Complot Genèvois.... on aurait préféré le gâteau....

 :: L'Europe :: Autres lieux Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
Aller à la page : 1, 2  Suivant
avatar
✦ Libre pour RP ? : yes !

Sam 13 Mai - 22:00
Il y a des nuits où sans raison, le sommeil vous fuit. Il y a aussi des nuits où un cauchemar oublié dès l’ouverture des paupières vous tire du sommeil, haletant et couvert de sueur. Des nuits où l’aube encore timide cueille votre premier regard totalement perdu.
Je froisse l’étoffe des draps et me lève pour revêtir une robe de chambre. D’un pas rapide, que je voudrais plus assuré, je gagne la vasque d’eau et y plonge mes mains pour me passer de l’eau sur le visage. L’eau fraîche me ramène à moi. Encore un cauchemar…. Tout en m’essuyant le visage, je tente de me souvenir de ce qui hantait mes songes, en vain.
Je me détache de l’eau et rejoint la fenêtre dont j’ouvre le volet pour accueillir l’aube. Le ciel blanchit par dessus les montagnes encore sombres de nuit. Vénus scintille encore au firmament. J’ai lu dans d’anciens récits que ton nom était Ishtar chère étoile….tu es passée de la victoire à l’amour…. Sois encore ma victoire je te prie. J’inspire l’air frais du matin. Les senteurs des montagnes, le parfum de la neige et le calme m’apaisent. Je savoure une seconde cet instant secret entre l’aube et moi.
Il est temps de s’y mettre. Je sonne la cloche deux fois avant d’aller m’habiller. Deux fois, c’est pour mon intendant qui me fera monter mon petit déjeuner. Je déteste attendre, avoir à expliquer ou faire mander quelqu’un, c’est pourquoi pour chacun de mes serviteurs il y a un code avec la cloche. Ainsi, le nombre de fois où je sonne détermine à qui je m’adresse. Il n’y a jamais d’erreur, jamais de perte de temps. Tout est parfaitement ordonné et je suis parfaitement servit.
Je revêt rapidement ma tenue habituelle : chemise blanche, pantalon noir et gilet noir aussi. Je noue le foulard blanc à mon cou et l’ajuste après avoir achevé ma toilette, noué mes cheveux en catogan et vérifié que le reste était impeccable. Je ne vais pas paraître immédiatement cependant je préfère être paré à toute éventualité et prêt quelque soit l’heure.
Une fois mes préparations achevés je passe dans ma salle à manger. Le petit déjeuner y est déjà servit et mes serviteurs se sont éclipsés. J’aime être seul le matin. Une rose dans un vase en cristal décore la table nappée de blanc. Une théière en argent fumante exhale son parfum de thé et d’épices. Depuis l’ouverture des frontières, je l’ai fait importer des Indes. Je prends place et me sert, savourant le parfum d’épices, de cannelle et de gingembre. Mesdames, vous le trouvez trop piquant, personnellement je le trouve parfait. Le pain est chaud et juste sorti du four. Il n’y pas mieux que l’odeur du thé et du pain chaud pour vous tirer du sommeil. Dans une coupe des fruits débordent, attendant sagement que je choisisse mon favori du jour, tandis qu’à côté du beurre trônent les confitures et miels que je préfèrent. Mon intendant me connaît, mes serviteurs aussi.
Soigneusement pliés et repassés, les journaux du matin reposent sur un coin de la table. Je m’en saisis et lis, tout en prenant mon petit déjeuner, les nouvelles du jour. Je récapitule en même temps l’ordre du jour : une réunion avec l’état major afin de discuter de nos armées, quelle plaisanterie, une visite dans un hospice, ah….ce moment que je préfère, écouter les doléances du peuple. Oui c’est un rituel que j’ai instauré afin de toujours pouvoir entendre de la bouche du peuple ses désirs, ses humeurs et ses volontés. Il faut l’écouter attentivement, il faut le choyer mais ne pas exagérer, enfin il faut être juste et lui répondre en conséquence. Il me faudra aussi passer en revue les propositions de décrets, de lois avant de décider de signer ou non et alors de renvoyer ce pauvre ministre gentiment malmené à ses textes et projets. Enfin, j’assisterai à la réunion des ingénieurs, inventeurs et autres invités ici afin de réaliser mon projet de capitale. Ce projet est fou mais il me tient à cœur…

Le bruit de la porte à laquelle on frappe me tire de mes pensées. Qui ose me déranger à cette heure ci ?
- Entrez, j’ordonne du ton le plus aimable possible.
Mon intendant entrouvre la porte et se glisse timidement dans la pièce. Je devine à son air un souci et, malgré moi, je m’impatiente.
- Et bien ? Qu’avez vous donc ? Ne restez pas planté là !
Ma voix semble le secouer. Il s’approche de la table avec respect et me tend une lettre cachetée.
- Sire, une missive urgente vient d’arriver, explique-t-il en s’inclinant. Le messager avait pour ordre qu’elle ne soit remise qu’à moi afin qu’elle vous parvienne au plus vite. Voyez Sire/
Je décachette le sceau et sort la lettre de son enveloppe. Mon regard se pose sur l’écriture fine et élégante qui cours sur le papier épais. Une écriture de femme, me dis-je tout en commençant à lire. C’est bien une femme qui m’écrit. Une femme distinguée, je l’en déduis aisément par l’emploi des mots et les tournures de ses phrases si soignées. Une femme dont l’écrit me glace jusqu’au sang.
Revenir en haut Aller en bas
Viviane Du Lac
La Dame du Lac
avatar
✦ Libre pour RP ? : comme le vent

✦ Double-compte : néant

Dim 14 Mai - 1:32

Il y a des nuits dont on aimerait ne jamais voir la fin. Pas parce qu’elles sont particulièrement agréables. Non, parce que ce qui nous attends avec l’aube est bien pire que ce que les ténèbres de la nuit peuvent dissimuler de plus affreux en leurs seins.
Mais bien souvent on l’ignore. Alors l’aube n’est rien de plus qu’une aube. Et pour moi l’aube n’est encore rien que ça. Une aube.
Je suis dans le monde des songes encore lorsque Charlotte entre dans ma chambre, ma petite dame de compagnie et camériste. C’est elle qui m’arrache entièrement aux doux bras de Morphée, mais c’est de bonne grâce que je rejoins Charlotte dans le monde des hommes.

-Votre nuit a été douce ma dame ?
-Plus longue que la tienne c’est sûr. Je baille tout en m’étirant. Tu sais, tu peux dormir si tu veux le matin, je peux me débrouiller seule.

Je détaille Charlotte, avec ses cheveux noirs si ondulés et brillants soigneusement coiffés dans son chignon strict, sa robe bien amidonnée et parfaitement arrangée. Une véritable image d’Epinal. La parfaite petite femme de chambre, et ce n’est pas son joli visage si grave qui vient apporter une ombre au tableau; Adorable Charlotte, si jeune et si sérieuse déjà. En même temps, la légèreté et la joie ne sont pas vraiment d’actualité. Une chape de plomb étouffe le canton. Et la justice ne semble, au mieux qu’être très ralentie. Je dis bien au mieux. J’ai peur qu’en réalité elle ne soit de mèche avec les horreurs qui se produisent quotidiennement. Mais ça Charlotte n’a pas à le savoir, personne n’a à le savoir, elle est déjà assez intelligente et inquiète pour que je lui rajoute des raisons d’angoisser.
La jeune fille secoue la tête, en signe de refus catégorique.

-Ma dame je vous remercie, mais c’est avec plaisir que je le fais. Elle me passe mon kimono avant que je ne sorte de mon lit. Pas la peine de protester ça n’aurait aucun effet.
Je vais m’assoir à la coiffeuse, Charlotte à ma suite, je fais léviter l’eau de son pichet à la vasque, ensuite je plonge mes mains dans sa fraîche clarté pure. Je les sors en coupe, ruisselantes et pleine de ce merveilleux liquide, que je fais doucement voler jusqu’à mon visage et mon cou, dans le but de les nettoyer. Pendant ce temps Charlotte brosse mes cheveux. Ses gestes sont fluides et assurés, en quelques coups de brosses ma chevelure est entièrement démêlée, brillante et soyeuse. Je m’essuis avec une serviette tandis que ma petite camériste va chercher mes vêtements et ouvrir les fenêtres. On est bien rodées quand même.
Une fois convenablement vêtue je peux enfin aller faire ma promenade matinale quotidienne.

-Merci pour ton aide Charlotte.
-Je n’ai fait que mon travail ma dame.
Oh ma Charlotte, toujours si solennelle. Je souris tendrement, je l’aime cette petite, comme j’aime chaque habitant de ce château.
-Je vais partir devant. Tu peux demander en cuisine si ils ont le temps de préparer du fromage blanc à la confiture de mûre, s’il-te-plaît ?
Je la sens hésiter, elle n’apprécie pas de me laisser seule. Surtout par les temps qui courent.
-Je ne serais jamais loin de l’eau,ne t’inquiète pas. Et je t’attendrais sur le plage. D’accord ?

Charlotte acquiesce, s’incline puis sort de la pièce pour se dépêcher de remplir sa mission. Et moi je la suis pour prendre le chemin des environs du château. Saluant les visages familiers que je croisait, il était encore tôt mais déjà tout le monde commençait à entamer sa journée. Sauf les enfants, eux ils avaient encore les paupières lourde du sable de ce brave marchand de sable.
La campagne est déserte, silencieuse et sereine, je longe les bois, plus tard j’y irais pour rendre visite à mes parents. Nettoyer les tombes et remettre des fleurs fraîches. Mes pas résonnent dans le silence de la campagne. Pour rejoindre la petite plage. Alors je descend les marches en pierres qui mènent je sens mon ventre se tordre violemment. Quelque chose cloche. Je sens un voile glacé se poser sur ma peau, geler mon sang et mes os. Mon coeur se serre douloureusement dans mon sein. Je cherche frénétiquement des yeux la source de cette réaction. Là sur les galets il y a le petit Mathias. Qu’est ce qu’il fait là ?
Et qu’est-ce qu’il fixe comme ça ?

Oh par… Je me précipite sur le petit.

-Ne regarde pas !
Je le saisi et cache son visage contre ma robe, le pauvre petit est sous le choc il tremble. Ne pouvant rien faire d’autre que se serrer contre moi en sanglotant.
Et moi je ne peux rien faire d’autre que l’enlacer un peu plus. Pendant que mes yeux fixent l’eau écarlate dans laquelle flotte un petit corps. Ballotté par les eaux; sans vie. Ses entrailles flottant tout autour.

-Ma dame ?

Charlotte ! Non il ne faut pas que Charlotte voit ça!

-Charlotte ! Ne t’approches pas ! Va chercher du monde au château !

-Mais…

-Charlotte ne discute pas ! Cours !

J’ai été plus dure que je ne l’aurais voulu. Mais elle ne doit pas voir ça. Personne ne le devrait. Ce ne devrait pas arriver. Je serre un peu plus Mathias contre moi, en murmurant des “ça va aller” autant pour lui que pour moi.
Enfin des gens sont arrivés ils se sont figés d’horreur devant les eaux sanglantes et ce pauvre petit corps. Je confie Mathias à son père qui se dépêche de le ramener à la maison.
Ensuite je ramène doucement le petit corps sur la berge.
C’est une fillette, d’à peine quatre ans. Ses prunelles noisettes sont ternes et fixent le vide. Le visage figé dans une ultime expression de peur et de douleur.
J’ai envie de vomir, le monde tourne autours de moi. Un homme couvre ce pauvre corps meurtri de sa veste. Je voudrais pleurer mais je n’y arrive pas. Le monde est présent sans l’être.
Julius l’intendant du château, lui qui m’a vu naître et grandir, me prends par les épaules et m’écarte doucement mais fermement du corps sans vie de la fillette.

-Ma dame, ne vous en affligez pas plus. Rentrez, je me charge de la suite

-Mais…

-Vi, ne te force pas. Tu as assuré ton rôle avec brillot. Laisse nous faire le nôtre. Rentre et réfléchis à quoi faire. Moi je m’occupe du reste.

Je hoche la tête, des années qu’il ne m’avait pas appelée comme ça. Je remonte les marches en vacillant. Charlotte m’attend, le visage inquiet. Elle me soutient durant tout le trajet jusqu’à ma chambre. Et moi je reste silencieuse mais on cerveau tournant à cent-à- l’heure.

-Charlotte, préviens Elias qu’il va devoir effectuer un trajet le plus rapidement possible. J’ai un message à lui confier. Il ne devra en parler à personne et ne le confier qu’au roi ou à son intendant. Uniquement.

-Mais ma …

-Charlotte, s’il-te-plait.

-Bien ma dame.

Ma fidèle camériste sors de ma chambre en s’inclinant. Bien elle a comprit. Moi je m’attelle à la rédaction de ma missive. Je sors mon plus beau papier, je me sers de ma plus belle écriture et je commence.


A l'intention de sa bienveillante grâce sa majesté Sigfried Winkelried, souverain de Suisse
De la part de dame Viviane Du Lac, chateau de Chillon canton de Waadt


Votre altesse, c'est à regret que je rédige cette bien funeste missive je le crains. Je vous prie de bien vouloir croire que si la situation ne l'exigeait pas jamais je n'aurais saisi ma plume et ajouté à vos royales préoccupations.
Cependant la situation ne peut être tue et nécessite votre intervention, et ce dans les plus brefs délais.
Votre grâce, comprenez que je ne cherche nullement l'alarmisme, mais je ne peux décemment pas minimiser les faits. La situation est alarmante, au bas mot.
Depuis quelque temps la paix instaurée dans le canton de Waadt étant troublée par des actes sombres et sanglants. Je ne peux dissimuler l'horreur qui étreint ma poitrine au moment où j'écris ces mots. Meurtres,violences et persécutions sont devenues dans compagnes de tous les instants dans notre beau pays. Et avec elles Haine, Souffrance et Terreur, une chape de plomb et de silence s'est abattue sur nos collines, sur nos maisons et sur nos champs. Silence que je rompt en cet instant même.
Mon roi votre Peuple est tué dans son lit, sur vos routes, de jour comme de nuit. Le sang et les larmes souillent la terre, l'eau des rivières, des puits et du lac Léman.
Enfants, femmes, vieillard et hommes, tous ceux qui ont le malheur de naître avec de la magie courant dans leurs veines, de choisir la voie des Arcanes ou alors qui ont le courage et la grandeur de s'élever contre ces ignobles crimes. Les voici battus, torturés et tués, leurs corps sont traînés dans la boue, mutilés et profanés. Ce matin, on a trouvé le corps d'une filete flottant près de la berge du lac, la pauvre enfant avait été éventrée.
Votre altesse, je vous conjure d'intervenir. De mettre fin à ce massacre, à cet enfer. De rendre justice à toutes ces âmes et de châtier les monstres et les responsables d'un tel affront à votre paix.
Je vous prie de bien vouloir croire, mon altesse royale, en l'assurance de mes respectueuses et honorables salutations


Je signe ensuite en bas du feuillet .
Que je glisse dans une enveloppe que je scelle avec mon sceau, avant de la confier à Elias qui part sur le champ avec notre étalon le plus véloce.
Charlotte vient ensuite se serrer contre moi, je l’étreins tout en regardant Elias et sa monture filer au loin. Oui Charlotte est très intelligente.
Revenir en haut Aller en bas
avatar
✦ Libre pour RP ? : yes !

Dim 14 Mai - 22:17
Mon cœur se serre à cette funeste lecture et ma main froisse le papier, chiffonne cette délicate écriture qui aussi noire que l’aile du corbeau m’apporte d’aussi sombres nouvelles. Comment cela est-il possible ? Comment est-il possible que dans mon pays, mon royaume, mes propres sujets se fassent tuer à mon insu ? Comment ?
Seigneur ! Voilà pourquoi le sommeil m’échappe ! Comment pourrais-je dormir alors qu’on égorge mon peuple dans son lit ? Oh Seigneur ! Mon regard fixe cette feuille froissée entre mes mains comme si je pouvais voir au-delà, comme si par delà le grain du papier surgissait des eaux troubles le corps de cette enfant. Pâle fantôme au yeux vides tendant vers moi ce doigt décharné et accusateur, plus terrible que la Fatalité, et qui de son regard blanc et froid clame en silence la terrible vérité.
« Tu n’étais pas là ! »

Je comprime le tremblement de ma main alors que la stupeur et le désespoir font place à la rage. Comment osent-ils ? Qui sont-ils pour oser me défier de la sorte ? Qui sont-ils pour croire qu’ils peuvent tuer mon peuple ? Je sens la colère m’envahir petit à petit, attisant ma soif de vengeance. Ils paieront !

Je me lève. Je vois presque mon intendant sursauter alors que je repousse la chaise et d’un bond quitte la table. Il me faut agir et vite. Je n’ai perdu que trop de temps.
- Maître Pastrini !
- Votre majesté ? Répond mon intendant avec un tremblement dans la voix.
- Faites servir un repas digne de son nom à ce messager et apprêtez lui la meilleure chambre de ce palais quitte à en déloger l’actuel occupant, qu’il ne soit pas dit que j’ai manqué de courtoisie à un homme dont je suis le débiteur !
- Bien Sire.
- Vous me ferez chercher Wilhelm puis vous reviendrez pour recevoir mes ordres. J’ai dit !
Je le vois à peine s’incliner et sortir en hâte que je passe déjà dans mon cabinet de travail. Je consulte la carte et fais mes calculs. Il faudrait deux semaines en déplaçant la cour pour rallier le lac Léman, deux jours pour un bon cavalier avec un bon cheval…. Je le ferai en un jour.
Mon regard se pose sur ce point de la carte, niché contre le lac. Genève. Oh toi...ville trop puissante avec tes rêves extrémistes….j’aurais dû m’occuper de ton cas depuis longtemps…. Genève, ma Némésis en ce pays, je sais que mes plus grands tracas et mes plus noires affaires viendront de toi. Ose me dire, ô Genève, que tu n’es pas derrière tout cela ? Que tu ne répands pas ton fiel dans l’ombre ? Ose me le dire… Mais crois moi, j’en aurais le cœur net. Si tu es derrière cela, je t’en fais le serment, il n’y aura pas de deuxième fois.

L’on frappe à la porte de mon cabinet. Je reconnais cette main encore un peu intimidée lorsqu’elle toque à la porte et un instant je m’attendris. C’est d’une voix bienveillante que je réponds :
- Entrez Wilhelm.
Le jeune homme entre sans faire plus de bruit qu’une souris, comme à son habitude. À peine 18 ans, c’est encore un enfant. Un enfant pourtant vêtu d’une tenue de soldat, à l’allure impeccable malgré cet air juvénile qui plaît tant aux dames de la cour. Dans ses yeux bleus je vois ses interrogations.
- Sire, vous m’avez fait mander ? Me demande-t-il.
Je lui tends la lettre sans plus d’explication. Je le vois blêmir à mesure qu’il lit.
- Sire…. Murmure-t-il en achevant sa lecture.
- Nous partons, je l’interromps. Prépare ma garde personnelle, fais apprêter les chevaux, nous partirons ce soir.
- Bien sire. Mais...si vous me permettez sire, pourquoi ne partons-nous pas dès à présent ?
- Je ne veux pas que l’ennemi se doute que nous bougeons. Aussi j’annoncerai ce matin ma décision de déplacer de nouveau la cour. Cela fait un mois que nous sommes dans le canton de Luzern, il est grand temps de bouger.
- à vos ordres majesté ! s’exclame le jeune homme.
- Est-il utile de préciser que je souhaite la plus grande discrétion ?
- C’est entendu majesté, me répond-t-il en s’éclipsant sans bruit.

Je profite de ce moment de tranquillité pour prendre place à mon bureau et me saisir d’un papier et d’une enveloppe. Je vérifie ma plume avant de me mettre à écrire rapidement.

Ma Dame,

Devant la gravité des circonstances actuelles, je me vois être votre obligé et ne puis vous laisser sans réponse plus longtemps. À l’heure où cette missive vous parviendra, je serai déjà en route pour Wallis. Je ferai diligence afin que ces atrocités ne dure pas plus longtemps car elles n’ont déjà que trop duré et c’est le cœur lourd que j’en porterai la responsabilité.
Je vous prie de bien vouloir me faire l’honneur d’accueillir mon escorte en votre demeure le temps que le logement de la cour soit prêt et d’accepter de vous entretenir avec moi au sujet des faits qui plonge votre domaine dans la terreur.

Je reste avant tout votre débiteur et votre humble et dévoué serviteur,

Sigfried Winkelried,
Souverain de la Confédération de Suisse.


Je relis la lettre brièvement. Pas de fioriture, pas d’encombrement ni de perte de temps. Je la glisse dans l’enveloppe à laquelle j’appose mon sceau. Au fond mon cœur, le spectre attend, semblant me mettre au défi d’agir. Et bien, tu le vois, j’arrive. Je ne te laisserai pas sans vengeance. Es-tu satisfaite ? Je sais je ne paie rien pour attendre et je paierai pour cette faute.

C’est le moment que choisit maître Pastrini pour revenir à moi.
- Il a été fait selon vos ordres sire.
- Bien. Prenez notre messager le plus rapide, qu’il parte sur le champ avec cette missive et qu’il ne la remette qu’à la dame du château de Chillon.
- Oui sire.
- Je veux des relais de dix lieues en dix lieues avec mes chevaux personnels, frais et apprêtés, prêts à prendre la route. Inutile de mentionner que je veux mes propres relais pas les relais de poste communs.
- A vos ordres majesté !
- Vous prendrez les devants afin de nous trouver une demeure pour notre séjour et la préparer afin d’y accueillir la cour.
- Bien.
- Allez !
Nul besoin d’en dire plus, mes ordres seront exécutés à la perfection. C’est une perle que cet intendant. Je sais que je n’en trouverai pas de meilleur dans toute l’Europe. Allons il est temps.
Je me lève, quitte le cabinet et traverse mes appartements en coup de vent pour sortir et aller à la rencontre des ministres et de la cour, le spectre blafard enchaîné à moi pour me rappeler au long de cette journée le fardeau de mes erreurs. Ne t’en fais pas je ne t’oublie pas petit fantôme.

Dans la matinée, alors que tous s’affairent dans le château et que la rumeur du départ se répand, une ombre se glisse dans le pigeonnier. Après avoir vérifié qu’il était seul, l’homme attrape l’un des oiseaux et noue à sa patte un papier roulé dans un étui de cuir puis veillant toujours à ne pas être vu, il s’approche de la fenêtre et lance le pigeon. L’oiseau moucheté de gris de rose et de blanc chute puis déploie ses ailes et s’élève dans le ciel, tournoyant un instant au dessus de la ville pour s’orienter avant de prendre la direction du lac Léman.

Le soir surprend un étrange groupe aux portes de la ville. Vêtus de nos manteaux de nuit et de nos chapeaux sombres, les chevaux piaffant et soufflant des nuages de vapeur, aussi tendus que leurs cavaliers, prêts à voler par dessus les routes tels des oiseaux de nuit. Nous sommes dix-sept. Mon aide de camp tenant mon cheval par la bride alors que je me mets en selle et quinze soldats, ma garde personnelle à qui je donnerai ma vie sans l’ombre d’une pensée tant je les sais fidèles. Voilà ce qu’il me faudrait toujours. Des hommes comme eux. Des mécréants peut-être à une autre époque mais des hommes de paroles, plus loyaux que des chiens envers leur maître. Je prends les rênes. Mon étalon danse et piaffe d’impatience. Je le canalise d’une main tout en lui imprimant de faire volte-face.
- Messieurs, en route, j’ordonne.
Sans un mot de plus, sans un ordre, les dix sept chevaux s’élancent dans la nuit et nous disparaissons dans les ombres, galopant à bride abattue vers notre destination.
Revenir en haut Aller en bas
Viviane Du Lac
La Dame du Lac
avatar
✦ Libre pour RP ? : comme le vent

✦ Double-compte : néant

Lun 15 Mai - 1:32

Je n’arrive plus à dormir. Les yeux sans vie de cette fillette, son expression si douloureuse sur son visage si juvénile. Oh pauvre enfant, ma pauvre chérie qu’a tu donc vécu pour que ce masque si douloureux, si affreux soit ton masque mortuaire ?
Je ne peux que le deviner et déjà cela me glace d’effroi. Je n’ai rien pu faire. Je n’ai pu que te découvrir flottante dans ton propre sang. Est-ce ma faute si tu es morte ? Un funeste avertissement envers moi ? Pour me dire que bientôt ce serait à mon tour ?
Plus que probable, il n’y a pas de courants suffisamment forts dans la crique de la plage pour que le corps y était porté par les eaux, et il y avait trop de sang autour d’elle aussi. On ne l’avait peut-être pas tuée sur place, mais il était clair qu’on l’avait déposée ici à dessein.
Et rien n’arrive à me détourner de cette funeste déduction. La culpabilité me taraude, sans cesse sur mes talons. Et je n’arrive pas à la semer.
Elle me bloque la gorge, je n’arrive plus à rien manger. Ou très peu. Évidemment ça met Charlotte dans tous ses états, ma pauvre camériste. Je lui en fait voir des vertes et des pas mûres, elle se ronge d’autant plus les sangs que je pense qu’elle a aussi deviné les raisons de la présence de ce petit corps mutilé sur la plage. Ce n’est pas une idiote et ce n’est pas du vent qu’elle a dans la cervelle. J’aurais au moins pu lui éviter la vision sordide du cadavre de l’enfant. C’est déjà ça.
Julius m’a fait son rapport, la maréchaussée est venue récupérer le petit corps pour l’envoyer à la morgue de Lausanne. J’espère que sa famille va pouvoir la récupérer et lui offrir des funérailles décentes.
J’espère que justice sera rendue. J’espère que les monstres qui t’ont fait ça trouveront la mort bien douce en comparaison de ce qu’ils vivront.
Je pense à la douleur des proches. Comment réagirai-je si à la place de cette anonyme fillette se trouvait Charlotte, un de mes gens voir mon frère ? Je frissonne malgrés la chaleur de ce début d’après-midi. La collation que Charlotte m’a apporté gît, inentamée sur son plateau. Elle risque de me faire la morale à sa manière. Pardonne moi ma puce, mais je n’y arrive vraiment pas. Mêmes les comptes assommants auxquels je me suis livrée cette nuit n’ont pû me jeter dans les bras de Morphée. Et les douces effluves de ces plats préparés avec amour n’ont pû dénouer le noeud dans mon estomac ou franchir la barrière de ma gorge nouée. Et j’ai beau sculpter l’eau, la vision de la fillette ne me quitte pas, et mes muscles et mon esprit refusent catégoriquement de lâcher prise.
Il faut qu’une réponse arrive et vite, ici l’attente nous tue. Les salopards ont réussis leur coup y faut croire… Priez pour ne jamais me croiser à proximité d’eau bande d’enfoirés… Vous pourriez envier le sort de la fillette dont vous avez le sang sur les mains. Je casse la mine de mon crayon sous le coup de la frustration.
L’agitation nouvelle dans la cour dont la rumeur me parvient depuis la fenêtre ouverte pour faire entrer un peu d’air frais. Un cavalier vient d’arriver, sa monture semble épuiser et lui n’est pas en reste. Julius fidèle au poste vient accueillir l’homme. Je suis trop loin pour entendre ou lire sur les lèvres, mais je vois le cavalier hocher négativement la tête d’un air qui me semble plus que catégorique; Ce qui ne semble guère emballer mon intendant.
Hum, je ferais mieux de descendre voir de quoi il en retourne. Charlotte lève les yeux de son ouvrage de broderie et m'emboite le pas.

Je suis à un peu plus de la moitié du chemin lorsque je croise la route de Julius.

-Ah, ma dame. Je venais justement vous quérir.

-Je suppose que cela concerne le cavalier dans la cour.

-Effectivement ma dame. Il est porteur d’une missive qu’il a ordre de remettre uniquement à votre personne.

Je me fige. La voilà ma réponse ! Oh merci !

-Alors il ne faut pas le faire attendre.

Je pars d’un pas vif, refrénant mon envie me mettre à courir. Un peu de tenue Vi. Tu as un rôle à tenir. Montre toi en digne. Le cavalier est au milieu de la cour, sa missive d’une main, les rênes de sa monture. En me voyant arriver il effectue une révérence.

-Ma dame; J’ai une missive à vous remettre. Il me tends une enveloppe scellé. Le dessin gravé dans la cire m’informe que je ne me suis pas trompée sur sa provenance et sa nature. C’est bien le sceau royal qui y est cacheté. Je la saisis en cachant mon impatience.

-Je vous remercie pour votre vélocité. Mes gens vont s’occuper de votre monture, et pendant que vous vous restaurez votre chambre sera préparée. Si vous souhaitez vous baigner, on vous préparera un bain ou indiquera un lieu de baignade dans le lac. Et des vêtements vous serons fournis tandis que les autres serons nettoyés. Joan, tu veux guider notre invité aux cuisinne et veiller à ce qu’il soit convenablement nourris ?

On ne peut pas dire que je sois une mauvaise hôtesse. C’est sûr. Joan et le cavalier s’éloigne vers les cuisines, et le cheval est conduit aux écuries où une stalle et un bichonnage en bonne et dûe forme vont lui être offerte.
Moi j’ouvre la missive et la lit d’une traite. L’écriture qui la recouvre est élégante, sûre d’elle et empreinte d’une certaine hâte.
Eh bien on peut dire qu’il se sent concerné. Et c’est une excellente chose.

-Julius ! Fais préparer les chambres pour les invités. Et la suite de mes parents.

-Bien ma dame. Combien de chambres ?

-Toutes dans le doute. Il faut aussi prévenir les cuisines qu’elles vont devoir se surpasser et donner le meilleur d’elles-mêmes durant les jours à venir. Nous recevons le roi et sa suite.

-Selon vos désirs. La nouvelle le chamboule quand même un peu. C’est vrai que ça fait beaucoup à gérer en peu de temps. Mais au moins l’activité qui va résulter de ces préparatifs de dernière minute a le mérite de faire penser à autre chose.

-Et fait préparer ma jument. Charlotte, je vais à la rencontre de son altesse. Prépare moi une tenue pour ce soir, au cas où.

-Bien ma dame. Vous ne voulez pas enfilez une tenue d’équitation avant ? Ma camériste détaille d’un oeil critique ma robe d’été style Art Nouveau.
J’adore sa fluidité et sa légèreté, et surtout de ne pas avoir à de porter de corset avec et la légèreté de mouvement qu’elle m’apporte.
Ces robes c’est comme porter de l’eau. Mais après c’est vrai que pour l’équitation un pantalon est toujours bienvenue.

-Pas le temps. Je me débrouillerais très bien avec ma tenue actuelle.

J’ignore le regard qui en dit long sur ce qu’en pense ma camériste sur ma décision et au fond elle a bien raison. Mais je préfère ne pas gâcher un temps qui pourrait s’avérer précieux. Et vers les écuries pour monter Brise. Pas en amazone, pas le temps et puis c’est pas exactement le plus confortable et pratique pour une chevauchée au galop. Alors l'élégance et la bienséance sont priées de détourner le regard. Je remonte la jupe sur mes jambes pour me permettre de chevaucher à la manière des hommes.
Puis je fais partir ma monture au galop en direction de la route vers laquelle le roi et sa suite vont arriver.
Pas besoin de regarder pour savoir que Charlotte doit secouer la tête dépitée. Désolée ma petite mais il est important que j’aille à la rencontre du roi, et je sens que le temps risque de me manquer.





Thème de Vi:
 
Revenir en haut Aller en bas
avatar
✦ Libre pour RP ? : yes !

Lun 15 Mai - 13:05
Nous galopons la nuit et le jour durant avec pour seules pauses les changements de chevaux aux relais. Boire, achever un biscuit tout en se remettant en selle et s’élancer de nouveau à bride abattue. Nous n’échangeons que le minimum nécessaire. Je n’aime pas à causer inutilement et mes hommes sont aussi de cette trempe. Les bandits de grand chemin ne parlent jamais trop, c’est l’avantage avec eux.
Oui, tous les hommes qui forment ma garde sont d’anciens bandits, contrebandiers ou mercenaires. Des hommes qui ont croisé mon chemin un jour que ce soit en me menaçant de leurs armes ou en confessant à un prêtre leurs menus crimes, des hommes qui me doivent la vie ou leur position actuelle, des hommes qui me seront fidèles à jamais et qui ne reculeront pas devant le danger pour me servir.

Nous croisons des gens dans notre folle chevauchée. Pâtres et leurs troupeaux de moutons qui s’éparpillent à notre arrivée, voyageurs, paysans, marchands ou simples ouvriers allant travailler à l’usine. Tous se retournent sur notre passage, se demandant qui sont ses cavaliers si pressés et où ils peuvent bien aller comme ça. Ils raconteront cette aventure à leurs proches, leurs clients ou leurs voisins. Au pâtre venu faire paître son troupeau à coté du leur, ils raconteront cette folle chevauchée qui a manqué égarer leurs bêtes. Nos chevaux deviendront plus grands et des étincelles ricocheront sur le pavé à leur passage. Quant aux cavaliers drapés de mystère, vêtus de manteaux de nuit, ils se pareront de milles identités. Prince inconnu et sa troupe, bandits comme on en voit dans les romans de cape et d’épée…. Je me prends à imaginer toutes ces histoires que l’on pourrait conter. Ces légendes qui naîtraient au coin d’une cheminée, ces aventures épiques que le pâtre plus tard embellirait de milles détails.

Malgré la fatigue, l’anxiété et la colère, je me prends à savourer cette folle cavalcade. Le vent de notre course me fouette le visage, emmêle mes cheveux. Ma monture ne demande qu’à voler, avaler les distances. Tous mes chevaux sont du même lignage, issu du meilleur étalon que l’abbaye d’Einsiedeln ai produit et de leurs meilleures juments. Alezans dans toutes leurs nuances ou bais, robustes et vifs, le pied sûr et courageux, il n’y a pas meilleures montures dans tout le pays. Enfin si, il y a Vaillant et Imprévu mes deux franches montagne, étalons d’apparat et de guerre mais je ne les sors que pour le plaisir et les grandes occasions.

C’est presque avec soulagement que nous voyons apparaître le lac. J’accorde une pause pour désaltérer les chevaux. Nos nobles bêtes méritent bien cela. Il est 19h à ma montre, en une nuit et un jour nous sommes parvenus à destination et les chevaux sont bien les principaux artisans de ce succès. Je laisse mon étalon boire à longs traits et en profite pour vider ma gourde. Je passe la main sur son pelage blanchit d’écume. Nous allons ralentir. Nous sommes dans les temps et il me coûterait de faire tomber nos bêtes alors qu’elles nous ont si bien servit. Nous leur devons tout notre reconnaissance et tous les égards.
J’observe les alentours. L’endroit est bien calme. Des forêts épaisses jalonnent la route longeant le lac. Sur la rive, des joncs ploient doucement sous la brise du soir et on entend le bruit de quelques oiseaux d’eau cachés. Le ciel se pare de couleurs orangées et les montagnes se découpent dans le soir, murailles blanches masquant le soleil. Au loin sur les berges se dessine la silhouette du château de Chillon, ombre surplombant le lac au crépuscule. Comment derrière se paysage paisible de telles horreurs peuvent-elles être perpétrées ?
Mon cheval relève la tête, le menton dégoulinant d’eau, aux aguets. Dans les remous de l’eau, il me semble voir ce corps pâle et sans vie, les cheveux se déployant en lourdes corolles pour encadrer ce visage blême au regard vide et accusateur, la bouche entrouverte exhalant encore un râle de vengeance.
- Majesté….
Je secoue la tête et sors de ma rêverie.
- Majesté, devons-nous repartir ?
- Oui, allons-y.
Nous nous remettons en selle dans un bel ensembles. Les chevaux, bien qu’épuisés, se redressent et dansent en attendant le signal du départ. Braves créatures, comme je vous admire…
- En avant, j’ordonne en talonnant mon cheval.
La bête se lance au grand trot et je dois la contenir pour qu’elle s’économise un peu. Les autres suivent avec la même ardeur. Si l’abbaye continue de me fournir des animaux de cette trempe, je leur offrirai des terres et de l’argent pour leurs pauvres.

Le château est encore loin mais sa silhouette se rapproche peu à peu de nous. Nous sommes repassés au pas. Les chevaux sont fatigués et aucun de nous ne veut les voir tomber. De plus, le sol est meuble près des berges et la route mériterait d’être mieux entretenue. Ma monture dresse la tête et observe les bois à plusieurs reprises en soufflant. Je note l’inquiétude des autres chevaux de notre troupe qui soudain dressent les oreilles, piaffent, soufflent et marchent d’un pas alerte, sur le qui vive.
Alors que je scrute le bois à la recherche de ce qui perturbe tant notre équipage, ma monture tourne la tête vers la route. Je suis son regard.
Une silhouette vaporeuse lancée au galop se dirige vers nous. Mes hommes l’ont repérée aussi. Le cheval qui vient au devant de nous ne semble pas s’être emballé mais galope comme si sa vie en dépendait. A mesure que le tandem se rapproche, nous distinguons le cavalier...enfin...La cavalière…. Car oui c’est une jeune femme montant comme un homme, les jambes dévoilées en toute indécence et les voiles de sa robe flottant dans le vent de sa course. Malgré moi, je ralentis l’allure, interpellé par cet étrange spectacle.
Revenir en haut Aller en bas
Viviane Du Lac
La Dame du Lac
avatar
✦ Libre pour RP ? : comme le vent

✦ Double-compte : néant

Lun 15 Mai - 19:21

Ma folle chevauchée s’effectue sous un ciel crépusculaire, j’entends déjà les grillons chanter dans la nature environnante. Je les entends sous le bruit des sabots de Brise sur le chemin soulevant poussière dont je n’ai cure.
Ce chemin si familier que j’emprunte depuis mon enfance, je me rappelle de nos courses avec mon frère enfants. A l’époque déjà je remontais mes jupes sur mes cuisses plutôt que monter en amazone, je ne voulais pas faire attendre mon ainé et surtout ne pas risquer que mes parents aient le temps d’émettre une objection. On pourrait croire qu’avec le temps je me serais un peu plus assagie que ça. Je pense que c’est sujet à discussion.
Je connais cette route, je connais ses berges verdoyantes, ses joncs ployant doucement dans la brise. Les eaux claires et fraîches du lac Léman qui la borde. Les épais fourêts qui peuvent aussi la border, assez bonnes cachettes pour les enfants que nous étions.
Les souvenirs se rejouent autours de moi, à travers le voile de la poussière soulevée par le galop de Brise, sur fond de ce paysage flouté par la vitesse. Me voici à la poursuite de mon aîné, voici nos cris et nos rires gorgés de vie et de soleil. Echos du passé. L’heure n’est pas à la nostalgie, Vi.
Je devrais me focaliser sur la gravité des événements mais cette chevauchée est une invitation à la rêverie. La brise du soir caresse mon visage, mes cheveux s'emmêlent sous ses doigts doux et taquins. Charlotte aurait sans doute voulus que je les attachent avant de partir, encore une chose que je ne lui épargne pas. Je commence à avoir une petite dette envers elle je crois.
Je dois offrir un drôle de spectacle, une jeune femme cheveux au vent, jambes dénudées sans pudeur aucune, dans sa robe légère à la coupe si particulière montant comme un homme une jument baie qui galope dans le crépuscule comme si le Diable et tous les occupants de l’Enfer étaient à ses trousses. Ce n’est pas tout à fait vrai, mais la réalité n’est pourtant pas si éloignée de ça.
La silhouette du château dans mon dos se fait de plus en plus petit à mesure que la course de ma monture m’en éloigne pour me rapprocher de mon roi.

Je finis par apercevoir un groupe de cavaliers, je les décompte rapidement une grosse dizaine. Tous vêtus de noir. Bon alors soit ce sont des brigands de grands chemins qui sortent tout droit d’un roman de cape et d’épée, auquel cas je suis dans de beaux draps, soit il s’agit de son altesse et de son escorte. Toujours est-il que l’équipée ralenti son allure lorsque je me rapproche, moi aussi d’ailleurs. Je sens Brise nerveuse, les autres chevaux aussi. Ce n’est pas normal, Brise connaît la région. Elle ne devrait pas réagir comme ça. Surtout que cela semblent toucher toutes les montures… Les mêmes comportements. il y a quelque chose qui cloche.
Parmis les cavaliers je remarque celui qui est en tête, un port altier, royal même. De longs cheveux blancs noués en catogan. Ce doit être lui.
Je sens un voile gelé se poser doucement sur ma peau plus je m’approche de l’escorte royale, et plus Brise semble nerveuse. La sensation est semblable à ce que j’éprouvais avant de découvrir le corps de la fillette. Qu’ai je deviné sans m’en rendre compte ?
Quels funestes présages ai-je entraperçus ?
Qu’est ce dont dans le paysage, dans l’atmosphère si sereine des lieux me poussent ainsi à la méfiance ?
J’arrête Brise. Et pose pied à terre avec élégance, on sauve les apparences comme on peut, et je sens ma jupe glisser en même temps que moi sur mes jambes. Je lui en suis reconnaissante, cela m’évite une série de manipulation pas forcément des plus… “adéquates”.
Je fais face au groupe de cavaliers les os gelés par ce voile funeste, les rênes d’une Brise de plus en plus nerveuse en main. Je m’apprête à saluer son altesse d’une révérence lorsque l’illumination se fait.
Les traces dans les herbes hautes, près des épais taillis le long de la berge, elles sont bien trop profondes et marquées pour être à l’oeuvre d’enfants. De plus on ne peut pas avoir accès facilement au lac d’ici, et l’endroit n’est absolument pas un bon post de baignade. Trop de rochers et des courants trop violents. Personne ne vient jamais ici. Mais alors qu…
Je ne peux terminer mes interrogations que déjà surgissent des bois et des taillis des hommes masqués. Les chevaux paniquent, je ne lâche pas Brise. Tenant fermement ses rênes. Dans la confusion une seule chose était sûre: ces hommes n’avaient clairement pas des intentions pacifiques et bienveillantes. Ils n’étaient clairement pas là pour boire le thé avec des petitd gâteaux. Le Chaos s’invite dans la partie. Les cavaliers sont trop occupés à tenter de maîtriser leurs montures, je doute qu’ils parviennent à riposter prestement si les hommes masqués décident d’attaquer. Alors j’agis d’instinct, le lac Léman se trouve tout près, et avec lui une quantité non négligeable d’eau. J’y prélève le maximum que je peux, la plus grande quantité possible, le temps m’est compté tout se joue en une fraction de secondes. J’érige une barrière d’eau autours de notre groupe, pour nous isoler des malandrins. L’eau ralentira et amoindrira grandement l’impact de leur lames ou de leurs balles.
Seulement ce ne sont pas des balles ou des épées qui viennent se heurter au rempart d’eau.
Mais un choc sans précédent, l’eau vibre et tremble je dois fournir un effort notable pour la faire garder peu ou prou la forme que je lui ai donné.
Et puis elle devient rouge aussi, est que c’est un bras atrocement brûlé qui flotte là ? Et là des tripes, et… yeurk. Je crois que j’ai eu ma dose d’horreur pour les prochaines années.
Je lâche mon étreinte sur la masse d’eau qui s’affaisse sur le sol. Inondant mes pieds et éteignant quelques feux au passage, mais j’en ai rien à faire. Pas plus que du charnier autour de moi.
Pour la simple et bonne raison que je me détache du monde, des milliers de papillons noirs dansent devant mes paupières, tout autour de moi tourne, tourne, tourne. Je crois que si je pouvais je vomirais. Heureusement que je n’ai rien dans le ventre.
Ce qui n’empêche pas les ténèbres de m’engloutir. Je crois que j'en ai un peu trop fait là...





Thème de Vi:
 
Revenir en haut Aller en bas
avatar
✦ Libre pour RP ? : yes !

Mar 16 Mai - 13:48
L’instant suivant, un grand nombre de choses se mêlent simultanément. Les chevaux font un brusque écart alors que des hommes masqués sortent des taillis et s’avancent vers nous. Les bêtes paniquent à la vue des nouveaux arrivants et nous peinons à les contenir si bien qu’il nous est difficile de nous coordonner. Quelque uns de mes hommes parviennent à prendre leurs armes et je fais de même, tenant l’étalon d’une main et armant de l’autre, prêt à donner l’ordre de faire feu.
Un voile d’eau nous enveloppe soudain. Venue du lac, l’eau forme une barrière translucide et mouvante entre nous et nos assaillants. Mes hommes n’ont pas le temps d’être surpris et de réagir face à cet étrange phénomène que l’enfer se déchaîne.

Une puissante explosion suivie d’une déflagration fait se cabrer les chevaux. Le choc nous assomme à moitié. Plusieurs de nos hommes se retrouvent à terre, désarçonnés par la surprise et l’impact. Mon étalon se cabre et part comme un fou, terrifié par le bruit et l’odeur âcre de salpêtre, de souffre mêlée à celle de la chair brûlée. La bête affolée se jette dans le lac, tentant de survivre par tous les moyens quitte à se précipiter dans l’abîme. Je tente tant bien que mal de l’arrêter, moi même sonné et assourdi par la puissance de l’explosion. Soudain une main attrape la bride de ma monture et la force à s’arrêter en lui imprimant une volte d’une poigne de fer.
Je réalise alors le cavalier à côté de moi. Pour une fois, mon cœur connaît un sursaut de joie alors que je reconnais l’allure juvénile de Wilhelm.
- Sire ! Vous n’êtes pas blessé ? Demande-t-il avec une inquiétude sincère.
Je fais signe que non de la tête, le temps de reprendre mes esprits, puis réponds.
- Non tout va bien.
- Le ciel soit loué !
Nous faisons demi tour et regagnons le sec. Le mur d’eau salvateur est tombé, nous laissant hagards. La moitié des chevaux s’est éparpillée, les autres tiennent difficilement en place et roulent des yeux fous, l’écume aux lèvres. Nos hommes sont tous sains et saufs hormis quelques contusions pour certains.
Je vérifie d’abord qu’ils vont bien avant de véritablement voir le carnage. Le sol changé en boue par l’eau est teinté de sang, la végétation est calcinée, le terrain défoncé par l’explosion et des lambeaux de chair n’ayant plus rien de l’humain à qui ils avaient pu appartenir jonchent le sol, la végétation encore debout et flottent sur les eaux claires du lac.
Il me vient alors cette évidence à l’esprit. Nous étions attendus. Ce n’était pas une vulgaire embuscade de bandits mais un attentat suicide ! Comment étaient-ils au courant ? Qui les a prévenu ? Je me glace en réalisant peu à peu que nous avions peut-être un traître parmi nous…

Mes réflexions ne durent que quelques secondes. La vue du carnage me ramène à cet étrange mur d’eau à qui nous devons la vie et je me tourne vers la route où cette jeune femme venait au grand galop, priant pour qu’elle n’ait pas été blessée dans l’explosion.
Je la vois chanceler contre sa monture. Dans la précipitation, je ne l’ai même pas vue mettre pied à terre. Seigneur, ce qu’elle est pâle !
Je descends de cheval et accours alors que je la vois ployer, tel un jonc sous le vent, et doucement chuter, évanouie. J’entends Wilhelm accourir derrière moi. Il s’empare de la monture et l’écarte alors que je vais au chevet de la cavalière. En hâte je vérifie son pouls que je trouve bien faible, son souffle à l’aide du verre de ma montre et d’éventuelles blessures. Sa vie ne me paraît pas en danger dans l’immédiat. Je la soulève avec délicatesse. C’est une plume dans mes bras et l’emporte à l’écart de ce carnage suffisamment loin pour qu’elle ne puisse ni voir, ni sentir l’odeur de la mort mêlée à la poudre.
Wilhelm m’accompagne et m’aide à la déposer en douceur après avoir retiré son propre manteau pour l’étendre sous la dame.
- Veille à ce qu’elle se réveille, je lui ordonne en me redressant. Fais lui sentir du vin pour qu’elle revienne à elle. Nous n’avons rien de mieux mais ça devrait faire l’affaire.
- ...Oui….oui Sire ! Répond-t-il perturbé par mon soudain tutoiement. Attendez Sire ! Où allez vous ?
- Rassembler nos hommes et récupérer nos chevaux.
- Mais Sire ! Si d’autres venaient ? Vous ne pouvez pas y aller seul !
Je me tourne vers lui et plante mon regard dans le sien. Cela est si rare que je le vois frémir et se faire le plus petit possible comme s’il cherchait à se terrer dans le premier trou de souris qui passerait à sa portée.
- Je vais rassembler nos hommes et récupérer nos chevaux, toi tu t’occupes de cette jeune femme. Dois-je à nouveau me répéter ?
Il baisse les yeux devant mon regard et le ton glacé de ma voix. Je me radoucis en le voyant céder et sors mon pistolet que j’arme devant lui.
- Ne t’en fais pas, le premier qui sort d’un fourré je tire à vue. Et tu sais que je ne rate jamais ma cible.
Il acquiesce en silence. Je le vois presque trembler. Assez perdu de temps ! Je me détourne et le laisse pour regagner la route et le lieu du carnage. Je sais je suis injuste et dur avec ce petit, je devrais l’honorer pour avoir arrêté mon cheval, le remercier, lui permettre de m’accompagner mais je dois avouer que je préfère le ménager, épargner encore à son cœur les horreurs. Je préfère le garder en sécurité, le savoir sain et sauf plutôt que bravant tous les périls au risque de se mettre entre la lame ennemie et moi. Mourir pour son roi ou ses idée est certes louable mais vivre pour eux est bien plus utile. Bien plus difficile aussi.

De son côté, le jeune Wilhelm se hâte de sortir sa flasque et la débouche un peu maladroitement dans sa précipitation. C’est la main un peu tremblante et l’air très gêné qu’il tente de faire respirer les vapeurs d’alcool à la jeune femme afin de la réveiller.
Revenir en haut Aller en bas
Viviane Du Lac
La Dame du Lac
avatar
✦ Libre pour RP ? : comme le vent

✦ Double-compte : néant

Mar 16 Mai - 17:49

Les ténèbres ne sont pas si reposantes que l’on voudrait bien le croire. En plus elles ne sont pas si sombres que ça, floues, embrumées et franchement chaotique oui. Et surtout on y croise des visages familiers pas toujours bienvenus.
Je ne sais pas si c’est l’extrême fatigue de ces derniers jours et conséquente de mon mur d’eau, associée aux horreurs toutes fraîches dans mon esprit mais mon ancien amant est là. Et bien, ça faisait un petit moment qu’il n’était pas venu s’inviter dans mes périodes d’inconscience. Il est là avec son petit sourire, je soupire je crois bien que je ne couperais pas à la discussion même si il ne s’agit que d’une divagation de mon esprit épuisé et remué, surtout si il s’agit de ça. Je vois ses lèvres bouger sans parvenir à capter l’essence de ses mots et pourtant je réponds sans pour autant savoir ce que je dit. Etrange sensation de se trouver à la fois dans son corps et sur un autre plan.
Tourbillon nauséeux de formes et de couleurs. Je suis au fond des eaux clairs et pures du lac Léman, mes mains enfoncées dans le limon sableux, les rayons d’or du soleil dansant doucement au grès du mouvement des ondulations de l’eau, des bulles d’argent s’échappent de ma bouche et montent tranquillement à la surface. Puis l’eau se colore de rouge, une fillette se tient devant moi. Ses yeux noisettes recouverts d’un voile blanc, son visage juvénile figé dans un immonde rictus de douleur et de terreur. Ses petites mains serrent ses entrailles tout contre elle, comme on serrerait un chiot ou un chaton. Et de son ventre béant s’échappe encore et encore du sang, au point que l’eau semble presque être noire par endroit. Les tripes débordent des mains ensanglantées de l’enfant, bien trop petites pour pouvoir toutes les contenir. Elles flottent dans l’eau. Comme un bras calciné et des morceaux flasques et roussis de chair.
Je n’arrive pas à bouger, mon corps semble être en pierre, le flot sanglant s’approche de moi. Je sens déjà l’odeur de son sang. Mes narines me brûlent, et…

J’ouvre les yeux, écoeuré par l’odeur d’alcool qui me brûle les narines. Yeurk… Oh ma tête… Qui a mis un heaume sur ma tête ? Et surtout qui a frappé dessus avec un gourdin ? La dernière fois que j’ai ressenti quelque chose de semblable c’était quand j’avais dix ans. J’avais voulu impressionner mon frère. J’avais fini dans les pommes, et m’étais réveillé avec le crâne dans le même état. Un peu dégoutée parce qu'on ne m’avais pas mis d’alcool sous le nez mais bon… Je refuse le plus poliment possible la flasque que… Qu’un jeune homme aux yeux bleus inquiets me tends, joli minois sincèrement. Je m’en rend compte malgré le fait que le mon autours de moi n’a pas encore repris tout à fait ses contours et sa stabilité. Je n’ai pas besoin de m’embrumer l’esprit encore plus. En plus avec mon estomac vide boire n’est vraiment pas une bonne idée. Vraiment pas…
Je ne suis plus sur la route, enfin pas à l’endroit où je suis tombée. Oh… Des images du paysages calciné et sanglant, dégoulinant d’eau souillé et l’odeur…
Je crois qu’une force supérieure a décidé de me faire vomir aujourd’hui…
Le monde reprend forme et consistance, et la brûlure de l’alcool disparaît presque totalement. J’essaie de dépatouiller les derniers événements dans ma tête… Le type masqué, le choc, l’odeur de chair brûlée et de sang… De poudre aussi. Les herbes hautes piétinées. Embuscade… Enfin plutôt attentat suicide.

-Des morts ?

Bien mon cerveau fonctionne convenablement, je crois… A, B, C, D, E, F, G… Bon ça c’est bon. Et mes cordes vocales aussi.
Je sens mes cheveux collés contre ma peau, trempés et souillés par de la boue sanglante, comme ma robe. Je dois faire une maîtresse du domaine de Chillon. Par contre je n’ai rien de cassé c’est déjà ça.
Je ne vais pas rester allongée comme ça jusqu’à la Saint Glinglin, j’essaie de me redresser. Seulement une fois debout, le monde perd encore un peu de sa consistance durant une fraction de secondes. Heureusement ça ne dure pas. Bien Vi, puisque tu réussis à accomplir l’exploit de tenir sur tes pieds va donc assurer ton rôle de maîtresse des lieux en allant voir ce qui est arrivé sur tes terres. C’est peut-être important.
J’inspire une grande goulée d’air, me préparant mentalement à affronter parfaitement consciente les horreurs qui m’attendent plus loin, je sens le poids de mon rôle de dame sur mes épaules. Vi porte le dignement. Pour elle. La vision de la fillette revient me hanter. Je suis déjà sur le sentier de guerre, fermant de mon mieux mon coeur. Je l’ai déjà fait tant de fois… Et je n’ai aucune pitié à avoir pour cet homme. Tout au plus mon mépris est tout ce que je peux lui accorder. J’atteins enfin le lieu de ce qui aurait dû être un carnage.
Revenir en haut Aller en bas
avatar
✦ Libre pour RP ? : yes !

Mar 16 Mai - 22:25
Rattraper les chevaux n’est pas une mince affaire. Terrifiés et déboussolés, ils se sont éparpillés et éloignés tant qu’ils pouvaient du lieu de l’attaque. Heureusement pour nous, leur fatigue les a empêchés de partir trop loin mais les calmer, les rassurer et les ramener avec nous s’avère être un travail de patience. Beaucoup sont légèrement blessés mais, à mon grand soulagement, nous ne sommes forcés d’abréger les souffrances d’aucun d’entre eux.

Je retourne ensuite sur les lieux du carnage et arpente le terrain défoncé et calciné. Quelque uns de nos hommes y sont encore, tentant de trouver des restes dans les décombres du chemin. Bien sûr il n’y a plus rien. Soufflés par l’explosion, nos assaillants ont bel et bien disparut de la surface de la terre du moins ce qu’il en reste n’est guère évocateur d’êtres humains.
J’observe les débris encore fumant d’un œil détaché, le cœur froid. L’émotion de l’instant passée, je n’éprouve plus rien. Seulement, je réfléchis. Qui les a envoyés ? Comment des hommes peuvent-ils être assez fous pour se sacrifier eux même ? Était-ce de leur plein gré ? Était-ce quelques fanatiques ? Ou bien étaient-ils forcés ? J’imagine aisément que les meurtres qui sévissent dans cette région ne sont pas sans rapport avec cette attaque….
J’enjambe une forme carbonisée m’évoquant un bras à moins que ce ne soit la tige décharnée d’une branche. Quelle importance ? C’est brûlé et irrécupérable, qu’est ce que ça peut nous faire que ça ait été animal ou végétal ? La question importante est qui est derrière cela. Combien sont-ils ? Et surtout qui les a prévenu ?

Soudain des cris de protestations se font entendre. Je reconnais aisément la voix de Wilhelm. Ne lui avais-je pas dit de rester là bas ? Il me suffit de lever les yeux pour comprendre la cause de ses protestations. Venant à pied au devant du carnage, la robe et les cheveux trempés, la jeune cavalière avance d’un pas qu’elle voudrait assuré et décidé alors qu’elle tremble encore de ce que je devine être de l’épuisement. Après tout on ne crée pas un tel mur sans en payer le prix.
Bien, je ne vais pas en vouloir à ce pauvre Wilhelm...j’aurais dû me douter que fasse à une forte tête, il se serait vu déborder. Je réprime un soupir, sentant que la partie ne va pas être facile puis m’avance au devant de la jeune femme. Je peints sur mes traits toute l’inquiétude que je puis exprimer. Non pas que je sois inquiet, enfin...pas tant que je veux bien le faire paraître. S’il n’en tenait qu’à moi, je la laisserai se débrouiller mais la courtoisie dicte des règles que je me dois de suivre. En outre, il me faut être reconnaissant si elle est bien à l’origine de ce mur car je dois l’admettre sans cette intervention providentielle nous ne serions plus.

Je m’avance donc à grands pas, cherchant à la rencontrer avant qu’elle ne parvienne sur le carnage.

- Ma dame ! Je vous en conjure, n’approchez pas plus !
Revenir en haut Aller en bas
Viviane Du Lac
La Dame du Lac
avatar
✦ Libre pour RP ? : comme le vent

✦ Double-compte : néant

Mer 17 Mai - 16:36

L’Adonis aux yeux pervenche proteste avec véhémence, le fait que j’ai décidé de me lever si tôt semble franchement le contrarier. Qu’importe. J’ai plus important à régler, et lorsque j’ai une idée en tête je n’y renonce pas facilement. Mon frère pourrait en témoigner, si il est vivant.

-Ma dame! Il est bien trop tôt pour que vous vous leviez.

Je suis désolée, mais vous parlez dans le vide actuellement dans le vide. J’entends bien vos mots mais ils sont substitués à une douce mélodie. Je crois bien que pour l’heure il s’agit de Ne pleure pas Jeannette. Lalalala. Le voici qui me suit.

-Soyez raisonnable ! Revenez vous asseoir !

La douce mélodie de la comptine demeure. Et ne serait-elle pas là que j’ai déjà assez à faire pour éviter de tituber. Je ne souvenais pas que le sol soit si irrégulier et gondolant, et si… D’accord je suis peut-être effectivement pas en état de faire le trajet. Est-ce que pour autant je vais renoncer ? Je crains bien que non. Je continue ma route, luttant contre l’épuisement.
Allez Vi. Un peu de nerf que diable. Je peux être têtue quand je le veux. Si j’étais un homme je pense qu’on parlerait plus de “volonté admirable bien que potentiellement irritante”, mais moi j’ai surtout droit à “entêtement futile”. J’y ai eu droit lorsque j’ai refusé catégoriquement de me marier à la mort de mes parents, ce qui aurait pourtant la solution la plus simple pour assurer ma sécurité. J’y ai aussi eu droit lorsque j’ai entamé les démarches pour obtenir le droit de reprendre la gestion des affaires familiales. Qui devait revenir à mon aîné, absent et totalement injoignable. Mon frère avait tout simplement et purement disparu dans la Nature. Deux ans d’enfer. Deux ans encore frais dans ma mémoire, mais sur lesquels je ne veux pas revenir. Pas tout de suite. Il y a des portes qu’il vaut mieux laisser fermées, même si elles baillent et grincent.

Les protestations continuent et moi je poursuis ma route. Enfin j’essaie, mon corps continu de me faire payer mon petit coup d’éclat. L’odeur de poudre, de chair et de végétaux carbonisés. Cette infection m’assaille, je suis bien trop épuisée pour ne pas la prendre en pleine face. J’encaisse, encore quelque chose que mon corps me fera acquitté plus tard.
Je sens ma gorge fourmiller et brûler. Il faudra que je fasse en sorte que l’on vérifie et surveille bien la zone. Pour éviter le départ d’un feu de forêt, même si la région est généreusement lotie en ressource hydrique, cela pourrait avoir des conséquences désastreuses. En rentrant il faudra que j’en informe Julius.
Je suis coupée dans le fil de mes pensées par la voix d’un homme. Je reprend contact avec le monde, l’homme qui m’a interpellé avance vers moi à grands pas, un air d’une extrême inquiétude peint sur le visage. Il s’agit de mon roi. Ou en tous cas de la personne que j’ai identifié comme mon souverain d’après les descriptions qui me sont parvenues.
Bon il est temps de mettre à profit tous ces cours de bonnes manières et d'étiquette. Je m’arrête, son altesse est presque sur moi. J’effectue alors la révérence la plus gracieuse et élégante possible. On sauve les apparences comme on peut, même si dans mon état actuel la chose doit être plus cocasse qu’autre chose.

-Sire, je me plierais à votre volonté. Néanmoins, je vous prie de bien vouloir entendre que savoir ce qui se passe sur mes terres est une de mes obligations. Je ne peux aisément m’y dérober en particulier en ces temps troublés.

Les yeux vides de l’enfant me hantent encore une fois.
Revenir en haut Aller en bas
avatar
✦ Libre pour RP ? : yes !

Mer 17 Mai - 20:42
Je salue intérieurement cette tentative de respecter l’étiquette malgré les circonstances. Je réponds à sa révérence en m’inclinant dans un salut parfait, calculé au millimètre près et en l’invitant à m’offrir sa main pour que j’y dépose l’ombre d’un baiser.
- Madame, votre volonté vous honore mais je ne puis décemment pas vous laisser visiter les lieux d’un tel carnage. Il est de mon devoir de soustraire à la vue de celle à qui je suppose devoir cette gracieuse intervention, lieu d’un si odieux attentat. Cependant, je ne vous priverai pas des informations que vous cherchez à si juste titre. Hormis nous, il ne reste aucun survivant de cette attaque et l’explosion a malheureusement anéanti tout indice qui aurait pu nous permettre d’identifier l’origine de ces agresseurs.
Revenir en haut Aller en bas
Viviane Du Lac
La Dame du Lac
avatar
✦ Libre pour RP ? : comme le vent

✦ Double-compte : néant

Mer 17 Mai - 21:58

Ma révérence se voit répondre par un salut, effectué avec la précision et la maîtrise d’un mécanisme d’horlogerie, suisse, le mécanisme. C’est… Plus qu’adéquat je pense. Je lui offre ma main, quitte à respecter les usages autant jouer le jeu jusqu’au bout. Et je suis reconnaissante envers mon souverain de s’y plier. J’aurais été bien moi sinon.
Bien, puisqu’il s’agit de la volonté de mon roi. Je n’ai rien à rétorquer.

-Sire, c’est plutôt moi qui dois exprimer ma reconnaissance pour la vélocité que vous manifestez. Surtout que je crains que ce ne soit ma missive qui nous ait mis en péril.
Et cela soulève un fait, qui s'il se confirme ne présage rien de bon pour la suite et la nature des événements. Mais ce n’est pas le lieu ni le moment pour chercher à en avoir confirmation.
-Voilà qui est fort fâcheux. La perte de ces indices, même hypothétiques ne saurait être comblée je le crains.

Je me sens profondément lasse. Les derniers jours ont été longs, et ces derniers événements sont en train de me porter le coup de grâce. Et pourtant il me reste tellement de choses à régler. Mon frère parfois je t’envie de t’être soustrait à tout cela.
Soudain je me rends compte d’un énorme manquement de ma part. Eh bien les bonnes manières il va falloir retravailler ça Vi !

-Sire je vous prie d’accepter mes humbles excuses. Je viens de me rendre compte de mon détestable manquement aux règles les plus élémentaires de la politesse. Je suis Viviane Du Lac, dame du château de Chillon. Je chevauchais justement à votre rencontre afin de vous accueillir suite à l’arrivée de votre messager.





Thème de Vi:
 
Revenir en haut Aller en bas
avatar
✦ Libre pour RP ? : yes !

Mer 17 Mai - 22:15
- Nous aviserons de la provenance du péril plus tard si vous le permettez.

J’admire encore ses bonnes manières en dépit de son épuisement alors qu’elle se présente. Seigneur, que le protocole et l’étiquette sont des choses ennuyeuses. Si cela ne tenait qu’à moi je les balaierai. Hélas, il faut les tenir pour la cour. Le roi doit rester le roi, icône intouchable au sommet de la montagne.
Cependant, l’heure n’est pas aux bonnes paroles, notre providentielle sauveuse est épuisée et au bord de la chute, il est inutile de perdre plus de temps. Je me tourne vers Wilhelm et m’exprime du ton de celui qui commande.

- Wilhelm, vous prendrez Madame en selle avec vous.

Le jeune homme se redresse le plus droit possible en prenant l’air le plus grave que sa mine juvénile veut bien lui permettre.

- Oui Sire ! Répond-t-il avec gravité.
Revenir en haut Aller en bas
Viviane Du Lac
La Dame du Lac
avatar
✦ Libre pour RP ? : comme le vent

✦ Double-compte : néant

Jeu 18 Mai - 18:40

Je ne permet rien du tout. On ne permet rien à un roi, on suit ses exigences et ses règles. Ce n’est qu’une jolie formule. Je n’ai aucune emprise actuellement sur mon devenir, sensation très désagréable si on peut dire. Mais je n’ai absolument pas la force de lutter contre en cet instant. Surtout que je sens bien que j’userais mes forces dans un combat perdu d’avance. Alors je me laisse porter par les événements.
J’accepte l’aide de l’Adonis, qui répond au prénom de Wilhem si j’ai bien comprit, pour monter en selle.
La nuit n’est plus très loin. Bercée par le doux roulis du cheval au trot je perds la notion du temps. Au bout d’une éternité ou d’un battement de cils nous voici dans la cour du château. Je ne conserve aucun souvenir de la chevauchée. Tout a plongé dans le néant.
Encore une fois j’accepte encore l’aide de Wilhem, pour descendre de la monture sans me fracasser le crâne contre les pavés de la cour. Ce serait fâcheux.
Le contre-coup des derniers événements est presque total. Je sens que mes jambes risquent de ne pas tarder à me lâcher, et le reste de mon corps avec. Il est clair qu’il est temps pour moi de me retirer, et prestement.

-Votre altesse, je vous prie d’excuser les manquements à mon rôle que je vais devoir vous imposer. Mon foyer est vôtre. Si vous et votre escorte avez besoin de quoique ce soit mes gens tâcherons d’y répondre de leur mieux. Si vous n’y voyez aucune objection je vais maintenant me retirer.

J’effectue une dernière révérence avant de rejoindre Charlotte et Julius qui m’attendent la mine inquiète.

-Julius, je te laisse gérer nos hôtes. Veille à ce qu’ils ne manquent de rien. Charlotte je vais avoir besoin d’un bain. Très chaud et avec beaucoup de savon.

Julius hoche la tête et va s’occuper de ses obligations. Charlotte m’aide à rejoindre mes appartements. Je me laisse tomber sur un des fauteuils. Ma camériste me place un plateau qu’elle décloche révélant une assiette de petits pâtés et de fruits. Avant d’aller remplir la baignoire. Ciel, cette fille est une perle ! Est ce que je mérite seulement le tiers de ses attentions ?
Ce qui est sûr c’est que son encas est bienvenu, et finit bien vite dans mon estomac. J’étais affamée. Maintenant je me sens juste crasseuse au possible et exténuée.

-Ma dame le bain est prêt.

Dans la salle d’eau Charlotte m’aide à retirer ma robe et à me glisser dans l’eau chaude. Oh que c’est bon ! Je laisse l’eau détendre tout mes muscles et retirer la crasse. Je me met à frotter énergiquement peau comme cheveux.
Ce n’est qu’une fois le moindre centimètre mon corps et de ma chevelures récurés et soigneusement lavés, que je quitte la douce étreinte de l’eau chaude pour me retrouver enveloppée d’une épaisse serviette. Une fois sèche et une chemise de nuit enfilée, je m’effondre littéralement sur mon lit. Et je sombre.




Thème de Vi:
 
Revenir en haut Aller en bas
avatar
✦ Libre pour RP ? : yes !

Dim 21 Mai - 14:25
J’aide notre hôtesse à se mettre en selle et veille à ce qu’elle soit bien installée avant de remonter sur mon étalon.
- Wilhelm, vous prendrez la tête de notre groupe, j’ordonne en imprimant une volte à ma monture. Madame venait à notre rencontre afin de nous guider jusqu’à sa demeure, laissons lui l’honneur de nous mener !
- Bien Sire !
Suivant mon commandement, le jeune homme se place en tête de notre groupe, prenant très à cœur son rôle malgré sa timidité. Je fais signes à nos gardes de se répartir autour de nous et de garder leurs armes à portée. Nous ne sommes pas à l’abri d’une autre attaque.

Le trajet se passe dans le calme et le silence. L’heure n’est pas aux conversations. Trop de fatigue et d’émotions empêchent parfois de parler. À mesure que le château se rapproche, je recompose mon allure, imprime à mon cheval un pas plus fier, me redresse et lève la tête. Je souhaite mes traits altiers et mon regard perçant. Au fond de moi j’espère que l’on nous regarde. J’espère que dans ces bois où nous épient. J’espère qu’ils sont là, tapis dans l’ombre, serrant le poing en voyant passer le roi, sain et sauf, irradiant de santé et de vigueur, chevauchant fièrement son destrier.
Oh oui….j’espère que vous êtes là….j’espère que de rage vos ongles rentrent dans la chair de vos paumes, j’espère que de dépit vous serrez les dents et que de frustration vous grognez. Me voyez-vous passer devant vous ? Voyez-vous mon regard glisser sur vous, semblant vous provoquer et vous défier ? Allez donc rejoindre vos maîtres chiens galeux. Rentrez donc, la queue entre les pattes, leur annoncer votre échec. Et nous verrons qui rira le dernier.


Nous pénétrons dans la cour du château. Les domestiques nous attendent, la mine inquiète, et leurs visages se peignent d’une plus profonde inquiétude encore alors qu’ils voient leur dame dans un tel état. Nous mettons pied à terre alors qu’ils viennent à notre rencontre. Wilhelm aide notre hôtesse à descendre et la soutient obligeamment avant qu’elle ne rejoigne les bras pleins de secours et d’attention de ses serviteurs.
Elle s’excuse de manquer à ses devoirs et nous offre sa demeure. J’admire sa force de caractère qui la fait mener encore son rôle à bien. Je porte une main à mon cœur et incline légèrement le buste.
- Madame, nous sommes infiniment reconnaissants pour votre accueil. N’ayez crainte, vous êtes toute excusée, le trajet n’a, après tout, pas été de tout repos…
J’admire définitivement cette jeune femme. À sa place d’autres se seraient déjà laissées aller dans les bras de leurs serviteurs, se pâmant et se laissant porter jusqu’à leurs appartements. Je perçois dans son allure, dans la force qui la fait tenir, une volonté de fer. Il me semble discerner, malgré son épuisement, tous les traits d’une maîtresse femme et mon esprit se met à envisager le potentiel d’une telle personnalité.
Nous la laissons prendre congé. L’on vient s’occuper de nos chevaux. Je m’adresse au palefrenier qui vient prendre les rênes du mien.
- Veillez à ce qu’ils soient traités avec égards je vous prie, nous n’aurions pu parvenir ici sans leur vaillance.
Le palefrenier acquiesce et s’incline. Je flatte une dernière fois l’encolure de mon étalon et le remercie avant de le laisser partir.

Le majordome répondant au nom de Julius nous mène ensuite à nos appartements. La garde est logée près des domestiques et Wilhelm m’accompagne. En tant que mon aide de camp, il a droit à une chambre près de mes appartements. Notre guide nous fait visiter les lieux puis nous laisse en s’engageant à se tenir à notre disposition et en nous promettant une collation. Les yeux de Wilhelm se mettent à briller à l’idée de nourriture même si la bienséance lui fait cacher son enthousiasme. Une fois le majordome parti, je lui donne son congé. J’ai besoin d’être seul.
Je fais le tour des lieux. L’endroit est joliment meublé et élégant. Des teintes douces, pas trop de fioritures, juste assez pour que cela soit joli mais pas surchargé. J’apprécie. Une vasque d’eau fraîche attend sur un meuble d’acajou. J’y plonge mes mains et me débarrasse de la poussière et de la suie puis me rafraîchit le visage. Mes effets ont été montés et dans la salle de bain, un bain chaud n’attend que moi. J’apprécie cette délicate attention. Je verrouille la chambre avant de passer dans la salle de bain. Je n’aime pas être dérangé. Si un serviteur doit venir, il restera dans le salon ou fera antichambre mais je ne serai pas dérangé par un intrus, même ayant les meilleurs intentions du monde, alors que je souhaite être seul.

L’eau brûlante m’accueille en son sein. J’y plonge avec délice et me laisse glisser jusqu’à m’y immerger totalement. L’onde se meut autour de moi, m’effleure et m’enveloppe. Elle me porte et me berce dans ses douces circonvolutions. Mon esprit se vide.
Au commencement il n’y avait rien. Il n’y avait que la conscience et les bruis étouffés de l’extérieur mais surtout il y avait l’onde. L’onde chaude et chatoyante dans la lumière rougeoyante et orangée. L’onde si douce, berceau mouvant à la fois nourricier et protecteur. C’est ainsi que de devait être l’avant. Le temps avant la naissance…
La surface de l’eau explose, mes poumons se gonflent et se bloquent dans une inspiration presque douloureuse, rendue brûlante par les vapeurs. Avant que l’on ne soit projeté hors de l’eau, dans l’air dur et tranchant. Dans la lumière si vive et dans ces bruits si bruts. J’expire profondément et me détend. Je m’apaise à mesure que je suis le va et vient de ma respiration.

Je reste un long, très long moment ainsi puis je me savonne de pied en cap pour me débarrasser de la crasse du voyage et des souvenirs de poudre laissés par l’attentat. Une fois rincé, séché et revêtu d’un peignoir, je passe dans ma chambre me rhabiller d’une tenue plus confortable et propre que celle du voyage. Je déverrouille enfin la porte et passe dans le salon pour constater que la collation promise m’y attends sur un plateau d’argent. Nul ne m’a dérangé, tout s’est fait dans la plus grande délicatesse. Je choisis l’un des petits pâté pour commencer et le déguste tout en allant à la fenêtre. J’observe à travers les croisillons la cour du château, le va et vient des domestiques puis au-delà le paysage. Le lac si proche et les montagnes si hautes et si fières. Je sens l’agitation au château. Cet endroit semble pourtant si paisible… Mais depuis notre arrivée j’y perçois l’angoisse et l’anxiété. Les récents événements troublent bien trop la quiétude de ces lieux. Demain j’irai me promener aux alentours et mesurer l’état des choses par moi même. Je ne doute malheureusement pas de leur gravité.

Un repas est servit le soir. Je dîne en compagnie de Wilhelm dans mes appartements. L’heure n’est pas aux grandes réceptions. La maîtresse des lieux doit se reposer et je dois admettre que nous rêvons tous de ce repos. C’est pourquoi nous ne la dérangeons pas. Avant le coucher, je fais un tour dans le château pour passer voir mon escorte et veiller à ce qu’ils ne manquent de rien. Il est important pour le moral des troupes que leur chef reste présent et manifeste son intérêt à leur égard. Après ma visite, je pars en quête de quelqu’un en mesure de me renseigner sur l’état de la maîtresse des lieux. Alors que je me promène dans les couloirs et admire le décor si délicat des lieux, je croise la jeune femme qui m’avait semblé proche de notre hôtesse. Je me permets alors de l’arrêter poliment pour lui demander des nouvelles.
- Je vous prie de bien vouloir m’excuser mais auriez vous l’amabilité de me donner quelques nouvelles de Madame ?
Je sens un regard un brin réprobateur pesé sur moi malgré le ton poli de la réponse.
-Ma dame va aussi bien que les derniers événements le lui permettent sire. Elle est exténuée et dort d'un sommeil de plomb à l'heure actuelle, mais je crois que vous n'y êtes pas étranger mon roi. Puis je faire quoique ce soit pour votre altesse ?
J’évite ce regard un peu trop insistant en secouant la tête et décide de passer outre cette impertinence masquée. Je ne suis pas d’humeur à cela mais surtout je ne peux que comprendre le reproche dissimulé dans cette réponse et je n’ai jamais punit ni réprimandé un serviteur qui montrait avoir raison, c’eut été injuste.
- Non cela ira, je vous remercie. J’espère que Madame se remettra vite. Je vous souhaite une bonne nuit.
Je prends congé et regagne mes appartements. Je verrouille à nouveau ma chambre comme à mon habitude puis me prépare à me coucher.

Le matelas est confortable et l’oreiller moelleux, que demander de plus ? Je tombe de fatigue, pourtant je ne peux pas m’empêcher de penser aux événements de la journée. Comment ont-ils su si vite que nous nous mettions en route ? Comment savaient-ils notre itinéraire ? Un serviteur avait-il été indiscret ou avions nous un traître dans nos rangs ? Qui avait commandité un tel attentat ? Qui étaient les hommes envoyés nous emporter dans la tombe ? Dans quelle mesure les persécutions et les meurtres n’étaient-ils pas un simple leurre pour me faire venir ?
Malgré ces pensées qui tourbillonnent dans ma tête je finis par sombrer dans un profond sommeil peuplé de cauchemars et de rêves troublés d’enfant éventré, d’eau rougie de sang et de corps démembrés, soufflés par une explosion, de feu et de poudre.

En dépit de ces songes troublés, je m’éveille à l’aube un peu plus reposé que la veille. Je m’habille en vitesse, noue le foulard blanc à mon cou après avoir fait mes ablutions. Je sors sans bruit de mes appartements et me glisse dans les couloirs du château à l’heure où seuls les serviteurs sont levés et œuvrent en silence pour que tout soit prêt pour leur maître. Je passe aux écuries pour voir nos chevaux. Mon étalon hennit doucement à ma vue. Je viens le saluer d’une caresse. L’animal souffle contre moi. Je suis satisfait de voir qu’il a bien récupéré.
Au moment de quitter l’écurie une ombre m’intercepte.
- Sire, vous n’allez tout de même pas sortir ! Me sermonne la voix inquiète de Wilhelm.
- Et pourquoi non ?
- Mais si l’ennemi en profitait pour une autre attaque ?
- Je resterai dans les terres du château et proche.
- Votre Majesté, je ne suis pas certain que cela les arrêtes…
Je soupire et tire mes pistolets pour les lui montrer.
- Voilà, je ne pas pas sans rien et vous savez Wilhelm que je ne rate jamais ma cible, je riposte d’un ton implacable.
Peut-être que quelque part sa gentillesse me touche mais je n’ai pas de temps à perdre avec de l’attachement. Il s’incline et cède comme toujours.

Je sors discrètement et sans me faire remarquer. Quelques pas me suffisent pour gagner le bord de l’eau. À moi la liberté et le calme. J’arpente la bande de sable qui borde l’eau. Mes pensées vagabondent sur l’eau. Est-ce là que l’on t’a trouvée fillette ? Est-ce ici ? Un peu plus loin ? Tu vois bien que je suis venu finalement.
Je continue de marcher, réfléchissant aux éléments de cette affaire. Il me faudra faire une excursion à Lausanne afin d’y glaner de plus amples informations….
Soudain des branches se mettent à craquer dans les taillis près de moi. Je ne réfléchis pas et sort l’une de mes armes en l’armant au passage puis je vise le taillis.
- Qui va là ? Je demande d’une voix sans appel.
Nulle réponse mais un second bruit et des mouvements de branches me confirment que je ne suis bien pas le seul ici. Mon doigt caresse la gâchette, près à appuyer sur la détente.
- Montrez vous ! J’ordonne.
Je suis calme. Très calme. Comme chaque fois que j’ai à utiliser une arme en fait. Je ne vois pas l’ennemi actuellement mais dès que je le verrai, je le coucherai avant qu’il ne me couche.
Une masse sombre sort des fourrés et je manque de tirer. Un jappement répond à mon ordre. Je relève mon arme. C’est un chien. Un chien de berger au poil dru et et aux oreilles droites qui me regarde d’un air amical en remuant la queue.
- Que veux-tu ? Je lui demande. Tu n’as pas un troupeau à garder ?
L’animal s’assoit sur son séant et me regarde en penchant la tête.
- Tu devrais retourner d’où tu viens, j’aurais pu t’abattre.
Je me détourne de l’animal et reprend ma marche. Une seconde plus tard je le sens contre ma cuisse, marchant à mes côtés. Que veux-tu toi ? Tu n’as trouvé personne à suivre ? Je passe une main sur sa tête. Il semble apprécier. Si personne ne te réclames, tu me seras peut-être utile… Un veilleur est toujours un atout.
Revenir en haut Aller en bas
Viviane Du Lac
La Dame du Lac
avatar
✦ Libre pour RP ? : comme le vent

✦ Double-compte : néant

Dim 21 Mai - 16:05


Le vent fait courber les hautes herbes et les branches graciles du saule-pleureur au bord de la berge. Le soleil brille haut dans le ciel, un cygne glisse paisiblement sous la coupole végétale du saule. Je suis adossée contre son écorce, un livre étalé sur mes cuisses. Un moment de calme et de paix. Je laisse la présence dans mon dos s’approcher, je sais exactement de qui il s’agit. Et le baiser déposé au creux de ma nuque ne fait que me le confirmer, je réprime le noeud dans mon ventre brutalement, sans pitié aucune. Ne laissant transparaître qu’amusement et légèreté. Tendresse aussi, et il n’y a que ça qui transparaît dans mon baiser, dans ma caresse sur sa joue, dans les mots chauds et doux que je susurre. Un coup de vent mélange toutes les couleurs du décor, qui forment un tourbillon coelioscopique dans lequel je sombre lentement.
Le monde est gris, sombre, grave. En deuil comme moi, il devrait pleuvoir pour que le tableau soit parfait, mais le ciel reste impassiblement sec. Comme mes yeux, eux non plus n’ont pas de pluie salée et amère à offrir, mes yeux sont arides. Pourtant ce n’est pas la douleur qui manque, ce n’est pas le chagrin, ni la solitude et encore moins la certitude que les jours à venir seront pires encore. Je sens l’univers entier prêt à se jeter sur moi et à me déchiqueter et me piétiner. Et aussi là, qui brûle dans mon sein, tout près de mon coeur, ma volonté de rester debout, d’affronter les évènements à suivre, la tête haute.
Les voiles de ma robe noire se soulèvent alors que le vent souffle, balayant les lys et les chrysanthèmes, les tombes environnantes, les arbres et les couleurs sépia. Ne reste que le néant, et la présence dans mon dos. Je me retourne, je sais quel visage je vais trouver. Ce ne peut-être que lui. Qui d’autre ?
Et là dans le néant si blanc ce n’est pas lui, mais une fillette. D’une pâleur morbide,sa peau est de cendre, ses yeux noisettes voilés d’un linceul laiteux, un rictus effroyable douloureusement figé sur son juvénil minois. Ses petites mains serrent tendrement un flot de boyaux et de tripes jaillissant de la plaie immonde et béante de son son ventre. Du sang noir maculant ses flancs et ses mains. S’écoule sans discontinuer, jet épais et souillant le blanc du néant. S’étalant en flaque sur le sol et s’étendant à une vitesse folle, il y flotte des morceaux de corps carbonisés. Une odeur de poudre et de chair fondue m’assaille.
Je ne peux pas bouger, mon corps ne m’obéit pas. L’étendue de sang se rapproche dangereusement de moi, menaçant de m’engloutir. Je panique tente de bouger, mais je n’arrive à rien. Mon souffle se coupe je suffoque. J’aimerais hurler mais je n’y arrive pas.

Je hurle, le souffle court, tremblant de l’angoisse de ce songe. Cauchemar déchirant, et la réalité n’est pas mieux. Je ferme les yeux, caressant le tissus de mes draps pour reprendre contact avec le monde, pour tenter de calmer les battements de mon coeur. Tout va bien Vi. Tout va bien. Essaie de croire un peu en ce pieux mensonge. Au moins pour le moment.

***
Les nouvelles n’étaient pas bonnes, et franchement ça ne le mettait pas dans les meilleures dispositions. Lissant nerveusement sa moustache sous le regard préoccupé de son meilleur ami. Qui lui s’inquiétait en plus de l’échec tonitruant de leur tentative des réactions de ses hôtes.
Le vieil octogénaire en chaise roulante agitait sa canne braillant à l’incompétence de la jeunesse ! “Génération d’incompétents, d'assistés ! Pas étonnant qu’un tel parvenu soit arrivé si haut ! Bande de limaces impuissantes!”, mais ça plus personne n’y prêtait plus vraiment d’importance. Le plan aurait il réussi que le vieux aurait trouvé une raison de se plaindre. Et à part l’arriviste dandy, baron par alliance pour tout vous dire, nul ne le prenait vraiment pour soi.
Un homme à la tête de fouine tentait de se faire le plus petit possible, son voisin une vraie armoire à glace sur patte venait de taper du poing sur la table, le vase de cristal se trouvant dessus n’avait pas survécu. Des morceaux de roche précieuse constellent la table et le sol, le délicat arrangement floral étalé sur le bois dégoulinant d’eau, qui ruisselle jusqu’au bord et tombant au sol dans un ploc-ploc mélodieux.
L’atmosphère est rendue enfumée par la fumée épaisse et nerveusement tirée du cigar coincé entre les lèvres du colonel beudonnant, son torse couvert de médailles luisant doucement dans la lumière tamisée du salon privé. Son fidèle chienchien à la jolie gueule d’ange mais dont les yeux brillent de la même intelligence qu’une vache assoupie.
Les banquiers dans leur coins grommelent entre eux, mais le plus énervé est sans doute celui à la canne incrustée de joyaux et au vêtements passés.
Un horrible air cacophonique de violon larmoyant et crissant comme un chat malade se joue. Encore un coup de cet extravagant “musicien” avec sa fichue perruque poudrée ! Il se croit en France ?
Le Casanova du groupe le foudroie d’ailleurs du regard mais ne dit mot, ça ne servirait à rien. Mieux vaut implorer le Ciel au lieu de s’énerver contre un état de fait. Pour le moment. Il serre sa Bible édition de poche tout contre son coeur. Seigneur puissiez vous nous donner la force de vaincre ce rat !
Le plus calme et posé est sans doute le médecin, les yeux tristes comme toujours par dessous ses verres, il regarde toute l’assemblée.
Le juge au visage si avenant qui s’inquiète pour sa famille, mais qui restera jusqu’au bout. Comme tous. Ils sont bien trop impliqués pour s’enfuir maintenant. Mais le plus effrayant et inquiétant c’est sans doute celui vers qui toute la rage et la frustration de l’échec sont redirigées. Après tout c’est lui qui a rapporté la nouvelle et lui encore qui a recruté les hommes pour la chose. Ses yeux fous sont fixés sur l’eau s’écoulant sur la table. Il crache encore une fois ces mots qu’il ne cesse de répéter depuis.

-La sale sorcière, l’immonde catin elle paiera… Elle paiera pour s’y être opposé… volonté suprême.

-Ah ça on a comprit fiston ! N’empêche que ton plan “génial” il est tombé à l’eau !
Le vieillard s’énerve faisant frapper sa canne contre le sol, inconscient du jeu de mot douteux qu’il vient de produire. Mais qui en fait sourire et pouffer brièvement quelques uns.

-Allons compagnons ! Ne nous laissons pas abattre ! Ce n’est pas parce que notre première tentative a échoué que nous ne pouvons pas en élaborer une plus flamboyante encore.
Et cet extravagant accompagne ses mots des cris d’agnoni de son violon.
Mais malgré le fait qu’on ait envie de l’étrangler de de briser son instrument au sol. L’idée est là: recommencer et le faire de façon marquante. Déjà les esprits bouillonne de ce qui va suivre.




Thème de Vi:
 
Revenir en haut Aller en bas
avatar
✦ Libre pour RP ? : yes !

Dim 21 Mai - 22:18
Le chien semble décidé à me suivre. Je le laisse faire. Si cela lui fait plaisir qu’il me suive mais qu’il ne se plaigne pas. Enfin, il faut admettre qu’un chien se plaint moins qu’un homme...et qu’il est moins enclin à se corrompre. Ce qui, de mon point de vue, est une caractéristique fort appréciable de ces animaux. En plus de leur loyauté admirable bien évidemment.
Je termine mon tour sur les berges, songeant à la suite des événements. Je planifie en observant les remous de l’eau. En allant à Lausanne, nous battrons un peu la campagne afin de faire l’état des lieux. Une fois en ville, je prendrais un temps pour observer avant d’agir. Il nous faudra voir le préfet de police et l’interroger sur son silence ainsi que le gouverneur de la ville. Devrais-je passer à la morgue ? J’aviserai. Ce genre de visite n’a rien de réjouissant. Il va me falloir me parer à toute éventualité aussi.
Ne perdons pas plus de temps. Je rentre au château le chien sur mes talons. Je hèle deux de mes hommes.
- Prenez les devants et allez à Lausanne. Annoncez moi au gouverneur et aux grandes instances de la ville. Nous y serons pour dix heures, j’ordonne au premier. Vous prendrez aussi soin de passer rue des trois flûtes pour faire savoir que maître Schmitt est de retour.
- Bien sire.
Je le laisse partir après s’être incliné devant moi puis je me tourne vers le second.
- Reprenez le chemin inverse, rejoignez la cour en faisant diligence. Vous prendrez soin là bas de faire courir le bruit que j’irai visiter Genève. Je vous charge de débusquer le traître là bas. Je vous sais fin limier.
L’ancien contrebandier esquisse un mince sourire et un éclair passe dans ses yeux. Nous nous comprenons.
- C’est comme si c’était fait.
- à la bonne heure. Faites vite.
Je ne me fais pas trop de soucis en le regardant partir. Je connais cet homme depuis de nombreuses années, je sais à quel point il est fiable et tenace. Il ne lâchera pas l’affaire tant qu’il n’aura pas son homme.

Je donne mes ordres au reste de ma troupe, n’en laissant que quatre sur place afin de veiller au grain. Je sais que notre hôtesse est en mesure de se défendre, toutefois je préfère m’assurer d’avoir des hommes dans la place prêts à intervenir au besoin. Les autres se préparent rapidement à partir.
Je pars en quête du majordome. Une des servantes sursaute sur mon passage.
- Qu’est-ce que ce chien ? Aller ouste !
Je me tourne surpris, réalisant que l’animal m’a suivit jusque là.
- Un problème madame ? Je demande.
- Je vous prie de m’excuser sire, répond-t-elle en s’inclinant précipitamment. Je...je vais sortir cette bête tout de suite.
- N’en faites rien, laissez mon chien tranquille, je vous prie.
- Oh pardon ! s’exclame-t-elle en rougissant furieusement et en s’inclinant une nouvelle fois. Je...je ne savais pas, je vous prie de m’excuser sire pour cette confusion.
- Ce n’est rien, je réponds posément.
Je l’entends encore se confondre en excuse alors que je m’éloigne, le chien sur mes talons. Je veille à retrouver le majordome de la maisonnée pour l’informer de notre excursion. Je m’enquiers aussi de l’état de Madame mais comme elle n’est pas levée encore je me vois dans l’obligation de lui demander de présenter mes respects à ma place.

Cela fait, je me prépare rapidement puis rejoint notre troupe. Nous nous mettons en selle et prenons la route de Lausanne.

****
La voiture allait bon train sur la route. A l’intérieur, l’homme peste encore intérieurement contre cette sorcière qui l’a humilié de la sorte. Ils n’auraient pas dû déposer des cadavres devant chez elle, ils auraient dû la pendre haut et court à l’entrée de son repère.
Le vieux qui ne cessait de râler l’avait épuisé autant que les remarques acides des autres. Alors qu’ils planifiaient leur prochain coup, lui avait pris sa décision. Il se vengerait de cette catin ! Il allait lui faire payer !
Se penchant à la fenêtre, il exhorte le cocher pour qu’il accélère. Maudite sorcière, elle verra bien ce dont il est capable, elle ne paie rien pour attendre.
Revenir en haut Aller en bas
Viviane Du Lac
La Dame du Lac
avatar
✦ Libre pour RP ? : comme le vent

✦ Double-compte : néant

Lun 22 Mai - 16:35

Charlotte entre dans la pièce à l’instant où je reprends le contrôle de mon souffle, et avec la possession de mon esprit.

-Ma dame ? Vous allez bien? J’ai cru entendre crier.

Oh, à peine réveillée et j’inquiète déjà ma Charlotte. A sa place j’aurais poser ma démission depuis belle lurette. Je suis heureuse qu’elle ne l’ait pas fait.

-Oui, tout va bien j’ai fait un mauvais rêve, rien de grave ne t’inquiète pas.

Je souris à ces mots, un sourire gentil et tendre. Tentative plus ou moins vaine pour la rassurer. Ce qui sans surprise est efficace dans une moindre mesure. Je suis en vie, et réveillée je crois que ça lui suffit amplement pour le moment. Elle n’en attendait pas temps.

-Ma dame le roi est parti il y a peu pour Lausanne. Voulez vous le rejoindre ?

Je soupire, voilà qui n’est guère pratique. Je ne pense pas que son altesse et son escorte aient besoin de ma personne. Et la perspective de chevaucher jusqu’à Lausanne ne m’emballe guère après mes excès de la veille. Ce ne serait pas raisonnable et la situation de la ville et de ses environs ne m’est pas inconnue, j’attendrais le retour de son altesse pour en discuter. Ce sera sans doute déjà assez éprouvant comme ça.
Non, je vais rester ici. A finir de me reposer et de récupérer des derniers évènements.

-Non, je vais rester à Chillon. Peut-être faire une promenade en attendant le retour de son altesse.

Ma décision semble clairement la satisfaire. En même temps vu comment je suis rentrée hier je la comprend. Mais je crois que ça la réjouit vraiment. Mon ventre gargouille rompant ma réflection.

-Bien ma dame, je suppose que vous voulez vous habiller avant de descendre manger aux cuisines.

-Tu supposes bien. Allez Charlotte ! Il est temps d’y aller.

-Oui ma dame.

Ma toilette effectuée, mes cheveux coiffés et natté et surtout une tenue décente enfilée. Je descend aux cuisines, et j’y suis bien accueillie. Je crois que tout le monde me pensait morte et se voyait déjà chercher un emploi ailleurs. Je ne peux pas leur en vouloir, j’aurais fait de même à leur place je pense. Et puis les petits plats mitonnés avec amour sont un gage très sûr de pardon. Surtout quand on est affamé. Julius vient me saluer et me faire son rapport tandis que je commence mon repas. Tout le monde est logé nourris et blanchis. Pas d’incidents à signaler, toutes les dispositions pour nourrir convenablement tout le monde ont été prises il n’y a pas de soucis à se faire de ce point de vue là. Je règle avec lui le problème de la surveillance et du nettoyage des lieux de l’attentat plus bas, enlever les restes de cadavres et vérifier qu’un feu de forêt ne démarre pas. C’est bien la dernière chose qu’il nous faudrait. On a aussi des nouvelles des retours d'investissements, c’est plutôt positif, mais il faudra que j’épluche quand même les choses en profondeur plus tard. Ce n’est pas le plus urgent.

-Et Mathias ? Il comment va-t-il ?

Aux dernières nouvelles le petit n’était pas au mieux de sa forme, et au regard de ce qu’il a affronté ce n’est pas surprenant. C’est triste de voir un enfant ainsi. Un adulte aussi.

-Un peu mieux, mais disons que le chemin est encore long.

J’hoche la tête. Je vais essayer de voir ce que je peux faire. Je pose mes couverts en travers de mon assiette, signalant que j’ai achevé de me sustenter. J’essuis mes lèvres avec la serviette, remercie le personnel de cuisine et sors dans la cour Charlotte sur mes pas, je repère vite Mathias, le petit est occupé avec les chevaux qu’il bouchonne sous le regard attentif de son père.

-Bonjour Mathias. Je m’accroupis pour être au même niveau que les yeux de l’enfant, je suis peut-être petite mais il faut quand même que je me baisse si je veux être à la même hauteur qu’un enfant. Je voulais savoir comment tu allais.

Un simple coup d’oeil au visage qu’affiche le petit suffit à répondre à ma question. Non, ça ne va pas bien. Évidemment.

-Je vois. C’est normal de réagir comme ça tu sais ? Ce que tu as vu l’autre jour, ce n’est pas normal. Cela ne doit pas arriver, cela n’aurait pas dû arriver. Mais maintenant le roi est là, il est venu pour faire en sorte que ça n’arrive plus jamais. Et il va y arriver. Tout va bien se passer.

Du moins je l’espère, mais ça Mathias n’a pas à le savoir. J’ai une idée. Un petit truc pour le réconforter. Je fais glisser un de mes bracelets de mon poignet,et le serre dans ma paume. Et là doucement je lui insuffle un don. Une fois fait je passe le cercle argenté au poignet du petit garçon. Je lui souris.

-C’est un cadeau, temps que tu porteras ce bracelet, si un jour tu es seul et triste, que le monde semble sombre et vide autour de toi il te donnera un peu de chaleur et de réconfort. Jusqu’à ce que la lumière et les gens reviennent.

Je ne peux pas balayer d’un geste sa douleur et sa peine. Mais lui offrir un peu de réconfort et de chaleur, c’est dans mes cordes. L’enfant regarde le bracelet puis moi, et m’offre la plus gratifiante des récompenses: un sourire. Oh un peu maladroit et encore un peu triste. Mais vu l’expression de son père ça tient de l’exploit. J’ébouriffe affectueusement les cheveux de l’enfant.

-Allez, prends bien soin des chevaux d’accord ?

-Oui ma dame !

C’est un brave petit. Je le laisse à sa tâche.

-Charlotte que dirais tu d’une promenade ?

-Est-ce bien raisonnable ma dame ? Ne feriez vous pas mieux de rester en sécurité et de vous reposer au château ?

-J’ai besoin de prendre un peu l’air. Et puis ce sera une rapide balade et on reste tout près. Juste le temps de faire un saut sur la tombe de mes parents et d’y mettre des fleurs fraîches.

Ma camériste soupire, un soupire discret, mais elle acquiesce.

***
Il a laissé sa voiture et son cocher plus loin. Il attendra le temps qu’il faudra, mais il l’aura cette sorcière… Dès qu’elle sortira de son repaire son sort sera scellé. Il se chargera personnellement de la châtier. Elle allait regretter son affront… Il allait la renvoyer en enfer auprès de son sombre maître, purger le monde sa présence. La laver par son sang.
Dieu devait être de son côté; Elle sort déjà, un sourire effrayant et plein de satisfaction et de plaisir anticipé aux milles et une délicieuse idées de tortures et de punitions qui lui venait à l’esprit. Il ne la quitte pas des yeux, chacun de ses mouvements est analysé anticipé. “Fais attention petite cati, la fureur du Seigneur est sur le point de s’abattre sur ta tête…”, il suffit qu’elle vienne un peu par ici. Et la voilà, qui s’enfonce dans les bois. “Oh, tu n’en sortiras plus jamais immonde sorcière”.




Thème de Vi:
 
Revenir en haut Aller en bas
avatar
✦ Libre pour RP ? : yes !

Mer 24 Mai - 0:19
Nous traversons quelques villages sur notre route. Vitres brisées, ruelles vidées et volets qui claquent, tel est l’accueil qui nous est réservé. J’aperçois des mines inquiètes derrière les rideaux. Mon cœur se serre à ce spectacle. Mon peuple ne devrait pas vivre dans l’angoisse et la terreur. Il devrait rire et danser sous le soleil, faire porter sa voix jusqu’aux sommets des montagnes. Mon peuple devrait être heureux et non trembler ainsi. Comment cela a-t-il pu arriver sans que j’en sois informé ?

Lausanne ne fait pas meilleure figure que sa campagne. Notre arrivée est à peine saluée par le peuple. Les gardes de la ville viennent nous escorter. Nous avions fait déjà le chemin seul, nous aurions pu continuer. Les gardes font grises mines tout en nous ouvrant la voie. Ici aussi les vitres ont souffert. Des murs sont couverts de graffitis de menace ou de dessins obscènes. Je devine que plusieurs boutiques ont été dévalisées.
Quelques visages se tournent vers nous. Je perçois des murmures, des chuchotis. Je me tiens droit sur ma monture, la canalisant d’une main pour qu’elle marche à l’amble. Comme en écho de moi, dans un parfait ensembles, mes hommes m’imitent, insufflant par cette simple attitude de la grandeur à notre équipage.
Les murmures enflent, se répandent. Sur quelques lèvres revient le nom du roi. Les badauds s’arrêtent, quelques uns nous emboîtent le pas. Des enfants partent en courant dans les ruelles étroites pour annoncer la nouvelle. La foule se gonfle derrière nous. Affluent des ruelles, le flot de de passant grossit à mesure que nous avançons vers la place principale. Cette masse mouvante, hésitante, encore apeurée, commence à prendre de l’assurance. Des yeux hagards se lèvent. Le roi est ici ? Que fait le roi ici ? Personne n’avait annoncé qu’il viendrait ?
Je vais vous expliquer une chose, la Suisse est mon pays, la demeure du roi et il n’est pas un canton qui ne soit pas l’une des pièces de son logis. Devez-vous vous faire annoncer lorsque vous passer dans votre chambre ? Non que je sache. Alors n’imaginez pas que je me ferai annoncer lorsque je me déplacerai.

Nous arrivons sur la place centrale. Le préfet de police, le gouverneur et tous les personnages importants se sont réunis en hâte pour nous accueillir. Je vois à leurs airs effarés qu’ils ne s’attendaient pas à cette visite. Je pose mon regard sur eux. Parmi ceux là, combien cautionnent ce qui arrive ? Combien sont les complices, sinon les instigateurs de cela ? Combien vais-je devoir débusquer ?
Wilhelm descend le premier de cheval et vient prendre ma monture par la bride pour me laisser mettre pied à terre. Tous s’inclinent alors que je me tourne vers eux. Je sais mon regard froid comme la glace et je n’ai pas trop à composer mon visage pour y faire paraître ma colère au vu du spectacle qui nous a été offert pendant notre trajet. Attenter à mon peuple devrait être un crime de lèse majesté. Toucher à ma terre, mes gens, mon trésor c’est toucher à ma personne.
- Relevez-vous, j’ordonne froidement.
- Votre majesté, c’est….c’est un honneur de vous avoir parmi nous, répond le gouverneur d’une voix précipitée. Veu...Veuillez nous excuser de notre surprise, nous...nous n’étions pas au courant de votre venue..
Je le coupe d’un geste agacé de la main.
- Venons-en au fait. J’ai réussi une missive me pressant de venir pour régler ce qu’il se tramait ici. Comment se fait-il que je trouve des villages, mes villages, mis à sac ? Que je trouve le peuple, mon peuple, terré dans ses demeures aux portes éventrées et aux fenêtres brisées ? N’avez-vous donc pas des gardes ? N’y-a-t-il pas une police et un préfet ici ?
- Votre Majesté, je…
- Silence !
Ma voix claque comme le tonnerre et aurait eu le même effet qu’un coup de fouet. Je les vois courber la tête et frémir. La foule s’est tue brusquement. Je n’entends plus son murmure. Un coup d’œil me permet d’embrasser les lieux. La place est vaste et bondée, une fontaine est placée près de l’hôtel de ville.
Je passe devant les magistrats, le gouverneur ou maire ou quel qu’il soit, le préfet de police. Mes hommes s’écartent pour me laisser passer alors que je vais au devant de la foule. D’une enjambée preste, je saute sur le rebord de la fontaine. Ce n’est pas bien haut mais ça fera l’affaire. Je balaye la foule du regard et puise ma force dans leur présence. Ma voix s’élève avec force.
- Citoyens de Lausanne, Peuple de Wallis, mes sujets ! Voilà que j’entends que l’on vous agresse, que l’on menace vos familles, que l’on vandalise vos maisons ! Avant hier une missive me parvenait, ne venant pas de vos dirigeants, ni de votre police mais venant de vous ! Une voix s’est élevée pour me prévenir et me voici ! Me voici, emplit de colère et de rage ! De rage oui ! De rage de voir que le peuple de Suisse, mon peuple, est égorgé dans son lit ! Et ce n’est pas un ennemi qui vient, non ! Ce sont des suisses qui s’en prennent à d’autres suisses ! Combien parmi vous ont-ils subit ces agressions ? Combien parmi vous ont subit ces menaces ? Combien encore ont vu leurs commerces et leurs maisons saccagés ? Combien ?

Je me tais un instant et observe leurs mines attentives. Personne n’ose faire un bruit. Alors que le silence retombe, des regards se croisent. Quelque uns opinent un peu timidement. La foule remue un peu. Je sens monter son murmure. Des voix s’élèvent ici et là. J’entends des « moi », des « la boutique au coin de la rue des lilas a été dévalisée », « ils ont brûlé la maison de la famille Mischenn », « moi ! », « à bas les vandales ! »
J’acquiesce, satisfait.

- Mes amis, mon peuple, n’avez-vous donc pas une police ? N’avez-vous donc pas des gardes pour vous défendre ? Où sont-ils ces hommes en uniformes sensés protéger leurs concitoyens ? N’ont-ils pas vu ce qui se tramait sous leurs yeux ?

La foule gronde, tonne, s’énerve contre les officiers et policiers. Je l’arrête d’un geste.

- Mes amis, ne grondez pas contre ceux qui doivent vous protéger. Ne grondez pas sans que nous sachions la raison pour laquelle nous grondons. Il faut que cela cesse et cela cessera !

Ma voix enfle, couvre la foule. Douce, presque consolante au début, elle devient tempête.

- Nous trouverons les coupables et nous mettrons fin à cela ! Ne grondez pas encore, attendez que nous ayons des noms, des visages et alors, mes amis, nous rugirons !

L’assemblée explose. Je l’entends mugir et gronder, lever le poing vers le ciel, gonflée de colère, prête à se battre.
C’est alors que je perçois un infime changement dans l’air. Un frisson qui me parcours l’échine et me fait me tendre. Mon regard s’arrête sur le chien qui a suivit mon cheval. La bête fixe quelque chose, les babines légèrement retroussées. Je ne puis l’entendre avec la distance et le bruit de la foule mais je devine le grondement qui monte de sa gorge. Mes hommes sont assez proches pour l’entendre eux et je les vois chercher la cause de ce comportement. Je suis des yeux le regard de l’animal, paré à toute éventualité.
Un mouvement discret, mais plus rapide que les autres. Un rayon de soleil qui fait briller le froid éclat d’une lame. J’entends le lointain cri de Wilhelm, comme noyé par un voile d’eau. Le monde se résume à l’homme qui se jette sur moi un poignard à la main et à son cri de rage.
L’arme s’abat sur moi de toute la force du bras qui la porte. Une plainte de douleur déchire l’espace. Le silence s’abat, pesant comme une chape de plomb.

J’ai les pieds dans l’eau. C’est fâcheux. Il m’a fallut me reculer pour esquiver ce coup. Je me tiens devant la foule silencieuse, l’homme contre moi, face à eux, le bras tordu et ayant craqué sinistrement, la lame si fine et délicate d’une miséricorde sur la gorge. Le poignard est tombé dans la fontaine. L’eau aura étouffé le bruit de sa chute.
Aucun son, aucun bruit, pas même un souffle. Je sens la respiration de rauque de l’homme contre moi, son odeur d’alcool et de sueur. Je sens presque son cœur battre de panique. Pitoyable créature. Je grimpe sur le rebord le forçant à avancer légèrement au devant de la foule. L’instant semble durer une éternité.

La lame plus affûtée que le croc d’un dragon trace un trait écarlate sur cette gorge. Alors que le sang s’en échappe à flot, je pousse le corps et le laisse tomber devant la foule qui se recule horrifiée.
Je descends alors de mon perchoir et m’avance vers eux, enjambant le corps comme s’il n’avait jamais existé.
- D’autres amateurs ? Je demande.

La foule se tait et baisse les yeux. Elle s’écarte et se fait minuscule. Je perçois mes hommes qui me rejoignent. Le regard terriblement inquiet de Wilhelm. Pardonne moi cher enfant, je viens de te montrer l’un de mes visages que j’aurais voulu t’épargner. Tout est allé si vite...je n’ai pas réfléchis. Peut-être aurais-je dû ne pas le tuer ? Tant pis, cela servira d’exemple.
Personne ne se manifeste pour recommencer ? Bon, très bien, on fera sans.

- à la bonne heure.

Je regagne la fontaine et mes hommes.

- Mon peuple, je t’en fais la promesse, voilà ce qui arrivera à ceux qui oseront te faire trembler ! Voici mon message à ceux qui perpètrent ces crimes ! J’espère qu’il sera suffisamment clair pour qu’ils tremblent ! Moi, Sigfried Winkelried, souverain de la Confédération de Suisse, je fais serment de les traquer jusqu’au dernier !

La foule explose. Cette fois le rugissement fait trembler le sol et les murs. Le martèlement de ses applaudissements et des vivats a quelque chose de grisant. Je me sens gonflé à bloc par la force qu’ils me donnent. Il n’en restera pas un je le promets. Pour un œil, les deux yeux. Pour une dent, toute la mâchoire.
Revenir en haut Aller en bas
Viviane Du Lac
La Dame du Lac
avatar
✦ Libre pour RP ? : comme le vent

✦ Double-compte : néant

Mer 24 Mai - 19:06

Il fait un temps superbe, le soleil brille les oiseaux chantent et les fleurs sont superbes. Pleines de couleurs et éclatantes, des fleurs sauvages superbes coquelicots, pensées, colchiques, asters, oeillets et iris au bord de l’eau. Le bouquet que je compose est bien en dehors des normes de bon goût de la composition florale, ce n’est pas un bouquet plein de bon goût et d’élégance que l’on peut décemment exposer dans un salon aux yeux de visiteurs. C’est un bouquet sauvage, désordonné à l’image de la vie.
Une fois la dernière fleur ajoutée Charlotte et moi prenons le chemin vers le petit cimetière du château, il se trouve dans la forêt c’est un endroit calme et plutôt joli. Très vert, très apaisant. Pour y aller il faut s’enfoncer dans les bois passer par un petit sentier dans les bois touffus.
Je ne sais pas pourquoi j’ai l’impression d’être observée, c’est très perturbant. Enfin je pousse le portail en fer forgé. Le reste s'enchaîne très vite, à une vitesse folle. Un homme surgit du néant, le regard fou. Il ne nous laisse pas le temps de réagir, il pousse Charlotte avec une force telle qu’elle finit au sol sonnée.
Je ne le temps de rien faire que déjà ce diable me saute dessus, je bascule au sol ma tête résonne sous le choc. L’homme aux yeux fous enlace mon cou de ses mains et serre, serre, serre. Il compresse ma gorge, comprime ma trachée. Je sens déjà l’air se rarifier, je tente de me débattre. De donner des coups de pieds, je griffe ses mains, son visage dans le vain espoir de le faire lâcher. Je le griffe jusqu’au sang, j’ai sa peau sous les ongles. Il parle baragouine hurle des choses que je n’entends pas, que je n’écoute, que je ne comprends pas je suis toute à essayer de faire entrer de l’air dans mes poumons, à griffer, à me débattre, à tenter de survivre.

-Catin ! Sale sorcière ! Tu croyais avoir gagné avec ta magie ! Tu croyais pouvoir t’opposer à la glorieuse marche du progrès ! T’opposer à la volonté toute puissante du Seigneur ! Tu vas payer pour ça ! Comme celui qui ose se dire roi !!

Des papillons noirs se mettent à voleter par nuées entière sur mes paupières. Lorsqu’il lâche et s’effondre sur moi, inconscient.
Je tousse, soulagée, encore sous le choc. Charlotte m’a sauvé, elle a un sacré coup de branche. Elle m’aide à me dégager et me relever.
Je tremble, je ne me rends pas encore totalement compte de ce qui vient de se passer. Charlotte n’est pas dans un meilleur état que moi, je la serre contre moi. Dans le but de la rassurer en même temps que moi. Je crois que ça marche, au moins un peu. Je lui impose bien des épreuves…
Maintenant il faut que je me reprenne, que je sache quoi faire de ça… Je ne peux pas me permettre de rester sous le choc trop longtemps.
Une idée germe dans mon esprit. Oui ça peut se jouer… Un sourire cruel et sadique émerge sur mes lèvres à l’anticipation de ce que va vivre ce malade.

***
C’est le doux roulis qui le réveille, ça et le mal de tête carabiné. Il a la nausée, c’est insupportable. Il essaie de se relever lorsqu’il se rend compte qu’il est ligoté, avec des liens extrêment serrés qui lui coupe la circulation et en plus ils sont placés de telle façon à ce que ce soit très douloureux, presque comme si on l’écartelait. Du travail de professionnel.
Et que si le monde bouge ce n’est pas parce que son cerveau engourdi lui joue des tours, mais parce qu'il bouge effectivement, il n’est pas sur la terre ferme mais dans une barque. Au prix de douloureuses et difficiles contorsions, accompagnées de violentes nausées et de l’impression que quelques forgeron rancunier prenait son crâne pour une enclume il réussit à se caler contre les bords de l'embarcation. Un rapide coup d’oeil lui informe qu’il se trouve au beau milieu du lac. Et là dans une embarcation qui lui fait face il y a la catin, la salope diabolique, vivante fière sous son ombrelle. Mais avec son sou dissimulé sous un foulard de soie. Il sourit, il aura au moins réussi à la meurtrir cette créature infernale avant que son sombre maître ne vienne à son secours. Seulement un jour proche le Seigneur viendra lui faire payer tous ses péchés, et elle brûlera dans les flammes de l’enfer. A l’heure qu’il est l’autre rat doit être mort, baignant dans son propre sang, “Oh ma petite catin bientôt ce sera ton tour, si ce n’est de ma main ce sera par celle d’un autre serviteur de Dieu”.
Il rit d’un air dément à ses questions, l’insulte, crache dans sa direction. Jusqu’à que l’eau autour de lui se mette à s’agiter de plus en plus. Sa barque manque de chavirer à plusieures reprises, le mal de mer le gagne et il finit par se vomir dessus. Elle repose ses questions, il répond de la même façon. L’eau redevient tempête. Cette fois il bascule plusieures fois dans le lac, manquant de se noyer , mais là encore par sa sorcellerie l’immonde garce le replace toujours dans la barque. Dégoulinant, puant et le coeur sur le point d’exploser. Mourir ne lui fait pas peur, que croit-elle cette salope de fée ? Que sa place auprès de son Créateur ne lui est pas assurée ? Il part dans un rire nerveux, qui se transforme vite en dédain.

-Futile ! Vos efforts sont futiles ! A l’heure qu’il est votre roi doit être mort! A brûler en enfer !! Nous ne plierons pas face à votre hérésie !!

Le silence accueil ses mots. Le silence et les regards meurtriers des deux hommes qui accompagnent la catin, un frisson parcourt l’échine du fanatique.

-Messieurs je vous laisse choisir à qui revient l’honneur de s’occuper de notre invité. Je doute que nous en obtenions plus pour le moment.

Les deux cerbères échangent un regard, sourire mauvais aux lèvres. Leur accord se fait silencieusement et rapidement. L’un rapproche les barques à coup de rames,et l’autre quitte l'embarcation d’un saut de cabri un paire de rames à la main.
Et avec un grand sourire sur le visage, comme un gamin au matin de Noël il lève bien haut l’instrument et le fait se fracasser contre la face irritante du cinglé. Joli coup, la rame n’est pas cassé et l’autre a bien morflé et est dans les vapes.

***
Charlotte a fait un excellent travail. Pendant que j’étais “occupée” avec notre “invité” que l’on a logé au frais dans les caves. Dans une vieille cellule fermée à double tours. Je crois qu’il y a quelques rats pour lui tenir compagnie. Du moins j’espère, un hôte qui s’ennuie n’est pas une bonne chose pour une maîtresse de maison. Il faut veiller à leur confort.
Toujours est-il que la voiture que l’on suppose appartenir à notre hôte a été repérée, pas rès loin de la forêt, et comme la description qu’a fourni ma camériste au cocher ça correspond.
Cette fille est une perle. Grâce à sa petite et discrète enquête nous avons: l’identité de notre charmant invité: Antonio Rossignole, son adresse: un manoir à Genève et quelques unes de ses rendez-vous les plus assidus. Cette petite mérite une augmentation ! Et une meilleure patrone aussi.
Les hommes du roi ne semblent pas être des plus inquiets quant aux affirmations de ce malade de Rossignole. Juste énervé et amusé face à ses affirmations.
J’aimerais être aussi confiante qu’eux, mais malgré la confiance aveugle qu’il semble placer dans les chances de survie de son altesse et mes propres questionnements sur la véracité des propos de notre invité je suis inquiète. Seulement enfourner mon cheval et partir au galop à Lausanne ne servirait strictement à rien. Ce serait une perte de temps et d’énergie, et après les derniers événements et l’expression de mon don que j’ai du effectuer si précocement je suis vidée. Une folle chevauchée de ce genre ne me serait aucunement bénéfique et je finirais par, encore, m’effondrer en route. Et je doute que ma présence change quoique ce soit au cours possible des événements là-bas.
Alors je me suis retirée dans la bibliothèque en attendant le retour du roi. En espérant qu’il ne revienne pas en temps que cadavre. Ce soir ne devons avoir une discussion sur les derniers événements, impérativement.




Thème de Vi:
 
Revenir en haut Aller en bas
avatar
✦ Libre pour RP ? : yes !

Ven 26 Mai - 19:46
Depuis une heure je compile des rapports de police. Inutile. Rien n’est noté dedans, pas de suites aux affaires, pas de preuves. La migraine me lance. Je ferme les yeux un instant pour tenter de faire passer la douleur.
En retournant vers les dignitaires, il a fallut que je croise le regard de cet homme. Corrompu jusqu’à la moelle, il m’a suffit d’une fraction de seconde pour l’entendre donner des ordres pour qu’on minimise ou oublie des dossiers, pour le voir accepter de l’argent en échange de falsifications ou d’enquêtes ralenties jusqu’à tomber dans l’oubli. Un tourbillon d’images fugaces, de paroles, de souvenirs brouillés accompagnés d’une irrépressible nausée puis la douleur, lancinante qui me traverse le crâne.
Familier de ces douleurs, je sais les cacher. Ce serait trop handicapant autrement et puis le roi n’est pas sensé souffrir de douleurs. Le roi est le roi, il ne peut rien lui arriver. C’est ainsi que doit le voir le peuple. Alors si on est le roi, il faut l’être jusqu’au bout et ne jamais flancher, ne jamais montrer ses faiblesses.

Cependant, ce douloureux hasard n’est pas une si mauvaise chose. Je sais à présent. Je sais que cet homme cautionne tout cela, je sais qu’il fait entrave à la justice. J’ignore qui il protège et qui le paye mais ce n’est qu’une question de temps avant que je ne trouve.
Enfin, si je déniche quelque chose dans cette paperasse on ne peut plus inutile. Je repousse ma chaise et fait appeler Wilhelm. Fidèle au poste, mon aide de camp, se tient près de la porte. Il ne me suffit d’ouvrir la porte pour tomber sur lui.
- Wilhelm, faites passer un message, je recevrais les victimes de menaces en personne ici même.
- Mais votre Majesté….avec ce qu’il s’est passé toute à l’heure, est ce bien prudent ?
- Wilhelm….
- Bien Sire, il sera fait selon vos désirs.
- à la bonne heure. Une fois que tu auras passé le message, fais sortir les officiers de police d’ici et viens m’aider à installer. Je veux que les gens qui viendront ici ne soient ni vus, ni reconnus.
- Oui Sire.
Je le laisse partir et referme la porte. Je range les dossiers sortis cependant je note quelques noms sur un carnet. J’espère que ces gens viendront.
Wilhelm revient m’aider. Ensembles nous déplaçons les tables et bureau de la salle pour n’en laisser qu’un au centre avec des sièges autour. La salle est prête au bout de quelques minutes.
- Tu resteras avec moi pendant les entretiens, je décide.
- D’accord...Sire…
Il est rare que je tutoie une personne. Cela m’arrive parfois lorsque je suis seul, qu’il n’y a que Wilhelm. Alors je fais tomber le masque du roi et le masque du maître pour prendre celui plus bienveillant d’un mentor.
J’ai donné l’ordre à nos hommes de tenir les lieux et de faire entrer les éventuels visiteurs par une porte donnant sur une cour arrière. Les gens terrifiés ne parleront pas s’ils se sentent menacés ou pensent être reconnus. En leur assurant la discrétion, je m’assure d’obtenir des réponses.

Une fois la salle prête, je demande à Wilhelm de me trouver du thé et m’installe d’un côté du bureau, face à la petite porte par laquelle mes hommes feront entrer ceux que j’auditionnerai. Wilhelm est une merveille de promptitude. N’aurait-il pas emmené le nécessaire dans ses fontes au cas où ? Cela ne m’étonnerait pas… Je le laisse me servir et attends. J’espère qu’ils viendront. Cela fait partie de la beauté du hasard, monter un plan est comme lancer une pièce de monnaie, on ne sait jamais vraiment de quel côté elle retombera. J’ai lancé à la pièce. Pile ? Face ? Viendront-ils ? Ne viendront-ils pas ? Le hasard me le dira. Au moins, à défaut d’avoir des gens à écouter, j’ai du thé.

La porte finit par s’ouvrir avec un léger couinement. L’ombre du garde s’écarte pour faire entrer une silhouette un peu voûtée et vieillissante. Je me lève alors que Wilhelm tire un siège pour le vieil homme.
- Prenez place, je l’invite d’une voix que je veux bienveillante et douce.
Je tâche d’être avenant mais mes traits restent graves, aussi graves que la situation actuelle. Le vieillard s’incline puis accepte avec un soulagement évident le fauteuil qu’on lui propose.
- Du thé ? Je demande courtoisement.
Il semble surpris par ma proposition et ne sait pas quoi répondre. Je souris pour l’encourager.
- Ne craignez pas d’accepter, j’imagine que le trajet a été éprouvant et qu’il vous a fallut du courage pour venir jusqu’ici. Prenez le temps de vous détendre un peu.
Il hésite une seconde puis finit par accepter. Je le sers en personne et fait doucement glisser la tasse devant lui.
- Il nous vient tout droit des Indes, vous m’en direz des nouvelles.
Je sens le vieil homme déstabilisé par mon attitude. J’attends de voir si ma stratégie fonctionne. Je déguste ma tasse comme pour lui montrer l’exemple et il se met à boire. Dans un murmure, il me dit qu’en effet le thé est très bon. Je souris et échange quelques banalité avec lui avant de poser les coudes sur la table et croiser mes mains sous mon menton.
- Je vous en prie, dites moi ce qui vous amené ici.
- Et bien…

Il se met alors à me raconter le saccage de sa boutique. Les vitres brisées, la porte défoncée, l’étal de la petite boulangerie renversé et le pain piétiné. Son fils qui était là le matin, violemment frappé et laissé inconscient sur le sol parmi les débris. Puis, il y avait eu les menaces. Celles pour les faire taire. Et ils s’étaient tus.
J’écoute attentivement chaque détail, je compatis au malheur de cet homme mais je ne m’attarde pas à faire de vaines promesses. Après avoir obtenu son accord, je note son nom et demande devant lui à Wilhelm de donner des ordres pour qu’il soit dédommager. Enfin, je raccompagne moi même le vieil homme jusqu’à la porte. Un peu intimidé mais reconnaissant, il me remercie et me salue en s’inclinant aussi profondément que son âge le permet.

Ils ont mis du temps à venir, sûrement le temps que le message circule en ville, mais petit à petit ils sont arrivés. Discrets comme des ombres, de plus en plus nombreux, se glissant par la porte à peine ouverte. Des ombres misérables et fatiguées, inquiètes pour leurs commerces et leurs familles qui viennent me confier leurs peines. Je recueille leur témoignage, offre un mouchoir pour essuyer leurs larmes puis quelques paroles apaisantes pour les rassurer et leur redonner espoir.
Cinq ou six théières plus tard, je repousse ma chaise et étire mes jambes en soufflant. Enfin fini. Je demande à Wilhelm d’aller voir si nos hommes qui fouillaient le corps ont trouvé des informations. Le jeune homme me laisse seul pour partir accomplir sa tâche. Je me lève et fais un tour dans la pièce. Ces entretiens m’auront été utiles. Je vois à présent ce que la police a étouffé, j’ai des preuves que des menaces ont été proférées par les officiers eux même ou que l’on a fermé les yeux sur des actes de violence. J’ai aussi des noms, des descriptions et d’autres informations infiniment précieuses.

La porte s’ouvre à nouveau. Je me retourne, ne m’attendant pas à un nouvel entretien. Le garde me lance un regard d’excuse tout en laissant passer la femme qui vient d’arriver, emmitouflée dans un châle élimé, le visage torturé d’une mère morte d’inquiétude. Elle serre dans ses bras un bébé qu’elle n’a sûrement pas pu se résigner à laisser chez elle. Sigfried, un peu de galanterie veux-tu ! Je viens à grand pas accueillir cette visiteuse supplémentaire. Son regard perdu se pose sur moi, elle voudrait faire une révérence mais avec un bébé dans les bras ce n’est pas évident à réaliser.
- Trêve de cérémonies Madame, je lui dit en m’inclinant tout de même rapidement par courtoisie. Permettez moi de vous offrir un siège ?
Je pose une main légère sur son épaule et la guide jusqu’au siège en question que je tire pour le lui présenter et que je tiens par le dossier le temps qu’elle prenne place. Je la sens peu familière de telles attentions, un peu déroutée par cet accueil. Qu’imaginait-elle ? Peut-être un dieu couvert d’or et de richesses sur un trône de marbre ou bien un monstre sanguinaire suite à l’événement de tout à l’heure ? Une créature à sang froid, insensible comme la pierre, dure comme le diamant ? Il est vrai que je ne ressent rien face à cette situation. Cet homme a voulu me tuer. C’était lui ou moi. La nature est ainsi faite, il faut bien se battre pour survivre. La loi du plus fort est injuste certes mais c’est la vie. C’était lui ou moi, il est mort, j’ai gagné. La vie continue son cours.
Derrière cette jeune femme me vient l’image d’une fillette. Ses pâles yeux voilés et figés à jamais sur moi. Les corolles rouges et poisseuses se déployant entre ses doigts d’enfants. J’entends sa voix lointaine me disant.
« Alors toi aussi tu es un monstre? »
Le sourire que j’adresse à la mère s’adresse aussi à la fillette derrière. Silencieusement je lui réponds.
«  Oui, mais, à la différence des monstres qui t’ont tuée, moi je ne prétends pas être le gentil de l’histoire »

Je laisse le petit fantôme disparaître alors que je tourne vers les vivants.
- Madame, permettez moi de vous demander la raison de votre visite.
Elle lève vers moi son regard bleu sans me laisser la possibilité de l’esquiver. Je prie pour ne rien y voir et pour une fois ma prière est exaucée. Je ne lis dans ces grands yeux qu’une immense détresse.
- C’est… C’est ma fille votre majesté…
- Qu’est-il arrivé à votre fille ? Je demande d’une voix peut-être plus douce que je ne l’aurais voulu.
Des larmes montent aux yeux de la mère.
- Ma petite fille… ils...ils...ils sont venus la nuit...Mon mari...ils...ils l’ont tué et ils…
Je devine les souvenirs douloureux de cette femme. Je n’insiste pas et lui offre un mouchoir qu’elle s’empresse de prendre pour essuyer ses yeux.
- Madame, je demande d’une voix douce. Qu’est-il arrivé à votre fille ?
- Ils...ils...l’ont enlevée… et mon bébé… mon bébé…
Comme si les mots ne parvenaient pas à décrire l’atrocité de la chose, elle démaillote son nourrisson et le place au dessus de la table. Mon cœur se serre face à l’horreur. La fine peau a été tailladée à la pointe d’une lame laissant de vilaines blessures marquant l’enfant à jamais d’un sceau infâme. Je serre le poing malgré moi, comme si dans ma main fermée je pouvais contenir ma colère. Des pillages, des brutalisations, j’admets. Je l’interdis et le condamne mais cela fait partie des disputes humaines. Ce que je vois là est différent. C’est un acte gratuit de pure méchanceté. Une violence par sadisme, guidée seulement par le plaisir de faire souffrir. Je me hérisse au fond de moi. Je serai un fauve que je montrerai les crocs.
- Madame… Qui a fait une telle chose ?
- Je...Je… Je ne sais pas… Je… Je crois qu’il y avait un homme aux cheveux très blonds, très clairs. Il a prit ma fille pendant que d’autres hommes m’attrapaient et m’entraînaient au fond de la remise…
Elle étouffe un sanglot et je n’insiste pas. J’attends en silence qu’elle se remette. Il est des plaies qui ne se guérissent pas facilement et contre lesquels il n’y a nul remède si ce n’est notre propre force. Je compatis sincèrement à ce qu’elle a vécu et lui fait part de toute ma sollicitude. Cette femme n’a pas besoin d’un roi, elle a besoin d’un homme et elle a besoin de protection.
Elle se remet alors à parler. Sa force me surprend tandis qu’elle me décrit ses agresseurs, me donnant des détails parfois flous mais précieux. Lorsqu’elle se tait, je me lève et vient presser son épaule.
- Madame, lui dis-je. Nous ne vous laisserons pas seule. Vous êtes épuisée, laissez moi vous confier à quelqu’un qui vous mettra en lieu sûr.
Elle n’a pas la force de répondre et serre son enfant mutilé contre son coeur. Ce spectacle a quelque chose de déchirant.

J’ouvre la porte et appelle l’un de mes hommes. Celui ci nous rejoint.
- Vous accompagnerez cette femme jusqu’au château de Chillon, elle y sera en sûreté. Excusez moi auprès de La Dame du Lac et prévenez la que je rentrerai dans la soirée. Soyez discret pour quitter la ville et hâtez vous.
Il s’incline en silence. Je lui confie la mère et son bébé puis les laisse partir par la petite porte.

Je convoque ensuite la troupe qu’il me reste. Je leur donne les signalements de ceux que nous recherchons et nous nous répartissons les tâches. Je suis impatient de commencer, de les attraper et de leur faire avouer, un à un. Une fois que je les aurais entre mes griffes, j’obtiendrai les preuves de la corruption des officiers de police. Alors, je les ferai chuter de leur piédestal.
La chasse est ouverte.
Revenir en haut Aller en bas
Viviane Du Lac
La Dame du Lac
avatar
✦ Libre pour RP ? : comme le vent

✦ Double-compte : néant

Ven 26 Mai - 23:11

Un des hommes du roi revient, sans le roi. Mais avec une femme et un nourrisson. Elle le serre tout contre son coeur, comme si il ne lui restait plus que ça. Sans doute parce que c’est le cas. L’homme me présente les excuses de son altesse et m’informe de son retour dans la soirée. Bien ça me laisse le temps de m’occuper des âmes en peine que son maître a jugé bon de placer sous mon aile.
Je me fige en voyant le visage de la femme, il y a une telle ressemblance avec le visage de la fillette… Je sens mon coeur se serrer. Oh astres et vents, donnez moi la force de faire face. Je rassure comme je peux la pauvre femme, je m’assure qu’elle ait un repas chaud et une chambre confortable.
Mon coeur se serre encore plus devant le pauvre visage mutilé du bébé. Pauvre petite chose… Je te promet que je ferais en sorte que tu ne manques jamais de rien. Je sais que ça ne réparera jamais les torts qui t’ont été fait à ta mère et toi. Je ne le sais que trop bien. Mais c’est la moindre chose que je peux faire.
Une fois que j’ai la certitude que le ventre de la mère et de l’enfant est plein, et qu’ils seront bien logés.
J’envoie Charlotte se reposer, coupant court à toutes ses protestation. Je demande à Julius de prévenir le roi que je l’attends dans la bibliothèque. Moi j’y monte avec un pichet de lait chaud au miel et une tasse pour soulager encore un peu ma gorge. On m’en a gavé dès que je suis rentrée ce qui m’a permis d’utiliser ma voix sans trop de difficultés mais une nouvelle administration me semble de mise.
Je m’installe dans un fauteuil déterminée à attendre, quelque peu lasse mais je tiendrais jusqu’au bout.




Thème de Vi:
 
Revenir en haut Aller en bas
avatar
✦ Libre pour RP ? : yes !

Jeu 1 Juin - 22:57
Le petit atelier de l’horloger rue des trois flûtes est en pagaille contrairement à son habitude. Tellement en pagaille et chamboulé que le maître des lieux, parti en voyage pour vendre son menu ouvrage, en est bien surpris à son arrivée. La pauvre Margot se jette presque de soulagement dans les bras de son employeur.

- Ah monsieur ! Ah monsieur ! Quel Malheur !

- Allons, allons Margot, ne te mets pas dans un tel état. Qu’as-tu ? Que se passe-t-il ici ?

- Ah Monsieur ! Vous ne savez donc pas ?


C’est l’un des apprentis qui se hâte de répondre.

- Monsieur, la boutique a été cambriolée ! Les voleurs sont entrés par effraction et ont vidé la caisse, les présentoirs tout en saccageant le reste !

La brave Margot sanglote. L’horloger la réconforte jusqu’à ce qu’elle se ressaisisse puis entre dans son atelier. On a remis tant bien que mal le comptoirs et réparé rapidement la porte. Les horloges d’ordinaire si bien rangées sont éparpillées certaines avec leurs aiguilles tristement tordues. L’horloger arpente en silence sa boutique puis il décide que cette difficulté est surmontable.

- Bon...et bien… Il va falloir réparer ça… et remettre un peu d’ordre ici et là...mais ça aurait pu être pire. Personne n’a été blessé ?

- Non Monsieur, nous n’étions pas là quand c’est arrivé.

- C’est bien.


L’homme reste avec eux et aide pendant une petite demie heure à remettre de l’ordre. Il se retient de soupirer devant les fragiles mécanismes brisés afin de ne pas démoraliser les jeunes gens. Puis il prend ses affaires.

- Ne vous inquiétez pas, les enfants je vais aller à Genève racheter du matériel. On ne trouvera pas l’équivalent ici. On va remettre la boutique sur pied.

Après avoir échangé une accolade avec les apprentis et embrassé Margot sur le front, l’homme prend la route et s’éloigne de son pas tranquille avant de se fondre dans la foule d’une ruelle plus bondée.


Je reste rarement en arrière lorsqu’il s’agit de trouver quelque chose. Surtout quand ce quelque chose menace ma population. C’est pourquoi, j’accompagne mes hommes. Quelque part j’ai hâte. J’ai hâte de les faire chuter. J’ai hâte de voir ces officiers pourris jusqu’à la moelle tomber. Et je leur promet que la chute sera vertigineuse.
La fouille en règle du cadavre de mon pathétique agresseur nous a donné quelques papiers intéressants. Notamment un reçu d’une banque de la ville. L’endroit est donc l’objet de notre première visite. Un banquier c’est aussi discret qu’une commère. Il y en a bien quelques uns comme celui que nous allons voir qui se comportent en vierges effarouchées mais un peu d’or avant même le sceau royal suffit à les faire parler. Nous avons un nom à présent et un métier. L’homme est ouvrier et travaille dans à l’usine. Un petit emploi qui ne paye rien mais prend beaucoup à découper chaque jour dans l’acier.
Cette usine est donc le lieu de notre seconde visite. Des hommes patibulaires, noircis de charbon, tous dans le même uniforme grisâtre et déjà épuisés par la vie, voilà ce qui nous accueille là bas. Non, je ne désire pas voir le patron messieurs, c’est vous que je veux voir.
Je pose des questions, me renseigne sur notre homme. A-t-il des amis ? Y a-t-il des lieux qu’il aimait tout particulièrement fréquenter ?
Des grognements plus que des réponses mais quelques bribes d’éléments. Il vivait dans les bas quartiers de la ville, comme la plupart d’entre eux. Une chambre avec un petit loyer sous un toit, pas de famille, quelques amis de l’usine mais généralement on ne se vante pas d’être l’ami d’un assassin.


Je sens Wilhelm anxieux à l’idée de descendre dans les quartiers pauvres de la ville. Allons ! Du courage petit ! Un royaume n’est pas fait que de noblesse et de beaux atours ! Personnellement je m’en moque. Quelque soit le quartier, riche ou miséreux, ça n’a pas d’importance pour moi. Je sais disparaître dans les deux. Nous nous rendons d’abord là où il résidait. Nous interrogeons le propriétaire. Méfiant tout d’abord il finit par parler lui aussi. L’avantage d’avoir des hommes ayant baigné dans la fange de la société, c’est qu’il savent comment discuter avec les gens qui y vivent et en obtenir une information. Il est évident que graisser la patte reste la méthode la plus sûre.
Je récupère le nom d’une taverne qu’il fréquentait beaucoup en glissant avec douceur quelques pièces d’or à mon interlocuteur et en refermant délicatement ses doigts dessus. Je le quitte avec Wilhelm sur les talons pour retrouver notre troupe.


Mes hommes n’ont pas chômé pendant ce temps. Dispersés dans le quartier, ils ont fouillé, enquêté, cherché à partir des descriptions fournies par les victimes les responsables des agressions. Nous les retrouvons dans une ruelle discrète pour faire le point. Je leur donne le nom de la taverne et l’adresse et ils me donnent des noms à mettre sur certains des visages dépeints. Des informations sur leurs habitudes et fréquentations. Nos recherches nous auront pris plusieurs heures et nous sommes loin d’avoir fini.


Nous attendons l’heure de la sortie de l’usine, lorsque les hommes rejoignent les bars et les tavernes pour boire un verre avant de rentrer chez eux. Ceux que nous recherchons devraient tous être là à cette heure, ce sera plus aisé de les attraper d’un coup plutôt que de courir à travers la ville pour les avoir un à un.
La salle de la taverne empeste le mauvais tabac, la sueur et l’alcool. Les murs et les plafonds sont noircis par la crasse et les lampes à pétrole qui brûlent encore. Il y a du monde. Nous nous frayons un passage entre les tables, des regards mornes ou défiants pesant sur nous. J’observe le mélange d’hommes présent dans la salle au milieu desquels évoluent deux femmes avec la dextérité de celle qui ont l’habitude de ce genre de lieu et qui savent avec souplesse éviter les mains trop avides sans pour autant blesser le propriétaire de ces mains dans son amour propre. Dans d’autres pays, chacun a sa table et l’on ne se mélange pas. Ce n’est pas ainsi chez nous. Les tables sont longues et des inconnus n’hésitent pas à venir s’installer à vos côtés s’il y reste de la place. Lorsque j’observe cela de loin, je trouve cette coutume chaleureuse. Bien évidemment, je ne me sens pas vraiment prêt à partager ma table avec des inconnus sans y réfléchir. Je dois être un suisse raté. Je m’amuse silencieusement de ma propre remarque.


L’un de mes hommes me fait un discret signe m’indiquant qu’il a repéré ceux que nous cherchons. Je suis son regard et acquiesce doucement. Alors qu’ils font mine de chercher une table encore libre, je vais au comptoir.

- Il nous faudrait sept bières je vous prie...

Le tavernier me regarde d’un drôle d’air tout comme les autres accoudés au comptoir. Enfin...ceux qui n’ont pas piqué du nez dans leur verre du moins. Attendez messieurs, je n’ai pas fini…

-…. Et vous me servirez un thé aussi je vous prie, je termine en me délectant de la tête du tenancier.

Je me réjouis de son air indécis. Doit-il accepter sans rien dire ou bien mettre ce petit plaisantin dehors ? Ne devrait-il pas mieux lui dire d’arrêter de se payer sa tête et de prendre une bière comme tout le monde ? Je fais glisser sur le comptoir devant lui un petit tas de choses dorées avec un tintement métallique. Je perçois dans l’attitude de l’homme qu’il hésite encore un peu, se demandant si ce n’est pas un faux mais n’osant pas vérifier de lui même au risque si c’était vrai de vexer le grand seigneur et de tout perdre.

- Hum…. Bien, tout de suite Excellence.

Je bois du petit lait, satisfait de moi même. En attendant qu’il me serve, je me tourne pour observer la salle. Mes hommes se sont fondus dans la salle en un clin d’œil. J’admire cette capacité des brigands et contrebandiers à disparaître de la sorte. J’attrape la tasse que l’on dépose à côté de moi et attend le début du spectacle.

L’un de mes hommes vient voir nos proies et leur dit quelque chose. Il y a trop de bruit pour entendre mais j’imagine aisément la teneur de leur conversation. Les proies s’énervent, le ton monte. Les autres sortent de l’ombre et elles réalisent qu’elles sont cernées. L’un des hommes bondit sur celui de mes gardes le plus proche de lui et le bouscule pour s’enfuir. L’on se lève, l’on crie. Deux de mes hommes barrent la route du fugitif. Un coup de poing dans le ventre et il s’effondre. Un joyeux raffut commence alors. Des ouvriers viennent prêter main forte à leurs camarades et cela termine à la rixe. J’entends dans mon dos le tenancier protester et menacer d’appeler la police pendant que les femmes courent se réfugier dans l’escalier menant à l’étage. Je continue de boire ma tasse tout en observant la chose puis décide que le jeu à assez duré. Je sors mon arme de mon veston, l’arme tranquillement puis tire en l’air. La déflagration fait taire les combattants qui se retournent vers moi. Mes hommes en profitent pour saisir et immobiliser ceux qui nous intéressent. Je prends le temps de poser ma tasse sur le comptoir, passable ce thé, avant de m’avancer au milieu de l’assemblée.

- Messieurs, par ordre du roi vous êtes en état d’arrestation.

Des regards hagards, confus, la rixe de taverne vient de se changer en arrestation en règle. Ça ils ne l’avaient pas prévu.

- Emmenez les, j’ordonne froidement.

Pour les traîtres, les assassins et les fauteurs de trouble je n’ai aucune pitié. C’est alors que celui que Wilhelm maintient, un blond très clair, lui rentre ses coudes dans le ventre et se dégage violemment, faisant tomber le jeune homme contre une table. Libre, l’homme se précipite vers moi et la sortie. Je devine qu’il compte me renverser aussi et me prépare. Au moment où il va me heurter je me dérobe et mon poing percute son abdomen. Je le sens hoqueter sous la violence de l’impact. Je ne lui laisse pas le temps de réagir et le saisis par le col. C’est alors que nos regards se croisent.

Le nom du monde est souffrance. Des hurlements, des cris, des pleurs. Le nom du monde est souffrance. Le corps d’un homme. A mes pieds. Le crâne fracassé contre une table. Un couteau planté dans le ventre. Rouge, rouge, rouge le sang sur le brun du parquet. Rouge, rouge, rouge le sang sur le bois de la table. Des cris. Cris de peur, cris de souffrances. Des pleurs. La plainte déchirante d’une mère à qui l’on arrache son enfant. Viens par là garce qui parle aux oiseaux ! Rouge le sang sur le brun du parquet. Bruns les yeux de l’enfant apeurée. Strident le cri du nouveau né. Le sang si rouge sur la peau blanche que l’on lacère. Rouge le sang entre les jupes de la mère. Rouge, rouge, rouge dans le noir de la nuit. Noir, noir, Noir le chemin. Noir le lac aux eaux immobiles. Rouge, les roses autour de l’enfant. Rouges les nénuphars pour parer son corps pâle. Rouge le chemin jusqu’à la sorcière. Rouge pour qu’elle sache…. qu’elle ne paie rien pour attendre dans son château. Le nom du monde est souffrance.

Un cri.


Cri de rage.

Mon cri.

L’homme percute le pilier de bois le plus proche de plein fouet avec un hoquet douloureux alors que mes doigts se resserrent sur sa gorge. Une douleur lancinante vrille ma tête, trouble ma pensée et me pousse à l’extrême. Les pieds de l’homme battent contre le bois alors qu’il porte ses mains sur mon poignet, essayant désespérément de me faire lâcher. Sa lutte vaine attise ma soif de tuer. La douleur m’élance, me rend fou. Fou de rage et de colère. Fou pour ce fantôme dans mon dos. Cette pâle enfant aux yeux vides, son doigt décharné plus blanc que la mort et plus fatal que le destin pointant par dessus mon épaule, m’exhortant de ses lèvres exsangues et accusant dans un souffle.
«  C’est lui ! C’est lui qui m’a tuée ! »

- Sire !

Une Voix.
Claire, empreinte d’inquiétude. L’une des seules à pouvoir calmer le monstre, à savoir changer le rugissement du dragon en un doux ronronnement. Je reprends mes esprits instantanément et lâche ma victime qui s’effondre sur le sol en portant ses mains à sa gorge marbrée de rouge. J’inspire profondément. Tous me regardent avec effroi. J’évite leurs regards et ne crois que celui de Wilhelm et de mes hommes. L’un semble inquiet, sincèrement inquiet, les autres ne jugent pas.
J’attrape ma victime par le col et la relève. Je l’emmène de force jusqu’à Wilhelm et lui confie cette loque.

- Emmenez les.

Ma voix résonne comme le son du glas. Le silence absolu l’accueille. Mes hommes se mettent en mouvement. Nous quittons la taverne ensembles avec nos prisonniers. La porte claque derrière nous.

Une cellule. Nous interrogeons l’homme blond. J’ai manqué de le tuer mais il continue de fanfaronner. Que croit-il ? Pense-t-il qu’il est protégé ? Des inspecteurs de police s’y sont cassé les dents. Les autres ont parlé mais n’avaient pas grand chose à apporter de plus hormis que celui là est leur chef, que c’est lui qui recevait les ordres et qui les donnait. Mes gardes ont essayé mais ne peuvent rien en tirer pourtant je sais que ce ne sont pas des drôles. Ils ne plaisantent pas avec ce genre d’ordures. Je m’impatiente et tourne en rond comme un fauve en cage. Je finis par descendre dans la salle d’interrogatoire. Wilhelm y est avec deux de mes hommes. J’écoute. Même ma présence ne défait pas cette immonde vermine de son sourire goguenard. Misérable crois-tu tes protecteurs plus forts que le roi ?
Je m’avance dans la salle.

- Laissez nous messieurs.

- Sire… tente Wilhelm.

- Laissez nous, j’ai dit. Wilhelm, vous déposerez une carafe de l’eau ainsi qu’un bol avant l’escalier qui mène ici. Fermez les portes et que personne ne nous dérange.


Ils sortent sans un mot de plus et referment la porte derrière nous. J’attends qu’ils soient montés et que les lourdes portes ce soient refermées avec un bruit sourd avant de me tourner vers lui avec un sourire mauvais en retirant mes gants. Je tire ma miséricorde de ma manche. La lueur vacillante d’une bougie renvoie son éclat métallique alors que je m’approche.

- A présent vous et moi allons avoir une petite conversation.


Une heure plus tard je rouvre les portes moi même et je regagne la civilisation en réajustant mes gants. Je suis amplement satisfait. Wilhelm vient à ma rencontre, une foule de questions dans le regard. Je lui fais comprendre d’un geste que cela attendra. Je convoque plusieurs officiers de police et ma garde puis me rend auprès d’un procureur de ma connaissance avant de les recevoir.
Je donne quelques ordres à ma garde. La police va connaître un grand nettoyage. Je m’adresse ensuite aux officiers et inspecteurs.

- Messieurs, je tiens à vous féliciter pour votre zèle ! Tous les rapports que j’ai lu à votre sujet m’ont parut excellent et je tiens personnellement à vous récompenser !

Les intéressés sont se tiennent droit et n’osent pas bouger d’un millimètre.

- Cependant, j’ai besoin de vous Messieurs. Vous m’avez été chaudement recommandés pour cette mission de la plus haute importance. Ainsi, vous viendrez avec moi et vous arrêterez l’homme que je vous désignerai. Me suis-je bien fais comprendre ?

Ils acquiescent.

- Parfait. Et bien suivez moi Messieurs.

Nous traversons les lieux dans un bel ensemble jusqu’au bureau du Préfet de police. Je frappe à sa porte et n’attend pas son autorisation pour entrer. L’homme se lève avec précipitation.

- Majesté, je ne m’attendais pas à…

- Monsieur vous êtes en état d’arrestation.


Il blêmit.

- Comment ? Mais Votre Majesté, c’est….c’est une honte ! Vous ne pouvez pas arrêter quelqu’un sans autorisation du procureur ! Et je n’ai jamais rien fait !

- Ah vraiment ? Je demande avec un sourire glacé.

Je dépose devant lui la déposition de mon prisonnier avec les noms de tous ceux qui les ont couverts, protégés et qui ont même participé aux actes de violence. Parmi ceux là, le nom du Préfet de police. Sur le document sont apposés le sceau du Procureur du roi ainsi que le dragon du sceau royal.

- Monsieur, je vous fais arrêter pour complicité à des actes de violence, pour entraves à la justice et pour corruption.

Je fais un signe de la main aux officiers qui nous observent l’air médusés.

- Arrêtez cet homme.


La journée s’achève alors que nous rentrons. Je me suis encore séparés de deux de mes hommes. Ils ramèneront le prisonnier, je n’en ai pas fini avec lui. Le chien trottine à ma botte ce qui ne semble pas déplaire à mon étalon.
Le Préfet de police arrêté ainsi que ceux qui avaient participé à menacer les victimes et il m’a fallut nommer d’office un nouveau préfet et pourvoir les postes vacants. J’ai choisi à desseins les hommes les plus intègres qui soient et donné plus d’importance à des gens qui se faisaient étouffer par d’autres. Cela me seront fidèles.
La vue du château m’offre un certain soulagement. J’ai hâte de retrouver un bon dîner et un lit confortable. Avant toutes choses, il me faut m’entretenir auprès de la dame du château. Les événements de la veille ne nous ont pas laissés de temps pour parler. Son intervention providentielle aurait pu me paraître trop belle, un peu trop pour ne pas être le fruit d’un autre piège cependant, j’ai vu qu’elle était bel et bien visée par ces hommes elle aussi. Une discussion entre nous s’impose afin de tirer cela au clair. Toutefois, je dois avouer que ce ne serait pas de gaieté de coeur si je devais faire chuter cette femme.

Nous entrons dans la courre du palais et des serviteurs viennent prendre nos chevaux. Je mets pied à terre alors que le majordome vient me dire que Madame est à la bibliothèque et m’attend.

- Faites savoir à Madame que j’irai la visiter une fois changé. Précisez lui, je vous prie, que je ne serais pas long.

Je donne congé à Wilhelm et me hâte de retourner à mes appartements. Une fois lavé et changé avec des habits propres, légèrement parfumé et recoiffé avec soin, le foulard noué autour de mon cou, je prends le chemin de la bibliothèque après avoir demandé à un serviteur de m’indiquer le chemin.
Doucement, je frappe à la porte avant d’entrer, prêt à me confronter à la Dame du Lac.
Revenir en haut Aller en bas
Viviane Du Lac
La Dame du Lac
avatar
✦ Libre pour RP ? : comme le vent

✦ Double-compte : néant

Dim 4 Juin - 17:55

Le reste de la journée s’écoule lentement, dans le silence je laisse ma voix se reposer. Le lait et le miel sont de doux remèdes mais ils doivent s’associer au mutisme pour être efficaces, je serre un peu plus le foulard de soie autour de mon cou meurtris. Je ne tiens pas à exposer les marques sinistres et sombres qui l’orne. Je caresse donc la pierre sculptée des étagères pour choisir un roman à lire en attendant le retour de son altesse.
La lampe diffuse une douce lumière dans la pièce, éclaire le papier et les tracés de l’encre formant ces mots que je ne suit que distraitement. Les récits de voyage de Marco Pollo ne sont qu’une bouillie de phrases qui défile mécaniquement dans mon esprit sans avoir de sens ou de portée véritables. Ce sont de jolis divertissement auxquels je ne porte pas de véritable attention. Du passe temps en somme. C’est un peu navrant mais c’est ainsi, les circonstances me poussent à ça.
Je dois entamer le second quart de l’ouvrage lorsque l’on toque à la porte. Je lance un “entrez”, frémissant face à ma voix éraillée. Ce pourrait être pire mais le fait est que ce n’est pas joli non plus. Le roi entre dans la salle, refermant la porte avec soin avant de venir me rejoindre,je me lève de mon fauteuil laissant reposer mon exemplaire du Livre des merveilles sur l’accoudoir pour effectuer une révérence.

- Ma Dame je vous prie de m'excuser de venir si tardivement vous présenter mes hommages et vous remercier pour votre gracieuse hospitalité.J'espère que vous n'avez pas trop souffert des émois de la veille ou du moins que vous vous en êtes promptement remise. Il dit cela avec un air un inquiet très attendrissant, pas exactement le genre d’expression que l’on s’attend à voir sur le visage d’un roi. Je pense pouvoir vous apporter une nouvelle capable de vous soulager, le meurtrier de cette fillette que vous aviez retrouvé dans le lac a été arrêté.

Effectivement, je sens comme un poids se retirer de mes épaules. Cette petite va avoir droit à la justice, son meurtrier ne sera pas impuni. Il y a une ordure de moins qui arpente cette terre.

- Je vous remercie votre sollicitude votre altesse, ce ne sont néanmoins pas tant les évènements de la veille qui m’ont le plus meurtris dans la chair mais bien ceux d’aujourd’hui. Et je m’estime comblée d’être encore en vie. Je me dois de vous le demander sire, le meurtrier qu’en est-il advenu?

Je veux que cet immonde salopard souffre, qu’il rende au centuple les larmes et la désolation qu’il a apporté à cette famille. Qu’il paye pour ce qu’il a infligé à cette femme, à cette fillette et toute la peine que ce nourrisson aura à porter en grandissant. Je veux qu’il les payent, avec les intérêts.

- Sous bonne garde et je… Un prémice d’un sourire carnassier se trace sur les lèvres de mon souverain. Je sens un frisson naître le long de ma colonne vertébrale, un vieil instinct de survie qui date du fond des âges me hurle de ne jamais m’attirer les foudres de cet homme. Je n’en laisse rien paraître. Je n’en ai pas encore fini avec lui.

Je plaindrais presque l’immonde crevure de subir le courroux du roi. Presque. Et je ne peux que comprendre la rage qui anime le souverain, et j’aurais plus tendance à me placer de son côté. Parce que jusqu’à preuve du contraire il n’a pas le sang d’une enfant sur ses mains. Mais je viens d’entrevoir quelque chose chez mon roi qui me fait vraiment comprendre comment il a pu unir tous les cantons de Suisse et en devenir le souverain. Si l’exploit méritait déjà mon admiration et l’obtenait sans heurts, ce constat ajoutait une dimension nouvelle à ce fait. Quand à savoir comment elle évoluera, seuls les prochains événements peuvent m’apporter une réponse.

- Je vois. Je pense que rien ne réparera jamais ses atrocités, mais rien n'empêche qu'il paye ce qu'il doit en souffrances. Même si toute une éternité entre les mains de démons ne saurait combler le dixième de sa dette.

L’exprimer à voix haute fait du bien. Oh c’est tout relatif mais c’est tout de même appréciable.

-Je vous l’accorde Ma Dame.

Oh ! Il ne faut que j’oublie de l’informer pour notre hôte.

-Je dois vous avouer que j'ai moi aussi eu quelques affaires à régler avec une ordure. Qui m'a d'ailleurs laissé un nouveau présent... Quelque peu étouffant. Je crains qu'il ne soit un peu gauche dans le choix de ses cadeaux, nous en avons eu la démonstration frappante hier soir je le crains. Nous avons eu une rapide conversation, il en est ressorti de biens précieuses informations. Comme quelques adresses, toutes à Genève. Il est actuellement hôte. Si vous et vos hommes désirez lui rendre un petite visite vous m'en verriez fort aise. Je crains que les rats et la vermine ne soient pas d'une compagnie assez... Conséquente pour son aimable personne.

-Voilà qui semble intéressant, je vous en prie racontez moi... Bien évidemment j'irai présenter mes hommages à votre invité lorsque cet entretien sera achevé.

Oh mais j’espère bien, mon cou est suffisamment meurtri et douloureux pour que je m’en réjouisse sincèrement. Je réprime un sourire mauvais en pensant au délicieux entretien que je viens d’organiser pour mon invité. Une hôtesse doit parfois jouer les entremetteuses entre ses hôtes pour s’assurer que leur séjours soit le plus agréable possible.

- Notre hôte se nomme Antonio Rossignole. J'ai ici la liste des adresses qu'il fréquente le plus assidûment, en plus de son propre domicile évidemment. Toutes à Genève. Il a aussi eut la délicate attention de m'informer de votre trépas. Je constate avec plaisir que ce cher Antonio soit abonné à l'échec de ses entreprises.

C’est tout à fait sincère. J’aurais quand même aimé qu’il ne s’approche pas du succès de si nombreuses fois… La brûlure et les marques sur ma gorge, comme la terre brûlée gorgée de sang de la veille me le rappelle funestement. Puisse la Fortune ne pas se détourner de nous au profit de ce misérable cancrelat et de sa bande d’immondes salopards.

-Quelle délicatesse... Peut-être fait-il allusion au fou qui a tenté de me poignarder. Je me ferai un plaisir de venir lui présenter mes hommages de revenants.

Oui, Rossignole est un homme pouvant faire preuve d’une grande délicatesse et de tact. Je ne sais pas qui est assez dérangé pour s’attaquer à l’homme en face de moi, mais je ne parierais pas sur son instinct de survie ni sur sa clairvoyance en cas de danger. L’éclat dans les yeux de mon interlocuteur ne fait que sinistrement me conforter dans l’élan millénaire, soigneusement tenu en laisse, de ne pas m’attaquer à ce seigneur. Le roi m’offre un récit des recherches et les arrestations. Je ne peux que me réjouir de l’arrestation du préfet de police, même si ça ne fait que confirmer une de mes peurs à propos des participants aux exactions dans la région. Si l’affaire a mit tant de temps et nécessité de passer par des voies détournées, c’est parce que des puissants y sont mêlés et sans doute jusqu’au cou. Peut-être le roi passe-t-il certains “détails” sous silence, mais je doute fortement de pouvoir récupérer les informations potentiellement dissimulées, en fait non je sais que je n’ai aucune chance, ni même que ce soit d’une importance capitale dans la suite des événements ou pour moi. Il y a un point qui m’intrigue fortement néanmoins.

-Mark Schimmler… L’homme avait une certaine tendance à disparaître assez régulièrement. Je ne prendrais pas la peine de rapporter le fait si il n’y avait pas certains pour dire l’avoir souvent vu à Genève lors de ces escapades.

Surtout que cette cité n’est pas connue pour sa tendresse envers les êtres de magie et le roi ainsi que ses mesures.

-Tout semble nous ramener vers cette ville. Un air songeur est peint sur le visage du roi.

-Une petite visite semble s’imposer n’est-ce pas ? Je vous propose de nous y rendre dès demain. En toute discrétion, au moins pour prendre la température des lieux.

Je m’impose clairement, il est hors de question que je sois mise sur le carreau. Je n’en démordrais pas, je veux voir des mes yeux de quoi il en retourne et ne pas me contenter de retours édulcorés ou biaisés pour préserver “ma sensibilité”. Je n’ai pas passé trois ans à me battre pour me plier aux volontés du premier venu sur comment je dois gérer ma situation. Alors il peut bien m’évaluer sous toutes les coutures, me passer au crible ou que sais je encore, je ne renoncerais pas. Son altesse devra s'accommoder de ma présence qu’il le veuille ou non. Je soutiens son regard, je ne détourne pas les yeux, je l’affronte fièrement. Je ne cède pas un pouce de terrain. Un laps de temps indéfini s’écoule. Une éternité et un battement de cils à la fois. Avant qu’un sourire satisfait se trace sur les lèvres du souverain.

-Soit. Nous partirons demain aux aurores.

Le soulagement parcourt mon corps. J’ai gagné. Je dois avouer que la perspective de subir les foudres de cet homme ne m’enchantait guère. Mais il semble que la colère divine ait décidé d’épargner ma tête. Pour le moment.
J’effectue une révérence.

-Je vous en remercie sire. Je vous demande désormais la permission de me retirer, la journée a été éprouvante et je crains qu’il me faille reposer mon esprit comme mon corps et ma voix.

-Je vous en prie, ces derniers jours ont été rudes et je ne me permettrais pas de vous épuiser plus.

***
L’ambiance est encore une fois massacrante. Ulrich Von Willebrandt pianote furieusement ses doigts contre le bois lustré de la table, un message froissé plutôt avec rage dans son autre main s'imbibant de la sueur de sa paume, rendant petit à petit les mots tracés dessus. L’oiseau mécanique qui l’avait porté aurait du être un corbeau tant la portée du message était funeste. Le vieil Gabriel Fontefroide s'insurge encore dans son fauteuil roulant, sa canne volant des les airs tout comme ses glapissements. Faisant écho encore une fois aux déchirants cris d’agonie jaillissant du violon d’Amadeus Von Eisenheim que ce dernier osait appeler “musique”. Les banquiers eux était au complet, il y avait eu tout un flot de personnes durant les dernières heures arrivant par vagues depuis l’ordre de Gabriel de sonner le rassemblement. Ils avaient fait parti des premiers avec cet arriviste de Valérie de Brandt. Ce qui confortait Priam dans son impression générale qu’il s’agissait plus de rats effrayés à l’idée que le bateau coule que d’humains.
Tous ces spéculateurs et travailleur banquiers avaient perdu gros à cause du souverain, Isella, Werther et surtout Remwisk. Remwisk qui fait tourner nerveusement sa canne incrustée de joaillerie au rythme des feulement de l’enfer de l’instrument martyrisé d’Amadeus. Remwisk qui de ce groupe de banquier était le plus remonté contre le souverain.
Oscar Vermeil a lui aussi perdu gros à cause de tout celà, il avait des comptes chez chaque banquiers. Il avait même failli réduire en miette le bureau et le visage de chacun. Remwisk avait perdu deux dents. Ce qui explique sans doute pourquoi le groupe se tient à distance raisonnable du Goliath. Juliano Sappati ne disait rien l’esprit occupé par ses prières envers son Créateur bien aimé. Lui n’avait pas à se plaindre des mesures économiques de son altesse, mais la magie cette hérésie le débectait. Il était arrivé en même temps que le bedonnant général Charles Courvoisier de sa fumée de cigare et de son odeur et de l’éclat de ses médailles et de son monocle, son fidèle toutou le caporal Fernando Montego avec sa gueule d’ange et son regard vide. Un comble pour le commerçant
Il manque encore du monde dans la demeure de Priam D’Uldry, pas de trace des proches d’Armand Mondeford se faisant craquer les doigts, ni du docteur Félix Duvannel et de ses yeux tristes derrière le verre de ses lunettes ni de ce cinglé d’Antonio Rossigniole. Enfin on parle du diable et on en voit la queue. Georges Hautecourt entre l’air paniqué et défait, il se ronge les sangs pour ses enfants suivit de Duvannel fidèle à lui même. La nouvelle tombe cette face de fouine de Mark Schimmler s’est faite arrêtée par le roi, ainsi que quelques malandrins qui sévissaient dans la régions sous ses ordres. La panique monte dans l’assemblée. Que faire ? Que faire ? Oscar Vermeuil réduit en pièces une horloge délicate de rage la piétinant férocement, Sappatti récite à voix haute sa litanie fervente. Ulrich retient les flots de rage qui l’assaille de son mieux. Le chaos règne. Hautecourt réfléchi aux mesures à prendre pour ses enfants et son épouse, si jamais le roi remonte jusqu’à eux… Le vieux éructe encore et toujours crachant son venin hurlant à l’incompétence. Seul Félix reste calme ses yeux tristes contemplant l’assemblée sous le son de ce qui doit être un requiem “joué” par Amadeus. Le chaos règne. Jusqu’à ce qu’Ulrich se lève en hurlant. Ses mains s’écrassant avec fracas contre le bois de la table.

-ASSEZ !

Le silence revient brusquement, on en entendrait presque le son de sa chute.

-Il nous faut agir et vite. Nous débarrasser de cet avorton et de Schimmler. Armand, Georges vous savez ce que vous devez faire n’est-ce pas ?

Les intéressés hochent la tête mécaniquement. Sans dire mot ou produire un son.

-Bien. Alors comment effacer de la surface de la terre ce minable roitelet ? Je vous écoute messieurs.

C’est Amadeus qui trouve le courage de prendre la parole, les grognements du vieux ne comptant pas. Et force est de reconnaître à chacun que son idée est brillante. Et tout à fait réalisable. Cette fois ci le rat couronné ne s’en sortira pas...




Thème de Vi:
 
Revenir en haut Aller en bas
avatar
✦ Libre pour RP ? : yes !

Ven 9 Juin - 17:15
Je quitte la maîtresse des lieux à la fin de notre entretien. Comme je l’ai dit, je passe saluer le second invité de cette demeure. Sa pâleur à ma vue me réjouit et je m’amuse à jeter à ses pieds le portefeuille de mon assassins.

- Il vous passe ses amitiés depuis l’au delà, j’ajoute en sortant sans me retourner.

La Dame du Lac ne l’a pas ménagé et je ne peux qu’admirer avec quel aplomb elle s’est chargé de cet homme. Au fond de moi je pense qu’il faut être fou pour s’en prendre aux habitants de ce château. Je sens les gardiennes de ce lieux aussi féroces qu’elles peuvent être douces et accueillantes. À tout jardin de paix et d’harmonie, il faut son dragon pour en préserver la pureté. Je souris à cette idée.

Je vais remercier mes hommes pour leur excellent travail aujourd’hui. Je suis heureux de les voir satisfaits. Et, sous leurs grommellements de remerciement, je perçois une once de fierté. C’est bien. Soyez fiers messieurs, vous avez toutes les raisons de l’être.

Il est tard, je dîne donc seul dans mes appartements. Il n’y a rien à redire à ce repas que je savoure d’autant plus que je suis seul. La solitude est souvent une bonne amie. Au creux de son silence, il est possible de réfléchir en paix, sans crainte d’être dérangé. La journée aura été riche en émotions… Lorsque tout sera terminé, je ferai ré-organiser le fonctionnement de Lausanne, je veillerai à endormir les haines contre les êtres magiques. Il faut occuper la population… lui donner un jouet à regarder, à bâtir. Je souris et me lève pour chercher un bout de papier, un crayon et la carte de Lausanne dans mes effets. Tout en croquant dans une tranche de pain beurré, je consulte la carte, écrit, dessine, efface furieusement avant de reprendre. Voilà. Ainsi c’est bien. Ces plans doivent être affinés, les calculs adaptés mais je le vois déjà. J’entrevois le chantier, le travail qu’il apportera, l’argent qu’il fera entrer dans les maisons. Je le vois occuper les esprits et les pensées. Je le vois être projet, être rumeur. Mon cœur se serre presque de joie à mesure que j’avance, que l’idée fleurit et s’épanouit. Voilà qui devrait apaiser les esprits et tourner le peuple vers son avenir. Il y aura des jardins, des jardins avec des fontaines. Il y aura des échoppes, des boutiques aux devantures chamarrées. Lausanne brillera de milles feux pour accueillir mon joyau en son sein. Eisenkern viendra ici et apportera la liesse et la prospérité. Il les unira sous son giron.

Je repousse la feuille et la carte, satisfait de moi même, et entame mon dessert. Une délicate attention que cette pâtisserie. Le chef de ce château est doué. Le chien m’observe avec attention. Je lui glisse un morceau de pain qu’il saisit avec délicatesse avant de l’emporter plus loin pour le manger. Veilleur. Cela te va bien. Après tout, tu es celui qui m’a prévenu de l’agression qui allait se produire… Et bien tu seras mon Veilleur.

Je reviens à mes pensées initiales. Genève semble être le centre de toute cette entreprise. Cette ville est trop puissante, trop extrême. Elle a pourtant du potentiel… Malheureusement ce potentiel est étouffé par la surexploitation des petites classes au profit de l’industrie. Je ne nie pas que l’industrie est partout cependant, Genève dans ses délires de technocratie a poussé ce système à son extrême. La cité presque état serait capable de saigner tous les autres cantons au nom de sa gloire. Je ne laisserai pas cela arriver.
Ce pays pour fonctionner doit s’unir et chacun de ses fragments doit être l’égal des autres. Mon rôle est ici : Faire résonner la voix des plus petits aussi fort que celle des plus grands. Jamais un orfèvre ne crée un bijou ayant des pierres dont l’éclat éclipse celui des autres pierres qui le composent. Les pierres d’un bijou doivent œuvrer ensembles afin d’éclipser les autres bijoux mais ne doivent en aucun cas se concurrencer entre elles.

Demain, il faudra être prudent. Je ne doute pas que celle qui m’accompagnera ne manque pas de ressources mais je préfère être prudent. J’ai apprécié la manière dont elle s’est imposé plus tôt. C’est une preuve de courage que j’estime. J’espère que cette femme fera ses preuves et ne me décevra pas….
La nuit est paisible. Le pâle petit fantôme m’attends au réveil, funeste petit messager venu me rappeler afin que jamais je n’oublie. Vas triste spectre, n’aies crainte, ta vengeance sera totale. Je m’habille rapidement pour prendre un rapide petit déjeuner.
C’est l’instant que choisis Wilhelm pour entrer, la mine défaites. Il a dû entendre parler de mon escapade.

- Sire ! C’est une folie !

- Et quoi donc mon jeune ami ? Je réponds impassible devant son émoi.

- Mais Sire ! Vous rendre là bas sans escorte ! Après ce qu’il s’est passé hier !

- Wilhelm, nous serons incognito. Il n’y a nul besoin d’escorte.

- Votre Majesté, pardonnez moi, mais c’est insensé, amenez vos hommes au moins !

- Je n’en ferai rien.

- Mais sire...si quelqu’un vous reconnaissait ?


Je termine mon thé, excellent au passage, et repose la tasse sur le plateau d’argent avant de me lever et d’épousseter mon vêtement.

- Wilhelm.

- Oui Sire ?

- Que dit-on du roi ?

- Pardon Sire ?

- Et bien, dites moi, que dit-on du roi en ville ? Que sait-on de lui ?


Son émoi s’envole alors que je le déstabilise avec ce ton calme et détaché que j’utilise. En attendant qu’il me réponde, je récupère de la suie dans l’âtre puis vais chercher une petite mallette que je dépose devant une glace avant de l’ouvrir.


- Et bien…. On...dit que le roi est toujours de noir vêtu.

- Ah vraiment ?


Je passe dans ma chambre et sors de ma valise un pantalon marron, une chemise un peu usée et un veston correct mais que les voyages ont passé. Je retourne devant mon aide de camp et enfile sans vergogne l’habit que je viens de sortir en ignorant royalement qu’il détourne les yeux de ma royale personne.

- Et bien, qu’attendez vous ? Que dit-on d’autre ?

- On dit qu’il a les cheveux blancs comme neige.


Au fond de moi je jubile. Je vole jusqu’à la glace dans mon accoutrement sans faire attention à ce pauvre jeune homme qui semble vouloir se terrer dans un trou de souris. Je mélange la suie à un onguent dans un petit écrin doré puis passe la mixture dans mes cheveux du bout des doigts. Je me tourne, vers Wilhelm à la mine si déconfite, les cheveux désormais poivre et sel.

- Quoi d’autre ? Allons Wilhelm, vous traînez à me répondre que diable !

- Ah oui...hum...il a les cheveux longs aussi votre Majesté…

- La belle affaire !


Je m’empare d’un chapeau et retourne vers la glace pour nouer mes cheveux de sorte à ce qu’ils disparaissent sous le chapeau et sembles plus courts lorsque je retire cet accessoire.

- Il ne porte ni la barbe, ni la moustache…

- Voilà qui est fâcheux, et peu digne d’un roi.


Je tire deux postiches d’un tiroir caché dans la mallette et les applique sur mon visage pour faire des pattes et une moustache. Je sors la poudre et assombrit mon teint, par jeux d’ombres, je vieillis mes traits jusqu’à donner l’impression d’avoir un peu plus d’une quarantaine d’années. J’applique le même principe à mes mains.

- Il…. Il porte toujours un foulard blanc aussi !

Je note la pertinence de la remarque. Il me semble que mon jeune ami se prend au jeu lui aussi et cherche à trouver ce que je ne peux pas faire.

- Et bien, beaucoup d’hommes portent un foulard, ça ne signifie rien du tout jeune homme.

Je jubile à mesure que je change mes traits, que je salis mes mains pour en faire celles non plus d’un roi mais d’un artisan. J’enfile un manteau brun en hâte, retenant mon rire, tourbillonnant d’un point à l’autre pour récupérer ce qu’il me faut. Je joue, je danse, je pianote sur la gamme de la folie.
Une fois mon travail achevé, je me tourne vers le jeune homme, prenant l’accent du pays de Wallis.

- Et bien mon garçon ! Où est-il donc ce roi dont tu me parles tant ?

Il baisse les yeux, ne sachant s’il doit sourire ou bien désespérer.

- Il….il n’est pas là Sire…

- C’était bien la peine d’en faire tout un foin ! Maintenant hâte toi donc garnement, nous avons du matériel à acheter en ville ! On ne remet pas une boutique sur pied en attendant le roi jeune homme !


Je manque de rire franchement lorsqu’il détale se préparer. Le chien jappe en remuant la queue. Je crois qu’il trouve mon jeu amusant lui aussi.

- évidement que tu es invité, je lui réponds. Allons viens, il est l’heure de partir.

Je sors donc dans mon accoutrement, une besace élimée, contenant mon portefeuille, quelques outils et mécanismes d’horlogerie à revendre ainsi qu’un morceau de pain, un bout de fromage et une pomme pour le déjeuner, battant mon flanc alors que je marche pour rejoindre Wilhelm en attendant Madame pour le départ, le chien sur mes talons.
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé
Contenu sponsorisé
Contenu sponsorisé
Revenir en haut Aller en bas
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en hautPage 1 sur 2Aller à la page : 1, 2  Suivant

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Contes Défaits :: L'Europe :: Autres lieux-
Sauter vers: