Complot Genèvois.... on aurait préféré le gâteau....

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Viviane Du Lac
La Dame du Lac
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✦ Libre pour RP ? : comme le vent

✦ Double-compte : néant

Lun 12 Juin - 18:31

Je m’effondre sur mon lit dans un grognement, littéralement. Je me laisse tomber sur les draps sans chercher à inutilement lutter contre les lois de la gravité. Charlotte dort profondément dans sa chambre, tant mieux la journée a été rude inutile qu’elle veille avec ça. Péniblement je farfouille dans un tiroir de ma table de nuit, avec mes livres de chevet je trouve mon réveil. Quand je disais à Charlotte que je pouvais me lever seule, il va falloir quitter le sommeil, ce bon vieux sommeil si agréable, avant l’aube. En hivers j’aurais pû dormir quelques heures de plus, mais nous sommes en été. C’est même bientôt la Saint Jean. Heureusement que j’ai Julius pour régler les derniers détails pour la fête au château. Enfin, je n’ai pas le luxe de pouvoir gaspiller mon temps de sommeil, je termine les réglages de l’appareil et ferme mes yeux.
La fillette me regarde de ses yeux voilés, le sang noir s’écoule encore de son immonde plaie. Mais en flot moins épais et abondant, sa peau est peut-être moins grise et son visage moins crispé. Mais je prends sans doute mes désirs pour des réalités. Patience pauvre chose, patience ma petite chérie. Là, là la Justice se met en marche enfant, patience ma douce je te promet que ceux qui sont derrière ta mort paierons cette ignominie. Là là ma jolie, ma courageuse. Je te promet de prendre soin de ceux que tu as laissé derrière toi, ceux à qui on t’a arraché. Promis. L’enfant s’approche, je n’ai plus peur je lui ouvre mes bras l’y laisse s’y réfugier;
Là tout va bien, chut. Je suis là, chut. Le sang coule, noir et épais dégouline sur moi, la petite est si froide. Qu’importe ? Je caresse les cheveux bruns de la fillette humides et poisseux de sang. Tout va bien se passer. Là, là.
Drrrrrrrrriiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiinnnnnnnnnnnnnnnnggggggggggggggg.
J’ouvre les yeux, fixant sans véritablement voir la tenture au dessus de ma tête, d’un geste lourd et pataud je réussis à stopper la sonnerie infernale. Ooohhh silence ! Je refermerais bien mes yeux pour ne les rouvrir que lorsque le monde tourne enfin rond, quoique… Je ne suis pas prête de les rouvrir un jour si je fais celà. Je me relève donc, dans mes vêtements froissés de la veille, les cheveux emmêlés. L’aube est loin, mais mère m’a toujours répété qu’une maîtresse de maison ne devait jamais reculer devant l'âpreté des choses pour mener à bien son rôle. Oh, maman je n’ai pas toujours été d’accord avec toi. Mais tes leçons je m’en rappelle encore, même si je suis persuadée que tu n’aprouverais pas la lecture et l’application que j’en fais. Tu aurais préférés que je me marie à un bon parti à votre mort, que je laisse mon époux gérer tout ça et que je me contente de pondre des enfants en étant une jolie potiche. Désolée maman, mais ta fille n’a rien fait de cela.
Mes vêtements tombent au sol en silence, hors de question que je réveille Charlotte. C’est dans le silence et l’obscurité que je me prépare. Rapide passage d’eau sur le visage, mes cheveux sont démêlés. Je cherche avec application ce qu’il me faut dans ma garde robe, voyons où l’ai je mis exactement ? Ah voilà ! Je sors une jupe et une chemise soigneusement pliées. Je les enfile prestement, ce sont des vêtements simples, un peu usés même mais ce n’est absolument pas un problème. Je rassemble mes cheveux dans un chignons un peu lâche. Le col de ma chemise est suffisamment montant pour cacher les sinistres marques sur ma gorge, je ne pense pas que quiconque les remarquera vraiment, mais si c’est le cas nul ne le signalera et restera à ses occupations. On ferme bien aisément les yeux sur le malheur en ce monde.
Sans enfiler les bottines qui vont avec je rentre en silence dans la chambre de Charlotte, la petite dort profondément. Sa respiration régulière envahit la pièce, sans un bruit je saisis son réveil et le désactive. Jour de congé surprise ma petite. Ma camériste bouge dans son lit. Je me fige. Ma respiration se stoppe, je crois bien que mon coeur aussi au passage. Durant un temps qui ne doit mesurer que quelques secondes mais qui pèse sur moi avec la même intensité que si cents ans venaient de s’effondrer sans sommation sur mes épaules, j’attends. Rien. Le souffle de ma camériste est toujours aussi doux et régulier, Morphée ne semble pas vouloir desserrer son étreinte autour d’elle, et je lui en suis gré. Toujours à pas de velours je quitte la chambre, et referme soigneusement et lentement la porte. Ce n’est qu’une fois cela fait que je me permet de pousser un long soupir de soulagement.
Je reste quelques secondes à respirer profondément pour faire retomber l’adrénaline. Voilà, une bonne chose de faite. Je descends alors jusqu’aux cuisines qui se réveillent à peine. Outre le personnel habituel, il y a quelques hommes du roi qui sont déjà en train de casser la croûte ou juste à attendre en silence je ne sais quoi, leurs yeux perdus vers des lieux accessibles uniquement d’eux mais tendus comme des arcs prêts à réagir au quart de tour. Jamais au repos.
Pain perdu, oeufs brouillés et une tasse de thé plus tard. J’essuies soigneusement ma bouche, tu vois maman il y a des choses que je continue de faire bien comme tu les veux. Une armure de bonnes manières.
Je regarde mes mains, fines et blanches. Pas exactement des mains d’une fille du peuple. Bon un peu de terre savamment dosée et elles sont déjà moins aristocratiques. Une pomme et un peu de monnaie dans les poches, une petite somme d’appoint. L’aube n’est pas encore là, je vois la mère de la fillette marcher tout en berçant son enfant. Sans prêter attention au monde qui l’entoure. Mon coeur se serre, qu’y a t’il a faire si ce n’est attendre que le temps fasse son oeuvre ? Qu’essayer de rendre justice de son mieux ? Qu’espérer que cela suffise ?
Je ne reconnais pas tout de suite l’homme qui accompagne Wilhem, chien sur ses talons. Vêtements simples et un peu usés, je lui donne une quarantaine d’années avec cette moustache. Je me demande un moment de qui il peut bien s’agir puis la lumière se fait. Le roi déguisé, évidemment idiote !
Eh bien on peut dire que le résultat est impressionnant, je n’ai pas à faire autant d’efforts que lui. Et ça me va parfaitement,se grimer peut être un jeu des plus amusants, demandez aux enfants, mais j’en ai expérimenté des variantes plus sombres et adultes et puis pourquoi faire compliqué quand l’on peut faire simple ?
L’aube n’est pas encore là que nous sommes en route.




Thème de Vi:
 
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Sam 24 Juin - 22:50
Nous n’avons pas à attendre longtemps dans la cour du château. La dame du lac nous y rejoint dans une tenue des plus simples. Je note la légère altération de son pas et le doute dans son regard alors qu’elle se demande qui est l’homme qui se tient au côté de Wilhelm puis sa démarche se raffermit, son assurance revient alors qu’elle me reconnaît. J’esquisse un demi sourire face à sa mine à mi chemin entre l’étonnement et un air dubitatif.
Je m’incline galamment devant elle malgré l’accent de Wallis que j’emprunte pour m’exprimer.

-Cette tenue vous va à ravir Ma Dame.

-Je vous retourne le compliment votre altesse, vous êtes méconnaissable


Je ne peux m’empêcher de sourire à cette remarque. Cela m’a demandé des années pour parvenir à maîtriser l’art du déguisement ainsi, mais chacune de ces années m’a offert quelque chose d’inestimable ; ma liberté.

-Sommes nous prêts à partir ? je demande.

-Si il ne vous reste rien à régler, oui.

-Tout est en ordre.

-Je vous propose de prendre le bac, c'est discret, rapide et il y a un quais pas très loin, me propose-t-elle.


L’idée me semble tout à fait appropriée, aussi j’accepte et lui demande de nous servir de guide ce qu’elle accepte aussitôt. C’est donc à pied que nous prenons le chemin du bac. Veilleur nous accompagne. Sa présence sur mes talons a quelque chose de réconfortant.
Nous embarquons rapidement et le bateau se met à glisser sur les eaux paisibles du lac. J’en profite pour observer le paysage autour de nous. La silhouette de Chillon se dresse derrière nous telle un gardien bienveillant nous assurant qu’il sera là à notre retour. Ce lieu fait partie de ces endroits hors du temps, ces havres de paix si ardus à trouver dont la quiétude est un baume pour le coeur et l’âme.

-Votre demeure semble plus paisible encore que les eaux du lac à cette heure, fais-je remarquer en m’accoudant au bastingage.

-Il ne faut pas se fier à l'eau. Surtout quand elle dort. Mais oui, on dirait.


Je suis son regard songeur qui se perd dans les eaux du lac.

- Dois-je en conclure que j’ai à me méfier de vous ?

- Je ne pense pas que vous soyez le genre d'homme à ne pas vous méfiez de n'importe qui.


Toujours ce même répondant que j’avais déjà décelé auparavant. Je souris, presque amusé de sa remarque.

-La méfiance est la base de la survie très chère.

-Je sais, la méfiance et la dissimulation.


Je note l’amertume de ces derniers mots. Une femme n’ayant pas le statut de veuve, tenant seule un domaine en ce monde fait d’hommes et d’intolérance n’a pu que faire face à des situations où seule la méfiance, la dissimulation et le mensonge lui ont permit de survivre. J’oubliais la détermination aussi. Le mensonge et la dissimulation sont certes bien utiles mais seuls ils ne permettent pas d’avancer.

- Ce que vous avez bâtit entre les murailles de ce château et sur ses terres est beau.

Un sourire triste mêlé d’une pointe de mélancolie vient répondre à ma remarque. Dans se sourire se mélange les souffrances et les peines vécues, les difficultés et les obstacles surmontés mais aussi ceux qui se présenteront encore dans cette éternelle succession d’embûches qu’est la vie.
Le silence s’installe un instant entre nous. Le silence de ceux qui ont vécu bien des choses et qui quelque part n’ont pas besoin de mots pour se comprendre parfaitement.

Genève nous apparaît, grise et morne sur les rives du lac. Alors que nous accostons, je retrouve ce paysage terne, noirci par la fumée et la suie, peuplé de gens plus ternes encore, usé par le travail à l’usine. Nous débarquons et nous nous fondons sans heurts dans la foule. Le travail à l’usine a déjà commencé et les cheminées crachent leur fumée noire qui obscurci le ciel. Pas d’arbres dans les rues de Genève, quelle utilité après tout ? Seulement quelques jardins privés dans les hôtels des plus riches.
L’ambiance est morose dans les rues. Les gens ne se regardent pas, échangent un minimum lorsqu’ils ont à se parler. Quelques gamins des rues errent de ci de là, élevés à l’eau de caniveau, cherchant un bout de pain à voler, une piécette à chiper.
Je perçois une pointe de désarroi de ma compagne.

- Cela doit vous changer de votre verdoyant Chillon, lui fais-je remarquer.

- Vous n’avez pas idée, me répond-t-elle.

- Un jour, je ferai couvrir cette ville d’arbres.


Je ne perds pas plus de temps à errer dans les rues. Il y a un lieu où je sais que j’en apprendrais beaucoup. Je ne perds pas de temps en explication et remonte les rues, choisissant mon chemin avec soin en habitué des artères et ruelles de cette sombre ville. Je prends un raccourci et je sens au pas de Wilhelm près de moi qu’il a compris où nous allions.

Nous aurions dû trouver sur cette vaste esplanade des fondations, les débuts des jardins ainsi que les canaux en cours de creusement. Nous aurions dû y trouver un chantier actif. A la place c’est une place à l’abandon, barricadée, jonchée d’immondices. Les pierres blanches auraient dû briller au soleil mais des graffitis obscènes viennent en ternir l’éclat. Je serre le poing dans ma poche jusqu’à en faire rentrer mes ongles dans ma chair. Wilhelm m’observe d’un oeil inquiet sentant sûrement monter l’orage au fond de moi. Il y a peu de passants ici, comme si l’on évitait un lieu contaminé par la Peste. Ceux qui passent, rasent les murs et ne regardent surtout pas ce lieu honnis, maudit visiblement.
“ à mort le roi !”
Voilà ce qu’on a écrit sur le marbre de Carrare. J’observe avec un mélange de peine et de colère les colonnes brisées tout comme les pavés. Je contemple mon domaine souillé, profané. Je pense qu’il n’y a pas message plus clair, ni cause plus limpide aux derniers évènements… Imbéciles que vous êtes… Combien maintenant sont privés de travail à cause de cela ? Cet emploi devait leur apporter l’argent pour nourrir leur famille, envoyer leurs enfants à l’école et voilà ce qui en a été fait…

J’aperçois un mendiant avachis dans un coin de la place. Je vais à sa rencontre, laissant derrière moi La Dame du Lac et mon aide de camp que je sens vouloir me retenir. Je prends mon ton le plus affable possible et parle avec l’accent de Genève.

- Ho là l’ami ! Qu’est-ce donc qu’il se passe ici ? Me v’là rentré d’Italie et je trouve ça, qu’est-ce donc ?

L’homme lève vers moi un oeil sombre.

- ça, répond-t-il en crachant par terre, pauvre pierre. C’est l’château d’l’usurpateur !
- L’usurpateur ? Vous….voulez parler du roi ?

- Ouais, ce traître là y veut nous faire venir ces fées et sa camelotte magique.

- Qui vous a dit cela ?

- Bah tout le monde y l’dit. D’vriez pas traîner là, ça patrouille dans l’coin et ils aiment pas qui ait des gens là.

- Merci pour ton conseil l’ami.


Je tire de ma poche quelques pièces que je lui offre. Il les accepte non sans y avoir jeté un regard méfiant et les avoir testées entre ses chicots usés et jaunis.

- Mais tu sais l’ami, tu te trompes, j’ajoute soudainement.

Je garde ce ton désinvolte mais ma voix vibre un peu plus, une note ténue, imperceptible mais bien présente.

- Je l’ai vu moi le château, ce sont des mécanismes comme les horloges dedans, des engrenages huilés et qui tournent ! Et puis il n’y pas de magie dans ces cailloux, ce sont d’innocents cailloux. En revanche ces cailloux aussi innocents soient-ils, ils distribuent de l’or à ceux qui les mettent à leur place, à ceux qui les réparent et qui les bichonnent.

L’homme me regarde d’un air désabusé. Je le gratifie d’un sourire en guise de réponse à son coup d’oeil puis fait sonner le doux son des cloches dont le bruit est si doux à l’oreille du pauvre comme du riche que l’on appelle “pièces d’or”. Un lueur à la fois méfiante et intéressée s’allume dans les yeux de mon interlocuteur.

- Qu’est-ce que vous voulez ?

- Et bien….il se pourrait que si ces cailloux se retrouvaient nettoyés de ce qui les jonchent, ils offrent une petite récompense… Pas grand chose bien sûr...juste de quoi s’offrir un petit loyer dans une chambre dans un petit quartier bien loti.


- Z’êtes qui ?

Je réponds à cela par un sourire et quelques mots laconiques.

- un ami qui vous veut du bien.

Je le quitte sur ses mots après avoir glissé une pièce d’or dans sa paume. Je sais qu’il attendra d’être seul pour la regarder et sûrement la cacher ou aller s’acheter de l’alcool avec. Mais quelle importance ? Tant qu’il fait courir le bruit, tant que les choses bougent, je me fiche de quelle manière il dépense son argent.

Je reviens auprès de mes deux compagnons, le coeur plus léger. J’écarte les bras avec un grand sourire presque joyeux et m’exclame :

- Et bien ! Allons visiter !
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