Bateau ivre[ An 6 ]

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Dim 22 Jan - 14:58
Londres. Ville où les aristocrates se fréquentent au détour d’un couloir de l’Opéra ou dans les beaux quartiers, en dénigrant le petit peuple à son service. Ville où les nouveaux bourgeois cherchent à faire valoir leur fortune auprès des grands noms au service de la Couronne. Ville où la classe ouvrière étouffe dans ses usines. Londres, ville saturée de ses brumes grisâtres qui courent les rues du matin au soir, enveloppant les sabots des chevaux, les bottines de ces dames et les premières marches des perrons. Tout s’y mélange, se croise, ethnies, épices et langages, au détour d’un quais et de ses marins abattus par la fatigue d’une traversée, qui puisent en eux leurs dernières forces pour décharger les lourdes caisses de leur navire.
Londres. La pluie bat le pavé. Depuis combien de temps ? Il ne sait pas. Pendant combien de temps encore ? Il ne sait pas. Il ne lui semble pas que le temps de la veille laissait supposer cette prestation mélancolique. L’Angleterre a ce merveilleux climat qui permet de ne pas savoir quand est-ce que le ciel s’est mit à pleurer et quand il compte s’arrêter. C’est au « petit bonheur, la chance » que se fait la météo, que l’on s’habille ou que l’on organise sa journée. Les yeux fermés, le visage enfoui dans un modeste oreiller de plumes, il dort, bercé par le bruit rassurant de l’eau qui se manifeste au-dehors. La pluie s’atténue, il ramène ses jambes contre lui, ses pieds s’emmêlent sous ses fesses ; il essaye de trouver du réconfort à mesure que la pluie se fait distante… Puis celle-ci reprend son rythme de croisière britannique, et il se détend. L’eau a toujours eu cet effet bénéfique sur cette tête blonde, à un point où l’on ne peut même pas l’imaginer. C’est d’ailleurs pour cela qu’il dort encore et que derrière ses paupières pâles, il revoit défiler un passé qui lui était heureux.

Islande. Sur la côte Est du pays, niché au creux d’un fjord, il existe un petit village de pêcheurs. La vie y est simple, rythmée par les marées, par la présence de l’astre solaire et par les fêtes conviviales autour d’un feu où les odeurs des mets se succèdent aux délices des alcools. En dehors du regroupement des petites cabanes peintes et du port, sur une petite colline, une maison aux lames rouges trône fièrement. Tout autour se trouve un modeste jardin où toutes les plantes peuvent grandir à leur volonté et sont pleinement consciente de leur rôle à venir si jamais une main humaine venait à les arracher à la terre. Cette époque, révolue depuis pour notre tête blonde, fait partie de ses plus belles années. Insouciance, amour, curiosité, tout était cultivé pour développer les aptitudes de la future génération de mages de la « petite maison rouge de la colline ». Mais de son ivresse enfantine, il ne reste qu’un départ précipité vers une terre inconnue, des restrictions et une langue qui ne lui plaisait pas au regard de l’héritage grammatical de ses ancêtres voyageurs. Et lorsqu’il avait, pour la première fois, posé le pied sur le sol anglais, il pleuvait. Comme ce jour-là. Pourquoi sa mère et lui étaient-ils partis ? Il n’en savait rien. Et ne pas en connaître les raisons ne semblaient pas le déranger outre mesure. Il s’était adapté, avait appris la langue de Shakespeare pour pouvoir au mieux s’intégrer dans la trop grande communauté que représentait…

… Londres. Tóbias ouvrit péniblement les yeux. Il ne savait pas quelle heure il était, s’il était en retard pour ouvrir la boutique. Pire même, si c’était bien le bon jour pour déverrouiller la porte de son commerce. Il soupira, roula sur son lit pour se mettre sur le dos et s’étira en baillant bruyamment. Seul dans son lit, dans ses draps blancs froissés, il n’avait pas eu d’insomnie, ni même de sommeil cassé ; ça avait été une nuit tranquille, où heureusement il n’avait pas revu, au premier comme au second plan, cette ombre qui continuait de hanter son cœur. Il referma brièvement ses yeux, cria une dernière fois un « au revoir » à ces côtes sauvages d’Islande pour bondir de son lit. La pluie tombait toujours dehors et il ne put s’empêcher de sourire. Était-ce là un présage que la journée allait être agréable ? Il s’enroula dans une robe de chambre bleuâtre et descendit dans sa cuisine où, sans même y prêter attention, il libéra sa myriade de corbeaux bleutés qui s’étirèrent, baillèrent de la même façon que leur maître – ce qui fit agréablement sourire ce dernier. La bouilloire commençant à s’exciter sur sa plaque de gaz, il ferma le feu, et se servit une tasse de café noir. Les idées se faisaient plus claire pour lui à mesure que les effluves de café venaient envelopper son cerveau, stimulant le moindre neurone. Il se rappela ainsi qu’on était dimanche et qu’il n’avait pas besoin d’ouvrir son commerce. Alors quoi faire ? Du ménage ? Il s’occuperait de la boutique demain ? Des préparations en avance à préparer ? Il était plus convenable d’attendre dix-huit heures, heure à laquelle certaines espèces végétales livrent leurs capacités optimales. Lire ce dernier livre offert par un client satisfait de ses services d’apothicaire ? Ou bien tout simplement retourner se coucher et savourer cette journée tranquille où la pluie continuerait à le bercer jusqu’à la tombée de la nuit ? Reposant sa tasse vide sur le rebord de son évier, Tóbias prit la décision de laisser le destin de sa journée au Hasard, et il monta se préparer avant de redescendre, manches retroussées, cheveux plaqués sur le côté. Il avait attrapé la première tenue qui était posée sur le dessus de sa pile de linge, simple et décontractée. Il rappela à lui ses feux-follets, éteignit la lumière et sorti par la porte de chez lui qui donnait dans une rue étroite et sordide, sur le côté de son immeuble. Il ouvrit son modeste parapluie et commença à marcher dans les rues de Londres. Ses chaussures en cuir l’amenèrent naturellement vers l’artère commerciale à côté de chez lui et il passa de nombreuses heures à en détailler les vitrines. Heureusement que la pluie n’enlevait en rien de la douceur et du bien-être que pouvaient procurer les boutiques. Bien que fermées, l’islandais continuait d’en regarder la décoration, l’intérieur. C’était son moyen à lui de découvrir les dernières tendances à la mode, et de pouvoir ainsi échanger avec ses clientes coquettes ou ses clients parfois perplexes quant au cadeau à offrir à leur belle. Il fit entra dans un modeste et non pas moins chaleureux salon de thé où il salua poliment le patron qui essuyait ses tasses. Il y commanda un sandwich au thon et à la mayonnaise et un thé vert pour accompagner le tout. Dans l’échoppe, il sourit aux habitués, s’attarda sur les nouveaux venus, notant le moindre détail et s’entraînant à deviner quels maux pouvaient-ils avoir, avec quelles plantes y remédier. Son passe-temps préféré lors de cette pause ? Repérer les couples, en déterminer les moindres subtilités et surtout, chercher à savoir s’ils allaient avoir besoin ou non de ses services prochainement. Il y resta deux bonnes heures et, une fois réchauffé et le ventre plein, il régla sa dette et repris son parcours bucolique jusqu’à ce qu’il atteigne la Tamise dont il longea le bord de nombreuses heures jusqu’à se retrouver devant Big Ben qui sonnait quinze heures ; il était temps que le jeune apothicaire rentre chez lui et commence ses préparations du lendemain. Il quitta les quais vides de bonnes gens pour reprendre doucement mais sûrement la direction de son doux chez lui, non sans déambuler dans d’autres quartiers commerçants plus luxueux. Sur sa route, il s’arrêta chez quelques herboristes, échangea quelques conseils et quelques noms de plantes.
La nuit tombait peu à peu sur Londres et ses nombreuses rues. La Lune commençait à se refléter sur la Tamise et Tóbias rentrait pour de bon chez lui. Il avait passé une journée somme toute enrichissante de détails et non pas moins humide. Là, il avait envie d’une bonne boisson chaude pour le requinquer jusqu’aux premières lueurs de l’aube. Il arriva dans son quartier, sa rue, sa ruelle. Il sortit la clé de sa porte et la glissa dans la serrure.
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Oscar M. Bartlett
Le loup-garou
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Dim 29 Jan - 11:47
Le bruit d’une clé dans la serrure le fit se raidir net. Dans le silence qui régnait au sein de la petite boutique endormie, ce léger cliquetis revêtit des allures de véritable fracas. Avec un peu d’imagination, on pouvait aisément se représentait chacun des rouages usés par le temps se mettre en branle sous l’impulsion de la clé, d’abord péniblement, comme réticents à vouloir répéter le même éternel mouvement dans un sens ou bien dans un autre, puis, plus facilement, le quotidien dans l’effort reprenant ainsi ses droits sur la brève révolte étouffée dans l’œuf. Bientôt, un faible rayon de lumière, probablement dû à un réverbère isolé, viendrait éclairer le dos d’une silhouette, laquelle se dessinerait alors dans l’encadrement de la porte. Le propriétaire des lieux à ne pas en douter. Et si Millen n’avait eu aucun mal à pénétrer à l’intérieur de la boutique au moyen d’une fenêtre brisée, du fait de la petite ruelle isolée et mal éclairée qui donnait justement dessus, il n’avait guère envie de se faire pincer de la sorte. Un rictus tordu se dessina sur ses lèvres à mesure que les secondes défilaient, précipitant le face-à-face. L’autre bougre aurait mieux fait de prendre un autre verre, le dernier de la soirée avant de rentrer chez lui. Sans doute n’aurait-il pas précipité sa fin de cette manière.

Pourtant, Millen n’oubliait pas la raison de sa venue entre ces murs. Il lui fallait absolument se procurer un peu de cette herbe, peu importe sous quelle forme d’ailleurs. Son odorat était pris d’assaut avec autant de plantes et autres mixtures dans les environs, ce qui ne faciliterait certainement pas ses recherches. Finalement, ce n’était pas une si mauvaise chose que le propriétaire malchanceux se soit décidé à rentrer plus tôt que prévu. A défaut de finir paisiblement ses jours derrière son petit comptoir, il aurait au moins eu le mérite de lui faire gagner un peu de temps. Et de ça, Millen pouvait difficilement se passer. Cette chose tapie en lui se rappelait toujours à lui, l’empêchant de la sortir de son esprit, ne serait-ce que pour une minute ou deux. Le répit, il ne connaissait pas. Il se réveillait toujours avec cette même crainte, laquelle se muait en fureur à tout va. Les mois passant, il était devenu de plus en plus instable. Au fond de lui, Millen savait que cette chose viendrait à bout de lui. S’il ne trouvait pas un remède, il finirait par devenir fou, rongé par le maléfice qui planait sur lui.

Le grincement de la porte pivotant sur elle-même le tira de sa léthargie passagère. Silencieusement, Millen fit un pas sur le côté, puis un autre, de sorte de s’enfoncer un peu plus dans les ténèbres. A moins d’allumer la lumière dans la boutique, le nouveau venu ne pourrait le voir. Il ne lui resterait plus qu’à trancher entre lui tomber dessus par derrière dès maintenant ou plus tard, quand l’autre ne s’attendrait pas du tout à être agressé. Personne ne s’attendait jamais à l’être, encore moins au moment de se coucher après avoir consciencieusement verrouillé chacune des entrées de sa demeure. Après tout, le malchanceux devait certainement n’avoir qu’une envie à cet instant : celle de retrouver la chaleur réconfortant de ses draps après une journée passée à arpenter les rues froides et humides de Londres. Pour sa part, la pluie ne le dérangeait pas. S’il tombait malade, il pouvait toujours changer de corps. Ce qui conforta Millen dans son idée : inutile pour lui de se baisser pour éviter d’être aperçu si jamais le propriétaire allumait la lumière. Connaissant les lieux sur le bout des doigts, ce dernier saurait très certainement se repérer dans la faible lueur qui se répandait progressivement au cœur de la boutique à mesure que la porte pivotait sur elle-même. A la différence de Millen.

Le bocal en verre explosa au contact du sol, répandant instantanément son contenu sur le sol. A en juger par la matière liquide qui vint glisser paresseusement jusqu’à ses chaussures, un possible sirop. Ou encore, un filtre d’amour ? Qui sait ce que l’on pouvait dénicher dans ce genre de boutique… En reculant d’un pas supplémentaire, son coude avait heurté l’un des bocaux qui avaient eu le malheur de se trouver à son niveau. Millen s’était bien gardé d’effectuer le moindre mouvement brusque pour tenter de le récupérer avant sa chute inévitable selon la loi de la gravité. D’abord, parce que cela n’aurait servi rien, dans le noir et sans repères, il aurait bien été en peine de rattraper ledit bocal sans heurter autre chose au passage. Et justement, mieux valait éviter de casser d’autres bocaux sans savoir ce qu’ils contenaient. Au risque que le propriétaire des lieux s’en serve contre lui. En parlant de ce dernier, la silhouette qui prenait tranquillement le chemin de l’arrière-boutique, s’immobilisa brusquement. Millen sentit son rictus s’élargir un peu plus en sachant que son regard était à présent rivé dans sa direction.

« Oups. »

Son ton dégoulinait de sarcasme et il ne lui fallut qu’un battement de cils avant que la lumière n’envahisse l’espace. Mais déjà, Millen était en mouvement. Sa première action consista à bloquer toute retraite en direction de l’unique sortie connue des lieux. Le grand brun se plaça devant la porte, conscient de l’expression qui devait animer ses traits, digne d’un fou nageant en plein délire, sans pour autant faire quoi que ce soit pour y remédier. Récemment, son choix s'était porté sur un marin, rentré au port à la suite d'un long voyage. Le pauvre bougre n'avait pas refusé un verre offert gracieusement et ne s'était pas plus méfié concernant les intentions qui se cachaient derrière un geste en apparence dénué de toute malveillance. L'avantage avec ces gens-là, étaient qu'ils se posaient rarement de questions, surtout quand ils avaient déjà un verre ou deux dans le nez. Tout le contraire de ces aristocrates coincés, dont il était plus difficile d'endormir la méfiance. Une classe à laquelle il avait appartenu jadis et dont il connaissait aussi bien les avantages que les inconvénients. Ce qui rendait ce genre de chasse plus hasardeuse mais d'autant plus gratifiante quand il y parvenait malgré tout. Si ce corps n'était pas aussi rapide que celui d'un jeune militaire forgé dans l'art de l'escrime comme tout bon damoiseau qui se respecte, il n'en était pas moins habitué aux pires conditions, ce qui le rendait robuste et polyvalent à la fois. Millen se félicitait de son choix, quand bien même cela lui avait valu de se réveiller aux aurores, baignant dans une immonde odeur de poisson pas frais mêlé aux effluves de sel. Le visage carré arborait une cicatrice qui partait de l'arcade sourcilière gauche pour aller se perdre sous l'oeil du même côté. Un souvenir d'une bagarre qui aurait mal tourné dans un port à l'autre bout du monde sans doute. Cela ne faisait que renforcer l'aura menaçante qu'il dégageait, pourtant empreinte d'une certaine confiance en soi.

« Alors mon bichon ? On rentre bien tôt. Mais ça fait mon affaire, tu vas pouvoir me donner ce que je suis venu chercher. En échange, je te promets une mort douce. »

Derrière l’évidente folie qui l’animait au plus profond de ses tripes, Millen n’en demeurait pas moins sérieux. Cette plante lui était vitale, il lui fallait la trouver au plus vite pour renouveler son stock. Et pour cela, il était prêt à tout. Surtout au pire. Et son interlocuteur allait rapidement l’apprendre à ses dépens s’il lui prenait l’envie de fuir à toutes jambes dans la direction opposée à celle de la porte, donnant sur l’arrière-boutique et probablement la partie privative des lieux.
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Mer 1 Fév - 21:48
La clé, d’une taille modeste, était encore tiède. Elle avait logé là dans sa poche toute la journée, lovée contre son flanc droit dans son veston gris anthracite. Sage comme une image, elle se laissa prendre dans cette main qu’elle aimait tant, douce et toujours soucieuse de sa présence. Elle pénétra avec douceur et sans bruit dans le trou de la porte. Lorsque Tóbias tourna légèrement son poignet, la clé épousa les contours de la serrure, enclenchant les mécanismes huilés jusqu’à ce qu’elle laisse échapper un bruit sourd une fois qu’elle fit un demi-tour sur elle-même. Elle en ressortie, probablement satisfaite d’avoir accompli son rôle de gardienne, et resta entre ces doigts le temps que son maître foule de ses semelles le carrelage de la cuisine. Le jeune apothicaire rentrait chez lui, inconscient du danger qu’il pouvait y avoir à l’intérieur, confiant de sa réputation et du manque de valeur qu’il pouvait y avoir chez lui. Il ne possédait rien hormis des plantes. Certes, beaucoup de plantes, parfois rares. Ses livres anciens et poussiéreux rangés le long des murs ne pouvaient intéresser un Anglais, à moins que celui-ci puisse lire sa langue maternelle, les vieilles runes ou un anglais désormais désuet. Non, vraiment, rien ne pouvait prétendre à ce que quelqu’un s’introduise dans son modeste chez lui ou dans sa sombre boutique et c’était avec sa confiance habituelle qu’il poussa la porte au grincement reconnaissable pour entrer dans sa cuisine. Contrairement à ses habitudes, il ne relâcha pas ses corbeaux. Était-ce par fatigue ou parce que son subconscient sentait que quelque chose n’allait pas ? Peu importait, c’était des choses qui arrivaient. Aussi, il n’y prêta pas plus attention et referma la porte pour retrouver la chaleur de la maison familiale.

C’est alors qu’il entendit un bruit qui ne lui était pas familier. Tout du moins, cela faisait bien longtemps qu’il ne l’avait pas entendu. Il se figea, le pied sur la première marche de l'escalier, son cerveau cherchant à toute vitesse où il avait déjà entendu ce bruit. Le salon de thé, une tasse qui échappe des mains d'un des serveurs ; non, ce bruit de porcelaine était trop sourd par rapport à celui-ci. Une vitre qui échappe des mains d’ouvriers et qui se casse ; non, le bruit du verre n’aurait pas fait ce bruit étouffé, qui plus est que, au vu de la provenance du son -sa boutique-, le contact du verre et du parquet tendre ne faisait pas ce bruit. Il ferma brièvement les yeux, se rappela alors d’un moment précis où il avait voulu aider sa mère à faire la poussière. Niché sur un escabeau de bois, porté par l’effervescence de la tâche et la joie de pouvoir être utile, il avait voulu aller trop vite. Son bras s’était coincé entre deux bocaux dans lesquels macéraient depuis quelques mois des plantes, et en le retirant, il avait emporté dans son mouvement l’un des bocaux qui avait alors chuté jusqu’à se briser en mille morceaux contre le lambris. Et c’était précisément ce bruit qu’il venait d’entendre.
Son corps se crispa. Quelqu’un était chez lui. Quelqu’un qu’il ne connaissait probablement pas. Quelqu’un qui était rentré illégalement chez lui pour le voler. Restait à savoir ce qui pouvait intéresser cette personne qui n’avait aucun scrupule quant à pénétrer ainsi chez les gens modestes qui vivaient humblement et qui ne cherchaient de problèmes à aucun habitant. Un second bruit de verre cassé suivit rapidement le premier, et Tóbias ouvrit les yeux en grands. Il fallait qu’il fasse quelque chose. Il fallait qu’il bouge, qu’il sorte, qu’il se sauve pour appeler les autorités compétentes. Peu enclin à la violence, il ne pouvait rien faire, quand bien même il y avait clairement une violation de son domicile. Son seul réflexe fut de tourner le visage en direction de la boutique, où il pouvait voir le trou dans un des carreaux, celui qui avait permis à cet individu de rentrer dans ce qui lui servait de territoire de réconfort. Mais il ne voyait rien. Rien, autre que la rue vaguement illuminée par les quelques réverbères. Rien que les porches et les portes de ses voisins. Rien que l’obscurité de son échoppe qui était renforcée par le bois noir de ses étagères. À mesure que l’anticipation grimpait, le cœur de l’islandais se mettait à battre plus fort. Était-ce sa fin ? Allait-il mourir ? Être blessé ? Comment allait réagir ses pouvoirs s’ils étaient libéré violemment d’un coup de fusil ou d’un coup de couteau ? Sortir. Il devait allait dehors pour éviter tout débordement. Il devait fuir son cocon pour sauver sa vie et celle de ses voisins. Qu’allait devenir la boutique ? On s’en moque Tóbias, il faut partir pour survivre. Tout cela ne dura que quelques demies millièmes de secondes.

La voix qu’il distingua, sourde et pleine de sous-entendus agressifs, motiva le propriétaire des lieux à bouger maintenant. Prenant son courage à deux mains, il s’élança jusqu’à la porte par laquelle il était entré, la clé prête à entrer avec force dans la serrure pour le laisser sortir et ainsi peut-être échapper au pire. Mais c’était sans compter la rapidité de l’intrus qui arriva bien avant lui vers la porte. Celui-ci plaça son corps musclé et imposant devant le montant de bois et, compte tenu de son élan, l’apothicaire percuta son torse de plein fouet. Il en tomba par terre, sur les fesses, et son regard angoissé monta jusqu’au visage de l’homme. C’était comme si son cœur s’était arrêté alors que ses yeux noisettes le détaillaient. Il ne connaissait pas l’homme. Les marins n’étaient pas sa clientèle. Rustres, peu avenant et trop porté sur la bière, il prenait soin de les éviter. Sa seule expérience, lorsqu’il fit la traversée de l’Islande jusqu’à Londres, lui avait été suffisante. Combien de fois sa mère avait dû s’imposer contre eux, leur exprimer son dégoût quant à leurs avances, combien de fois avait-elle faillit se faire relever ses jupons de force ? Le visage de cet homme était effrayant. Était-ce à cause de la contre-plongée qu’il lui paraissait plus immense et plus imposant encore ? La balafre, qui lui sautait encore plus aux yeux ? Ou cet air sauvage et aliéné sur le visage ? Tóbias n’aurait pu le dire. Son visage perdit toutes ses couleurs. Il sursauta quand l’inconnu se mit à lui parler ; sa voix profonde le pénétrait jusque dans ses os. « Bichon », c’était bien un terme de marin pour les terriens. Ils se croyaient supérieurs, tout ça parce qu’ils embarquaient avec la mort à chaque voyage. Ce n’était pas de sa faute à lui, ces navigants n'avaient qu’à choisir un autre métier. L’apothicaire n’était pas bien. La peur le paralysait, il se sentait piégé. Non. Il n’était pas rentré plus tôt. Il était juste sorti. Chose qu’il regretta amèrement en cet instant. S’il n’avait pas mis le nez dehors, alors peut-être que tout ça ne serait pas arrivé…
… Mais son cœur reparti de plus belle. Son sang se remit à circuler avec plus de conviction, lui rendant un semblant de vie au visage. Les derniers mots du marin l’avait stimulé. Mort douce. L’association de ces deux mots ne fonctionnait pas. La mort ne pouvait être douce. L’arrêt du cœur, la peine qu’on laisse derrière soi, le corps froid. Les souvenirs qui disparaissent. Il ne voulait pas oublier ; ni sa mère, ni les sourires de ses clients, ni les jours paisibles qu’il avait pu vivre entre ces étagères, ni Lui. Il ne voulait pas laisser les lieux vides, prendre la poussière et être saccagé par des gens de mauvaise composition. Il voulait garder ces lieux tels quels, les laisser accueillant pour le retour de personnes qui lui étaient chères. Mourir ici comme un chien n’était pas possible. Les lèvres sèches et les mains moites, Tóbias rassembla son courage. « Je n’ai rien qui puisse vous intéresser. » dit-il d’une voix tremblante et se voulant ferme, démontrant qu’il était tout de même prêt à ne pas se laisser faire. Il se releva, maîtrisant tant bien que mal ses jambes ramollies par la peur de ce qui pouvait venir. L’autre paraissait mentalement instable, il ne devait pas trop jouer avec le feu. Mais il allait défendre les lieux, son héritage. Peu à peu, la détermination se lisait dans son visage : il se battrait comme un lion, par Odin ! Quitte à refaire la décoration une fois le grabuge passé ! « Sortez. Il n’y a rien d’autre que des plantes et des bocaux ici. Je n’ai pas d’argent en liquide. » lâcha-t-il en se disant, après coup, qu’évoquer l’argent n’était pas une bonne idée au final. L’autre ne bougeait pas. Pire, dans la pénombre, il semblait sourire de la façon puérile dont l’islandais essayait de se dépêtrer de cette situation. « Un voisin a dû entendre le bruit du verre et a dû prévenir la police. Je vous conseille vivement de partir. N’aggravez pas votre cas. »
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Oscar M. Bartlett
Le loup-garou
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Dim 5 Fév - 9:40
Dire qu’au lieu de prendre ses jambes à son cou dans la direction opposée à la porte, dans l’espoir vain de pouvoir se barricader dans quelques autres pièces de son modeste logis en attendant l’arrivée de possibles secours en les personnes des représentants de l’ordre public, l’imbécile s’était jeté dans ses pattes. A présent qu’il le dominait de toute sa hauteur, Millen le trouvait encore plus pathétique. Non, vraiment, celui-là risquait de ne pas l’amuser bien longtemps, à sa grande déception. Trop prévisible et fragile pour lui tenir tête. Pourtant, tandis qu’ils se dévisageaient en silence, chacun évaluant ses chances lors de la partie qui s’ensuivrait à ne pas en douter, quelque chose changea dans le regard de son interlocuteur. Se pourrait-il que ce soit, de la détermination ? Le rictus qui lui tenait lieu de sourire s’étira de plus belle sur les lèvres de Millen. Enfin, les choses devenaient intéressantes. L’autre avait l’intention de résister ? Grand bien lui en fasse. Voilà au moins quelque chose qui amuserait son agresseur. Et quand il se décida à prendre la parole pour se défendre de cette intrusion, le brun ne put contenir un éclat de rire mauvais. Comme il était mignon avec sa petite voix tremblante sous son air déterminé. Millen reprit son sérieux sans toutefois se défaire de son sourire, amusé comme il l’était par tant de bravoure inutile. Car oui, il n’aurait aucun mal à se débarrasser de l’asticot et ce n’étaient certainement pas les bons sentiments de ce dernier qui lui sauverait la peau. Seuls les naïfs et les imbéciles croyaient en ce genre de dénouement heureux. Pour le coup, Millen reconnut l’avoir sous-estimé sur un point : l’autre l’amusait plus qu’il ne l’aurait imaginé en énumérant tant de raisons valables pour mettre un terme au cambriolage, lequel ne tarderait certainement pas à se muer en meurtre avec infraction dans les appartements de la victime.

« Les voisins ? Mais quels voisins ? » susurra-t-il alors, avec un ton doucereux qui ne collait pas du tout à son regard de psychopathe.

La terreur. Voilà ce qu’il voulait insuffler chez son interlocuteur. La peur se lisait déjà dans la raideur de ses membres avec son corps frêle sur le qui-vive. Cependant, ce n’était pas suffisant. Le matelot voulait le faire pleurer de terreur, qu’il se pisse dessus le morveux, avant de rendre son dernier soupir. Malheureusement pour lui, Millen avait jeté son dévolu sur sa boutique cette nuit. Il n’en serait pas autrement. Quant à la menace que l’autre avait tenté de lui sortir, elle lui passait royalement au-dessus de la tête. La raison ? L’aspect délabré des environs ? La ruelle sordide et mal entretenue qui bordait la boutique ? Ce morveux pensait vraiment lui faire peur en évoquant la possibilité qu’un voisin ait alerté la police avec son infraction ? Mieux, si sa victime pensait qu’il était assez dérangé pour s’être occupé de réduire au silence les éventuels témoins de l’incident, alors le matelot se régalerait de son horreur grandissante. Presque las de leur conversation stérile, Millen tendit brusquement le bras pour saisir l’autre à la gorge. Dire que celle-ci tenait au creux de sa paume. Il lui serait tellement facile de l’étrangler d’une main ou de lui briser la nuque… Le brun nota ces deux idées dans un coin de son esprit pour ne pas les oublier au moment de faire disparaître la victime. Savourant les mouvements de panique de cette dernière, le matelot le rapprocha lentement de lui, soufflant son haleine au visage du malchanceux.

« Au contraire, je crois que tu possèdes quelque chose qui m’intéresse très fortement. Vois-tu, je n’ai pas pour habitude de m’introduire chez les gens sans raison. C’est grossier tu ne trouves pas ? Il y a tellement d’autres façons de violer leur foyer. Hmm ? »

Confiant dans son entreprise et momentanément rendu bavard de fait, Millen se tut soudain. Dans le but de se faire plus explicite quant à la raison qui l’avait amené jusqu’ici, il avait volontairement réduit la distance entre lui et sa victime, rapprochant sans ménagement cette dernière de son visage. Ce qui leur permettait de mieux se voir à la lueur des rayons lunaires. Ce fut à ce moment qu’un détail lui apparut. Il connaissait ce regard. Sur le moment, il n’avait pas reconnu la voix, pas depuis tout ce temps passé loin de la personne en question mais à présent que le matelot pouvait contempler à loisir les traits terrorisés du visage de son interlocuteur, ce visage familier lui apparaissait comme une évidence.

« Toi… Je te connais… » lâcha-t-il alors, sourdement.

L’écho de sa propre voix lui parut lointain. Son propre visage avait perdu des couleurs, rendu presque cadavérique sous la lumière blafarde de la lune. Les souvenirs refirent surface. D’abord flous et indistincts puis de plus en plus précis à mesure que les secondes se succédaient. Il le revoyait pousser la porte du café. Son air un peu perdu de prime puis le semblant d’assurance qui lui avait permis d’atteindre le comptoir pour y commander quelque boisson dont le nom lui aura échappé depuis. Très probablement un thé ou une infusion quelconque. Non, ce dont il se souvenait davantage était leur conversation ce jour-là, qui sonnait comme une échappatoire pour Millen, contraint de fréquenter une charmante représentante de la gente féminine, soigneusement choisie par ses parents. Et comment à eux deux, ils étaient parvenus à refiler la belle aux amis venus en soutien, elle-même dépitée de voir son si juteux promis lui filer entre les doigts, pour s’éclipser discrètement, histoire de poursuivre leur conversation le long des berges de la Tamise. Oh oui. Comment aurait-il pu l’oublier ? Ce…

« Tóbias… »

La colère explosa en lui. Sa prise se resserra sur la gorge du malchanceux tandis qu’il fulminait. Et contre toute attente, ce fut un rire lugubre, empreint de folie, de tristesse et de rancœur qui franchit ses lèvres avant le moindre mot. Une partie de lui n’en revenait pas de tomber sur lui. Le hasard s’acharnait-il ?

« Toi… espèce de petit fumier… ! »

Oubliée la plante en question. D’un mouvement brusque, Millen l’envoya voler à travers la pièce, son corps heurtant pêle-mêle bocaux et fines étagères de bois, qui volèrent en éclats sous le choc. Pour le coup, on risquait vraiment de les entendre depuis la rue. Mais le matelot n’en avait cure. S’il devait être pris cette nuit-là, ce serait après avoir rafraîchi la mémoire de ce petit merdeux. Celui-là même qui l’avait ensorcelé avec ses enchantements et conduit à la ruine. Sans Tóbias, le brun aurait épousé une fille sans intérêts, selon le bon vouloir de ses parents et reprit l’affaire familiale pour mener une vie paisible. Au lieu de ça…

« C’est donc ici que tu te cachais Tóoobias ? Le hasard fait bien les choses hein ? Tu vas pouvoir prendre ton pied juste avant de crever. »

Fidèle à l’image de ses pairs, le matelot cracha sans vergogne sur le sol. Un réflexe dû à son ancienne vie plutôt qu’au désir de l’actuel propriétaire du corps. Ecrasant les débris de verre sous ses chaussures, Millen avança en direction de l’ombre qui remuait faiblement à l’autre bout de la pièce.

« Tout ça… Toute cette merde… L’Egypte et cette chose… C’est entièrement ta faute ! » beuglait-il furieux en tendant une nouvelle fois la main dans la direction de la tête de sa victime, prêt à l’attraper par les cheveux pour le relever sans ménagement.
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Dim 5 Fév - 14:47
Ce rictus aurait fait pâlir n’importe quel homme. Bien ancré sur ce visage déformé par la vie, il n’inspirait pas de sentiment poli, hypocrite ou tendre. Il n’inspirait que la peur. Celle qui tétanise et qui empêche de réfléchir. Celle qui vous saisit les tripes et qui ne permet pas d’avancer. Celle qui laisse aller à une imagination débordante et malsaine. L’islandais était saisit d’angoisse. Que pouvait-il faire, lui, avec son petit gabarit ? Peu de choses. Sur le plan physique, les deux hommes n’étaient pas sur la même égalité. Mais Tóbias faisait preuve de courage. Il ne savait pas d’où il le sortait, mais il était bien présent. Cette force que l’on prêtait aux inconscients s’immergeait dans ses muscles à mesure que son cœur se remettait à battre normalement et à diffuser son sang correctement. Le modeste apothicaire reprenait du poil de la bête, déroutant très certainement le marin qui lui privait tout contact avec l’extérieur. Mais il tenait bon, se disant que ses voisins avaient entendus quelque chose d’anormal et avaient prévenus la police. Après tout, c’était un quartier discret, pas loin de la populace active, où habitaient quelques-uns de la nouvelle et future bourgeoisie londonienne. Il gardait espoir et l’intrus l’avait parfaitement senti, comme l’animal féroce qu’il était. Et il le brisa de quelques mots. Le maître des lieux perdit un peu de la couleur de son visage, ses yeux s’écarquillant un peu plus. Qu’avait-il fait avant de pénétrer chez lui ? Avait-il prit soin de payer chacun des propriétaires ? Avait-il prit soin de les réduire au silence ? Ce type était décidément une horreur de la nature qui n’avait ni foi ni loi. Il s’imagina le marin taper de sa main charnue à la porte d’une maison ; la bonne ouvrait la porte ; il échangeait quelques politesses avant de la réduire au silence éternel puis il changeait de pièce pour s’occuper de l’époux sirotant son whisky ; puis des enfants dormant paisiblement ; puis des autres domestiques ; pour finalement s’occuper de la mère qui découvrait l’horreur de la scène. Et le marin recommençait. Encore. Jusqu’à ce qu’il fasse dormir le quartier, jusqu’à ce qu’il soit tranquille pour s’occuper de l’apothicaire qui avait eu tort d’ouvrir sa boutique ici. J’ai la tête qui tourne. Tóbias ne se sentait pas bien. Les images sanglantes se déversaient dans son esprit. Les regards vides, les corps immobiles, les cris d’effrois et les visages qui le regardaient pour lui murmurer que c’était sa faute. Il n’avait pas voulu ça. Il voulait vivre tranquillement, continuer à faire prospérer la boutique familiale, attendre son retour pour couler de nouveau des jours heureux. C’est ma faute. Par Thor… C’est ma faute.... Il baissa son regard, celui-ci se perdant sur les lames du plancher. Par extension, lui aussi était devenu un monstre car c’était pour le cambrioler que ces gens étaient probablement morts. Son courage était maintenant vaguement présent. À défaut d’attendre que l’aide vienne de l’extérieur, des forces de police, d’un bon samaritain perdu, il devait faire quelque chose pour eux, pour leur mémoire. Il n’était plus question de cacher quoique ce soit… Agir était son dernier recours.

Mais ce fut l’autre qui agit avant lui. Dans la pénombre et dans sa torpeur, Tóbias ne vit pas ce bras se tendre vers lui. Grossière erreur. S’il avait été attentif, il aurait pu reculer, partir dans la direction opposée et continuer à chercher une solution pour s’échapper. Mais, encore saisis par les images morbides, il n’avait pas prêté attention à son adversaire. Il sentit, en revanche, quelque chose se refermer sur son cou. La grande main du marin venait de le capturer, elle épousait parfaitement sa gorge fine. C’était comme si, toutes ces années, elles avaient été promises l’une a l’autre, attendant patiemment leur retrouvaille, comme une femme attendrait le retour de son mari sur un quai du port. L’apothicaire remonta lentement ses yeux noisettes pour croiser le regard de fou de celui qu’il pouvait clairement appeler « son assassin ». La main le privait déjà de son aisance respiratoire. Voilà, il allait mourir. Comme un idiot. Seul. Sans l’avoir revu et sans avoir pu lui dire combien ses sentiments étaient purs et qu’ils n’avaient rien à voir avec une magie quelconque. Il posa ses mains froides sur le poignet du meurtrier, essaya de frapper ses cuisses musclées. En vain. Voilà pourquoi il aurait dû se dégourdir un peu plus sérieusement les pattes dans le jardin lorsqu’il était plus jeune au lieu de s’endormir avec un livre sur les genoux. Ses chaussures raclèrent le sol à mesure de l’homme l’amenait à lui. Qu’allait-il lui faire maintenant ? Le torturer ? Tóbias ne pourrait supporter un tel traitement. Il préférait nettement se jeter la tête la première du premier étage plutôt que de subir une lente et profonde attention comme celle-ci. L’islandais lui offrit un pâle sourire. La situation ne lui offrait que ce repli et son haleine était si fétide que c’était le seul sentiment qu’il pouvait lui offrir en plus de sa terreur. « Rien que votre présence me fait l’effet d’un viol. Vous avez gagné, je ne pourrais certainement plus dormir sans imaginer votre présence. » À quoi bon jouer les forts maintenant que tout allait être terminé ? « Je n’ai rien pour vous. » dit-il sèchement. La sensation de cette main était omniprésente. Il était obnubilé par elle, par sa présence qui lui permettait de vivre ou de mourir. Il prit conscience que la vie ne tenait à pas grand-chose – ici à une gorge – et il se demanda ce qu’il avait bien pu faire dans son passé ou dans une autre vie pour mériter un traitement pareil. Il avait toujours été bon, serviable, n’avait jamais fait de mal… Quel dieu avait-il pu offenser pour mourir d’autre chose que de vieillesse ?

Le silence avait fait place a leur dialogue de sourd et le blondinet attendait trop sagement sa sentence. Vite. Qu’on en finisse. J’ai envie de vomir. Ce n’était qu’une question de secondes avant qu’il passe l’arme à gauche. Tóbias ferma les yeux pour ne pas faire plus plaisir au marin. « Je ne crois pas…. Je ne… travaille pas avec… les gens de votre… espèce. » dit-il péniblement en essayant de récupérer un souffle rare. Jamais il n’avait eu de marin dans sa boutique. Et s’il avait croisé la route de ce fou furieux, il s’en serait rappelé. Ce n’est pas tous les jours que l’on voyait un homme avec une telle balafre sur le visage. Puis il rouvrit les yeux, son prénom résonnant dans ses oreilles. Comment cet homme pouvait-il connaître son identité ? Sa mère l’avait rarement appelé par son nom devant les clients, et ses clients n’utilisaient que son patronyme pour s’adresser à lui. Seuls les personnes proches de lui connaissaient son prénom. Qui était-ce ? Où l’avait-il vu ? L’homme ne lui disait vraiment rien. L’apothicaire n’allait jamais boire d’alcool, une rencontre fortuite ne pouvait avoir eu lieu… Soudain, la prise autour de sa gorge fut insoutenable, lui coupant net toute possibilité de respirer. Le visage du marin s’était transformé en une grimace colérique qui n’envisageait rien de bon. Finalement, le petit islandais allait mourir en souffrant. De l’air… J’ai la tête qui tourne... Il n’eut pas le temps de dire quoique ce soit que déjà, il traversait la pièce pour atterrir contre un des meubles sur lequel finissaient de sécher fioles et autres bocaux. Le marin l’avait jeté avec une telle force que le corps de l’apothicaire avait brisé trois étagères et amené avec lui tous les récipients en verre. J’ai mal… Il avait soudain l’impression que son corps était trop lourd pour qu’il puisse se porter sur ses propres jambes, que sa tête pesait une tonne. Il essaya néanmoins de la relever et de la poser contre ce qui restait du meuble. Pourquoi tant d’acharnement contre lui… Les paroles suivantes du matelot lui parurent lointaines, l’Égypte un souvenir trop distant pour qu’il puisse faire le lien avec celui qu’il attendait depuis des mois. En revanche, il avait très bien entendu son sort. Il se mit à rire nerveusement. « C’est plutôt vous qui allez prendre votre pied quand vous allez me faire crever. » Un élan de force le saisit et il jeta sa gorge dans la main ouverte du marin. Son visage ensanglanté, son air désespéré était dorénavant aussi dément que celui qui était entré chez lui. Il posa ses mains parsemées de coupures plus ou moins profondes sur les joues de l’homme, lui offrant un sourire glauque. «  Tuez-moi maintenant qu’on en finisse. »
Une aura bleuté commença alors à émerger de lui. Personne ne savait ce dont était capable l’islandais d’ordinaire inoffensif. Pas même celui qu’il attendait. Il avait toujours scrupuleusement suivi les conseils de sa mère. « Ne montre jamais tes pouvoirs à quelqu’un d’ici, Tóbias. D’accord ? Les gens d’ici vont avoir peur et ils risquent de ne pas être content et de t’en vouloir. Tu comprends ? Promets-le-moi Tóbias. Il en va de notre sécurité. » Et du haut de ses petits centimètres, il avait promis à sa mère de ne jamais montrer sa magie. Cependant, poussé par un élan de survie, il brisa l’un des derniers liens qui l’unissait à elle, comme il avait brisé ses récipients en verre. Sans faire attention et à cause d’une force brute et majeure. Autour de lui se formèrent progressivement onze oiseaux. Si d’ordinaire ceux-ci étaient de taille modeste et paisibles, à cet instant, ils reflétaient toute l’angoisse et l’inconscience de vivre qui se trouvait dans le corps meurtris de l’apothicaire. Le regard vide, d’une taille immense, ils emplissaient peu à peu l’espace de la cuisine. Le bec ouvert, ils étaient prêts à attaquer au moindre tressaillement de l’inconnu qui avait osé blesser leur maître. Cependant, parmi ces créations, un corbeau avait gardé sa forme traditionnelle et était apparu sur le poignet du marin. Le volatile, un petit nœud autour du cou, regardait l’homme, la tête penchée sur le côté. Il ne semblait pas dégager la même aura menaçante, et pourtant, ne dit-on pas qu’il faut se méfier des petites choses ?
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Oscar M. Bartlett
Le loup-garou
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Sam 18 Fév - 13:25
Dans un élan désespéré à ne pas en douter, l’autre le prit de vitesse. Chose étonnante quand on connaissait l’enchaînement d’actions qui avait ponctué leurs retrouvailles, pour le moins mouvementées. La gorge si frêle et pourtant chaude, palpitante de vie jusqu’à ce qu’un étau la prive définitivement d’air, vint se jeter au contact de sa paume ouverte en direction de Tóbias. Cependant, ce qui retint le geste du marin, ce fut l’expression de sa victime. Ce n’était pas le souvenir qu’il en avait. Et en l’espace de quelques secondes, il venait de briser ces fragments de joie pour les remplacer par une démence animée de désespoir. Millen hésita. En son for intérieur, rien ne l’empêchait d’aller au bout de ses idées. Alors pourquoi sa main ne pouvait-elle plus refermer son étau sur la gorge de ce garçon ? Des meurtres de sang-froid, il en avait déjà commis. Pourquoi hésiter maintenant et si près du but ? La réponse, le marin la connaissait. Seulement, il se refusait à l’admettre. Qu’aurait-il à y gagner après tout ? Tóbias ne l’avait pas reconnu. La conscience de ne plus jamais pouvoir être ce visage familier aux yeux de l’herboriste s’imposa à lui. Leurs retrouvailles avaient le coup du hasard, rien de plus. Un tourment supplémentaire, une épreuve à surmonter tout au plus. Dans le creux de sa paume, Millen sentit battre le cœur de sa victime. Tel celui d’un animal pris au piège, celui-ci battait furieusement entre ses doigts. S’il trouvait le courage, il pouvait faire en sorte que l’organe s’arrête pour de bon. Seulement…

« … ! »

Resté la bouche légèrement entrouverte, avec ses mots bloqués quelque part à mi-chemin entre sa gorge et ses lèvres, le marin vit une nouvelle fois la situation lui échapper complètement. Il n’eut pas le temps de formuler le fond de sa pensée qu’une étrange aura bleutée émana de Tóbias jusqu’à éclairer la pièce toute entière. Tch. Pire qu’une luciole ce type ! Si les voisins en question n’avaient pas encore été alertés par le bruit de verre cassé, cette lueur achèverait de les convaincre d’appeler les forces de l’ordre. Soudain mû par une certaine urgence à faire en sorte que la situation soit de nouveau sous son contrôle, Millen fut incapable de remuer le petit doigt. Un frisson lui parcourut la nuque. Ils n’étaient plus seuls. Lentement, il leva les yeux pour détailler ces oiseaux de malheur. En temps normal, il aurait très certainement hurlé de terreur avant de prendre ses jambes à son cou. Mais ses mésaventures passées aidant, les créatures lui inspirèrent simplement un malsain profond et la certitude que le moindre geste suspect de sa part risquait de déclencher les hostilités. Un, deux… Onze au total. Le marin les compta mentalement dans sa tête, mesurant toute l’ampleur de la situation. Il doutait d’avoir le temps d’étrangler proprement Tóbias avant que les oiseaux ne lui plongent dessus. Et si venir à bout d’un ou deux adversaires de cette démesure semblait idéalement jouable, en affronter onze à la fois paraissait perdu d’avance.

« Alors c’était donc vrai… Tu es bel et bien un sorcier… Mon père ne s’était pas trompé. »

Sans perdre des yeux les oiseaux – du moins, autant qu’il lui était possible d’en avoir dans son champ de vision – le marin s’autorisa une première tentative : sans bouger le reste de son corps, il remua très légèrement les doigts autour du cou de sa victime. L’effet fut immédiat : les créatures s’animèrent, attendant visiblement le moindre geste agressif de sa part pour lui tomber dessus. Et toutes en même temps semblait-il.

« Hmm… C’est problématique. Tu voudrais bien rappeler tes bestioles ? Elles ont un regard franchement malsain. » Avant d’ajouter après une courte pause. « Détends-toi. Je renonce à l’idée de te tuer. Faut croire que ton enchantement fait encore effet. Comme à l’époque. »

La seconde partie était presque lâchée à regret, tant en raison de son contenu lequel avouait son incapacité à le tuer, que pour l’avoir dit à haute voix. En toute honnêteté, Millen aurait préféré garder cette information pour lui. Ces abominables oiseaux avaient confirmé ses soupçons. Il pouvait s’estimer heureux d’être en mesure d’agir librement en présence de l’herboriste-sorcier. Le marin ignorait que son attachement envers Tóbias pouvait également être sincère. Pour l’heure, il ne souhaitait qu’une chose : mettre le plus de distance entre lui et ce garçon. Ainsi que de l’ordre dans ses pensées. Il n’avait pas prévu de retomber sur lui après toutes ces années. Ce n’était pas le bon moment pour rouvrir de vieilles blessures. Ce fut à cet instant qu’il réalisa la présence d’un douzième volatile, plus petit et en apparence inoffensif, comparé à ses congénères. Du fait de sa petite taille et de l’imposante présence des onze autres, le marin ne l’avait pas remarqué immédiatement. Pourquoi cette créature le dévisageait-elle avec autant d’intensité dans le regard ? Comme si elle était en mesure de lire à travers lui comme dans un livre ouvert… Une impression franchement désagréable.

« Arrête ça. » lâcha-t-il d’une voix sourde où perçait la colère. « Ne me force pas à voir jusqu’où je pourrais aller en dépit de ta magie. »
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Mar 21 Fév - 7:06
Son veston anthracite et sa chemise blanche étaient à l’image de son âme ; déchirés. Son dos commencerait bientôt à se couvrir d’une couleur bleuâtre, comme celle qui illuminait la pièce. Ses avants-bras nus, ses mains, la partie droite de son visage, étaient la métaphore de son cœur. En ce moment précis, la gorge offerte à cette main rugueuse, l’apothicaire s’était abandonné à ses instincts primaires. Il n’était plus conscient de rien, pas même de son corps qui lui criait le mal que lui avait fait le verre. Le désespoir mêlé à la douleur. Une paire inséparable qui lui avait retourné le cerveau. Si des dieux existaient en ce monde, il était temps qu’ils arrivent pour mettre fin à tous ces sentiments qui caressaient allégrement les nerfs de l’islandais. Tóbias n’avait plus rien à perdre. Au fond de lui, il y avait bien longtemps qu’il s’était fait une raison sur plusieurs choses. « Tuez-moi. » répéta-t-il, cette fois en posant fermement ses mains dans le cou musclé du marin. Malgré ses paumes ensanglantées, il approcha le visage du balafré près du sien. Une envie morbide le saisissait peu à peu. Il voulait se voir dans le regard de l’homme. Que celui-ci n’oublie pas son visage plein de démence, qu’il soit hanté toute sa vie par cette nuit dont seule la lune était le témoin. En rapprochant leurs têtes, il avait pressé un peu plus sa gorge dans cet étau de chair. Sa pomme d’Adam épousait à la perfection le creux de sa main ; c’en était presque sensuel. L’apothicaire pouvait y sentir les battements de son cœur, tout comme il pouvait sentir la raison le quitter peu à peu. Sa vision devenait floue ; il y appuya un peu plus sa gorge. Voulait-il mourir à ce point ? Personne ne pouvait le savoir. Pas même Odin. Ses lèvres étaient à quelques centimètres de celles de l’intrus. S’il s’avançait encore, peut être qu’il pourrait les effleurer et ainsi obtenir le baiser de Hel. « Et alors ? On a peur de refermer ces doigts salés sur la gorge d’un vulgaire et inconnu sujet de sa majesté ? » murmura l’islandais à court de souffle.
À mesure que Tóbias se rapprochait volontairement de l’inconscience, dix de ses corbeaux grossissaient à vue d’œil. Quand bien même le corps de leur hôte se livrait au royaume de Helheim, ceux-ci continuaient de vouer un sentiment d’hostilité certain à cet homme qui avait dérangé leur paisible quotidien. Seul le feu-follet avec le petit ruban autour du cou restait là, à regarder l’intrus. Sa présence dérangeait, mettait mal à l’aise, et pourtant. Ce pouvait être elle qui pourrait sauver la mise. Ce pouvait être elle la clé pour ouvrir le cadenas qui retenait la Raison de Tóbias. Elle agita ses petites ailes pour se mettre à la hauteur des yeux stressés du balafré. Elle y plongea son regard vide quelques secondes avant de virevolter dans les airs. Elle pénétra dans le front de son hôte pour en ressortir par l’arrière de sa tête, pour finalement se lover dans la poche gauche de la chemise de l’apothicaire. Les autres apparitions s’immobilisèrent.

Ce fut alors comme si tout s’était mit sur « pause ». Les volutes de fumées arrêtèrent d’émaner du corps de l’islandais. Son sourire se figea et ses yeux noisettes se levèrent vers les poutres du plafond. Ses mains glissèrent le long du torse du marin et retombèrent mollement, dans un bruit sourd, contre ses cuisses. C’était comme s’il avait rendu les armes, comme si Hel était enfin venue le chercher. Mais en réalité, ce fut tout autre chose. Le petit corbeau au ruban venait de réactiver quelque chose. Elle venait de mettre en place des mots précis, des phrases, dites par son agresseur. « Égypte »… « Mon père »… « Enchantement »… « Comme à l’époque »…
Qu’elle était loin, cette « époque ». Fraîchement nommé nouveau propriétaire de la boutique de sa mère, Tóbias essayait de mettre en avant le professionnalisme que sa mère lui avait apprit. Une après-midi d’automne, où les beaux jours commençaient à se faire rare, le blondinet était parti en quête d’un salon de thé. Non pas pour augmenter sa clientèle, mais plutôt pour se détendre en écoutant les dernières nouvelles londoniennes. Bien connaître les nouvelles de ces derniers jours étaient toujours un plus, qui plus est pour quelqu’un qui ne s’encombrait pas de la lecture des journaux locaux. Le jeune homme avait timidement poussé la porte de l’échoppe. Ses narines s’étaient emplies de différentes odeurs de pâtisseries, de thé et de parfums féminins qui lui avait tourné la tête tant il n’y était pas habitué. Il se rappela de cet élégant aristocrate en proie aux séductions d’une femme splendide et qui avait probablement son âge. De l’extérieur, ils faisaient un couple magnifique et distingué. C’était la première fois qu’il avait été charmé par ces yeux bleus. Baboum. Un autre souvenir se présenta à son regard vide. Des rires, des caresses tendres, des pieds qui s’emmêlent paresseusement alors que des lèvres se nouent. Une chevelure brune qui se mêlait à ses mèches blondes. Et ses mains pâles, fraîches comme son pays, qui courraient sur ce large dos rassurant parsemés de grains de beautés. C’était chez lui, au dessus de la boutique. C’était doux et chaleureux comme une fin de journée d’été. Baboum. À ces temps paisibles se succéda de l’angoisse. Des cris, des larmes sourdes, des gorges nouées. Une volonté de s’expliquer de la part de l’immigré. Il se rappela de ce sentiment de n’être qu’une jeune vague se jetant à corps perdu contre une falaise immense. De l’impossibilité de faire valoir son honnêteté auprès d’un homme à qui il vouait tout son respect. Baboum. Une promesse. Un ultime baiser. Et puis l’absence.

Les yeux de Tóbias se gonflèrent de larmes. Le regard perdu on ne savait où, celles-ci se mirent à rouler le long de ses joues salies par un combat inégal. Les premières tracèrent timidement les premiers sillons avant que leurs sœurs ne viennent les rejoindre à vive allure en s’écrasant sur le parquet. Pourquoi se rappelait-il de cela maintenant ? Était-ce parce qu’il avait oublié de respirer ? Pourquoi est-ce que son cœur lui faisait mal ? Pourquoi se rappelait-il de celui pour qui il avait tenu bon, pour qui il avait choisi de ne pas déménager en se raccrochant à quelques mots lancés sur le moment ? Comment s’appelait cette personne déjà ? Avait-il oublié son nom ? Non… Il était juste bien enfermé dans la partie la plus profonde de son cœur. Il avait trop souffert de son absence. Il avait trop souffert de la pression de cet homme qui revendiquait une paternité trop cruelle. « Mi… llen... » murmura-t-il avec douceur. Un sourire tendre se dessina sur son visage meurtri. Il posa une main sur son cœur, écrasant le petit corbeau dans un discret nuage bleuté. Puis il se mit à rire. Ce fut graduel. D’un petit toussotement à un rire nerveux qui secoua tout son corps. N’importe qui, qui l’entendrait, trouverait ça malsain… Sa voix brisait le silence qui était venu brièvement s’installer dans cette modeste cuisine. Soudain, ses billes noisettes se braquèrent vers le marin. À se rappeler de son passé, l’apothicaire en avait oublié son agresseur. Trouvant quelques forces, il posa son pied sur le torse de l’homme, et appuya dessus. S’il réussit à le pousser loin de lui tout en se libérant ? Il n’en sut rien. L’islandais glissa vers l’arrière, disparaissant dans le nuage que formaient ses corbeaux. Il était hors de question de se laisser abattre maintenant, de rendre les armes. Sa glissade lui ajouta de nouvelles blessures, c’est pas grave, il faut survivre. Il se leva avec peine, essayant de s’appuyer sur le meuble abîmé en essayant d’être le plus discret possible. Quelques fioles tombèrent dans un bruit cristallin. Il venait de trahir sa position. Il décida de changer de place, s’enfonçant dans le petit couloir qui amenait à l’arrière-cour. Il s’appuya sur la porte, suivant son mouvement jusqu’à tomber sur les genoux. De l’air frais emplit ses poumons ; c’était agréable. Dans le couloir se tenait encore ses corbeaux, les uns à la suite des autres. Assis derrière un bosquet de roses, l’islandais essayait de maîtriser son rythme cardiaque. Ce dernier semblait être calé sur le bruit des pas du marin… Boumboum… boumboum… boum boum… boum...boum... L’avait-il suivit ?
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Oscar M. Bartlett
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Sam 11 Mar - 14:55
A l’instant où les mots, pleins d’une colère qui se voulait terrible, franchirent la barrière de chair qu’étaient ses lèvres, le petit oiseau s’anima. Pourvu d’une volonté propre, il s’éleva dans les airs, faisant sursauter le marin qui, bien malgré lui, avait gardé un œil sur le volatile au regard inquisiteur. Le mouvement soudain de la créature survint au bon moment, à tel point que Millen se demanda si cette dernière avait compris le sens de ses paroles. Pire, allait-elle l’écouter et raisonner son créateur par la même occasion ? Sourcils froncés, le brun réalisa bien vite que le petit oiseau, loin de rejoindre son maître pour faire ensuite disparaître ses odieux confrères gigantesques, se dirigeait plutôt dans sa direction à lui. L’idée de lui ordonner de faire demi-tour lui traversa l’esprit, rapidement suivie d’une consœur plus enfantine, celle de souffler sur le volatile pour voir ce qu’il adviendrait de sa petite forme hésitante qui se trouvait désormais au niveau de ses yeux. Les deux êtres si différents se jaugèrent en silence quelques secondes, avant que l’oiseau ne se rapproche encore un peu, toujours plus. Minute, il lui faisait quoi là ? L’incrédulité saisit le marin quand la créature lui traversa littéralement la tête. Trop surpris pour réagir, il se tint immobile les secondes qui suivirent, s’imaginant déjà raide et étendu sur le sol, le bas du dos formant un angle étrange mais il constata qu’il n’en était rien et que ses facultés en tous genres demeuraient intactes. S’en était trop ! Il n’allait pas se laisser faire plus longtemps ! Son sursaut d’adrénaline furieuse fut cependant le plus court de toute l’Histoire de l’Humanité. A peine l’image de lui en train d’étrangler l’herboriste se forma-t-elle dans son esprit que d’autres s’y succédèrent, toutes plus nettes les unes que les autres. Même s’il avait voulu faire le vide dans sa tête à cet instant, Millen comprit inconsciemment que cela n’aurait pas été possible pour lui. Encore une fois, le destin et la magie se jouaient de lui, compagnons de fortune.

Des souvenirs qu’il croyait enfouis au plus loin de son être refirent brutalement surface, s’imposant à lui comme s’ils étaient déroulés la veille encore. Chacun avait conservé son lot de détails, parfois anodins mais qui n’en demeurent pas moins chers avec les années qui défilent. Le faux grain de beauté de sa fiancée, l’odeur si particulière du café dans lequel ils s’étaient installés laquelle mêlait arômes des boissons diverses et variées qu’on y servait à celle du bois, plus reconnaissable et puis… Non, il ne l’avait pas oublié. Comment l’aurait-il pu ? Ils s’étaient entendus dès leur première rencontre. Comme si la jovialité de l’un compensait à merveille la timidité de l’autre. Sans compter les nombreuses conversations autour de leurs dernières trouvailles respectives, tout en évoquant l’actualité autour d’une tasse de thé fumante. Une évidence. Voilà ce qu’il avait pensé de leur relation. Et si ni l’un, ni l’autre n’avait été en mesure de prévoir l’évolution de celle-ci, jusqu’aux événements douloureux qui marquèrent leur séparation, Millen doutait de pouvoir un jour oublier ou même oublier ce qu’ils avaient vécu tous les deux. Qu’importe le nombre d’identités qu’il devrait revêtir avec les années. Encore sous le choc de se voir rappeler de force des moments heureux sur lesquels il savait devoir tirer un trait, le brun revint progressivement à la réalité. Son regard chercha machinalement celui de l’herboriste, comme pour s’assurer que rien dans son expression ne l’avait trahi. Sauf que le marin ne s’attendait pas à voir son vis-à-vis fondre littéralement en larmes devant lui.

La réaction de Tóbias le laissa sans voix. En temps normal, il se serait très certainement foutu de lui et sa sensibilité à fleur de peau. Cependant, l’unique mot qui franchit les lèvres de l’herboriste, meurtri à la fois dans sa chair et son esprit, qui vint accompagner ce flot de larmes, l’en empêcha. Jusqu’à quel point s’était-il fourvoyé sur le compte de son interlocuteur ? Se pourrait-il que ce dernier ait également souffert de son absence, exil contraint par la voix paternelle ? L’interrogation se lut aisément dans le regard de Millen. Ce dernier ne savait plus quoi penser. A ce stade, lui qui était prêt à mourir de ses mains, il ne pouvait pas croire que l’herboriste puisse simuler quoique ce soit. La sincérité s’exprimait dans ce flot ininterrompu de larmes. Il lui avait manqué. Terriblement. Et ils étaient deux à en avoir souffert, tout en ignorant qu’ils partageaient un fardeau commun. Ironie du sort. A l’interrogation, se succéda le remord. Celui de n’avoir pas cherché à comprendre celui qu’il appréciait le plus au monde. Ne pas vouloir savoir ce qu’il en était de son côté et laisser le venin paternel faire son chemin dans son esprit. A sa manière, Tóbias avait dû surmonter des épreuves également. Probablement pas aussi terribles que les siennes mais des épreuves tout de même. Il ne pouvait pas le nier. Personne ne le pouvait. Alors qu’un doux parfum de retrouvailles bien méritées s’installait paisiblement dans la petite boutique ravagée, un rire rompit la magie de l’instant. Celui de son interlocuteur. A tel point que Millen se demanda sérieusement s’il n’avait pas perdu l’esprit. L’image de son expression désespérée aux yeux fous lui revint brièvement en mémoire et il se dit qu’effectivement, Tóbias n’était pas loin de basculer complètement dans la folie. Il voulut prendre la parole, le raisonner, sans trop savoir quoi dire au final. Comment aurait-il pu lui avouer la vérité de bout en blanc, après l’avoir agressé sans donner de raisons valables ? Le marin hésita. Une seconde de trop. Il vit le corps de son interlocuteur se mouvoir, comme au ralenti, avant de sentir une pression contre son torse. La seconde suivante, il perdait l’équilibre et ne dut la sauvegarde de sa dignité qu’à l’appui ferme de sa main sur le sol parsemé de débris de verres. Une violente douleur dans le creux de sa paume l’informa d’ailleurs qu’il ne s’était pas loupé à ce sujet. Jurant, il ne put que voir l’herboriste reculer loin de lui, avant d’entamer une fuite maladroite en direction de la sortie.

Pour une fois, ce n’était pas lui qui tournait le dos. Et maintenant quoi ? Lui courir après ? Tóbias le haïssait sous cette apparence et le brun ne pouvait pas le lui reprocher compte tenu de son comportement à son encontre. Le plus simple aurait probablement été de quitter les lieux à son tour, récupérant ce dont il avait besoin si toutefois, il parvenait à mettre la main dessus, le tout, avant l’arrivée certain des forces de l’ordre, à présent que l’herboriste pourrait crier à qui voulait l’entendre qu’il venait de se faire agresser par un marin balafré. Millen soupira et se laissa tomber sur le dos, fermant les yeux. Le crissement aigu des débris de verre sous son poids lui parvint mais il ne s’en préoccupa pas. Pour avoir traversé la pièce en brisant tout sur son passage, Tóbias avait certainement plus souffert d’eux que lui. L’amertume le saisit sans crier gare. S’il ne pouvait plus offrir à l’herboriste ce que ce dernier avait connu, à quoi bon continuer à vivre ? Mieux valait attendre l’arrivée des forces de l’ordre. Pour un cambriolage raté et violences sur le propriétaire de la boutique, il écoperait de quelques années passées à l’ombre. Sauf si on parvenait, par un moyen quelconque, à lui mettre un crime ou deux sur le dos. Dans ce cas, ce serait la peine capitale directe. Et quitte à choisir, il opterait pour une méthode rapide. Si toutefois, on le laissait choisir.
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Sam 15 Avr - 11:23
Il était caché derrière un pot de fleur. À dire ainsi, cela paraîtrait ridicule à n’importe qui. Mais ce n’était pas n’importe quel pot de fleur, pas un que ces dames de la petite bourgeoisie posaient au rebord de leurs fenêtres. Non, le pot en terre était épais, large, grand. Suffisamment pour cacher partiellement l’apothicaire qui ne savait plus quoi faire. Les mains plaquées sur sa bouche, il essayait de contrôler son souffle. Sa poitrine se soulevait avec force, son nez n’arrivait pas à avaler suffisamment d’air pour qu’il puisse calmer son rythme cardiaque. Et pourtant, il faisait en sorte de se calmer. Mais comment faire lorsque, ses mains parsemées de coupures lui rappelaient sans cesse la mort qu’il venait de frôler ? Un violent frisson le prit lorsqu’il repensa à l’homme qui était dans sa maison. Celle-ci était souillée, dépourvue de son innocence et des jours heureux qu’elle avait connus. Et cela en quelques instants. Il n’avait fallu que quelques minutes pour que la peur envahisse l’islandais, pour que l’horreur s’installe dans son arrière-boutique.
Tóbias était coincé. Il venait de refermer le piège sur lui-même en venant se cacher dans cet endroit. La cour était close. Pas une porte qui donnait sur une rue coupe-gorge, pas un moyen de grimper sur quelque chose pour se soustraire à son héritage. Rien. Le jeune homme essayait de chercher une solution. Comment pouvait-il se défendre ? En avait-il seulement la force ? Est-ce que ses mains mutilées allaient pouvoir tenir un objet lourd, contondant, une pelle, une pioche ? Il en doutait, et l’odeur du sang qu’il respirait ne l’aidait pas à calmer ses ardeurs morbides. Ses oreilles, tendues pour saisir le moindre bruit de mouvement, bourdonnaient. De l’autre côté du mur, un chat donna un coup de patte sur un objet métallique et l’apothicaire sursauta ; ses feux-follets grossirent momentanément dans le couloir, prenant une expression agressive, avant de braquer de nouveau leurs pupilles vides vers les entrées et sur le marin qui avait agressé le maître des lieux. Les volatiles n’avaient pas bougé.

Derrière ses mains, il commençait à hoqueter. Il n’arrivait pas à reprendre son souffle et fini par les ôter de ses lèvres. Le voilà tout beau avec du sang sur le bas de son visage, pour de bon, il donnait le sentiment d’être un fou échappé de l’asile. Le cœur battant, tout doucement, il posa une main par terre, bascula son poids sur celle-ci en ignorant la douleur qui s’ensuivit et se permit un coup d’œil en direction du couloir qui le séparait de son agresseur balafré. Au fond de lui, il s’attendait à le voir, à entendre un « Bouh » malsain qui allait le faire hurler de peur et réveiller les voisins. Comme si son cerveau ne psychotait pas assez, il lui lança l’info que tous les voisins étaient morts. Par sa faute. Par le marin. Une nouvelle montée de larmes perlèrent à ses yeux avant qu’il ne se ressaisisse et… qu’il se morde la lèvre de surprise en voyant le petit corbeau avec son nœud autour du cou. Pour sûr, il s’était attendu à tout, sauf à la voir. Elle commença à ouvrir et fermer son petit bec, ses petites ailes repliées contre ses flancs ; on aurait dit qu’elle le sermonnait. Le blondinet la regardait, hébété, avant de froncer les sourcils. Que lui faisait-elle à la fin ?! Ce n’était pas le moment ! Le danger pouvait survenir à n’importe quand et si elle obstruait sa vue, Tóbias ne pourrait se préparer à fuir ! Voyant que son maître ne comprenait pas là où elle voulait en venir -franchement, ces humains… Ils sont vraiment nuls – elle fonça tête bêche sur le front de l’herboriste. Son regard fut de nouveau perdu dans le vague et il ne crût pas ce qu’il vit. Pourquoi est-ce qu’il se souvenait une nouvelle fois de Millen ? Cet homme n’avait en rien la même apparence, la même grâce, la même aura. Il n’avait pas ce regard tendre, ce sourire sincère et malicieux. La façon dont il avait prononcé son prénom l’avait donné des sueurs froides au lieu de lui inonder de chaleur le bas ventre. Son cœur avait été au bord des lèvres, au lieu de sauter de joie. Non. Vraiment. Ils n’avaient rien en commun, alors pourquoi diantre s’amusait-elle à lui rappeler cet homme ?! L’islandais était fermé à tout raisonnement logique. Son corps, son âme s’étaient mit en fonctionnement « survie » et il était impossible, à l’heure qu’il était, que le jeune homme puisse faire le rapprochement entre le marin et Millen. Son petit feu-follet se replaça devant ses yeux. « Je ne comprends pas ce que tu veux me dire. Arrête ça ou je- » un bruit sourd émergea du couloir et il sursauta. Par réflexe, il se plaqua, avec force, de nouveau contre le pot de fleur, reprenant sa position initiale. Tous ses muscles étaient tendus, prêts à lui faire faire un bond de quinze mètres si jamais il entendait, sentait le souffle de cet homme près de lui. La petite femelle avait de nouveau ses ailes repliées sur ses flancs. Elle était déterminée à ce que Tóbias passe outre sa peur et aille confronter celui qui avait simplement changé d’enveloppe charnelle. Elle pénétra de nouveau son corps par sa tête, lui suggérant successivement des images : la pelle, les cordages qui traînaient à côté de celle-ci, et enfin l’homme. Elle insista suffisamment pour que l’apothicaire se redresse sur ses jambes flageolantes et suive ses instructions. Dans un sens, elle n’avait pas tort sur un point : il n’y avait plus de bruit, et l’homme n’était pas venu le chercher. Peut-être qu’il était parti, qu’il en était resté là pour cette fois et qu’il allait le laisser tranquille. Et au pire, il pourrait recommencer son stratagème avec la bande de corbeaux testostéronés qui « bouchaient » le couloir.

C’était parti. Ses mains étaient fermement accrochées au manche de la pelle qui prenait appuis sur son épaule, dont le bois se gorgeait du sang auquel il était soumis. Un pas après l’autre, il se rapprochait à chaque fois plus du lieu de la confrontation et sa peur ne faisait que grandir dans son ventre ; l’envie de vomir se fit de nouveau plus présente que jamais. Il traversa chacune de ses matérialisations, ses chaussures faisant craquer le verre étalé par terre. Niveau discrétion, Tóbias pouvait revenir, il était loin d’être un as pour ce coup-ci. Et puis il passa lentement la tête pour scruter si l’homme ne se cachait pas ; les jointures de ses doigts devenaient à chaque seconde plus blanches tellement il serrait sa pelle. Personne. Il continua d’avancer, avec la même prudence, fit le tour de son plan de travail avant de voir un bassin par terre. Sa tête se pencha vers le sol, ses yeux remontaient peu à peu ce corps étendu par terre jusqu’à ce qu’il arrive à ses pieds. À quelques centimètres du bout de ses chaussures, se trouvait la tête du marin. Pris d’un geste de survie, d’un réflexe d’animal faible dans la hiérarchie de l’espèce, l’islandais ne se posa pas de question et abattit le côté métallique de la pelle en plein sur le front de l’homme, dans un « blong » sourd. Il y laissa l’ustensile de jardinage un certain temps, voulant être sûr qu’il l’avait bien assommé. Comme le marin ne bougeait pas, il se dit qu’il avait frappé suffisamment fort pour pouvoir réagir. Son regard se posa brièvement sur la porte, où la pensée de quitter cet endroit pour aller trouver un agent de police lui traversa l’esprit. Mais il ne voulait en aucun cas laisser cet homme dans sa maison. Le maître des lieux ramassa quelques planches du meuble qu’il avait percuté à deux reprises, les assembla, avant de sommer ses feux-follets. Ceux-ci se glissèrent sans peine sous le corps du marin pour l’installer sur le brancard de fortune, se matérialisant au prix d’un effort conséquent de leur maître, et l’amenèrent dans le grenier. Il émit une ultime volonté, puisant dans ses dernières ressources, et les corbeaux le déposèrent contre l’une, des élégantes et non pas moins imposantes, quatre statues en pierre. Là, il prit les cordages qu’il avait liés à sa taille, et entreprit d’attacher solidement le marin. Tout y passa : ses poignets, ses genoux, ses chevilles, puis trois tours autour de son buste. Une fois qu’il eut fini, Tóbias se laissa tomber sur les genoux, et il fixa la bosse qui venait de naître sur le front de l’homme. Bosse ou œuf d’ailleurs ? Il soupira. Qu’allait-il faire de cet homme maintenant ? Il avait vu ses pouvoirs, vu son visage, savait où il habitait. Il le connaissait. « Millen… Qu’est-ce que je peux faire… ? » Acculé de fatigue le jeune garçon s’endormit. Il tomba lourdement sur le côté, se roula en boule et succomba aux bras de Nótt.

Quelques heures plus tard, tout du moins ce qui lui paraissait quelques heures, l’islandais rouvrit péniblement les yeux. Il s’étira en grimaçant de ses courbatures -trop travail tue son homme- et, l’air hagard, se demanda ce qu’il faisait dans le grenier. Ses yeux noisettes se posèrent sur l’homme et tout lui revint en mémoire. Il ne savait si celui-ci était réveillé ou non, et il en profita pour descendre chercher quelques bocaux et quelques bandages. Il remonta avec une motivation extrême et se mit à le soigner avec prudence. Il désinfecta et banda la main blessée du marin et appliqua un onguent sur son front pour que la bosse dégonfle ; il lui banda également la tête. Quand bien même il était terrorisé, son devoir et sa passion de soigner passait avant toute chose. Tout en lui bandant la tête il marmonna : « Qui êtes-vous… ? Et que me voulez-vous réellement… ? Je vous ferais cracher le morceau. Foi de viking. » dit-il, soudain animé d’une détermination nordique.
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Oscar M. Bartlett
Le loup-garou
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Mar 2 Mai - 10:11
Le calme était revenu dans l’arrière-boutique. Peut-être précédait-il simplement la tempête que représenterait l’arrivée des forces de l’ordre sur les lieux et sa prochaine descente aux enfers entre les quatre murs d’une cellule humide. Aucun cri, pas même une exclamation ne vint troubler le silence qui régnait. La voix de Tóbias ne retentit pas comme il l’avait imaginé. L’herboriste s’était-il finalement pris les pieds dans un quelconque objet qui traînait dans les parages et gisait à présent le nez dans la poussière ? Cela ne l’aurait pas tellement étonné. Un soupir franchit une nouvelle fois ses lèvres. Quitte à choisir la mort, autant se la donner lui-même et ne pas attendre le bourreau, surtout si ce dernier tardait à se manifester. Combien de temps était-il resté étendu là, bêtement, au milieu d’une scène de carnage ? Millen n’en savait rien et s’octroya encore quelques minutes supplémentaires avant d’ouvrir les yeux. A peine eut-il le temps d’identifier la silhouette qui se dressait près de lui que le coup fut porté. Une vive douleur le prit à la tête puis ce furent les ténèbres. L’inconscience. Un brin reposante tout de même.

Quand il revint à lui, le marin grimaça de douleur. Celle-ci revenait à la charge à mesure qu’il se réveillait. La première chose qu’il nota fut son changement de position. Non plus allongé mais assis contre quelque chose de dur et rugueux au toucher. De la pierre ? L’odeur aussi avait légèrement changée. Sa tête l’élançait toujours et son champ de vision fut un instant envahi de petites lueurs virevoltantes qui l’empêchèrent de prendre pleinement conscience de son nouvel environnement. Lorsqu’il tenta de bouger, Millen s’aperçut qu’en plus de le traîner jusqu’ici, on l’avait ligoté. Un sourire amer apparut sur ses lèvres. Les forces de l’ordre étaient-elles finalement arrivées ? L’herboriste s’était-il décidé à donner l’alerte ? Pourtant, aucun bruit, aucune exclamation ne lui parvenait. En plus de le rendre momentanément aveugle, le coup l’avait-il rendu sourd par la même occasion ? Le marin en doutait. La vue lui revint progressivement, apportant avec elle les réponses qui lui faisaient défaut.

A première vue, il se trouvait dans le grenier, effectivement ligoté comme un saucisson. Par réflexe, Millen testa la solidité de ses liens. S’en libérer ne serait pas une tâche aisée mais pas impossible pour autant. En aurait-il seulement le temps ? Du mouvement sur sa droite attira son attention et il découvrit le corps endormi de Tóbias. Il remuait légèrement, signe avant-coureur de son réveil. Le marin se mordit la lèvre. Il n’avait pas prévu de se retrouver dans cette situation. Si l’herboriste avait décidé de le garder ici pour l’interroger, qu’allait-il bien pouvoir lui répondre ? Certainement pas lui dire la vérité… Ne sachant pas quelle attitude adopter sur le moment, il ferma les yeux, simulant l’inconscience dans laquelle Tóbias l’avait plongé auparavant. Il l’entendit se lever, s’approcher plus près de lui – probablement pour inspecter sa bosse à la tempe – à en juger par son souffle qui s’était soudain fait proche avant de s’éloigner. Lorsque les bruits de pas furent suffisamment distants, Millen ouvrit de nouveau les yeux pour s’attaquer à ses liens : d’abord les poignets avec les dents comme seules armes. Malheureusement pour lui, l’herboriste avait serré suffisamment pour le faire pester.

En entendant Tóbias revenir, le marin ne joua pas la comédie une seconde fois mais laissa retomber ses poignets entravés sur ses cuisses, lesquelles avaient subi plus ou moins le même sort. Ils se dévisagèrent en chien de faïence quelques secondes avant que l’herboriste ne se décide à s’approcher pour… le soigner ?! Millen grogna et s’agita comme un enfant capricieux qui refuse qu’on le touche. Sauf qu’attaché comme il était, difficile pour lui d’éviter les doigts enduits d’onguent qui finirent par se poser sur sa bosse, avant de masser la zone tandis qu’il jetait un regard courroucé en direction de Tóbias. La dernière fois qu’on avait voulu le soigner, il avait écopé d’une malédiction… Un rire mauvais lui échappa quand les questions fusèrent et ce, en dépit de la douleur qui irradiait sa tête une fois de plus. L’onguent ne ferait pas effet immédiatement.

« Et que venir chercher ici sinon des plantes ? Quoi ? Parce que je suis un putain de marin tu pensais que jamais j’aurai eu besoin de ça ? »

Là-dessus, il tourna la tête pour lâcher un crachat de dédain. Ce corps, il l’avait choisi sous la contrainte et l’urgence d’en changer. Rien de plus. Ce n’était pas tous les jours qu’on pouvait accoster un riche et beau aristocrate pour lui proposer un verre contenant une boisson de sa propre fabrication. Mais l’herboriste était certainement bien loin de s’imaginer la chose.

« J’étais venu chercher des baies de Belladone. J’en ai besoin et si tu me les donnes sans faire d’histoires, alors je partirai sans demander mon reste. Marché conclu ? Et si tu veux tout savoir, c’est pour mon usage personnel, je ne compte pas assassiner quelqu’un. Rassuré ? »

Pourquoi diable hésitait-il à ce point ? Certes, Millen n’avait pas été des plus aimables lors de leurs retrouvailles, le menaçant à plusieurs reprises. Il pouvait comprendre que son interlocuteur hésitait à présent et que le détacher n’était pas dans ses priorités. Alors quoi ? La magie, les corbeaux ?

« T’as peur que j’aille déclencher une chasse aux sorcières ? » Nouvel éclat de rire. Cette situation était des plus risibles. « Aucune crainte à avoir de ce côté, toi et moi, on est dans le même bateau. Je serais bien mal avisé de te dénoncer alors que j’ai besoin de ces maudites baies. »

Oups. Venait-il de laisser entendre qu’il reviendrait de nouveau pour récupérer les ingrédients dont il avait besoin ? Le marin s’injuria mentalement. A tous les coups, l’autre allait relever l’allusion dans ses propos et se méfier encore plus de lui, si toutefois, c’était possible.
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Jeu 1 Juin - 15:07
Que venir chercher ici, sinon des plantes ? Plein de réponses lui vinrent en tête : la caisse, sa vie, un endroit où dormir... Les boutiques dans les rues un peu reculées avaient cette malchance d’attirer les gens du crime et d’éloigner les patrouilles de police. À quoi cela servait de venir patrouiller dans ces coins perdus et résidentiels ? Les bonnes jouaient très bien les commères et leur servaient parfois d’informateurs, quand les agents étaient à leur goût. Il n’y avait qu’à voir sa situation. Depuis le fracas de leur affrontement, pas un policier n’était venu voir ce qu’il se passait… Pas même un voisin… Tóbias baissa la tête et referma sa petite boite dans laquelle il mettait son onguent. Il fallait qu’il trouve une solution à ça. Partir… Dans l’absolu, il faudrait qu’il ferme boutique, ses souvenirs, pour s’établir ailleurs et ainsi éviter les scandales et les regards morts des corps qu’on irait sortir des maisons. Mais partir équivalait aussi à avouer ces crimes alors qu’il était innocent. L’apothicaire était en plein dilemme. « Aucun marin n’utilise de plantes. Sauf celles qui se glissent dans le tabac, et qui compose les liqueurs. Les plantes, c’est pour les femmes. C’est ce qu’ils disent. » En déposant son pot sur une serviette en coton, son prisonnier cracha par terre. Il se croyait où ? Dans une porcherie ? Chez son père ? Dans la rue ? Ses nerfs ne firent qu’un tour, notamment dû à sa nervosité constante et à sa douleur permanente. « Je vous prierais d’avoir au moins la décence de ne pas cracher vos résidus sur mon sol. Vous m’avez déjà assez souillé comme ça, je ne suis pas en plus obliger de ramasser vos glaires de mécontentement. » ton ferme, regard droit, le marin ne pouvait plus le prendre pour un gamin d’un quartier convenable qu’on pouvait agresser sans qu’il proteste. Le blondinet était peut-être gentil, souriant et pouvait paraître plus bonne poire qu’il ne l’était en réalité, en ce moment précis, il n’en pouvait plus du culot auquel il devait amèrement faire face. « Ne chie pas là où tu manges » N’est-ce pas un proverbe typiquement anglais ? Ne le connaissait-il pas ? À d’autres ! Pour le coup, Tóbias ne se ferait plus avoir par cet énergumène.

Atropa belladonna. Ces mots lui firent froncer les sourcils. Cette plante était dangereuse, bannie des étagères des apothicaires de tout le royaume britannique. Le seul moyen de s’en procurer était au marché noir, moyennant un prix exorbitant qui pousserait n’importe quel inconscient à braquer une boutique telle que la sienne ; l’islandais remercia son roi de cœur pour la cabale qu’il menait contre la magie... À faible dose, la baie de Belladone suscitait chez les humains des délires, des transes voir des hallucinations. À dose plus élevée, elle donnait la mort. Une mort lente et douloureuse, parsemée de doutes et de visions. Une fin horrible si l’on voulait supprimer quelqu’un que l’on ne voulait plus voir. Ce marin… S’il en voulait… C’était pour commettre un nouveau méfait. Qui sait, Tóbias risquait d’aller en prison s’il lui en donnait ! Plutôt mourir mille fois que d’abandonner sciemment ces lieux chargés de nostalgie. Comme s’il lisait dans son esprit, l’homme lui assura qu’il ne tuerait personne…
Si le marin parlait, le mage n’entendait plus rien. « Je ne compte pas assassiner quelqu’un. Rassuré ? » Était-ce une blague de mauvais goût ? Ce qu’il avait vécu n’était rien comparé à la mort horrible et lente des habitants de sa rue. Des vagues de peine, de colère, de détresse s’écrasaient avec fracas sur les côtes de son cœur et de son estomac. « Alors c’est vous que vous voulez tuer ? Vous pouvez pas vous jeter à la mer comme les autres rustres qui composent votre classe au lieu d’agresser des gens inoffensifs ? N’oubliez pas que vous avez tué tout le quartier ! Je ne vous aiderai pas à avoir ces baies ! Pas pour un assassin ! » Oui, s’il n’avait pas commis ces crimes, alors peut-être qu’il l’aurait aidé ! Mais là ! C’est être complice, accuser les regards inquisiteurs. C’est ce père tenant sa douce revanche sur l'étranger modeste et séducteur innocent qu’il avait été avec Millen. Il serra ses poings meurtris, continuant à le regarder avec colère. Cet homme n’avait décidément pas de cœur pour parler ainsi. « Avoir peur d’une chasse aux sorcières ? Je vis avec ça depuis des années. Depuis que j’ai posé le pied sur votre terre brumeuse. Il y a quelques années, j’ai perdu la personne qui m’étais le plus cher et j’ai frôlé la mort sur place publique. Ne vous vantez pas d’un pouvoir de vie et de mort sur des gens qui n’ont rien demandé à personne. Vous n’êtes pas un dieu de la Mort, vous êtes un type sans morale qui accumule les crimes. »

Il se mit soudain à ricaner nerveusement. Il n'y croyais pas, il était en train de rêver... Et dire qu’il avait songé à ce que cet homme se calme, mise sur une certaine finesse d’esprit pour s’en sortir. Il avait été prêt à le laisser repartir. Tóbias l’avait espéré, mais il aurait dû savoir que c’était peine perdue ; on ne pouvait pas changer de telles personnes. « Dans le même bateau… Dès que j’aurais le dos tourné vous allez encore essayer de me balancer par-dessus bord pour me noyer... » Rempli d’amertume, il s’était pas aperçut, qu’à nouveau, son petit corbeau à ruban s’était matérialisé. De nouveau, elle avait ses petites ailes ouvertes sur ses flancs, comme un humain aurait ses poings sur ses hanches. Son bec s’ouvrait et se fermait vivement, les étrangers à cette présence auraient pu croire qu’elle lui parlait… Et ils auraient eu raison. Le petit feu follet lui faisait des remontrances, comme quoi il n’était pas gentil, que cet homme était celui qu’il attendait, bien qu’il n’ait pas la même forme que la dernière fois. L'apothicaire craqua de nouveau « Ce sont des balivernes, ce ne peut pas être Millen ! Cet homme est l’inverse de lui ! Arrête de dire des insanités pareille, tu souilles son souvenir ! » s’exclama-t-il après un court silence avec une voix tremblante. Ce souvenir était encore trop frais, trop dur pour qu’il l’appréhende avec sérénité. Trop concentré sur son échange de sourd, il n’avait pas vu la réaction du marin. En fait, il s’en fichait. Tout du moins, c’était avant qu'il ne pose brièvement ses yeux clairs sur l'homme et qu'il ne voit cet air étrange sur son visage...
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Oscar M. Bartlett
Le loup-garou
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Mer 21 Juin - 15:05
Un tic nerveux agita le visage cabossé du marin. Ce petit con prétentieux commençait à l’énerver sérieusement. Pourquoi fallait-il qu’il ait réponse à tout ? D’où lui venait cette incroyable ténacité à vouloir contester à tout prix ce qui franchissait sa bouche ? Ne pouvait-il pas tout simplement lui donner ce qu’il était venu chercher dès le départ ? Car sur ce point-là, Millen ne mentait pas. La raison de sa venue dans cette petite boutique sans prétention, dont seuls les clients connaissaient l’emplacement, information qui se transmettait de bouches à oreilles, n’était pas inventée de toutes pièces, elle. Le destin n’en avait pas fini avec lui. Pourquoi avait-il fallu qu’il remette les pieds dans cet endroit précisément ? Pire, que Tóbias se soit trouvé entre les mêmes murs, au mauvais moment ? A quelques dizaines de minutes près, ils ne se croisaient pas. Chacun aurait continué sa vie de son côté, sans même se douter à quel point ils avaient été proches de se voir réunis. Et dans le fond, peut-être aurait-il mieux valu que les choses en restent là entre eux. Vu la manière dont leurs retrouvailles avaient tourné, le brun ne voyait pas comment il pourrait se représenter devant son ancien amant. Tóbias ne l’avait pas reconnu, ce qui n’était en rien surprenant compte tenu de ce qu’il était devenu. Et malheureusement, Millen ne s’imaginait pas lui annoncer soudain, de bout en blanc, sa véritable identité. L’autre ne le croirait pas. En plus d’être déçu du résultat après ces longues années de séparation.

« De nous deux, ce n’est pas toi le plus souillé. Ne vas pas t’imaginer que je puisse te prendre en pitié. Pas après ce que tu m’as obligé à endurer. » répliqua-t-il sombrement, sans ciller devant le regard déterminé de son vis-à-vis.

A ce moment, le marin lui aurait volontiers collé son pied dans le visage. Comment osait-il le regarder ainsi ? Avec cette lueur de fierté blessée qui brillait au fond des yeux ? Des deux, Millen était probablement le plus en tort à cet instant. Forcer la porte du domicile d’autrui, destruction de biens, violences verbales et physiques envers le malchanceux propriétaire des lieux… La liste d’accusations était longue comme son bras. Mais sans l’arrivée dans sa vie de Tóbias, rien ne serait arrivé. Il ne se serait pas retrouvé sur ce maudit bâteau, à attendre la mort pour au final se voir devoir faire le chemin avec elle à ses côtés, en permanence. La conclusion à laquelle parvint son interlocuteur le prit de court, le tirant même de ses sombres pensées. Se tuer ? Lui ? L’idée ne lui avait jamais traversé l’esprit, bien trop déterminé à trouver un remède. Cependant, les années ayant passées, toutes similaires d’échecs en série, n’avaient apporté aucune lueur d’espoir concernant sa malédiction. Peut-être était-ce finalement la seule solution qui s’offrait à lui ? Il ne pouvait plus rentrer chez lui, à supposer qu’il ait seulement un endroit où jeter l’ancre pour de bon. Même Tóbias… Une ombre passa sur son visage. Ce dernier avouait lui-même, de vive voix, qu’il ne pouvait plus être l’homme qu’il avait connu par le passé. Alors quoi ? Changer de corps ? Une fois de plus ? Pour quoi faire ? Jamais il ne pourrait retrouver son apparence, celle-là même que Tóbias avait aimée.

« Tu as raison Tóbias. Si tu n’as pas l’intention de me livrer à la police pour que je sois pendu, détache moi. Je n’ai plus de raison d’être ici maintenant. Je n’ai qu’à me jeter dans la Tamise et tu n’auras qu’à oublier. Même si tu es un sorcier, tu n’as pas mauvais fond, je le sais. Regarde toi ! En train d'aider l'homme qui aurait pu te tuer ! Ce que tu es désespérant. » conclut-il avec un faible sourire, tandis que des souvenirs défilaient devant ses yeux.

Même en critiquant l'altruisme dont faisait preuve son interlocuteur, Millen ne pouvait nier que c'était probablement pour cet aspect de sa personnalité qu'il était tombé amoureux. Ce n'était pas une question de magie ou même de sorcellerie comme son père l'avait cru, à tort. Ou alors, une forme différente de magie.

« Tu as le droit de vivre heureux Tóbias. »

Pas comme lui. Pas après tout le mal qu’il avait fait. Tous ces gens assassinés pour satisfaire son ardent besoin de survie. Un jour de plus, juste un jour de plus. Pour le revoir. Et il l’avait fait, il l’avait revu. Pas sous son meilleur jour certes mais au moins, il pouvait abandonner, l’esprit serein. Le marin leva les poignets pour les agiter devant les yeux de Tóbias.

« Quoi ? Tu vas m’obliger à me détacher tout seul ? T’en serais capable en plus… »
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Jeu 22 Juin - 15:49
Toutes les phrases du loup de mer, il les avait entendues. Elles étaient là, dans un coin de sa tête, mais il n’avait pas prit le temps d’y répondre. Simple question de mauvaise foi de sa part. Que ça lui serve de leçon, à ce gars, qui ne l’avait pas écouté et qui avait préféré la force au dialogue. D’ailleurs, en parlant de leçon, le petit corbeau n’arrêtait pas de faire des siennes devant lui. Au point où ils en étaient, Tóbias pouvait bien être lui-même et lui répondre comme lorsqu’il était tout seul. « Je te dis d’arrêter de me le rappeler ! Il est parti, tu m’entends ?! Parti ! » N’ayant plus de patience, le petit feu follet se mit à grossir… Grossir… Jusqu’à ce qu’il soit aussi gros que la tête de l’islandais. Là, elle mima un coup de boule qui n’avait clairement rien d’affectueux avant de disparaître dans un nuage bleuté envoûtant. L’apothicaire tomba dans son propre piège et des mots lui revinrent en mémoire.

« Souillé ». Il le regarda, incrédule. Hé quoi, ils en étaient rendu à ça ? À un concours qui déterminerait qui serait le plus crade, qui aurait pénétré plus profondément l’autre ? Quel couteau aurait le plus entaillé l’âme de leur adversaire ? Ce devait être une blague… Que quelqu’un le réveille… Son agresseur essayait de renverser la situation à son avantage, à le faire culpabiliser. C’était curieux comme concept et si Tóbias n’avait pas été blessé, si tout cela n’était pas arrivé ainsi, peut-être que ça aurait marché, attendri son cœur scandinave…
« Pitié ». Mais non. Apparemment, c’était le sentiment que le blond semblait susciter chez son prisonnier. C’était le sentiment auquel le marin ne voulait résolument pas succomber. Il baissa les yeux, s’inspecta. Ses mains et ses bras parsemés de coupures et de bleus futurs. Sa chemise déchirée, son pantalon tâché et émaillé. Ses chaussures pleines de poussière. Il se demanda alors si son visage reflétait la même décadence. En ce cas, peut-être, il pouvait concéder au marin qu’il faisait « Pitié » .
« Obligé à endurer ». C’est alors qu’il fronça légèrement les sourcils et que ses yeux se plantèrent dans ceux de l’homme à la balafre. Il ne l’avait en rien obligé à endurer quelque chose. Bien au contraire, la situation était inversée. C’était lui qui avait été obligé d’endurer cette visite fortuite et cet engouement malsain juste pour des baies de Belladone. C’est alors qu’il se demanda si au final, cet homme n’était pas un de ses anciens clients à qui il avait mal suivi la prescription ou donné quelque chose qui ne lui avait pas plu. Ce qui était étrange compte tenu qu’il ne traitait jamais avec les gens du port et qu’il excellait dans son métier. Il ne savait pas, et ça n’arrangeait pas ses affaires.

C’est alors que l’expression fatiguée, nostalgique et triste du visage du marin lui revint en mémoire. Pourquoi cette expression lui serait le cœur et lui tirait les larmes des yeux ? « Pendu », « Désespérant » Ce n’était plus lui, immigré du Nord, qui était désespérant, mais le marin qui était désespéré. Soudain, il était assaillit d’une soif de savoir. Connaître son passé pour mieux comprendre pourquoi il en était arrivé à rechercher ces baies mortelles, pourquoi il s’en était prit à lui. À mesure qu’une multitude de questions inondait son cerveau, l’apothicaire s’était rapproché de son prisonnier. Son visage était à quelques centimètres du sien, ses yeux étaient absorbés par la fatigue du matelot. Il pouvait sentir les embruns iodés qui s’étaient imprégnés dans son corps. Tóbias posa ses mains sur les joues creuses de l’homme par pur réflexe. C’est alors que la phrase tomba comme une pierre après avoir fini de ricocher sur la surface de l’eau. « Tu as le droit de vivre heureux Tóbias. ». Ces mots claquèrent à son oreille, résonnèrent en lui jusqu’à trouver leurs échos dans les profondeurs de son âme. Une seule personne lui avait dit ces mots, avait composé cette phrase ainsi et la lui avait dite avec le même ton résigné. Il écarquilla les yeux et c’est alors que tout prit sens dans son esprit. Toutes les phrases incompréhensibles. Et surtout, comment il savait son prénom. « Millen… ? » demanda-t-il d’une voix tremblante. Ce n’était pas possible. Cet homme ne ressemblait en rien à celui qui avait quitté le port de Londres des années auparavant. Il savait que la mer pouvait changer les hommes, mais à un tel point… C’était inconcevable. C’est pourquoi il voulait sonder ses yeux… Ses deux petits miroirs de l’âme… Leurs nez se frôlèrent et une larme s’échappa de son œil. « Mais qu’est-ce qu’on t’a fait… ? » dit-il, alors même qu’il n’avait pas encore eu la confirmation de l’identité de son ancien amant. Ses mains glissèrent le long de ses joues, glissant sur sa peau rugueuse et caramel. Elles touchèrent son torse musclé par les voiles et les rames pour venir se poser sur ses mains prisonnières. Le tout avec une extrême tendresse et un soupçon de tremblement.

Un coup de sifflet retenti dans la rue et l’apothicaire tourna la tête vers l’une des fenêtres de son grenier à contre cœur. La police était là… Alors qu’il ne l’avait pas appelé. Un passant avait dû s’être chargé de cette tâche ingrate. « Dit-moi que tu n’as pas tué tous les habitants de la rue. Dit-le moi… S’il te plaît... » Sa voix résonnait comme une supplique, une envie d'un peu de lumière dans cette nuit obscure. Le bruit des bottes en cuir courant sur le pavé se faisait de plus en plus entendre et il lâcha un bref soupire. « Reste tranquille… On a des choses à se dire... » Sa voix n’était pas amère, pas sèche, pas apeurée. « Et sache que je ne les ai pas appelés. Tu peux me croire ! » lança t-il avant de disparaître dans la cage d’escalier. Alors que Tóbias dévalait du mieux qu’il pouvait les marches, se retenant parfois de justesse à la rampe, les policiers s’étaient permis d’entrer en appelant une quelconque forme de vie. Avant même qu’ils ne puissent arriver dans son arrière-boutique, l’islandais loupait son avant-dernière marche et fini sa descente sur le dos. Une vive grimace déforma son visage et deux policiers vinrent l’aider à le relever.
« Vous allez bien Monsieur ?
-Oui…
-Que s’est-il passé chez vous ? On vous a cambriolé ? Ou bien agressé au vu de vos blessures…?
-J’ai eu un petit problème avec un animal… Rien de grave si ce n’est beaucoup de désordre et… De la casse.
-Monsieur, vous êtes au courant que les criminels rôdent dans les rues de Londres ? Surtout en ce moment, ce n’est pas sûr. Dites-nous la vérité.
-C’est la vérité.
-Vous n’êtes pas la première apothicairerie à être prise d’assaut. Alors à moins que vous ne cachiez un secret ou le scélérat qui commet ces vols...
-Je vous assure que je ne mens pas… Et qui vous a prévenu ?
-Un de vos voisins Monsieur.
-Je… Je vois...
-Deux agents vont surveiller le quartier tandis que deux agents vont rester avec vous. Veillez à réparer vos carreaux demain.
-Ce n’est pas la peine. Je vous assure. Personne est venu ici, c’était juste un animal que j’ai recueilli dans la rue et qui n’a pas apprécié la vie intérieure… »
Le regard inquisiteur du policier ne lui plut pas. Force était de constater que plus Tóbias cherchait à les éloigner, plus les policiers le trouvaient suspect. Le jeune homme fini par accepter d’avoir une présence policière à l’entrée de sa boutique et à l’entrée de sa partie privée, celle-là même où la première altercation avait eu lieue. « Vous pouvez aller vous reposer, Monsieur. Nous avons le quartier sous contrôle. » Le blond soupira. Voilà qu’il était en plein sous les projecteurs. Sa boutique risquait d’être dans les journaux. Exit la discrétion et le bouche à oreille qui faisait la réputation de son établissement. Il s’assura que personne ne pouvait rentrer dans son bâtiment et remonta, s’arrêtant quelques instants au premier étage pour prendre une couverture pour celui qu’il croyait être Millen, espérant qu’il était encore dans son grenier et qu’il l’avait -pour une fois- écouté.
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Oscar M. Bartlett
Le loup-garou
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Dim 25 Juin - 9:12
La résignation, un état d’esprit qui ne lui était pas vraiment familier, se lisait à présent sur le moindre des traits de son visage. Ce n’était pourtant pas la première fois qu’il songeait à la mort, douce et éternelle délivrance à ses tourments. Cependant, dans ces moments les plus sombres de son existence, le visage de Tóbias s’était perpétuellement rappelé à lui. S’il n’avait pu se résoudre à abandonner, c’était belle et bien grâce à ce petit bout d’homme qui, Millen en était convaincu, l’avait attendu depuis tout ce temps. Malheureusement, le brun prenait également conscience d’une chose : il n’était et ne serait plus l’homme que l’apothicaire avait connu jadis. D’abord physiquement puisque son corps d’origine était perdu à jamais et puis, mentalement. Dire que le jeune noble pacifique et enjoué avait laissé la place à une bête rongée par la haine et d’autres pulsions bien moins honorables encore. Dire qu’il avait blessé, pire, songé à tuer Tóbias ! Il ne pouvait plus se présenter devant lui après cela. Et certainement qu’avec le temps et les années, l’apothicaire irait jusqu’à oublier son existence, trace fugace dans sa vie, amant d’un soir. Millen commençait à réaliser que les choses seraient probablement mieux ainsi. Il avait été égoïste de penser qu’il pourrait revenir dans la vie de Tóbias, surtout de cette façon. Il n’avait plus le droit d’espérer quoique ce soit venant de ce dernier.

Ainsi perdu dans ses pensées éparses, le marin réalisa à peine l’approche de son interlocuteur, ni même le contact de ses mains sur sa peau. Aussi altruiste que borné, l’apothicaire voulait très certainement l’examiner d’un peu plus près pour s’assurer que sa blessure à la tête – dont il était le seul responsable rappelons-le ! – n’était pas trop grave. Cette idée fit sourire Millen mais d’un sourire sans joie, triste et fatigué, similaire à son regard. Dire que Tóbias avait employé le terme « souillé » pour évoquer leurs retrouvailles et maintenant, il osait jusqu’à poser ses mains parsemées de blessures sur lui ? S’en était presque risible. Dire qu’il avait rêvé de ces mains, de leurs caresses… Pourquoi cela devait-il se faire dans de pareilles circonstances ? La folie le guettait-il à ce point pour qu’il en oublie les souvenirs à deux concernant cet endroit ? Le brun était las. Il n’attendait qu’une chose : que son interlocuteur le détache enfin. Il avait suffisamment abusé de son hospitalité non ? Alors que Millen ouvrait la bouche pour le faire remarquer à son hôte, ce dernier prononça son prénom avec une toute autre intonation.

Son cœur rata un battement. Ce sentiment. Cette incrédulité qui venait de s’emparer du regard de Tóbias. Probablement la même qui animait son propre regard à présent. Le brun écarquilla les yeux sous la stupeur. Il ne pouvait pas…l’avoir reconnu…si ? Malheureusement pour lui, la suite lui confirma ce scénario, aussi improbable, qu’imprévu. Passée l’incrédulité, sa première réaction fut un mouvement de recul, comme s’il redoutait soudain que la vérité, pourtant si pesante sur ses épaules et son âme, ne soit finalement révélée au grand jour. Millen ne comprit pas immédiatement d’où provenait cette peur qui étreignait sa poitrine. Il ne voulait pas que l’apothicaire le voit ainsi. Les mots restaient bloqués dans sa gorge. La panique s’emparait de lui et il ne savait pas comment réagir. Il n’avait pas anticipé le fait que sa couverture soit découverte, du moins, pas en s’expliquant convenablement avec Tóbias. Même en procédant de la sorte, le brun ignorait si l’apothicaire l’aurait cru sur paroles ou non. Et voilà que ce dernier venait de percer sa carapace de solitude.

« Tóbias… »

Pourquoi cet élan d’espoir s’insinuait-il en lui ? Il ne pouvait rien attendre de son hôte. Il ne le devait pas. Personne ne pourrait l’aider. Des bruits extérieurs, trop familiers pour ne pas fournir d’indices sur l’identité des nouveaux arrivants, mirent un terme à cet échange presque silencieux entre eux. Sa gorge se serra sous l’émotion lorsque la supplique sous forme de question finit par tomber. Bien sûr que non, il ne les avait pas tous tués ! Pour être exact, il n’en avait pas tué un seul ! Mais ce qu’il l’empêcha de se justifier face à son interlocuteur, fut le souvenir de toutes les vies volées sur son passage. Que Tóbias le veuille ou non, le brun était devenu un criminel. Et il refusait de lui dévoiler cette part d’ombres. Même s’il n’avait rien à se reprocher concernant le voisinage pour cette fois, le marin n’eut pas le courage de lui répondre, en sachant les atrocités dont il était coupable par le passé. Qui plus est, il ne savait pas s’il pouvait considérer l’apothicaire comme un allié. N’avait-il vraiment rien à voir avec l’arrivée de la police ? Après tout, il avait très bien pu les appeler pendant qu’il demeurait inconscient, dans son grenier. Mais dans ce cas, pourquoi l’avoir soigné et transporté jusqu’ici s’il projetait de le remettre à des autorités plus compétences afin qu’il soit jugé pour ses actes ? Ces faits n’avaient pas de cohérence entre eux, ce qui jeta le doute dans l’esprit de Millen.

Sitôt son hôte parti, le marin entreprit de tester la solidité de ses liens. Il s’essaya même à tirer dessus en attrapant entre ses dents, ceux qui retenaient ses poignets, rien n’y faisait. Pour un simple apothicaire, Tóbias savait proprement ficeler les gens sans leur consentement… Ou alors la peur de la confrontation à son réveil l’avait incitée à se montrer plus que prudent à son encontre ? Curieusement, à en juger par les différents nœuds qui l’entravaient aux poignets ainsi qu’aux chevilles, le brun penchait plus pour la seconde option. Malgré tout, il ne pouvait pas rester ici. Que Tóbias les ait appelés ou non, les policiers ne tarderaient pas à fouiller la boutique pour récolter des indices sur l’identité de l’agresseur. Et d’ici à ce qu’ils le découvrent dans le grenier… Dans le meilleur des cas, il serait simplement emmené, dans le pire… L’apothicaire pourrait lui-même se voir accusé de séquestration pour n’avoir pas pleinement coopéré avec les forces de l’ordre en suivant la procédure habituelle qui aurait été de les contacter, sitôt l’intrus chez lui et neutralisé. Millen se refusait à ce que son hôte ait plus de problèmes par sa faute. Il s’acharna davantage sur ses liens, jurant entre ses dents devant la solidité des cordes puis entreprit de se redresser. L’espace d’un instant, il crut y être parvenu, jusqu’à ce que les cordes qui entravaient ses chevilles se tendent un peu trop rapidement à son goût. En une fraction de secondes, il se trouva le nez dans la poussière, dans une position qui était tout sauf bienséante, avec les fesses en l’air et les bras retournés à l’intérieur de ses cuisses. Par chance, sa chute ne s’était pas faite de très haut, si bien qu’elle ne provoqua pas le moindre bruit capable d’attirer l’attention des policiers au rez-de-chaussée. Ce fut dans la même position que Tóbias le retrouva lorsqu’il revint et le brun lui adressa un sourire crispé.

« Ne me regarde pas comme ça et aide moi plutôt à me redresser… »

Quelques minutes plus tard, il se trouvait dans la même position qu’auparavant, à la différence près qu’une couverture recouvrait à présent ses épaules.

« A en juger par ton regard, tu dois avoir compris que je ne les ai pas tués. Rassuré ? »

Une pause suivit cette ultime pique. La tension dans l’air n’avait pas complètement disparue et Millen ne voyait qu’une seule raison à cela :

« Ils sont toujours là pas vrai ? »

Si les policiers décidaient de rester plus longtemps que prévu, ça risquait d’être problématique pour lui. La seule issue qu’il envisageait dorénavant, était la plus grande des fenêtres du grenier, laquelle donnait très probablement sur la ruelle. Le hic ? A cette hauteur, il ne mourrait pas en sautant mais risquait plusieurs fractures, ce qui compliquerait grandement sa fuite face aux policiers.
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Dim 25 Juin - 15:52
Personne ne pouvait entrer dans sa maison. Et quand bien même ils le voulaient, les policiers ne pourraient pas. L’avantage d’être mage était entre autre de pouvoir dissuader les gens de mettre leur nez dans ses affaires. Une couverture sur l’avant-bras, l’islandais regarda la dernière volée d’escalier. Il tendit l’oreille… Pas de bruit de casse, pas de pas hâtifs ou discrets, rien que le silence. Il soupira, se demandant si Millen était toujours là-haut. S’il montait et qu’il n’y était pas, que seule la fenêtre du grenier était grande ouverte et qu’il ne restait qu’un tas de cordes, il craquerait. Il en était sûr. Après toutes ces années, le retrouver enfin ! Il ne supporterait pas une nouvelle et longue séparation. Seuls ses dieux pouvaient savoir ce qu’il adviendrait de sa peine matérialisée au beau milieu de cette nuit. Il attrapa sa lèvre inférieure entre ses dents. En même temps, est-ce qu’il était prêt à le retrouver ? Est-ce que « maintenant » était le bon moment ? Est-ce que son père savait que Millen était revenu ? Est-ce que c’était vraiment Millen et pas quelqu’un qui se faisait passer pour lui pour avoir une planque ? Tóbias. La voix grave du marin raisonna dans ses oreilles et son cœur s’emballa. Ce n’était pas sa voix habituelle, mais il avait dit son prénom avec la même douceur. Même si ses yeux étaient las, cette tonalité si particulière n’était propre qu’à son ancien amant. Et puis son petit corbeau se trompait rarement sur le cœur des gens. Ses doutes étaient moindres et il grimpa le modeste escalier. Son poids faisait grincer les marches et il ne put s’empêcher de grimper avec plus de lenteur à mesure qu’il en voyait le bout. Une fois devant la porte du grenier, il déglutit et inspira longuement. La main sur la poignée, il entendit un bruit sourd et il ne se posa plus de questions.

La porte s’ouvrit brutalement, l’apothicaire volant presque avec elle tant il avait mit de force dans son geste. Il se réceptionna convenablement sur ses deux pieds et, le regard vif, chercha d’où avait pu provenir ce bruit si alarmant. C’est alors que son regard se posa sur Millen-le-marin. Ou tout du moins ce qui était censé être son homme. Incrédule, il pencha doucement la tête vers le côté gauche, se mettant de moitié dans le même sens que son prisonnier. Sa complainte claqua dans l’air et ce fut comme si toutes ses appréhensions s’étaient envolées : il explosa littéralement de rire. Les fesses en l’air, le nez sur les lames de parquet grisâtres, Millen était tout sauf gracieux. Et encore moins effrayant. Tout son personnage s’était instantanément démystifié. C’était trop pour l’apothicaire dont les nerfs lâchaient enfin. Il lui fallut quelques minutes pour s’en remettre, pour essuyer quelques larmes de rires et pour enfin s’approcher d’un Millen qui le regardait avec agacement ; est-ce qu’il allait se mettre à bouder ? Ce serait bien la première fois. Il l’aida du mieux qu’il put, n’enlevant cependant pas tout de suite les liens qui entravaient les membres de l’homme. Mais en tant que personne civilisé, il lui passa quand même la couverture autour des épaules. Celle-là même que le noble s'appropriait lorsqu’il venait ici.

Le blondinet retrouva sa place, assit en face de lui et le dévisagea longuement en silence. Il hocha lentement la tête, regarda brièvement ses mains mal bandées avant de le regarder de nouveau. « Pourquoi tu m’as menti ? » Il marqua une courte pause, sondant les yeux creusés de ce visage inconnu. « Je me suis… Imaginé ces gens morts… Je t’ai… Imaginé en train de rentrer dans leur maison… D’attaquer les parents… De serrer la gorge d’une de mes petites voisines de ta main... » En disant cela, Tóbias avant prit la main large et rugueuse du marin. Il leva leurs mains à la hauteur de leur visage et collèrent leurs paumes. Encore une fois, malgré la longueur de ses doigts, il constata qu’il les avaient toujours plus petites que celles de Millen. Il eut un maigre sourire. « Je suis soulagé que tu ne les ais pas tué. Ils m’ont aidé lorsque… Tu es parti... » Il inspira et chassa cette angoisse. « Merci. » finit-il par dire en entremêlant leurs doigts. Des bruits de discussions étouffées parvenaient de dehors. Il mit cela sur le compte des policiers qui communiquaient au mieux pour éviter toute attaque surprise, ou un débriefing de la ronde que l’autre groupe avait fait. « Oui... » Mais l’islandais n’en avait que faire, il était soudain captivé par ces mains qui avaient dû en voir des pays, qui en avaient navigué des mers. Elles ne pourraient sûrement plus pianoter sur un piano à queue avec la même aisance, et seraient probablement gauches avec un livre. Mais comment diantre Millen avait pu transformer autant son corps ? « Es-tu bien Millen ? Mon Millen ? N’es-tu pas encore un des stratagèmes de M. Bartlett ? Je veux la vérité. Que m’as-tu dit… Non… Que m’as dit Millen la veille de son anniversaire, de l’année où il est parti ? » Lorsqu’il capta le regard de l’homme, il n’y avait plus de douceur dans ses yeux noisettes. C’était le fond d’un volcan millénaire qui s’éveille, la lave rompant sa carapace de pierre noire. C’était la solitude, une colère sourde. Leur séparation avait peut-être transformé l’homme qu’il avait aimé, mais lui-même avait changé. Son cœur était fermé à double tour. Son corps était resté en veille, n’était entré en résonance avec personne. À peine s’ouvrait-il, lors des solstices, à la voix de la Nature. Il voulait en être sûr. Savoir que c’était bien son Millen et pas un vulgaire espion qui était à la solde de son père. Après tout, il avait parlé de mort, de chasse aux sorcières… Il avait essayé de l’étrangler… « En fonction de ta réponse, je te détacherais peut-être... »
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Oscar M. Bartlett
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Sam 8 Juil - 8:29
Cette position le rendait vulnérable, si bien que lorsque la porte s’ouvrit à la volée, le marin se raidit par réflexe. D’une poussée sur ses paumes, peut-être aurait-il été en mesure de se redresser, au mieux, se remettre debout. Cependant, s’il s’agissait des forces de l’ordre, le moindre mouvement brusque pourrait être interprété comme une menace et ces derniers n’hésiteraient pas une seconde avant de faire feu. D’autant plus que Millen n’engageait en rien la confiance d’autrui à cet instant, même ligoté de la sorte. Peut-être que ses liens joueraient en sa faveur et que le propriétaire des lieux aurait à répondre de sa séquestration improvisée au grenier. Chose que Tóbias n’aurait aucun mal à justifier compte tenu des dégâts au-rez-de-chaussée prouvant sans peine l’intrusion du marin. En de pareilles circonstances, les forces de l’ordre ne chercheraient pas davantage à comprendre ce qui s’était passé ou même la rancœur que Millen pouvait nourrir à l’encontre de l’apothicaire. Ils ne verraient que la tentative d’agression d’un marin d’eau douce à l’encontre d’un honnête homme, lequel était parvenu à le maîtriser contre toute attente. Affaire classée.

Quel ne fut pas son soulagement en découvrant le visage de Tóbias. Ce sentiment ne dura pourtant pas et un début d’agacement fit son apparition lorsque le rire de ce dernier résonna jusqu’au plafond du grenier. Le brun ne se gêna pas une seconde pour lui faire part de sa mauvaise humeur, lui ordonnant même d’arrêter de rire à plusieurs reprises, le traitant d’imbécile. Heureusement pour lui, le propriétaire des lieux ne se fit pas prier et Millen retrouva une position plus décente sur le sol vieilli du grenier. Son cœur manqua un battement lorsqu’il reconnut la couverture qu’on lui passait prestement autour des épaules. Etait-ce un nouveau test de la part de Tóbias pour s’assurer qu’il était bien l’homme qu’il supposait ? Ou bien au contraire, avait-il agi sans se préoccuper de ce détail ? Connaissait l’apothicaire, Millen en doutait. Néanmoins, il ne fit aucun commentaire, se contentant de lâcher un merci du bout des lèvres, visiblement toujours vexé que son interlocuteur se soit moqué de lui un peu plus tôt.

« Menti ? »

Ce mot lui fit relever la tête et il croisa le regard de son vis-à-vis, réprimant un frisson. Pourquoi avait-il la désagréable impression que ce dernier cherchait à sonder son âme jusqu’au plus profond de son être ? En son for intérieur, le marin ne savait pas quoi penser. Les soupçons de son père à l’encontre de Tóbias s’étaient confirmés, entrant en conflit direct avec les sentiments qu’il nourrissait toujours pour l’apothicaire. Ceux-ci étaient-ils seulement réels et non générés par la magie de son interlocuteur ? A cette question, pourtant stupide à ses yeux, Millen n’avait pas la réponse. Aussi, il se contenta de répondre à celle de son vis-à-vis en entendant le scénario morbide que ce dernier s’était imaginé à l’aide de quelques mots bien placés dans un contexte menaçant.

« Je n’ai jamais affirmé que je les avais tués. C’est toi qui t’es imaginé cela. Par conséquent, je ne t’ai pas menti. »

Du moins, pas entièrement. Le brun ne pouvait renier le fait qu’il avait déjà tué par le passé, volant les existences de ses victimes avant de faire disparaître ces dernières pour éviter que son pouvoir ne soit découvert. Notamment dans un pays où la magie n’était pas spécialement bien vue, il suffisait de voir comment son père avait réagi en apprenant sa relation avec l’apothicaire. Du coin de l’œil, il observa Tóbias jouer avec sa main. Millen prit alors conscience qu’il ne s’était jamais imaginé par quelles épreuves ce dernier avait dû passer suite à son départ forcé. Dans son esprit, il s’était toujours considéré comme le plus à plaindre des deux, déjà pour se voir contraint à l’exil par son père, ce qui l’avait précipité dans cette histoire de magie noire… A présent, il réalisait que son interlocuteur avait dû en souffrir aussi, à sa façon. Et si ses sentiments étaient sincères ? Et si tout ceci n’était pas qu’un jeu de manipulation ? Le marin n’avait pas prévu cette situation et savait encore moins comment y réagir. Il eut soudain envie de crier sa colère. Soit, Tóbias avait lui aussi souffert de son départ. Et après ? Avait-il enduré la maladie ? La perspective de la mort loin de tout ce qu’il avait connu ? D’avoir vu son corps changer ? La malédiction le ronger ? Comment pouvait-il lui renvoyer sa propre détresse au visage, sans avoir la moindre idée de ce qu’il avait enduré ?! La bouche ouverte, Millen se vit prendre de court par la question de son interlocuteur. La colère, mis momentanément en pause sous l’effet de la surprise, revint à la charge de plus belle :

« Et comment veux-tu que je me souvienne d’un truc pareil ?! Cela remonte à des années ! » s’emporta-t-il.

Quand bien même Tóbias lui promettait de le détacher si la réponse le satisfaisait, le brun ne voyait pas comment il pouvait se remémorer un souvenir aussi précis datant de plusieurs années en arrière. Son anniversaire… De l’année où il était parti. Une année importante en somme. En cherchant un peu, peut-être qu’il parviendrait à se souvenir de quelque chose ? Millen revit son départ, le visage autoritaire d’un père qui refusait d’ouvrir son esprit étroit, les derniers instants passés avec l’apothicaire et… Une lueur éclaira son regard. Il se souvenait à présent ! Son départ avait été reporté après son anniversaire, à sa requête. A cette époque, tout cela n’avait été fait que dans le but de gagner du temps, de demeurer le plus longtemps possible en Angleterre dans l’espoir fou que son père change d’avis… Et cet événement unique dans l’année qui aurait dû être marqué par la joie, avait revêtu une atmosphère plus sombre que les précédents.

« …Si j’avais un voilier bleu, alors, dès aujourd’hui, je partirais, pour pouvoir, au plus vite, revenir, ici… »

Ces mots n’étaient pas les siens. Quelqu’un les avait écrits avant lui. Il le savait car sa curiosité l’avait poussé à lire des auteurs originaires du pays de Tóbias. Il se doutait que ce petit geste, en apparence anodin, ferait plaisir à son compagnon de l’époque. Et à moment-là, les vers de ce poète islandais lui avaient parus plus appropriés que jamais, mettant des mots sur la tristesse engendrée par leur séparation à venir. L’émotion s’empara de lui sans crier gare et le marin porta ses mains liées à son visage, dans l’espoir d’étouffer les larmes qui perlaient au coin de ses yeux, renvoyant soudain l’image d’un être vulnérable et pathétique compte tenu de son apparence menaçante.

« J’aimerais croire que je puisse encore revenir… Mais j’en ai perdu le droit… Je t’ai blessé et je me suis perdu moi-même… Je ne peux plus rentrer Tóbias… Je ne suis plus l’homme que tu as connu, simplement une ombre qui existe au travers des autres… Même si je suis heureux de voir que tu ne m’as oublié depuis tout ce temps, je pense que tu le devrais à présent… Pour ton bien… »

Après tout, rien de bon ne pouvait arriver en fréquentant un meurtrier et criminel comme lui. Il suffisait de voir jusqu’à quel point la petite vie tranquille de l’apothicaire venait d’être chamboulée par son retour inattendu, de là à ce que sa boutique soit envahie de policiers, ces derniers patrouillant même à l’extérieur. Mieux valait pour lui que Tóbias reste en dehors de tout cela.
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Jeu 13 Juil - 16:10
Elle n’était pas neuve, loin de là. Elle avait fait le voyage avec lui, sur ses propres épaules. Elle avait été imprégnée d’iode et de l’odeur de la mer. Elle avait réchauffé son petit corps d’enfant sur le navire qui quittait Reykjavík pour Londres. La couverture était modeste et emplie de souvenirs. C’était sa mère qui la lui avait tricotée lors des longues soirées d’hiver avant qu’ils ne quittent leur petit hameau. Des années plus tard, lorsque Millen bravait les ordres de son père et la bienséance qui allait avec, cette couverture siégeait sur ses épaules et faisait ressortir ses yeux. Ses beaux yeux pour lesquels le blondinet avait volontairement sombré dans de délicieuses passions. Ses yeux qui ressortaient sur sa peau pâle. Ses yeux qui, le soir venu, étaient entourés par quelques fines mèches brunes tombant sur son front et qui caressait sa nuque. Lors de ces soirées ou ces après-midi, après avoir découvert les plaisirs de l’amour, Tóbias aimait le regarder. Dormir, fumer une de ses cigarettes, lire un des derniers livres populaire sur une chaise près de sa modeste cheminée. Il n’avait perdu aucun de ses gestes gracieux et tendres, chacun teintés de cette couverture bleue nuit délavée aux symboles runiques que lui seul pouvait comprendre. Puis lorsque sa moitié était partie pour d’autres contrées, il s’était recouvert de ce doux tissus inondé de l’odeur masculine de Millen jusqu’à ce que sa propre odeur remplace celle qu’il aimait tant… Et voilà qu’elle était de nouveau sur les épaules de celui qui lui avait tant manqué, comme si elle retrouvait, finalement, le corps pour lequel elle avait été façonnée. Un regard nostalgique anima ses yeux lorsqu’il la posa sur le marin. Le rendu n’était pas le même, la couverture était devenue plus petite sur ce large corps ayant traversé moult mers. Son remerciement lui tira un sourire ; il n’avait pas oublié ses bonnes manières. Un « merci » murmuré du bout des lèvres d’un géant comme lui était un peu déroutant, mais il fut ravi de l’effort.

Les épaules de l’islandais s’abaissèrent légèrement. Un premier poids venait de s’enlever. Son interlocuteur marquait un point, il n’avait jamais affirmé qu’il les avait décimés un à un… C’était juste son imagination un peu trop débordante qui avait interprété ses mots jusqu’à l’extrême. Il voulut rire de sa bêtise, mais rien ne sortit excepté un maigre sourire alors qu’il baissait de nouveau la tête. Les images étaient encore bien présentes dans son esprit et même si elles étaient infondées, elles n’en étaient pas moins criantes de réalisme. Et si, un jour, il devenait réellement responsable de la mort de ses voisins ? Et si quelqu’un de plus dangereux encore que cet homme qui avait endossé ses espoirs de revoir son amant, venait dans sa boutique et montrerait bien moins de compassion ? Une boule se forma dans son ventre et il décida de se focaliser sur la grande main de son navigateur. Ce n’était pas le moment de penser ainsi… Il devait vérifier que celui qui était en face de lui était bien celui qu’il espérait. Vite… Enfermer ses détresses et ses attentes, parer ses yeux d’un rideau épais de distance et de rage sourde. Être fort. Pour lui-même et pour Millen. Car si cet homme n’était pas son amant, alors il devait être courageux pour celui dont l’identité avait été utilisée à mauvais escient. Mais comment faire avouer à cet homme la vérité ? Qu’est-ce qui n’avait été partagé que par eux, quelque chose de suffisamment sincère et personnel pour que l’un d’eux n’en ait pas malencontreusement parlé à quelqu’un d’autre ? Ah oui… Ça.

La réaction emportée du marin lui tira un maigre sourire et ses yeux devinrent froids. Lentement, il détacha chacun de ses doigts de ceux de cette main rugueuse. Qu’elle retombe mollement sur la cuisse de l’homme ou qu’elle reste en l’air, il s’en fichait. En deux phrases et avec un ton laissant présager de l’agacement ou de la colère, il venait de se trahir. Du moins aux yeux de l’apothicaire. Ce n’était pas Millen. Il avait espéré pour rien. Son feu follet s’était trompé. Il s’était trompé. Il s’était fait berner par un peu d’affection et de spontanéité, par un merveilleux jeu d’acteur. Bravo Tóbias, maintenant, t’as l’air d’un imbécile avec tes espoirs réduits à néants… Il fallait encore attendre et vivre seul jusqu’à l’arrivé du vrai Millen. L’islandais se leva sans rien dire, sans même prêter attention à ce que ses yeux regardaient. Il avait le regard vide, les lèvres crispées et le cœur en berne. Il avait tant parlé de Millen… Le marin avait vu ses piliers d'esprits de la Nature… Il avait sûrement bien détaillé ses émotions pour jouer avec plus tard… Le blondinet se retrouvait avec un corps dont il devait se débarrasser. Non pas en le livrant à la police, car M. Bartlett pourrait l’en faire sortir et faire tuer en place publique Tóbias maintenant qu’il avait des preuves qu’il était un mage. Non… Il devait s’en débarrasser lui-même. La violence n’étant pas son fort, il se dit qu’avec quelques herbes qu’il avait en bas, bien cachées, il pourrait créer un poison mortel et impossible à déceler lors d’une autopsie. C’était la meilleure solution à laquelle il avait pensé et qui lui éviterait de tout perdre. Et peut-être qu’un jour, lorsque le vrai Millen reviendrait, il lui dirait ce qu’il avait fait pour lui… Pour laver l’honneur de son amant. L’islandais se leva lentement. Peut-être qu’un coup de pied bien placé pourrait renvoyer le marin dans le pays des songes… Non… Ce n’était pas ses pratiques… Il n’était pas favorable à la violence gratuite. Il commença alors à quitter Millen en silence jusqu’à ce que résonne dans l’air les vers qu’il avait voulut entendre. Il se figea au milieu du grenier, incrédule. Il se rappela de ce jour, de cette surprise…
… Son amant avait réussi à gagner un peu de temps. Il ne savait trop comment mais, après la fête qui était donnée au manoir des Bartlett, Millen l’avait discrètement rejoint dans sa petite cuisine. C’est qu’il l’avait attendu, une bonne partie de la nuit, cette couverture bleue nuit sur les épaules et une tasse de thé sur la table de la cuisine. Pour rester éveiller, il s’était largement avancé dans les préparations de ses clients, avait récolté les plantes qui le devaient les soirs de pleine Lune pour les faire sécher dans une pièce annexe. Tóbias était en train de faire ses comptes et bien que les chiffres commençaient à danser devant ses yeux, il restait motivé, éveillé, attendant son homme pour leur dernière nuit. Au milieu de la table trônait une modeste pochette en cuir avec quelques fioles d’herbes et d’onguents, le cadeau d’anniversaire qu’il voulait lui offrir. Un cadeau utile pour son voyage et pour son futur séjour dans un pays que tout deux ne connaissaient pas. Millen était arrivé alors qu’il piquait encore du nez. Il se rappela de son rire, il devait avoir fait une tête vraiment étrange et peu sensuelle lorsque le brun avait passé la porte d’entrée. Et puis, ce fut au moment de partir, de leur dernière séparation après une nuit pleine de douceur et de promesses, que l’apothicaire entendit pour la première fois ces vers beaucoup trop parfaits pour leur situation. Millen avait dû en lire, de la littérature islandaise, pour trouver précisément ces phrases. Il en avait été très touché, avait même versé une petite larme alors qu’il lui offrait un dernier baiser. C’était bien lui, le seul et unique être qu’il avait attendu toutes ces années durant… Celui-là même qu’il avait voulut empoisonner, car il était en colère contre sa question enfantine. Il fut alors submergé d’émotion et quelques larmes roulèrent le long de ses joues. Malgré la fanfare de son cœur, il entendit un sanglot étouffé et il se raidit. Ce n’était pas le sien alors… Millen ? Il se retourna lentement pour le voir, recroquevillé, son visage caché par ses mains rugueuses. À cet instant, il paraissait si frêle… Si fragile… Bien loin de l’image de tueur qu’il avait eu un peu plus tôt dans la soirée.

Puis ses mots fendirent leurs pleurs silencieux. Sa voix grave et émue disait des choses qui lui étaient, encore une fois, incompréhensible. Ce fut la goutte d’eau qui fit déborder son vase et il craqua. Littéralement. Son bras fendit l’air avec rapidité et assurance. Une flamme bleutée naquit de son geste et fonça sur Millen. Ignorant sa réaction, son cri ou il ne savait quoi, il continua ce qu’il avait en tête. Le feu follet s’accrocha uniquement aux cordages pour le ronger, ignorant la chair, et libérer l’homme qui devait certainement avoir eu la peur de sa vie. Avant même que son amant soit totalement libéré, l’islandais était déjà sur sa route et se laissa tomber sur les genoux, entre les jambes de celui qui fut son prisonnier. Il prit son visage entre ses deux mains, plongea une nouvelle fois son regard dans celui, troublé, de son homologue humain avant de passer ses bras autour de son cou et de le serrer contre lui. Tout cela s’était passé en quelques secondes. Les mains du jeune gérant tremblaient dans la nuque de son homme. Son visage était niché contre la tête du marin qui était elle-même contre son torse. Le petit moineau qu’il était avait dans ses bras un ogre. Son ogre. Ce ne fut qu’à ce moment qu’il se mit enfin à parler, murmurant sans relâche son deuxième prénom à son oreille. Instinctivement, il lova le reste de son corps contre celui dont il avait attendu patiemment le retour, comme pour combler tout ce temps où n’avait pu le toucher. « Reste… Ici… Je ne pourrais pas supporter que tu partes encore… Je ne sais pas ce qui t’es arrivé… Ce que tu as fait… Mais tu es là… Tu es bien là… Même si ton corps est différent, c’est bien toi… » Il rapprocha un peu plus son corps de celui, imposant, du marin. Sa réaction pouvait paraître égoïste voire inconvenante. Il sous-pesait les remords et les actes de son amant, mais à ce moment précis, il était bien trop heureux de le retrouver enfin. « Ce n’est pas grave que tu m’aies blessé… J’ai eu pire… Ce n’est rien… Je t’assure… Laisse-moi t’aider… » Sa gorge se serra alors qu’il prenait conscience que Millen lui demandait de l’oublier. Quoi ? Lui demander ça après tout ce temps ?! Il ne pourrait pas ! Il était sa raison ! De vivre, d’espérer ! Il ne pouvait pas lui demander ça ! « Je… Je pourrais jamais t’oublier... » Dit-il alors que sa voix se cassait en s’imaginant de nouveau la solitude. Il ne supporterait pas, après toutes ces années, d’avoir le cœur vide et brisé… C’était au dessus de ses forces et cette fois, il était bien déterminé à se battre pour le garder près de lui !
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Oscar M. Bartlett
Le loup-garou
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Dim 16 Juil - 4:34
A la manière d’une seconde couverture, un voile de fatalisme et de tristesse l’avait enveloppé. Se montrer aussi désemparé n’était pas dans ses habitudes, au contraire, le jeune homme demeurait l’exemple même de la joie de vivre en ne s’attardant pas sur les aspects négatifs de son existence. Ce qui faisait que Millen était apprécié de son entourage, peut-être un peu trop d’ailleurs et qu’il allait très facilement vers les autres. Cependant, à cet instant, il prit conscience à quel point il ne reflétait pas l’image qu’avait connu Tóbias de sa personne. Un constat qui lui donna envie de fuir ce lieu pourtant si familier et empli de souvenirs agréables. Après tout, le brun croyait en ce qu’il venait de dire, comme quoi, il ne se sentait plus le bienvenu ici. S’efforçant de ne pas penser à ce que son visage devait renvoyer de lui, Millen prit sur lui pour redresser la tête et affronter le regard de son interlocuteur. Juste à temps pour voir ce dernier lever un bras dans sa direction. Ses yeux s’écarquillèrent de surprise sous l’apparition de la flamme bleutée, encore davantage lorsque celle-ci fonça sur lui et son premier réflexe fut d’avoir un mouvement de recul, vain bien entendu. Ses pensées s’entrechoquèrent avec contraste : Tóbias allait-il le tuer ? Pourquoi ferait-il une chose pareille ? N’étaient-ils pas censés être amants ? D’un autre côté, n’était-ce pas la meilleure fin possible qu’il pouvait imaginer dans sa situation actuelle ? S’il s’agissait de Tóbias, il pouvait partir heureux et rassuré. Malheureusement pour ses fantasmes de suicidaire, la flamme ne vint pas l’attaquer directement mais s’en prit plutôt aux cordes qui le retenaient prisonnier. Sous le regard ébahi du marin, elle s’affairait à l’ouvrage, consciencieuse, sans jamais le blesser.

Ayant tout juste le temps de lever ses poignets libérés jusqu’à ses yeux pour constater l’efficacité du phénomène magique avant d’en détacher le regard, alerté par le grincement du parquet vieillissant, signe de mouvement de la part de Tóbias, le brun ne put se soustraire à l’étreinte de ce dernier. Déstabilisé par ce soudain face-à-face et le visage de l’apothicaire bien trop proche du sien compte tenu des propos qui venaient d’être échangés, Millen lui rendit un regard troublé, ne sachant quelle attitude adopter, ni même quoi dire. Sa première idée, fut de vouloir le repousser. Non par dégoût mais par peur. Pour avoir été capable d’aller jusqu’à le blesser dans sa propre boutique, le marin craignait qu’une telle chose ne se reproduise, volontairement ou non. Les effets de sa malédiction demeuraient en grande partie physique, avec les changements s’opérant sur chacun des corps qu’il utilisait mais Millen avait conscience que son état psychologique avait également été affecté par toutes ces épreuves. S’il ne pensait pas être devenu complètement schizophrène, il avait néanmoins développé des phases d’une rare violence, le plus souvent imprévisibles. Quoiqu’il en pense réellement, Tóbias ne lui laissa pas le choix, le serrant entre ses bras sans possibilité de s’échapper.

Alors quoi ? User de la force à son encontre ? Encore ? Etant donné leurs carrures respectives, le marin doutait d’avoir la moindre difficulté à le repousser si toutefois, il en avait le courage. S’entendre répéter son second prénom en boucle, celui-là même que seuls les personnes importantes à ses yeux en plus de ses parents, connaissaient, l’apaisa. Tóbias était là. Il l’avait retrouvé. Il l’avait attendu. Longtemps. Il avait changé. Il l’avait blessé. Et malgré tout, l’apothicaire voulait toujours de lui ? Après tout ce temps ? Millen ouvrit la bouche à plusieurs reprises avant de la refermer à chaque fois, ne trouvant pas les mots appropriés compte tenu de la situation et de leur nouvelle intimité retrouvée. Ou plutôt, les mots restaient bloqués dans sa gorge, elle-même nouée sous l’émotion. Le brun en vint à se demander s’il méritait ce petit bout d’homme, prêt à braver les tempêtes pour demeurer à ses côtés. Car oui, Tóbias songeait probablement à son père et quelles seraient les réactions de ce dernier en apprenant le retour de son fils et quelle avait été la première personne connue que ce dernier avait été voir au moment de poser le pied sur le sol anglais. Cependant, du point de vue de Millen les choses étaient bien différentes : ayant perdu son corps d’origine, il ne pouvait décemment plus se présenter devant ses parents en revendiquant son identité passée. Au mieux, ces derniers le feraient chasser de leur demeure, dans le pire des cas, il serait arrêté et exécuté pour usage de la magie si ces parents s’horrifiaient des informations que celui qui prétendait être leur fils avait en sa possession. Au même titre qu’avec l’apothicaire, Millen pouvait tout à fait fournir des informations que seul lui et ses parents avaient connaissance, de quoi fournir suffisamment de preuves à ces derniers pour le faire arrêter.

Lentement, presque avec précaution, comme s’il pesait encore le pour et le contre concernant ce qui allait suivre, le marin passa ses bras autour de la taille de Tóbias. Un premier geste visant surtout à rassurer ce dernier dans le fait que le marin renonçait momentanément à fuir sa boutique mais également parce que Millen cherchait à se perdre dans cette présence familière. Son point de chute. Sa moitié. Il se doutait que le plus difficile restait à venir. Avant d’accepter l’hospitalité et l’affection que lui offrait l’apothicaire, le brun se devait de lui fournir quelques explications sur ce qu’il était réellement devenu depuis toutes ces années. Et il le savait, ce ne serait pas la partie la plus agréable de leur conversation…

« Tóbias… »

Et maintenant ? Par où commencer ? Comment trouver les mots ? Lesquels étaient les plus appropriés ? Dans son malheur, il avait acquis la confirmation à présent que son interlocuteur était un sorcier, dont probablement plus apte à le croire sur parole que ses propres géniteurs… Une pensée qui lui serra la gorge de plus belle. Son affection allait à Tóbias sans aucun doute mais devait-il tourner le dos à tout ce qu’il avait connu et qui constituait en une partie de lui-même ? Cela, dans l’espoir de trouver un jour le remède à sa malédiction ?

« Tóbias… Tu dois m’écouter… J’ai…été victime d’une malédiction… Mon…corps s’enlaidit au point que je dois en changer… Voilà pourquoi j’ai besoin de ces baies… Je ne veux pas que tu me vois ainsi… Que tu aies été confronté à ce corps repoussant est bien suffisamment… Je ne veux pas t’imposer cette perpétuelle inconstance… Ce n’est pas une vie pour toi… Tu ferais mieux de rester en dehors de tout cela… J’ai tué Tóbias… ! J’ai dû prendre des vies pour survivre un jour de plus… Alors… Ne dis pas que mes actes sont sans conséquences… Je regrette et… Tôt ou tard… Tu seras aussi impliqué… Es-tu prêt à partager ta vie avec un criminel… ? » Finit-il par demander du bout des lèvres, la voix tremblante, conscient d’avoir beaucoup parlé sans parvenir à s’expliquer correctement.
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Jeu 7 Sep - 12:01
Il le touchait. Enfin. Même si ce n’était pas le corps qu’il avait quitté, que ses mains étaient habituées au labeur et que sa peau était rougie par le soleil, le cœur de Tóbias rata un battement. De la douleur et de l’angoisse, il était maintenant inondé d’une douce chaleur. Par ce simple bras autour de sa taille, il sentait sa douceur. Et son regard ! Même avec une telle balafre, ces yeux profonds reflétaient des émotions intenses. L’apothicaire posa ses mains sur ses larges épaules, plongé dans la contemplation de ces deux yeux océaniques. Il entendit son nom une nouvelle fois et une nouvelle vague de chaleur parti de son ventre pour venir colorer ses joues ; il était à des kilomètres de savoir ce dont allait lui confier Millen. « Oui ? » demanda-t-il du bout des lèvres en souriant. Qu’allait-il lui dire ? Qu’il resterait ici ? Qu’il voulait descendre d’un étage pour de plus amples retrouvailles ? Qu’il voulait se laver -leur affrontement avait été intense, ce pouvait être une demande de sa part comme une autre- ? Son imagination courut librement, ne sachant pas qu’elle s’éloignait de plus en plus de la réalité. Et pourtant, un il ne savait quoi tirait les traits du marin. Mais il ne voulait pas le voir. Il ne voulait pas penser à des choses négatives. Plus maintenant… L’islandais dû pourtant y faire face.

Il l’écoutait, sans trop l’entendre, le regard bêtement fixé dans celui de Millen, les mains encore en place sur ses épaules et son bassin près de celui qu’il avait attendu. Une malédiction ? Il était victime d’une malédiction ? Mais… Comment ? Il avait commis une maladresse ? Non… Le blond ne voulait pas y croire… C’était forcément la faute de quelqu’un d’autre, pas celle de l’aristocrate. Son père peut-être ? Après tout, il n’avait pas du tout apprécié leur rapprochement. Ça aurait été une sorte de punition ? Non… Ce n’était pas possible… M. Bartlett abhorrait tout ce qui avait, de près ou de loin, un rapport avec quelque chose de mystique. Alors faire subir une telle chose à son fils… Changer de corps lorsque celui-ci s’enlaidit ? Combien de fois par mois ? Par an ? Combien de temps Millen avait été victime de ce fardeau ? Sûrement bien trop longtemps pour avoir considérer sérieusement le suicide lorsque l’apothicaire l’avait évoqué plus tôt. Tóbias se mordit la lèvre inférieure ; il aurait aimé être présent pour l’aider à traverser cette épreuve. Son corps se raidit alors. Prendre des vies… Il avait tué ? Lui ?! Oui mais si c’était pour survivre… Le cerveau de l’islandais tournait à plein régime. Il lisait la peur et la culpabilité au fond du regard de son homme… Et pourtant, alors que Tóbias se demandait quand est-ce qu’il allait lui dire qu’il allait partir pour ne pas le mêler d’avantage à ça, ce fut l’une des plus belles questions qui franchit les lèvres du Millen-marin. Ses mains se mirent à trembler, ses yeux à se remplir de larmes. Il posa sa tête dans le creux de son coup, son nez de nouveau assaillit par des embruns salés et une douce chaleur corporelle. Il était là. Bien vivant. L’âme tourmentée mais bien vivant. Ils s’étaient retrouvés. Il était le seul en ville à pouvoir l’aider, car il était le seul à cultiver des plantes rares. Les baies de Belladone étaient là, dans un de ses pots. Mais Millen ne voulait pas seulement les baies, il voulait aussi l’apothicaire qui les vendait. « Oui » dit-il simplement en embrassant du bout des lèvres son cou.

Il se redressa et frotta ses yeux. Ce n’était pas le moment de flancher. Il posa ses mains sur ses joues et approcha son visage pour effleurer les lèvres épaisses de ce corps temporaire, des siennes. Elles étaient un peu sèches, sûrement l’effet de la mer et du soleil. « Donc tu auras chaque fois un corps différent ? Un corps que j’aurais à découvrir ? » Étrangement, cette perspective d’avoir chaque fois quelque chose de différent le rendait tout chose… « Ce sera toujours toi à l’intérieur, hein… Mais tu auras un papier cadeau différent… » contre toute attente, maintenant, son regard luisait de curiosité. « Ça arrive à quelle fréquence ? Une fois par mois ? Par semaine ? Par an ? Que t’as dit la personne qui t’a jeté cette malédiction ? » Non… C’était peut-être de l’excitation plus que de la curiosité. C’était assez surprenant… Peut-être qu’au final, ça allait être Millen qui allait fuir parce que l’islandais ne réagissait pas normalement… Le regard déterminé, le blondinet était prêt à soutenir son aristocrate au cœur déchiré. Il voulait recoller tous les morceaux, être présent pour lui, lui donner un peu d’amour là où il avait dû vivre le rejet et la solitude. « Je ne peux pas imaginer à quel point ça a été dur. Ni ce que tu as vécu mais… Maintenant je suis là. D’accord ? Viens. » Tóbias se leva en prenant la main de son amant, l’invitant à se relever. Un doux sourire aux lèvres, il descendit l’escalier qui grinçait sous leurs poids. Il s’arrêta sur le palier du premier étage. « Reste ici le temps que ça se tasse. Ce sera plus confortable que le grenier. Je vais mettre le poêle en route et tu pourras te laver si tu en as envie. Je ne sais pas si j’ai des vêtements assez grands pour… Hem… Pour ta stature actuelle. » Il laissa échapper un rire léger. Il ne prenait pas la situation à la légère, mais il était tout simplement heureux de l’avoir retrouvé. « Je vais aller chercher des livres qui pourraient nous être utiles pour préparer les baies et pour en apprendre plus sur… Ta nouvelle condition. Tu as besoin de quelque chose ? »

Satisfait, le jeune homme descendit. Comble du timing, le policier en charge du groupuscule qui était venu plus tôt, toqua à la porte. Tóbias ouvrit sans se poser trop de questions.
« Monsieur, je suis bien gêné de vous dire que nous n’avons trouvé personne. Oh mais ne vous inquiétez pas ! Les meilleurs enquêteurs de Londres enquêteront pour tirer cette affaire au clair...
Ce n’est pas grave Monsieur. Les rues par ici ne sont pas très bien éclairées et il y a de nombreuses petites artères. Ce n’est pas évident…
 … Dès demain, ils viendront pour poser quelques questions et pour inspecter les lieux. Veuillez ne pas trop toucher à la scène de crime.
Scène de crime? » demanda-t-il surpris. « Mais je ne suis pas mort… »
Je sais bien Monsieur. Mais c’est comme ça qu’on dit maintenant. C’est aussi devenu le protocole dans tous les commissariats du pays.
Je peux au moins couvrir les fenêtres ? Je n’ai pas envie que des petits voleurs viennent et aggravent la situation…
Bien entendu Monsieur ! Je vais également laisser deux agents devant votre boutique pour éviter que quelqu’un n’abîme la scène de crime. Le policier marqua une courte pause, observant la partie publique de son chez lui. C’est bien dommage, vous aviez une boutique très coquette et quelques-uns de vos bocaux… J’espère que vos denrées n’étaient pas trop importantes haha. Bien le bonsoir Monsieur. dit-il en abaissant de quelques centimètres sa casquette noire de policier.
Après avoir remercié l’homme empâté -en priant ses dieux nordiques que Millen évite un tel corps…- L’apothicaire installa quelques planches sur les carreaux les plus fragiles, prit ce dont il avait besoin et remonta au premier étage où, il l’espérait, Millen l’attendait encore.
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Oscar M. Bartlett
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Mar 12 Sep - 15:12
Les secondes s’étirèrent avec paresse, multiples fragments d’éternité aux yeux du marin qui n’avait que trop conscience d’avoir remis son destin entre les mains de Tóbias. Peu importe ce que serait la décision finale de ce dernier, elle influencerait à coups sûrs l’existence de l’ancien aristocrate. S’il appréhendait sa réponse ? Un peu. Le rejet, il s’y était préparé, imaginant le résultat de ces retrouvailles maintes et maintes fois par le passé. Pourtant, rien ne saurait plus l’ébranler à cet instant que ces yeux couleur noisette. Quand l’unique syllabe tomba finalement, franchissant sans peine les lèvres de son interlocuteur, Millen sentit un poids immense quitter sa poitrine. L’appréhension céda la place à un soulagement qu’il ne parvint pas à masquer complètement sur son visage, tandis que ses yeux le trahissaient. Cependant, il ne put réprimer un mouvement de recul alors que Tóbias comblait chaque fois davantage la distance entre eux. Ses mains se posèrent sur les épaules de l’apothicaire avant qu’il ne le repousse doucement, un sourire crispé étirant maladroitement les lèvres sèches du marin qu’il était devenu.

« Pardon mais je… j’exècre ce corps aussi, ne t’approche pas trop… s’il te plaît. »

Comme si passées la stupeur et la méfiance, ils pouvaient renouer aussi facilement avec le tactile. Les années de séparation et cette malédiction… Il lui faudrait davantage de temps pour parvenir à surmonter ce dégoût avec lequel Millen se caractérisait depuis des années. Sauf que rien ne le prépara à cette réaction pour le moins inattendue de la part de son interlocuteur.

« Euh… Oui ? »

Un corps à découvrir ? Vu sous cet angle, les choses passeraient pour Presque supportables compte tenu de leur relation. Alors pourquoi cette sensation désagréable s’emparait-elle de lui ?

« Un papier cadeau… »

Non. Ce n’était en rien agréable à ses oreilles d’entendre les corps empruntés bon gré, mal gré, être qualifiés de la sorte. Tóbias ne devait pas réaliser le prix que ce vol impliquait. L’âme de la victime se voyait envoyée de force dans un corps qui n’avait plus rien d’humain. Dans le meilleur des cas, Millen s’arrangeait pour les faire disparaître rapidement lors du changement de corps mais certains malheureux pouvaient toujours en réchapper, à jamais tenus à l’écart de la société humaine, contribuant ainsi à alimenter les rumeurs les plus sordides de ces hommes-bêtes errant dans les ruelles sombres de Londres. Ce n’était en rien amusant.

« Je ne sais pas trop… Plusieurs mois… »

Plus douloureux que le rejet, l’ancien aristocrate avait dorénavant l’impression d’être devenu un étranger en présence de la personne qu’il chérissait le plus au monde. Comme ce qu’il avait traversé ne pourrait jamais être compris de cette même personne. Et comment pourrait-il le lui reprocher au juste ? Au fond, ce n’était pas plus mal, la preuve que l’apothicaire n’aurait jamais à vivre pareils tourments tant physiques que psychologiques. Lui-même le reconnaissait bien volontiers, ce qui tira un faible sourire au marin, lequel ressentit toute la fatigue accumulée depuis des mois, s’amonceler subitement sur ses épaules, quitte à les faire ployer sous le poids de la lassitude. Répondant d’un simple hochement de tête, Millen se laissa conduire, bien que les souvenirs de la demeure de son interlocuteur lui revinrent progressivement en mémoire. Ce fut qu’au moment où Tóbias annonçait devoir le quitter, même pour quelques minutes, que le brun s’anima. Sa main droite vint trouver une prise ferme mais pas brutale pour autant sur le bras de son interlocuteur, comme pour le retenir.

« Je ne veux plus changer de corps Tóbias. Je ne peux plus supporter ça. Je veux pouvoir vieillir à tes côtés, tu comprends cela ? »

Changer sans cesse de corps revenait à incarner une forme d’immortalité, Millen en avait bien conscience. Plus d’un serait prêt à tuer pour obtenir un pouvoir pareil, prompt à défier toutes les lois de la Nature et celles du Créateur. Cependant, ceux-là ne voulaient pas voir ce qui les attendait réellement : une vie faite d’errances en solitaire. A quoi bon demeurer immortel si c’était pour voir mourir ceux à qui l’on tenait sans rien pouvoir faire pour les sauver ? Ce n’était pas une vie mais une malédiction. Et Millen jugeait en avoir suffisamment – et injustement – payé le prix. Il espérait que son regard traduirait le fond de sa pensée sans pour autant se montrer désespéré et effrayant aux yeux de son interlocuteur. Après tout, ils devaient apprendre à se découvrir, une fois de plus et ce serait loin d’être facile pour eux. Ce que l’ancien aristocrate avait traversé, il ne le souhaitait à personne, encore moins à Tóbias et devait prendre en compte que ce dernier pourrait ne pas totalement comprendre ce qu’il ressentait, d’où un apprivoisement mutuel plus compliqué à gérer que lors d’une relation entre deux êtres tout à fait normaux. Mais n’était-ce pas ce qui faisait le charme de leur relation après tout ? L’un comme l’autre n’était pas complètement normal et cela ne les avait pas empêché de se rencontrer, de s’aimer, de se languir en pensant à l’autre et de savourer leurs retrouvailles. Millen se reprit alors et le lâcha, soudain un peu embarrassé par la sincérité dont il faisait preuve à l’encontre de son interlocuteur.

« Je… Non, tu fais déjà beaucoup pour moi. Merci. Je vais tâcher de prendre un bain. »

Au coup d’œil surpris de Tóbias, le marin eut un sourire presque malicieux derrière sa balafre. A mesure que les souvenirs lui étaient revenus, il se rappelait exactement où se trouvait la baignoire et comment la faire fonctionner, tout comme le poêle. Là-dessus, il pourrait se débrouiller seul, laissant volontiers le temps à son interlocuteur de lui dénicher quelques vêtements propres. Sans compter les livres qui lui seraient utiles dans sa quête d’informations. Son regard suivit le dos frêle de Tóbias pendant quelques secondes avant que le brun ne mette un pied dans la salle de bain. Peut-être celle-ci avait-elle un peu vieilli depuis son dernier passage entre ces murs mais la disposition de chacun des rares meubles de la pièce, lui parut étonnamment familière compte tenu de sa longue absence. Prudemment, Millen se déshabilla avant de s’assurer que l’eau serait chaude pour l’accueillir. Chose qu’il fit non sans laisser échapper un soupir de satisfaction. Au contact de l’eau, ses muscles endoloris se détendirent de manière significative tandis que la tension accumulée s’évaporait telle la buée émanant de la baignoire. Le marin n’aurait su dire avec précision combien de temps il avait passé à l’intérieur de la salle d’eau, ni depuis quand exactement l’apothicaire était redescendu. Quoiqu’il en soit, l’eau n’attendit pas elle et lorsqu’elle se fut trop refroidie à son goût, Millen résista à l’envie de la changer pour une comparse pour chaleureuse et se décida à sortir. Il trouva sans peine une serviette et entreprit de s’essuyer mais à défaut d’avoir de quoi se vêtir avec sa corpulence actuelle – la vue de ses anciennes frusques lui fit plisser le nez de dégoût – il opta pour nouer la serviette autour de sa taille, masquant ainsi son sexe. Le marin ne fut pas long à trouver la chambre de Tóbias, celle-ci n’ayant pas non plus tellement changé malgré toutes ces années. Sa gorge se serra en redécouvrant la petite pièce où ils s’étaient retrouvés à maintes reprises et ce, malgré l’interdiction paternelle du côté de l’aristocrate. Son regard se détacha difficilement du lit, lequel avait fait ressurgir une multitude de tendres souvenirs pour venir se poser sur une petite bibliothèque. Les grincements émis par le plancher à chacun de ses pas lui parvinrent, tout comme un écho à ce que ses oreilles avaient capté lors de leur descente dans les escaliers précédemment. Sans doute découvrirait-il davantage de livres rédigés dans la langue maternelle de son hôte mais qui sait ? Peut-être trouverait-il un début de réponse à sa malédiction ?
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