Le club des maudits - Octobre 05

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Tenkô Gou
Le tengu
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Jeu 11 Fév - 9:50
Les notes de flûte s’élevaient dans la ville mongole. Une mélodie traditionnelle japonaise offerte par l’étranger à ce peuple qu’il visitait depuis un mois déjà. Ces hommes et ces femmes possédaient possiblement ce qu’il recherchait. Leurs connaissances dans le domaine magique et en particulier de l’hybridation intéressaient le corbeau maudit. Ainsi s’était-il mêlé à la foule, voyageant dans cette contrée inconnue pour y découvrir des informations précieuses sur l’art dangereux de l’hybridation. Malheureusement, jusqu’à présent, sa collecte se trouvait vaine. Tout le ramenait au Khan. C’était autour de lui que se tenait les hybrides. Il, ou son entourage, possédait donc les réponses. Cela n’arrangeait pas Tenkô car un simple étranger perdu comme lui ne pouvait se présenter face à un empereur. Ou roi. Ou même khan.

Il ne pouvait se résoudre à se transformer pour attirer l’attention sur lui davantage. Qui savait quelle réaction recevrait-il des autres ? La peur qu’il provoquait, il la connaissait que trop bien. Et il ne cherchait pas à se faire chasser du pays.

La mélodie continuait. Quelques pièces finissaient devant lui. Il aurait de quoi manger ce soir. Bonne nouvelle… qui se transforma rapidement en mauvaise. Deux gardes à la musculature incomparables se dressèrent devant lui. Ils baragouinèrent quelques mots en mongol qui échappaient en grande partie au japonais. Son voyage lui avait permis d’apprendre quelques bribes du langage qui lui suffirent à comprendre l’ordre. Il devait les suivre. Mais cela relevait de l’évidence. Ramassant ses pièces et rangeant sa flûte dans sa besace, Tenkô suivit donc les deux costauds activement et sans un bruit.

Pour sa plus grande surprise, ils ne semblaient pas le mener dans des geôles comme son esprit pessimiste l’avait imaginé mais dans un lieu bien plus… grandiose. Une vague d’espoir le traversa. Allait-il rencontrer les seigneurs de ces lieux ? Son cœur se mit à battre plus fort. L’impatience palpitait en lui. Jusqu’à ce qu’il se retrouve face à un homme au visage inconnu mais qu’il devinait comme important. Monsieur Muscle numéro un lui donna un léger coup et le japonais se courba respectueusement sans attendre davantage comme le voulait sa coutume.

« Bonjour. »

Dit-il dans un mongol à l’accent nippon. Parce qu’il savait au moins dire cela. Ainsi que « merci » et « au revoir » et d’autres bricoles utiles mais sans grande importance. Autant dire que la conversation s’essoufflerait rapidement. Si conversation il y avait...
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Tsurugul Khan
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Tsurugul Khan
Jeu 11 Fév - 18:23


Le club des maudits

with Tenkô



La douleur lui vrillait les hanches jusqu’à la base de sa nuque, le laissant parfois tordu et haletant, parfois irascible, mais jamais en larmes. L’automne avait débuté avec les grandes pluies qui, malgré leurs vertus sur les rizières et les pâturages, l’avaient écharpé dans la moindre de ses articulations défaillantes. Se traînant dans son palais, c’est à grands cris de rage qu’il avait répudié Wu Ming quand son conseiller était venu lui tendre sa canne avant d’aller la ramasser, péniblement. Cela, plus les malades de son gynécée et les gémissements parfois craintifs de ses concubines quand il venait les honorer, tout cela oui lui perçait le crâne à l’empêcher de se reposer.

Tsurugul ne dormait plus – ou en tout cas mal. Et n’arrivait pas à méditer. Ses prières, normalement exécutées en tailleur sur un tapis fin ou une natte en bambous, obligeaient son corps à prendre diverses positions pour mieux calmer sa souffrance. D’abord à genoux, puis allongé sur le ventre comme s’il rampait au sol, il avait honoré, supplié Bouddha. Avant de se détourner brièvement de lui pour maudire Misheel et son sortilège. Cela faisait presque dix ans maintenant que la malédiction avait été lancée sur son âme et sur les âmes de sa lignée. Dix ans et son mal était de pire en pire.

Aussi, quand l’écho d’une flûte vint au-delà de la muraille jusqu’à ses oreilles épuisées, Tsurugul sentit les bienfaits d’un calme presque féminin se poser sur son front. Mais ce n’était que quelques bribes, apportées par le vent.

Il lui fallut donc avoir le flûtiste.

Mandatant ses gardes pour aller cueillir le musicien, Tsurugul prit la direction du temple et ordonna qu’on lui amène le joueur. Quand Tenkô, poussé par les hybrides yak, franchit le seuil et murmura son bonjour, le Khan avait presque retrouvé son visage de marbre. Seule une vague tension pinçait les commissures de ses lèvres. Lui donnant un air presque arrogant.

« Tsurugul Khan, protecteur et gardien des Mongoles, prince brillant, te demande un salue digne de ce nom, étranger. » Ordonna un garde, dans un espagnol fortement influencé par les accents de sa langue natale. De quoi se faire comprendre mais dans le « bonjour » de l’inconnu, le dirigeant avait pu surprendre quelques informations.

Il n’était pas de haute lignée. Il n’était pas non plus chinois. Et aux tintements des pièces rapidement ramassées qui se percutaient à chaque poussée des gardes, il était vraisemblablement vagabond.

« Ton nom. » Ordonna-t-il alors, en espagnol là encore. Ecoutant attentivement sa réponse, Tsurugul quitta sa position à genoux pour se diriger vers les encens, faisant claquer sa canne. Tranquillement, il en ralluma un. Souffla sur l’allumette qu’il venait de craquer. Et écholocalisa l’inconnu, d'un claquement de langue.

Les silhouettes blanchâtres parurent encore. Coriaces et ternes pour ses gardes. Plus vive et frêle pour l'inconnu.

« Que fait un mendiant musicien en Mongolie ? Ce n’est pas ici que tu mangeras à satiété. La Chine est bien plus riche. La Russie peut-être moins accueillante mais toute aussi disposée à saluer le jeu correct d’un joueur de flûte. Mais tu t’es éloigné de ton pays pour mes terres. Et ça, c’est surprenant. Raconte-moi ton histoire. »






Tsurugul Khan
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Tenkô Gou
Le tengu
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Jeu 11 Fév - 20:12
Les paroles espagnoles résonnaient dans la pièce. Tenkô en aurait été soulagé si le choc n’était pas si grand. Face à lui, se tenait le vrai prince des Mongoles. Celui qui détenait les réponses. Sa bouche demeura bée pendant quelques longues secondes. La beauté des lieux montrait la richesse mais le flûtiste qu’il était n’aurait pu concevoir d’être face à Khan.

Et pourtant, il y était.
Droit comme un i, les mains moites et la gorge sèche.

« Tenkô Gou. » se contenta-t-il de répondre à l’ordre.

Le japonais se sentait proche du but et en même temps si loin. Pourquoi recevrait-il de l’aide ? N’était-il pas ici juste pour sa musique ? Il n’avait pas enlevé d’enfants en cette contrée. Son expérience en Chine lui laissait des visions douloureuses qui le gardait plus calme face à ces élans paternels.

Conservant un semblant de calme, il écoutait les questionnements d’une justesse indéniable du prince. C’était si étrange. Cet homme de haute importance s’intéressait à l’être infime qu’il était. Il portait son regard aveugle sur lui. Tenkô se demandait en retour ce qu’ils avaient bien pu subir. Sa canne, ses yeux… Certains de ses mouvements trainaient. Signe de souffrance. Qu’avait-il donc vécu ?

Relevant son regard vers le visage du prince par politesse, le japonais entreprit de répondre à ses interrogations dans un espagnol marqué par son accent.

« Je suis japonais. Je ne cherche pas à manger à satiété, et encore moins la richesse. Je cherche à découvrir le monde… et en particulier à mieux comprendre la magie qui nous entoure. J’ai appris que l’hybridation était assez répandue en votre contrée, c’est ce qui m’a attiré ici. »

Son ton était calme et lent. Il articulait bien, choisissant ses mots avec soin pour ne pas manquer de respect au seigneur face à lui. Une hésitation le traversa. Devait-il parler de son état particulier ? Cela serait certainement le moyen le plus aisé pour obtenir les réponses qu’il cherchait. Tenkô n’aimait pas pour autant s’ouvrir ainsi, si vite face à cet inconnu. Aussi puissant soit-il.

Il le fallait pourtant.
Il prit donc une légère inspiration avant de reprendre.

« J’ai subi une malédiction. Celle-ci semble se rapprocher de l’hybridation sans l’atteindre réellement. Je me disais que peut-être vos connaissances en le domaine me permettraient de rompre le mal qui m’a été imposé. »

Son regard se perdait sur le visage typé de son interlocuteur. Pouvait-il l’aider ? Il était son espoir le plus grand pour l’instant. Sinon, il lui faudrait errer en des contrés plus lointaines encore…

Il enchaina après une légère pause en prenant une voix emplie de respect, autant qu’il en était capable.

« Puis-je demander ce qui me vaut l’honneur d’être invité à me tenir face à vous… ? »

Parce que sa curiosité à lui aussi demandait satisfaction.
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Tsurugul Khan
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Tsurugul Khan
Ven 12 Fév - 15:36


Le club des maudits

with Tenkô



Si ce vagabond souhaitait mieux comprendre la magie, il était effectivement arrivé à bon port. La Mongolie, traditionnelle dans ses coutumes et ses croyances, honorait la magie et ses magiciens avec humilité et ferveur. Ici, une sorcière pouvait vivre des offrandes qu’on lui posait au pas de sa porte sans avoir à cultiver quoique ce soit, sans avoir à dépenser une seule pièce d’argent. Mais le plus intéressant avec ce musicien vint au moment de son aveu. Placé devant les encens, lui offrant son profil en plus de son oreille la plus attentive, Tsurugul demeura coi le temps que ce Tenkô finisse de lui expliquer les raisons de sa venue, les sourcils à peine froncés.

L’hybridation imparfaite du joueur de flûte ressemblait à s’y méprendre à la sienne, au vu de la description - un mal dont il souffrait et qu’il souhaitait voir disparaître. Si la sienne ne devait son échec qu’à la malédiction de Misheel et non pas à celui de la fée qui l’avait aidé, Tsurugul était quelque peu fâché d’entendre de telles paroles dans la bouche d’un étranger, japonais de surcroît. Il respectait bien évidemment l’empire nippon pour son culte divin des hybrides et la sagesse de son empereur, mais il était aussi contrarié de constater la vue d'un déserteur au sein de son pays. Qu’avait-il donc à cacher ?

« Au Japon, l’Empereur même est un hybride. Il est donc étonnant que tu cherches des réponses en Mongolie. A moins qu’au Japon tu sois plus fugueur que noble. »

A pas lents, le Khan rejoignit l’étranger, s’arrêtant à un pas de lui pour mieux claquer sa langue. A cette distance, l’écholocalisation était plus forte et dans sa lumière, il put discerner les traits importants de son visage. Il était jeune, à la voix comme à l’attitude. Déboussolé, craintif même.

« L’hybridation ne saurait être vaincue au sein de nos terres. Je doute que tu trouveras une aide pour effacer la malédiction qui semble t’accabler. Mais tu obtiendras des réponses si tu souhaites la maîtriser. »
Sa main frotta l’arrondit de sa canne. Immobile, protégé par la présence des gardes yak qui n’avaient pas bougé, Tsurugul semblait pensif.

« Je t’ai fait venir car j’ai entendu les bribes de ta musique et je veux t’entendre jouer. Au sein de ce temple, la tranquillité et la rigueur sont normalement de rigueur. Mais Bouddha même appréciait l’art et les sons. C’est un grand honneur pour toi que de jouer pour le Khan mais comme tout musicien, tu seras récompensé. Joue pour moi, et je répondrai à tes questions concernant l’hybridation. Quelles qu’elles soient. »






Tsurugul Khan
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Tenkô Gou
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Sam 13 Fév - 11:45
Les sourcils du japonais se froncèrent légèrement. Il tentait de garder son calme mais les attaques directes du prince ne rendaient pas la tâche aisée. Des réponses acerbes lui venaient en tête mais il les réprimait. Que croyait donc cet homme ? Que n’importe quel citoyen du Japon pouvait rencontrer l’Empereur ? Les choses n’étaient pas si simples pour ceux qui vivaient dans une richesse moindre. Il ne pouvait pourtant nier ses propos. Fugueur. Ce terme lui correspondait bien. Ses pensées dérivèrent vers sa bien-aimée le temps d’une seconde. Une image fugace de son visage à la beauté transcendante. Son cœur s’assombrit ensuite. Jamais plus il ne la verrait. Ses traits se fermèrent sur son visage, tout comme les bribes d’amour qui lui échappaient parfois. Plus jamais il ne s’était laissé emporter par cette émotion si puissante, autant dans la joie que la souffrance.

Tenkô écoutait donc, comprenant bien que toutes ses réponses ne se trouvaient pas ici. Mais il se contenterait de ce que l’on pouvait lui fournir. Cela serait déjà un grand pas. En revanche, les claquements de langue du Khan le déstabilisait. Que faisait-il donc ? Était-ce un tic ? Probablement. Il n’en eut pas l’occasion de pousser davantage son raisonnement. Il était pour lui l’heure d’exercer son art.

« Je vous remercie prince. Je tiens juste à vous signaler que je ne suis pas réellement un hybride. Je m’en rapproche… mais je n’en suis pas un. »

Car cette nuance importait grandement. Cela pouvait devenir sa porte de sortie. Il n’insista cependant pas et reprit calmement.

« Je vais vous jouer des airs de mon pays, des musiques qui se jouaient dans les temples. »

Fouillant sa besace, l’instrumentiste en sortit sa flûte. La pressant à ses lèvres après avoir positionné ses doigts, son souffle se transforma en une mélodie apaisante. Avant de disparaitre, d’être maudit, le jeune Tenkô travaillait dans les jardins d’un temple. Comme son père avant lui. Et le père de son père. Une tradition familiale qu’il brisait. Tant de traditions qu’il avait brisé et briserait encore.

Les notes s’éveillèrent soudainement. Le rythme s’accélérait légèrement. Il avait changé de morceau. Il racontait maintenant les aventures de divinités nippones, de yokai et autres légendes transcrites en musique. Il partageait ainsi sa culture avec son spectateur curieux. C’était un plaisir pour lui aussi que de pratiquer cet art traditionnel. Les paupières abaissées, il se sentait transporté chez lui, dans de beaux jardins minutieusement décorés, proche de son village paisible, non loin de sa belle au regard envoutant…
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Tsurugul Khan
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Tsurugul Khan
Dim 14 Fév - 23:25


Le club des maudits

with Tenkô



Tsurugul leva la main. Et fit signe à l’un des gardes de s’approcher, pour murmurer l’ordre de faire servir le thé. Toujours attentif à l’inconnu, il ne répondit pas à l’affront – ou ce qu’il jugeait comme tel – car un hybride ne l’était jamais à moitié. Aveu étonnant de la part d’un nippon, puisque ce peuple ne faisait pas de différence entre un métis et un véritable japonais. Mais le point de cette malédiction devait lui poser au point de refuser d’affronter sa véritable nature. Tsurugul tendit sa canne à un autre de ses gardes. Et d’un geste, invita le vagabond à prendre place au sol, adoptant sa même position. Le Khan entendit les claquements d’un objet que l’on ouvrait, le frottement des mains du mendiant sur sa flûte, tout du moins se l’imaginait-il ainsi. Et ferma les yeux, pour mieux écouter la mélodie.

La Mongolie ayant toujours été sous influence chinoise, la musique du vagabond ne lui fut pas si étrangère qu’il l’avait pensé jusqu’alors. Les notes asiatiques le transportèrent aux jardins zen nippons, aux temples shintoïstes de cette île perdue à l’Est, et aux abords du palais de l’Empereur. Il y avait, dans le doigté du musicien, une part mystique qui aida à apaiser son esprit tourmenté par la douleur. Si cette dernière ne disparut pas entièrement, au moins fut-elle bercée par les notes aiguës de l’instrument, comme un serpent charmé par les mouvements arrondis de quelques dresseurs.

Le rythme fut plus rapide au fil des histoires racontées par l’hybride, pourtant Tsurugul ne s’en troubla pas, et sa quiétude demeura intacte tant que le garçon joua. Le temps s’étira, les minutes passèrent, les gardes revinrent avec la collation et c’est à l’odeur de l’infusion au thé noir que Tsurugul redressa la tête, sans que ses paupières ne se soient fermées – quand on était aveugle, on perdait vite ce réflexe.

D’un signe, il arrêta la musique. Et tapa brièvement dans ses mains, en deux applaudissements de contentement.

« Je sais désormais pourquoi vos poches tintent de pièces. Les Mongoles sont des cavaliers et des combattants, mais ils apprécient les hommages et la douceur de la musique. Ils ont trouvé que votre art méritait bien un paiement, qu’importe leur pauvreté. Et comme mon peuple, je saurais vous remercier. »


Un serviteur posa le plateau entre eux, et avec sa discrétion habituelle, servit les tasses, posant celle du Khan devant lui, pour éviter tout contact physique, réitérant le même geste envers son étrange invité. Son action accomplie, il disparut dans les retranchements du temple, attendant que l’on ait encore besoin de lui.

« Racontez-moi les circonstances de votre hybridation. Je tiens à savoir pourquoi vous rejetez ce qui fait désormais partie de vous. Et vous tâcherez de m’expliquer pourquoi vous souhaitez la faire disparaître. Comme une tâche de vin marquant un doigt ne saurait être effacée, trouveriez-vous la force de vous trancher la main pour vous contenter ? »





Tsurugul Khan
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Tenkô Gou
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Mar 16 Fév - 19:33
Tenkô se courba respectueusement – comme il le pouvait en restant assis – en recevant les compliments du prince. Ça le touchait sincèrement que de savoir son talent reconnu ainsi, même en d’autres terres. Il remarqua à peine le serviteur venu apporter le thé lorsqu’il redressait son torse, reprenant sa position précédente. En tailleur, le dos bien droit. Il n’osa cependant attraper la tasse tant que le maitre des lieux ne se saisissait pas de la sienne. Les parfums fleuris du liquide brûlant venaient chatouiller son nez pour le tenter davantage encore.

« Si c’était aussi aisé, j’aurais coupé mon doigt depuis bien longtemps mon prince. »

Une simple tâche de vin. Comment comparer cela avec la monstruosité qui sommeillait en lui ? Puis ce n’était pas tellement son aspect de corbeau qui le dérangeait. Sa stérilité lui causait bien plus de maux, autant consciemment qu’inconsciemment. Il en souffrait douloureusement. Jamais il ne connaitrait la joie de vivre avec une épouse qui l’aime et voir leur progéniture grandir. Il y avait presque gouté. Il avait effleuré du bout des doigts cette possibilité, caressé cette offre alléchante avant qu’elle ne se soit réduit à néant.

« Une sorcière m’a piégé. Elle m’a fait boire un verre de saké empoisonné pour me maudire. A ses yeux, je possédais la cruauté et la fourberie du corbeau. C’est l’animal qu’elle m’a imposé. »

Un léger silence s’installa. Tenkô pesait ses mots. Il humecta brièvement ses lèvres. Sa main resserra son étreinte sur l’instrument, nerveuse. Il ne souhaitait pas raconter les détails de son histoire. Expliquer pourquoi il avait été ainsi piégé. De son point de vue, l’oiseau n’avait rien fait de mal de toute façon. Sa seule erreur avait été de tomber amoureux de la mauvaise femme, de la fille d’une sorcière. Si seulement il réalisait que cette femme ne l’avait pas aimé en retour, qu’il avait forcé sa séduction sur elle… Mais il était trop aveugle pour voir cela. Ses souvenirs embaumés dans le désir et le plaisir l’empêchaient d’appréhender cette réalité.

Prenant une inspiration, le nippon avoua la suite de ses maux :

« Elle m’a aussi rendu stérile. »

Il leva son regard vers le Khan, observant sa réaction une seconde, lui laissant le temps d’intégrer son aveu.

« Vous comprenez que c’est la partie de la malédiction que j’aimerais briser le plus. Prendre la forme monstrueuse d’un homme-corbeau n’est qu’un inconvénient que je peux accepter. Comme la tâche de vin dont vous parliez. Mais ma fertilité décimée… Je ne peux accepter cela si facilement. »

Son ton demeurait étonnamment calme malgré les paroles lourdes de sens qu’il prononçait. Ça lui tordait l’estomac rien que de penser au sang coulant sur les jambes de sa belle mais son explication ne tremblait que pour une oreille sensible. Un léger résonnement rauque au fond de sa gorge exprimait sa colère et sa douleur. Rien de plus.
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Tsurugul Khan
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Tsurugul Khan
Sam 20 Fév - 11:10


Le club des maudits

with Tenkô



Etait-ce le fait d’être une femme ou d’être sorcière qui rendait ces dernières si cruelles, si avides de vengeance et d’humiliation. A fixer l’ombre dansante du musicien, vaguement éclairé par les ondes dégagées par l’entrechoquement de la tasse dans sa soucoupe, Tsurugul prit conscience de leurs ressemblances, qui n’étaient sans doute pas dû au hasard. Avait-il été poussé sur le chemin du palais parce quelques esprits farceurs ou par Misheel en personne, la moqueuse diablesse qui perdurait dans ses souvenirs, aussi vivace qu’avant son suicide ? Tsurugul esquissa un sourire sans joie, et tout en continuant d’agir avec dignité et parcimonie, l’encouragea à continuer.

Mais il y avait bien plus que son hybridation. La stérilité, la fin d’une lignée trouva un écho douloureux dans sa poitrine transformée. Le regard aveugle du Khan se plissa de désapprobation. Et s’il avait été enclin, l’instant auparavant, à pardonner à la sorcière ou à justifier son acte par le mérite de se relever après les épreuves, l’homme en lui cria, fiévreusement révolté de cette condamnation.

« Je comprends votre peine et votre envie d’en finir avec ce sortilège qui éprouve votre vie et celle de vos descendants. Je ne sais ce que vous avez fait pour fâcher la sorcière qui est à l’origine de votre malédiction, mais nulle ne devrait s’attaquer à la virilité d’un homme. »

Guettant le rire habituel de Misheel, Tsurugul fut surprit de n’entendre que le bourdonnement colérique de ses propres pensées. Reposant alors sa tasse, il inspira profondément, et croisa les mains, en signe de repos.

« Votre hybridation est celle d’un corbeau. Mais en quoi cela affecte-t-il votre lignée ? Vous ne pouvez plus vous accoupler ? Les femmes se refusent à vous ? » N’eut-il été Khan que cela aurait été de même pour lui. Les familles nobles se battaient pour marier leur fille au dirigeant de la Mongolie. Mais il sentait bien leur frisson d’horreur quand elles devaient l’étreindre.

Cela avait le don de le rendre fou de colère. Et elles en payaient le prix. Ils en payaient tous le prix ici.

« Il vous faudra trouver une fée. Pas une sorcière. Seule une fée saura exaucer votre souhait, mais elle demandera son prix. Et ce prix peut vous coûter bien autre chose. Votre musique. Votre liberté. Votre âme. »

C’était une acceptation vis-à-vis du vagabond. Qu’importe son rang, il lui importait de l’aider. Car si cela réussissait, cela serait une possible solution pour lui. Bien que Misheel, fée et non sorcière, serait une adversaire de taille pour celle qui oserait affronter le souvenir de son ancienne fiancée.

Malheureusement pour elles, Khan était un cavalier entêté.




Tsurugul Khan
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Tenkô Gou
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Dim 21 Fév - 13:40
Quelque chose se produisait. Tenkô le sentait. Le prince aussi, à coup sûr. Ils se comprenaient. Sans dévoiler toute l’étendue de leurs pensées, sans partager les détails les plus intimes, un lien se créait entre eux. Les remarques et questions pertinentes du mongole sonnaient juste chez le japonais. Ce n’était pas un intérêt déplacé, une moquerie silencieuse ou une tentative d’expédier ce dérangement au plus vite. Tsurugul Khan s’investissait sincèrement dans le problème du musicien et cherchait à l’aider. Cette main tendue était inattendue mais appréciée.

Conservant sa position respectueuse, buvant le thé avec parcimonie, l’invité n’hésita pas cette fois à répondre au prince. La politesse ne disparut pas pour autant mais celle-ci se montrait plus naturelle. Il désirait être respectueux envers cet homme.

« Si une femme venait à m’apprécier, à s’intéresser à moi, ou même à vendre son corps, elle ne serait pas dégoutée, pas plus que pour un autre homme. Je peux conserver un corps humain, comme à cet instant devant vous. Je serais cependant dans l’incapacité de passer à l’acte. »

Dans un murmure, il ajouta :

« C’est aussi frustrant qu’humiliant. »

Il avait essayé. Il s’était laissé séduire deux ou trois fois, en vain. Le désir grimpant s’effondrait soudainement et le laissait impuissant face aux belles femmes qui l’envoutaient tant les secondes précédentes. Ces mauvaises expériences avaient suffi à lui faire comprendre et il évitait ces situations maintenant. Il prenait du recul, à regret.

« Je n’ai malheureusement pas rencontré de fée encore. Savez-vous où elles se trouvent ? »

Parce qu’il ne le savait pas. Il n’était même pas certain d’en reconnaitre une s’il la croisait.

« Cependant, je pense que déjà vos grandes connaissances en hybridation pourraient m’apporter, m’aider à mieux contrôler ce changement. Je me suis retrouvé coincer sous cette forme récemment à cause de la fatigue. Cela m’a apporté bien des ennuis…»

La Chine restait fraîche dans son esprit. Ses plumes bien ancrées dans sa peau qui l’avaient empêché de se nourrir et lui avaient valu un séjour tout droit en prison. Un souvenir très amer en somme qu’il aimerait réellement ne pas réitérer.

Son regard se porta sur l’aveugle qu’il observait attentivement sans jugement. Il se demandait simplement comment ce prince pouvait le comprendre si bien. Que lui était-il arrivé pour qu’il souhaite aider un joueur de flûte vagabond ? Quel secret cachait-il ? Tenkô ne croyait pas une seconde qu’il s’intéressait à lui ainsi juste pour son talent en musique. Il y avait quelque chose en plus, un mystère qui flottait mais qui lui échappait complètement.
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Tsurugul Khan
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Tsurugul Khan
Dim 21 Fév - 19:56


Le club des maudits

with Tenkô



Tsurugul n’avait pas oublié l’absence de réponse de l’étranger vis-à-vis de ses interrogations japonaises. Son cas lui semblait étrangement particulier, intriguant et presque menaçant dans les secrets que le musicien ne cherchait pas à dévoiler. Mais bien loin d’insister pour obtenir les informations qui lui manquaient encore, le Khan le laissa venir à lui, se concentrant uniquement sur l’aveu humiliant qu’il soutirait à ce jeune homme, concernant ses capacités à procréer. L’impuissance était donc ce qui tourmentait l’âme de ce vagabond. Il y avait bien évidemment des décoctions que les guérisseuses et d’autres sorcières confectionnaient pour les hommes en mal d’amour, mais Tsurugul doutait de leur efficacité face à cette malédiction.

Lui-même avait beau eu prendre toutes sortes de médicamentations pour conserver la richesse de ses fluides et assurer la pérennité de sa lignée, aucun de ses nouveau-nés n’avaient jamais atteint la première semaine de vie. C’était un drame qui l’ébranlait bien plus qu’il n’en laissait paraître. Et immanquablement, il se redressa, le dos plus droit, les jambes lourdes d’une souffrance qui revenait au souvenir de Misheel.

Crispé, c’est presque sèchement qu’il répondit à son vis-à-vis, sans toutefois prendre conscience de son ton et de l’animosité qu’il mettait dans ses propos.

« Ici, nous avons bien plus de fées que vous ne pourriez en croiser dans toute une vie. Il vous suffira de sortir du palais pour demander à l’un de mes hommes d’être guidé vers l’habitante la plus proche de ma ville bleue. Vous reconnaîtrez toujours leurs maisons. Elles sont décorées et des offrandes s’accumulent à leur seuil. Mais je vais vous rendre ce service que vous me demandez. En échange, vous demeurerez au palais pour les prochaines semaines. Il vous faudra être disponible à chaque fois que je le demanderai, sans poser de questions, sans m’importuner. Et jouer vos airs ancestraux, au nom de Boudha et du règne des Khan sur les terres mongoles. »

Son espagnol était guttural mais ce fut dans sa langue maternelle qu’il donna un ordre aux gardes. Ces derniers semblèrent tiquer à la demande de leur dirigeant mais reculèrent d’un pas, et la moitié les délaissa, emportant avec eux le serviteur qui ne pipait mot.

« Si vous acceptez, vous allez devoir vous approcher. Retirer le haut de votre tunique. Je dois toucher vos épaules. »

Tsurugul décroisa les bras, et sans tendre les mains, retroussa à peine ses manches. Le serviteur revint presque aussitôt, une serviette chaude entre ses mains, qu’il ne tendit pas au Khan mais se prépara à déposer sur les épaules du vagabond. Le but, bien évidemment, étant de le nettoyer de ses impuretés.

Le dirigeant n’allait pas se salir les mains à ce point là.




Tsurugul Khan
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Tenkô Gou
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Mar 23 Fév - 18:51
La sécheresse de la réponse décontenança un peu le japonais qui se tendit inévitablement. Il avait baissé sa garde mais le prince lui rappelait durement sa place. Il n’était que le joueur de flûte aux maux étranges qui intriguaient un homme important. Sa curiosité et son aide cachaient certainement un intérêt secret qu’il ne souhaitait pas partager. Un avantage pour lui. La situation étonnante du vagabond servait au prince. L’étrange lien n’était plus. Tenkô s’était fait des idées. Certainement à cause de la cécité de l’homme face à lui, cela lui donnait un air plus vulnérable malgré sa prestance indéniable.

L’offre semblait donc louche aux yeux de l’invité et il demeura muet, réfléchissant à cette proposition alléchante, pendant quelques minutes. Un toit, des repas et une rencontre avec une fée contre de simples morceaux de flûte. C’était trop beau pour être vrai. Et en même temps, refuser serait peut-être une grave erreur. Entre la possible susceptibilité du prince et surtout, la probabilité que la demande soit sincère.

Son regard oscilla entre les gardes et le prince. Il se figea ensuite sur le serviteur discret qui approchait en tenant une serviette.

Tenkô était perdu.
Une offre alléchante, une demande surprenante…
Qu’il l’invite pour sa musique passait encore. Le japonais ne pouvait dénigrer le prince pour ses goûts musicaux. Mais toucher ses épaules ? Il hésitait.

Puis il jeta ses réflexions aux sorcières.

Dénouant calmement le haut de sa tenue, il dégagea son torse pâle. Il possédait un corps façonné par ses transformations et ses vagabondages. Endurci par le vol, amaigri par le peu de nourriture. Un équilibre particulier s’était formé. Des os saillants, des muscles fusiformes. Un mélange de force et de souffrance marqué à même la peau.

Le jeune homme silencieux s’empressa de nettoyer ses épaules. Le corbeau abaissa ses paupières, profitant de la chaleur du tissu humide. Ses iris sombres se relevèrent ensuite vers son hôte.

« J’accepte. Mais je dois avouer être assez étonné d’une telle offre, d’autant plus venant d’un homme de votre rang. »

Défaisant ses jambes, le nippon se rapprocha pour se mettre à genoux face au prince. Qu’il touche donc si tel était son souhait. Tant qu’il ne le blessait pas soudainement avec des griffes cachées ou autres atouts hybrides.
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Tsurugul Khan
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Tsurugul Khan
Mer 2 Mar - 20:33


Le club des maudits

with Tenkô



Il y eut le son du tissu que l’on froisse quand le vagabond, après une brève hésitation, se décida enfin à lui obéir. Tsurugul demeura lui-même immobile, attendant simplement que l’autre s’approche, ne marquant aucune attente dans son comportement, ni aucune famine dans son absence de regard. Il ne prit même pas la peine de commenter son phrasé, décidant abruptement qu’il n’avait pas à justifier ses décisions à un mendiant. D’expliquer ses raisons lui vaudraient sans doute une rumeur quant à ses actions et il n’y avait là rien d’ambigu ni de contre-nature à vouloir évaluer le pouvoir d’un hybride. Qu’importe son rang.

Pourtant, il inspira. Car la bouffée de sueur et de chaleur humaine lui parvint comme une brise, quand le vêtement chuta, que l’autre fut si proche qu’il put entendre le souffle de sa respiration. Tsurugul releva à peine la tête, évitant de claquer la langue pour le localiser de nouveau. Il sentait l’humain, et quelque chose encore, de crasseux. Comme s’il ne s’était pas lavé depuis des lustres ou que quelque chose de putride lui collait à la peau.

Etrange.

« Vous allez vous transformer. Le bas de votre corps, jusqu’au torse. Si je sens des plumes apparaitre sur vos épaules, vous aurez échoué. L’humiliation sera votre punition. »

Le ton tranquille était toujours étonnamment froid. Mais le Khan semblait définitivement enclin à vouloir lui apporter son aide et une formation appropriée quant à son état magique. Certes, lui-même n’était pas un exemple. Et il aurait suffi de tirer sur sa propre tunique pour dévoiler la monstruosité qui se dissimulait en dessous du vêtement.

Mais ses mains se tendirent, se refermant sur l’arrondi de ses épaules osseuses – certes, il était maigre, seulement l’empathie n’était pas dans son règne, surtout à l’égard d’un mendiant. Ses doigts se resserrèrent avec fermeté sur sa chair, comme saisissant les rennes d’un cheval.

« Il vous faut le sentir, comme un courant de feu glissant en vous et vous faisant basculer d’un état à l’autre. Cette chose, c’est votre identité. Si vous ne maitrisez pas le corbeau, vous ne maitriserez jamais l’homme en vous. Et vous ne serez jamais digne d’enfanter une lignée. »

Les mots secs résonnèrent dans la pièce vide. Tous s’étaient écartés, laissant la distance nécessaire à la magie pour s’accomplir. Le regard délavé du Khan était rivé à celui du japonais.

« Concentrez-vous. Et changez. »




Tsurugul Khan
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Tenkô Gou
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Mar 8 Mar - 20:49
« L’humiliation sera votre punition. »

Cette phrase résonna dans l’esprit du volatile et lui donna l’irrésistible envie de partir. Son hésitation lui fut pourtant fatale et l’étau se referma sur lui. Les deux mains empoignèrent avec fermeté ses épaules. Un malaise l’envahit instantanément. Ils se tenaient trop proches l’un de l’autre, bien trop proches. Ce n’était pas courant pour le corbeau d’être ainsi manipulé et encore moins par un étranger. C’était désagréable et dérangeant. La grimace sur son visage le démontra et à aucun moment ne tenta-t-il de la cacher. De toute manière, le prince ne pouvait pas la voir. Au mieux, il sentirait le désagrément de son invité prisonnier de ses doigts.

Tentant de faire abstraction de ce contact inhabituel, Tenkô soutenait le regard vide face à lui tout en écoutant les explications vaines du Khan. Il cherchait visiblement à l’aider et le japonais en était réellement flatté. Honoré même. Mais il semblait que son message ne soit pas passé convenablement. Il n’était pas hybride. Il ne se transformait pas entièrement. C’était une « simple » malédiction qui le rendait monstrueux. Ce qu’il désirait, c’était prendre en endurance en magie. Ne plus se retrouver coincé comme précédemment en Chine. Son détour en Mongolie était entièrement lié à cela. Son désir de mieux comprendre la magie, son propre « don » pour ensuite mieux le contourner et surtout le détruire.

Prenant une inspiration, le corbeau prit donc la parole.

« Sauf votre respect… Je ne suis pas réellement un hybride. Ma transformation est incomplète. »

Préférant oublier la punition par humiliation et démontrer ses paroles par l’action, sa peau se hérissa des plumes ébènes lentement. Ses bras devinrent des ailes. Son visage s’orna d’un bec. Ce dernier se perdit dans un plumage abondant qui recouvrit sa face, sa chevelure et son torse en partie en plus de ses membres supérieurs. Tenkô fut obligé de baisser la tête vers le sol pour ne pas planter son bec dans le visage de l’aveugle. Ses yeux sombres ne le quittèrent pas pour autant, dans la mesure du possible.

« Ceci est ma deuxième forme. Je peux au mieux dégager mes mains ou mon visage. Mais rien de plus. Mon bassin et mes jambes demeurent humaines, toujours. »

Sa voix se trouvait quelque peu transformée. Plus moqueuse dans le ton. Plus grave aussi, se rapprochant presque d’un croassement de corbeau. Et ceux, malgré le fait que ses propos ne se prêtent pas à ce ton.
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Tsurugul Khan
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Tsurugul Khan
Mer 9 Mar - 20:19


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with Tenkô



Il y eut le froissement des plumes, comme un courant d’air près de son visage, et l’odeur animale d’un oiseau bien trop proche. Tsurugul sentit les changements, autant par le contact de ses mains que par le parfum, plus vif et piquant du japonais, qui le déstabilisa un court instant. Bien que protégé des yaks et de certains autres hybrides, il n’avait jamais eu l’occasion de croiser un hybride pouvant choisir de se transformer ou non. C’était inédit mais ses doigts vinrent lisser les plumes avec nonchalance, sans fausse pudeur et sans marque d’intimité. Il demeurait le Khan et c’est avec fermeté qu’il répondit à son ton moqueur.

« Une légende mongole parle d’un corbeau qui, s’étant plongé dans la farine, se recouvrit à moitié de blanc et remplaça l’hirondelle venue annoncer le printemps. Il le cria en plein mois d’hiver. Les paysans furent induits en erreur et perdirent leurs récoltes. Suivirent une année de disette et le corbeau fut chassé. Sans les craindre, mon peuple peut s’en méfier. Si vous montrez ces plumes dehors, les offrandes à votre musique seront bien moins nombreuses. »

L’une de ses mains demeura sur l’aile dévoilée, tandis que l’autre, remontant au visage de cet inconnu, venait enfin encercler le bec. Sa forme, en courbe, lui attira un nouveau contact pour mieux situer la nouvelle physionomie de celui qui lui faisait face. Et avec impassibilité, il continua.

« Les hybrides incomplets sont rares mais pas impossibles. D’autres ont su s’en sortir bien mieux que vous. »

Hormis lui. Mais il ne ferait pas mention de son état actuel, de ses jambes fracassées. Préférant se concentrer sur le joueur de flûte. Il s’imaginait sans mal la bataille qu’il devait livrer, en perdant le contrôle, pour gagner tout de même le ciel avec ses jambes et son bassin humain. Sans se moquer, Tsurugul y vit là la motivation de sa décision.

L’aider l’aiderait à mieux se contrôler et à ne pas risquer sa vie dans des fuites éperdues. L’aider lui éviterait aussi des réactions instinctives de son hybridation : à savoir se transformer en cas de stress.

« Vous allez vous concentrer pour que votre bec redevienne un nez. Sans que vos ailes ne changent de forme. Puisez en vous, dans le souvenir de qui vous étiez. Laissez venir cette force et arrondissez là, comme une boule, entre des mains invisibles. Un nœud, entre votre thorax et l’emplacement de votre cœur. »

Plus douce, sa voix. Plus calme peut-être. Plus attentive à la réussite de ses propres conseils. Il ne le lâchait toujours pas, voulant constater le maléfice de ses mains.




Tsurugul Khan
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Tenkô Gou
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Ven 8 Avr - 21:34
La légende n’intéressait pas Tenkô. Il ne comptait pas montrer ses plumes maudites à quiconque de toute façon, et encore moins à ceux qui lui assuraient son revenu. La main du prince se mit à bouger à cet instant et le corbeau se figea, retenant instinctivement sa respiration. Que faisait-il au juste ? Leur proximité mettait suffisamment mal à l’aise le japonais alors pourquoi l’accentuer ? N’était-ce pas assez proche pour l’aveugle ? Visiblement non. Ses mains avaient besoin de découvrir d’autres contrées que ses épaules et Tenkô sursauta légèrement lorsque son bec se retrouva prisonnier. Il se sentait presque menacé maintenant et faisait un effort énorme pour ne pas reculer et libérer son appendice de sa main.

Si proche. La voix devenue calme augmentait son malaise. L’intimité de la scène était moins étrange lorsqu’il employait son ton sec. Fixant le visage de l’aveugle, le japonais tentait de se focaliser sur ses paroles. Il semblait réellement vouloir l’aider. Lui, l’étranger vagabondant sur ses terres. Pire, lui l’espion qui s’informait de la tension régnant dans le pays. Mais cela, il préférait ne même pas y penser en ces lieux. Moins il y pensait, moins cela se saurait. De toute façon, il n’avait rien remarqué de notable et se concentrait égoïstement sur sa quête personnelle.

Abaissant les paupières, le corbeau rechercha en lui cette fameuse sphère invisible décrite par son professeur improvisé. Sa respiration s’apaisa à mesure que sa concentration grandissait. Au bout de quelques longues minutes, il visualisa presque ce rond de lumière en lui. Pâle comme sa peau. Des rayons étranges s’en échappèrent lorsqu’il se concentra sur son bec. La sensation de la main le déstabilisa quelque peu, lui faisant perdre sa vision mais il la récupéra rapidement. Les rayons glissaient le long de sa kératine arquée. Le noir ébène se faisait dévorer par la lumière. Le phanère se déformait progressivement. Il réduisait. Des lanières disparaissaient encore et encore. Jusqu’à finalement ne laisser… qu’un nez. Apposé contre la paume de la main du mongol.

Seul le nez et la bouche avaient été changés. Le reste du visage demeurait plumé. Pour la plus grande surprise de Tenkô.

Rouvrant les yeux pour chercher une explication et un soutien dans le regard vide du prince, le japonais se redressa légèrement pour décoller leurs peaux. Jamais n’avait-il fait cela. Jamais ne s’était-il ainsi concentré sur la magie étrange qui régnait en lui. Jamais n’avait-il tant contrôlé cette transformation. Ce n’était pas son simple instinct, c’était avec volonté et minutie qu’il avait réussi. Et patience. Quelques secondes n’avaient pas suffi. Loin de là.

Un mince sourire s’esquissa malgré tout sur ses lippes rosées à nouveau.

« Je ne savais pas qu’il était possible de se concentrer sur la source directement… C’est impressionnant. »
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Tsurugul Khan
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Tsurugul Khan
Dim 10 Avr - 18:27


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with Tenkô



Pas un instant le Khan ne douta de la réussite de cette entreprise. Et ses mains demeurèrent immobiles sur le visage du japonais, l’un sur son menton, l’autre sur son bec, comme encadrant son visage dans l’attente de la métamorphose qui ne tarderait pas à s’effectuer. En lui brûlait tout de même une froide impatience de voir ses conseils prendre forme et se réaliser. Ses jambes le faisaient souffrir de cette position inconfortable qu’il avait prise pour assister au maléfice, et sa peau de chauve-souris le grattait horriblement sous la nervosité. Néanmoins, ses yeux aveugles ne cillèrent pas, et quand il sentit le souffle de l’homme s’apaiser, plus profonds et plus concentrés, un mince sourire satisfait vint ourler ses lèvres fines avant toute preuve de réussite.

Le bec ne tarda pas à changer. Diminuant de taille et de texture jusqu’à reprendre la forme et la peau d’un nez humain. Son menton demeura le même, même s’il sentit sous ses doigts les prémices d’une plume à naitre. Quand Tenko échappa à son contact, par un mouvement de recul qui lui déplut, Tsurugul ne tenta tout de même pas de le rattraper. Hochement seulement la tête, les mains à nouveaux baissées, expliquant tranquillement.

« Cette malédiction vous pèse mais elle fait partie de vous. Il vous faudra apprendre sur vous-même pour pouvoir la contrôler. Si ses effets vous sont néfastes c’est parce que vous laissez la magie vous malmener quand vous devriez avoir la force et la volonté, en tant qu’homme, de la surpasser. N’oubliez jamais que la magie est une femme. Et une femme, comme une épouse, doit servir l’homme, sa maison, le protéger, tout en restant fière, vaillante et apte à le défendre. L’épouse est le visage d’une union. L’épouse doit être préservée. Mais si elle est mère, elle ne doit pas être maternée. »

Ses mains retrouvèrent l’arrondi des épaules du corbeau. Et à gestes lents, il lissa les plumes jusqu’à en trouver la racine. Ordonnant, toujours calmement.

« Le bras gauche devra rester une aile, l’autre redeviendra un bras d’homme. Et quand nous aurons terminé, quand vous aurez su l’épouser, je peux vous promettre une chose. »

Il murmura. « Vous volerez, d’un corps entièrement fait de plumes. Sans dissociation entre votre humanité et ce qui coasse en vous. Laissez le corbeau devenir votre visage. N’ayez pas peur de lui. Affrontez votre reflet. »




Tsurugul Khan
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Tenkô Gou
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Lun 2 Mai - 20:43
Le silence régnait dans la pièce, laissant résonner la voix tranquille du prince solennellement. Leur souffle se mêlait presque. Tenkô sentait presque la respiration de l’aveugle sur son visage maintenant dégarni de plumes et cela lui déplaisait. Cette proximité l’étouffait. La proximité et l’usage de sa magie. Se concentrer ainsi avait demandé plus d’effort qu’il ne le réalisait réellement et si les mots poignants du Khan l’atteignaient, il n’en demeurait pas moins un peu étourdi et méfiant. Si la magie était une femme, il n’était pas étonnant qu’elle lui fasse tant de misères. Qu’elle se montre si inaccessible et incompréhensible. Le japonais ne se sentait nullement rassuré par les paroles qui venaient d’être prononcées, bien au contraire. L’étau de la malédiction se resserrait sur son cœur plus fort encore. Son souffle se faisait plus court. Et l’aveugle qui le touchait encore. Pourquoi le touchait-il tant ? Ah oui, parce qu’il ne voyait pas. Tenkô ferma ses paupières pour se plonger dans le monde de cet homme étrange.

Il lui offrait un nouveau défi. Un challenge qu’il n’avait jamais essayé avant. Plus dur que simplement transformer son visage. Le corbeau n’était pas certain de réussir. Ses dernières phrases le firent frémit. Voler en étant un véritable oiseau. La pensée était alléchante et terrifiante à la fois. Cela suggérait qu’il devait abandonner son humanité, le temps d’un instant, d’un voyage. S’affronter ? Il n’y avait jamais pensé. Il n’avait jamais osé. Oserait-il maintenant ? Il n’en était pas certain. Mais les yeux clos, le maudit se concentrait à nouveau sur cette boule d’énergie qui flottait en lui. Les mêmes visions s’offraient à lui. Mais le calme ne dura pas comme la dernière fois. La magie – la femme – refusait d’être domptée à nouveau et s’agitait, résistait. La sphère s’étirait dans tous les sens, ne demeurant jamais parfaite et malléable. Les plumes du corbeau grossirent. Son plumage s’épaissit sous les mains du prince mongole. Sa tentative de domination empirait sa malédiction. Son torse se couvrait davantage de noir, en flèche jusqu’à son nombril. Des zones jamais couvertes encore.

Tenkô tenait bon pourtant. La mâchoire serrée, il faisait face. Il tentait de contrôler cet élan rebelle. D’être brave. Et fort. Son bras droit perdit quelques rectrices. Son bras gauche demeurait intact. L effleurait la victoire de ses doigts réapparus mais brièvement. Malheureusement, seul le dessus de son bras se désarma de plumes, le reste demeurant bien couvert. La tête lui tournait. Il ne s’était pas préparé à cela. Prêt à abandonner, il rouvrit les yeux pour regarder l’aveugle face à lui, le souffle court.

« Je suis ep- »

-uisé.

Il ne termina pourtant pas sa phrase. De tout son poids, il s’effondra vers l’avant, tombant contre le prince sans plus rien contrôler. Sa conscience sombra dans un monde dénué de lumière et de vie. Quelques gouttes de sang coulaient le long du plumage épaissi par endroit. Il avait échoué. Pas entièrement. Mais échoué tout de même.

Il se réveillerait.
Mais pas tout de suite.
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Tsurugul Khan
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Tsurugul Khan
Jeu 5 Mai - 11:37


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with Tenkô




Il y eut une odeur fauve, puis celle du sang. A entendre les mots glisser hors de la bouche du japonais, Tusurgul comprit son évanouissement avant que celui-ci ne survienne et ne manque de l’écraser. Recevant contre son torse le poids de l’inconnu, gêné par cette proximité qui n’était pas de son fait cette fois, il le garda contre lui sans contact inapproprié, hélant simplement la voix pour appeler à lui des serviteurs, faisant fi de la discrétion obligatoire au sein du temple de Boudha.

On vint soulever l’étranger, libérant le Khan qui, sentant sa manche poisseuse, comprit que le sang du joueur de flûte venait de tâcher ses vêtements. Il prit le temps d’un bain, pour se laver de ces essences comme pour s’arracher à l’odeur presque putride de l’hybridation avant de rejoindre la chambre dans laquelle on était allé installer le jeune Tenkô. C’était là une action surprenante de la part du palais du Khan, de prendre sous toit un pauvre et un inconnu de surcroît mais les ordres du Tsogtou-taïdjii étaient à respecter et les serviteurs de sa maison entreprirent aussitôt d’apporter une tenue plus appropriée à celui qui résiderait, pendant un temps, au sein de la capitale de la Mongolie.

Cette action n’était en rien bienveillante ou même sociale. Tsurugul avait seulement son intérêt à agir ainsi aussi ce fut sans douceur et sans sourire qu’il vint prendre place sur un fauteuil placé près du lit de l’évanoui, son conseiller demeurant en retrait, ses gardes à l’entrée. Il était bien évidemment impensable de les laisser seuls une nouvelle fois et Tsurugul ne donna aucun ordre contraire à cette sage décision.

En habit pourpre et blanc, les cheveux détachés sur ses épaules, le regard aveugle fixant sans le savoir un point neutre sur le mur, il attendait que l’esprit s’éveille de sa couchette. Ce n’était en rien un lit occidental mais bien l’une de ses paillasses relevées, aux tissus de laine et de cotons soigneusement tissés. Si c’était bas, le fauteuil comportait des pieds de petite taille les gardant à hauteur presque équitable. Quand le japonais allait se réveiller, il pourrait sentir dans la pièce une odeur d’encens et de plantes désinfectantes. Ses blessures, causées par l’hybridation, avaient bien évidemment était soignées et sa toilette faites. Ses cheveux noirs étaient propres, sa flûte était à ses côtés. Ses affaires par contre n’étaient pas en vue.

De fait, il était nu.

« Vous avez manqué de réussir, et vous réussirez… » L’accueillit Tsurugul quand l’inconscient le délivra, après de longues minutes de silence, presque à observer l’immobilité de la pièce – ce qui était une erreur, tout bougeait, même dans l’aveuglement, de la poitrine du japonais sous son souffle au tressaillement infime de ses lèvres. Tout vivait ici.

« Comment vous sentez-vous, Tenkô ? » L’utilisation de son prénom était une familiarité de plus mais Tsurugul fronça des sourcils comme si la question, faussement empathique, attendait une réponse précise sous peine de le décevoir.




Tsurugul Khan
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Tenkô Gou
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Lun 9 Mai - 18:24
Ce post a été sponsorisé par Shísān Wǔ.

Les pétales de cerisiers voletaient jusqu’à s’échouer sur sa peau délicate. Pâle comme la lune et douce comme la soie. La créature enchanteresse souriait et caressait du bout des doigts le corps de l’homme au-dessus d’elle. Sa chevelure ébène s’étalait librement autour de son visage, lui offrant une beauté sauvage. Son kimono entrouvert laissait apercevoir les rondeurs de sa poitrine. Ses lèvres rosies par les baisers ardents susurraient des paroles aussi amoureuses qu’aguicheuses. Le mâle ne résistait pas. Il goutait l’épiderme soyeux de la demoiselle, ses désirs s’exprimant avec passion dans la scène idyllique. Des saveurs sucrées se mêlaient au parfum fleuri de la belle. Il vibrait d’envie contre ce corps envoutant et glissa ses mains sous le tissu pour caresser ses cuisses, les remontant avec audace. Il se sentait pousser des ailes – métaphoriquement – et s’extasiait à l’idée de gouter le fruit interdit.

Ses lèvres soufflèrent le prénom de la désirée presque sensuellement tandis que ses paupières s’ouvraient sur un plafond bien plus terne que le cerisier fleuri de son souvenir rêvé. Les images enchanteresses s’évanouirent en un instant et le maudit réalisait que tout cela n’était que le fruit de son imagination. Il ne put contenir un soupir déçu tandis que sa peau frissonnait encore de ces caresses irréelles. Pourtant, une voix éveilla son attention et lorsqu’il tourna lentement la tête, son regard ne capta que la longue chevelure noire qui lui rappela ce fantasme à peine éteint. Un mince sourire s’étira sur ses lippes tandis qu’un apaisement certain s’emparait de son cœur. Elle était là. A ses côtés. Attendant simplement son réveil.

« Je vais merveilleusement bien. »

Quittant les draps offerts, toute pudeur envolée, le japonais approcha sans se lever, demeurant à la hauteur basse que partageait le lit et le fauteuil de sa presque bien-aimée. Encore en partie exalté par ses rêveries précédentes, il offrait son visage dangereusement, sa main désirant quant à elle se perdre à nouveau dans les vêtements enveloppant sa belle.

« J’ai rêvé de toi… Un rêve si doux. Tu m’as manqué mon aimée. »

Pour une raison obscure, il savait qu’il devait s’exprimer en espagnol et non dans sa langue maternelle. Son cerveau embrouillé par l’encens mélangeait complètement réalité et désir. Cela atteignait un point tel qu’il se préparait à embrasser le prince face à lui en lui tripotant la cuisse sans même réaliser son erreur terrible.
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Tsurugul Khan
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Tsurugul Khan
Lun 9 Mai - 21:21


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with Tenkô




Il n’y eut pas vraiment de réponse – pas à son encontre en tout cas. La voix s’éleva, espagnole et familière, séductrice presque, en tout cas définitivement charmée. Mais rien qui n’allait dans le sens de la question préalablement posée. Assit dans le fauteuil, le visage machinalement tourné vers la source de ces vagues mouvements, Tsurugul se demandait si c’était là la portée d’un délire dû à son évanouissement ou à un rêve et soupesait l’idée d’envoyer chercher un médecin quand la silhouette plongée dans les ténèbres se redressa dans un froissement de drap. Il y eut une bouffée de sueur qui attaqua ses narines à les en faire palpiter. Une odeur de chair chaude et dénudée un peu semblable à celle des écuries quand les crins des chevaux ont été parfaitement récurés.

Aussi ne se formalisa-t-il pas de ce qu’il ne pouvait pas voir. Gardant la tête haute et le corps immobile tandis que le japonais semblait, seulement, s’adresser à lui. Il n’émit aucune protestation quand sa silhouette se rapprocha. Et ne murmura rien d’intime quand il sentit la main se poser sur sa cuisse – d’homme – pour mieux redresser sa tunique. Il attendit simplement que le souffle de l’étranger balaye ses lèvres. Émit un claquement de langue pour l’écholocaliser.

Découvrit, sans surprise, son visage radieux et songeur à cinq centimètres à peine du sien. Et le frappa de la paume en plein front.

Le mouvement, brutal et sans pitié, renvoya le japonais au lit qu’il venait de quitter – sans doute en le laissant s’y étaler comme une femelle après assouvissement. Tsurugul entreprit dès lors de se rembrayer convenablement, recalant sa tunique sur ses cuisses sèches à la peau distordue mais heureusement dissimulée par un large pantalon à la ceinture fermement plaquée contre son ventre plat. Il ne toussota pas, ne rougit pas, n’émit pas le moindre son embarrassé. Se contentant seulement de demander.

« Vous êtes réveillé ? » Passant sur l’incident comme s’il n’avait jamais existé. Et de fait, cela n’avait pas existé. L’homosexualité masculine étant ce qu’elle était dans son pays : à savoir une chose qui n’avait aucune réalité. Aucune réalité. L’erreur du jeune homme n’était qu’un vague souvenir déjà lointain dans sa tête étriquée. Mais par prudence peut-être, Tsurugul ramena sa canne entre ses jambes, laissant ses cheveux noirs pendre sur son torse.

La seule chose qu’il craignait finalement, ce fut la découverte de son odieux secret concernant son hybridation. Mais normalement, et fort miraculeusement pour lui, Tenkô n’avait sans doute eu pas le temps de sentir quoique ce soit à ce niveau.

« On va vous apporter de la soupe de coq noir, c’est de bon augure, après votre évanouissement. Nous reprendrons bien évidemment les entrainements, dussiez-vous me tomber dans les bras à chaque fois. Mais nous ne lâcherons pas votre hybridation jusqu’à ce que ce soit vous, qui la maitrisiez. Sur votre gauche, je crois sentir une tisane, ou en tout cas les effluves tiédis. Buvez-la avant qu’elle ne refroidisse, ça sera moins désagréable. »

Sa canne tapa deux fois au sol. Presque machinalement.

« Et si vous voulez une femme, nous pourrons vous en fournir une. »

Histoire de calmer ses ardeurs inconscientes.

Spoiler:
 





Tsurugul Khan
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Tenkô Gou
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Sam 2 Juil - 23:23
La frappe violente acheva de réveiller le japonais délirant. Ses fantaisies – et fantasmes – s’évanouirent alors que son corps soudainement lourd et engourdi à cause de l’évanouissement s’étalait sur le matelas sans la moindre résistance. Suivant les paroles du Khan, le maudit se redressa suffisamment pour attraper la tisane et la boire lentement. Le liquide tiède lui permit de se remettre de ses émotions étonnamment fortes pour un rêve et de récupérer le peu d’honneur qu’il lui restait – s’il en restait –.

Son traitement qui pouvait presque être désigné comme « attentionné » perturbait toujours un peu le vagabond. Après tout, malgré sa soudaine montée en grade en Chine, pour le reste du monde il demeurait un simple joueur de flûte. Pas un homme que l’on accueillait et aidait ainsi dans le palais du prince. Encore moins lorsqu’il s’évanouissait dans ses bras puis allait lui caresser les cuisses outrageusement. C’était troublant. Etrange. Presque un tantinet dérangeant. Tenkô n’était pas si étonné d’avoir repensé ainsi à sa belle après ces quelques années. Il se retrouvait dans une atmosphère proche de celle qui régnait à cette époque. Une atmosphère agréable, douce. Une atmosphère où la solitude disparaissait. Son cerveau avait allègrement réalisé des connexions douteuses qui avaient mené à ce moment embarrassant et inapproprié.

Cependant, puisque le Khan ignorait cet épisode douteux, le nippon préférait faire de même.

« La soupe suffira largement. Merci de m’aider autant. »

Le ton charmeur et charmé avait disparu, ne laissant place plus qu’à du respect et de la gratitude. Aussi désaxé Tenkô pouvait être, il n’était pas ingrat pour autant. D’ailleurs, il se sentait presque prêt à reprendre les entrainements dès maintenant pour éviter de gâcher le temps de précieux du prince, mais justement : celui-ci avait peut-être d’autres choses à faire. Des tâches plus nobles. Répondre à la missive d’un autre empereur ? Veiller au bien de ses sujets ? Qu’en savait le pauvre flutiste de ce genre d’histoire ? Peut-être le Khan avait-il son propre espion, ou un prisonnier qui le deviendrait ! Cela serait une belle ironie, mais peu crédible.

Bridant ses pensées un tantinet folles, le corbeau lissa sa chevelure de ses doigts et reprit la parole, le regard posé sur le seigneur mongol.

« Je suis désolé de vous avoir tant retenu. Vous avez peut-être d’autres histoires plus pressantes à régler… Je ne voudrais pas vous retenir. Je continuerai l’entrainement de mon côté et vous montrerez mes progrès si cela vous intéresse toujours autant. Il faut que j’arrive à apprivoiser cette magie que j’ai tant reniée et je doute qu’un jour suffira à cela. »

Mais, grâce à lui, il se décidait enfin à approcher et à canaliser cette malédiction qui le causait tant de souffrances. Y arriverait-il ? Le soutien du Khan le rendait plus confiant. Il avait là un très bon professeur. Tenkô n’en doutait pas une seconde.
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Tsurugul Khan
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Tsurugul Khan
Dim 3 Juil - 22:09


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with Tenkô



Cet imbécile se souciait donc vraiment de ses affaires de dirigeant. Et cet excès d’empathie manqua de le fâcher pour de bon. Que n’avait-il donc à se mêler de son gouvernement, ne faisait-il pas ce qui lui semblait juste et utile pour ses propres besoins ? De savoir jusqu’où les pensées du Khan se tournaient, le corbeau aurait vite changé de chanson. Mais l’ignorance de la profondeur de ses actes lui était pour le moins utile à présent. Aussi Tsurugul se contenta d’un bref hochement de tête, avant d’appuyer son geste de simples propos – aveugle, il avait pris l’habitude de s’exprimer un peu plus par l’oral, craignant sans doute inconsciemment que son manque de vision ne soit contagieux à l’égard de ses pairs.

« Ne vous inquiétez pas pour mes obligations. Elles seront menées à bien, qu’importe votre séjour ici. Mais vous avez raison sur un point : il vous faudra plus d’une journée pour maîtriser votre don et votre magie. Je tiens à m’en occuper personnellement et c’est le seul point qui ne dérogera pas au long de votre séjour. N’oubliez pas cependant que vous n’êtes pas ici pour vous reposer gratuitement. J’attends vos services en tant que musicien. Le Japon étant terre de magie, et son Tennô un grand empereur m’a-t-on dit, vous ne souffrirez pas du jugement des Mongoles à votre égard. Mais cela ne vous empêche pas de vous tenir tranquille et d’obéir comme tout serviteur doit le faire au sein de ce palais et de ce pays. »

Le flûtiste n’ayant d’ailleurs pas répondu à sa question concernant son affliction sexuelle, Tsurugul prit sur lui d’y répondre favorablement. Notant dans un coin de ses pensées d’appeler Wu Ming pour lui faire servir une des trainées qui officiaient officieusement aux alentours de la ville. Si les Mongoles avaient le mariage fidèle et les femmes une jalousie à tailler en pièce certaines maitresses, cela n’empêchait pas le métier de se faire, comme il avait dû se faire au commencement du monde sous l’œil épuisé de Boudha, et comme il se ferait certainement à sa toute fin.

« Je vous laisse vous calmer de vos efforts pour le reste de cette journée. Mangez. Profitez de la quiétude du lieu. Les gardes sont au courant mais je vous déconseille fortement toute promenade qui ne serait pas entièrement réservée aux jardins du palais. Vous ne quitterez pas ce lieu, pas même pour visiter la ville. Si vous avez besoin de quelque chose, faites le savoir, mais je ne vous promets pas de subvenir à tous vos besoins. » Après tout, il n’était qu’une moitié d’invité en ces lieux.

Tsurugul s’appuya sur sa canne. Et quittant le fauteuil en quelques gestes trahissant son mal grandissant, le surplombant de toute sa noirceur implacable. Il était loin du dirigeant avenant qui rencontrerait bien vite Asbjorn comme le Tennô. Il était l’homme victime de son hybridation, de la malédiction, et qui cherchait à tout prix une solution. Sans craindre d’y faire perdre la vie à un autre homme.

Tel était parfois le prix à payer.

« Nous nous retrouverons demain. A la première lueur de l’aube. » Et que le japonais ne fasse pas le difficile à se prélasser au lit ou il lui ferait jeter trois bassines de cuivre d’eau presque gelée. Une vengeance inconsciente de l’événement auquel le flûtiste avait voulu le préparer, en se rapprochant de lui comme pour l’embrasser.






Tsurugul Khan
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Tenkô Gou
Le tengu
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✦ Libre pour RP ? : Non

Jeu 28 Juil - 22:00
L’incident de leur première rencontre était presque oublié maintenant que le séjour du japonais touchait à sa fin. Il avait énormément appris. Sur la culture locale en plus de la magie. Il avait découvert des plats délicieux, des boissons écœurantes et des mœurs étranges. Mais surtout, le corbeau avait appris à se familiariser avec sa magie. Cette magie si particulière qui était imprégnée en lui. Elle n’était plus une étrangère dans son corps mais lui appartenait réellement. Comme un bras ou un pied. C’était un progrès immense. Ses plumes se contrôlaient mieux. Ses ailes apparaitraient moins de manière impromptue, ou ne résisteraient plus à ses demandes.

Pourtant, malgré les efforts, ses jambes demeuraient toujours humaines. Tenkô avait cependant réussi après un travail intense – incluant sueurs et épuisement – à créer la plume de l’espoir. Une seule plume. Plus fine que les autres mais bien présente au creux de ses reins. Un lieu jamais atteint encore. Sa transformation comportait donc des limites qu’il pouvait repousser. Qu’il repousserait. Il y était déterminé maintenant. Grâce au Khan.

Toute l’attention que le prince lui avait portée méritait des remerciements. Tenkô avait joué pour lui parfois. Il se sentait étrangement proche de cet homme sans comprendre pourquoi. Cela résidait en partie dans cette main tendue vers lui sans raison. Ce noble qui le laissait s’effondrer dans ses bras lorsqu’il poussait trop et perdait connaissance. Qui le prenait dans son palais et le traitait comme un invité. Qui lui offrait l’honneur de conversations en tête à tête. Qui l’entrainait personnellement. Pourquoi accepter tout cela ? Pourquoi l’aider ? Les questions valsaient dans l’esprit troublé du nippon depuis le début. Il n’avait jamais osé les poser mais maintenant, il s’agissait de sa dernière chance alors il ne la raterait pas.

Vêtu de ses vêtements de vagabond à nouveau, l’invité étranger rejoignit le Khan, suivant les gardes avec respect. Son regard se promena sur le visage de l’aveugle en silence alors qu’il attendait que ce dernier ne prenne la parole. Ne brise le silence. Une dernière fois.
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Tsurugul Khan
Invité
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Tsurugul Khan
Dim 31 Juil - 18:40


Le club des maudits

with Tenkô



C’était un cuisant échec. Et malgré son esprit rationnel, Tsurugul ne cessait de maugréer cette défaite, sa mauvaise humeur se répercutant sur le gynécée où ses épouses, toutes enfermées, commençaient doucement à le craindre. Les jours s’étaient écoulés sans que ce japonais ne se transforme entièrement en corbeau et si Tenkô paraissait satisfait de la naissance de cette plume, au bas de son dos, le Khan n’y entendait que le ricanement moqueur de Misheel, jugeant sa défaite. Ses entrainement avaient pourtant été aussi réguliers qu’impérieux, capable de dépasser ses attentes lors de moments de victoire comme lorsque le flûtiste, défiant la gravité, s’était envolé dans les jardins pour mieux lui revenir et reprendre forme humaine au niveau de ses bras, sans aucune difficulté. Il l’avait épuisé, et dans quelques rares cas, avait arraché à sa gorge des cris d’une détresse pure de voir ses os changer, et changer encore.

Mais la malédiction avait perduré et la sienne, toujours incontrôlable, l’avait nargué un soir de pluie, le mordant aux articulations plus vivement que jamais.

Malheureusement, il n’obtiendrait rien de plus à son acharnement et il était désormais temps de laisser le corbeau s’envoler vers d’autres steppes. Ayant rempli son contrat, l’ayant même satisfait de sa musique certains soirs et parfois même à l’aube des journées d’insomnie, Tsurugul se voyait obliger de le libérer. A grands regrets.

Assit au cœur de sa salle de prière, à genoux au sol, les yeux fermés et les mains croisés, il entendit le pas régulier du japonais, le reconnaissant comme celui de ses femmes. S’étant habitué à sa présence, il n’avait même plus besoin de l’écholocaliser pour percevoir son aura, son odeur, et le battement familier de son cœur.

Accompagné des gardes, on l’invita à s’asseoir face au Khan, sans l’ombre d’une hésitation. Et ce fut avec une grâce presque absente, que Tsurugul tendit la main en arrière, pour recevoir à sa paume d’un serviteur vite évanoui, le coffret de laque qu’il comptait lui offrir.

« Vous avez servi la Mongolie et la volonté du Khan en faisant preuve de dépassement. Pour cela, et pour vous remercier de vos talents de musicien, la Mongolie et moi-même, le Tsogtou-taïdjii, vous remet ce présent. Puissiez vous en faire profiter de nombreux autres peuples magiques, dans le respect et la dignité qui sont les vôtres. » Du moins osait-il l’espérer, car ces dernières semaines en sa compagnie ne lui avait pas réellement permis de discuter longuement et de faire proprement sa connaissance.

« Nous espérons que vous n’oublierez jamais les enseignements glanés ici. » Et tandis que le conseiller de Tsurugul, toujours fidèle, continuait sa laconique traduction, son ton se durcit. « Vous avez, au sein de vos plumes, le chant et le paysage qui vous ont accueilli. Ma voix et mes leçons. Ne les oubliez jamais et ne pensez pas à vous soustraire à une dette qui va bien au-delà de n’importe quel contrat entre hommes. Si vous avez fait votre part ici, il vous en reste une autre à accomplir. Revenez moi en corbeau. Et peut-être considérais-je ces efforts mutuels comme non vains. »

Puis, plus calmement, tendant la main vers le boitier qu’il l’invita à ouvrir, Tsurugul se permit de questionner, presque familièrement.

« Est-elle à votre goût ? »



Tsurugul Khan
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Tenkô Gou
Le tengu
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✦ Libre pour RP ? : Non

Mar 2 Aoû - 23:12
Assis sur ses genoux, installé face au Khan, l’élève écoutait avec attention le discours. Le dernier à n’en pas douter. Quand reverrait-il le visage de l’aveugle ? « Jamais » était une réponse probable. Il eut un pincement au cœur à cette pensée. Son séjour en Mongolie avait été des plus agréables. Ce seigneur avait été bon envers lui, partageant toutes ses connaissances sans presque rien demander en retour. Malgré les souffrances que l’enseignement avait apportées avec lui, Tenkô ne retenait que les progrès qu’il avait réalisés. Les cours avaient été intenses mais pas vains. Et le japonais comptait bien continuer ses entrainements, même seul pour revenir un jour à la fenêtre du Khan en tant que corbeau. Il en faisait la promesse silencieuse – bien plus lourde de sens que ses paroles parfois trompeuses.

S’emparant en silence de la boite, le musicien entreprit de l’ouvrir. Lorsque son contenu se dévoila sous ses yeux, il ne put contenir un sourire. Touché par le geste. Ses doigts s’en emparèrent délicatement pour mieux en admirer les détails. Elle était splendide. Presque trop pour le corbeau mais il était tellement honoré que l’idée de refuser un tel présent ne le traversa même pas. Cela ne se faisait pas de toute façon. C’était impoli.

« Elle est magnifique. »

Qu’ajouter d’autre ? Cela résumait relativement bien ses pensées. Et sans un mot de plus, Tenkô entreprit de jouer quelques notes pour tester l’instrument. Les notes débutaient une mélodie qu’il avait appris en ces lieux. Une mélodie mongole. Quoi de mieux pour clôturer leur temps passé ensemble ? Fermant les yeux, le flutiste jouait calmement le morceau entier. Il ne durait que quelques minutes mais le nippon les savourait. C’était sa façon de remercier le Khan et de lui dire au revoir.

Lorsque cet instant musical prit fin, son regard se leva à nouveau vers son maitre de magie.

« Elle a un son très harmonieux. Je suis honoré. Merci beaucoup. »

Naturellement, il se courba vers l’avant, accentuant ses remerciements.

Ce n’était cependant pas tout. Les questions trottaient toujours dans sa tête et il désirait se libérer l’esprit avant de partir. Se redressant calmement, Tenkô détailla le visage de l’aveugle une fois encore, imprimant à jamais ses traits dans sa mémoire.

« J’aimerais vous poser une seule question avant de vous quitter : pourquoi m’avoir tant aidé ? »

Il n’était pas adepte des grands discours ce jour-là. Il aurait pu ajouter des précisions. Pourquoi lui, ce simple vagabond étranger qui rodait dans ses steppes ? Qu’est-ce qui avait ainsi poussé cet Empereur à se battre contre sa malédiction ? C’était plus qu’une main tendue. Il avait tiré encore et encore pour le sortir de ce sable mouvant qui cherchait à le noyer. Tenkô se doutait que ce n’était pas un traitement usuel et cela l’intriguait plus encore. Pourquoi donc cette empathie si forte ?
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