Novembre 6. Habiller la mariée

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Ronce de France
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Lun 28 Nov - 23:24
Dans un mois elle serait mariée. Les vitraux de Notre-Dame éclaireront la scène qui se jouera en son sein liant la vie de la reine Ronce de France au futur roi selon le rituel sacramentel. Une scène que la concernée s'était résignée à ne jamais vivre ou, par dépit, avec un choix mené dans la précipitation pour éviter le déclin d'une dynastie, sauver les restes épars d'une monarchie empoussiérée. Les prétendants ne s'étaient guère bousculés au portillon – les femmes âgées d'un siècle devaient avoir un effet répulsif. Néanmoins au bout de six années le mariage se profilait. Ronce imagina fort bien sa mère, la reine Aurore, crier au miracle. Elle n'aurait nullement démenti cet élan de foi chrétienne.

La proclamation du mariage avait été menée – articles de journaux, communication radiophonique – nul ne pouvait ignorer cet événement mondain. Au moins la reine pouvait espérer que le mariage attira assez de curieux pour renflouer les caisses des commerces renflouant, ainsi, un brin l'économie du pays. Il fallait savoir rester pragmatique. Un mariage royal coûtait cher, mais pouvait tout autant rapporter à son peuple – il fallait jongler entre les dépenses et les rentrées d'argent.

Et une dépense elle allait en mener une importante rien qu'avec la confection de la robe d'épousée. On n'habillait pas une reine comme une duchesse. Et une reine ne se devait pas de faire appel à un simple tailleur. La missive avait été polie, courtoise, demandant l'aide avisée d'un individu fort bien placé en ce qui concernait la mode. L'homme fournisseur même des atours de la cour française. Le Kapphären Jan Van Veerle.

Lorsque le dirigeant rejoignit Versailles il put trouver un palais plongé dans une effervescence encore bien plus pressante qu'à son habitude. Ce n'était pas le bruissement habituel des murmures enjouées et des éventails agités qui régnait au sein de la Galerie des Glaces mais l'élaboration d'un plan de bataille finement calibré où chaque domestique, chaque femme de chambre, chaque laquais jouait le rôle de pion. Maillons d'une même chaîne si l'un rompait, l'équilibre était brisé.

Souveraine au sein de sa fourmilière la reine attendait son visiteur en haut des marches, le laissant les monter alors qu'il descendait tout juste du fiacre. Ronce tendit sa main gantée esquissant un sourire qui n'avait rien de ces expressions policés qu'on vous apprenait lors de vos cours de bonne manière. La souveraine avait su apprécier le prince du Luxembourg-Bergie lors de son séjour à l'occasion de l'exposition universelle qui s'était tenue à Paris. Ils s'entendaient tels de bons voisins qui se saluaient de chaque côté de leur haie mitoyenne.

« Je vous remercie d'être venu aussi promptement Kapphären. » Le regard de Ronce accrocha un visage adorable, de ceux capable de faire s'extasier une foule de femmes. « Mais n'est-ce pas la petite Victoire qui vous accompagne ? »


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Kapphären Jan
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Sam 3 Déc - 12:45


Habiller la mariée

A Versailles, en Novembre 06




14 septembre 06



Elle aurait dû naître à Kastamer, cette chose vacillante et braillarde, tellement bruyante d'ailleurs que cela avait coupé net la salve nerveuse de ses doigts sur le piano. Elle aurait du naître là-bas, entre les pierres rouges et les meilleurs souvenirs de sa vie mais elle avait choisi son monde, le grand palais du Luxembourg, pour venir hurler toute sa vie et malgré la rage, la peur, la soudaine jalousie qui l’avait pris de savoir que cet être, issu de lui, avait la chance d’être une fille, à croiser son regard gris dans ces lambeaux de linges mouillés de sang, Jan y avait vu une étrange ironie.

Puis elle avait redressé la tête, et s’agitant entre les bras de la nourrice qu’on lui avait déjà désignée, avait tendu ses bras au hasard, sans vraiment le choisir. Juste par réflexe de celle qui soudain, a toute la place pour exister. Il l’avait envié pour cela. Il avait observé chaque contour de son visage fripé sans parvenir à la trouver jolie. Il avait caressé le duvet noir de ses cheveux avant de demander à ce qu’on la lui tende et faisant fi des traditions qui voulaient qu’un père « ne s’occupe pas de ces choses-là » sauf si « c’était un mâle » avait contemplé cette héritière étrange, régurgitant son eau trop longtemps contenue, peinant à respirer, comme elle, et n’écoutant que d’une vague oreille les mots du médecin venu pour l’occasion, sans parvenir là encore à y éprouver de la déception.

« Votre femme est au plus mal… »
« Va-t-elle mourir ? » S’était-il tout de même entendu répondre, tandis que Victoire s’endormait enfin dans ses bras.
« Non, nous avons réussi à la stabiliser mais sa fragilité n’a pas aidé. Ces derniers mois ont été conséquents pour elle, et il me faudra rester à son chevet pour l’observer, seulement, Kapphären… »

Son regard bleu roi avait cillé vers l’homme et c’est tout entier, de ce seul coup d’œil, qu’il l’avait embrassé.

« Dites moi. »
« Je crains que votre épouse ne puisse vous donner un autre enfant sans y laisser la vie et prendre celle qu’elle portera en son sein. »

Jan s’était alors obligé à baisser les paupières, comme partiellement affligé d’une telle décision, de celle qui poussait des dirigeants comme lui à répudier leur femme pour mieux songer à la lignée. Mais elle était là, la lignée, le sang rouge et non bleu. Être misérablement trop fragile et trop jeune, claquant de ses lèvres sur ses gencives édentées, comme des baisers à l’existence qui venait de prouver sa force en l’extirpant d’un ventre que Jan aurait voulu stériliser.

Frapper aussi, quand l’arrondi avait forcé les tailleurs de son pays à reprendre chacune de ses robes, à lui faire porter des corsets spécialisés pour ne pas l’étouffer. Frapper, jusque ce qu’il la perde, jusqu’à ce qu’elle s’en aille, cette autre menace sans sexe. Frapper, jusqu’à ce que l’autre la vomisse et en crève à son tour.

Mais Victoire était là. Première de son nom, première de son sang. Avec ses tremblements de nourrisson. Et plutôt que de la redonner à la nourrice, murmurant à mi-voix qu’elle devait la ramener à sa chambre, Jan l’avait emporté.

Loin, loin dans le palais. Loin des corridors où autrefois, un Roi y avait été tué. Loin de la folie de sa mère, des portraits de son frère, des souvenirs, des robes, des perruques, des colombes, des oiseaux bleus. Loin des ennuis du monde, de ses responsabilités, des âmes sœurs écorchées. Un peu plus loin que la vérité de sa naissance et de sa propre haine.

Loin de tout ça.

Et pour la première fois en de longs mois de silence et de cils bordés de bleu, en l’entendant gazouiller dans son sommeil, Jan s’était surpris à rire.


14 octobre 06


« Au niveau des chargements, nous pensions doubler la place dans la cale mais cela signifierait un manque pour les voyageurs. Cela pourrait nous permettre toutefois d’emporter un peu plus de voitures et la demande se fait forte auprès des architectes… »
« A combien sommes-nous ? »
« Une. Peut-être deux… nous voulions en prendre quatre. »
« Quatre me semble intéressant. »
« Cependant au niveau des bagages… »

Un pleurnichement se fit entendre, et se redressant, la nuque à peine endolorie, posant loupe et luminaire pour se détacher de ces plans ridiculement précis et petits, Jan fit trois pas en direction du berceau posé dans la pièce de travail. Tendant l’index à Victoire qui le happa avec gourmandise, croyant téter un sein.

« Faites sonner s’il vous plait. »
« Victoire ne serait-elle pas mieux avec sa mère ? »

La question, presque abrupte, fut toutefois accompagnée du geste d’appel et la servante, entrant dans la pièce, se dirigea aussitôt vers l’enfant, habituée à ces sonneries toutes les trois heures ou presque. Jan ne s’écarta pourtant pas du lit de Victoire, surveillant les gestes de la femme avec une attention frisant la folie. Et la suivit du regard quand elle vint l’emporter à la nourrice, tout dans son attitude l’enjoignant à la lui ramener une fois fait.

« Bettina est trop faible pour s’en occuper, je vous l’ai déjà dit. »
« Mais en tant que père… »
« Oui en tant que père vous vous inquiétez de la descendance, je le sais. Je me demandais seulement quand vous oseriez venir me fatiguer avec vos questions incessantes. Bettina se repose et ne fera que cela désormais. Rester ici, à ne pas trop s’épuiser de la compagnie de ses amies ou d’autres affaires trop pressantes, comme les visites diplomatiques ou les voyages inaugurales. »
« Nous savons tous qu’elle ne pourra vous donner un fils. Mais si vous comptiez la répudier… »
« Très cher duc. Beau papa. »

Revenant près des plans du Belgie, ce fut avec une étrange placidité frôlant le mépris que Jan s’approcha du père de Bettina, la main gantée posée sur son épaule en une prise ferme d’oiseau de proie. En quelques mois et au gré de ses propres manigances en tant que Regina, notamment à l’Est, il avait appris à assurer son pouvoir de manière presque moins conventionnelle. Et ce qui se pressentait, auprès de son propre pays qui, formant une Assemblée d’élus, commençait déjà à traiter avec lui des points importants concernant le peuple, ne laissait que présager la suite du grand royaume Luxembelgeois.

La fin se précisait, pour eux tous, et sans doute que le Duc entrevoyait sans peine le jour où son propre titre ne lui serait guère plus d’utilité. En attendant il était l’heureux propriétaire d’une grande ligne de construction aéronautique. Et par chance, Jan misait sur cet aspect de leur économie pour faire fructifier ses rêves. Il en avait donc encore besoin.

« Je ne répudierai pas Bettina. J’entends la garder à mes côtés, de manière simplement plus… nostalgique. Et sans que sa présence physique ne vienne à ralentir notre avancée. Elle mérite le repos, après m’avoir offert un tel cadeau. Victoire ne sera pas séparée de son amour, simplement protégée de ses mauvais penchants. »
« Mauvais penchants ? Bettina est une jeune femme douce et obéissante qui n’a toujours fait que des efforts pour vous p- »
« Le Délirium, cher Duc. Vous ne pensez pas un seul instant que je suis ignorant des faits qui ont contaminé mon frère ? Bettina l’a attrapé bien avant cela mais c'est à la nuit de noce que j'ai eu pour preuve ce secret que vous avez si bien réussi à me dissimuler, vous et mon propre père. Je doute que ce dernier aurait subitement eu la stupidité de ne pas faire vérifier l’hymen de votre fille. Sauf si tout son plaisir était à me nuire. Ma réputation et celle de votre fille n’ont pas eu à en souffrir. Mais votre petite Bettina n’est qu’une traînée, comme une autre. Ouvrant ses cuisses dans les jardins de ce même palais où vous officiez, à essayer de me donner une énième leçon paternaliste dont je me passerai bien. Alors maintenant, au lieu d’hoqueter de rage, au point que vous semblez presque prêt à me frapper ce qui signerait bien évidemment votre arrêt de mort et la récupération totale de votre entreprise par mes bons soins, servez-moi dignement et répondez à cette question : les travaux du Belgie seront-ils prêts à temps pour le 1er janvier ? »

Le silence fut parsemé de mouches, grésillantes comme tombées sur une lampe. Mais dans un filet de voix étranglée, ce fut avec le plus de calme possible que le Duc d’Andriessen lâcha un simple :

« Oui. »

Aussitôt la main de Jan glissa de son épaule pour en revenir au plan.
Ignorant presque aussitôt la menace et l’existence de leur conversation.


Novembre 06


Fermement calée entre les bras de son père, sous le regard aussi nerveux que scrutateur de la nourrice leur faisant face, Jan riait de voir Victoire essayer de lui sourire, son doux visage de bébé se plissant dans des rictus ignobles l’enlaidissant tout à fait.

« Voyez vous comme elle est ridicule. Oui tu es ridicule ma petite, vivement que les quenottes te poussent que cela fasse plus de sens. Oui ma douce, tu peux bien essayer de baver tes reproches je sais que tu n’y entends rien… » Son doigt vint caresser l’arrête du nez du poupon, tout en jetant un regard curieux au parc de Versailles, s’ouvrant pour laisser passer la délégation. A la suite du carrosse du Kapphären, beaucoup plus traditionnel que toutes ces mécaniques à charbon qui commençaient à pulluler au sol, une ribambelle de chariots apportaient avec lui les couturières, modistes, chapeliers et autres servants, en plus de leur matériel.

Car la Reine Ronce allait se marier, et plutôt que d’offrir la création de sa robe à n’importe lequel des grands noms de son pays ou d’ailleurs, c’est à lui et à lui seul qu’elle avait fait confiance, affichant son argumentaire par le biais d’une missive qui l’avait obligé à changer ses plans. Mais Regina aurait son heure et c’est en s’arrêtant devant les marches du palais, que Jan descendit, le dos droit et fier, vêtu de blanc comme à son habitude, la cape rouge glissant le long de ses mollets tandis qu’il l’attrapait pour en couvrir l’enfant, la protégeant du froid.

Grimpant les marches avec vigueur, sous le hoquet un peu surpris de la nourrice, ce fut avec dignité qu’il s’inclina face à la Reine. Avant de lui présenter le visage de Victoire, à moitié endormie, faisant suite à son exclamation.

« Majesté, c’est un plaisir pour moi que de pouvoir participer activement à l’une des meilleures nouvelles que nous ait offert cette grande année 06. Voilà qui termine l’année à merveilles, si je puis me permettre et vous féliciter une énième fois. Pour ma part, en plus de ma récente acquisition en Amérique du Sud, nous en remercierons l’Empereur Eddelstein, voilà mon occasion de vous présenter l’une de vos toute petite cousine, si nos arbres généalogiques ne me trompent pas. Oserais-je vous demander un baiser en guise de bénédiction ? »

Il aurait pu, pourtant, ressentir de la rage face à celle qui, il y avait comme des années des siècles de cela, avait laissé un homme qu’il aimait être jeté dans une fosse commune sans plus de cérémonie. Mais comment lui en vouloir, quand elle n’était pas à l’origine de l’incident. Quand seul l’orgueil et l’égoïsme avaient su condamner son oiseau de proie. Elle avait agi, pour tout dire, avec le panache d’une reine qui savait gouverner et punir ceux qui la trahissaient. Et étant passé devant l’absence, vide cruel qui saurait être bientôt comblé par les architectes et les jardiniers du palais, du poste de médecine, de cette douane dans laquelle il avait passé une longue semaine de morsures et de passion, Jan y avait fait son deuil d’un regard, laissant ses pensées s’effilocher tout comme sa peine.

Il était passé à autre chose, malgré l’existence des oiseaux bleus. Et Victoire maintenant, retenait toute son attention.

« Bettina est souffrante, je crains que l’accouchement n’ait encore plus fragilisé sa santé. Elle vous présente ses excuses et vous prie d’accepter un modeste présent que mes suivants peuvent vous apporter. » L’un des serviteurs, à l’affût de ses mots, se présenta bien vide, un maigre coffret entre ses mains. « Nous l’ouvrirons à l’intérieur, si vous me permettez. Car j’ai hâte de discuter avec vous de la consécration de vos rêves. J’espère que vous avez déjà une idée de la tenue que vous voudriez arborer à votre mariage. Parce que sinon, ma chère Majesté, si je puis me permettre, j’ai l’esprit bouillonnant d’une parure qui ne saurait que magnifier votre présence. On ne verra et on ne parlera plus que de vous pour les trois prochains siècles ! »

Et gargouillant de consort, comme approuvant les paroles de son père, Victoire émit un balbutiement aussi grotesque qu’adorable, ouvrant les yeux pour observer la Reine.









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Ronce de France
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Mer 7 Déc - 21:17
N'ayant jamais vu l'épouse de l'ancien médecin royal il était impossible à la souveraine de reconnaître, en les traits du Kapphären, ceux d'une autre, d'apercevoir un étrange sentiment de familiarité. Ainsi le secret était préservé et seul le Kapphären connaissait les dessous des cartes, possesseur d'une double-lecture à laquelle Ronce n'y voyait goutte. Elle put ainsi se pencher sur la petite Victoire nichée au sein de la protection des bras paternels, geste audacieux et puissamment moderne. Mais était-il étonnant, ce geste, venant d'un homme préparant, doucement, la transition de son royaume vers la république ? Nullement. Il était en adéquation avec sa personne, frappant d'avancé, de modernité. Alors que la souveraine de France continuait à amener doucement les avancées de maintenant, le Kapphären Jan Van Veerle avait posé ses pieds vers le futur.

« Laissez-la aux mains de ma cour et cette enfant sera la plus bénie de toute l'Europe. » glissa Ronce tandis que ses lèvres se posaient sur le front, chatouillant le duvet brun des cheveux. « Ainsi, mademoiselle, vous voici la personne la plus jeune qui me soit donné d'avoir embrassé. »

En un autre temps, la vision si proche d'un enfant de sang royal aurait fait couler un plomb lourd dans le cœur de la souveraine. Lui rappelant combien sa couche était stérile du fait de l'absence d'époux. Un affront que le mariage allait effacer. Et ce avec l'aide avisée du Kapphären.

La main de la souveraine se posa sur le bras de Jan lorsque fut mentionnée Bettina. La reine ne la connaissait guère – visage fugace, ombre furtive. Mais son cœur allait vers la souveraine Luxembelgeoise par instinct, par compassion féminine.

« Votre épouse est toute excusée. J'ose espérer que son état saura s'améliorer et qu'elle pourra nous faire la grâce de sa présence à Versailles dans les temps à venir. Venez. » ajouta-t-elle après avoir souri au trait d'esprit du dirigeant.

Les portes de Versailles s'ouvrirent devant la souveraine et ses invités tandis que Ronce ouvrait la marche, guidant Jan Van Veerle et sa fille au sein des larges couloirs du palais. Malgré la volonté d'avancée du royaume, le rococo continuait à tenir ses lettres d'or en ce lieu. Versailles était immuable, semblant à la fois surgir d'un autre temps et être au goût du jour. Il y a un siècle sa création était vue comme une œuvre d'avant-garde. Aujourd'hui il s'incrustait admirablement dans le temps.

Les domestiques ouvrirent les portes d'une salle aux mesures modestes (du moins à l'aune de Versailles) - un boudoir aux couleurs pastels comme l'adulaient les Français avec ses meubles en courbes et rondeurs. Les domestiques tirèrent les sièges, invitant chacun à y prendre place.

« Prenez place. » précisa Ronce avant de s'asseoir. « Si vous souhaitez un berceau pour la princesse, nous pouvons vous en amener un. »

Aussi bienheureux soit le père il souhaiterait, sûrement, libérer ses bras. Un domestique se tenait prêt à emplir les tasses tandis que elle déposait, sur le guéridon, les douceurs françaises, comme les macarons de La Durée au sein de leur coupelle ciselée.

« Parlons donc de la robe, Kapphären. J'ai quelques idées mais je n'ai point l'instruction et le sens du détail comme vous à ce sujet. Simplement une sensibilité toute féminine. Je souhaiterais conserver ce qui fait de la France ce qu'elle est, sa culture. Me vêtir comme les dames de notre siècle serait un grand pas, je le sais. Mais je craindrais de mettre au tapis ce qui distingue mon royaume des autres. Ce serait presque aussi incongru qu'une Scandinave se mariant en robe anglaise. » Un sourire, un temps, laissant son interlocuteur réfléchir à un jugement. « Le faste rococo a de quoi déplaire, je le sais. Mais une reine de France ne se mariant pas en tel équipage ne serait-il pas malvenu ? »

Par à-coups le regard de la souveraine se posait sur le paquet que tenait un valet du Kapphären se demandant bien quel présent se trouvait à l'intérieur.


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Kapphären Jan
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Ven 9 Déc - 22:36


Habiller la mariée

A Versailles, en Novembre 06




Au baiser comme à la parole engageante de la reine, Jan retint un sourire aussi enjoué que nerveux, refermant sa prise sur le corps de sa fille comme si la jeune femme, soudain, menaçait de la lui arracher. Ce fut pourtant sans empressement qu’il s’écarta d’un court pas, son regard bleu roi dévorant les paupières endormies de son enfant, des paupières qui porteraient bientôt le joyau des Monbéliard, il en était assuré. Il vouait pour la petite une adoration sans nom et murmura presque pour lui-même :

« Oh je vais protéger ma solitude en continuant de me distraire de sa présence, encore un temps, si vous me permettez… Puis je vous la remettrai pour parfaire son éducation, qu’elle puisse apprendre des personnes sages de ce monde… comme de son parrain, l’Empereur Edelstein qui se fera une joie, j’en suis certain, de lui apprendre la Vraie Musique. »

Il espérait simplement pour Victoire un goût voire un don certain pour les partitions et le clavecin ou les longues heures en compagnie de Friedrich Franz Eddelstein feraient en sorte de l’en dégoûter à jamais. Mais cette plaisanterie, de lui à lui-même, ne trouva que le silence de ses pensées et ce fut avec calme qu’il vint emboîter le pas de la reine, distrait dans sa bonne humeur par l’invitation faites à son épouse.

Pour ce que cela lui faisait, Bettina pouvait bien rester enfermée au château du Luxembourg jusqu’à la fin de sa misérable vie. Il n’en avait plus aucune utilité. Mais il lui fallait donner le change face à la souveraine et d’un ton tranquille, quoique faussement peiné, il lui assura d’un ton doux :

« Dès que ma tendre Bettina s’en sentira la force et l’humeur, je vous ferai parvenir une missive répondant à votre invitation. Nul doute que l’air frais de Versailles ainsi que ses distractions lui feront un meilleur teint. » Son pas noble résonna bien vite dans les couloirs presque sombres du palais mais les portes s’ouvrirent sur une salle de réception à la hauteur de sa présentation, et le regard de Jan s’en trouva aussitôt fort satisfait. Suivi par sa délégation, il fut ainsi le premier à prendre place, hochant simplement de la tête à l’égard d’un serviteur quand Ronce lui proposa un berceau.

« Faites oui, Victoire est charmante et désormais bien endormie, mais elle commence à peser lourd, comme tout petit paquet de son gabarit. En espérant qu’elle ne nous crée pas la surprise par l’une de ses malcommodes attentions dont elle sait parfois avoir le secret. Sa nourrice n’est pas loin pour cela de toute façon. Madeleine ? » La femme esquissa aussitôt une révérence dans son habit noir et blanc et, discrètement, s’approcha pour reprendre l’enfant, prête à lui donner le sein à l’écart si nécessaire ou à changer la royale couche de la descendante.

« Et maintenant, passons aux choses sérieuses… » Claquant des doigts à l’attention du serviteur porteur du cadeau, il fit passer le présent sans grande cérémonie. Le posant aux mains de la Reine avant de s’écarter à nouveau, disposant les serviteurs armés de coffrets. Dont une large malle qu’il fit aussitôt ouvrir. « Des boucles d’oreille en forme de trèfle. Bettina pensait que cela vous siérait, certainement pas pour le mariage, nous avons ici une meilleure parure. Mais cela saura vous porter chance. » Le trèfle étant aussi symbole de fertilité, Jan n’eut qu’un simple regard entendu en direction de Ronce avant de laisser ses sbires saisir les différents tissus soigneusement pliés.

Les étalant au grand jour, dans un soupir commun du personnel de Ronce, présent en tant que témoins.

« Roccoco. Voici le maître mot de ma collection. Certes, je me serais fait un plaisir d’attendre vos conseils mais l’inspiration elle, ordonne et ne patiente pas ! Aurais-je pu tolérer un seul instant qu’un couturier de bas-nom vous présente une œuvre résolument futuriste et déracinant les valeurs profondes de votre royaume ? La France sort du sommeil et le Roccoco prend place dans le temps, comme une marque intemporelle qui saura faire parler encore longtemps ! Robe ancienne, dans la tradition de votre mère, que son âme défunte puisse bénir vos noces. »

Les serviteurs s’écartèrent, chacun saisissant un pan de la robe. Aussi blanche et armée de dorures que le palais de Versailles lui-même.

« Large de près de trois mètres, l’un de mes plus grands succès. A l’Eglise, point de Modestie. C’est le mariage de notre ère, et je veux que votre souvenir soit impérissable. Vous prendrez toute la place, qu’importe donc votre mari. Même si pour monsieur, j’ai aussi sa toilette. Un costume militaire, bien plus cintré, un tantinet slave pour le rappel de ses origines mais aux couleurs de la France. Mais avant tout, vous. Vous ! »

L’index posé à ses lèvres, Jan fit face à Ronce.

« Et une traîne de 12 mètres. Le record actuellement. Portée par 7 enfants de chœur, tendres chérubins. A droite les filles, à gauche les garçons. Tous habillés dans votre lignée, blanc, et dorures. Pour la couronne, je ne m’en mêle pas, je sais que les joailliers de France sont parmi les meilleurs de ce monde. Même si je vous aurais proposé de faire appel à Fredrick Van Taffel, un Autrichien justement. Excellent, je l’ai rencontré pour la bague de Bettina. Un pur génie. »

Ses mains claquèrent deux fois dans l’air. « Et on prend des notes ! Je ne fais pas venir des secrétaires pour qu’ils lambinent à bailler à un moment aussi important ! » Toute l’assemblée sembla frémir et les luxembelgeois présents, secrétaires ainsi indiqués, sortirent aussitôt papier et plumes encrées pour mieux rédiger les notes et conseils du dirigeant.

« Souliers feuilletés d’or, boucles serties de diamants, comme la parure de votre robe pour la broderie fleurie à chaque feuille de soie formant la jupe, une perle à la pointe, volants à l’épaule de soie blanche et fils dorés, manches en organza blanc. On vous veut fleurie, dame nature fertile pouvant donner une descendance à la France. Cela ira merveilleusement bien avec les lys brodés sur votre cape de velours pourpre pour la fin de soirée. Vos bijoux, raz du cou pour libérer la gorge et l’ampleur de votre féminité, et à l’oreille, des larges boucles ovales pour souligner la pulpe de votre bouche. Pour la coiffure, nous pensons hauteur et boucles, paillettes d’or et rangs de perles, ça sera exquis. »

Un regard à Ronce.

« Je vais trop vite peut-être ? Qu’en pensez vous ? Car si là s’impose la tradition, je sais comment vous amener peu à peu à votre époque et cela nécessite un peu moins de témoins. »



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Ronce de France
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Sam 17 Déc - 21:33
Les doigts de Ronce entrouvrirent le coffret déposé entre ses mains, ses yeux admirant les boucles d'oreille. Trèfles aux couleurs émeraudes finement ciselées, une parure toute en discrétion. La souveraine avait déjà une idée de quelle tenue elle porterait pour aller en adéquation avec ce présent. Ronce offrit un sourire, en guise de remerciement, au Kapphären tandis que ses doigts refermaient le coffret, le tendant à une de ses domestiques qui irait leur faire rejoindre le coffret de bijoux royaux.

Et la valse commença. Valse des tissus que le Kapphären fit dérouler tandis que sa voix vibrait, exposant ses idées avec la fébrilité d'un créateur démontrant tout son art à un potentiel mécène. L'exposition de la robe fut accueilli à grands cris, vivats des domestiques femmes qui buvaient chaque centimètre carré tel une potion de jouvence, désireuses d'imprimer cette image en leur mémoire. Tout en sachant qu'une poignée d'entre elles aurait la chance de la toucher le temps de vêtir la reine. Jamais elles n'auraient plus l'occasion de toucher vêtement aussi luxueux.

Les yeux de Ronce suivaient la danse imposée par le dirigeant du Luxembourg-Bergie, danseuse emportée par la fougue de son cavalier. L'homme nageait au sein de la description de la robe tel un poisson pilote, filant droit. Ronce eut un regard rapide pour les scribes, ayant eu une pensée pour ces gens dont la main devait être aussi rapide que la langue de leur dirigeant. Le papier devrait presque fumer sous la pointe de la plume.

La souveraine ne put s'empêcher de cligner des yeux lorsque son interlocuteur eut stoppé sa diatribe. C'est que l'homme l'avait presque sonné avec toutes ces informations. La reine eut un petit soupir.

« Que dire Kapphären ? Vous avez déjà songer à tout ! La robe est exquise ! » Et elle l'était indubitablement. Certes peu pratique avec sa traîne mais ce n'était pas là ce que l'on demandait à une robe de mariage. « Vous avez songé à tout ! Enfin, presque... »

Le sujet était délicat à aborder, empli de tabous et de termes qui devaient être finement choisis. Néanmoins Ronce n'avait pas oublié l'éclat dans le regard du Kapphären lorsqu'il avait présenté son présent, ni même sa présence lors de sa bourde monumentale au sein de l'exposition. Jan Van Veerle était un homme, qui plus est mari et père. Le sujet ne lui était pas inconnu. Et encore Ronce ne savait pas jusqu'à quel point.

Saisissant la perche que lui avait tendu le dirigeant, la reine intima l'ordre aux domestiques de sa maisonnée de quitter temporairement la pièce. Laissant le Kappharën de qui aurait le droit de rester ici ou non. La salle moins encombrée, la reine se mordilla la lèvre avant de parler.

« Vous savez, bien mieux que ma personne, que mariage rime avec nuit de noces. Et je sais que l'art de votre pays au sein de la mode s'étend jusqu'aux détails les plus intimes. Serait-il possible de discuter de la lingerie qui s'assortira à la robe ? »

Tout en parlant, en mettant les mots sur ce qui l'occupait, Ronce reprenait un peu d'aplomb. Sûrement aidée, qu'elle était, par l'écoute polie de son interlocuteur, l'absence de jugement et de moquerie.

« Il faudrait qu'elle soit pratique à, comment dire, manipuler ? Mais à la hauteur de cet événement. Une reine ne peut pas se contenter de dessous communs. De quoi faire rougir la plus fougueuse des courtisanes tout en veillant à ne pas sombrer dans la provocation de maison close. Je sais que c'est là un sujet clairement féminin, mais vous êtes maître en la matière de la mode et... Je suppose que votre expérience d'époux peut permettre d'avoir un point de vue... intéressant. »

Si un jour on lui avait assumé, de facto, qu'elle parlerait lingerie féminine avec le dirigeant du Luxembourg-Bergie, Ronce aurait rit au nez de l'impudent. Mais il allait de soi qu'elle n'allait pas se contenter de ses dessous habituels. Son futur époux les connaissait déjà.


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Kapphären Jan
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Ven 23 Déc - 18:32


Habiller la mariée

A Versailles, en Novembre 06



Ah ! comme il était parfois amusant de constater d’à quel point un sommeil de cent ans ne changeait rien à l’apparence et l’attitude parfois juvénile de Ronce de France. Toute empêtrée dans ses carcans actuels, n’osant pas, ne demandant qu’à peine, elle se tordait comme une ronce sur un muret et le regard parfois fuyant, ne déclamait qu’à moitié ses intentions dissimulées. Pendant un court instant, la Regina en lui la trouva sotte et gauche mais cette part féminine qu’il idolâtrait parfois à la haïr, se rendit finalement vite compte qu’il n’y avait, à l’observer, qu’une simple pucelle à former, comme il l’avait été lui-même dans le temps.

Cela remontait alors à tant d’années en arrière, ces premiers essais fructueux sur des hommes avilis à son pouvoir, jouets serviles et gémissants qui se gorgeaient de suc sans pouvoir planter leur sève, quand lui, elle, habillé-e et face à eux, prenait mesure de son importance et de ses actes avec la fébrilité de celleui qui ne peut quand même trahir son secret.

Mais aujourd’hui, il avait une vraie femme à éduquer et pouffant de rire mentalement, se faisant mère maquerelle comme il devait pourtant en exister tant, en France comme ailleurs, Jan se tourna vers ses serviteurs et claqua deux fois des mains.

« Du balais. » Ordonna-t-il sans manières avant que ses scribes n’hésitent à en faire de même. « Allez oust, vous n’aurez pas besoin d’écrire ce que nous allons décider ensemble. J’ai encore assez de mémoire pour travailler seul. » Et agitant sa main, il ne prit pas la peine de les raccompagner à la porte, laissant cette dernière se fermer derrière eux.

Ils n’étaient plus que seuls et c’était très bien ainsi. Et l’écho de leurs voix se renvoya aux portes où certains devaient tout de même espionner.

« Ah Ronce… Ronce, ma chère majesté, si je peux m’exprimer ainsi, votre volonté attendrissante me bat les veines d’une inspiration subite. Ne vous inquiétez pas. Nous saurons faire face à nous deux à cette étape fondamentale de votre existence. J’ai bien pris note de vos intentions et je crois avoir quelque chose pour vous. Non pas dans mes valises, mais dans mes croquis ! Je ne me serais pas permis de vous présenter votre intimité devant foule de témoins arrogants qui se seraient précipités à l’extérieur pour y distribuer mes créations. Ces pilleurs modernes. Ils me plagient et en sont fiers quand ils ne se moquent pas. »

D’humeur plus emportée encore, Jan se dirigea à grands pas vers l’un de ses coffrets. Et en tirant une certaine somme de parchemins, les délia un à un jusqu’à trouver ce qui correspondait le mieux.

« Ah ! Voilà qui est parfait. Vous m’avez dit pratique et je suis bien aise de croire que celui-ci le sera dans une moindre mesure. Il est relativement moderne, vous allez en comprendre l’idée. » Et riant, comme le jeune garçon qu’il était encore, le cousin se rapprocha de la digne souveraine de France pour lui dévoiler le croquis.

« Corset amélioré, dans la lignée de ce que sera notre modernité. Rubans et dentelles, le tout dans un tissu d’un rose assez clair – le plus proche du rouge que nous pouvons nous permettre dans ces circonstances. Balconnets renforcés pour mieux tenir la poitrine, les fils à l’arrière ne sont que décoratifs. Le système se tient par trois pinces, en haut, au creux des reins et au bas. Ils rapprochent le tissu, l’affermissent à la peau mais seront faciles à retirer. Même par vous, j’en fais serment ! Ensuite la ceinture, bouffonne aux hanches, sans organza mais toujours de la dentelle et de la soie, voyez le nœud à la pique de votre féminité. Et plus bas, le jupon, faussement rentré à l’entrejambe comme pour esquisser la silhouette d’une culotte masculine et s’arrêtant à – oui, vous avez bien vu – au-dessus du genou ! »

Son doigts en vint en tracer le fil, d’un ongle propre et lisse.

« C’est après à vous d’ordonner. Soit je vous pare de bas soigneusement accrochés par une jarretelle simplement plus basse qui sera, si elle n'est facile à retirer, facile à arracher. Soit nous laissons la jambe nue et je vous avoue que cela serait d’un tel manquement au protocole que je ne peux que vous y encourager ! »

Puis un murmure.

« Je ferais même mieux. Si vous la laissez nue, je vous confectionnerai le premier bijou de jarret jamais porté par quiconque. Soulignant la courbe et tombant sur la pantoufle qui ornera vos pieds. Côté gauche, le cœur. J’ai déjà l’esquisse en tête. Qu’en dites-vous… ? »

Et Regina dans son imaginaire, de battre les mains follement. Veuve éplorée certes, mais toujours une enfant.



Spoiler:
 









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Ronce de France
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Sam 31 Déc - 1:19
C'est qu'il avait su prévoir le coup, le malandrin ! La souveraine de France en était plus amusée que choquée, probablement à cause de l'effervescence communicative du Kapphären. Il était comme un enfant heureux de partager ses dernières découvertes. Ronce se laissa fléchir, détaillant les croquis que lui dévoilait Jan. Ne pouvant pas, pour autant, refréner le rougissement naissant sur ses joues et sa nuque. Jusqu'à présent la souveraine n'avait connu que les corsets se nouant, et dénouant, via le jeu subtil des lacets – discipline à laquelle aurait excellé un chat. Alors un jeu de pinces... C'était outrageusement moderne !

« Grand Dieu ! » ne put-elle s'empêcher de se ré-crier. « On n'arrache pas des bas ! » Au prix que cela coûtait. « Et Monsieur m'entendra s'il ose faire cela. » Puis comme si c'était là un vêtement gênant pour des embrassades. Elle devait bien porter des gants en toute circonstance. C'était à croire que les hommes n'appréciaient la lingerie que pour mieux en dévêtir les femmes. Ronce posa un index sur sa lèvre inférieure avant de lever le regard vers Jan. « Que proposez-vous en bijou de jarretière ? Il faudrait que cela s'accorde avec l'ensemble – lingerie et robe. »

Et elle n'allait pas attendre, bêtement, que le Kapphären mena tout le travail. Ronce y alla de son petit commentaire. Après tout elle était la première concernée par l'affaire. Les hommes du monde entier pouvaient bien faire pression, le choix demeurerait sien avant tout.

« Ou les deux ? Des bas montant jusqu'à la mi-cuisse dont la gauche serait sublimée par la jarretière ? Je pense que, pour l'occasion, l'opacité du bas pourrait être revu à la baisse – histoire de donner l'illusion de la nudité sans l'être. Pour la jarretière, reprendre le ton rose du corset en le soulignant d'un liséré bleu de France ? Je crois me rappeler que la teinte se rapproche de celle arborée par les costumes slaves. » Ou comment, subtilement, par la gamme des teintes symboliser l'union future. « Il ne manquerait plus que ajouter à cela quelques pierreries et un bijou en pendant. Un lys ? » songea la reine, accompagné d'un froncement de sourcils tandis qu'elle réfléchissait. « Ou mieux vaut-il abandonner toute symbolique royale pour quelque chose de plus... romantique ? »

Dans une autre époque, la discussion aurait eu lieu dans un cadre plus intime, moins protocolaire avec supplément de boissons alcoolisées. Néanmoins, malgré leurs liens de sang, les deux dirigeants n'étaient point assez proches pour se permettre tant de familiarité. Ils venaient déjà de passer l'équivalent du Cap Horn rien qu'avec ce sujet de discussion.


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Kapphären Jan
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Mer 11 Jan - 18:40


Habiller la mariée

A Versailles, en Novembre 06




Jan faillit en lever les yeux au ciel une nouvelle fois, mais ne démordant pas de son idée ni de ses croquis, esquissa un simple sourire amusé à l’exclamation de Ronce – ne pas déchirer un bas était-ce à ce point choquant pour la jeune femme qu’elle s’en écriait avec tant de force ? Où serait la passion dans leurs ébats si le garde russe qu’elle s’était trouvée, grande monture de caféine et de muscles, ne se laissait pas aller à quelques extravagances une fois au lit ? Mais Kay, futur roi de France, trouverait bien ses habitudes à heure dites et ce n’était pas à lui de s’en mêler de trop. Aussi agita-t-il une main faussement vagabonde en reprenant un parchemin, l’étalant sur la table la plus proche avant d’attraper un fusain.

Le croquis qu’il esquissa alors ressembla à s’y méprendre à une tiare d’impératrice.

« Nous ne pouvons décemment pas la poser sur la tête, même en intimité – et Dieu, Ronce de France, il est hors de question que je vous fasse porter un lys dans l’intimité. Si cela venait à s’ébruiter vous seriez dans des draps moins agréables que ceux de votre de nuit de noce. Non, à la limite une croix russe ou pour reprendre votre prénom, très chère, une rose en rubis serait du plus bel effet. Mais voilà ce que je vous propose. »

Son tracé aussi précis fit souligner une cuisse imaginaire, s’arrêtant à peine à hauteur du genou.

« Voilà le bijou que je conçois, une couronne russe pour une cuisse française. Enfermée au gras comme un bracelet oriental, il sera pourtant très occidental avec sa ligne de diamants et de perles. Surmonté à son sommet par une croix russe, il fera la jonction entre le bas chair mais à peine nacré et la culotte. A l’autre, la jarretière plus traditionnelle, sera aux couleurs de l’empire, blanc rouge et bleu. Les fils devront être assez discrets évidemment pour ne point trop trancher avec la tenue, mais c’est là que j’imagine posée et pendante le long du jarret, la chaîne et la rose. Qu’en dites-vous ? Cela ne sera pas trop chargée, vous pouvez me croire et achèvera d’attirer l’œil à vos… jumelles. »

Point de compliments déplacés à l’égard des deux paires de la souveraine et Jan, se retournant, pris soin de saisir un mouchoir pour essuyer ses doigts marqués de fusain avant de croiser son regard. La fièvre créatrice lui marquait les joues de deux pointes d’un rouge soutenu. C’est à peine s’il avait envie de demeurer ici jusqu’au mariage, abandonnant titre, pouvoir, union et responsabilité, pour créer cette tenue de lui-même et surveiller les faits et gestes de ses subordonnés.

« Nous aurons ainsi votre rêve : un rappel de ses origines, quelque chose d’extrêmement noble dans son rappel mais de bien plus romantique dans sa confection et dans son tracé. Et vous serez l’initiatrice d’une nouvelle mode qui, j’en suis certaine, créera le feu au sein de tout Paris. Imaginez donc les coquettes de la cour se chuchoter à l’oreille les préparatifs répétés par vos concubines concernant votre nuit de noce. Ce scandale les ébouriffant toutes sous leurs perruques, leur dépoudrant le nez, quand enfin la vierge, la sainte Ronce de France, deviendra enfin femme. »

Son regard en était presque brillant d’un amusement féroce autant que d’une chaste fierté.

« Je sais que ce ne sont pas les mots à entendre d’un homme et encore moins d’un proche voisin du territoire de France mais je m’adresse ainsi à vous en tant que créateur et proche conseiller, pour quelques brefs instants. »

S’approchant de la reine, ce fut presque s’il ploya le genou pour se mettre à la hauteur.

« De cela aussi, de cette nuit et de votre aspect, de votre fierté et de votre passion, on se souviendra longtemps ! »












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Ronce de France
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Ven 27 Jan - 22:17
« Exprimez-vous. » glissa la souveraine entre deux tirades du Kapphären, observant le tracé du fusain, l'écoutant exposer son idée avec une passion presque sensuelle. S'il y avait eu un semblant de froid au sein de l'alcôve, il avait été plus que dissipé. Il y a quelques années, peut-être même quelques mois, la reine de France aurait mis fin à la discussion dans une envolée de feuilles et de jupons. Mais la vision de la cour toute chamboulée par l'évolution de la reine prêtait tant à sourire que Ronce ne pouvait, décemment, dire non. Et il y avait bien longtemps, maintenant, que le Chaperon rouge avait vu le loup.

Ce fut avec le geste d'une reine d'un roman de geste que Ronce posa ses doigts gantés sur l'épaule du Kapphären.

« Défrayons les chroniques Kapphären. Vous à la couture et au patron, et moi en dame paradant dans vos atours sur la scène internationale ! »

De sourire en imaginant déjà la surprise du promis au sujet du bijou indiscret lorsqu'il serait dévoilé.

« Je crois qu'il ne manque plus qu'à vos petites abeilles à se mettre à l'ouvrage. Nous pourrions discuter de l'habit de l'époux. Mais je suppose qu'il serait plus aisé d'en parler directement avec le concerné concernant les menus détails. J'avais songé à lui procurer quelque petite peur bénigne en glissant une tenue française dans son cabinet. Avec les bas et la perruque de circonstance. Mais, le connaissant, il en perdrait tous ses moyens et arriverait en retard à l'autel. Ce qui serait inconvenant. »

Ronce en riait, non pas en s'esclaffant mais cela se percevait dans le ton de sa voix, dans l'éclat de ses yeux émoustillés telle une enfant. Femme-enfant oscillant entre la droiture et la maturité de la reine-mère accomplie et la candeur de la jeune fille qui tentait de renouer avec l'innocence d'une enfance qu'elle n'avait jamais eu, couronne oblige.

« Sinon je puis vous montrer vos futurs appartements que vous occuperez lors du mariage. Vous pourrez ainsi me dire si vous avez besoin de quoi que ce soit, que votre logis, aussi temporaire soit-il, soit à la convenance de votre personne, et celle de votre épouse et de votre fille. »

Même si, Ronce s'en doutait, Victoire n'était point encore assez âgée pour avoir une quelconque opinion sur le monde dans lequel la naissance l'avait jeté.


Citation :
Pour la suite, si jamais tu as besoin, tu peux tout à fait PNJiser Ronce et les faire sortir de la pièce.


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Kapphären Jan
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Dim 29 Jan - 22:30


Habiller la mariée

A Versailles, en Novembre 06




La confiance de la reine, ainsi que la malice faisant luire son regard comme des saphirs, furent suffisantes à Jan pour apaiser quelque peu son enthousiasme, laissant simplement voir, d’un simple sourire, son contentement global quant à l’acceptation de sa lointaine tante. Elle était adorable et admirable de bienveillance juvénile et pouffant de rire à sa suite, concernant l’idée de l’habit de son époux, ses épaules tressautèrent d’hilarité tandis qu’il répondait :

« Nous pourrions lui faire la plaisanterie. Voyez sa tête, vous l’éveillez la veille même. Profitant de son trouble, vous lui imposez de se préparer 24h en avance pour être dans un état de parfaite perfection pour le mariage. Vous le coiffez, vous le poudrez, vous le ceinturez, vous l’habillez, avec cette myriade de servantes, de couturiers, d’observateurs et de cancans qui forment notre cour habituelle – ou tout du moins pour moi, qui formaient. Et après une matinée de tortures diverses et variés – maquillage, ongles, pieds, toilette abrasive – vous profitez d’un repas en sa compagnie et vous lui dites la vérité. Nous pourrions appeler ça… un enterrement de vie de garçon. Une belle farce avant le sérieux de vos festivités. Cela pourrait même vous détendre ! »

Sa main reposa le fusain, attrapant un mouchoir à disposition pour y essuyer les traces noires. Et après un dernier regard aux affaires délaissées dans la pièce, y compris la robe en présentoir, simple croquis tangible d’une idée qu’il lui restait encore à façonner pour lui donner toute sa superbe, suivi le pas de la Reine, claquant des doigts à ses servants demeurés à la porte.

« Rangez moi tout cela, qu’aucune paire d’yeux non autorisée ne daigne fouiller dans les malles. Ou pour la partie de croquet de ce soir, à laquelle je compte bien disputer une partie avec la tenante en titre de ce jeu de cour, ils serviront de maillets. » Tous s’inclinèrent, avant de se faufiler dans les portes entrouvertes.

Tous, mis à part Madeleine. Qui, chargée d’une Victoire endormie, et n’ayant pas encore été conduite dans l’une des chambres mises à disposition pour la suite, s’occupait simplement de bercer l’enfant bien nourrie et langée.

Jan tendit les bras, pour récupérer son plus précieux trésor. Et parlant d’un ton plus bas pour ne pas l’éveiller, pris sur lui de supporter son maigre poids pour continuer dans la ligne du pas de Ronce.

Les portes des appartements s’écartèrent aussitôt sur son passage, dans l’aile la plus prestigieuse qui soit pour les invités de Versailles. Souriant, un rien ébahi par la magnificience des lieux qu’il n’avait jamais pu clairement visiter, Jan hocha la tête, tiquant un rien sur l’obligation d’y rester, lui qui avait encore tant à faire – Sous Jan ou sous Regina.

« Nous y serons à notre aise je n’en doute pas. Et si la santé de Bettina lui permet de venir nous rejoindre, je suis certain qu’elle appréciera la beauté de votre demeure, votre Altesse. Versailles est d’une beauté aucunement égalable… »

D’un coup de menton, il fit ouvrir les fenêtres, malgré le froid de novembre. Et inspirant l’air à grand frais, berçant toujours Victoire, murmura.

« Je devrais simplement prendre congé, fin novembre. J’ai une opportunité de signer quelque chose de très attrayant, pour la ligne aéronavale. Sur l’Est. Mais nous en discuterons au diner. Après tout, cela pourrait vous concerner, si nous ouvrons une nouvelle ligne de ports touristiques en plus de celui qui, depuis l’exposition universelle, peut conduire les parisiens aux Amériques. »

Il lui tardait presque de pouvoir lui raconter de bout en bout son idée enthousiasmante d’une fin de voyage à Saint-Pétersbourg même.










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Ronce de France
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Dim 12 Fév - 0:16
Ronce eut le sourire de l'hôtesse satisfaite de voir son invité prendre ses aises au sein du logis octroyé, petit coq en pâte. Bien évidemment que Versailles était remarquable ! En son temps le palais avait eu le goût du futur. Après un siècle de sommeil Versailles s'ancrait dans l'actualité avec aplomb et splendeur. Néanmoins même si votre invité exprime une évidence, il ne faut pas le soulever. Le Kapphären tira son hôtesse de ce mauvais pas en soufflant un projet dont il était le dépositaire.

« L'Est ? Serait-ce en Russie ? Il faudra que vous m'en touchiez deux mots au dîner. » Qui ne saurait se faire tarder. La fourmilière était en branle depuis des heures et les fours devaient être aussi brûlants que les abords d'un champ incendié. « Qui sait, en vous rapprochant de l'Empire de Russie, vous lui ferez miroiter de nouveaux agapes et peut-être la frigide tsarine se rangera-t-elle, elle aussi, dans le giron du mariage. »

Il était permis de croire aux miracles, après tout. Laissant son invité profiter de ses appartements le temps de se délasser, la reine ordonna à plus d'un domestique d'être aux petits soins de son invité jusqu'à l'heure du dîner. Le temps que le couvert soit mis la souveraine, pour sa part, irait régler quelques papiers ne demandant que sa présence et sa signature.


Dîner à Versailles revenait à participer à une danse. Du temps du roi Jour, le couvert du Roi était une farandole de plats aussi variés qu'aux calories si prodigieuses qu'une seule assiette aurait nourri une tribu d'orphelins pour un mois. Bien évidemment la tradition n'avait pas été totalement perdue, même si on tentait d'instaurer au sein des cuisines françaises un peu plus de légèreté et de modernité. Le Kapphären avait pu ainsi observer le fameux service à la française, les plats occupant toute la tablée, les digestifs permettant de creuser assez de place entre hors d’œuvre et rôts pour pouvoir arriver jusqu'à la fin du dîner. Ronce avait veillé à ce que le dîner se déroule entre eux deux seuls – si l'on omettait le régiment de domestiques prêts à remplir les assiettes et les verres.

« Parlez-moi donc de ce grand projet. » lança la souveraine alors qu'un chapon reposait dans son assiette. « N'est-ce pas compliqué de mener tels préparatifs en compagnie d'un empire ne partageant pas vos idées sur la magie ? Après, me direz-vous, c'est le jeu de la politique. Il faut savoir accepter les différends tant que ceux-ci ne viennent pas s'immiscer sur nos terres. »

Les échanges entre le Kapphären et la Tsarine avaient du être glaciales à ce sujet – si le sujet avait été abordé. Il était fort possible que les deux dirigeants aient volontairement choisis de taire toute référence afin d'éviter toute once de conflit.

Menu du repas:
 


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Kapphären Jan
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Lun 20 Fév - 18:30


Habiller la mariée

A Versailles, en Novembre 06



Ce fut avec un soin particulier que Jan coucha Victoire dans son berceau, caressant les fins cheveux de sa fille, accrochant à son visage le sourire niais du père en extase devant ce miracle qui respirait tranquillement, dormant à poings fermés sans se soucier des problèmes de ce monde. Puis reculant à pas discrets jusqu’à la porte, il laissa Madeleine s’incliner à ses côtés avant que la nourrice ne vienne fermer derrière sa présence, le laissant seul dans le couloir, les bras vides et quelque peu attristé.

Pour le dîner, le dirigeant du Luxembourg-Belgie avait bien évidemment pris la peine de se changer. Arborant une tenue de gala bien plus sobre que celle de ses présentations, toujours dans les tons blancs, sans épaulettes ni décorations, mais au costume si cintré et si élégant qu’il semblait presque trop éblouissant. Ce fut sans retard aucun qu’il vint rejoindre la salle de réception, prenant place aux côtés de Ronce, laissant son regard bleu-roi dériver aux mignons de la cour, tous présents. Et sans se donner la peine de les saluer un à un, attendit que Ronce s’en vienne pour s’asseoir, bien après elle, et commencer en sa compagnie une conversation bien plus tranquille que leurs secrets préalablement cités.

Pour ceux qui attendaient sans doute certaines divulgations sur les préparatifs du mariage, voilà qui aurait de quoi peiner leurs attentes car à aucun moment de ce début de repas, Jan n’en fit mention. S’extasiant sur les jardins, évoquant avec tristesse le récent décès de sa tante qui avait fait, pendant un long moment, partie de la cour royale de France de part son mariage avec un duc de la province, et rebondissant avec extase sur les exploits – maigres et somme toute inventés – de sa première née.

Ce ne fut qu’au placement d’un chapon encore grésillant de beurre dans son assiette que Ronce lança les hostilités concernant la Russie. Et riant à gorge pleine de l’évocation d’un possible mariage de l’impératrice, Jan piocha de la fourchette dans la chair tendre de l’animal avant d’en mâchonner un filament. La viande, ces derniers temps, le dégoûtait à peine et ce fut avec délice qu’il vint cueillir quelques truffes en accompagnement pour mieux les grignoter.

« Je doute que ce plausible partenariat ouvre la voie de quoique ce soit de romantique au vue des humeurs de l’altesse impériale. Il serait bien évidemment plaisant à imaginer que cette ouverture, toujours de l’ordre du potentielle et non du fait, lui permette ainsi de s’ouvrir à d’autres perspective d’union. Mais là n’est pas ma priorité. Voilà ce que je peux vous dire. »

Essuyant sa bouche d’un geste gracieux et rejetant en arrière une mèche bien trop longue de sa chevelure – si le désespoir secret de revenir à une coupe courte l’empêchait encore d’agir, il lui faudrait pourtant s’y résoudre pour ne pas être confondu avec son alter ego féminin – Jan finit par tapoter son verre, demandant la présence d’un serviteur, chuchotant quelques mots à son oreille et se faisant apporter, dans les secondes qui suivirent, un bol de myrtilles.

S’en saisissant, et sans se tâcher les doigts, il vint les disposer sur la table, comme une carte imaginaire.

« Ici, se trouve Paris. La glorieuse Paris. Sur le front Ouest, l’Etat de notre bon Clarke, qui reçoit depuis près d’un an désormais les visiteurs français et les explorateurs du Nouveau-Monde. Notre échange récent avec l’empereur Edelstein nous a permis de trouver une voie acceptable dans la saisie d’une colonie, belge, en Amérique du Sud. Pour l’instant, je ne m’amuserai pas à ouvrir un front dans ces terres pauvres que nous défrichons à peine. Les anciens dirigeants ne semblaient pas très présents dans cette partie de leur territoire et je déplore les catastrophes que j’y ai trouvé lors de ma première visite… mais passons ! »

Sa fourchette glissa à l’extrémité de la nappe.

« Voici Saint-Pétersbourg, et Moscou, bien évidemment. Je vais tâcher de tracer une ligne aéronavale qui fera donc Antwerpen, puis Vienne, Budapest, avant de remonter à la frontière russe. Imaginez donc, non plus prendre le train, mais survoler, en pleine paix retrouvée, les plus grands empires que ce monde n’aie jamais connu. Nous pourrions même, avec votre accord, faire un discret écart à Paris, en partance d’Antwerpen et pourquoi pas même, faire escale à Berlin ?! »

Calmement, il vint déposer sa fourchette.

« C’est une opportunité économique et touristique que mes prédécesseurs pensaient inatteignables mais avec le développement de notre flotte, son autonomie, ses capacités d’embarquement, ces voyageurs iront dans les deux sens et Antwerpen sera la clef de ce chef-d’œuvre. Je laisse bien évidemment Bruges à ses priorités commerciales mais je ne me déplais pas à imaginer une troisième capitale pour mon pays, disons… à Gand. »

Le menton relevé, comme le coq fier qu’il était à présenter ainsi sa réussite dans un domaine tout autre que la guerre, Jan, le regard brillant, attendit les commentaires de sa cousine avec une impatience toute relative. Il n’attendait pas exactement son approbation mais simplement la preuve qu’en se basant uniquement sur le tourisme et sur des échanges et accords d’ordres économiques, il s’était assuré ainsi une tranquillité non relative concernant les possibles tensions géographiques persistant encore aujourd’hui.

Une tranquillité que de nombreux dirigeants pouvaient lui envier.










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Ronce de France
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Lun 27 Fév - 0:10
Le chapon se laissa doucement refroidir dans l'assiette royale tandis que Ronce écoutait le Kappharën, suivait son plan de l'Europe esquissé par des fruits. Autant de villes juteuses, emplies de promesses, nécessaires au bon fonctionnement du parcours Lux-Bergie. Le Kappharën avait su tirer son épingle du jeu. Les royaumes et empires se lançaient tous dans une course à la puissance, s'enfermant au sein de forts militarisés, s'entourant d'une armée endoctrinée. Le Lux-Bergie voguait loin de ces décisions, survolant ces terres, troquant les laisser-passer, ouvrant les portes sans verser la moindre goutte de sang. Un bijou de tact et de diplomatie.

« Et qui sait, dans un futur pas si lointain que cela, le gouverneur O' Callaghan aura réussi à réunir les états américains. Vous ouvrant de nouvelles voies. Peut-être pourrez-vous approcher le Canada. »

Pour l'Amérique du Sud, Ronce se doutait bien qu'une frontière tacite se tiendrait, à jamais, auprès du Brésil, terre magique par excellence. À l'image de sa cousine européenne la Scandinavie.

« J'ai pu rencontrer le Kaiser et son épouse il y a de cela quelques mois. Je pense, sincèrement, qu'il ne verra aucune objection à relier nos deux capitales par votre biais. Je pourrais rédiger une missive en ce sens pour vous appuyer à défaut de pouvoir vous accompagner en terre germanique. » Un sourire naquit sur les lèvres de la reine. « Vous menez là un travail admirable Kapphären. Si une guerre éclate, vos navires demeureront hors de portée des éclaboussures. »

Un soupir accompagna cette diatribe, les doigts de la reine serrèrent convulsivement une fourchette.

« C'est peut-être ce que je devrais faire aussi. Trouver une voie pour le royaume de France. La sécurité aura beau être renforcée, je ne suis guère à l'abri de l'appétit vorace d'un colonisateur. La France demeure une biche aux abois que des loups peuvent dévorer aisément. Mais qu'ai-je à vendre si ce n'est de la nourriture, quelques parcelles de blé, et de vieux trésors, des objets qui ont gagné ce titre grâce au Grand Sommeil ? Excusez-moi. » ajouta-t-elle après une pause, le temps de quelques battements de cœur. « Nous devrions diviser de sujets joyeux. Je me marie dans un mois. Il n'est nullement le moment pour moi de me laisser aller à de telles faiblesses féminines. »

La main de Ronce trancha l'air comme si, ainsi, elle pouvait repousser les dernières paroles prononcées, les envoyer quelque part, loin des oreilles et de la mémoire.


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Kapphären Jan
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Dim 5 Mar - 21:39


Habiller la mariée

A Versailles, en Novembre 06



Le silence s’éternisa. A table, on se contentait d’œillades furtives en direction de ce duo qu’à eux deux ils formaient, étrangement ressemblant, l’un dans la grâce un peu maniérée, l’autre, dans son innocence affermie par le grand sommeil. Un silence bourdonnant de murmures qu’on n’osait même plus prononcer – le visage de Ronce s’était brièvement terni et tous attendaient la réaction du Kapphären. Celle-ci ne se fit pas plus attendre.

« Vous plaisantez ? » Le ton, choqué, était trop sincère pour être simulé. Et sa fourchette heurta la table dans un bruit métallique quand, balayant les fruits de ses conquêtes, il vint prendre la main de Ronce pour happer son regard. « Il est intolérable d’entendre de telles critiques sur les faiblesses d’un pays comme le vôtre, votre Altesse. Et quelles faiblesses ?! Quelques parcelles de blé ? Réellement ?! »

Ses sourcils se froncèrent et tandis qu’il ajustait son ton, pour être presque celui d’un père et non d’un frère, du doigt il martela chacune de ses phrases.

« La superficie de votre pays et sa position géographique vous offre la plus grande diversité en matière de climats. Vous êtes offertes à trois fronts principaux en matière maritime et vous pouvez avoir un développement côtier qui peut vous faire gagner tant l’axe européen que celui de l’Afrique et même de l’Amérique du Sud ! A trop voler dans les airs nous oublions les bateaux qui nous ont inspirés et vous avez là toute la disposition nécessaire pour un point stratégique commercial essentiel. De plus ! Vous disposez de larges terres ensemençables et ainsi de toute une culture qui vous rend totalement indépendante face aux autres – dois-je vous rappeler que sans votre accord le Luxembourg-Belgie ne pourrait subvenir à ses besoins en termes de blé et que le blé, et donc le pain, est à la base de chaque repas de chaque famille de nos pays ?! Et vos sous-sols ! Vous possédez du charbon ainsi que du fer, en larges quantités, largement exploitables et cela en quoi ? »

Son doigt se leva. Presque tremblant.

« La technologie Ronce de France. La créativité ! Si le Luxembourg-Belgie est devenu un phare de mode en ces temps, sachez qu’il ne faudrait que peu d’efforts pour que vous repreniez votre flambeau ! Ce sont des français, comme je le fus moi-même dois-je vous le rappeler ? qui ont créé ce que vous allez porter et ce que je porte moi-même ! Ce sont des français qui furent des inventeurs de renom et qui ont apporté leurs lumières et ils tardent certainement aux esprits des inventeurs de votre fier pays de se remettre en selle ! L’exposition universelle du début d’année l’a prouvé. Vous avez été ensorcelée, oui, nous le disons et nous n’en avons pas peur. Vous avez été endormie mais aujoud’hui vous êtes à la tête d’une puissance en devenir et c’est de ce devenir que vous devez vous préoccuper. La technologie, Ronce, les ports, les colonies qui vous attendent et qui encerclent l’Amérique du Sud, voire même ailleurs ! Vous souhaitez vous étendre ? Gagnez l’Afrique. Gagnez cette île qui la borde, au Sud-Est. Vous êtes des explorateurs. Vos jambes fourmillent depuis votre Eveil. Cela fait six ans, bientôt sept. »

Son propre souffle lui manquait. Mais brusquement, il se posa sur son siège. A peine conscient de s’être à demi-relevé. Et froissant sa serviette à ses lèvres humectées, conclut simplement :

« La France mérite qu’on la regarde comme un cerf, et non comme une biche. Croyez bien que beaucoup ne sauraient que peu se méfier de ses bois. Quand ils peuvent vous transpercer. L’époque sonne le cor de chasse. Montrez leur que la France ne s’attrape pas facilement. »











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Ronce de France
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Jeu 16 Mar - 23:45
La ferveur qu'exposa le Kappharën a défendre un pays qui n'était le sien que par une lointaine aïeule toucha Ronce. C'est que malgré la couronne qui pesait sur sa tête, la preuve quotidienne que son royaume tenait durablement après six ans d'éveil (bientôt sept dans quelques mois) la femme se remettait en doute. Continuellement. Le mariage la soulagerait d'un poids en lui offrant l'image d'un couple d'acier de fer forgé qui finirait par dissiper les quolibets sur sa personne. Mais cela ne suffirait pas. Le Kappharën lui tendait plus d'une clé qu'elle n'osait saisir, de crainte de tomber sur une geôle emplie de cadavres.

« Si je dois posséder un autre pays que la France... » glissa Ronce comme une confidence. « Je viserais le Canada. Nombre des miens s'y sont réfugiés et ce territoire était aux mains de mon père avant cet inconvenant sommeil. Le second est... plus proche. »

Ronce eut une hésitation avant, d'un haussement d'épaules, repousser tout scrupule. Les courtisans n'avaient guère besoin de quelques miettes pour pérorer tout leur soûl. Elle allait leur offrir tout leur content, faire gagner des paris à ceux s'amusant à miser de l'argent sur les actes et paroles de la reine, comme on misait sur un cheval de course.

« Vous n'êtes pas ignorant de ce qu'il est advenu du royaume d'Espagne en cette année. Son sort m'a beaucoup touché. J'ai l'impression de ne voir plus que l'ombre du splendide royaume qu'avait érigé feu Felipe de Marisma. J'ai songé, plus d'une fois, à conquérir ce royaume. Mais j'ai déjà bien à faire avec la France. Je pourrais aider le gouvernement actuel à trouver un successeur légitime au trône. Quelqu'un qui puisse redorer ce blason terni. »

Cela coûtait encore à la reine de voir cette contrée si amie, si proche, voisine compréhensive et clémente, réduite à un ennemi, leurs relations racornies jusqu'au stade de froide ignorance mutuelle. La main de la reine tapota celle du Kappharën.

« De toute évidence ils ont tant à reconstruire qu'ils ne pourront vous rattraper sur le plan des navires volants. Vous les avez dépassés. Mais ils auraient pu être des partenaires hors pairs. J'ose croire que la meilleure chose qui puisse leur advenir est d'avoir une révolte populaire et, à leur tête, un homme intègre. Les derniers événements ont du moucher le royalisme au sein de l'Espagne. »

La faim était passée, du moins Ronce ne trouvait plus aucun charme à ce qui trônait dans son assiette et qui avait perdu de sa chaleur. D'un signe elle indiqua à un domestique de lui apporter un des entremets et joua, de sa cuillère, à creuser dans la crème chocolatée.

« Qui sait ce pays vous prendra peut-être comme modèle, Kappharën. Pour ma part je vais suivre vos conseils. Faire appel à des inventeurs, exploiter mes gisements. Il me semble que personne encore n'a largement exploité l'automobile, ce véhicule moderne. Je me demande quelle allure il aurait avec une touche de rococo. Avec un peu de travail nous pourrions créer des modèles moins onéreux à portée des bourses plus modestes. »

Ronce prit sa part pensivement, tentant d'imaginer cette possibilité : des ouvriers conduisant leur propre automobile pour mener leur famille en vacances au bord de mer.


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Kapphären Jan
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Dim 26 Mar - 13:52


Habiller la mariée

A Versailles, en Novembre 06



Jan était exempt de tout scrupules. Homme passablement intègre, surtout dans l’état actuel du monde, il ne pouvait s’empêcher d’avancer ses pions comme on le lui avait appris et, calmé dans sa verve, de nouveau installé aux côtés de Ronce, grignota quelques fruits, attentif à ses confidences. La royauté. De tous ceux qu’il avait pu rencontrer, la jeune reine était la seule qui demeurait encore timide sur ses agissements, n’osant pas avancer, de peur de causer du tort plus que d’apporter le bien. Comportement typiquement féminin ou bien simple sagesse, le jeune dirigeant ne pouvait pour autant y voir une mauvaise chose et sourit, tapotant sa main, se fichant bien des échos qui s’ébruiteraient suite à ce repas.

Il était temps que la France reprenne sa place dans l’échiquier de leurs existences.

« Prenez la tutelle de l’Espagne. Actuellement, ils ne dirigent rien. La plupart des puissants se crêpent le chignon et se griffent leurs nez poudrés en cherchant un héritier valable sans le trouver. Ils bégayent et le peuple en paie le prix. Si Ciel avait été en meilleure santé et un peu plus âgé… ou si vous aviez disposé dans votre entourage d’un proche cousin, d’un oncle ou même d’un Duc à marier à l’une de ces hispaniques, la donne aurait été bien plus simple mais, hélas, nous n’avons rien de tout cela. Ils comptent pour vous et pourraient compter sur vous. Ce n’est pas tant de conquérir que d’éduquer. Et ainsi, en prenant le flambeau professoral, de s’affirmer dans vos connaissances actuelles. Ensuite… »

Tapotant sa bouche d’un mouchoir, il ne prit pas la peine de baisser la voix, n’en trouvant nul besoin. Se contentant de fixer ces yeux clairs en se disant, une nouvelle fois, qu’il avait peut-être là raté sa chance de faire des épousailles dignes de leur futur. Fort heureusement, Ronce avait somme toute trouvé son bonheur dans cette liaison de l’est qui la protégerait des moindres maux. Et lui, avec Bettina et l’enfant qui dormait à poings fermés dans son berceau, avait pu trouver son équilibre. Une meilleure façon de consolider une amitié et de guider, doucement, pas à pas, Ronce vers des idées plus révolutionnaire.

Après tout, elle n’était qu’une femme. Il lui restait encore bien à apprendre. Et son inexplicable intelligence en faisait une cavalière hors pair pour ce qu’il s’apprêtait à livrer au monde : le premier flambeau d’une république.

« Ensuite l’Espagne vous secondera pour aller conquérir les terres du nord. Le canada est un excellent choix. La filiation est déjà en ses terres et sa soumission se fera dans l’ordre le plus naturel des choses. Evidemment… vous n’êtes pas sans savoir que certaines sorcières, et fées, se sont apparemment installées là-bas. Voici la rumeur qu’on m’a apporté après que j’ai fait poser les décrets dans mon propre pays. J’aurais tendance à penser que c’est un mal mais… votre pays vos lois. Ca sera à vous de créer le pour-parler négociant une trêve pour que ces maudites, pardonnez moi du terme, vous respectent comme elles se doivent de vous respecter. »

Un serviteur s’approcha pour remplir sa coupe et lorgnant le vin, y trouvant pour une fois son bonheur sans le rappel désagréable de Sigrid, Jan sourit encore.

« Quant à votre automobile… j’ai en mes contacts un inventeur qui serait sans doute très intéressé par vos idées révolutionnaires. » Il pouffa. « Il se nomme Octavian Ciurcu. Il est passablement brillant, vous devriez voir les croquis qu’il m’a fait parvenir pour notre nouvelle ligne de bateaux volants… le regarder se faire les dents sur votre projet serait un bonheur. Voulez vous que je l’invite en début d’année 07 ? Cela serait un formidable renouveau… »











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Ronce de France
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Lun 10 Avr - 0:26
Ciel. L'enfant maladif. Le garçon qui aurait du être l'héritier de la couronne de française si un serpent (d'ailleurs Ronce n'avait jamais su véritablement son espèce. Une vipère probablement) n'avait mordu l'enfant, le contraignant à vivre rongé par le venin. Désormais le prince vivait hors de Versailles, éloigné de la pression de la cour aux abords des côtes bretonnes. Là il pouvait mener une existence paisible, sa santé se stabilisait et les oiseaux mécaniques proféraient quelques bonnes nouvelles pour conserver le lien. Même si un mariage aurait pu être possible peu de chances que Ronce aurait imposé cela à son cadet. Ce n'était pas le venin qui l'avait cloué au lit, tant d'années, mais l'atmosphère de la cour, des règles, du diktat royal. Ronce craignait bien trop que le mal étreignit à nouveau le cœur de Ciel et que, cette fois, il ne succomba à sa propre mélancolie.

Mieux valait laisser ce pion à l'écart de l'échiquier.

« Planifions donc tout cela pour la nouvelle année. Sept est un chiffre qui porte bonheur après tout. » annonça Ronce à brûle-pourpoint. « Je tenterais une nouvelle forme de conquête. Je gagnerais la cause espagnole par une présentation des dernières inventions françaises dont cet automobile. J'ose espérer que ce Monsieur Ciurcu aura la possibilité de m'en ériger un projet viable avant août. Vous me demandez sûrement pourquoi cette date en particulier. »

Ronce se laissait emporter par le jeu. Imaginer et planifier l'empêchaient de songer à des faits bien trop moroses. Ne demeurait que la soif de créativité et l'exaltation qui l'accompagnait. Ronce en avait même oublié son entremets, fait rare à noter pour quelqu'un d'aussi porté sur la sucrerie comme elle.

« C'est que la Tour Eiffel sera alors pleinement érigée. Un site qui se veut aussi utile sur le plan économique que touristique. Je ne sais si cela fera un argument phare auprès du peuple espagnol mais, qui tente rien n'a rien. Au pire je puis m'en tirer en agitant des promesses d'emploi dans un pays au régime politique stable. Cela marche à tous les coups. »

Les plus traditionalistes des Français seraient, probablement, peu réticents à voir des étrangers chez eux. Mais qu'à cela ne tienne. Ronce n'était pas regardante sur l'origine des personnes venant sur son territoire. Tant que ces derniers passaient, haut la main, les contrôles frontaliers. Elle avait déjà du accueillir plus d'un serpent, dont un aux allures de milan, et la leçon avait été plus que suffisante.

« Ce mouvement fonctionnera peut-être aussi avec le Canada. Enfin je tenterais tout de même une discussion avec sa Majesté, le roi d'Albion. Inutile de déclencher une querelle entre nos pays pour si peu. C'est déjà un miracle que rien n'a eu lieu lorsque les deux sœurs se disputaient la couronne comme des chiffonnières. »

Même si cette guerre des Deux Roses, la reine de France avait su en tirer parti et masquer, après coup, toute trace pouvant la relier à la rébellion désormais étouffée – et même enterrée six pieds sous terre. Cela avait été un jeux dangereux et peu sûr que la reine s'y lancerait à nouveau, du moins pas sans quelque garantie et une bonne mesure de sécurité.


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Kapphären Jan
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Mar 9 Mai - 20:28


Habiller la mariée

A Versailles, en Novembre 06




Agitant sa coupe de vin avec un sourire satisfait, Jan hochait la tête à gestes réguliers, appréciant le discours enflammé et plein d'espoir d'une Ronce aux forces retrouvées. À la voir ainsi il était impossible de penser que quoique ou qui que ce soit puisse se trouver sur son chemin et lui nuire d'une quelque manière que ce soit.

Plus tard, au sein d'une ville de porcelaine, Jan se sentirait coupable de cette effusion créative, de cette poussée vers l'avant, croyant sans sa presque naïveté, être à l'origine du regard perçant de cette ignoble fée sur la silhouette frêle de la dirigeante.

Mais à ce jour ils étaient loin de toute attaque et vidant sa coupe une énième fois, Jan essuya sa bouche tout en prenant la main de Ronce.

« Vous avez à vous seule bien plus de sagesse que ces deux sœurs stupides. Voyez comment elles ont agi envers l'empereur Edelstein et comment leur orgueil leur a fait tout perdre face à la stratégie, le calme et l'intellect d'un homme tel que lui. Ce n'était que des femmes imbues de leur supériorité mais se crêpant le chignon comme deux enfants... »

Sa moue se fit plus méprisante.

« Nous avons tous su tirer notre épingle du jeu et elles.... Nous connaissons désormais leur devenir. »


Un rire.

« Vous saurez les impressionner. Le pouvoir est une chose. Mais le symbole Ronce. Le symbole d'un pays. Le symbole d'une monarchie qui se dresse vers le ciel comme si Dieu lui-même avait posé son index sur cette terre... Ce symbole sera votre héritage. Votre souvenir impérissable. Votre lègue. »

Mais soudain son visage se raidit. Et comme dressant l'oreille, alerté dans son instinct le plus primaire, Jan carra les épaules et quitta sa place avec une vague excuse.

« Victoire… »


Quelque part dans le château, l'enfant éveillé braillait comme si la mort elle-même la menaçait.

« M'accompagnerez-vous ? Elle a besoin de mes bras. »


Plus que de ceux de n'importe quelle nourrice.











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Ronce de France
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Mar 16 Mai - 22:44
Oh oui elles avaient chues les deux reines emportées par leurs propres audaces, s'entre-déchirant en oubliant, volontairement ou non, leur propre peuple, celui sur lequel elles avaient souhaité régner. Leur disparition n'était qu'un bienfait. Le royaume d'Albion ne s'en portait que mieux sous la poigne, ferme, du roi Arthur qui avait fort bien compris la leçon.

Ronce ne suivrait pas leurs traces. Elle avait appris auprès des plus grands, des plus avisés. La vierge naïve était devenue une femme mature posée – mais ayant appris à se méfier pour ne pas être dévorée.

Le sursaut de Jan lui en arracha un, la poussant à se lever d'un même ressort. Les mains de Ronce s'étreignirent, prêtes à retirer les gants pour dévoiler la peau, la magie qui imprégnait cette chair. Mais les mots du Kappharen domptèrent la crainte en la souveraine. La tension tendant les épaules se fit plus douce, la nuque s'infléchit.

« Je vous accompagne. Il est normal qu'une fille réclame la présence de son père. »

La reine salua l'assemblée avant de quitter la pièce sachant très bien que celle-ci allait être rapidement désertée, hormis par les derniers affamés. On venait là davantage pour voir la reine et glaner quelques potins que se remplir réellement la panse. Laissant Jan ouvrir la marche (et après tout Ronce ne voulait pas être un obstacle entre le père et sa fille) la reine le suivait, avalant les marches deux à deux pour ne pas perdre le rythme imposé. Souriant à elle-même en se demandant si son futur époux aurait ce même élan de paternité protectrice. Probablement.

Les portes s'ouvrirent sur leur sillage. Madeleine observa l'entrée d'une double royauté, les bras chargés de l'auguste présence princière. Ronce crut voir un soulagement traverser le regard de la nourrice.

« La princesse Victoire est sujette aux caprices ? » tenta de lancer la reine, en une boutade amusée, presque masquée par les pleurs de l'enfant. « Attendez donc... » ajouta-t-elle à l'intéressée. « … d'avoir l'âge de porter la robe. Vous pourrez alors exiger l'impossible à votre père. Des robes couleur de jour, de nuit, de brume... Cela exaltera sa créativité. »

Il y eut un bruit, comme étouffé. Fronçant les sourcils Ronce se tourna vers une des fenêtres donnant sur les jardins de Versailles. S'en rapprochant la reine poussa les battants, le soleil entrant à flots dans la chambre. Se penchant son regard perçut une silhouette, une vague ombre qui s'effaça dans les bosquets. Mais dont elle ne percevait aucun port de livrée royale. Ronce se releva, se tournant à demi vers l'intérieur de la chambre.

« Madeleine ? Tout se passe pour le mieux depuis votre arrivée ici ? »

Question anodine mais qui pouvait permettre de délier une langue trop apeurée pour dire franchement sa peur.


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Kapphären Jan
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Dim 21 Mai - 13:31


Habiller la mariée

A Versailles, en Novembre 06



Malgré l’immensité révérencieuse de Versailles, ce fut presque à l’instinct que Jan se faufila dans les coursives, grimpant les marches de chaque escalier menant à l’aile où séjournaient Madeleine et sa petite. Le pas rapide, voire même brutal et les poings serrés, le Kapphären ne se rendit pas compte tout de suite de la fièvre de son allure, se contentant de presser son rythme lorsque les hurlements de Victoire, ayant ameuté une petite foule de curieux, se firent plus perçants. Les portes s’ouvrant devant lui, sur la crispation de la mâchoire des gardes en poste, il fut aussitôt alerté par l’air aussi paniqué que honteux de la nourrice, qui ne tarda pas à lui remettre l’enfant entre ses bras tendus.

« Allons… Allons Victoire calme toi mon enfant… calme toi… » Chuchota sa voix douce tandis que Ronce approchait. Le bébé en avait le visage boursouflé d’une malsaine colère qui, la faisant hoqueter, gâchait sa respiration. Jan débuta aussitôt un semblant de valse, un peu grotesque, berçant l’enfant de gauche à droite en tournoyant au centre de la pièce, souriant au visage de son héritière tout en écoutant les paroles distraites de la reine de France, peinant à calmer la situation.

« Une robe de jour, une robe de nuit, une robe de temps, une robe de nuage, une robe de tout ce que tu voudras de magnifique oui, ma douce, tu l’auras et bien plus encore. Et tu auras ton père, à côté de toi et ma fierté, ma tendre Victoire, calme toi ma chérie. Calme toi ma jolie petite colombe… » Ses lèvres inquiètes vinrent aussitôt baiser le front du bébé qui referma ses poings sur le col de son père, chouinant de manière sporadique, son chagrin coulant sur sa fin.

Ce fut l’instant où Ronce, remarquant quelque chose à la fenêtre, parvint à délier la langue de Madeleine qui soutint à grande peine le regard de Jan en répondant :

« Vos altesses, je vous supplie de me pardonner… Je ne me suis absentée qu’une seconde pour aller chercher un linge plus épais pour la petite princesse. Je voulais qu’elle puisse profiter de l’air frais, c’est bon pour leur santé… »
« Je vous avais pourtant défendu de la quitter, d’une seule seconde ! »
« Mes intentions n’étaient pas mauvaise ! Je puis vous l’assurer ! Mais quand je suis revenue… »

Comment expliquer cela à la reine sans lui faire croire que l’erreur venait de la sécurité du palais et ainsi créer un nouvel incident diplomatique ? Malgré son expérience des enfants et du stress qui en incombait, Madeleine crut défaillir.

« Un homme… » Souffla-t-elle finalement. « Un homme est passé par la fenêtre en me voyant arriver mais il était penché sur le berceau et le contemplait. »
« A-t-il tenté de la saisir ? »
« Non ! Victoire a rouvert les yeux, l’a vu et a hurlé. Je ne l’avais jamais entendu pleurer ainsi. Ce n’était pas de la peur, sire ! On aurait dit... de la colère... »

Un frisson désagréable remonta l’échine du dirigeant luxembelgeois et refermant sa prise sur le corps de son enfant, la faisant aussitôt s’agiter de mécontentement, il se tourna vers Ronce, aussi inquiet que furieux.

« Les membres de votre cour s’amusent-ils à passer par les fenêtres pour observer les petits enfants ? Je crains que non. S’il y a un intrus en ces lieux, une menace pour nos vies comme celles de Victoire, je tiens à lancer une chasse. Avez-vous vu quelque chose par la fenêtre ? » Les deux gardes de son pays, demeurés à l’entrée, se mirent aussitôt au garde-à-vous. « Laissez mes gens patrouiller conjointement aux efforts des soldats de France. Que nous puissions avoir le mot de la fin. »








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Ronce de France
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Lun 5 Juin - 22:59
Un homme. À cette simple mention une image, galvanisée par l'imagination galopante de la reine, se traça dans son esprit. La silhouette d'un homme vêtu tout de noir au profil d'aigle. Impossible voyons – il était mort. Elle avait vu ce qui restait du corps, s'était assuré de l'identité du cadavre calciné. Qui cela pouvait-il être alors ? Les possibilités étaient si multiples. Tout à chacun pouvait souhaiter du mal à l'héritière d'un trône, et ce même si elle était fille. Un anarchiste, un révolutionnaire, quelque âme ayant une rancœur personnelle envers le Luxembourg-Bergie, peut-être même un praticien de la magie.

Cet homme pouvait être n'importe qui.

La colère du Kappharen était légitime et Ronce l'essuya, se doutant que cette ire n'était pas dirigée contre elle mais contre cet inconnu qui avait osé s'approcher de sa fille. Contre cette ombre qui aurait pu commettre le pire en l'absence de la nourrice.

« Unissons-nous Kappharen. Vos hommes et les miens mèneront la chasse et nous y participeront. Conservez votre fille auprès de vous si cela vous agrée. Je puis comprendre qu'après ce qui vient d'advenir vous ne souhaitez plus la quitter des yeux. »

Des ordres furent donnés, brefs et incisifs. Si le futur roi lui avait appris une chose, c'était de ne pas s'encombrer de formules ampoulées lorsque l'action primait. Brièveté était source d'efficacité. Ronce se rapprocha de Madeleine, se permit même de lui saisir le bras comme pour mieux l'empêcher de fuir.

« Donnez-nous la moindre information que vous possédez. Décrivez-nous cet homme. Dites-nous tout sans balancer. »

Interroger, saisir les informations, les trier, n'en conserver que l'essentiel – une méthode russe confirmée. Détentrice des fragments de faits que Madeleine avait pu évoquer, Ronce prit la tête de la troupe en compagnie de leurs hommes. Non sans se saisir, portée par un valet obligeant, de son Mauser. Deux précautions valent mieux qu'une.


« Il serait parti là-bas, votre Majesté. »

Passer Versailles et l'ensemble de ses jardins revenait à exécuter une tâche digne des douze travaux d'Hercule – difficile mais non insurmontable. Le garde désigna une voie se déroulant au sein de la verdure du parc, donnant sur une parcelle que Ronce connaissait bien. Le hameau de la reine. Havre de feu la reine Aurore, réplique fantasmée d'une ferme avec son parfum de printemps et de propre, Ronce l'avait reconverti, pressée par le Delirium, en une véritable ferme dont la production aidait à nourrir les pauvres et les nécessiteux de tout Paris. La reine ne comprenait pas un retrait dans un tel endroit. Qu'est-ce que l'homme espérait y trouver hormis du lait ou des œufs ?

« Doit-on donner l'assaut ? » demanda le garde, sa main déjà posée sur la crosse de son arme. Un seul mot et il lancerait son bataillon à l'assaut, écrasant sous leurs semelles radis et navets.
« Un instant. »

Levant un index sentencieux, Ronce quêta les directives du Kappharen. Elle avait beau agir chez elle, elle n'était pas la victime toute désigné de cet inconnu qui avait su entrer en Versailles.

« Kappharen, l'honneur revient à vous et vos hommes. Je serais à vos côtés si vous le désirez. N'ayez crainte. » précisa Ronce en levant son arme. « Je sais fort bien m'en servir. »

Après tout elle avait passé des heures à le manipuler, ce Mauser.

Citation :
J'ai préféré ne pas m'avancer sur l'identité de l'intrus. Je me suis dit que tu avais peut-être déjà tout un concept en tête.


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Kapphären Jan
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Dim 16 Juil - 18:09


Habiller la mariée

A Versailles, en Novembre 06



La détermination de Ronce nourrissait sa colère et tout en berçant Victoire, parvenant enfin à calmer ses pleurs, Jan hocha la tête d’un mouvement sec, son regard bleu roi ne pouvant trahir sa profonde peur. A l’idée de Ronce, fugace mais concrète, se succédèrent ses propres pensées mais l’aigle était mort et ne subsistaient aujourd’hui que de trop nombreux ennemis. Madeleine avait failli à sa tâche, d’un coup de poignard cet inconnu aurait pu se permettre d’ôter la vie à son enfant et cela, il ne pouvait l’accepter. Aussi s’avança-t-il d’un simple pas, à la fin du bref interrogatoire que mena la reine à l’encontre de la gouvernante, s’adressant à cette dernière d’un ton sec et intransigeant.

« Dès notre retour au Luxembourg, vous serez remerciée. » Le regard de Madeleine s’emplit de larmes, mais la femme eut au moins l’intelligence de ne pas supplier. Dans les circonstances actuelles, elle venait très certainement d’échapper à un destin bien plus cruel. La bonté de Jan ne subsistait qu’en la présence de la reine et à la sienne, sur le sol français. Elle le sentait et s’inclina profondément, en respect à sa décision, consciente d’avoir trahi bien plus que sa confiance.

« Capitaine. » L’homme de main claqua des fers au sol et recula avec ses hommes, quittant la pièce pour mieux fouiller le palais et ses alentours.

« Nous le trouverons. » Proclama Jan, en toute certitude.

En absolue, certitude.


***


La nuit était grésillante du chant de quelques crickets et des coassements des batraciens du lac, tout près. Au hameau de la reine, désormais une ferme tournant rondement, le calme régnait en tout point. Ni curieux, ni serviteurs, ni visiteurs autre que les gardes qui vinrent entourer les lieux, décrivant un périmètre de sécurité d’où l’assaillant ne pouvait s’échapper.

Dans les bras de son père, Victoire s’était tranquillement rendormie et tout en jetant un regard sur son visage poupon, Jan se surprit à regretter l’absence du futur roi. C’était un homme solide, un combattant et un enquêteur de première ordre, en plus d’animer de quelques feux le myocarde pourtant âgé et rompu de certitudes de Ronce.

Mais Kay était absent et de cette absence profitait une lenteur toute singulière, presque prudente, de chacun des hommes présents.

Pourtant, la reine elle-même pouvait les mener au combat. Et à la voir aussi tranchante, le Mauser en main, Jan ressentit pour la jeune femme une inexplicable bouffée d’amour. Elle était digne. Elle était forte. Elle combattrait longuement.

« Enfoncez les portes. » Claqua Jan froidement, et les luxembelgie s’avancèrent d’un même ensemble, le capitaine en premier, brisant le verrou et le chêne solide d’une unique et solide coup de pied. Le bois céda dans un craquement et brusquement ils infiltrèrent les lieux.

Il y eut un cri – d’homme. Et quelque chose explosa. Comme une poudre à canon. Auquel répliquèrent aussitôt les armes à feu des soldats expérimentés, dédaignant l’épée pour égaler la force de l’inconnu. Jan, occupé à porter Victoire, manqua de faire un pas en arrière mais quand la silhouette bondit par la porte, toute noire, son seul réflexe fut de déclencher le bouclier.

Et l’homme, armé, ne put que constater l’échec de son entreprise quand ayant calculé sa visée, il lança sa bombe qui s’écrasa au sol, à quelques centimètres à peine de Jan.

Simple œuf et non bombe, comme il l’avait espéré. Car tel était le pouvoir de l’ennemi.

« Saisissez le ! » Cria Jan, en ignorant volontairement l’odeur de brûlé et de sang qui montait déjà dans l’air. Soldats, français comme peuple, le saisirent aussitôt, le faisant ployer terre, empêchant ses mains d’attraper d’autres charges et menacer cette fois-ci, la vie de la reine.

On renversa la tête en arrière de l’homme, et le noir qui le recouvrait, de la cendre, coula sous ses larmes de douleur sur un visage bleu, deux yeux clairs, une chevelure de miel et une terreur sans nom.

« Pitié ! Pitié seigneur ! » Clama-t-il dans sa détresse.
« Pitié ? Parce que tu as eu pitié des hommes qui sont entrés ? »
« Ils me voulaient du mal seigneur ! Ils voulaient me tuer ! »
« Et toi que voulais-tu, malin ? A te pencher sur le berceau de ma fille ?! Quel est ton nom ? PARLES ! »
« J’peux pas… » L’étranger déglutit, cilla de Jan à Ronce, implorant. « J’vous en prie ma reine, j’vous en prie je voulais le faire pour vous ! J’suis un bon français, ma reine ! J’suis une bonne âme, j’vous jure ! Mes intentions n’étaient pas mauvaises ! »
« Fouillez le. » La botte d’un garde s’écrasa dans le dos de l’homme et enfonçant sa tête au sol, ils se penchèrent, obéissant, pour tirer de sa veste tâchée de sang et de suie, un morceau de papier, une montre cassée, quelques œufs et un couteau.

Lame tranchante et aiguisée, au manche incrusté de diamants aussi bleu que les yeux de Jan.

Le cœur de celui-ci fut soudain empli d’effroi.

« … C’est avec ça que vous comptiez tuer Victoire… »
« Ma main n’a pu, la gouvernante est entrée ! Oh Dieu ait pitié de moi ! Ma reine ! Je vous en conjure, écoutez-moi ! »

Tout reposait désormais sur la pitié possible de Ronce.









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Ronce de France
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Mar 25 Juil - 23:04
La ferme s'était mué en champ de bataille, Français et Luxembelgeois œuvrant main dans la main contre l'ennemi commun. Ronce avait tenté de tirer au sein de ce maelström tout en évitant, au mieux, ses alliés. Avait-elle touché l'ennemi ? Elle ne savait pas. Mais désormais, mis à terre sous les ordres secs du Kapphären, elle pouvait voir à quoi il ressemblait. Il lui parut pitoyable cet homme qui pleurait et implorait sa grâce. Au moins n'avait-il pas l'affront de faire preuve de bravade alors qu'il était en position d'infériorité. Néanmoins Ronce ne pouvait s'empêcher d'être déçue.

Était-ce véritablement cet homme qui avait tenté d'apporter atteinte à la vie de la princesse Victoire ? Mais, après tout, seul un lâche pouvait s'en prendre à une cible incapable de le repousser.

« Vous dites que vous n'avez pas pu à cause de la gouvernante. C'est donc que vous en aviez bien l'intention. » commenta froidement Ronce avec une voix détachée.

Dominant cet homme sans nom, Ronce continuait à l'observer. Sa main n'avait pas lâché le Mauser et en remontait le canon, lentement. L'homme suivait le processus du coin de l’œil, craignant l'instant où la reine appuierait sur le déclencheur.

« Le Kapphären, sa fille, ses hommes, tous sont mes invités et sous ma protection. Un bon Français ne s'attaque pas aux hôtes de sa souveraine. Même en des temps anciens, on ne versait pas le sang de son invité. Et l'on punissait comme jamais celui qui avait enfreint cette règle ancestrale. »

Le canon était arrivé au niveau du front de l'homme, se stabilisa à la hauteur de ses yeux. L'homme tremblait comme une feuille, le corps tressautant sous sa propre peur. Une odeur aigre s'insinua, probablement la sueur qui émanait de ce condamné qui voyait ses chances s'amenuiser. Ses lèvres continuaient à balbutier des prières, des appels à la pitié.

« Pourquoi aurais-je pitié d'un homme qui a voulu tuer une enfant ? En vous en prenant à la princesse, à son père, vous vous en prenez à moi. Mais, je vous laisse quelques instants, pour me dire pourquoi vous avez voulu faire cela. »

Ronce demeurera lacunaire au sujet du sort qui serait réservé à l'homme s'il se pliait à cette injonction. Elle ne pouvait rien promettre. Elle avait déjà bien trop accordé sa confiance par le passé, et avait manqué d'en payer le prix du sang. Avisant les objets qu'on avait extirpé des poches de l'assassin, Ronce se saisit du morceau de papier qu'elle déplia. Elle en lut le contenu, et sa main se crispa sur le Mauser. La reine tendit le papier au Kapphären pour qu'il puisse lire, lui aussi.

« De ce que je comprends, Kapphären, ces gens n'approuvent pas vos méthodes envers les êtres de magie. »

Le regard de la reine se posa sur l'homme.

« Vous êtes un vous aussi, je présume. Ce bleu... Ce n'est pas un maquillage. Laissez-moi deviner. Votre institution souhaite le meilleur pour les partisans de la magie. Quitte à se salir les mains. Mais, en faisant cela, vous menez le même jeu que ceux que vous souhaitez détruire. Allez. » Ronce s'était avancée d'un pas et le canon se colla contre la pomme d'Adam. « Dites tout. Au moins partez la conscience allégée. »

Du froid coulait dans ses veines, serrait son cœur. La reine qui avait épuré le pays des anti-royalistes, qui avait fait actionner la guillotine reprenait corps. Prêt à faire payer le prix du sang à celui qui avait osé s'en prendre à une enfant.


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Kapphären Jan
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Dim 30 Juil - 13:26


Habiller la mariée

A Versailles, en Novembre 06



Sublime oratrice, implacable dans son sens de la justice, Ronce maîtrisait le Mauser avec une dextérité qui frôlait l’admiration. Ce qui, pour un homme aussi insensible qu’il l’était aux femmes et à leur intelligence, prouvait bien que Ronce avait, si ce n’est sa confiance, au moins son attention la plus respectée. En l’absence de son capitaine, ce fut d’un pas en arrière qu’il vint se placer en retrait d’elle, presque à ses côtés. Berçant Victoire qui rouvrit un œil, dans son sommeil à peine tâché par les explosions, baillant d’allégresse, rassurée de se sentir dans le nid protecteur des bras de son père, Jan fixa l’ennemi. Sa couleur bleue. Sa peur, sa lâcheté. Sa magie. Et ce mot que la reine lui tendit pour mieux le lire.

D’un couffin se cache le serpent. Du sang né l’absolution.


« Un serpent… ma fille, mon unique fille, un serpent… » Murmura le Kapphären, blêmissant de rage à se crisper sur le corps du bébé, qui geignit faiblement. « Et vous voudriez que j’ai pitié de vous. Vous voudriez que je tolère votre présence quand vous n’êtes que… de petites araignées vicieuses, des horreurs, traitres et infâmes, purulentes comme des rats dans des dégoûts… »
« Elle en est une ! » Clama aussi l’homme, sanglotant, les mains crispées sur son pantalon presque à l’en déchirer. Avant de les joindre en prière et relever la tête pour affronter le Mauser. « Elle m’a transpercé de son regard et elle a vu, tout vu en moi. J’ai vu ma vie défiler sous mes yeux aussi sûrement que je la vois au canon de votre arme, ma reine. On attendait de moi un sacrifice pour protéger le royaume du courroux de la magie, je vous en fais la promesse. Tout ce qui s’essayait à être accompli ce soir, n’était que pour votre seule protection ! Mais la magie est en elle. La magie a choisi cette enfant aussi sûrement qu’elle m’a choisi moi. »

Il y eut comme une bourrasque. Un rire de femme, une aura presque transparente, fumerolle de rien, braise d’autrefois, écho d’un souvenir qui fit encore reculer Jan d’un pas. Cette fois-ci effrayé, le front marqué de soucis, ce fut sans peine qu’il se souvint. Des derniers mots de Sigrid. De celle qui fut la première à marquer le sceau de sa rage, sur cette magie honnie. Et entre ses mains, l’enfant leva les siennes. Babillant. Inconsciente. Toute frêle de vie et d’innocence.

« Ma fille… » Chuchota Jan, perfide et blessé. « n’est en rien semblable à vous. Et ce que vous osez déclamer est un crime aussi impardonnable que ce que vous pensiez commettre avec ce couteau. Nul ne sera protégé en France si Victoire devait mourir en ces terres, et cela malgré toute l’amitié que je porte à votre reine. Cela serait une guerre plus impitoyable encore que la peste. »
« Vous brûlerez, la magie vous recrachera et tous vos artifices, tous vos bateaux et vos faux-sourires n’y pourront rien quand la magie se vengera et elle se vengera à travers elle si elle ne doit pas être accomplie par la mort de votre fille ! »

Débarassé de ses semblants de ces dernières craintes, comme offert entièrement au simple fait évident de son propre sacrifice, l’inconnu se redressa, le teint bleu à peine plus clair, trahissant son teint livide.

« Je préfère encore mourir de la main de ma reine. Au moins cela sera juste, que de survivre dans un monde où vous détruirez le seul Bien y substistant encore. Vous êtes »
« Tuez le. »
« comme votre père ! »
« Ronce. »

Ce fut Victoire qui scella l’instant. Tournant son visage vers la Reine. Abandonnée du cercle protecteur de son père, son anti-magie ne pouvant perdurer au-delà de quelques minutes. Son regard clair de nouveau-né se posa sur l’ovale de la jeune femme. Et il y eut un fourmillement, comme l’écho d’une centaine de perles roulant dans un bassin.

Puis l’enfant se mit à rire. Et l’homme-bleue se tint la tête, se bouchant les oreilles, criant à tue-tête, poinçonné de l’intérieur.

« Grande soit la Magie ! Éternelle et grandiose ! Elle me veille et me protège. Elle me guide dans les ténèbres. Puissante lumière ! Réveille les morts ! Guérit les vivants. Veille les blasphémateurs et donne leur l’Essence même de Ta Vie ! »
« TUEZ MOI CETTE CHOSE RONCE. AU NOM DU LUXEMBOURG-BELGIE ! »









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Ronce de France
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Mar 8 Aoû - 13:10
Le regard de Victoire avait happé Ronce au sein d'un maelström de sensations et d'images qui la figea, son bras demeurant tendu, le doigt sur la gâchette. L'enfant avait-elle conscience de ce qui se déroulait autour d'elle, des enjeux qui se jouaient en cet instant et qui dépassait, normalement, l'entendement d'une enfant ? Il semblait à Ronce que le bambin tentait de lui faire passer un message, tendant vers elle des fils invisibles dans lesquels elle l'emprisonnait pour mieux distiller ces images. Cet enfant était touchée par la magie. Ronce le sentait tandis que les fils de Victoire la frôlaient, la caressaient, invisibles mais bien là. Néanmoins elle ne pouvait pas le dire au Kapphären. Car, alors, selon les règles qu'il avait lui-même établi, il devrait se séparer de son enfant. L'exiler de ses terres telle la princesse qui, voulant prouver l'affection qu'elle portait à son père, l'avait comparé au sel.

Alors quoi, fallait-il laisser cet homme la tuer cette enfant dont le seul crime avait été d'être touchée par la magie dans un pays où l'on méprisait ces semblables ? Le Luxembourg-Bergie avait changé sous la houlette du Kapphären, opérait un changement qui le distinguait des couronnes européennes. Si un homme avait permis de changer le cours des choses, une femme en devenir ne le pouvait-elle pas elle aussi ? Quels que soient les arguments de cet homme qui pensait avoir agi pour son bien à elle, elle ne pouvait pas cautionner ses actes. Elle ne pouvait pas accepter que l'on mit fin à la vie d'une enfant. Tout enfant avait le droit de vivre qu'importe ce qu'on pensaient les adultes, même l'enfant le plus malade et le plus chétif qui soit.

« Si je commets une erreur, je l'accepterais. » déclara la reine alors que le cri du Kapphären vibrait encore, emplissait ses oreilles de son écho. Le canon se colla sur le front du condamné qui les ferma avec la mine d'un martyr. « Je ne crains pas la Magie et ses praticiens. Je les accepte. Mais être magique ou non une tentative de meurtre sur une enfant demeure un crime sur le sol français. »

Le Mauser vibra dans sa main lorsqu'elle appuya sur la détente se propageant en ondes dans son bras. Ronce le secoua, de même que l'arme. Un trou net, de la taille d'un Jour d'or, creusait le front. Les yeux de l'homme s'étaient ouverts sous l'effet du choc et offraient un regard vitreux de poisson mort. Le corps s'était affaissé sur lui-même glissant lentement au sol. Laissant soin à ses hommes et à ceux de Jan de s'occuper du cadavre, Ronce revint auprès du Kapphären.

« Victoire se porte bien ? »

Du regard la reine couvait cette enfant dont la présence, seule, avait généré tout ce chaos. Un frisson chatouilla Ronce, glissa sur sa peau – elle prit cela comme un remerciement de la part de ce bambin qui, sous ses airs de poupon, cachait un esprit avisé.

« Je suis désolé de ce qui est advenu, Kapphären. Nous traquerons ces gens. Ce qu'ils commettent n'est rien d'autre que meurtres et brigandages. Ils n'ont aucune excuse. »

Cela la désolait presque. Ronce avait vu, depuis son éveil, bien des faits se dérouler, bien des conflits éclore et se propager plus vite qu'une flamme dans une poudrière. Tant de haine l'avait harassé et épuisé, la poussant à entrer dans ce jeu pour pouvoir y survivre. Mais si même les enfants n'étaient plus à l'abri, qu'allait-il advenir de ce monde. Elle craignait d'en connaître un jour la réponse tout en espérant être encore en vie pour le voir. Car, alors, elle serait encore là pour tenter de s'y opposer, faible muraille face au déchaînement des passions humaines.

De sa main libre, celle qui ne tenait pas le Mauser, Ronce la posa sur l'épaule de Jan.

« Rentrons. Vous avez besoin de repos. Nous ne pouvons rien faire de plus aujourd'hui. Simplement nous renseigner, fourbir nos armes et nous préparer à la guerre si celle-ci doit advenir. »

Et elle se tiendrait sur le champ de bataille, arme au poing, prête à combattre sur la lice. Ils avaient tous voulu une reine, espéré la déchoir de son trône et la soumettre. Qu'ils payent désormais le prix de leur outrecuidance et affronte la lionne qui protégerait d'elle-même ses petits, de la force même de ses crocs.


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