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 Mon petit soulier [05]

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La gardeuse d'oies près de la fontaine
Kapphären Jan
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MessageSujet: Mon petit soulier [05]   Lun 7 Mar - 21:39


Mon petit soulier

with Herl (24 décembre 05)



Bettina soupirait à la fenêtre, cousant tranquillement en observant les flocons de neige tombant sur le palais du Luxembourg. Malgré sa taille épaisse, elle semblait perdue dans l’immense pièce de la bibliothèque, enfoncée dans sa robe comme dans le silence du château, seulement troublé par le tic tac lancinant de la vieille horloge en bois. Elle n’avait plus de chaperon depuis son mariage et la compagnie des servantes occupées à son bien-être ne la distrayait en rien. Pourtant, elle n’aurait pas du en être troublée. Son rôle était de se tenir aux côtés de son époux, avec élégance mais discrétion. Mais de contempler, de toute sa hauteur de nouvelle souveraine, les profils voisins de Ronce de France ou de Svetlana Ivanova lui pinçait la poitrine de quelques envies. Fascinée par ces femmes au pouvoir, elle jalousait parfois leur adresse, leur culture et la manière dont elle pouvait mener des hommes sans pour autant se lier au mariage. Bien sûr, il leur faudrait sans doute trouver un parti mais c’était elles, les têtes de leurs terres. Et pour cela, Bettina se sentait fade, idiote et inutile.

L’horloge sonna 23h. Bettina baissa la tête, sur son ouvrage. Sa famille devait être à table, à cet instant. Réveillonnant comme chaque chrétien luxembelgeois d’une bonne pintade farcie et de pommes de terre tendres. Elle-même avait diné, le plus tôt possible pour ne pas ronfler au sein de sa couche. Seulement, elle se demandait à présent à quoi bon lui servait ces quelques délicatesses. Hormis pour sa nuit de noce, Jan s’était fait discret sur son besoin à la compléter. L’acte en lui-même n’aurait pas dû la contenter, cependant, le plaisir s’était créé en elle, à le sentir aller et venir, malgré la somnolence du moment. Et cette présence lui manquait.

Pourtant, elle n’irait pas le rejoindre. Pas même pour le réveillon de noël. Il était souffrant depuis le matin-même et lui avait demandé du temps, pour supporter le deuil de son père en ce jour de fête. N’ayant pas oublié les propos tenus à la table de l’Empereur d’Autriche-Hongrie, Bettina avait émis quelques réserves mentales avant d’acquiescer, dignement. Se retrouvant donc seule, dans un palais trop vide et trop discret.

Soupirant doucement, elle se surprit à penser que ce répli servirait au moins à son roi de se reposer quelque peu. Il était pâle ces derniers temps. Malgré la paix retrouvée dans ses colonies. Et tremblait parfois d’une étrange nervosité.

Dormir ne lui ferait que du bien.


***



Le bar s’appelait « L’Ambroise » ou « Cachemire » ou bien « Velours Bleu » ; c’était forcément l’un des trois puisqu’il les avait visités à la suite, trainant sa robe dans ces endroits méconnus de Berlin, sourire aux lèvres et charmes bien en vue. L’atmosphère allemande était strictement différente de celle de la Belgique : bien moins grivoise mais tout aussi festive. Le machisme de ce pays lui offrait des regards contrariés des bien-pensants choqués de la présence de cette jeune femme un peu trop plate, occupée à enchainer les verres. Jan allait peut-être se faire arrêter, mais au bout du troisième verre de champagne, cette pensée se fit bien moins importante que le reste : à savoir s’offrir un véritable enterrement de vie de jeune fille.

Pourquoi noël ? Pourquoi ne pas le passer en France à des occupations plus agréables ? Il l’ignorait. Se poussait simplement à noyer sa peine dans l’alcool, ayant dû refaire son maquillage en urgence au sein de son carrosse pour ne pas gâcher sa venue en terres allemandes. Le mal-être l’avait pris le matin-même, et s’excusant auprès de Bettina, il avait fait fouetter les chevaux jusqu’à Kastamer, pour prendre quelques affaires, se changer. Et redevenir le temps d’une soirée l’indocile Regina.

L’alliance dissimulée à son cou, sans être tout à fait saoul, Jan finit par quitter son siège, payant le barman qui ne se permit aucun commentaire autre qu’un regard désapprobateur sur la tenue de cette étrangère. Et le travesti gloussa, les épaules secouées d’une hilarité alcoolique, à la pensée que son père aurait trouvé sa place au sein de ce foutu pays.

« Oui oui, je vais me faire gronder. Oh la la. » Bégaya-t-il avant de tirer sur les plis de sa robe pour se redonner une certaine tenue. Il était loin, le roi des traités du respect et aux manigances d’intellectuelles. Il se perdait dans le mascara épais d’une biche aux yeux bleu-roi. Jan se foutait bien des rumeurs, ce soir-là. Il ne voyait que la possibilité de perdre la mémoire et cela lui allait très bien.

Pochette calée à sa paume, démarche quelque peu vacillante, c’est avec le menton levé d’une grande dame qu’il prit la porte, sous les murmures alentours. Sortant dans la rue, remettant simplement la cape qu’on voulu bien lui tendre. Et recevant sur son visage une multitude de flocons de neige.

Crapaud n’était pas en vue, bien sûr. Sirotant peut-être une pression à quelques coins de rue. Le réveillon de noël était bruyant et lumineux et Jan manqua de se faire bousculer par un groupe de jeunes en goguette. Riant une nouvelle fois de cette bonne humeur générale, sans que cela n’atteigne ses yeux.

Il pensait à son père. Au corps découvert le matin même. Au poids de son mariage. A l’enfant à venir. Et su qu’il devait trouver un quatrième bar, qu’importe les conséquences. Après tout, c’était soir de fête, il fallait bien en profiter, même une dernière fois !

Promesse de roi.

Gloussant, il avança sur les pavés humides de Berlin. Avant qu’une chape de glace ne manque de le faire trébucher. Rattrapé à un lampadaire, par un réflexe salutaire qui devait tout à la chance, Jan entendit le craquement, s’attendit à la douleur d’une cheville cassée. Mais, troussant sa robe, dévoila seulement ses chevilles et sa chaussure.

Au talon cassé.

« Ah flûte ! » Se maudit-il. Avant de jurer, en allemand. « Scheiss ! Trockenkotschluckerin ! »

En matière d’insultes, les allemands étaient bien plus imaginatifs que ce qu’ils pouvaient laisser penser.








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Herl

MessageSujet: Re: Mon petit soulier [05]   Jeu 10 Mar - 0:08
Autrefois, il n'aimait pas beaucoup Noël.

Il trouvait à cette fête un petit quelque chose d'hystérique et de déplaisant, en tout cas chez les Hommes – de grotesque même, avec leur joie empressée, leurs guirlandes et banderoles, boules de neige sucrées, sapins reverdis, petites clochettes, nez rose et joues rouges. Leurs ribambelles de bambins braillards aux yeux écarquillés pour peu qu'on leur glisse dans la paume quelques friandises et autres morceaux de bois peint. Leurs chants. Leurs costumes. Leurs festins ! Etait-ce donc là tout ce que ces gens savaient de la magie ? Quelques couleurs et des réunions de famille pour conjurer le silence de la neige et la nuit hivernale : du carnaval, rien de plus.

Mais cela, c'était avant – quand il observait tout cet empressement de loin : parfois amusé, toujours dédaigneux. Dans sa communauté à lui Noël ne se fêtait pas, ou en tout cas pas de la même manière : il se vivait comme un rituel, un ressourcement nécessaire au bon fonctionnement de la meute. Pas de cadeaux, mais une grande et longue chasse de deux jours et trois nuits. Pas de chants, sinon ceux de leurs cors de brume et les abois des chiens excités. En fait de couleurs et de décorations, les brasiers pétillants allumés dans la nuit noire jetaient dans l'air de bien plus belles étincelles. Et ils avaient leurs festins, aussi. Les meilleurs, les plus grands des festins.

Penser festin tord son estomac d'une crampe douloureuse. Il mène d'instinct sa main à son ventre, humant narines plissées les fumets mêlés de chocolat chaud et de liqueur piquante qui imprègnent l'atmosphère. Près de lui, un petit groupe d'hommes passent en riant, sans lui jeter un regard. Ils ont des joues très rouges, parlent fort, échangent des sourires remplis de dents blanches.

Il n'aimait pas Noël, avant, parce qu'il n'avait pas besoin de ces arômes de gaieté et de ferveur naïve pour se sentir Fée ; aujourd'hui, les pieds dans la boue et les ongles accrochés à un mur de pierres humides, pauvre hère tremblant perdu au milieu d'une ville en liesse, la magie du Réveillon est la seule à le ragaillardir.

Il n'aimait pas Noël, avant.
Désormais, il déteste Noël.

***

Avec la nuit les couleurs se sont faites plus vives et la neige a redoublé d'ardeur. Les fenêtres fermées étouffent les chants. Leurs carreaux brillants font sur les façades des taches chaleureuses, qu'il pourrait prendre – en plissant un peu les yeux – pour des tranches de fruits grillés. S'il a pu chiper ça et là de quoi calmer les plaintes de son ventre creusé par la famine, c'est désormais d'un reste de bouteille abandonné qu'il se régale. L'alcool est un peu passé, voire bouchonné, mais au moins il lui tient chaud. Presque aussi chaud qu'une bonne pelisse ou que le pelage d'un chien.

Ses bêtes lui manquent. S'il ne tenait qu'à lui, il aurait déjà quitté la cité pour retrouver les espaces rassurants de la campagne, le plus loin possible des vapeurs et des usines ; mais se gorger de magie est une nécessité, et tant pis s'il lui faut pour cela se contenter d'un ersatz auprès de nuées de morveux et d'une poignée d'ivrognes. D'ivrognes oui – à l'image de cette silhouette fluette qui titube à deux pas, probablement aussi insensible à sa présence que tous les autres. Il la suit du regard un moment, cette jeune femme poudrée et maquillée, avec le souhait mesquin de la voir perdre sa superbe dans la neige et la boue. Après tout, le sol est bien assez glissant pour cela.

Et le sol l'exauce. A moitié.

Plus que le rattrapage malhabile ou le talon brisé exposé, c'est l'injure lancée qui éveille son amusement et son intérêt. Depuis son creux de mur, il se relève. Se déplie. Amaigri et hirsute comme à chaque hiver mais l'oeil brûlant, perçant, et les lèvres armées d'un sourire aussi moqueur que sournois. Le sourire de quelqu'un qui s'apprête à commettre une méchante farce.

« Alors, la greluche, on tient plus debout ? Des petits soucis d'équilibre ? »

Il est près d'elle, soudain, et sa paume a frappé le réverbère juste au-dessus de l'accroche du travesti – assez fort pour faire légèrement vibrer la hampe métallique. Son grand corps penché couvre à moitié de son ombre la jeune femme qui se prétend telle : on pourrait le croire prêt à offrir son soutien, mais il y a dans son attitude et dans sa promiscuité quelque chose de menaçant, de prédateur. Sans doute ne s'en apercevra-t-elle pas. Elle est saoule, après tout.

« Tu souhaiterais pas un coup d'main, mignonne ? »
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MessageSujet: Re: Mon petit soulier [05]   Jeu 10 Mar - 19:27


Mon petit soulier

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Comment allait-il rentrer maintenant ? A cloche-pied alors qu’il tenait à peine debout ? Et Crapaud qui n’était même pas là pour lui venir en aide ! A quoi bon engager un serviteur docile et protecteur si ce dernier était infichu de faire son travail au bon moment. Jan se promit de lui en faire la réflexion, quitte à rabaisser son salaire à une seule pièce d’or pour ce mois-ci. Quand l’ombre vint l’envelopper, le claquement d’une main venant heurter le réverbère auquel il était toujours appuyé.

Surprit, il sursauta. Puis, papillonnant des cils, ses yeux bleus roi se tournèrent vers le faciès de l’inconnu.

Un court instant, il crut voir Ebène. Son bel Ebène, terroriste et menteur, odieusement attractif, poursuivant dans ses traques éternelles sa fugueuse dulcinée. Lui, qui le retrouvait toujours au pire moment, l'avait peut-être suivi jusqu'ici, gardant le temps et le calme pour mieux préparer la saucée d’une sévère dispute. Et soit, peut-être que pour ce soir il l’aurait bien mérité, de subir ses réprimandes de n'avoir passé noël ni avec lui, ni avec sa propre femme. Tout sourire, presque niais, Jan faillit lâcher le prénom dissimulé.

Avant de remarquer la crinière dorée. Le regard alerte. L’attitude virile. Les vêtements de clochard.

Et froncer du nez.

Ca parlait – ça parlait mal. Ca empestait un alcool bas de gamme. Quoique lui devait fleurir le champagne sur dix mètres au moins, mais cela avait déjà un peu plus de classe. Le nez relevé avec une effronterie que Sigrid aurait pu acclamer – et la simple pensée de sa marraine bonne fée manqua de trahir sa mine d’une petite moue contrariée, Jan lâcha un pathétique :

« Bien le bonsoir, monsieur. »

Puis tiqua.

Attendez.
Il venait de l’appeler greluche ?

« … Non mais dites donc vous ! » Greluche, lui ? Avec la robe qui lui avait coûté un bras planté sur son petit cul, son corset au balconnet factice mais pourtant respectueusement rempli. Avec son petit visage de drôlesse encore juvénile et le fric qu’il exaltait comme la mauvaise haleine du réveil ? Une greluche ?!

« Vous allez me parler sur un autre ton, mon brave. Avant que je ne piaille pour appeler les autorités de ce maudit pays ! Les dirigeants ne laisseraient pas passer l’agression d’une demoiselle de bonne famille en plein centre-ville de Berlin si je ne m’abuse. Surtout pas par un misérable dans votre genre. Alors gardez pour vous vos insultes et votre coup de main. Je sais me débrouiller seule, Dieu merci ! »

Attrapant ses jupons à pleines mains, il se dégagea d’un coup d’épaule. Et boitillant comme prévu le long des pavés finit par stopper, feuler, et donner un coup de pied pour briser le second talon qui demeura au sol comme une épine de ronce détachée de sa tige. Un semblant de ballerine aux pieds et avec autant de classe et de dignité que son manque de sobriété pouvait lui permettre, Jan se mit à jurer.

« Parlez-moi d’un soir de fête, ah ! Du diable si je m’amuse en cette soirée de réveillon ! »









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Herl

MessageSujet: Re: Mon petit soulier [05]   Jeu 24 Mar - 20:54
D'accord, la greluche a plus de répondant que prévu. Le sourire arboré par Herl au départ – lorsque de cet air un peu ébahi elle l'avait fixé avant, un brin hautaine, de lui offrir son bonsoir – s'estompe rapidement pour laisser place à une expression surprise, presque désarçonnée. Il bat des paupières. Recule légèrement la tête. Et, muet, subit les invectives, comme un mari tardivement rentré essuyant sans comprendre les légitimes accusations de sa compagne. Manquerait plus qu'elle lui poinçonne la poitrine d'un index rageur, et le tableau serait parfait. Cocasse scène de ménage propre à faire glousser le chaland.

Mais si elle n'est pas une greluche, lui n'est pas de ces gaillards qui ploient l'échine dès qu'on hausse un peu le ton. Il est une bête sans collier. Un corniaud sans maître. Et, passé la surprise, ses sourcils se froncent. Un grondement sourd monte dans sa gorge. Son regard, vert limpide, prend une teinte acérée. Pour qui se prend-elle, eh ? Avec sa bouche pincée de bourgeoise et son petit nez levé ? Son ton aigrelet et ses menaces de femme du monde, plus habituée à être obéie qu'à courir le trottoir – de quoi lui rappeler sa position à lui, de la plus humiliante des façons.

Un misérable dans son genre. Ouais. Le chasseur crispe la mâchoire, la main calée contre le réverbère se ferme en poing. Il redresse le dos ; tout à son alcool et à sa colère, la demoiselle prendra peut-être cette attitude comme une manière de lui céder du terrain, de renoncer à insister pour mieux la laisser aller. Mais il ne bronche pas quand l'épaule fine le heurte. Dans le dos du travesti qui trottine, son regard pèse.

Et son sourire revient.

Parlez-moi d'un soir de fête !
S'exclame l'autre dans toute sa déconvenue. Mais oui, oui. Précisément.

Avant que Jan n'ait pu rattraper ses jupons pour reprendre sa route, laissant derrière talon brisé et démarche de dahu, un bras l'entoure soudain. Puissant. Ferme. Cerclé autour de sa taille, pressant sur le ventre, tirant en arrière. On le soulève sans violence mais sans douceur, on le fait basculer. L'instant suivant, sa mâchoire fine de jouvencelle manque heurter l'épaule large sur laquelle on l'installe comme un vulgaire ballot.

« Tu peux piailler, ma belle,
ronronne la voix d'Herl tandis qu'il assure sa prise au mieux ; prêt à maintenir sa proie dans le cas où elle chercherait à se débattre, ce qui l'instant de stupeur passé ne devrait pas tarder. C'est soir d'fête, comme tu dis, alors qui viendra pour toi ? L'maréchaussée a sûrement le pif plongé dans son assiette ou s'occupe de claquer l'dos de sa famille. Et ceux qui traînent dehors sont trop occupés à cuver ou faire la fête pour avoir envie d'mettre leur blaire dans les problèmes des autres. »

Moitié du vrai, moitié du bluff. Car malgré tout, méfiant, il surveille les environs ; un gaillard comme lui avec une femme comme elle jetée en travers de l'épaule, cela risque de soulever quelques interrogations. Si elle se met à brailler, encore plus.

« Mais t'inquiète, hein, je te veux pas de mal. Toi et moi on est pareil. Tout seuls, aux trois quarts chlasses, et en quête d'un peu d'amusement. Pas vrai ? »

A moins qu'elle ne l'empêche déjà de parler ou cherche à se dégager, il tourne le regard sur sa gauche. Là où les réverbères éclairent moins, où les ruelles sont plus étroites, plus crasseuses. Plus dangereuses.

« Si tu m'fais confiance, j'ai peut-être un plan à t'proposer. »
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MessageSujet: Re: Mon petit soulier [05]   Dim 27 Mar - 12:05


Mon petit soulier

with Herl (24 décembre 05)



Tudieu, mais c’est que l’autre venait de le rattraper ! Et de l’étreindre comme une jouvencelle sur le point d’allonger le corps sur une paillasse de vicelarde qui plus est ! Raidi par la stupéfaction, ne saisissant qu’à peine la suite logique d’une telle situation, Jan se retrouva à fixer la rue déserte d’un air hébété, avant que la force de l’autre ne l’oblige à s’envoler, pour trouver sous sa poitrine maigre et son museau la carrure de son épaule. Le temps de comprendre qu’il venait d’être empaqueté sac à patate pour vieux vicelard alcoolique, l’autre recommençait déjà à le menacer.

Que faire ? Hurler ? Et attirer la police allemande qui, fouinarde comme pas permis et incapable de faire confiance à une femelle, découvrirait bien vite ses faux-papiers ainsi que sa véritable nature ? Crier et amener un potentiel sauveur héroïque qui serait certainement de moindre carrure que son agresseur ? Piailler et tenter par cela d’attirer l’attention d’un Crapaud clairement absent ?

Jan n’avait qu’à s’en prendre à lui-même. A avoir fuis Ebène comme un malpropre, il se retrouvait dans une situation délicate, clairement dangereuse, cul en haut, tête en bas, écoutant les grognements de l’autre sans rougir, la main imaginaire refermée sur la pelote de laine de ses solutions.

« Vous, espèce de gredin ! Vous allez me redéposer au sol avant que je ne pousse un beuglement à réveiller votre ville de guindés ! Vous ignorez absolument qui je suis et avant que je ne vous donne l’occasion de vous rappeler à jamais de mon nom, vous allez décuver, reprendre un tant soit peu conscience et de votre maigre intelligence retrouvée, prendre la sage décision de me ficher la paix FOUTRECUL ! »

Ses genoux heurtèrent le torse de ce fou à lier, sans doute sans lui faire grand mal. Mais protestant à grande peine, se débattant comme une furie, Jan parvint à se redresser, appuyé sur son épaule comme un cavalier sur sa monture, sortant de son corset l’alliance tant chérie.

« Je suis une dame et croyez bien que mon mari vous brisera les deux bras pour un tel affront ! »

Avant de le fixer d’un œil torve, saisissant enfin l’entièreté de sa proposition.

« Vous suivre ? » Pour rire, à son tour désarçonné. Presque choqué. « Evitez donc de palabrer comme un complet malotru en manque de bagatelle. Il est bien évidemment hors de question que je vous suive dans vos excentricités d’alcoolique, à prendre le bras d’un parfait inconnu pour qu’il me mène jusqu’à sa chaumière ! Ou pire encore, à l’hôtel ! Du diable si j’aurais dû tourner mes chevaux vers la France plutôt que dans ce pays où même avec votre politique, on ne peut laisser en paix une simple femme ! Mariée, à trainer dans les bars, j’eus tôt fait de me faire arrêter. Mais la jouvencelle en bataille contre sa liberté a toujours la malchance de se faire encanailler par de parfaits voyous dans votre genre plutôt que de compter sur sa tranquillité ! »

Claquant la chaine, il vint remettre son alliance, boudant de manière fort peu conventionnelle, se jurant de venger son âme royale dès que l’instant propice se présenterait.

« Reposez moi au sol, et nous rediscuterons des termes et des conditions de cette confiance que je devrais vous accordez, monsieur. A savoir que je n’ai même pas eu vent de votre nom, si ce n’est de vos manières et de votre éducation, fort rudimentaire au demeurant. Pour vous, ça sera Madame. »

Martès ? Et ainsi révéler son identité à des oreilles qui pouvaient porter le flambeau de Rosthramus ? Autant placer les pions d’une scène de couple à venir sans préparer le terrain d’avance.

« Madame M. » Hem donc. Pour un Herl. Cela allait de soi.

« Je tiens particulièrement à passer mon temps avec des présences dignes et agréables telles que Sir Bourbon, Docteur Champagne ou mon général Kir Royal, monsieur. Et je crains que vous ne soyez que peu familiarisés avec ces identités. A moins que vous ayez, effectivement, mieux à me proposer. Mais votre plan devra batailler ferme pour gagner mon intérêt. »

Il était fou. A laisser une chance à cet inconnu de l'entraîner sur de mauvaises voies. Heureusement pour Ebène, l’alcool n’entachait en rien sa fidélité. Même si ce drôle-là avait de sacrés yeux verts.









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Herl

MessageSujet: Re: Mon petit soulier [05]   Mer 30 Mar - 20:21
D'accord, l'alcool n'est définitivement pas la seule cause de la migraine qu'il sent commencer à lui vriller les tempes. Tandis que sa prise se démène, Herl gronde, soupire, lève les yeux au ciel, pour enfin laisser échapper un jappement amusé à la vue de l'alliance se balançant au bout de sa chaîne. Une femme mariée ! Qu'elle clame, avec l'assurance et la fureur d'un diplomate outragé cherchant à faire valoir ses passe-droits. Son époux viendra ! Qu'elle menace, les joues rougies de colère sous la poudre qui la maquille et les lèvres tirées sur une moue que lui-même, de sa position, serait tenté de trouver adorable. Cela ne suffit pas à lui faire lâcher prise, toutefois. Et bien qu'elle soit parvenue à se redresser, bien qu'elle l'ait martelé de coups dérisoires puisque sans force et sans allonge, il continue de la maintenir. De l'entraîner, la foulée rendue plus lente et plus pénible par son fardeau, à l'écart des grandes avenues et des lumières festives qui dansent aux fenêtres.

Parce qu'elle n'a pas crié. Parce qu'au-delà des invectives et de cette voix qui le tance, il a perçu les zones d'ombres. Le nom non dévoilé. L'alliance demeurée cachée. Et il sent, confusément, au-delà des brumes de l'ivresse, qu'elle redoute la garde tout autant que lui.

« Bon sang, gamine, qu'est-ce que tu jactines, qu'il maugrée tout de même après l'une des tirades outrées de sa proie – négligeant sciemment d'employer le titre qu'elle lui a pourtant donné. Moi, c'est Herl, si tu tiens à m'causer meilleur qu'avec ces noms d'oiseaux que tu me craches au visage. Mais te leurre pas, ma belle. Si j'avais voulu te sauter, j'me serais pas donné la peine de t'emmener ailleurs. Un coin d'ruelle, quelques gifles pour te faire taire, et c'était plié. Petit coup d'oeil à la robe qu'elle porte. C'est comme vos satanés jupons, ça. Pourquoi s'donner la peine de trousser quand on peut déchirer ? »

Reste qu'il semble avoir réussi à éveiller son attention ; mais pour ferrer pour de bon son intérêt, mieux vaut l'avoir dans de meilleures dispositions. Ainsi, c'est au coin d'une venelle tortueuse, contre une façade penchée, qu'il la relâche enfin – non sans avoir gratifié sa croupe d'une petite claque moqueuse au passage. Trop tentant.

« Docteur Champagne, Général Kir Royal... Ah ah ! Et Sa Majesté d'l'Opium, t'en dis quoi ? »

Si les pieds de Jan touchent à nouveau terre, sa liberté n'est pas acquise pour autant. Car le Chasseur fait rempart de son corps, posté devant le travesti, les mains plaquées au mur contre lequel il l'a relâché. De sa hauteur, il lui sourit. Fait rassurant peut-être, dans son œil pétille plus de malice que de lubricité.

« Allez, ouvre tes esgourdes, « Madame ». J'connais un bouge pas loin, une saleté de troquet, et je sais que dans l'arrière-salle ça chasse le Dragon. M'demande pas d'où ils tiennent ça, ni comment j'suis au courant. L'souci, c'est qu'on nous laissera pas y toucher même si on demande poliment. Moi parce que le patron m'a pas vraiment à la bonne, et toi parce que... »

Un regard porté de haut en bas le-la toise brièvement. S'ensuit un rire un peu rauque, un peu gras.

« ... Pas besoin d'te faire un dessin. »

Du pouce, il désigne l'écheveau de ruelles serrées qui se tissent dans son dos. Des quartiers moins éclairés, aux volets salis et aux enseignes grinçantes, où tout semble légèrement tordu depuis le pignon des toits jusqu'aux lampes des réverbères. Les décorations colorées accrochées ça et là ne font qu'en renforcer l'atmosphère maussade, sinon malsaine pour quiconque serait habitué à évoluer dans de plus fastes milieux.

« Y'a une entrée par l'arrière qui donne sur leurs cuisines, et de là j'pourrais avoir accès à la réserve. Le souci, tu vois, c'est que je suis pas du genre discret. Alors me faut une diversion, de quoi les tenir occupés l'temps que j'fasse mon affaire. Comme par exemple, tiens ! Une demoiselle d'la haute, aux talons cassés, à demi ivre et qui se serait paumée. Hein. T'aurais juste à attirer leur attention, à leur taper un scandale s'il le faut. Fais-leur croire un moment à la magie d'Noël, ah ah ! »

En sus de son explication s'ajoute un sourire complice.

« Crois-moi, de c'que je vois, t'es juste parfaite pour ce rôle. 'Te suffit d'être naturelle quelques minutes, puis j'viens te cueillir, on s'esbigne, et on partage. T'es partante ? »
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MessageSujet: Re: Mon petit soulier [05]   Mer 30 Mar - 20:42


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Jan fut libéré, à demi. Piétinant le sol face à son tourmenteur qui, malgré le repos accordé à son corps, ne lui laissait aucune zone de confort. Il l’enfermait, entre ses bras, le regard foutrement amusé, presque railleur mais enchanté de ce divertissement. Seulement, les menaces n’étaient pas sorties des esgourdes de Jan et le roi le fusilla de ses yeux bleus si reconnaissables, le rouge aux joues, les poings serrés. Il détestait être en position de faiblesse et comprendre cette vérité dans les mots dangereux de ce maudit Herl. Pourtant, ce fut presque immobile qu’il écouta la suite de l’invitation, dressant le menton à la mention de l’opium, le visage soudain dégrisé. Et blême.

« … De la drogue ? » Répéta-t-il, comme si Herl venait de lui narrer une abominable plaisanterie. Et le plan qui suivit semblait en prendre le chemin.

Éberlué, le travesti demeura les bras ballants, à se demander s’il devait prendre la fuite tout de suite ou patienter encore un moment. Mais quand la critique fusa sur son attitude, quand l’autre osa encore une fois le traiter de bécasse sans cervelle, à devoir prendre un rôle bien loin de celui qui allait de perd avec la couronne posée sur ses cheveux noirs, Jan bondit, vivement, lui crachant au visage tel un chat feulant son mécontentement.

« Vous n’êtes qu’un idiot ! Un fabuleux et intrépide idiot, mais un imbécile tout de même ! Me demander, à moi, de venir jouer les jouvencelles en détresse dans quelques maisons aux paillasses écornées par ses cadavres apathiques ! Pour de la drogue ! »

Puis brusquement, craignant que le mot n’attire quelques curieux, il baissa la voix.

« Il est hors de question que je rentre dans votre délire ! Je ne toucherai pas à cette chose, dût-on me payer rubis sur ongle pour que je le teste. Je préfère noyer ma soirée dans l’alcool et les rires hypocrites des grands gens de ce monde que de passer mon noël à comater dans un coin, à moitié enseveli sous le laudanum pendant qu’un chinois de pacotille daignera trousser et déchirer ces jupons que vous abhorrez ! »

Ou pire, dévoiler sa masculinité, la vérité et commettre un esclandre en première page du premier journal affamé venu se repaitre de son erreur. L'alcool était quantifiable et les limites connues de son esprit affaibli par le deuil. Mais le Dragon demeurait un mystère bien trop menaçant pour s'y laisser tenter.

Resserrant sur son châle sur sa poitrine maigre, Jan recula d’un pas, contre le mur peu ragoûtant de cette ruelle à l’écart.

« Passer une nuit divertissante en compagnie d’un malandrin sans grande éducation mais à la langue putride de franchise me tentait l’instant auparavant. Mais ce que vous proposez est un complet suicide pour une dame de mon rang. Je dédaigne donc votre demande. Allez fumer en solitaire, si cela vous tient tant à cœur. Et trouver une partenaire à votre niveau, quelques catins ou folles en détresse, puisque cela semble tant vous arranger. »

Son regard se mit à brûler.

« Quant à moi je vais traîner mes talons ruinés, mon cadavre de pucelle tout juste mariée dans quelques bars un peu moins miteux, là où on y danse des musiques extravagantes et on vous sert de la bière sans vous poser de questions. En attendant. »
Et sa main fit claquer dans l’air une grosse pièce d’argent. « Voilà pour ma tranquillité et le maigre divertissement que vous avez pu m’offrir. Herl. »

Puis la gifle vint heurter sa machoire, sèche mais cinglante comme la lame d'une fleuret.

« Et cela pour votre folie, votre manque de délicatesse et vos grossièretés, rustre ! »







Dynasty decapitated
You just might see a ghost tonight
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MessageSujet: Re: Mon petit soulier [05]   Dim 31 Juil - 16:09

La soirée s'éternisa au sein d'un des nombreux bars de Bruges dans l'odeur forte de l'alcool et de la friture. Le lendemain celle qui fut Regina, celui qui était le Kappharën, reparti pour la France – nauséeux, nanti d'une gueule de bois mais ne regrettant rien de ce Noël atypique.

RP terminé


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MessageSujet: Re: Mon petit soulier [05]   Aujourd'hui à 6:02
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Mon petit soulier [05]

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