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 Saeduni [Décembre 05]

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Jahan Shah Farvahar
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MessageSujet: Re: Saeduni [Décembre 05]   Mer 2 Mar - 21:10
Lorsqu'elle écarta les pans de ma tunique, un bref instant, le masculin réflexe d'écarter le voilage pudiquement jeté sur son corps me tirailla. Tentatrice poitrine dissimulée, loin du relief désertique de Khâlis, attisait les velléités exploratrices d'un djinn aimant à courir par monts et par vaux. Libido ravalée, mes mains la libérèrent malgré tout déjà à moitié, restant sur ses coudes, tandis que je jetais un oeil à mon tour sur mes propres bandages. "Oui, j'ai ordre de me reposer, mais je m'ennuie" voulus-je l'informer avec conviction, en tentant de faire vibrer sa corde sensible d'une moue boudeuse. Sa panique reprenait néanmoins le dessus et repoussait le jeu à plus tard. Ses explications n'éveillèrent pas grand chose en moi en premier lieu. Qu'avait à faire mon mariage dans cette histoire ? De quelles rumeurs parlait-elle ? Un sourcil dressé, l'autre froncé, je la considérai comme si elle avait déballé une quantité de non-sens absolus.

A présent, elle enchaînait sur les quelques incidents au campement qu'elle prenait exclusivement pour l'œuvre de sa malédiction. Par deux fois, j'ouvris la bouche pour rétorquer quelques mots. Par deux fois, je la refermai soigneusement. A la mention de mes blessures, je frottai le bandage pour grattouiller la suture dont la cicatrisation me tirait furieusement. Maintenant, elle me réclamait de partir "pour mon bien". Je restai sans réaction un instant, la fixant simplement. Venait-elle de me chasser dans le palais que je venais de conquérir ? Renfrogné, je grommelai quelques propos qu'un bracelet traducteur ne suffisait pas à traduire, avant de lâcher un soupir.

- Je suis venu pour te faire visiter le jardin.

L'informai-je en la relâchant parfaitement cette fois-ci et quittant le paravent pour lui offrir à nouveau l'intimité minimale due à une invitée.

- Je te l'avais promis.


Soulignai-je avec un reproche à peine larvé. Fatigue et caprice n'aidaient guère à considérer la pudeur occidentale d'un bon oeil. En plus de me repousser, je ne parlais pas là de mes éventuelles ardeurs mais bien de ma simple présence, elle avait complètement oublié mon message ! Cet infime détail, ce petit rien du tout, mon orgueil ne l'encaissait pas une seule seconde. Sous les grandes arches en bout de pièce, j'ouvris un des volets de bois sculpté.

- J'attendrais dehors.

Annonçai-je, ombrageux, sans réelle douceur avant de refermer la porte avec humeur : J'étais terriblement déçu sur l'instant que j'en négligeai parfaitement mon manque de tact à pénétrer dans sa chambre alors que je savais pertinemment que les humains avaient en horreur la privauté, encore plus quand il était question de nudité. Bien que j'acceptai parfaitement être excessivement capricieux, recadrons la situation. Trois jours de combat, peu d'heures de sommeil et j'avais pensé à tord lui faire plaisir. J'en oubliai même momentanément qu'elle avait pleuré. Rigide, mains nouées dans le bas de mon dos, je m'enfonçai alors dans le jardin luxuriant.

Spécifiquement attribués à Ofelia pour cette raison, ses appartements au sein de l'ancien harem, pour l'instant envahi de notables variés des environs, donnaient sur ce jardin suspendu. Les fleurs lourdes réussissaient à faire ployer les treillis de bois clair pour mieux chatouiller le sommet de la tête des promeneurs privilégiés. Agacé, la majorité m'en flagellait le visage et embaumait mes narines d'un lourd parfum capiteux à m'en donner la nausée. Une glycine s'échinait à maculer mon visage de son pollen, aussi finit-elle arrachée. Je quittais alors ce lacis végétal pour la terrasse à proprement parlée, celle qui plongeait à pique sur le monticule rocheux au sommet duquel était construit cette aile du palais. Si l'entrée donnait sur une place principale claire et dégagées, prompte à être envahie, ce point-de-vue là dominait la ville comme un nid d'aigle imprenable. Escalader la paroi pour prendre l'endroit s'était pourtant révélé excessivement simple pour un groupe de sylphes agiles. Au milieu des parterres, des roses multicolores scintillaient de rosées sous le croissant de lune. Voilà la première vision que j'avais eu de l'intérieur du palais. Voilà pourquoi j'avais envoyé un sot message à Ofelia au lieu de me reposer. Tout ici semblait épargné par les batailles, hormis les pétales égrainées de la fleur déchirée pour me passer les nerfs.

Un nouveau soupir.
Pour la peine, peut-être devrais-je rejoindre mes hommes au lieu de perdre mon temps avec une spectre. Rien ne m'obligeait après tout de m'embarrasser de cette donzelle. Peut-être devrais-je aller vérifier si la fille du futur satrape était aussi belle qu'il s'en vantait. J'espérai qu'elle serait souriante et légère, gironde et accueillante. Loin de Triste-Robe ou de la sécheresse martiale de Khâlis. La seule chose qui arrêtait vraiment le sylphe en moi d'aller vérifier si son fantasme s'avérait réaliste était une simple promesse. Une bête promesse. Trop de pouvoir dans ces quelques mots. Ne plus promettre à la légère sans réfléchir à toutes les implications à l'avenir. Une bonne leçon pour mon règne à venir.

Grimpant sur la rambarde, je m'y installai, bras et jambes croisés. J'attendis longuement. Assez pour en revenir à des meilleurs sentiments, la tête perdue dans les étoiles, somnolant à demi.
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MessageSujet: Re: Saeduni [Décembre 05]   Mer 2 Mar - 21:53


Saeduni

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Fier prince aux cheveux de neige, au visage pâle et émacié. A le voir se renfermer de ses propos, la culpabilité vint lui chatouiller le nez. Mais Ofelia se refusa à plier face à la colère du djinn ainsi rabroué, reculant elle-même pour protéger sa vertu, se cachant au plus loin du paravent. Elle n’avait d’yeux que pour ses yeux obscurcit et pour le dessin des bandages lui ceignant le torse. L’idée même de le faire trébucher et de rouvrir les points qu’elle devinait à sa peau lui donnait la nausée. Aussi se contenta-t-elle de baisser la tête quand Atêsh, furieux, se détourna et obéit à son conseil, sortant de la chambre pour rejoindre les jardins.

Avait-elle oublié ? Certainement pas. Le souvenir des petits oiseaux de papier tournoyait encore dans sa tête, d’une étrange manière. Comme une berceuse redondante dont elle ne savait se défaire, la jeune orpheline en souriait même bêtement, fémininement enorgueillie d’être l’objet de tant d’attention de la part d’un puissant. Mais il n’y avait pas que cela. Il y avait l’homme aussi.

Un jeune homme. Et elle, si sale, si laide devant lui.

Elle ne pouvait prétendre à la grâce et à la langueur des femmes de ce pays. A la férocité et au charisme de Khâlis. Elle ne possédait rien de grande valeur, ni biens ni terres. Et pourtant, de se remémorer l’éclat des yeux d’ambre d’Atêsh, la faisait palpiter de l’intérieur. Sentiment stupide de donzelle sous le charme de la perse, immanquablement. Plus d’une fois elle avait manqué de faillir devant le joli faciès d’un garçon de son âge. Et il y avait bien Ludovic, à l’orphelinat, qui lui avait fait de l’œil pendant de longues années avant que, dédaigneux de sa malédiction, il ne la repousse d’une méchante pique.

Ofelia ne pensait pas qu’Atêsh jouait ce jeu de la séduction envers elle. La simple idée d’une telle énormité l’aurait même fait rire, si elle se l’était autorisée. Mais elle n’y croyait pas, s’en persuadait fondamentalement. C’était un prince, juste, courageux et un hôte agréable. Il voulait son bien-être, comme celui de son peuple, se répéta-t-elle tout en laissant tomber le drap.

Et la caresse de l’air frais sur ses seins nus lui offrit une torsion supplémentaire à l’âme.

Patiemment, elle rangea ces émotions futiles pour ne garder que sa docilité désarmante. Se rhabilla, après une dernière toilette. Se coiffa, en deux lourdes tresses tombant dans son dos. Et pinça ses joues pour donner un peu de couleur à son visage aux yeux boueux. Elle n’avait pas renoncé à la mode orientale et le corset la sublimait, tout compte fait. Mais ce fut dans un esprit plus pratique que coquet qu’elle se contempla dans le miroir, vaguement satisfaite de son reflet.

Avant de sentir l’odeur des fleurs.

Parfum entêtant, accablant ce chant en elle, témoignant de la présence d’un djinn patient, dans les jardins. Aurait-il été correct de le faire attendre, ou même de le lasser ? Il revenait des combats, il était certainement épuisé. Et voilà qu’Ofelia le malmenait encore par sa terreur. Le rouge au front, embarrassée, la roturière s’approcha de la fenêtre. Jeta un coup d’œil en arrière.

Et pris ses jambes à son cou, destination le par terre de plantes qui survivaient à l’hiver, ses pieds nus s’enfonçant dans le sable et les herbes. C’était le plus agréable des contacts et au son des oiseaux à cet instant du crépuscule, elle plissa les yeux, se démenant dans le clair-obscur pour retrouver la trace du prince.

Bien vite elle le trouva, somnolant comme sur une estrade. Les cheveux chatouillés d’une plante grimpante qui, comme pour l’enlacer, le recouvrait presque entièrement. La brise tomba à nouveau, plus fraiche. Et Ofelia se rapprocha d’un pas, pour chuchoter.

« Il y en avait 127. De ces petits oiseaux. La première nuit en tout cas. 132 la seconde. et 117 la troisième. Je les ai tous compté, et j’aurais aimé les garder. Mais comme les bracelets, je perds toujours ce qui m’est précieux. Il me tardait de vous revoir, et de constater votre survie. Seulement, d’apprendre que vous aviez besoin de repos pour vos blessures, m’a fait m’en vouloir d’être qui j’étais… »


Elle avança d’un pas. Et bien évidemment, se piqua le talon d’une pierre, à s’en faire saigner.

Si ses yeux se troublèrent de douleur, son sourire lui, ne vacilla pas.

« Mais je suis tellement heureuse de vous voir ici. De vous savoir vainqueur. Et d’être le centre de votre promesse. Votre jardin est magnifique. Votre palais est magnifique. Votre règne le sera tout autant. Car vous l’êtes vous-même, votre altesse… » S’il lui permettait ce compliment, trop juvénile, trop fringant dans cette bouche de jeune fille qui, enfin, faisait clairement son âge.

Un âge certes trop jeune pour les romances bien avancées. Mais au cœur nu et palpitant sur la scène qu’Atêsh lui offrait.

« Je suis là alors. Si nous avançons prudemment, peut-être que vous pourriez enfin tenir votre promesse. Que je puisse vous faire oublier le carnage de cette guerre que vous venez de vivre. » Sa voix s’étrangle à peine.

« Vous voyez ? J’ai respecté vos traditions. J’ai tenté d’être forte et fière, en votre nom. Je ne veux pas vous décevoir, Atêsh… »




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Jahan Shah Farvahar
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MessageSujet: Re: Saeduni [Décembre 05]   Jeu 3 Mar - 5:36
Allongé sur ma rambarde, une montre à la redoutable précision helvétique aurait comptait très exactement quatre minutes et trente-quatre seconde avant que je ne sombre dans un demi-sommeil réparateur. D'assis, j'étais rapidement passé à allongé, bras en coussins sur la nuque, une jambe dans le vide et l'autre sur sur la pierre claire. Tombé pendant mon sommeil ? Un risque déjà moindre pour un sylphe funambule réduit à néant grâce à un enchantement intelligent sur un de mes anneaux. Néanmoins un détail stupide m'empêchait de dormir réellement : Mes propres ronflements. En temps normal, je ne ronflais pas, quoiqu'en dise Francisco. Fourbu de partout, je n'avais vraisemblablement pas senti le résidu d'un bourre-pif reçu durant les batailles. Entre deux doigts, je lissai mon arrête nasale. Rien de cassé, sinon mes yeux s'embrumeraient déjà de larmes. Probablement juste un petit caillot résiduel au fond de mes narines qui s'en irait dès qu'elles se déboucheraient le lendemain, rien de dangereux ou grave. Aussi, à défaut de réussir à m'endormir réellement, les étoiles me tenaient compagnie.

A l'arrivée de la jeune femme, je tournai évidemment la tête vers elle, sans pour autant me lever. Sans être spécialement rancunier, je n'avais pas non plus envie de l'accueillir d'une révérence comme un serviteur docile. Silencieux, je l'observai alors déclamer tellement de choses qu'elle réussit à garder mes lèvres scellées durant de longues minutes. Quittant mon ventre, ma main esquissa plusieurs fois un geste vers elle. J'hésitai même à me relever à de nombreuses reprises. Toutefois, je ne fis rien de tout cela.

Au final, j'étais paralysé par un drôle de sentiment, que je n'avais guère expérimenté : La honte. Pathétique, paupières closes, un soupir franchit mes lèvres et je m'installai en tailleur, en équilibre sur le rebord de pierre. Moins doré, mon teint se serait coloré d'un rose vif tandis que je détournai un instant le regard comme un gamin pris en faute.

- Je suis désolé. Je me réjouissais tellement de... d'échapper à toutes mes obligations simplement pour visiter cet endroit en ta compagnie que j'en ai négligé le minimum de politesse à ton égard. Puis... j'étais déçu que tu ne paraisses pas t'en souvenir.

Une inspiration tenta de dissiper la gêne ressentie. Chose rare, j'avais conscience d'avoir dépassé certaines limites et d'avoir agi égoïstement. Quittant mon estrade, je me rapprochai alors d'elle afin de lui offrir regard et sourire sincère.

- Je te prie de m'excuser Ofelia.

Terminai-je en m'inclinant légèrement. Regard vers le bas, j'aperçus un peu de sang à son talon. Aussi, tout à fait cavalièrement, la demoiselle quitta le sol, soulevée en princesse, afin que je puisse l'installer sur une marche et examiner sa plaie. Oh, j'avais bien remarqué le ton étranglé et celui-ci n'arrangeait guère la poisseuse sensation d'être responsable de son trouble, au mieux, ou de lui avoir fait du mal. Évidemment, je voulais la voir sourire, mais j'avais nulle envie qu'elle se force à le faire. Pour l'instant, je ne m'appesantis pas sur ce que je craignais de voir dans ses yeux : Cela m'aurait probablement achevé. Concentré sur l'immédiat, je manipulai délicatement son pied. Avec précaution, je retirai de la blessure saletés et résidus de cailloux. Un peu de magie concentrée dans une bague suffit à garantir à mon pouce, effleurant sa peau, de refermer la blessure mineure.

- Ne te force pas à sourire simplement parce que je te l'ai demandé. Si tu en venais à cela, je ne vaudrais guère plus qu'un ottoman commandant à son esclave de lui complaire en étalant un sourire d'apparence.

Soins terminés, le pied regagna la pierre lisse composant l'estrade du balcon. Je levai alors le regard vers elle.

- Fais ainsi que tu l'entends. Fâche-toi. Pleure. Ris. Cache-toi sous tes tristes-robes si tu le veux. Tes sourires me sont précieux mais pas au détriment de ce que tu désires. Tu n'as ni être fière ou forte. Là n'est pas ton rôle.

A dire vrai, la simple idée qu'elle se force à adopter un certain comportement pour m'être agréable m'agaçait et augmentait encore ma culpabilité.

- Sois toi-même. Pas ce que tu penses devoir être à cause de ta malédiction. Ou ce que tu penses être l'attitude à adopter en ma présence parce que tu as conscience de mon titre.

Les flagorneurs se bousculaient déjà aux portillons, ajouter une jeune espagnole au cortège ne servirait aucun dessein. Sur l'ovale de sa joue, quelques doigts glissèrent une caresse.

- Tu ne me déçois pas un seul instant, Ofelia. Au contraire. Accorde-toi plus de crédits. Tu n'as nul besoin de te forcer à adopter un comportement : Tu es naturellement une jeune femme belle, forte et lumineuse. Accorde-toi simplement le droit de me croire sur ce sujet.

Affirmais-je avec fermeté afin qu'elle ne puisse pas réfuter mes propos ou les négliger d'une saccade de l'épaule. Malgré l'envie de partir directement à l'assaut du jardin en sa compagnie, il restait un point à aborder. Incontournable, ce détail ne m'aidait nullement à me sentir plus à l'aise. Suite aux événements du campement, les rumeurs m'obligeaient à me pencher sur le sujet, plus que je ne l'aurais voulu pour ménager sa pudeur.

- Ofelia, pourrais-tu me parler de ta malédiction ?

Demandais-je après une hésitation avec douceur, sans la lâcher du regard. Je détaillai ensuite la raison de ma demande.

- Bien que je n'excelle pas personnellement dans la dissipation de malédictions, j'ai confié à Rühigfeuer, un ami, la capacité de dissiper les magies néfastes comme la tienne. Parvaneh est l'une des djinns les plus puissantes et anciennes au monde. Pratiquement, malgré mon jeune âge, la magie m'a béni d'un... talent ... considérable et certains événements font que je dispose de connaissances oubliées sur la magie. Si j'en apprenais plus sur ta malédiction, peut-être pourrais-je t'en délivrer seul ou avec des alliés ?

Aucune parole ne se mâtinait d'orgueil mal placé. Même né sous les meilleurs auspices, m'ayant désigné comme futur souverain de la Perse grâce à ma lignée et ma magie, j'avais surtout gagné par moi-même connaissances et puissance à force d'entraînements, de lectures, d'apprentissages et de prises de risque. J'avais parcouru le monde dans le but d'apprendre et comprendre, et continuerais de le faire, pour moi-même, pour les miens, pour les djinns, pour la magie et pour l'Iran. Afin de ne pas négliger la puissance du mal d'Ofelia ou paraître lui promettre sottement quelque chose que je ne pouvais nullement lui garantir, ma demande s'était étoffée de justifications variées. Quand bien même je n'avais guère le choix d'agir si je voulais contenir les problèmes liés à sa malédiction, j'aurais pu simplement la renvoyer. Mais, ainsi qu'aimaient à le dire des hommes plus pieux que je ne l'étais, était-il écrit que je rencontre Ofelia ? Ou n'était-ce là qu'une pulsion stupide né de la culpabilité de l'avoir mis dans l'embarras et forcé à sourire ? Ou alors était-ce tout autre chose dont j'ignorai encore l'exacte origine ? D'une certaine manière, peut-être avais-je simplement l'envie de dissiper cette fichue malédiction pour que personne ne puisse contester sa présence à mes cotés.
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MessageSujet: Re: Saeduni [Décembre 05]   Jeu 3 Mar - 20:59


Saeduni

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Les excuses du prince la touchèrent plus que de raison. Baissant les yeux devant cette humilité d’un seigneur à laquelle elle n’avait pas l’habitude, Ofelia demeura pantoise, coupable à son tour de lui soutirer tant de regrets. C’est saisie qu’elle ne sut comment lui répliquer, et le laissa s’approcher quand son regard d’ambre découvrit la plaie à son talon. Se laissant emporter par ses bras, elle vint accrocher les siens à son cou, et déposée sur la rambarde, retint tout cri juvénile ou féminin marquant sa surprise. Elle était au-delà de ses contacts et supposait, sans doute à raison, qu’il en viendrait d’autres auxquels elle devrait vite s’habituer. De fait, cela ne la dérangeait pas.

La suite du discours d’Atêsh acheva tout de même de l’embarrasser. La poitrine gonflée par l’émotion, Ofelia se refusa à verser une seule larme à ses ordres enjoués de la voir enfin redevenir elle-même. L’orpheline aurait voulu lui promettre d’agir avec plus de simplicité à son égard qu’elle aurait certainement manqué à sa parole dans la minute suivant ses mots tant la crainte de le froisser ou de commettre un impair diplomatique l’angoissait profondément. Seulement, il y avait cette fermeté de dirigeant dans ces conseils qu’il lui donnait. Et même involontairement, elle y fut sensible au point de relever les yeux pour le contempler avec admiration.

En elle-même, le chat se fit plus petit. De plus en petit, tandis qu’elle redressait la tête, le menton, souriant sans plus prêter attention à son talon – désormais guéri.

« Je ne sais pas si je suis une personne lumineuse, belle et forte. Je ne me suis jamais considérée ainsi. Mais que je puisse être vue ainsi par un homme tel que vous m’empli de fierté. Et. Je ne veux pas vous traiter de menteur, pas ce soir en tout cas. » Quel était-ce que cette phrase, presque susurrée. Ce murmure un brin maladroit d’une jeune femme entrain de jouer. Ofelia vint repousser une mèche noirâtre échappée à ses tresses, la calant derrière son oreille. Et appréciant le contact éphémère de la caresse sur sa joue, perdurant sur son épiderme comme une étrange signature, elle avoua :

« Je fus tellement surprise de vous savoir prince quand je vous pensais seulement djinn que ce fait a envahi mon regard au point de m’aveugler. Mais ce soir, en votre compagnie, j’aimerais me balader. Et vous demander, quand vous irez mieux, une promenade au clair de lune sur votre tapis volant ? »

Petit chaton ronronnant dans sa poitrine. Ofelia n’eut pas même une pensée sur sa malédiction.

Et pourtant, il fallut bien y prêter attention.

Et le chat gronda, feula, s’ébroua. Reprenant place. Tandis que la question l’assommait durement, comme un contraste. C’était évident qu’il allait finir par lui demander des explications. Mais après un tel discours, Ofelia s’était imaginée que rien ne pourrait troubler la quiétude de cet instant passé en sa compagnie.

C’était sans compter sur sa nature de maudite et les conséquences douloureuses au campement.

« Vous n’y pouvez rien, prince Atêsh. Personne n’y peut rien, hormis moi-même. Mon père, fée de son état, a déjà essayé de contrer ma malédiction. Sans succès. Il me faut trouver un miroir, c’est la seule chose que je sais. Une voix me le murmure en rêve. Et cette voix de femme affirme… »

Ofelia se mordit la langue. Puis répéta docilement :

« Au reflet tu verras et le chat noir disparaitra. Seul le miroir t’y aidera. »

Rêve inconscient ou souvenir disparu, elle l’ignorait encore à cet instant et ne cherchait pas tant à s’y pencher. Elle se savait espagnole, et bannie du territoire. Et cet aveu s’ajouta à son histoire, dans un murmure éreinté.

« J’y suis revenue, il y a quelques mois, dans le but de retrouver la trace de cette voix, ou comprendre qui j’étais. Des gardes sont venus et m’ont jeté hors du territoire. Si je reviens en Espagne, je sais que je serais tuée. Même si je ne connais pas mon crime. Je peux toutefois le deviner… »

Un soupir lui échappa.

« On m’a maudite. Qui, pourquoi, demeurent des questions sans réponses. Mais il me faut trouver un miroir capable de briser cet enchantement. Et alors je serais libre d’être qui je suis. De pouvoir aimer et veiller sur les gens sans risquer de les blesser et – »

Sa voix se brisa soudain. Car relevant les yeux, elle constata la rigole de sang du caillot qui, enfin, venait de céder. Et déversait son amas sur les lèvres fines du prince Perse. Ofelia se figea.

« … Vous saignez. » Puis tendant la main, vint essuyer la trace, péniblement.




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Jahan Shah Farvahar
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MessageSujet: Re: Saeduni [Décembre 05]   Lun 14 Mar - 0:33
Tandis qu'elle répondait à mes interrogations, je me complaisais dans un silence attentif, seule réponse adéquate à la situation. Encore à demi-honteux de l'avoir "forcé", bien que le terme soit inexact au final, à sourire et être une autre personne pour ma convenance, j'évitai également de m'insurger sur son manque de foi dans la capacité éventuelle de mon clan à résoudre son problème. Enfin plutôt, je m'insurgeai en silence. Au final, j'étais tout de même un peu vexé. Néanmoins, lui marteler que le clan rivalisait et dépassait assurément en puissance une seule personne responsable de sa malédiction qu'avait combattu de toutes ses forces, je n'en doutais pas un instant, son père aurait été terriblement irrespectueux envers sa famille. L'épisode espagnol fronça parfaitement mes sourcils d'incompréhension : même si sa malédiction se révélait effectivement dangereuse pour son entourage direct, vouloir sa mort pour cette raison me paraissait particulièrement excessif, surtout pour une nation aussi instruite et ... humaniste. Du moins me figurais-je ainsi l'Espagne visitée accueillant indifféremment fées et androïdes. Comme chaque pays, sans doute, avait-elle une face plus sombre qu'un voyageur n'effleurait qu'à peine en visitant ses bas-fonds.

Sa malédiction me dérangeait sur un autre point : Si j'acceptais qu'une part de la vie échappait aux contrôles des êtres conscients, le reste restait régi par les lois de la Nature et un soupçon de Hasard. Ses enfants, Chance et Malchance, ne devaient pas avoir une prise sur le déroulement des choses plus qu'anecdotique. Actes et paroles prévalaient. Des conséquences logiques et précises, bien échappant à mon contrôle car placées dans les mains des émotions d'autrui que je ne pouvais quantifier précisément auparavant, créait de nouvelles situations que nous pouvions tenter d'anticiper grâce à l'Esprit. Même des concepts plus spirituels comme la réincarnation ou, plus généralement, l'Après s'influençait des actes et non pas d'une lubie d'une entité supérieure. Aussi, une part de moi refusait catégoriquement qu'une malédiction sur un peu de chance ou de malchance pourrissent autant la vie de quelqu'un. Si des blessures s'infectaient, si quelqu'un tombait, si un coup de vent soufflait au mauvais moment, nous n'avions pas correctement désinfecter la plaie, il regardait mal devant lui et j'avais mal ressenti le vent. Nous étions responsables et nous pouvions corriger le problème afin d'y remédier.

Aussi une part de moi doutait de la nature exacte de sa malédiction. De nombreux récits à travers les âges ou le folklore tendait à lier des esprits qu'ils soient djinn, spectraux ou encore plus indéfinis à des gens afin de les tourmenter. Peut-être n'était-ce là qu'affaire de sémantique, mais en imaginant qu'en Ofelia résidait un de ces esprits-tourmenteurs, qu'on pouvait appeler un Chat Noir nommé Malheur, il y avait un responsable plus "défini" à qui s'attaquer et des solutions à trouver pour au minimum contenter ou dompter l'animal jusqu'à trouver un moyen de le chasser. De l'autre coté, peut-être que ce malheur était plus allégorique, une sorte de sortilège d'apprentissage pour permettre à l'Ofelia d'apprendre à assumer des situations désastreuses la tête haute ou faire le vide autour d'elle pour lui permettre... de trouver le vrai amour l'acceptant toute entière. Les fées occidentales raffolaient de ce genre de mise à l'épreuve romantique : embrasser des grenouilles ou le baiser d'un prince qui réveille une princesse.

A la mention du reflet et du miroir, je cogitai quelques instants pour faire coller la révélation avec mes théories précédentes. Pour la thèse du romantisme féerique, le reflet pouvait être dans le regard d'un autre et le miroir de ses yeux. Pour la version "apprentissage", peut-être cela pouvait-il être une version où Ofelia devait réussir à se regarder avec fierté dans le miroir, en se voyant elle toute entière sans songer à des incidents autour d'elle. Pour l'esprit lié, les miroirs sont souvent supposés être capable de capturer les esprits si on s'y regarde trop longuement. En Perse, nous nous servions des miroirs pour la divination et ils symbolisaient aussi le changement perpétuel des êtres.

Alors que j'allais enfin prendre la parole, le fer imbiba plus rapidement mes lèvres que la sensation libératrice d'une narine débouchée n'atteignit mon cerveau. Aussi peinais-je d'abord à comprendre de quoi mon interlocutrice me parlait et tentait d'effacer. Je goûtais même à mon propre sang, de la pointe de la langue avant me décider à tenter d'endiguer le flot paresseux de la rigole rougeoyante.

- Ce n'est rien.

La rassurai-je tout en portant, sans soin, un pan de ma tunique sur mon visage. Utiliser mon chèche pour ça ? Pas question voyons ! Néanmoins, le réflexe restait parfaitement enfantin.

- Un coup sur le nez durant les batailles.

Naturellement, il avait fallu que le saignement se déclenche en la présence d'Ofelia pour ajouter encore au poids de ce qu'elle s'imaginait l'instigatrice.

- Tu n'y es pour rien.

Me crus-je alors en devoir de préciser. J'appuyai sur ma narine, tête penchée vers l'avant. Reniflant à intervalles réguliers, j'essayai tant bien que mal de ne pas perdre le fil de ma pensée et de faire fi du désagrément.

- En Iran, nous avons une croyance particulière au sujet des miroirs : Lorsque quelqu'un désire apprendre à se connaître et purifier son coeur et son âme des défauts l'alourdissant, un disque de métal terni et rouillé lui est confié. Chaque jour, il doit s'efforcer de le polir et pour cela accepter d'observer son reflet déformé. Puis, de plus en plus net et brillant. A la fin du rituel, le disque est devenu miroir et la personne en quête de connaissances plus en phase avec son être profond.

Malgré la pression exercée, le sang ne tarissait toujours pas. Sans me laisser démonter, je me redressai et retirai ma tunique pour choisir un autre endroit moins imbibé. Continuer mon explication me paraissait plus important.

- Au Palais Golestan, le palais impérial, les murs d'une aile sont ornés d'un millier de miroirs. Tu pourras t'y risquer également. Il faudra néanmoins attendre fin décembre, je ne me rends pas à Téhéran avant ce moment-là.

Mon index gauche se redressa.

- Attends ici. Je reviens.

D'un bon pas, je m'écartai alors d'elle pour me moucher et enfin retirer cette saleté de bouchon sanguinolent de ma narine. Soulagé, malgré le temporaire regain de débit carmin, je m'approchai d'une fontaine du jardin pour y nettoyer mon visage et m'assurer que le saignement s'arrêtait enfin. Il ne fallut qu'une minute pour le constater. Quelques secondes de plus pour consumer d'un sortilège ma tunique ruinée, hors de question de laisser trop de mon propre sang abandonné n'importe où vu la propension des sorciers à utiliser ce genre de chose pour leurs malédictions et autres sortilèges. Mon absence dura en tout et pour tout trois minutes.

- Me revoilà. Je crains que la balade en tapis volant ne soit impossible pour ce soir, mais profitons du jardin.

Je n'allais pas avouer que je n'avais pas assez les yeux en face des trous pour risquer de me prendre un mur en volant en raison de sa présence. Main tendue vers elle, puis bras offert comme dans les manuels de bonnes manières occidentaux, je l'invitai à m'accompagner. L'absence de tunique me paraissait suffisamment compensée avec les bandages.

- Je n'ai oublié de demander le nom précis de ce palais, au centre de la Citadelle d'Erbil, mais le palais impérial est "le palais du jardin des fleurs", littéralement traduit dans ta langue. Le nom provient, naturellement, de la profusion de jardins différents et des fleurs mais aussi d'un livre de poèmes et de philosophie de Saadi.

En nous enfonçant dans le lacis de plantes odorantes, je déclamai les vers les plus célèbres de l'artiste dans ma propre langue avant de les traduire dans la sienne.

Chaque Etre fait partie d'un même Tout.
Tous sont issus de la même essence.
Si le Destin venait à faire souffrir l'un d'eux,
Aucun ne connaîtrait le Repos et la Paix.
Toi que le malheur des autres laisse indifférent,
Tu ne mérites pas d'être appelé Homme.

Le temps d'un battement de coeur, ma voix se tut et il n'eut plus guère que le souffle du vent et les murmures des plantes pour meubler le silence. D'un geste ample de la main, je désignai dans l'enchevêtrement d'un vert nocturne, une unique rose blanche tranchant la pénombre. A son sujet, je n'avais rien à ajouter. Toutefois, j'achevai l'explication précédente laissée en suspens.

- Les jardins des fleurs sont magnifiques, mais le nom du palais tient sans doute plus à ces quelques vers : Ils traduisent à la perfection l'objectif vers lequel doit tendre un Shah.

Amusé, j'esquissai un sourire. Loin d'avoir l'innocente ou la pureté d'âme requise pour déclarer comme mien cet idéal, je ne repoussais pas un instant la symbolique de celui-ci. D'une certaine manière mes années de servitudes n'avaient fait qu'exacerber l'éducation du jahanshah : mon devoir, mon rôle devait tendre à cela.... du moins pour la Perse. Les autres pays, surtout les spectraux, se débrouilleraient bien mieux hors de l'Orient.

- Tu trouveras de nombreux exemple de ce genre en Perse : nous adorons les histoires et les contes. Je t'en lirais si tu le désires ou Parvaneh t'enseignera quelques uns pendant ton séjour parmi nous.
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MessageSujet: Re: Saeduni [Décembre 05]   Dim 20 Mar - 16:24


Saeduni

with Âtesh



Le sang séchait à peine au dos de sa main et le regard d’Ofelia, figé à ce visage meurtri, se brisa un peu plus à l’entendre parler. Ce n’est rien, ce n’est pas ta faute, tes phrases répétées en boucle au cours de ses voyages et dont l’origine se trouvait à la bouche de son père adoptif. Elle avait en horreur le mensonge mais celui-ci était presque pardonnable tant ils s’acharnaient, tous, à protéger ses intérêts. Mais à quoi bon tenter de la détromper quand la vérité se liait avec l’acharnement de sa malchance. Ce genre de chose n’arrivait qu’en sa présence, principalement. Aussi hocha-t-elle la tête, pour ne pas le détromper et ne pas assoir cette maudite remontrance qui la poussait, au fond de son âme, à lui crier au visage que si, bien évidemment que c’était de sa faute. Tout était toujours de sa faute.

Epongeant le sang pour mieux lui expliquer son point de vue quant à sa malédiction et la rassurer d’un conte que l’Espagnole trouva charmant, Atêsh finit néanmoins par se lever pour aller se nettoyer, sans qu’Ofelia n’ait parlé, sans qu’elle n’ait fait un seul geste pour l’aider. Un coup sur le nez, s’était-il essayé à justifier et les doigts crispés sur un mouchoir, elle s’était retenue de le toucher, ce maudit nez, pour ne pas révéler une fracture ou lui faire plus mal encore. Mal à l’aise quant au regain sanguinolent faisant de sa bouche une rivière carmine et baignant le bas de son visage dans quelques souvenirs de guerre, Ofelia baissa le museau sur son estrade, attendit son retour sans moufter, et finit par se lever, pour l’accompagner dans la promenade, toujours sans répliquer.

Elle n’avait plus à cœur de visiter les jardins, troublée par l’existence de cette salle aux miroirs dont elle n’avait pas entendu la moindre rumeur, ce qui était plutôt surprenant. L’orpheline en était à se demander si l’un d’entre eux achèverait son mal, s’ils comportaient tous une part de magie quand les vers déclamés à son oreille lui firent relever la tête. C’était de la pitié, n’est ce pas, qui motivait Atêsh à vouloir l’aider. Une pitié née de l’empathie et de la croyance que tous, chacun sur terre, étaient liés aux autres et ne parvenaient au bonheur qu’en tendant la main à autrui. Ces préceptes, proches de ceux catholiques et du Seigneur Jésus Christ, fils de Dieu et Notre Sauveur, la firent légèrement sourire, sans moquerie. Et ce fut quelque peu rassurée de trouver enfin une raison au comportement toujours trop prévenant du prince, qu’Ofelia retrouva enfin le don de parole.

« Votre clémence et votre bienveillance à mon égard vous honore, Atêsh. Et vous serez un Shah digne de votre lignée et de vos prédécesseurs, car à vouloir m’assister dans ma quête, vous faites acte de charité dont peu de chrétiens aujourd’hui peuvent se targuer. Vous êtes bon envers moi et cela me fait plaisir de découvrir votre palais et votre monde. Votre culture est riche et vos traditions sont nobles. Cela m’attriste qu’on ait un aussi mauvais regard sur votre règne ou celui de vos ancêtres par quelques divergences de nom, de religion et de principes matrimoniaux… »

Tendant la main, elle vint effleurer une rose sans avoir la stupide idée de la cueillir. Tout ici était à sa place et tout méritait de continuer de croitre jusqu’à se faner. Elle ne méritait aucune fleur de ce jardin et profita seulement de leur fragrance avant chuchoter.

« J’ai toujours beaucoup trop d’impatience quand on me parle de possibilités à soigner ma malédiction. J’attendrais le temps qu’il faudra pour gagner votre palais et cette salle des miroirs. Mais ce que vous avez dit tout à l’heure, à propos de cette pièce à polir… Oserais-je, Prince, vous le demander ? »

Péniblement, elle se racla la gorge. Et croisant les bras sur sa poitrine, elle baissa un peu la tête.

« Qu’importe mes voyages, je vais d’échec en échec et cela m’attriste et me rend honteuse. Je n’ai pas l’impression d’aboutir à quoique ce soit et je sens la malchance grandir en moi, comme enrichie par cette satisfaction ignoble à me voir rater ce que j’entreprends. Je ne sais pas si cette pièce résistera à cet enchantement et à mon incapacité à garder un trésor sans le perdre ou le détruire. Mais si je peux m’occuper à polir mon reflet alors qu’importe mes voyages et mes déceptions, j’aurais toujours quelque chose à accomplir pour traiter au mieux mon reflet. »

Son pied manqua de déraper sur l’herbe. Et une abeille, sortie du ciel nocturne, malmenée par la malédiction et sans doute persuadée que les deux êtres vivants s’avançaient pour lui nuire, vint se suicider à l’épaule d’Atêsh, s’arrachant les entrailles dans une dernière piqure à peine douloureuse.

« Même si je ne m’aime pas beaucoup… Je ne m’aime pas du tout de fait. Je peux l’avouer maintenant. Je me déteste, pour ce que j’apporte. Pour tout ce mal et non, je suis désolée Prince mais je refuse de recroiser Parvaneh après ce que j’ai manqué de lui causer. Il y avait des aiguilles dans sa tasse et je ne sais pas comment mon mal fait pour agir ainsi mais comprenez bien que je déteste cette état. Je le déteste !! »

Un éclat de voix dans les jardins. Comme une gifle à son égard. Et tremblante de fureur, non plus de sanglots, Ofelia offrit son visage pâle et congestionné à la lune.

Avant de se figer, mortifiée.

« Oh. Pardonnez moi… La fatigue sans doute. Je ne comprends pas ce qui vient de me… »

Mais si. Pour une fois, en compagnie d’une oreille attentive et d’une présence bienveillante, Ofelia s’était seulement laissée aller à être elle-même. Une jeune fille perdue et en colère.




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Jahan Shah Farvahar
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MessageSujet: Re: Saeduni [Décembre 05]   Dim 3 Avr - 3:51
Malgré mes efforts pour la distraire du petit accident nasal, Ofelia avait sombré dans ses propres ténèbres. Visiblement la visite du jardin la dérangeait plus qu'elle ne l'amusait. Enthousiasme douché, ma langue agacée claqua contre mon palais. Après les conflits, jouer au bout-en-train ou composer trop longuement avec les humeurs lourdes de tiers tenaient de la torture : je devrais célébrer ma victoire ! Danser, chanter avec mes hommes, embrasser les bouches amènes des servantes et me repaître de luxure. Je l'avais mérité. Je l'avais gagné. Aussi ne puis-je retenir un soupir.

- Demain matin, une servante t'apportera un disque de bronze à polir avec sa brosse à métaux. Ne t'inquiètes pas pour les pertes éventuelles, j'enchanterai les deux afin que tu puisses les invoquer avec les mots "Miroir d'Âme", dans ta propre langue.

Machinalement, sans la lâcher ou me hâter, mes pas nous ramenaient lentement vers sa chambre.

- Quant aux sujets sur lesquels tu dois méditer durant ton ouvrage, je ne peux le savoir à ta place. J'imagine que tu le découvriras au fur et à mesure. C'est "ta réflexion".

Une pause.

- Néanmoins, je te conseillerai de songer à ce que la fée qui t'a maudit cherchait à accomplir. Nombres djinns et fées tendent à vouloir inculquer des leçons qu'ils jugent importantes aux humains. Quelles pourraient être les tiennes ? Tu devrais aussi te pencher sur les mots exactes pour ta libération. Cela n'est peut-être pas... littéral.

Nul besoin d'étayer cette affirmation par des exemples sur les mœurs féeriques ou des djinns. Particulièrement les djinns liés à un objet apprenaient à détourner les mots pour se jouer de leur maître avec des double-sens ou des significations cachées. Tellement que la poésie perse regorgeait de jeux de mots et de métaphores alambiquées. D'une certaine manière, cela entraînait tant djinns qu'humains à avoir l'esprit fin ou du moins incitait à penser avec une certaine finesse.

- Les échecs forgent autant ta personnalité que les victoires sinon plus. N'en aies pas honte, sauf si tu n'en apprends rien. Tu es plus forte que tu ne le penses et je sais que tu viendras à bout de ta malédiction.

Arrivés devant la porte menant vers sa chambre, je me retournai vers elle. Longuement, je ne brisai pas le silence. D'une main agacée, je retirai le dard d'abeille de mon épaule en l'envoyant parmi les herbes d'une pichenette.

- J'entends bien ce que tu viens de me dire. Je pourrais longuement te décrire les raisons pour lesquelles tu as tord, les raisons pour lesquelles je t'apprécie. Mais ce n'est pas ce que tu as besoin d'entendre ce soir, ce n'est pas ce qui va t'aider.

Quittant son bras, mes doigts effleurèrent un instant sa joue et me penchai à son oreille. Cruellement, je lui chuchotai.

- Tu n'es pas le centre du monde.

Mains liées dans mon dos, redressé, je la toisai alors avec un sourire parfaitement cruel.

- Qui penses-tu être pour porter le destin du monde sur tes épaules ? Une Reine ou une sorte de déesse ? Avec ou sans toi, les gens tomberont, se blesseront, mourront. La raison pour laquelle tu attirais les regards au sein du campement n'est pas ta malédiction, mais parce que tu es une blanche au milieu des peuples que les occidentaux cherchent à conquérir sans considération pour leur cultures, les traitant comme des barbares incultes.

Sans la lâcher d'un regard aussi brûlant que la morsure du soleil en plein désert, je me faisais un devoir de mettre les points sur les i.

- Aucun de nous ne néglige ta malédiction. Nous avons pris des mesures pour réparer ses conséquences et avons agi avec prudence en ta compagnie. Aucun de nous ne t'a accusé. Nous t'acceptons, avec ta tare comme nous acceptons d'autres défauts. Je ne doute pas un instant que certains ont rejeté la faute sur toi, parce qu'il est plus facile de trouver un coupable plutôt que d'analyser ses propres erreurs et que tu as le profil type du souffre-douleur.

Un soupire fendit mes lèvres et le ton en revint à un peu plus de douceur.

- As-tu seulement conscience, Ofelia, que tu te mets toi-même à l'écart ? Que ton manque de confiance envers toi-même devient une insulte à ton entourage et à ceux qui croient en toi ?

Je grimaçai ensuite.

- La charité ?

Un rire bref secoua mes épaules.

- Penses-tu sincèrement qu'en tant que Prince de Perse en pleine campagne militaire, être charitable à ton égard, une gamine occidentale paumée, m'apporte quoique ce soit ? Hormis un sérieux mal de crâne pour aménager mon emploi du temps pour profiter de ta compagnie et cette soirée gâchée, strictement rien. Ni en bien. Ni en mal. La seule raison pour laquelle tu es là est parce que je t'apprécie et que je désire faire ta connaissance.

Certes, je négligeai là le facteur possible conflit avec l'Espagne si la demoiselle était venue à disparaître durant les conflits. Puis, prosaïquement, la mort d'une jeune fille seule aurait pu passer inaperçue aisément avec un peu d'intelligence. Ce facteur-là n'avait-il pas principalement servi de justification à ma lubie ?

- De même, à considérer ta malédiction avec trop de respect, tu sembles la placer sur un piédestal de toute puissance. Tu n'as même pas encore esquissé l'horreur de ce que peuvent faire les êtres vivants, magie ou non, aux autres. Même s'il ne faut pas négliger ton aura de malchance et ses conséquences sur toi, tu vis librement Ofelia. Tu peux voyager. Tu peux sourire et pleurer à ton gré. Des gens t'aiment : Ton père, j'en suis certain à la manière dont tu as eu de l'évoquer brièvement. Malgré le peu de temps que tu as passé parmi nous et tes origines, Khâlis et Samira t'ont adoptée et s'inquiètent pour toi comme des mères poules. Tu n'es pas seule.

Après un regard bref vers le ciel, un peu agacé peut-être par ce qu'impliquait d'avoir Khâlis et Samira sur le dos si j'embêtais trop Triste-Robe, je pinçai l'arrête de mon nez.

- Je pressens que tu vas écarter chacune de mes paroles pour en garder que le négatif au lieu d'y réfléchir posément et accepter le positif que je n'ai eu de cesse de t'affirmer depuis notre rencontre.

Mon regard revint à elle et plongea dans le sien durant un bref moment.

- Parveneh n'a pas besoin qu'une enfant ne se préoccupe de son sort. Elle est plus puissante que ta malédiction. Elle a vécu si longtemps et guérit tellement de djinns, bien plus coriaces que toi, qu'un petit mauvais sort espagnol ne lui fait pas peur. Si tu lui déplaisais, si ta présence la dérangeait, tu en serais la première au courant, mon invitée ou non. Aucun d'entre nous n'a besoin que tu te préoccupes à l'extrême de notre bien-être ou de ce que nous pensons. Tu nous insultes en t'imaginant que nous ne sommes pas la hauteur de composer avec les aléas du hasard et le sort d'une fée occidentale.

Crachai-je à moitié.

- Honnêtement, le concept même de malchance m'indispose et je n'y crois pas vraiment. Si je trébuche sur une racine, ça n'est pas parce qu'elle a soudainement apparu, mais parce que je n'ai pas regardé où j'ai mis mes pieds. Si une blessure s'infecte, nous l'avons mal désinfecté. Si un ennemi porte un coup, il était plus puissant, je manquai d'entrainement ou parce que je n'ai pas pris les bonnes décisions. Je ne nie pas l'implication d'une part d'aléatoire au sein même de la nature, je ne pense simplement pas que ta présence soit si nocive. Tu peux corriger tes propres maladresse. Il ne tient qu'à nous d'agir intelligemment quelque soit la situation dans laquelle nous sommes.

En cela, je croyais fermement. Pourquoi la malchance m'aurait obligé à être une ombre pendant dix ans ? Non, mon sort était de la responsabilité d'actions d'autrui et de ma propre négligence.

- Après je comprends que tu ne veuilles pas entendre toutes les paroles sincères et bienveillantes à ton endroit : Ta malédiction et tout ce qu'elle comporte te donne une place au sein d'un groupe. Cela n'est pas le bon rôle, certes, mais cela t'y intègre de facto. Peut-être devrais-tu réfléchir au rôle que tu aimerais avoir au sein d'une communauté. Peut-être ne réussiras-tu pas tout de suite. Peut-être passeras-tu plus inaperçue. Je suis néanmoins persuadé que ce que tu vis en ce moment est une épreuve complexe pour t'aider à être qui tu es vraiment.

J'omettais soigneusement que cela venait de l'incapacité des occidentaux à accorder une place à tout un chacun dans leurs communautés, reléguant la majorité des jeunes femmes à un rôle de potiche quand bien même elles étaient plus féroces et vives que certains hommes. Le système perse négligeait tout autant les orphelins, les pauvres et autres. Il n'y avait guère qu'au sein d'un clan djinn que la structure moins étendue permettait de gérer le groupe en octroyant une importance à tous. J'en avais conscience. Je n'avais pas l'utopie de croire que tout le monde pouvait s'intégrer aisément sans aide, sans attention particulière. Sans compter ceux qui ne voulaient pas s'intégrer à une communauté, à qui vivre en marge convenait par conviction, facilité ou en conséquences de leurs actes. Ofelia n'était pas de ceux-ci. Ofelia avait une place. Ofelia avait un rôle à jouer. J'en étais fermement convaincu. Il lui fallait juste trouver ce pourquoi elle était faite.

- Tu n'es pas que la victime d'une malédiction. Tu n'es pas une faible demoiselle, mais tu n'es pas non plus une guerrière. Tu es belle mais tu n'es pas potiche occidentale bonne à pondre des héritiers. Ta place n'est pas dans une demeure à attendre oisivement le retour de ton époux. Tu aimes sourire. Tu as de l'esprit. Tu aimes voler. Tu aimes voyager. Tu aimes apprendre. Tu as une force en toi. Tu aimes les gens. Sincèrement. Peut-être un peu trop à ton détriment. Les gens t'aiment parce que tu te bats contre le sort qui te frappe, que tu te soucie d'eux. Parce que tu ne baisses pas les bras.

L'apitoiement sur soi-même n'apportait guère plus qu'une pitié compatissante temporaire. Pour moi, elle n'était pas ainsi.

- C'est ce que j'ai appris sur toi en quelques jours. Tu es libre de ne pas me croire. Tu es libre de t'en aller. Je ne te retiendrai pas. Personne ne le fera. Tu es mon invitée, pas ma prisonnière. Si cela peut t'aider, tu peux rejeter le problème sur moi, le cruel djinn incapable de comprendre une jeune humaine occidentale. Tu aurais parfaitement raison. Mais...

Index érigé, je terminai ma diatribe.

- Si tu es encore là demain après-midi, je t'emmènerai voir la Perse. Parvaneh te contera notre pays. Samira passera trois heures à t'expliquer les soins qu'elle a effectué tout en parlant de ses fils parfaits. Khâlis t'obligera à mettre une tenue précise pour le banquet pour une raison protocolaire qui m'échappe parfaitement. Tanvir s'essayera à parler l'espagnol avec un horrible accent pour que tu lui enseignes tes mots. Si tu préfères qu'on parle de ton problème et y cherche des solutions, nous le ferons. Pas parce que nous devons le faire. Pas parce que nous avons pitié de toi et ta malédiction. Pas parce que cela nous apporte quoique ce soit. Mais parce que nous voulons le faire. Pour toi. Juste toi et seulement toi.

Pour dédramatiser tout ça, je taquinai le bout de son nez d'un revers de ce même index.

- Comprends-moi bien, j'ai assez à faire et je remplirai mes obligations que cela te plaise ou non. En plus de tout le reste, je suis supposé organiser mon mariage et j'ai horreur de ça. Mais j'ai prévu du temps pour notre virée en tapis volant. Juste toi et moi.

M'écartant d'elle, j'attendis néanmoins quelques instants de savoir si elle désirait rétorquer ou s'enfermer dans sa chambre. Le cas échéant, je prévoyais de m'incliner avec politesse et d'aller retrouver mes hommes, au lieu de dormir.
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MessageSujet: Re: Saeduni [Décembre 05]   Dim 10 Avr - 18:20


Saeduni

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La dureté des mots du Djinn, la frappant comme des pierres au creux de sa poitrine, réussit à la réduire au silence. A pas lents, Ofelia se contenta de le suivre jusqu’à sa chambre. Raccompagnée sans autre forme de procès, subissant les reproches constants du Prince qui souhaitait certainement l’aider. Elle fut néanmoins atterrée, voire même vexée par ses sentiments à son égard – ainsi, la soirée lui avait déplu et la jeune fille lui causait bien plus de maux de tête que de plaisir – comme de ses sous-entendus à l’égard de son comportement juvénile. Le teint blême, droite et coincée dans sa tenue orientale, Ofelia fixa le sol devant ses pieds, réfrénant à grande peine les larmes qui menaçaient de couler sur ses joues.

Son père lui manquait. Sa gorge la serrait, elle avait envie de hurler, de gifler cet homme mais ne put se résoudre à le faire. Car elle sentait dans chacun de ses mots sa volonté de bien faire. Et presque malgré elle, l’espagnole s’obligea à prendre en compte sa fatigue et ses blessures pour justifier son raisonnement acerbe.

Néanmoins, quand les doigts vinrent frapper son nez, elle eut un mouvement de recul, croisant les bras. Renfermée, le regard boueux désormais prudent. Jamais Nikolas ne s’était essayé à lui parler ainsi sans prendre de la douceur et sans avoir conscience de toute l’horreur de sa situation. Atêsh considérait sa malédiction comme un gamin facétieux à qui on ne devait pas accorder trop d'importance. Et voyait en elle qu’une gamine éplorée, consciente de son mauvais sort, ne se définissant que par lui, chanceuse tout du moins d’avoir la possibilité de se déplacer, d’agir comme aucune autre femme de son époque ne pouvait le faire.

Une misérable qui vénérait sa malédiction comme la part la plus importante de son identité. Au mépris de tout ce qu’elle entreprenait, ses excusions en terre étrangère, ignorant le moindre des dangers pouvant attenter à sa vie. Car le Chat Noir finissait toujours par retourner ses griffes contre son maitre.

D’une main tremblante, elle s’appuya à la porte de sa chambre. Et doucement, s’acharna enfin à répondre.

« Selon les critères de certains dans quelques pays, je ne suis plus une enfant depuis bien longtemps. »

Son nez se fronça. Et bouillonnant en elle, la révolte vint perler à la pointe de sa langue.

« Vous êtes un Prince et je suis votre invitée. Je demeurerai donc ici puisque vous m’avez proposé de me confronter au palais des glaces et il m’importe de trouver une solution à ma malédiction. Traitez moi comme une gamine impertinente, raillez le Chat Noir et ce qu’il veut causer, dédaignez la malchance et ses effets. Je vis avec cela depuis presque 17 ans et à ce jour, Votre Altesse, tout ceux qui ont douté ou qui ont traité ce mal par l’affabilité s’en sont mordus les doigts. Je ne suis pas de celles qui menacent et infligent la terreur. Je suis pourtant au regret d’exiger de votre part un tant soit peu de respect et de reconnaissance. »

Elle risquait peut-être la décapitation pour un tel outrage. Mais sa main trouva la poignée, la porte de son salut. Et pour une fois, elle ne trouva aucun charme à ses yeux d’ambre, à cette crinière de neige, à ce sourire épuisé qu’il lui avait offert l’instant d’avant. Il n’y avait plus rien d’appréciable au profil du Prince. Il n’était qu’un homme arrogant et elle souffrait de ce verdict.

Cela passerait sans doute avec la nuit, car il était homme de bien. Homme de patience. Homme de confiance. Et elle devait lui en offrir tout autant.

« Je ne suis pas le centre du monde mais j’ai assez vécu, en mal, pour être consciente de l’influence néfaste que j’apporte à mon entourage. Je souhaite seulement ne pas en faire la preuve pendant mon séjour ici. Alors pardonnez mon inquiétude et mes sempirnelles excuses. Si elles ne sont rien pour vous que des banalités à pleurer d’une gamine inconsciente qui vadrouille sans prendre conscience de sa valeur, sachez qu’à mes yeux, elles importent assez pour que je ne me lasse pas, contre toute attente, de vous les formuler. »

Et sa voix claqua.

« Ce n’est pas moi le souffre-douleur. On ne me blâme pas par facilité. On ne me rejette pas car je me traine, sans force, sur le fil de mon existence. Je sais parfaitement quelle est ma place, Prince. Je suis une sorcière. Je continuerai d’être une sorcière. Mais avant de pouvoir retrouver ceux que j’aime, j’ai une malédiction à briser. Une petite malédiction occidentale, d’une fée bien moins puissante que celles de votre pays, oh certes, je n’en doute pas. Mais une fée qui a trouvé bon de m’affliger ce fardeau, leçon ou pas, à me faire chasser de mon pays natal sous peine de mort. Je ne me mesurerai pas aux souffrances des autres. Mais ne lésinez pas sur l’importance que prend la mienne au sein de ma vie. Là encore, nous en revenons au respect. »

Puis elle s’inclina.

« Mais je vous remercie pour vos conseils. Ils avaient bon fond, je n’en doute pas. Passez une bonne nuit de sommeil, soignez ce mal de tête que je vous cause. Nous changerons bien vite de sujet et si la galerie des glaces ne donne rien, je ne tarderai pas dans votre pays. J’ai à faire, pour profiter des années de liberté que le Miroir m’offrira. »

Dans le couloir, un luminaire s’effondra sur son socle. Emportant avec lui la flamme de ses bougies qui se répandit presque aussitôt aux rideaux. Sans tressaillir, pour une fois, Ofelia se contenta de tourner la tête. Et plutôt que de se précipiter pour étouffer le début d’incendie avec ses chaussons, elle releva à peine le nez, marmonnant sans force.

« Je paierai les dégâts. » Avant de regagner sa chambre. Et la porte claqua derrière elle, sous les craquements des braises. A peine importantes.




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Jahan Shah Farvahar
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MessageSujet: Re: Saeduni [Décembre 05]   Lun 11 Avr - 21:33
La déception m'arracha un soupir. Presque placidement ensuite, j'encaissai l'incompréhension de la jeune fille. Certes, je m'étais attendu à ce qu'elle se rebiffe et ne saisisse pas réellement où j'avais désiré en venir. Après tout, elle était occidentale : une barrière culturelle se dressait entre nous. Notre éducation différait. Nos façons de surmonter les obstacles aussi. Puis, plus simplement, englué par ses problèmes, la moindre lueur devenait mirage ou brûlure sur une peau depuis trop longtemps plongée dans les ténèbres.

- Tu ne veux vraiment pas l'entendre.

Soufflai-je avec un sourire presque doux. Toutefois, dans son discours, quelques mots tisonnaient une colère grondante. Elle ne manquait pas de culot ! Elle réclamait sans cesse du respect alors qu'elle n'en accordait aucun, que cela soit à moi ou mon peuple. Nous l'avions accueilli parmi nous et elle ne daignait même pas avoir confiance quant à notre envie d'être auprès d'elle. N'en avais-je pas assez à gérer avec les conflits et mon retour à Téhéran ? Définitivement. Je ne pouvais pas encore me préoccuper de son sort alors que j'avais déjà celui de mon empire sur les épaules. J'esquissai ma révérence tout à fait polie lorsque le luminaire chuta avec fracas. Médusé, j'observai le feu prendre au rideau et la donzelle claquer sa porte avec une remarque laconique dont je me fichai éperdument.

La colère chassa toute envie de conciliation. Je me fichai bien de mon nez, des piqûres d'abeilles ou de m'étaler de tout mon long parce qu'elle était là. Le feu lécha le mur voracement et sa porte demeurait close. La magie reflua férocement le long de mon échine, chassant les lumières pour les ténèbres. J'enfermai une parcelle infime dans un des anneaux à mes doigts. Le sable jaillit alors pour étouffer le feu. Un garde se précipita pour s'occuper du reste au plus vite, alarmant deux domestiques.

J'acceptai beaucoup de chose des spectres - trop sans doute - . Je tentais même volontiers d'assimiler le coté "sorcière" dont la simple mention hérissait encore mes quelques poils. Je ne supportai par contre pas un instant le dédain affiché face à la mise en danger des miens. La porte d'Ofelia n'opposa aucune résistance. Probablement parce que je me faufilai dessous ceci dit. Que l'Espagnol fut en train de se changer, de pleurer, de détruire le mobilier ou que sais-je encore ne m'importait pas une seule seconde à cet instant-là. L'automatisme de défense n'avait retenu que le mot "sorcière" et me le criait aux oreilles comme autant d'alarmes. J'enfermai à nouveau de la magie dans un de mes anneaux pour me défendre de la sa magie, en général. Directement, je me tournai vers elle, ténèbres s'échappant en volutes de ma peau d'ébène. Je dus clore les yeux et inspirer profondément pour éviter de la dévorer de suite.

- Ofelia. Tu penses vraiment que j'en ai quelques choses à foutre de ton argent ?

Crachai-je à demi. Un nouveau soupir fendit mes lèvres plus longuement afin d'y rappeler un ton plus civil et le calme. Je pinçai l'arrête de mon nez.

- Ceci est ma dernière tentative avant de t'envoyer auprès des autres occidentaux. Ne te méprends pas : Je ne te chasse pas de mon pays. Tu reprendras simplement ta route comme tu l'aurais dû avant que je t'emmène par caprice sur mon tapis volant. Je te prie de m'excuser des désagréments que celui-ci t'a causé, j'en assume l'entière responsabilité. Toutefois, mon devoir ne m'octroie pas le loisir de continuer un dialogue de sourds pour des enjeux qui ne concernent en rien mon peuple.

D'une main presque dédaigneuse, je cueillis la lumière de la chandelle que la demoiselle brandissait.

- Le désagréable d'abord : Ton comportement dédaigneux de la sécurité des gens du palais m'a déçu et déplu. Ma confiance en toi n'est pas inébranlable : Je n'aime ni les sorciers, ni les blancs. Je suis capable de faire abstraction pour apprendre à connaître la personne. Mais j'exècre réellement les gens qui négligent la sécurité des miens alors qu'ils sont accueillis à bras ouverts. Aussi, même si tu restais, à ce jour, il est hors de question de te laisser pénétrer dans la Demeure de mon Père.

Le point réglé, la tension s'écroula rapidement pour faire place à le ton doux avec lequel je m'étais adressé à elle le plus fréquemment.

- Bien que je te l'ai dit, peut-être trop à demi-mot, tu ne saisis pas : La majorité des djinns sont maudits, les visages que tu as rencontrés et rejetés y compris. Cela entraîne autant de conséquences que ta malédiction. Nous avons l'habitude de composer avec les sorts engendrant des catastrophes. Que cela soit des petits désagréments ou des plus conséquents. Cela fait partie intégrante de notre vie. Tu étais acceptée parmi nous et tu nous repousses en brandissant ta malédiction comme un étendard "Je ne veux pas d'amis, j'ai trop peur de faire face aux conséquences de mon attachement". Non seulement, tu craches sur notre hospitalité, tu nous dénies complètement le droit de t'apprécier. Mais, en plus, ton comportement nous laisse à penser que nous ne sommes pas dignes d'être traiter décemment en raison de nos malédictions.

Encore une inspiration trop profonde pour ne pas être un moyen de conserver un calme de surface.

- J'ai été maudit moi aussi. De manière très dissemblable à celle des autres djinns ou la tienne. Ni pire, ni moindre. Juste différente.

Puis, je concédai néanmoins.

- Pourtant, je t'envie. Je suis persuadé que tu vas interpréter ça comme une sorte d'échelle de malheur pour classifier nos problèmes et douleurs, mais je ne suis plus à une incompréhension près au final.

Esquissai-je avec un sourire en coin presque taquin.

- Tu vis. Tu voyages. Tu pleures. Tu souris. Tu touches. Tu manges. Tu parles. Tu te fais gronder. Je trouve ça merveilleux. Même si cela s'assortit de conséquences : devoir voir souffrir les gens qui te côtoient, te blesser, te répandre en excuses, paniquer lorsque tu évites des grosses catastrophes et imagines l'horreur que cela aurait pu être. Tout cela, ça fait partie de la vie.

Ma peau retrouvait son doré naturel, au fur et à mesure de la confession, car s'en était une au final.

[b] - La responsabilité accrue n'est pas si différente que ça d'un rôle dirigeant au sein d'une communauté. C'est un fardeau, j'en conviens et loin de moi l'idée d'en nier le poids.


Sur un ton plus grave, j'ajoutai.

- 63, c'est le nombre d'hommes que j'ai perdu parce que mon plan d'attaque sur la cité n'est pas assez affiné. Parce que j'ai mal planifié les mouvements et réactions ennemis. Parce que j'ai refusé des pertes civiles et octroyer ma confiance à mes hommes pour les sauver. 63 familles que de savoir que leurs pères, frères, fils ou époux furent des héros ne consoleront nullement.

63 pertes. 63 prières à adresser à différents dieux pour le salut de leurs âmes. 63 noms à retenir. 63 visages qui me hanteraient. 63 qui ne seraient ni les derniers, ni les premiers. Si je me blâmais pour celles-ci, je ne pouvais pas pour autant abandonner mon combat. De nombreuses autres batailles viendraient, certaines plus allégoriques que d'autres afin de garantir à mon peuple le rayonnement qu'il méritait.

Hésitant, j'humectai ensuite mes lèvres. Je n'avais guère envie d'étaler la suite à quiconque. Aucunes des réactions possibles ne me convenaient. Pourtant, afin de lui faire comprendre, me livrer, dans une version fortement édulcorée, me paraissait une étape quasi obligatoire. Peut-être aurai-je même dû commencé par là, aux lieux de mes autres tentatives maladroites, mais je rechignai à étaler ce pan-là de ma vie.

- Lorsque j'étais enfant, en raison de mon lien à la magie, un sorcier m'a lié avec un enfant humain mourant. Le sortilège pour sa guérison se nourrissait en continue de moi et me privait de forme tangible. J'étais condamné à vivre dans l'ombre de ce garçon. Littéralement. Le rituel de lien a brisé mon esprit en miette et je n'avais plus conscience d'être une entité distincte, juste un instrument pour mon maître, durant presque dix ans. Il n'y avait théoriquement aucun échappatoire, pas de quête pour un miroir pour rassembler mes pensées éparses - au contraire les miroirs m'ont longtemps fait pleurer sans que je n'en saisisse la raison - pas de rencontres pour me faire pleurer ou sourire. Il n'existait plus rien que les ordres sporadiques, le froid et l'ombre.

Afin d'éviter les incompréhension supplémentaires, je ne me permis qu'une inspiration avant de reprendre.

- Je ne te dis pas ça pour t'apitoyer ou te donner une leçon. Tu m'as confié ta malédiction, je te confie la mienne. De cette manière, peut-être me croiras-tu lors que je te dis que je comprends ce que c'est de n'avoir aucune prise sur les événements.

Je roulai la lumière cueillie précédemment aux creux de mes doigts, pour ne pas perdre le fil et éviter de sombrer dans la hargne précédente.

- Je te le répète : Ta malédiction ne te définit pas. Tu n'apportes pas le malheur à ton entourage : Ta malédiction le fait. La distinction est importante et tu devrais te permettre d'exister au-delà de ton chat noir. Accorde-toi le droit de croire que des gens pensent que tu vaux le risque qu'elle engendre.

Je la fixais longuement droit dans les yeux avant d'articuler très distinctement, en espagnol, pour ne permettre aucune interprétation hasardeuse et faussée.

- Tu me plais. J'ai envie d'apprendre à te connaître vraiment, au-delà de ta malédiction. Je serai heureux que tu restes à mes côtés pour que nous puissions tisser un lien et que nous apprenions à avoir confiance l'un envers l'autre.

En me dirigeant vers la porte, je me retournai une dernière fois vers elle. Plus calme à nouveau, peut-être plus las encore, j'esquissai néanmoins un sourire sincère et solaire à son égard. Autant se quitter sur un note plus agréable que sa colère, ses incompréhensions, ma fatigue, mes impératifs ou mes caprices.

- Je me réjouis de voler avec toi demain.

Dehors, le reste de l'incendie avait été déblayé. Un garde attendait. Ordre fut donné d'accompagner la demoiselle à l'hôtel des occidentaux si elle le désirait en restant d'une courtoisie parfaite, de payer la chambre et le vol pour la destination de son choix en-dehors de mon empire. Mes appartements regagnés pour passer une tunique, je commandai à une domestique un disque de bronze à polir avec tous les ustensiles et les enchantai ainsi qu'annoncé. La servante se pressa ensuite vers la chambre de la jeune fille où elle confia le présent au garde avec la consigne de le transmettre à Ofelia quoiqu'elle décide.

** ** **

Le reste de cette soirée désastreuse ne se déroula pas non plus selon mon souhait premier. Trop fatigué pour rejoindre mes hommes, mais bien trop énervé pour m'endormir, je gagnai les appartements de Khâlis pour la réveiller. Elle récolta ainsi d'un amant taciturne et désireux de noyer souvenirs, interrogations, frustrations de la soirée autant que des combats dans un tourbillon de luxure. Aussi harassée de fatigue qu'elle fut, la jeune et unique épousée fut couverte de mes ardeurs jusqu'à ce qu'enfin mon corps repus ne cède à la fatigue et au sommeil. Au petit matin, à moitié enterré sous les coussins et par ma menue efrit, son concerto de ronflement en si bémol majeur, plus bruyant qu'une sortie d'usine dans un pays occidental, me réveilla. Fortement indisposé par ce vacarme assourdissant, je quittai la chambre de la dame pour regagner la mienne. Du moins tentai-je. En chemin, le nouveau satrape m'alpagua pour me convier à partager son petit-déjeuner. Avait-il fait le pied de grue depuis la veille pour ne pas me manquer ? Non, probablement avait-il laisser un domestique s'en charger à sa place. Toujours était-il que je pouvais difficilement refuser.

Lavé de frais, bandages et plaies désinfectés à nouveau, je décidai de ne pas trop compter avec la présence d'Ofelia pour le choix de mes vêtements. Un moyen de ne pas me réjouir de pouvoir voler ou d'avoir éventuellement réussi à lui faire comprendre le message que je désirai lui convoyer, sans doute maladroitement, depuis plusieurs jours : Ce déballage de sentiments n'avait jamais été mon fort. Aussi revêtis-je une tenue plus propice à passer plusieurs heures à écouter les habitants en audience et mes différents conseils et cérémonies : ma tunique noire s'échancrait comme la veille sur les pansements. Le bas de mon sarouel noir lui aussi restait évasé jusqu'aux chevilles et je ne glissais pas mes pieds dans mes bottes mais dans une paire de babouches assortie à mon khalat. Celui-ci, ample et long, se taillait dans un brocard rubis brodé d'or et me réchaufferait de toute cette immobilité. Mon chèche volant se dissimulait sous la large kamarband blanc et j'en portais un autre plus richement décoré pour satisfaire aux exigences protocolaires. J'avais même noué mes cheveux sans tous les colifichets et tresses habituelles pour mieux convenir à certains rites religieux.

A mon arrivée devant la nappe des mets pour un luxueux sobhaneh, mon scepticisme premier quant à ce futur mariage fut balayé. Presque honteusement, je me dois d'avouer que la fille de mon satrape, une jeune fille de 16 ans aux formes généreuses et à la chevelure longue et dense, ses yeux sombres et ses lèvres pleines, flattait autant mon regard qu'une envie de retour à la simplicité utopiste dignes des poèmes épiques. Leilie correspondait en tout point au physique de l'épouse impériale adulée qui dorloterait son époux avec plaisir. Son caractère me paraissait doux, un peu trop effacé sans doute, modeste malgré une beauté indéniable. Naturellement, cela cachait un problème majeur pour moi : La demoiselle n'avait jamais quitté la demeure de son père et n'avait pas vraiment l'esprit aventureux. Puis, elle était musulmane pratiquante comme Khâlis, mais le genre à s'horrifier parce que j'avais osé mangé du porc lors de mon excursion dans les ruelles parisiennes - du sanglier en fait, mais cela revenait sans doute au même -. Toutefois, la rencontre avait eu le mérite, outre celui de remplir mon estomac affamé, de me motiver un minimum à préparer ce pan-là finalisant ma conquête de la région.

Dans la grande salle du palais, j'avais passé ensuite le reste de la matinée à écouter des doléances et autres prières. Qu'elles provenaient des nantis ou des fermiers de la région ne changeaient guère le protocole. Le satrape présidait en bas des escaliers. Je siégeai sur ce fichu trône inconfortable. Le requérant s'avançait. Il plaidait pour sa cause. Le satrape me soumettait un conseil pour accéder ou non à la demande. Je tranchai de quelques mots, souvent pour dire que le satrape avait la bonne solution. Parfois, je me montrai un peu plus dur ou plus généreux selon les comportements que je voulais encourager ou réprouver. Cela nous permettait, tant à mon satrape que moi-même, de discuter pro-activement de la politique de la région. Tanvir me glissait parfois quelques mots à l'oreille, tant pour me distraire que pour me signaler quelques détails que j'avais omis ou dont je n'avais pas encore connaissance. Les présents de la matinée furent ensuite débarrassés de la salle et les portes fermées. Nous nous sommes réfugiés dans un des salons extérieurs pour profiter d'un repas de midi frais tout en discutant d'autres détails concernant la future union, dont l'épineuse question de la dot. Chose à laquelle je ne comprenais strictement rien. Khâlis donna également son accord officiel pour la venue d'une seconde épouse suite à sa rencontre avec les autres femmes de mon clan et famille présente. A ma connaissance, elles avaient toutes passés la matinée ensemble. Leilie y avait subi une sorte d'interrogatoire pour s'assurer de mille et un détail dont je me fichai moi-même éperdument mais apparemment primordiaux pour la cohabitation féminine.

Vint ensuite le moment que je redoutais et attendais avec une certaine impatience : Mon rendez-vous avec Ofelia et le retour au ciel à la liberté. J'ignorai si elle allait simplement se montrer. Si elle avait décidé de s'en aller ou encore de me faire poireauter. Je n'avais pas voulu que le garde m'informe de sa décision de suite. Par contre, il avait des consignes précises pour lui indiquer notre lieu de rendez-vous. Le suspens m'agaçait pourtant. Après plusieurs vaines tentatives pour trouver une place où m'asseoir calmement, mes pieds réclamaient finalement du mouvement et de l'action. Aussi, grimpai-je sur la tonnelle maintenant la glycine en place et y jouait le funambule. Je me retrouvai rapidement tête vers le bas pour guetter la porte de sa chambre, mèches blanches échappées du chèche se déroulant lentement.
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MessageSujet: Re: Saeduni [Décembre 05]   Jeu 14 Avr - 21:16


Saeduni

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Le ton vulgaire d’Atêsh aurait eu sans doute de quoi la surprendre si elle avait pu formuler quelques pensées cohérentes à l’égard de cette silhouette d’ombre et de ténèbres qui lui faisait face. Saisie par cette obscurité qui prenait peu à peu forme d’homme, la sorcière mit un temps avant de reconnaître le prince et resta muette, figée dans l’incompréhension la plus totale tandis qu’il s’acharnait à la broyer.

Elle l’aurait planté là, ce roi qui se permettait de l’injurier dans sa langue, si la mention de son égoïsme et de son dédain ne lui avait pas fait retrouver la fonction de ses cordes vocales pour une vibrante protestation.

« Mon père m’a toujours dis de ne jamais m’approcher d’un foyer en feu, rapport à ma malédiction justement. J’ai manqué plus d’une fois d’incendier l’orphelinat en essayant de corriger mes fautes alors tenez le pour dit, mais je préfère suivre les conseils de mon protecteur que de me lancer dans une cause qui risquerait de m’échapper. Ce n’est en rien de l’égoïsme. Encore moins du dédain vis-à-vis de la sécurité du palais. Mais puisque cela vous suffit à condamner ma pensée… »

Pourquoi restait-elle ? Pourquoi ne pas partir maintenant qu’il la condamnait à demeurer loin du palais de ses ancêtres ? Par crainte de ces pouvoirs qu’elle voyait émaner de sa présence, du vol de la flamme de sa bougie, tremblante au bout de sa main, la condamnant brièvement à rejoindre ses ténèbres ? Ou simplement parce que malgré sa colère, son ton était demeuré doux, prudent et attentif à l’égard de se prince qui se croyait capable de la juger sans se donner la peine de comprendre son raisonnement.

Reculant vers une chaise – jamais elle ne se serait installée sur le lit – Ofelia lui accorda son oreille toujours attentive, écoutant sans moufter l’aveu de sa propre malédiction. Elle ne lui fit pas le déshonneur de le prendre en pitié mais au fur et à mesure que découlait de sa bouche enfin humaine son passé de prisonnier, la demoiselle frissonnait, interpellée qu’on ait pu l’utiliser ainsi, lui un enfant, un djinn certes, mais avant tout un innocent.

C’était d’autant plus incompréhensible que de le voir s’énerver et juger de ses réactions face à sa propre malédiction. Mais Atêsh était un prince, il avait la force de mener des hommes au combat, supportant leur perte, guerroyant et apprenant alors certes, une malédiction finalement n’était qu’une étape de plus dans sa vie de dirigeant. Ses souffrances passées l’avaient poussé à dépasser sa propre condition et à s’accepter tel quel.

Tant mieux pour lui. Ofelia n’avait pas le même vécu mais n’allait pas s’essayer à lui donner des leçons sur la condition de la femme – surtout quand elle la considérait dans son entière normalité contextuelle. Elle se contenta de serrer ses mains l’une contre l’autre, attendant poliment qu’il ait terminé, avant de murmurer.

« Je n’ai jamais fait de généralité de mon cas. Et je suis horrifiée de votre histoire, mais aussi heureuse de voir quel homme vous êtes devenu malgré votre passif. Vous méritez ce trône, vous méritez de protéger les djinns et de les défendre. Comme de protéger et de défendre votre peuple, magique ou non magique. Mais encore une fois, je n’ai pour impression que vous essayez de me forger le crâne de vos leçons sans doute méritées. Prenez simplement en compte que je n’ai pas encore la force en moi de les apprendre et de les répéter. Je débute, votre altesse. Et je fais au mieux pour tout le monde, y compris pour moi-même. »

Relevant à nouveau le menton, elle soupira.

« Et vous seriez étonné de constater à quel point l’amitié des gens me manque. J’aimerais ne pas les fuir. Seulement, au bout d’un moment, on m’exhorte poliment à m’en aller. Alors que voulez-vous que je fasse ? Partir, rester ? Moi je suis prête à découvrir votre pays, votre palais, vos coutumes et vos traditions, parce que j’éprouve de l’affection envers ce pays. Comme à chaque chose nouvelle qui se présente à moi. »

Ofelia voulut ne pas rougir à l’aveu du Prince – ce n’était pas qu’elle lui plaisait, c’était une simple formulation, il ne fallait pas s’y attarder – mais ses pommettes se colorèrent de rouge. Et pour se donner courage elle garda un visage impassible d’espagnole à l’écoute.

Quelque chose, dans la manière dont son regard se posait sur l’être qui lui faisait face, dénudait son racé de noble. L’orpheline n’en eut évidemment pas conscience.

- Je me réjouis de voler avec toi demain.
« Alors nous volerons demain. »

Et qui vivra verra, ajouta-t-elle mentalement. Epuisée de cette soirée.

~

On était venu lui apporter ce miroir à polir et elle s’y attelait, lentement, précautionnement, se concentrant de toutes ses forces pour ne pas le lâcher, le fissurer, ou pire, l’égarer. Elle était là, concentrée sur la vision floue de sa silhouette, quand elle sortit de la chambre, main sur la poignée, vêtue toujours à l’orientale de ces mêmes tons sombres qu’on commençait à lui connaitre.

Le matin même elle avait écrit une longue missive à son père et avait chargé la personne venue lui apporter le bijou de l’envoyer, renouvelant ses formules de politesse, demandant avec délicatesse le programme du jour de sa majesté. Avant d’être renseignée à demi-mots sur l’existence de cette seconde femme qu’il n’allait pas tarder à épouser.

Un instant piquée par la surprise, croyant que Khâlis allait être remplacée, Ofelia se fustigea mentalement en se rappelant des mœurs polygames de certains bédouins. Et hocha tranquillement la tête, immanquablement déçue, sans savoir pourquoi.

Elle avait donc remis son ancien corset, écrasant sa gorge pour ne rien laisser voir de sa silhouette de femme, couvrant ses cheveux d’un voile, le visage nu de toutes peintures, la discrétion la plus totale. L’espagnole se refusait à être prise pour une intrigante occidentale, ou pire, une possible concubine. Et n’esquissa pas un seul sourire, les mains sagement croisées devant elle, refermées sur le miroir, cherchant un garde des yeux avant que la silhouette d’Atêsh ne l’appelle des hauteurs.

Le regard plus vert que jamais, la sorcière releva la tête d’instinct. Pencha la tête de côté, jugeant la hauteur à laquelle se dressait le saltimbanque. Et finit par s’offrir deux applaudissements brefs en toute familiarité.

« Votre majesté, je suis forte aise de vous voir en si grande forme. J’espère ne pas avoir trop tardé. » Dans le couloir, l’accident d’hier soir ne transparaissait pas, mise à part l’absence du rideau brûlé. Et Ofelia s’inclina, les cernes un peu trop vives et les lèvres à peine exsangues, trahissant sa nuit de cauchemars.

C’était toujours ainsi, après de fortes tensions. Mais elle ne comptait pas remettre tout cela sur le tapis. Encore moins sur un tapis volant.




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Jahan Shah Farvahar
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MessageSujet: Re: Saeduni [Décembre 05]   Jeu 21 Avr - 22:29
Perché à trois ou quatre mètres de haut, j'observai les traits tirés témoins de la nuit difficile de la jeune femme. Certes, je savais mes mots partiellement responsables de ce qui l'avait tenu éveillé, mais je n'avais pas l'hypocrisie d'en paraître désolé alors que les mots prononcés avaient pour but cette réflexion. Pourquoi aurai-je choisi sciemment la méthode abrupte alors que j'aurai pu lui tartiner encore pendant des jours un point de vue différent du sien si ça n'était pas pour bousculer un minimum ce que je m'imaginais être ses habitudes ? Cruel, l'étais-je sans doute et ne pouvais le nier. Malgré le lien complexe m'unissant avec Tayeb, l'hésitation m'avait à peine effleurer avant de le détruire. Les circonstances et les événements liés à la mort d'Abigale avaient assurément enterré ma culpabilité. Mais Ofelia n'entrait nullement dans ce schéma. Aussi ne l'aurai-je pas titillé sans une bonne raison. Point de vue suffisamment martelé, sa présence pour notre expédition, aucune raison subsistait pour ne pas profiter de l'instant en toute légèreté.

Descendant de mon perchoir d'une pirouette leste de saltimbanque, je m'inclinais devant la demoiselle courtoisement. Avant de vérifier précipitamment le bandage avec une vague grimace. Heureusement celui-ci ne s'était pas coloré à nouveau et le sort de régénération qui imprégnait chaque bande gardait les plaies solidement closes. Tunique soigneusement refermée, je déroulais mon chèche d'un large geste de la main. Le coton épais et clair s'épaississait et se tapissait - littéralement - d'un motif central comme une rosace dorée complexe sur un parterre bleu ciel. Une fois entièrement déployé, j'y posai pied et m'y installai sans rétorquer grand chose de plus qu'un franc sourire de gamin espiègle à l'espagnol. D'un signe de tête, je l'enjoignis à monter tout en tapotant d'une main sa place.

Dès qu'elle fut à son tour confortablement installée et accrochée un minimum, le tapis flotta doucement à un mètre du sol le long du jardin. Le préambule sans brusquerie paressa, indolent, jusqu'à la terrasse de notre discussion de la veille. Tandis qu'il franchissait la barrière, je crochetai solidement une main à celle de la jeune femme, sans égard aucun pour la pudibonderie des spectres. Et nous plongeâmes dans le vide. Abruptement. Brusquement. Sans prévenir. La falaise et les rochers défilèrent avec célérité dans notre dos et le sol se rapprochait de nos visages. Soudain, le vent nous rattrapa. Mon rire tonna alors, libre et fou. Le courant ascendant guilleret nous emporta à nouveau vers les hauteurs sans que je ne puisse cesser de rire.

Tout en atteignant une altitude adéquate, largement plus haute que celle des monticules rocheux de la région ou de vol courant des oiseaux, nous nous éloignâmes d'Erbil et des montagnes pour gagner les plaines. Pendant une dizaine de minutes, le paysage urbain se peuplaient de minuscules silhouettes multicolores s'affairant de leur quotidien, mâtiné des tâchés liés au déblayage des reliefs des batailles. Outre nos souffles et le vent, l'ambiance sonore se composait principalement quelques paroles inintelligibles criées en contrebas. Puis ceux-ci cessèrent pour laisser place à un silence de faune et de flore. Nous survolâmes une steppe aride où quelques arbres tordus jetaient leurs ombres sur un cheptel de chèvres et des jeunes bergers qui levèrent les yeux vers nous. Même en Perse, les tapis volants ne se voyaient pas tous les jours. Pas plus qu'un bison volant ne devait être si courant que cela en Scandinavie d'ailleurs.

Finalement, un concerto de vie accueillit notre retour le long de la rivière. D'un geste de la main, j'indiquai le relief d'une antique cité envahie par le sable sur l'horizon.

- La rivière s'appelle le Grand Zab. Il y a plus d'un millénaire, une bataille eut lieu dans la région. Des braves s'opposèrent à la corruption et se dressèrent face à une armée de vétérans ayant combattu l'Empire Byzantin. Malgré la différence de taille et de force, leur stratégie, leur motivation et leur foi en leur cause, ainsi que l'excès de confiance de leurs ennemis, leur permirent de vaincre. Grâce à cet événement, ils établirent dans la région une dynastie qui dura cinq siècles, jusqu'aux invasions mongoles.

Notre voyage continua encore près d'une heure tandis que se succédaient des paysages similaires à ceux qu'elle avait pu apercevoir durant notre première escapade. Puis, le Tigre avalait voracement les eaux du Zab. Au fur et à mesure que nous nous approchions de ses crocs, l'ocre s'effaçait et le vert verdoyant devenait la norme. Des palmiers jaillissaient de plus en plus régulièrement autour de les eaux fertiles. Comme nous survolions à plus base altitude, pour profiter du chant des oiseaux et des eaux, nous ne pouvions pas voir à quel point le terme "écrin de verdure" prenait ici tout son sens. Le fleuve se déroulaient, titanesque ruban tout en nuance de bleus et des verts dont les eaux profondes dissimulaient de nombreux secrets.

Nous voguâmes sur ses flots en direction du nord. Pour échapper au cagnard et à la chaleur, nous restions proches de l'eau et à l'abri des arbres. Sur les rives, parfois, un palais ou une grande demeure s'étendaient luxueusement. Un village de pêcheurs ou de fermier surgissaient plus soudainement, m'obligeant à reprendre de l'altitude pour ne pas troubler la tranquillité de leurs prises. Après deux heures, nous arrivâmes finalement à Mossoul.

- Voici Mossoul, ou Ninive comme dans ta bible, antique capitale de l'Empire Assyrien, qui régnait sur la région voici plus de deux millénaires. Aujourd'hui, comme alors, l'endroit est une place tournante pour le commerce. Elle produit naturellement des céréales, des fruits et légumes, du marbre, mais surtout du textile : La mousseline, vaporeuse et légère, qui orne les tenues des belles dames, d'ici et des nobles de tes contrées a été inventée ici.

La cité se séparait se séparait sur chaque rive du fleuve et différents ponts reliaient ses moitiés ensembles. Contrairement à Erbil, engoncée dans sa muraille et son affleurement rocheux, la cité s'éclatait largement, profitant du relief plat de la région pour quelques excentriques et titanesques bâtiments carrés, de terrasses et de jardins. Les quartiers plus populaires se localisaient rapidement à l'absence de ces bâtiments, temples, églises surmontés de leur clocher et leur croix distinctive, mosquées aux minarets splendides. Naturellement, partout, on voyait des badgirs, des attrape-vents, s'ériger afin de grappiller un peu d'air frais. Certains étalaient les richesses des propriétaires avec des sculptures splendides tandis que les autres en restaient au purement fonctionnel.

- Visiter le bazaar de la ville, ça te tente ?

Lui demandai-je en amorçant déjà la descente vers la plus large place couverte de tentures bariolées, enfin la ruelle tranquille adjacente pour nous poser sans problème.
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MessageSujet: Re: Saeduni [Décembre 05]   Sam 30 Avr - 14:40


Saeduni

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Atêsh eut une grimace qui lui fit pincer les lèvres de désapprobation. Pourtant, Ofelia se retint de le confiner au repos le plus complet, sentant confusément qu’une telle remarque de sa part ne saurait que remettre le feu aux poudres concernant leurs tensions d’hier au soir. Aussi se promit-elle d’être prudente à l’égard du dirigeant, sans trop en faire, et rabota mentalement l’angoisse que l’orpheline sentait monter dans sa poitrine que la malchance en vienne à aggraver ses blessures.

Presque gracieusement, elle prit place sur le tapis une fois le chèche déroulé, retrouvant avec plaisir cette stabilité sans gravité qui les faisait flotter à un mètre au-dessus du sol. Laissant Atêsh prendre place à ses côtés dans un silence presque attentif, Ofelia se tut à son tour, ne refusant ni sa main ni sa présence, le laissant les diriger au-delà du palais. Jusqu’à ce que la falaise vienne les avaler.

La chute fut si prompte et si brutale que l’espagnole ne put retenir un hurlement. Et pourtant, dans ce cri qui leur vrilla les oreilles, il y avait bien plus de surprise que de peur. Le visage balayé par le courant d’air vif, elle ne put retenir le voile accroché à ses cheveux qui disparut dans l’air, s’échouant sans doute en contrebas comme une feuille arrachée à son arbre. Le rire de la demoiselle suivit presque aussitôt celui du perse, et sa main accrochée à la sienne rangea ses griffes pour qu’elle se penche, sans crainte aucune, vers le relief escarpé de ce pays méconnu.

Ofelia ne semblait clairement pas souffrir du vertige et ne retenait pas son sourire qui, sans les oreilles, lui aurait sans doute déjà entouré la tête. La poitrine haletante d’une sourde excitation dûe à l’adrénaline, elle demeura toutefois à l’écoute de la description d’Atêsh, hochant la tête à chaque noms, tâchant de se les rappeler tout en appréciant le ton et la voix de son guide. A cet instant, penchée, sentant le miroir à polir peser contre sa hanche, elle se rendit compte brusquement qu’elle préférait bien mieux cet aspect-là d’Atêsh que de celui du dirigeant. A rire, libre et fou, il ressemblait à n’importe quel Djinn des légendes, et non pas à un roi avec des obligations. Elle pouvait le regarder sans y trouver la trace de ses responsabilités tant en terme de guerres que d’union et oubliait ainsi plus facilement la présence de sa femme et de la future qu’en revenant, il ne manquerait pas d’épouser.

En sommes, il était un peu à elle, et ils n’avaient plus à se disputer.

« Le bazaar dites-vous ? » Ainsi il pouvait se promener parmi ses gens sans risquer une émeute comme en occident. C’était fascinant, cette tolérance à l’autre sans distinction de rang, à moins que son visage ne soit pas encore assez connu pour qu’il puisse se permettre ce genre d’aventure. Ofelia n’avait pas d’argent sur elle pour des frivolités mais sut là encore qu’elle le décevrait en refusant sur de tels principes.

Aussi, finaude, se permit-elle de marchander.

« Nous visitons le bazaar mais alors j’aimerais avoir la possibilité de mener à bien le tapis quand nous redécollerons. »

C’était une folie. Elle savait parfaitement ses propres responsabilités vis-à-vis de sa malédiction et ce qu’elle pouvait causer en prenant les rênes. Mais non sans sagesse, elle se fit la remarque qu’à aucun moment pendant leur vol – si ce n’est son foulard arraché – le chat noir ne s’était fait le petit truand incorrigible dont elle avait l’habitude. Peut-être y avait-il une chance qu’il la laisse tranquille dans ses tests et Ofelia s’entêta à vouloir y croire, au moins pour donner de l’importance aux propos, brutaux mais confiants, que le dirigeant lui avait exprimé – même claqué au visage – hier soir avant de la quitter.

L’ombre. Ses yeux boueux cillèrent à celle qui s’étendait derrière lui. Pouvait-il s’y fondre ou la faire bouger ? Où était la portée de son pouvoir et que pouvait-il réaliser d’autres ?

Pouvait-elle décemment le questionner à ce sujet au risque de remettre la dispute sur le tapis ?

Heureusement, Ofelia était quelqu’un de courageux.

« La lumière ne vous fait-elle pas trop de mal ? Le soleil est haut et brûlant aujourd’hui. » Petites questions naïves et presque stupides qui trahissaient une volonté touchante de bien faire. De se rattraper.




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Jahan Shah Farvahar
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MessageSujet: Re: Saeduni [Décembre 05]   Lun 23 Mai - 22:15
Un instant, je fixai ma compagne d'un air interdit. Venait-elle de demander à "piloter" mon tapis ? Aurais-je eu l'esprit plus perverti que j'y aurai vu là une volonté de mener "notre affaire" à la baguette comme une matrone de harem. Je cillai une nouvelle fois en tendant une main afin qu'elle mette pied au sol. Un rire, en sourdine, rôdait au fond de ma gorge et mon sourire s'élargissait à m'en fendre les joues. Je ne répondis pas tout de suite, la laissant mariner, en enroulant le tapis volant devenu chèche autour de ma taille, sous mon kamarband. Ensuite, même si mon visage n'était pas forcément connu, je vérifiais que l'entier de ma tignasse restait dans le confort du turban. Mes yeux d'or, ceux de ma lignée, restaient un indice suffisant de mes origines : Nul besoin d'adjoindre à cela ma chevelure de neige pour permettre à la foule de reconnaître le jeune prince les ayant libéré de l'oppresseur ottoman.

Ainsi qu'un gentleman occidental, mon bras lui fut offert pour notre promenade. Quitte à prendre sa main pour la nicher sur mon avant-bras, je tapotai ensuite celle-ci délicatement afin de la rassurer. Ainsi, peut-être ne me serait-elle pas arrachée dans les mouvements de foule, par un marchand un peu trop zélé ou encore par l'instinct papillonnant des femmes en présence de belles marchandises - ou peut-être était-ce le mien que je désirai dompter - . Soigneusement crocheté à elle, un nouveau sourire lui fut offert et une mèche, dérangée par le périple volant, fut remise en place derrière son oreille du bout des doigts. Le premier achat restait tout trouvé. Pour plus de discrétion, il lui faudrait un voile : Un vert avais-je décidé. Le vert irait bien avec son teint et ses yeux. L'idée devint fixe. Il fallait qu'elle porte du vert ! Aussi l'entrainai-je d'un bon pas vers la suite pour accomplir ma marotte de l'instant.

- Oh !

Fis-je brusquement en me penchant vers elle, immobile et arrêté devant son visage.

- Tu pourras tenter de mener le tapis. En-dehors de la ville, afin d'éviter un incident...

Annonçai-je solennellement. Corps et index se redressèrent de concert, les lèvres s'épanouirent sur un sourire canaille.

- Si... et seulement si, tu me laisses t'offrir et te faire porter tout ce que nous désirons, toi ou moi, sans rechigner.

L'index, se faisant revers de main, balaya les possibles contestations avec un laconique :

- Sans importance si tu les perds ensuite, essayons de simplement profiter de l'expérience de l'instant.

J'espérai couper court à son éventuelle culpabilité liée à sa malédiction si les babioles achetées venaient à disparaître. Même si je ne désirai pas l'avouer une seule seconde, parcourir un marché sous forme tangible en plein jour comme n'importe quelle personne tenait de la grande première pour moi. J'avais même pris des espèces sonnantes et trébuchantes ! Je n'avais naturellement aucune idée de leurs réelles valeurs comme à l'accoutumée mais je comptais bien marchander comme un jeune humain - et me faire absolument arnaquer comme n'importe qui -. Ofelia avait sûrement l'habitude de gérer son argent comme une maîtresse de maison bourgeoise. Peut-être était-ce là une impression née sa faculté à s'inquiéter de nombreuses choses, en raison de sa malédiction certes mais aussi d'un tempérament clairement volontaire. Fouillant sous ma tunique, je soupesai la bourse. Le risque qu'elle la perde restait grand. Peut-être valait-il mieux que je la conserve sur moi pour éviter qu'elle se fasse attaquer et dépouiller. Néanmoins, je nichai dans sa main libre une replète bourse de cuir sombre, juste assez plate pour être dissimulée dans des vêtements. Accorder sa confiance constituait une étape importante. Lui confirmer que je croyais en elle en était une autre. Puis, avouons-le également... se soucier d'une perte matérielle aussi banale ne me taraudait pas réellement.

- A toi de gérer notre budget, ma tendre épouse !

Lui assénai-je comme un gamin guilleret, franchement. Naturellement, la magie rendait notre pécule virtuellement illimité mais je ne m'abaissai pas à lui révéler cette information. Jouer aux clients et aux marchands est une constante universelle. Le fait que nous soyons, presque, des adultes l'un comme l'autre ne retirait en rien l'attrait d'un jeu innocent un peu crétin. La guerre et ses horreurs se reléguaient de cette manière au fond de nos caboches.

Ma main sur la sienne, nous nous enfilions dans la première ruelle bondée d'échoppes variées. Le bruit résonnait tellement autour de nous que les bruits se fondaient l'un dans l'autre jusqu'à former une musique rythmée par les cris des marchands alpaguant le chaland, les alertes régulières signalant les vols à l'étalage, les percussion des différentes artisans affairés à leurs œuvres et des mouvements de foules et les mélodies guillerettes de la faune et, parfois, la flore vendues sur place. Dans cette partie du marché s'étendait principalement les commerces dédiés à la nourriture. Des kebab variés se vendaient presque à la sauvette entre deux échoppes d'épices multicolores débordant presque de leurs sacs de jute ou panières tressées. Je m'arrêtai brièvement devant l'une d'elle pour les pointer à tour de rôle à ma compagne, et lui faire sentir. Devant mon évidente non-intention d'achat, le commerçant nous conseilla rapidement d'aller voir ailleurs si nous y étions pour faire place à des clients plus rentables.

Main glissée dans le dos d'Ofelia pour lui enjoindre d'avancer à plus grands pas le temps de s'éloigner du type peu sympathique, j'en profitai pour répondre à son inquiétude. Lorsque la question avait été posée, je n'avais pas saisi de suite la thématique qu'elle désirait aborder aussi n'avais-je rien exprimé sur le sujet. A force d'y cogiter, j'y avais attribué une raison. Murmurant presque à son oreille, de manière à n'être entendu qu'elle et couvrir le bruit environnant, je lui confiai :

- Tu n'as pas à t'inquiéter. Le contrecoup n'entre en ligne de compte qu'après une longue utilisation. Le Soleil est plus mon allié que mon ennemi.

Rassurant, mes doigts se glissèrent à nouveau dans ses cheveux pour les lisser brièvement d'une caresse. Leur texture me paraissait plus soyeuse que toutes les soies que j'avais eu la chance de toucher. Le geste dura le temps de satisfaire ma curiosité et de me rendre compte du geste cavalier en pleine rue. Éclaircissant ma voix, un peu mal à l'aise, je me détournai pour lui pointer un fruit du pays quelconque sur l'étal le plus proche.

- Tu veux goûter ?
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MessageSujet: Re: Saeduni [Décembre 05]   Lun 23 Mai - 23:05


Saeduni

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Il lui fallut descendre du tapis, suivre la trace de ses pas dans les rues poussiéreuses de sable de cette cité étrangère délivrée du mal. Autour d’eux bruissaient les voix et les apparences méconnues d’une foule aux visages confondus et Ofelia tourna la tête, presque en pirouette, pour tout attraper sans rien remarquer. Les pupilles boueuses et curieuses, elle se remit rapidement de la déception d’une non réponse et se laissa mener par la main du djinn, s'imaginant confusément telle une princesse de contes persans. Bien évidemment, la magie de l’endroit ne pouvait souffrir de la réalité des odeurs, des cris, du tumulte et de la malchance qui trouva son pied et le fit trébucher une première fois. Maladroitement accrochée à son bras, lui offrant cet ersatz occidental sans se moquer ou paraître juger son empressement, Ofelia serra seulement les dents. Jurant mentalement contre sa maladresse tout en essayant de ne pas en paraître troublée. Et plus que surprise quand, d’un mouvement de jambe, tel un danseur face à sa partenaire, il la fit faire face à la proximité soudaine de son bienfaiteur.

L’orpheline cligna des yeux dans ces iris d’or à quelques centimètres d’elle, la reflétant sans le savoir. Et elle ne put pas même rougir. Seulement saisie dans l’intention.

Puis par l’autorisation qui lui éclaira le visage comme un nouveau soleil.

« Je peux ? Je peux vraiment ? » En dehors de la ville, certes, pour apaiser son impatience et ses craintes bien naturelles à l’égard du chat noir. Mais avant tout pour poser les conditions d’un nouveau contrat qui lui fit hoqueter un « Oh » surpris et presque désappointé.

A l’index du djinn, elle opposa le sien, lèvres pincées, nez froissé. L'amusement miroitant dans ses propres prunelles.

« Nous avions dit la visite du bazar mais puisque votre tapis est accroché à votre ceinture, je dois me plier à vos conditions, n’est-ce pas Votre Altesse ? » Il y avait tant de familiarités dans ses mots que les derniers n’étaient là que pour la posture, soulignant la remarque cynique à l’égard de leurs échanges.

Ofelia eut alors un rire, baissa vite les armes.

« Tout pour pouvoir voler encore, même me faire habiller de soies et d’or. Mais épargnez-moi les couleurs trop criardes ou les tenues trop… enfin, ce n’est pas là l’habitude de votre pays, de ce que j’en ai compris. On raconte parfois de telles stupidités dans les livres… »

Et épaule contre épaule, reprit son pas.

« Je ferai tout de même en sorte de dompter le chat. Il serait malheureux de perdre tant de présents si précieux qui me serviront à raconter mes aventures aux enfants de l’orphelinat… » Son regard se fit soudain plus rêveur, un absence qui ne dura que le temps de la remise en main propre de la bourse pleine du prince farceur. Surprise par le poids de l’objet, Ofelia rebaissa les yeux sur l’offrande et tournée vers Atêsh, savoura la nouvelle plaisanterie en affichant un air de circonstance : digne et presque hautain à en être ridicule.

« Vous avez de la chance que je sois bien élevée, très cher époux. On ne m’a pas habitué à l’abondance, je saurais donc gérer notre budget. » Accrochant le maigre trésor à sa hanche, presque mal à l’aise de sentir le poids de cet argent pendre à ses côtés, Ofelia guetta du regard le voleur potentiel qui pouvait s’en saisir à tout instant et faire regretter cette décision au perse.

A l’odeur des kebabs, elle fut tout de même tentée de leur prendre à manger. Mais laissa traîner son pas devant les paniers tressés jusqu’à ce que son compagnon l’y guide, sous le regard perçant et calculateur du marchand en place. Loin de dépenser ses pièces à tort ou à raison, Ofelia se laissa reculer tandis qu’Atêsh l’emportait vers d’autres destinations, à l'abri des remarques acerbes du basané peu patient. Elle remarqua bien vite un stand d’étoffes à quelques pas, aux décorations de devanture plus sobres et certainement plus masculines. Hésita à s’en rapprocher quand la main d’Atêsh, caressant ses cheveux, vint lui confier à l’égal de sa voix les confidences de son pouvoir et de son état de santé général.

Troublée, autant par le geste que par l’aveu, Ofelia resta un instant à le fixer sans répondre avant de sauter sur l’occasion présentée par le fruit pour acquiescer vivement et mordre à pleine bouchée.

Evidemment, la datte, pourtant d’aspect appétissant, se révéla profondément pourrie. Et ce fut avec dégoût que l'espagnole recracha le tout au sol, détournant le regard.

« Ce n’est rien. Nous en trouverons des fraîches. Et cela permettra de vous garder le teint sain et le regard vif. Je vous veux en pleine forme avant de vous rendre malade dans les airs. » Le taquina-t-elle tendrement avant de s’essuyer la bouche, et payer la datte. Le sous disparut dans la main du marchand, et le laissant choisir une papaye exotique, Ofelia fit passer le fruit à Atêsh sans y toucher, lâchant justement son bras pour se diriger vers l’échoppe.

D’une rapide transaction en espagnol, se débrouillant bien mieux qu’il n’y paraissait, Ofelia s’en revint vers le garçon, une étole brune et beige dans une main, une autre blanche et dorée de l’autre.

Ce fut la seconde qu’elle vint accrocher à son cou, frôlant parfois sa peau en le lui enroulant.

« Voilà. J’étais sûre qu’elle irait avec vos yeux. Une manière de vous remercier et de. Ne pas m’oublier quand je serais partie ? Je suis prête à faire beaucoup d’efforts pour vous, prince. J’aimerais surtout que vous le constatiez… par mes gestes, plus que par mes mots. »

Doucement elle s’en vint tapoter la poche où le miroir à polir restait dissimulé. Avant de vérifier la présence de la bourse, toujours accrochée, accrochant le premier foulard à sa taille, pauvre cadeau à l'intention de Nikolas.

Puis, comme pour se blesser inutilement, l'apprentie ajouta, faussement guillerette.

« En parlant d’épouse, on m’a tenu au courant de votre nouvelle. Heu… » Voilà que les mots lui manquaient. « Je tiens à vous féliciter pour tout cela. Des victoires, auxquelles nous sommes peu habitués en Occident mais qui sont source de bonnes nouvelles pour vous alors je ne peux que les apprécier. » Calmement, elle en revint à l’étal. Et caressant un tissu d’un vert des bois aussi profond que ceux de ses sapins, la sorcière s’efforça à sourire.

« C’est presque étonnant que vous puissiez prendre le temps pour une petite orpheline telle que moi. Dans tout ce que vous avez à faire. Et dans tout ce que je vous impose. » Un moustique vint se poser sur son cou. Froidement, elle se claqua.

« Vendent-ils des tapis ? Ou des chèche comme le votre que vous puissiez ensorceler ? Je n’imagine pas la tête des enfants si je reviens au pays avec un tapis volant. Et ça me ferait faire beaucoup d’économies en navires volants. » Moqueuse, elle se corrigea, d’une œillade douce vers le djinn. « Je plaisante, je suis peut-être aventureuse, mais point inconsciente. Il n’empêche que ça serait une formation salutaire, pour une petite sorcière de l’hiver, d’apprendre la magie du sable. »

Son âme sursauta toutefois à l’orgueil d’une telle affirmation.

« Excusez moi. Je suis curieuse au point d’en devenir déplacée. Je ne pense absolument pas me mesurer aux pouvoirs d’un fé. Je ne suis là que pour les constater, si vous acceptez de me les présenter. Bien que ce que j’ai pu voir d’hier soir… » Abandonnant l’étoffe, elle revint à son bras. Et murmura au point que sa voix soit presque couverte pas le bruit de la foule.

« Vous voir ainsi hier soir, m’a fait peine. Et en même temps j’ai cru voir comme un autre visage sous celui que vous arborez. Ni un faux, ni un vrai. Seulement un autre aspect de vous et je ne sais pas comment réagir autrement qu’avec. Mon amitié… Est-ce conforme à vos traditions, prince ? Je ne veux pas vous froisser. Je ne veux pas vous manquer de respect… »




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Jahan Shah Farvahar
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MessageSujet: Re: Saeduni [Décembre 05]   Lun 30 Mai - 21:52
Lorsqu'elle parla des tenues, j'aurai voulu lui expliquer que les livres n'avaient pas totalement tord mais que l'orientalisme européen avait une fâcheuse tendance à représenter des courtisanes de harem alanguies ou des jeunes femmes entre elles uniquement. La réflexion fronça brièvement mes sourcils. Mais comment avaient-ils eu accès au luxe confortable des sérails ? La question me tarauda tellement que j'en oubliai de lui répondre et de lui en faire part.

Au sujet des objets qu'elle pourrait perdre, je la laissai seule juge et me contentai d'un franc sourire. Si elle voulait contrôler sa malchance, elle y arriverait. Selon ma propre logique, celle qui soufflait qu'il fallait agir et non subir, prendre les armes contre une malédiction, même pour trois babioles d'un quelconque bazaar constituait un solide pas en avant. De la franche, le sourire se mua en fierté équivoque et m'autorisai à flatter une seconde fois sa joue en recoiffant les mèches que le vent avait balayé pêle-même.

- Quels objets aimerais-tu leur ramener ? Je crois que nous devrions pouvoir trouver des poupées rokhs, toutes pelucheuses.

Lui demandai-je avec un plein sourire. Un bref instant j'avais songé préparé des présents plus somptueux mais, après réflexion, couvrir des enfants étrangers de présents auraient également envoyé un mauvais signal à mon peuple. Puis, naturellement, l'idée m'étant venu à l'esprit correspondait à ma démesure coutumière et je me doutais que plusieurs animaux locaux envoyés dans le froid, n'aurait que contribuer à les faire enterrer par des enfants morveux de tristesse. De même, plutôt qu'esquisser l'idée d'offrir un tapis volant à mon invité, je me figurai plutôt lui confier un petit rokh afin qu'elle dispose dans tous ses voyages d'un compagnon fidèle et apte à la défendre. Oui. Je devais faire ça.

Tout en continuant la route que nous nous étions tracés dans la foule et bavarder légèrement, je commençais ainsi à orienter notre trajet vers la zone dédiée aux marchandises vivantes.

*****

Dans sa religion, la femme tentatrice mordait à la pomme. Ici, elle préférait la datte moisie. Aussi toute considération biblique s'arrêtait-elle avec moi, l'ombre serpentesque, lui présentant un fruit. A son invite, je me saisis de la grosse sorte de courge jaunie que je compris être une papaye à l'odeur et à l'énoncé du prix : Je n'avais aucune idée comment cette chose se mangeait et il me semblait difficile d'en venir à bout tout en se faufilant à travers la foule sinuant entre les étals. Je la glissais alors en utilisant une de mes ceintures de tissu comme d'un baluchon dans mon dos, détail qui s'avérerait assurément utile pour la suite de notre périple.

- Il serait étrange qu'un sylphe soit malade dans les airs.

Lui soufflai-je à son intention seule.

- Mais je crains le pilotage à l'occidentale. Je devrais peut-être prévoir quelques précautions.

La taquinai-je en fronçant les sourcils. Petit pique innocente se mua en une solide résolution d'enchanter deux anneaux, un pour elle et l'autre pour moi, afin que nous évitions d'atterrir sur le sol comme du baghlava - tout plat avec des petites morceaux épars -. Brusquement, surpris, je me retrouvai une étoffe blanche et or autour de la gorge. Le geste, le contact discret de ses doigts sur ma gorge, m'interloquèrent tellement que mes joues furent gagnés de feu brièvement et que je dus m'éclaircir la voix pour distraire l'envie cavalière de voler, à l'ingénue sorcière d'hiver, un baiser. Ainsi par un geste anodin, par quelques mots prononcés, le vainqueur de deux campagnes, libérateur de son peuple, se retrouva réduit au silence.

Un sacré miracle.

Néanmoins, elle enchaîna si rapidement sur une question épineuse, ne la réjouissant pas réellement notai-je pourtant, celle de ma future union. Ainsi hameçonné à la réalité et rappelé de mes divagations à mes responsabilités, j'éclaircis ma voix pour la seconde fois.

- Mh. Oui, merci.

Mal à l'aise, j'en oubliai un instant supplémentaire la discussion. Avec une certaine véhémence, je me crus dans l'obligation de préciser.

- Il est attendu d'un shah de prendre une épouse dans toutes les satrapies de son empire et parmi tous les clans djinns pour les lier au Trône Solaire.

Un temps.

- C'est un honneur pour la jeune fille choisie autant que pour le shah d'avoir la confiance d'un père pour prendre soin de son enfant.

Expliquai-je en fixant son dos et son intérêt pour l'étoffe vert profond. M'approchant à mon tour lorsqu'elle quitta l'étal, j'y cueillis le tissu. Claquant dans le vent et d'un mouvement ample, elle se déploya d'une belle ampleur tandis que je l'en coiffai.

- Le vert vous sied également, Triste-Robe.

Notai-je, la malice un peu forcée.

- Les Perses se font un devoir d'accueillir leur hôte avec luxe et faste : je manquerai à ma propre culture si je vous en faisais pas découvrir les trésors.

Me tournant vers le marchand, je m'inclinai légèrement.

- Tes marchandises sont simples et belles. Félicitations. Nous achèterons des nombreux foulards et kamarbands pour des orphelins. - Avec un sourire, je me justifiai encore auprès d'elle - Ainsi, toutes tes orphelines pourront être princesses ou combattantes farouches et tous tes orphelins, des guerriers et des princes. - Au marchand, je précisai - De toutes les couleurs dont tu disposes pour qu'ils puissent se les échanger au gré des envies.

Me redressant de tout mon haut, je le considérai un instant, tâchant de faire montre de sens pratique également. Abandonnant un moment le rieur Atêsh, je me fondais dans mon rôle de prince afin d'ordonner avec autorité.

- Tu viendras présenter ta marchandise demain matin au Palais d'Erbil. Mon invitée décidera ce dont ses jeunes amis profiteront le mieux. Vêtements inclus.

Plus doux à l'attention de la demoiselle, je glissai à son oreille, à nouveau plus proche du djinn que du souverain.

- Ainsi tu auras de quoi t'occuper pendant mon conseil et tes frères et sœurs de quoi jouer aux conquérants du désert.

Le marchand, un peu perplexe, hésitait. Pourquoi croirait-il la commande d'un jeune marchand sans barbe et de sa compagne occidental ? Certes, mes yeux d'or semblait me lier au Shah et à une lignée djinn millénaire. Sans doute étais-je un djinn ou un soldat du jeune prince ayant repoussé les ottomans. Mais de là à m'obéir sans preuve et effectuer un tel trajet pour le caprice d'une européenne... Par "chance", un habile mouvement de ma part, un pan de mon manteau se souleva suffisamment pour que le commerçant puisse apercevoir la preuve nécessaire de le convaincre, à défaut d'étaler pouvoirs et cheveux blancs, le symbole épinglé à ma poitrine : celui des Farvahars. L'homme s'inclina alors platement et nous offrit directement le nouveau voile d'Ofelia, ainsi qu'une pluie de louanges. D'un geste de la main, je l'arrêtai, afin de ne pas provoquer d'esclandre.

- Sois à l'heure demain et tu seras récompensé.

Je pris alors congé sans plus attendre afin d'attirer ma compagne plus loin, vers la destination que je m'étais fixée tout à l'heure. Pour que les rumeurs ne nous rattrapent, mon pas s'était naturellement allongé jusqu'à la course, forçant Ofelia au même rythme soutenu pour profiter d'une zone moins bondée. Là et seulement là, ses questions précédentes, sur la magie et ma nature, me revinrent en mémoire.

- Tu pourrais apprendre oui. Parvaneh a formé plusieurs sorciers, quelques membres du clan nés sans magie. Si tu montres une envie d'apprendre, elle t'enseignera sans doute quelques unes de nos façons, en matière de soin.

Tâchant de faire preuve de tact, je posai une main sur le haut de son bras pour la regarder attentivement dans les yeux.

- Pour beaucoup de choses, il me sera difficile de t'expliquer nos façons. Les djinns ou les fées sont magies. Ils la ressentent et y accèdent naturellement, sans réel effort hormis pour les utilisations plus particulières. Je... j'ai une idée de comment je pourrais te montrer cela, mais ça ne sera pas possible ici. Nous devrons gagné un endroit plus sauvage, l'exercice sera plus facile.

Un nouveau temps, une caresse se glissa de son épaule à sa gorge, pour se poser sur sa joue.

- Quant à mon propre don, je n'agis pas sur quoique ce soit : Je suis. Transformation ou métamorphose si tu préfères. Nuit et Jour, Lumière et Ténèbres, mon corps entier oscille perpétuellement sur un fil. Funambule de l'Aube et du Crépuscule, j'apporte espoir et pour mon peuple, ruines et cauchemars sur nos ennemis. Telle est ma voie. Telle est mon rôle.

Déclarai-je avec assurance, armé d'un sourire nitescent. Mes doigts quittèrent, comme à regret, sa peau. Bras présenté afin de la conduire comme gentleman à nouveau, ma main gagna rapidement la sienne. Nous nous engageâmes alors dans la partie la plus vibrante du marché, celle qui n'offrait pourtant qu'un piteux reflet du Bazaar des Songes. Partout, des animaux piaffaient, piaillaient et criaient. L'arrimant plus ferment contre moi, la nichant contre mon torse, nous évitâmes de justesse la collision brutal avec un jeune rokh en train de porter la marchandise à de son maître. Il claqua plusieurs fois le bec en notre direction, d'un air mécontent avant de trottiner derrière son maître, fier comme un paon. Ah ce moment-là, je découvris ce que je cherchais tellement : Une jeune marchande et son cadet tenait une échoppe avec quelques félins et un tout jeune rokh. Les ailes repliés sur lui, il dormait dans son petit cocon, probablement encore tout éreinté d'être sevrée de sa mère.

- Ofelia... regarde !

Lui fit-je d'un ton parfaitement enfantin, lui désignant la petite bête.

- Tu le voudrais ? Je pense qu'il te ferait un excellent camarade pour toi et je lui offrirai un don pour que tu ne craignes jamais de lui faire du mal.
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MessageSujet: Re: Saeduni [Décembre 05]   Lun 30 Mai - 22:43


Saeduni

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Écoutant avec grande attention la réponse du prince, et remarquant sans peine son embarras quant à l’idée de ce mariage, Ofelia oublia toute plaisanterie faite sur leur vol en commun ou sur les cadeaux pour les orphelins, les sourcils froncés, la main tendue vers l’étoffe, lui tournant le dos involontairement. Elle était entrain de se perdre dans les différents fils de couleur quand Atêsh s’approcha. Et lorsque sa main se tendit pour prendre le bien convoité, dissimulant ses cheveux d’un geste habile qui n’était pas sans faire remarquer leur proximité, Ofelia se surprit à penser à Nikolas d’une toute autre manière.

Serait-il fier de voir sa fille épouser un prince ? Ou point un prince mais un petit baronnet, un chevalier, un gens du peuple, au sourire timide, aux attentions secrètes mais présentes, à la patience sans limite. Il la préférerait sans doute avec une fée ou un sorcier, ou bien à défaut un humain ouvert à la magie et sans haine pour cette dernière. Sans doute pas avec un perse dont le pays alliait la technologie à l’essentiel de manière blasphématoire. C’est ce qu’elle avait toujours cru, pendant de longues années. C’était à quoi son esprit se rattachait immanquablement, même ici.

Pourtant elle frissonnait, et de savoir ces demoiselles prêtes à le prendre pour époux, à être honorée de ce lien, à chercher à lui donner un héritier tant espérer, l’orpheline ne put que chuchoter.

« Cela fait beaucoup de femmes… » Puis tournant son visage vers le djinn, Ofelia porta la main à ses cheveux recouverts, d’un geste presque coquet. « Vous me trouvez… »

Jolie, c’était ce qu’elle aurait voulu dire mais la présence soudaine du marchand suffit à l’interrompre. Bien loin de perdre contenance, Atêsh sembla se redresser, arborant un masque plus officiel encore ce que qu’il avait affiché jusqu’à présent. Glissée à son flanc, presque dans son ombre, Ofelia s’amusa à fixer celle qui s’étendait au pied du prince, guettant une ondulation, une trace de cette magie qui l’habitait entièrement, le jalousant pendant quelques secondes de sa facilité à faire partie de celle qu’elle souhaitait connaitre plus que quiconque en ce monde.

Pourtant la surprise la laissa bouche bée. Et vivement elle attrapa sa main pour la serrer dans la sienne, l’air presque paniqué.

« Oh non non prince, c’est trop. Je n’ai pas osé vous répondre tout à l’heure, mais ils sont nombreux, très nombreux. Quatre-vingt-huit enfants, mon seigneur, peut-être plus à l'heure actuelle. Vous ne pouvez pas… Vous ne devez pas… »


Mais qui était-elle pour empêcher un prince, un Shah, de dépenser son argent pour le bien-être des autres ? Comment aurait-elle pu le lui reprocher, l’espagnole qui ne demandait certes rien pour elle-même mais ne résistait en rien à la charité. Touchée plus profondément qu’aucun compliment jusqu’alors formulé n’avait pu le faire, son esprit se mit à miroiter, ses yeux tremblants dans ses orbites trop creuses, les lèvres tendues d’affection pour lui. Cela manqua de la saisir, au point de la déborder.

Et elle chuchota « Merci… » avant de reculer. Le laissant à ses affaires, à la béatitude du marchand qui, reconnaissant le signe sur son poitrail, et ayant compris le chiffre – dialogue universel – n’en finissait plus de s’incliner et de vénérer la bénédiction tombée sur son étal. Son affaire était plus que faites, les orphelins seraient ravis. Et elle rentrerait à la Noël avec des biens pour tous.

Aussi brusquement qu’un vent changeant de direction en plein cœur du désert, Atêsh l’entraina au loin, rejetant la conversation sur le sujet de la magie. Troublée, il lui fallut quelques secondes pour se rappeler de ses propres mots, et hochant la tête fiévreusement, Ofelia s’accrocha à son bras pour ne pas perdre le rythme de sa course, les seins en carcans dans le corset encore trop serrés.

« Prince, une seconde… » Expira-t-elle douloureusement avant que l’éloignement ne semble lui suffire. Haletante, Ofelia bénie le foulard qui retenait ses cheveux, dégageant sa nuque, et s’éventa d’une main avant de lui sourire.

« Pour vous répondre, seigneur, maintenant que vous m’en laissez la possibilité, je serais de ce fait enchantée d’apprendre aux côtés de Parvaneh. » Pas un instant la malédiction ne sembla peser sur ses épaules. Autour d’eux, la plèbe filait sans les regarder, sourde aux rumeurs des rues plus lointaines. Le djinn aux yeux dorés attirait bien moins l’attention ainsi accompagné d’une occidentale pâlichonne mais vêtue aux normes du pays. Ofelia en profita pour se relaxer.

« Votre pouvoir est à l’image de ce que vous êtes. Un funambule entre une fée de bien qui vient d’offrir un noël oriental à de nombreux enfants étrangers, et un Shah qui s’amuse à voltiger en tapis volant. »
Son regard se porta au loin des ruelles. Doucement, elle sourit. « J’ai toujours aimé les nuits aux journées lapidaires. Noires, silencieuses mais timidement vivantes. Les nuits semblent s’étendre pour recommencer. Pour oublier. Cela me semblait important fut une époque. »

Puis elle avait franchi les portes de l’orphelinat, des journées se succédant dans la peur de fauter. Elle avait appris, elle avait voyagé. Elle avait appris à attendre le lendemain sans trop oublier du passé – même chassée.

Et dans son inconscient son déni n’osa avouer sa crainte d’entendre encore, dans son sommeil, le bruit des bottes des soldats espagnols.

« Quand nous en aurons terminé avec le bazar, menez-moi à l’écart. Apprenez-moi, s’il vous plait. Ne pourrais-je demander autre professeur que mon bienfaiteur ? Je respecte votre pouvoir et votre nature. Je suis fille de fée, même par adoption. » Trop. C’était peut-être trop dire et trop avouer. Mais elle commençait à lui faire aveuglement confiance.

Et la bousculade s’en vint lui faire oublier son rappel à l’ordre quant à la prudence et aux secrets. Le Rock claqua du bec, et se rendant compte soudain de l’activité de la rue, du marchand qui les fusillait du regard et de la masse imposante de l’hybride, Ofelia n’eut qu’une seconde pour se retrouver blottie contre le torse d’Atêsh, à l’image de ces demoiselles en détresse des livres qu’elle affectionnait tout en soupirant de désespoir.

A nouveau coite, mais sans tremblements, elle leva la main en excuses à l'animal comme à son compagnon détourné et les suivit du regard, épatée par cette création, entre le lion et l’aigle. Puis son nez se retrouva dans l’odeur épicée de la fée. Et ses mains glissèrent le longs de ses pectoraux, jusqu’à sentir le relief des bandages sous le tissus. Malgré le chaos environnement, elle put sentir son cœur battre, presque au point de l’entendre.

Mais recula aussitôt.

A nouveau hésitante, ce fut dans ce hasard qu'elle se rendit compte de la présence du chat noir, comme un mirage à l’angle d’une ruelle, semblant invisible de tous. Ofelia fronça les sourcils, dispersée entre songe et réalité - était-il vraiment là ?

La voix d’Atêsh fut un éclair dans le brouillard. La sorcière s’arracha aussitôt à la vision du chat calmement assit sur ses pattes arrière pour fixer la bestiole que lui désignait le prince. Déjà mal à l’aise, et proprement inconstante, son esprit se raidit aussitôt.

La suite, elle ne l’entendit pas.

« Non. Le foulard, c’est déjà très bien. Laissons cette bête vivre en paix… » Marmonna-t-elle, tête soudain basse. Essayant de l'entraîner plus loin, retrouvant sa place à son bras.

Il y avait eu un oiseau aussi à l’orphelinat. Tombé du nid, pauvre bête. Le bras tout cassé mais encore bien vivant. Kassiara l’avait récupéré – Kassiara était sage, patiente et douce. Nikolas lui avait fait un bandage de fils et de cotons, avec une attelle en bois.

« Reprenons le tapis et apprenez moi la magie s’il vous plait, Atêsh. »

Kassiara lui avait donné l’oisillon – « Tu peux le prendre Ofelia, il va vivre et sent le comme il est chaud. Je vais l’appeler Lojnir ! » – par excès de confiance, pour être gentille.

« Atêsh pouvons-nous y aller ? »

Et Lojnir était mort.

Comme Kassiara avait pleuré.

« Atêsh. » Une impression, une tension. Un nuage sombre – le chat miaula.

Il y eut comme une estafilade. Une longue estafilade en trait d’argent, un nouvel éclair. La chose bouscula, vint, coupa et prit. La bourse était là après tout, à portée de main. Et le couteau entailla la robe en plus du cuir. Ofelia n’eut pas un cri, juste un sursaut, comme une piqûre, la paume serrée contre son flanc droit presque à marquer la taille.

Ça faisait mal, ça brûlait. Ça tirait aussi, et à chaque inspiration les bords baillaient comme une bouche aussi surprise qu’elle.

Heureusement, une chance ?, la coupure était peu profonde. Mais tout de même assez pour faire goutter le sang, tâcher ses doigts, la laisser là, blême parmi la foule, et le voleur fuyant déjà au loin. Le regard boueux soudain délavé et levé vers Atêsh, comme une incompréhension – ou pire, une fatalité.

Le chat miaula alors, encore. Comme pour se moquer d’elle. Il n’y eut qu’Ofelia pour l’entendre parmi les exclamations de la foule qui n’avait rien remarqué.




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MessageSujet: Re: Saeduni [Décembre 05]   Dim 31 Juil - 16:11

La Scandinave passa, au sein de la Perse, un séjour très culturel où celui qui deviendrait le Shah lui fit découvrir les mille et une beautés de l'Orient. Les échanges, la complicité qui en émanait, permit à la jeune Européenne de gagner là un ami – puissant par son statut mais qu'elle voyait surtout comme un ami finement cultivé, et délicieusement exotique. Elle espère le retrouver, qui sait l'an prochain.

RP terminé


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MessageSujet: Re: Saeduni [Décembre 05]   
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Saeduni [Décembre 05]

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