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 Novembre 6. Habiller la mariée

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Ronce de France
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MessageSujet: Novembre 6. Habiller la mariée   Lun 28 Nov - 23:24
Dans un mois elle serait mariée. Les vitraux de Notre-Dame éclaireront la scène qui se jouera en son sein liant la vie de la reine Ronce de France au futur roi selon le rituel sacramentel. Une scène que la concernée s'était résignée à ne jamais vivre ou, par dépit, avec un choix mené dans la précipitation pour éviter le déclin d'une dynastie, sauver les restes épars d'une monarchie empoussiérée. Les prétendants ne s'étaient guère bousculés au portillon – les femmes âgées d'un siècle devaient avoir un effet répulsif. Néanmoins au bout de six années le mariage se profilait. Ronce imagina fort bien sa mère, la reine Aurore, crier au miracle. Elle n'aurait nullement démenti cet élan de foi chrétienne.

La proclamation du mariage avait été menée – articles de journaux, communication radiophonique – nul ne pouvait ignorer cet événement mondain. Au moins la reine pouvait espérer que le mariage attira assez de curieux pour renflouer les caisses des commerces renflouant, ainsi, un brin l'économie du pays. Il fallait savoir rester pragmatique. Un mariage royal coûtait cher, mais pouvait tout autant rapporter à son peuple – il fallait jongler entre les dépenses et les rentrées d'argent.

Et une dépense elle allait en mener une importante rien qu'avec la confection de la robe d'épousée. On n'habillait pas une reine comme une duchesse. Et une reine ne se devait pas de faire appel à un simple tailleur. La missive avait été polie, courtoise, demandant l'aide avisée d'un individu fort bien placé en ce qui concernait la mode. L'homme fournisseur même des atours de la cour française. Le Kapphären Jan Van Veerle.

Lorsque le dirigeant rejoignit Versailles il put trouver un palais plongé dans une effervescence encore bien plus pressante qu'à son habitude. Ce n'était pas le bruissement habituel des murmures enjouées et des éventails agités qui régnait au sein de la Galerie des Glaces mais l'élaboration d'un plan de bataille finement calibré où chaque domestique, chaque femme de chambre, chaque laquais jouait le rôle de pion. Maillons d'une même chaîne si l'un rompait, l'équilibre était brisé.

Souveraine au sein de sa fourmilière la reine attendait son visiteur en haut des marches, le laissant les monter alors qu'il descendait tout juste du fiacre. Ronce tendit sa main gantée esquissant un sourire qui n'avait rien de ces expressions policés qu'on vous apprenait lors de vos cours de bonne manière. La souveraine avait su apprécier le prince du Luxembourg-Bergie lors de son séjour à l'occasion de l'exposition universelle qui s'était tenue à Paris. Ils s'entendaient tels de bons voisins qui se saluaient de chaque côté de leur haie mitoyenne.

« Je vous remercie d'être venu aussi promptement Kapphären. » Le regard de Ronce accrocha un visage adorable, de ceux capable de faire s'extasier une foule de femmes. « Mais n'est-ce pas la petite Victoire qui vous accompagne ? »


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MessageSujet: Re: Novembre 6. Habiller la mariée   Sam 3 Déc - 12:45


Habiller la mariée

A Versailles, en Novembre 06




14 septembre 06



Elle aurait dû naître à Kastamer, cette chose vacillante et braillarde, tellement bruyante d'ailleurs que cela avait coupé net la salve nerveuse de ses doigts sur le piano. Elle aurait du naître là-bas, entre les pierres rouges et les meilleurs souvenirs de sa vie mais elle avait choisi son monde, le grand palais du Luxembourg, pour venir hurler toute sa vie et malgré la rage, la peur, la soudaine jalousie qui l’avait pris de savoir que cet être, issu de lui, avait la chance d’être une fille, à croiser son regard gris dans ces lambeaux de linges mouillés de sang, Jan y avait vu une étrange ironie.

Puis elle avait redressé la tête, et s’agitant entre les bras de la nourrice qu’on lui avait déjà désignée, avait tendu ses bras au hasard, sans vraiment le choisir. Juste par réflexe de celle qui soudain, a toute la place pour exister. Il l’avait envié pour cela. Il avait observé chaque contour de son visage fripé sans parvenir à la trouver jolie. Il avait caressé le duvet noir de ses cheveux avant de demander à ce qu’on la lui tende et faisant fi des traditions qui voulaient qu’un père « ne s’occupe pas de ces choses-là » sauf si « c’était un mâle » avait contemplé cette héritière étrange, régurgitant son eau trop longtemps contenue, peinant à respirer, comme elle, et n’écoutant que d’une vague oreille les mots du médecin venu pour l’occasion, sans parvenir là encore à y éprouver de la déception.

« Votre femme est au plus mal… »
« Va-t-elle mourir ? » S’était-il tout de même entendu répondre, tandis que Victoire s’endormait enfin dans ses bras.
« Non, nous avons réussi à la stabiliser mais sa fragilité n’a pas aidé. Ces derniers mois ont été conséquents pour elle, et il me faudra rester à son chevet pour l’observer, seulement, Kapphären… »

Son regard bleu roi avait cillé vers l’homme et c’est tout entier, de ce seul coup d’œil, qu’il l’avait embrassé.

« Dites moi. »
« Je crains que votre épouse ne puisse vous donner un autre enfant sans y laisser la vie et prendre celle qu’elle portera en son sein. »

Jan s’était alors obligé à baisser les paupières, comme partiellement affligé d’une telle décision, de celle qui poussait des dirigeants comme lui à répudier leur femme pour mieux songer à la lignée. Mais elle était là, la lignée, le sang rouge et non bleu. Être misérablement trop fragile et trop jeune, claquant de ses lèvres sur ses gencives édentées, comme des baisers à l’existence qui venait de prouver sa force en l’extirpant d’un ventre que Jan aurait voulu stériliser.

Frapper aussi, quand l’arrondi avait forcé les tailleurs de son pays à reprendre chacune de ses robes, à lui faire porter des corsets spécialisés pour ne pas l’étouffer. Frapper, jusque ce qu’il la perde, jusqu’à ce qu’elle s’en aille, cette autre menace sans sexe. Frapper, jusqu’à ce que l’autre la vomisse et en crève à son tour.

Mais Victoire était là. Première de son nom, première de son sang. Avec ses tremblements de nourrisson. Et plutôt que de la redonner à la nourrice, murmurant à mi-voix qu’elle devait la ramener à sa chambre, Jan l’avait emporté.

Loin, loin dans le palais. Loin des corridors où autrefois, un Roi y avait été tué. Loin de la folie de sa mère, des portraits de son frère, des souvenirs, des robes, des perruques, des colombes, des oiseaux bleus. Loin des ennuis du monde, de ses responsabilités, des âmes sœurs écorchées. Un peu plus loin que la vérité de sa naissance et de sa propre haine.

Loin de tout ça.

Et pour la première fois en de longs mois de silence et de cils bordés de bleu, en l’entendant gazouiller dans son sommeil, Jan s’était surpris à rire.


14 octobre 06


« Au niveau des chargements, nous pensions doubler la place dans la cale mais cela signifierait un manque pour les voyageurs. Cela pourrait nous permettre toutefois d’emporter un peu plus de voitures et la demande se fait forte auprès des architectes… »
« A combien sommes-nous ? »
« Une. Peut-être deux… nous voulions en prendre quatre. »
« Quatre me semble intéressant. »
« Cependant au niveau des bagages… »

Un pleurnichement se fit entendre, et se redressant, la nuque à peine endolorie, posant loupe et luminaire pour se détacher de ces plans ridiculement précis et petits, Jan fit trois pas en direction du berceau posé dans la pièce de travail. Tendant l’index à Victoire qui le happa avec gourmandise, croyant téter un sein.

« Faites sonner s’il vous plait. »
« Victoire ne serait-elle pas mieux avec sa mère ? »

La question, presque abrupte, fut toutefois accompagnée du geste d’appel et la servante, entrant dans la pièce, se dirigea aussitôt vers l’enfant, habituée à ces sonneries toutes les trois heures ou presque. Jan ne s’écarta pourtant pas du lit de Victoire, surveillant les gestes de la femme avec une attention frisant la folie. Et la suivit du regard quand elle vint l’emporter à la nourrice, tout dans son attitude l’enjoignant à la lui ramener une fois fait.

« Bettina est trop faible pour s’en occuper, je vous l’ai déjà dit. »
« Mais en tant que père… »
« Oui en tant que père vous vous inquiétez de la descendance, je le sais. Je me demandais seulement quand vous oseriez venir me fatiguer avec vos questions incessantes. Bettina se repose et ne fera que cela désormais. Rester ici, à ne pas trop s’épuiser de la compagnie de ses amies ou d’autres affaires trop pressantes, comme les visites diplomatiques ou les voyages inaugurales. »
« Nous savons tous qu’elle ne pourra vous donner un fils. Mais si vous comptiez la répudier… »
« Très cher duc. Beau papa. »

Revenant près des plans du Belgie, ce fut avec une étrange placidité frôlant le mépris que Jan s’approcha du père de Bettina, la main gantée posée sur son épaule en une prise ferme d’oiseau de proie. En quelques mois et au gré de ses propres manigances en tant que Regina, notamment à l’Est, il avait appris à assurer son pouvoir de manière presque moins conventionnelle. Et ce qui se pressentait, auprès de son propre pays qui, formant une Assemblée d’élus, commençait déjà à traiter avec lui des points importants concernant le peuple, ne laissait que présager la suite du grand royaume Luxembelgeois.

La fin se précisait, pour eux tous, et sans doute que le Duc entrevoyait sans peine le jour où son propre titre ne lui serait guère plus d’utilité. En attendant il était l’heureux propriétaire d’une grande ligne de construction aéronautique. Et par chance, Jan misait sur cet aspect de leur économie pour faire fructifier ses rêves. Il en avait donc encore besoin.

« Je ne répudierai pas Bettina. J’entends la garder à mes côtés, de manière simplement plus… nostalgique. Et sans que sa présence physique ne vienne à ralentir notre avancée. Elle mérite le repos, après m’avoir offert un tel cadeau. Victoire ne sera pas séparée de son amour, simplement protégée de ses mauvais penchants. »
« Mauvais penchants ? Bettina est une jeune femme douce et obéissante qui n’a toujours fait que des efforts pour vous p- »
« Le Délirium, cher Duc. Vous ne pensez pas un seul instant que je suis ignorant des faits qui ont contaminé mon frère ? Bettina l’a attrapé bien avant cela mais c'est à la nuit de noce que j'ai eu pour preuve ce secret que vous avez si bien réussi à me dissimuler, vous et mon propre père. Je doute que ce dernier aurait subitement eu la stupidité de ne pas faire vérifier l’hymen de votre fille. Sauf si tout son plaisir était à me nuire. Ma réputation et celle de votre fille n’ont pas eu à en souffrir. Mais votre petite Bettina n’est qu’une traînée, comme une autre. Ouvrant ses cuisses dans les jardins de ce même palais où vous officiez, à essayer de me donner une énième leçon paternaliste dont je me passerai bien. Alors maintenant, au lieu d’hoqueter de rage, au point que vous semblez presque prêt à me frapper ce qui signerait bien évidemment votre arrêt de mort et la récupération totale de votre entreprise par mes bons soins, servez-moi dignement et répondez à cette question : les travaux du Belgie seront-ils prêts à temps pour le 1er janvier ? »

Le silence fut parsemé de mouches, grésillantes comme tombées sur une lampe. Mais dans un filet de voix étranglée, ce fut avec le plus de calme possible que le Duc d’Andriessen lâcha un simple :

« Oui. »

Aussitôt la main de Jan glissa de son épaule pour en revenir au plan.
Ignorant presque aussitôt la menace et l’existence de leur conversation.


Novembre 06


Fermement calée entre les bras de son père, sous le regard aussi nerveux que scrutateur de la nourrice leur faisant face, Jan riait de voir Victoire essayer de lui sourire, son doux visage de bébé se plissant dans des rictus ignobles l’enlaidissant tout à fait.

« Voyez vous comme elle est ridicule. Oui tu es ridicule ma petite, vivement que les quenottes te poussent que cela fasse plus de sens. Oui ma douce, tu peux bien essayer de baver tes reproches je sais que tu n’y entends rien… » Son doigt vint caresser l’arrête du nez du poupon, tout en jetant un regard curieux au parc de Versailles, s’ouvrant pour laisser passer la délégation. A la suite du carrosse du Kapphären, beaucoup plus traditionnel que toutes ces mécaniques à charbon qui commençaient à pulluler au sol, une ribambelle de chariots apportaient avec lui les couturières, modistes, chapeliers et autres servants, en plus de leur matériel.

Car la Reine Ronce allait se marier, et plutôt que d’offrir la création de sa robe à n’importe lequel des grands noms de son pays ou d’ailleurs, c’est à lui et à lui seul qu’elle avait fait confiance, affichant son argumentaire par le biais d’une missive qui l’avait obligé à changer ses plans. Mais Regina aurait son heure et c’est en s’arrêtant devant les marches du palais, que Jan descendit, le dos droit et fier, vêtu de blanc comme à son habitude, la cape rouge glissant le long de ses mollets tandis qu’il l’attrapait pour en couvrir l’enfant, la protégeant du froid.

Grimpant les marches avec vigueur, sous le hoquet un peu surpris de la nourrice, ce fut avec dignité qu’il s’inclina face à la Reine. Avant de lui présenter le visage de Victoire, à moitié endormie, faisant suite à son exclamation.

« Majesté, c’est un plaisir pour moi que de pouvoir participer activement à l’une des meilleures nouvelles que nous ait offert cette grande année 06. Voilà qui termine l’année à merveilles, si je puis me permettre et vous féliciter une énième fois. Pour ma part, en plus de ma récente acquisition en Amérique du Sud, nous en remercierons l’Empereur Eddelstein, voilà mon occasion de vous présenter l’une de vos toute petite cousine, si nos arbres généalogiques ne me trompent pas. Oserais-je vous demander un baiser en guise de bénédiction ? »

Il aurait pu, pourtant, ressentir de la rage face à celle qui, il y avait comme des années des siècles de cela, avait laissé un homme qu’il aimait être jeté dans une fosse commune sans plus de cérémonie. Mais comment lui en vouloir, quand elle n’était pas à l’origine de l’incident. Quand seul l’orgueil et l’égoïsme avaient su condamner son oiseau de proie. Elle avait agi, pour tout dire, avec le panache d’une reine qui savait gouverner et punir ceux qui la trahissaient. Et étant passé devant l’absence, vide cruel qui saurait être bientôt comblé par les architectes et les jardiniers du palais, du poste de médecine, de cette douane dans laquelle il avait passé une longue semaine de morsures et de passion, Jan y avait fait son deuil d’un regard, laissant ses pensées s’effilocher tout comme sa peine.

Il était passé à autre chose, malgré l’existence des oiseaux bleus. Et Victoire maintenant, retenait toute son attention.

« Bettina est souffrante, je crains que l’accouchement n’ait encore plus fragilisé sa santé. Elle vous présente ses excuses et vous prie d’accepter un modeste présent que mes suivants peuvent vous apporter. » L’un des serviteurs, à l’affût de ses mots, se présenta bien vide, un maigre coffret entre ses mains. « Nous l’ouvrirons à l’intérieur, si vous me permettez. Car j’ai hâte de discuter avec vous de la consécration de vos rêves. J’espère que vous avez déjà une idée de la tenue que vous voudriez arborer à votre mariage. Parce que sinon, ma chère Majesté, si je puis me permettre, j’ai l’esprit bouillonnant d’une parure qui ne saurait que magnifier votre présence. On ne verra et on ne parlera plus que de vous pour les trois prochains siècles ! »

Et gargouillant de consort, comme approuvant les paroles de son père, Victoire émit un balbutiement aussi grotesque qu’adorable, ouvrant les yeux pour observer la Reine.









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MessageSujet: Re: Novembre 6. Habiller la mariée   Mer 7 Déc - 21:17
N'ayant jamais vu l'épouse de l'ancien médecin royal il était impossible à la souveraine de reconnaître, en les traits du Kapphären, ceux d'une autre, d'apercevoir un étrange sentiment de familiarité. Ainsi le secret était préservé et seul le Kapphären connaissait les dessous des cartes, possesseur d'une double-lecture à laquelle Ronce n'y voyait goutte. Elle put ainsi se pencher sur la petite Victoire nichée au sein de la protection des bras paternels, geste audacieux et puissamment moderne. Mais était-il étonnant, ce geste, venant d'un homme préparant, doucement, la transition de son royaume vers la république ? Nullement. Il était en adéquation avec sa personne, frappant d'avancé, de modernité. Alors que la souveraine de France continuait à amener doucement les avancées de maintenant, le Kapphären Jan Van Veerle avait posé ses pieds vers le futur.

« Laissez-la aux mains de ma cour et cette enfant sera la plus bénie de toute l'Europe. » glissa Ronce tandis que ses lèvres se posaient sur le front, chatouillant le duvet brun des cheveux. « Ainsi, mademoiselle, vous voici la personne la plus jeune qui me soit donné d'avoir embrassé. »

En un autre temps, la vision si proche d'un enfant de sang royal aurait fait couler un plomb lourd dans le cœur de la souveraine. Lui rappelant combien sa couche était stérile du fait de l'absence d'époux. Un affront que le mariage allait effacer. Et ce avec l'aide avisée du Kapphären.

La main de la souveraine se posa sur le bras de Jan lorsque fut mentionnée Bettina. La reine ne la connaissait guère – visage fugace, ombre furtive. Mais son cœur allait vers la souveraine Luxembelgeoise par instinct, par compassion féminine.

« Votre épouse est toute excusée. J'ose espérer que son état saura s'améliorer et qu'elle pourra nous faire la grâce de sa présence à Versailles dans les temps à venir. Venez. » ajouta-t-elle après avoir souri au trait d'esprit du dirigeant.

Les portes de Versailles s'ouvrirent devant la souveraine et ses invités tandis que Ronce ouvrait la marche, guidant Jan Van Veerle et sa fille au sein des larges couloirs du palais. Malgré la volonté d'avancée du royaume, le rococo continuait à tenir ses lettres d'or en ce lieu. Versailles était immuable, semblant à la fois surgir d'un autre temps et être au goût du jour. Il y a un siècle sa création était vue comme une œuvre d'avant-garde. Aujourd'hui il s'incrustait admirablement dans le temps.

Les domestiques ouvrirent les portes d'une salle aux mesures modestes (du moins à l'aune de Versailles) - un boudoir aux couleurs pastels comme l'adulaient les Français avec ses meubles en courbes et rondeurs. Les domestiques tirèrent les sièges, invitant chacun à y prendre place.

« Prenez place. » précisa Ronce avant de s'asseoir. « Si vous souhaitez un berceau pour la princesse, nous pouvons vous en amener un. »

Aussi bienheureux soit le père il souhaiterait, sûrement, libérer ses bras. Un domestique se tenait prêt à emplir les tasses tandis que elle déposait, sur le guéridon, les douceurs françaises, comme les macarons de La Durée au sein de leur coupelle ciselée.

« Parlons donc de la robe, Kapphären. J'ai quelques idées mais je n'ai point l'instruction et le sens du détail comme vous à ce sujet. Simplement une sensibilité toute féminine. Je souhaiterais conserver ce qui fait de la France ce qu'elle est, sa culture. Me vêtir comme les dames de notre siècle serait un grand pas, je le sais. Mais je craindrais de mettre au tapis ce qui distingue mon royaume des autres. Ce serait presque aussi incongru qu'une Scandinave se mariant en robe anglaise. » Un sourire, un temps, laissant son interlocuteur réfléchir à un jugement. « Le faste rococo a de quoi déplaire, je le sais. Mais une reine de France ne se mariant pas en tel équipage ne serait-il pas malvenu ? »

Par à-coups le regard de la souveraine se posait sur le paquet que tenait un valet du Kapphären se demandant bien quel présent se trouvait à l'intérieur.


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MessageSujet: Re: Novembre 6. Habiller la mariée   Ven 9 Déc - 22:36


Habiller la mariée

A Versailles, en Novembre 06




Au baiser comme à la parole engageante de la reine, Jan retint un sourire aussi enjoué que nerveux, refermant sa prise sur le corps de sa fille comme si la jeune femme, soudain, menaçait de la lui arracher. Ce fut pourtant sans empressement qu’il s’écarta d’un court pas, son regard bleu roi dévorant les paupières endormies de son enfant, des paupières qui porteraient bientôt le joyau des Monbéliard, il en était assuré. Il vouait pour la petite une adoration sans nom et murmura presque pour lui-même :

« Oh je vais protéger ma solitude en continuant de me distraire de sa présence, encore un temps, si vous me permettez… Puis je vous la remettrai pour parfaire son éducation, qu’elle puisse apprendre des personnes sages de ce monde… comme de son parrain, l’Empereur Edelstein qui se fera une joie, j’en suis certain, de lui apprendre la Vraie Musique. »

Il espérait simplement pour Victoire un goût voire un don certain pour les partitions et le clavecin ou les longues heures en compagnie de Friedrich Franz Eddelstein feraient en sorte de l’en dégoûter à jamais. Mais cette plaisanterie, de lui à lui-même, ne trouva que le silence de ses pensées et ce fut avec calme qu’il vint emboîter le pas de la reine, distrait dans sa bonne humeur par l’invitation faites à son épouse.

Pour ce que cela lui faisait, Bettina pouvait bien rester enfermée au château du Luxembourg jusqu’à la fin de sa misérable vie. Il n’en avait plus aucune utilité. Mais il lui fallait donner le change face à la souveraine et d’un ton tranquille, quoique faussement peiné, il lui assura d’un ton doux :

« Dès que ma tendre Bettina s’en sentira la force et l’humeur, je vous ferai parvenir une missive répondant à votre invitation. Nul doute que l’air frais de Versailles ainsi que ses distractions lui feront un meilleur teint. » Son pas noble résonna bien vite dans les couloirs presque sombres du palais mais les portes s’ouvrirent sur une salle de réception à la hauteur de sa présentation, et le regard de Jan s’en trouva aussitôt fort satisfait. Suivi par sa délégation, il fut ainsi le premier à prendre place, hochant simplement de la tête à l’égard d’un serviteur quand Ronce lui proposa un berceau.

« Faites oui, Victoire est charmante et désormais bien endormie, mais elle commence à peser lourd, comme tout petit paquet de son gabarit. En espérant qu’elle ne nous crée pas la surprise par l’une de ses malcommodes attentions dont elle sait parfois avoir le secret. Sa nourrice n’est pas loin pour cela de toute façon. Madeleine ? » La femme esquissa aussitôt une révérence dans son habit noir et blanc et, discrètement, s’approcha pour reprendre l’enfant, prête à lui donner le sein à l’écart si nécessaire ou à changer la royale couche de la descendante.

« Et maintenant, passons aux choses sérieuses… » Claquant des doigts à l’attention du serviteur porteur du cadeau, il fit passer le présent sans grande cérémonie. Le posant aux mains de la Reine avant de s’écarter à nouveau, disposant les serviteurs armés de coffrets. Dont une large malle qu’il fit aussitôt ouvrir. « Des boucles d’oreille en forme de trèfle. Bettina pensait que cela vous siérait, certainement pas pour le mariage, nous avons ici une meilleure parure. Mais cela saura vous porter chance. » Le trèfle étant aussi symbole de fertilité, Jan n’eut qu’un simple regard entendu en direction de Ronce avant de laisser ses sbires saisir les différents tissus soigneusement pliés.

Les étalant au grand jour, dans un soupir commun du personnel de Ronce, présent en tant que témoins.

« Roccoco. Voici le maître mot de ma collection. Certes, je me serais fait un plaisir d’attendre vos conseils mais l’inspiration elle, ordonne et ne patiente pas ! Aurais-je pu tolérer un seul instant qu’un couturier de bas-nom vous présente une œuvre résolument futuriste et déracinant les valeurs profondes de votre royaume ? La France sort du sommeil et le Roccoco prend place dans le temps, comme une marque intemporelle qui saura faire parler encore longtemps ! Robe ancienne, dans la tradition de votre mère, que son âme défunte puisse bénir vos noces. »

Les serviteurs s’écartèrent, chacun saisissant un pan de la robe. Aussi blanche et armée de dorures que le palais de Versailles lui-même.

« Large de près de trois mètres, l’un de mes plus grands succès. A l’Eglise, point de Modestie. C’est le mariage de notre ère, et je veux que votre souvenir soit impérissable. Vous prendrez toute la place, qu’importe donc votre mari. Même si pour monsieur, j’ai aussi sa toilette. Un costume militaire, bien plus cintré, un tantinet slave pour le rappel de ses origines mais aux couleurs de la France. Mais avant tout, vous. Vous ! »

L’index posé à ses lèvres, Jan fit face à Ronce.

« Et une traîne de 12 mètres. Le record actuellement. Portée par 7 enfants de chœur, tendres chérubins. A droite les filles, à gauche les garçons. Tous habillés dans votre lignée, blanc, et dorures. Pour la couronne, je ne m’en mêle pas, je sais que les joailliers de France sont parmi les meilleurs de ce monde. Même si je vous aurais proposé de faire appel à Fredrick Van Taffel, un Autrichien justement. Excellent, je l’ai rencontré pour la bague de Bettina. Un pur génie. »

Ses mains claquèrent deux fois dans l’air. « Et on prend des notes ! Je ne fais pas venir des secrétaires pour qu’ils lambinent à bailler à un moment aussi important ! » Toute l’assemblée sembla frémir et les luxembelgeois présents, secrétaires ainsi indiqués, sortirent aussitôt papier et plumes encrées pour mieux rédiger les notes et conseils du dirigeant.

« Souliers feuilletés d’or, boucles serties de diamants, comme la parure de votre robe pour la broderie fleurie à chaque feuille de soie formant la jupe, une perle à la pointe, volants à l’épaule de soie blanche et fils dorés, manches en organza blanc. On vous veut fleurie, dame nature fertile pouvant donner une descendance à la France. Cela ira merveilleusement bien avec les lys brodés sur votre cape de velours pourpre pour la fin de soirée. Vos bijoux, raz du cou pour libérer la gorge et l’ampleur de votre féminité, et à l’oreille, des larges boucles ovales pour souligner la pulpe de votre bouche. Pour la coiffure, nous pensons hauteur et boucles, paillettes d’or et rangs de perles, ça sera exquis. »

Un regard à Ronce.

« Je vais trop vite peut-être ? Qu’en pensez vous ? Car si là s’impose la tradition, je sais comment vous amener peu à peu à votre époque et cela nécessite un peu moins de témoins. »



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MessageSujet: Re: Novembre 6. Habiller la mariée   Sam 17 Déc - 21:33
Les doigts de Ronce entrouvrirent le coffret déposé entre ses mains, ses yeux admirant les boucles d'oreille. Trèfles aux couleurs émeraudes finement ciselées, une parure toute en discrétion. La souveraine avait déjà une idée de quelle tenue elle porterait pour aller en adéquation avec ce présent. Ronce offrit un sourire, en guise de remerciement, au Kapphären tandis que ses doigts refermaient le coffret, le tendant à une de ses domestiques qui irait leur faire rejoindre le coffret de bijoux royaux.

Et la valse commença. Valse des tissus que le Kapphären fit dérouler tandis que sa voix vibrait, exposant ses idées avec la fébrilité d'un créateur démontrant tout son art à un potentiel mécène. L'exposition de la robe fut accueilli à grands cris, vivats des domestiques femmes qui buvaient chaque centimètre carré tel une potion de jouvence, désireuses d'imprimer cette image en leur mémoire. Tout en sachant qu'une poignée d'entre elles aurait la chance de la toucher le temps de vêtir la reine. Jamais elles n'auraient plus l'occasion de toucher vêtement aussi luxueux.

Les yeux de Ronce suivaient la danse imposée par le dirigeant du Luxembourg-Bergie, danseuse emportée par la fougue de son cavalier. L'homme nageait au sein de la description de la robe tel un poisson pilote, filant droit. Ronce eut un regard rapide pour les scribes, ayant eu une pensée pour ces gens dont la main devait être aussi rapide que la langue de leur dirigeant. Le papier devrait presque fumer sous la pointe de la plume.

La souveraine ne put s'empêcher de cligner des yeux lorsque son interlocuteur eut stoppé sa diatribe. C'est que l'homme l'avait presque sonné avec toutes ces informations. La reine eut un petit soupir.

« Que dire Kapphären ? Vous avez déjà songer à tout ! La robe est exquise ! » Et elle l'était indubitablement. Certes peu pratique avec sa traîne mais ce n'était pas là ce que l'on demandait à une robe de mariage. « Vous avez songé à tout ! Enfin, presque... »

Le sujet était délicat à aborder, empli de tabous et de termes qui devaient être finement choisis. Néanmoins Ronce n'avait pas oublié l'éclat dans le regard du Kapphären lorsqu'il avait présenté son présent, ni même sa présence lors de sa bourde monumentale au sein de l'exposition. Jan Van Veerle était un homme, qui plus est mari et père. Le sujet ne lui était pas inconnu. Et encore Ronce ne savait pas jusqu'à quel point.

Saisissant la perche que lui avait tendu le dirigeant, la reine intima l'ordre aux domestiques de sa maisonnée de quitter temporairement la pièce. Laissant le Kappharën de qui aurait le droit de rester ici ou non. La salle moins encombrée, la reine se mordilla la lèvre avant de parler.

« Vous savez, bien mieux que ma personne, que mariage rime avec nuit de noces. Et je sais que l'art de votre pays au sein de la mode s'étend jusqu'aux détails les plus intimes. Serait-il possible de discuter de la lingerie qui s'assortira à la robe ? »

Tout en parlant, en mettant les mots sur ce qui l'occupait, Ronce reprenait un peu d'aplomb. Sûrement aidée, qu'elle était, par l'écoute polie de son interlocuteur, l'absence de jugement et de moquerie.

« Il faudrait qu'elle soit pratique à, comment dire, manipuler ? Mais à la hauteur de cet événement. Une reine ne peut pas se contenter de dessous communs. De quoi faire rougir la plus fougueuse des courtisanes tout en veillant à ne pas sombrer dans la provocation de maison close. Je sais que c'est là un sujet clairement féminin, mais vous êtes maître en la matière de la mode et... Je suppose que votre expérience d'époux peut permettre d'avoir un point de vue... intéressant. »

Si un jour on lui avait assumé, de facto, qu'elle parlerait lingerie féminine avec le dirigeant du Luxembourg-Bergie, Ronce aurait rit au nez de l'impudent. Mais il allait de soi qu'elle n'allait pas se contenter de ses dessous habituels. Son futur époux les connaissait déjà.


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MessageSujet: Re: Novembre 6. Habiller la mariée   Ven 23 Déc - 18:32


Habiller la mariée

A Versailles, en Novembre 06



Ah ! comme il était parfois amusant de constater d’à quel point un sommeil de cent ans ne changeait rien à l’apparence et l’attitude parfois juvénile de Ronce de France. Toute empêtrée dans ses carcans actuels, n’osant pas, ne demandant qu’à peine, elle se tordait comme une ronce sur un muret et le regard parfois fuyant, ne déclamait qu’à moitié ses intentions dissimulées. Pendant un court instant, la Regina en lui la trouva sotte et gauche mais cette part féminine qu’il idolâtrait parfois à la haïr, se rendit finalement vite compte qu’il n’y avait, à l’observer, qu’une simple pucelle à former, comme il l’avait été lui-même dans le temps.

Cela remontait alors à tant d’années en arrière, ces premiers essais fructueux sur des hommes avilis à son pouvoir, jouets serviles et gémissants qui se gorgeaient de suc sans pouvoir planter leur sève, quand lui, elle, habillé-e et face à eux, prenait mesure de son importance et de ses actes avec la fébrilité de celleui qui ne peut quand même trahir son secret.

Mais aujourd’hui, il avait une vraie femme à éduquer et pouffant de rire mentalement, se faisant mère maquerelle comme il devait pourtant en exister tant, en France comme ailleurs, Jan se tourna vers ses serviteurs et claqua deux fois des mains.

« Du balais. » Ordonna-t-il sans manières avant que ses scribes n’hésitent à en faire de même. « Allez oust, vous n’aurez pas besoin d’écrire ce que nous allons décider ensemble. J’ai encore assez de mémoire pour travailler seul. » Et agitant sa main, il ne prit pas la peine de les raccompagner à la porte, laissant cette dernière se fermer derrière eux.

Ils n’étaient plus que seuls et c’était très bien ainsi. Et l’écho de leurs voix se renvoya aux portes où certains devaient tout de même espionner.

« Ah Ronce… Ronce, ma chère majesté, si je peux m’exprimer ainsi, votre volonté attendrissante me bat les veines d’une inspiration subite. Ne vous inquiétez pas. Nous saurons faire face à nous deux à cette étape fondamentale de votre existence. J’ai bien pris note de vos intentions et je crois avoir quelque chose pour vous. Non pas dans mes valises, mais dans mes croquis ! Je ne me serais pas permis de vous présenter votre intimité devant foule de témoins arrogants qui se seraient précipités à l’extérieur pour y distribuer mes créations. Ces pilleurs modernes. Ils me plagient et en sont fiers quand ils ne se moquent pas. »

D’humeur plus emportée encore, Jan se dirigea à grands pas vers l’un de ses coffrets. Et en tirant une certaine somme de parchemins, les délia un à un jusqu’à trouver ce qui correspondait le mieux.

« Ah ! Voilà qui est parfait. Vous m’avez dit pratique et je suis bien aise de croire que celui-ci le sera dans une moindre mesure. Il est relativement moderne, vous allez en comprendre l’idée. » Et riant, comme le jeune garçon qu’il était encore, le cousin se rapprocha de la digne souveraine de France pour lui dévoiler le croquis.

« Corset amélioré, dans la lignée de ce que sera notre modernité. Rubans et dentelles, le tout dans un tissu d’un rose assez clair – le plus proche du rouge que nous pouvons nous permettre dans ces circonstances. Balconnets renforcés pour mieux tenir la poitrine, les fils à l’arrière ne sont que décoratifs. Le système se tient par trois pinces, en haut, au creux des reins et au bas. Ils rapprochent le tissu, l’affermissent à la peau mais seront faciles à retirer. Même par vous, j’en fais serment ! Ensuite la ceinture, bouffonne aux hanches, sans organza mais toujours de la dentelle et de la soie, voyez le nœud à la pique de votre féminité. Et plus bas, le jupon, faussement rentré à l’entrejambe comme pour esquisser la silhouette d’une culotte masculine et s’arrêtant à – oui, vous avez bien vu – au-dessus du genou ! »

Son doigts en vint en tracer le fil, d’un ongle propre et lisse.

« C’est après à vous d’ordonner. Soit je vous pare de bas soigneusement accrochés par une jarretelle simplement plus basse qui sera, si elle n'est facile à retirer, facile à arracher. Soit nous laissons la jambe nue et je vous avoue que cela serait d’un tel manquement au protocole que je ne peux que vous y encourager ! »

Puis un murmure.

« Je ferais même mieux. Si vous la laissez nue, je vous confectionnerai le premier bijou de jarret jamais porté par quiconque. Soulignant la courbe et tombant sur la pantoufle qui ornera vos pieds. Côté gauche, le cœur. J’ai déjà l’esquisse en tête. Qu’en dites-vous… ? »

Et Regina dans son imaginaire, de battre les mains follement. Veuve éplorée certes, mais toujours une enfant.



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MessageSujet: Re: Novembre 6. Habiller la mariée   Sam 31 Déc - 1:19
C'est qu'il avait su prévoir le coup, le malandrin ! La souveraine de France en était plus amusée que choquée, probablement à cause de l'effervescence communicative du Kapphären. Il était comme un enfant heureux de partager ses dernières découvertes. Ronce se laissa fléchir, détaillant les croquis que lui dévoilait Jan. Ne pouvant pas, pour autant, refréner le rougissement naissant sur ses joues et sa nuque. Jusqu'à présent la souveraine n'avait connu que les corsets se nouant, et dénouant, via le jeu subtil des lacets – discipline à laquelle aurait excellé un chat. Alors un jeu de pinces... C'était outrageusement moderne !

« Grand Dieu ! » ne put-elle s'empêcher de se ré-crier. « On n'arrache pas des bas ! » Au prix que cela coûtait. « Et Monsieur m'entendra s'il ose faire cela. » Puis comme si c'était là un vêtement gênant pour des embrassades. Elle devait bien porter des gants en toute circonstance. C'était à croire que les hommes n'appréciaient la lingerie que pour mieux en dévêtir les femmes. Ronce posa un index sur sa lèvre inférieure avant de lever le regard vers Jan. « Que proposez-vous en bijou de jarretière ? Il faudrait que cela s'accorde avec l'ensemble – lingerie et robe. »

Et elle n'allait pas attendre, bêtement, que le Kapphären mena tout le travail. Ronce y alla de son petit commentaire. Après tout elle était la première concernée par l'affaire. Les hommes du monde entier pouvaient bien faire pression, le choix demeurerait sien avant tout.

« Ou les deux ? Des bas montant jusqu'à la mi-cuisse dont la gauche serait sublimée par la jarretière ? Je pense que, pour l'occasion, l'opacité du bas pourrait être revu à la baisse – histoire de donner l'illusion de la nudité sans l'être. Pour la jarretière, reprendre le ton rose du corset en le soulignant d'un liséré bleu de France ? Je crois me rappeler que la teinte se rapproche de celle arborée par les costumes slaves. » Ou comment, subtilement, par la gamme des teintes symboliser l'union future. « Il ne manquerait plus que ajouter à cela quelques pierreries et un bijou en pendant. Un lys ? » songea la reine, accompagné d'un froncement de sourcils tandis qu'elle réfléchissait. « Ou mieux vaut-il abandonner toute symbolique royale pour quelque chose de plus... romantique ? »

Dans une autre époque, la discussion aurait eu lieu dans un cadre plus intime, moins protocolaire avec supplément de boissons alcoolisées. Néanmoins, malgré leurs liens de sang, les deux dirigeants n'étaient point assez proches pour se permettre tant de familiarité. Ils venaient déjà de passer l'équivalent du Cap Horn rien qu'avec ce sujet de discussion.


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MessageSujet: Re: Novembre 6. Habiller la mariée   Mer 11 Jan - 18:40


Habiller la mariée

A Versailles, en Novembre 06




Jan faillit en lever les yeux au ciel une nouvelle fois, mais ne démordant pas de son idée ni de ses croquis, esquissa un simple sourire amusé à l’exclamation de Ronce – ne pas déchirer un bas était-ce à ce point choquant pour la jeune femme qu’elle s’en écriait avec tant de force ? Où serait la passion dans leurs ébats si le garde russe qu’elle s’était trouvée, grande monture de caféine et de muscles, ne se laissait pas aller à quelques extravagances une fois au lit ? Mais Kay, futur roi de France, trouverait bien ses habitudes à heure dites et ce n’était pas à lui de s’en mêler de trop. Aussi agita-t-il une main faussement vagabonde en reprenant un parchemin, l’étalant sur la table la plus proche avant d’attraper un fusain.

Le croquis qu’il esquissa alors ressembla à s’y méprendre à une tiare d’impératrice.

« Nous ne pouvons décemment pas la poser sur la tête, même en intimité – et Dieu, Ronce de France, il est hors de question que je vous fasse porter un lys dans l’intimité. Si cela venait à s’ébruiter vous seriez dans des draps moins agréables que ceux de votre de nuit de noce. Non, à la limite une croix russe ou pour reprendre votre prénom, très chère, une rose en rubis serait du plus bel effet. Mais voilà ce que je vous propose. »

Son tracé aussi précis fit souligner une cuisse imaginaire, s’arrêtant à peine à hauteur du genou.

« Voilà le bijou que je conçois, une couronne russe pour une cuisse française. Enfermée au gras comme un bracelet oriental, il sera pourtant très occidental avec sa ligne de diamants et de perles. Surmonté à son sommet par une croix russe, il fera la jonction entre le bas chair mais à peine nacré et la culotte. A l’autre, la jarretière plus traditionnelle, sera aux couleurs de l’empire, blanc rouge et bleu. Les fils devront être assez discrets évidemment pour ne point trop trancher avec la tenue, mais c’est là que j’imagine posée et pendante le long du jarret, la chaîne et la rose. Qu’en dites-vous ? Cela ne sera pas trop chargée, vous pouvez me croire et achèvera d’attirer l’œil à vos… jumelles. »

Point de compliments déplacés à l’égard des deux paires de la souveraine et Jan, se retournant, pris soin de saisir un mouchoir pour essuyer ses doigts marqués de fusain avant de croiser son regard. La fièvre créatrice lui marquait les joues de deux pointes d’un rouge soutenu. C’est à peine s’il avait envie de demeurer ici jusqu’au mariage, abandonnant titre, pouvoir, union et responsabilité, pour créer cette tenue de lui-même et surveiller les faits et gestes de ses subordonnés.

« Nous aurons ainsi votre rêve : un rappel de ses origines, quelque chose d’extrêmement noble dans son rappel mais de bien plus romantique dans sa confection et dans son tracé. Et vous serez l’initiatrice d’une nouvelle mode qui, j’en suis certaine, créera le feu au sein de tout Paris. Imaginez donc les coquettes de la cour se chuchoter à l’oreille les préparatifs répétés par vos concubines concernant votre nuit de noce. Ce scandale les ébouriffant toutes sous leurs perruques, leur dépoudrant le nez, quand enfin la vierge, la sainte Ronce de France, deviendra enfin femme. »

Son regard en était presque brillant d’un amusement féroce autant que d’une chaste fierté.

« Je sais que ce ne sont pas les mots à entendre d’un homme et encore moins d’un proche voisin du territoire de France mais je m’adresse ainsi à vous en tant que créateur et proche conseiller, pour quelques brefs instants. »

S’approchant de la reine, ce fut presque s’il ploya le genou pour se mettre à la hauteur.

« De cela aussi, de cette nuit et de votre aspect, de votre fierté et de votre passion, on se souviendra longtemps ! »












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Novembre 6. Habiller la mariée

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