Fin septembre 05. Fricassée de corbeaux

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Shísān Wǔ
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Ven 19 Fév - 21:46
Suite direct du Festival des fantômes.

Le messager avait délivré la nouvelle après s'être incliné par trois fois, martelant le sol de son front. Les sourcils de l'empereur s'étaient froncés, imperceptiblement. En soit la nouvelle n'était pas si mauvaise. Un malfrat sous les verrous était toujours un malfrat de moins, un déchet que l'on pouvait rapidement évacuer en usant des châtiments appropriés pour graver, en sa chair, l'ignominie de son geste. Ce qui rendait l'affaire amère à avaler était d'apprendre que l'individu était potentiellement magique. Selon les gardes il avait pris les atours d'un corbeau mais, ce matin, l'être était redevenu totalement humain. Pouvait-on donc imputer une transformation ? La marque d'une sorcellerie ?

Le terme de « corbeau » n'avait pas laissé Shísān insensible. Le mot avait fait remonter, dans ses souvenirs, l'image de sa sœur aînée. Femme de beauté exquise qui, lorsqu'elle tombait le masque, offrait le profil d'un bec d'oiseau, et faisait bruisser milles plumes noires.

Et s'il était lié ? Un homme à sa solde ? Un fils qu'elle aurait engendré pour finir le travail qu'elle avait commencé ?

Cela semblait si impossible, et pourtant. Une de ses sœurs avait bien répandu tourment et déclin en allant s'acoquiner avec le futur Khan de Mongolie. La duplicité de ses sœurs ne semblait connaître aucune limite.

La salle de l'Harmonie Suprême accueillit l'empereur qui, prenant place sur son siège, fit signe aux domestiques d'ouvrir la porte. Les deux gardes qui avaient procédé à l'arrestation, la nuit dernière, poussaient, devant eux, le coupable afin de répondre de ses crimes. Dos rejeté contre le dossier de son siège, Shísān observa l'homme. Asiatique mais dont les traits différaient des Chinois, habit de voyage passablement couvert de poussière et abîmé par le temps. Un vagabond, sans nul doute.

« Relève-toi. » ordonna Shísān après que les salutations aient été menées.

L'empereur plissa les yeux, mais ne trouva nul trait, en ce visage, qui lui rappelait sa sœur aînée.

« Selon ces hommes... » De la main, l'empereur désigna les gardes. « Tu aurais fait usage de magie en te transformant en semi-corbeau. La magie est interdite en ces terres. Nul ne doit l'ignorer. Même le plus humble des paysans le sait. Mais prouve-moi que ces dires sont faux, et je pourrais me montrer... conciliant. »


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Tenkô Gou
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Dim 21 Fév - 9:54
Le corbeau emprisonné n’écoutait que d’une oreille distraite la présentation de l’empereur face à lui. Connaitre sa ligne généalogique ne l’intéressait que peu. Voire pas du tout d’ailleurs. Il venait de passer une nuit à – essayer de – dormir à même le sol, son estomac se tordait de douleur tellement la faim le tenaillait et ses muscles le tiraillait à cause des courses effrénées de la veille combinées à sa chute lors de son échappée ratée. En résumé, Tenkô tirait une gueule de trois bambous de long et portait des cernes aussi grandes qu’un panda. Lorsque sa majesté l’empereur des royaumes aux noms tous plus compliqués les uns que les autres lui ordonna de se lever, le simple flutiste le dévisagea avec animosité puis une incompréhension feinte. Un homme traduisait sur le côté, fort heureusement, mais pas en japonais. Or, l’ennuyant personnage qu’était ce corbeau avait décidé de ne pas faire d’effort. Il souffrait assez pour ne pas devoir en plus baragouiner en anglais ou espagnol. Non décidément, il préférait ne pas comprendre. Ses maigres fesses bien ancrées dans la chaise, Tenkô ne bougea pas.

Jusqu’à ce qu’un garde ne lui foute un coup dans le dos et ne le mette de force sur ses jambes. Le prisonnier tenait péniblement sur celles-ci et lorsqu’il fut lâché par le tas de muscle, il manqua de s’effondrer de justesse. Il posa une main sur le dossier de la chaise pour se soutenir, ayant l’impression d’avoir gagné vingt ans en une nuit.

L’empereur se remit à bavarder avec son air hautain. Tenkô continuait de rien comprendre à ce qu’il disait. L’homme tout maigre avec une moustache ridicule traduisait toujours. Le regard du captif se tourna donc vers lui lorsqu’il s’exprima enfin et en japonais. Il n’était pas d’humeur à faire des efforts après tout et ne voyait pas comment il se sortirait de cette situation. Cela lui donnerait au moins le temps de réfléchir à une réponse.

« Je comprends pas ce que vous dites. Personne ne parle japonais ici ? »

Malheureusement pour lui, son petit plan stupide et infantile ne fonctionna pas. M. Moustache parlait le japonais et lui traduisit consciencieusement tout ce qu’il avait raté. Tout. Même les présentations. Tenkô ne put que penser que leurs méthodes de torture étaient clairement au point.

Son estomac se permit de répondre en premier, lâchant un rugissement bestial qui n’embarrassa même pas le nippon. Au moins, le ton était donné. Il enchaina ensuite dans un rythme soutenu et en articulant de manière discutable.

« Vos hommes ont certainement subi une hallucination. J’en ai moi-même été victime. J’ai vu les esprits des morts errés dans la ville et m’attaquer. C’est là que vos soldats m’ont trouvé. Je n’ai jamais pris l’apparence d’un corbeau. L’eau de ce village est peut-être empoisonnée et cause des hallucinations, qui leur a fait croire que j’étais un semi-corbeau. Et qui m’a fait croire que des fantômes me poursuivaient. C’est la seule chose que j’ai consommé sur place et je ne vois pas d’autres explications… Majesté. »

Difficilement, mais parce qu’il espérait faire gober ses bobards, Tenkô se pencha comme le voulait la coutume nippone pour montrer son respect. Il espérait sincèrement qu’aucune plume ne se soit perdue dans sa chevelure…
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Shísān Wǔ
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Dim 21 Fév - 19:06
Un Japonais.

Voilà qui allait, en rien, arranger la situation du coupable. Les doigts de Shisan se crispèrent sur les accoudoirs de son siège. Il n'aurait plus manqué d'apprendre que l'homme avait un Anglais comme partenaire du crime pour atteindre le sommet de l'insupportable.

Professionnel, le conseiller servait d'interprète traduisant les paroles des deux interlocuteurs. Se fendant de quelques formulations peu enviables en désignant le coupable par « le vermisseau », tout en enjolivant le rang de l'empereur en choisissant les termes « sa Majesté impériale, Fils du Ciel ». L'homme était obséquieux et le faisait savoir. Ses minauderies n'avaient d'égal que la finesse de sa moustache.

Lorsque le coupable eut terminé sa plaidoirie, Shisan fit signe aux deux gardes de s'approcher. Les hommes firent deux pas en avant, fléchissant le genou et baissant la tête, offrant leurs nuques au regard impérial.

« Allez quérir de cette eau. Que nous puissions infirmer, ou confirmer, les propos de cet homme. »

Les deux gardes quittèrent la pièce. Un corbeau passa – à défaut d'un ange. L'empereur joignit ses mains.

« En attendant leur retour, discutons. J'ignore ton nom, vagabond japonais. Je constate seulement que tu trouves bien loin de ton pays. Un pays connu pour se rapprocher des... sanctuaires magiques. Un pays où les hybrides, monstruosités humanoïdes, sont considérés comme des dieux. D'odieux blasphèmes. »

Shisan se leva. Il descendit les quelques marches menant à son siège, se rapprochant du japonais. Son visage se pencha au point que leurs nez manquèrent de se toucher.

« L'affaire peut être rapidement conclue. Je te ligote les jambes, et te lance depuis le sommet d'une tour. Prendras-tu le risque de t'écraser au sol pour ne pas dévoiler ta nature ? Ou, oseras-tu te transformer, sous les yeux du public, pour sauver ta misérable vie ? Après tout... Pourquoi croirais-je en ton histoire d'eau empoisonnée ? »

Persuade-moi.

Le conseiller avait veillé à traduire chaque mot de l'empereur.


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Tenkô Gou
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Dim 21 Fév - 21:04
L’Empereur doutait. Ses demandes de preuves prouvaient son désir de justesse dans sa justice. Tenkô respecterait cela – possiblement – si ça n’aggravait pas sa situation. Quelques gorgées suffiraient à prouver qu’il mentait. Visiblement, ce chinois avait quelques problèmes avec les japonais aussi. Le corbeau n’était pas très calé en relations internationales. C’était un joueur de flûte, pas un ambassadeur. Et cela se voyait.

Ecoutant malgré lui la voix nasillarde du traducteur louant les mérites de son leader en traduisant ses propos, il ne put que penser que ce chinois était bien bavard. Ses remarques exprimant sa curiosité quant à son identité se noyait dans un flot d’insultes polies qui blasaient le japonais. Il avait juste faim. Il n’avait pas envie de subir ces idioties qui pourraient lui couter la vie. Mais qu’il le lance donc en haut d’une fenêtre ! Ça résoudrait ses problèmes aisément. Il volerait à tire d’aile au plus loin. Par-delà les frontières de ce pays hostile.

Et de ce visage beaucoup trop proche.

Tenkô ne put réprimer une grimace en sentant presque son nez toucher celui de son confrère asiatique. Leurs souffles se mêlaient. Ses poils se hérissaient à cette sensation. Que croyait-il faire ? L’intimider ? Sa méthode échouait si tel était le cas. L’oiseau était simplement dans un état d’inconfort, penchant vers le malaise. Mais rien de plus. A moins que ça ne soit son estomac vide qui ne veuille l’inviter à tourner de l’œil. Résistant, tenant toujours le dossier de cette foutue chaise où il ne pouvait poser son fessier, il planta son regard sombre dans celui au même éclat.

« Je m’appelle Tenkô Gou. »

L’accent du traducteur moustachu lui arracha une nouvelle grimace, d’agacement cette fois. Même pas capable de prononcer un nom correctement.

« Je joue de la flûte en voyageant à travers le monde. J’aide aussi les enfants perdus lorsque l’occasion se présente. »

Comprendre : « J’embarque des enfants avec moi quand j’en croise des suffisamment naïfs puis je les abandonne quand ils deviennent trop ennuyants. »
Ce n’était cependant pas une très bonne publicité et sa présence attisait suffisamment le courroux de l’empereur. D’autant plus que Tenkô était persuadé de bien faire lorsqu’il embarquait ces jeunes âmes, et ce malgré la vision cauchemardesque au village.

« Votre méthode serait surement efficace mais si je dis vrai – et je dis vrai – vous vous retrouveriez avec un innocent assassiné. Innocent qui par ailleurs partage votre point de vue sur la magie et a quitté son pays dans cette raison. Pour chercher des lieux plus accueillants et moins naïfs. »

Son ton était empreint de défi. Ferme et décidé. Tenkô essayait de sauver sa peau comme il le pouvait. Il était vrai que la magie n’était pas sa meilleure amie. La malédiction de la sorcière avait suffi à le dégouter en partie. Même si sa transformation comportait ses avantages. Celui de voler notamment. Grand avantage il fallait l’admettre. Mais le but n’était pas de défendre sa métamorphose, bien au contraire.

Le japonais se retenait difficilement de reculer d’un pas. Il ne voulait pas s’abaisser davantage et semblait faible – comme le traducteur – mais préférait garder la tête haute et froide. Et pas trop vide il l’espérait.

« Croyez-moi, si je pouvais me transformer en corbeau, ou semi-corbeau ou que sais-je, cela ne serait pas de bon cœur et encore moins par choix. »

Ses iris noires soutenaient celles face à lui. Il ne mentait pas directement. Il se contentait de détourner la vérité pour mieux mentir. Cela rendait ses propos plus convaincants et sincères, puisqu’ils l’étaient en partie…
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Shísān Wǔ
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Dim 21 Fév - 22:01
Tenkô Gou. Dans la bouche du traducteur, qui écorcha le nom, cela sonnait presque comme T'ien kou que les Japonais prononçaient Tengu. Démon à l'allure de corbeau au long nez proéminent. Les yeux de l'empereur louchèrent sur l'appendice nasal, y cherchant une longueur improbable pour étayer la théorie qui venait d'éclore en son esprit. Et si ce nom renfermait le secret de cet homme, y dissimulait sa nature véritable ? Un nom n'était jamais choisi à la légère. Allez savoir si ses parents ne l'avaient pas nommé sciemment ainsi pour faire honneur à son apparence, dissimulée, de corbeau.

L'empereur recula d'un pas. Ses longues manches bruissèrent dans un froufrou de tissus, faisant miroiter la soie jaune de l'habit impérial. Il avait l'allure d'un paon se pavanant face à une modeste corneille qui aurait chu dans sa basse-cour.

« Assis-toi, joueur de flûte. »

L'empereur demeurerait, pour sa part, debout.

« Tes compétences musicales ne m'intéressent guère. Que m'importe que tu saches souffler, ou que tu aies la bonté d'âme de t'occuper d'enfants qui ne sont pas les tiens. » Shisan secoua la tête. « C'est là une conduite plus propre à une femme qu'à un homme. »

Shisan se mit à marcher, à pas comptés, autour du siège occupé par le Japonais. Sa voix se faisait calme, modéré, comme si il la tenait en laisse. La domptait.

« Dois-je croire aussi en ce mensonge ? Un Japonais méprisant la magie ? C'est aussi cocasse qu'un Scandinave décidant de décimer les communautés féeriques. »

Une des mains de Shisan se posa sur le dossier de la chaise. À la gauche du Japonais, il demeura droit, aussi tendu que la corde d'un shamisen.

« Mais admettons que cela soit vrai... Serais-tu prêt à te retourner contre ce pays que tu as du fuir ? Serais-tu prêt à servir un des ennemis du Japon, distiller du poison au sein de tes terres natales ? Serais-tu prêt... à espionner pour mon compte ? »


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Tenkô Gou
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Mar 23 Fév - 19:23
Plus que s’asseoir, le prisonnier s’effondra de joie sur sa chaise en bois. Ses cuisses se réjouirent de ce soulagement soudain tandis que son fessier protesta un peu de la dureté du siège. Du regard, il suivit le manège de l’empereur qui visiblement avait besoin de se dégourdir un peu les jambes. Pour quelle autre raison tournerait-il ainsi en rond ? Tenkô ne cachait rien. Il avait déjà été fouillé consciencieusement par les gardes avant d’être jeté dans sa cellule sombre et humide. Sa besace lui avait été retirée. Il ne doutait pas que certains de ses souvenirs de voyage – passant pour des saletés étant donné qu’il collectionnait parfois de simples cailloux – finiraient abandonnés sur le sol chinois. Ça l’agaçait mais, au vu de sa situation, sa survie valait bien quelques pierres ou feuilles et un peu de sable. Sa flûte en revanche, il y tenait. C’était sa source principale d’argent et donc de nourriture.

Son estomac grommela à la pensée, peu désireux d’être oublié.

Ce fut au même instant que l’empereur – via son traducteur et sa voix nasillarde évidemment – proposa une offre insensée. Les yeux ouverts comme des fleurs de cerisiers en fin de mois de Mars, le japonais dévisageait l’auteur de cette absurdité. Espionner ? Pour son compte ? Mais espionner quoi ? Les villageois en train de simplement vivre au rythme des saisons ? Ses sourcils se froncèrent. L’incompréhension se transforma en méfiance. Cherchait-il à le piéger ?

Même s’il acceptait cette proposition aberrante, pourquoi l’empereur le croirait-il ? Une fois éclipsé du pays, Tenkô n’aurait aucune raison de revenir faire des rapports sur les siens auprès de l’ennemi. La stratégie n’était pas déplaisante d’ailleurs. Il lui suffirait d’éviter le sol chinois, ou toute délégation en déplacement. Facile avec des ailes. Cependant… peut-être qu’une position d’espion lui apporterait des bénéfices – outre sa survie présente – et cela l’intéressait davantage.

« En admettant que je sois prêt à le faire… »

Et le voleur d’enfants l’était tout à fait. Ce n’était pas les mauvaises actions qui l’effrayaient. Encore faudrait-il qu’il réalise leurs conséquences.

« Excepté éviter d’être lancé par la fenêtre, quels avantages me donneraient envie de revenir dans votre pays après avoir espionné à votre compte et m’être retourné contre ma nation ? »

Le rythme soutenu précédant du râleur refusant d’être compris s’était soudainement calmé. Les négociations l’intéressaient et il ne désirait pas que la tête de maquereau ne fasse une erreur due à une incompréhension.

Tenkô y allait en douceur cependant. Il ne souhaitait pas énerver l’empereur qui tenait sa vie dans la paume de sa main. Cette sensation de marcher sur une corde au-dessus d’une étendue de cendres brûlantes le tenait droit comme un i sur sa chaise et attisait les palpitations de son cœur nerveux. L’adrénaline rendait le tout excitant. Et cela plaisait au japonais aventureux.
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Shísān Wǔ
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Jeu 25 Fév - 22:46
D'un signe, l'empereur fit comprendre à un des eunuques d'aller quérir quelques denrées pour nourrir le Japonais. La méfiance demeurait, palpable, tel un fil trop tendu sur le point de rompre. La confiance n'aurait jamais lieu d'être entre eux deux. Shisan pouvait simplement tenter de tirer parti de cette situation imprévue, de cet homme qui ne semblait pas répondre au profil type des Japonais. Qui aurait cru qu'un natif de l'archipel nippon mépriserait la magie au point de quitter sa terre natale ?

« Espionner pour le compte de l'empire de Chine peut se révéler très lucratif. »

Shisan se détacha du siège, ses doigts effleurèrent l'accoudoir en veillant à ne jamais toucher Tenkô. L'empereur se posta face au Japonais, tandis qu'un eunuque disposait une table basse et un service à thé. La fragrance d'infusion au chrysanthème se fit sentir dès que le thé fut versé. L'empereur ne toucha pas à sa tasse, mais invita Tenkô à boire. Un bol de riz fut déposé auprès du thé. D'un ample mouvement de manche, l'empereur indiqua à Tenkô de se servir.

« Il semble que tu sois affamé. Fais taire les suppliques de ton estomac. Ils me dérangent. »

L'empereur ne souhaitait pas être interrompu par les suppliques d'un organisme réclamant sa pitance journalière. En attendant que le Japonais décide de se laisser affamer, ou non, Shisan prit sa propre tasse de thé et en but quelques gorgées.

« Parlons donc des... bienfaits d'espionner pour mon compte. »

En son fort intérieur, le Khan avait comparé l'empereur de Chine à une poupée. Il n'avait pas eu tort. Shisan avait des manières délicates. Il jouait de ses doigts pour mieux appuyer ses propos, un raffinement qui faisait songer à ces femmes européennes jouant de leurs charmes pour mieux plaire, ou plier un homme à leur merci. Le visage était un masque inflexible. Un sourire s'y forma, énigmatique.

« Espionner n'est pas une tâche aisée. Tu risques d'y laisser... des plumes. Mais le risque en vaut la chandelle. Cela t'excommuniera de ton jugement d'aujourd'hui, t'offrant une immunité diplomatique au sein de l'empire de Chine. Tu pourras accéder à certains... gaines pour te récompenser. De l'argent, des femmes, des hommes si tu préfères, des orphelins dont tu pourras t'occuper... Mais, le plus important, cela te permettra de te venger de ton pays. »

On annonça le retour des gardes, envoyés plus tôt, avec l'eau prétendument hallucinogène. Les deux hommes déposèrent un réceptacle empli d'eau, aux pieds de l'empereur. Ce dernier ne cilla pas, ne quittant pas Tenkô du regard.

« J'aimerais, d'ailleurs, savoir pourquoi une telle haine envers ta terre natale. »

Voir s'il se jouait de lui.


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Tenkô Gou
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Sam 27 Fév - 14:07
La rencontre prenait une tournure inattendue. De prisonnier prêt à être exécuté, le nippon devenait un possible atout dans la manche échancrée de l’empereur chinois. Le désir de vivre et le manque d’honneur de Tenkô le servaient grandement. Jamais n’aurait-il imaginé se voir offrir une place aussi prestigieuse que dangereuse. Il y avait un certain charme et une excitation indéniable à l’idée d’être un espion.

Espion.
Ce mot sonnait si bien.
Inconsciemment, l’orgueil du corbeau y prenait goût.
Le bol de riz aidait à réfléchir dans ce sens, à le convaincre que cette proposition n’était pas un traquenard. Plantant ses baguettes d’un geste hâtif, il tenta malgré tout de conserver une certaine retenue. Il ne s’agissait pas de faire changer d’avis le noble Shisan Wu à cause de ses mauvaises manières. Ce dernier continuait d’ailleurs de vanter les mérites du poste de délateur.

La scène aurait été parfaite. Tenkô aurait griffé son nom au pied de n’importe quel parchemin dans la seconde… si la vue de l’eau « hallucinogène » ne le rappela pas à la raison. Il était en train de se faire acheter – et à bon prix. Mais ses mensonges demeuraient, sa transformation existait encore. L’empereur suspectait-il toujours que l’histoire des gardes soit vraie ? Les iris sombres du japonais détaillèrent avec attention le visage face à lui. Seul un sourire flottait mystérieusement sur ses lèvres. Il était impénétrable. Ses pensées restaient complètement hors d’atteinte de la curiosité et la méfiance du corbeau.

La question délicate arriva. Inévitablement. Des détails sur son histoire survolée étaient réclamés.

Tenkô déglutit les quelques grains de riz qui trainaient encore dans sa bouche. Il retira celui qui s’était sournoisement coincé entre deux molaires à l’aide de sa langue. Langue qui allait devoir s’activer bien différemment et rapidement. Par où commencer ? Qu’avouer ? Sa malédiction, c’était sa faiblesse. Il ne désirait aucunement la dévoiler si aisément à un homme dont la confiance était douteuse. Plus que douteuse, Tenkô n’avait aucune confiance en ce chinois royal. Pourtant, ce dernier attendait des informations croustillantes, qui croquaient sous la dent. Le nippon se devait de divulguer en partie ses maux. Seulement la moitié. Mais quelle moitié ?

Le corbeau ou la stérilité.

Une gorgée de thé l’aida à raviver sa gorge asséchée par le dilemme. Son impuissance était une honte et ce qui le torturait au plus profond de lui-même, directement au niveau du cœur. Sa métamorphose incomplète en revanche était déjà sur la sellette. L’eau rapportée dévoilerait ses mensonges et le fil sur lequel il marchait avec prudence se briserait d’un coup. Et sa nuque avec.

La décision était donc prise et il annonça d’un ton solennel :

« Une sorcière m’a maudit. »

Lentement, le japonais défit sa tenue de voyage. Il découvrit son torse à la peau laiteuse et aux côtes saillantes. Ses épaules se dénudèrent alors que son regard se planta dans celui de l’Empereur.

« Elle a fait de moi… un monstre. »

Sa peau se hérissa de plumes ébènes. Sa chevelure disparut dans le plumage et son visage englouti ne laissait plus qu’apparaitre un long bec pointu aussi noir que le reste et deux billes luisantes à la place de ses yeux.

D’un mouvement brusque, peut-être trop brusque, Tenkô ouvrit grand ses ailes. Laissant admirer l’horreur de son corps une fois transformé.

Mi-homme, mi-corbeau.

Sa voix s’éleva en résonnant dans sa cage thoracique tandis que le ton moqueur d’un croissement de corbiau s’y mêlait.

« Quelle personne saine d’esprit désirerait ressembler à une abomination pareille ? »

Certainement pas lui.
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Shísān Wǔ
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Dim 28 Fév - 18:31
Ce fut la cacophonie, la débâcle, le chaos. Le conseiller manqua d'en avaler sa moustache – il l'aurait fait s'il avait pu. L'homme se rua derrière une des sculptures de dragon ornant la salle du trône, se plaquant derrière comme si la représentation de cet animal sacré saurait le protéger de cette apparition monstrueuse. Les gardes portèrent la main à leurs armes, prêt à tirer sur la créature. Seul l'empereur ne bougeait pas, fixant, observant. Sa bouche s'était plissée en une moue de dégoût.

Les plumes, les ailes entrouvertes, le bec courbé – tout rappelait en cet homme la sœur aînée maudite, cent fois maudites. Celle qui avait lancé le massacre par ses imprécations.

Depuis ce jour Shísān haïssait les corbeaux. Les décimer à coups de flèches, et les transformer en fricassée – voilà qui lui aurait fait plaisir. Idée qui lui effleura l'esprit face au Japonais transfiguré. Néanmoins cette transformation demeurait intrigante. L'homme avouait là, sans ambages, la vérité, mettant à bas le mensonge qu'il avait tenté de tisser. Il fallait croire que la tentation de se lancer dans l'espionnage était plus importante que sa propre liberté.

« Baissez vos armes. » ordonna l'empereur aux gardes qui obtempérèrent, non sans demeurer raides, inquiets de se retrouver dans la même pièce qu'un homme pouvant se transformer en monstre.

« Saurais-tu me dire à quoi ressemblait cette sorcière et de quand date cette transformation ? Si cela se trouve, je connais cette femme... »

Il se raccrochait à cette idée, à cet espoir creux que Tenkô et sa sœur aînée étaient liés, par les voies de la magie. N'aurait-ce pas été une vision magnifique ? Suivre un corbeau pour tomber sur un autre. Cette femme, qui avait souhaité sa mort, il souhaitait la sienne plus ardemment encore.

« Effectivement, ton apparence est... déplorable, grotesque, et hideuse. Tu ne dois pas pouvoir approcher d'enfants avec une telle figure. Faisons donc un marché, ignoble corbeau. Travaille pour moi et, je pourrais mettre fin à tes souffrances. Trouver cette sorcière, l'obliger à retirer ce qu'elle a tissé et, puis, la tuer. »

Shísān agita sa main droite, masquée par sa large manche.

« Reprends donc figure humaine. La vision de ta... transformation me donne la nausée. »

Et des sueurs froides. De sinueuses sueurs froides glissant sur son dos avec la langueur d'anguilles.


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Tenkô Gou
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Ven 4 Mar - 19:19
Un simple ordre de l’Empereur brisa la tension étouffante de la pièce. Le corbeau se détendit légèrement tandis que les soldats baissaient leurs armes à contre cœur, ne quittant pas pour autant des yeux la menace. Le traducteur sortit tremblotant de sa cachette pour permettre aux deux hommes de se comprendre à travers ses paroles. Son « Fils du Ciel » adoré demeurait de marbre face aux ailes ébènes. Ou presque. Un air de dégoût trônait sur son visage et Tenkô ne put lui en vouloir. Emporté par l’esprit joueur de l’oiseau, il se permit un regard moqueur au traducteur dont les genoux offraient des rythmes hispaniques à leurs tympans. Il suivit ensuite les ordres traduits par la voix tremblotante et reprit sa forme précédente, bien moins désagréable pour les yeux et les nerfs de son public. Son éclat d’audace hautain disparut aussi rapidement qu’il n’avait surgi et pudiquement, Tenkô recouvrit son torse en resserrant fermement le haut de son kimono.

La franchise de Shisan était appréciée par le maudit. Il préférait cela qu’un mensonge évident sur son physique effrayant. Il était monstrueux. Cela ne se décrivait pas autrement. C’était un fait dont il était averti depuis quelques années déjà.

« Je n’ai vu cette femme que peu. Dans mes souvenirs, elle possédait une longue chevelure noire et surtout un visage dur, méprisant. Il y avait une lueur mesquine dans son regard et quand je l’ai remarqué, c’était trop tard… »

Il réfléchissait à la scène. Malheureusement, la sorcière n’avait que peu accaparé son regard… Le sang sur les cuisses de sa bien-aimée demeurait bien plus ancré dans son esprit que les traits tirés de la bridée. Un détail lui revint cependant en mémoire. Frappant. Comment avait-il pu omettre cela ? C’était si évident et énorme.

« Oh et, de ses manches, il dépassait quelques plumes. Aussi sombres que les miennes donc de corbeau je suppose. Mais ses mains étaient tout à fait humaines. »

C’était important. Il n’avait donc pas été transformé en corbeau par hasard.

Son regard se perdit sur le visage indéchiffrable de l’Empereur. Par quel hasard pouvait-il connaitre la mère de sa chère et tendre qui vivait au Japon ? Lui qui haïssait ce peuple et leur usage de la magie. Tenkô avait du mal à suivre mais il sentait bien qu’il s’embarquerait sur un terrain glissant en le mentionnant. Sa position déjà peu assurée ne lui permettait pas de prendre des risques aussi insensés. Sa transformation avait été suffisamment osée comme cela.

« Je ne peux malheureusement pas décrire plus. Je ne l’ai pas assez rencontré pour me souvenir d’elle. Mais si je la revois un jour, je ne me tromperai pas. »

Et il récupéra le bol de riz pour le terminer le temps que le noble balafré fasse à lui ne réfléchisse ou monologue un peu.
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Shísān Wǔ
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Sam 5 Mar - 19:01
La brûlure se rappela au déplaisir de l'empereur. Douleur fantôme qui se coupla au rire grinçant de cette sœur dont le visage, aperçu qu'une fois, dans la lueur tamisée d'une chambre, l'avait tant frappé qu'il avait été gravé dans sa mémoire. On n'oublie pas, si facilement, le visage de celle qui a tenté de vous occire. Les doigts de l'empereur caressèrent la peau crevassée, à jamais marquée. La douleur se poursuivit en vagues dans tout son corps, lui arrachant des frissons.

Le joueur de flûte lui offrait quelques maigres os à ronger. Mais il saurait s'en contenter. L'affamé bénit les grains de riz qu'on lui offre. L'empereur acceptait cette menue offrande qu'était le témoignage de ce Japonais déraciné. Oh elle rirait sa sœur de le voir ainsi. Elle rirait de voir son cadet demander le secours d'un corbeau pour mieux en détruire un autre.

« Cette femme... » La voix de l'empereur était tendue, vibrante d'une fureur difficilement contenue. Non pas adressé au Japonais, mais à celle qu'il avait mentionné. « Ce que tu m'en dis... Correspond au profil d'une criminelle que tout mon empire recherche depuis des années. »

Personne ne savait que les douze criminelles recherchées par l'empereur n'étaient autre que ses sœurs. Toute la Chine avait été dupée par les douze corps, brûlés au sein de la Cité Interdite. Personne n'avait même songé qu'un échange avait pu être commis et que les princesses étaient encore en vie. L'empereur n'allait probablement pas livrer ce secret au premier venu. Son potentiel espion devait savoir se montrer efficace avant que de pouvoir se rapprocher de lui et obtenir quelques secrets à se mettre sous la dent.

« Je me ferais donc une joie, sois en certain, de mettre fin à ses agissements. J'en fais même une affaire personnelle. »

Aucune de ces paroles n'était un mensonge.

L'empereur claqua des doigts. Un eunuque vint, au même instant, auprès de lui, s'inclinant profondément.

« Amène de quoi écrire. Mon conseiller rédigera le contrat qui liera cet homme, Tenkô Gou, à ma personne. »

Shisan se pencha vers Tenko.

« Lorsque tu auras apposé ta signature, ta vie m'appartiendra. Si jamais tu oses me trahir, tu en payeras le prix. »

C'était sans appel.


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Tenkô Gou
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Mar 8 Mar - 21:33
Si la réaction puissante de l’Empereur surprit quelque peu le prisonnier, ce dernier en fut cependant relativement enchanté. Si cet homme devenait son allié – bien que ça soit plutôt dans l’autre sens – il possédait toutes ses chances de détruire le sortilège et de réduire à néant cette vile sorcière. Peut-être même pourrait-il épouser sa fille et fonder à nouveau une famille avec elle ! Un frisson d’espoir le traversa. D’espoir et d’impatience. Il pourrait enfin vivre heureux avec son aimée et son enfant. Que ça soit au Japon ou en Chine. Cela lui importait peu. Il désirait simplement sa famille et redevenir l’être banal qu’il était avant… Ou le souhaitait-il réellement ? Les voyages viendraient à lui manquer inévitablement. Les découvertes, les aventures. L’excitation de l’inconnu ! C’était une bouffée d’air frais qu’il appréciait grandement. Mais peut-être sa charmante nippone accepterait-elle de l’accompagner sur les grandes routes ? Un mince sourire s’étira brièvement sur son visage à cette pensée. Le temps d’une seconde avant de s’effacer. Il ne s’agissait pas de montrer trop de réjouissance face un homme d’une telle puissance. La méfiance demeurait de mise.

Un eunuque s’éclipsa après avoir reçu ses ordres. Le traducteur et conseiller se retint de traduire ce passage. Petite vengeance pour la frayeur occasionnée par le corbeau et son regard moqueur probablement. Tenkô n’eut le temps de lui lancer un air agacé que les menaces tombaient déjà. Il planta donc ses iris sombres dans celles de l’Empereur. Ce simple échange silencieux suffit pour montrer que le message était très clair mais pas qu’il n’était accepté. Le nippon le fixa un temps en silence, ne voyant pas l’intérêt de s’exprimer à ce sujet puis finalement céda. Il courba l’échine, abaissant légèrement la tête pour montrer sa soumission tandis que son regard qui s’était montré presque défiant se masquait derrière ses paupières. Les dés étaient joués. Il ne restait plus qu’à apposer sa griffe sur un simple papier et sa vie se tiendrait dans la paume de cet Empereur.

Les feuilles arrivèrent rapidement, portées par l’eunuque silencieux. Tenkô observa le remue-ménage calmement. Il avait récupéré sa tasse pour boire le thé offert. Ses paupières se fermèrent tandis qu’il se laissait presque bercer par les échanges en chinois autour de lui. La langue n’était pas désagréable à l’oreille. Aucun mot ne lui semblait familier alors il profitait seulement des sonorités si différentes des siennes. Les tons se haussèrent pourtant soudainement et cela attisa son attention. Ouvrant un œil par curiosité, il se retint presque difficilement de pouffer en voyant que le conseiller avait cassé sa plume. C’était embêtant pour écrire en effet et le pauvre eunuque subissait les colères de Fine Moustache pourtant seul responsable de cette maladresse. Esquissant un mince sourire, le japonais glissa sa main dans ses cheveux. Ses doigts séparaient les mèches, les démêlant calmement et au bout de quelques passages, il finit par trouver son bonheur.

Une plume.
Une belle plume noire.

Lentement, dans un geste qui pouvait passer pour provoquant, le corbeau tendit sa plume.

« S’il vous plait. »

Son air se montra pourtant d’une politesse sans égale, tout comme ses mots et après une hésitation et l’autorisation de son Empereur chéri, le conseiller-traducteur-bouffon se décida à s’emparer de la plume pour rédiger. Tenkô finit sa tasse de thé pendant ce temps et referma les yeux pour se reposer.

Son prénom déformé par l’accent le sortit de sa somnolence. L’Empereur et son conseiller avaient visiblement fini de jacasser et de gratter sur le papier. On lui tendit donc la feuille aux inscriptions incompréhensibles. Le moustachu traduisit solennellement le texte et Tenkô manqua de se rendormir. De toute façon, s’il ne signait pas, il était mort. La décision était facile. Récupérant sa plume, il apposa sa signature au bas de la page.

Tenkô Gou était maintenant un espion au service de l’Empereur de Chine.

Et pourtant, malgré un léger frisson d’excitation et une tension réduite, il se sentait toujours aussi éreinté par sa nuit en prison.
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Shísān Wǔ
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Jeu 17 Mar - 20:43
Par les vertus de l'écrit et de l'administration chinoise, la vie du Tengu était, désormais, étroitement liée à celle de l'Empereur de Chine. Les papiers signés par les deux partis furent repris par l'eunuque qui, les tenant entre ses mains dans un geste cérémonial, les rapporta au sein du Palais de la Pureté Céleste, cabinet de travail impérial et salle des archives. D'un geste de sa longue manche, Shisan fit signe à Tenkô de se lever.

« Viens. Le repas ne semble pas t'avoir totalement redonné des couleurs. Tu es presque aussi pâle que ces Peaux Blanches. L'atmosphère des jardins te fera le plus grand bien. »

Il serait mal avisé de perdre un espion simplement à cause d'une santé chancelante. Le conseiller les suivit, quelques pas, assez près pour pouvoir continuer à jouer les traducteurs, tout en conservant une certaine distance afin de conserver un cercle intime envers l'empereur. Les jardins de la Cité Interdite n'avaient pas le faste des parcs européens. La nature y était réduite à sa simple expression. Les multiples ponts, en bois peint de rouge, surplombaient des canaux où s'ébattaient des carpes colorées. Des pierres plates dessinaient de sinueux chemins au sein de l'herbe afin que le pied de l'homme n'entacha pas même un brin.

L'empereur stoppa sa marche sur un de ces ponts. Son regard suivit le parcours d'une carpe, sa queue créant des cercles sur l'eau.

« Te sens-tu mieux ? » Il posa la question sans même se tourner vers Tenkô. « Sinon je puis faire appel à un de mes médecins. Je dois prendre soin de toi. Tu es un objet précieux, désormais. Je dois veiller à ce que tu sois aussi affûté qu'une lame, et prompt à m'obéir. »

Shisan croisa les bras, à la mode mandchoue, cachant ses mains sous ses manches.

« Ta première mission sera de retourner au Japon. De traquer la moindre information concernant l'empereur du Japon, le Tennō Heika, et sa cour. Quels sont leurs objectifs ? Ont-ils des vues sur l'empire du Milieu ? Je me dois de savoir pour préserver mon empire de toute attaque insidieuse de la part de mes ennemis. »

Le visage de Shisan se tourna vers Tenkô.

« Et c'est toi, joueur de flûte, qui me fournira ces informations. Des mets de premier choix que je savourerais. »


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Tenkô Gou
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Lun 4 Avr - 10:09
Les deux hommes marchaient côte à côte mais pas d’égal à égal. L’Empereur faisait de l’ombre au vagabond avec sa prestance et ses beaux vêtements. Le nippon avançait le teint pâle et les articulations craquantes. Il s’en remettrait. Il le savait. Mais pour l’instant, il ne payait pas de mine. Il gardait le dos bien droit cependant et observait d’un œil averti les jardins splendides du palais. L’atmosphère apaisante et la mise en scène minutieuse lui mettaient du baume au cœur. Il se surprit même à esquisser un mince sourire avant d’être coupé dans sa contemplation par l’arrêt de sa majesté.

Le ton solennel faisait réaliser à Tenkô sa soudaine importance et la lourdeur de sa mission. Espionner son propre empereur… Celui qui l’inviterait à se suicider d’une lame dans le cœur si sa trahison s’apprenait. Quelques battements désaccordés tambourinèrent dans sa poitrine. Il risquait sa vie. Pour quelque chose de grand. Cela lui plaisait. Tenkô Gou, le héros de Chine et traitre du Japon. Sa terre natale qui l’avait ainsi maudit payerait le prix.

Sans hésitation, il se courba donc. Par respect et politesse. Comme le voulait sa coutume.

« Vous les aurez. »

Se redressant, il planta son regard dans celui de l’Empereur, contrastant du respect qui perçait dans sa voix. La détermination s’y lisait. Il ne comptait pas échouer, il réussirait à se rapprocher de l’empereur nippon pour obtenir le plus d’informations possibles. Cela pourrait prendre du temps. Après tout, il n’était encore qu’un vagabond mais il réussirait. Il en avait la conviction.

Détournant les yeux pour admirer encore le jardin et ne pas offenser l’homme puissant proche de lui, le nippon répondit à la première question sur sa santé.

« J’ai simplement besoin de repos et de manger à ma faim quelques jours. J’irai mieux ensuite. Je dois reprendre des forces, rien de plus. »

Admirant une fleur aux pétales écarlates comme le pont sur lequel il se trouvait, Tenkô laissait ses pensées errées en silence jusqu’à ce qu’une question y trouve son chemin. Il quitta alors la plante envoutante pour observer le visage brûlé.

« Comment ferais-je pour vous communiquer ces informations discrètement ? Dois-je revenir à chaque fois pour vous les dire ? »

Ou existait-il un mécanisme discret qui lui permettrait d’échanger par écrit quelques mots d’importance ? Un code secret peut-être aussi ? Que se passerait-il si quelqu’un d’autre recevait le message ? Tant d’interrogations silencieuses. Le corbeau préférait les garder ainsi pour ne pas noyer l’Empereur et lui montrer à quel point ce monde est nouveau pour lui. Il avait un honneur et ce dernier avait été bien assez bafoué.
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Shísān Wǔ
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Mar 5 Avr - 21:16
L'espion posait des questions fort pertinentes. L'empereur adressa quelques mots brefs au conseiller qui alla quérir quelque objet, d'un pas pressant. De la main, Shísān fit signe à Tenkô d'attendre. Il lui faudrait songer à enseigner au joueur de flûte quelques mots en langue chinoise, afin qu'il sache parler, même de façon laconique, sans l'intermédiaire d'un traducteur.

Le conseiller revint, baissant obligeamment la tête, tendant ses mains au-dessus de son visage. Sur ses mains reposait un oiseau mécanique, un rossignol finement doré tout en rouages et complexité. L'automate ouvrit les ailes, pépia tel son original. Shísān ouvrit sa main. Le rossignol mécanique vint s'y poser.

« Voici celui qui sera ton messager. » Le conseiller reprit son rôle de traducteur, modulant en japonais dès que l'empereur lui laissait un temps de latence. « En votre pays, on use de vrais oiseaux. Ou d'hybrides. Nous sommes bien plus raffinés. La technologie est une valeur sûre. Ce rossignol chante, mais n'a pas la langue aussi pendue que ses compères parlant la langue des hommes. Il te suffira de lui confier ta lettre... »

De ses longs doigts, Shísān ouvrit une trappe dissimulée sous le ventre de l'automate.

« Dans le secret de sa gorge. Ne crains pas d'écrire en ta barbare langue. Mon conseiller traduira. »

Refermant la trappe, Shísān tendit l'oiseau au conseiller qui, le prenant cérémonieusement entre ses mains, le tendit ensuite à Tenkô. Un cérémonial qui pouvait paraître pompeux. Néanmoins l'empereur ne pouvait directement, quoi que ce soit, à un être inférieur à sa personne.

« Il me faudra voir pour t'initier au mandarin, aussi bien pour son expression orale que écrite. Piètre serait l'espion qui ne pourrait converser dans la langue du pays qu'il sert. »

Le conseiller hocha la tête, vénérable petit chien approuvant les dires de son maître.

« Tu auras des appartements privés, de quoi te nourrir à satiété que ce soit de nourriture ou... de courtisanes, si besoin est. Quelques bonnes maisons fournissent des filles saines. As-tu d'autres interrogations ? »


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Tenkô Gou
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Ven 8 Avr - 9:53
L’étrange oiseau attisa directement la curiosité du nippon qui suivait ses mouvements avec grande attention. C’était raffiné. Le travail de l’artisan était aussi splendide que celui des jardiniers. L’empereur possédait réellement des mets de luxe, à la hauteur de son rang et de sa richesse. Ouvrant les mains comme venait de le faire Shisan Wu, un mince sourire s’étira sur ses lèvres lorsqu’il vit l’oiseau s’y déposer. Purement mécanique. Il n’avait rien vu de tel encore. Du bout des doigts, il effleura le sommet de son crâne, se demandant s’il n’était réellement qu’un objet subtilement créée ou bel et bien doté de vie.

D’une oreille distraite, il écoutait les dires du traducteur. Apprendre le mandarin, cela ne le surprenait nullement. Bien moins que le petit oiseau dont il essayait d’ouvrir la trappe. La mention de la chambre le fit relever le nez cependant. Il avait vraiment envie de se reposer.

Des interrogations ? Il en avait des milliers. Sur tout et n’importe quoi. Il se sentait presque redevenir enfant face à cette nuée de nouveautés. Mais il se contint. L’Empereur n’était pas son guide. Ses interrogations devaient rester professionnelles en sa présence. Il réfléchissait donc, prenant son temps mais rien ne vint.

« Je n’en ai pas d’autres pour le moment non. Puis-je profiter encore un peu des jardins avant d’aller me reposer ? Ils sont vraiment splendides et apaisants. »

Son cœur noir de corbeau sentait ses maux se calmer face à cette beauté silencieuse et naturelle. Il revenait à ses sources. Il y prenait plaisir.

« Oh et… juste de la nourriture suffira. Pas de courtisanes. J’aimerais récupérer mes affaires par contre. Surtout ma flûte. »

Les courtisanes ne serviraient qu’à le frustrer. Sa flûte par contre, il y tenait énormément. Elle l’avait accompagné partout et il ne comptait pas s’en séparer maintenant. Esquissant un sourire poli envers l’Empereur, il se courba un peu. A nouveau.

« Merci. »

Des belles paroles pourraient enrober ce simple merci mais cela enfouirait le message. Merci pour quoi ? Sa vie. Sa nouvelle position. Sa chambre. Sa nourriture. Sa flûte. Un merci englobant tout de cette étrange tournure qu’avait pris sa capture, lui évitant une mort certaine.
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Shísān Wǔ
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Ven 8 Avr - 21:00
La lueur brillant au fond des prunelles de Tenkô n'échappa pas à l'empereur. Le joueur de flûte devait bien être le seul Japonais au monde à apprécier, à sa juste valeur, la beauté de la technologie. Avec le temps, après des jours à modeler Tenkô au modèle chinois, après l'avoir purgé du maléfice dont l'avait dôté la sorcière, le joueur de flûte deviendrait un parfait serviteur de la Chine. Un être à l'image de l'Empire du Milieu : distingué, rejetant la magie.

Un polissage qui demanderait du temps et de la patience. Shisan se faisait fort d'arracher les plumes du corbeau. Il serait bien plus intéressant sous les traits d'un rossignol.

L'empereur accueillit la demande de l'espion d'une légère inclinaison de la tête.

« Les jardins de la Cité n'ont pas d'égal. Abreuves-en toi à satiété. Cela ne rendra que le retour au pays plus doux, en songeant à ces jardins qui te manqueront. Mon conseiller pourvoira à tes besoins. »

Se tournant vers le conseiller, Shisan édicta ses règles.

« Qu'un repas lui soit servi dans le pavillon de thé. Afin qu'il profite des jardins tout en se nourrissant de bonne chère. Et que ses biens lui soient rendus après, évidemment, une inspection minutieuse. »

Même si Tenkô avait paraphé son nom au bas d'un contrat, cela n'avait pas, pour autant, abaissé la totalité des barrières de l'empereur. Le Japonais avait pu posséder une arme, un quelconque objet pouvant nuire à l'Empire. Le conseiller acquiesça, et se porta au devant de Tenkô, lui parlant en japonais.

« Sa Majesté Impériale, Fils du Ciel, m'a ordonné de répondre à vos souhaits. Veuillez me suivre. »

Moustache au vent, le conseiller ouvrit la voie. L'empereur enfouit ses mains dans ses manches, indiquant du regard au joueur de flûte de suivre l'homme. Leur discussion était close. L'empereur tourna le dos au Japonais, remontant les allées des jardins. Avait-il fait un bon choix ? Il en était certain. C'était un choix fort audacieux, mais l'audace finissait toujours par payer. Tôt ou tard.

Fin.


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