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 « La pluie, avant qu’elle tombe. » [Mars 06]

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La lavandière de nuit
Ginger Wealth
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MessageSujet: « La pluie, avant qu’elle tombe. » [Mars 06]   Lun 4 Juil - 22:46


« La pluie, avant qu’elle tombe. »

Hildegarde Müller & Ginger Wealth.



La première chose qui nous a accueillis, en Bretagne, ç’a été la pluie. Je ne veux pas dire quelques gouttes, mais une grande averse froide qui trempait tout. Il n’y a que Jean-Paul qui ait eu l’air heureux en voyant cette pluie. « Ça, c’est le vrai temps breton ! » nous a-t-il dit avec son grand sourire. Il était peut-être le seul à avoir un manteau efficace contre l’humidité. Et ça se voyait que, déluge ou pas, il était tout content de retrouver son pays natal.

J’étais contente moi aussi d’arriver à destination. Le voyage avait été bien long, surtout avec Mel, qui n’en a pas plus l’habitude que moi. Alors, même s’il pleuvait, ça faisait du bien de retrouver la terre ferme et de savoir qu’on était là où on avait voulu être.
Bizarrement, c’est seulement quand on est parvenus à l’hôtel que la pluie a cessé de tomber.

Quand j’ai eu les clefs de notre chambre, j’y suis montée avec Mel pour enlever nos vêtements mouillés. Après que j’aie ouvert la porte, on est restées un moment immobiles. On ne savait pas trop si c’était vraiment notre chambre. Elle était si grande et si bien décorée, j’avais l’impression que des gens comme nous deux ne pouvaient pas y loger. Mel a été la première à réagir : « On voit la mer ! » a-t-elle crié avant de courir vers la baie vitrée qui donnait sur le balcon, avec vue sur mer.

Ça n’a pas été facile de convaincre ma fille de se changer d’abord, et de regarder la mer après. Enfin, quand j’ai réussi, et qu’on était toutes les deux habillées avec des frusques sèches, un grand rayon de soleil est apparu et a inondé toute la pièce. Jean-Paul a frappé à notre porte et nous a rejointes peu après. « Vous avez vu la mer ? » nous a-t-il demandé. « Elle est toute bleue, dès qu’il y a de la lumière. » Il est allé ouvrir la baie vitrée, et on l’a suivi sur le balcon. Et c’était vrai : la mer était d’un bleu magnifique. Avec le soleil il y avait même comme une couverture dorée dessus, qui bougeait avec les vagues. Les nuages de pluie étaient loin, on aurait même eu du mal à croire qu’il pleuvait une heure plus tôt. « C’est les giboulées de mars, ça » m’a expliqué Jean-Paul quand je le lui ai dit.

C’était la première fois de ma vie que je voyais la mer comme ça. Je n’avais jamais vu de plage en vrai non plus, il y avait des gens qui s’y promenaient et ça me donnait envie de les imiter. Sur le balcon, pour le premier grand voyage de ma vie, je me sentais bizarre, comme si j’étais complètement libre. J’étais tellement loin de Brooklyn, d’Emerald, des piles de linge, d’Eddie et du reste. Même Margaret était restée rue Quadling, et je dois bien avouer que ça me faisait très plaisir de ne plus voir sa figure. Ce n’est pas que je ne l’aime pas, mais elle a toujours l’air de trouver que je ne fais pas les choses comme je devrais les faire.
En vérité j’aurais préféré qu’on parte juste nous trois, Mrs Müller, Mel et moi. Mais je crois que Jean-Paul était le seul à savoir parler français, et puis il avait sa vie ici aussi. C’est lui qui m’a raconté, sur le balcon, l’histoire de la France avec le siècle passé dans les ronces. Il m’a traduit quelques mots basiques en français, et il s’est bien marré devant mon accent américain quand j’ai essayé de les dire moi aussi. « Z’êtes impayable, Ginger » m’a-t-il dit avant d’ajouter : « Vous demanderez à la patronne de vous montrer comment prononcer le français. Elle sait le parler un peu, je pense. » Je n’ai pas aimé le clin d’œil qu’il m’a lancé, avant de soulever Mel dans ses bras parce qu’elle se plaignait d’être trop petite pour bien voir la mer.

Pendant que Jean-Paul montrait des bateaux au loin à Mel, je me suis regardée en vitesse dans la baie vitrée, et j’ai trouvé que je n’avais vraiment pas fière allure. Mes cheveux étaient encore humides et ils étaient plus emmêlés qu’avant. J’aurais voulu qu’ils soient longs et raides, j’aurais voulu être plus jolie ; pas pour les yeux de Jean-Paul mais pour ceux de Mrs Müller.
Je n’étais pas à l’aise en pensant au clin d’œil de Jean-Paul. Je me suis demandé si ça se voyait tant que ça, que je pensais tout le temps à Mrs Müller, que j’arrivais à la reconnaître dans n’importe quelle situation, que tout me ramenait à elle, toujours, et que je me souvenais très bien de notre baiser, deux mois plus tôt. Mel, qui n’avait pas quatre ans, s’était mise à l’appeler Hillie, sans doute parce qu’elle n’arrivait pas à retenir son vrai nom. A Emerald, quand on parlait d’elle, on disait toutes les deux Hillie, si bien qu’un jour Margaret nous a demandé : « Qui est-ce, cette Hillie dont vous parlez tout le temps ? » Mais maintenant que j’y repense, je crois qu’elle savait très bien de qui il s’agissait.

Mel m’a ramenée au balcon en me demandant : « Maman, on va habiter ici pour toujours ? C’est beau ! » Je lui ai souri et j’ai essayé de lui expliquer que non, que notre maison était à Emerald, maintenant, et pas en Bretagne, mais je ne sais pas si elle m’écoutait vraiment. « On peut aller voir la mer de près ? » a-t-elle demandé quand Jean-Paul l’a déposée sur le sol. Et je n’avais pas fini de dire que je voulais d’abord ranger un peu nos affaires qu’elle s’est exclamée : « Je vais chercher Hillie pour lui demander » avant de filer la retrouver dans une des chambres à côté.

Jean-Paul m’a souri. « Elle sait ce qu’elle veut, la petite » a-t-il dit pendant qu’on se partageait une cigarette. Je n’ai rien répondu. Je regardais le balcon à notre droite. Un homme y était assis et écrivait, entouré d’un monceau de paperasses diverses. A un moment donné, il a levé la tête de ses écrits et on s’est regardés un instant, tous les deux. Jean-Paul l’a remarqué, et il m’a soufflé à l’oreille « Je crois que c’est Émile Zola » comme si c’était Dieu le père en personne. Moi, ce nom ne me disait rien du tout.




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Glinda, la sorcière du Sud
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MessageSujet: Re: « La pluie, avant qu’elle tombe. » [Mars 06]   Jeu 7 Juil - 13:59
L'idée lui était venue de Ginger de mener ce voyage, et ce bien avant les dates estivales. La missive de sa domestique lui avait arraché un sourire malgré les poches sous ses yeux, ses traits tirés par le manque de sommeil. Le grand magasin ne désemplissait pas, les clients se succédaient, le chiffre d'affaires ne cessait de croître – ce qui augurait aussi nombre de papiers à remplir et des nuits blanches à ne plus compter. La proposition de Ginger avait été tel un rayon de soleil. De l'air frais lui ferait le plus grand bien. Hildegarde avait besoin de respirer. Puis la Bretagne... N'était-ce pas cette région française qui abritait une foret réputée magique, sanctuaire de fées et autres créatures de leur acabit ? Le voyage pourrait se révéler aussi bien reposant pour l'esprit que nécessaire pour l'avenir de la loge des sorcières.

À peine avait-elle glissé une réponse à la carte de Ginger que Hildegarde avait amorcé le branle-bas de combat au sein de la domesticité. Il fallait plier les tenues de Madame, mener les réservations de l'hôtel et des places dans le navire volant, veiller à ce que le grand magasin soit bien tenu durant son absence... La fourmilière se mit en branle, charriant linge et informations. Une mécanique bien huilée que Hildegarde observait d'un œil, se reposant sur ses domestiques, l'autre œil tout occupé à veiller sur la petite Mel. De plus en plus la sorcière passait du temps en la compagnie de la petite fille, lui parlant de magie comme l'avait fait sa propre mère avec elle. Un thème qui semblait beaucoup intéresser Mel. Qui sait, sous cette tête blonde se cachait peut-être une sorcière en devenir ?

Le temps seul le dirait.

Alors que Hildegarde embarquait en compagnie de Ginger, Mel et Jean-Paul, elle sentit le regard de Margareth peser sur elle. La domestique se montrait de plus en plus revêche, toujours aimable envers Madame mais bien moins affable envers ses collègues. Hildegarde n'arrivait pas à mettre le doigt sur ce malaise, à lui donner un nom. Néanmoins elle sentait que sa promiscuité avec Ginger n'y était pas étrangère. Elle se promit d'éviter les familiarités en présence de Margareth.

Mais plus tard, après ce voyage en Bretagne. Dès qu'elle eut posée le pied sur le sol breton, Hildegarde voulut visiter. Mais elle dut laisser la météo en décider autrement, laissant chaque membre du groupe partir dans sa chambre respective. Hildegarde se débattit plus d'une fois avant de trouver les boutons à ôter de sa robe – plus habituée qu'elle était à se déshabiller seule.

Une main menue frappa à la porte. Hildegarde reconnaissait la façon de cogner, presque hésitante.

« Entre, Mel. »

La petite entra, rigolant à la vue de la dame Hillie dont la robe tombait grossièrement, de cette grande dame nageant dans ses habits, gigotant pour fermer les boutons dans son dos. La grande Hillie toute décoiffée, combattant la mode avec la hargne d'un guerrier affrontant un dragon.

« Ce n'est point poli de dévisager les gens ainsi. Monte donc sur ce tabouret, Mel. Doucement, fais attention... Bien. Peux-tu fermer les boutons s'il te plaît ? »
« Maman aussi me le demande souvent. »
« Oui les hommes qui créent ces habits oublient que, nous les femmes, ne pouvons faire le tour de nos corps avec nos bras. » Dès que le dernier bouton fut mis, Hildegarde lâcha un soupir. « Seigneur. Merci Mel. Allons rejoindre l'assemblée. »

Hildegarde saisit la main tendue de Mel, traversant le couloir de la station balnéaire. Plus d'un regard se posa sur eux, attendri par ce duo que les gens prenaient, à tort, pour une mère et sa fille, voire une tante et sa nièce. Hildegarde poussa la porte après avoir frappé. Elle vit les silhouettes, de dos, de Ginger et Jean-Paul presque floues derrière la fumée qui s'échappait des cigarettes. Mel ôta sa main de celle de Hildegarde, rejoignant sa mère à pas pressées.

« On va voir la mer ? » demanda-t-elle d'une voix suppliante, regardant alternativement sa mère et Hildegarde.
« Bien sûr Mel. Et nous irons aussi manger des glaces. » assura Hildegarde tout en rejoignant le balcon. « Jean-Paul vous avez bien des glaciers à Saint-Malo ? »
« Pour sûr m'dame. » L'homme avait veillé à éloigner sa cigarette, l'éteignant en l'écrasant sur le rebord du balcon. « Et des crêperies aussi. Je connais même bien une des gérantes. Une vieille amie à moi. »

Hildegarde hocha la tête avec un sourire avant de se tourner vers Ginger. La femme regardait, par à-coups, le balcon de droite. Hildegarde détailla l'homme. Il n'avait rien d'exceptionnel : petite barbe, des lunettes rondes d'intellectuel, des doigts tâchés d'encre... Un cri manqua d'échapper à Hildegarde alors que sa main se portait à sa bouche.

« Mais c'est... » Hildegarde se tourna vers Jean-Claude qui opina du chef, d'un air grave. « Émile Zola ! Mrs Wealth, cet homme... C'est un auteur célèbre ! Oh Seigneur, est-ce que j'ai pensé à apporter... » Hildegarde claqua des doigts. « Il a du rester dans une de mes valises demeurées sur le navire. Oh et puis tant pis. »

Avec son aplomb coutumier, Hildegarde traversa le balcon pour atteindre la rambarde qui séparait celle de la chambre de celle d’Émile Zola. Hildegarde agita la main pour attirer le regard de l'écrivain.

« Monsieur ! Je me présente Hildegarde Müller, gérante d'un grand magasin sur Emerald. Je me doute que vous êtes venu ici afin de puiser l'inspiration pour votre prochain roman. Mais je serais très touchée si vous acceptiez de passer un peu de temps en compagnie d'une de vos admiratrices. »

D'un geste de la main Hildegarde désigna Jean-Claude.

« Monsieur ici présent est aussi un fervent admirateur de vos écrits. »

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MessageSujet: Re: « La pluie, avant qu’elle tombe. » [Mars 06]   Ven 8 Juil - 22:49


« La pluie, avant qu’elle tombe. »

Hildegarde Müller & Ginger Wealth.



Mrs Müller m’a évité la gêne de demander à Jean-Paul qui était Émile Zola en arrivant avec Mel. Ça m’a fait bizarre de voir ma fille et ma patronne se donner la main. Ça me rappelait la première fois que je les avais vues ainsi, en septembre 05, et l’impression stupide que j’avais eue selon laquelle Mrs Müller n’était venue à Brooklyn que pour me prendre Mel. Je n’avais plus cette impression six mois plus tard, par contre je retrouvais ce sentiment bizarre d’abandon que j’avais souvent eu avec Eddie. Quand Mel préférait son père pour jouer avec elle ou lui donner son bain, ça me faisait toujours un peu mal. C’est idiot, hein ?
D’ailleurs, Mel n’en parle pas souvent, de son père. Il était censé nous rejoindre au printemps, mais la dernière lettre que j’ai reçue de lui (enfin, de l’écrivain public qui l’a écrite pour lui puisqu’il ne sait ni lire ni écrire) disait qu’il y avait eu d’importantes tombées de neige en hiver à Brooklyn, et que le chantier de l’hôpital avait été très retardé. Les travaux avaient seulement repris au mois de mars, et Eddie était donc occupé aux charpentes pendant qu’on voyageait en Bretagne. Quelque part, ça me faisait mal d’y penser.

Bref, j’étais là à regarder Mrs Müller et Mel qui tenait vraiment à aller voir la mer. Tout le monde avait l’air d’accord pour descendre à la plage (en vérité j’étais aussi intriguée que ma fille à l’idée de voir la mer de près) quand Mrs Müller s’est intéressée à son tour à l’homme du balcon voisin. Elle a demandé à Jean-Paul s’il s’agissait bien d’Émile Zola, et Jean-Paul a répondu comme si cet homme avait une valeur particulière. Je me sentais complètement larguée, même quand j’ai appris que Mr Zola était un écrivain célèbre.

Lorsque Mrs Müller l’a interpellé, il a paru sincèrement surpris. Il s’était remis à écrire sans plus s’occuper de nous, et il ne s’attendait visiblement pas à ce qu’on lui adresse la parole. Pourtant, il s’est levé et s’est approché de sa rambarde pour nous saluer poliment. Il avait un accent terrible quand il parlait anglais ; un peu le même que celui de Jean-Paul, en pire encore.
Il regardait surtout Mrs Müller, en réalité. Même si celui qui le dévorait des yeux, c’était bien Jean-Paul.

Je ne me souviens plus très bien de ce qu’a dit Mr Zola, parce que Jean-Paul s’est mis à me parler à voix basse à ce moment-là, mais je crois qu’il a dit quelque chose comme quoi ça lui aurait vraiment plu de passer du temps avec nous, néanmoins il avait un rendez-vous avec une connaissance (qui s’appelait Paul Cézanne, je ne sais pas pourquoi je l’ai retenu) dans les heures qui suivaient, il en était navré. A cet instant-là Jean-Paul m’a dit du ton de la confidence : « J’ai lu qu’il allait écrire un nouveau roman sur une femme du peuple. On ne connaît pas encore le titre ni rien mais si ça se trouve, c’est cette histoire qu’il écrit en ce moment-même ! Vous n’avez jamais rien lu de lui ? » J’ai bien dû avouer que non. « Oh, vous devriez » a continué Jean-Paul, « vous comprendriez plein de trucs, comme… Comme la prépondérance de l’hérédité chez un individu et les caractéristiques caractérielles d’un être humain définies par son milieu social. » « Ah bon ? » j’ai répondu. Il me faisait marrer, Jean-Paul, je n’étais même pas sûre qu’il comprenne lui-même les mots qu’il utilisait. Mais il ne s’est pas rendu compte que je ne le suivais pas. Il a regardé Mr Zola à nouveau, et il a ajouté, tellement bas que j’ai sans doute mal entendu : « Qu’est-ce qu’il est beau, quand même. »

Mel, qui ne devait pas comprendre grand’chose non plus, m’a tirée par la manche : « Maman, c’est quand qu’on va voir la mer ? » « Bientôt » j’ai répondu, mais ce n’était pas ce qu’elle voulait entendre. « Non, tout de suite ! » a-t-elle répliqué, avec une tête qui la faisait terriblement ressembler à Mrs Müller. « On va y aller, attends un peu, c’est tout » lui ai-je dit, et ça a suffi pour qu’elle me réponde : « T’es pas gentille ! » avant de filer se réfugier près de Mrs Müller.

Mr Zola a suivi toute la scène, je l’ai compris quand nos regards se sont croisés à nouveau. Je n’ai pas aimé la curiosité que j’ai lue dans le sien. On aurait dit qu’il se demandait s’il ne venait pas de trouver une excellente histoire à raconter, sur nous tous.




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MessageSujet: Re: « La pluie, avant qu’elle tombe. » [Mars 06]   Jeu 14 Juil - 0:13
Le refus poli et courtois de l'écrivain n'offusqua nullement Hildegarde. Elle se sentait déjà privilégiée d'avoir pu échanger quelques mots en sa compagnie, même s'ils suintaient d'une piteuse banalité. Tout le monde ne pouvait pas se vanter d'avoir pu adresser la parole à un artiste. Bien éduquée, Hildegarde veilla à ôter toute gêne ayant pu s'immiscer au sein de la conversation.

« Je comprends. Vous êtes un homme occupé. Peut-être nous recroiserons nous. Nous allons résider en cet hôtel encore quelques jours. Mel, que t'arrive-t-il ? »

La petite fille venait de se cramponner à elle. À la vue de son visage dépité, Hildegarde comprit. Sa main se posa sur le crâne de Mel, la frottant gentiment.

« Nous allons voir la mer, promis. Nous avons chacun des occupations aujourd'hui Monsieur Zola. Au plaisir de vous revoir ! »

L'écrivain remercia poliment à son tour, saluant chacun des protagonistes sans omettre aucun, glissant même un sourire à Ginger. Sourire qui ne le quitta pas alors que ses yeux suivaient, en contrebas, le groupe qui s'élançait dans les rues de Saint-Malo.

Mel ne tenait pas en place commentant chaque chose qu'elle voyait, ce qui provoquait bien souvent les rires de Hildegarde et Jean-Paul. L'odeur de la mer se fit sentir – les embruns vous fouettaient le visage et du sel semblait se déposer sur votre peau. Des dames élégantes se promenaient aux abords de la plage, dissimulées sous des ombrelles. Mel les dépassa sans les regarder, obnubilée par l'océan qui se présentait à elle. Des cabanons se dressaient sur le rivage, comme des champignons colorés. Les dames y entraient, habillées, et n'en ressortaient que de l'autre côté pour s'immerger dans l'eau jusqu'au cou.

« Ne va pas trop loin, Mel ! » s'écria Hildegarde alors que l'enfant courait déjà à pieds joints dans le sable.

Aidée de Jean-Paul, Hildegarde noua ses jupes sur le côté pour ne pas les salir en marchant dans le sable. Elle aida Ginger à en faire de même avant de suivre Mel qui, déjà, fouillait le rivage à la recherche de trésors.

« C'est la première fois qu'elle voit la mer ? » demanda Hildegarde à Ginger. « Demain on pourrait voir pour se baigner toutes ensemble. La nage c'est souverain pour la santé. »

Hildegarde observa Mel et ses fouilles, puis l'horizon qui se présentait derrière elle avec les cabines de plage, les nageurs au sein de l'écume.

« Gerhard était un piètre nageur. Mais il portait admirablement bien le maillot rayé. Je suis certaine que Jean-Paul serait charmant lui aussi. »


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MessageSujet: Re: « La pluie, avant qu’elle tombe. » [Mars 06]   Ven 15 Juil - 23:41


« La pluie, avant qu’elle tombe. »

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C’était la première fois que je voyais la mer, moi aussi, et j’imagine que si j’avais eu l’âge de Mel, j’aurais agi comme elle. Je ne sais pas combien de coquillages j’ai mis dans mes poches : chaque fois qu’elle en trouvait un, elle venait me l’apporter en disant « Tiens Maman, garde-le pour moi. » C’est vrai que certains étaient très beaux, de grands coquillages blancs tout lisses. Je n’avais jamais rien tenu de pareil dans mes mains, et je les regardais avec autant d’attention que si c’étaient des choses précieuses. « C’est une coquille de bigorneau, ça » m’a indiqué Jean-Paul pour l’une d’elles.

J’ai regardé la mer un long moment. A côté de moi, j’ai entendu Mrs Müller parler de son mari, et Jean-Paul qui lui répondait : « C’était un brave type, Mr Müller » avant de raconter quelques souvenirs qu’il avait de lui. Comme je n’avais jamais connu Mr Müller, je n’ai pas dit grand’chose, en vérité j’étais surtout occupée à regarder la mer. Je me suis demandé comment j’avais pu vivre vingt-cinq ans sans jamais voir une chose pareille. L’eau était très bleue, et la lumière du soleil ondulait dessus. Les oiseaux qui passaient au-dessus de nous avaient de drôles de cris, on aurait dit à la fois des rires et des pleurs. J’étais si occupée à les regarder dans le ciel que j’ai sursauté quand l’eau des dernières vagues est venue jusqu’à mes pieds. J’avais encore mes chaussures, mais lorsque les vagues les ont touchées, j’ai eu envie de les retirer. Mel qui revenait avec une nouvelle trouvaille m’a imitée, en envoyant presque les siennes au diable tant elle était pressée de marcher dans l’eau. J’ai été chargée de prendre nos deux paires de souliers en main et de conserver son nouveau trésor : un crabe mort, qui n’avait pas encore été entamé par les oiseaux.

Mel a pataugé dans l’eau en s’éclaboussant. J’ai manqué lui dire que je ne lui avais pas mis une robe sèche pour rien, mais elle s’amusait tellement que je n’ai pas eu le cœur à la gronder. Avant que je la rejoigne, Jean-Paul a passé sa main dans l’eau et nous a dit : « La mer est chaude pour un mois de mars, on devrait en profiter. C’est bien rare de voir des nageurs en ce moment de l’année. » Il a paru songeur un instant, puis il a ajouté : « Méfiez-vous des vagues quand même. Elles sont hautes. »
Je dois bien admettre que je ne l’ai pas vraiment écouté. J’ai fait quelques pas dans l’eau en hésitant, elle était tout de même fort froide. Mel avait trouvé un nouveau jeu : elle courait dans les petites vagues, en projetant de l’eau partout. Ça l’amusait beaucoup, et quand j’ai été près d’elle elle m’a tirée par la manche en disant : « Viens, on court ensemble ! »

Ça faisait longtemps que je ne nous avais pas entendues rire autant. Une famille bourgeoise avec ombrelles et tenue impeccable malgré le vent nous a lorgnées d’un drôle d’air (il faut dire qu’on était à nouveau trempées et que je devais avoir l’air d’une folle à jouer comme une enfant). Le petit garçon qui marchait dans les pas de ses parents semblait regretter de ne pas pouvoir se joindre à nous.
Mais quelque chose a assombri le bonheur de Mel. Elle a tout à coup arrêté de m’éclabousser pour avancer dans la mer. « Mel ! Ne vas pas trop loin » lui ai-je crié en retrouvant mon rôle d’adulte responsable. « Mais il y a quelque chose, là » a-t-elle répondu en désignant du doigt une chose qui flottait non loin de nous. J’avais moins de risques d’être submergée par une vague, c’est moi qui suis allée la chercher : c’était un petit oiseau noir et blanc, qui avait l’air mort. Au moment où je l’ai pris le plus délicatement possible, une vague plus forte que les autres m’a trempée jusqu’à la taille. C’est les vêtements pleins d’eau que Mel et moi sommes revenues sur la plage. « Il est mort ? » a demandé ma fille en parlant de l’oiseau. « Je crois » j’ai répondu, mais lorsque j’ai doucement passé la main sur ses plumes, j’ai senti comme un reste de chaleur, une vie qui s’accrochait. J’ai dit à Mel que peut-être l’oiseau était vivant, mais que je ne voyais pas ce qu’on pouvait faire pour lui. Alors, elle a couru en direction de Mrs Müller et de Jean-Paul, qu’on avait délaissés en jouant entre nous. « Hillie ! Hillie ! » je l’ai entendue crier, puis : « On a trouvé un oiseau dans l’eau mais Maman a dit qu’il était pas mort. On peut pas l’aider avec la magie ? »


L'huîtrier-pie :
 




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MessageSujet: Re: « La pluie, avant qu’elle tombe. » [Mars 06]   Dim 17 Juil - 13:38
Ils avaient attendus non loin du rivage, observant avec amusement comment la fille et sa mère apprivoisaient la mer et la plage. Hildegarde se fit la réflexion que Gerhard aurait pu grandement apprécier Mrs Wealth. La verve populaire ne l'avait jamais gêné, trouvant même que les individus de cette caste étaient plus prompts à la franchise que les nobles et autres cols-montés. Il aurait même sûrement traité Mel comme une petite dame en lui accordant le baise-main et en la saluant d'un « Mademoiselle ». Hildegarde eut un sourire nostalgique. Mais cette scène n'aurait jamais lieu. Gerhard n'était plus. Désormais elle avait Ginger. Une présence réconfortante, une âme écorchée comme la sienne par la vie.

« Elles sont mignonnes. » glissa Jean-Paul et Hildegarde ne le contredit absolument pas. L'appel de Mel les fit sursauter dans un même élan. Fronçant un sourcil, la sorcière alla à la rencontre de Ginger tandis que Jean-Paul se penchait vers Mel et la rassurait. Hildegarde se pencha sur l'oiseau que tenait la domestique. Retirant un de ses gants la bourgeoise caressa doucement l'animal, sentant à son tour la faible chaleur qui en émanait. Jean-Paul vint vers elles, tenant Mel dans ses bras.

« Pauvre bête. C'est un huitrier-pie. Elle a du être blessée en vol. »
« Une aile cassée, vous pensez ? » Hildegarde n'osait trop manipuler l'animal de peur de le blesser davantage.
« Hillie tu vas le soigner ? La magie soigne tout ! »

Tout était peut-être exagéré mais, oui, la magie pouvait soigner bien des choses. Sauf que celle de Hildegarde exigeait l'usage de plantes aussi bien pour soulager les maux qu'en infliger – un pan de sa magie que la sorcière n'avait pas divulguée à Mel. Les doigts de Hildegarde se posèrent sur sa broche qui ne la quittait jamais, épinglée sur sa poitrine. La main de Hildegarde agrippa le léger châle qu'elle avait mis sur ses épaules demandant à Ginger de l'aider à recouvrir l'oiseau avec.

« Il faut éviter qu'il ne prenne froid. Frottez bien pour aider la chaleur à revenir et le sécher. »

La main de Hildegarde serra sa broche, l'autre se posant sur le corps de l'oiseau. Lentement la bourgeoise inspira. Jean-Paul se rapprocha, Mel dans ses bras guettant ce qui se passait. De vives étincelles luirent depuis la broche. Un ruban de lumière encercla le bras de Hildegarde, recouvrant l'oiseau qui poussa un faible cri - un gazouillis surpris. La magie de la broche se propageait dans le corps de l'oiseau, ramenant plus de chaleur en son corps, aidant son cœur à retrouver un rythme de battement.

La large main de Jean-Paul se posa dans le creux du dos de Hildegarde, l'empêchant de basculer en arrière. Hildegarde battit des cils. Des gouttes de sueur perlaient sur son front.

« Il lui faut manger... Jean-Paul ? »
« Des moules, des coques, des huîtres. Aussi des crevettes et du crabe, ou encore des vers de terre. » répondit Jean-Paul à la question non formulée de Hildegarde.
« Il y a un restaurant en bord de mer peu loin d'ici. Nous allons leur demander. Et j'en profiterais pour me poser aussi. Je n'ai pas l'habitude d'user de la magie ainsi. »

Refusant l'aide de Jean-Paul, Hildegarde reprit sa marche à pas comptés, observant par à-coups Ginger et son protégé.

« Vous savez comment nourrir un tel oiseau ? » demanda-t-elle à la femme alors que le restaurant se profilait devant eux.

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MessageSujet: Re: « La pluie, avant qu’elle tombe. » [Mars 06]   Lun 18 Juil - 23:30


« La pluie, avant qu’elle tombe. »

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C’était un peu comme tenir un bébé dans ses bras. Je ne savais pas trop comment faire pour porter l’oiseau, mais au final c’était encore tenu avec la même délicatesse qu’un enfant qu’il avait l’air le mieux. Ça me rappelait presque le temps où Mel venait de naître et où son père ne savait jamais comment bien la prendre. « J’ai peur de lui faire mal » disait-il toujours, et je devais lui montrer comment caler la gamine contre lui. « Elle n’est pas en sucre, c’est solide un bébé » lui a une fois répondu notre concierge, et après quelques essais Eddie a pris confiance. C’était mignon de le voir avec la petite. C’est une époque terminée et c’est bien dommage.

Enfin, pour en revenir à l’huîtrier-pie, c’était moins difficile de le porter que je ne le pensais. Avec Mrs Müller, on a essayé de le tenir au chaud, et elle a même essayé la magie sur lui, comme lui avait demandé Mel. C’était impressionnant de voir la lumière sortir de ses mains, d’ailleurs Mel regardait avec de grands yeux, comme si elle voyait un miracle. L’oiseau a paru aller un peu mieux après, à l’inverse de Mrs Müller.

On a ensuite quitté la mer pour trouver de quoi nourrir l’animal. Quelques personnes qu’on a croisées m’ont regardée bizarrement, sans doute à cause et de ma robe et de mon manteau trempés jusqu’à la taille et de l’huîtrier-pie que je portais dans mes bras. J’ai eu peur quand un chien est passé près de nous, je le voyais déjà bondir pour attraper notre protégé, heureusement il était trop occupé à courir sur le sable pour s’occuper de nous. Peu après Mrs Müller m’a demandé si je savais comment nourrir un oiseau et j’ai bien dû admettre que non. « Parfois je filais les miettes de pain aux moineaux et aux pigeons à Brooklyn, mais c’est tout, puis ils les mangeaient eux-mêmes » ai-je ajouté, en me rendant compte tout à coup que Brooklyn était à l’autre bout du monde.

Jean-Paul étant le seul à vraiment parler français, il nous a précédées dans le restaurant qui portait le nom bizarre d’A la croisée des mondes (si j’ai bien compris la traduction de Jean-Paul). Il a reposé Mel à terre avant d’aborder un homme qui nettoyait les tables. Il n’y avait pas encore grand’monde dans le restaurant, qui était d’ailleurs bien plus petit et modeste que ceux qu’on voit à Brooklyn. En fait il y avait juste quelques hommes qui fumaient et jouaient aux cartes, et deux autres qui étaient dans l’ombre avec des journaux et des plumes sur leur table.
Celui avec qui Jean-Paul parlait, celui qui nettoyait les tables, était très grand et costaud, avec de beaux cheveux blonds et une barbe épaisse de la même couleur. Une femme plus âgée qui lui ressemblait était occupée au comptoir, elle devait être sa mère.

Comme Jean-Paul avait l’air d’avoir beaucoup de choses à dire, et que Mel s’impatientait, j’ai proposé « Vous ne voulez pas qu’on s’asseye un moment ? » On a rejoint une table près de la fenêtre, avec un bouquet de campanules posé dessus. J’ai installé l’huîtrier-pie sur mes genoux, il avait l’air de respirer mieux. J’ai revu Mrs Müller en train d’essayer de le soigner et je lui ai demandé : « Vous vous sentez mieux ? » Mel a ajouté : « C’était beau la lumière pour l’oiseau. Je pourrai faire ça moi aussi ? »

Jean-Paul est revenu à ce moment-là, avec l’homme à la barbe dorée. « Mr Goujet est surpris qu’on puisse payer des huîtres pour un oiseau, mais enfin, il veut bien nous aider » nous a-t-il expliqué en souriant. J’ai regardé Mr Goujet et je lui ai souri, et ça a suffi pour qu’il ait l’air tout gêné. Il s’est penché sur l’huîtrier-pie comme pour se donner une contenance. Dans un anglais assez mauvais il nous a dit que l’oiseau avait des rémiges froissées et que même s’il pouvait survivre de ses blessures, il risquait d’être handicapé pour le reste de sa vie. Relâché dans la nature, il se ferait tuer tout de suite par ses prédateurs. « On a qu’à le garder ! » s’est exclamée Mel. « Il sera avec Finley. »
Mr Goujet lui a souri timidement. « Je connais un peu les oiseaux » a-t-il continué, « si vous voulez je peux m’occuper de lui jusqu’à demain. » Il a rougi quand nos yeux se sont croisés à nouveau, mais je n’ai pas bien compris pourquoi.




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MessageSujet: Re: « La pluie, avant qu’elle tombe. » [Mars 06]   Lun 1 Aoû - 23:39
Le regard de Hildegarde s'était accroché au bouquet de campanules ornant la table pour ne pas sombrer. Elle sentait des picotements sous son épiderme, résidus de la magie qu'elle avait du puiser dans sa broche. Un tour de prestidigitation qui la laissait toujours pantelante, épuisée. La bourgeoise hocha doucement la tête pour rassurer Ginger. Un sourire fragile se dessina sur ses lèvres quand Mel exprima son admiration.

« C'est un tour dangereux. » Si Hildegarde en avait usé sur un être plus imposant qu'un oiseau, comme un humain, elle serait tombée dans les vapes. Aurait demeuré alitée pendant plusieurs jours. « Mais tu pourrais user de la magie toi aussi si tu le veux, Mel. Mais cela demandera du temps. Bien plus qu'il n'en faut pour savoir lire et écrire. »

Jean-Paul revint, leur présentant l'employé du café qui, bien aimable, examina l'huitrier-pie. Ses regards en direction de Ginger n'échappèrent pas à Hildegarde. Le même regard que ce soir de Noël où Ginger avait porté une robe de dame. Un regard admiratif – presque enfantin, comme si Monsieur Goujet venait de découvrir que les fées existaient et que l'une d'elles se trouvait devant lui.

« Vous êtes charmant, Monsieur Goujet. » souligna Hildegarde en anglais, sourire aux lèvres. « Nous vous le confions les yeux fermés. Comme l'a dit Mel nous pourrions l'adopter. Ma maison possède une véranda qui me sert aussi de serre. J'y héberge déjà un singe volant et un Kobra et ce en toute amitié et quiétude. Je pourrais demander à quelqu'un de construire une mare pour que l’huîtrier-pie puisse s'y plaire... » Remarquant qu'elle avait fini par parler à elle-même plus qu'au reste de l'assemblée, Hildegarde agita la main. « Nous verrons les détails plus tard. Pour l'heure il nous faut la nourrir. La pauvre bête. Monsieur Goujet je vous laisse le soin de nous choisir à tous un petit en-cas. Nous allons mener ce repas en famille ! »

Après un dernier regard glissé vers Ginger, un regard lâché du bout de la paupière de peur d'être pris en flagrant délit, l'homme blond alla échanger quelques mots avec la dame tenant le comptoir. Tous deux s'éclipsèrent dans la cuisine. Après une hésitation brève, Mel toucha doucement le plumage de l’huîtrier-pie.

« C'est doux. » souligna-t-elle avec un rien de ravissement dans la voix.

Monsieur Goujet et la femme revinrent peu de temps après, déposant sur la table de multiples assiettes dont un plateau contenant quelques fruits de mer. Goujet et Jean-Paul montrèrent comment les extraire à l'aide de piques, sans se blesser. Tenant une moule, ôtée de sa coquille, entre deux de ses doigts, Hildegarde la tendit à l’huîtrier-pie. Le bec de l'oiseau s'ouvrit, agrippant le mollusque avec hargne. Sous les yeux du public, l'oiseau avala la moule goulûment. Pendant un instant tous crurent qu'il allait s'étouffer avec, jusqu'à ce que l'oiseau poussa un pépiement.

« C'est qu'il en redemande ! » s’esclaffa Jean-Paul.

Mel voulut nourrir elle aussi l'oiseau. Jean-Paul lui « dénoyautait » les molluques qu'elle tendait à l'oiseau, riant à chaque fois qu'il en avalait un. Quelques clients s'étaient levés pour observer le spectacle. De son côté Hildegarde grignotait le contenu de son assiette : une part de tartelette au chocolat et à la fleur de sel. Elle mangeait, du bout des dents, laissant la nourriture, le sucre, lui redonner doucement des couleurs.


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MessageSujet: Re: « La pluie, avant qu’elle tombe. » [Mars 06]   Sam 6 Aoû - 23:53


« La pluie, avant qu’elle tombe. »

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Mel a eu l’air bien sérieuse quand elle a su qu’un jour, peut-être, elle pourrait s’essayer à la magie. Elle regardait Mrs Müller avec beaucoup d’admiration, ça m’a rappelé un jour où elle avait observé Eddie qui lui avait taillé une petite figurine dans un morceau de bois. Ce n’était pas du grand art, le résultat ressemblait plus à une pomme de terre qu’à un personnage, mais Mel était vraiment admirative devant son père qui créait quelque chose. Ça m’a touchée d’assister à ces deux scènes. Sur le moment, je n’ai pas pensé à ma fille qui serait peut-être capable de faire jaillir la lumière de ses mains, ni à la magie dont sa famille est complètement dépourvue ; j’ai juste pensé que c’était plutôt inespéré que Mel et Mrs Müller s’entendent aussi bien.

Peu après, quand on s’est tous retrouvés autour de l’huîtrier-pie pour le nourrir, je dois admettre que je n’ai pas fait grand’chose. J’ai surtout regardé les autres tendre les fruits de mer à l’oiseau, qui les a tous acceptés sans avoir l’air effrayé par cette bande d’humains braillards qui l’entouraient.
Je me suis souvenue d’une discussion en février, un soir où Mrs Müller recevait et où j’avais aidé le cuisinier à faire la montagne de vaisselle. Margaret était avec nous, mais elle ne faisait rien. Elle avait fini journée, et elle nous regardait bosser en buvant du thé (Mel était déjà au lit, il était tard). Avec Johan, le cuisinier, on parlait de nos enfants, et j’ai raconté que Mel adorait les animaux extraordinaires de Mrs Müller, qu’elle pouvait passer des heures à jouer avec Finley. Tout en récurant des casseroles, Johan m’a répondu : « Ces animaux, c’est n’importe quoi. Il y a des gens qui crèvent de faim et de misère de par le monde – des enfants qui vont nu-pieds, qui sont maigres et qui n’iront jamais à l’école – et il y a notre bourgeoise avec sa foutue ménagerie, excusez le langage. Le serpent et le singe sont mieux lotis que bien des êtres humains en Amérique, en Europe et ailleurs. Ils seraient plus heureux dans la nature où le bon Dieu les a mis au départ, et plus à leur place surtout ; enfin, ils sont bien gentils mais ils ne servent à rien ni à personne. »
Il n’avait pas vraiment tort, bien sûr, mais je n’avais pas su quoi dire. J’avais un peu l’impression que la maison de Mrs Müller était autant un refuge pour les animaux que pour certains humains, toutefois je ne l’ai pas prononcé à voix haute. J’ai continué à essuyer les ustensiles de cuisine, pendant que Margaret nous surveillait en buvant son thé vert relevé d’un doigt de rhum (j’avais presque envie qu’elle s’étrangle avec).

Voilà à quoi je pensais pendant que le reste des gens du café A la croisée des mondes nourrissait l’huîtrier-pie. Mel s’est mis en tête de l’appeler Pantalaimon, allez savoir pourquoi ! « C’est un chouette nom » a dit Jean-Paul en lui ébouriffant les cheveux. Les habitués du café qui jouaient aux cartes parlaient français très fort en nous regardant d’un air curieux. La dame plus âgée qui devait être la patronne avait une coiffe bizarre sur la tête, et elle semblait bien s’amuser avec l’oiseau, tandis que son fils, je m’en suis tout à coup rendue compte, me reluquait toujours. Quand je l’ai surpris, il a à nouveau rougi puis a paru vouloir me dire quelque chose, sauf qu’à ce moment-là quelqu’un a pris la parole à sa place.

Près de notre table est arrivé l’homme qu’on avait vu au balcon, le fameux écrivain célèbre. Il avait dit avoir un rendez-vous avec un certain Paul Cézanne, mais en réalité il était accompagné d’une femme plus jeune et de deux petits enfants. Ça m’a étonnée, cette sorte de mensonge (si ç’en était un), est-ce qu’il avait quelque chose à nous cacher ? A nous qui ne le connaissions même pas ? C’est bizarre, un homme qui ne veut pas dire qu’il va rejoindre ses enfants et sa femme.

Enfin, ça ne me regardait pas. Mr Zola est donc venu près de nous, et à la manière dont il a parlé j’ai compris qu’il avait tout vu du nourrissage de Pantalaimon (où diable Mel a-t-elle été chercher ce nom ?). « Quelle jolie scène touchante » nous a-t-il dit en souriant. Il nous regardait particulièrement, Mrs Müller et moi. « En vous voyant auprès de cet oiseau, j’ai senti renaître en moi un brin de considération pour l’espèce humaine. » Il a ri un peu, avant de continuer : « Vous n’êtes pas sans savoir que je me prépare à l’écriture de mon prochain roman. Jusqu’à présent, je n’ai pas réussi à m’y atteler sérieusement, mais, dites-moi… Seriez-vous opposées à ce que je m’inspire de vous pour rédiger cette prochaine histoire ? »

C’était bien singulier de s’entendre demander une chose pareille. Je me suis tournée vers Mrs Müller, parce que je me suis sentie égarée, tout à coup. « Vous en pensez quoi ? » lui ai-je demandé. Qu’est-ce qu’il veut dire par s’inspirer de nous, exactement ? me suis-je aussi demandé, et peut-être que la question que je n’ai pas prononcée s’est lue sur mon visage.


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MessageSujet: Re: « La pluie, avant qu’elle tombe. » [Mars 06]   Mar 16 Aoû - 21:24
Pantalaimon. C'était véritablement un nom curieux. Bizarre. Atypique. Hildegarde se demandait bien où Mel avait pu entendre un tel patronyme. Ou peut-être l'avait-elle inventé. L'imagination des enfants pouvait se montrer plus fertile que n'importe quel terreau.

L'arrivée impromptue de Monsieur Zola manqua de faire sursauter Hildegarde. Ses sourcils se haussèrent sur son front, tandis que son corps, encore amolli par l'usage de la magie, reposait dans sa chaise. C'était bien là la première fois qu'un écrivain demandait s'il pouvait s'inspirer d'elle. Elle avait eu des peintres en apprentissage, dans son pays natal, qui lui avaient demandé à poser pour un portrait. L'un d'eux avait eu même la hardiesse de vouloir lui demander sa main – hardiesse qui fut douchée dans l'heure suivante, la porte claquant derrière l'inconvenant. Mais inspirer le personnage d'un roman...

Hildegarde leva un index sentencieux.

« Il nous faut connaître les détails, Monsieur. Tous les détails. Sans quoi vous ne recevrez pas notre approbation. Et je n'accepterais sans connaître les détails du contrat. » Un sourire. « Je suis gérante d'un Grand Magasin. J'ai l'habitude de mener des tractations et de lire les lignes. Même les toutes petites en bas de la page. »

La main de Hildegarde se posa sur le bras de Ginger comme si elle usait de sa domestique comme soutien. Se penchant vers l'Américaine, elle lui précisa qu'elle avait voix au chapitre au même titre que sa personne et qu'elle pouvait donc, à tout instant, demander à l'écrivain de ne pas user de son image. Même en une vague inspiration.

Hildegarde se redressa dans son siège ensuite, comme si de rien n'était. De son côté Emile Zola semblait en pleine réflexion. Sa compagne avait amené les enfants observer l'huitrier-pie et participer au spectacle. Un des garçons poussa un cri en croyant que le bec de l'oiseau lui avait pincé le doigt.

« Je comprends tout à fait, Madame. Si vous le souhaitez, j'aimerais entretenir une correspondance. Je vous ferais profiter de mes brouillons et vous aurez tout regard dessus. Un seul mot de vous, Madame, et le roman vivra. Un seul mot de vous, et il mourra. »

Un grand pouvoir, en somme. Celui de détenir l'avenir d'une œuvre.

« Mais quel en sera le sujet ? Vous devez déjà avoir quelques idées, Monsieur. Exposez-nous ce futur grand roman. »

Et d'attendre les paroles de l'écrivain.

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MessageSujet: Re: « La pluie, avant qu’elle tombe. » [Mars 06]   Jeu 25 Aoû - 23:14


« La pluie, avant qu’elle tombe. »

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Je devais vraiment être la seule à ne rien connaître de Mr Zola, parce que tous les autres le regardaient et l’écoutaient parler avec beaucoup d’attention, d’une façon qui prouvait qu’il était un grand personnage. Jean-Paul, surtout, qui jusqu’alors s’amusait avec Mel et Pantalaimon, se tenait droit et sérieux comme à l’église, en ayant l’air de boire les paroles de l’écrivain célèbre.

Je dois dire que j’étais moi aussi curieuse et bien étonnée que quelqu’un puisse vouloir s’inspirer de notre assemblée pour raconter une histoire. Je ne voyais d’ailleurs pas laquelle, ni qui elle intéresserait. Pourtant, l’idée ne me déplaisait pas.
Mrs Müller avait l’air plus informée que les autres sur les tenants et les aboutissants, et au fond de moi je me suis dit que je lui faisais confiance, que sur ce sujet elle en savait plus que moi, et qu’elle pouvait décider si oui ou non Mr Zola s’inspirerait de nous pour son fameux roman. Par contre, quand elle a posé sa main sur mon bras, j’ai eu le réflexe bête d’y joindre la mienne, ce qui a suffi pour que Mr Zola sourie légèrement. Ce sourire ne m’a pas plu, comme s’il signifiait que l’écrivain avait trouvé ce qu’il cherchait.

Pourtant, il a assez vite détourné les yeux pour ne plus regarder que Mrs Müller, et expliquer les idées qu’il avait pour son livre. « Voyez comme le hasard fait bien les choses ! » a-t-il commencé, en souriant à nouveau. « Mon livre parlera justement des grands magasins et de la montée fulgurante du capitalisme dans notre société occidentale. Je décrirai un magasin de mode, la foule qui s’y massera, enfiévrée par les soldes et les choix fantastiques de vêtements, mobiliers, bibelots… Je montrerai les ravages du commerce gigantesque sur l’esprit humain – surtout féminin – ainsi que sur les petits commerces de proximité, qui tomberont l’un après l’autre… »

Il n’y avait plus que les enfants pour remuer et discuter – même s’ils ne parlaient pas la même langue. Tous les adultes écoutaient Mr Zola, (sauf Mr Goujet qui était au comptoir et qui y écrivait quelque chose) et il faut dire que c’est assez impressionnant d’entendre quelqu’un parler de son œuvre future avec autant d’enthousiasme. « Bien sûr » il a continué, « mon livre ne sera pas uniquement théorique. » Il a ri un peu. « Je compte y mettre une trame sentimentale afin de ne pas assommer le lecteur. Le grand magasin aurait pour gérant une femme, veuve du fondateur du commerce. Elle reprend l’affaire pour perpétuer l’œuvre de feu son époux, mais elle a bien conscience qu’être une femme la désavantage grandement dans son métier, aussi cherche-t-elle à se remarier. Hélas, elle a beau être entourée d’hommes convenables, charmants et riches, aucun ne lui semble adéquat pour partager sa vie. C’est finalement lors d’une inspection des rayonnages du magasin qu’elle rencontre la personne qui lui paraît idéale… Qui est une toute jeune vendeuse fraîchement embauchée, à peine sortie de sa campagne natale. »

Il y a eu un court silence, et je ne suis pas sûre que toutes les personnes françaises aient compris en entier les explications en anglais de Mr Zola. Seul Jean-Paul m’a jeté un bref regard, il avait l’air troublé. Le grand écrivain a repris : « Imaginez ! La relation entre une bourgeoise et une pauvresse, entre le neuf et l’ancien, entre la folie des grandeurs et la simplicité. Je pense que ce sera un récit assez brûlant. Je n’en suis qu’aux brouillons, aux ratures et aux idées parfois trop grandioses, néanmoins je me sens grandement inspiré, et je pense qu’en quelques mois l’affaire sera bouclée. Je lui donnerais le titre Au Bonheur des Dames. » Il nous a souri aimablement. « Qu’en pensez-vous ? »

« C’est stupide » j’ai dit, et sur le moment je m’étais rarement sentie aussi peu en sécurité. J’avais l’impression que cet homme savait tout sur nous, qu’il allait tout dire à des centaines d’inconnus et tout détruire. « Je ne vois vraiment pas pourquoi vous voudriez qu’on serve à ce que vous racontiez des choses pareilles. On n’a rien à voir avec vos personnages, avec vos histoires. Racontez-les si ça vous amuse mais laissez-nous loin de tout ça. On n’a rien demandé, merde ! » J’ai presque crié la dernière phrase, tellement je me sentais mal, piégée. Je me suis levée et j’ai posé la main sur l’épaule de Mrs Müller. « Venez, on s’en va » ai-je dit, avant d’appeler Mel qui jouait avec la fille et le fils de Mr Zola.

Je n’ai pas pris la peine d’écouter les vagues protestations du grand écrivain, ni de m’attarder sur l’expression déçue de Jean-Paul, qui voulait visiblement rester encore un peu (je pense qu’il a d’ailleurs demandé s’il pouvait disposer du reste de sa journée). Je suis allée à l’entrée en tenant Mel par la main, où on a attendu Mrs Müller.
Je me sentais trembler un peu, et tout à coup j’ai bien regretté d’avoir voulu ficher le camp en Bretagne. Au moment où je le pensais, Mr Goujet est venu timidement près de nous, et il m’a fourgué entre les doigts le morceau de papier sur lequel il écrivait. Il a rougi avant de s’éloigner aussi vite, en disant quelque chose comme quoi il espérait que j’accepterais.

J’ai déplié le papier. Dans une écriture encore pire que la mienne, il m’informait qu’il y avait un bal organisé par la ville ce soir-même, et qu’il serait content de m’y voir. C’était juste signé « Serge. »
J’ai chiffonné la feuille et je l’ai oubliée assez vite dans la poche de mon manteau.


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MessageSujet: Re: « La pluie, avant qu’elle tombe. » [Mars 06]   Dim 4 Sep - 23:42
Les paroles de Ginger avaient tonné tel un orage qui venait d'éclater déversant pluie et éclairs. Mel s'était laissée entraîner par sa mère, ne disant mot, bouche close et mine pensive se doutant qu'il y avait eu quelque chose. Sentant la colère émaner de sa mère, elle demeurait muette se doutant que le moindre mot pouvait ramener l'orage. Plus personne n'osait rien dire et ce alors que Ginger s'était déjà éloignée, les laissant seuls. Hildegarde se leva la première, posant son regard sur Emile Zola. Aucune fureur, pas un éclat – juste un constat presque scientifique qui sortit d'entre ses lèvres.

« Si Mrs Wealth ne veut pas, je ne puis l'obliger. Il vous faudra trouver d'autres inspirations Monsieur. Mais, avec toute ma sincérité, je suis curieuse de lire votre prochaine œuvre. Les écrits sulfureux ont grandement du succès. Vous avez déjà du entendre parler d'un certain The Charming ? Ses romans libertins se vendent comme des petits pains. Il faut dire qu'il faut oser user de noms de dirigeants comme héros d'une fiction. Vous avez tout mon soutien dans votre avancée littéraire, Monsieur. »

Se tournant vers Jean-Paul, elle lui indiqua qu'elle allait tenter d'apaiser la fureur de Mrs Wealth. L'Austro-Hongroise laissa ainsi les deux hommes en tête à tête. Goujet mère et fils s'occupaient de l'huitrier-pie, l'écartant de la foule qui s'était clairsemée, proprement douchée par les répliques de Ginger. Hildegarde poussa la porte du restaurant. Sa main se posa dans le dos de Ginger, la poussant à avancer, à sortir. Ce ne fut qu'au bout de quelques pas, alors qu'elles étaient assez loin de toute foule que Hildegarde reprit la parole.

« Vous savez dire simplement non aurait suffi. »

Voyant Mel lever de grands yeux en leur direction, Hildegarde lui indiqua qu'elle pouvait se promener aux alentours, tant qu'elle demeurait à portée de leur regard. Quêtant l'approbation de sa mère, la petite fille finit par obéir à l'ordre sous-jacent, s'éloignant doucement des deux femmes.

« En vous récriant comme ça, vous n'avez fait que confirmer ses doutes. Ce n'était pas très intelligent. Mais sous le coup de l'émotion, l'impulsion prend le dessus sur la raison. Et ce qui est fait est fait, inutile de nous torturer avec l'esprit avec cela. Vous savez ce ne sera pas le premier roman qui parlera d'une relation entre femmes. Et j'aurais veillé à masquer toute référence trop prononcée à notre égard. Mais je respecte votre choix. »


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MessageSujet: Re: « La pluie, avant qu’elle tombe. » [Mars 06]   Dim 11 Sep - 22:09


« La pluie, avant qu’elle tombe. »

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Je me suis sentie bien bête quand Mrs Müller m’a dit son point de vue. Et même si c’était fort injuste, j’ai ressenti un grand regret en me disant tout à coup : si j’étais restée avec Eddie à Brooklyn, on n’en serait pas là. J’ai eu en tête l’image, pendant quelques secondes, de la vie que j’aurais pu continuer à mener, les journées à la blanchisserie de Mr Funky, le repas du soir à cuisiner, la vaisselle à faire, Eddie qui me parle tout le temps de ses emmerdes sur les chantiers, Mel qui grandit de plus en plus et qui a sans arrêt besoin de souliers et de vêtements neufs. Ça me semblait presque une vision du paradis. Personne ne s’intéresserait à nous, notre vie serait normale et aucun écrivain célèbre ne viendrait la fouiller pour son prochain roman.

Mrs Müller n’avait sûrement pas tort sur le fait que je me sois emportée inutilement, pourtant quand elle me l’a dit ça m’a vexée, et tout ce que j’ai trouvé à répondre a été : « La prochaine fois, je vous laisserai vous en occuper, vous êtes toujours si sûre de vous. On dirait que vous n’avez peur de rien. » Je me suis rendue compte assez vite que c’était une réaction encore plus bête que de crier après Mr Zola. « Excusez-moi » j’ai ajouté, « ça ne servait à rien de vous dire ça. »

Au fond je ne savais plus très bien où on en était. J’ai remarqué que Mel avait mis une bonne distance entre elle et nous, et qu’elle s’appliquait à éviter les rainures entre les pavés de la route. A nouveau je me suis demandé si j’avais bien fait d’amener ma fille à vivre cette nouvelle vie, à voyager, à habiter loin de son père, dans un univers qui n’avait rien à voir avec celui dans lequel elle était née. Ou est-ce que ça aurait été mieux pour elle qu’on reste à Brooklyn avec Eddie jusqu’à la fin de nos jours ?

C’est seulement revenues à l’hôtel que j’ai fini par en parler à celle qui me semblait en grande partie responsable de tout ça. « Mrs Müller » j’ai commencé, puis Mel m’a interrompue en criant : « C’est moi qui ouvre la porte ! » Elle avait l’air si décidée que je lui ai tendu la clef de notre chambre, et il a fallu que je lui montre dans quel sens la tourner. « Quand j’aurai la magie, je pourrai ouvrir les portes sans clef, parce qu’avec la magie on sait tout faire, hein Hillie ? » a continué Mel en entrant dans la pièce qui avait l’air encore plus luxueuse qu’avant notre promenade.

Mel s’est débarrassée de ses chaussures et de son manteau (par terre) avant de filer sur le balcon. Je lui ai dit qu’elle pouvait tout aussi bien les mettre près du portemanteau, mais elle a fait la sourde oreille et au final c’est moi qui m’en suis chargée. Avant de suspendre le mien, de manteau, j’ai retrouvé le papier de Mr Goujet et je l’ai enlevé de la poche pour le jeter à la première occasion.

Je ne l’ai pas fait immédiatement. Je l’avais encore en main quand je me suis assise sur le lit dont les draps n’avaient pas un seul pli, et que j’ai réessayé de parler à Mrs Müller de ce qui me tracassait. « Ça ne vous aurait quand même pas plu que ce Mr Zola écrive sur nous ? » je lui ai demandé. « Vous n’avez pas remarqué qu’il avait l’air de tout connaître sur nous, que son histoire était pleine de points communs avec la nôtre ? » Je me suis tout à coup aperçue de quelque chose qui m’a glacée. « Bon Dieu ! » je me suis exclamée, « il a la chambre juste à côté de celle-ci ! »

Pour moi ça voulait dire qu’on allait le croiser tous les jours. Qu’il faudrait le saluer, le regarder, qu’il ne nous laisserait pas l’oublier comme ça. Et que, refus ou non, il nous regarderait, nous écouterait et s’inspirerait de nous de toutes manières. « Oh, Hillie, je n’aime pas cette histoire. J’ai l’impression que quelqu’un va se mettre entre nous et chercher à nous entendre, à nous voir, à nous montrer au reste du monde. On était bien, toutes les deux, non ? Pourquoi faut-il qu’un écrivain célèbre s’en mêle ? »




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MessageSujet: Re: « La pluie, avant qu’elle tombe. » [Mars 06]   Sam 17 Sep - 0:44
Les paroles de Ginger avaient sonné tel un soufflet. Hildegarde le reçut sans mot dire, l'amertume emplissant sa bouche. Elle avait envie de rire, un rire saccadé – rire d'hystérique. S'en charger ? Grand Dieu, mais n'était-ce pas ce qu'elle avait fait depuis le début ? Hildegarde avait accueilli les paroles de l'écrivain, avait posé des conditions, poussé Ginger à s'exprimer. Elle avait réparé les pots cassés lors de son départ en fanfare digne d'une scène de ménage. Hildegarde ne dit mot, souriant à Mel et à sa question, ravalant la douleur en elle.

Tout couple avait son lot de disputes. Celle-ci ne serait probablement pas la dernière. Hildegarde avait eu son lot avec son époux. Deux personnes ne pouvaient pas cohabiter sereinement sans se heurter de temps à autre.

Les réactions de Ginger au sein de l'alcôve qu'était la chambre figèrent Hildegarde sur place. Le rire lui secoua les épaules, s'échappant de ses lèvres serrées en un « pfuit » que Mel, heureusement, n'entendit pas. Les mains de Hildegarde se posèrent sur les épaules de Ginger en un geste d'apaisement.

« Ginger, calmez-vous. À vous entendre votre voisin de palier est un meurtrier sordide. »

Hildegarde finit par s'asseoir à son tour. Le rire n'était plus, ne restait qu'un sérieux aussi pesant que du plomb.

« Je lui ai dit non pour ce roman. Et si j'avais dit oui... Bon sang, j'ai déjà une réputation gratinée. Je suis une veuve qui a repris l'affaire de son feu époux, mais n'a pas songé à se remarier. Je suis entourée d'une cohorte de mignonnes, à qui on m'a déjà prêté plus d'une relation amoureuse. Quand ce n'était pas avec les mères de ces dernières si elles étaient trop jeunes. Une femme seule fait jaser, Ginger. Alors une histoire de plus ou de moins... »

Hildegarde eut un geste de la main indiquant que ça n'aurait eu aucun grand impact sur elle. Elle était une femme rompue aux affaires. Tel le capitaine d'un fier navire, elle se devait de tenir la barre jusqu'au bout.

« Vous avez peur que Eddie soit au courant ? »

La bonhomie n'était plus. Hildegarde plongea son regard dans celui de Ginger, incisif.

« Si c'est le cas, vous devez lui dire. Cet homme ne mérite pas d'être enfermé dans un mensonge. Vous vous souvenez de ce que je vous avais dit en décembre ? Si vous empruntez ce chemin, vous ne pourrez pas revenir en arrière. Ce pauvre homme mérite la vérité, Ginger. S'il le faut, je m'en chargerais moi-même. »

Si Eddie avait été homme à battre sa femme comme plâtre, Hildegarde n'aurait eu aucun scrupule à lui arracher sa femme. Mais de ce qu'elle avait vu, de ce que Ginger et Mel lui disaient, il n'était rien de plus qu'un homme ordinaire, avec ses défauts et ses qualités. Un homme qui ne méritait pas que sa famille lui tourna le dos sans lui dire ce qu'il en était.


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MessageSujet: Re: « La pluie, avant qu’elle tombe. » [Mars 06]   Sam 24 Sep - 22:28


« La pluie, avant qu’elle tombe. »

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Non, je n’avais pas pensé à Eddie. C’était peut-être ça le pire, d’ailleurs : je ne pensais même plus à lui. En débarquant en Bretagne, j’avais eu l’impression d’être libre, d’être loin de Brooklyn, d’Emerald et des ennuis ; ça n’a pas duré bien longtemps, tout nous rattrapait, même à des milliers de kilomètres de chez nous. Quand Mrs Müller a parlé d’Eddie, tout m’est revenu, toutes les fois où je m’étais demandé ce que j’allais pouvoir faire avec lui, dans quelle situation je m’étais mise, est-ce que tout ne serait pas plus simple si je démissionnais de la maison Müller et si je rentrais à New York avec Mel ? Je m’étais posé bien des questions bien des fois, mais je dois avouer qu’en général je les mettais dans un coin de ma tête en me disant : on verra. Ça finira bien par s’arranger. Je finirai bien par savoir quoi faire.

C’était faux, évidemment, je m’en suis vraiment rendue compte dans la chambre d’hôtel en Bretagne. Mrs Müller me regardait d’une telle façon que je me suis sentie affreusement lâche et coupable. Je n’ai rien trouvé à dire jusqu’à ce qu’elle menace de prévenir Eddie elle-même. « Oh ! » je me suis écriée, « ça non ! Je ne vous laisserai pas faire ce que je dois faire moi-même ! » La dernière chose que j’avais envie de voir, c’était Eddie lisant une lettre d’Hillie Müller. Seigneur Jésus ! Il sait à peine lire, sa vue baisse : il demanderait à quelqu’un, un collègue de chantier peut-être, de lui lire la lettre, et le collègue saurait ainsi, sans rien à voir là-dedans, que la femme d’Eddie Wealth a une relation avec sa patronne à Emerald.

« Je lui dirai moi-même » j’ai poursuivi, comme si j’étais aussi confiante en moi que Mrs Müller quand elle entre dans un bar populaire ou quand elle dirige son magasin. « Mel et moi, on ira lui rendre visite quand on sera rentrées à Emerald. Enfin, avec votre permission. » Je dois avouer que je n’avais aucune satanée idée de la manière de m’y prendre avec mon mari. Et je crois bien que ma voix m’a trahie, elle n’était pas sûre et ferme, plutôt hésitante comme quand on parle d’un endroit important où on va aller pour la première fois, et qu’on n’arrive pas à cacher sa peur.

J’ai entendu Mel sur le balcon, qui s’amusait toute seule comme savent le faire les enfants, et à nouveau un déluge de questions m’est tombé dessus. Comment diable est-ce que j’allais annoncer à Eddie que j’étais attirée par une femme, que je l’avais même embrassée ? Qu’allaient être les conséquences ? Est-ce qu’il m’empêcherait de retourner à Emerald, ou est-ce qu’au contraire il me dirait d’y fiche le camp et de ne jamais revenir ? Est-ce que ça le détruirait, est-ce qu’il serait dans une colère noire, est-ce qu’il pleurerait, est-ce qu’il n’aurait plus jamais confiance en moi après ? Est-ce qu’il me croirait, seulement ? Et Mel ? Bon Dieu, et s’il décidait que je n’étais plus capable d’être une bonne mère, et s’il arrivait à obtenir d’être le seul parent à s’occuper d’elle ? Et si… S’il nous fallait divorcer ?
Tout me semblait possible et imaginable. Au fond, j’avais l’impression que si Mrs Müller était Mr Müller, tout aurait été si simplifié !

A ce propos, une question m’est venue. J’ai regardé Mrs Müller, et j’ai pensé qu’elle, elle savait certainement comment s’y prendre, qu’elle devait déjà avoir connu cette situation. « Dites-moi » j’ai commencé, en essayant de choisir mes mots le mieux possible, pour ne pas revivre une scène comme à la salle sordide en janvier ; « quand votre mari était encore vivant… Est-ce qu’il savait, est-ce que vous lui avez dit que vous étiez… Est-ce qu’il savait que vous aidiez des femmes à avorter ? Est-ce qu’il savait que vous étiez attirée par d’autres femmes ? »

Mel a choisi ce moment pour revenir auprès de nous. Elle a grimpé sur le lit dont les draps se froissaient à peine quand on s’asseyait dessus, et s’est mise entre nous deux. J’aurais peut-être dû lui dire de s’en aller, de ne pas écouter les conversations des adultes, mais je ne l’ai pas fait. J’ai juste ajouté : « Je ne sais rien de vous, Hillie, pourquoi vous avez repris le magasin de votre mari, pourquoi vous ne vous êtes pas remariée, pourquoi vous… Pourquoi vous êtes une faiseuse d’anges, qu’est-ce qui vous y a poussée ? »

En un sens rien de tout ça ne me regardait. Mais j’avais tellement envie de connaître davantage la femme qui m’avait bouleversé la vie.




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MessageSujet: Re: « La pluie, avant qu’elle tombe. » [Mars 06]   Dim 25 Sep - 22:25
« Il est évident que je ne vais pas dire non à ce que vous revoyez Eddie. Et le plus tôt sera le mieux. » asséna Hildegarde lorsque Ginger lui en formula l'autorisation avec une expression contrite qui lui faisait songer à celle d'une enfant. Il fallait régler cette situation au plus vite. Si jamais Ginger ne le faisait pas, Hildegarde irait d'elle-même en discuter avec l'intéressé en y emmenant sa femme. Ils étaient tous adultes après tout, ils avaient passé l'âge de s'empêtrer dans des secrets pour fuir la réalité en espérant que tout se résoudrait de soi-même.

Les questions de Ginger n'auraient pas estomaqués Hildegarde si Mel n'était pas présente. Mais l'enfant était là, assise près d'elles. À quatre ans pouvait-on savoir ce que signifiait « faiseuse d'anges » ? Hildegarde le craignait, tout autant que la question que Mel pourrait poser afin de résoudre cette énigme. L'Austro-Hongroise ne répondit pas immédiatement aux interrogations de l'Américaine. Elle ne le pouvait pas, pas en présence de Mel. Hildegarde se tourna vers la petite, ce sourire peint sur les lèvres tel un masque.

« Mel, si on allait voir si Jean-Paul est revenu ? Tu as mieux à faire que rester enfermée dans une chambre. »

Hildegarde se leva, tendant sa main à Mel. La petite regarda alternativement tata Hillie et sa mère.

« Je crois que je l'entends d'ailleurs. Tu vas passer un peu de temps avec lui, le temps que ta mère se repose. »

Mel finit par obéir à l'ordre sous-jacent glissant sa menotte dans la main tendue, laissant tante Hillie la guider hors de la chambre. Au bout de quelques pas, comme elle l'espérait, Hildegarde tomba sur Jean-Paul qui revenait du restaurant. Il donna quelques nouvelles de l'huitrier-pie alors que Mel le noyait sous mille questions à ce sujet. Hildegarde lui confia la garde de Mel, lui proposant de voir avec la petite ce que le restaurant leur promettait comme repas ce soir. « Sa mère a besoin de repos et je vais veiller sur elle » précisa-t-elle à Jean-Paul qui ne demanda pas plus amples détails. On ne questionne pas Madame.

Laissant Mel aux mains du Français, Hildegarde regagna la chambre mais ne se rassit pas sur le lit. Elle avait tant à dire. Il lui fallait de l'espace pour s'exprimer, la possibilité de marcher dans la pièce. Son dos contre la porte, Hildegarde inspira longuement avant de parler, de répondre aux interrogations.

« Lorsque j'étais mariée à feu mon époux, je n'ai aimé que lui. Ai-je éprouvé du goût pour les femmes avant lui ? Possible, mais seulement envers une personne. Si je dois aimer c'est entièrement, sans concession, avec un seul individu. Je peux apprécier plusieurs individus, me plaire en leur compagnie mais aimer, adorer... ça ne marche qu'avec un seul. »

Un sourire ourla les lèvres de Hildegarde.

« Elle s'appelle Elphaba. Nous nous sommes connues au pensionnat. Elle a été toujours là pour moi. Elle m'a aidé à me relever après la mort de mon époux. C'est elle qui m'a montré que la magie pouvait aussi bien créer que détruire. »

Lui revint en mémoire ces scènes intimes au sein du dortoir du pensionnat, le profil racé de Elphaba tout en angles, sa peau verte qui lui avait valu plus d'une moquerie, sa volonté de pasticher le cliché des sorcières en adoptant leur tenue. Hildegarde était la rêveuse, l'étincelle alors que Elphaba représentait la science, l'ombre se glissant derrière la lumière. Les doigts de l'Austro-Hongroise s'étaient entremêlées et son regard fixait un point au loin, par-delà la fenêtre.

« Elle est toujours en vie, si vous vous posez la question. Je risque potentiellement de la revoir. Avec la fondation de la loge des sorcières, toutes ces pratiquantes se doivent de se réunir. Prochainement je me devrais de voyager au Canada, mais... ceci ne vous regarde pas actuellement. Et nous dérivons du sujet de vos préoccupations. »

Elphaba était un mystère, même pour Hildegarde. Si elle commençait à parler de sa personne, l'Austro-hongroise n'en aurait jamais fini. La bourgeoise se mit à arpenter la pièce à pas lents.

« Mon mari savait ce que je faisais. Je ne pouvais pas lui cacher indéfiniment et notre relation devait être basée sur la confiance mutuelle. Je lui ai tout montré. Comme vous il a vu la pièce, et les contrats signés. Ce fut long à accepter. Très long. Mais il a accepté car cela faisait parti de moi. De mon être. Mais une question demeure : pourquoi ? N'est-ce pas ? »

On ne devenait pas faiseuse d'anges par vocation. Surtout pas lorsqu'on était née au sein de la bourgeoisie, petite fille née dans le luxe gagné à la sueur du front.

« Au début je l'ai fais pour blesser. Blesser toutes ces nobles au plus profond de leur chair. C'était si doux de voir ces dames courber l'échine devant une parvenue comme moi, implorer l'aide et la miséricorde, les entendre prier alors qu'elles tentaient de masquer les traces d'un péché. Leur sang me maculait les mains, les bras. J'ai beau les laver, je les vois encore parfois... » Hildegarde tendit ses bras devant elle. « Cela ne s'effacera jamais. Et, parmi ces femmes, il y en a qui avaient besoin d'aide. Notre société n'aide pas les désœuvrées victimes des violences d'un époux, d'un ami en qui elles avaient placé leur confiance. Personne ne secoure ces femmes qui, au plus profond d'elles, sentent grandir un fruit né d'une union désirable. Je punis et je récompense. Je signe et ratifie leurs destinées. »

Je suis une Moire dévidant le fil d'une vie pour mieux la couper.

Le corps de Hildegarde cessa de se mouvoir se tenant auprès du lit, tout près de Ginger.

« Et si j'ai conservé le grand magasin de son époux c'est, tout simplement, car je ne pouvais jeter aux orties tout ce qu'il avait érigé. Quant à me remarier, pour cela il faudrait qu'un parti se présente. Un parti digne de travailler à mes côtés au grand magasin. Si je dois en partager les profits, ce sera avec un époux et collaborateur de choix. L’œuvre de mon époux doit être préservée. »

C'était son devoir d'épouse que de veiller aux intérêts de celui qui lui avait octroyé le nom de Müller.


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MessageSujet: Re: « La pluie, avant qu’elle tombe. » [Mars 06]   Sam 1 Oct - 22:59


« La pluie, avant qu’elle tombe. »

Hildegarde Müller & Ginger Wealth.


Je n’ai pas appris ce qui me semblait le plus important, c’est-à-dire comment annoncer à son mari qu’on aime une femme autrement que comme une sœur ou une collègue. Mais c’était déjà beaucoup que Mrs Müller réponde aux questions que je lui avais posées, elle aurait tout aussi bien pu me dire que je n’avais pas besoin de savoir tout ça.

Ça m’a fait drôle d’entendre ses explications sur ses activités de faiseuse d’anges. J’ai eu envie de dire que je trouvais leur motivation affreuse, mais au final je n’ai rien dit. Je me suis souvenue de Mrs Holbrook et je me suis tue. J’avais l’impression de ne pas pouvoir dire quoi que ce soit, étant donné que j’avais moi-même avorté. Et, contrairement à Mrs Müller, je ne l’avais jamais dit à Eddie. Que Dieu me pardonne, mais il n’aurait pas compris. C’est un homme. Comment pourrait-il comprendre ?
Alors, j’ai trouvé courageux de la part de Mrs Müller d’avoir expliqué à son mari ce qu’elle faisait. Mais j’étais bien incapable de dire si elle avait tort ou raison d’aider des femmes à avorter. Je ne savais pas quelle partie de l’histoire était la plus horrible.

Je ne sais d’ailleurs plus très bien si j’ai dit grand’chose. J’ai écouté Mrs Müller, je l’ai suivie du regard pendant qu’elle allait et venait dans la pièce, j’ai essayé d’imaginer à quoi pouvaient ressembler son mari et la femme dont elle a parlé, Elphaba, (ni l’un ni l’autre n’avaient l’air d’avoir été des gens élevés dans les ruelles de Brooklyn) mais je n’ai rien trouvé à répondre. J’ai vaguement eu envie de lui demander pourquoi elle travaillait dans un grand magasin elle-même alors qu’elle pouvait certainement engager des gens pour le faire à sa place, si elle était assez riche pour ne jamais se faire une tasse de thé toute seule. Mais après coup ça ne m’a pas paru très important.

Quand Mrs Müller s’est arrêtée près du lit, je me suis entendue lui dire : « Je ne sais jamais quoi penser de vous. » Je crois qu’il n’y avait rien de plus vrai, même si au lieu de fondre en larmes comme en janvier je lui ai souri et ai tendu la main pour prendre la sienne. La chambre était devenue bien calme, et on a pu voir flotter sous le vent de la mer les rideaux de la baie vitrée, que Mel avait laissée ouverte.

C’est peu après que Mel est entrée brusquement dans la chambre, sans prévenir. J’ai lâché la main de Mrs Müller presque aussitôt, comme si on avait fait quelque chose de mal. « Jean-Paul a dit que pour le dîner, au dessert, c’est une crème brûlée ! » s’est exclamée Mel d’un air tout content tandis que j’allais refermer la porte vitrée. Jean-Paul est arrivé à son tour, plus calmement. « Tout à fait » il a confirmé, « on pourra goûter la cuisine bretonne. Une lotte à l’armoricaine comme plat principal, et une crème brûlée au caramel beurre salé comme dessert ! » Il souriait comme à son habitude mais j’ai cru remarquer qu’il avait aussi l’air gêné. Je ne savais pas pourquoi.
« Le service commence à 18h tapantes » il a continué, et Mel a demandé : « On peut y aller maintenant ? J’ai faim, moi ! » « On a tous faim » je lui ai répondu, « on va y aller bientôt. Va d’abord te laver les mains, elles sont toutes sales. »

C’était presque un crime de se laver les mains dans un lavabo aussi blanc que celui de l’hôtel. Mel était aussi étonnée que moi de voir qu’il suffisait de tourner un bouton du robinet pour avoir de l’eau chaude. Elle s’est amusée avec jusqu’à ce que je l’oblige à se peigner. « On va manger dans un endroit riche » je lui ai expliqué pendant qu’elle essayait d’éviter que la brosse passe dans ses cheveux blonds. « Il faut un minimum de tenue ! »

Je ne sais pas si j’ai été très convaincante. En tout cas dès que j’ai eu terminé de la peigner, Mel a filé pour retrouver Mrs Müller et Jean-Paul. J’ai essayé de m’arranger un peu aussi, mais je ne suis pas arrivée à grand’chose. C’est en regardant mes cheveux plus emmêlés que d’habitude dans le miroir que je me suis rappelé l’invitation écrite de Mr Serge Goujet à aller danser. Ça m’a donné envie, tout à coup, et quand j’ai rejoint les trois autres, j’ai murmuré à Mrs Müller : « Quand on est sorties du restaurant, Mr Goujet m’a donné un papier. Apparemment, il y a une soirée dansante à la plage aujourd’hui. Ça vous plairait d’y aller ? » Moi, j’en avais de plus en plus envie. Ça faisait si longtemps que je n’avais plus dansé. Depuis mon mariage, en réalité.


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MessageSujet: Re: « La pluie, avant qu’elle tombe. » [Mars 06]   Jeu 13 Oct - 22:53
Hildegarde demeura bouche close face aux quelques mots que proféra Ginger ne s'attendant pas à cela. Pas à si peu. Elle s'était confiée à cette femme, avait répondu à ses interrogations et, en réponse, en conclusion de tout ce monologue, Ginger avait simplement avoué qu'elle ne savait quoi penser de son interlocutrice. Malgré la main posée sur la sienne cela ne réchauffa pas Ginger qui demeura droite, un brin rigide, ne sachant que dire. De crainte, probablement, de n'avoir qu'une réponse laconique.

Le retour de Mel chassa tout cela – la lourdeur soudaine dans la chambre – mais ne chassa pas le plomb qui s'était logé dans le cœur de l'Austro-Hongroise. Son sourire fut mécanique, aussi faux qu'un masque de Carnaval. Elle n'avait ni le cœur de manger, ni celui d'assister à un bal-musette fut-il français. Néanmoins, désireuse de ne pas alourdir la joie du groupe, Hildegarde se força, son sourire dévoilant ses dents.

« Pourquoi pas ? Cela sera populaire et folklorique au possible. »

Le reste de la soirée se déroula tel un rêve. Hildegarde répondait si on lui parlait, agissait mécaniquement sans grande motivation. C'était à son tour de ne plus savoir quoi penser de l'Américaine. Hildegarde aimait diriger sa vie, louvoyant au sein des récifs que lui imposait le destin. Ginger se dévoilait comme étant un obstacle bien plus complexe à manier qu'auparavant – elle était un esquif qui, soudainement, se guidait de lui-même l'entraînant de force pour, ensuite, attendre patiemment que ce soit l'Austro-Hongroise qui mena la barque. L'Américaine n'avait dit mot sur leur précédent échange, et avait sauté sur le bal musette comme... une opportunité d'oublier tout ceci.

Lorsque le groupe rejoignit la plage, Hildegarde resserra le châle qu'elle avait jeté sur ses épaules. Un feu avait été allumé au centre de la piste tel un feu de la Saint-Jean, dont la lueur était rehaussé par les lanternes qu'on avait suspendus aux alentours. Des hommes jouaient du biniou, un équivalent de la cornemuse en Bretagne, tandis que des couples se mouvaient, leurs ombres s'étirant sous les lueurs vives des lanternes. Un homme scandait les pas à mener, jouant le meneur en scène. Sous ses ordres, les danseurs exécutaient leurs pas, rejoignaient leurs partenaires avant de se dérober.

« C'est la bourrée. » expliqua Jean-Paul.

Quelques spectateurs encerclaient la scène, frappant le rythme entre leurs mains. Hildegarde avisa un profil connu parmi tous ces visages, et le désigna d'un geste du menton.

« Ginger je crois que M. Goujet vous attends et n'ose pas faire le premier pas. »

Vêtu comme pour aller à la messe, l'homme était facilement identifiable par sa barbe dorée dont le feu rehaussait la couleur.


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MessageSujet: Re: « La pluie, avant qu’elle tombe. » [Mars 06]   Dim 16 Oct - 22:12


« La pluie, avant qu’elle tombe. »

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On a eu de la chance, si on peut dire : après le repas, Mel s’est approchée d’une petite famille bourgeoise avec deux enfants, dont une gamine de son âge, et ils ont commencé à jouer ensemble. C’était gai à voir, ces trois gosses qui ne parlaient pas la même langue et qui pourtant s’arrangeaient pour se comprendre et s’amuser. Les parents étaient moins snobs que je ne l’aurais cru, et on a même pu discuter un peu, la mère parlait bien anglais. De fil en aiguille je lui ai dit qu’on allait au bal de la plage, et comme eux-mêmes ne sortaient pas, elle a bien voulu garder Mel avec ses enfants une heure ou deux (j’ai promis qu’on ne s’attarderait pas).

De fait ç’avait l’air mal parti pour qu’on traîne et reste jusqu’aux petites heures. Moi, je me sentais comme quand j’avais seize ans et que j’allais danser à la foire de Brooklyn avec mes collègues de la blanchisserie – en réalité on ne dansait pas vraiment. Enfin, moi, j’étais souvent assise à regarder les autres qui étaient plus jolies danser, et j’en profitais pour boire un coup avec ma copine Marlene. On se moquait des autres filles mais en vrai on aurait tout donné pour être à leur place et danser.
Bref, tout ça pour dire que j’étais motivée à y aller, à ce bal, quand bien même je ne savais pas aligner trois mots de français. J’en avais d’autant plus envie que le voyage en Bretagne s’annonçait sinistre. J’aurais bien voulu dire que tout ça c’était entièrement la faute de Mr Zola, avec ses satanées histoires et son foutu désir de s’inspirer de nous ; mais je me doutais que ç’aurait été trop facile. Au fond Hillie Müller avait raison : il aurait suffi de lui dire clairement non et l’affaire aurait été close. Mais ça avait remué trop de choses, Eddie, Mr Müller, les avortements, nos vies qui n’allaient pas comme on l’aurait voulu. J’avais cru qu’aller en Bretagne aurait tenues éloignées toutes ces choses, mais c’était plutôt bête de ma part. J’avais le sentiment que plus que jamais il fallait que j’affronte les événements en face, et ça me faisait peur.

Je n’avais pas envie de penser à Brooklyn, à Eddie tout seul dans son appartement, à Mel que j’avais amenée dans cette histoire, à la salle à Emerald où des femmes venaient avorter, au passé ni à l’avenir ; j’avais juste envie d’oublier un peu, mais pendant la soirée j’ai remarqué l’attitude de Mrs Müller, je me suis bien aperçue qu’elle était là sans y être, comme une actrice de théâtre, qu’il n’y avait rien de joyeux en elle. J’ai bien compris qu’on venait de perdre quelque chose, et que j’en étais au moins partiellement responsable, et je me suis sentie mal. Je me suis sentie coupable, ou maladroite, ou incapable, je ne sais pas au juste. Il y a une expression qui m’est revenue, je crois que c’est la cousine Patsy qui l’employait, être artisan de son propre malheur. J’aurais voulu revenir en arrière, être plus attentive quand Mrs Müller m’avait parlé d’elle, avoir parlé plus calmement à Mr Zola, avoir été capable d’envisager l’avenir et de mesurer les conséquences de mes choix.

Pourtant je n’ai pas dit autre chose que des banalités jusqu’à ce qu’on arrive à la plage illuminée par les lanternes du bal. J’avais la drôle de sensation que tous les trois, Hillie Müller, Jean-Paul et moi, on jouait à faire semblant, pour se tromper les uns et les autres, tout en sachant que personne n’y croyait. C’était horrible. Je repensais sans arrêt à la scène dans la chambre de l’hôtel, et je me disais que j’avais été incapable de saisir ce que Mrs Müller me tendait en racontant son passé, incapable de la comprendre, incapable de lui offrir une réponse digne de ce nom. Je ne savais pas très bien comment j’aurais dû réagir, mais ça m’oppressait. Une fois ou deux, j’ai ouvert la bouche pour en parler, et finalement je me suis tue.

Arrivés près de la piste de danse, Mrs Müller m’a fourni elle-même un moyen de m’esquiver, en désignant Mr Serge Goujet qui nous attendait. Il n’avait pas l’air à son aise, dans son beau costume fraîchement repassé. Il était bel homme, mais il avait l’air si timide, si petit garçon, que ça ne donnait pas envie de venir vers lui et d’engager la conversation. C’est ce que j’ai fait, malgré tout, et après quelques formules de politesse, il m’a demandé : « Vous… Vous, euh, vous aimeriez danser ? » en rougissant terriblement fort. « Oh ! » j’ai répondu comme si c’était la question la plus importante qu’on m’ait jamais posée, « ça me plairait beaucoup, oui. »

Je m’attendais à ce qu’il soit aussi gauche dans la danse que dans sa façon d’aborder les femmes, mais au final il se débrouillait bien. Je me suis sentie un peu mieux dès qu’on a commencé à aller et venir sur la piste. Bon Dieu, ça faisait des années que je n’avais plus dansé. La dernière fois, c’était avec Eddie, le soir de notre mariage, et il parlait sans arrêt. Eddie avait cette damnée manie de causer et causer pendant des heures. Il y avait des jours où ça me fatiguait, où je ne répondais plus que « oui » ou « non » sans l’écouter vraiment. C’était un brave gars, il a toujours voulu connaître mon avis quand il voulait changer quelque chose dans notre ménage, il n’a jamais été ivre mort, et il ne m’a jamais frappée ; mais au nom du Ciel qu’est-ce qu’il pouvait être bavard.
Tout le contraire de Mr Serge, en vérité. Lui, c’est à peine s’il ouvrait la bouche. Par contre, il me regardait, et quand je lui rendais son regard, il rougissait comme s’il s’était brûlé au grand feu. Je dois dire que ça me convenait, je n’avais pas spécialement envie de bavarder. Tout en suivant ses pas sur la piste, je ne pouvais pas m’empêcher de me tourner régulièrement vers la place de Mrs Müller. Jean-Paul discutait avec animation avec un groupe de Français, et j’avais peur qu’une fois seule, Mrs Müller ne décide de rentrer à l’hôtel, qu’au fond elle n’avait rien à faire ici, parmi des gens qui étaient plus de ma condition que de la sienne. Elle devait être la seule bourgeoise du coin, tous les autres semblaient être des pêcheurs ou des petites commerçantes qui venaient s’amuser avec leur mari.

J’avais aussi peur que quelqu’un, enfin, un homme, ne vienne près d’elle et ne lui propose une danse. J’ai regretté de ne pas avoir sur le dos la magnifique robe que Mrs Müller m’avait trouvée, en décembre dernier. Pas spécialement pour éblouir Mr Serge Goujet, ni pour rendre vertes de jalousie les Françaises, mais pour plaire à celle qui me l’avait offerte. J’avais envie qu’elle me regarde, et qu’elle me trouve jolie.
A un moment donné, Mr Goujet m’a demandé : « La dame que vous regardez, c’est votre amie ? » Il m’a demandé ça comme si ça ne voyait pas que Mrs Müller était cent fois plus distinguée que moi, qu’il y avait des dizaines de différences sociales entre nous. Dit ainsi, j’ai presque cru que Mrs Müller et moi étions des égales, de simples amies qui venaient se distraire, loin de tout souci. J’ai souri à Mr Goujet, et je lui ai répondu que oui, sans le contredire le moins du monde. Puis, pour ne pas qu’on s’attarde sur le sujet, je lui ai demandé de quoi parlait la musique qui nous faisait danser, et qui était plutôt triste, bien que très belle. « Oh » a répondu Mr Goujet en essayant de trouver ses mots en anglais, « ça parle d’un couple qui attend un miracle qui ne vient jamais. D’un couple qui est seul et qui essaie d’être, euh… Seul ensemble. » Il a eu un sourire triste comme si ça lui rappelait son propre vécu. On n’a plus rien ajouté, jusqu’à ce que la chanson s’arrête et qu’on applaudisse avec les autres.

« Eh bien voilà voilà » j’ai dit bêtement, quand on s’est retrouvés face à face sans savoir comment se quitter. Ceux qui avaient dansé en même temps que nous allaient s’abreuver et étaient remplacés par d’autres. L’orchestre s’autorisait une pause avant de continuer. « Merci pour cette danse. C’était gai de danser avec vous » j’ai ajouté en souriant, avant de m’apprêter à m’en aller. Mr Goujet avait réellement l’air d’être un homme gentil, en qui on pouvait avoir confiance, mais ce n’était pas avec lui que j’avais envie de passer la soirée. Il a eu l’air déçu et effrayé de me voir prête à le quitter, mais il ne m’a pas retenue. Il m’a juste embrassé la main comme un homme du monde, et c’est seulement quand je me suis éloignée qu’il a réussi à me demander : « Attendez ! Vous vous appelez comment, s’il vous plaît ? »
Je me suis souvenue de Mrs Müller évoquant le conte de Cendrillon, il y a longtemps. « Ginger » j’ai répondu en lui souriant, avant de m’éloigner pour de bon. Il y avait du monde qui arrivait, et la piste était bien plus chargée qu’auparavant. Ce n’était pas difficile de se fondre dans la foule.

A mesure que j’approchais de Mrs Müller, je me sentais comme avait dû se sentir Mr Goujet : j’avais le cœur qui battait plus fort, je tremblais un peu et j’avais la sensation d’être terriblement maladroite. Arrivée à sa hauteur, je me suis entendue lui dire : « Hillie, je me sens mal. Je n’ai pas agi comme je l’aurais dû. Je n’aurais pas dû crier après l’écrivain célèbre, ni essayer de vous porter responsable, ni ne rien vous répondre d’intelligent quand vous m’avez parlé de vous. Je vous en prie, pardonnez-moi. Je n'ai pas envie qu'on soit les artisanes de notre propre malheur. Je n’aime pas vous voir comme ce soir, en train de faire semblant alors que vous n’en pensez pas moins. Je préfère quand vous… Quand vous osez me dire ce que vous pensez de ce qui arrive, même si c’est dur de l’entendre. » J’avais toujours autant de mal à supporter son regard. Sur l’estrade, l’orchestre s’est remis à jouer, mais il me semblait loin. « Vous ne voulez pas danser avec moi ? » j’ai ensuite demandé sans pouvoir m’en empêcher. J’ai tendu la main comme si j’étais un homme qui invite sa compagne à lui emboîter le pas sur la piste de danse.




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MessageSujet: Re: « La pluie, avant qu’elle tombe. » [Mars 06]   Sam 22 Oct - 21:59
L'absence de Mel, ou plutôt la volonté de Ginger à la confier à des quasi-inconnus, avait laissé Hildegarde pantoise. Une fête populaire n'était-elle pas ouverte à tous, grands et petits ? L'Austro-hongroise s'était déjà imaginé voir la petite Américaine danser avec un petit Breton, scène bucolique qui aurait attendri même le cœur le plus dur. Mais non Ginger l'avait écarté pour une raison qui lui échappait. Pourtant l'Américaine semblait apprécier chaque moment passé avec sa fille, avait elle-même voulu qu'elle soit auprès d'elle et non seule avec son père à Brooklyn. C'était là une énigme de plus. Ce soir Ginger devenait autre, presque étrangère. Hildegarde se disait que tout cela n'était que passager, que la normalité reviendrait peu à peu. Tout couple avait ses déboires.

Ginger n'avait guère tergiversé en allant auprès de Monsieur Goujet. Après tout c'était lui qui avait fourni l'invitation au bal, et il aurait été malséant de ne pas partager une danse avec lui. D'un signe de tête Hildegarde donna congé à Jean-Paul afin qu'il puisse discuter avec des connaissances. Désormais la bourgeoise était seule, isolée au sein d'une foule dont elle ne comprenait que vaguement la langue. Les tenues traditionnelles froufroutaient en chœur alors que les danseurs se mouvaient sur la piste en des figures dont Hildegarde ne comprenait guère le rythme. Sous ses yeux se déroulait la chorégraphie populaire dans toute son étrangeté, loin des codes qu'on lui avait inculqué. Si Hildegarde s'élançait sur cette piste elle serait aussi gourde qu'une oie blanche. Ou elle opérerait sa propre danse, valse finement exécutée, danse provocatrice qui aurait fait croire à l'assemblée qu'elle les prenait de haut en refusant de se mêler à eux.

Si Mel avait été là, Hildegarde aurait pu tenter de danser avec elle, comme une tante l'aurait fait avec sa petite nièce. On aurait pardonné son ridicule dans sa volonté d'amuser une enfant.

Renfermée sur lui-même, n'écoutant que la musique sans en comprendre les paroles, mais en appréciant les intonations presque rustiques, Hildegarde ne vit pas immédiatement l'Américaine revenir à elle. Ce fut sa voix, ce babillage soudain dont les mots se précipitaient tels des galets sur une pente qui la rappela à la réalité. Hildegarde cligna des yeux. Une fois, deux fois. Elle crut, pendant un fol instant, que Ginger avait connu un quelconque incident ce qui aurait expliqué ce ton précipité. Mais vint l'invitation – abrupte, sans concession. Une main tendue comme un homme.

Le rire de Elphaba résonna sous son crâne.

« C'est elle qui porte la culotte maintenant ? »

La main de Hildegarde se posa sur celle de Ginger pour la baisser dans une douce flexion.

« Je crois que le vin du repas vous ait monté à la tête. Voyons. On ne danse pas entre dames. Sauf au Carnaval et, encore, est-on masqués. »

Il y avait bien quelques artistes pour oser ce genre de tours mais ces gens vivaient à la lisière du conforme et de l'acceptable. Des artistes on s'attendait à tout surtout à la provocation.

« Et je ne sais point danser la bourrée. Allons, Ginger, venez. »

La main de Hildegarde se posa entre les omoplates de l'Américaine l'invitant à avancer, à s'éloigner de quelques pas du cercle des festivités. Des regards glissaient sur eux, probablement intrigués de voir une dame si bien habillée au sein d'une liesse si populaire. Lorsque Hildegarde stoppa sa marche, les lueurs continuaient à les éclairer, étirant leurs ombres.

« À vous entendre on croirait que je vous ai fais une scène ou que la séparation nous menace. J'ai simplement... probablement trop attendu de vous tout à l'heure. Cela arrive. Aucune relation ne se fait sans le moindre heurt. Il est des instants où une relation se doit de faire une pause. Parfois l'on vit trop les uns contre les autres et nous nous chicanons pour un rien. »

Les rires des danseurs et du public cascadaient jusqu'à elles. Hildegarde leur accorda un sourire, sentant la liesse la galvaniser. Un rire demeurait communicatif malgré la barrière des langues.

« Quand nous rentrerons, vous irez mener vos affaires et moi les miennes. Nous éloigner ne sera nullement dommageable. Au contraire. Nous aurons nombre de choses à nous raconter lorsque nous nous retrouverons. Cela ne fera que du bien à nous deux. »

Satisfaite de cette décision, et de l'avoir formulée, Hildegarde eut un soupir de soulagement. Elle se tenait désormais plus droite, plus assurée.

« Bien. Allons profiter de ce bal. Ils doivent bien avoir un buffet, non ? Je suis curieuse de goûter à cette cuisine qui date de plus d'un siècle. »


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MessageSujet: Re: « La pluie, avant qu’elle tombe. » [Mars 06]   Dim 30 Oct - 21:49


« La pluie, avant qu’elle tombe. »

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Je suppose que je n’avais pas envie de tenir compte du fait que nous étions deux femmes, ni que je sois mariée et que j’aie une gosse de quatre ans restée à l’hôtel avec des Français qu’on ne connaissait ni d’Eve ni d’Adam. J’avais envie d’oublier. De tout laisser de côté, et de danser près du grand feu, en me disant : « je penserai à tout ça plus tard. Demain. Quand j’aurai le temps… »

Il a suffi que Mrs Müller abaisse ma main pour que je me rende compte que tout ça était bien illusoire. Et lâche, probablement. Il y avait tellement de vérités dans ce qu’elle m’a dit que je n’ai guère su la contredire. Je crois que c’est seulement à ce moment-là que j’ai commencé à comprendre ce que pouvait être notre relation. Ça paraît bien naïf dit ainsi, mais je ne m’étais pas clairement aperçue qu’on ne pourrait jamais danser ensemble au milieu d’autres personnes. Ni être vraiment ensemble qu’en des occasions comme en janvier dernier, dans la cuisine à Emerald, la nuit où il a tant neigé. Il faudrait toujours qu’on se cache du regard des Margaret et des Zola qui hantent le monde.

Ç’a été un coup dur, je pense. Plus grand’chose n’avait l’air simple. En regardant tous ceux qui autour de nous dansaient et riaient, orangés sous les flammes, je me suis demandé tout à coup s’il y en avait parmi eux qui aimaient quelqu’un qu’ils n’auraient pas dû. S’il y avait des femmes qui auraient voulu danser avec d’autres femmes ou des hommes avec d’autres hommes. C’était possible, après tout. Je n’aurais pas su dire.

J’ai été contente que Mrs Müller propose d’aller rejoindre le buffet. Je n’avais pas faim, mais j’ai répondu : « C’est une bonne idée. » Au moins ça nous a permis de remuer un peu.
Je nous ai offert un verre de vin. Du vrai vin français qui ne ressemblait pas à celui qu’on buvait avec Eddie. En prenant le verre j’ai réentendu Mrs Müller me dire, au Nouvel An, puisse l’an prochain être florissant… Ou je ne sais plus exactement. Ça m’a donné envie de pleurer. Mais je n’avais pas envie non plus de noyer toute cette tristesse dans l’alcool, et je me suis contentée d’un verre. Ça ne me disait rien de boire jusqu’à perdre le contrôle. J’avais l’impression de l’avoir assez perdu, et puis ça ne nous aurait aidées en rien.

Près du buffet, ils avaient installé plusieurs bancs, et je me suis assise sur l’un d’eux. Il y avait déjà un couple posé dessus, deux personnes très jeunes qui venaient apparemment de se marier. C’était peut-être notre allure, ou alors les habits élégants et chers de Mrs Müller, en tout cas l’homme nous a abordées timidement dans un mauvais anglais pour savoir si on était Américaines.
Il devait être un petit commerçant, quelque chose comme ça, parce que c’était surtout à moi qu’il s’adressait ; je leur ressemblais plus. Quand je leur ai répondu que oui, nous venions d’Amérique, tous les deux nous ont assaillies de questions. J’ai cru comprendre qu’ils avaient pour projet d’émigrer, et qu’ils étaient à la fois terrorisés et enchantés à l’idée de découvrir le Nouveau Monde.

« On aimerait aller au Canada et avoir une ferme à nous » nous a expliqué la femme. A la façon dont elle souriait et dont elle laissait une main sur son ventre, j’ai deviné qu’elle était enceinte. C’était touchant à voir, ce couple qui voulait partir, quitter un vieux pays et découvrir un paradis.
Je ne leur ai pas dit que mes propres parents étaient des immigrés irlandais et que toute mon enfance, je les ai entendus regretter l’Irlande, maudire New York et espérer avoir un jour assez d’argent pour emmener leurs cinq enfants vivre dans le Comté de Cork.

Le petit couple français s’appelait Abel et Mathilde Poulain. Ils nous ont ainsi expliqué tous leurs projets. Souvent, ils ne trouvaient pas leurs mots en anglais, et nous avons dû les aider. Ils riaient souvent. Ils avaient l’air de s’aimer beaucoup, d’avoir hâte d’être parents et de faire fonctionner leur ferme au fin fond du Canada.
Ça m’a plu de les écouter. Plus tard, ils se sont levés pour une danse calme et légère. Ils dansaient bien, et j’ai raconté à Mrs Müller : « Ils me rappellent l’époque où Eddie m’a demandée en mariage, et où tout avait l’air possible. Je lui avais même dit qu’un jour, ça me plairait d’avoir ma propre blanchisserie. D’y repenser, cinq, six ans plus tard, ça rend les choses lointaines et irréelles. Vous ne trouvez pas ? »

Derrière eux, s’étendait toute la plage et la mer. On voyait au loin les lumières des phares, et on entendait les goélands qui passaient au-dessus de nous. Je voyais vaguement les mouvements de la mer, et je me disais que de l’autre côté, il y avait Eddie, seul à Brooklyn. J’essayais aussi d’imaginer les Poulain à bord du bateau qui les amènerait au Canada, et je me suis souvenue que ma mère nous avait raconté que le plus beau moment de sa traversée de l’océan avait été de voir des dauphins sauter près du navire.

Plus personne ne faisait attention à nous. Je me sentais épuisée par la journée qu’on venait de vivre, et je me suis appuyée contre Mrs Müller. Malgré tout ce qu’on avait pu dire, faire ou voir ce jour-là, j’étais vraiment heureuse qu’on soit ensemble.
Je ne savais pas expliquer avec des mots ce que je ressentais pour elle. La seule façon que j’aie trouvée pour l’exprimer a été de lui prendre la main et de la serrer, fort. Personne alentour ne s’en est formalisé, parce que c’est le moment qu’a choisi la pluie pour commencer à tomber.


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Hildegarde Müller
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MessageSujet: Re: « La pluie, avant qu’elle tombe. » [Mars 06]   Mar 1 Nov - 19:16
Le vin imprégnait la bouche de Hildegarde y laissant un goût amer teinté de souvenir. Avisant l'étiquette sur la bouteille, elle reconnut le nom lui confirmant qu'elle en avait déjà bu à une époque pas si lointaine que cela. Une époque où elle n'était pas encore la veuve Müller mais l'épouse, partageant sa table et son lit avec son époux. L'ironie de la situation la fit sourire alors que Ginger entamait la discussion avec un couple de français à l'accent anglais boiteux. Hildegarde leur tint quelques mots, les écoutant poliment tout en se sentant touchée par ce couple empli de rêves, prêt à aller de l'avant. Un couple qui savait passer outre le traumatisme qu'avait subi leur pays pour se rapprocher d'une autre contrée acceptant les fées en son sein. Si tous les Français étaient comme eux, le royaume ne s'en porterait que mieux.

Sa main reposa le verre, à peine bu tandis que Ginger laissait filtrer quelques mots. C'était étonnant combien elle pouvait être presque muette lorsqu'elles n'étaient que toutes les deux, tentant de parler de leur relation, mais se montrait soudainement loquace sur d'autres sujets.

« Rien n'est impossible à qui s'en donne les moyens. Les sacrifices sont durs, difficiles. On a souvent envie d'abandonner. Mais il ne faut pas se résigner. Cette blanchisserie vous pourriez l'ériger à Emerald si vous le souhaitez. Pourquoi ne pourriez-vous pas ? »

Hildegarde était probablement trop optimiste mais elle avait vu son époux monter son propre commercer, faire fructifier son affaire. Certes au vu de sa mort tragique, on pouvait se demander si le prix en valait la chandelle. Néanmoins Hildegarde voulait y croire – sans quoi elle n'aurait pas conservé le grand magasin.

Lorsque la pluie commença à tomber, que les premières gouttes crépitèrent, Hildegarde se leva, secouant Ginger par l'épaule.

« Rentrons. »

Jean-Paul vint à leur rencontre, tendant sa veste pour qu'elle leur servit de parapluie pour fuir la ondée. Les danseurs quittaient la scène, le buffet était remballé, les lanternes abandonnées au vent qui les secouait en tout sens. La soirée était terminée. Coude à coude avec Ginger sous la protection de la veste de Jean-Paul, Hildegarde avançait à pas précipités tandis que la pluie s'intensifiait autour d'elles. Lorsqu'elles franchirent les portes de l’hôtel, l'ondée atteignit son pic de violence. La pluie formait un épais rideau pratiquement impénétrable. Hildegarde rejeta les mèches humides qui étaient tombées sur son front.

« La pluie en Bretagne c'est aussi violent que le déluge ! »

Elle en riait presque amusée d'avoir échappé à la Nature et à ses tourments.

« Cela ne rendra que la nuit plus agréable. Veillez à bien tous vous reposer. » précisa-t-elle à Jean-Paul et à Ginger. « Embrassez Mel de ma part. J'ai les jambes fourbues. Je vais aller m'écrouler. »

Elle allait probablement semer ses atours sur une chaise après s'être battue avec pendant plusieurs minutes, in-habituée qu'elle était à se vêtir seule. Mais aussi modeste soit son couchage, Hildegarde allait l'accueillir à bras ouverts, enfouissant son visage dans l'oreille en se laissant bercer par la pluie bretonne.

Citation :
Du coup j'ai amené vers la conclusion. S'il faut corriger quoi que ce soit, tu me dis !


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« La pluie, avant qu’elle tombe. » [Mars 06]

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