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 Saeduni [Décembre 05]

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La jeune fille qui portait malheur
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MessageSujet: Saeduni [Décembre 05]   Sam 2 Jan - 23:29


Saeduni

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2 décembre, Irbil (zone tigre-Euphrate)


Quitter le Brésil pour rejoindre l’Europe lui avait laissé un sentiment confus de plaisir et d’amertume. Ofelia était à la fois très excitée de regagner la Scandinavie pour Noël, comme elle était désolée de quitter le palais royal de Sumainka et de son épouse. Malgré les différences culturelles, l’orpheline ressentait une fascination coupable pour un pays si différent de ses propres traditions. La nourriture, les tenues, les souvenirs qu’elle emportait avec elle sur le navire volant lui étaient aussi précieux que les images à jamais ancrées dans sa mémoire, passant du visage calme de Sumainka, au sourire enjoué de Coya, au splendide miroir d’Inti. Elle avait mis du temps à revenir sur l’impression de déception laissée par son échec. Mais ravivée dans sa détermination, elle envisageait plus sereinement les miroirs qui se suivraient jusqu’à trouver celui brisant sa malédiction.

Ofelia voyageait en deuxième classe, grâce aux richesses emportées du Brésil. Tout d’abord craintive de l’accueil sur le navire, elle s’était rassérénée à l’ignorance des matelots quant à son nom et à son interdiction de territoire. Le navire espagnol avait franchi l’Atlantique en presque une semaine de voyage et se dirigeait sereinement vers Irbil. Puis vers Istanbul, avant de terminer son voyage au retour de son propre pays. C’était à Istanbul qu’elle pensait descendre, pour ensuite prendre un train pour la Roumanie, et continuer son voyage jusqu’à l’orphelinat où son père l’attendait.

Les nouvelles ne leur parvenaient que par les billets annoncés par la radio de bord. Aussi se trouvaient-ils au-dessus des frontières de la zone tigre-Euphrate quand les conflits décidèrent les pilotes à atterrir définitivement à Irbil. Il leur était impensable de trouver un autre port d’accostage, celui du Yemen étant réservé au Luxembourg-Bergië. Coincés par les batailles entre les Ottomans essayant de retrouver leur appui en territoire perse, et les soldats perses combattant farouchement l'envahisseur, la menace des combats et des attentats les obligeait à s'arrêter pour une durée plus ou moins importante.

Protégés par leurs passeports, mais non pas traités comme des diplomates, les voyageurs furent débarqués et Ofelia comprit que sa malchance, encore une fois, venir d’agir contre elle. Abandonnée à son sort, avec la possibilité d’un logement précaire au centre-ville mis à disposition par la compagnie espagnole, elle s’éloigna donc du port, attrapant simplement un journal au passage pour en lire les dernières nouvelles.

Le conflit, pour l’instant, ne concernait que l’Autriche-Hongrie et l’empire Ottoman, mais les instigateurs de ce conflit, Perse, semblaient avoir passé un pacte avec l'Empereur Edelstein pour retrouver l'entièreté de leur territoire sans plus succomber à la menace persistante des Ottomans. Pris entre deux feux, les Ottomans refluaient à grande peine sur une zone plus restreinte, loin d'Irbil. En deuxième page, on annonçait le bon déroulement d’un mariage princier plus au nord. Autrement, rien de neuf.

Billet en main, valise dans l’autre, elle s’avançait dans le dédale des ruelles, surprise par la température clémente de ce pays malgré l’hiver qui devait recouvrir les sommets scandinaves de neige. Mais toute à ses pensées sur la suite de son voyage, le temps que cela lui prendrait pour rejoindre l’orphelinat et surtout la crainte d’une guerre aussi proche de son chat noir, Ofelia ne comprit que trop tard qu’elle s’était complètement perdue.

Les écritures lui étaient trop étrangères pour qu’elle puisse comprendre quoique ce soit. Les ruelles s’enchevêtraient, dans des cordages de linges lourdement suspendus qui déversaient sur son passage une pluie d’eau de lessive et de marchands de tapis. Il y avait des enfants, qui arrivaient encore à jouer malgré la tension gouvernant leur pays. Des femmes, qui la regardèrent passer, jugèrent sa tenue occidentale et rentrèrent à couvert de leur maison quand Ofelia s’essaya à avancer pour demander son chemin. Une odeur d'épices, de menthe et de souffre la fit tousser, étouffer mais elle s’acharna à s'enfoncer dans le souk en évitant les zones trop bruyantes, par réflexe.

Soupirant, éreintée du voyage et sans autre indication que le nom de l’hôtel – Erbil Rotana – elle n’osa pas avancer jusqu’à un groupe d’hommes, fort occupés à la discussion autour d’une immense tour pleine de fumée dont des tuyaux armés de bec semblaient sortir, comme les tentacules d’une pieuvre de verre.

Se raclant la gorge, les pieds en feu d’avoir trop marché sous le soleil à peine trop chaud, Ofelia vint s’installer sur un marchepied. Sortit de sa poche une galette de pain un peu trop dure. Et entreprit de la grignoter en baissant les yeux, les genoux remontés contre sa poitrine, les pieds sanglés dans des bottes de voyage.

« Je suis perdue. Je suis toute seule. Je ne sais pas combien de temps je dois rester ici et je ne connais ni la langue, ni leur argent, pour comprendre ou échanger quoique ce soit. »
Constata-t-elle en époussetant sa robe de quelques miettes.

Un miaulement retentit à ses pieds. Attiré par le festin, un chat se détachait des ombres envahissant la ruelle. D’un noir d’encre et borgne, ce dernier se rapprocha, reniflant la main qu’Ofelia lui tendit.

Avant de mordre le pouce, sauvageon gourmand et joueur trouvant dans le parfum de la fille un quelconque attrait. Une larme de sang coula. Et Ofelia, sans tressaillir, vint la porter à ses lèvres pour ne pas tâcher le billet qu’elle venait de déposer sur ses genoux.

« Si j’ai de la chance, je trouverai cet hôtel avant ce soir. »
Sumainka lui manquait. Le délicieux hasard de leur rencontre aussi. Mais un éclat de verre lui piqua le regard et son attention fut reportée aux hommes, non loin. Ces derniers, ayant cessé leurs bavardages, la contemplaient fixement.

Nerveuse, Ofelia resta un instant immobile, avant de se redresser, d’empoigner sa valise, froissant encore le billet. Et s’éloignant, le chat sur ses talons, elle sentit sa nuque la picoter. Un regard en arrière lui assura sa malchance.

Elle était suivie.





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MessageSujet: Re: Saeduni [Décembre 05]   Mer 6 Jan - 17:55
Pour la troisième fois, il soupira à fendre l'âme. Ostensiblement, il déplaça son assise, nez au plafond, avec un crissement d'étoffes. Affairée au nettoyage de mon arme, je prenais garde à ne pas glisser le moindre regard vers lui. J'étais fichue dans le cas contraire. Un autre soupire tremblota sur ses lèvres. Ne pas le regarder. Il ne cherchait que ça, attirer mon attention. Fichu sylphe ! Incapable de rester en place ! Plus rapidement, je polissais mon cimeterre pour ne plus entendre ses moindres petits mouvements et souffles aussi lascifs qu'agacés.

- Khâliiiis...

Geignit-il. Sa patience craquelait complètement.

- Khâliiiis... je m'ennuie.

Dans les coussins, il se retourna sur le ventre pour me fixer les bras ballants d'un air morne.

- Distrais-moi.
- Je suis occupée avec mon arme, tu devrais en faire autant.

Tentai-je avec diplomatie.

- Déjà fait.
- Vérifie ton équipement alors.
- Déjà fait.
- Et bien dors alors !

L'agacement pointait déjà dans ma voix avec quelques notes aiguës.

- J'ai pas sommeil...
- Je m'en fiche Atêsh !

Eructai-je en envoyant valdinguer mon arme et me retournant vers lui.

- Débrouilles-toi ! Trouve-toi comme t'occuper ! Tu peux bien le faire jusqu'aux retours de l'éclaireur !

De stupéfaction, sa bouche resta close. D'une demi-volte horizontale, il reprit sa contemplation du toit de notre tente. Lentement, ma lame regagna ma main et j'en bichonnai à nouveau le fil. Du travail exceptionnel d'un des maîtres-forgerons du clan pour mon mariage avec le capricieux constituait une partie de ma dot. Bien qu'elle était à l'origine destinée à mon époux, celui-ci avait jugé bon de m'armer. Ce pragmatisme ou grandeur d'âme, suspectai-je, provenait d'une superstition de guerriers : Le premier cimeterre accepté fixait la loyauté d'un homme au clan ou l'homme qui le lui avait offert. En cas de manquement à la tradition, la lame se retournerait un jour ou l'autre contre son clan. Je connaissais suffisamment mon mari, ce mot restait encore étrange dans mes pensées, pour savoir qu'il ne croyait en rien à une divine punition s'il n'appliquait pas cette règle à la lettre, mais je savais aussi qu'il apportait grand soin à ne pas froisser les croyants quelqu'ils soient.

Soudainement, une question voulut franchir le seuil de mes lèvres. En quel dieu croyait-il ? Alors que je formulais celle-ci, je me rendis compte qu'il avait disparu.

Khâlis, guerrière efrit et première épouse de Mirza Atêsh Jahan Bahadur


** ** **

Privé du support de ma tendre épousée, je décidai très unilatéralement d'aller me promener. Aussi sortis-je de notre tente en me faufilant, ombre, sous les épaisses étoffes. Afin d'éviter tout mouvement de panique, hormis ceux d'une Khâlis qui n'avait qu'à accepter une activité en ma compagnie, j'informai Tanvir de mon intention de sillonner la ville à quelques kilomètres par moi-même. Après avoir protesté brièvement, arguant qu'il me faudrait être discret et de se raviser devant ma mine blasée, il éclata de rire brièvement. "Pire que ton père" ajouta-t-il ce qui naturellement m'emplit de la fierté d'un jeune paon pour parader comme un imbécile. Khâlis sortit de la tente à cette instant précis toute irisée de colère. Un "oups", fort à propos, échappa de mes lèvres tandis qu'avec courage, je fuyais sa furie.

Provoquer la hargne de mon efrit d'épouse constituait un très agréable passe-temps. D'autant plus que cela augurait une réconciliation brûlante plus tard dans la nuit. Toutefois, pour l'instant, mieux valait la laisser se calmer et se passer les nerfs sur un de son frère cadet plutôt que risquer de finir écraser par sa poigne de fer. Au sein du corps menu de Khâlis, la Magie avait niché une force de la nature. Très littéralement. Pour échapper à sa vindicte, pas besoin de se cacher dans les ténèbres toutefois, il suffisait de s'envoler. Mon épousée succombait au mal de l'air dès lors que ses pieds quittaient le sol. A mon plus grand plaisir et désarroi, voyager avec elle signifiait obligatoirement marcher mais, en cas de problème, les Airs m'accueillaient sans qu'elle ne cherche même à me rattraper.

D'un souhait soufflé à un anneau, je me retrouvais donc à plusieurs mètres du sol et esquivai de quelques virevoltes les cailloux jetés. Avec les voyages en Europe, en solitaire ou avec la coterie, j'avais gagné une aptitude de contre pour les jets rageurs d'un public mécontent ou juste de spectres auxquels ma carnation ne revenait vraiment pas. Je payerai sans doute mon petit tour le prix fort lors de mon retour mais... ça valait la peine juste pour la voir pester.

Quelques minutes plus tard, je m'engageai dans les rues enfilées d'Erbil. Bien que le retour d'un prince perse soit connu de tous dans la région, un nom ou un visage ne se superposait pas encore à la rumeur. Tour à tour divin ou monstrueux, prophète ou conquérant, les rumeurs ne se rassemblaient guère que sur quelques détails : Il serait grand, albinos comme le Zal de nos légendes ou au contraire noir comme la nuit et dans ses yeux seraient enfermés des soleils. Autrement dit, à moins de me balader en ville sous forme d'ombre tangible, je n'aurais guère de soucis. Après deux mois durant lesquels je n'avais guère eu de moment de solitude pour flâner, même la tension régnant sur les lieux, en raison des différents conflits, ne me paraissaient que relever le caractère de la ville.

Après quelques détours, je débouchai finalement dans une rue plus fréquentée flanquée d'une petite place meublée d'une table et quelques coussins autour d'un narguilé encore fumant. Venant vers moi, un groupe de quatre hommes se pressait. Non, ils suivaient une demoiselle spectre. Sourcils hameçonnés, sourire en coin incrédule, je reculais d'un pas pour me fondre dans l'encadrement d'une porte afin de la regarder passer, flanquée de son gros matou. Un des hommes, des ottomans reconnus-je à l'accent, invectiva la jeune femme dans sa langue par trois fois en des termes très peu flatteurs.

La situation puante m'arracha un soupire dépité. Je ne devrais pas. Pourtant j'allais le faire. Parfois, je me mettrai des claques à moi-même. Désinvolte, je déroulai le chèche sur le sommet de mon crâne. Un geste ample l'aplanit au sol. Avec un crépitement pailleté, l'étoffe souple se changea en tapis luxuriant. D'un bond, je m'y logeai et d'une saccade, nous nous envolions. Fonçant comme un imbécile, je fauchais l'un des ottomans et me penchai de coté pour récupérer le chat en premier. Un félin, pensez-vous, même aussi abîmé par la vie, je ne pouvais que rêver de jouer avec ses coussinets mignons et le velours profond de son pelage !

Les deux des trois ottomans debout chargèrent vers moi. Le dernier d'eux s'arma de son fusil. Aussi maniable fut mon véhicule, tourner brutalement pour récupérer aussi la demoiselle ne s'effectuait pas aussi facilement que je l'escomptai. Le chat mécontent de quitter le sol, un séide anti-ciel de Khâlis me persuadai-je, plantait ses griffes dans ma tenue plus fermement encore que Chester à l'époque. Après quelques manœuvres risquées pour forcer le soldat à tirer à distance esquivable, je profitai de la rechange de l'arme pour envoyer un pied lesté de la vélocité de ma carpette volante en travers de son visage. Les deux autres, moins sanguins, ne jouaient pas encore au tir au pigeon avec moi avant cet instant précis. Chose apparemment révolue puisque les mains tâtonnaient pour décrocher les sangles. Dans ma saccoche, je plongeais la main et et envoya sur l'un d'eux une bombe artisanale.

Boum ! Une fumée verte s'en dégagea et noya l'un des hommes dans sa brume. A la toux grasse débectée succédèrent bientôt des cris d'oiselles désespérées. Sa peau se recouvrait de plaques pustuleuses et purulentes. Sa chair à vif ou maculée de miasme se cloquait de grappes de pus odorantes. Un tir rageur siffla bien trop près de mon oreille me privant de l'ouïe de ce coté-ci. Sans hésitation, je fonçai sur le dernier garde, intangible le temps de lui passer autour pour mieux le cueillir d'une paume brutale sur son plexus. Il peinerait ainsi durant plusieurs minutes, le temps que la bombe à pustules illusoires cesse son effet sur son camarade et que les assommés ne se réveillent.

En quelques enjambées, suivi du chèche toujours tapis flottant à quelques pas, je me dirigeai vers la demoiselle dont je m'étais assuré régulièrement de la localisation. Brièvement, je levai les mains en signe de paix avant de lui tendre ma droite, paume ouverte vers le ciel.

- Demoiselle Spectre, que diriez-vous d'un tour en tapis volant pour découvrir les charmes de l'Orient?

Lui demandai-je le regard d'or plongé dans le sien, le sourire étincelant et cheveux au vent. Les mots roulaient sur ma langue dans la langue espagnole communément utilisée par les Occidentaux.

- Si possible, vite. Les renforts ne tarderont pas. Et... ils ne seront pas cléments à votre égard.

Ponctuai-je le rire au fond de la gorge.
HRP pour le staff surtout:
 




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MessageSujet: Re: Saeduni [Décembre 05]   Mer 6 Jan - 19:58


Saeduni

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La situation devenait de plus en plus délicate et Ofelia serra les dents, tournant à peine la tête pour suivre le comportement des quatre hommes. Elle partait avec un handicap évident au vu de sa méconnaissance du terrain, et hâta son pas, maudissant sa malchance de l’avoir conduit dans ces rues étroites et désertes. Elle ne se voyait pas demander asile à la première porte venue, fouillait du regard la moindre ruelle pouvant ressembler à une échappatoire. Suivie de près par le chat noir, inconscient du danger. La première voix la héla, en arabe. La seconde en espagnol fut clairement plus compréhensible. On lui demandait de s’arrêter, de s’attarder, pour une discussion hey rien de plus.

Elle ne chercha même pas à y répondre. Bataillant sur les poignées de sa valise. L’orpheline avait de quoi combattre, techniquement. Des artefacts en sapin de noël pour les rigidifier ou des boules de noël pour leur glacer les pieds. Rien de spécialement dangereux pour eux mais pouvant lui permettre de gagner assez de temps pour fuir.

Seulement, ils étaient armés. Ils étaient en bande. Ils semblaient aguerrit à ce genre de chasse.

Et la rue dans laquelle elle se profila tombait justement sur une impasse. Pas le temps de faire demi-tour. Son corps se tourna pour affronter la silhouette des quatre hommes, ravis de l’aubaine. On leva des mains. Les propos furent moins sucrés. Plus arrogants aussi. On désignait sa robe, son visage. La questionnant sur quelques pratiques diverses et variées dont même une putain rougirait. Fronçant le nez, clairement paniquée malgré l’immobilité de son corps, Ofelia attrapa le canif accroché à sa ceinture. Pointa la lame dans la direction des soldats, menaçante.

Un silence presque gêné tomba dans la ruelle. Suivi d’un éclat de rire général.

Le chat miaula. Une bourrasque fit voler la poussière dans la ruelle. Et ce qui apparut dans le ciel ressemblait fort bien à un arabe perché sur un tapis volant, malgré l’improbabilité d’une telle apparition. Ne croyant pas à sa chance une seule seconde, Ofelia leva le bras en signe de défense, se protégeant de la valise quand elle vit l’un des gardes dégainer. Mais la bataille qui suivit, aussi désordonnée qu’incompréhensible, la rassura sur les intentions de ce sixième participant à la scène, félidé non comprit.

Si le coup de feu lui arracha un cri, l’obligeant à se cacher dans l’embrasure d’une porte qui demeura hermétiquement close, Ofelia trouva la force de suivre la scène, d’un regard effaré, proche de la tétanie. Quittant son tapis volant – tapis volant – pour mieux faire tomber les gardes, les uns après les autres, l’inconnu usa de la magie pour assurer son pouvoir et gagner la partie. Rampant à terre, l’un des hommes hurla quand les pustules recouvrirent son visage. Et les deux derniers, rapidement assommés, rejoignirent leurs confrères dans un black-out douloureux.

Peinant à croire qu’elle venait d’être sauvée – cela aurait demandé trop de chance – Ofelia demeura coincée contre le montant de bois, tandis que son chevalier servant avançait vers elle, mains levées, tapis suivant tel un chien fidèle où gisait le chat famélique, traumatisé par son kidnapping. Tout d’abord incapable de détacher ses griffes du tissu, il retrouva bien vite ses forces et s’enfuit, éclair noirâtre dans la poussière à peine retombée. Tandis que l’homme – puisque c’était un homme, passablement jeune d’ailleurs et forcément de nature sorcière ou féerique – l’invitait dans un espagnol chantant à prendre place sur son destrier de laine et de soie.

« Mon père m’a toujours dit de ne pas monter sur les tapis de parfaits inconnus. »
Osa-t-elle bredouiller tout en lançant un regard peu amène aux gardes abasourdis. Comprenant qu’elle tendait toujours son couteau devant elle, lame pointée sur son sauveur, Ofelia s’empressa de rengainer, gardant tout de même la valise devant son corps frêle, en maigre rempart.

Il lui fallait se décider, vite. Cela elle le comprenait bien. Et attrapa la main tendue du jeune étranger pour mieux grimper sur le tapis volant. L’effet était saisissant. La stabilité toute relative de ce mode de transport, sans barrières ni protections, ne la rassurait guère sur ses chances de survie. Surtout s’ils prenaient de la hauteur. Mais elle ne put s’empêcher de caresser les motifs perses. Comme pour vérifier la réalité d’un tel événement.

« Je vous dois des remerciements pour votre aide, monsieur. Je n’aurais jamais pensé être sauvée par un magicien. Surtout en tapis volant. »
Où trouvait-elle la force de présenter les choses de manière si distinguée quand tout son être lui ordonnait de hurler à l’étranger de prendre la fuite, ça elle ne le savait pas. Mais elle pouvait parfaitement voir l’un des gardes se relever, grognant de douleur, frottant sa mâchoire violacée et essayant de rattraper son fusil.

Vivement, Ofelia ouvrit sa valise sagement posée à côté d’elle. Attrapa un sapin de noël en bois parmi ses effets personnels. Et le lança sur l’agresseur qui, le recevant en plein front ce qui dû déjà lui faire mal, tomba en arrière, figé dans une étroite posture rappelant celle d’un homme tentant de mimer un arbre.

« Sans vous commander, monsieur, je tiens beaucoup à visiter l’Orient au plus vite ! »





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MessageSujet: Re: Saeduni [Décembre 05]   Ven 8 Jan - 0:26
- Votre père est fort sage. Une demoiselle ne doit jamais monter sur le tapis volant d'un vilain inconnu sauf ...

Mon index se redressa.

- ... sauf si des gardes véreux viennent de vous faire des propositions salaces à en faire rougir une prostituée.

Lorsqu'elle rengaina son couteau, je me permis de baisser les mains pour simplement garder celle d'invite tendue vers elle. Une fois saisie, d'une saccade, elle atterrit sur l'arrière du tapis où je lui laissai quelques instants pour prendre ses marques. Pour ma part, je fouillai les ombres alentours pour retrouver mon félin compagnon dans l'idée de le ramener avec moi au campement. Aussi, ses remerciements tombèrent à moitié dans l'oreille d'un sourd, toute sifflante du tir précédent et occupé par ma marotte. Les gardes et le fait que la situation fut un peu urgente ? L'évidence ne me frappa qu'en même temps qu'un sapin miniature un de nos opposants.

D'une révérence de saltimbanque, la main arabesque frôlant le sol, j'accueillis son approbation empressée.

- Senorita à la triste robe, je vais vous offrir un monde aux milles et une splendeurs. Un nouveau monde tout en couleurs.

D'une cabriole, sous les ordres aboyés des gardes alertés par le coup de feu qui convergeaient vers nous, je pris la place du conducteur. D'un souffle, je liai la valise de la demoiselle au tapis afin que celle-ci ne s'envole pas.

- Accrochez-vous à moi. Solidement et pas de simagrées d'occidentales, vous n'allez pas tomber enceinte en vous arrimant à ma taille mais surtout vous ne tomberez pas au sol. Compris ?

Repliant les coins avant vers le haut, je forçai notre véhicule à prendre de la hauteur avec célérité dans un tourbillon ascendant. Un sacré baptême de l'air pour la jeune femme qui n'avait sans doute jamais volé autrement que dans un lourd vaisseau. Hélas, je n'avais guère le choix si nous voulions sortir du champ de tir quasi libre de nos poursuivants. Aidé d'un sortilège supplémentaire, niché au coeur d'une de mes bagues, les vents s'engouffrèrent dans nos cheveux. Nos vêtements fouettèrent durement nos peaux tandis que nous grimpâmes jusqu'à n'être plus qu'une ombre sur le soleil. Mon rire tempêtait plus encore que l'air cinglant nos visages.

En quelques minutes, nous avions quitté les rues colorées et bruyantes d'Erbil pour les vallées sinueuses du Kurdistan. La zone constituait une sorte de château d'eau dont les montagnes nombreuses abreuvaient le Tigre. Le temps humides des mois hivernaux nous épargnait cette semaine-là mais des champs émeraudes surgissaient, presque soudainement, des terres ocres. Malgré les batailles successives, le peuple continuait de semer, de récolter et de vivre. Ce qui changeaient pour les gens restaient principalement la langue officielle et à quel point il serait opprimé pour leur religion ou magie. Ni Perses, ni Ottomans n'avaient jamais eu le temps de s'occuper de détails ethniques car aucun de nous n'avait gardé depuis des décennies une étreinte stable. Durant quelques années, un gouvernement indépendant kurde s'y était même installé. Lorsque nous aurions récupéré la région, notai-je mentalement, un satrape kurde devrait réussir à calmer les tensions avec cette communauté-là. Stratégiquement, la ville avait une importance moindre que Bagdad par exemple mais restait une plaque tournante intéressante. Et surtout, une position idéale pour le repli grâce à son relief.

Assuré que nos poursuivants n'avaient pas eux-mêmes de quoi voler, nous divaguions dans une brise légère. Sur les sommets, des nuages s'amoncelaient. D'ici trois heures, la pluie tomberait, estimai-je. Aux vues des teintes plutôt sombres, probablement seront-elles torrentielles. Elles nous arrangeront autant, en raison du bruit et de la visibilité moindre, qu'elles nous dérangeraient. Toujours plus difficile de se faufiler quand les vêtements se gorgeaient d'eaux. D'une saccade du chef, je chassai les préparatifs de batailles de mes pensées pour me retourner vers ma passagère et longuement l'observer.

- Vous allez bien ?

M'assurai-je un sourire goguenard sur les lèvres.

- Je suis le... Je suis Atêsh. Et vous Senorita à la Triste Robe ?

Le titre et tout le reste faillit m'échapper. Outre le fait que se targuer ouvertement être l'ennemi des puissants locaux serait imbécile, une spectre n'entendrait pas grand chose au sujet. Puis, être seulement Atêsh, un sylphe "magicien" sur un tapis volant, à ses yeux me paraissaient plus agréable.




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MessageSujet: Re: Saeduni [Décembre 05]   Ven 8 Jan - 12:36


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Spoiler:
 


Le sylphe n'eut pas à insister pour que Ofelia vienne entourer son torse de ses bras. En d'autres temps, elle se serait peut-être insurgée des insinuations de l'étranger sur sa naïveté, ou aurait rougit de cette soudaine proximité. Mais d'avoir passé la majeure partie du temps main dans la main avec Sappa Sumainka, à la recherche du miroir ardent, rendait toutes ses considérations complètement obsolètes. A dire vrai, Ofelia était surtout pas plus mal ravie d'avoir quelque chose - ou en tout cas quelqu'un - à quoi se raccrocher. Car le tapis ne représentait pas de grande sécurité pour empêcher toute chute.

La valise arrimée à ses côtés, le sylphe fit une embardée qui les projeta dans l'air. Et si l'orpheline parvint à retenir un hurlement de frayeur sous la soudaine poussée qui lui souleva le coeur, elle s'agrippa plus étroitement aux côtes de son sauveur, quitte à l'étouffer. Apeurée, n'osant pas jeter un seul regard sur le paysage qui défilait sous leurs pieds dans de derniers coups de feu, elle plaqua son visage contre le dos de l'inconnu, fermant fermement les yeux en marmonnant une prière.

Pourtant, le tapis parvint à se stabiliser en hauteur, réduisant de vitesse et flottant à bonne distance du sol, pour mieux surplomber la ville et ses paysages alentours. Péniblement, les mains tremblantes, l'apprentie sorcière se détacha à grande peine du Perse pour jeter un regard prudent en contre-bas. Et si le vertige la saisit, blêmissant son visage, il la recracha presque aussitôt pour laisser la place à une profonde admiration.

Elle volait
. Pas comme dans un l'un des navires ou dirigeables qu'elle avait déjà pris pour rejoindre les terres du Brésil et en revenir. Elle volait sans murs, sans hublots pour la séparer du ciel. Levant la tête, elle pu discerner les lourds cumulus qui surplombaient le château d'eau naturel. Et la rabaissant, elle observa le cheminement verdoyant des prairies récemment ensemencées.

« Mon dieu. »
Balbutia-t-elle faute de trouver d'autres mots pour exprimer sa pensée. Et relâchant enfin le sylphe, elle s'allongea prudemment le tapis, pour laisser pendre sa tête dans le vide tout en s'accrochant aux fanions. Ainsi placée, elle avait l'impression de survoler la ville par elle-même, et non pas soutenue par cet artefact.

Les gens là-bas n'étaient que des ombres fourmillantes et indiscernables. Les rues, un labyrinthe enchevêtré et piqué de quelques couleurs vives aux étendages qui les traversaient. Plus de poussière. Plus de parfum autre que l'air frais. Ofelia frissonna de froid, observa la buée se condenser à son expiration. Et éclata d'un petit rire.

« Nous sommes si hauts ! A moins de nous tirer dessus à coups de canon, ils ne pourront plus nous attaquer. C'est bien fait ! »
Satisfaite et sans plus penser à sa malédiction, Ofelia se réinstalla, les jambes repliées sous elle et sa robe cachant ses chevilles. Elle n'en demeurait pas moins une demoiselle avec des manières et posa une main possessive sur sa valise immobilisée, faisant de nouveau face à Atêsh, plus tranquille.

Même rassérénée.

« Je vais très bien, merci encore de m'avoir sauvé, et de m'avoir emmené ici. Votre tapis est fabuleux ! »
Toute souriante, elle finit par baisser les yeux sur sa robe, un peu piquée du surnom donné par le Perse. Mais néanmoins amusée. « Je me nomme Ofelia. Ofelia Klaus. J'étais en route pour trouver mon hôtel, mon navire vient de débarquer mais a du stopper machine par crainte des conflits. Vous vivez à Irbil ? Vous êtes. » Elle eut une hésitation. Se mordilla la lèvre inférieure et finit par demander, le plus posément possible. « Vous êtes une fée ou un sorcier, n'est ce pas Atêsh ? Comme sorti d'un conte des mille et une nuit. Je n'aurais jamais pensé inaugurer ma visite par un tour en tapis volant. Cela s'achète-t-il ici ? »

Il ne rentrerait peut-être pas dans sa valise mais il lui tenait d'en emporter le souvenir avec elle. Son père avait son traineau et ses rennes. Mais Ofelia sentait que Nikolas ne serait pas contre une balade dans les airs, même si c'était elle qui l'emmenait.

Les cumulus crevèrent au-dessus d'eux. Petite pluie glacée, à peine malheureuse. Claquant des doigts sans s'en sentir déstabilisée - il fallait bien que le chat noir revienne - Ofelia ouvrit sa valise. Et faisant signe à Atêsh de se rapprocher, sortit un petit parapluie qu'elle déplia au-dessus d'eux.

« Voilà. Maintenant nous formons le tableau le plus incongru de tout l'Empire Ottoman ! »





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MessageSujet: Re: Saeduni [Décembre 05]   Mer 13 Jan - 17:50
En tailleur, tête penchée sur le coté et les mains posées sur mes chevilles, je tâchai de me faire le plus petit possible pour l'observer avec attention et la laisser prendre possession des lieux. Loin de moi l'idée de lui céder mon superbe tapis adoré, il me semblait néanmoins important de la laisser profiter à son gré de son premier vol. Si elle s'était accrochée de toutes ses forces à moi, me coupant brièvement le souffle, elle gesticulait à présent assez pour me rassurer sur le fait qu'elle, au moins, ne se mettrait pas à hurler à la mort en vomissant à chaque turbulence. Khâlis détestait vraiment voler alors que pour elle j'avais opté pour le décollage en douceur. Mes autres camarades, bien que parfois sylphes, se désintéressaient totalement de toutes célestes considérations si elles ne présentaient pas d'avantages stratégiques. Certes, le moment n'était pas aux amusements aériens, mais rien n'empêchait de profiter un peu du ciel retrouvé de la Perse.

- Peu de risque effectivement à moins qu'ils ne dépêchent un navire volant pour notre capture, mais c'est fort improbable pour un soupçon d'amour propre froissé.

Quelques bleus, deux sortilèges pas beaucoup plus dangereux qu'un hématome mais autrement plus honteux et deux fuyards pratiquant la magie sur un tapis volant. Non, vraiment, les gardes ne s'ennuieraient pas à affréter un bâtiment flottant juste pour ça alors que la cité était sur le pied de guerre. Convaincu, je restai sagement à la regarder avant d'étirer un franc sourire. Celui-ci se changea vite en rire en l'entendant poser autant de questions.

- Je suis un djinn. Un sylphe pour être exact. Concernant le tapis, vous pouvez acheter un normal et trouver un djinn pour vous l'enchanter. Attention toutefois à ce qu'il demandera en retour : rien n'est jamais réellement gratuit et la plupart des miens ne sont pas connus pour leur grandeur d'âme et leur folle envie d'offrir quoique ce soit aux occidentaux.

Avertis-je sans me départir de mon sourire. Du moins jusqu'à l'arrivée soudaine et incongrue d'une bruine fine. Tellement stupéfait - ne venais-je pas de prévoir la pluie pour dans quelques heures ? -, je fixai le ciel, les sourcil froncés tremblotant d'incompréhension, sans penser à me protéger de l'averse localisée. D'où venait ce fichu nuage que je n'avais pas aperçu cinq minutes plus tôt ? Comment diable pouvait-elle être si préparer à une météo soudainement si... illogique ? "Oh" lâchai-je. Voilà pourquoi son don m'apparaissait comme un fil noir emberlificoté lardé de piques suintant le danger. Je haussai légèrement une épaule en me réfugiant sous le parapluie.

Un frisson de dégoût remonta ensuite le long de ma colonne vertébrale avant que je ne lui porte un regard franchement noir. Quelques paroles froids cinglèrent.

- Nous sommes en Perse. Cessez donc de confondre deux contrées aussi différentes que l'Allemagne et la Scandinavie, fichus stupides occidentaux.


Exaspéré, je détournai alors le regard pour fixer mes terres en contrebas. La maladresse de la demoiselle n'avait rien d'exceptionnelle hélas. Les Spectres pensaient tout le temps que que tout l'Orient se ressemblait ou qu'il se liaient au bientôt défunt empire ottoman. Tendue, l'Ombre ressassait tandis que je m'efforçai d'avaler l'affront involontaire d'une adolescente. Ne méritait-elle pas de sombrer à tout jamais ? Une simple poussée suffirait à anéantir l'obligation. Un soupir dissipa néanmoins la tension.

- L'Empire Perse occupe ces Terres depuis son premier avènement bien avant l'émergence d'un de vos pays occidentaux. Elles constituent en quelques sortes un des berceaux de notre civilisation. Depuis plus d'un siècle, nous livrons une bataille pour le contrôle de la région avec les Ottomans qui désirent s'en emparer. Nous avons repris le contrôle total avec le décès du sultan et les traités signées avec son successeur. Naturellement, il subsiste quelques poches de résistances ottomanes que nous aurons tôt fait d'écraser.

Coulant un regard vers elle, je repris mon explication.

- Si nous étions en Terre Ottomane, je serai un esclave enchaîné à un humain, privé de tous droits et sans cesse humilié de mille et une manières. Vous seriez probablement morte pour être sorcière ou... votre "don". Ou vendue comme courtisane pour votre "exotisme" occidental. En Perse, nous sommes libres vous et moi de pratiquer la magie en respectant les lois.

Ou en ne nous faisant pas attraper.

- Ici que vous soyez une créature de magie ou un humain, vous avez les mêmes droits et les mêmes obligations.


Un nouveau soupire.

- Je sais que ça n'est pas de votre faute. Les vôtres considèrent qu'ils sont le centre du monde et que tout doit se conformer à leurs façons et qu'ils sont responsables de tout.

D'un geste las, je balayai l'air.

- Renseignez-vous correctement la prochaine fois.

Toujours un peu blasé, j'essorai un pan de mon khalat humide. Après un dernier soupire, je me recomposai un sourire presque doux et désolé.

- La pluie sur un tapis volant n'est pas le meilleur mélange. Avez-vous des préférences de paysages ? Je ne pourrais pas tout vous montrer en une fois. Je répondrai à vos questions.

Sans compter le fait que d'ici quelques temps, il faudrait que je rejoigne le campement. Machinalement, ma main s'appuya sur un coin du tapis pour lui imprimer la direction de notre fief temporaire et le couvert possible de sa vallée en cas d'averses plus abondantes.




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MessageSujet: Re: Saeduni [Décembre 05]   Mer 13 Jan - 19:09


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Ofelia savourait son idée, imaginant même une partie de thé à la française à bord du tapis volant, les nuages à peine plus hauts qu’eux, le monde en contrebas, quand le regard noir d’Atêsh lui souffla son sourire comme une porte claquée. Aussitôt la réplique, cinglante, suivie sa froideur, et l’orpheline s’agrippa plus fermement à son parapluie, ne pouvant soutenir ces yeux d’or, abaissant les siens sur les tissus enchevêtrés de sa robe.

Elle n’aurait jamais commis l’impair de le défier à ses connaissances ou de balayer ces précisions d’un rire irrespectueux. Comme au Brésil où elle s’était tenue aux coutumes étrangères, retenant avec peine son choc quand elle avait découvert la liaison incestueuse des deux dirigeants, Ofelia s’était promise d’agir avec ouverture d’esprit, nourrissant sa curiosité de livres et d’images pour en apprendre toujours plus et comprendre mieux le monde qui l’entourait. Hélas, elle ignorait encore tant de choses, en termes de géographie comme d’histoire, et si elle s’était inquiétée de la manière de se comporter vis-à-vis de certaines peuplades étrangères, elle n’avait jamais pensé faire preuve d'une telle stupidité à l’égard d’un djinn de ces contrées.

C’est avec honte et culpabilité qu’elle écouta donc les précisions historiques d’Atêsh, de nouveau mal à l’aise quant à leur proximité, la pluie claquant ses gouttes sur son parapluie. Elle respirait par à-coups, angoissée et se rendant compte de sa fragilité, ainsi posée sur le tapis du fé. Mais il n’avait pas tort de la rabrouer ainsi, même avec dureté. Elle avait 16 ans, bientôt 17 dans moins de trois mois. Elle avait donc l’âge d’apprendre et de retenir les choses sans faire honte au nom Klaus dont elle s’était auparavant vantée.

Son pouvoir pouvait donc se manifester sous une forme plus figurée, froissant son vis-à-vis quand, l’instant d’auparavant, elle le faisait rire et passer un bon moment.

Un peu rougissante, et surtout attristée, elle ne releva les yeux qu’au terme de courtisane quand, la désignant, Atêsh entreprit de lui changer son regard sur la communauté Perse et ses différences avec les Ottomans.

Et s’offrit le luxe de murmurer, bassement.

« Je vous présente mes plus humbles excuses. Je ne souhaitais en rien vous froisser et insulter votre pays, comme vos traditions. Vous êtes le premier Djinn que je rencontre et j'en suis très honorée. Mais je ne suis pas très au fait des circonstances qui ont mené votre peuple à entrer en guerre avec les Ottomans... Je n’ai, pour tout renseignement, que quelques lignes dans un journal et peut-être pas assez de curiosité. J’en suis navrée. Si j’avais été plus intelligente, comme j’espérais pourtant l’être, je me serais renseignée et je n’aurais pas parlé avec autant de légèreté d’un sujet qui importe. »


Il semblait toujours distant, mais lui offrait encore sa compagnie, souhaitant certainement lui changer les idées en la menant vers des paysages plus exotiques pour ses yeux de petite occidentale. Malgré son teint olivâtre et ses origines modestes d’orpheline, Ofelia avait bien conscience d’être née avec l'arrogance inconsciente des peuples éduqués. Jugeant durement ce que son monde considérait comme une peuplade d’excentriques mal dégrossis aux croyances païennes et aux rites hors normes.

Mais là où les occidentaux l’avaient chassé d’Espagne sans aucunes explications, cela faisait deux fois qu’un étranger décrié lui portait secours. Et elle ignorait encore tout de l’ascendance royale de ce jeune homme aux cheveux de neige qui tentait, bon gré mal gré, d’aller au-delà de son mépris en lui concédant un nouveau vol sur son tapis.

« Je ne veux pas vous déranger. Vous avez fait beaucoup pour moi en me sauvant. Si vous m’offrez la possibilité de demeurer encore à vos côtés, je tâcherais d’être plus respectueuse envers votre peuple et envers les conflits qui l'agitent. Des propos que vous me rapportez, sachez en tout cas que je suis de tout cœur avec les soldats perses. Aucun être, de sang royal ou divin, ne devrait avoir à juger et asservir son prochain. C'est mon père qui me l'a appris. »


Et osant un petit sourire, Ofelia ajouta.

« Vous me prouvez bien là l’honneur des perses, en m’offrant la possibilité de découvrir des terres méconnues. Si cela ne vous gêne pas, j’aimerais beaucoup continuer de voler en votre compagnie, et observer d’un peu plus près les prairies qui verdissent en bas. Dans mon pays, à cette époque, tout est recouvert de neige. Constater la floraison de vos cultures serait comme croiser avril un peu plus tôt… »


Mais à sa droite, une ombre s’avançait. Attirant son regard et l’interrompant enfin. Renvoyant son parapluie en arrière, Ofelia cru qu’un nuage d’orage s’approchait, à quelques centaine de mètres du tapis. Seulement le mouvement était trop rapide et trop dense pour n’être que de l’humidité.

« … Il me semble voir là des oiseaux… »
Chuchota-t-elle, à nouveau inquiète. Les volatiles ne semblaient pas les avoir aperçu – quelle malchance – et fonçaient désormais droit sur eux.





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MessageSujet: Re: Saeduni [Décembre 05]   Sam 16 Jan - 23:32
- Excuses acceptées.

Oui, c'était rapide. N'avais-je pas déjà décidé de lui pardonner avant qu'elle ne reprenne la parole ? Entretenir des rancunes pour des broutilles gaspillait bien trop mon temps pour que je m'accorde ce luxe infantile. Vouloir détruire des ennemis séculaires parce qu'ils gangrénaient mon empire m'était autorisé. Impossible toutefois de laisser planer le spectre de la vengeance sur quelqu'un qui s'excusait sincèrement pour une seule erreur. Par contre, ma patience n'excusait que rarement une deuxième fois la même faute. Aussi, à la suite de son discours, mon sourire s'étira à nouveau comme si aucun impair n'avait été commis. Ma main, très naturellement, atterrit sur le sommet de son crâne pour l'ébouriffer en douceur.

- Bien, Triste-Robe. Je t'apprendrai si tu désires vraiment savoir et te montrerai mon empire.

Conclus-je notre bisbille, la taquinant encore un instant. Aussi, je ne dus mon esquive d'oiseaux suicidaires qu'à son chuchotement. Yeux écarquillés, je la forçai à utiliser son parapluie en bouclier. Trois volatiles percutèrent de pleins fouets notre maigre barrière et durant un instant le tapis tangua. Leurs compagnons éplorés et terrorisés relâchèrent leurs craintes sur nous plus que de raison et il ne fallut guère longtemps pour que plusieurs déjections ne viennent à maculer nos épaules. Un dernier suicidé s'échoua brutalement contre le parapluie et retomba, assommé, sur mon chèche-volant. Enfin, nous ressortîmes de la nuée avec une allure piteuse. Heureusement pour nos vêtements souillés, le ciel crachait toujours cette pluie incongrue que je me figurais bien trop localisée. La seule chose qui me dérangeait vraiment restait la perspective d'en avoir dans les cheveux. Aussi, vérifiais-je la chose d'une geste rapide. Ouf. Les épaules, torse et mêmes genoux avaient subi mais au moins rien d'autre que de l'eau coulait le long de ma tignasse.

Je lui rendis alors le contrôle de son parapluie pour vérifier l'état de notre véhicule. Rien de cassé, mais devant nous, un oiseau comatait mal en point. Son plumage vert absinthe se rehaussait d'une touche orangée sur sa gorge. Les dessous de ses plumes se teintaient de rouge et, autour de ses yeux, le noir formait une sorte de masque. De taille tout de même conséquente, il dépassait allégrement ma main pourtant ouverte pour l'examiner d'un geste doux même s'il était plus léger qu'une poignée de farine.

- Il est seulement sonné, je crois. J'espère que les autres n'auront été qu'étourdis par le choc.

Je m'approchai à nouveau d'elle dans le but évident de placer l'animal entre ses mains ou sur ses genoux.

- Essaie de lui couvrir la tête, cela lui évitera de paniquer au réveil. Son vol niche sans doute dans le coin. S'il n'est pas blessé, il pourra retrouver ses camarades rapidement.

Continuai-je d'un ton calme. Pas question de la fustiger. Premièrement, hormis sa malédiction de plus en plus évidente, elle n'était pas forcément coupable. Deuxièmement, parfois, les animaux perdaient un peu la tête lorsque des batailles ou d'autres troubles se préparaient. Troisièmement, l'enguirlander pour sa poisse ne l'aiderait en rien et n'arrangerait pas la situation.

- On va descendre pour nettoyer un minimum les... taches, vérifier l'état de notre passager clandestin et pour que tu vois les plantations de plus près. Ici, c'est des rizières. Il n'y en a pas en Occident à ma connaissance.


A la parole, je joignis le geste. En spiral, nous profitâmes des vents descendants pour flotter quelques mètres au-dessus des champs gorgées de plantes vertes. A travers l'eau saumâtre, les mouvements lents de quelques couleuvres de petites tailles teintaient les vaguelettes de ridules sombres. Alors que j'avais escompté arrivé quelques mètres avant le noeud d'irrigation où nous aurions pu puiser de l'eau clair pour donner un coup de frais à nos mises, nous avions dérivé de plusieurs centaines de mètres. Je remontais alors le canal sans un mot, la laissant découvrir pour éviter de manger un autre vol d'oiseau ou une des masures de terres battues jalonnant les lieux pour mieux surveiller les cultures. En raison de la pluie, nous ne vîmes pas âme humaine qui vive. Par contre, furieux du dérangement, un chien aboya sa désapprobation à notre passage.

Nous nous arrêtâmes à côté d'un puits de terre surplombé d'un dôme conique. A moitié enterré, sous nos pieds, un réseau de canaux souterrain receuillait eaux de pluies au fil de la saison pluvieuse et apportait l'eau drainé des cours d'eau de surface pour pallier à la distance des zones plus fertiles. Le ruissellement depuis le sommet de la montagne au flanc de laquelle nous nous trouvions apportaient le reste nécessaire à la coûteuse culture rizicole. Je mis pied à terre le premier et la soulageai rapidement de l'oiseau afin de lui permettre de descendre à son aise. De la main libre, je récupérais ensuite le tapis qui reprit sa forme de bande de tissus souple que j'enroulai normalement en chèche autour de mon crâne. Là, je préférai constituer un nid douillet pour notre patient temporaire.

- Evite de t'approcher des rizières. Les herbes sont hautes et c'est la saison humide. Les couleuvres sont ... plutôt actives. Enfin, ça n'est pas dangereux mais une morsure reste douloureuse.

En quelques pas, nous étions à la pompe métallique. Je déposais le guêpier à mi-hauteur pour pomper quelques lampées dans un seau vide. De suite, je m'attelai à récurer les souillures pour éviter que cela ne s'imprègne dans le tissu. L'oiseau paniqué choisit l'instant où, dépité, je découvris que j'en avais effectivement dans les cheveux et que je me renversais le seau d'eau sur la tête pour frotter...

L'oiseau en question:
 




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MessageSujet: Re: Saeduni [Décembre 05]   Dim 17 Jan - 1:19


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Il lui pardonnait, avec un sourire confiant et Ofelia eut un sourire rassuré, soulagé même, laissant la main du djinn trouver ses cheveux et les ébouriffer. Ce geste, semblable à celui que Nikolas lui réservait quand elle pensait avoir une fait une bêtise, l’attendrit au point qu’elle en demeura muette, et un peu bête. Mais qu’importe cette familiarité déplacée, pour d’autres. Ils étaient ensemble sur un tapis volant, il lui touchait les cheveux. Elle aimait bien. Tout simplement.

Ainsi, quand le malheur se réinvita sous la forme de ces volatiles, Ofelia se sentit furieuse et contrite de cette nouvelle interruption. Obéissant toute fois à l’ordre d’Atêsh, elle ouvrit son parapluie pour contrer les attaques involontaires des oiseaux colorés. En sentant certains percuter son pauvre bouclier, mais tenant fermement sa mise, pour éviter de basculer en arrière et d’échouer. Les lèvres pincées, assez angoissée à l’idée que le tapis perde de sa tenue et ne parte en vrille dans le ciel, l’orpheline finit par comprendre qu’ils venaient de dépasser cette nouvelle mésaventure avec succès, soutenue par le magicien. Rabaissant le parapluie, dans un dernier pépiement, elle tourna son visage pour observer la survie de l’envolée, les oiseaux continuant leur route dans le ciel sans plus se soucier d’eux.

Laissant simplement dans leur sillage la présence inerte de l’un de leur compagnon de voyage. Un peu abasourdie, Ofelia le contempla avec crainte. Et finit par murmurer, d’une voix blanche.

« Je l’ai tué ? »
Le crachin tombait encore, déversant sur eux une pluie bienfaitrice les lavant des souillures malodorantes. Mais Ofelia ne semblait pas encore prendre compte de sa tenue et des chiures qui la maculaient. Toute concentrée sur l’oiseau qu’Atêsh venait de ramasser. Fort heureusement pour sa culpabilité, la malchance lui dédaigna ce sortilège.

Il vivait, respirait avec calme et semblait profondément endormi.

« Lui couvrir la tête ? »
Demanda-t-elle, peu rassurée sur les chances de survie du volatile si le djinn le lui confiait. Pourtant, elle rangea le parapluie pour prendre l’oiseau entre ses mains. Ramenant la pauvre bête contre sa poitrine maigre, sans pour autant l’étouffer. Elle se sentait sale, putride, les vêtements détrempés lui collant à la peau et lui rappelant, évidemment, sa quête du miroir au Brésil et la pluie qui n’avait, là encore, pas manqué de survenir.

Pourtant, elle sortit de sa poche un mouchoir brodé. Et en couvrit la tête de l’oiseau, prudemment.

« J’espère qu’il les retrouvera. Cela me désolerait de lui avoir fait perdre sa famille. »
Lissant ses plumes doucement, elle releva ses yeux noirs sur le magicien. « Vous risquez de m’entendre souvent vous présenter des excuses. La vie n’est pas très heureuse quand je suis à côté. » Et assombrie, Ofelia le laissa mener le tapis jusqu’aux rizières, sans jeter un coup d’œil au paysage, sans lever la main pour s’essuyer. Elle lui confia l’oiseau au moment de descendre, obéissant à sa demande sous-entendue mais gardant la mine basse, le regard presque déçu. Observant la transformation du tapis en un long ruban de tissus, elle ne parvint pas à en être émerveillée, car son attention était rivée à l’oiseau, toujours sonné et niché dans le chèche qu’Atêsh lui offrait.

Tout en évitant les hautes herbes – dans leur situation, une morsure de couleuvre était une suite fort probable – l’espagnole le suivi jusqu’au puits, le regardant se rincer de toutes déjections sans penser à en faire de même. Elle semblait ailleurs, presque dépassée par son propre état et ses responsabilités. A quoi bon de toute façon ? Le chat noir finirait par la faire trébucher dans la boue ou lui causer d’autres sévices. Elle commençait à en avoir tristement l’habitude et ne semblait pas prête à faire des efforts supplémentaires pour que son sort puisse à nouveau se moquer d’elle.

Pourtant, la lumière revint à son visage au moment où, paniqué, l’oiseau sortit la tête, vif, et pépia d’un cri d’alerte qui lui arracha un pauvre sourire.

« Ah il va mieux ! »
Et tendant les mains vers l’oiseau, Ofelia le vit reculer, sautiller sur le chèche, battant des ailes de manière désordonnée. Sa première tentative d’envol fut un échec, mais il se dégagea bien vite du mouchoir qui le recouvrait encore, pour sauter encore sur le bord du chèche, pépier, et prendre la fuite.

Ce fut un éclair vert au-dessus des rizières. Une vague lente quand il manqua de chuter. Mais les forces lui revinrent et, mètre par mètre, il reprit son ascension jusqu’au ciel. En direction de ceux qui n’étaient plus que de vagues points à l’horizon.

« Voilà une bonne chose de faite pour lui, vous aviez raison. »
Et s’ébrouant soudain, comme sortie d’un songe, Ofelia croisa le regard mordoré du djinn. Pour chuchoter, dépitée.

« Vous êtes dans un état… Permettez. »
Attrapant le sceau d’eau, elle en versa sur ses épaules, ramassa son mouchoir. Et le nettoya avec des gestes empressés de mère contrariée. « D’abord une bagarre, ensuite la pluie. Vous n’avez pas froid ? » Reculant d’un pas, elle pinça les lèvres. « J’ai ce qu’il faut dans ma valise cec- Ah ! Sapin de Noël ! » Sa valise, avec tout ça elle l’avait laissé tomber à terre sans plus s’en occuper.

L'orpheline rvint à ses biens, veillant qu’aucune écorchure ne vienne griffer son sac de voyage. Pour la ramener finalement près du puits. Et se découvrir, écartant à peine les bras sur sa robe noire maculée, scandalisée.

« Oh Chocolat ! Encore une robe de fichue. A ce rythme, je vais finir par les coudre à la chaine pour pouvoir les remplacer… »
C’était ce défaut pratique qui la fâchait, plus que l’état dans lequel elle se trouvait. Mais plongeant les mains dans le puits, elle éclaboussa son visage, ses cheveux. Relevant enfin les yeux sur la rizière. Et la vision émeraude qui s’offrait à elle.

Ralentie dans ses gestes, jusqu’à n’être qu’une simple observatrice, elle laissa au temps de s’étirer sur quelques secondes de silence. Avant d’assentir d’un signe de tête, et murmurer.

« Vous aviez raison. Il n’y a pas cela chez moi. Et c'est bien dommage. Comme c'est joli... »





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MessageSujet: Re: Saeduni [Décembre 05]   Dim 17 Jan - 15:02
Fort heureusement, je n'avais pas mentionné les autres bruits contre son parapluie. Elle-même ne semblait pas avoir fait le rapprochement et, avec le coup visible que lui porta déjà l'oiseau comateux, il ne fallait surtout pas qu'elle s'interroge sur le sujet des autres oiseaux. Même si, comme Khâlis, elle ne pleurerait pas forcément, elle finirait irrémédiablement par s'en vouloir. Puis, je ne supportais vraiment pas de voir une femme pleurer sincèrement devant moi. A chaque fois, je me retrouvais à faire l'imbécile pour tenter de les distraire des pensées sombres et pour leur ravir un sourire ou un rire. Etrangement, presque à contrario, j'avais une tolérance dantesque aux simagrées des garces manipulatrices. A force d'entendre les femmes du harem se plaindre en couinant pour un oui ou un non, les larmes de crocodiles ne récoltaient plus grand chose d'autres qu'un roulement d'yeux dépité. Ofelia ne s'approchait nullement de ce genre de femmes. Elle ne feignait pas l'inquiétude ou le fardeau qu'elle portait sur ses épaules. A plusieurs reprises, j'hésitai à répliquer, la secouer ou encore l'encourager mais y préférai finalement le silence.

Redressant la tête, mes cheveux formaient un voile opaque et humide sur mon visage. Je soulevai une mèche pour apercevoir l'envol titubant du guêpier et Triste-robe s'approcher de moi son mouchoir à la main. A moitié interdit, je l'observai frotter sur mon banyan et renverser encore le seau d'eau sur moi avant de me houspiller comme une mère. Du moins me le figurai-je ainsi. Mère étant ce qu'elle est, mes points de comparaisons s'arrêtaient avec les familiarités que de rares femmes s'étaient permis avec moi : Ma nourrice, Negin et Parvaneh l'avait fait lorsque j'étais enfant. Abigale se le permettait, mais à l'attention de Tayeb, jamais de la mienne personnellement. Khâlis ne se privait pas une seule seconde, avec sa manière explosive, prétextant que c'était là le rôle d'une épouse. A présent, il me faudrait composer avec Ofelia apparemment. Voilà qu'elle pérorait une sorte de plainte sur la bagarre, la pluie et s'offusquait de ma tenue pour ma santé et confort. En oubliant qu'elle était dans le même état. La surprise m'étreignait tellement que je n'arrivai pas à réagir autrement qu'en subissant docilement, la mine innocente tournée vers elle. Au premier "sapin de noël", mes épaules commencèrent néanmoins à tressauter.

A s'agiter ainsi, à s'inquiéter pour son bagage, puis enfin sa propre tenue, elle contrôlait le rythme progressif qui secouait mon corps. Lèvres pincées, je réprimai autnat que possible mon hilarité grandissante. Libre du poids de la culpabilité, elle percutait enfin sur ce qui l'entourait. Un peu moqueur, mon rire jaillit comme une tempête. Comme pour me faire pardonner, je réitérai l'ébouriffage. La taquinerie s'éteignit rapidement pour laisser place à un simple rire gai, à gorge déployée sous la pluie qui, décidément, ne tarissait pas. Avec un bruit comique de succion, je détachai mes vêtements trempés de ma peau.

- Je t'offrirai une robe coloré pour ton séjour ici, Triste-Robe. Tu pourras porter tes atours de corneilles chez les Spectres. Ici, ils ne font qu'attirer le regard sur toi.

Un franc et étincellant sourire flotta sur mes lèvres et je lui tendis une nouvelle fois la main. Comment pourrais-je lui démontrer qu'elle n'avait nullement besoin de se conformer au rôle d'émissait du malheur dans lequel elle avait paru sombrer quelques minutes auparavant ? Pas une seule seconde, je ne doutais de la puissance de sa malédiction. Mais il avait autre chose. Un autre éclairage à comprendre. Je le savais. Je le ressentais. L'Ombre, aussi, l'avait perçu. Comme avec la Reine d'Orage. Une beauté. Un courage. Une force. Derrière le rideau épais du Malheur irradiait une lueur.

- Viens, je vais t'offrir une parure aussi lumineuse que tu l'es.


Une fraction de seconde, je vacillai vers mes Abysses. Avec envie, mes prunelles d'or caressaient le trésor qu'un chat noir protégeait. De concert, ma bouche s'étira brièvement, presque avec voracité. Une inspiration et un léger déni de la tête chassa chassa l'impression aussi rapidement qu'elle n'était venu. Professoral, je redressai un index sérieux.

- Plus pratique aussi pour voler, avec un voile pour te tenir chaud et te préserver de la pluie.

Alors que j'avais repris contenance, j'égrainais à nouveau quelques notes joyeuses. L'imitant, sur un ton maternel à souhait, je m'enquis de son bien-être.

- Vous n'avez pas froid ?

Enième boutade que je cessai aussi vite, ne désirant pas la blesser. D'un geste ample, je déployai à nouveau mon chèche en tapis volant.

- Viens, Ofelia Faisons une étape dans notre voyage pour t'équiper de manière plus adéquate pour sillonner la Perse.

Ou du moins la région.

- J'ai un petit détail à régler avant de te servir de guide pour découvrir les merveilles de mon empire.

Trois fois rien, une broutille : Prendre Erbil et éradiquer les ennemis de la Perse. Ensuite, pendant que mes officiers s'occuperont des détails domestiques auxquels je n'entendais pas grand chose pour le moment - chacun son rôle bien qu'il me faudrait, à terme, apprendre tout cela afin d'appréhender les tenants et aboutissants de chacune de mes décision - , nous pourrions nous permettre une excursion jusqu'au delta du Tigre et de l'Euphrate. Là-bas, sur les rebords des fleuves, les différentes villes antique, les ruines dévorées par les marais, les et la vue du golfe persique s'ouvrant sur l'étendue des eaux bleus lui plairaient plus encore que les rizières.




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MessageSujet: Re: Saeduni [Décembre 05]   Dim 17 Jan - 15:28


Saeduni

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Le vent frais agitait les herbes hautes des rizières et il n’y avait pas un son ici, aucune présence humaine occupée aux récoltes. La verdure s’étendait, loin devant eux, dans la plus complète des solitudes. Comme gagnant sur le sable du territoire perse. Ofelia sourit, malgré la froideur de la brise, mais étant habituée aux gelures scandinaves, elle croisa simplement ses bras sur sa poitrine, sans les frictionner. Pendant un instant, elle en oublia sa toilette et sa tenue et ne se troubla qu’au rire d’Atêsh. Loin de s’en offusquer, ou de le prendre pour une moquerie toute personnelle, elle fut contente d’entendre son hilarité, et se tourna pour lui sourire, renvoyant sa crinière noire maculée derrière ses oreilles.

Il était tout aussi dépaysant que son pays. Et pas moins charmant.

« Je préfère vous entendre rire. »


La pluie n’en finissait pas de tomber sur eux. Les vêtements leur collaient à la peau, et aux cerceaux malléables qui maintenaient la tenue de sa robe. Elle était encombrée, le buste engoncé dans un corset de voyage. Sale et éreintée. Et son estomac grommelait, faute de n’avoir trouvé à se sustenter qu’un peu de pain, et un verre de lait au matin. Pourtant, quand il lui proposa d’échanger sa tenue pour une autre, bien plus pratique, les yeux d’Ofelia cillèrent sur sa valise. Elle avait, à l’intérieur, quelques toilettes créées par son père. Cela serait bien suffisant.

« Les spectres dites-vous. C’est ainsi que vous qualifiez les étrangers ? Les gens comme moi ? »
Il n’y avait aucun jugement dans ses mots, plus une douceur appréciative de celle qui tâche de comprendre les us et coutume de son nouveau compagnon de vol. Sans plus hésiter, elle se rapprocha du tapis en emportant sa valise avec elle, pour l’y redéposer.

« Vous parlez comme un prince. … Vous agissez comme tel. »
Elle ne pouvait se résoudre à user du tutoiement comme le djinn se le permettait. Mais ne désirait en rien le corriger. A dire vrai, elle appréciait cette complicité naturelle entre eux, et se réjouissait de passer encore un peu de temps en sa compagnie. Malgré les aléas qui ne manqueraient pas de survenir.

« Si vous voulez bien me pardonner, j’aimerais décliner votre offre, concernant les habits que vous me proposez. J’ignore si avec ma mine je passerais inaperçue, qu’importe mes atours. Mais je n’ai pas pour habitude de porter de la couleur. En vérité, le noir me convient très bien. »


Toujours troublée, et incertaine sur le choix de ses mots, sur sa volonté, Ofelia se mit à caresser le tapis. Atêsh était galant, gentil et attentionné. Elle ne voulait en rien le décevoir, ou le fâcher une nouvelle fois. Pourtant, il lui fallait prendre de la distance avec ses compliments. Elle n’était pas lumineuse. Elle ne l’avait jamais été. D’un comportement discret, à la limite d’être simplement effacée, Ofelia n’était qu’une petite fille, vague corneille aux ailes ballants, rasant les murs de peur de déranger ou de laisser le chat noir la faire trébucher.

Il n’y avait pas que sa robe, qui était triste. Mais bientôt, avec le miroir, avec la fin du sortilège, elle pourrait se permettre d’être heureuse sans culpabiliser des mauvaises actions que sa malédiction causait tout autour d’elle.

« Néanmoins, je ne refuse pas une mise en pli plus adéquate. Peut-être me détacher des atours trop importants qui pourraient nuire à mon installation. Car il me tarde de revoler avec vous, en compagnie de la pluie, des oiseaux ou qu’importe. »
Tant qu’il n’y risquait pas sa vie. Et elle se fustigea pour son insolente indolence. Avant de murmurer. « Prenez votre temps pour régler ces menus détails. Je serais aussi patiente que docile, et je tâcherai de ne pas trop vous embêter Atêsh. » Puis avec un nouveau sourire, elle froissa le mouchoir dans sa poche. Et monta sur le tapis, en lui tendant la main.

« Quant au froid, il ne m’a jamais dérangé. »





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MessageSujet: Re: Saeduni [Décembre 05]   Dim 17 Jan - 19:08
- Non, Spectres, c'est la manière personnelle dont je vous vois, vous les Occidentaux.

Le sourire restait franc, sans concession ou pitié. La suite du discours se bouscula à mes lèvres.
    Toujours vêtus de grisailles, jamais vraiment libres, jamais heureux. Oppresseurs. Envahisseurs. Tellement sûr de comprendre le monde alors que vous n'en voyez qu'une nuance. Toujours plongés dans une quête plus ou moins vaine en oubliant de profiter de la vie et du soleil. Vous ne vivez pas. Vous hantez le monde. A dire vrai, vous me faites pitié.

    Vous nous le rendez bien. Vous nous pensez sauvage. Le fait que notre peau soit différente de la vôtre vous débecte. Le fait que votre dieu ne soit qu'une entité parmi les autres vous déstabilise au point où vous imaginez devoir nous détruire. Nous instruire. Ironiquement, toute votre culture, vos sciences, se basent pourtant sur les nôtres.

Ces mots-là restèrent à jamais tû. Par égard pour elle. Par égard pour les autres. Parce qu'ils se teintaient d'un orgueil démesuré et, sarcastiquement, reprenaient aussi le tord premier : se penser mieux que les autres. Mais n'étais-je pas le jahanshah ? N'avais-je acquis ce droit à la naissance ?

- Mais parfois, même parmi les spectres, il y a quelques lumières dignes d'être découvertes.

Et être dévorées. Avec un sourire en coin de canaille, j'enchaînai.

- Bast, à dire vrai, cela tient sans doute aussi de la méchanceté gratuite pour contrebalancer les "sauvages" ou "nègres" dont vous abreuvez les non-occidentaux en vadrouille sur vos terres.


D'un revers de main, je balayais définitivement le sujet. A la mention du statut, je ne rétorquai rien pour affirmer ou infirmer l'idée. Au refus du présent vestimentaire, j'esquissai une moue boudeuse parfaitement enfantine.

- Rien qu'un petit peu ? Promis, ça ne sera rien de la tenue de danseuse que vous figurez que nos femmes portent en continuent. Tu n'auras même pas à dévoiler un bout de chevilles. Essaie simplement et tu comprendras pourquoi j'insiste.

Imitant Yâh, lorsqu'il était petit, je baissai vers elle un grand regard humide et suppliant. Toutefois, je ne continuai guère après ça. Je comptais sur la force de persuasion plus brute de Khâlis.

Saisissant sa main, je grimpai sur le tapis et en pris la direction. Cette fois-ci, nous décollâmes en douceur. Les courants ascendants se refusaient en effet à nous. Tellement que le seul arbre du coin manqua de peu de me faucher d'une branche vicieuse dans un coup de vent soudain. Seuls des réflexes aiguisés et une main appuyée sur le crâne de ma passagère nous évitèrent la chute. Lorsque nous arrivâmes enfin à bonne hauteur, sans obstacle hormis les oiseaux et les aléas célestes, j'augmentai la vitesse de notre moyen de locomotion pour filer à toute allure vers une vallée presque cachée à plusieurs kilomètres de là.

En-dessous de nous défilèrent d'étroits lacets rocheux. A intervalles réguliers, des buissons verdoyants grevait la rocaille ocre. Entre les pierres cavalcadait un torrent joyeux. Le cours d'eau se flanquait d'un sentier sinueux sur lequel on ne pouvait mener qu'un cheval de front. Quelques oiseaux, bigarrés ou au contraire auparavant invisibles, s'envolaient brusquement, apeurés par notre passage. Le ciel s'alourdissait de nuages plus sombres, prélude à une saucée plus virulente.

Nous arrivâmes, après près d'une heure de vol, à une plaine engoncée entre deux falaises. De celle-ci se dégageait une aura magique diffuse et un silence surnaturel. Juchés sur notre tapis, nous ne distinguions que le même cours d'eau, un renfoncement dans la roche et quelques arbustes. Alors qu'autour de nous la pluie tombait toujours et que le vent soufflait, rien ne perturbait les branchages et la surface de l'eau. Faisant du surplace, j'examinai assez longuement Ofelia en pesant le pour et le contre une dernière fois. Puis, j'opinai du chef pour moi-même et nous plongeâmes doucement en-dessous du sortilège de dissimulation.

Le campement, un vrai village de tissus bigarrés, s'étendait dans toute la vallée. En aval, sous le renfoncement rocheux, plusieurs rokhs profitaient du couvert pour dormir à l'abri. Sous une aile repliée, ils préservaient parfois leur maître de la fraîcheur. Plusieurs sentinelles abaissaient leurs armes, après quelques paroles aboyées dans notre langue de ma part. D'autres reprenaient leur jeu, leur préparatifs d'armes, leurs prières ou simplement leur discussion à l'abri d'une tenture étanche. Plus en amont, à coté des tentes les plus imposantes, sous la paroi rocheuse se tenait un groupe de musiciens et plusieurs attroupements de soldats fumant le narguilé ou buvant le thé. Djinns ou humains se mélangeaient sans signe ostentatoire de différenciation. Certes, aux couleurs, aux coupes des vêtements ou à la manière d'enrouler le couvre-chef, un oeil averti distinguerait les musulmans des chrétiens, les efrits des sylphes ou marintins. Un combattant noterait également le détail, le fait que chacun portait es armes malgré l'apparente nonchalance affichée. Toutefois, tous arboraient un symbole commun : Epinglée parmi les étoffes, une amulette ronde figurait la lune et le soleil à la fois.

J'arrêtai le tapis, manquant de peu un mur, devant une tente où un homme et une demoiselle patientaient. Enfin la patience ne se trouvait que du coté de l'homme imposant, Tanvir. Khâlis tapotait du pied, la mâchoire verrouillée. Sous son voile rouge épais, sa tignasse lançait, pas littéralement, des éclairs désordonnés. Sur son visage, une horrible cicatrice la privait de la vue sur la droite. Pourtant au lieu de dissimuler la plaie, celle-ci témoignait avec fierté de son courage. Menue, de petite taille (environ 155 cm), elle trépignait en se contenant mal. Elle était vêtue d'un sarouel épais et d'un caftan brodé rouge fendu sur le coté qui lui descendait jusqu'à mi-mollet. Malgré la pluie et la boue, elle allait bien nue. Agissant vite, je commençai à parler avant qu'elle ne puisse en placer une, à toute vitesse dans notre langue pour expliquer la situation.

- Les soldats ottomans restant à Erbil cherchaient à l'attaquer. Je l'ai emmené avec moi pour la protéger. Elle est porteuse d'une malédiction qui attire le malheur.

Indiquai-je brièvement en pointant le ciel du doigt.

- Trouve-lui des vêtements chauds et secs. Elle dit qu'elle en a déjà mais si elle veut pouvoir voler à nouveau, il vaudrait mieux une tenue comme la tienne. Foncée. Apparemment, elle aime le noir. Et non, ne t'inquiète pas, je ne l'emmènerai pas avec nous tout à l'heure.

En me retournant vers Ofelia, je repris en espagnol.

- Ofelia Ay Klaus, je te présente mon épouse Khâlis ainsi le bras-droit de mon père et mon général, Tanvir. Khâlis va t'indiquer où te changer et te laver. J'ai quelques détails à voir avec Tanvir. Nous reparlerons au repas tout à l'heure.


Sans vraiment attendre, après une brève révérence pour la demoiselle, Tanvir me précéda dans la tente.

- Sois gentille.

Indiquais-je à la volée avant d'abaisser la porte.

** ** **

Encore abasourdie pour le moment, après un regard de pied en cap, Khâlis mena Ofelia à une tente en silence et les poings serrés. A l'intérieur de celle-ci, les tapis occupaient tout le sol hormis sous une lourde bassine en bois. Plusieurs meubles de bois précieux et un florilège d'étoffes suspendues augmentaient la chaleur de l'endroit. D'une cruche, elle remplit la bassine et disposa une étoffe pour la petite européenne. Puis, elle s'agenouilla devant une malle pour trouver les vêtements désirés par le capricieux.

Ambiance musicale du camp:
 


Tanvir:
 

Khâlis:
 





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MessageSujet: Re: Saeduni [Décembre 05]   Dim 17 Jan - 19:44


Saeduni

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Nègre, sauvage, étaient des termes communs pour les occidentaux, en ces temps de colonies et d’esclavage. Ofelia ne pouvait nier en avoir usé, avec la nonchalance de ceux qui pensent que c’est une vérité plus qu’un terme. Mais un voyage au Brésil lui avait suffi pour comprendre sa bêtise et son arrogance d’occidentale. Ainsi que l’éducation, clairement plus ouverte d’esprit et emplie de conscience de l’autre que lui avait inculqué Nikolas. Ofelia faisait ses expériences par elle-même, n’en finissait pas d’apprendre et n’arriverait jamais au bout des connaissances de ce monde en une seule vie. Pourtant, elle se garda bien de répliquer à Atêsh, s’attendrissant à peine sur son petit numéro cherchant à la convaincre, se contentant de se rapprocher pour enserrer sa taille à nouveau, et le laisser reprendre son vol. Observant le paysage en se redressant parfois dans son dos pour mieux se laisser embrasser par les décors alentours.

La Perse était magnifique, d’une beauté moins luxuriante que le Brésil mais toute aussi dépaysante. Longeant les vallons et frôlant parfois le cours des rivières, ils furent néanmoins rattrapés par l’orage qui, grondant au loin, avança la nuit en dévorant de ses nuages un soleil trop pâle pour réellement les réchauffer. Évitant une branche, puis une seconde, ce fut le vent qui manqua de les envoyer paitre à terre. Mais fort heureusement, Atêsh était un bon pilote et bien que la surprise l’ait raidie plus d’une fois à son arrière, Ofelia retint ses cris, et son angoisse, pour ne pas le déstabiliser, lui faisant entièrement confiance.

Bien lui en pris. Car soudain, comme perçant une bulle d’invisibilité, ils débarquèrent au sein d’un camp aux âmes diverses et occupées. Les tentes y poussaient comme autant de fleurs et l’orpheline put remarquer sans difficulté les armes que tous portaient à la taille, sans exception. Une planque de guerre. Son ami le Djinn, en plus de défendre les valeurs Perse à l’oral, s’attaquait très certainement aux Ottomans. Etait-il soldat ici ? Ou capitaine de garde, pour ce qu’elle savait des grades puisqu’aucun, mis à part une épingle commune, ne semblait réellement porter d’uniforme.

Déstabilisée, craintive, elle se surprit à prier pour qu’Atêsh ne s’attire pas les griefs de ses supérieurs. Avant de descendre du tapis, valise en main, pour affronter un basané au regard dur et à l’attitude stricte, ainsi qu’une femme scarifiée.

Elle était petite, certes, mais terriblement belle malgré la violence de sa cicatrice au visage. Impressionnée, Ofelia ne comprit un traitre mots des paroles échangées en arabe, jusqu’à ce que le djinn daigne enfin la présenter, apportant un peu de lumière sur l’identité de ces deux inconnus. Au loin, on jouait de la musique et à la poussière du sable se mêlait l’odeur des thés à la menthe.

« Je suis. »
Perdue. Complètement perdue dans la vérité ainsi sous-entendue. Le bras droit de son père, une femme-soldat et un général ? Mais qui était Atêsh ? Certainement pas un soldat. Un héritier ? Un prince djinn ? Son ignorance la plongeait dans le désarroi le plus total. « Je suis très honorée de faire votre connaissance… » Osa-t-elle enfin murmurer avant de comprendre qu’Atêsh la délaissait. Pour affaires. Et exigeant de sa personne qu’elle demeure sage.

Sage, elle l’était. Sa malédiction par contre…

« Atêsh… »
Appela-t-elle d’un murmure, mais il s’était déjà détourné. Et croisant le regard de la femme, Ofelia n’osa ni sourire, ni plaisanter. Effectuant une rapide révérence. « Mes hommages à l’épouse de – » Qui, elle n’en savait rien au fond.

Et déjà Khâlis s’enfonçait dans la tente, sans un mot.

L’attitude renfrognée de l’épouse lui fit comprendre sans peine qu’elle ne comprenait ni ne tolérait la présence de l’occidentale au sein de ce campement. Ofelia chercha donc ses mots, tout en observant les objets présents au sein de cet étrange tipi arabe, se rapprochant de la femme qui fouillait dans un coffre, à la recherche de vêtements.

« Je vous remercie de m’accueillir au sein de votre campement. J'ignorais, et j'ignore encore l'identité de votre mari, de fait. Votre époux a été très charitable en venant à mon secours mais je ne pensais pas qu’il me ramènerait ici. Si je suis un poids pour vous et pour vos soldats, je partirais. Et je ne dirais rien à personne, concernant l’emplacement de vos hommes, de votre armée… »


Cillant sur le broc d’eau et sur l’étoffe, l’espagnole se demanda si Khalis comprenait un mot de sa langue, et si elle devait effectuer sa toilette devant cette dame, cette soldate, comme devant une servante d’un quelconque palais. L’idée lui parut absurde et clairement irrespectueuse. Aussi croisa-t-elle ses doigts, demeurant immobile au milieu de la tente, sans savoir quoi faire ni quoi dire pour calmer la tension qui émanait de la femme.

« Ne vous embêtez pas pour moi, pour les vêtements, si c’est cela que vous cherchez, j’ai dis à A- à votre mari, que j’avais tout ce qu’il me fallait dans ma valise. Je dois juste retirer quelques cerceaux, l’armature, vous voyez de... »
Maladroitement, elle tira sur sa robe pour en dégager les froufrous et les jupons et dévoiler la structure de sa tenue. Puis se raclant la gorge elle pointa du doigt un paravent placé dans un coin de la pièce.

« Je vais me mettre derrière, pour mes ablutions, et me changer. Je serai rapide… »
Et emportant sa valise avec elle, Ofelia baissa le nez et tâcha de se taire.




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MessageSujet: Re: Saeduni [Décembre 05]   Lun 18 Jan - 13:47
Une petite souris, voilà à quoi l'européenne me faisait penser. J'avais beau connaître leur existence, savoir leur proximité, sa présence incongrue me surprenait toujours et je ne savais si je devais la chasser à coup de balai ou lui accorder une quelconque utilité. Heureusement pour elle, cette souris-là s'accompagnait d'un protecteur aux caprices incontestables. Ma réflexion se focalisait aussi surtout comment faire rentrer du plomb dans la tête du sylphe. Pardonner quelques excentricités se justifiait parfaitement grâce au dévouement il faisait preuve à notre cause, aux stratégies réfléchies, à ses victoires et à l'avancée notable qu'il avait apporté en quelques mois à un conflit encrassé depuis des années. Mais si je pouvais seulement le secouer, le griffer et le serrer contre moi. Il s'était enfui sans moi ! Il m'avait laissé en arrière ! Pour revenir avec une autre femme ! Finalement, ne traitais-je pas plus cette jeune fille en femme jalouse qu'en guerrière ? Alors que la petite souris se répandait en excuse à demi-paniquée, je me morfondais et tempêtais en silence. Passé son exotisme, n'était-elle pas une victime de plus des Ottomans comme trop d'entre nous ?

Alors je soupirai. Un long soupir audible. Cela n'épargnerait pas à Atêsh une de nos batailles privées mais éloignait mon courroux de la petite souris.

- Les occidentales vraiment gênées de leur corps. Nous sommes entre femmes. - un haussement d'épaules - Fais ainsi que tu le désires.

Mon espagnol, bien que suffisamment soutenu pour comprendre les connaissances de mon ancien maître, s'éraillait de fautes variées dans la prononciation, grammaire et conjugaison. Même si la langue se chantait presque et si j'avais appris des dizaines de dialectes de nos terres, celle-ci se complexifiait de sonorités inexistantes dans nos façons.

- Il a raison pour la robe. Si tu veux l'accompagner en tapis volant, mieux vaudrait un ... pantalon. Sorte de pantalon.. shalwar. Tu seras plus confortable si tu n'as pas à cacher tes chevilles en tirant sur ton vêtement. Si ... le court
- j'agite mon caftan - t'ennuie, il y a une kameez ... sorte de robe longue qui pourrait te convenir. Et ... le... prison ? Non... Corset. Tu ne devrais pas mettre. Trop serré. Ton sang circule mal et ... le chaud mauvais pour toi.

J'étalai sur les coussins deux hauts différents et un shalwar, une sorte de pantalon ample jusqu'aux genoux avant de se resserrer jusqu'aux chevilles. Tout simple en lin opaque, il la préserverait plus efficacement que ses bas du vent et du sable. Pour ne pas brutaliser la demoiselle et suivre la consigne d'Atêsh, j'avais choisi deux kurta longues et simple et toutes deux noires. La première, en lin, s'arrêtait à mi-mollet et s'ornait d'une série de broderies dans les teintes rouges. La seconde, en soie, s'ouvrait, à partir du jupon, en large corolle. Les manches, le col et la ceinture se filaient de motifs floraux au fil doré. Je disposais également d'une série de voiles plus colorés assortis, certains presque transparents d'autres opaques et plus lourds pour la nuit. Il lui fallait aussi un khalat pour s'emmitoufler dedans auprès du feu. Un simple en laine unie et toute douce suffirait. Comme chaussures, je lui cédai une paire de babouches sombres et confortables.

Les deux tenues en questions:
 

- Essaie celle qui te plait.


D'un revers de main, je lissais un ourlet. Avec un ton maternel, je précisai.

- Tu n'es pas obligée de la porter tout le temps. Elle sera à toi, tu en feras ce que tu voudras. Mais, après une nuit ici ou dans le désert plus tard, tu comprendras pourquoi nous te pressons un peu.

Je m'installai ensuite sur un des coussins pour refourbir ma lame le plus naturellement du monde. Probablement était-elle prête pour tout à l'heure depuis longtemps mais la préparation restait la meilleure manière d'occuper l'attente.

- Il ne t'a pas dit ce que nous faisions ici et qui nous étions, n'est-ce pas ?


Bien que je n'ai pas tout compris à ce qu'elle disait, la réponse me paraissait évidente à son air perdu.

- Nous sommes une compagnie d'élite de l'armée perse, mené par le prince et futur empereur. Mon mari, Atêsh.

Ouvrant une des boîtes sur le coté d'un coussin, je repris un peu d'huile pour l'entretien du fil de ma lame.

- Son nom exact, c'est Mirza Atêsh Jahan Farvahar Bahadur. Mirza et Bahadur veulent dire "prince guerrier" dans ta langue. C'est le titre de ce que vous appelez les "princes du sang", ceux appelés à régner. Il est le fils de Darab Salar Shah Farvahar, l'empereur perse et le chef des Farvadins, un clan de sylphes, des djinns.

Avec un sourire amusé, je précisai.

- Les sylphes ne sont souvent pas très à cheval sur le protocole. Cela ne correspond pas à leur nature. Je te déconseille toutefois de l'appeler "Atêsh" devant des officiels. Avec les gens du camp, ça ne posera pas de problèmes, mais si tu devais te trouver en présence de gens de la cour... c'est mieux si tu t'adresses à lui en l'appelant "Mon Prince" tout simplement. N'essaie pas d'utiliser notre langue pour le titre pour le moment.

Puis, j'enchaînai sur des détails pour ne pas qu'elle soit prise au dépourvu sur ce qui allait se passer ensuite. Puis, comme elle partagerait notre nourriture et malgré sa malédiction, elle devrait faire sa part de travail. Aussi devais-je déterminer plus précisément ses talents.

- Nous allons manger prochainement et certains d'entre nous partirons durant la nuit. Tu resteras au camp. Tu pratiques la magie, c'est ça ? Tu as un type de magie dans lequel tu es douée ?

Un temps.

- Si tu as des questions, nous avons encore un peu de temps avant que le repas soit servi, n'hésite pas à les poser.

Khâlis, guerrière efrit et première épouse de Mirza Atêsh Jahan Bahadur

HRP:
 




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MessageSujet: Re: Saeduni [Décembre 05]   Lun 18 Jan - 19:52


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Khâlis soupirait mais ne semblait pas enchantée pour autant de sa présence, qu’importe ses excuses. Toutefois, elle ne dérogea pas à l’hospitalité de son époux, et sans tenir compte des propos de l’orpheline, entreprit de disposer sur la couche la plus proche une série de vêtements qui ressemblaient à s’y méprendre aux tenues indiennes qu’Ofelia avait pu contempler dans ses livres. Amusée par la ressemblance entre ses sous-vêtements et le shalwar – comme il était ainsi appelé – elle fut toutefois bien plus rassurée à la vision de la robe qu’elle mettrait par-dessus. Chaque tissu était noir, malgré les broderies dorées. Et Ofelia finit par assentir d’un signe de tête, concédant le pratique de cette tenue, rougissant toutefois à la mention du corset.

« Je ne peux me balader seins nus sous mes vêtements. »
Déclara-t-elle, presque fermement. Et ouvrant sa valise derrière le paravent où elle venait de s’installer, elle attrapa quelques nécessaires de toilette, dont une eau de cologne qu’elle fit goutter au dessus du broc d’eau. Puis, patiemment, la souris se défit de son pelage. D’abord la première jupe, puis son haut, sa chemise, les jupons, les cerceaux, terminant en caleçon long, blanc, et en corset tout aussi clair. Elle était menue, la peau pâle et sans imperfections apparentes. A travers le tissu transparent de son caleçon, on pouvait presque discerner la brûlure à sa cuisse, mais le corset cachait encore sa marque de naissance.

Penchée au-dessus du broc d’eau, Ofelia se frictionna d’abord le visage avant de passer sur ses aisselles. Et finit par renverser la moitié du contenu sur sa chevelure, qu’elle essuya mèche par mèche. Ses vêtements crottés pliés dans un coin dégageait une odeur tenace de pluie et de fiente d’oiseau. Mais à aucun moment elle ne laissa son esprit se disperser, tant l’aveu de Khâlis était important.

« Un prince… »


Ainsi son intuition s’était avérée fondée. Atêsh n’avait pas seulement les mots et l’attitude d’une royauté, mais aussi le titre. Ce qui expliquait l’obéissance de ses gardes, ses ordres à l’entrée de la tente et la position, bien que surprenante, de son épouse en tant que bras-droit de l’empereur. Appuyée sur la table, Ofelia prit quelques secondes pour se remettre de cette déclaration. Oscillant entre la stupeur et une légère déception, sans qu’elle ne l’explique entièrement.

Mais cela changeait tout. Notamment sa familiarité à l’égard du prince. Hors de question dorénavant de l’appeler par son prénom. Ni de manquer de respect à la future impératrice perse. Frissonnant de froid, Ofelia manqua de renverser le broc d’eau. Le rattrapa in extremis. Et passa la tête hors du paravent, les cheveux trempés, le visage un peu blême.

« Je prendrais garde à ne pas user de votre langue, principalement car je ne la maîtrise en rien, votre altesse. Et je vous prie de m’excuser concernant la légèreté de mes propos précédents. Il va de soi que je me plierai aux traditions de votre pays. Mais tout de même, vous n’êtes pas une servante et je suis peu présentable… En occident, on ne se montre pas à demi-nue devant une reine. »


Encore moins devant une impératrice. Pourtant, la soldate ne semblait pas faire grand cas de son apparence physique et aiguisait la lame de son épée comme un homme aurait pu le faire. Clairement intimidée, Ofelia releva sa chevelure, hésita, puis défit maladroitement son corset, fort heureusement ouvert à l’avant pour permettre tout échange sans la présence d’une servante. Sa poitrine tomba lourdement, imposante au vu de sa taille fine, relâchée par le carcan que formait ce corset qui ne l’avantageait en rien. Elle renonça aussi à son caleçon, demeurant nue un court instant, le temps d’enfiler le shalwar, et la kameez, glissant ses pieds dans les babouches et tressant rapidement sa chevelure noire.

Quand elle sortit, interloquée par la sensation de sa complète nudité sous son haut, elle avisa sa ressemblance avec la perse d'un coup d'oeil dans le miroir. On aurait pu la prendre pour une méditerranéenne avec sa bouche en cœur, son nez droit et l’amande de son regard apeuré. Seule sa peau et ses manières la trahissaient.

Et touchant vaguement sa poitrine, en réflexe, elle regretta aussitôt d'avoir retiré le corset.

« Je ne pratique pas la magie, votre altesse. Je suis toujours en apprentissage et je n’ai avec moi que quelques artefacts, ainsi qu’un grimoire que je me dois d’étudier. Mon père m’a toute de même appris quelques sortilèges liés à noël, mais ils sont peu pratiques pour de grands évènements. »

L’idée même d’utiliser sa magie pour la guerre la mettait rigoureusement mal à l’aise. Mais pour ne pas laisser Khâlis sur une mauvaise impression, Ofelia croisa les mains devant elle, et fit une rapide révérence.

« Pourtant je vous promets d’aider au mieux aux tâches. A l’orphelinat, on me confiait souvent le ménage et la cuisine. »
Certes, elle cassait de nombreuses choses, et le cuisinier finissait bien vite par la rabrouer de peur qu’elle n’échange le sucre et le sel, mais c’était mieux que rien.




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MessageSujet: Re: Saeduni [Décembre 05]   Mar 19 Jan - 11:29
- On est toujours nu sous des vêtements.

Notai-je mollement fronçant les sourcils d'incompréhension. Toutefois, j'accueillis son acceptation de l'essayage avec plus d'enthousiasme et un franc sourire. Dans la malle, j'entassai, à nouveau, pèle-mêle les vêtements probablement trop bigarrés pour elle. Je lui choisis un joli voilage tout en transparence, sombre avec des motifs floraux et un simple liseret doré et un khalat en laine simple que je plaçais en tas dans un coin de la tente.

- Je ne suis pas reine. Ni altesse. Juste une femme.

Sans moquerie, mon rire fusa toutefois.

- ... Je m'imaginais l'horreur de devoir parader dans une de vos cours européennes en faire-valoir docile pour mon Epoux.

Tout engoncée sous la tonne de vêtements que la petite souris venait de me montrer, emprisonnée. J'en frissonnai même de dégoût brièvement.

- Non, Ofelia Ay Klaus, aucune femme ne deviendra impératrice de Perse, sauf si les Dieux et la Magie la désignent comme telle. Je suis l'Epouse du futur Empereur, sa camarade d'armes, son amie, une "princesse" efrit et une guerrière. Mais même si je mettais au monde le futur empereur, rien ne me sacrera jamais impératrice.

Hormis naturellement si l'Empereur en règne décédait avant que mon fils empereur ne soit en âge de gouverner, je devrais assurer alors une régence épaulée du clan de mon Epoux.

- Mes titres, je ne les dois qu'à mon sang, ma lignée, ma magie, mes armes et mon courage.

De fierté, je gonflai légèrement le torse. Le cimeterre délaissé sur le coussin regagna la sécurité du fourreau. Pour gagner du temps, je profitai d'être dans ma tente pour me changer et abandonner des atours flatteurs pour une tenue pratique de guerrière. Plus habituée aux vêtements, j'enfilai un sarouel sombre et épais, une tunique à manches longues et un premier foulard avant de galérer un moment sur un manteau de cuir. Enserrant ma taille dans une série de ceinture d'étoffes rouges ou de cuir contenant des bourses, des étuis pour des armes à feux ou encore mon cimeterre, je la rassurai une nouvelle fois.

- Ne t'inquiète pas. Les femmes partagent des bains, qu'ils soient de vapeurs ou liquides et profitent des bienfaits de la vie sans pudeur excessive. Il n'y a donc aucune offense.


Toutefois, lorsque je la découvris dans la robe choisie, mes lèvres s'ourlèrent d'une jalousie toute féminine. Je baissai même le regard vers ma poitrine inexistante sous mes couches de vêtements et esquissai une moue de gamine. Malgré tout, je m'approchai d'elle. D'un doigt, j'accrochai l'étoffe avant de l'étendre d'un geste ample sur sa tête.

- Les femmes iraniennes portent souvent plusieurs tresses, c'est donc un bon début.

L'informai-je avec un sourire.

- Tu peux enrouler l'étoffe autour de ton cou comme une écharpe. Cela te tiendra chaud à la gorge et aux oreilles lorsque vous volerez.

Je désignai le khalat au sol.

- Tu auras aussi besoin de ... du manteau. Pour le soir.

L'examinant à nouveau, je lâchai avec naturel.

- Vos corsets cachent vraiment beaucoup vos formes. Tu n'étouffais pas ? Il faudrait tout de même comprimer un peu ta poitrine, sinon tu ne seras pas à l'aise pour bouger. Je vais aller te chercher un corsage court. Attends ici.

Aussitôt dit, aussitôt fait. Quelques tentes plus loin, je trouvai dans les affaires d'une camarade plus généreusement pourvue un corsage - tenant de la brassière européenne futur ou d'un corset pour une robe empire comme celle inauguré par la nouvelle impératrice d'Autriche-Hongrie - en lin bien épais et solide. Passant à coté d'elle, je lui demandai discrètement la permission. Son accord en poche, assorti d'une demande d'aide de sa part, je revins dans la tente et tendis le vêtement à la petite souris. Celui-ci se refermait grâce à une boutonnière discrète sur l'avant.

- Cela devrait t'aider, en plus, à moins imaginer que tu es nue ou je ne sais quoi.

Par respect pour sa pudeur plus prononcée que la mienne, je me retournai poliment. Pour éviter de la perturber d'avantage, je gardai le silence jusqu'à ce qu'elle se décide. J'en profitai pour délaisser mon voile clair pour un chèche en laine épaisse afin de dissimuler aisément mes traits en cas de besoin et surtout empêcher des prises dans mes boucles courtes. Naturellement, je gardais un visage découvert pour le moment. Je me retournai ensuite pour continuer à l'abreuver de détails.

- Je voulais t'assigner aux cuisines vu que tu l'as déjà fait, mais la guérisseuse m'a demandé de lui trouver une aide pour préparer les pansements et autres bandages. Tu auras l'occasion d'apprendre les plantes médicinales de la région au passage. Je te la présenterai au repas.

Comma la majorité des occupants du campement, la guérisseuse ne parlait pas l'espagnol. Le fait que la petite souris n'entravait pas un mot de notre langue pourtant s'avérerait sans doute une bénédiction tant la savante pérorait. Puis, je me doutais bien qu'Atêsh voudrait lui remettre un moyen de traduction. J'espérais juste qu'il songe à l'infime possibilité que notre invitée fut une espionne et ne lui fournirait aucun outil pour nous trahir. Certes, elle paraissait dénuer de mauvaises intentions ou de connaissances pointues de la situation. Toutefois, je ne pouvais en écarter complètement la possibilité avant de la connaître un peu mieux. Autant l'avoir à l'oeil et quoi de mieux pour ça que lui assigner une des tentes devant laquelle circulait toujours quelqu'un ou presque ?

- Cette tente sera libre les prochains jours, tu pourras donc en profiter seule.

Après un dernier coup d'oeil, un hochement de la tête appréciatif se termina en un sourire.

- Tu es très jolie.

Comme pour une autre jeune djinn, je lui saisis la main pour l'entraîner dehors.

Là, étouffé auparavant par le confort de la tente, la vie du camp grouillait avec son florilège d'ordres, de déplacements en groupe, d'entrechocs métalliques et quelques rares rires soulageant à peine la tension palpable. Durant notre trajet jusqu'à l'endroit où jouaient auparavant les musiciens, nous croisâmes surtout des femmes chargées de plateaux de nourritures et quelques adolescents pressés transportant soit armes ou pièces de cuir. A notre destination, une dizaine d'hommes mangeait. Atêsh et Tanvir se tenaient sur plusieurs coussins devant une table basse occupée par de la nourriture intouchée et une théière fumante. Mon époux avait revêtu sa tenue de guerre, pas si différente que ça de la mienne mais négligeait encore le chèche pour l'instant, les cheveux humides et tressés simplement retenus par une attache sur sa nuque. Avec politesse, les deux hommes se redressèrent pour nous céder les places les plus confortables sur l'assise.

Contrastant avec l'ambiance très perse du moment, Atêsh s'inclina à la manière occidentale et effleura la main de l'espagnole d'un baise-main presque protocolaire et lui souffla quelques mots tout bas.

- Tu es radieuse, Ofelia. Comme je l'avais prévu.

Ajouta-t-il avec taquinerie. Pour ma part, je retrouvai ma colère contre l'empaffé de sylphe pour m'avoir abandonnée. Aussi me jetai-je allègrement sur les filets d'agneaux et poulet marinés au safran ou sur la salade de concombres, tomates et menthe avec leur sauce bien crémeuse. Tanvir esquissa un sourire en coin et servit le thé avec dextérité.

- Assis.


Réclama-t-il aux autres dans un espagnol parfaitement branlant.

Khâlis, guerrière efrit et première épouse de Mirza Atêsh Jahan Bahadur




Ombres et Lumières d'un Sylphe:
 


Dernière édition par Atêsh Jahanshah le Mar 19 Jan - 15:43, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Saeduni [Décembre 05]   Mar 19 Jan - 12:48


Saeduni

with Âtesh



Elle savait rire, l'Efrit. Et ce rire la transposait, fendillait le masque de guerrière pour laisser deviner l'épouse du Mirza Bahadur, en tout cas c'était ainsi qu'Ofelia le supposait. Elle eut un sourire tendre, profitant de son hilarité sans en prendre ombrage, et se permettant même un petit gloussement à la mention des comportements européens. Pourtant, sa propre joie était teintée d'une amère déception, car plus Khâlis se présentait, plus cette différence entre les hommes et les femmes lui semblait incongrue, même absurde. En France, une Reine dirigeait. Certes, faute d'une autre lignée et dans l'attente d'un mariage, mais elle gouvernait son pays avec sagesse, laissant son territoire retrouver l'éveil avec habileté. En Russie, l'Impératrice Svetlana menait ses terres d'une main glaciale et franche, sans mari. Au Brésil, elle avait vu Ameyal être aux côtés de son mari, en tant qu'égale, pas en tant que compagne. Khâlis ne méritait-elle pas cette même reconnaissance, plutôt que de prendre exemple sur des pays comme le Luxembourg-Bergië, ou l'Autriche-Hongrie ? Un court instant, elle fut déçue pour cette femme qui l'impressionnait tant. Mais se laissa mener comme un chaton accrochée à la bouche de sa mère, sans remarque, ni question.

Et elle était fière, Khâlis. Fière de la valeur de ses titres, gagnés à force de poigne et par son ascendance. Elle ne semblait pas particulièrement gênée par cet état de fait, et vint entourer sa chevelure d'un voile qu'Ofelia caressa prudemment.

« Je vous considère tout de même comme une altesse. Vous en avez la prestance... »
Souffla-t-elle, accrochant de nouveau son reflet dans l'oeil avide d'un miroir. Et se trouvant à peine plus âgée qu'elle ne l'était en vérité.

A la mention du corset, Ofelia s'ébroua à peine, cilla pour observer de nouveau le renflement de sa gorge et croisa machinalement les bras, mal à l'aise. Elle n'expliquait pas ce besoin de devoir camoufler ses formes féminines mais il était vrai qu'elle serrait sans doute ses corsets trop forts, ne choisissant que ceux qui ne l'avantageaient pas. Une manière comme une autre de continuer à donner une forme gracile à sa silhouette enfantine. Pourtant, bientôt elle aurait 17 ans. Alors pourquoi en avoir honte ?

Elle l'ignorait. Mais fut soulagée d'entendre Khâlis lui offrir la possibilité de ne pas la laisser nue sous le tissu de son vêtement. Et Ofelia la couva du regard, jusqu'à ce que sa silhouette de guerrière disparaisse et revienne dans la tente. Aussitôt, l'espagnole prit le carcan qu'elle lui tendait, et retrouva le secret du paravent pour mieux tout enfiler.

Quand elle revint, sa poitrine opulente semblait avoir retrouvé une forme toute aussi généreuse mais bien plus galbée. Ofelia n'eut aucun commentaire, et évita soigneusement son reflet.

Pour blêmir à peine, au rôle proposé.

« ... Aider la guérisseuse sera une expérience enrichissante, même si, les cuisines... »
L'apprentie en bafouillait pitoyablement, sans oser dire la vérité. A l'orphelinat, n'importe quelle chevelure trouvait ses poux en sa compagnie. Le rhume dégainerait en bronchite. Une blessure à l'oeil en conjonctivite. L'oiseau heurtant sa fenêtre n'avait aucune chance de survie. Et la moindre chute à vélo se transformait en foulure ou en fracture, dans le pire des cas. Elle n'osait pas imaginer sa malchance vis à vis des décoctions et autres potions de soigneuse, elle qui confondait sans le vouloir le sucre et le sel, même quand ils étaient étiquetés. Mais elle se promit de se concentrer, si telle était sa place assignée.

Pour ne pas les décevoir.

« Je vous remercie de m'offrir la possibilité d'apprendre aux côtés de votre peuple. »
Finit-elle par abandonner. Et couvant la tente offerte d'un regard presque admiratif, Ofelia s'empêcha de relever le compliment, même d'un remerciement. Khâlis était gentille, mais elle n'était pas jolie. Elle ne le serait jamais.

Il leur fallut sortir, pour prendre place au repas. Attrapant le manteau pour en draper ses épaules, Ofelia tira sur le voile de sa chevelure de manière à ce qu'il recouvre ses oreilles avant de s'aventurer dans la nuit bien plus fraiche. La buée se formait à ses lèvres, et son regard brun-vert passa sur chaque visage croisé, le ventre grommelant de faim à la vue des nombreux plats. Calmement, elles rejoignirent les hommes, et quand Atêsh se leva, la tête nue et le sourire aux lèvres, Ofelia fit une nouvelle révérence, s'obligeant à plus de formalité. Pour ne pas rougir. Pour ne pas le gêner devant ses soldats, son général et ceux qu'elle ne connaissait pas encore.

« Mon prince, c'est un honneur de partager votre table. »
Et prenant place à ses côtés, obéissant à l'ordre de Tanvir, Ofelia plaqua ses mains sur ses genoux, cillant d'assiettes en assiettes pour observer les mets présentés.

Il y avait du pain, du riz en grande quantité. Nombre de crudités, avec leurs sauces, et des plats tellement diversifiés que cela colorait la table comme des petites tâches de peinture. Il y avait des viandes, du mouton et du poulet put-elle reconnaitre, des ragoûts aussi, nombreux. Et des salades recouvertes de feuilles de menthe. Tous se servaient à coups de fourchettes et de cuillère, sans qu'aucun couteau ne soit visible, déposant des morceaux choisis dans leurs propres écuelles, puisque tout le monde était attablé. Essuyant d'un vague geste de main la sauce dégoulinant sur leurs mentons, avec des mouvements habitués, ils attrapaient parfois un morceau à main nue pour pouvoir le dévorer et hochait la tête quand l'un d'entre eux, en langue étrangère, s'adressait à son voisin.

Ofelia sentit venir la catastrophe. Un morceau de poulet sur les genoux, un plat renversé sur ceux d'Atêsh. La machoire crispée mais la faim lui tordant le ventre, elle hésita. Puis tendit la main vers quelques légumes, évitant soigneusement les plats trop saucés ou chargés d'ail. Ramena tout cela dans sa gamelle. Et, avec une attention acrue, grignota du bout des lèvres en se surveillant sans cesse.

Cette paranoïa ne sembla pas pour autant décourager le chat noir qui, avisant une femme non loin, lui fit renverser sur les pieds une jarre pleine d'un lait épais, ressemblant à du yaourth, éclaboussant ses pieds et ceux des personnes les plus proches. Dans les cris de surprises, il y eut quelques sourires des adolescents que la tension exacerbait. A table, l'un des hommes s'étrangla sur un os. Toussa trop bruyamment. Et un autre fit tomber sa fourchette dans la terre, évitant la nappe de peu, pestant en arabe.

Découragée, Ofelia retint un soupir. Et évita consciencieusement le regard de ses altesses.



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MessageSujet: Re: Saeduni [Décembre 05]   Mer 20 Jan - 3:04
A peine entré dans la tente, détrempé, mes vêtements valdinguèrent dans un coin de la pièce pour me saisir d'une serviette sèche et me frictionner vigoureusement. Mon épiderme transi de froid ainsi réchauffé me tira un soupir d'aise presque comique. Tanvir abandonna vite son sérieux pour se moquer de moi avec allégresse. Me forçant à m'asseoir sur un coussin, il s'arma d'une seconde serviette et s'occupa de ma tignasse. Forcé à une position subordonnée, je savais : la leçon de morale arrivait. Après quelques considérations sur mon envol pendant les quelques heures d'attente pour nos éclaireurs, puis leurs rapports détaillés, nous attaquâmes le noeud du problème.

- Piètre idée d'amener occidentale ici. Surtout maudite comme elle est.
- Je n'ai pas vraiment réfléchi...
- C'est bien le souci !

Rétorqua-t-il avec empressement.

- ... je voulais dire que j'avais pas imaginé que cela vous dérangerait. Elle était en danger. Il fallait que je l'aide.
- Tu aurais pu simplement la déposer à l'entrée de la ville ou de son hôtel.

Le dérapage d'une main frottant agaçant manqua de peu de m'envoyer un colifichet d'une tresse dans l'oeil.

- J'y ai pensé mais...
- ... Mais ?
- Mais ... je ne sais pas exactement. J'eus un pressentiment. Il fallait qu'elle soit là sinon il allait lui arriver une chose horrible.
- Tu ne p...
- Je sais, je sais, mais ... je l'aime bien.

Avouai-je à toute vitesse pour couper court à l'éternel couplet sur le fait qu'il me fallait effectuer des choix et trier mes priorités.

- On devrait l'envoyer à l'ennemi pour qu'elle leur porte la poisse à eux.
- .... j'y ai pensé. Mais après réflexion, nous ferions encourir un risque supplémentaire aux habitants. Loin des conflits, c'est mieux pour elle comme pour nous. Même si on prend un risque supplémentaire ici, à ce qu'elle mette le feu aux tentes ou je ne sais quoi. Il restera tout de même assez de djinns pour contenir ou contrer les effets de son pouvoir.
- La logique se tient. Même si la laisser au milieu de la campagne aurait eu l'avantage de ne pas avoir un danger ambulant au sein de notre campement. Nous composerons ainsi que tu le décides, Jahan.

Soupira-t-il. Il quitta les coussins sur lesquels il avait poser les genoux pour s'occuper de mes cheveux désordonnés avant de se diriger vers l'unique table haute de la tente. Un énorme plan de la cité y trônait ainsi que des différentes couleurs. Un sortilège de divination animait les mouvements des différentes patrouilles, ennemis ou loyalistes ainsi que des notables-cibles. Complexe à mettre en place, nos éclaireurs avaient sillonné la ville en long et large durant plusieurs jours pour placer des séries de cristaux afin suivre autant de gens à la fois. Pour les mouvements à l'intérieur du palais, quelques serviteurs, non-esclaves et non-djinns - beaucoup trop suspectés depuis les événements de Constantinople - nous rapportaient régulièrement les agissements du nabab local qui voulait être calife à la place du calife. Toutefois, nous ne pouvions établir le même système sur une petite zone de crainte de créer une aura magique que même un humain percevrait. Tanvir attrapa presque négligemment sa barbe et la flatta longuement, se perdant dans une énième répétition de la bataille à venir.

Sur mes pieds, d'un bond léger, et à nouveau frais et sec, j'ouvris simple la malle dans laquelle j'avais préparé mon équipement depuis notre arrivée ici. Sur une kurta simple, j'enfilai un sarouel épais sombre et une première ceinture dans laquelle je ne nichai une série de petits objets variés que je n'utiliserai pas directement en combat mais qu'un djinn apprenait à ne pas négliger. Des talismans, des amulettes portant ou non-bonheur. N'y voyez pas que de la superstition, une profusion de petits objets permettait d'enchaîner les enchantements en cas de besoin. Certes, j'aurais toujours mes bijoux habituels, mais pour une bataille, je préférai du change. Au bout d'un certain temps ou certains dons détruisaient purement et simplement aussi le réceptacle. Par dessus, je refermai un banyan matelassé toujours sombre et fendu en différents endroits pour lui donner de l'ampleur afin de ne pas gêner le mouvement. J'enroulai une première écharpe autour de mon cou afin de le protéger du frottement du plastron de cuir épais. Oh, il n'arrêterait en lui-même pas une balle mais les cimeterres eux devraient frapper avec une certaine puissance pour réussir à m'entailler. Je l'assortis naturellement des brassards de factures similaires afin d'éviter les manches volantes susceptibles d'être agrippées par l'ennemi. Je nouais ensuite une série de différents kamarbands et ceintures de cuir dans lesquels je fourrais munitions et armes à feux, mes dagues au chaud sur mes reins ainsi que mon cimeterre. Une fois mes bottes solides et déjà formées depuis plusieurs mois aux pieds, il ne restait plus que les gants et le chèche et je serai prêt. Je pris donc deux étoffes, celle qui se changeait en tapis volant et une autre sombre. J'aurais besoin du tapis volant régulièrement mais je ne pouvais pas me permettre de me retrouver cheveux aux vents. Aussi, le premier serait enroulé autre de ma taille, facile d'accès et l'autre... L'autre, je pouvais pas le mettre moi-même comme ça.

La tenue d'Atêsh:
 

M'approchant de Tanvir, j'observai à mon tour un moment les figurines. Nous ajustâmes une dernière fois notre plan pour correspondre aux nouvelles données. Si avec mes hommes nous allions harasser et détruire certains dépôts d'armes avant de partir à la conquête du palais, Tanvir les attaquerait depuis les airs, en restant mobile pour les empêcher de se regrouper ou de fuir, dissimilant les rangs grâce aux tireurs et quelques djinns aux pouvoirs destructeurs. Pourtant, la clé de voûte de notre plan restait Khâlis. Avec l'aide de deux capitaines, elle mènerait l'assaut sur les portes principales. Nous espérions l'aide de la population locale mais nous ne pouvions prévoir et compter sur des civils. Notre principale difficulté se trouvait surtout être de ne pas faire de mal aux habitants de la ville et de provoquer un minimum de dégâts matériels. Pour venir en aide aux civils après l'assaut, nous avions même organiser une troupe composée de djinns avec des pouvoirs inutiles en combat mais particulièrement doués pour reconstruire, soigner ou rassurer. On appelait ça le génie civil. Tanvir et moi semblions nous accorder sur l'utilité, mais les précédentes batailles avaient été rapides et sans conséquence ou presque pour les constructions avec le minimum de morts chez les habitants, des perses après tout dans la grande majorité. Cette fois-ci, ça ne serait pas si simple. Il avait plusieurs foyers de résistants ottomans pensant pouvoir faire leurs lois, des occidentaux de pays avec lesquels nous ne voulions pas rentrer en froid mais il nous fallait quand même procéder à un nettoyage de fond. Je soupirai momentanément découragé. Tanvir appuya sa main sur mon épaule avec un sourire rassurant.

- Mangeons. Nous avons préparé tout ce que nous pouvions.

J'opinai du chef et nous sortions de la tente nous installer sur la petite estrade occupée auparavant par les musiciens qui rangeaient leurs instruments. Plusieurs d'entre eux tournèrent leur regard vers la jeune fille nous portant le thé et dont le nom m'échappait toujours parfaitement malgré tout. Quelques autres femmes, les épouses de certains guerriers ou même simplement des djinns nous accompagnant, dressèrent la nappe et amenèrent, petit à petit, les différents plats. Domptée par l'habitude et les années de disettes, une ombre n'a guère besoin de manger, j'en avais pourtant l'eau à la bouche. Depuis le début de la campagne et le délirium, je me redécouvrais un appétit plus en adéquation avec un jeune homme de mon âge. Il n'en restait pas moins que si je ne dévorai pas un peu de lumière régulièrement, je me sentais toujours vide peu importait si la quantité que je mangeai aux repas avec les autres.

Alors que je me demandai si Khâlis avait expédié Ofelia en ville pour l'éloigner de nous, elles arrivaient main dans la main. Par politesse, Tanvir et moi nous nous redressions non sans échanger un regard étonné. Khâlis nous ramenait-elle vraiment la même jeune occidentale ? "Le corset" expliquai-je à la volée à mon général. A quoi il répondit en levant les yeux au ciel, parfaitement dépité. Sans être un parfait goujat, ni lui, ni moi, la différence sautait toutefois aux yeux d'un homme normalement constitué. Sans rapport avec cette surprise agréable, la fluidité de la robe et les quelques ornements lumineux flattaient plus la jeune femme avec qui j'avais partagé un vol en tapis volant que ses précédents atours. Heureusement, nous les avions aperçues de loin : j'éclaircis ma gorge en toute discrétion. A l'instar de la Reine d'Orage lors de notre première rencontre, l'éclat d'Ofelia n'avait pas encore atteint maturation. Mais contrairement à Ashes, cette beauté à découvrir avait réussi à capturer mon souffle un bref instant.

- Tu es radieuse, Ofelia. Comme je l'avais prévu.

La taquinai-je après un baise-main. A l'invective de Tanvir, je la fis asseoir à coté de mon épouse déjà affairée à remplir le gouffre qui lui servait d'estomac. Pourtant, aucun mot ne fut échangé durant plusieurs minutes, le temps que nous nous servions tous, affamés que nous étions. Khâlis et moi bataillâmes pour le même filet d'agneau juteux, ce qui se régla à coup d'une variante personnelle du shifumi sous le regard blasé de Tanvir. Malgré quelques menus incidents, tout à fait logiques avec autant de monde réuni, le repas se déroulait dans une ambiance d'apparente bonhomnie pour camoufler l'appréhension des combats à venir. Certains se retirèrent plus vite pour aller prier ou passer du temps avec leurs époux-épouses dans l'intimité. La tablée ne resta jamais figée dans une configuration unique. Contrairement à une tablée d'un seigneur européen, ici, je mangeais parmi eux sans que cela soit exceptionnel. Une fois au Palais, l'habitude se modifierait naturellement légèrement mais pour l'instant je partageais simplement ma vie avec ceux qui l'offraient pour mon empire.

Il me fallut quelques temps, encore plongé dans des considérations qui mêlaient Triste-Robe, Erbil ou mon statut prochainement officialisé, pour remarquer que personne ne parlait et que notre invitée était toute tendue. J'ignorai si c'était les lieux, la découverte de mon statut - qu'elle avait pourtant pointé du doigt rapidement -, la nourriture, sa malédiction ou si Khâlis l'avait terrorisée d'une manière ou d'une autre. Une moue boudeuse s'installa alors sur mes lèvres. Avec célérité, j'abaissai le voile des deux demoiselles et les ébouriffai chacune d'une main. Puis, avec une lenteur aristocratique parfaitement déplacée pour un coupable, je replaçais le tissu sur les chevelures dérangées.

- Vous voilà réconciliées en case de besoin.

Je pointai Tanvir d'un doigt autoritaire.

- Arrête de faire ta tête sérieuse pendant que tu manges, tu fais peur à notre invitée.

Le bras-droit de père me regarda d'un air incrédule avant d'éclater de rire. Khâlis fronça les sourcils et bouda en rangeant ses mèches dans son chèche. J'attrapai un bout de manche d'Ofelia et souffla très naturellement sur les dorures afin d'y insuffler de la magie en murmurant dans ma langue.

- Voilà. Tu ne peux plus avoir peur de salir cette robe, elle va s'auto-nettoyer à chaque tache dès maintenant. C'est du vite fait donc ça ne tiendra pas longtemps. On demandera à une couturière-djinn de fixer la particularité dans le tissu dès qu'on en croisera une. Mais pour le repas, tu es tranquille.

Sans vraiment lui demander son avis, je lui choisis une brochette unique d'agneaux aux herbes, grillés et assaisonnée d'un peu de poivre et sel.

- Goûte, c'est mes préférés. Après, il y a des bonbons et biscuits pour accompagner le thé, si tu préfères le sucré.

Devant le mutisme continu de mes deux compatriotes, j'en saisis brusquement la raison : Tanvir galérait beaucoup avec l'espagnol et Khâlis n'osait pas étaler devant lui le fait qu'elle le parlait mieux, par respect. Un "Oh" audible accompagna la découverte e et je fourrageai un instant sous mes brassards pour y récupérer un bracelet d'or tout simple. Pendant plus d'une minute, je fixais le bijou en silence afin d'y emmagasiner suffisamment de magie avant de la façonner. Tanvir inclina la tête avec un sourire, satisfait de mes progrès en la matière. Depuis que le sylphe m'accompagnait régulièrement, ma méthode pour enchanter un objet avait repris plus de naturel. Apparemment, mon séjour dans l'Ombre et parmi les humains avait mâtiné mon utilisation de la magie de plus de brutalité que nécessaire. Cela ne changeait pas grand chose dans la finalité, mais cela correspondait plus à une façon du clan qu'à ma méthode hybride. Content comme un jeune chiot félicité par son maître, j'étirai un large sourire de gamin avant de me tourner à nouveau vers Ofelia.

Avec délicatesse, je me saisis de sa main. Solennellement, le bracelet caressa sa main avant de s'arrimer à son poignet. Un peu trop grand. Cependant, le fermoir permettait de réduire la taille afin qu'elle n'outrepasse pas la taille de la main gracile de la jeune femme. Naturellement, cela n'empêchait en rien l'attache de casser. Cela arrivera même probablement à l'Espagnole, mais il suffirait de remplacer l'objet. Tant qu'elle serait à nos cotés, n'importe quel djinn pourra réitérer le même sortilège sur ce qui lui semblera adéquat.

- Tu devrais comprendre ce qu'on te dit quand on s'adresse à toi ou un groupe dans lequel tu es comprise.

Lui annonçai-je dans ma propre langue pour tester l'efficacité de mon oeuvre.

- Et quand tu t'adressera à une personne ou un groupe, le bracelet lui traduira instantanément tes paroles dans sa langue.
- Tu aurais d'ailleurs pu demander à quelqu'un d'autre de le faire au lieu de te fatiguer pour rien.
- J'aurais le temps de me reposer avant que vous n'arriviez sur place à votre tour.

Réfutai-je en haussant une épaule désinvolte.

- Enchanté, Ofelia Ay Klaus.

Annonça ensuite Tanvir pour éviter à Khâlis de rétorquer. Il se redressa ensuite.

- Je vais aller donner quelques derniers ordres à mes troupes pour tout à l'heure.

Informa-t-il avant de s'incliner poliment.

- Nous aurons l'occasion de nous revoir à notre retour, dans de meilleures circonstances.

Khâlis, enfin calée, profita du départ de mon général pour lui emboiter le pas.

- Je vais vérifier et superviser les premiers départs.

Debout, je m'approchai alors de mon épouse pour glisser quelques mots à son unique attention au creux de son oreille et déposai deux baisers sur ses tempes avant qu'elle ne daigne me sourire à nouveau. "Crétin" bougonna-t-elle sans pourtant se départir de son air ravi. Cela ne l'arrêta pas pour autant et elle s'en fut hors de la zone lumineuse. Le reste de l'assemblée s'était dissipée de même, hormis la fameuse servante au nom que je n'arrivai pas à retenir. Elle débarrassa et nous porta le thé. Du baghlava, une sorte de mille-feuille au miel et la pistache, des baslogh, une sorte de biscuit à la noix de coco, à l'eau de rose et à la cardamone, ou encore de la pâte de fruits colorée trônaient sur le plateau à coté de la carafe de thé fumant et deux petits verres. Tranquillement, je repris ma place et remplis les verres avec dextérité en aérant le breuvage de gestes amples.

- Excuse-nous pour l'hospitalité un peu tronquée. Ce n'est pas la meilleure période pour un dîner amusant et rempli de spectacles. A notre retour, je te promets un vrai banquet à la Perse, avec les chants et la danse.

Lui souris-je avant de reprendre avec sérieux.

- Je suis navré. Notre petit détour sera une pause de quelques jours avant que je ne puisse t'emmener découvrir le reste de cette partie-là de la Perse. Et il faut que tu restes ici entre temps. Je ne peux pas prendre le risque de t'emmener avec moi, ni celui de te laisser rejoindre tes camarades occidentaux à Erbil. Pour ta sécurité. Mais aussi pour celle de la cité. L'échange risque d'être violent et avec une malédiction comme la tienne, cela pourrait prendre des proportions inimaginables.

Un peu navré, le sourire s'étira toutefois avec douceur à nouveau.

- Tu seras en sécurité ici et il y aura assez de gens pour... contrecarrer ce que ton aura de malchance pourrait provoquer. Tu pourras te permettre d'être un peu plus sereine.

Pour me prouver que j'avais tord sur ce point, le thé brûla légèrement ma langue.




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MessageSujet: Re: Saeduni [Décembre 05]   Mer 20 Jan - 20:53


Saeduni

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Ofelia ne se rendait pas compte de la paranoïa de ses pensées et avait toujours tendance à considérer le moindre événement un brin maladroit pour l’une des conséquences de sa malchance. Cela la rendait généralement muette, effacée, comme si elle tentait, dans son silence, d’occulter ainsi sa présence et de rendre sa malédiction moins importante. Peine perdue puisque le chat s’en donnait justement à cœur joie dans ses désœuvrements, et s’amusait tout autant du malheur des autres que de ceux causés à sa jeune maîtresse. Mais la barrière de la langue et les diverses coutumes locales n’arrangeaient rien. Toujours appliquée à manger le moins possible pour ne prendre aucun risque vis-à-vis de sa tenue, l’espagnole ne chercha pas un seul instant à faire la conversation aux hommes à table, ni à Khâlis, occupée présentement à sélectionner les meilleures pièces du ragoût, le tout sans se brûler.

Mais fut troublée dans sa quiétude gustative quand Atêsh, toujours farceur et prompt à l’ingénuité, abaissa son voile ainsi que celui de la guerrière, pour leur frictionner le crâne avec une ardeur rare. S’étranglant sur un morceau de pain qu’elle dû vite recracher, Ofelia lui lança un regard hagard, cillant vers les conseillers qui ne semblaient respecter aucun protocole, allant et venant au fil de leurs envies, certains quittant le repas après une courbette, d’autres lancés dans des conversations à occulter le reste de la tablée.

Vérifiant la mise en place du voile, l'apprentie sorcière eut un vague signe négatif et murmura tout bas.

« Mon prince, votre épouse est une personne remarquable qui m’a aidé à me préparer pour ce repas. Nos échanges ont été tout à fait cordiaux et je la remercie encore de ses conseils. Il est vrai que cela plus pratique pour moi pour. »
Voler en tapis volant ? En compagnie d’un prince ? A regret, elle dû se résoudre à ce que ce ne soit plus le cas. Et le regarda souffler sur ses dorures, en complétant finalement sa phrase. « Pour demeurer à vos côtés, votre Altesse. »

Le tour de magie du perse la surprit autant qu’il la charma, mais Ofelia ne s’autorisa qu’un vague sourire attendri. Avant d’incliner la tête, respectueusement.

« Mon prince, vous êtes bien bon. »
S’obligeant à goûter à la cuisine locale, l’orpheline se résolut à accepter la brochette, mordant dedans à croquer un grain de poivre qui lui mit aussitôt la gorge en feu. Toussant à peine, peu habituée aux épices malgré son récent séjour au Brésil, elle noya sa peine dans l’un des verres, déroutée par le goût salé de ce yaourt. Ce n’était pas entièrement mauvais, mais il lui fallut le regard incrédule et amusé de l’un des guerriers installé à table pour comprendre qu’elle en gardait des moustaches.

D’un geste vif, elle les essuya. Avant que son poignet ne soit de nouveau saisi par le djinn. Elle n’avait pas remarqué son manège, concernant le bijou, et hésitait à refuser le cadeau, les joues légèrement cramoisies, quand la raison lui fut donnée, en arabe s’il vous plait.

Des mots qu’elle comprit, sans aucune difficulté.

« C’est incroyable… »
Et au salut de Tanvir, oubliant toute réserve un bref instant, son regard pétilla de joie. « Enchantée Tanvir. Monsieur. » Se reprit-elle plus durement, embarrassée. « Mon prince, mon mal me fera sans doute perdre ce bijou, c’est toujours ainsi, même avec mes chapelets. » Soupira Ofelia. « Je m’en excuse d’avance. »

Il lui fallut les départs simultanés du général et de la guerrière pour arrêter de triturer le bracelet, s’amusant de comprendre les conversations – ou en tout cas, d’en saisir la traduction, car le sens de ce vocabulaire lié à la guerre ou à la famille lui échappait encore entièrement. Et se relevant, comme une jeune fille bien élevée, Ofelia les salua tour à tour, cillant simplement du regard pour laisser au prince et à son épouse toute l’intimité d’un possible baiser.

De nouveau assise, elle choisit dans l’un des plats un baklava qui lui empoissa les doigts. Manquant de dextérité, et encore trop hésitante, elle vit la catastrophe se produire sans émettre le moindre cri de protestation. Mais observa le morceau de pâtisserie glisser le long de sa robe comme sur de l’eau, avant de s’échouer à terre.

Fort pratique.

A l’écoute du Prince, le regard d’Ofelia finit par se voiler peu à peu de déception quand elle comprit, à peu d’erreur près, que sa présence ici n’était pour ainsi dire pas involontaire et qu’Atêsh comptait bien, en la gardant ici, tout autant la surveiller que l’empêcher de se mettre en danger en se retrouvant par hasard au cœur du conflit.

« Vous partez alors, mon prince. »
Essuyant ses doigts péguant de sucre, Ofelia baissa légèrement la tête, un sourire amer aux lèvres. « Votre hospitalité n’a rien à envier aux occidentaux, bien au contraire. Votre épouse et vous-même m’avez bien accueilli. Je comprends que vous désiriez veiller à la sécurité de ceux que ma malchance pourrait atteindre sous couvert des combats. Je ne m'enfuirai pas et aiderai au besoin. Son altesse Khâlis m’a déjà fait part de son envie de me voir apprendre aux côtés de la guérisseuse de votre camp, j'ai bien évidemment accepté. »

Mais elle ne serait jamais sereine. Ne pourrait jamais prétendre l’être, tant cela serait manquer de respect à ses hôtes et tenter ainsi de fâcher son pouvoir qui n’en serait que démultiplié. Agacée par cette série de malchances qui assombrissait son humeur sans qu’elle puisse en dénouer le fil, Ofelia se racla la gorge, tâcha tout de même de faire bonne mine, et se tourna pour faire face à Atêsh, fixant un pli de sa tenue sombre, pour ne pas avoir à croiser son regard.

« Quand tout aura cessé, quand tout le monde sera plus au calme et que les Ottoman auront abandonné, quand vous reviendrez, je pourrais reprendre mon navire et vous laisser en paix. Je me dirigeais vers la Scandinavie. Un bateau volant saura bien m’y emmener une fois les murs d’Erbil abaissés. »
Et triturant son bracelet, elle ajouta. « Je ne souhaite pas être l’objet d’une préoccupation supplémentaire pour vous, mon Prince. Pas en ces temps troublés. Et j’aurai toujours une dette de vie envers vous, qu’importe la valeur de celle d’une petite orpheline. Voilà pourquoi je ne tiens pas à vous faire honte, ni à apporter la désolation au sein de ce camp. Car, à dire vrai, je doute qu’aucun djinn ne puisse faire quoique ce soit pour moi sans finalement perdre patience et essayer de me chasser. »

Il n’y avait aucune véritable amertume dans ces derniers mots. Quand on avait l’habitude d’être repoussée, on finissait par ne plus attendre le coup de balais pour comprendre qu’il fallait déguerpir au plus vite. Ofelia se donnait deux ou trois jours avant que les catastrophes ne deviennent réellement sérieuses.

C’était toujours ainsi.




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MessageSujet: Re: Saeduni [Décembre 05]   Lun 8 Fév - 17:53
Etait-ce une lueur de déception que j'avais vu miroiter dans son regard ?

- Ce n'est pas ça.

Affirmai-je.

- Pas complètement.

Concédai-je.

- Il est vrai que ta malédiction risque de poser des complications pour mon peuple et il est plus aisé de t'éloigner des batailles ou la malchance rime souvent avec mort. Mais surtout, tu es une jeune femme occidentale au milieu d'une bataille.

Longuement, je la considérai. Je ne découvris, malgré tout, aucune autre manière d'exprimer la suite de ma pensée.

- Tu serais dans les premières victimes.

Que cela soit des risques expéditifs d'une conquête ou des hommes dont l'esprit sombrait dans la sauvagerie avec le tumulte des combats. Nul besoin de préciser néanmoins les sorts plus horribles les uns que les autres qui l'attendraient sur place. Soit l'innocence d'Ofelia l'en préservait des images. Soit sa vie ne l'avait pas assez épargnée pour qu'elle ne se berce d'illusions quant à la nature cruelle du monde. D'un index tendre, j'effleurai l'ovale de sa joue.

- Ici, tu sera autant en sécurité que possible.

Mon sourire s'élargit à nouveau jusqu'à se transformer en rire bref lorsqu'elle mentionna les devoirs confiés par mon épouse. Mes bras s'ouvrirent largement, accueillant, pour englober le camp.

- Ofelia Ay Klaus, tu es mon invitée. Même si Khâlis te met à la tâche, tu n'es aucunement obligée d'obéir à sa demande. Tu n'as pas à t'investir dans la vie du camp.

Je savais que je ne pourrais pas mettre à contribution un dignitaire étranger sous prétexte que j'étais en campagne. Triste-Robe ne s'enorgueillissait pas de titres ronflants, mais comme nos façons différaient, je craignais qu'elle ne s'offusque de se voir traiter comme une domestique. Néanmoins, son intégration se facilitait grandement si elle se pliait à nos usages, aussi expliquais-je plus en détails.

- Excuse Khâlis : nous sommes, majoritairement, issus de clans djinns nomades. Notre importance au sein du groupe est définie par rapport à nos compétences et notre tâche principale. T'assigner à une tâche, même subalterne, permet de te tester mais aussi de te donner une légitimité à être présente ici pour le reste du clan.

Au final, participer lui garantissait d'être traitée comme une des nôtres, protection incluse, et lui éviterait beaucoup de regards suspicieux. Même si la malédiction comportait des risques pour le stock de plantes médicinales, Khâlis lui rendait finalement service en la confiant à la guérisseuse.

Après cette réponse-là et sa diatribe sur son départ, son regard fuyait tellement le mien que l'on aurait pu se figurer que, de sylphe, je m'étais transformé en gorgone grecque. Aussi emprisonnai-je son menton entre mon pouce et mon majeur, mon index le long de son cou, afin de relever son visage vers lui.

- Regarde-moi


Exigeai-je avec douceur.

- Je t'ai promis de te faire découvrir mon pays. Un Farvadin ne promet jamais rien à la légère. Cherches-tu à me faire mentir en fuyant ?

Le sourire de canaille dévoila une incisive presque taquine. La lumière capricieuse, presque plus dangereuse que mes ombres, crépita un instant dans mon regard.

- C'est très très très mal de m'empêcher d'accomplir ce que je désire, Miss Klaus.

Abattis-je comme une sentence, punissant son nez d'une pichenette légère tandis que je la libérais. Je me redressai alors, tenant difficilement en place en raison de l'appréhension des combats prochains.

- Ofelia, ça n'est pas ta malédiction qui va effrayer des djinns. Tu n'as pas à avoir ... honte de ce que la magie impose à ton entourage. A moins que tu n'aies directement provoqué le courroux d'une fée.

Après quelques pas, je me retournai vers elle.

-N'y vois pas une tentative d'en amoindrir la portée ou la douleur que t'inflige ton mal. Ici, tu n'es pas seule. D'autres comprendront ta douleur puisque nombre djinns sont maudits ou infligés d'un don à double-tranchant. Ils te taquineront, râleront et te gronderont sans doute. Mais personne ne va te blâmer de porter courageusement un handicap que la vie t'inflige.

D'un revers de la main arabesque, je désignais son poignet auquel j'avais passé un bracelet.

- J'ignore ce qu'est un chapelet dont tu as parlé tout à l'heure, mais peu importe si tu perds ce bracelet-là : Heureux celui qui trouvera un bijou d'or dans le sable. Je t'en offrirai autant qu'il t'en faudra. Si ton chat noir provoque des catastrophes, nous soignerons les plaies et recollerons les pots cassés. Nous sommes bénis par la Magie, nous nous en servirons autant que nécessaire pour corriger les dégâts.

Plus tard peut-être pourrions-nous même envisager de l'aider à trouver un remède. Quant à savoir pourquoi je m'entêtai autant à la rassurer, j'en ignorai moi-même la raison. Peut-être avais-je besoin d'une personnification des enjeux pour la prise d'Erbil ? Si je réussissais à tranquilliser Ofelia et à la protéger, je me figurai peut-être qu'Erbil suivrait ? Après tout, je l'avais cueilli comme une fleur dans les rues de la cité pour la soustraire à ses assaillants. Le rapprochement était aisé. Négativement, ma tête se secoua pour chasser la pensée.

- Je vais devoir rejoindre Khâlis et mes hommes. As-tu d'autres demandes et des questions avant mon départ ?

Même bavard comme je l'étais, ma gorge s'était finalement asséchée après cet énième tirade. Je vidais mon thé avant de me saisir à nouveau de la carafe pour faire le service. J'en reversais la moitié sur le plateau suite à un coup de vent traître avant que le liquide ne cascade correctement dans les tasses.




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MessageSujet: Re: Saeduni [Décembre 05]   Lun 8 Fév - 19:56


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Ofelia se tût, écoutant les mots du Djinn, ses sages paroles de prince et ses promesses d’homme. Elle voulut sourire, rire pour le rassurer, mais ne put que frissonner à peine à cette caresse éphémère sur sa joue, les yeux baissés sur les plats fumants et sur les cercles de sucres laissés par les tasses à thé délaissées par ceux qui avaient déjà quitté la table. Elle n’était pas naïve et appréciait de fait la franchise d’Atêsh qui, sous couvert de la protéger, ne perdait pas pour autant le fil de sa malédiction, gardant le chat bien en vue et présumant déjà de ses méfaits. Mieux valait cela à l’arrogance ou à la suffisance de la naïveté. Et pour ce point, elle lui en fut reconnaissante. Avant de s’assombrir légèrement à la mention des soldats Ottomans.

Elle était femme, jeune femme, à peine sortie de l’adolescence. Elle avait assez traversé de pays et avait suffisamment vécu pour comprendre que ses allers et venues sans chaperon pouvaient déjà attirer l’attention. Mais elle n’ignorait rien des pulsions bestiales qui agitaient les hommes. Autrefois, stupidement, elle s’était considérée trop laide pour être digne de ce genre d’intérêts et donc, d’une certaine manière, comme à l’abri de ces monstruosités. Mais à contempler l’Homme dans toute son entièreté, dans ses cultures et ses traditions, dans son modernisme et ses avancées, un point demeurait.

En terme de destruction, l’Homme n’était pas un esthète. Il prenait, dévorait, morcelait, digérait et se contentait de la violence de son acte plus que de son aboutissement.

La gorge un peu nouée, elle se plia toutefois au geste de sa pincée, tournant le museau vers ce visage encadré de neige. Brutalement, d’une émotion particulière qui lui pinça la poitrine et le ventre, elle eut envie de se réfugier dans ses bras, de l’enlacer comme un singe à un tronc d’arbre, et de ne plus jamais le lâcher. Cette volonté, nue et sans codes sociaux, avait déjà chatouillé son échine quand elle se faisait présence humble aux côtés du Sappa Sumainka. Mais jamais encore elle n’avait grondé avec autant de fièvre à voir un homme lui sourire, confiant, comme un serpent charmé par les mouvements d’un flûtiste. Atêsh ne voulait que son bien, et cette idée, cette simple idée, la bouleversait au point de crever de peur pour lui.

« Non je ne veux pas vous faire mentir. Et découvrir votre pays, à vos côtés, serait pour moi un plaisir immense, votre altesse… »
Mots ténus, presque chuchotés. Ses yeux s’emplirent de larmes mais Ofelia n’était pas chouineuse pour un rien. Alors, fièrement, elle ravala son émotion, redressa un peu la tête, et accepta de croiser son regard d’ambre.

« Plus que de la honte, c’est de la culpabilité que je ressens à blesser ceux que j’aime. »
La vision du sang sur la lame de rasoir effleura de nouveau brièvement son esprit. Mais elle chassa cette impression pestilentielle et le regard douloureux de son père. « Je veux simplement aider et trouver ma place. Et je le ferai en brisant ma malédiction. Mais sachez tout d'abord que j’assumerai chaque acte de ce sortilège. »

En elle, le chat bondit, poils hérissés. Comme effrayé par ces quelques mots. Mais toute à sa contemplation, Ofelia ne le remarqua pas.

« Et je rattraperai chacune de mes erreurs. Mais laissez-moi obéir à Khâlis. Il m’importe d’aider au clan et de ne pas prendre le pain de votre table sans le mériter. »


Loin de toute considération chrétienne vis-à-vis du châpelet, la jeune orpheline oublia de lui expliquer les tenants et aboutissants de sa croyance pour mieux l’observer verser le thé. La malchance bondit aussitôt, lui faisant renverser le breuvage, comme pour rattraper des paroles malheureuses qui avaient, l’espace d’un instant, menacé de rendormir le chat au sein de son couffin. Ofelia inspira, et à l’écoute des questions du prince, se leva finalement.

« Si vous voulez bien m’excuser votre altesse. »


Quelques minutes lui suffiraient. Le temps de retourner à sa tente d’un pas rapide, manquant de bousculer un homme qui trébucha sur une pierre. Rentrant à sa chambrée improvisée, Ofelia ouvrit sa valise, souleva son grimoire, dévoila ses artefacts. Et se saisit de l’un des objets gravés, sans sourire, sans douceur. Son regard, au contraire, était froidement décidé.

Quand elle revint vers Atêsh, son absence ayant été la plus courte possible, Ofelia s’inclina avant de lui tendre la locomotive rouge et or en bois qu’elle était allée chercher.

« Pour vous. Ma magie ne prendra jamais parti au sein d’une guerre. Mais cet artefact peut vous protéger. Posé au sol, il dégage une épaisse fumée qui saura couvrir votre fuite en aveuglant vos adversaires. Promettez-moi d’en user si vous en avez la nécessité. »
Sa voix s’étrangla. « Et surtout promettez-moi de revenir en vie. C’est ma seule requête. Et elle me tient à cœur, votre altesse. »

Maintenant il était temps de laisser Atêsh partir, de le laisser prendre son envol pour aller défendre ses convictions et protéger son pays. Mais avant cela, Ofelia se permit de contempler une dernière fois ses cheveux de neige. En se jurant, posément, de se venger d’elle-même si d’avenir il devait revenir blessé ou marqué par ses combats. Cela valait de même pour Khâlis et pour ce grand général qu’elle avait salué d’un monsieur. Certains ici mourraient, c’était évident. Car la liberté payait son prix en litres de sang. Effrayée de ce constat, troublée par la facilité avec laquelle son esprit acceptait ces meurtres, Ofelia se mordit la langue, se demandant vaguement si c’était une preuve de cruauté ou de froideur. Avant de se ressaisir.

C’était seulement le fait de grandir.





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MessageSujet: Re: Saeduni [Décembre 05]   Jeu 18 Fév - 0:06
Mon pouce avait hésité à chasser les larmes qui manquaient de noyer ses yeux. Pourtant, il n'en fit rien. Cela aurait été la traiter comme une enfant ou chercher à écraser ses émotions sans considération pour ce qu'elle ressentait. J'étirai pourtant un bref sourire de soulagement lorsqu'elle ravala ses larmes : Je détestais vraiment voir une femme pleurer. J'aurais sans doute fait le pitre pour réussir à la faire rire. Pourtant, ce soir-là, je n'avais pas l'âme d'un farceur. Trop de choses tournaient en boucle dans mon crâne et menaçaient de me submerger. Elle enchaîna sur la demande d'aide Khâlis à laquelle j'opinai.

- Fais ainsi que tu le juges le mieux.

Conclus-je cette partie-là de notre discussion. Le thé goutta par terre sans que je ne paraisse m'en soucier, à l'affût de ses questions, tandis que brusquement l'espagnole s'en allait. "Hein" faillis-je lâcher en fixant son dos qui disparaissaient derrière un pan de tente et la nuit. "Quoi ?" voulus-je ajouter avec éloquence. Elle venait de me planter au milieu de mon propre campement comme un imbécile ou alors avait-elle pris congé ? Coi, je cillai longuement. Stupéfait, je me laissai tomber sur mon coussin et fixai le vide durant quelques seconde. Puis, machinalement, mes doigts s'étirèrent pour grappiller la seconde part de baghlava. J'y croquai à pleine dent après m'être assuré que personne ne m'observait. Miel... Un soupire d'aise avant de dévorer l'entier du morceau.

Aussi lorsqu'elle revint, avais-je la bouche pleine et l'air d'un gamin prit sur le fait. Heureusement, la pénombre m'avait permis de déglutir, en manquant à moitié de m'étouffer, sans qu'elle ne s'en aperçoive,du moins l'espérais-je. Avec politesse, je me redressai en époussetant mes vêtements des reliefs de mon méfait. Sans comprendre, je me saisis de ce qu'elle tendait. Une locomotive ? Pourquoi ? l'interrogeai-je du regard, décontenancé. Entre mes doigts, je retournai l'objet plusieurs fois, un peu curieux de ce jouet occidental. A son explication, je voulus répondre que je ne pouvais pas fuir ces combats-là et assurer, avec l'aplomb de l'inconscience, que je reviendrais sain et sauf. Pourtant, je n'en fis rien. Je nichai son artéfact dans mon kamarband avant de m'incliner bien bas.

- Merci.

Alors que j'ouvrais la bouche pour ajouter quelques mots, Khâlis revint.

- Atêsh !

M'interpella-t-elle.

- Dépêche-toi si tu veux que je t'aide. Je ne monte pas sur ton fichu tapis, j'ai pas le temps de partir au dernier moment.

Me kidnappa-t-elle en m'entraînant vers les tentes. Pressée, elle n'avait guère prêté d'attention à Ofelia hormis un bref signe du chef. J'esquissai pour ma part une pathétique excuse, épaule haussée, un sourire en coin, mains ouvertes.

- A bientôt Ofelia.

Tiré vers ma tente, j'emboîtai le pas à Khâlis avant qu'elle ne songe à utiliser son pouvoir pour m'obliger à le faire plus prestement. Mon épouse à poigne m'installa sur un coussin. D'un geste vaguement irrité, elle déplia mon chèche. De ma position basse, je la contemplai avant de l'emprisonner contre moi. Tout irait bien voulus-je promettre à nouveau pour apaiser ma frêle épouse. Relâchée lorsqu'elle le désira, Khâlis se redressa et récita les prières en couvrant mon crâne sous l'étoffe épaisse, y glissant une chaîne d'or alourdi d'un soleil et d'un rubis. Mes cheveux dissimulés, je me redressai à mon tour et coupai la pointe de mon index à mon poignard. La perle de sang vint orner le front de l'efrit, tandis que le sien auréola le mien. Ainsi nous surmonterions ensemble les épreuves, même séparés par nos devoirs. Nous quittâmes alors la tente pour rejoindre nos hommes respectifs.

*** *** ***

Premier jour

Samira, la guérisseuse, se joignit à Ofelia après le départ d'Atêsh et la reconduisit à sa tente où elle la laissera seule après lui avoir indiqué quelques détails pratiques sur la vie du camp. La djinn la quittera rapidement pour rejoindre sa propre tente, visiblement tendue. Au petit matin toutefois, la sylphe réveilla l'espagnole pour l'emportera dans un tourbillon de paroles et d'indications sur ses tâches. Mise à contribution, Triste-Robe est assignée à la découpe d'étoffes solides pour les pansements qu'elle devaient ensuite enrouler pour en garnir des paniers. Pour noyer la tension, les craintes des combats se déroulant à Erbil, Samira babilla sans cesse avec une légèreté qui semblait lui faire défaut la veille. Tanvir, son époux, et leurs enfants, à l'en croire, descendaient des plus anciens héros perses et frisaient la divinité.

En début d'après-midi, une petite délégation arriva au campement. Un contingent de gardes frais et solides accompagnait une vieille femme parcheminée s'aidant d'un bâton ouvragé. Devant l'ancêtre, la hiérarchie du camp disparut, de même qu'une partie de la tension dissimulée. Avec déférence, chacun la salua avant de reprendre son ouvrage avec un zèle presque enfantin. Pourtant, après un entretien privé avec Samira, elle s'installa non-loin d'Ofelia et s'occupa de concert avec elle des bandages, assise sur un épais coussin pour soulager ses articulations grinçantes. Son observation silencieux de l'intruse dura presque une heure avant qu'elle ne se présente simplement : Parvaneh était son nom. Le détail réglé, souriante, elle commença à ordonner à la protégée de Nikolas Klaus de lui apporter milles et un ingrédient et ustensile, sans sourciller lors que sa malédiction frappait. Une fois satisfaite, elle tapota le coussin à coté d'elle et commença une leçon en bonne et dûe forme pour la création d'une pommade cicatrisante en confiant toutes les tâches physiques à la demoiselle, comme pilloner les herbes ou moudre des cosses épaisses. Surveillant avec attention le moindre geste de la jeune femme, elle la reprenait à chaque erreur qu'elle soit de son fait ou de celle de son chat noir.

Les premiers blessés légers furent rapatriés en fin d'après-midi et Samira disparut le reste du jour pour mener à bien sa tâche.

Au soir, après le repas, apparurent soudainement autour d'Ofelia une nuée d'oiseaux de papier, assez mal pliés reconnaissons-le, tous identiques. Ceux-ci ne lâcheront pas la jeune femme d'une semelle jusqu'à ce qu'elle daigne en ouvrir un. Alors, une pluie de pétales magiques de couleurs variés cascada lentement autour d'elle. A l'intérieur du pliage, quelques mots en espagnol d'une main déliée :

Ofelia,
Partout, les conflits résonnent assourdissants. Pourtant, dans les jardins, la nuit englobe, protectrice, un pare-terre de fleurs intouchées et un étrange calme règne. J'ignore pourquoi tu ne sembles pas en prendre conscience, mais dans toute l'obscurité que peut faire ton don, tes yeux et ton sourire illuminent autrui du même espoir que ces fleurs ce soir.

Alors souris.
A.

*** *** ***

Second jour

Un afflux important de blessés obligea Parvaneh a cessé ses leçons à la jeune demoiselle pour se consacrer aux soins. Celle-ci sera mise à contribution pour d'incessants vas-et-vients entre la tente de Samira et une plus volumineuse où les blessés reposaient. Accompagnée de la demoiselle dont Atêsh n'arrivait pas à se souvenir du nom, Samira lui ordonnera de passer une partie de la soirée à faire préparer de nouveaux bandages.

Au alentours de minuit, les oiseaux de papiers réapparaissent et accompagné de quelques pétales presque translucides cette fois-ci, comme si le créateur du sortilège était épuisé.

Ofelia,

Nous avons gagné ! Erbil est libre ! Néanmoins, vous ne pourrez pas nous rejoindre avant demain soir. J'ai hâte de te faire découvrir les jardins du palais, ils sont magnifiques.

A.

PS: Parvaneh aime le miel dans son thé. Je compte sur toi pour en glisser dans son breuvage matinal.

*** *** ***

Troisième jour

Samira disparut pendant la nuit pour aller s'occuper des blessés plus lourds directement à Erbil. Le camp entier se détendit au fur et à mesure de la propagation de la nouvelle. Au milieu d'après-midi, Khâlis et un contingent d'hommes à l'air lessivé vint chercher Parvaneh et Ofelia. Hormis quelques hématomes, l'efrit se portait bien. Tout le monde s'affaira alors au démontage du camp et à la préparation des blessés pour le transport vers Erbil. La vieille djinn et Ofelia furent inventé à grimper sur un rokh imposant, sur une assise confortable et protégée du temps capricieux.

Erbil se dressa devant elles après près d'une heure de vol. La nuit irradiait ça et là de quelques feux résiduels dû à la bataille. Plusieurs pans du mur d'enceinte dégorgeaient leur lot de pierres mises à bas. Plusieurs bûchers avaient été dressés pour incinérer les ennemis défunts et la litanie incessantes des prêtres ou imams couvraient par endroit la musique joyeuse des civils libérés. L'imposant animal se posa ensuite sur la place du marché, évitant de peu de se manger un mur, emporté par son propre élan. Tanvir se précipita alors vers elles et les aida à descendre courtoisement. Samira le suivait de peu et vint rapidement quérir son aînée afin de la conseiller sur une série de soins complexes.

Aussi Tanvir et Ofelia se retrouvèrent seuls au milieu de la place du marché, étroitement gardée. Après avoir avisé la jeune fille longuement, il annonça :

- Le prince reçoit actuellement des soins. Je vais te mener à ta chambre en attendant.




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MessageSujet: Re: Saeduni [Décembre 05]   Jeu 18 Fév - 20:45


Saeduni

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Au premier jour, il n’y eut rien que les maladresses habituelles. Les échappées d’objets peu précieux, comme un verre, ou une fourchette, les bandages qu’elle enroulait, le panier renversé, et mille petites bêtises qui la fit soupirer tandis que Samira parlait et babillait et s’enthousiasmait d’un rien, racontant la vie des autres autant que la sienne dans des mots aux accents chantants, comme une berceuse. Quand la vieille femme apparut au campement, Ofelia portait son premier pansement – au pouce droit, c’était toujours au pouce droit que cela commençait. Elle venait de se couper, et sous le regard de la vieille femme attentive, elle trébucha, causant autour d’elle comme des vagues de remous de silhouettes dansantes, se cognant contre les meubles, ou respirant un peu trop de poussière.

Le chat baillait, faisait ses griffes, creusait son nid, quand l’aïeule vint enfin se présenter. Ofelia s’était déjà inclinée devant elle, et la salua de nouveau avec sagesse mais timidité quand Parvaneh s'adressa à elle directement. Intimidée, Ofelia ne put trouver que de la beauté dans ce visage tanné par l'âge et son regard sage. Elle obéit donc à ses injonctions, avec la servilité la plus enthousiaste, jusqu'à manquer de renverser une pommade à ses pieds. Et s’excusa, se demandant confusément quel était le lien entre Parvaneh et Atêsh, avant de porter son regard sur les blessés arrivant au campement.

Pour certains, la commotion devint plaie ouverte ou la plaie ouverte infection. Mais rien ne fut trop grave, trop puissant.

Le chat flânait trop pour cela.

Mais quand les oiseaux vinrent, quand elle en déplia un et que les pétales cascadèrent sur elle, éclairant son visage de jeune fille à en former un « o » stupéfait et silencieux, la malédiction chuinta en elle, eau jetée sur un feu qui, bien loin de s’éteindre, trouva les bûches de ses hésitations pour s’enrichir.

Elle sourit donc, obéissant aux mots du prince, presque rêveuse, mais toujours concernée par sa survie.

Au fond d’elle, le chat fixait Parvaneh.


----------


Au second jour, avec l’affluence des blessés, Ofelia fut bien trop éloignée de l’aïeule pour que le chat s’en amuse. Mais la guerre le rassérénait et les cris se multiplièrent dans le campement, quand l’infection devint épidémie, quand des membres durent être coupés. Dans cette débâcle de sang, l’espagnole tentait à tout prix de s’en tenir écartée, pour protéger les victimes de la guerre. Mais obligée par son devoir à accomplir ses tâches et à seconder les guérisseuses du clan, elle revint bien vite auprès de Parvaneh. Et le chat s’amusa à bousculer celle qu’il pensait plus fragile. Manquant de l’attaquer par un soldat rendu fou par la perte de ses yeux, la brûlant d’une braise échappée du foyer, glissant du sable dans ses potions qu’Ofelia s’acharnait pourtant à protéger.

Mais Parvaneh semblait traverser ces aléas sans s’en formaliser, et pas une seule fois elle ne lui lança un regard de reproche, ou ne s’accorda une pique.

D’autres n’eurent pas la patience.

Quand le murmure courut au sujet de la malédiction d’Ofelia – qui l’avait lancé ? Personne ne le saurait jamais, et c’était toujours ainsi – l’orpheline traînait ses mains aux multiples pansements, sans plus oser manger, sans se mêler aux rares regards qu’elle sentait peser sur sa nuque. Au soir, avant que les oiseaux n’arrivent, elle voulut tout de même se rapprocher des femmes, pour un thé – un simple thé. Mais quand trois de ces dernières se levèrent précipitamment pour s’éloigner, Ofelia sut que la tente serait bien mieux pour elle.

Et lut la missive d’Atêsh, agenouillée auprès de ses bandages, Samira ayant rejoint Tanvir pour d’obscures raisons sur lesquelles elle n’avait pas à s’appesantir.

Elle s’essaya à sourire, de cette victoire du prince, d’imaginer les jardins, de suivre son conseil pour le miel au thé de Parvaneh. Mais soupira, fit un rapide signe de croix. Et se mit à prier, avec ferveur. Pour le salue du djinn perse, celui de ses troupes, le sien aussi. La paix.

Au fond d’elle, le chat, écroulé de rire, préparait déjà sa vengeance.


----------


Au troisième jour, il y eut l’épingle tombée dans la tasse de Parvaneh. Elle était pourtant accrochée à ses cheveux, mais penchée sur le breuvage, y versant du thé, Ofelia l’avait laissé échapper. Horrifiée par la découverte quand les doigts de l'âgée la découvrirent au hasard d'un éclat de bougie, l’orpheline se confondit en une plaidoirie espagnole mêlée de quelques mots perses glanés de ci de là au fil des jours passés au camp.

Mais Parvaneh se contenta de la lui rendre, avant de boire le thé.

Alors le chat s’ébouriffa. Dans la tente des blessés, il fit naître un feu qui éveilla les esprits rassérénés par la victoire de leur camp. Il manqua de tuer un enfant, de la chute d’armes sur son passage et le petit ne s’en sortit qu’avec le bras cassé.

Il fit jeter de l’eau salée aux yeux d’Ofelia, par une éfrit voulant congédier le malheur. Mais quand elle recula, au cri de frayeur de l’orpheline, elle buta sur une pierre et le bol qu’elle tenait entre ses mains se fracassa au point de lui ouvrir les paumes profondément.

L’épidémie qui menaçait alors les blessés légers se transforma en grippe sévère qui résista aux soins des guérisseurs. Ofelia se renferma dans sa chambre, désemparée.

Quand Khâlis arriva cette après-midi là, le soulagement se vrillait à la tension sous-jacente dû aux plaisanteries du chat noir. L'oprheline garda les yeux baissés, sans même pouvoir se réjouir de la présence prochaine d’Atêsh.

Une mine qui ne se calma pas quand une fois arrivée au palais, elle apprit les raisons de son attente.

Le djinn était blessé.


----------


Épuisée par la route, se tenant à l’écart de tout contact avec Parvaneh et Khâlis, Ofelia fléchit moralement. Mais attendit le secours des portes de sa chambre pour sangloter en silence. Ses doigts étaient entièrement recouverts de bandage. Elle était pâle, tendue, ses cheveux malpropres et ses yeux cernés. Piteuse figure pour une orpheline à la robe poussiéreuse de sable. Elle pouvait pourtant se préparer, se soigner, pour l’arrivée de celui qui, victorieux de ses combats, s’en revenait vers son invité dans le but de tenir sa promesse.

Elle ne le put. Elle pensait à Parvaneh et à l’épingle. A la femme et à ses mains charcutées. A l’enfant et à ses cris. Aux amputés. Aux regards sombres. Au fait qu’elle ne pouvait plus rester plus de trois jours quelque part sans que le chat ne griffe et ne morde, animal mal éduqué qui attendait, allongé contre son cœur, que le djinn ne s’en vienne et que le tour continue.

Tout cela l’amusait follement. Pas Ofelia. Elle était à la limite de l’épuisement et avait de toute façon mal dormi.

« Ca suffit. » Claqua soudain une voix dans sa chambre, et l’orpheline sursauta de ne pas reconnaître la sienne. Mais la colère montait en elle, comme une lave. Et recouvrant le chat noir, elle bondit sur ses pieds, quittant le lit majestueux, observant enfin son décors avec des yeux relevés.

« Ce n’est pas ainsi que tu vas l’applaudir. Nettoie ta frimousse. Recoiffe toi. Tu me fais peine. »

Tremblante de ses injonctions mais surtout cette motivation décidée, Ofelia se décida à obéir. Avança vers un paravent. Observa sa robe dans un grand miroir en pied. Et piétinant le tapis d’exaspération, envoya tout paître à terre. Elle portait encore les habits traditionnels confiés par Samira, mais demeura en corset noir et caleçon de sous-vêtement, le temps d’ouvrir sa valise, d’en sortir une nouvelle tenue.

Une âme charitable, très certainement une servante, avait déposé un broc d’eau devant le miroir. Aussi s’en servit-elle pour se décrasser.

Priant pour avoir le temps de se changer avant qu’Atêsh n’apparaisse.

Evidemment, le chat noir, vexé, ne lui en laissa pas le temps.




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MessageSujet: Re: Saeduni [Décembre 05]   Lun 22 Fév - 4:08
Tendres et moelleuses plumes et étoffes ployaient sous mon poids. Elles accueillaient avec douceur mon auguste carcasse et je m'y lovais avec délice. Bénis soient les coussins ! Ce soir-là, le brillant inventeur d'un si divin objet aurait été catapulté Conseiller de l'Empire Perse : La guerre, les combats, les blessures, je les affrontais courageusement. Les heures assis sur un trône inconfortable à entendre le futur Satrape pérorer sur sa fille parfaite, mon corps meurtris réclamait grâce. Sans Tanvir, je me retrouverai assis sous le dais pendant que l'Imam nous bénirait. Heureusement le bras droit du Shah souligna très judicieusement que les oracles devaient déterminer la date la plus propice à une union ainsi que le respect de la période de deuil pour toutes les pertes malheureuses du conflit. Le kurde était tellement reconnaissant que nous placions enfin un membre de sa communauté à la tête d'une satrapie, que je crus quelques fois que c'était lui que j'allais épouser. Heureusement, il enverrait à Téhéran son fils pour négocier les termes du contrat de mariage fin décembre, mais l'accord avait déjà fait l'objet d'une signature de concept et l'acceptation de principe de Khâlis donné quant à l'arrivée d'une seconde épouse dans le harem. Pourtant, le brave homme me louait sans cesse la beauté de sa fille aînée comme un marchand de tapis. En mon for intérieur, je priai déjà pour que la demoiselle ne tienne pas le coté obséquieux de son père ni de sa faculté à parler plus que moi.

Après ces interminables palabres, le prime défilé des notables des environs qu'il avait fallu également gérer brièvement avant une vraie rencontre dans la semaine, mon emploi du temps me laissa enfin un creux. L'idée première avait été de m'effondrer sur les fameux coussins. Toutefois, j'avais besoin d'un sérieux bain. Depuis la fin de la bataille, impossible de s'accorder du temps en solitaire tant il y avait de tâches à accomplir. J'en regrettai presque les deux heures d'attente dans le jardin à la fin de la première journée ! Aussi me coulais-je dans l'eau avec un ravissement démesuré. Sur le rebord du bassin, j'entreposais petit à petit le fourmillement de bijoux que l'impératif d'un délassement avait repoussé à plus tard. En frottant le sang et la poussière, je constatai à mon grand désarroi que les plaies que j'avais estimé bénignes, une fois l'anneau pour contenir la peine retiré, me tiraillaient bien plus qu'escomptées. Orgueil masculine mise à part, quelques larmes m'avaient été arrachées lorsque je décollais l'étoffe coagulée à une blessure à cause du sang et un gémissement plaintif à la première tentatives de frotter les crasses incrustées. Heureusement, Tanvir, avec nos quelques batailles, connaissait bien ma manière de fonctionner, le repli du prédateur pour lécher ses plaies, et Samira m'avait rejoint à l'instant où je m'étais allongé sur les coussins dans le noir complet.

Coussins détrempés et étoffe nouée à la taille pour seuls remparts, la guérisseuse m'eut vite terrassé. Le principal obstacle entre les mains habiles de l'épouse de Tanvir et son infernal patient se dressait dans cette pénombre obligatoire. Plus de deux jours d'utilisation de magie et presque trois sans réel sommeil me rendait carrément instable et la lumière me brûlait presque comme une lente et perpétuelle agonie. Ombre, je gigotais tellement pour ne pas y sombrer, que, de guerres lasses, Samira m'avait endormi de force pour réussir à désinfecter et panser mes maux. Aussi ronflai-je complaisamment jusqu'à la tombée de la nuit et à l'arrivée de mes deux invités spéciales.

La caresse vibra presque sur mon crâne tant la main qui la procurait se parcheminait d'âge. Entre mille, j'aurai reconnu les inflexions de la berceuse chuchotée. Parvaneh, celle qui m'avait veillé des mois durant et tirer des griffes de la mort, ma grand-mère ou peut-être était-elle la grand-mère de tous les farvadins ? Avec le caprice et la jalousie d'un enfant, je l'avais déclaré mienne, bien plus encore qu'aucune femme courtisée à ce jour. Elle était si menue ma Parveneh, asséchée et courbée par les ans. L'avait-elle toujours été ? Non, non, elle se redressa soudain comme une reine comme si elle avait deviné une inquiète pensée dans le regard d'or qui la dévisageait. Elle était belle ma Parvaneh, comme les Reines sages ornant les bas-reliefs des ruines enfuies dans les déserts, la tête haute impérieuse, aussi insoumise que l'air, brûlante que le feu et sage que l'eau. Ma fatigue sans doute la transfigura l'espace d'une seconde, comme ces vieilles djinns des contes, en cette image de jeune rosière. Protocolaire, je m'inclinais alors pour baiser ses pieds et réclamer sa bénédiction. Comme un autre ancêtre quelques mois, une vie, auparavant, je reçus sa marque. L'avant-dernière, celle qui m'ouvrirait les portes de Téhéran pour rejoindre mon père.

Hélas, après quelques mots doux de retrouvailles, la vie m'arracha encore ma Parvaneh pour quelques heures. Appelée, la guérisseuse rejoignit celle qui lui succéda dans la tâche auprès du clan. Mes hommes avaient besoin d'elle et je ne leur refuserai pas la présence rassurante et apaisante de l'aïeule. Vêtu d'un sarouel ample et d'une tunique échancrée laissant apparaître et surtout accéder aux bandages par ma soigneuse attitrée, pieds nus mais à nouveau couvert de mes bijoux coutumiers, le chèche enroulé sommairement sur la tête, j'arpentais les lieux que les domestiques récuraient encore. Tanvir eut la mine soulagée lorsqu'il me vit. Francisco arborait la même lorsqu'il constatait que je n'avais pas omis de mettre un pantalon, mais le bras-droit de Père n'aurait sans doute pas la même pudibonderie que l'espagnol. Aussi supputai-je qu'il était plus question de me voir réveillé et pas en train de comater, Samira avait sans doute exagéré mes blessures pour qu'on laisse du temps à son patient pour se reposer. Entre deux décisions sur le traitement d'un prisonnier ou l'autre, sur le futur satrape, sa fille ou encore les richesses de lieux, Tanvir me souffla quelques mots au sujet de l'état d'Ofelia et des racontars de campement.

D'un regard échangé, Tanvir opina le chef. Pour ce soir, je pouvais bien avoir une nuit de sommeil. La garde était dense. Des sortilèges apposés sur le pas des portes des chambres veillaient sur les endormis : Khâlis en l'occurrence dormait sans doute comme une marmotte ou dormirait comme telle dès son arrivée. Mon efrit d'épouse s'écroulait généralement comme une bûche de fatigue après tant d'activités. Il me suffirait de la rejoindre dans la matinée avant que le tumulte ne nous emporte encore dans une nouvelle série d'activités plus rébarbatives les unes que les autres. Encore une journée et je pourrais emmener Triste-Robe pour sa seconde promenade. Où pourrais-je l'emmener en premier ? Préférerait-elle la mer, les terres fertiles du Tigre et de l'Euphrate ou encore les sommets neigeux ? Tout à ma réflexion, je poussais la porte de sa chambre sans frapper. Le manquement éhonté à la plus basique des courtoisies envers une dame ne me percuta pas une seule seconde : J'étais le Jahanshah, certes. Mais j'étais surtout un sylphe et frapper aux portes ne fait pas parti de nos habitudes.

Pas nus et légers sur le sol marbré, je tournoyai, silencieux, d'une volte complète. Surpris de ne pas voir la demoiselle, j'angoissai un instant. Avais-je négligé un domestique à la solde des ottomans qui aurait emmené la petite espagnole dans l'espoir de jeter le discrédit sur la Perse en provoquant un incident diplomatique ? Sourcils froncés, je me figurai la seconde option qui ne me réjouissais guère plus : Dépitée par les regards noirs jetés sur elle et les quelques malheurs arrivés en sa présence, Triste-Robe avait perdu son sourire et s'était enfuie pour se perdre dans un ailleurs dont je ne connaissais rien. Appeler par son prénom ? Trop évident ! Le manque de sommeil ne me garantissait plus vraiment un sens de la déduction irréprochable aussi n'y songeai-je même pas. J'arpentai la pièce deux fois avant de me risquer à un oeil derrière le paravent.

La méduse aurait pu se trouver sur le dos à demi-dénudé que la réaction première n'aurait guère différée. Statufié, je cogitai aussi rapidement que possible : Devais-je me répandre de suite en excuse ? Pour n'importe qui d'autres, je ne l'aurai probablement pas fait, mais les demoiselles occidentales s'offusquaient déjà pour un peu de chevilles dévoilées. Devais-je simplement reculer et aller frapper à la porte - j'y pensais enfin -? En singeant une arrivée, après tout, elle ne m'avait pas encore vu... Devais-je me fondre dans une ombre pour continuer à regarder ? Tentante idée pour une jeune homme repu de combats mais pas du toucher délicat d'une femme après la violence des coups. Non, Ofelia se trouvait sous la protection du clan, ce genre de facétie restait courante entre djinns, mais... Dans le miroir, son regard croisa le mien. Aussi tournai-je précipitamment les talons.

- Désolé.

Lâchai-je à la volée, à la fois d'une sincérité absolue et pas un seul instant navré comme en témoignait le soupir proche du regret échappant à mes lèvres. Une claque suivrait, je n'en doutais pas. Celle-ci, je l'encaisserai même avec plaisir. Pas l'éventuelle atteinte à ma lignée, il ne faudrait pas non plus pousser et m'empêcher d'accomplir mon devoir.

Malgré tout, un infime détail perturbait néanmoins profondément mon ventre et serrait ma poitrine. Une évidence s'imposait à mes yeux. Ofelia pleurait, avait pleuré ou était sur le point de le faire. Ma caboche traitait difficilement l'information. Le reste de mon être eut moins de peine. D'un geste, je dérobai à la couche les draps blancs. Avec le mépris le plus total pour l'intimité que j'avais de toute manière déjà bafouée, je me glissai derrière l'espagnole pour la recouvrir du voile blanc virginal, de pied en cap. Je la capturai tout contre moi, avec douceur mais fermeté. J'avais beau cogité, la blague ou la farce pour chasser définitivement les larmes que je m'imaginais brusquement débordantes, ne venaient pas. Aussi me contentai-je de l'étreindre et d'encaisser les coups éventuels.

Elle pouvait s'insurger.
Elle pouvait ruer.
Elle pouvait m'insulter.
Mais, il ne fallait surtout qu'elle pleure.
Elle devait sourire.
Sinon à quoi servait-il de gagner ?




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MessageSujet: Re: Saeduni [Décembre 05]   Lun 22 Fév - 12:13


Saeduni

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Elle en était à retirer son corset quand la porte s’ouvrit sur les pas feutrés d’Atêsh. Toute à ses pensées, Ofelia ne remarqua pas sa présence ni son va et vient dans la chambre, suite à son inquiétude. Elle laissa le gant glisser sur ses aisselles puis sous ses seins trop lourds, les yeux rivés au reflet du miroir devant elle. Rien ne bougeait dans son regard, rien ne trahissait l’influence du chat noir lové dans sa poitrine. Pourtant la maudite ne pouvait s’empêcher de se fixer, comme à l’affût du moindre changement bénéfique. Elle aurait voulu être autre, et non plus cette espagnole craintive qui se perdait dans les méandres des malheurs qu’elle causait. Elle les avait bien vu, les regards noirs, y était habituée. Mais se refusait tout de même à abandonner le perse, le prince, le sylphe qui d’un regard, d’une main tendue, s’était acharné à lui apporter son aide, et tout en ayant conscience des dommages de son pouvoir, de la protéger elle avant les autres.

L’eau glissait sur son ventre, encore tiède. Elle baissa la tête, dans le but de retirer le caleçon, dernier rempart de sa nudité. Fut-ce l’instinct, ou une petite chance qui lui fit relever les yeux sur le miroir.

Ses gestes se figèrent. Le gant tomba à terre dans un « floc » humide. Et sa bouche s’ouvrit sur un cri qu’elle ravala d’une brusque inspiration.

Il était là, le fantôme au teint mat. Avec sa nuée de cheveux blancs dépassant du chèche et caressant son visage, sa tunique entrouverte, sa propre surprise désappointée. De la voir elle.

Nue. Ou quasiment nue mais de ce qui restait alors sur elle, rien n’empêchait de deviner le reste. Ses bras se refermèrent en prison autour de ses seins. Brusquement, elle se pencha en avant, recula vers le paravent pour s’y blottir. Et jura en espagnol quelques phrases bien senties à l’égard du chat noir qui l’humiliait encore.

Il pouvait être désolé, son hôte bienveillant. Elle le croyait mais son regard boueux lança un trait alerté en direction de la porte. Ne manquerait plus un garde pour témoigner de la scène et ainsi lui faire perdre son honneur.

« Je ne vous ai pas entendu. » Bafouilla Ofelia, sans savoir ce à quoi elle répondait. « J’apparais dans de telles conditions, oh seigneur… » Blême, puis cramoisie, elle tendit la main en direction de sa tunique, mais le chat ricanant, la fit tomber de l’autre côté du paravent. Le « Sapin de noël ! » tremblant et désappointé se changea en sanglot de panique.

« Si vous me permettez, une seconde… » Qu’il s’en aille et qu’elle est le temps de retrouver sa dignité, c’était bien là tout ce qu’elle lui demandait. Mais à se tourner pour contempler le départ du sylphe, ce fut un drap qu’elle reçut sur la tête, avant que les plis ne chutent sur ses épaules, dégageant son visage effaré. « Atêsh ? »

Plus d’altesse ou de prince ou de marque de soumission à l’égard du dirigeant. Les bras du djinn se refermèrent sur son corps, et lové contre son dos, elle put sentir le souffle égaré de sa respiration, la profondeur de son silence contre elle.

Déroutée, Ofelia se raidit contre lui. Sans oser le repousser, ou même le frapper. Ses pensées fusaient à la vitesse de la lumière, dans un sens puis dans un autre, suivant tantôt le chemin de la panique la plus totale, pour sillonner finalement les ruelles du soulagement. Il était là, vivant. Ce n’était donc pas un mythe et malgré ses blessures –

Ses blessures ?

« On m’a dit que vous aviez besoin de repos ! On m’a demandé de demeurer ici jusqu’à ce qu’on vienne me chercher. Il vous faut rentrer à vos appartements, ... prince. » A moins que Samira ou l’étrange Parvaneh ait usé de la magie pour guérir définitivement chacune de ses plaies.

Protégée par le drap formant comme une djellaba sur son corps d’empotée, Ofelia s’autorisa à se tourner pour lui faire face. Et avant de lever les yeux pour recroiser ses yeux d’ambre, aperçut enfin les bandages.

« Oh bon sang… » Ses doigts se faufilèrent entre les plis, vinrent écarter ceux de la tunique. « Voilà ce que vous avez récolté en plus de votre victoire… »

Les larmes séchées, le sursaut vint encore de leurs positions respectives. Un seul coup d’œil dans le miroir lui valu l’opprobre de sa propre conscience. Ofelia tenta de reculer, loin de cette odeur d’épices et de sable qui semblait se dégager du corps du sylphe.

« On ne peut vous trouver ainsi. Vous êtes marié. Et moi, je ne suis qu’une roturière, une invitée. Je ne veux pas que ces rumeurs vous discréditent et fassent de moi… » Une traînée, une vulgaire catin usant de ses charmes pour se garantir une place dans le giron d’un prince perse.

Son père ne lui pardonnerait jamais l’accusation entachant la réputation de l’orphelinat.

« Et je n’ai pas - je n’ai pas été bien fiable au campement. » Mais qu’avait-elle encore à l’ennuyer de ses propres péripéties. Seulement, le souvenir de l’aiguille, du feu et des malades geignants dans leur lit l’élançait encore comme des piqûres de chardons. Ofelia baissa la tête. « Je vous renouvellerai mes excuses en temps voulu mais je ne souhaite pas que ma malédiction aggrave vos blessures… »

Nouvelle inspiration. Douloureuse.

« S’il vous plait. Partez. »




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Saeduni [Décembre 05]

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