Novembre 6. Habiller la mariée

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Kapphären Jan
La gardeuse d'oies près de la fontaine
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✦ Libre pour RP ? : Non

✦ Double-compte : Ofelia / Louie

Dim 20 Aoû - 19:53


Habiller la mariée

A Versailles, en Novembre 06



L’aboiement du Mauser rompit les digues de sa haine et dans le silence assourdissant du soir, dans un millier de chants de crapaud et de respirations d’hommes, l’ennemi tomba à terre presque sans un bruit, la cervelle à moitié déversée sur le sol, le front comme orné d’un œil écarlate surpris. Si le coup fut sourd, il fut presque étonnant de constater que Victoire, poupon bien élevé, ne semblait pas réagir plus que cela et évitant les pleurs, la petite ferma les yeux pour se blottir dans les bras de son père en baillant doucement.

La gorge de Jan se dénoua. L’accusation de cet inconnu frappait encore ses tempes d’un lointain souvenir. Etait-il devenu comme son père à ce point ? Etait-il parfaitement semblable à Gottfried, au point d’inspirer les mêmes pulsions criminelles aux plus extrémistes, comme la femme qui était venue l’abattre dans ce même jardin, il y a si longtemps déjà. Des menaces, les dirigeants de ce monde devaient apprendre à vivre avec elles. Mais une partie de lui s’envola sous la forme d’un oiseau bleu, loin de toute aura terroriste.

Ce soir, sa fille avait failli faire partie des victimes et cela il ne pouvait l’accepter.

Ainsi, ce fut presque plus pour se justifier envers lui-même qu’en palabre envers Ronce qu’il chuchota :

« Les ai-je tués, eux, ces êtres de magie que je hais ? Non. Pas même un instant. Je les ai refoulés au poste de frontières, je leur ai donné la possibilité d’être libre ailleurs sous peine de devoir répondre de leur don envers la population que j’essaye seulement de protéger. Les ai-je refusés à bord de mon navire ? A aucun moment. Je les ai laissés acheter leur billet pour des contrées différentes, leur demandant seulement de m’établir une liste de leur particularité comme on déposerait les armes. Les ai-je poursuivis de mon courroux, jusqu’aux contrées que j’ai colonisées ? Non. J’ai demandé leur exil et j’ai continué de sauvegarder leur pays, leur culture, leur intellect et leurs trésors comme un prompt archéologue en passe de devenir un sauveur. Et comment me remercient-ils ? Moi, qui n’ai pas fait mine de lever une arme contre eux. Moi, qui ne soutiens pas même la guerre qu’on leur mène de l’autre côté de l’Atlantique. Moi, qui m’efforce seulement de les ignorer. En tentant, non pas de me tuer moi. Mais de tuer ma fille. Une fille qui n’a pas même un an. »

Sa main vint caresser le front de Victoire, à nouveau endormie. Et ses yeux bleu roi se tournèrent vers la reine pour se confronter à son jugement. Aussi blême qu’étranger. Aussi absent que dépossédé de tout scrupule.

« Voilà de quoi nous devions discuter. Voilà la suite de ce que peut causer des comportements aberrants comme ceux dont vous m’avez informé, concernant la Roumanie. Voilà le risque que nous pouvons prendre à jouer à Dieu avec de telles créatures. La magie vous a coûté cent ans de votre existence. La magie ne s’est pas même précipitée pour sauver votre jeune frère. La magie vous menace à chacun de vos pas et la magie vient en votre jardin, en votre palais, pour menacer une innocente. C’est ainsi qu’ils agissent Ronce. En usant de puissances parjures qui les dépasse pour mieux les appliquer dans la destruction. Et ils voudraient nous faire croire qu’ils travaillent pour notre bien quand tout ce qu’ils font, chaque jour, n’est vouée qu’à leur propre survie. Leur égoïsme. Ils pourraient pourtant s’atteler à des remèdes, à faire revivre la nature quand cette dernière semble s’affaiblir. Ils pourraient amener la paix entre les pays mais non. Des guerres, toujours des guerres. Jamais de paix. Jamais. »

Dans l’ombre il les broierait. Dans l’ombre il ferait de ce monde une terre d’équilibre où pas un Doté ne se verrait avantagé par rapport à un autre.

« J’avais les armes en horreur dès mon plus jeune âge et voilà que je trouve plus grand adversaire encore. Un adversaire qui devrait pourtant posséder une âme. »

Son soupir fit bruisser ses mèches sombres. Et à l’intention de ses gardes, il ajouta quelques ordres, en luxembelgeois. Pour mieux aider à la dignité de ceux qui venaient de tomber ce soir.

« On m’a pris un capitaine mais je suppose que je ne devrais pas me plaindre. Vous avez raison sur un point néanmoins… Nous devons nous reposer et nous préparer à ce qui s’amène. Car maintenant, Ronce, et malgré toute l’amitié que je vous porte, je dois vous avertir que vous venez de vous embourber dans de terribles sables mouvants. Ceux qui étaient ses amis… » Son pied vint heurter le cadavre du défunt. « Vous croirons une très mauvaise alliée… »

Et même une menace définitive, à voir le canon encore chaud du Mauser. Jan se détourna, les épaules un peu plus basses. Il n’avait pas grandi dans l’idée d’avoir à se battre, ni même d’avoir à diriger un jour. Mais ces sombres auspices recouvrant l’aube du futur s’annonçaient catastrophiques pour ses paisibles résolutions.











Dynasty decapitated
You just might see a ghost tonight
And if you don't know now you know
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Ronce de France
La belle au bois dormant
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✦ Double-compte : Sigmund Rammsteiner, Hildegarde Müller, Shísān Wǔ, Orendi

Dim 3 Sep - 18:40
La rage sourdait de chaque pore de l'épiderme du Kapphären, marasme noirâtre qui faisait baigner ses propos dans un marais de fiel. Qu'on ait attenté à la vie de sa fille, qu'un être de magie ait osé le comparer à feu son père, tout cela brisait quelque chose en lui – les ultimes barrières de la politesse et de la retenue. Devant tel flot de paroles, Ronce ne savait que dire sinon écouter, laisser l'homme derrière la couronne s'épancher. Il devait avoir peu l'occasion de dire ce qu'il avait sur le cœur, de laisser tomber le masque et d'avouer ses craintes. Elle pouvait comprendre, à demi-teinte, ce qui le tourmentait. Diriger un royaume est une chose, en supporter les conséquences en était une autre.

« Vous n'avez pas à vous justifier, Kapphären. » se permit-elle de glisser alors que Jan se détournait, sa main hésitant à se poser sur l'épaule de l'homme. Les hommes avaient tous leur orgueil et peu appréciaient d'être écoutés, voire consolés par une femme. « Vous agissez au nom de votre peuple, pour son bien. Toute décision demeure discutable. Je suis aussi peu blanche que vous. »

Aujourd'hui elle avait été tué un homme, de ses propres mains, et il n'avait pas été le premier. Sans compter ces hommes et ces femmes qui, à cause d'un seul ordre de sa part, finissaient guillotinés. Même si elle maniait pas elle-même le couperet, Ronce se considérait plus responsable que le bourreau qui, lui, ne faisait qu'obéir aux ordres qu'on lui dictait sans quoi il perdait sa place.

La reine finit par la saisir, cette épaule qu'elle avait tâchée de dédaigner, au risque que le Kapphären n'en fuit le contact. Ce fut en cet équipage qu'elle guida l'homme hors du Hameau de la Reine laissant leurs gardes ramener le corps du mort. Se tournant vers eux Ronce leur indiqua d'apporter le cadavre au sein d'une des pièces du château, boudoir fermé au public où l'on aurait, à loisir, le temps d'y amener le médecin-légiste, de fouiller les poches du costume, de traquer le moindre indice, la moindre piste. On pouvait, toujours, faire parler les cadavres.

« Que les camarades de cet homme osent s'en prendre à mon peuple ou gâcher mon mariage, et il leur en cuira. » asséna Ronce, la voix tremblant à peine mais ses doigts ne lâchaient pas le Mauser, l'empoignaient avec vigueur. « Personne n'est à l'abri de la justice en ce royaume, qu'il soit fée, sorcier, humain... Nous sommes tous égaux devant Dieu. Et cela, chacun se doit de le comprendre. Je l'ai démontré en punissant Martès et ses sbires. Si cela n'a guère été clair aux yeux de ces impies, je tâcherais de rendre la leçon plus intelligible. »

La voix de la souveraine avait pris l'inflexion de son époux lorsque celui-ci se concentrait sur une affaire particulièrement corsée. Semblant constater son propre changement, Ronce se détendit, abaissant son bras qui était demeuré tendu.

« Veuillez m'excuser Kapphären je ne devrais pas m'emporter ainsi. Concernant votre capitaine, je veillerais, à vos côtés, pour que son corps soit ramené auprès de sa famille. »

Cet homme laissait, probablement, une veuve et des enfants derrière lui, des gens dont l’événement ne ferait qu’accroître leur haine envers la magie.

Versailles absorba le duo royal dans ses entrailles, loin de la foule des courtisans toujours prompts à se jeter dans les bras des hauts têtes couronnées. Le château possédait de multiples couloirs et faux murs dissimulant des portes cachées, utiles pour les royautés d'éviter la foule – et prompts à servir de coupes-gorges. Détail que Ronce veillerait à taire, et à dédouaner si quelqu'un le mentionnait. Laissant son arme à un domestique à l'entrée de ses appartements, la reine se tourna vers son invité.

« Vous devriez vous reposer, Kapphären. Si vous souhaitez des hommes en plus pour veiller sur votre fils, je les ferais appeler. Nous pourrons aussi assister au dépouillement du meurtrier, si vous le désirez. Le roi sera probablement présent. »

Il était même peu probable qu'il échappa à la scène – on n'abandonnait pas des années d'inspecteur de police en un claquement de doigts. Puis ce serait l'occasion pour son époux de quitter, pour un temps, les règles de bienséance pour replonger dans un contexte bien plus familier, et plus rassurant – d'une certaine façon. Lisant une approbation dans la réponse du Kapphären, Ronce lui donna rendez-vous dans quelques minutes le temps, à chacun d'eux, de reprendre figure plus humaine et se remettre de ce flot d'émotions.

Au sein du boudoir où ils se retrouvèrent, de cette salle improvisée en bureau de médecin légiste, ils purent voir les arcanes secrètes du corps du meurtrier. Malgré son visage bleuâtre, ses compétences en magie, il demeurait un être vivant, un être humain au sang aussi rouge que n'importe quel paysan. On ne trouva sur lui, rien de plus que ce qui avait été déniché par les gardes plus tôt hormis un objet, cousu dans le revers de sa veste – une épingle à chapeau surmontée d'une abeille dorée.

« Ridicule. » formula Ronce en réponse à cette découverte blessée, qu'elle était, de découvrir ce symbole royal français dans les replis secrets de cet homme. Une preuve de sa servilité, mal placée, envers la couronne ? Ronce ne savait qu'en penser – ni même personne. On conserva l'objet sous scellé comme pièce à conviction, au cas où. Dans les tréfonds du cadavre on ne trouva rien, de quoi arracher presque une moue déçue au roi.

C'était avec rien, trois fois rien, que la France et le Luxembourg-Bergie se devaient de composer. Lorsqu'ils quittèrent l'office, Ronce tâcha de soulager l'atmosphère en mentionnant le mariage tout proche glissant, narquoise, au futur époux qu'il ne connaîtrait pas les détails de la tenue avant le jour J. Même si la discussion fut plus légère, personne ne se trompa – tous trois conservaient l'image de l'homme au visage bleu dans son cœur et piétinait, attendant l'explosion imminente de ses comparses.

Fin


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