Décembre 05. Visite de courtoisie

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Shísān Wǔ
La cadette des douze frères
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Mer 10 Fév - 0:49
La natte de Shísān Wǔ balançait au rythme des pas du cheval. L'hiver était rude à Pékin, mais au sein de la Mongolie il atteignait son paroxysme. L'empereur pouvait sentir la bise lui mordre les joues, tels de fantomatiques mâchoires cherchant à prélever chair et chaleur de son corps. L'homme tâchait de demeurer digne, le profil fier, le dos droit, faisant face à l'hiver comme s'il combattait un ennemi.

Son visage n'était que masque. La bouche ne formait pas un pli. Seuls les sourcils rejoints dessinaient une esquisse d'émotion. De la concentration. Ce n'était pas une auguste nouvelle qui l'avait mené à fouler les terres de la Mongolie, flanquée d'une délégation d'hommes en armes. Mais les échos des grondements d'un peuple annonçant, peut-être, une énième révolte, voire une anarchie que le Khan ne saurait pas contenir. Plus d'une fois la Chine avait dû calmer elle-même les veilletés de ce peuple belliqueux, et Shísān préférait éviter d'ajouter un énième renforcement sur ce pays. Il avait mieux à faire que de jouer les pères devant dompter les crises d'un fils trop turbulent.

D'une main, Shísān resserra la fourrure de renard qui lui entourait le cou. Les steppes se succédaient, parsemées de quelques rizières. Tout n'était que grands espaces à pertes de vue, émaillé de quelques habitations. Mais aucune architecture aussi prolifique et outrageusement recherchée que celle de la Chine. Aux yeux orgueilleux de l'empereur, il lui semblait même qu'il y flottait une certaine odeur de... fumier. La faute probablement aux yaks et chevaux qui proliféraient plus que les humains. Ces derniers n'avaient d'yeux que pour les montures des visiteurs, n'accordant pas une once de regard à cet homme qui se tenait, là haut, tout vêtu d'un jaune clinquant.

Le premier mur avait été franchi, éloignant les steppes. L'empereur pesta en voyant des poules traverser la voie, sans prendre garde, manquant de finir écrasées sous le fer de sa monture. Un incident diplomatique pouvait-il être causé en faisant couler le sang d'un volatile ?

« Des empires se déchirent bien pour le sang d'une pucelle. »

Néanmoins, Shísān Wǔ tira sur les rênes, ralentissant le pas de sa monture. Plus il avançait, plus l'ambiance changeait. L'influence chinoise se faisait peu à peu sentir, via quelques boutiques dont la figure était aussi discrète qu'un paon au sein d'une volière de moineaux. Inconsciemment, l'empereur se détendit, sentant le parfum du pays à travers ces devantures pékinoises.

L'empereur mit pied à terre lorsque le sabot de cheval effleura les dalles entourant le palais. Déroulant ses manches pour les laisser recouvrir ses mains, Shísān Wǔ avança sur les dalles qui formaient un chemin à travers le jardin de fleurs et de sable blanc. Le sourire de diplomatie se forma sur les lèvres à la vue des gardes. Des hybrides-yaks. Des êtres de magie qui n'avaient plus rien d'humain. Des êtres sentant le crottin tels des animaux. L'empereur ne dit mot. Ce n'était nullement à lui de s'adresser à ces gens mais à son conseiller qui, après être descendu de son cheval, annonça l'empereur d'une voix haute perchée.

« L'empereur Shísān Wǔ, Fils du Ciel, souverain de l'Empire du Milieu annonce à Tsurugul Khan, souverain de la Mongolie, son souhait de le rencontrer... » Le conseiller glissa un œil vers sa Majesté qui ne cilla pas. « … expressément. »


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Tsurugul Khan
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Tsurugul Khan
Mer 10 Fév - 22:49


Visite de courtoisie

with Shisan Wu



Les chinois avançaient au palais, et la rumeur se propagea bien plus vite que le vent. Nerveusement, Wu Ming s’humecta les lèvres, hésitant presque à l'idée d'en avertir le Khan. Bien qu’il soit mandchou, son allégeance se portait bien plus au prince-brillant qu’à son empereur. Pendant près de 8 ans, il avait officié dans l’ombre du dirigeant, prenant peu à peu la place de son conseiller principal, malgré son jeune âge et ses origines. Qu’importe les alliances politiques, les mongols n’étaient pas de ceux qui appréciaient les chinois. Imbus d’eux-mêmes, aimant profiter des situations pour assoir leur ascendance sur les terres éprouvées du grand Genghis, ils avaient l’arrogance d’augmenter les taxes commerciales d’années en années, appauvrissant le peuple et laissant les tensions persiffler jusqu’au palais d’Hohhot. C’étaient certainement ces dernières qui avaient poussé l’empereur Shísān à marcher sur la capitale, marquant son territoire comme les sabots de ses chevaux sur la terre meuble des steppes glacées. L’hiver avait recouvert les chemins d’une neige épaisse qui n’avait pourtant pas su arrêter la délégation. Dans moins d’une journée, elle frapperait aux portes du palais et le Khan devrait affronter la suzeraineté de son protecteur.

Ce n’était pas une bonne nouvelle. Car l’humidité de l’hiver tiraillait les jambes de Tsurugul. Ce qui n’arrangeait en rien son humeur. Pourtant, quand Wu Ming trouva le courage de venir l’avertir, il fut presque effaré du calme et de la dignité dont le dirigeant sût faire preuve en réaction. La cause à l'influence de ses dernières rencontres, notamment avec la jeune impératrice scandinave dont l’alliance se profilait, sans que l’échange ne s’ébruite. D’une simple rencontre politique, un échange était né, des plus intéressants. Et Tsurugul ne comptait pas plier genou devant l’empereur, qu’importe les efforts de son père et de son grand-père avant lui pour protéger cette alliance.

Il était temps que la Chine cède et diminue ses taxes. Ou des solutions seraient prises contre l’Empire. Et il y avait quelque chose de doucereux à imaginer l’armée du Khan avancer sur les terres de Shísān. Une armée en hommage au grand Genghis et à l’empire qu’il avait lui-même su créer autrefois. Une manière comme une autre aussi de prouver sa valeur en tant que guerrier. Car l’aveugle avait encore quelques cordes à son arc.

Et il comptait bien le prouver à son Altesse.

~

La neige fraiche laissait les jardins blancs et étincelants, comme incrustés de pierres précieuses. Le silence régnait, profond et rassurant comme celui qui régnait au sein de la pagode et du temple. Ce silence n’était entrecoupé que des soupirs profonds des chevaux et de la voix du conseiller chinois, nasillarde. Ils étaient au seuil du palais d’Hohhot, au sein de la seconde muraille et Wu Ming, incliné, leur jetait à tous des coups d’œil nerveux. Shísān Wǔ, toujours sur son cheval, les contemplait, eux les mongols, avec un regard trahissant son assurance. Les gardes entouraient le Khan, sortit pour l’occasion, drapé dans une tunique d’un rouge profond qui se refermait sur son col. Il était sans armes, bien évidemment, et il venait de s’incliner, pour saluer le suzerain. Mais une fois la présentation faite, ce fut à son tour de lever la main, indiquant à Wu Ming qu’il était temps de parler.

Ce dernier se permit une rapide prière à Bouddha. Et lança, d’une voix claire, s’exprimant en Mongol.

« Tsurugul Khan, le Tsogtou-taïdjii, est honoré mais surpris de recevoir l’Empereur. L’hiver est rude mais le Khan est rassuré de savoir que l’Empereur a su arriver aux portes du palais sans encombre. »
Et avec empressement, il traduisit ses paroles en mandarin.

Il y avait là un défi sous-jacent, qui ne pouvait en rien être pris pour un signe de défi ou un manque de respect flagrant. Le Khan faisait seulement préciser la place de chacun en ces terres. Un pari tout de même risqué. Mais le Khan avança d’un pas, et sans sourire, prit à son tour la parole.

« Empereur, vous êtes invité à demeurer au palais, le temps que durera votre visite de courtoisie. »




Tsurugul Khan
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Shísān Wǔ
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Sam 13 Fév - 21:58
Cérémonials et politesses d'usage. Le Khan comme l'Empereur y étaient habitués, rodés à cet exercice depuis leur prime jeunesse. Sous le vernis de la bienséance se dissimulait, tant bien que mal, les tensions qui continuaient de palpiter, tels des veines au sang corrompu. Shísān Wǔ n'en était pas dupe. Aucun d'eux n'aurait voulu se trouver là. L'Empereur aurait, de loin, préféré demeurer sur ses terres et le Khan aurait sûrement voulu voir le représentant de la Chine loin des siennes. Shísān Wǔ s'inclina, saluant le Khan, comme ce dernier venait de le faire quelques instants auparavant.

« Khan, votre bienséance m'honore. Si nous allions discuter loin des oreilles de nos hommes respectifs ? Vous ne laisserez pas un invité avec la gorge asséchée. Le voyage fut fort long, étant donné que nous n'ayons pas pu venir par les voies que nous offre le monde moderne. Mes hommes demeureront en retrait, en gage de ma sincérité. »

Même si aucune arme n'avait été levée, aucun fer dénudé, les hommes de l'Empereur ôtèrent la main de leurs pommeaux et de leurs ceintures. Comme preuve qu'ils ne voulaient nullement croiser le fer et que cette visite était tout ce qu'il y avait de plus diplomatique.

L'Empereur amorça quelques pas auprès de Khan, s'arrêtant juste à la limite conventionnelle qu'on devait laisser entre deux dirigeants. Les Occidentaux pouvaient se targuer de poignées de mains, ou d'accolades viriles, l'Empereur préférait le froid salut.

« Je pense que nous avons, tous deux, de longues discussions à mener qui risque de beaucoup nous occuper le temps de mon séjour. J'ai eu vent que votre peuple se montrait plutôt récalcitrant ces derniers temps. J'ose espérer que ce sont là que rumeurs, et que je ne craindrais rien à mener quelques visites à proximité de votre palais, ou plus profondément dans vos terres. »

Shísān posa sa main droite sur son poing gauche fermé, ses manches recouvrant entièrement ses mains. On n'arrivait plus à distinguer la séparation entre les manches, comme si elles ne formaient plus qu'une seule. Sans le vouloir l'Empereur venait d'adopter la posture dans laquelle les Occidentaux se représentaient les Chinois. Shísān se pencha en avant. Le sourire sur les lèvres était acide comme du citron.

« Rassurez-moi, il n'y a rien de tel en sein de votre beau pays. »


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Tsurugul Khan
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Tsurugul Khan
Dim 14 Fév - 23:22


Visite de courtoisie

with Shisan Wu



Shisan Wu n’avait pas besoin de gardes pour se sentir protégé en ces terres. Les anciennes alliances manchoues lui avaient permis de conquérir ce pays sans lever un seul doigt et cette influence perdurait, dans les commerces qui pullulaient aux abords du palais, comme de la décoration elle-même. Ses propres yaks lui étaient fidèles mais tous hésiteraient sans doute à lever son arme sur l’empereur chinois, qu’importe les ordres du grand Khan. Cette vérité, Tsurugul l’avait affronté au moment où les gardes chinois étaient venus reprendre la prétendante qui s’était avérée être une criminelle, celle qui avait tout gâché. Les chinois demeureraient implacables à ce sujet. Mais il n’était pas de bon ton qu’un chef Mongol, cavalier et guerrier dans l’âme, se brise l’échine à ramper au sol pour contenter un seul homme, dirigeant ou pas.

« Votre action vous honore, empereur Wu. Vos gardes sont bien évidemment invités à rejoindre les protecteurs du temple et du palais. Bien que les tensions actuelles avec les Oïrats tendent à se faire plus discrètes. » Ce qui ne présageait jamais rien de bon, surtout avec Altan. Mais malgré cet aveu de faiblesse, Tsurugul eut un sourire confiant, et invita le dirigeant à le suivre au sein du palais.

Une collation avait déjà été organisée au sein de l’une des pièces de réception. Loin de le mener à la salle du trône, là où il avait déjà rencontré Asbjorn, c’est à la pièce bleue qu’il conduisit son suzerain, dans un souci de double équité. Une table y était dressée, avec du thé brûlant et du lait de jument fermenté. Les serviteurs avaient fait brûler de l’encens de jasmin et l’odeur, rafraîchissante, semblait apaiser l’hiver aux pièces renfermées.

C’est quand ils furent installés, Tsurugul s’asseyant avec difficulté, faute d’une canne sur laquelle s’appuyer, qu’il s’appliqua enfin à lui répondre, le visage lisse de toute émotion.

« Il me semble, empereur Wu, que vous n’attendez pas de moi un mensonge, encore moins une traîtrise. Les rumeurs qui vous ont conduit à me rendre visite aujourd’hui se basent sur la colère montante de mon peuple. Et en tant que Khan, je me dois de l’écouter. Si je pensais vous écrire, pour discuter au sein de votre palais, je suis néanmoins surpris, et enchanté, que vous ayez pris cette initiative. »


Un serviteur se rapprocha. Guettant le regard de l’empereur pour lui servir une tasse de thé noir et un godet de lait, avant d’en faire de même avec le Khan. Cette faiblesse protocolaire valu une petite crispation de Tsurugul mais il ne s’en formalisa pas, pas devant l’empereur, et laissa le serviteur reculer, avant de saisir la tasse et continuer dans ses explications.

« Nulle attaque ne saurait être menée envers l’empire de Chine. Mais il vous faut savoir que les Oïrats pillent et ravagent des villages plus au nord. Si nous nous refusons à demander l’aide de vos guerriers pour les abattre, nous subissons le contrecoup de ces batailles. Nos familles s’appauvrissent et les taxes chinoises ne font rien pour les apaiser. » Tsurugul lapa une gorgée de son breuvage. Puis reposa sa tasse, doucement, avant de fixer l’empereur de ses yeux vides. Il ne pouvait deviner la moindre expression de son visage mais le ton acide de ses propos lui indiquait clairement que leur joute verbale serait ardue.

Et les mongoles n’étaient pas connus pour être très versatiles.

« J’aimerais profiter de votre présence pour négocier une diminution de ces taxes. »





Tsurugul Khan
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Shísān Wǔ
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Mer 17 Fév - 21:47
L'empereur ne fit aucun geste pour aider le Khan, avançant en suivant le rythme imposé, ne s'agenouillant que lorsque le Khan en fit de même. Le jasmin vint lui flatter les narines, apportant une touche de douceur à laquelle il ne fut pas insensible. Il lui arrivait de brûler de ce même encens lors de longues soirées passer à compulser des ouvrages et autres papiers. Mais lorsque Tsurugul s'adressa à lui, son attention se reporta immédiatement sur son interlocuteur. Tel un lévrier, il ne bougea plus d'un iota, flairant la proie. Il y eut simplement un temps où Shísān glissa un regard vers le domestique, le fixant d'un œil dur. Faisant sentir combien il avait été déplacé de servir l'hôte avant l'invité.

Néanmoins cela n'empêcha pas Shísān de se saisir de la tasse de thé noir, la faisant tourner entre ses mains avant de la porter à ses lèvres. Un thé aussi amer que les paroles que lui adressait le Khan. L'empereur Wû abaissa la tasse, laissant flotter un fin sourire, aussi fragile et ténu qu'un trait d'encre sur du papier.

« Mes prédécesseurs ont toujours tenu à cœur la situation de la Mongolie. Nous savons, tous deux, qu'il ne faut que quelques étincelles pour embraser entièrement ces terres. Les faits se sont déjà produits à maintes reprises par le passé. Le passé doit nous apprendre à ne pas répéter ces mêmes erreurs. Je me suis donc déplacé pour éteindre ces débuts de flamme avant la propagation totale de l'incendie. »

Ce qui pouvait sous-entendre que l'empereur ne faisait nullement confiance au Khan pour s'occuper lui-même des conflits internes pouvant agiter ses propres terres. Comme s'il le traitait en souverain fantoche n'ayant de Khan que le titre, pantin à la solde du géant chinois.

La tasse émit un léger tintement lorsque l'empereur la reposa.

« Votre franchise m'honore, Khan. Mais dois-je comprendre que vous suspectez que l'empire de Chine craint les attaques des Oïrats ? Il faut bien plus que quelques tribus de cavaliers pour nous effrayer. Si vous acceptiez de vous ouvrir au progrès, et à la science, vous sauriez les endiguer avec bien plus de facilité. L'épée ne peut que succomber face à la puissance d'une balle de fusil. »

Ses doigts se posèrent sur le godet de lait, hésitant à le porter à ses lèvres. Il n'avait jamais su apprécier la saveur du lait fermenté. Qui plus est cela avait la fâcheuse tendance de lui causer des remontées. L'empereur préféra retirer sa main, et redresser le dos.

« Vous ne cessez de vous plaindre de ces taxes tel un enfant se plaignant de devoir suivre ses cours, comme si cela était une punition. Pourquoi devrais-je les diminuer ? Vous pourriez simplement demander l'aide de nos troupes pour dompter ces Oïrats qui viennent piller vos terres. À quoi cela sert d'être votre protecteur si vous, bénéficiaire de cette protection, vous n'allez pas quérir notre aide quand vous en ressentez le besoin ? Pensez-vous que je refuserais de vous prêter main-forte ? »

Shísān reprit la tasse de thé, l'agitant doucement entre ses doigts. Le thé clapota contre les rebords de la tasse.

« On pourrait croire que vous ne me faites pas confiance... »


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Tsurugul Khan
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Tsurugul Khan
Sam 20 Fév - 11:07


Visite de courtoisie

with Shisan Wu



La partie aurait pu être bien plus simple – mais quel était le mérite de la facilité ? Si la colère était là, bourdonnant au sein de son âme comme les premiers éclairs lointain dans la nuit noire, Tsurugul s’empêcha de répliquer, écoutant patiemment le répondant de l’empereur de Chine, constatant ses détestables mais adroites façons d’effleurer chaque sujet sensible pour en pincer la corde avant de se retirer. Il percevait clairement chaque sous-entendu distillé dans chaque phrasé complexe, avenant et pourtant menaçant de Shisan Wu. Et baissa la tête, son regard aveugle posé sur le visage de son vis-à-vis, comme scrutant la moindre émotion délaissée par son masque de porcelaine.

Il était délicat comme un vase Ming, décoré comme une fleur, sentait bon les effluves de femme et pourtant il n’était pas à sous-estimer. Même si Tsurugul mourrait d’envie de le saisir à la gorge et de le faire plier, comme une branche sèche cassant entre ses doigts.

Mais son arrogance le perdrait. Et sa colère le noierait. Aussi le Khan chercha-t-il le nœud coinçant sa respiration, et se surprit-t-il à sourire, d’un air presque dégagé.

« Peur ? » Reposant la tasse pour mieux poser ses mains sur chacun de ses genoux. Et appuyer, doucement. « Je ne pense pas que vous ressentiez la peur, Empereur Wu. » C’était bien là une insulte, enchaînée aux traditions des cavaliers Mongoles. Son armée ressentait la peur. Son armée la buvait chaque matin, en partant au combat. Et la surmontait comme l’homme monte son cheval ou dresse sa femme à coup de reins. La peur, chez eux, n’était qu’énergie fiable, et cela depuis l’enfance.

« La balle de fusil n’est rien quand l’adversaire prend le temps de recharger. L’épée s’entretient et plus on la caresse, plus on la file, mieux elle siffle dans l’air sans marquer de pause entre la viande et l’os. La science n’est que sorcellerie sans âme. La passion des inventeurs d’occident ne se forme que dans l’orgueil d’accomplir un dessein plus important que les dieux. Mon ancêtre a su conquérir des terres, avec un arc, et quelques flèches. D’aucun saurait médire sur la fiabilité de nos armées et beaucoup paierait cher pour compter dans ses soldats des hommes Mongoles. C’est notre passé qui nous pousse aujourd’hui à tendre la main vers ceux qui se retournent contre leur sang. Les Oïrats ne me haïssent pas, Empereur. Ils vous haïssent vous. Et je ne veux en aucun cas leur donner raison en faisant appel à vos troupes. »

Et ainsi apposer la marque chinoise dans son règne ? Tsurugul s’y refusait.

« Quand le Yak peine à mener l’attelage, ce n’est pas l’animal que l’on abat mais la route qu’on aplanit pour lui. Voilà donc l’échange que je vous propose, il me parait honnête. Vos aïeuls ont su construire une grande muraille pour se protéger de l’envahisseur. Tous, mandchous, se sont rassemblés pour protéger un pays. Il est temps que la Mongolie apprenne cette leçon et cesse ces querelles qui n’ont de raison d’exister que dans la pauvreté du peuple qui se morfond dans la guerre. Il n’y en aura plus. Le serpent cessera bien vite de se mordre la queue. »

Pour se tourner, crocs en avant, vers son véritable ennemi.




Tsurugul Khan
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Shísān Wǔ
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Dim 21 Fév - 20:30
L'échange était comparable à celles de deux chats se jaugeant, et tentant par leurs mines et l'exposition de leurs griffes, de plier l'autre à sa merci. Le Khan n'avait point l'orgueil de l'empereur de Chine. Néanmoins, sous ses airs de dirigeant humble et apaisé, se lovait la fierté du Mongol. La fierté du patriote attaché à ses racines, à sa culture. Mongolie et Chine n'avaient jamais su marcher, main dans la main. Aujourd'hui encore ce miracle ne se produirait pas.

« … Une sorcellerie sans âme. »

La métaphore n'avait pas été choisie à la légère, l'empereur s'en doutait. Shísān sirota son thé, reposant la tasse. Vide.

« Quelle odieuse formule. Votre mépris de la science est injustifiée. Ce n'est nullement une doctrine purement occidentale. Les Peaux-Pâles n'ont fait que reprendre et copier ce que les peuples du continent asiatique, dont mes propres gens, ont créé. L'Occident n'aurait jamais su s'élever à un tel degré de civilisation sans les fondements que la Chine a élaboré des siècles avant même que l'idée ne traverse leur esprit étroit. »

Shísān tendit sa main, dépliant les doigts. Le geste faisait songer à une fleur de lotus ouvrant ses pétales.

« La science... est l'avenir. »

Les doigts se replièrent, ne laissant qu'un index tendu. Invitant le Khan à l'écouter.

« Rappelez-vous que la Chine a côtoyé les empires désormais déchus. L'empire romain, la Germanie... Tous ne sont plus que des fragments du passé, et leurs enfants de pâles reflets fragmentés, bien loin de la puissance de leur antique ancêtre. La Chine, elle, est demeurée. Fidèle à ses principes, fidèle à son essence. Et cela, grâce à la science. »

La main de l'empereur retourna sous sa manche, tandis qu'il joignait les mains.

« Sorcellerie et science sont deux maîtresses opposées. Mais, je n'ai rien à vous apprendre, sur les sibylles et autres manipulatrices de sorts. À trop vous en approcher d'une, vous en avez payé le prix. Celui du déclin de votre lignée. »

Un temps. Une corde se tendit, sur le point de rompre.

« Admettons que j'abaisse les taxes, disons, de 5 %... Que me vaudra ce geste de piété ? Hormis vos remerciements, cela s'entend. »


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Tsurugul Khan
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Tsurugul Khan
Dim 21 Fév - 21:15


Visite de courtoisie

with Shisan Wu



Il eut soudain mal à ses articulations. Une douleur aussi brûlante que cruelle qui l’obligea à plisser les yeux, tout en demeurant immobile. En silence, il avait laissé Shisan le rabaisser, et rabaisser ainsi la magie de son peuple, se plaçant comme au sommet d’une évolution de science et de modernité quand tout ce qu’il n’était ressemblait bien plus à une poupée de porcelaine soigneusement protégée derrières les murs de son palais qu’à un guerrier sanguinaire prêt à décapiter les têtes des criminels comme l’empereur du Japon lui-même le faisait. Son développement était tel, aux yeux du chinois, qu’il se permettait de supplanter les occidentaux d’un revers de main, croyant certainement être capable d’affronter leurs armadas sans faillir sous prétexte qu’il était à l’origine de leurs principales avancées.

C’était le cas. La Chine avait beaucoup apporté aux Pâles, comme il les nommait. Et c’étaient bien ces avancées qui allaient causer sa ruine. Car au-delà de leurs frontières, le monde grandissait, de navires volants en armes dévastatrices. La technologie avait su se montrer assez effroyable dans sa conception pour obliger une élite à se retrancher au sein d’une Cité Volante de l’autre côté de la terre. Shisan croyait savoir mais son arrogance, là encore, lui coûtait beaucoup.

Et voilà que maintenant, il parlait de Misheel.

« Ce n’est pas ma promiscuité avec la magie qui m’a valu la malédiction que subit aujourd’hui ma lignée, Empereur Wu. C’est son rejet. » Car sans ses vœux brisés, Misheel serait à ses côtés. Epouse fière et aimante, aussi caractérielle que son ancêtre mais pleine de bonnes idées, portant leur fils, le troisième, le quatrième peut-être. Tandis que les Oïrats, apaisés par cette union, seraient déjà au service d’un pays plus tranquille capable de tenir tête à l’influence Mandchous. « Et cette malédiction vous permet aujourd’hui de négocier l’abaissement des taxes. En sommes, c’est bon pour vous. »

Tsurugul eut un sourire sans joie. Il n’allait pas ramper aux pieds de l’Empereur pour négocier. Mais rien ne l’empêchait de mentir sur le long terme.

Car sa décision était prise. Plus jamais un mongol n’aurait à subir l’orgueil écrasant des chinois. Asbjorn Sigmar lui avait montré la voie des alliances. Et plus au nord, une autre Impératrice curieuse et implacable alliait déjà la technologie à la magie, devenant l’une des puissances les plus respectables de ce monde. Et tout cela intriguait le Khan.

Non.

Cela l’affamait.

« La réduction de 5% me semble honnête. » Non. « Pour cela, je ne peux que vous présenter mes hommes, non pas les hybrides mais les plus valeureux soldats mongols à ma disposition. Trois têtes. » En sommes, trois garnisons, comportant chacune plus de 500 hommes. C’était énorme. « Et les montures, armes, qui leurs seront utiles pour protéger votre pays. »

Il n’était pas certain du succès de cette décision politique auprès de son peuple. Mais les hommes, valeureux, partiraient bien vite en Chine pour permettre aux femmes, enfants, et ceux restés au pays, de payer moins et de manger plus.

Le sacrifice faisait la valeur d’une âme.




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Shísān Wǔ
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Jeu 25 Fév - 22:46
L'empereur aurait pu user de ce même fiel dont il avait copieusement arrosé le Khan. Il aurait pu souffler qu'il n'avait nullement besoin de Mongols pour protéger son pays, que ses propres forces lui convenaient. Mais agir ainsi aurait été absurde. Le Khan s'était plié, il ne devait nullement lui donner de quoi se redresser. L'empereur inclina simplement la tête, lentement, le temps d'un battement de cœur.

« Je serais ravi de repartir avec ces hommes. Je pourrais ainsi les voir à l’œuvre si jamais les Oïrats s'en prenaient à ma personne sur la route du retour. Qui ne tardera pas, soyez-en rassuré. Je conviens que votre accueil fut fort bien mené, respectant les us et coutumes que vous dédiez à vos hôtes. Mais nous savons fort bien, tous deux, qu'il nous serait impossible plus d'une nuit, sous le même toit, sans que l'un de nous tente d'étouffer l'autre dans son sommeil. »

Shisan eut un haussement d'épaules.

« Ou ma répugnance de la magie finirait par prendre le dessus sur mes manières civilisées et un de vos infortunés sujets en pâtirait. Néanmoins, j'aimerais mener une visite hors des murs de votre palais. Pour admirer vos soldats si bien organisés, leur dextérité avec votre armement... archaïque. Est-il vrai qu'un Mongol sait monter sur un cheval avant même de marcher ? Ou sont-ce là des fabulations ? »

Conserve tes amis près de toi, et tes ennemis encore plus près disait l'adage. Auquel Shisan ajoutait volontiers : observe ton ennemi pour mieux déceler ses failles. Les paroles pouvaient énoncer ce qu'elles souhaitaient, les actes primaient. Suivant le pas du Khan, ses tâtonnements de créature aveugle, l'empereur se retrouva hors du palais, au sein de la lice où la soldatesque menait ses exercices quotidiens.

La poussière volait sous les sabots des chevaux. Homme et animal ne semblaient plus faire qu'un, tel un antique centaure. Le cheval répondait à la plus légère inflexion de son maître, s'accordant à ses gestes. Juchés sur leurs destriers, les Mongols s'étaient lancés le défi de tirer à l'arc, et d'atteindre au mieux les cibles disposés à quelques pieds de là. Un exercice qui demandait, non seulement, de la dextérité, mais une profonde entente avec son destrier. Mais il était clair, même aux yeux du profane, qu'un lien puissant liait chaque cavalier à sa monture – des liens presque fraternels, teintés d'un profond respect.

« Ils ne sont pas... mauvais. » concéda l'empereur du bout des lèvres.

Affirmer le contraire l'aurait discrédité, et personne n'aurait été dupe de son mensonge. Cela aurait valu à affirmer que l'Autriche-Hongrie n'y connaissait rien en art. Un mensonge sans fondement, trop gros pour être pris au sérieux.

« Cela m'étonne presque que vos cavaliers ne soient pas des hybrides-chevaux. Vu l'affection que votre peuple porte à la magie. »


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Tsurugul Khan
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Tsurugul Khan
Mer 2 Mar - 20:32


Visite de courtoisie

with Shisan Wu



Tsurugul avait bien évidemment accepté de montrer les garnisons de son armée mongole, cela sans l’ombre d’une hésitation. Il n’était en rien naïf ou simplement crédule pour penser que Shisan désirait seulement passer ses troupes en revue. Mais il n’avait rien à cacher à l’empereur. Ses soldats étaient connus pour leurs mérites au combat. Du temps du grand Genghis, ils avaient même su conquérir la Perse, terrain difficile et protégé des Djinns. De nombreuses liaisons amicales subsistaient encore envers les fées d’Ailleurs, toutes vénérées, toutes respectées. Des relations que l’empereur chinois ne pouvait comprendre, aveuglé lui-même par son dégoût de la magie, qu’importe ses raisons.

Dans le noir de son handicap, Tsurugul entendit les longues vocalises gutturales de ses archers. Une manière d’accompagner, à la voix, le trait de leurs flèches. Cette habitude était venue avec son règne, car incapable de voir ses hommes, le Khan leur avait commandé de s’exprimer en sa présence. Et ces voix, comme des chants de guerriers, exclamations brutales et impératrices, le comblaient de fierté. Ils étaient tous là, dignes, présents, forts, remarquables. Aussi la voix ténue de Shisan ne put troubler sa confiance.

Ils n’étaient pas seulement « pas mauvais ». Ses troupes étaient les meilleures. Peut-être même supérieures à celles étrangères.

D’un signe de la main, le prince brillant fit signe à son conseiller de se ré-avancer. Et donna ses ordres, sans cris inutiles. Le conseiller tressaillit, puis opina du chef, avant de se diriger vers les généraux occupés à observer les entrainements. Ils étaient dix, mais aux mots du conseiller, trois se détachèrent, jetant à peine un regard neutre sur l’empereur de chine et la délégation qui l’avait suivi au camp militaire.

« L’homme ne se suffit pas à lui-même. Même dans l’hybridation, la confiance et le partage doivent régner en maitre. C’est cette relation entre le soldat et son cheval qui en font des guerriers si fiables. L’hybridation nous permet de nous dresser au-delà des compétences d’un homme normalement constitué. Mais nous n’avons aucunement besoin de la magie, puisque nous avons nos chevaux. »

Le Khan eut un sourire froid.

« Et les rumeurs sont vraies. Un mongol n’apprend à marcher que pour pouvoir sceller sa monture avec plus de facilité. »

Avant de se tourner vers l’empereur.

« Vous semblez pressé de partir, et je ne chercherai en rien à vous retenir. Votre visite, et notre accord, m’emplissent d’une saine satisfaction. Vos nouvelles garnisons seront prêtes dans trois heures. En attendant, je vous invite à vous délasser ou à prier au sein du temple, au nom de Bouddha, et pour la pérennité de votre Dynastie, Empereur Wu. »

Une manière polie mais ferme d’abandonner là leurs échanges. Car Shisan ne s’était pas trompé. Il ne lui faudrait que peu de temps pour céder à l’envie meurtrière qu’il ressentait à l’égard de cette présence suffisante et inamicale.




Tsurugul Khan
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Shísān Wǔ
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Sam 5 Mar - 18:47
Les yeux de l'aveugle ne trahissaient aucune émotion, mais la voix avait la froideur de la lame vous glissant le long du cou, hésitante à vous présenter son tranchant. C'était tout un jeu qui se menait entre les deux dirigeants. Qui craquerait le premier, qui oserait faire un pas, un seul, au risque de déclencher les pleines hostilités ? Chacun évoluait sur un fil ténu, funambules suspendus au-dessus d'un précipice. L'empereur eut le bon goût de reculer et de s'incliner. Se considérant perdant pour cette fois-ci. Mais un duel perdu ne signifiait pas une guerre terminée. Loin de là.

« J'irais prier au temple. Vous devriez en faire de même pour votre propre descendance. Oh, à propos, il nous faudra consigner les termes exacts de l'échange que nous venons de mener. Les paroles s'envolent, seuls les écrits restent. Et vous savez combien j'aime conserver une trace du passé. Je ne donne aucune confiance à la mémoire humaine. Elle est si habile pour tronquer la vérité, voire pour la modifier. »

Les paroles de l'empereur venaient de tirer une nouvelle corde, de jouer avec la patience du Khan.

Les deux dirigeants se séparèrent, chacun allant de son côté, l'empereur de Chine guidé par un domestique du Khan. Aussi bien pour le mener jusqu'au temple que pour, probablement, veiller à ce que l'hôte ne commette aucun impair. Le conseiller de l'empereur se permit d'adresser quelques mots à ce dernier, parlant d'une voix basse, sifflante.

« Votre Majesté, si je puis me permettre... Le Khan semble vouloir vous cacher quelque chose... »
« Sa répugnance à mon égard ? » L'empereur parlait d'un ton égal, en chinois, certain que le domestique n'y comprendrait goutte. « En ce cas, il la dissimule mal. »
« Je veux dire, sauf votre respect... Le Khan semble... Il a concédé, trop facilement, à mon goût à votre demande. »

Le conseiller était clairvoyant. Mais il était homme à trop se méfier, une méfiance telle que l'empereur ne l'écoutait plus qu'à demi-mots. Pétri de suffisance, Shisan ne percevait pas l'alarme. Il s'en mordrait les doigts.

« Conseiller, vous voyez des complots partout. Le Khan a simplement su ce qui était le mieux pour son peuple. Attendez moi hors du temple. »

Le conseiller s'inclina, de même que la délégation qui demeura à quelques pas des portes du temple de Bouddha.

L'encens imprégnait l'atmosphère tamisée du temple. En y entrant, Shisan aurait presque oublié qu'il se trouvait en Mongolie. S'agenouillant devant la réplique de Bouddha, l'homme s'inclina pour la saluer, joignit les mains pour prier. Tenta de faire le vide dans son esprit. Un coulis d'air glacé, sur la nuque, lui arracha un frisson. Lui rappela un souvenir qu'il tentait d'oublier.

Sous ses paupières se dessina une porte qu'il fit coulisser. Des ailes de corbeaux le frappèrent au visage, des griffes d'oiseaux lui arrachèrent la peau. « Tuez-le ! » hurlait une voix de femme, hystérique, dont les aigus vibraient comme des cordes de cithares. Portant ses doigts à son visage, Shisan les retirait, empoissés de sang. Sous ses yeux horrifiés sa peau se mit à brûler, dévastée par un incendie dévastateur.

Lorsqu'il rouvrit les yeux, le regard de Shisan aperçut, en contre-plongée, celui d'un des domestiques du Khan. D'un geste il tenta de repousser l'individu, se rendit compte que son mouvement était lent, comme s'il sortait d'un profond sommeil. Poussant sur ses bras, l'empereur se remit sur son assise, les lèvres retroussées. Écœuré de montrer tel visage à un étranger.

L'empereur de Chine ne flanchait jamais.

« Que me veux-tu ? Est-ce ton maître qui t'envoie ? »

Il aurait voulu ajouter si l'homme lui avait fait quoi que ce soit, mais une douleur fantôme le poussa à poser sa main sur son visage. Ses doigts se crispèrent sur la brûlure, cette plaie demeurée à vif malgré les années passées. La preuve que, fut un temps, il était faible.


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Tsurugul Khan
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Tsurugul Khan
Mer 9 Mar - 20:17


Visite de courtoisie

with Shisan Wu



Mené par l’un de ses gens, l’empereur Wu quitta la scène, sous des paroles mielleuses et pourtant piquantes comme du chardon, un dernier acte de bravoure que Tsurugul lui concéda. Ses yeux morts fixés sur sa silhouette, il ne prit pas la peine de claquer de la langue pour mieux le repérer, mais s’adressa à son plus fidèle conseiller, murmurant à peine.

« De quoi a-t-il l’air ?
- D’un homme qui remarque que son cheval n’a pas été correctement scellé. »

Le sourire de Tsurugul fleurit sur ses lèvres, avec la rapidité d’une étoile filante. Et aussi vite que sa satisfaction venait de naitre, celle-ci disparut dans le néant. Pour qu’il puisse retrouver son sérieux et se concentrer au mieux sur la demande du chinois, le cœur battant à tout rompre. Il venait de négocier une trêve avec les Oïrats grâce à cette diminution des taxes. Mais rien n’était encore joué. Car là allait se mener un combat auquel il n’avait que peu l’habitude :

Celui des mots, des appliqués.

Tsurugul n’était pas un écervelé mais il était de loin un intellectuel adepte des mesquineries et des manipulations. Il ne connaissait en l’écriture que les formes dures et honnêtes qui retraçaient un récit sans métaphores, tout en sobriété. Ce n’était donc pas à lui de rédiger cet acte de paix, faute de se faire tromper par l’Empereur une fois les corrections apportées. Les sourcils froncés d’une légère contrariété, il enfonça ses mains dans ses manches à la méthode Mandchoues, avant d’ordonner.

« Vous avez entendu sa demande. Que l’on me rédige un acte, en bonne et due forme. Que le papier insiste sur la fidélité des guerriers qui seront bientôt à son pouvoir. Et sur la nécessité que cette fidélité perdure tant que l’union sera établie entre nos deux pays. Tournez les choses de manière à ce que cela soit les chinois qui aient l’ascendant sur cette union. »


Le conseiller s’inclina. Et sans traîner aux côtés du Khan, s'effaça à son tour au sein du palais, pour rédiger au mieux l’acte passé. Tsurugul huma l’air, respirant avec délice la fraîcheur du temps ainsi que les effluves, plus chaudes et vivantes, des chevaux à proximité.

Puis dignement, il gagna sa chambre. Pour quelques minutes de paix.




Il était derrière Wu Ming quand le ton sec et nerveux de Shisan éclata dans le temple, dans un brusque mouvement de repli. Étonné par sa réaction, Tsurugul se retint de peu de jouer de son écholocalisation pour comprendre en quoi ils venaient de le déranger. Mais laissa son conseiller et bras droit prendre les devants, en s’excusant tout d’abord platement auprès du chinois.

« Votre Altesse Impériale, je vous présente mes regrets quant à ma venue, inconvenante. Mes plus humbles respects. » Chuchota Ming tout en s’inclinant au plus bas. Dans une attitude de servitude que le Khan lui pardonna.

Il tenait entre ses mains le pacte récemment rédigé. Et se tourna vers son maitre, qui sortit enfin des ombres du temple, à pas lents. Comme appelé par le geste de Ming. Comme si, de fait, il le voyait. Il y avait une tension nouvelle en l’air, qui ne semblait pas de son fait. Et intrigué, Tsurugul tendit l’oreille pour remarquer une potentielle nouvelle respiration. Celle d’un membre de la délégation ou de l’une de ses propres servantes qui aurait pu troubler l’empereur à ce point.

Mais il n’y avait rien. Rien qu’eux trois.

« Le pacte a été rédigé. En mandarin. Nous attendons votre possible correction. »
lança-t-il enfin d’une voix claire, ferme et pourtant aimable. Sans toutefois se montrer fragile ou détendu. Wu Ming tendit le rouleau à l’empereur, avec une plume et de l’encre noire. Avant de reculer de quelques pas, pour lui laisser le temps de la lecture.

Y était inscrit ce qui suit.

« En ce jour de Décembre, Dixième année du règne de Tsurugul Khan, est convenu ce qui suit avec sa Grâce Impériale, Shísān Wǔ, dirigeant des terres et des peuples mandchous :

Respectant le traité d’alliance que l’Empereur accorde au peuple Mongole dans toute sa bienfaisance, les taxes commerciales actuelles seront abaissées de 5% en échange d’un ravitaillement en hommes, armes et chevaux qu’ils pourront apporter, aux troupes de l’Empereur Wǔ. Suivront la délégation de départ trois garnisons au complet, toutes formées et aptes à répondre aux ordres de leur dirigeant.

Sous acceptation de l’autorité Mandchoue, de son Empereur et en coopération avec le Khan de Mongolie, le Tsogtou-taïdjii. »


Les cachets du Khan étaient déjà apposés en bas du parchemin. Ne manquait plus que la validation de Shisan pour que tout cela soit décrété et officiel. Tsurugul ne se permit ni marque d’impatience, ni soupir, ni nervosité. Demeurant fidèle à lui-même, droit malgré la présence de sa canne et les moulures tordues de son corps sous ses vêtements.

« Il me semblait que l’importance des écrits se fasse aussi dans la confiance qu’on leur porte. Et il me paraissait ainsi logique de signer ce traité sous les yeux de Boudha, notre guide et notre maître. »

Sa voix, douce, résonnait de manière charmante dans ce lieu déserté.




Tsurugul Khan
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Shísān Wǔ
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Jeu 17 Mar - 21:05
L'empereur s'ébroua, lissant les pans de sa tunique après avoir repris correctement son assise. Il devait regagner sa dignité déjà plus qu'entachée. L'empereur de Chine perdant contenance au sein d'un temple bouddhique mongol – quel déshonneur ! Shisan se raccrocha au traité le lisant scrupuleusement, calmant, par une respiration lente, le tremblement de ses doigts. Son esprit chassa les plumes de corbeaux qui continuaient à obscurcir son champ de vision.

La réplique du Khan fit mouche. Au sein d'un temple aucun d'eux ne pouvait se permettre de hausser le ton, ou d'user de termes violents. Ils se trouvaient en terrain neutre mais, surtout, sacré. Shisan posa le traité sur ses genoux, lissant le papier du revers de la main. Ses doigts saisirent la plume, la trempèrent dans l'encre pour inscrire son nom, aux côtés de celui du Khan.

« Bouddha sera témoin de notre échange. Puisse sa clairvoyance nous toucher. »

Plus rien ne retenait l'empereur en ces terres.

Mains enfoncés dans ses manches, il sortit du temple en compagnie du Khan, non sans avoir adressé une dernière prière à Bouddha. Même si le temple était érigé en terre étrangère, il se devait d'honorer les lieux.

Comme l'avait promis le Khan, les troupes attendaient auprès de la délégation chinoise. Du moins, plus précisément, face à elle, telle une armée prête à être passée en revue. Ce que l'empereur de Chine ne manqua pas de faire, cherchant une faille, un défaut qu'il aurait pu relever, simplement pour le plaisir de critiquer la troupe mongole. Mais il n'y avait aucun grain de sable au sein du rouage. La cavalerie mongole était à la hauteur de sa réputation : dépourvue de failles.

Ce ne fut qu'en montant sur son cheval que Shisan salua le Khan, inclinant la tête.

« Votre accueil fut des plus agréables, Khan. Vos troupes seront traités avec tous les égards portés aux invités de marque. »

Ils seraient traités tels des oiseaux dans des cages dorées, et envoyés au combat sans aucun état d'âme car tels étaient leur fonction.

Spoiler:
 


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Tsurugul Khan
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Tsurugul Khan
Sam 19 Mar - 16:21


Visite de courtoisie

with Shisan Wu



Shisan venait de marquer son premier bon point à l’égard de Tsurugul qui n’en baissa pas moins les armes pour autant. Si son respect de Boudha était appréciable et les liait par un faible point commun, le Khan n’en demeurait pas moins méfiant quant à la signature. Car l’empereur venait de lire et de signer sans chercher à discuter. Troublé par la surprise ou appréciant simplement les termes du marché, il ne pouvait pourtant pas être stupidement confiant, aussi Tsurugul demeura-t-il sur ses gardes, les lèvres à peine pincées d’une réflexion qui ne parvenait pas à aboutir. Il n’arrivait pas à voir la faille et aurait bien vite la surprise de constater que l’empereur était délié de tous scrupules concernant son pays. Mais il lui faudrait des moins pour témoigner de ce tempérament de serpent aussi s’inclina-t-il à peine, quand l’empereur se releva, laissant son conseiller reprendre le parchemin, disparaissant dans les ombres du temple.

Ce fut dans un silence presque contemplatif qu’il le raccompagna aux portes, quand le temps fut donné. Il lui tardait de savoir les mandchous loin des frontières du pays mais espéra, en secret, qu’une attaque oïrats surviennent pour le débarrasser une bonne fois pour toute de ce qui se rapprochait bien plus d’un ennemi que d’un allié. Il se sentait la gorge prise et ses douleurs le relancèrent comme des piqures de frelons au moment où Shisan grimpa sur son cheval et se tourna vers lui pour un dernier sarcasme.

Il se doutait bien que le chinois n’allait pas les traiter avec autant de précieuseté que leur statut le leur permettait – après tout, ils n’étaient que des soldats. Et comptait sur l’endurance de ses hommes pour prouver aux mandchous toute la valeur des mongoles. Seulement, Shisan n’avait que faire de ce respect et par ses manières un peu trop dociles, il le mordit une dernière fois avant de le recracher, en position de force, ainsi dressé sur son canasson quand le Khan se trouvait à terre.

Pourtant, ce fut dignement que Tsurugul le toisa.

« Au plaisir de vous revoir pour que vous puissiez constater la grandeur des Mongoles et leur reconnaissance vis-à-vis de cet abaissement des taxes. Long règne à l’Empereur. »

Un garde lança un cri et la délégation se mit aussitôt en branle. Au bas de la route, cerné par ses yaks soufflant doucement dans son dos, Tsurugul ne bougea pas la tête pour faire mine de les suivre du regard, malgré l’écho des sabots qui lui rendait une image bien précise de ce départ qui le soulageait. La main tremblante sur sa canne, le sang bouillonnant d’une étrange colère, il ne voyait de fait que le portrait de Misheel. La douce et intriguante Misheel. Le regard qu’elle lui avait lancé au moment de la trahison par cette chinoise qui était bien la base de tous ses maux.

Un autre s’en allait aujourd’hui avec un pacte qui durerait sans doute un temps résolument court. Mais il était désormais temps de prendre une autre route que celle pavée d’or qui supportait le poids de l’ego de ce maudit empereur de Chine.

Et quand le rire de Misheel explosa en tête, en même temps que la douleur de ses articulations, Tsurugul se promit de faire tomber la tête de Shisan Wu. Non pas par justice pour son pays ou par conquête d’un autre territoire.

Mais pas pure et délectable vengeance.

Fin

Spoiler:
 




Tsurugul Khan
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