« Si un cœur attrape un cœur qui vient à travers les seigles » [Jan.06] NC-16

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Hildegarde Müller
Glinda, la sorcière du Sud
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✦ Double-compte : Reine Ronce, Sigmund Rammsteiner, Shísān Wǔ, Orendi

Jeu 19 Mai - 21:42
« Je ne vous abandonnerais pas. »

Quelques mots chuchotés du bout des lèvres. Une bouée jetée à Ginger qui se noyait, emportée dans un flot de sentiments qu'elle ne maîtrisait pas. Hildegarde s'étonnait elle-même de demeurer aussi calme, de savoir conserver la tête froide. L'âge l'avait peut-être aidé à gagner en maturité, en contrôle de soi. Ses mains se glissèrent sur les épaules de Ginger, les pressant doucement.

« Il est hors de question que je me sépare d'une si bonne amie. » Elle laissa échapper un trait d'humour. « Et les bons domestiques se font si rares, de nos jours. Vous allez rester, vous et Mel, toutes les deux ! »

Levant la tête, Hildegarde vit alors la neige qui s'était amoncelée sur la rambarde de la fenêtre et les flocons qui continuaient à tomber. Petites danseuses en tulle blanc s'accrochant à la vitre pour y mourir, sans un bruit. Son regard alla sur l'horloge suspendue au mur.

« Mais nous ne pouvons décemment pas rester éveillée toute la nuit. Avec toutes ces émotions, vous devez vous coucher. »

Et si Mel se réveillait, engoncée dans la peur d'un cauchemar trop réel ? Margaret s'en occuperait, probablement. Mais elle serait alors bougonne pour tout le lendemain, faisant comprendre implicitement à Ginger que ce devait être à elle de s'occuper de sa fille, et non à une étrangère.

La main de Hildegarde écarta une mèche du front de Ginger. Comme une mère l'aurait fait à son enfant.

« Oubliez ce que vous avez vu Ginger. Oubliez la salle, les insultes... Enfermez vos peines au plus profond de votre cœur, et ne songez qu'aux choses agréables. Sinon vous vous enfoncerez si profondément dans vos peurs que, même moi, je ne pourrais pas vous en extraire. »


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Ginger Wealth
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Ginger Wealth
Dim 22 Mai - 22:00


« Si un cœur attrape un cœur qui vient à travers les seigles »

Hildegarde Müller & Ginger Wealth


En vérité ça m’était bien égal, l’heure qu’il pouvait être. Je n’avais même pas vraiment envie de voir la nuit se terminer. Je me disais que ça allait être étrange de regarder toute cette soirée quand le jour serait là. Vous savez, parfois le soir ou la nuit on pense, on dit des choses qui le matin ont l’air stupides. J’avais un peu peur de vivre ça. Ou d’avoir l’impression de n’avoir rien vécu de réel.

Pourtant je me suis levée quand Mrs Müller m’a fait remarquer qu’il était très tard (ou très tôt, si on considérait qu’on était déjà le matin). Je ne me sentais pas vraiment fatiguée, plutôt vide. Je crois que j’en avais tellement vu et entendu que je ne savais plus trop quoi penser.
Mrs Müller m’a dit alors d’oublier la salle et le reste. Je lui ai souri en haussant un peu les épaules pour qu’elle comprenne que ce n’était pas tellement possible. Puis, à son conseil de ne penser qu’aux choses agréables, j’ai répondu : « Je penserai à vous, alors. » En un sens c’était vrai.

En quittant la cuisine je me suis aperçue que la satanée robe délavée que je portais avait une déchirure le long du flanc droit. Elle était bonne à en faire des chiffons, depuis le temps que je l’avais, mais j’ai toujours de la peine à me débarrasser de vieux vêtements. Cette nuit-là je me suis dit qu’il allait falloir que j’arrête de la mettre, à côté de Mrs Müller j’avais l’air d’une miséreuse.

Au pied de l’escalier qui menait à l’étage des chambres des domestiques, je me suis tournée vers Mrs Müller, et j’ai voulu lui dire quelque chose, mais au fond je ne savais plus très bien quoi. Le mot merci m’est venu en tête, mais merci pour quoi ? Est-ce que l’une de nous devait quelque chose à l’autre ? Je n’en étais pas vraiment sûre.
Je ne pouvais pas dire non plus, comme le soir du 25 décembre, c’était une très belle soirée (est-ce que cette soirée de janvier avait été magnifique ou affreuse ?). Pour être honnête je n’avais rien de particulier à l’esprit, je voulais juste retarder le moment où Mrs Müller et moi serions séparées.

Au final j’ai simplement dit : « Bonne nuit, ma’am » et je ne sais pas pourquoi j’ai eu le réflexe de lui tendre le visage, comme j’avais fait tous les soirs pendant quatre ans avec Eddie, pour qu’il m’embrasse avant de se mettre au lit.
Ginger Wealth
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Hildegarde Müller
Glinda, la sorcière du Sud
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Jeu 26 Mai - 17:54
Elles avaient remonté les couloirs, côte à côte, se frôlant à peine. Habituellement, à cette heure indue de la nuit, lorsqu'elle était éveillée, Hildegarde sentait la demeure peser sur elle. Tel le couvercle d'un tombeau menaçant de l'écraser. Auparavant elle avait la respiration de son époux qui la berçait, doucement. Depuis sa mort l'Austro-Hongroise exécrait le silence. Le silence était bon pour les morts, les cimetières. C'était pour cela que, le jour, elle s'exclamait, remplissait l'espace de sa voix. Le silence la rongeait et lui rappelait combien elle était seule.

Pour la première fois, depuis la mort de feu Monsieur Müller, le silence ne terrifiait pas Hildegarde. Aux côtés de Ginger, la demeure prenait des airs de vieille amie, doucement assoupie.

Quand la domestique tendit son visage vers elle, Hildegarde ne recula pas. Sa bouche déposa un baiser sur les lèvres tendues. Un baiser furtif, presque comparable à celui échangé par deux vieilles amies friandes de jeux inconvenants.

« Bonne nuit, Ginger. » Les doigts de Hildegarde frôlèrent la joue de Ginger. « Ne tardez pas à vous assoupir. Demain sera une rude journée. »

Hildegarde demeura quelques instants, le temps de voir la silhouette de Ginger disparaître à l'étage, avant de reprendre son chemin vers sa propre chambrée.

Quelques jours après, le majordome, aidé de Margareth, s'occupa de délivrer à tous les domestiques de la maisonnée des cadeaux offerts par la maîtresse de maison. Tous les deux mois, Hildegarde faisait le tri des invendus de sa boutique les envoyant à des œuvres de charité et à ses propres domestiques. Elle était de ces gens refusant de jeter et tentant de donner, à chaque bien, une seconde vie.

Lorsque Ginger ouvrit son propre colis, elle y trouva une chemise de nuit en coton, tombant jusqu'aux genoux.

Nul message n'accompagnait le cadeau. Mais en était-il besoin ?

Hildegarde avait su voir ce qui manquait à Ginger et comblait ses attentes, sans un mot. Avec des délicatesses d'amante.


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