territoire. Les sorcières, et autres acteurs de ce pouvoir injuste, seront chassés comme tu l’es aujourd’hui. Et ceux qui tenteront de nous asservir, ceux qui tricheront, ceux qui resteront… Que Dieu les protège, s’Il existe.


Ni Magie, ni Machine, ni Maitre.
Nul Dieu. Nul Couronne.
Des hommes, rien que des Hommes.

Jan vacilla et Ebène fut là pour l'attraper, des ses bras solides et surs.

- Je t’ai toi. Pourquoi aurais-je besoin d’un pays, d’une famille. D’une couronne.
- Je t'aime Jan, et dans ces quelques mots vibraient une émotion violente qui ébranla les lacs sombres de ses yeux. Toutes autres palabres étaient superflues, trop petites en quantité comme en éloquence. Il aurait voulu lui dire sa fierté, lui formuler son inextinguible reconnaissance d'avoir croisé sa route, lui le moins que tout. Il aurait voulu que son cerveau figé cesse de lui poser obstacle pour le baigner de paroles douces et plurielles. Lui raconter comme le futur serait beau, avec sa main dans la sienne. Qu'il veillerait toujours sur lui et ses enfants, pour l'éternité et au delà si il le fallait.
Qu'à présent, il pouvait se reposer.

Mais Ebène ne put que répéter.

- Je t'aime.



Arsène Martes
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Kapphären Jan
La gardeuse d'oies près de la fontaine
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✦ Libre pour RP ? : Non

✦ Double-compte : Ofelia / Louie

Dim 7 Fév - 22:18






Tandis que Jan vacillait, tandis qu’il comprenait, peu à peu, l’importance de son règne à venir et de ses actions pour respecter ses dernières paroles et arracher au Luxembourg-België l’arrogance des couronnements à naitre, on raccompagna Sigrid à Kastamer, la calèche filant dans la nuit tandis que les deux amants s’aimaient. Les gardes la menèrent jusqu’à sa chambre où elle fut autorisée à se saisir d’une seule valise. Elle y mit quelques affaires, bien évidemment, des robes et des atours. La photo d’Hilda, une mygale empaillée qui avait vu des jours meilleurs. Et jetant un dernier regard aux gardes-robes de leur secret, au palais rouge, au lac qui le bordait, à la forêt qui avait dissimulé son fils et sa marraine et au ciel de Belgique, elle se permit un dernier sourire, embrassa sa main dépourvue d’alliance et choisit de partir à pieds. Bien vite, ses souliers écorcheraient ses talons à la frontière allemande. Bientôt, elle rejoindrait le nid de ses parents qui lui appartenait encore. Bien vite, elle reprendrait son rang de simple noble, de simple fée. Bien vite, elle pleurerait Gottlieb, qui n’avait jamais pu être sien, et son ventre vide de tout héritier, puisque Jan lui avait été arraché. Elle ne laissa pour trace que quelques affaires abandonnée ainsi qu’une dragée, soigneusement déposée sur la table, avec un mot, rapidement gravé.

« Pour quand tu ouvriras les yeux. »

Mais Jan ne devrait jamais le faire. Enlacé à son homme, choisissant la fidélité de l'âme et d’être possédé par son cœur autant que par son corps sous les regards évincés d’aïeuls poussiéreux, il but cet amour et l’orgueil de ses violents sentiments à s’en saouler. Il caressa la moindre de ses cicatrices de son corps dénudé et remplaça ces alliances, qui n’étaient que les copies d’une autre liaison officielle, par celles de leurs vrais visages. Deux diamants blancs, qui se teintèrent de rouge à leur passion, capables malgré la distance de les tenir informer du bien-être de l’un et de l’autre. Capable de leur dire, sans mots et sans actions, à quel point leurs vies étaient liées et le demeureraient à jamais.

Ainsi allait se terminer décembre. Dans le cri d’une servante qui découvrit Gottlieb au matin. Aux larmes discrètes d’une Julianna perturbée qui appela une dernière fois Jacob. Au visage blême de Bettina, qui se rappelant d’une après-midi Autrichienne, comprit enfin toute la tournure des évènements. A la victoire des troupes de l’empereur sur Sarajevo et à la défaite à venir de l’Empire Ottoman. Au couronnement d’un roi qui refusa ce titre, pour s’auto-proclamer Kapphären.

Dirigeant.

Capitaine d’un navire qui trancherait vite ses cordes pour plonger dans la plus complète et la plus absolue des démocraties.

Bientôt viendrait le traité du respect envers les colonies, et les conseils refondés des nobles et des votés, luxembourgeois et belges, qui tour à tour, assistant Jan de Monbéliard, prendraient au mieux leurs décisions pour leur pays, dans l’unité la plus complète. Si le changement, incertain voire brutal, laissa le peuple dans l’incompréhension momentanée d’un tel renversement, ils parvinrent toutefois à se taire quant au nord, à Antwerpen, le port militaire fut démantelé pour laisser place à la culture d’une nouvelle ville touristique.

A la neutralité d’un territoire qui se voulait sans tensions.

Bientôt naitraient tout de même les premières tensions d’un peuple magique forcé à l’exil. Car le Luxembourg-België ne souffrirait plus de la présence de sorcières ou de fées. Chaque enfant ayant des pouvoirs allait se voir inscrit sur une liste particulière pour être, par la suite, entièrement surveillé. Au sein des colonies, les Djinns furent encouragés à quitter le territoire, sans violence militaire, ou toutefois, sans excessivité.

Bientôt, le nom de l’Albatros changerait pour "Julianna" et la flotte féminine de Jan enverrait ses touristes de par le monde. Ses navires volants, libérés du poids du fer par les nouvelles découvertes yemenistes, seraient en concurrence direct avec les confections espagnoles.

Bientôt serait accroché un nouveau portrait sur le mur du palais officiel. Titré « Kapphären Jan et son épouse, Bettina Andriessen de Monbéliard » on pourrait y voir le nouveau dirigeant du pays, vêtu de blanc et de bleu, canne sertie de rubis et ornée de moulures en argent, sa femme dans une tenue similaire. Si à leurs mains jointes dans une enlaçade discrète et vertueuse, on pourrait y déceler la même paire d’alliance, un regard affûté aurait aussi la possibilité d'y déceler les détails du costume de l’ancien prince.

Une épingle. Une simple épingle à sa cravate.
Un milan des marais.

~~~

“Une idée fixe aboutit à la folie ou à l'héroïsme.” Victor Hugo.

“Une idée ne se révèle qu'au soleil d'un sentiment. S'il est difficile d'en contempler la vérité, elle ne se lasse pas d'éclairer le chemin que nous devons emprunter. Parfois avec folie, parfois avec héroïsme. Jamais sans courage ni sans entêtement. Rarement sans amour.” Kapphären Jan.

Fin.










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