[Février 06] Le temps ne revient jamais.

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Lugh O'Tuathail
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Lugh O'Tuathail
Jeu 19 Mai - 20:32
Paris avait étrangement plus de charme en pleine nuit. Comme si toute l'agitation s'évaporait pour laisser soudainement la ville s'éveiller sous son vrai jour. Mais les élans de poésie passé, Lugh comprenait que c'était principalement parce que le noir rendait la misère moins visible, et que la moindre lumière était plus aisément remarquable. L'écrivain s'était déjà rendu dans cette cité dans le passé, mais au final n'y avait jamais vraiment trouvé le temps de s'y accoquiner. Toujours mieux à faire, ailleurs, et il le regrettait. Mais malgré moult personnes lui ayant vanté la beauté des lieux et surtout le romantisme qu'ils dégageaient, il ne pensait pas pouvoir s'y attacher pour d'autres raisons que pour retrouver des vieux amis.
A peine descendu de l'aéronef, malgré le charme omniprésent de l'architecture de la gare, il ne s'attarda pas, une valise dans la main pour rejoindre l'extérieur pour allumer une cigarette pour célébrer son arrivé sur le sol français. A peine arrêté qu'il senti une pression dans ses genoux, et il tourna l’œil bionique pour apercevoir une petite fille sale et visiblement mendiant, paniquée d'avoir oser toucher un étranger, et ayant instinctivement mis son bras devant elle pour se protéger. Se protéger de quoi, il valait mieux pas le savoir. Tournant légèrement la tête sur le côté pour extirper la fumée de sa nicotine tout en épargnant les jeunes poumons de l'enfant, manœuvre inutile vu qu'elle devait patauger dans la pollution toute la journée, il plongea la main dans sa veste sur mesure pour sortir une poignée de pièce. L'imposant dans la main de la jeune fille, lui forçant même à refermer la main pour ne pas qu'elle les perde, vu qu'elle était trop sonnée pour avoir le réflexe de le faire. Il lui ébouriffa paternellement les cheveux au passage, regretta tout de suite son geste en sentant la graisse de la suie sur sa main, et se dirigea vers un taxi en lançant un dernier regard à la gosse par dessus son épaule.

Si il tombait nez à nez avec une gosse des rues dés son entrée sur le territoire, il craignait de voir ce que lui réservait le reste de son voyage. Sifflant une large fumée entre ses dents, il s'assit sur l'arrière de la calèche, la cigarette coincée entre ses dents blanches alors qu'il sortait un mouchoir pour essuyer sa main.

“La Tour de la Lanterne, vous serez bien aimable.”

Le chauffeur tourna sa tête vers lui, un sourcil levé. Généralement on lui donnait plutôt l'adresse plutôt que d'annoncer tout de go qu'on allait au bordel. L'irlandais lui adressa un sourire en coin alors qu'il prenait ses aises sur la banquettes, croisant les jambes et récupérant sa cigarette en soufflant un ample nuage de fumée.

“Vous savez très bien l'adresse.”

Ils échangèrent un sourire que seul les hommes avaient entre eux et le taxi se mit en route.

Depuis l'automobile il était toujours un peu étrange de se retrouver à nouveau dans une calèche, et encore plus dans un environnement aussi vétuste, mais il était intéressant pour Lugh de regarder par la fenêtre en terminant sa cigarette. L'évolution rapide de ce pays encore plongé dans le sommeil voilà à peine six ans était surprenante, et souvent encensée. Il avait évité les descriptions dans les Cannelés de la Discorde pour éviter de mal retranscrire Paris, mais si il devait refaire parler de la cours Royale de Versailles, il aurait un peu plus de matière si il s'y rendait sur place.

Arrivé rapidement à destination, après avoir payé son chauffeur, il jeta le mégot plus loin et entra d'un pas décidé. Il fut accueillit, sans surprise, par quelques filles dans le boudoir, lui souriant à pleine dent, avec cette grâce et cette retenue qui faisait tout le charme de ce genre de lieux. Personne ne touche sans payer, Lugh le savait, et il était très bien placé pour le savoir. Embrassant avec respect et délicatesse la main de celle qui était le plus proche de lui, sans s'approcher plus que de raison et surtout sans familiarité grivoise immonde et déplacée, comme cette impolitesse que trop d'hommes avaient auprès de ses femmes respectables. Il ajouta en souriant de toute ses dents :

“Dites moi, auriez vous la gentillesse de rendre service à un humble visiteur venu voir une amie chère, et prévenir la belle Madame Morelia que Lugh est ici ?”

Elle hocha la tête avec grâce et s'éclipsa. Il sourit aux autres filles ici, ne cherchant ni à les charmer ni à les toucher, et son regard bascula sur une petite table où plusieurs exemplaires de ses livres étaient disponibles. Une once de fierté traversa son regard alors qu'il attendit sagement en croisant les bras et observant le reste de la salle.
Lugh O'Tuathail
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Madame Morelia
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Madame Morelia
Jeu 19 Mai - 22:24


Le temps ne revient jamais

with Lugh



« … sans parler de ses formes sculpturales, je vous assure qu’elle sera plus que correctement traitée. Je viens d’acheter un hôtel particulier au centre de la rue d’Orfèvre pour l’y installer. Elle aura même une bonne, une dame de compagnie et sera toute à son aise loin des rumeurs de Paris. »


Il la gonflait. Sa silhouette drapée de noir comme de la suie, ses yeux implorants, ses cheveux gris gominés en arrière. Félicie s’était trouvé là un gentleman prêt à tout pour ses jolies jambes blanches et sa crinière brune. Du premier jour de sa venue, le baronnet Aras avait tout de suite été séduit par les yeux vairons de l’une de ses prostituées, et si Félicie n’était clairement pas une des favorites de la Tour, nul doute qu’elle avait su bien mener ses charmes auprès de ce veuf septuagénaire. Il devait avoir cinq fois son âge, pourtant ce n’était pas ce détail qui écoeurait Héloïse, mais bien l’empressement de l’avare à vouloir lui dresser le portrait flatteur du futur de la catin sans pour autant allonger le porte-monnaie.

« 7000 jours d’or. Voilà la dette de la jeune fille que vous convoitez et tant que ces 7000 jours d’or ne seront pas étalés dans un coffret soigneusement posé sur mon bureau, je ne peux accéder à votre requête. J’entends bien l’empressement dont vous faites preuve et je suis attendrie de voir une fin heureuse se dérouler sous mes yeux mais cette dernière n’aura de possibilité que si vous payez ce qui m’est dû. Mon empathie ne fait pas dans la charité, monsieur d’Aras. Vous le savez depuis le temps. »

Le vieillard eut un mouvement de balancier, comme si sous la nouvelle, ses jambes ne pouvaient plus le supporter. Loin de s’en émouvoir d’avantage, Héloïse prit sur elle de poser sa main sur son épaule, avant de se diriger vers l’entrée de son bureau, ouvrant la porte.

« Vous êtes une femme difficile, madame Morelia. D’aucun dirait sans cœur, mais pas sans reproches. Vous les enfermez dans votre cage et vous faites monter les enchères, voilà tout. »

14 mots. Ne pourrait-il pas au moins parler en dizaine ?

« Monsieur d’Aras, j’ose espérer que depuis le jour de ma reprise à la tête de cette maison, vous avez su faire la part des choses entre la dame que je représente et le marché que je gère. Les 5000 jours ne sont pas suffisants, qu'importe vos arguments. Félicie me coûte beaucoup, en tenues, en coiffures, en nourriture et même en accessoires. Etant l’un de ses principaux bénéficiaires, j’attends de vous un peu plus de volonté et de tenue. Nous rediscuterons de sa liberté quand vous aurez fait preuve d’un peu plus de clairvoyance. En attendant, si vous voulez bien m’excuser, j’ai à faire… »

Hanako ayant sa journée de libre, c’était à ses bonnes de gérer l’entrée de la Lanterne et notamment les clients qui commençaient à s’amener. Ils étaient déjà trois, au petit salon, occupés avec les filles quand Lugh fit son entrée, dans la méconnaissance la plus complète de son amie. Aidant le baronnet à quitter son bureau, Héloïse s’apprêtait à reprendre le flambeau de la Mère Maquerelle charmante et accueillante quand l’une des servantes, discrète dans son uniforme noir au tablier blanc, s’en vint vers elle, dépassant l’homme qui pris les escaliers après un signe à Félicie - et cette dernière emboîta aussitôt le pas à son client sous les yeux mordorés de la maquerelle qui baissa pourtant le nez sur la bonniche.

« Un homme au salon. Casque d’Or vous l’envoie. Il paraîtrait que c’est l’un de vos amis, de ce qu’elle a compris. » Les lèvres pincées, Morelia hocha la tête avant de murmurer.
« Verve n’est toujours pas redescendue ? »
« Non madame. »
« Qu’elle ne traîne pas quand elle en aura terminé avec le puceau. »

La dentelle glissant sur sa peau, les épaules couvertes mais la gorge en décolleté, Morelia fit son apparition dans le salon comme la sombre apparition d’un quelconque oiseau de proie. Chignon sur la nuque, maquillage discret, paupières pourtant ombragées et allure digne dans sa filiformité, elle parut néanmoins s’égayer quand, de coups d’œil en coup d’œil, elle s’aperçut de l’homme, légèrement décalé, au visage reconnaissable entre mille, à peine figé.

Les autres clients ne lui prêtaient qu’une vague attention, les filles semblaient presque totalement l’ignorer. Et pour cause. Il était réservé, à une Casque d’Or aussi curieuse qu’enchantée de lui coller au torse, usant de son numéro de charme. Il était bien plus pratique d’envoyer une bonne s’occuper de l’information plutôt que de venir elle-même alors fine, elle s'était vite ramener dans l'étreinte de celui qu'elle tâchait de convaincre.

Morelia, sans la réprimander, lui jeta seulement une œillade perçante, moins glaciale que celle réservée à Félicie. La remettant aussitôt à sa place et Casque d'Or soupira, reprenant place sur le canapé, la main d'un homme trouvant sa jambe, la faisant rire à nouveau.

« Lugh, bonsoir. Si tu veux bien me suivre. » A peine intransigeante, comme pressée d’une affaire urgente, Héloise fit aussitôt demi-tour pour regagner ses quartiers privés, s'épargnant l'observation des témoins curieux de la scène. Et attendit seulement de constater l’absence de tout témoin dans le couloir de l'arrière-boutique pour se tourner et attraper sa main.

« Toi ici. » D’un coup, elle semblait avoir rajeuni. « Je ne pensais pas que tu viendrais. Je croyais qu’avec ma dernière lettre… cela fait si longtemps. » De longues années depuis la Roumanie, les pays qu’ils avaient traversés et bien sûr, leur séparation aux frontières d’une France à peine réveillée.

Pablo était plus vif, plus humain en ce temps-là. Pablo l’adorait, son ami androïde.

« Tu m’as manqué, beaucoup. Même si j'ai toujours du mal à me faire à ce nouveau faciès... » Et l’attirant d’une poussée, elle regagna son bureau pour mieux fermer la porte derrière eux.




Madame Morelia
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Lugh O'Tuathail
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Lugh O'Tuathail
Sam 21 Mai - 7:45
A peine qu'il eut dépêché la jeune femme d'aller prévenir la propriétaire des lieux de son arrivée, qu'elle revint le plus naturellement du monde vers lui. Les yeux brillants, le sourire assuré, la voix douce, et avec un air que Lugh reconnaîtrait entre milles. Il la laissa plonger sa main sous sa veste pour lui agripper le torse, par jeu, sans faire un geste pour l'inviter ou la repousser. Il lui aurait bien dit que lui aussi ne faisait rien sans échange de pièces sonnantes et trébuchantes, mais la voir tenter d'utiliser sur lui ses charmes, fort efficaces au demeurant, l'amusa et la curiosité sur sa technique l'incita à la laisser s'exercer. Lugh savait, via la correspondance entretenue depuis plusieurs années, que son amie avait hérité de l'endroit. Et en regardant un peu mieux la décoration, les autres filles, et le parfum qui embaumait l'air, il ne pouvait que constater que l'endroit était rondement bien dirigé, avec professionnalisme et élégance. Une pichenette taquine sur le nez de la part de sa compagne, Casque D'or comme elle s'était présentée, et la moue faussement boudeuse de cette dernière le rappela à l'ordre de boire ses paroles au lieu d'observer les lieux. Elle rit pour ponctuer son geste, mais rapidement le regard inquisiteur de la mère maquerelle qui venait d'arriver, lui intima de laisser sa proie pour en trouver une autre. En soupirant, Casque d'or lâcha son emprise sur lui, et Lugh s'approcha sans plus de cérémonie vers elle. Sa valise à la main.

Le ton professionnel et presque froid de la maquerelle ne le surprit pas. Il savait des murs qu'il fallait dressé dans un monde pareil, et il aurait été largement déçu de la voir lâcher son rôle pour lui. Ceci dit, voir son amie lui parler ainsi après presque cinq ans de séparation lui déplut fortement, et il ne se fit pas prier pour partir à sa suite, pressé de pouvoir parler avec elle à l’abri des regards indiscrets.

Et quel ne fut pas son soulagement quand elle lui sourit en lui agrippant la main. Pour les autres, elle était Madame Morelia, pour d'autre Héloïse, Asha, ou Kaha, mais pour lui, elle était tout simplement :

“Ah Cupcake ! Désolé de ma visite importune.”

Profitant du fait qu'il avait ses mains dans les siens, il les serra en accentuant son sourire.

“Oui j'en suis navré, vraiment. Je voyage autant que je peux et tu sais bien que mon rythme de réponses peut varier quand je suis loin. Je devais me déplacer et à force de regarder partout j'a tendance à oublier que la France est juste à côté. Et donc...” Il écarta les bras, joueur. “Surprise ! J'aurais mieux fait d'arriver plus tôt dans la journée, mais j'ai raté mon aéronef. J'ose espérer que je ne dérange pas trop. Je ne vais pas rester longtemps dans tes pattes, j'ai repéré quelques hôtels dans les environs, il sera plus aisé pour nous de discuter en plein jour.”

Sa remarque sur son visage lui fit caresser la peau de sa joue en riant un peu alors qu'il entrait dans ses appartements.

“Il n'est plus si nouveau que ça.”

Il lui avait pourtant fallut un peu de temps pour s'y faire lui aussi. Pas seulement au delà du traumatisme de l'opération, mais plutôt de devoir se reconnaitre, et de croiser des regards différents glisser sur lui. Une crise identitaire rapidement étouffée par le soutien inattendu de Pablo qui avait été une béquille pour lui dans cette épreuve difficile. Mais il n'avait pas pu lui rendre la pareille. Il ne savait même pas si Pablo avait eu besoin de soutien.

“ Mais mes félicitations pour ton établissement. Sa réputation se fait entendre parfois même de l'autre côté de la Manche. Casque d'Or tenait vraiment à me faire visiter l'endroit. Tu es arrivée au bon moment, un peu plus et j'aurais brisé son pauvre cœur.”

Joignant les mains il regarda vaguement autour d'eux avant de poser la fameuse question.

“Pardonne-moi mon audace, mais j'aimerais que nous soyons tout les trois pour nos retrouvailles.”

Il avait bien lu les lettres. D'abord celles de Pablo, impatientes mais pourtant discrètes face aux changement qu'il subissait. Il n'avait jamais masqué son attention transhumaniste, ni ses regards et sourires quand il demandait à toucher son nouveau visage. Il avait été très curieux, jamais indiscret, et toujours compréhensif. C'était aussi pour ça que quand sa femme prit le relais sur la correspondance pour lui annoncer la nouvelle, un coup derrière la nuque aurait été moins violent.

Lugh savait très bien ce qui l'attendait en voyant Pablo. Mais c'était plus fort que lui, il fallait qui le voit de ses yeux. Si il y avait deuil à faire, autant que cela soit fait tout de suite. Et dans l'idée purement sentimentale, l'androïde les aimait tout les deux, et il les avait rencontré ensemble. Imaginer converser avec l'un sans l'autre était toujours un peu trop abstrait pour lui. Il fallait en avoir le cœur net. Son visage était peut être du faux, mais tout le reste était réel. Trop réel.

“Puis-je le voir ?” Ponctua-t-il en joignant les mains. Toujours assuré, toujours droit, toujours élégant, mais pour Pablo, même son oeil bionique ne pouvait pas contenir son inquiétude.
Lugh O'Tuathail
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Madame Morelia
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Madame Morelia
Dim 22 Mai - 12:11


Le temps ne revient jamais

with Lugh



Cupcake. Comme cela lui avait manqué, comme tout était familier. Le visage demeurait différent, presque trop étrange tant elle s’était habituée au faciès ravagé de son ami mais l’éclat restait inchangé, dans son regard pétillant d’une joie presque inquiète. Il n’y a avait pas à chercher loin pour comprendre le but de sa venue et Héloïse le laissa enlacer ses mains avec plus de force encore, demeurant la même fleur calme et souriante qu’à leur première encontre. Avec Lugh, il était inutile de porter un quelconque masque, encore moins celui de la mère maquerelle. Et bien à l’abri des fureteurs, elle eut le plaisir de toucher son torse, à l’endroit de son cœur battant, comme pour s’assurer que l’androïde n’avait pas perdu son essence fondamentale.

« Je comprends que certaines payent cher pour t’avoir. Et je te donnerais bien une place ici si les français n’étaient pas de véritables saintes-nitouches en matière de plaisir pour les femmes. Quoique, le coït de ces demoiselles me passe bien au-dessus de la tête. Les rumeurs sodomites sont bien plus ma priorité. Les autorités leur mènent une sacrée chasse en ce moment et je ne peux même plus laisser monter deux clients ensemble en compagnie d’une fille sans craindre un interrogatoire la semaine suivante. »

Le geste habituel, comme un toc dont elle ne savait se défaire, la fit trouver un pli à lisser entre ses doigts et son sourire revint, plus mutin que futé, ses yeux passant du doré à deux lacs d’un bleu océan.

« Ne te fais pas trop de soucis pour Casque d’Or. Elle a sentis qu’il y avait là une occasion en or de se rapprocher de moi. Elle sait mener son affaire presque autant qu’une mère maquerelle et si elle n’avait pas été aussi fière, je l’aurais sans doute nommé sous-maitresse. Mais j’ai une amie de longue date qui a pris ce poste récemment. Aujourd’hui, elle n’est pas présente, des affaires la retiennent, cependant j’aurais plaisir à te parler d’elle et à te la faire rencontrer. J’ai certainement déjà mentionné son nom au détour de l’une de mes lettres. »

En d’autres temps, Héloïse lui aurait d’ailleurs laissé la chambre dont se servait Hanako actuellement mais pour respecter l’intimité de sa nouvelle compagne, la mère maquerelle prit sur elle de ne pas lui reprocher sa réservation. Un hôtel à proximité de la Tour serait amplement suffisant pour qu’ils puissent se revoir au plus vite le cas échéant.

Pourtant, ce fut la suite de la conversation qui brisa l’expression charmée de son visage. Et ses traits creusèrent son âge, d’une fatigue aussi brusque que peu clémente.

« Ah oui bien évidemment, nous allons descendre. Laisse-moi seulement le temps de régler quelques détails avec mes bonnes. Je ne peux laisser la maison sans surveillance. »

Tapotant son épaule d’une main faussement tranquille, Héloïse quitta le bureau au moment où Verve, peignoir sur les seins et mains dans les cheveux, redescendait des escaliers. La mère maquerelle accéléra le pas pour la contrer et attrapant sa fille au poignet, reprit aussitôt ses réflexes de dominante, s’imposant de force la fermeté dans son ton.

« Des occupations vont me tenir éloignées pour ce soir. Tu viens de finir le fils Avant ? »


Verve hocha la tête mais Héloïse coupa toute réplique d’un geste sec de la main – une fois lancée, la prostituée pouvait palabrer trois heures sur sa réussite.

« Casque d’Or est en feu ce soir, tu la laisses mener les choses pour les clients. Je veux que tu places deux bonnes près de la porte et que tu restes à la surveillance. Occupe-toi surtout de la nouvelle, elle n’a pas l’air très motivée à la tâche ce soir, n’hésite pas à lui secouer les puces quitte à la renvoyer au dortoir. Je m’occuperai du reste. Fais les boire mais n’oublie pas les encaissements, surveille les bonbons et les chocolats sur les tables, qu’ils ne se goinfrent pas – rappelle-toi des vomissements du Lord la dernière fois, ça a gâché la soirée. Tiens-moi au courant de tout incident en faisant sonner la cloche dans la cuisine, tu m’as compris ? Trois coups fermes et si je ne remonte pas dans les minutes qui suivent, tu insistes. »

Repoussant son épaisse chevelure brune, la méditerranéenne murmura.

« Et si on me demande moi ? »

Là était le problème.

« Tu acceptes, mais tu fais en sorte de le terminer au plus vite. Je te donnerai un sous en échange. »

Les sourcils de la prostituée se relevèrent de surprise mais Verve eut l’intelligence de ne pas piper mot. L’affaire devait être grave mais ici, à la Tour, on ne posait pas de questions à Héloïse.

« Bien madame. »
« Allez file. »

Un gloussement, et la prostituée revint au salon, lançant un éclat de voix qui déclencha l’enthousiasme des trois autres hommes arrivés entre-temps. Héloïse revint aussitôt à ses quartiers, ouvrant la porte pour faire signe à Lugh de la suivre et s’enfonça avec lui dans l’arrière de la boutique, passant près des cuisines avant de se présenter à la porte de la cave. D’un dernier coup d’œil en arrière, elle s’assura qu’aucune personne ne réclamait sa présence, même par signes, sortit de son corset une clef de fer, l’inséra dans la serrure, et poussa la porte.

« Entre en premier. Il y une lampe, sur ta gauche. Le fil est électrique. N’hésite pas à le tirer. »

Sa voix était basse. Mais résonnait en échos dans l’escalier sombre.

« Tu as deux paliers à descendre. Sois prudent, c’est étroit. Je te suis. » Pour mieux refermer la porte à clef. Et des tréfonds de la cave monta soudain une odeur plus rance.

Les escaliers, entre chaque niveau, ne comportaient qu’une dizaine de marche et la Tour demeurant en pente, le bas débouchait sur deux portes en volet pour le rechargement de la chaudière. Cette dernière ronflait, coupant le silence de poussière. Mais au-delà du ronronnement des flammes, il y eut un bruit plus sourd. Comme la respiration d’un animal endormi.

Un gros, d’animal.

Héloïse posa sa main sur l’épaule de Lugh. Et quand ce dernier se décida à allumer la lumière, les lampes clinquèrent, illuminant la descente comme la pièce, tout en bas. Une pièce rectangulaire où au centre trônait une cage en fer.

En son sein, Pablo, surpris par ce soleil inopiné, bailla jusqu’à sortir du sommeil.




Madame Morelia
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Lugh O'Tuathail
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Lugh O'Tuathail
Sam 28 Mai - 4:01
La main sur son coeur. Il trouvait ça touchant et triste à la fois. Comme si avoir changé lui aurait privé de toute humanité, alors qu'il ne s'était jamais senti aussi proche des gens depuis ce changement. Oh, il le savait pourtant, si la vie n'avait pas été facile, que les plus grosses barrières avaient été posées par lui même. Mais c'était toujours lui. Plein d'artifices, mais cela restait lui. Qu'était un tableau sans son beau vernis après tout ?

Sa déclaration lui arracha un bref rire. Pour tout le respect qu'il avait pour l'établissement de son amie, il avait bien trop l'habitude de gérer ses affaires seuls, et il n'avait jamais œuvré au sain d'une maison close, sauf pour certains événements ou des anglaises souhaitaient défilés parmi des hommes de pouvoir, son androïde payé à la main. Fières et rebelles, montrant qu'elles n'avaient pas besoin d'être un homme pour elles aussi, obtenir ce qu'elles souhaitaient en matière de plaisir. Lugh avait du respect pour ce genre de déclaration, et remplissait son rôle avec zèle. Mais il était déçu de voir que le lendemain au petit jour, la pudeur reprenait ces droits et ces mêmes femmes baissaient à nouveau les yeux.

Ce que lui déclara Héloïse ne l'étonna qu'à moitié, mais il doutait que toutes les femmes soient aussi dociles aux mœurs qu'elle voulait bien lui faire croire.

“Oh, tu devrais pourtant t'y intéresser un peu plus. Tu serais surprise de savoir ce qu'une femme peut dépenser pour ne plus avoir à subir les assauts d'un mari incapable de comprendre ce qu'elle souhaite. Le manque de pratique envers elle est triste, et il suffit de leur donner un aperçu, même minime de ce qu'elles ratent pour qu'elles mettent la main à la poche.”
Il ponctua d'un soupire en concluant “ Et c'est triste. Vraiment triste. Mais j'imagine que les sodomites doivent bien payer également.”

Malheureusement, le manque d'égalité de plaisir nocturne entre homme et femme était la pierre angulaire de son travail. Il s'accordait pourtant le luxe d'offrir une bien différente vision de tout ça dans ses fictions, et cela expliquait probablement en grande partie son succès.

Lugh hocha respectueusement la tête quand elle parla de son amie. Une hybride si sa mémoire était bonne. Il en avait en effet entendu parlé, mais ne savait pas grand chose d'elle.

“Je serais ravie de la rencontrer en effet. Mais parmis les nombreuses chose que j,ai apprit dans mon lointain voyage au japon...” il désigna son visage d'un mouvement circulaire de l'index “C'est que je ne suis pas vraiment apprécié par ses habitants. Ainsi je doute que la réciproque soit vraie, et je serais terriblement navré que ma présence importune ton amie, Cupcake.”

Raison de plus pour rester à l'hotel, dans le doute. Ça, le fait de ne pas vouloir embarrasser son amie qui déjà devait se maîtriser devant ses filles, les racontars sur les raisons de sa présence dans la maison close risquerait de les distraire. Et n'oublions pas que si Casque d'Or, et d'autres filles, avaient également les dents qui rayaient le plancher, sa chambre risquerait d'être envahie par moult tentative de conspirations. Outre, il ne faisait rien gratuitement, et il était assez au courant pour savoir qu'une femme sait tres bien insister quand elle le souhaite.

Il laissa son amie régler ses affaires avant de la suivre. Son visage s'était effondré quand il avait parlé de Pablo, et il regrettait affreusement d'avoir mit le sujet sur le tapis. Mais c'était plus fort que lui. Il n'osait pas imaginer le calvaire que cela devait être pour elle. Voir l'être aimé devenir l'ertaz de ce qu'il était incapable de reconnaître qui que ce soit. L'idée même était douloureuse pour Lugh. Le voir serait surement un crève coeur. Et que penser de sa femme qui devait vivre avec ce fardeau ? Il espérait presque qu'elle est un échappatoire. Quelque chose d'autres que le travail. Un semblant de bouffé d'air au milieu de cette vie. C'était parfois le plus dur à trouver, il en était conscient.


La regardant dans le blanc des yeux devant l'escalier sombre, il lui sourit. Compassion, douceur, remercient, douleur partagée, il ne savait pas trop ce qu'il signifiait dans ce sourire, mais il prit même la peine de lui serrer doucement l'épaule, et s'engouffra.

La chaleur n'était pas juste dûe à la chaudière. Il le savait, et le ronronnement n'était pas que mécanique. Il senti la main d'Héloïse sur son épaule alors qu'il alluma la lumière. Même sorti de la pénombre, la première chose qu'il remarqua s'était les yeux du fauve. Brillants, perçants, même encore endormit. Lugh ne dit rien, mais son visage traduisait un mélange de stupeur, d'effroi, et d'une curiosité maladive, alors qu'il s'approcha doucement de la cage.

Il fit l'animal, le fixa. La bestiole le regarda dans les yeux, probablement parce qu'il n'avait pas d'autres chose à faire. Et d'un coup d'un seul, éternua bruyamment.

Malgré le mouvement de recul de l'androïde, il eut une seconde de flottement, et finit par rire. Un rire franc, mais aussi un rire brisé.

Good Evening Old Pal. Pas très démonstratif, comme d'habitude.”

Il osa s'approcher encore de la cage, sans la toucher, voyant bien que l'animal était tout sauf accueillant, et posa un genou à terre, en souriant.

Look at you. Tu es tellement beau Pablo. Tu sens pire que Whitechapel un vendredi soir, mais tu es très beau. J'aurais du me douter que tout ceci était qu'une vaste manigance pour arriver à ma beauté. Après tout, j'ai toujours eu une mauvaise influence sur toi !”


La plaisanterie le fit ricaner gentiment, et il prit la liberté de s'asseoir complétement devant l'animal, et tourna la tête vers Héloïse.

“Il n'a pas trop chaud avec la chaudière ? Je t'avoue que je n'ai pas la moindre idée de ce qu'il pense. Tu le connais, il ne dit jamais !”

Le déni. C'était la seule façon de ne pas sombrer dans le désespoir pour lui.
Lugh O'Tuathail
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Madame Morelia
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Madame Morelia
Sam 28 Mai - 14:01


Le temps ne revient jamais

with Lugh



L’odeur se fit de plus en plus forte, prenante comme une catin surchargée de parfum, les heurtant comme un coup de poing en plein front. A force d’allées et venues entre la Tour et sa cave, Héloïse avait cru pouvoir s’y habituer mais il n’en était rien. Cela puait le fauve, la pisse, la viande avariée et de fait, des os jonchaient encore la litière de sa cage, le tigre reposant sur de la paille, une cuve en cuivre pleine d’eau fraîche changée le matin même. Il s’était nourri et entre ses pattes, un fémur de bonne taille reposait entre ses griffes.

A la vue des nouveaux arrivants, les oreilles battirent comme les ailes d’un papillon et ses yeux s’entrouvrirent tout à fait pour mieux les observer. Le regard ambré se posa d’abord sur la femme, qu’il avait pris le temps de (re)connaitre, puis sur l’homme au visage transformé. Il exsudait de cet étranger un relent de peur, de fascination et de tristesse au point que l’animal gronda des flancs quand ce dernier approcha à moins de deux mètres de la cage. Cela lui parlait, dans une langue qu’il avait apprise – il y a longtemps – et cela gouttait en lui comme pour éveiller un esprit mort, presque entièrement dévoré.

Héloïse, pour sa part, ne lui jeta qu’un vague coup d’œil, feignant l’indifférence alors que ses mains recommençaient à trembler. Et se dirigea vers le fond de la pièce, tressaillant à peine à l’éternuement du tigre, le dos soudain droit, l’esprit prêt à user de son pouvoir pour maîtriser l’animal. L’hypnose ne fonctionnait encore que grâce à la nature profonde de Pablo. Mais il tendait à vriller et à agir avec moins de substance qu’à l’accoutumé. Elle ne l’utilisait donc qu’avec grande parcimonie et en cas d’extrême urgence. Ce n’était heureusement pas le cas à présent.

Tirant une chaise recouverte d’un drap sombre pour plus de discrétion, elle finit par la soulever, le son des pieds raclant au sol faisant grogner la bête. Et la déposa à quelques centimètres de son ami, repensant de manière éphémère à la réaction qu’avait eu Hanako à sa première rencontre avec le tigre. La japonaise n’allait certainement pas apprécier un homme, androïde de surcroît, proche de sa sœur bien-aimée mais au fond, qu’en savait-elle réellement ? N’étaient-ils pas tous liés à une cause finalement plus grande ?

Le tigre se leva, et s’approchant des barreaux de la cage, entrouvrit la gueule, reniflant calmement les deux méconnus.

« Fait attention à ce qu’il ne t’envoie pas un coup de patte. Il est parfois surprenant de vigueur et d’agilité. Mais j’ai l’impression qu’aujourd’hui est un bon jour. »
Héloïsa croisa les jambes avec la distinction d’une reine et soupira.

« La chaudière lui maintient le corps au chaud et c’est tout ce qui m’importe avec cet hiver qui traîne. Je surveillerai tout de même ses éternuements, qu’il ne prenne pas froid. Je doute de trouver à Paris un médecin assez compétent pour soigner un homme coincé dans un corps de tigre. »

Pablo se recoucha en lisière de la cage et se mit à bailler.

« J’ai l’impression parfois que quelque chose se ravive en lui. Il lui est même arrivé de se montrer câlin à mon égard. Je m’occupe de tout. Son eau, sa nourriture, souvent je suis obligée d’attendre qu’il soit calme mais la plupart du temps, je maximise mes chances. » Son ongle vint effleurer la ligne asiatique de son regard. Sans qu’elle n’ait aucun sourire.

Lugh savait forcément de quoi elle parlait. Ayant été témoin dans leurs année de quête de ses capacités, il avait peut-être même pu en jouir, par incident interposé.

« Parfois il m’attaque comme si je n’étais rien qu’un bout de viande. D’autres, il se colle à moi et réclame mon toucher. Plus rarement, il reste prostré au fond de sa cage, loin de toute combativité, comme sous le choc d’une révélation. Puis le cycle continue. Il a failli m’avoir des ennuis avec la justice, à rugir comme un forcené. J’ai dû doubler l’ouverture et miser sur ma chance. Mais le principal soucis, c’est de le sustenter. »


Il lui manquait un verre de brandy pour faire passer l’amertume coincée dans sa gorge.

« Je ne sais pas si tu t’en es rendu compte, mais le prix de la viande est en hausse et il est difficile de trouver des vaches à Paris. Il lui en faut un bon tiers pour pouvoir vivre dans cette cage bien que l’enfermement soit un mal grandissant. J’ai dû prendre quelques résolutions. »

Son regard, vert cette fois, se porta sur l’androïde. Des années passées ensemble, ils avaient assez voyagé et agit de consorts pour se permettre quelques actes criminels plus que conséquents. Pablo, principalement, usait souvent de la force pour commettre des larcins leur amenant pitance et monnaie pour continuer. Il se mêlait à toutes sortes de clans, groupes ou même milices tant qu’on le payait rubis sur ongle dans la discrétion absolue. Et plusieurs fois il leur était revenu, les vêtements couverts de sang, des ecchymoses aux mains.

Morelia connaissait Lugh, ainsi que sa nouvelle vie de prostitué et d’auteur. Il n’en demeurait pas moins un ami, de confiance qui plus est. Mais ce qu’elle s’apprêtait à lui faire deviner dépassait certainement l’entendement, même pour le plus malhonnête des hommes. Aussi se permit-elle de s’offrir une des cigarettes dissimulées dans les plis de sa robe, en tendant une autre à l’androïde.

Le tabac, étrangement, ne dérangeait pas le tigre et semblait même avoir l’effet inverse. La faute aux cigares que Pablo aimait fumer, dans le temps. Héloïse inspira une longue goulée avant de renverser la tête en arrière, et poser une simple question.

« A-t-on avis, est-ce que j’agis mal ? Ou est-ce que chacun de mes actes pourrait être pardonné, si leur Seigneur pudibond existe ? »





Madame Morelia
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Lugh O'Tuathail
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Lugh O'Tuathail
Mar 14 Juin - 5:09
Dur de déchiffrer le visage d'un félidé. Encore plus quand il était assez grand pour avaler aisément son visage refait. Mais Lugh fixa l'animal avec une intensité et bienveillance bien digne de lui. Mais étrangement l'animal semblait éveillé, et le regardait à son tour. Dans les grandes prunelles d'ambres de cet animal, Lugh eut l'impression fugace qu'il se passait quelque chose. Un espèce de dialogue silencieux. Il n'irait pas dire qu'il le reconnaîtrait, car quand il le voyait, Pablo ne restait pas assit sans rien faire à le fixer. Ils fumaient, parlaient, s'extasiaient, passaient des heures à refaire le monde, le silence n'était pas un langage qu'ils avaient beaucoup partagé. Mais définitivement, le tigre devant lui réagissait, même si il ignorait à quoi.

“Un bon jour dis-tu...” Fit il distraitement alors qu'il sentit la chaleur corporelle de son amie non loin de lui.

Il écouta avec attention le discours sur l'état actuel de Pablo, et plongée dans l'incompréhension, il se demanda si au fond de lui, Pablo savait quel lourd fardeau il était désormais pour sa femme. Avait-il un semblant de regret, entre ses bâillements et les coups de pattes qu'il pouvait donner à sa compagne de toujours ? Serait-il fier d'avoir accomplit son but ultime malgré tout ce que cela impliquait ?

“Un mal grandissant, pour lui et pour toi.” Conclu-t-il l'air de rien en voyant Pablo qui était retourner se coucher dans un coin. Baillant encore sous l'effet de son réveil abrupte. Juste voir ce puissant animal bailler était impressionnant en soit, il n'osait pas imaginer la terreur qu'il pourrait ressentir en le voyant rugir. Il savait déjà son amie bien brave de supporter tout cela avec maîtrise et panache, mais en voyant Pablo ainsi, Lugh regretta même un instant d'être venu. La présence d'Héloïse était certes un baume au coeur, mais elle était bien plus courageuse et digne qu'il ne le serait jamais. il ignorait si il aurait été capable de faire de même. Probablement pas.

Il attrapa la cigarette allumée, et la porta à ses lèvres sans mot dire. Il en avait besoin pour remettre ses idées en place. Il ignorait quoi penser et encore plus quoi faire. Il n'osait pas demander si il y avait un remède, elle avait déjà du le chercher, cela ne ferrait que rajouter à la tristesse des faits.

Et elle reprit la parole, d'un ton qui ne lui ressemblait pas. Il se tourna vers elle, surprit. Il ne savait même pas où elle voulait en venir.

“Je n'en sais rien, Cupcake.” Il remit élégamment une mèche en place et continua. “Tu sais, ce dieu ne signifie rien pour moi. J'ai été élevé dans des croyances bien plus anciennes. Les péchés, l'enfer, le paradis. C'est un beau roman pour moi. Avec beaucoup de personnages, et pas beaucoup d'actions.” Les vieux druides de son village perdus. Les seuls qui regardaient son visage avec bienveillance. Du moins avant qu'elle n'arrive dans sa vie . Il soupira en recrachant l'epaisse fumée blanche et conclue. “Mais je te comprends. Moi aussi j'y ai renoncé. Et juste par pur confort personnel.”

Il toucha d'un air absent son visage. Il n'avait jamais regretté son geste, mais il n'était jamais retourné vers les druides. Il savait que pour eux c'était du blasphème envers la nature. Mais il l'avait fait en connaissance de cause. Il se leva pour se positionner à côté d'elle, fixant toujours le tigre en face d'eux.

“En quoi tu agirais mal ? En protégeant ton mari ? En protégeant ton commerce ? Je ne connais rien à ce qui peut gêner ces bigots zélés.”

Il posa gentiment une de ses mains sur l'épaule de la femme de son vieil amie. Parfois elle lui semblait si forte, et pourtant un instant, elle lui avait semblait bien frèle.


“Du moins si te confier à un pauvre hérétique ne t'ennuies pas.”
Lugh O'Tuathail
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Madame Morelia
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Madame Morelia
Sam 18 Juin - 20:24


Le temps ne revient jamais

with Lugh



Le regard en coin que lui glissa Morelia fut aussi rassuré que confiant. Entre eux se tordaient les fils d’un irréductible lien amical, basé autant sur leurs passifs respectifs que pour ces rares points communs qu’ils partageaient à demi-mots. Des croyances païennes de Lugh, Héloïse ignorait quasiment tout. Mais elle pouvait sans peine se souvenir des divinités de sa propre mère, de ses statuettes dans l’âtre de la cheminée et des propos mystérieux de son père qui dépassaient de loin la bible des chrétiens et l’existence même de Dieu. Il lui arrivait bien souvent de se lever plus tôt et d’assister à la naissance du soleil, le cœur empli de prières mystérieuses d’une langue qu’elle ne parlait jamais. Et se rappelant ainsi des chuchotements de Pablo, le seul l’ayant compris. Le seul ayant deviné. Son Sphinx.

Il était là désormais, plus bête que homme, sans mystères et sans questions. Sans éternité autre que cette vie de félidé que l’existence lui avait accordé. Héloïse frissonna, avalant une autre bouffée de sa cigarette, et tressaillit une nouvelle fois quand l’androïde vint la rejoindre, posant une main calme sur son épaule. A ce geste, le tigre dressa les oreilles.

Et d’un pas lent, se leva pour effectuer les cent tours à l’intérieur de la cage, sans les quitter des yeux.

« Ne fais pas ça. » Mesura laconiquement la maquerelle avant de tourner la tête vers son ami, pour mieux lui sourire. « Il n’était pas possessif avant. Cela a changé. » Pour appuyer ses propos, le tigre rugit tout bas, un grognement presque ronronnant qui n’en était pas moins menaçant. Morelia gloussa doucement, moqueuse mais sans se montrer distraite pour autant.

Et remit en place son épaulette, pour couvrir sa peau, recroisant les jambes en sens inverse.

Il était temps d’affronter la vérité.

« Mon hérétique, tu n’es pas le plus stupide des hommes de cette terre. Rien qu’à lire ce que tu écris, et tu sauras que je suis certainement ta plus grande fan en ce monde, on sent dans tes mots et tes formules toute la conscience d’un mâle logique. C’est sans doute cela qui me plait chez toi. Tes plaisanteries en friandises séduisantes, ton charme, et ton intelligence. »

Une nouvelle bouffée, après que son ongle ait tapoté sa tempe. Ne pas noyer le poisson. A quoi cela lui servirait-il de se détourner de ses actes ? Elle les assumait amplement. Avait simplement du mal à les formuler de manière correcte, comme pour mieux les justifier.

Et les justifier auprès de Lugh n’avait pas grande utilité. Il comprendrait.

« Pour nourrir ma grosse bête, je n’ai plus besoin de marmites et de recettes. Je vais au marché des ruelles et je séduis les moins lotis. Les décadents, les ivrognes et les mendiants. Ceux qui sont déjà sur le point de basculer, je les regarde. Comme ceci. »

Ses iris croisèrent celles de l’androïde. Et autour de ces joyaux d’onyx, les couleurs se multiplièrent.

« Tu entends ma voix ? Tu aimerais lui faire plaisir, n’est ce pas ? » Susurra-t-elle doucement avant de pencher la tête de côté. « Tu n’imagines même pas à quel point ils ont été désireux de me servir, ceux qui m’ont écouté. »

Puis elle battit des cils. Et le charme, jusqu’à alors main tendre caressant ses décisions, s’évanouit dans les limbes.

« Je les ai amené ici, les uns après les autres. Et aussi discrètement que possible, comme Pablo me l’avait appris et comme son frère, avant lui, le lui avait montré, je les ai tués. Un coup sec de la pelle rangée près de l’établi, au fond. Ils sont tombés, je les ai dénudés. Au chauffe-eau j’ai confié leurs maigres biens. Et à mon mari j’ai fait le service. Il préfère les ivrognes, évidemment. Pablo et l’alcool, ah… ! »

Maigre pulsation asmathique, point un rire.

« Le fémur qui traine, c’est celui de ce matin tiens. Mais maintenant je fais encore mieux. L’armoire à disparaître dans ma chambre m’aide tellement pour les restes. Sans parler des victimes. Tu rencontreras mon assistante. Le jour où nous avons mis son idée à l’épreuve, j’étais rayonnante. »

Tapotant sa cigarette pour en faire tomber la cendre, elle remarqua enfin que celle-ci était entièrement consumée. Et s’arracha à la vision de la cage pour affronter enfin le profil de son ami.

« Alors mon hérétique. Quel est le jugement ? »

Les flammes de l’enfer, assurément. Mais ça sans doute depuis ses 8 ans.





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Lugh O'Tuathail
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Lugh O'Tuathail
Mar 28 Juin - 4:01
Loin de lui l'envie d'heurter Pablo, presque aussi peu que celle de finir déchiqueté par une bête féroce. Lugh retira sur le champ sa main. Il le faisait toujours devant un fiancé jaloux, un mari présent, alors que les femmes aimaient rendre leur moitié sur les dents en flirtant ouvertement avec lui. Qu'elles soient ses clientes ou pas. Mais heurter la sensibilité des gens n'étaient pas son but, et il trouvait toujours ce comportement pathétique et inutilement cruel. Mais avec Heloïse et Pablo, c'était encore différent. Animal ou pas, Pablo restait Pablo.

Elle n'avait jamais été très avare de compliment. Même laid à faire peur, elle lui souriait avec bienveillance en lui touchant son visage. Ils n'étaient même pas proche à cette époque, mais rien chez elle ne trahissait un semblant de moquerie ou de rejet. Déjà peu de nature à rechigner aux compliments, il savait qu'elle était sincère. Il essayait au mieux de toucher les femmes qui le lisait, sans pour autant prétendre les comprendre. Il était difficile pour lui de visualiser les désirs féminins, mais il voulait leur convenir, il avait l'impression que c'était sa mission. Et il pouvait se vanter de ne pas trop mal y arriver, au vertu de son succés, officiel ou officieux. Il eut un rictus quand il parla de plaisanterie en friandises. Il n'y avait qu'elle pour parler de ça ainsi.

Il ne savait pas trop comment interpréter les premiers signes de ce qu'elle s'apprétait à lui dire. Il savait que c'était important, mais il n'imaginait pas encore à quel point.

Il fronça les sourcils quand elle commença à lui parler de son secret, mais très vite, sans trop comprendre, il se perdit dans les yeux d'Héloïse. Il était habitué aux demandes, à l'envie de faire plaisir, d'écouter, de satisfaire. C'était son métier et sa raison d'être. Mais ce qui ressenti en fixant ses yeux étaient bien au delà de toute envie. C'était un besoin. Le besoin de faire n'importe quoi pour elle. Ce fut violent et viséral, comme une gifle. Comme si le simple fait de ne pas lui obéir lui aurait arraché la jugulaire. C'était trop, c'était douloureux. Qu'importe le charme qu'elle lui lança, elle le retira bien vite. Lugh se retrouva les yeux dans le vague, l'esprit perdu, la sueur dans le cou, et l'air hagard. La violence de ce sortilège sur lui était bien trop.

Il lui fallut un moment pour récupérer. Il senti d'un coup son souffle lui revenir, assez pour comprendre qu'il lui avait manqué pendant quelques précieuses secondes. Il la regarda finir son explication, sans jugement, mais très vite ses yeux se reportèrent sur Pablo.

Bien évidemment, cela avait été une évidence. Comment nourrir un animal pareil autrement ? Il n'avait jamais vu le frère de Pablo, mais il connaissait bien ce dernier. Bien avant ils n'avaient guère sympathisé, mais tout les deux savaient bien ce qu'ils faisaient la nuit pour survivre.

“Pablo aime les choses contondantes. Il aime frapper, il aime sentir les choses qui se brisent. C'est bien son style, j'ai toujours respecté ça. Moi aussi j'ai frappé. Souvent, mais j'avais une autre méthode.”


Il approcha son pouce de la jugulaire de son amie, sans la toucher pour ne pas froisser son compagnon. Et d'un geste sans équivoque, déplaça brutalement sa main vers la droite. Un geste propre, maîtrisé, trop souvent répété.

“Ça. C'est ma propre marque de fabrique. Mais honnêtement ? C'est pitoyable. C'est trouvé de l'élégance ou il y en avait pas. C'est se chercher une excuse. Mais la seule excuse, c'est de devoir faire ce que l'on à faire. Si Dieu ne comprend pas ça, Dieu n'a jamais prit 2 minutes pour regarder la vérité en face.”

Il approcha sa main de la chevelure de la belle, mais y renonça une nouvelle fois. Il se contenta d'enfoncer sa main dans sa poche et d'afficher un sourire. Son sourire si particulier, si confiant et si posé.

“Ne sois pas triste d'être réservée à l'Enfer, Cupcake. Toi, Pablo, moi, nous irons tous ensemble. J'espère juste avoir une belle vue sur les laves en fusion. Si j'y vais avant vous, je vous jure de vous réserver un siège.”

Il roula des épaules et haussa les sourcils d'une façon qui ne laissait pas beaucoup de place à l'imagination.

“Ce n'est pas dans notre éducation, et nous savons tout les deux que quand nous sommes à genoux, ce n'est pas pour prier. Pas notre style. Et très franchement, que peut nous faire leur Lucifer que nous n'avons pas déjà subit ? ”
Lugh O'Tuathail
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Madame Morelia
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Madame Morelia
Dim 3 Juil - 22:07


Le temps ne revient jamais

with Lugh



Héloïse aurait pu s’excuser du maléfice lancé à son ami – plus que quiconque à ce jour, il était faible à son pouvoir, d’ors et déjà disposé à la servir, par amitié. Elle aurait pu aussi en jouer, lui faire avoir une amnésie à se taper le crâne contre le mur pour se réveiller. Elle aurait pu, aussi, faire en sorte qu’il tue ou aime pour elle. Mais le respect entre eux avait beaucoup trop d’importance pour être aussi aisément manipulé. Aussi lui offrit-elle sa gorge, pour sa propre démonstration, rassurée de ne voir aucune peur et aucun dégoût luire dans son regard familier. Il la comprenait, mieux que personne – peut-être même autant qu’Hanako. Et souriante, Morelia hocha la tête, se frottant la peau comme pour effacer la trace de cette coupure imaginaire.

Louie aurait adoré lui trancher la gorge. Il n’en avait pas eu l’occasion tout simplement.

« Tu parles comme tu écris. Je t’imagine déjà leur conter de l’érotisme. Vraiment, quel dommage que tu sois né homme. Je t’aurais trouvé une place de choix dans ma maison… » Les mots de Lugh, pourtant cruels et blasphémateurs, la faisaient presque ronronner. Et Morelia eut un rire presque gloussant, décroisant bras et jambes pour se relever. Avec tendresse, elle effleura de l’index l’un des barreaux de la cage. Et pesant mais gracieux à la fois, Pablo se releva.

Il vint près d’elle, humant l’air. Jetant un regard acide à l’être trop proche de sa femme. Et frottant son crâne lourd contre le fer, l’heurtant à en produire un son mat, il guetta sa main et sa caresse, gros chat familier. Morelia accéda vite à sa requête, perdant ses ongles dans ses poils durs de fauve jusqu’à refaire l’arrondit de ses oreilles. Son poils n’était pas doux, contre toute attente, mais brûlait comme un four sous son épiderme. Pablo gronda, et tandis qu’il émettait cette puissante vibration, Héloïse sut qu’il ronronnait et rit un peu plus.

« Le diable manque d’imagination quand on constate ce que les hommes seuls peuvent produire. C’est peut-être pour cela que nous n’entendons plus parler de miracles ou de malédictions. Face aux sorciers, aux fées, à ce que la vie nous offre, l’un d’eux a dû retourner dans son camp pour leur dire de tout laisser tomber. Nous faisons notre propre Apocalypse, Lugh. Mais quelque chose me dit que nous ne mourrons pas de sitôt. Ni toi, ni moi, ni lui. Avant ça, nous serons sphinx. »

Les crocs de Pablo brillèrent dans le clair-obscur. Et vivement, Morelia recula. Echappant de peu à une morsure plus animale que voulue. Le regard de la bête brilla un court instant sous une profonde interrogation, cette fois-ci bien humaine. Puis il s’en retourna à sa litière, s’allongeant sur le flanc de tout son poids, respirant rapidement.

Raide, le visage figé comme un masque couleur vendre, Morelia resta à l’observer. Ses doigts la brûlaient à peine, simple réaction psychosomatique. Puis brusquement, attrapant le bras de Lugh, forçant sa voix d’une bonne humeur fade, elle questionna.

« Tu as tout vu et tout appris non ? Alors remontons. J’ai besoin d’un verre. Nous en avons besoin tous les deux. Et il faut que tu m’expliques combien de temps tu comptes rester en France. Car j’espère avoir le temps de te proposer un marché, avec tes livres, et les bibliothèques entourant le salon de mes coquins. »




Madame Morelia
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Lugh O'Tuathail
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Lugh O'Tuathail
Jeu 7 Juil - 2:27
“Oh, ne soit pas triste pour moi.” Railla-t-il quand elle lui parla de son défaut d'être de sexe masculin. “Je m'en accommode. Si je suis aussi bien payé c'est aussi parce que je dois t'avouer que je ne suis pas très inquiet de la concurrence.”

Quand elle existait. Entre quelques souillon au joli minoi qui essayait de manger et un vrai professionnel en la matière, quand on avait l'argent, on prennait surtout le meilleur. Et Lugh s'en accomodait très bien. Et il ne parlait que de son activité à ciel ouvert. Il aurait été stupide d'être modeste rapport à ça ou à ses livres. Il avait été modeste toute sa vie avec son ancien visage, mais c'était fini.

Il regarda Pablo s'approcher de sa moitié avec une tendresse non faite dans son regard, même par son oeil bonique. Il ne prit même pas ombrage du grognement menaçant. Il écoutait religieusement le discours de son amie. Un message où trois personnes trancenderont le temps avec leurs croix et leur esprit aiguisé. Si parfois il avait ses doutes, elle avait raison sur de nombreux points. Leurs âmes écorchées avaient bien trop survit pour ne pas lutter pieds et poings pour sauver leur vie. Lugh ne croyait pas au diable, il pensait qu'il allait revivre, et sa sagesse et son âme perdurerait. La réincarnation était un beau concept. Bien plus que ce gâchit de jeter des âmes en pature à un croque mitaine que personne n'a jamais vu.

Il allait répliquer quand il se glaça d'effrois devant ce qu'il venait de voir. Ou pensait avoir vu. Il resta interdit, incapable de réagir, pensant que son amie venait d'y perdre la main, mais il vit cette même main aggriper son bras, fragile et forte à la fois. Feignant une habitude et un décomplexe que personne ne pouvait avoir. Il hocha la tête, se tournant le cou de façon à voir ce qui était comme un frère pour lui dans un coin de la cage. Il aurait juré qu'il y avait du choc et de la tristesse dans le grand animal au regard brûlant.

“Oui tout à fait.” Fit-il en l'invitant à monter les escaliers avant lui, à cheval sur la galanterie. “Je ne suis pas venue les mains vides. Je t'ai rapporté du brandy, c'est la meilleure façon de bien réfléchir à ce gens de sujet !” Plaisanta-t-il d'un ton léger, après un dernier regard à Pablo avant qu'elle n'éteigne la lumière.

Pablo fuyait l'alcool, ça le rendait violent et il le savait. Lugh avait secrètement corrompu Héloïse au brandy quand il avait le dos tourné. Plus par plaisanterie innocente qu'autre chose. Mais il savait que son amie avait un faible pour cette liqueur. Il avait beau être irlandais, il ne jurait pas que par la bière ou le scotch, mais force était de constater qu'avec le temps c'était devenu du petit lait pour lui.

Alors qu'elle le conduisait dans qu'il pensa être ses appartement, il continua.

“Je pense rester quelques mois. Peut être me faire une paire de cliente à la cours de Versailles, si j'ose espérer autant. Je cherche du nouveau matériaux pour mes livres, et l'angleterre n'a pas vraiment le monopole de l'international en ce moment. En revanche, avec tout ce qu'il se passe en France, je serais plus améne à trouver l'inspiration ici qu'ailleurs... ”
Lugh O'Tuathail
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Madame Morelia
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Madame Morelia
Lun 25 Juil - 20:24


Le temps ne revient jamais

with Lugh



4 mots. 8 mots. Toujours trop proche de la dizaine mais définitivement habitué à ses diatribes, Lugh la confortait dans sa nervosité par ses phrases trop longues. Morelia continua tout de même de compter, par réflexe plus que par envie, l'esprit troublé par le geste - sans doute malencontreux de sa bête. La main sur le bras de Lugh - une peau humaine, pour un homme qui avait encore beaucoup à apporter aux femmes et pas seulement par ses livres - elle revint vers le réel, le monde confiné des catins, éteignant la lumière derrière elle. Ce geste lui fit mal, non seulement parce qu'il reléguait Pablo aux secrets et non plus à son existence, mais aussi parce que le tigre ne supportait pas la nuit.

Était-ce une manière pour elle de se venger ?

Soufflant doucement, expirant un stress qui lui nouait une corde autour de la poitrine, la maquerelle entreprit tout de même de reprendre un visage plus convenable. Ici était le domaine des clients, des sourires, de la séduction et du paraître.

Une bonne passa auprès d'eux, inclinant seulement la tête en signe de respect au couple. Sans poser de question. Sans ralentir dans sa marche. Elle tenait entre ses bras des serviettes moelleuses et chauffées. Signe qu'un client allait passer par les ablutions traditionnelles en compagnie de la pute qu'il venait de louer.

Verve n'était pas en vue. Mais aux côtés de la porte, Casque d'Or, accoudée au chambrant, riait tout son saoul en compagnie de trois hommes qu'elle raccompagnait. Combien de temps s'était-il passé depuis leur entrée dans la cave, Morelia n'aurait su le dire. Mais l'appel du brandy fut plus fort que tout et avisant enfin l'heure de l'horloge dans le hall, elle soupira de soulagement.

Presque minuit. La sortie des hommes était proche.

D'une caresse sur le bras de Lugh, elle leva la main pour happer le regard clair de sa favorite. Et une fois que ce fut fait, mima une serrure tournée. Casque d'or, comprenant l'ordre, tapa discrètement deux fois sur sa hanche et revient aux plaisanteries des hommes satisfaits. Une fois le seuil franchit, elle fermerait la Lanterne Rouge pour ne plus accueillir de nouveaux clients. Comme ordonné.

Demain elles feraient leurs comptes.

« Tu m'as promis un brandy. Ne crois pas que cela soit tombé dans les oreilles d'une sourde. Et un massage, si le cœur t'en dit, ne sera pas non plus refusé. » Calmement, elle reprit sa marche vers le fond et les cuisines, passant sans s'arrêter devant son bureau. Le menant directement aux escaliers de service. Au premier étage se trouvait sa propre chambre. Et ce fut avec détresse, les yeux passants à un mauve profond de tristesse affligée, qu'elle poussa la porte de son antre, pour mieux les y enfermer.

La scène avait tout pour lui rappeler celle avec Hanako. Mais cette fois-ci, elle ne se détendrait pas sous les caresses de son amie, soigneusement dissimulée et rassurée par la couette chaude de sa chambre à coucher. Bien plus qu'une pièce, c'était un petit appartement en soit et en lieu et place de son lit se tenait un premier petit salon-cuisine. L'évier était dans le fond, encadré de quelques placards dont elle sortit un verre avant de se diriger vers l'unique canapé de la pièce. Tapotant le coussin pourpre pour l'inviter à s'assoir, elle donna un coup de nez en direction de ses vêtements.

« Anglais, ton brandy ? Le meilleur selon sa marque. J'imagine que désormais tu as des goûts de luxe. Et moi donc, et moi donc... » Si Pablo appréciait bien mieux l'alcool sous ses airs de fauve, Morelia demeurait une esthète difficile à contenter. Mais l'appel du brandy était bien plus fort que sa mélancolie, ce fut doucement qu'elle retrouva le sourire.

Et que ses yeux repassèrent au bleu ciel que Lugh lui connaissait.



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Lugh O'Tuathail
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Lugh O'Tuathail
Mer 17 Aoû - 6:28
Les petits gestes des maisons de passe. Lugh ne les fréquentaient pas assez pour en comprendre la moitié, mais il avait assez de respect pour comprendre que c'était nullement les affaires d'un homme, alors il détournait un regard poli devant les manigeances de Morelia et Casque d'Or. Il ignorait si son amie lui en aurait prit ombrage ou pas, mais ce n'était même pas la question ici. Casque d'Or ne lui accorda pas un regard, trop concentrée sur sa tâche, ce qui acheva de se douter que sa vieille amie avait bien formé ses filles. Suffisamment pour que la fierté de l'égo de cette dernière passe après le fait de devoir gérer l'établissement en l'absence de la maîtresse des lieux.

Il eut un sourire en coin et un haussement de sourcil quand elle réclama un massage. “Soit. Les vieilles habitudes ont la dent dure.” Il lui en avait fait quelques uns au détour de leur voyages. Éducation druidique oblige, on apprenait une chose ou deux sur le corps humain et sa réactivité. Une fois dans l'appartement d'Héloïse, il se permit de scruter l'intérieur avec intérêt. Lui même devait avouer ne pas s'offrir ce genre de luxe. Les rares appartement qu'il avait prit restait des chambres de bonnes, plus partiques pour écrire en paix sans avoir à cumuler du temps pour briquer des pièces qu'il n'occupait pas de toute façon. Mais il avait changé de méthodes en louant juste des chambres d'hotel, à différentes gammes de prix, différents endroits de différentes villes. Il voulait juste voyager, et être tranquille. Et surtout l'avantage non négligeable de la discrétion coupée à celle d'avoir une femme de chambre qui passait faire le menage tout les jours, avait de quoi lui facilité grandement la tâche. Et aussi les femmes préféraient de loin ne pas faire ce genre d'affaire dans un refuge de vieux garçon. Ça avait un affreux manque de cachet.

Il eut une mine faussement outré pour mettre ma main sur son cœur, et jouant exagérément l'air d'une diva française qui vient d'apprendre les outrages de son mari dans des soirées privées.

Excuse you, Cupcake ? Sous entendrais-tu que je t'ai ramené moins que l'excellence ? Rude ! Allons allons. Je ne bénis pas mes rares amis sans quelque chose qu'ils ne méritent.”

Tentative, ô combien vaine, de calmer quelque peu les esprits de son amie. Si il était loin d'être de marbre à la situation de Pablo, il savait très bien que celle qui en souffrait le plus restait son épouse. Personne aimerait voir l'être aimé finir ainsi, et encore moins devoir le craindre. Pablo avait déjà levé la main sur Morelia, ni l'un ni l'autre ne l'avait caché. Mais Pablo était ainsi, il n'aurait jamais donné la moindre claque si il n'avait rien éprouvé pour elle. Pablo était un homme de passion, c'est aussi pour cette raison qu'ils s'étaient si bien comprit tout les deux.

Il posa sa valise sur une table non loin du canapé et au milieu des chemises impeccablement pliées, une bouteille soigneusement encore rangée dans son sac en papier. Rien que le verre coûtait aussi cher que la valise en elle-même. Entre tout ses périples et ses hotels de luxe, Il fallait avouer que Lugh était loin de savoir comment gérer ses dépenses, et aimait bien dilapider ce qu'il avait fini par gagné si facilement. Rien de surprenant de là part de quelqu'un qui avait dut faire des choses bien plus grave pour gagner sa croute, pouvoir dépenser sans se soucier de grand chose était une récompense non négligeable. Il croisa le regard bleu de son amie en s'approchant du canapé si généreusement proposé et y répondit d'un hochement de tête satisfait. Il se permit de servir lui même un verre à la dame, avant de faire craquer ses poignets.

“Encore une fois, mes félicitations pour la gérance de ton établissement. J'en connais peu qui saurait faire preuve d'autant de savoir faire.” Il posa avec attention ses doigts sur les épaules d'Héloïse pour commencer à toucher ses points sensibles.“Mais tu en oublies beaucoup au passage. Depuis combien de temps n'as-tu pas fait attention à toi ?”

Ironiquement, Lugh savait que Pablo détesterait d'être aussi dépendant d'elle. Il avait sa fierté, aussi masculine et inconsciente que le reste.
Lugh O'Tuathail
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Madame Morelia
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Madame Morelia
Dim 21 Aoû - 20:02


Le temps ne revient jamais

with Lugh



Il fut un temps où Pablo pouvait toutefois se reposer sur elle sans hésitation. L’homme que Lugh avait connu ayant tout juste abandonné son frère pour une putain dont il s’était si stupidement amouraché avait finalement bien changé avec les années. Et ce fut avec un petit rire assorti d’un claquement de langue satisfait, que Morelia se laissa toucher, fermant à moitié les yeux quand le contact, apaisant et nécessaire, s’en vint chasser fatigue et nervosité.

« Je fais attention à tout, et ce depuis tellement longtemps que j’ai en ai oublié le compte… » Mais pas celui des mots et la dizaine écorchée d’un mot de trop lui titillait les oreilles, tintant comme des clochettes hystériques à son mental éreinté. Seulement, elle ne pouvait pas lui demander de faire attention. Ce toc était l’un de ses derniers secrets.

Ca, et ses véritables origines bien évidemment.

« Mais moi… ah moi… c’est un exercice trop délicat de pouvoir me contenter. Quand je pense à tout ce qu’on a pu accomplir ensemble lui et moi… Tout ce qu’on a pu faire pour ce monde et les pas que nous avons inscrit dans ces terres de religions déformées, de réveils centenaires, de dirigeants effrontés… »

Sa main pâle glissa à son front et en mesurant la chaleur, elle vint y apposer son verre, avant d’en goûter le brandy. Laissant une marque de rouge à lèvres sur le cristal. Ses yeux mordorés ondulèrent dans l’ombre de ses cils. Et à nouveau lancinante, presque vaseuse, elle chuchota.

« Le tigre est là mais Pablo me manque. Et je doute qu’il revienne un jour… malgré tous mes efforts. Son humanité, il la déchire. Et moi je me perds dans de trop nombreuses responsabilités. Mis à part Hanako, tu es le seul qui peut encore me toucher. Mais je me demande combien de temps il me faudra pour y être insensible. Pour m’accrocher pour toujours le masque de la maquerelle et oublier le nom sous tous ces pseudonymes… »

Des pseudonymes que Pablo avait chanté, murmuré et crié, lors de leurs nuits d’amour. Même son bel étranger n’avait jamais appris son véritable prénom. Et celui qu’Hanako pensait connaitre n’était qu’un subterfuge de plus, bien plus longue durée.

« Je serais égoïste à tenter de t’hypnotiser pour te faire rester. Seulement, je pèse mes mots quand je te dis que tu m’as manqué Lugh. Cruellement manqué… » Sa peau frissonna d’un pincement plus intrusif. Et elle eut un gémissement entre la surprise et le déplaisir. Avant de s’abattre de côté sur le canapé, le laissant prendre ses aises sur son dos dénudé. Une tenue trop étrange pour un corset qui n’était qu’une moquerie pour ses seins trop plats.

« Hanako aura beau créer toutes les potions du monde, la seule chose que nous pouvons encore faire c’est le nourrir. Je ne l’abandonnerai pas, je ne dis pas cela. Mais je me demande encore combien de temps tout cela durera… Lui qui a échoué à devenir un Sphinx… »

Ses ongles griffèrent le velours épais du canapé. Et le miroitement félin de son regard s’en vint retrouver celui de l’Androïde.

« Alors moi… moi… ne me demande pas ce que « moi » devient dans tout ça, Lugh. Mon ami. « Moi » n’existe presque pas… »



Madame Morelia
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Lugh O'Tuathail
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Lugh O'Tuathail
Mer 21 Sep - 4:14
Les mots étaient entendus, mais ils sonnaient faux. C'était une symphonie déchirante, un requiem de désespoir jeté à la mer, de la part d'une des rares amies qui lui restait dans ce monde auquel ni lui ni elle n'avait jamais vraiment trouvé des repères. Il lui semblait qu'elle avançait à taton dans le noir projeté par l'ombre opaque laissée par l'imposante silhouette de Pablo. C'était une image bien trop dure pour quelqu'un comme lui, quelqu'un avec un cœur qui saigne trop vite, en refusant de s'attacher outre mesure. Il écrivait l'amour comme il le voyait, en oubliant que la plupart du temps, les plus belles histoires laissent des centaines de Morelia. Pleurant dans la pénombre des visages qu'ils ne voient plus, des voix qu'ils n'entendent plus. Oubliant noms et identités pour s'oublier face à la présence imposante de l'autre soi qui avait prit de l'importance, trop d'importance. Pablo lui manquait, et il en souffrait. Ces mots qu'ils échangeait, même si ils étaient diamétralement opposés, leurs expériences qui faisaient miroir dans leur différences. Mais en parler un semblant à Morelia serait une insulte au purgatoire de souffrance qu'elle devait enduré chaque jour.

« J'en suis navré. » Annonça-t-il l'air grave quand elle lui avoua le manque qu'elle avait ressenti sans lui. Il se sentait misérable d'avoir préféré égoïstement privilégié ses expériences de voyage et se consacrer à son métier. Si il avait entraperçu la souffrance de son amie, il aurait revu ses priorités, ou du moins répondu à ses lettres. Sans vraiment y faire attention, il fit jouer plus profondément ses doigts sur le dos nu d'Héloïse, roulant des pouces sur ses muscles ankylosés par une fatigue qu'aucun sommeil ne pouvait calmer. « Tu n'auras pas à jouer de tes tours pour me faire rester. » Il manqua de décence pour préciser 'pour le moment'. Mais il ne trouva pas la force de lui parler d'un départ prochain alors qu'elle était en train de s'abandonner à un pauvre réconfort de façade entre ses doigts.

Il affronta son regard sans peur, malgré sa désagréable expérience qui datait de quelques minutes encore. Il n'avait aucune raison d'être effrayé par elle, pensait-il. Peut être trop naïf, peut être bien à tord.

« Je suis venu pour toi Morelia. » Il fit glisser sa main sur ses épaules dénudées d'un air paternel, comme on consolerait une enfant qui se sent esseulée. « Que tu m’accueilles dans un établissement couvert de soi jusqu'au plafond ou dans cette pauvre cabine de train, je suis venue pour toi. Avec ou sans cadavres dans tes placard, Pablo conscient ou non. »

Si être dans la même pièce qu'elle, à la masser, avoir son vieil ami à quelques mètres en fumant abusivement était toujours dur à accepter, cela n'annulait en rien tout cela.

« Tu ne veux tout de même pas m'annoncer l'air de rien que je perds mon temps en t'honorant de ma présence? » Fit il d'un air faussement taquin la quittant des mains pour se poser lui aussi le menton sur le canapé, dans une position similaire à la sienne, profitant au passage pour ouvrir un peu le col de sa chemise. Il ouvrit un bras aimant vers elle pour l'encourager à se lover dans ses bras.

« Si cela est ton destin, laisse moi te faire profiter un semblant du toucher avant que tu en sois privée. »

Il n'était pas Pablo, mais il pouvait au moins lui offrir ça.
Lugh O'Tuathail
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Madame Morelia
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Madame Morelia
Dim 25 Sep - 22:57


Le temps ne revient jamais

with Lugh



Tendre menteur. L'un comme l'autre savait pertinemment que Lugh n'allait pas rester à la Tour indéfiniment. Il finirait par s'enfuir, retournant dans son pays pour exercer ses activités de charmeur rémunéré, ou ailleurs pour mieux saisir l'inspiration pour ses livres. Morelia esquissa un sourire à peine attristé, consciente de cette problématique - leur amitié ne pouvait se forger de maillons solides inséparables - et savourant plus encore sa présence à ses côtés comme le massage qu'il lui prodiguait. Doué de ses mains, il l'était assurément et elles devaient être nombreuses à lui réclamer ce genre de friandises. Beaucoup moins devait peiner comme elle à ses tâches quotidiennes mais Morelia n'avait de leçon à donner à personne. Comme elle ne regrettait pas son travail et ses fonctions à l'égard de la Tour.

« Tu ne perds pas ton temps... tu me touches et m'offres un plaisir que beaucoup aurait à me jalouser. J'étais justement entrain d'y penser et de rire un peu en moi-même en témoignant de leur déconvenue. Tes massages eux, me seront toujours fidèles. N'est ce pas Lugh ? » Il n'était pas Pablo mais il dénotait avec son charme un peu pimpant de jeune prince des ruelles. Seul son visage la troublait encore. Elle lui avait préféré sa laideur authentique, n'y voyant que ses origines et son faciès rassurant. Maintenant il était en grande partie une mécanique de satisfaction pour autrui. A son grand regrêt, Lugh était entré dans le moule du Commun pour se fondre dans la masse d'une foule de gens inintéressants. Son visage, elle le détestait presque.

Mais vint le caresser d'une main tendre.

« Mon Bel Ami. » Avant de se blottir dans les bras, cédant à l'invitation de sa peau comme de sa douceur. Fermant les yeux pour quelques minutes résolument calmes. Il y avait son odeur, le battement de son coeur, l'absence de fourrure ou d'haleine fauve, de sang et d'os, de questionnements, de pression et de pouvoir. Il n'y avait que lui avec son torse d'homme, son savoir-faire d'homme, son assurance d'homme. Bien loin des muscles qu'elle avait côtoyé toute sa vie ou de la précieuseté de certains qui débarquaient ici en calèche et repartaient, le rire aux lèvres de la bourse dégourdie, discret mais sans transparence, riches et dominants le monde.

Lugh ne dominait rien mais gagnait tout, à la fin.

« Ecriras-tu un livre sur moi ? » Questionna son orgueil dans un souffle qu'elle ne s'entendit pas. Et somnolant contre lui, ne fut réveillée que par les coups sourds de sa porte. La clochette avait du sonner sans qu'elle ne l'entende et relevant la tête, elle vit que ses mains avaient glissé le long de sa chemise pour la déboutonner entièrement. Morelia manqua d'essuyer son rouge à lèvre, sous la surprise, d'un geste peu gracieux de vieille gamine des rues.

Avant de se relever, ouvrir la porte, et affronter le regard d'une de ses servantes.

« La comptabilité madame... »

« Merci Solange… » Murmura Morelia en lui prenant la cassette des mains. Il y avait là tout l’argent de la soirée ainsi que son carnet de notes et d’addition. Des objets trop précieux pour être abandonnés de nuit, car, et c’est ainsi, si Morelia aimait ses filles, elle n’avait pas non plus entièrement confiance en elles. La clef se cachait entre ses seins, accrochée à son corset.

Et elle referma la porte, après un piètre « Bonne nuit », pour mieux déposer le tout sur la table de la cuisine. Sautant sur ce prétexte pour mieux changer de sujet, retrouver sa contenance dans tout ce fatras d’actes et de pensées déplacés.

« Je ferai mieux de retourner à mon travail au lieu de me trainer à tes bras, mon cher ami. Mais tu peux revenir comme bon te semble ici. Les filles te feront le prix d’ami… peut-être même que tu auras le plaisir de profiter de l’une de leur compagnie sans verser un sou. En remboursement de ce massage agréable que tu m’as accordé. »

Mais il devait partir. Car elle se refusait de s’apitoyer sur son sort et d’appeler ainsi, à grand renfort de cœur meurtri, d’implacables regrets.





Madame Morelia
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Lugh O'Tuathail
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Lugh O'Tuathail
Lun 17 Oct - 0:40
Il senti ses bras se fermer sur elle avec une tendresse non feinte. Touché par l'instant, et aussi sûrement par son regard. Il était au courant de sa déception et qu'elle était rebutée face à son visage. Son nouveau lui, ce qu'il avait toujours réclamé à corps et à cri. Savoir qu'elle n'aimait pas cette partie de lui l'avait peiné, bien plus qu'il n'aurait bien voulu l'admettre, et bien plus qu'il ne lui avait montré. Dur pour lui de supporter le fait de décevoir quelqu'un alors qu'il avait été si fier du résultat. En faisant son nouveau gagne-pain, et l'exibant de toute les façons possibles. Il aurait aimé qu'elle l'aime autant que Pablo. Pablo lui touchait souvent le visage. Sans tendresse, mais avec curiosité. Tout sourire, sans bruscade malgré ses énormes mains qui sentaient le sang et le fer. Il n'avait jamais non plus fait de commentaire déplacé sur sa laideur, et c'était assez rare pour être noté. Il n'en avait cure, mais Morelia, elle en avait eu une toute autre vision. Il avait eu assez d'amante pour ne pas se sentir seul malgré un faciès ingrat, mais Morelia était son amie. Il avait eu de l'estime pour beaucoup de personne, mais peu avaient eu l'autorisation de l'approcher d'aussi prêt qu'elle et son époux.

Il ignorait si il avait sincèrement besoin de cette proximité, de sentir cette chaleur sur ce qui restait de réel sur son corps, ou si il faisait ça pour aider Morelia a passer une douloureuse étape. Lui-même ignorait si il devait enterrer Pablo avec ses souvenirs, en même temps qu'il l'avait vu attaquer ce qu'il avait toujours considérer comme la prunelle de ses yeux. L'image du tigre et de ses dents pointues décharnées, ne le quitterait sûrement pas de sitôt. Si il se demandait combien de temps Morelia avait dût subir cette semi absence. Seule, sans même une seule de ses lettres alors qu'il voyageait partout sans se préoccuper de quiconque de lui-même. Il s'en voulait. Culpabilisant de son pauvre égoïsme de vieux garçon. Un pauvre homme cherchant jonglant entre chaleur, argent, et provocation gratuite, écrivant des illusions à propos d'amour que lui même avait laissé derrière lui. Il avait rêvé d'une histoire similaire à celle de Pablo et de sa femme. Ressentir un fragment de la passion qui les animer. En voir les bribes, devant Morelia qui sourit avec peine devant cet énorme fauve, c'était douloureux pour quelqu'un comme lui. C'était comme des étoiles qui partaient à la dérives. Il ignorait comment elle pouvait supporter ça avec toute sa superbe. La savoir contre lui le rassurait. Elle était encore capable d'accepter ça. Il faisait jouer sa main sur son dos, pour la détendre, continuant pour accompagner sa respiration lente et posée. Son nez artificiel était dans ses cheveux, sa joue posée sur son crâne, lui aussi se sentait somnoler, à l'aise.

A sa question, il sourit, les yeux mi-clos. « La seule raison pour laquelle ce n'est pas encore le cas, c'est que je n'ai pas encore trouvé de quoi rendre honneur à ta superbe. » Il passa ses doigts entre une mèche de cheveux. « Si j'ai ta bénédiction, j'en serais le plus heureux des hommes. »

Et c'est là qu'il sentit ses doigts. Lents, aventureux, mais bien présents, qui froissaient sa chemise. A vrai dire, lui qui était maître de ses penchants, et très dur à troubler, il s'en trouva presque choqué. Les muscles crispés, il ignora le picotement dans son dos pour murmuré un léger :  « Cupcake? » Interrogateur.

Si ignora si il était soulagé ou déconfit quand la porte s'ouvrit sur une servante de la maison. Peu de choses pouvaient faire perdre son latin à Lugh. Il avait été capable de gérer des situation très cocasses, certaines incluant des maris jaloux, des amants déconfits, ou des mères outrées, mais celle là la laissant sans voix. Morelia se réveilla soudain, prise comme une enfant la main dans le pot de confiture, et récupéra son dû. Elle sauta du coq à l'âne, et tout en se levant, Lugh reprisa sa chemise et la reboutonna sans mot dire. Comme une jeune fille surprise par un père possessif dans le foin avec le palefrenier. Il ne fut jamais si heureux d'avoir son visage mécanique, persuadé qu'il en aurait rougit autrement.

« Je reviendrais vite. » Lui assura-t-il d'une voix au ton jovial habituel, ce qui le soulagea immédiatement de la situation.

Il s'approcha d'elle pour lui saisir la main et posa ses lèvres dessus, en toute chasteté.

« Ta présence vaut bien plus que la chaleur de tes filles. Si cela doit se faire, nous gagnerons mutuellement notre affection. Mais ne laissons pas de vilains jeux d'argents et de mains prétendre compenser quoique ce soit entre nous. Et certainement pas pour une faveur que je t'offres sans compter. »

Il se dirigea vers sa veste, pour l'enfiler, prêt à affronter la fraîcheur de la nuit. Il lui offrit un dernier sourire devant la porte, et dans un dernier geste, passa sa main sur la joue de Morelia. « Je pense avoir une idée de roman. » Murmura-t-il sous le ton de la confidence, avant de quitter les lieux pour la soirée, Il reviendrait demain.
Lugh O'Tuathail
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