« Au bonheur des dames. » [Déc.05]

 :: L'Amérique :: Emerald Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
Ginger Wealth
Invité
avatar
Ginger Wealth
Mar 16 Fév - 22:09


« Au bonheur des dames. »


Hildegarde Müller & Ginger Wealth.


Il y en a, des choses qui ont changé depuis septembre ! Les faire évoluer a d’ailleurs été un drôle de travail. Et même maintenant que je suis installée à Emerald, je me demande encore si j’ai bien fait d’avoir suivi ce chemin-ci. Oh, ce n’est pas que j’aie vraiment matière à me plaindre. Je suis logée et nourrie ici, et le travail est moins épuisant qu’à la blanchisserie de Brooklyn. Je suis la seule à m’occuper du linge, dans cette maison, et après presque quinze ans passés avec des collègues et des supérieurs nombreux, ça me fait bizarre d’être seulement avec moi-même. Pourtant, ça ne me déplaît pas vraiment. Je peux suivre mon rythme, et je n’ai pas à me préoccuper d’une apprentie ou d’une ouvrière. C’est juste… Si différent de Brooklyn.

J’ai mis du temps avant de me décider à propos de l’offre de Mrs Müller. Ce n’est pas que je n’y pensais pas – au contraire, j’y pensais sans arrêt – mais je ne savais pas pour quoi opter. Quand j’en parlais à Eddie, il était toujours contre. A la fin, j’ai arrêté de lui demander conseil, et je me suis adressée à mon amie Marlene Radley. Marlene a mon âge, quatre enfants, dont des jumeaux, elle s’est mariée à dix-sept ans, elle est devenue sans rêves ni espoirs. Je lui ai rendu visite un dimanche, avec Mel. Pendant que les enfants jouaient entre eux, on a discuté en fumant une cigarette. Marlene m’a dit que si une bourgeoise lui proposait une place à Emerald, elle prendrait le premier navire volant venu, et embarquerait pour le pays flottant. « Mes dents que je donnerais pour me tirer d’ici » a-t-elle dit en soufflant la fumée de sa cigarette. Je comprenais sa vision des choses, et après notre discussion j’ai bien senti que je voulais partir pour Emerald, mais quand je l’ai déclaré à Eddie, les choses se sont compliquées.

Mon mari se trouvait bien à Brooklyn, et il ne jugeait pas Mrs Müller digne de confiance. Il disait que son offre était arrivée trop vite, que si elle sautait ainsi sur la première ouvrière venue, c’était qu’elle ne proposait pas un emploi formidable. Il disait qu’on ne la connaissait pas, que je ne l’avais moi-même vue que deux fois : lors de notre soirée, et peu après, lorsque je lui ai rendu la robe rose au Riding Hood.
Je ne peux pas dire qu’il ait vraiment eu tort, en disant tout ça. Et je dois avouer que j’avais peur, moi aussi, de quitter la ville que j’avais toujours connue. Ça me terrifiait d’envisager de dire adieu à notre appartement, à nos voisins, à nos amis, à nos parents, à tous ces gens qu’on connaissait à Brooklyn. Pourtant, cette peur ne suffisait pas pour me donner envie de renoncer au projet de partir à Emerald.

Je ne sais plus très bien quand nous sommes arrivés à la solution suivante ; probablement après des soirées entières passées à discuter : je partirais à Emerald, seule, et une fois là-bas j’écrirais à Eddie et Mel, restés sur le sol américain. Je leur expliquerais comment est la vie, là-haut, et au bout d’un temps, si tout se passait bien, ils me rejoindraient tous les deux. Ça n’était pas du tout la solution idéale, mais on s’est mis d’accord pour que les événements se déroulent de la sorte.
Ça a été long et pénible d’expliquer notre choix à notre entourage. Avertir la famille d’Eddie a été la pire corvée à affronter. Sa mère n’arrivait pas à comprendre comment une femme pouvait s’envoler pour un pays étranger en laissant seuls son époux et son enfant. Elle ne disait pas ça méchamment. Elle était sincèrement étonnée par notre décision. Les sœurs d’Eddie, Anna Funky et Charlotte, m’ont regardée de travers. Elles avaient l’air de se demander pourquoi une bourgeoise voudrait m’embaucher, moi, et pas une femme n’ayant pas une réputation de… D’infanticide, comme dirait cette satanée Virginia.

Ma propre famille a été moins aigre. Il faut dire que ma sœur travaille à Manhattan, maintenant, et que mes frères ont leurs propres vies de jeunes adultes (Henry a vingt ans, et il essaie de poursuivre des études. Johnny en a seize, il est en pleine adolescence). Alors, tout ce qu’ils pouvaient faire était me souhaiter bonne chance. Nous sommes séparés, chacun plongé dans son existence.
Malgré tout, j’ai eu du mal à quitter tout ce monde qui est le mien. J’ai passé des heures éveillée, la nuit venue, à me demander est-ce que je prends une bonne décision ? Est-ce que ce que je m’apprête à faire sera bénéfique pour nous tous ? Je n’étais sûre de rien.

Eddie m’a juré mille fois qu’il s’occuperait de Mel le mieux possible. Ils s’entendent très bien, tous les deux, donc je n’étais pas inquiète pour eux. Je savais qu’ils se débrouilleraient. Mais l’idée d’être séparée d’eux me faisait vraiment de la peine. Quand nous nous sommes décidés à annoncer la nouvelle tournure de notre vie à Mel, elle m’a regardée sans comprendre. « Pourquoi tu pars ? » a-t-elle demandé. « Il y a de la place assez, à la maison ! »

Je n’avais jamais quitté Brooklyn, en vingt-cinq ans d’existence, alors prendre le navire volant pour Emerald a été une aventure. Je me sentais en décalage au milieu de tous les autres voyageurs. Ils avaient tous l’air content de partir, et la plupart étaient bien attifés, bien coiffés. J’ai eu comme un mouvement de recul, et j’ai bien failli ne pas embarquer avec eux.
J’ai tout de même fini par faire le voyage. En arrivant, j’ai eu l’impression de vivre un rêve. Je me suis retrouvée seule, dans un pays inconnu. La seule personne dont je connaissais le nom était Mrs Müller, et c’était comme voir un visage familier au milieu d’une foule d’étrangers.

Le mois de novembre et celui de décembre sont passés vite. En vérité, je me suis habituée plus facilement à ma nouvelle vie que ce que je craignais. La chose qui a été toute nouvelle pour moi a été d’avoir un lit personnel. Toute ma vie, j’ai dormi avec d’autres gens. Chez mes parents, je passais la nuit avec ma sœur et mes frères. Chez la cousine Patsy, je partageais le lit avec Carole, ma sœur. Puis je me suis mariée. Excepté le lit, j’ai rapidement trouvé des repères. J’ai écrit à Eddie au bout de deux semaines, et j’ai eu beaucoup de mal à lui décrire Mrs Müller. Je ne savais pas trouver les bons mots, ceux qui voulaient dire ma pensée. Alors, j’ai surtout écrit que j’avais hâte de les revoir, Mel et lui, qu’ils me manquaient, et que je leur enverrais une partie de mon salaire.

J’ai reçu une lettre d’Eddie aujourd’hui, ce 25 décembre. Comme il ne sait pas écrire – ni lire – c’était quelqu’un d’autre qui l’avait rédigée. La lettre parlait surtout de Mel, comment elle grandissait, à quoi elle jouait, comment elle supportait son père (c’était écrit tel quel). En la lisant j’ai eu un gros coup de nostalgie. J’avais vraiment envie de revoir ma fille. Elle me manquait terriblement.
Je pensais à elle en allant vers le magasin que tient Mrs Müller. Elle donnait une fête à l’occasion de Noël, et m’avait invitée à m’y joindre. Ça m’avait touchée qu’elle pense à moi, et en même temps angoissée à l’idée de me retrouver face à elle. Je ne savais pas quel vêtement mettre. Finalement, j’ai choisi la robe bleue que je portais lors de notre soirée à Brooklyn. Bref, en me rendant à La Voie pavée d’Or, je pensais à ma fille, et je me demandais quand j’allais la revoir.

Il neigeait à gros flocons, dehors, et il faisait glacial. Quand j’ai poussé la porte du magasin, la chaleur m’a fait du bien. Mais je ne savais pas de quelle façon m’annoncer. Mrs Müller m’avait dit de la retrouver là, mais il y avait du monde, et je ne savais pas comment il convenait que je me tienne.
Ginger Wealth
Revenir en haut Aller en bas
Hildegarde Müller
Glinda, la sorcière du Sud
avatar
✦ Libre pour RP ? : Libre !

✦ Double-compte : Reine Ronce, Sigmund Rammsteiner, Shísān Wǔ, Orendi

Mer 17 Fév - 23:04
La Voie pavée d'Or rutilait de milles feux. Le grand magasin avait été astiqué du rez-de-chaussée au sous-sol, les rampes avaient été cirées, les piles des produits dûment remis en place. Chaque couloir semblait tracé au cordeau, chaque pyramide érigée avec l'exactitude d'un ouvrier égyptien. On avait apprêté une salle, au second étage, afin de le transformer en salle de réception. Noël était présent à chaque recoin. Des guirlandes étaient suspendues en tout sens, dessinant des courbes gracieuses qui frôlaient les coiffures les plus hautes, et les cheveux de quelques hommes. Houx, rubans rouges, boules de gui et boules de Noël parsemaient le moindre recoin de la boutique. Les guirlandes s'enroulaient autour des rampes tels des serpents, le gui attirait les couples d'un soir, provoquant moult chuchotements chez les demoiselles encore non fiancées cherchant à attirer l'élu de leur cœur. Au sein de la salle de réception trônait le sapin, majestueux, sa pointe semblant vouloir atteindre le sommet du plafond.

Évoluant au sein de la foule bariolée des invités, Hildegarde Mûller jouait les patronnes. Sourire commercial aux lèvres, elle adressait quelques mots à chaque convive, marchant à petits pas si précipités qu'on aurait pu croire qu'elle flottait au-dessus du sol. À son habitude elle s'était vêtue d'émeraude, ceignant à son cou une écharpe vaporeuse, grossièrement tricotée qui dénotait presque dans son costume.

Avançant pas à pas dans la foule, Hildegarde saluait, faisant comprendre à tous qu'ils se trouvaient chez elle. Dans sa boutique. Sa seconde demeure.

« Mademoiselle Puccinni, c'est un honneur de vous voir parmi nous ! Comment se portent donc les écoliers de notre fringante institution scolaire ? … Monsieur Valjean, c'est un plaisir de faire votre connaissance. J'ai tant entendu parler de vos bienfaits pour la réhabilitation des indigents. Nous devrions avoir plus d'hommes de bien comme vous. »

Les noms se succédaient tandis qu'Hildegarde tentait de trouver la personne, la seule qui, au sein de toute cette cohue, elle avait invité par simple plaisir, et non par intérêt. La seule personne qui n'était ni du gratin de la ville d'Emerald, ni un actionnaire pouvant aider à fructifier son commerce, ni un adversaire qui pouvait troubler sa quiétude.

Elle finit par l'apercevoir en contrebas, par-dessus la balustrade, tache pastel au sein de la nuée bariolée que formait la masse des invités. Une pauvre petite fourmi travailleuse jetée dans une ruche bourdonnante d'abeilles aux couleurs de l'arc-en-ciel. Hildegarde dévala les marches, continuant de hocher la tête pour saluer les personnes croisées sur sa route.

« Mrs Wealth ! … Mrs Wealth ! »

Hildegarde agitait la main comme si elle brandissait un drapeau pouvant signaler sa position. Elle réussit à fendre la foule, le visage rougi par l'effort. La bourgeoise porta une main à son cœur, tout bonnement essoufflée.

« Je devrais arrêter les sucreries et les fritures, c'est mauvais pour ma santé. » Hildegarde releva le buste, inspirant lentement. « Mrs Wealth, vous voici donc ! Je craignais qu'il ne vous soit arrivé quelque fâcheux incident. Oh vous portez le chapeau que je vous ai offert ! Il vous va parfaitement ! »

Avec cette familiarité dont elle avait déjà fait preuve à Brooklyn, Hildegarde saisit le bras de Ginger pour le glisser sous le sien.

« Ce soir vous n'êtes plus ma domestique, mais mon invité. Ne vous étonnez pas si nous sommes... assaillies. Tous ces gens ne sont là que pour manger aux frais de la maison, profiter de mes largesses et tenter, si possible, de négocier quelques contrats juteux. Souriez-leur et ne craignez pas de parler. Ils diront plus de bêtises que vous, c'est indéniable. »

Hildegarde leva les yeux au ciel, sembla se rappeler de quelque chose.

« Oh et ne craignez pas de voir Finley. La cohue de ces réunions l'insupporte au plus haut point. Il est resté à la maison. »



Revenir en haut Aller en bas
Ginger Wealth
Invité
avatar
Ginger Wealth
Jeu 18 Fév - 21:35


« Au bonheur des dames. »


Hildegarde Müller & Ginger Wealth.


Je ne m’étais jamais retrouvée au milieu d’une foule de gros richards. Et je dois dire que c’était plutôt effrayant, d’être ici. Il y avait du monde partout, et la seule personne que j’aurais voulu retrouver était invisible. Un moment, j’ai eu envie de ressortir, de retourner sous la neige et de filer loin de ce magasin. D’autres personnes sont entrées après moi, un couple disparate ; un vieux de cinquante piges accompagné d’une jeune femme de mon âge à tout casser. Ce couple était bien habillé, tiré aux quatre épingles, il est entré sans crainte. La femme portait un manteau de fourrure noire, qui était plein de reflets à la lumière, et qui donnait envie d’être caressé, tellement il avait l’air doux. J’ai fini par avancer dans le magasin, en suivant ce couple qui bavardait dans une langue que je ne comprenais pas. Je portais mon vieux manteau noir, que j’aime beaucoup, mais qui me faisait honte dans cet endroit.

Je cherchais un singe ailé dans toute cette foule, mais je ne l’ai aperçu nulle part. J’ai failli me heurter à la jeune femme en manteau de fourrure, qui avait attrapé une robe blanche à volants dans les rayonnages, et qui s’exclamait bruyamment dessus. Même si je ne comprenais rien à ce qu’elle disait, j’ai supposé qu’elle implorait son mari (j’ai également supposé qu’il était son mari) de le lui payer. Je me suis éloignée d’eux, et à ce moment-là j’ai entendu une voix m’appeler. J’ai levé la tête et j’ai vu Mrs Müller qui descendait les escaliers à ma rencontre. Ça m’a vraiment soulagée de la voir enfin. Je suis allée vers elle à mon tour, en lui souriant. J’étais heureuse de la voir, de retrouver la personne pour qui j’étais venue dans cet endroit où je n’avais pas ma place. J’avais beau fouiller les environs du regard, il n’y avait personne de ma condition ici. J’ai pensé que les rôles étaient inversés, par rapport à la soirée de Brooklyn, et que je n’avais malheureusement pas l’assurance de Mrs Müller pour évoluer dans un monde auquel je n’appartenais pas.

Ça m’a touchée de remarquer que Mrs Müller portait l’écharpe que j’avais tricotée. En vérité, je l’avais d’abord tricotée pour moi, mais quand j’avais reçu le chapeau en cadeau, je n’ai pas voulu être en reste, et l’écharpe était tout ce que j’avais de plus beau à offrir. Je ne l’avais pas encore portée.
J’avais mis le chapeau offert par Mrs Müller, et quand elle m’a assuré qu’il m’allait bien, je n’ai pas pu m’empêcher d’être flattée comme une adolescente qui reçoit un compliment. « Merci » j’ai juste trouvé à dire. Et je me suis retrouvée peu après avec mon bras joint à celui de Mrs Müller. Ça me surprend toujours, cette facilité qu’elle a de nous mettre en contact l’une avec l’autre. Je ne me vois pas accompagner un de mes anciens supérieurs de la blanchisserie à Brooklyn de la sorte.

Mrs Müller m’a expliqué à quoi m’attendre venant de tous les gens qui nous entouraient. Elle m’a aussi expliqué que le singe avait préféré rester à la maison, qu’il avait en horreur ce genre d’endroit. « Je le comprends » ai-je dit sans réfléchir, avant de me rendre compte que ce n’était peut-être pas la meilleure chose à dire quand on a été invitée. Pour éviter de nous attarder là-dessus, j’ai demandé : « Vous vouliez que je fasse quelque chose en particulier ? Que je vous aide pour quelque chose dans le magasin ? » Je ne voyais pas pour quelle autre raison j’aurais été invitée ici. Si je pouvais être utile, ça ne me dérangeait pas d’aider.

Un peu après, le couple de bourgeois nous a rejointes. La femme tenait précautionneusement en main la robe blanche, et l’homme venait vers nous d’un air décidé. « Mrs Müller ! » s’est-il exclamé en arrivant à notre hauteur. « Quelle joie de faire votre connaissance ! » Il lui a tendu la main en souriant de toutes ses dents en or. « Je me présente, je suis Arnaud d’Alembert. Et voici mon épouse, Claudia » a-t-il dit en poussant légèrement la jeune femme vers nous. Elle nous a fait un bref sourire, mais elle n’avait pas l’air de comprendre l’anglais. Mr d’Alembert a aussitôt ajouté, en parlant uniquement à Mrs Müller : « Votre magasin est d’une rare richesse et les décorations sont très lumineuses ! J’ai ouï dire que vous faisiez un fructueux commerce. Loin de moi l’idée de vous forcer la main, mais que diriez-vous d’ouvrir une succursale de La Voie pavée d’Or à Paris ? Figurez-vous que je suis justement propriétaire d’un magasin d’habillage pour dames parisien. Il s’appelle A la Fortune du Pot. Si nous jumelions nos capitaux, je pense que nous récolterions beaucoup de bénéfices… »

Je ne comprenais rien à ce que Mr d’Alembert disait, même s’il parlait anglais (avec un accent). Je réentendais la phrase de Mrs Müller : ils diront plus de bêtises que vous, c’est indéniable. Ça avait l’air tout ce qu’il y a de plus vrai !
La jeune femme, Claudia, était face à moi, et elle paraissait ennuyée de ne rien saisir non plus de ce que racontait son époux. Nous nous sommes regardées, à un moment, et elle avait l’air de se demander ce qu’elle faisait là, au juste. Je ressentais un peu la même chose.
Ginger Wealth
Revenir en haut Aller en bas
Hildegarde Müller
Glinda, la sorcière du Sud
avatar
✦ Libre pour RP ? : Libre !

✦ Double-compte : Reine Ronce, Sigmund Rammsteiner, Shísān Wǔ, Orendi

Sam 20 Fév - 21:03
C'était bien là ce qui plaisait à Hildegarde chez Ginger : son sens du pragmatisme et de l'efficacité. Nombre de domestiques se seraient vêtues comme à un jour de fête, s'ensevelissant sous des tonnes de rubans et de colifichets pour jouer les « grandes dames » et ne pas paraître « terne » aux côtés des invités de Madame. Ginger, elle, demeurait fidèle à sa personne. Dans sa robe de petite facture, elle s'inquiétait du déroulement des festivités, et était certaine d'avoir été invitée pour s'occuper des préparatifs en second plan. D'avoir été invité en tant que domestique pour servir. La main gantée de Hildegarde tapota le poignet de Ginger.

« Vous vous méprenez Mrs Wealth. Vous allez être mon chaperon. Ma compagnie pour ce soir. Croyez-le, ou non, mais j'aie bien du mal à supporter ces longues veillées. Si cela ne tenait qu'à moi, je passerais le réveillon chez moi. Mais j'ai un commerce à tenir... »

Avec cela, le petit soupir de tragédienne.

Le couple Arnaud d'Alembert, et son épouse Claudia, arriva sur ses entrefaites, s’immisçant dans la conversation avec la politesse exquise d'un homme d'affaires. Le sourire de propriétaire fleurit sur les lèvres d'Hildegarde. Ses doigts se ressérèrent imperceptiblement sur le bras de Ginger. Hormis cette tension, rien ne laissait filtrer la véritable humeur de la bourgeoise.

« A la Fortune du Pot ! Voilà un nom bien français. L'on sent la bonne odeur du terroir et de cette culture du siècle dernier. Ma foi, vous m'intriguez, cher Monsieur. Nous pourrions en parler après les fêtes de Noël plus intimement ? Comprenez que, ce soir, je n'ai guère l'esprit à deviser chiffres et rendements. Nous nous devons de songer avant tout à la félicité entourant l'anniversaire du Christ et... Oh mais n'est-ce pas la robe de la dernière vague ? »

Hildegarde tendit son bras libre. Sa main agrippa un pan de la robe tenue par la demoiselle Claudia.

« La blancheur virginale sied aux femmes de votre gabarit. » Hildegarde jaugea la demoiselle de bas en haut, d'un œil expert. « Brune, avec une peau légèrement mate. Une vie à la campagne peut-être ? Personnellement je vous conseillerais le vert et le bleu, pour apporter un peu de couleur vive. Il faut m'excuser, Frau Claudia. La mode féminine est un thème qui m'a toujours tenu à cœur. Nous, les femmes, devons faire tant de sacrifices pour plaire aux hommes. Tant et si bien qu'on oublie de se plaire à soi-même. »

Une idée traversa l'esprit d'Hildegarde. Sa main libre battit l'air.

« Monsieur Arnaud, soyez bien obligeant et confiez moi votre dame pour ce soir. Nous allons la transformer en une princesse. Vous aussi, Mrs Wealth. C'est Noël après tout. Les miracles se produisent en cette sainte période !  Puis, après tout, nous nous trouvons dans un grand magasin. Lieu où tous les rêves sont possibles. »

Et où on pouvait créer une Cendrillon, toute prête pour le bal, avec quelques dollars.


Revenir en haut Aller en bas
Ginger Wealth
Invité
avatar
Ginger Wealth
Lun 22 Fév - 20:58


« Au bonheur des dames. »


Hildegarde Müller & Ginger Wealth.


Mr d’Alembert a eu l’air contrarié quand Mrs Müller lui a dit poliment qu’elle ne tenait pas à discuter sur leur association en ce jour de fête. Mais il s’est vite rattrapé. « Oui, bien sûr, je comprends » a-t-il affirmé en lissant sa moustache poivre et sel. En le regardant mieux, je me suis rendue compte qu’il était encore bien de sa personne, pour un homme de la cinquantaine. Il n’était ni gras ni trop ridé. Malgré tout, il n’attirait pas vraiment la sympathie. Je ne sais pas. Je n’arrivais pas à croiser son regard. Il regardait en haut, en bas, à côté, partout, sauf celle à qui il parlait.

Mrs Müller a fait dériver la conversation sur la robe blanche que Claudia d’Alembert portait à son bras. Elle lui a donné des conseils pour trouver une robe adéquate, et elle parlait tant et si vite que la pauvre Mrs Claudia n’a pas dû comprendre la moitié de ses propos. Finalement, Mrs Müller a proposé à Mr d’Alembert de nous confier son épouse, qu’on allait la transformer en princesse. Moi, je trouvais qu’avec son manteau de fourrure noire elle en était déjà une. La fourrure ondulait sous les mouvements de celle qui la mettait et j’avais l’envie bête d’y passer les doigts. Ça avait l’air si doux.

Mr d’Alembert a regardé Claudia avec un petit sourire, et de l’air qu’on prend quand on voit une personne qui est incapable de faire quelque chose de ses deux mains. Il a dû lui traduire ce qu’elle n’avait pas saisi, car il a parlé dans leur langue étrangère. Mrs Claudia a eu l’air vexée. « Je comprends anglais » a-t-elle dit d’une voix haut perchée. « Je l’ai apprise il y a…. Longtemps, dans l’école. » Elle faisait beaucoup de gestes pour remplacer ses mots. Elle a regardé Mrs Müller, franchement, à l’inverse de son époux. « Je veux bien votre aide pour la robe » a-t-elle ajouté, d’un ton moins agressif. « Je ne m’y connais pas très beaucoup. »

Mr d’Alembert a continué à la regarder de son drôle d’air. « Je vous attendrai à la réception » a-t-il dit. Puis il s’est penché vers Claudia : « Ma chère, faites les choix qui siéent ! » Je me suis demandé s’il faisait exprès de choisir les mots compliqués, pour la rabaisser. Mrs Claudia n’a pas répondu. Son mari s’est éloigné, et elle nous a regardées en souriant d’un air un peu gêné. « J’aime bien ça aussi » a-t-elle dit en touchant délicatement une robe qui était exposée non loin de nous. Elle était longue et bleue, avec des dessins de fleurs. Mrs Claudia a enlevé son lourd manteau de fourrure, l’a plié avec soin puis l’a posé sur une chaise à côté. Elle a doucement soulevé la robe et l’a mise à côté de son corps. « Vous en pensez quoi ? » a-t-elle demandé à Mrs Müller.

Pendant qu’elles discutaient, comme je n’avais pratiquement rien à dire, je suis restée un peu en retrait. J’avais enlevé moi aussi mon vieux manteau, et je l’avais mis à mon bras. Alors que Mrs Claudia parlait de ses robes hors de prix, j’ai osé caresser la fourrure de son manteau. Je n’ai jamais rien touché d’aussi doux ni d’aussi luxueux. C’était comme de l’eau sous la main. Je ne sais pas quels animaux avaient été tués pour faire ce manteau, peut-être des visons ? En tout cas ce vêtement était une merveille. J’avais envie de l’essayer. Mais Mrs Claudia a vu que j’y passais la main et elle a arrêté de parler pour me regarder de façon méfiante. « Vous faites quoi ? » a-t-elle demandé, et sa voix était bien plus sèche que quand elle s’adressait à Mrs Müller. J’ai rougi, mais je n’ai rien trouvé à répondre.


La robe de Claudia :
 
Ginger Wealth
Revenir en haut Aller en bas
Hildegarde Müller
Glinda, la sorcière du Sud
avatar
✦ Libre pour RP ? : Libre !

✦ Double-compte : Reine Ronce, Sigmund Rammsteiner, Shísān Wǔ, Orendi

Jeu 25 Fév - 22:48
Hildegarde eut un petit geste de la main lorsque Monsieur d'Alembert se détourna de la cohorte des dames pour rejoindre les autres invités. Un de ces gestes qu'on esquisse pour signaler « Bon débarras ! » sans en formuler les mots. L'Austro-Hongroise préférait nettement la compagnie des femmes à celle d'un homme, qui plus est parlant chiffres alors que Hildegarde n'avait plus que la mode à l'esprit. Elle hocha la tête d'un air affirmatif lorsque Miss Claudia plaqua la robe contre elle.

« Vous avez des omoplates marquées, cela les mettra en valeur. Avec un ras du cou, ce serait parfait. Nous n'avons qu'à l'ajouter avec celle qui a conquis votre cœur quelques instants plus tôt – la blanche. »

Hildegarde prit la robe des mains de Claudia, la pliant pour la déposer sur la chaise.

La voix de Miss d'Alembert claqua alors, avec la vivacité du fouet du cocher, tentant d'assommer une mouche agaçante. Ginger s'était figée, telle une enfant prise en faute. Hildegarde déposa la robe sur le dossier de la chaise, passa ses doigts sur la fourrure du manteau de Miss Claudia.

« Oh, effectivement, la fourrure est incroyablement douce. Je crois que c'est de la fourrure de Russie, non ? Je dois avoir quelques vêtements provenant de ce pays dans mes rayonnages. »

Discrètement, la main d'Hildegarde tapota celle de Ginger. La veuve se retourna vers Claudia, la rassurant d'un geste.

« Ne vous méprenez pas. Mrs Wealth, comme toute femme, est sensible à la beauté. Et votre manteau ne peut qu'attirer le regard. Je vous assure que Mrs Wealth n'a aucune arrière-pensée déplacée en agissant de la sorte. Je m'en porte garante. » assura Hildegarde en posant sa main sur son cœur.

En arrière-fond on pouvait entendre les rires des invités, et quelques échanges vifs. Hildegarde tapa ses mains l'une contre l'autre.

« Nous avons des robes, nous devons choisir les parures. Des chapeaux, des gants... Mrs Wealth, on ne vous entends guère. Que proposeriez-vous pour la suite ? »


Revenir en haut Aller en bas
Ginger Wealth
Invité
avatar
Ginger Wealth
Sam 27 Fév - 22:28


« Au bonheur des dames. »


Hildegarde Müller & Ginger Wealth.


Je me suis bien demandé ce que je faisais dans ce magasin. Mrs Claudia me regardait d’un sale œil et je me sentais mal. J’aurais donné n’importe quoi pour être au calme dans ma chambre, à tricoter des écharpes blanches. Mrs Müller m’a défendue, en expliquant que je m’intéressais à ce manteau parce qu’il était beau et attirant ; et je n’ai rien su ajouter. C’était bizarre. Je me sentais comme hors de la pièce alors que j’étais la cause directe de cette histoire de manteau. Plus tard, j’ai regretté de n’avoir rien dit.

Mrs Müller a évoqué la fourrure qui peut-être venait de Russie, et ça a distrait Mrs d’Alembert qui s’est mise à expliquer : « C’est Arnaud qui l’a offert à moi. » Elle avait l’air toute contente d’être ainsi gâtée par son mari qui faisait le double de son âge. « C’est un manteau qui a été dans sa famille avant, c’est du… Renard, je crois ? »
Pendant qu’elle détaillait toute cette satanée fourrure, j’ai senti la main de Mrs Müller sur la mienne. J’ai eu le réflexe bizarre de la saisir, quelques secondes, comme si je m’accrochais à elle. Puis je l’ai relâchée. Ça n’a pas duré longtemps, mais j’en étais remuée.

Mrs Müller nous a alors entraînées vers d’autres accessoires que recherchait Mrs Claudia. J’ai été invitée à proposer quelque chose, et là j’ai bel et bien retrouvé un sentiment que je côtoyais souvent vers douze ans. A ce moment-là, j’étais amie avec deux autres apprenties blanchisseuses de mon âge, Eugenia et Marlene. On était souvent toutes les trois, à discuter et à nous amuser comme on le fait à cet âge, sauf que fréquemment je me sentais en dehors du groupe. Eugenia et Marlene parlaient, et j’étais assise à côté d’elles, mais je n’avais rien à apporter à leur conversation – de toute façon, dans ces moments-là, elles n’attendaient rien de moi. Bref, je ne savais pas que treize ans plus tard, je retrouverais ce sentiment d’être là sans y être.

« Pourquoi pas ce chapeau-là ? » ai-je fini par hasarder, en en prenant un avec une plume d’autruche dessus. Il n’était à vrai dire pas très beau, mais la plume a fait impression sur Mrs Claudia. Elle l’a essayé et s’est regardée dans un miroir d’un air satisfait d’elle-même. « Vous avez des beaux articles ici » a-t-elle dit à Mrs Müller.
A ce moment-là, j’ai vu quelqu’un qui remontait la foule des gens pour nous rejoindre. C’était Mr d’Alembert. Il a appelé : « Claudia ! CLAUDIA ! » d’un ton comme apeuré, et une fois arrivé près de nous il lui a parlé très vite dans leur langue étrangère. Mrs Claudia a eu l’air perdue, puis elle a fait un geste vers ses robes comme pour dire : « et mes achats ? » Mais son mari en a fait un autre qui voulait dire : « laisse tomber. » Il regardait partout autour de lui comme s’il avait des sergents de ville aux trousses. « Je suis navré » a-t-il dit ensuite, en anglais et pour Mrs Müller. « Nous devons partir immédiatement. Un, euh… Un contretemps. Un membre de notre famille en difficulté. Je suis ravi d’avoir fait votre connaissance, en tout cas. » Il n’a même pas pris le temps de lui tendre la main. Il est parti comme un voleur, en entraînant Mrs Claudia à sa suite. Avant de disparaître, elle nous a adressé un geste d’excuse. Elle n’avait pas l’air de mieux comprendre la situation que nous.

Je me suis retrouvée seule avec Mrs Müller, et je dois dire que j’en ai été bien contente. « Qu’est-ce qu’ils ont eu, à votre avis ? » lui ai-je demandé, parce que ça m’étonnait cette histoire avec les d’Alembert. Le mari n’était vraiment pas à l’aise. Qu’est-ce qu’il avait pu faire ?
C’est là que j’ai remarqué la chaise. Mrs Claudia y avait laissé les robes et le chapeau, mais dans la hâte du départ elle avait oublié, en-dessous des robes, le manteau de fourrure noire. Elle avait dû être bien pressée pour le laisser là. « Elle l’a oublié » ai-je dit en montrant ce fameux manteau. Et j’ai eu l’espoir bête qu’elle l’oublierait pour toujours.


Les d'Alembert :
 
Ginger Wealth
Revenir en haut Aller en bas
Hildegarde Müller
Glinda, la sorcière du Sud
avatar
✦ Libre pour RP ? : Libre !

✦ Double-compte : Reine Ronce, Sigmund Rammsteiner, Shísān Wǔ, Orendi

Lun 29 Fév - 19:54
Hildegarde n'avait aucune idée de ce qui avait pu causer le départ des d'Alembert. Mais elle soupçonnait que l'histoire familiale n'était qu'une excuse boiteuse – tout est excusable dès lors que la famille est invoquée. Hildegarde rejeta les épaules en arrière, posant ses mains sur ses hanches.

« Je ne sais, mais son mari semblait avoir le Diable à ses trousses. Qu'a donc oublié cette dame, très chère ? » ajouta Hildegarde en se tournant vers Ginger.

Elle vit alors le manteau, ce splendide vêtement fourré de renard, abandonné. Dans la précipitation Mrs d'Alembert avait du l'oublier, emportée qu'elle avait été par la tornade qu'était son mari. Hildegarde souleva le vêtement, le soupesant entre ses mains. La fourrure l'alourdissait. Comme par jeu elle le mit sur les épaules de Ginger, recula de quelques pas pour observer son ouvrage.

« C'est que ça vous irait bien. Je suis certaine qu'avec un manchon assorti, vous seriez superbe ! »

Néanmoins Hildegarde reprit le manteau et alla le suspendre à un patère, de celles utilisées par les clientes qui y suspendaient leurs affaires entre deux essayages.

« Si jamais Mrs Claudia ne revient pas, j'userais de mes contacts pour retrouver son adresse. Ce manteau ne sera pas perdu à jamais. Il en va de mon honneur de gérante de rendre à cette dame ce bien si précieux ! »

Hildegarde avait déclamé les derniers vers (ou plutôt paroles), la main sur le cœur, l'autre bras levé comme si elle s'adressait à une foule en liesse. Mais à défaut d'applaudissements, une femme vint les rejoindre. Une rousse flamboyante dont l'épaisse chevelure formait des boucles sur sa nuque, le teint laiteux de sa peau rehaussé par le rouge de sa robe – couleur qu'on ne pouvait ignorer, s'accordant aux festivités. Ses narines palpitaient de fureur, et une rougeur marquait ses pommettes. Son regard glissa sur Ginger. Un haussement de sourcils se forma à la vue de cette domestique, de cette dame du peuple, au sein de la foule bigarrée. Nulle sourire n'étira ses lèvres, et sa voix était aussi crissante que des ongles grattant l'ardoise.

« Excusez-moi... » demanda-t-elle à Hildegarde, semblant retenir à grand peine que sa voix n'explosa dans les aigus. « Auriez-vous vu passé un certain Monsieur... d'Alembert ? »
« Il vient juste de partir par là. » indiqua Hildegarde en pointant, de l'index, la direction prise par le concerné.
« Merci. » La rousse fit volte-face, trottinant de toutes ses forces. On put entendre quelques secondes après sa voix hurler : « ARNAUD ! Cessez de me fuir, goujat ! Et qui est cette femme à votre bras ? »

Hildegarde hocha la tête, sourire amusé flottant sur ses lèvres.

« Voilà la réponse à l'énigme. Cette dame devait être une maîtresse éconduite de Monsieur d'Alembert. Et je crois qu'elle va être surprise d'apprendre que Monsieur a une épouse, ou une autre maîtresse. Ah, les frivolités... N'ayez crainte, Mrs Wealth. Il y aura du cri, peut-être un peu de sang si ces dames décident de se battre comme deux chats, mais rien de plus. Oh, des rires aussi. La foule aime se repaître des jeux du cirque. Rien n'a vraiment changé depuis Rome. Je parle, je parle mais... Profitons de cette soirée ! Mrs Wealth... »

Hildegarde enserra les mains de Ginger entre les siennes.

« Nous allons profiter de ce Grand Magasin et de la fête pour vous transformer en princesse. Vous connaissez le conte de Cendrillon ? Contrairement à elle, votre permission dépassera celle de minuit. Je peux déjà noter que vous aimez la fourrure. Quoi d'autre, encore ? Le blanc, les écharpes...Faites-moi l'étalage de vos goûts, n'ayez pas peur d'oser. Ce soir, c'est gratuit. Ce soir, c'est Noël ! »


Revenir en haut Aller en bas
Ginger Wealth
Invité
avatar
Ginger Wealth
Mer 2 Mar - 21:27


« Au bonheur des dames. »


Hildegarde Müller & Ginger Wealth.


Mrs Müller a pris le manteau que Mrs d’Alembert avait oublié, et me l’a posé sur les épaules. J’ai eu un drôle de sentiment en sentant la fourrure sur moi. C’était bien plus lourd que je l’aurais cru ! J’ai passé la main sur une manche, et à nouveau c’était comme toucher de l’eau tant c’était doux. J’avais du mal à croire qu’un habit pareil était sur moi. On me l’aurait raconté il y a deux mois, je ne l’aurais pas cru.

J’aurais bien gardé ce manteau une éternité, mais Mrs Müller l’a repris en disant qu’il était de son devoir de rendre à Mrs Claudia ce qui lui appartenait. Elle avait raison, bien sûr, mais j’ai été déçue tout de même. Je me suis bien gardée de le dire toutefois, et j’ai juste souri quand Mrs Müller s’est mise à parler comme si elle était au théâtre.

A ce moment-là, une dame rousse nous a rejointes, l’air furieuse, et nous a demandé où avait filé Mr d’Alembert. Elle a ensuite pris la direction indiquée par Mrs Müller en criant après lui. Ça a amusé Mrs Müller, qui m’a dit que cette femme rousse était probablement la cause du départ en quatrième vitesse des d’Alembert. Comme cette femme avait l’air très en colère, ma patronne a supposé qu’il y aurait une bagarre entre Mrs Claudia et elle. Ça ne semblait pas la déranger outre mesure, comme si elle avait l’habitude. J’ai été un peu surprise, mais je n’ai rien dit.
Je revoyais le regard de la femme rousse sur moi, et je me sentais plus que jamais en décalage.

Mrs Müller m’a évité de m’attarder là-dessus. Elle m’a pris les mains en me demandant ce qui me plaisait en matière de vêtements, qu’on allait profiter de la soirée pour me transformer, moi aussi, en princesse, que ce serait gratuit.
J’ai mis une bonne minute avant de comprendre entièrement les paroles de Mrs Müller. Pourtant, je n’ai réussi à articuler qu’un stupide : « Quoi ? » tellement je n’en revenais pas. Avec Mrs Claudia, il n’avait jamais été question de gratuité. Alors, pourquoi avec moi ?

J’ai vu deux femmes de peut-être trente ans qui passaient dans les rayonnages. Elles s’amusaient, discutaient, se montraient des articles et s’échangeaient des avis dessus. Elles étaient toutes les deux très élégantes. Une des deux avait une longue tresse de cheveux d’or, et la seconde de belles boucles brunes. Celle-là, avec les boucles brunes, portait une robe crème qui m’a attiré l’œil, un instant.
Je les voyais rire et bouger dans leurs tenues de bourgeoises. Et j’ai eu la question bizarre : pourquoi est-ce que je ne pourrais pas être comme elles ?

« J’aime bien la couleur blanche, bleue ou crème, mais moins le rose ou le vert clair ; avec des motifs comme des lignes ou des fleurs, et si je pouvais en profiter pour avoir un nouveau manteau… » J’ai dit tout ça assez vite, ça me faisait bizarre de donner ainsi mes goûts à Mrs Müller, et je ne savais pas par quoi commencer. J’ai regardé le vieux manteau usé que j’avais au bras, ses coutures commençaient à être fragiles.
Une autre question bizarre m’est venue, et sans réfléchir je l’ai dite à voix haute : « Si je portais une robe crème de La Voie pavée d’Or, la dame rousse me regarderait-elle encore de cette façon-là ? »
Ginger Wealth
Revenir en haut Aller en bas
Hildegarde Müller
Glinda, la sorcière du Sud
avatar
✦ Libre pour RP ? : Libre !

✦ Double-compte : Reine Ronce, Sigmund Rammsteiner, Shísān Wǔ, Orendi

Mer 2 Mar - 22:31
Chaque terme, chaque détail que lui offrait Ginger, Hildegarde les notait dans son esprit comme elle l'aurait fait dans un carnet. La gérante compulsait du regard ses rayonnages, soulevait des piles, des cintres, jaugeait du regard, en quelques secondes, si la tenue correspondait aux goûts et à la morphologie de Ginger. Si elles s'étaient retrouvées lors des heures d'ouverture habituelles du grand magasin, Hildegarde aurait pu exiger des employés d'ajuster les robes à la morphologie de Ginger. À défaut elle devait se contenter de trouver la perle rare, celle qui associerait tous les critères.

« Si je portais une robe crème de La Voie pavée d’Or, la dame rousse me regarderait-elle encore de cette façon-là ? »

Hildegarde leva le nez d'un portant, observant Ginger de la tête aux pieds. Non plus pour prendre, mentalement, ses mesures, mais étonnée par sa soudaine question.

« Vous posez là une interrogation fort pertinente. Approchez. »

Prenant une robe, Hildegarde la posa contre la poitrine de Ginger, eut un geste négatif. Les motifs ne s'accordaient pas avec l'Américaine – trop excentrique pour elle. Hildegarde répéta ce cérémonial avec d'autres robes, poussant Ginger à s'enfouir, de plus en plus profondément, au sein des rayonnages du magasin. Cela tout en continuant à tenir la discussion, comme si de rien n'était.

« Vous l'avez compris, la tenue vestimentaire joue beaucoup. Les apparences sont importantes en ce monde. Portez une robe distinguée, et vous serez adulée. Faites preuve de mauvais goût et on vous huera. Des réputations ont été ruinées par de simples robes. »

Hildegarde eut un sursaut à la vue d'une robe. Elle était là. La perfection. La femme l'ôta de son cintre délicatement, comme si elle maniait un être vivant. Menant Ginger devant un miroir, elle se glissa dans son dos, posant la robe contre la poitrine de l'Américaine.

« Mais même avec une belle robe, vous demeurez vous-même. Votre âme, elle, ne change pas. N'est-elle pas ravissante ? Avec les chaussures adaptées... Quoique, conservez les vôtres. Mieux vaut des chaussures dans lesquelles on est à l'aise. Puis la robe est assez longue pour ne rien montrer. Les cabines d'essayage sont à quelques pas. Aurez-vous besoin d'aide pour l'enfiler ? »




Revenir en haut Aller en bas
Ginger Wealth
Invité
avatar
Ginger Wealth
Ven 4 Mar - 21:54


« Au bonheur des dames. »


Hildegarde Müller & Ginger Wealth.


Je ne savais pas qu’il pouvait exister autant de robes dans un seul magasin. A Brooklyn, quand mes vêtements étaient vraiment trop usés et que j’allais en acheter des neufs, je ne passais pas beaucoup de temps à choisir. Je ne faisais pas très attention. Je prenais ce qui avait l’air le plus confortable et le plus pratique dans la vie quotidienne. Alors, à La Voie pavée d’Or, j’ai été impressionnée de voir qu’un rayonnage en cachait un autre, qu’il y avait assez de robes pour habiller tout New-York. Toutes avaient l’air si chères et si luxueuses. J’ai regardé le prix d’une robe rose pâle, par curiosité, et si j’ai bien calculé, quatre mois de salaire à la blanchisserie de Mr Funky auraient à peine suffi pour la payer.

Mrs Müller, par contre, était dans son élément. Elle fouillait dans les rayonnages, avec l’attitude de quelqu’un qui sait ce qu’il fait. Je la suivais, et j’ai remarqué que plus on s’enfonçait dans le magasin, moins il y avait de monde autour de nous. En un sens, ça m’arrangeait. Il faisait plus calme. Je n’ai pas entendu de hurlements ou de cris de guerre qui auraient signalé que Claudia d’Alembert et la dame rousse s’étaient mises à s’entr’égorger, ce qui m’a un peu rassurée.

Tout en parcourant les rayonnages, j’écoutais Mrs Müller me parler de l’importance de la tenue vestimentaire. Comme Mr d’Alembert ne m’avait jamais regardée, que son épouse ne m’avait parlé que pour m’interdire de toucher à son manteau de fourrure, et que la dame rousse m’avait dévisagée avec dégoût, j’ai supposé qu’elle avait raison. Elle cherchait des habits avec tant d’assiduité que j’avais envie de lui dire qu’elle se donnait de la peine pour rien, que ça ne me dérangeait pas de rester avec ma robe bleue (je l’aimais bien, cette robe, et Eddie m’avait assuré un soir que j’étais très élégante dedans) ; quand elle a attrapé une robe et me l’a tendue en me demandant si je ne la trouvais pas ravissante ?

On était devant un miroir, et j’ai vu le reflet de la robe, un assemblage de bleu et de crème, avec des motifs en spirale, de la dentelle aux manches, de la fourrure le long du col. Juste en dessous, je me voyais, avec mes cheveux désordonnés sous le chapeau que m’avait offert Mrs Müller. Je n’arrivais pas à m’imaginer mettre cette chose. Mais je n’avais pas envie non plus de contrarier Mrs Müller qui avait mis tant d’énergie à me trouver ce vêtement. Alors, j’ai pris le chemin des cabines d’essayages après avoir certifié que je saurais me débrouiller pour enfiler cette robe.

Les cabines étaient vastes et confortables, et une fois seule je suis restée interdite un moment. Je ne savais plus très bien où j’en étais. Dans la cabine voisine, j’ai entendu une dame interpeller son amie : « Les ont-ils mises dehors, les deux femmes qui s’étripaient à l’entrée du magasin ? » « Je l’ignore » a répondu l’amie, « mais le mari avait l’air d’être un joli salaud, ça oui ! » J’ai été étonnée d’entendre une bourgeoise (ça ne pouvait en être qu’une) prononcer le mot salaud. Je les croyais trop bien élevées que pour oser formuler des choses pareilles. Toutefois, celle qui avait traité le mari de salaud avait raison : Mr d’Alembert avait en effet une sale tête de profiteur.

Les deux dames ont continué de discuter, et je les écoutais distraitement tout en enfilant tant bien que mal la robe que Mrs Müller m’avait tendue. C’était plus difficile que je ne pensais ! Sur le devant, il y avait plein de boutons qu’il a fallu déboutonner puis reboutonner, un par un. Enfin, j’y suis plus ou moins parvenue. J’ai lissé les plis de tissu bleu, et j’ai osé affronter mon image dans le miroir.

Je suis restée immobile un instant. Les deux amies parlaient toujours, mais je ne comprenais plus rien à ce qu’elles racontaient, je n’entendais même plus. Je regardais fixement mon reflet, j’avais du mal à croire que c’était bien le mien. Jamais je ne m’étais vue comme ça. J’avais l’air toute changée. Je portais une robe chère, et elle m’allait bien. Vraiment. J’étais élégante. J’ai fait quelques pas pour m’habituer à avancer avec un accoutrement pareil, j’y suis arrivée sans trop de difficultés. Je me suis mise à sourire, j’ai tourné sur moi-même pour me voir de partout : et tout à coup j’ai été très contente d’être ici, pour avoir la chance d’essayer une robe pareille.

Je me suis sentie comme une petite fille qui est fière d’elle et qui veut montrer à ses parents la raison de sa fierté. J’ai écarté le rideau de la cabine avec la dentelle des manches qui me retombait sur les doigts, et j’ai appelé : « Mrs Müller ? » Je suis sortie tout à fait, en mettant mes mains sur les hanches comme je l’avais vue faire. « Comment me trouvez-vous ? » ai-je demandé en souriant. J’ai avancé un peu, pour le plaisir de marcher avec quelque chose de beau sur le corps. J’ai caressé la fourrure du col, qui faisait comme une écharpe douce. « Je ne m’étais jamais vue comme ça » j’ai expliqué, « je ne savais même pas qu’un jour je serais habillée de la sorte ! » J’ai ri, puis je me suis sentie si heureuse que j’ai agi sans réfléchir. « Merci infiniment » ai-je dit à Mrs Müller, puis je me suis approchée d’elle et je l’ai prise dans mes bras.
Ginger Wealth
Revenir en haut Aller en bas
Hildegarde Müller
Glinda, la sorcière du Sud
avatar
✦ Libre pour RP ? : Libre !

✦ Double-compte : Reine Ronce, Sigmund Rammsteiner, Shísān Wǔ, Orendi

Sam 5 Mar - 18:10
Hildegarde ne se retira pas de l'étreinte de Ginger. Elle souriait, partageant le bonheur de cette petite Américaine sortie des faubourgs, resplendissante dans sa robe. Le temps d'une soirée. Ce ne fut qu'au bout de quelques minutes que l'Austro-Hongroise s'écarta de l'Américaine, ses mains posées sur les épaules de Ginger, la regardant les yeux dans les yeux.

« Vous êtes époustouflante. Je suis certaine qu'Eddie, en vous voyant, vous redemanderez en mariage. Vous allez faire chavirer des cœurs. Il manque juste une touche... »

Glissant auprès d'un des rayons de la mercerie, Hildegarde attrapa un ruban crème qu'elle noua dans les cheveux de Ginger. Une touche de couleur pour rappeler la robe, ajouter un peu de féminité au sein de ces boucles brunes coupées à la garçonne. Hildegarde eut un hochement de tête appréciateur.

« Vous serez la princesse de la soirée. La seconde beauté du réveillon – après la mienne. »

Même accoutrée comme une grande dame, Ginger ne pouvait rivaliser avec l'extravagance de la maîtresse des lieux. Cette dernière leva les yeux sur un des cadrans suspendus au mur, fronça les sourcils en lisant l'heure affichée.

« Oh il est déjà bientôt minuit. Il va falloir que je leur dresse un petit discours sur le réveillon. Une bagatelle mais je ne dois pas leur faire l'affront d'oublier. Vous m'accompagnerez sur scène, Mrs Wealth ? Cela ne durera que quelques minutes. Le temps de leur souhaiter de bonnes fêtes. Ensuite... »

Hildegarde eut un sourire de connivence. Le sourire de la petite pensionnaire riant, sous cape, de sa future blague.

« Nous emprunterons quelques petits fours et nous irons dans mon bureau. Nous pourrons y respirer au calme et admirer les feux d'artifices qui illumineront toute la ville. »


Revenir en haut Aller en bas
Ginger Wealth
Invité
avatar
Ginger Wealth
Dim 6 Mar - 20:59


« Au bonheur des dames. »


Hildegarde Müller & Ginger Wealth.


Quelque part au fond de moi, je me suis fait la remarque que Mrs Müller et moi n’agissions plus vraiment comme une maîtresse et sa lingère. Mais je ne m’y suis pas vraiment attardée. Je me sentais bien, et j’avais envie d’oublier qu’il y aurait toujours du linge sale pour m’attendre, dans les jours à venir. J’avais envie de jouer à la bourgeoise. Quand Mrs Müller m’a dit qu’avec la robe que j’avais sur le dos, j’étais époustouflante, je n’ai pas pu m’empêcher de sourire jusqu’aux oreilles. Je ne me souvenais pas que quelqu’un m’ait jamais dit ça.

Par contre, lorsqu’elle a mentionné Eddie qui aurait été bien surpris en me voyant, j’ai eu un peu de tristesse. Ça m’a rappelé tout à coup que ni Eddie ni Mel n’étaient avec nous, et j’ai eu si envie de les revoir, pendant une minute, que ça faisait presque mal physiquement.

Mrs Müller m’a alors indiqué qu’il était quasiment minuit, et qu’elle allait devoir faire un discours pour tous les gens qui étaient venus au magasin. Je ne me rendais pas compte qu’il était si tard. J’avais l’impression que le temps avait filé à toute allure.
Je m’apprêtais à souhaiter bon courage à Mrs Müller pour son discours, quand elle m’a proposé de venir sur scène avec elle. « Sur… Sur scène ? Devant tous les gens ? » j’ai demandé, bêtement. C’est idiot, mais j’ai brusquement eu aussi peur que si elle m’avait ordonné de prononcer le discours à sa place. Même la promesse de la paix qui nous serait accordée ensuite, des pâtisseries qu’on dévorerait et des feux d’artifice n’a pas réussi à me rassurer.

A ce moment-là, les deux femmes qui étaient occupées dans les cabines d’essayage sont sorties. J’ai reconnu les deux amies qui s’amusaient en cherchant leur bonheur dans les rayonnages. Celle qui avait de belles boucles brunes était chargée d’une pile de vêtements, et celle qui avait une longue tresse blonde portait à son bras un manteau vert élégant. Elles bavardaient, mais quand elles nous ont vues, elles se sont tues. « Oh, mon Dieu ! » a dit la brune en venant vers nous. « Vous êtes Hildegarde Müller ? Enchantée ! On a tellement entendu parler de vous, en cherchant des articles dans votre magasin ! » Elle a réussi à extraire une main de sa pile d’habits pour la tendre à Mrs Müller. La blonde l’a également saluée, mais de façon plus calme. Elle s’est ensuite tournée vers moi et m’a dit : « Bonsoir, madame » en me tendant la main. Je suis restée interdite une seconde, puis je lui ai rendu son salut. La blonde me regardait sans dégoût, elle avait l’air de croire que j’étais une autre noble dame et que je méritais donc du respect. Ça m’a fait bizarre de me dire que je devais tout à cette robe bleue et crème.

« Nous allions rejoindre le reste de la foule pour écouter votre discours » a expliqué la blonde en s’adressant à Mrs Müller. « Nous n’allons pas vous retenir davantage, n’est-ce pas, Anaïs ? » a-t-elle demandé à la brune qui a confirmé : « Non, bien sûr. » Mais elle avait l’air déçue de ne pas rester plus longtemps aux côtés de Mrs Müller. Elles se sont éloignées peu après, et j’ai entendu la brune, Anaïs, qui demandait à la blonde : « Dites-moi, Rézi, vous connaissiez la femme qui était à côté de Hildegarde Müller ? »

J’ai regardé Mrs Müller. « Je veux bien vous accompagner sur scène » ai-je fini par accepter, mais tout était vraiment particulier ce soir-là.
Ginger Wealth
Revenir en haut Aller en bas
Hildegarde Müller
Glinda, la sorcière du Sud
avatar
✦ Libre pour RP ? : Libre !

✦ Double-compte : Reine Ronce, Sigmund Rammsteiner, Shísān Wǔ, Orendi

Lun 7 Mar - 19:24
Des clientes et des invitées, il y en avait de toutes sortes ce soir-là. Et, pourtant, lorsque Hildegarde rendit son salut à Mademoiselle Rézi, elle fut troublée. Non pas par la personne elle-même, une dame exquise, mais par le duo qu'elle formait avec son amie. Impression curieuse néanmoins Hildegarde avait la sensation de voir un reflet, légèrement déformé, d'elle-même et de Ginger.

C'était, tout bonnement, déroutant.

Si déroutant qu'il fallut quelques secondes à Hildegarde pour retrouver toute sa pleine lucidité, et répondre à Ginger.

« Vous êtes un amour, Mrs Wealth. Je vous promets que la torture ne sera pas trop longue. Venez. »

Hildegarde prit Ginger par le bras, la ramenant sous les lumières éclatantes du magasin. Les invités s'écartèrent, tel la Mer Rouge face à Moïse laissant toute amplitude à la maîtresse des lieux pour rejoindre le balcon de l'étage supérieur. Sur leur chemin les voix bruissèrent, la foule devint une ruche bourdonnante de rumeurs. Qui était cette dame qui accompagnait Mrs Müller ? Une amie ? Une proche amie ? Un membre de sa famille, peut-être. Une sœur cachée, une lointaine cousine ? Les rumeurs les plus folles succédaient aux théories les plus hasardeuses.

Le dos droit, le menton relevé, Hildegarde guida Ginger jusqu'à l'estrade, ce balcon qui surplombait les invités massés en dessous. Lâchant le bras de la blanchisseuse, Hildegarde ouvrit grand les bras.

Le spectacle était sur le point de commencer.

« Mesdames, messieurs, je vous remercie encore d'avoir fait le déplacement jusqu'à la Voie pavée d'Or ! J'espère que vous aurez eu la décence de ne pas lésiner sur les mets, mais d'avoir su conserver quelque dignité à ne pas abuser de l'alcool. Il serait malséant de finir aussi avinés que des tonneaux, et que les domestiques vous retrouvent, le lendemain, sous les tables, ou empêtrés dans les bras d'un amant dont vous n'avez pas même idée du nom. »

Quelques rires saluèrent les saillies. Le regard de Hildegarde accrocha une touffe brune de cheveux mal coiffée. Celle de Claudia qui, manifestement, s'était crêpée le chignon (au sens propre) et arborait, désormais, la mine défaite d'un chat de gouttière.

Hildegarde leva un bras en l'air, claqua des doigts. Au même instant les multiples boules de Noël, servant de décorations, explosèrent en une myriade de cotillons étincelants, couleur émeraude. Un domestique vint apporter une flûte de champagne à Hildegarde. Il en fit de même avec Ginger. Non sans lui adresser un regard étonné si jamais ils se connaissaient d'avant ce soir. Minuit sonna.

« Joyeux Noël ! » annonça Hildegarde, levant sa flûte. « Puisse le bonheur vous submerger, et votre vie être aussi étincelante que notre belle ville. Mangez, buvez, festoyez, profitez de la nocturne du magasin pour vous faire plaisir ! Mais rappelez-vous... la maison ne fait pas crédit. »

Des applaudissements accueillirent les dernières paroles d'Hildegarde qui, dans une envolée de dentelle, se retira du balcon.

« Alors Mrs Wealth, point trop bouleversée j'espère ? Mh, ce champagne est exquis. C'est bien le seul alcool que je me permets. Vous savez, j'en ai bu, fut un temps, en compagnie de la future tsarine Svetlana Ivanova. »

Discrètement, Hildegarde donna un coup de coude à Ginger.

« Je crois que vous avez fait sensation ce soir. Ils vous dévoraient des yeux. »


Revenir en haut Aller en bas
Ginger Wealth
Invité
avatar
Ginger Wealth
Mar 8 Mar - 22:15


« Au bonheur des dames. »


Hildegarde Müller & Ginger Wealth.


Finalement, ce n’était pas si horrible d’être devant tous les gens. C’était même agréable de se savoir regardée, encore qu’ils étaient sacrément nombreux ! Jamais je ne m’étais retrouvée ainsi devant une foule qui nous regardait et écoutait Mrs Müller parler avec attention. Au début, j’ai surtout observé les gens, j’ai remarqué qu’ils étaient tous bien convenables et bien respectables. Quelque part je me doutais qu’avoir la belle robe bleue et crème ne faisait pas de moi quelqu’un comme eux, mais j’avais envie d’y croire.

Et puis, quand les clients, les invités ont ri d’un mot de Mrs Müller, j’ai arrêté de les regarder tous pour écouter à mon tour son fameux discours. Elle n’avait pas l’air gênée ou effrayée par ces dizaines de personnes qui la fixaient des yeux et buvaient ses paroles. Elle disait les choses facilement et sans hésitation, naturellement. Elle arrivait même à les faire rire ! Je ne pouvais pas m’empêcher d’être impressionnée. A sa place, j’aurais été terrifiée à l’idée de parler face à cette foule.

Quand les décorations de Noël ont explosé, j’ai eu tout aussi peur, pendant quelques secondes. J’ai sursauté comme si les murs avaient commencé à s’effondrer autour de nous, alors que c’était juste des serpentins inoffensifs qui tombaient doucement sur le sol. Je n’ai pas compris comment ça avait pu se faire, mais je n’ai pas eu l’occasion de le demander. Un domestique nous a amené du champagne, et je ne l’ai pas refusé. Il faisait chaud, et après toutes ces émotions je me suis aperçue que je mourais de soif. J’ai reconnu la tête de l’homme qui m’a tendu un verre, et qui m’a regardée d’un drôle d’air, mais je n’ai pas réussi à retrouver son prénom. Merde ! C’était Robert ou Rudolf ? Je ne savais plus.

Mrs Müller a terminé son discours en souhaitant à tout le monde bien du bonheur, et j’ai prié intérieurement pour que, l’an prochain, je puisse fêter Noël avec Mel et Eddie, au chaud dans une maison propre, avec un bon repas et du vin de qualité. A propos de vin, j’avais tellement soif que le champagne n’a pas fait long feu.
Robert ou Rudolf est réapparu pour m’en donner un second verre, et c’était peut-être la chaleur, la fatigue, l’alcool ou tout ensemble, mais je me suis sentie détendue. J’entendais Mrs Müller me parler du champagne qu’elle avait savouré avec une grande dame, en souriant doucement. « Vous devez être quelqu’un d’important, pour boire du champagne avec une tsarine » ai-je dit, pour lui faire plaisir.

Parmi les gens qui maintenant retournaient s’amuser dans le magasin, il y avait une petite famille avec deux enfants. Le plus jeune des deux, une petite fille qui ne devait pas avoir plus de cinq ans, pleurait à cause de la fatigue (il était tout de même minuit passé) et de la peur qu’elle avait eue, comme moi, lors de l’explosion des décorations. « On dirait Mel » ai-je fait remarquer, parce qu’elle était toute blonde, et que de toute manière tous les enfants me rappellent Mel depuis que je ne la vois plus. D’y penser m’a rendue un peu triste, alors j’ai achevé mon deuxième verre de champagne pour ne pas m’y attarder (Mrs Müller avait raison, il était drôlement bon, ce champagne).

A ce moment-là, elle m’a assuré que les gens qui l’avaient regardée faire son discours m’avaient regardée aussi, et que j’avais fait sensation. C’est idiot mais ça m’a fait rougir, qu’elle dise ça. « Oh » ai-je répondu, stupidement, avant d’achever mon deuxième verre de champagne (pour me rendre compte que je venais de le faire et qu’il était vide), « mais c’était surtout vous qu’ils regardaient. Vous parliez si facilement et en disant des choses vraies… » Je ne pouvais plus m’arrêter dans mes conneries. « … ça m’a impressionnée, vous savez. Vraiment. »

Robert-Rudolf m’a encore sauvée en repassant près de nous et en me proposant un troisième verre. « Je suis contente d’être avec vous » ai-je dit à Mrs Müller, après qu’il se soit éloigné dans la foule avec son plateau et son costume impeccable. « Par contre, est-ce qu’on pourrait aller dans un endroit plus calme ? Les gens font tellement de bruit. » Je savais que j’avais encore bien des progrès à faire avant d’être une noble dame mais ça m’était égal. Entre les pleurs de la pauvre gamine épuisée et les innombrables conversations, j’avais envie de silence.
Ginger Wealth
Revenir en haut Aller en bas
Hildegarde Müller
Glinda, la sorcière du Sud
avatar
✦ Libre pour RP ? : Libre !

✦ Double-compte : Reine Ronce, Sigmund Rammsteiner, Shísān Wǔ, Orendi

Jeu 10 Mar - 22:53
Hildegarde surveillait, d'un œil, la consommation de Ginger. Le champagne ne pouvait pas vous enivrer, mais vous rendre pompette et vous délier la langue, ça oui. Hildegarde fit un geste à Rudolf pour lui intimer de ne pas servir Ginger une quatrième fois. L'austro-hongroise offrit, néanmoins, un sourire rayonnant à son interlocutrice.

« Oh si vous saviez pour la tsarine. Un imprévu. Le hasard. Un peu comme nous deux. » La main d'Hildegarde se posa sur le bras de Ginger. « Je vous raconterais cela dans les moindres détails, en privé. Rudolf ! » Le domestique apparut, comme par magie. « Ramenez du champagne, des toasts, tout ce qui est consommable et non encore digéré par mes invités dans mon bureau, voulez-vous ? Vous seriez un bave homme. »

Prenant le bras de Ginger, Hildegarde l'entraîna dans les confins du Grand Magasin. À l'étage où se lovait le bureau de feu son époux et où elle, veuve de Monsieur Müller, se devait de tenir les rênes du commerce d'une main de fer dans un gant de velours.

Le bureau était à l'image de sa propriétaire : tape à l’œil. Le vert se déclinait dans toutes les teintes, allant de la tapisserie vert pastel au vert bouteille des lampes qui, allumées, diffusaient une lumière claire qui nimbait votre peau d'un éclat émeraude. Hildegarde s'empressa d'indiquer à Ginger un siège où s'asseoir. Le bureau croulait sous les dossiers en cours de traitement, les bons de commandes à remplir, les contrats à négocier. Néanmoins une petite table demeurait accessible, un guéridon où l'on pouvait discuter autour d'un verre. Rudolf y avait déjà disposé une assiette d’amuse-gueules, deux verres et une bouteille de champagne.

« Ce Rudolf est un ange. Les gens se plaignent que les bons domestiques se perdent. Ils ne savent pas correctement les traiter, voilà tout. »

Hildegarde se laissa tomber dans son siège. Sa main attrapa une part de sponge cake qu'elle mâcha lentement.

« Je n'ai jamais été friande de la gastronomie anglaise. Ni de leur goût pour la gelée. Cela ne vaut pas un bon Strudel. »

Hildegarde étendit ses jambes, souleva légèrement pour ses jupes pour observer ses pieds, enfermés dans ses bottines.

« Je ne sens plus mes pieds. Il n'a rien de plus épuisant pour eux que de piétiner sur place. Je suis certaine que j'irais mieux si je les enlevais, mais je ne voudrais pas vous importuner avec mes odeurs. »

Petit rire de connivence vite effacé à la vue de l'expression de Ginger.

« Ma chère, vous sentez-vous bien ? Vous semblez perdue dans vos pensées... Ou est-ce ce sponge cake qui vous a retourné l'estomac ? »

Avec un geste presque maternelle, Hildegarde posa sa main sur le front de l'Américaine.


Revenir en haut Aller en bas
Ginger Wealth
Invité
avatar
Ginger Wealth
Dim 13 Mar - 21:33


« Au bonheur des dames. »


Hildegarde Müller & Ginger Wealth.


J’ai renoncé à l’idée d’essayer de m’y retrouver dans le grand magasin. J’avais l’impression qu’on traversait les mêmes rayons, qu’on croisait partout la même foule de gros richards qui s’écartaient très vite devant Mrs Müller. Comme s’ils avaient peur d’elle. La plupart la regardaient en souriant, l’air parfois faux, d’autres étaient trop absorbés dans leur fête pour faire attention à nous.

Leurs conversations qui s’entrecroisaient et la chaleur du grand magasin m’abrutissaient un peu. Je me suis sentie mieux quand on est entrées dans le bureau de Mrs Müller, et qu’on était juste nous deux. Il faisait enfin calme.
Le bureau en question était bien bizarre, tout en vert, et ce n’était pas vraiment ainsi que je l’avais imaginé. Je revoyais le bureau de Mr Funky, le patron de la blanchisserie à Brooklyn, et il ne ressemblait pas à celui-ci. Mr Funky avait une pièce étroite avec de l’humidité aux murs. Comme son bureau était surélevé, il pouvait nous surveiller d’en haut. Parfois on le voyait fumer une cigarette au-dessus de nous.

Au moment où je pensais à Mr Funky et à la blanchisserie à Brooklyn, Mrs Müller a parlé de Rudolf (c’était donc Rudolf, et non pas Robert) qui était un domestique avec bien des qualités. Je me suis demandé si elle me voyait aussi de cette façon. Si, un jour où elle ferait visiter sa grande maison à une amie bourgeoise, elle lui dirait : « Je suis contente d’avoir embauché Ginger Wealth, c’est une domestique avec beaucoup de qualités. » J’aurais pu me dire qu’au moins j’aurais été complimentée, mais de m’imaginer en domestique comme Rudolf ou… Comme moi-même, en train de récurer le linge, ça me déprimait.

Je pense que je n’avais plus les idées très claires. Rudolf avait eu la présence d’esprit d’apporter du champagne, et je nous ai resservies. C’était mon quatrième verre, mais ça m’était égal. Mrs Müller parlait, et je n’écoutais rien à ce qu’elle disait. Je revoyais la foule des richards, dans le magasin, et je n’arrivais pas à décider si j’avais envie de faire partie de leur monde ou non. Je ne sais même plus pourquoi je me posais cette question, bon sang. Peut-être qu’à force de les voir dans chaque rayonnage, tous si bien attifés et si bien coiffés, et moi au milieu d’eux, la question venait d’elle-même.
J’étais assise en face de Mrs Müller, et je l’ai regardée parler. Je n’arrivais pas à comprendre comment elle s’y prenait pour avoir l’air maîtresse des événements. A Brooklyn, au Rabbit Hole, elle paraissait plus à l’aise que moi.

Au-dessus d’elle, j’ai remarqué un petit tableau qui représentait un homme avec des cheveux bruns, un costume bleu marine et un visage qui ne souriait pas. Ses yeux avaient l’air froids, dans cette peinture, et j’ai eu l’impression qu’ils me dévisageaient sans pitié. J’ai dû avoir moi-même un drôle d’air en observant ce tableau, parce que Mrs Müller m’a demandé si tout allait bien. J’ai senti sa main sur mon front et c’est un geste qui m’a surprise. « Je regardais le tableau » ai-je dit, comme si ça expliquait tout.

Je n’aime pas tellement être maternée, aussi j’ai levé une main pour repousser celle de Mrs Müller ; quand il y a eu un grand bruit à l’extérieur et j’ai eu aussi peur que lorsque les décorations de Noël ont explosé. Alors, au lieu de repousser la main de Mrs Müller, je l’ai attrapée et serrée. Je l’ai fait sans réfléchir, pour me rassurer. C’était la deuxième fois que je me raccrochais à elle de la sorte.

En vérité, ce qui m’avait fait si peur, c’était simplement les feux d’artifice de la ville, qui débutaient à ce moment-là. La pièce verte a été illuminée de rouge, de doré et de bleu, et de voir ces lumières dans le ciel noir c’était un peu croire que les jours à venir seraient moins pénibles que les jours passés.
Ginger Wealth
Revenir en haut Aller en bas
Hildegarde Müller
Glinda, la sorcière du Sud
avatar
✦ Libre pour RP ? : Libre !

✦ Double-compte : Reine Ronce, Sigmund Rammsteiner, Shísān Wǔ, Orendi

Mer 16 Mar - 23:50
Hildegarde se tourna à demi vers le tableau qu'indiquait Ginger. Le portrait de feu son époux, Gerhard Müller. C'était bien là un des rares éléments de l'ancien bureau, avant sa complète rénovation, qui n'avait pas quitté la pièce. Hildegarde ouvrit la bouche pour apporter quelques précisions mais Ginger avait sursauté, et l'explosion des feux d'artifice résonna dans la pièce. Les tympans de Hildegarde vibrèrent de concert. Son regard se tourna vers l'horloge.

« Minuit, déjà ! Nous allons profiter du spectacle. Allons, venez, venez ! »

La main de Ginger tenant toujours la sienne, Hildegarde entraîna sa domestique sur le balcon. Non sans prendre les deux flûtes de champagne avec elle, poussant un des battants de la baie vitrée avec son coude.

En contrebas, la foule s'était amassée aux fenêtres, les ouvrant pour mieux contempler l'extérieur. Jusqu'à l'horizon, Emerald déployait ses quartiers luxueux, illuminés par les feux d'artifice. La ville d'émeraude se paraît de multiples couleurs, alternant comme si un arc-en-ciel s'était déployé sur la cité. Hildegarde tendit une des flûtes à Ginger, déploya son bras comme pour saluer la cité, cette ville volante qui semblait si loin de tout, enfermée dans sa propre atmosphère.

« À l'avenir ! Puisse-t-il être florissant ! » Hildegarde se tourna vers Ginger. « Puisse Emerald accueillir votre famille l'an prochain et vous apporter tout le bonheur que vous souhaitez ! »

Renversant la tête en arrière, Hildegarde but son verre d'une traite. La bourgeoise laissa échapper un soupir de satisfaction, passa sa langue sur ses lèvres pour recueillir quelques gouttes de champagne.

« Délicieux mais ça manque de quelque chose... »

De l'index, Hildegarde se tapota la lèvre inférieure. Un éclair traversa son regard, signe que son esprit avait fait mouche. Délaissant quelques instants Ginger, l'austro-hongroise retourna au sein du bureau, prit entre ses doigts gantés fraises et bouteille de champagne. Remplissant les flûtes vidées, Hildegarde y ajouta les fruits, s'amusant à faire tourner le verre.

« La fraise donne du fruité au champagne. Mais je dois vous avouer que j'aime gober la fraise imprégnée de champagne, directement. »

Plongeant deux doigts dans son verre, Hildegarde retira la fraise dans laquelle elle croqua goulûment. Puis présenta la moitié de fruit rouge, dégoulinante de champagne à Ginger, prête à lui donner la becquée.

« Vous voulez goûter ? »


Revenir en haut Aller en bas
Ginger Wealth
Invité
avatar
Ginger Wealth
Sam 19 Mar - 22:00


« Au bonheur des dames. »


Hildegarde Müller & Ginger Wealth.


Sur le balcon, on voyait encore mieux les lumières. Je me suis accoudée à la rambarde, et au-dessous de nous je pouvais deviner les gens dans le magasin qui regardaient aussi à travers les vitres. Certains les avaient ouvertes, alors on entendait leurs rires et leurs exclamations. Dans la rue aussi, il y avait beaucoup de monde. Il avait arrêté de neiger, mais sur les trottoirs il restait de la neige, et avec les lampadaires et les feux d’artifice, elle était pleine de paillettes. Il faisait froid, mais après la grande chaleur de La Voie pavée d’Or, la fraîcheur faisait du bien.

Mrs Müller et moi avons trinqué à un avenir « florissant. » J’ai pu remarquer que ma patronne savait avoir une bonne descente aussi, et ça m’a fait sourire. Un feu d’artifice nous a illuminées de rouge à ce moment-là.
Peu après, Mrs Müller est partie chercher quelque chose dans son bureau, et je suis restée seule un moment sur le balcon. J’ai respiré profondément l’air de la nuit, et j’ai regardé la ville aussi fort que possible, pour me souvenir de cette soirée d’or et de lumières. Les feux d’artifice se sont espacés, et j’ai commencé à avoir drôlement froid, alors je suis rentrée à mon tour dans le bureau vert.

Il était tard et j’étais fatiguée, aussi je n’ai pas pu m’empêcher de bâiller. C’était assez impoli et même en bredouillant un « Pardon » je me sentais gênée. Je suis retournée m’asseoir et c’était vraiment toute une affaire de s’asseoir avec la robe bleue et crème. Elle était très jolie mais pas tellement pratique.

Mrs Müller s’amusait à ajouter des fraises à l’intérieur de son verre de champagne, et au moment où je me demandais comment elle arrivait à se procurer des fraises en plein mois de décembre, elle m’en a tendue une à demi mangée. J’ai accepté d’y goûter, même si je m’attendais à un mélange peu ragoûtant ; ça s’est avéré plutôt bon. « Ça n’est pas mauvais » ai-je avoué en me mettant un peu plus confortablement dans le fauteuil où je m’étais assise.

Je me suis dit qu’il était temps de me lever et de prendre congé, mais j’étais si fatiguée que je suis restée dans le fauteuil. Je me sentais bien. Et puis, je n’avais pas envie de partir, de me retrouver toute seule, de rentrer dans ma chambre où il n’y aurait que moi, et personne pour m’attendre, personne pour dormir à côté de moi. Je préférais de loin rester près de Mrs Müller, malgré que je n’avais plus rien à lui dire. Mais le silence ne me déplaisait pas.

Un dernier feu d’artifice a explosé, sans que je prenne peur cette fois. J’ai regardé la pièce et Mrs Müller devenir dorées, un instant, et tout à coup j’ai eu envie de dire beaucoup de choses à celle qui m’avait invitée ici. J’ai eu envie de la remercier, de lui dire qu’elle me surprenait, de lui demander si elle croyait possible que Mel et Eddie viennent habiter avec moi, si elle me voyait vraiment comme une « domestique avec beaucoup de qualités », si c’était bien son mari sur le petit tableau avec ses yeux froids, si elle allait vraiment rendre le manteau de fourrure noire à Mrs Claudia, si tout était vraiment possible parce que ce soir était le 25 décembre 05, et comment elle faisait pour avoir des fraises en plein hiver ?
Pourtant, je lui ai juste dit : « C’était une très belle soirée. »

Ou peut-être que je n’ai rien dit, je ne sais plus. Les feux d’artifice terminés, le calme était revenu, et je crois bien que je me suis endormie dans le fauteuil du bureau vert.
Ginger Wealth
Revenir en haut Aller en bas
Hildegarde Müller
Glinda, la sorcière du Sud
avatar
✦ Libre pour RP ? : Libre !

✦ Double-compte : Reine Ronce, Sigmund Rammsteiner, Shísān Wǔ, Orendi

Lun 21 Mar - 22:27
La soirée s'était clos au sein du tumulte des feux d'artifices, au sein d'un bureau soudainement bien silencieux. Un havre de paix et de quiétude tandis que les vivats éclataient au rythme des explosions, que l'on s'embrassait sous le gui pour se porter chance pour les jours à venir. Hildegarde songea qu'elle aurait du mener Ginger sous une de ces boules blanches. Un peu par jeu, un peu par tentation. Ginger demeurait une mère, et une femme mariée. Elle n'était pas comme ces dames que fréquentait habituellement Hildegarde : épouses faussement fidèles venant la voir pour faire disparaître la honte d'une nuit passée dans les bras d'un amant. Ginger était pure. Comme une enfant elle demeurait pleine et entière, prenant à cœur ses convictions, demeurant elle-même même lorsqu'elle portait un déguisement.

Et puis on ne souille pas une mère de famille.

C'était pour cela que Hildegarde ne chercha pas à profiter du sommeil de sa domestique. Elle aurait pu lui voler un baiser, se gorger des lèvres saveur champagne. Mais ça aurait été un acte digne d'un indélicat. Le cœur de Ginger demeurait auprès de son époux et de sa fille. L'austro-hongroise n'avait, nullement, le droit de le leur arracher.

Si Ginger s'était laissée tenter par son offrande de fraise, avait saisi le message sous-jacent, elle aurait probablement tenté d'aller plus loin. Mais l'Américaine avait reçu le cadeau sans une once de sous-entendu, toute auréolée de pureté.

Si, un jour, Hildegarde devait se rapprocher plus intimement de Ginger, ce ne serait pas ce soir-là.

La patronne sonna Rudolf qui vint, en serviteur zélé, s'enquérir des souhaits de sa maîtresse. Sous son ordre on rapporta de quoi couvrir Ginger. Hildegarde étendit elle-même la courtepointe sur la domestique, la bordant au mieux comme si elle s'occupait d'une enfant. Cette nuit-là, Hildegarde ne dormit pas. À la lueur de la lampe posée sur son bureau, elle veilla sur Ginger, l'observant dormir du sommeil du juste.

Elle ne s'autorisa qu'un geste à son encontre : celui de déposer ses lèvres sur son front, comme en gage de protection.

Fin


Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé
Contenu sponsorisé
Contenu sponsorisé
Revenir en haut Aller en bas
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en hautPage 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Contes Défaits :: L'Amérique :: Emerald-
Sauter vers: