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 [Décembre 05] Blanc-manger

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Raspoutine

MessageSujet: [Décembre 05] Blanc-manger   Jeu 14 Jan - 18:23
Mademoiselle Ofelia Ay Klaus
Palais Golestan
Téhéran


Au Saint Homme Grigori Efimovitch Raspoutine
Monastère de Verkhotourié
Plaines sibériennes, Russie


Mon Père,

Je viens à vous aujourd’hui dans l’espoir que vous saurez m’apporter les réponses qui me manquent pour mener à bien mon existence sans plus causer le tort autour de moi. Depuis ma plus tendre enfance, une malédiction pèse sur ma vie, apportant la malchance à ceux qui m’entourent comme à moi-même. Je vis dans le désespoir de rendre malheureux ceux que j’aime ou les innocents que je peux croiser.

Chaque nuit, depuis ma plus tendre enfance, je rêve d’un miroir qui saurait défaire ce mauvais sort. Je ne sais s’il est de Dieu, d’une fée, ou d’un sorcier, mais sa concrétisation journalière m’inquiète et m’oblige aujourd’hui à demeurer loin de mon père adoptif, des enfants que j’ai côtoyé au sein de son orphelinat, dans le but de trouver ce miroir. Malheureusement, après de longs mois passés sur les routes, je n’ai pas d’autres indices que les légendes trouvées dans de nombreux ouvrages. C’est une mission difficile que je continuerai toutefois de mener à bien.

Mon père, je suis chrétienne et j’ai la foi depuis de longues années. Je ne l’ai jamais perdue et je ne me suis jamais détournée de Dieu. Si la magie m’interpelle c’est que je pense qu’il y a en elle autant de pureté divine que de malfaisance diabolique selon la main qui la touche et la manière dont on en dispose. Des rumeurs me sont parvenues, de vos visions. S’il y a un saint-homme aujourd’hui pour m’aider dans ma quête, c’est vous, je le crois sincèrement.

Je ne sais si ces mots sauront trouver un murmure dans vos pensées, une explication que vous pourriez me donner par missive. Si cela est impossible, je puis prendre le prochain navire volant à destination de la Russie pour vous rejoindre et apprendre à vos côtés.

Le Seigneur est mon berger. Je vous salue respectueusement et je prie pour vous.

Dévouement et respect.

Ofelia



La lettre, à la calligraphie studieuse et soignée avait été réadressée par Makari à l'hôtel particulier de la Grande-Duchesse Militza de Montenegro, à Saint-Pétersbourg. Le protégé de la duchesse, alangui dans son lit, lisait et relisait la missive avec un intérêt croissant. Il passa une main sur son torse dénudé d'un glabre parfait, jouant avec la croix en or autour de son cou.
Klaus.
Klaus....
Le nom ne lui était pas inconnu. Il ferma les yeux quelques secondes, concentrant son attention sur sa respiration. Le souffle que lui renvoyait le papier en écho. La caresse du vélin, fragile baiser sur ses lèvres entrouvertes.

Il eut un sourire.

Là.

Une note de musique discrète, de piano peut-être.
Un souvenir ancien dansa derrière ses paupières closes.

Voilà. C'était donc cela.

- Ofelia Ay Klaus... susurra-t-il avec douceur.

Le nom de la jeune fille roula sur sa langue et y déploya une saveur insoupçonnée.
En magie, son véritable nom était la clé de toute chose : mot de pouvoir viscéral, écrin de vérité absolue.

- Ofélia... répéta-t-il comme pour se l'approprier, le lui voler même peut-être.

Un rire léger s'échappa de sa gorge. Il se redressa avec souplesse, sa tunique longue déboutonnée lui glissa de l'épaule. Il lui fit sonner le repli d'un roulement gracieux de celle-ci et se dirigea vers le secrétaire à sa disposition dans cette chambre qu'il avait souhaité ascétique. Mais, on sait comme l'ascétisme sied bien peu à une duchesse de haut rang.
Il rédigea cette réponse d'une élégante calligraphie.

Père Grigori Efimovitch Raspoutine,
hôtel particulier Avtomonov
N°46 Rue Sadovaïa


à Mademoiselle Ofelia Ay Klaus
Palais Golestan
Téhéran

Chère Enfant,

J'ai entendu vos prières et Dieu également. Ses mystères ne sont jamais anodins et sa présence est en toute chose comme en chacun d'entre nous. Votre cas ne saurait rester sans réponse : Vous portez la solution en vous comme chacun est doté de l'esprit saint. Vous n'en avez simplement pas conscience pour l'heure et vous avez l'impression que votre chemin est bordé d'obscurité. Laissez-moi être une lanterne salvatrice dans votre nuit. J'aimerais en apprendre d'avantage sur vous et votre histoire afin d'apporter une réponse adéquate qui pourra vous réconforter l'âme. Je vous invite donc à me rejoindre à Saint-Pétersbourg, dans la demeure de mon hôtesse et bienfaitrice, la Grande-duchesse de Montenegro.

Je prie pour vous, ma fille.
Pour votre paix et votre salut.

Faites bon voyage.
Père Raspoutine.


***


Plusieurs semaines plus tard, à la gare de navires volants de Saint-Pétésbourg, un traineau bleu attendait patiemment sur le pavé recouvert d'une épaisse couche de neige. La cité russe était drapée d'un blanc duveteux à peine bousculé par les quelques points de couleurs représentant voyageurs et citadins.
Debout devant l'attelage, il y avait là un homme tout habillé et ganté de noir mais dont la tête nue était un défi au froid hivernal. Sa chevelure corbeau flottait autour de son visage émacié, au gré du vent, dont le cinglant rosissait les joues.

- Ofélia, Ofélia,.... murmura le Sans-Mort comme pour faire fondre la foule tel des flocons.

L’invocation devait pourtant porter...




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MessageSujet: Re: [Décembre 05] Blanc-manger   Jeu 14 Jan - 19:29


Blanc-manger

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La gare de Saint-Pétersbourg grouillait de monde, des fourmis allant de-ci de-là, affairées à leurs valises, à s’invectiver, s’enlacer, se rattraper, au fil des départs et des arrivées. Il régnait dans l’air une chaleur étrange, proprement humaine, un peu humide comme de la pluie tiède, que brisait la bise glaciale rentrant par les vitraux grands ouverts. La vapeur sifflait à chaque quai des navires prêts à prendre leur envol, et les gens semblaient danser à éviter les bousculades. Il y avait des rires, il y avait des cris, des appels aussi dans des langues qui se superposaient mais où le russe semblait gouverner. Un peu d’arabe, de français, là de l’espagnol. Et la cohue la grignotait, elle l’ombre noire au regard à la fois inquiet et attentif.

Son vol accusait presque six heures de retard et quand les passagers en descendirent, passablement mécontents, il y eut un mouvement de foule vers les billetteries pour les remboursements. Mais Ofelia s’en tint écartée, avec une nonchalance frôlant presque la naïveté. En robe noire épaisse pour affronter l’hiver, elle avait rajouté une cape de noire en laine sur ses épaules, des gants de lapins et une chapka noire qui lui tombait parfois sur les yeux. Adorable sorcière attirant des regards curieux sur sa triste-tenue, comme aurait dit Atêsh. Et Ofelia sourit, gardant la main sur la poignée de sa valise, craignant les vols à l’arraché. Ce n’était pas le moment de perdre ses biens.

Malgré les températures négatives, Saint-Pétersbourg demeurait accueillante. Un sapin de noël se dressait à l’entrée de la gare, ainsi que de nombreuses décorations, et l’idée de passer l’hiver sans rejoindre son père à la sainte-veillée lui paraissait de plus en plus insupportable. Elle pensait de plus en plus sérieusement à reprendre un billet volant pour la Scandinavie et priait le ciel pour qu'elle puise rapporter avec elle une bonne nouvelle.

Dans le navire, écartée de tous pour les maladresses qui semblaient se déclencher auprès des passagers trop proches de la demoiselle, l’orpheline s’était occupée à lire et relire la lettre du Saint-Père. Ses mots, gracieux et francs, l’avaient rempli d’un fol espoir. Ofelia était désormais certaine qu’elle trouverait des réponses en compagnie du religieux. Croyant en ses visions et en son salut. Peut-être avait-il rêvé du même miroir qu’elle. Peut-être lui indiquerait-il la route à suivre ou lui apporterait sa lumière sur les événements de sa vie passée. Elle n’avait jamais ressenti aucune curiosité, même placide, à l’égard de ses géniteurs. Se contentant de demeurer aux côtés de son seul père, Nikolas. Car seul l’amour du scandinave lui permettait d’avancer aujourd’hui. Et il n’était jamais trop bon de ressasser le malheur.

Avançant enfin en profitant d’une percée de la foule, Ofelia jeta un coup d’œil sur l’heure de sa montre à gousset, passant près de l’orchestre et de ses trompettes sans prêter trop attention à la musique. Elle semblait chercher une personne, une attitude lui signifiant qu’elle était attendue. Et sortie de la gare, comme un corbeau parmi les tenues raffinées de ces demoiselles de velours et de soie. Plus maigre, plus sombre, les cheveux défaits sur ses épaules, elle accusait le coup de sa jeunesse malgré un regard à peine trop dur et une crispation visible à sa mâchoire.

Simple nervosité.

Elle disposait d’une adresse – celle d’une duchesse, comme si malgré sa malchance la vie souhaitait lui faire côtoyer le grand monde – et s’apprêta à demander son chemin à l’un des officiers en poste à proximité de la gare. Quand relevant la tête, elle remarqua enfin les premiers flocons de neige, comme marquant son retour près des terres du nord. Tendant la main, esquissant un sourire, Ofelia en cueillit un, vague tâche blanche sur son apparence de rouge-gorge. Et étrennant plus fermement sa valise, elle baissa la tête, arrachant à sa la lettre qu'elle tint à sa main, relisant encore et encore les phrases ondulantes qui formaient cette adresse.

Une femme la dépassa, et glissa simplement sur une plaque de verglas, vivement rattrapée par son compagnon qui, l'instant plus tôt, riait bruyamment avec elle. Son cri de surprise fendilla la place et les curieux se tournèrent vers elle.

Seule l'ombre les dépassa, cherchant un attelage. Habituée.







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MessageSujet: Re: [Décembre 05] Blanc-manger   Jeu 14 Jan - 20:59

Grigori n'avait pas attendu bien longtemps. A la vérité, le matin même, il avait eut comme pressentiment qu'il eut tôt fait de transformer en vision : son invitée serait en retard. Cette déclaration avait fait les gorges chaudes de l'archi-duchesse qui se gargarisait de ses dons de devin. Cela ne ferait que gonfler les rumeurs sur sa réputation au prochain diner mondain.
Il n'était donc là que depuis une dizaine de minutes à peine, humant la moiteur des souffles humains vaporisant l'espace, son esprit se gorgeant de cette sève de vie comme le vieil arbre qu'il état. Il perçut l'aura néfaste d'Ofélia avant même de la voir physiquement, petite corneille perdue dans un champ de fleurs de coton, aussi noire que le corbeau qu'il était. Il se mordilla la lèvre inférieure avec une certaine gourmandise, sans vraiment s'en rendre compte.

La jeune fille n'avait pas menti.

Elle trainait avec elle un voile d'épousée d'une genre nouveau et à chaque nœud de dentelle, chaque sequin brodé, une catastrophe magnifiquement chorégraphiée. Il se demanda avec une délectation coupable -il faudrait qu'il se flagelle doublement à la prochaine prière- si cette atmosphère de malheur organisé aurait prise sur sa personne. C'était émoustillant de se frotter à une malédiction, un des plaisirs coupables de cette vie comme des autres.
D'un pas tranquille, sans se hâter, le père Raspoutine vint à la rencontre de la petite Ofélia. Elle était maigrichonne, la mine terne et le vêtement sobre. Elle promenait partout ses yeux globuleux, comme une grenouille nerveuse et inquiète de savoir à quel sauce elle allait être mangée. Elle était si jeune, si peu finie. Elle donnait l'impression d'avoir poussé tordue loin de tout tuteur. Une herbe folle sur un terrain hostile.

Il la trouva parfaite.

Il s’arrêta pile face à la petite corneille, la surplombant de toute sa hauteur et Dieu lui avait accordé d'être grand. Il portait un habit noir traditionnel, brodé au col et aux manches avec une sobriété qui dénotait de l'habit orthodoxe habituel.

- Mon enfant, fit-il avec une voix suave qui d'ordinaire charmait l'oreille de ses interlocuteurs, une voix de printemps, je suis heureux de vous savoir arrivée à bon port. Bienvenue à Saint-Pétersbourg.


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MessageSujet: Re: [Décembre 05] Blanc-manger   Jeu 14 Jan - 21:16


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On s’approchait. Silhouette aussi noire que la sienne l’était, tête nue sous la neige de plus en plus dense de Russie, et il était fort probable que l’attelage aurait des difficultés à remonter les avenues. Là encore, rien de surprenant. Et pourtant, Ofelia fut saisie par l’apparition. Figée sur les dalles de la place comme si ses bottines s’étaient changées en enclume. L’homme, puisque c’en était un, apportait avec lui comme une lumière dont la scène semblait absente. Dans son regard brillait une lueur qu’Ofelia prit pour de la douceur, piquetée d’intérêt. Il avait des beaux yeux, mais il paraissait bien trop jeune, car son imagination trop fertile lui avait dressé le portrait d’un Saint Homme vieillissant en tenue chamarrée. L’habit de l’étranger était sobre, ses pommettes émaciées et ses cheveux noirs de jais. On aurait pu les croire frère et sœur, de loin, de bien loin et de bien flou.

Mais Ofelia n’eut pourtant aucun doute sur son identité. En elle, la malédiction s’ébroua, chat frottant à ses jambes et miaulant de déplaisir à la vue de ce religieux. Elle n’était en rien une diablerie et ne se souciait pas des croyances, se sachant imbattable et ancrée au cœur de la jeune fille. Pourtant, quand l’homme la regarda, quand l’homme lui parla, le chat noir feula et la neige fut à peine plus forte, mordant de son vent glacé les tempes dénudées de sa victime.

« Mon père. C’est bien vous n’est-ce pas ? »
Posant sa valise au sol, Ofelia entreprit de ranger la lettre dans sa poche avant d’esquisser une petite révérence.

« Je vous remercie de m’accueillir et de prêter tant d’attention à ma requête. Je suis honorée de faire votre connaissance. »


Inconsciente de l’avis que Raspoutine se faisait d’elle, l’orpheline esquissa un simple sourire. Avant de baisser la tête, un peu contrite.

« J’espère que vous ne m’avez pas trop attendu… Les retards sont fréquents en ma compagnie. Et je vous présente par avance mes excuses pour les manigances de ma malédiction. Car, malgré votre rang, Saint Père, je crains qu’elle ne vous épargne pas. »


Il avait le charisme d’un chef d’état, tout en tranquillité pieuse et regard fixe. S’essayant à croiser de nouveau son regard, Ofelia échoua à le soutenir. Et se contenta de fixer sa chevelure, se surprenant à penser que Dieu protégeait peut-être ses brebis, mais qu’il n’évitait pas non plus une pneumonie. Fort heureusement, elle disposait de quoi le soigner et peut-être que cela rembourserait la dette qui s’était créée entre eux au moment où Raspoutine lui avait donné son accord pour le rejoindre en Russie.

De manière assez peu féminine, le regard à peine harassé par son voyage mais le menton toujours haut levé, comme défiant chacun de prendre soin de ses affaires à sa place – en ces six mois de voyage, elle avait appris à compter sur ses propres efforts – Ofelia ramassa sa valise. Et attendit patiemment que le croyant l’invite à la suivre.

N’empêche. Quel âge avait ce Saint-Père ? Certainement moins de 30 ans…




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MessageSujet: Re: [Décembre 05] Blanc-manger   Ven 15 Jan - 11:52


-Mon père. C’est bien vous n’est-ce pas ?
-En effet.
-Je vous remercie de m’accueillir et de prêter tant d’attention à ma requête. Je suis honorée de faire votre connaissance.
- L'honneur est partagé. Néanmoins réservez vos remerciements à la Grande-Duchesse de Montenegro : c'est grâce à cette âme pieuse que nous, pèlerins, pouvons nous retrouver sous un toit de si haut prestige. Je ne suis qu'un invité , autant que vous, en sa demeure.
-J’espère que vous ne m’avez pas trop attendu… Les retards sont fréquents en ma compagnie. Et je vous présente par avance mes excuses pour les manigances de ma malédiction. Car, malgré votre rang, Saint Père, je crains qu’elle ne vous épargne pas.


Grigori afficha un fin sourire. Sa chevelure de jais volait, disparate, autour de son visage anguleux. Le froid n'avait pas prise sur lui, il rayonnait intérieurement d'une chaleur qui lui était propre. L'Esprit Saint l'habitait, millénaire et empreint d'un savoir paisible. Il se pencha un peu plus, comme pour mieux sonder l'âme de la jeune fille sous ses yeux. Tapis au fond d'un coeur chaud et douillet, à l'abri de ses battements répétés, il y avait un chat noir, lové et ronronnant. Les yeux verts de l'homme de foi se posèrent sur la chose immatérielle et pourtant bel et bien présente. L'Esprit Saint se manifestait de bien des manières, specifique à chacun.
Le sourire du prêcheur murmura presque "Je te vois".

Respectant l'attitude décidée d'Ofélia, qu'il gouta avec un soupçon de déjà-vue appréciable -Vassilissa avait été elle aussi une femme de caractère-, Raspoutine posa une main sur l'épaule de la petite Corneille. Une poigne ferme mais caressante qui s'invita ensuite dans son dos pour la diriger vers le traineau qui leur était destiné.

- J'aime le chocolat chaud, déclara-t-il sans que rien n'ai pu annoncé une telle sortie de route verbale. C’est vraiment un des grands bienfaits de cette belle époque. Sans la révolution industrielle et la mondialisation entrainée, le "xocoatl" serait resté un mystère maya, bien gardé par nos amis brésiliens. Il se tourna vers Ofélia avec une pointe de malice inhabituelle chez un homme sensé porter la soutane. Aimez-vous le chocolat chaud, Ofélia ?

Il avait usé de son prénom avec une familiarité naturelle, brisant tous les codes des convenances et de l'étiquette. Et une fois encore, il se fit la réflexion que ce prénom avec un suc bien particulier au palais.
Oféliaaaa...
Oui.
Vraiment gouteux.

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MessageSujet: Re: [Décembre 05] Blanc-manger   Ven 15 Jan - 12:32


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Attentive aux informations du religieux, Ofelia avançait à ses côtés, les sourcils froncés et se sentant redevable envers cette duchesse qu'elle ne connaissait pas encore. Il ne lui semblait en rien extravagant que le père Raspoutine ait été invité par cette grande dame et qu'il logeait depuis dans des appartements privés. Mais l'idée qu'elle tolère sa propre présence et prête attention à sa malédiction au point de vouloir lui apporter son aide lui semblait presque déroutant.

« Je remercierai la grande duchesse pour sa bonté et sa charité. »
Souffla-t-elle tout bas, relevant finalement les yeux pour observer l'attelage avant de se raidir instinctivement au geste du religieux. Sa main dans son dos n'était pourtant pas ferme et ses rencontres l'avaient habitué à ne plus faire grand cas des contacts physiques. Mais son contact, presque chaud à travers la robe, la saisissait.

Pourtant elle ne commit pas l'impair de s'écarter et se laissa mener vers le traineau, jetant un oeil nerveux aux grandes roues comme aux chevaux, la neige tombant plus drue encore autour d'eux. La malédiction était parfois commune dans son imagination.

Il lui tardait pourtant d'être au chaud, de se pelotonner contre un feu de cheminée craquant et de sentir entre ses doigts la douceur d'une tasse tiède d'un chocolat. L'idée, rassurante et agréable, dispersa aux quatre vents son malaise et l'impatience revint, tandis qu'en son coeur le Chat Noir semblait ricaner de l'attention que lui portait Raspoutine. Un rire jaune, aux pupilles dilatées.

Mais aucun sorcier ne pouvait se mesurer à une fée, et le miroir ne serait pas si simple à trouver.

Inconsciente de la volonté de son propre sortilège, Ofelia chercha le cocher des yeux. Avant de se figer à la voix veloutée du saint-père qui, défroissant le papier lisse de ses pensées, sembla en cueillir les mots pour leur donner plus de réalité. Surprise à nouveau, Ofelia frissonna d'un pur élan de crainte qui fut vite étouffé dans la braise.

Pourquoi avoir peur du religieux quand son attitude, ses mots, sa volonté lui étaient entièrement dévoués ?

Pourtant, son nom prononcé ainsi, la déstabilisait.

« J'aime le chocolat chaud, oui. Mon père avait l'habitude de m'en faire quand il avait terminé l'une de ses créations. Nous y rajoutions du sucre glace et des bonbons. Mais comment saviez-vous... ? »
Question imbécile, ne le rencontrait-elle pas pour ses visions, justement ? Et même s'il n'y avait là qu'un hasard, un simple signe, n'avait-il pas le droit à un chocolat chaud ?

« Le meilleur chocolat vient de Suisse, à mon sens. Il est plus doux, mais ce n'est qu'une question de goût. J'ai pourtant eu le plaisir de goûter au cacao Brésilien, à peine plus âcre, en compagnie de ses Altesses. Cela change... »
Elle ne se vantait pas, la demoiselle. Parlait même avec une nonchalance emplie de mélancolie. Car le souvenir de Sumainka lui était encore fort et il lui faudrait lui écrire, comme à Atêsh, comme à son père, pour leur raconter la suite de ses aventures.

« Si j'en crois la place dans votre traineau, il est inutile d'attendre un cocher. N'est ce pas mon Père ? »
Et un peu plus souriante, Ofelia ajouta. « Il est surprenant de voir un religieux mener son propre attelage. » Avant de se raidir, grimaçant sous l'outrage qu'elle venait peut-être de prononcer. « Pardonnez moi. Je ne voulais pas me moquer. » Et posant sa valise sur l'attelage, elle entreprit de grimper sans aide, tirant seulement sur sa robe, rejetant sa cape en arrière avant de plonger le nez dans son col de fourrure.

« Si nous rentrons tôt, je pourrais nous servir un chocolat chaud à la recette Klaus, mon Père. Vous me direz ce que vous en pensez. »




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MessageSujet: Re: [Décembre 05] Blanc-manger   Lun 18 Jan - 17:39


- J'ai peut-être rencontré votre père dans une autre vie, qui sait ?

Raspoutine eut un sourire, discret comme une caresse. Ces prunelles émeraude pétillèrent d'une malice qui pimentait son expression onctueuse.

- Le meilleur chocolat vient de Suisse, à mon sens. Il est plus doux, mais ce n'est qu'une question de goût. J'ai pourtant eu le plaisir de goûter au cacao Brésilien, à peine plus âcre, en compagnie de ses Altesses. Cela change...
- Un héritier du fameux "xocoatl", sans aucun doute. Ainsi, vous avez beaucoup voyagé, Ofélia.

Ils arrivèrent au traineau alors que la neige recommençait à tomber. Il lui prit la main avec une exquise galanterie pour la faire monter à bord.

- Si j'en crois la place dans votre traineau, il est inutile d'attendre un cocher. N'est ce pas mon Père? Il est surprenant de voir un religieux mener son propre attelage. Pardonnez moi. Je ne voulais pas me moquer.
- Je ne me sens pas offusqué. Je suis né pauvre et paysan dans la Sibérie profonde. Mes veines ne sont pas irriguées par votre sang bleu mais nourries par la terre.

D'un geste troublant de familiarité, il ajusta la cape de laine sur le cou de la jeune fille afin qu'elle ne subisse pas la morsure du froid. Il n'y avait aucune accusation dans sa voix. Il énonçait de simples faits sans affect particulier.

- Une cours royale n’est pas accessible de tous, aussi exotique soit-elle. J'en déduis que vous avez vous même quelques titres cachés. Est-ce une hypothèse présomptueuse de ma part ?

Il balaya sa joue rosie de froid du bout des doigts pour en chasser un outrecuidant flocon, avant de s’assoir à ses cotés en prenant les rennes. Un claquement de cuir laissa entendre aux deux chevaux qu'il était temps de se mettre en route. L'impulsion les fit reculer dans leur siège et Raspoutine eut le temps de glisser à son oreille :

- Il me tarde d'y gouter...

Il concentra son attention ensuite sur la route, lui offrant son profil régulier et soigneusement sculpté. Il semblait jeune. Pas autant qu'elle, c'est certain. Mais cette jeunesse le faisait se tenir droit, conduire l'attelage avec aisance, cravacher du poignet sans effort apparent. Chaque mouvement fluide, chorégraphié presque, soulignait la vie qui coulait en lui comme un fleuve tranquille. Immuable.


Ils empruntèrent un pont pour se retrouver sur une place aux dimensions imposantes et abondamment peuplée malgré le temps dégradé. Grigori fit mine d'arrêter leur traineau devant une énorme cathédrale, d'où entraient et sortaient plusieurs personnes. La cathédrale Saint-Isaac de Saint-Pétersbourg n'avait que quelques décennies d'existences et pourtant elle était devenue le centre névralgique de l'orthodoxie. Son dôme d'or accrochait le regard de toutes personnes de foi.

- Pardonnez mon audace, Ofélia, mais j'éprouve le besoin de prier en votre compagnie dans ce lieu superbe à la gloire de Dieu,
lança-t-il sur le ton enjoué d'un jouvenceau faisant une proposition indécente à une virginale damoiselle.

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MessageSujet: Re: [Décembre 05] Blanc-manger   Lun 18 Jan - 20:05


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Elle avait beaucoup voyagé, là était la vérité. Pourtant Ofelia ne s’en vanta à aucun moment et rougit de la méprise, corrigeant aussitôt le Saint-Père d’une dénégation farouche. Non elle n’était en rien de sang royal. Juste une orpheline espagnole, trouvée au fond d’une bâtisse de pierres protégée par l’Eglise et gouvernée par les Sœurs. Nikolas Klaus étaient venue l’adopter pour l’emmener avec lui dans son orphelinat en Scandinavie, en compagnie d’autres enfants. Là-bas, on lui avait attribué le sobriquet de Ay – qu’Ofelia ne traduisit pas, inutile. Mais elle préférait le nom de Klaus, même si cela n’avait rien d’officiel. Ses vrais parents étaient certainement de pauvres gens incapables de survenir aux besoins d’une fillette, et de toute façon, elle ne s’en souvenait pas.

Dans son cœur, le chat noir bailla.

« J’ai rencontré Sappa Sumainka et Coya Ameyal au hasard d’une quête concernant le miroir dont je vous ai parlé. Quant au Mirza Bahadur… »
Un sourire pensif naquit sur ses lèvres. « C’est un tapis volant et une mésaventure dans les ruelles d’Erbil qui nous a fait nous croiser. Un peu de chance, dans toute ma vie. Je ne la regrette pas. »

Tournant la tête pour observer le paysage russe, Ofelia ne prit pas réellement conscience de la proximité du saint-père, de sa familiarité à son égard ni du murmure à son oreille. Elle ne voyait que la neige, et de la voir tomber ainsi, virevoltant dans la brise, lui rappelait les mèches échappées au chèche d’Atêsh, quand ils volaient ensemble.

Le traineau se mit en branle, et le rythme soutenu de son avancée commença à la bercer. Perdue dans ses songes contemplatifs, sans oser distraire son cocher qui menait l’attelage d’une main ferme, Ofelia continuait de sourire. Et ce sourire se figea à peine, quand, dans un sursaut, elle se redressa à sa proposition de longues minutes plus tard.

La cathédrale les dominait, lançant des éclats discrets au sommet de son dôme d’or. Interloquée par la demande du religieux, mais point de trop, Ofelia hocha vivement la tête. Et ramena sa valise avec elle, tout en descendant du traineau, manquant de glisser sur une épaisse couche de verglas.

« Sapin ! »
S’exclama-t-elle, serrant les dents, vite retenue par Raspoutine. « Je vous remercie mon Père. Et je vous suis de ce pas. » Elle était éreintée, elle avait faim, mais à aucun instant son esprit ne formula une dénégation ou une remarque à l’idée de cette prière. La beauté de la bâtisse l’enveloppait entièrement et elle franchit le parvis jusqu’à entrer dans le lieu saint, silencieuse et discrète, malgré son imposante valise rouge.

Avançant jusqu’au bénitier, elle posa cette dernière à ses pieds le temps de tremper les mains et se signer. En elle, la malédiction feulait devant tant de dévotion, et une vieille dame passant à proximité manqua de lâcher son cierge, quand une goutte de cire tomba sur sa main, presque à l’en brûler.

Inquiète, Ofelia se rapprocha aussitôt de Raspoutine. Se confectionna un sourire. Et, muette, désigna les rangs du fond, pour y prendre place et s’agenouiller.

Prier l’avait toujours rassuré.




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