Complot Genèvois.... on aurait préféré le gâteau....

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Viviane Du Lac
La Dame du Lac
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✦ Libre pour RP ? : comme le vent

✦ Double-compte : néant

Lun 12 Juin - 18:31

Je m’effondre sur mon lit dans un grognement, littéralement. Je me laisse tomber sur les draps sans chercher à inutilement lutter contre les lois de la gravité. Charlotte dort profondément dans sa chambre, tant mieux la journée a été rude inutile qu’elle veille avec ça. Péniblement je farfouille dans un tiroir de ma table de nuit, avec mes livres de chevet je trouve mon réveil. Quand je disais à Charlotte que je pouvais me lever seule, il va falloir quitter le sommeil, ce bon vieux sommeil si agréable, avant l’aube. En hivers j’aurais pû dormir quelques heures de plus, mais nous sommes en été. C’est même bientôt la Saint Jean. Heureusement que j’ai Julius pour régler les derniers détails pour la fête au château. Enfin, je n’ai pas le luxe de pouvoir gaspiller mon temps de sommeil, je termine les réglages de l’appareil et ferme mes yeux.
La fillette me regarde de ses yeux voilés, le sang noir s’écoule encore de son immonde plaie. Mais en flot moins épais et abondant, sa peau est peut-être moins grise et son visage moins crispé. Mais je prends sans doute mes désirs pour des réalités. Patience pauvre chose, patience ma petite chérie. Là, là la Justice se met en marche enfant, patience ma douce je te promet que ceux qui sont derrière ta mort paierons cette ignominie. Là là ma jolie, ma courageuse. Je te promet de prendre soin de ceux que tu as laissé derrière toi, ceux à qui on t’a arraché. Promis. L’enfant s’approche, je n’ai plus peur je lui ouvre mes bras l’y laisse s’y réfugier;
Là tout va bien, chut. Je suis là, chut. Le sang coule, noir et épais dégouline sur moi, la petite est si froide. Qu’importe ? Je caresse les cheveux bruns de la fillette humides et poisseux de sang. Tout va bien se passer. Là, là.
Drrrrrrrrriiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiinnnnnnnnnnnnnnnnggggggggggggggg.
J’ouvre les yeux, fixant sans véritablement voir la tenture au dessus de ma tête, d’un geste lourd et pataud je réussis à stopper la sonnerie infernale. Ooohhh silence ! Je refermerais bien mes yeux pour ne les rouvrir que lorsque le monde tourne enfin rond, quoique… Je ne suis pas prête de les rouvrir un jour si je fais celà. Je me relève donc, dans mes vêtements froissés de la veille, les cheveux emmêlés. L’aube est loin, mais mère m’a toujours répété qu’une maîtresse de maison ne devait jamais reculer devant l'âpreté des choses pour mener à bien son rôle. Oh, maman je n’ai pas toujours été d’accord avec toi. Mais tes leçons je m’en rappelle encore, même si je suis persuadée que tu n’aprouverais pas la lecture et l’application que j’en fais. Tu aurais préférés que je me marie à un bon parti à votre mort, que je laisse mon époux gérer tout ça et que je me contente de pondre des enfants en étant une jolie potiche. Désolée maman, mais ta fille n’a rien fait de cela.
Mes vêtements tombent au sol en silence, hors de question que je réveille Charlotte. C’est dans le silence et l’obscurité que je me prépare. Rapide passage d’eau sur le visage, mes cheveux sont démêlés. Je cherche avec application ce qu’il me faut dans ma garde robe, voyons où l’ai je mis exactement ? Ah voilà ! Je sors une jupe et une chemise soigneusement pliées. Je les enfile prestement, ce sont des vêtements simples, un peu usés même mais ce n’est absolument pas un problème. Je rassemble mes cheveux dans un chignons un peu lâche. Le col de ma chemise est suffisamment montant pour cacher les sinistres marques sur ma gorge, je ne pense pas que quiconque les remarquera vraiment, mais si c’est le cas nul ne le signalera et restera à ses occupations. On ferme bien aisément les yeux sur le malheur en ce monde.
Sans enfiler les bottines qui vont avec je rentre en silence dans la chambre de Charlotte, la petite dort profondément. Sa respiration régulière envahit la pièce, sans un bruit je saisis son réveil et le désactive. Jour de congé surprise ma petite. Ma camériste bouge dans son lit. Je me fige. Ma respiration se stoppe, je crois bien que mon coeur aussi au passage. Durant un temps qui ne doit mesurer que quelques secondes mais qui pèse sur moi avec la même intensité que si cents ans venaient de s’effondrer sans sommation sur mes épaules, j’attends. Rien. Le souffle de ma camériste est toujours aussi doux et régulier, Morphée ne semble pas vouloir desserrer son étreinte autour d’elle, et je lui en suis gré. Toujours à pas de velours je quitte la chambre, et referme soigneusement et lentement la porte. Ce n’est qu’une fois cela fait que je me permet de pousser un long soupir de soulagement.
Je reste quelques secondes à respirer profondément pour faire retomber l’adrénaline. Voilà, une bonne chose de faite. Je descends alors jusqu’aux cuisines qui se réveillent à peine. Outre le personnel habituel, il y a quelques hommes du roi qui sont déjà en train de casser la croûte ou juste à attendre en silence je ne sais quoi, leurs yeux perdus vers des lieux accessibles uniquement d’eux mais tendus comme des arcs prêts à réagir au quart de tour. Jamais au repos.
Pain perdu, oeufs brouillés et une tasse de thé plus tard. J’essuies soigneusement ma bouche, tu vois maman il y a des choses que je continue de faire bien comme tu les veux. Une armure de bonnes manières.
Je regarde mes mains, fines et blanches. Pas exactement des mains d’une fille du peuple. Bon un peu de terre savamment dosée et elles sont déjà moins aristocratiques. Une pomme et un peu de monnaie dans les poches, une petite somme d’appoint. L’aube n’est pas encore là, je vois la mère de la fillette marcher tout en berçant son enfant. Sans prêter attention au monde qui l’entoure. Mon coeur se serre, qu’y a t’il a faire si ce n’est attendre que le temps fasse son oeuvre ? Qu’essayer de rendre justice de son mieux ? Qu’espérer que cela suffise ?
Je ne reconnais pas tout de suite l’homme qui accompagne Wilhem, chien sur ses talons. Vêtements simples et un peu usés, je lui donne une quarantaine d’années avec cette moustache. Je me demande un moment de qui il peut bien s’agir puis la lumière se fait. Le roi déguisé, évidemment idiote !
Eh bien on peut dire que le résultat est impressionnant, je n’ai pas à faire autant d’efforts que lui. Et ça me va parfaitement,se grimer peut être un jeu des plus amusants, demandez aux enfants, mais j’en ai expérimenté des variantes plus sombres et adultes et puis pourquoi faire compliqué quand l’on peut faire simple ?
L’aube n’est pas encore là que nous sommes en route.




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Sam 24 Juin - 22:50
Nous n’avons pas à attendre longtemps dans la cour du château. La dame du lac nous y rejoint dans une tenue des plus simples. Je note la légère altération de son pas et le doute dans son regard alors qu’elle se demande qui est l’homme qui se tient au côté de Wilhelm puis sa démarche se raffermit, son assurance revient alors qu’elle me reconnaît. J’esquisse un demi sourire face à sa mine à mi chemin entre l’étonnement et un air dubitatif.
Je m’incline galamment devant elle malgré l’accent de Wallis que j’emprunte pour m’exprimer.

-Cette tenue vous va à ravir Ma Dame.

-Je vous retourne le compliment votre altesse, vous êtes méconnaissable


Je ne peux m’empêcher de sourire à cette remarque. Cela m’a demandé des années pour parvenir à maîtriser l’art du déguisement ainsi, mais chacune de ces années m’a offert quelque chose d’inestimable ; ma liberté.

-Sommes nous prêts à partir ? je demande.

-Si il ne vous reste rien à régler, oui.

-Tout est en ordre.

-Je vous propose de prendre le bac, c'est discret, rapide et il y a un quais pas très loin, me propose-t-elle.


L’idée me semble tout à fait appropriée, aussi j’accepte et lui demande de nous servir de guide ce qu’elle accepte aussitôt. C’est donc à pied que nous prenons le chemin du bac. Veilleur nous accompagne. Sa présence sur mes talons a quelque chose de réconfortant.
Nous embarquons rapidement et le bateau se met à glisser sur les eaux paisibles du lac. J’en profite pour observer le paysage autour de nous. La silhouette de Chillon se dresse derrière nous telle un gardien bienveillant nous assurant qu’il sera là à notre retour. Ce lieu fait partie de ces endroits hors du temps, ces havres de paix si ardus à trouver dont la quiétude est un baume pour le coeur et l’âme.

-Votre demeure semble plus paisible encore que les eaux du lac à cette heure, fais-je remarquer en m’accoudant au bastingage.

-Il ne faut pas se fier à l'eau. Surtout quand elle dort. Mais oui, on dirait.


Je suis son regard songeur qui se perd dans les eaux du lac.

- Dois-je en conclure que j’ai à me méfier de vous ?

- Je ne pense pas que vous soyez le genre d'homme à ne pas vous méfiez de n'importe qui.


Toujours ce même répondant que j’avais déjà décelé auparavant. Je souris, presque amusé de sa remarque.

-La méfiance est la base de la survie très chère.

-Je sais, la méfiance et la dissimulation.


Je note l’amertume de ces derniers mots. Une femme n’ayant pas le statut de veuve, tenant seule un domaine en ce monde fait d’hommes et d’intolérance n’a pu que faire face à des situations où seule la méfiance, la dissimulation et le mensonge lui ont permit de survivre. J’oubliais la détermination aussi. Le mensonge et la dissimulation sont certes bien utiles mais seuls ils ne permettent pas d’avancer.

- Ce que vous avez bâtit entre les murailles de ce château et sur ses terres est beau.

Un sourire triste mêlé d’une pointe de mélancolie vient répondre à ma remarque. Dans se sourire se mélange les souffrances et les peines vécues, les difficultés et les obstacles surmontés mais aussi ceux qui se présenteront encore dans cette éternelle succession d’embûches qu’est la vie.
Le silence s’installe un instant entre nous. Le silence de ceux qui ont vécu bien des choses et qui quelque part n’ont pas besoin de mots pour se comprendre parfaitement.

Genève nous apparaît, grise et morne sur les rives du lac. Alors que nous accostons, je retrouve ce paysage terne, noirci par la fumée et la suie, peuplé de gens plus ternes encore, usé par le travail à l’usine. Nous débarquons et nous nous fondons sans heurts dans la foule. Le travail à l’usine a déjà commencé et les cheminées crachent leur fumée noire qui obscurci le ciel. Pas d’arbres dans les rues de Genève, quelle utilité après tout ? Seulement quelques jardins privés dans les hôtels des plus riches.
L’ambiance est morose dans les rues. Les gens ne se regardent pas, échangent un minimum lorsqu’ils ont à se parler. Quelques gamins des rues errent de ci de là, élevés à l’eau de caniveau, cherchant un bout de pain à voler, une piécette à chiper.
Je perçois une pointe de désarroi de ma compagne.

- Cela doit vous changer de votre verdoyant Chillon, lui fais-je remarquer.

- Vous n’avez pas idée, me répond-t-elle.

- Un jour, je ferai couvrir cette ville d’arbres.


Je ne perds pas plus de temps à errer dans les rues. Il y a un lieu où je sais que j’en apprendrais beaucoup. Je ne perds pas de temps en explication et remonte les rues, choisissant mon chemin avec soin en habitué des artères et ruelles de cette sombre ville. Je prends un raccourci et je sens au pas de Wilhelm près de moi qu’il a compris où nous allions.

Nous aurions dû trouver sur cette vaste esplanade des fondations, les débuts des jardins ainsi que les canaux en cours de creusement. Nous aurions dû y trouver un chantier actif. A la place c’est une place à l’abandon, barricadée, jonchée d’immondices. Les pierres blanches auraient dû briller au soleil mais des graffitis obscènes viennent en ternir l’éclat. Je serre le poing dans ma poche jusqu’à en faire rentrer mes ongles dans ma chair. Wilhelm m’observe d’un oeil inquiet sentant sûrement monter l’orage au fond de moi. Il y a peu de passants ici, comme si l’on évitait un lieu contaminé par la Peste. Ceux qui passent, rasent les murs et ne regardent surtout pas ce lieu honnis, maudit visiblement.
“ à mort le roi !”
Voilà ce qu’on a écrit sur le marbre de Carrare. J’observe avec un mélange de peine et de colère les colonnes brisées tout comme les pavés. Je contemple mon domaine souillé, profané. Je pense qu’il n’y a pas message plus clair, ni cause plus limpide aux derniers évènements… Imbéciles que vous êtes… Combien maintenant sont privés de travail à cause de cela ? Cet emploi devait leur apporter l’argent pour nourrir leur famille, envoyer leurs enfants à l’école et voilà ce qui en a été fait…

J’aperçois un mendiant avachis dans un coin de la place. Je vais à sa rencontre, laissant derrière moi La Dame du Lac et mon aide de camp que je sens vouloir me retenir. Je prends mon ton le plus affable possible et parle avec l’accent de Genève.

- Ho là l’ami ! Qu’est-ce donc qu’il se passe ici ? Me v’là rentré d’Italie et je trouve ça, qu’est-ce donc ?

L’homme lève vers moi un oeil sombre.

- ça, répond-t-il en crachant par terre, pauvre pierre. C’est l’château d’l’usurpateur !
- L’usurpateur ? Vous….voulez parler du roi ?

- Ouais, ce traître là y veut nous faire venir ces fées et sa camelotte magique.

- Qui vous a dit cela ?

- Bah tout le monde y l’dit. D’vriez pas traîner là, ça patrouille dans l’coin et ils aiment pas qui ait des gens là.

- Merci pour ton conseil l’ami.


Je tire de ma poche quelques pièces que je lui offre. Il les accepte non sans y avoir jeté un regard méfiant et les avoir testées entre ses chicots usés et jaunis.

- Mais tu sais l’ami, tu te trompes, j’ajoute soudainement.

Je garde ce ton désinvolte mais ma voix vibre un peu plus, une note ténue, imperceptible mais bien présente.

- Je l’ai vu moi le château, ce sont des mécanismes comme les horloges dedans, des engrenages huilés et qui tournent ! Et puis il n’y pas de magie dans ces cailloux, ce sont d’innocents cailloux. En revanche ces cailloux aussi innocents soient-ils, ils distribuent de l’or à ceux qui les mettent à leur place, à ceux qui les réparent et qui les bichonnent.

L’homme me regarde d’un air désabusé. Je le gratifie d’un sourire en guise de réponse à son coup d’oeil puis fait sonner le doux son des cloches dont le bruit est si doux à l’oreille du pauvre comme du riche que l’on appelle “pièces d’or”. Un lueur à la fois méfiante et intéressée s’allume dans les yeux de mon interlocuteur.

- Qu’est-ce que vous voulez ?

- Et bien….il se pourrait que si ces cailloux se retrouvaient nettoyés de ce qui les jonchent, ils offrent une petite récompense… Pas grand chose bien sûr...juste de quoi s’offrir un petit loyer dans une chambre dans un petit quartier bien loti.


- Z’êtes qui ?

Je réponds à cela par un sourire et quelques mots laconiques.

- un ami qui vous veut du bien.

Je le quitte sur ses mots après avoir glissé une pièce d’or dans sa paume. Je sais qu’il attendra d’être seul pour la regarder et sûrement la cacher ou aller s’acheter de l’alcool avec. Mais quelle importance ? Tant qu’il fait courir le bruit, tant que les choses bougent, je me fiche de quelle manière il dépense son argent.

Je reviens auprès de mes deux compagnons, le coeur plus léger. J’écarte les bras avec un grand sourire presque joyeux et m’exclame :

- Et bien ! Allons visiter !
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Viviane Du Lac
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Sam 12 Aoû - 23:50
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Le message est clair. Net et précis. Et surtout digne d’être respecté.
“Ne provoque pas les foudres de cet homme”.
Je plains les sots qui en cette ville ont osé le défier. Ils vont y perdre les doigts à force de les mordre.

-Allons y.

Genève pourrait être une charmante ville, sans la crasse et la misère qui s’y trouve. La fumée des usines couvre de suie les bâtiments et offre un ciel envahis de nuages noirs. Des gamins en loques dans divers états de décrépitude parcourent les rues en bandes, leurs yeux brillants de faim. Il fait bon et la saison est clémente ils ne doivent donc pas souffrir du froid, pas pour le moment… Mais l’été aura bien une fin… La plupart de ces gosses sont faméliques et la crasse trace de funestes masques sur leurs faces. On dirait des crânes, des os… On dirait presque une promesse de ce qui les attends dans un futur plus ou moins proche. Je ne peux rien faire pour ces enfants, pour le moment. Je sais que le roi a mis en place des mesures pour permettre à ces enfants d’avoir accès à l’éducation et à de meilleurs conditions de vie. Certaines familles dans les alentours de Chillon bénéficient de bourses pour que leurs enfants aillent à l’école plutôt que d’aider aux champs. Ce qui donne un sérieux coup de pouce pour remplir les bancs des écoles de campagnes. Et au passage ça rend l’investissement dans les écoles beaucoup plus raisonnable et moins à risques, puisqu’il va vraiment servir à des gamins. Je peux l’affirmer.
Je regarde son altesse tandis qu’une bande de gamins détallent ventre à terre sous les cris d’un commerçant furieux sur le trottoire d’en face.
Je fronce les sourcils. Ce n’est pas normal qu’autant d’enfants soient dans la rue, pas que je me fasse des illusions sur les conditions de vie des classes sociales basse, la plèbe comme dirait certains. Mais avec les inspecteurs royaux qui sont supposés vérifier que les enfants vont bien à l’école après que leur famille ait touchée la bourse, il ne devrait pas y avoir autant d’enfants dehors. Surtout qu’avec le temps certaines familles prennent l’habitude d’envoyer leurs enfants. J’ai moi même vu des famille tout d’abord réticentes, voir un peu roublardes, envoyer sans rechigner leurs enfants sur les bancs de l’école sans que les inspecteurs n’aient à frapper du poing sur la table. Pas toutes mais la plupart oui.La situation doit être un peu similaire à Genève, non ?
La question est donc là: Pourquoi ces enfants sont-ils dehors au lieu d’être à l’école ? Je me doute bien que les inspecteurs royaux ne doivent pas tellement être les bienvenus ces temps-ci. Mais on ferme bien aisément les yeux sur la provenance de l’argent quand on en a besoin. Et ces gosses en ont clairement besoin.
Où se trouve cet argent si ce n’est pas dans la poche des parents ? (en excluant ceux qui sont plus des ordures que des parents)
Voilà qui mérite d’être exploré. De même que les fonds pour le chantier royal ne sont pas allés dans la poche des ouvriers ou dans l’avancement des travaux, les bourses ne sont pas allées dans les foyers. Si les responsables de cela avait simplement refusé et renvoyé les fonds son altesse aurait réagi bien plus tôt que ce soit devant les comptes ou juste en représaille de cette provocation ouverte. Or tout ceci a été fomenté et réalisé dans l’ombre. Sinon je n’aurais jamais eu à écrire cette sinistre missive… Et cette petite serait encore en vie…

-Je me demande si le pain n’est pas sur la table des ouvriers. Et que la pomme n’a pas été donné à l’institutrice. Où donc sont passés les sous que vous aviez donné à Genova pour les commissions ?

Ce n’est pas forcément limpide, voir totalement énigmatique. Mais je ne vais pas dire en pleine rue “Oh votre altesse je crois qu’on détourne vos fonds !”. Autant se balader avec une pancarte “Le roi de Suisse est là. Frappez nous !”, ce sera plus simple.
Dans le pire des cas il ne comprend pas et me demandera des éclaircissements une fois un peu moins exposés. Dans le meilleur il aura compris où je veux en venir.
Un fracas se fait soudainement entendre un gosse terrorisé par un passant richement vêtu qui éructe de rage en agitant sa canne vers l’enfant. Le petit paniqué et pour éviter de se faire rouer de coup par le “gentleman” s’élance sur la route dans le but de se réfugier dans une de ses petites ruelles. Seulement… Il passe juste devant une carriole tirée par un cheval. Le reste arrive très vite. Trop vite.
Le cheval paniqué de cabre, l’enfant court encore plus effrayé. Le cocher essaye de calmer l’équidé. Sans succès, la bête est entièrement à sa peur. Dans sa panique la carriole heurte un passant avant que le cocher ne calme le cheval.
Oh, mon Dieu. L’homme est à terre, étendu sans un mouvement. Si près.
Seigneur… Est-ce-que… ?! Si ! Il vient de bouger ! Sans savoir trop comment je me retrouve à côté de l’homme. En train de chercher son pouls sur son poignet. Un des seuls, si ce n’est l’unique, geste médical que je connais.
Oui ! La vie pulse contre sa chair. Oh que le Ciel soit loué !

-Un médecin ! Est-ce qu’il y a un médecin ?! Vite !





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Jeu 21 Sep - 16:42
Les paroles de celle qui m'accompagne me laissent songeur un instant. Pourquoi me parle-t-elle de Gênes ? Aurait-elle voulu me glisser un message par ces mots sibyllins ? Je n'ai pas le temps d'y réfléchir et encore moins d'y répondre car mes réflexions sont interrompues par un de ces drames qui se jouent souvent dans les rues trop étroites et trop bondées. Des cris fusent. J'aide avec Wilhelm a canaliser la bête affolée afin qu'elle ne cause pas plus de dégâts. D'autres passants viennent porter secours et nous aident de leur mieux. J'entends que l'on part quérir un médecin. C'est le mieux à faire à mon avis. En attendant que le dit médecin arrive, le malheureux est transporté avec précautions dans sa boutique par les passants. Je m'y glisse au passage pour vérifier l'état de l'homme blessé. C'est un luthier. Je peux le deviner aux instruments présents dans son échoppe. Ses deux apprentis sont à son chevet la mine défaite et l'oeil à la fois inquiet et hagard.

Après de longues minutes, le médecin fait son entrée. J'observe cet homme à l'air las voir fatiguée comme s'il portait un fardeau trop lourd sur ses épaules déjà éprouvées par le temps. J'attends patiemment alors qu'il ausculte son patient avec attention. Le verdict finit par tomber.

- Il a une forte commotion, il va lui falloir du repos, je vais bander sa blessure à la tête.

J'observe à l'écart le médecin tout à sa tâche, écoutant les chuchotis autour. Les apprentis sont inquiets pour leur maître mais une autre chose les tracasse. Je les entends se demander à mi voix comment ils vont faire pour s'excuser auprès de leur client. J'apprends en écoutant un peu plus leurs messes basses que le luthier avait un rendez vous auprès d'un client important dont il devait réviser l'instrument et que c'est à ce même rendez vous qu'il s'apprêtait à se rendre lorsque la charrette l'avait heurté. Le personnage dont on parle semble assez important... Ce pourrait être une occasion d'apprendre des choses intéressantes et utiles. Je m'approche donc d'eux.

- Excusez moi, je ne voudrais pas paraître indiscret mais j'ai cru comprendre que monsieur avait un rendez-vous, si je puis me permettre, j'ai un ami luthier lui aussi, je peux m'arranger pour qu'il aille à sa place.

Les deux apprentis semblent surpris par mon offre et se concertent du regard. J'appuie ma proposition en glissant qu'ainsi leur maître ne verrait pas sa réputation ternie par un triste accident l'ayant obligé d'annuler un rendez-vous auprès d'un haut dignitaire visiblement. Cet argument semble faire mouche, visiblement le client est exigeant. Je m'enquiers alors fort poliment de la nature de l'instrument et du problème afin de tout pouvoir expliquer à mon ami. Le hasard veut que ce soit un violon dont une ou plusieurs cordes auraient sautées. Je souris en moi même pour ce coup de chance et hoche la tête tout en griffonnant sur un bout de papier les explications que l'on vient de me donner. Un simple horloger a peu de chance de bien pouvoir comprendre les arcanes de l'art qu'est la musique.

- Merci Messieurs, je vais de ce pas prévenir mon ami afin qu'il n'aie pas de retard.

Les apprentis me remercient. Je fais signe à Wilhlem de rester auprès de Mademoiselle du Lac car je vais m'absenter un peu puis sors, le chien sur mes talons. Je choisis me fond dans la foule des passants, connaissant bien le chemin. Au détour d'une ruelle peu passante, j'ouvre la porte d'un espèce de taudis peu avenant. L'intérieur ne paye pas de mine mais remplit son rôle. J'ouvre la vieille armoire un peu bancale et en sort une tenue sobre mais propre, le genre d'uniforme que portent les apprentis de bonne maison. Je fouille un instant dans les tiroirs d'un autre meuble tout aussi miteux. D'ordinaire, je préfère faire mon déguisement moi même mais actuellement j'ai besoin d'aller plus vite que cela. Je tire d'un double fond, un flacon enveloppé dans un morceau de tissu. Je retire le bouchon avant d'avaler le breuvage amer. Il faudra que je demande à ce qu'on me prépare des potions plus agréables à consommer.

Alors que mes cheveux prennent une jolie couleur châtain, je change de coiffure et les noue en catogan puis je me change, efface le maquillage me vieillissant sous l'oeil intrigué de Veilleur. Le chien doit se demander ce que je trafique. Je jette un coup d'oeil dans un vieux miroir ébréché et rongé par l'oxydation et veille à avoir une allure soignée. Mon reflet me rend le regard d'un jeune homme à peine sorti de l'adolescence. Parfait.

Je laisse Veilleur monter la garde dans la petite bicoque tandis que je sors par la porte donnant sur une courre à l'arrière. Il ne me reste plus qu'à récupérer le reste. Je fais donc une halte chez un luthier et lui achète des cordes. Quelques pièces d'or justifient l'emprunt que je lui fais d'un peu de son matériel. Fin prêt, je tire le papier de ma poche afin de voir l'adresse que l'on m'a donnée. Un hôtel particulier dans les beaux quartiers de la ville.

Je me débrouille pour arriver une minute en retard. Lorsque l'on m'introduit dans le salon à musique de Monsieur Amadeus, je prends l'air le plus contrit possible tout en m'inclinant devant mon client.

- Veuillez nous excuser Monsieur, mon maître a eut un regrettable accident sur le chemin, il a donc été contraint de m'envoyer à sa place, je vous prie de nous excuser pour ce contretemps.

- Allons, mettez-vous au travail et ne perdez pas de temps !

Je dépose mon matériel à l'endroit indiqué par le maître des lieux qui me désigne l'instrument endommagé. Je prends ce dernier avec délicatesse pour constater qu'en effet plusieurs cordes ont rompu, à croire que ce malheureux violon ait été malmené. J'évalue l'ampleur des dégâts, rien de bien méchant et surtout quelque chose que je suis en mesure de réparer. Je m'installe donc et me mets au travail, allant chercher les cordes adéquates et commençant à les attacher après avoir retiré les restes des anciennes cordes sous l'oeil vigilant du maître de maison. Ce dernier couve son violon du regard si bien que j'en viens à penser que c'est un miracle si j'ai l'autorisation de toucher à son instrument.

- J'espère que les cordes ne se rompront pas de nouveau, menace-t-il à demi mots.

Le plus respectueusement et le plus humblement possible, je réponds tout en restant à mon ouvrage.

- Oui Monsieur, le travail sera bien fait n'ayez crainte.

- Vous avez intérêt.

Je continue de réparer l'instrument. Quel est donc ce musicien qui ne sait pas remettre une corde ? Un amateur sûrement.... un amateur doublé d'un riche ou d'un noble ce qui expliquerait à peu près tout...
Une fois les cordes remplacées, je prends l'archet et me mets à accorder l'instrument.

- Que faites-vous ? me demande-t-on avec suspicion.

Je repose immédiatement l'archet et baisse la tête.

- Veuillez m'excuser Monsieur, je voulais simplement l'accorder, mon maître n'aurait pas toléré que je rende un instrument mal accordé à son propriétaire.

- Il a bien raison ! Continuez !

J'en déduis que cet homme est de ceux qui aime à ce qu'on s'incline devant eux et qu'on leur laisse penser qu'ils nous sont de loin supérieurs. Voilà qui est intéressant. Je me remets au travail, attendant au passage l'occasion de glaner quelques informations. Mon dieu, cet instrument est une véritable catastrophe, complètement désaccordé... A-t-il seulement été accordé un jour ? Caressant avec patience les cordes, je joue sur les clés jusqu'à obtenir la note voulue. Le maître des lieux observe avec attention ce que je fais. Je le sens brûler d'envie à l'idée de récupérer son instrument.
Lorsque le son me convient, je me hasarde à jouer un petit morceau afin de le tester. L'instrument est de bonne qualité, il faut le concéder. Je marque quelques hésitations pour paraître novice tout de même puis m'arrête, la mine un peu honteuse, pour redonner l'instrument à son propriétaire.

- Voici Monsieur, dites moi si c'est à votre convenance.

Lorsque notre homme s'empare de l'instrument, mon coeur se serre et j'appréhende la suite.

- Vous vous en sortez plutôt bien jeune homme mais vous avez encore beaucoup de chemin à faire, tenez ! je vais vous montrer ce qu'un virtuose est capable de faire !

Une vague appréhension me traverse l'esprit à ces mots. Appréhension vite confirmée par les premières notes qui s'élèvent dans la pièce, discordantes au possible. Musicien et surtout violoniste depuis de nombreuses années, le morceau entamé me semble être un supplice. Toutefois, je tiens bon et m'applique à garder une mine candide et admirative devant le talent du violoniste qui me fait face. Jouant le jeu jusqu'au bout, je m'oublie un peu en applaudissant lorsque les lamentations du malheureux violon se taisent dans une dernière plainte déchirante.

Le violoniste me gratifie d'un signe de tête, l'air de saluer son public.

- Ah ! Monsieur ! Vous ne me mentiez pas, vous êtes un véritable maître ! continué-je d'applaudir ce qui semble satisfaire au plus au point mon interlocuteur qui se sent d'ailleurs le besoin de me faire écouter un deuxième échantillon de son talent.

Je repars donc à écouter attentivement, imaginant mon moi intérieur les mains sur les oreilles et suppliant que l'on fasse taire l'instrument à l'agonie. Il faudrait embaucher ce musicien pour faire avouer des suspects, ce serait un excellent moyen de torture je pense. J'applaudis de nouveau à la fin de ce deuxième sup....instant de grâce. En mon for intérieur, je me dis qu'il va falloir urgemment que je joue de mon instrument ce soir afin de me réconcilier avec la musique.

L'homme semble satisfait que l'on apprécie son talent.

- Vous irez loin jeune homme, me dit-il. Continuez à persévérer, vos efforts porteront leurs fruits.

Oh si vous saviez....ai-je envie de répondre. Au lieu de quoi, je réponds humblement presque gêné que l'on me remarque quelque capacité.

- Oh non, je ne saurais devenir aussi brillant musicien que vous...

Et il continue ainsi son babillage. Décidément, il aime s'écouter celui là. Mais tout ravi qu'il est d'avoir un auditeur capable d'apprécier son talent, il pourrait s'avérer précieux pour obtenir des informations. Je continue donc avec mon air candide de fournir les réponses qu'il veut entendre. Je l'écoute vanter son talent de virtuose, clamer à quel point il est apprécié.

- Tenez ! me dit-il. Pas plus tard qu'hier le duc a lui même reconnu mon génie !

- Vraiment ? m'émerveillè-je.

- Absolument, se rengorge-t-il.

Je n'ai pas besoin de le pousser à développer, il s'en charge tout seul.

- Voyez-vous, il a trouvé excellente mon idée pour le bal de la saint Jean ! Ce sera un grand spectacle jeune homme ! Absolument grandiose ! Digne des meilleures tragédies !

- Monsieur va organiser une pièce de théâtre ? Un opéra peut-être ? Monsieur va le composer lui même ?


- Voilà une brillante idée jeune homme, vous irez loin. L'on ne m'a pas parlé de composer mais oui c'est une excellente idée ! Je composerai ! Ce sera encore plus grandiose avec cela !

J'écoute attentivement. Visiblement, il se passera quelque chose à la saint Jean et si notre bon ami n'a pas eut l'idée de composer un opéra c'est que la tragédie sera sur un autre thème que sa musique. J'ai malheureusement une petite idée de ce que cela pourrait être.

Il me retient encore une heure avec son babillage, jetant des idées à tort et à travers. Me présenter au duc ? Moi ? trop d'honneur Monsieur. Ce sera un bal masqué ? Mais quelle charmante idée ! On dit que le roi y est convié ! Non ? vraiment ? Assurément ! Mais viendra-t-il ? Oh que oui !

Je quitte l'hôtel et me fond de nouveau dans la rue, réfléchissant à cet entretien. Je ne devrais donc pas tarder à recevoir une lettre ou un messager m'invitant à ce bal. Ce soir, il faudra que je lise un peu. M'est avis que notre ami n'a pas assez d'imagination pour trouver une idée grandiose sans s'inspirer de quelque chose. Il ne me reste plus qu'à trouver quoi...
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